Earthquakes in Haiti
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LNBTP
LABORATOIRE NATIONAL DU BÂTIMENT ET DES TRAVAUX PUBLICS
Delmas 33, Rue Louverture # 27, Port-au-Prince, Haïti
Telephone : (509) 511 0477 / 510 7880 / 210 1574 à 210 1577
Couriel : lnbtp@lnbtp.gouv.ht
TREMBLEMENTS DE TERRE EN HAÏTI : MYTHE OU RÉALITÉ ?
Claude PREPETIT, Ing. Géologue
Table des Matières
Page
UN PEU DE SISMICITE HISTORIQUE .............................................................................. 2
ORIGINE DES SEISMES .............................................................................................................. 6
LES FAILLES SISMIQUES ........................................................................................................... 7
SITUATION TECTONIQUE DE L’ILE D’HAÏTI .............................................................. 7
QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI DE CETTE ENERGIE ? ................................................................... 8
MON PIRE CAUCHEMAR : NOTRE GRANDE VULNERABILITE ...................................................... 8
QU’EN EST-IL DES RECENTES PETITES SECOUSSES ENREGISTREES DANS LE PAYS ? .................. 9
EN GUISE DE CONCLUSION ............................................................................................ 10
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Tremblements De Terre En Haïti : Mythe Ou Réalité ? Claude Prepetit, Ing. Géologue
TREMBLEMENTS DE TERRE
EN HAÏTI : MYTHE OU
RÉALITÉ ?
Claude PREPETIT, Ing. Géologue
« Si l’homme ne peut pas tout empêcher, il
peut beaucoup prévoir» Marcel Roubault
« S’informer, c’est déjà se protéger»
Les tremblements de terre ou
séismes se rangent en tête des catastrophes
naturelles quant à la gravité des
conséquences qui en résultent pour
l’espèce humaine. A la différence des
inondations, les séismes constituent un
type de désastre dont les causes sont
entièrement indépendantes de l’action de
l’homme.
L’inconscient collectif haïtien n’a
plus en mémoire les catastrophes naturelles
liées aux secousses telluriques enregistrées
autrefois dans le pays. Au fil des temps,
ces souvenirs lointains se sont estompés et,
de générations en générations, on finit par
oublier que Haïti a connu dans le passé des
moments de forte émotion et de grande
angoisse causés par de puissantes
vibrations en provenance de notre sous-sol.
Imaginer un instant que ces mouvements
telluriques se reproduisent aujourd’hui en
Haïti avec les mêmes magnitudes et
intensités ! Bien sûr, l’imaginaire collectif
haïtien ne saurait penser qu’il est dans
l’ordre des choses que ces phénomènes
naturels puissent un jour se reproduire, en
raison, d’une part, de sa méconnaissance
de la réalité de la menace sismique en Haïti
et, d’autre part, de ses croyances
religieuses, instituant un « Bon Dieu bon »,
le préservant de tous risques et désastres
naturels.
Un peu de sismicité historique
Moreau de Saint-Méry (1750 1819), l’historien de Saint Domingue, a
relaté dans son ouvrage « Description
topographique, physique, civile, politique
et historique de la partie française de l’Ile
Saint Domingue », publié en 1797, les
calamités dues à des catastrophes
naturelles, notamment les tremblements de
terre, survenus dans l’île tout au cours des
périodes espagnole et française. Aussi,
pour appréhender aujourd’hui la réalité de
la menace sismique en Haïti, il nous est
loisible de porter à votre attention les récits
aussi précis qu’éloquents de ce témoin
oculaire.
Il nous rappelle tout d’abord
quelques dates importantes au cours
desquelles l’Ile a tremblé : 1564, 1684,
1691, 1701, 1713, 1734, 1751, 1768, 1769,
1770, 1771,1783, 1784, 1785, 1786, 1787,
1788, 1789. Il s’agit là de périodes
récurentes variant de 1 à 120 ans d’intervalles. Mais les dates qui ont le plus
marqué l’histoire des séismes à Saint
Domingue demeurent 1751 et 1770.
Suivons les récits de ces grands désastres.
