(2013-04) Bulletin de l'ISPAN, No 32: The Gingerbread houses of Port-au-Prince, part one: the origins of the form and its construction
Summary — The Bulletin de l'ISPAN, No 32, of 1 April 2013. The issue covers The Gingerbread houses of Port-au-Prince, part one: the origins of the form and its construction. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 7 pages.
Full Description
The Bulletin de l'ISPAN, No 32, of 1 April 2013. The issue covers The Gingerbread houses of Port-au-Prince, part one: the origins of the form and its construction. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 7 pages.
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numéro 32, 1er avril 2013
BULLETIN DE L’ISPAN
Les maisons Gingerbread
Première partie
de Port-au-Prince
• Le 118 de l’avenue de Jean-Paul-II (Photo : Daniel Elie, 2012)
Entre la Révolution française de 1789 et la Révolution industrielle, l’architecture et la construction
connaissent des mutations importantes en Europe.
Pendant cette période transitoire vers l’Architecture
moderne, le processus de la construction s’adapte
et se transforme. Les artisans, tailleurs de pierre,
maçons, charpentiers et autres tendent à perdre leur
autonomie au profit de l’industrialisation. À la faveur
de la redécouverte des sites archéologiques grecs et
romains et des conquêtes coloniales, le langage architectural emprunte des éléments de divers styles de
l’histoire de l’architecture européenne et également
des « pays lointains » (particulièrement au MoyenOrient et en Extrême-Orient). De cet éclectisme
naîtront des styles architecturaux néo-gothiques,
néo-classiques, revivals, architecture en bois découpé,
etc., qui caractériseront cette fin de siècle.
Des usines anglaises, françaises et belges produisent des éléments d’architecture modulaires,
tels que balustres, balcons, lambrequins, vérandas,
escaliers, etc., ou même des édifices entiers tels
que résidences, gares de chemins de fer, marchés,
halles, églises, théâtres, ou encore kiosques à musique,
tribunes, phares, miradors, réservoirs, etc., tous préfabriqués, démontables, transportables et proposés à la
clientèle du monde entier sur catalogue.
À cette époque, la bourgeoisie haïtienne confirme
son pouvoir économique et politique et adopte
les codes esthétiques européens, notamment en
littérature, en musique et surtout en architecture. Nombre d’éléments d’architecture ou même
des édifices entiers en fer, provenant de France et
de Belgique, particulièrement, furent introduits dans
le paysage urbain haïtien. C’est durant cette même
époque, que les constructeurs haïtiens s’approprièrent, en l’adaptant, cette architecture éclectique
venue d’Europe. En plus des résidences somptueuses
ou modestes, ces architectes ont également adapté
ce stype pour d’autres programmes architecturaux
qu’ils soient publics, officiels ou institutionnels. C’est
le cas, par exemple, du bureau de la Douane de Portau-Prince, du pensionnat du Sacré-Cœur au portail
Saint-Joseph, du cinéma Parisiana ou de l’hôtel Bellevue au Champ-de-Mars.
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, Portau-Prince connaît un début d’industrialisation. Des
manufactures s’installent en périphérie de la ville ou
sur le littoral, autour du port. Un essor économique
• Le 4 de la rue Casséus à Pacot (Photo : Daniel Elie, 2012).
BULLETIN DE L’ISPAN, No 32, 12 pages
Sommaire
• Les maisons Gingerbread de Port-au-Prince
• Détails d’architecture des maisons Gingerbread
• Chroniques des monuments et sites historiques
d’Haïti.
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 32 • 1er avril 2013 • 1
• Les hauteurs de Turgeau vers 1919 (Livre Bleu d’Haïti, 1919)
• Une vue du quartier de Bolosse, surplombant le centre-ville de Port-au-Prince (US Marines Corps, 1929)
• Le quartier de Turgeau (Livre Bleu d’Haïti, 1919
s’amorce et la construction reprend. De grands
projets d’architecture et d’urbanisme se dessinent.