« Le 18 octobre 1751, à deux
heures de l’après-midi, par un temps
calme et serein, la terre se mit à trembler à
Port-au-Prince avec deux secousses
violentes qui durèrent environ trois
minutes. La terre eut, jusqu’au 25, des
balancements, comme si elle n’avait pas
trouvé d’assiette. La ville de Saint
Domingue perdit plusieurs édifices. Le 28,
on éprouva trois secousses, le 29 deux et le
19 novembre encore deux extrêmement
fortes. Le 21 novembre, à 8 heures du
matin, durant un calme profond, il y eut
une légère secousse à Port-au-Prince. Des
secousses plus violentes suivirent. Une
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Tremblements De Terre En Haïti : Mythe Ou Réalité ? Claude Prepetit, Ing. Géologue
seule des maisons de maçonnerie ne fut
pas
renversée.
Quelques-unes
de
charpente tombèrent. Les casernes, le
magasin général et une aile de
l’intendance s’écroulèrent. Le 22, les
bâtiments qui avaient résisté la veille
furent détruits, et du 19 au 22, la terre ne
fut pas stable un seul instant. Le soir et le
matin un bruit comme celui d’un canon
souterrain annonçait
de nouvelles
agitations. Du 22 novembre au 8
décembre, il y eut 25 secousses, et pendant
près d’un mois, nul homme n’osa se placer
sous un autre asile qu’une tente. Les
ravages de tant de secousses furent
sensibles depuis Léogane inclusivement
jusqu’aux Gonaïves.
Port-au-Prince et qui se suivirent de très
près, durèrent, ensemble au moins 4
minutes, et pendant cette succession de
mouvements d’ondulation de l’Est à
l’Ouest et de trépidation, la ville entière fut
renversée ; la poudrière seule résista et
s’ouvrit seulement. Un horizon gras, une
atmosphère brûlante, un air accablant,
durant toute la journée, avaient
heureusement porté les habitants à
chercher, dès le coucher du soleil, quelque
soulagement dans la promenade, soit hors
de leurs maisons soit sous leurs galeries,
d’où ils purent s’élancer dans les rues ;
car, une heure plutôt, tous auraient péri
sous les ruines de leurs maisons, où il ne
se trouva encore que trop de victimes.
Touts les mouvements furent
constamment dirigés de l’Est à l’Ouest. La
terre trembla aussi pendant tout ce temps
au Cap, mais aucune maison ne fut
renversée. Cependant quelques personnes
se jetèrent par frayeur, des fenêtres du
premier étage dans les rues. A Port-auPrince, la terreur rendit plusieurs soldats
épileptiques.
De moindres secousses succédèrent
à ces deux premières, mais elles auraient
été capables de renverser des villes. La
lumière pâle de la lune éclaira une nuit
pendant laquelle la terre, pour ainsi dire
flottante et s’agitant dans tous les sens,
faisait craindre à chaque instant le sort de
Lisbonne.
La terre fut tranquille ensuite
jusqu’au 27 décembre 1767, elle trembla
vivement à quatre heures et demie du
matin, mais sans causer aucun dommage.
Le 10 octobre 1768, il y eut trois
secousses, et une seule le 14 août 1769.
La terre trembla le 20 janvier et le
12 avril 1770.
Mais l’époque du plus grand
désastre, fut le 3 juin de la même année,
jour de la Pentecôte. A sept heures un
quart du soir, l’Ile entière éprouva un
tremblement de terre précédé d’un bruit
sourd, semblable à un mugissement. Les
deux premières secousses, ressenties à
Le jour montra toute l’horreur de
cette scène déchirante. Un sol entrouvert
en mille endroits, des défenseurs de la
patrie ensevelis sous les ruines des
casernes ou des hôpitaux, des prisonniers
écrasés sous les débris de la geôle, les
montagnes voisines de la ville dégradées et
affaissées ; enfin, des monceaux de
décombres couvrant toute l’étendue d’une
ville, où il n’y avait plus d’autre abri que
celui des arbres, qui indiquaient la
direction des rues ; tel était le tableau que
contemplaient des infortunés, s’estimant
trop heureux encore, lorsqu’ils n’avaient à
déplorer que les pertes de la fortune, et
qu’ils ne découvraient aucun objet cher à
leur tendresse parmi deux cents (200)
cadavres.
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Tremblements De Terre En Haïti : Mythe Ou Réalité ? Claude Prepetit, Ing. Géologue
Le feu se manifesta dans plusieurs
points par la chute des cuisines et il fallait
travailler à l’éteindre, en se traînant sur
un sol vacillant.
Par un bonheur inespéré, les 43
bâtiments français qui étaient dans la
rade, ressentirent les commotions sans en
être endommagés. Pendant les 3 premiers
jours on y fit fabriquer, avec deux cents
(200) barils de farine qui se trouvaient à
bord, et dont les Administrateurs sentirent
la cruelle nécessité de défendre qu’on
augmentât le prix, du pain pour la ville ou
des fours furent reconstruits ; on prit
toutes les voiles du magasin du roi et des
navires et l’on en forma des tentes. On vit
à la même époque du troisième jour, le
marché s’approvisionner, les habitants
voisins y envoyèrent en abondance des
vivres de terre et des légumes ; quelquesuns goûtèrent même le plaisir d’y faire
distribuer gratuitement des volailles, des
bestiaux ; de ce nombre était une famille
de mulâtres, qui envoya trois cabrouets de
vivres de terre. Des courriers, expédiés par
les Administrateurs, allèrent porter partout
la nouvelle du désastre et des besoins
qu’il avait causés.
Les malheurs de la plaine du Culde-Sac ne le cédèrent point à ceux de la
ville. La rivière Blanche cessa de couler ;
on vit sortir de différentes crevasses,
formées sur plusieurs habitations, une eau
pleine de sel et de soufre, qui ne pouvait
servir ni pour désaltérer ni pour fertiliser
les terres. La montagne de la Selle et la
montagne Noire, écroulées dans plusieurs
points, firent disparaître les anciens
chemins, et au Trou-Bordet et au
Lamantin, c’était le même spectacle de
désolation ; l’on n’y découvrait pas de
vestiges de demeures ni de bâtiments de
manufacture…
Le 15 juin, le conseil supérieur de
Port-au-Prince,
extraordinairement
assemblé sous une tente dans la cour du
gouvernement, prit des mesures pour faire
mettre à l’abri les actes des dépôts publics
et pour constater quelles personnes
avaient péri dans ce fatal événement. Il
prononça aussi la résiliation des baux de
toutes les maisons de la ville, à compter du
jour de leur destruction.
Pendant les 15 premiers jours qui
suivirent l’épouvantable catastrophe de
Port-au-Prince, il y eut plus de deux cents
secousses par jour et à la fin du mois
d’octobre la terre avait encore des
mouvements, presque insensibles à la
vérité. Des pluies légères vinrent à la
même époque, faire cesser l’épidémie dont
cette malheureuse ville était affligée depuis
le mois de Juin.
Le jour de la Pentecôte de l’année
1771, le peuple entier de Port-au-Prince,
alla, à peu près à l’heure fatale de l’année
précédente, vers une croix plantée au
Belair, par quelques-uns d’entre eux, peu
après le désastre, et le clergé de la
paroisse marchait au devant de cette
procession, qui retraçait des maux encore
trop récents, pour que les vœux poussés
vers l’Auteur de toutes choses, ne fussent
pas sincères et fervents.
Le 10 juillet 1771, la terre trembla
à 6 heures du matin dans la direction du
Nord au Sud. La secousse fut de deux (2)
secondes.
On n’observa point de tremblement
de terre très sensible depuis lors, jusqu’au
11 et 12 février 1783, qu’il y en eut
trois(3), dont deux (2) furent assez forts.
Au mois de juillet 1784, on en sentit deux
(2) légers dirigés de l’Est à l’Ouest ; un le
28 Août et un le 11 décembre. On en
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ressentit un (1) violent le 20 juillet 1785,
dirigé du Sud au Nord, mais sans accident.
Un (1) du même genre le 29 Août 1786, et
un semblable, mais dirigé de l’Est à
l’Ouest, le 30 janvier 1787, après 8 jours
de brise d’Est violente, et deux (2)
secousses le 23 avril ; durant la première
et plus d’une minute après, le mercure du
baromètre oscillait la direction était du
Sud au Nord.
Le 10 mai 1788, il y a eu une très
forte secousse arrivée à deux (2) heures du
matin, et une pareille le 6 octobre 1789, à
une heure et demie de l’après midi.
Ainsi voilà dans ce moment, plus
de 19 ans révolus, sans que le Port-auPrince ait vu le retour du phénomène qui
a pensé à l’anéantir, et cette période
inquiétait d’autant plus, qu’on en
cherchait l’influence dans les rapports des
deux tremblements de terre de 1751 et de
1770.
Mais, même d’après ce que j’ai
rapporté, on est tenté de se faire cette
question : Pourquoi les tremblements de
terre sont-ils aussi communs dans ce lieu
de la Colonie ? j’avoue que je ne suis pas
en état de la résoudre.» (fin de citation)
L’histoire des séismes en Haïti ne
s’arrête pas en 1797 avec les récits de
Moreau de Saint Méry. Il est à signaler, par
la suite, les travaux du Père Scherer qui fut
le Directeur de l’Observatoire du Petit
Séminaire Collège Saint Martial qui a eu à
dresser un « catalogue chronologique des
tremblements de terre ressentis dans l’Ile
d’Haïti de 1551 à 1900 ». L’Observatoire
disposait d’un sismographe de faible
amplitude qui a fonctionné de 1908 à 1966.
Les dates à retenir après 1797 sont les
suivantes : 1818, 1842, 1860, 1881, 1887,
1910, 1911, 1912, 1917, 1918, 1922, 1924,
1946, 1952, 1956, 1962. Le dernier séisme
important remonte à la destruction du Cap
Haïtien en 1842. Monseigneur J.M. Jan,
Evêque du Cap de 1929 à 1953, dans sa
« Documentation religieuse » publiée en
1972 par les Editions Henri Deschamps,
eut à nous faire ainsi le récit de cet
événement douloureux :
« Le samedi 7 mai 1842, deux jours
après la fête de l’Ascension, on entendit
vers les 5 h et demie de l’après-midi
comme le bruit d’un tonnerre souterrain,
accompagné de plusieurs secousses si
violentes qu’en moins de quelques
secondes, la ville du Cap fut transformée
en un vaste champ de ruines ; tellement
subites que la plupart des habitants
n’eurent le temps ni de fuir, ni de se dire
un suprême adieu. Trois personnes furent
ensevelies sous les décombres de la
cathédrale et plusieurs milliers sous les
décombres de leurs maisons. Au moment
où la ville s’écroulait, le ciel fut tellement
obscurci par les tourbillons de poussière
que l’on aurait dite une nuit complète. La
mer se précipita sur la ville, jusque dans
les maisons qui bordent le quai et se retira
aussitôt, fort heureusement. Mais les
commotions en ébranlant les profondeurs
avaient amené à la surface tant de vase et
de détritus de toutes sortes que l’eau était
noire dans tout le rade.
Le sol s’entrouvrit de toutes parts en
longues crevasses mais peu larges, ayant
la plupart, la direction du nord au sud et
quelquefois croisées par des fissures
perpendiculaires.
Pour comble d’horreur, on entendit les
cris terrifiants des victimes ensevelies sous
les ruines ou se consumaient sous les
ardeurs de l’incendie éclatant au milieu
des décombres, pour achever l’œuvre de
destruction.. Affolés par la terreur, ceux
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qui avaient pu fuir passèrent la nuit sur les
places publiques et à la Fossette…
Aucun signe précurseur ne s’était
manifesté pendant la journée. L’air était
calme, le ciel pur et serein.
Durant toute la nuit, il y eut de
fréquentes oscillations et de violentes
commotions. Bien plus, les trépidations du
sol se répétèrent chaque jour et
quelquefois à plusieurs reprises pendant
près d’un mois. La population allait passer
toutes les nuits sur les places ouvertes.
lithosphère (la croûte terrestre et une partie
du manteau) en approximativement une
demi-douzaine de grandes plaques et
autant de micro plaques semi-rigides.
Celles-ci se déplacent à des vitesses très
lentes variant de 1 à 10 cm par an et leurs
limites sont des zones d’activité tectonique
où les éruptions volcaniques et les séismes
sont fréquents.
La catastrophe ne se borna pas à
détruire le Cap, elle renversa presque
toutes les villes du Nord, Port-de-Paix,
Gonaïves, Fort-Liberté et dans la
République Dominicaine, Santiago, Puerto
Plata, etc.
Après 40 ans, le souvenir de cet affreux
malheur est tellement vif que le peuple
compte les dates mémorables en le prenant
pour point de départ. C’est ainsi que nous
entendons tous les jours des personnes
nous dire : je suis né tant de temps après
l’événement ; j’ai fait ma première
communion avant l’événement. Pour elles,
l’événement veut dire le tremblement de
terre du 7 mai 1842…. » (fin de citation).
Origine des séismes
Si en 1797, Moreau de Saint Méry
n’arrivait pas à comprendre les raisons
pour lesquelles l’île subissait autant de
secousses telluriques, il est tout à fait
possible aujourd’hui d’apporter des
réponses à ses interrogations au regard des
avancées scientifiques réalisées en matière
de sismologie et particulièrement de
tectonique. En effet, la Tectonique des
plaques est une théorie fondée sur
l’observation de la fragmentation de la
Les zones à risque sismique à travers le monde
La théorie de la Tectonique des plaques
est entrée dans la pensée géologique dans
les années 60 et 70. Bien que les bases de
cette théorie aient été établies dès le
XVIIème siècle, il a fallu attendre l’année
1910 pour que l’allemand Alfred Wegener
émit l’idée de la dérive des continents.
Aujourd’hui, l’existence de plans de
subduction, constituant un des trois types
de frontières entre les plaques tectoniques,
a été mis en évidence tout autour du
Pacifique, en mer Egée, dans les Antilles,
en Amérique centrale, etc. Ces zones de
subduction correspondent à la convergence
entre deux plaques et au plongement de
l’une sous l’autre, elles se caractérisent par
un volcanisme très explosif et par une
sismicité interne. Les tremblements de
terre ou séismes sont donc provoqués par
des déformations brusques de l’écorce
terrestre.
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Les failles sismiques
Les mouvements tectoniques des
plaques rocheuses constituant la croûte
terrestre conduisent assez souvent à des
fractures appelées failles. Lorsque les
couches rocheuses situées de part et
d’autre de la faille bougent l’une par
rapport à l’autre, il se produit, soit un
mouvement horizontal appelé décrochement, soit un mouvement vertical
accompagné d’un rejet dont l’escarpement
peut atteindre plusieurs milliers
de mètres. Un déplacement brutal
le long d’une faille peut aussi
entraîner un séisme.
A terre, au travers de la presqu’île du
sud, de Tiburon à Port-au-Prince, le
décrochement sénestre sud-haïtien, qui
se
prolonge
en
République
Dominicaine
dans
la
vallée
d’Enriquillo. Cette faille sismiquement
active en 1751 et 1770 est responsable
de l’escarpement topographique sur
lequel est bâtie une partie de la
capitale.
Pour répondre donc à
l’interrogation de Saint Méry, on
peut aujourd’hui affirmer que 90
% des séismes, à travers le
monde, sont d’origine tectonique
et l’Ile d’Haïti n’échappe pas à
ces mouvements de plaques et de
failles qui provoquent en
profondeur des ondes de choc se
répercutant en surface.
Situation
d’Haïti
tectonique
de
l’île
Failles actives et sismicité historique dans l’Ile d’Haïti
L’Ile d’Haïti est située à la frontière
des plaques tectoniques Amérique du Nord
et Caraïbes. Ces plaques se déplacent l’une
par rapport à l’autre à une vitesse
d’environ 2 cm par an. Ces déplacements
s’accomodent par des mouvements
sismiques sur des failles actives identifiées
dans deux pricipales zones en Haïti :
En mer, le long de la côte nord, une
faille de direction est-ouest qui se
prolonge à terre dans la vallée du
Cibao en République Dominicaine et
qui serait à l’origine du séisme de
1842.
Ces failles ont été responsables de
séismes historiques majeurs dans l’île dont
les plus importants ont été décrits par
Saint Méry et Mgr. Jan. Celles-ci résistent
d’abord au mouvement en accumulant de
l’énergie élastique pendant plusieurs
dizaines ou centaines d’années avant de la
relâcher brusquement lors des séismes. Les
périodes au cours desquelles on
n’enregistre pas de secousses en Haïti ne
signifient nullement que l’activité sismique
a cessé. L’énergie élastique s’accumule
très lentement dans le sol au point que
plusieurs générations d’hommes et de
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femmes arrivent à ignorer les activités
sismiques survenues dans le passé.
Chaque siècle passé a été marqué par
au moins un séisme majeur dans l’Ile. Or,
plus le temps passe, plus les risques d’un
séisme destructeur s’accroissent. Est-on
aujourd’hui dans la période où l’énergie
qui s’accumule dans le sol depuis fort
longtemps risque de se relâcher avec toutes
les conséquences qu’une telle activité
sismique pourrait entraîner dans un pays
où la situation environnementale est
tellement dégradée qu’un rien peut être
transformé, à tout instant, en un désastre
effroyable ?.
Qu’en est-il
énergie ?
aujourd’hui
de
cette
La relative quiescence sismique du
dernier siècle ne doit pas nous porter à
croire que notre pays n’est plus à l’abri de
séismes dévastateurs. Tout simplement, les
failles sismiques se trouvent temporairement bloquer, accumulant ainsi de
l’énergie susceptible d’être relâchée lors de
séismes à venir, impossibles d’ailleurs à
situer dans le temps. En termes de
prévision, nous pouvons seulement
avancer que, sur la base des mesures de
géodésie spatiale effectuée sur l’Ile depuis
plus de cinq ans, il a été enregistré des
déformations de plus de 7 mm/an le long
des failles septentrionale et sud d’Haïti.
Ces déformations ont été induites par un
mouvement de cisaillement de l’ordre de
17 mm/an entre les côtes nord et sud.
Compte tenu de la période d’accalmie
sismique observée au cours de ces deux
derniers siècles, cette déformation
élastique aurait induit un déficit de
glissement de l’ordre de deux mètres le
long des deux grandes failles actives
d’Haïti. Le relâchement d’une telle énergie
accumulée patiemment dans les entrailles
de la terre au fil des ans, pourrait donner
naissance à des séismes de magnitudes
supérieures à 7 sur l’échelle de Richter
graduée de 1 à 8. Il s’agit de ces mêmes
magnitudes qui ont eu à détruire Port-auPrince en 1751 et 1770, puis le CapHaïtien en 1842. Il n’est pas improbable
que les épicentres des séismes à venir
soient situés dans les mêmes zones que
celles observées dans le passé.
Mon pire cauchemar : notre grande
vulnérabilité
Il y a eu des séismes dans le passé, il y
en aura dans le futur. Il faut bien se
convaincre que des séismes de la force de
ceux qui ont détruit autrefois Port-auPrince et Cap-Haitien vont se reproduire
mais en provoquant une mortalité et des
dégâts sans commune mesure avec ceux
qui ont été constatés à cette époque-là. La
population des quatre plus grandes
communes du Département de l’ouest, à
savoir :
Port-au-Prince,
Pétion-Ville,
Delmas et Carrefour, est aujourd’hui
estimée à plus de 2 millions d’habitants. Or
ces quatre communes sont traversées par
un réseau de failles secondaires dont on
ignore leur activité sismique. Les effets
secondaires des séismes sont les
glissements de terrain et la formation de
vagues de grande hauteur appelées
Tsunami. Les villes et bidonvilles perchés
sur les hauteurs des montagnes entourant
notre capitale ne seront pas à l’abri de ces
éventuels mouvements de versants. Les
villes côtières seraient également frappées
de plein fouet par les Tsunami.
Quant à la commune du Cap-Haïtien,
sa population est aujourd’hui estimée à
environ 200.000 habitants. Nous ne devons
pas oublier que le séisme de 1842 avait
provoqué la mort de 5000 personnes sur
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une population estimée à l’époque à
10.000 âmes.
Que dire enfin de l’absence de normes
de construction qui caractérise la grande
majorité de l’habitat haïtien ?
Dans les pays à risque sismique élevé,
puisque l’homme n’est pas en mesure
d’agir sur la menace qui est un phénomène
naturel, il essaie d’atténuer les dégâts en
agissant sur les types de construction et en
menant des campagnes de sensibilisation
de la population qui doit apprendre à réagir
mentalement et émotionnellement lorsque
ces phénomènes se produisent.
Qu’en est-il des récentes petites
secousses enregistrées dans le pays ?
De faibles secousses sismiques ont été
ressenties dans plusieurs coins du pays
durant la période des inondations
catastrophiques. Bien que les inondations
soient d’origine météorologique et les
séismes,
d’origine
géophysique, il
semblerait qu’il existe un lien entre ces
deux phénomènes naturels. Le rôle des
fluides dans le déclenchement du
processus sismologique est aujourd’hui un
sujet de grand intérêt dans les milieux
scientifiques américain et européen. Il a été
en effet démontré que dans un
environnement géologique caractérisé par
la présence de failles sismiques, de bassins
sédimentaires assez profonds et de réseau
karstique bien développé, c’est-à-dire un
environnement calcaire marqué par des
trous de dissolution, des grottes et des
cavités souterraines issus des réactions
chimiques entre l’eau de pluie chargée de
gaz carbonique et le carbonate de calcium
(calcaire), de petites secousses sismiques,
de faible magnitude (M < 4 ), peuvent
prendre naissance à une très faible
profondeur
lors
d’un
événement
météorologique exceptionnel marqué par
des inondations susceptibles de remplir les
réservoirs karstiques. Trois mécanismes
seraient à l’origine de ce processus :
Une augmentation des contraintes
élastiques dans le sol suite au
remplissage des réservoirs karstiques ;
Une augmentation de la pression de
l’eau interstitielle en réponse à
l’accroissement
des
contraintes
élastiques ;
Des variations de pression de l’eau
interstitielle dues à la migration de
l’eau dans la zone hypocentrale.
.
La présence d’une quatité importante
d’eau dans une couche géologique
superficielle aurait des conséquences sur
les vitesses de propagation des ondes de
compression (P) et de cisaillement (S) qui
sont à l’origine des vibrations du sol.
Les zones dans lesquelles les secousses
ont été ressenties, à savoir Fond Parisien,
Delmas, La Boule, Port-au-Prince,
Carrefour, etc. sont caractérisées par la
présence de la faille sismique Pétion-Ville
/ Tiburon, de formations sédimentaires
meubles et d’un réseau karstique marqué
par l’écoulement souterrain des rivières de
Fond Verettes et de Fermathe ou Rivière
Froide.
L’événement météorologique
exceptionnel se traduit par la tempête
tropicale « Fay » du 15 au 17 août,
l’ouragan « Gustav » du 24 au 27 août, la
tempête tropicale « Hanna » du premier au
4 septembre et l’ouragan « Ike » du 6 au 8
septembre qui ont pu déverser chacun en
moyenne 300 mm d’eau sur le
Département de l’ouest, soit au total
environ 1200 mm d’eau en moins d’un
mois, alors que ce total représente, pour le
Département, la moyenne d’une année.
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Tremblements De Terre En Haïti : Mythe Ou Réalité ? Claude Prepetit, Ing. Géologue
Tous ces systèmes porteurs d’eau auraient
rapidement saturé les sols et provoqué le
remplissage des réservoirs karstiques
s’étendant le long de la faille active,
déclenchant par la suite les secousses
telluriques à une très faible profondeur,
suite à une augmentation des contraintes
hydrostatiques. Les vibrations dues aux
petits séismes vont à leur tour provoquer le
glissement des versants saturés d’eau et
dépourvus de végétation. Voilà pourquoi
on associe assez souvent inondations,
secousses sismiques et glissements de
terrain durant les grandes périodes
pluvieuses en Haïti. Nous pouvons alors
avancer que ces secousses sont tout à fait
conjoncturelles, elles sont dues à des
conditions géologiques particulières et des
événements météorologiques exceptionnels. Toutefois le processus normal
d’accumulation d’énergie en profondeur se
poursuit inexorablement et seule une
activité de recherche scientifique peut
établir la relation existant entre ces petites
secousses superficielles conjoncturelles et
les grandes secousses à venir.
Guadeloupe, le font pour préserver les vies
et les biens de leurs populations. Caveant
consules !
En guise de conclusion
Les tremblements de terre dans le pays
d’Haïti-Thomas, serait-ce un mythe ou une
réalité ? La question ne se pose même pas,
car la menace sismique au niveau de la
plaque caraïbéenne, en général, et de l’île
d’Haïti, en particulier, est plus qu’une
réalité. Sans vouloir adopter une attitude
systématiquement pessimiste ou alarmiste,
je refuse toutefois de me baigner dans
l’illusion que les secousses sismiques
désastreuses ne se produiront que chez les
autres. Un peuple sans mémoire, dit-on, est
un peuple sans avenir. A nous Haïtiens de
prendre dès aujourd’hui des mesures de
mitigation pour limiter les dégâts comme
les autres pays de la plaque caraïbéenne,
particulièrement Porto Rico, Martinique et
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