Le marché Vallière (marché Hyppolite), principal
centre d’approvisionnement de la capitale, reçoit une
magnifique structure en fer et fonte ; les halles de
la douane sont construites. Une nouvelle cathédrale
est bâtie à Port-au-Prince. Le Bord-de-Mer, quartier
commerçant avoisinant le port, se transforme et se
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• 1. Le Palais national construit par l’ingénieur Léon Laforestrie
de 1880 à 1882 (Coll. particulière)
• 2. La villa Fraenkel qui deviendra en 1929, l’hôtel Splendid,
œuvre de l’architecte Georges Baussan (Le Livre Bleu d’Haïti,
1919)
• 3. Villa à Peu-de-Chose de l’architecte Léon Mathon (Coll.
particulière)
• 4. La résidence Desvarieux (Architecte Georges Baussan).
Voir page de couverture (Coll. particulière)
met au goût du jour. Le quartier du Morne-à-Tuf se
développe au Sud. Les premiers programmes de
construction de chaussées et trottoirs, d’aménagement de réseaux d’évacuation des eaux pluviales, de
captage et de canalisation moderne d’eau potable
sont exécutés. Les anciens ponts en bois sont remplacés par de nouveaux en maçonnerie ou en fer. A
la fin du XIXe siècle, la ville compte près de 70,000
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habitants et 8 000 maisons, soit le triple de la ville
coloniale.
Pour la première fois depuis sa création, Port-auPrince sort de ses limites initiales de 1750. La
ville se densifie et les grands incendies se multiplient.
Certains sont restés longtemps gravés dans les
mémoires : l’incendie dit Ti-Méline, au Bel-Air, le 30
novembre 1894, celui du 20 juillet 1896 qui ravagea
3
pendant trois jours le quartier du Bord-de-Mer. Le
28 décembre 1897, à 11 heures du soir le feu éclate
dans une maison à la Grand-rue et se répand rapidement dans tout le secteur nord de la ville. Le 29
décembre, vers 6 heures du matin un tremblement
de terre fait s’écrouler les ruines encore fumantes.
Des centaines de maisons de commerce ainsi que les
résidences situées en général au premier étage sont
ainsi détruites.
La répétition de ces désastres confirme une tendance qui s’était déjà amorcée quelques années plus
tôt. Les classes aisées se séparent de leur commerce
et construisent leurs demeures le long des chemins
menant à la campagne : le chemin de Lalue, l’actuel
avenue John Brown, le chemin du Bois-Verna (avenue
Lamartinière,) le chemin des Dalles, l’avenue Christophe, ainsi que sur les contreforts du morne de
l’Hôpital à Bolosse, Fontamara, etc.).
Des quartiers résidentiels entiers s’établissent ainsi au
sud et à l’est du centre-ville : Turgeau, Desprez, Pacot,
Babiole, Peu-de-Chose, Bolosse, …
Au tournant du XXe siècle, de grands édifices voient
le jour, œuvres d’architectes haïtiens ayant étudié à
l’étranger, et particulièrement en Europe, et qui sont
revenus au pays avec une forte influence de l’Ecole
des Beaux-arts de Paris : Georges Baussan, Léon Ma-
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thon, Joseph-Eugène Maximilien, Louis Doret, Léonce
Maignan, William McIntosh et bien d’autres. Ils se sont
particulièrement démarqués en dessinant des plans
de maisons, associant le goût des Haïtiens pour les
motifs élaborés au vocabulaire de l’architecture des
maisons de villégiature françaises, créant ainsi un style
purement haïtien de maisons en treillis. Ils développèrent un mouvement qui a produit des dizaines de
maisons élégantes dans les quartiers chics de Portau-Prince.
Georges Baussan, le plus célèbre d’entre eux, a dessiné des immeubles marquants du paysage urbain de
Port-au-Prince tels le Palais National, les Casernes
Jean-Jacques Dessalines, le Lycée Alexandre Pétion
et, plus tard, l’Hôtel de Ville. Le majestueux Palais de
Justice quant à lui est l’œuvre de l’architecte Léonce
Maignan.
H
• 1. Le pensionnat Notre-Dame du Sacré-Cœur, au portail
Saint-Joseph (Croix-des-Bossales) ) (Album Religieux d’Haïti)
• 2. L’hôtel Bellevue, au Champ-de-Mars (Livre Bleu d’Haïti,
1919)
• 3. Le 49 de l’avenue Christophe (détruit en 1980). Architecte
Léonce Maignan,1905 (Livre Bleu d’Haïti, 1919)
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Influences
Le style d’architecture Gingerbread qui s’est épanoui
particulièrement à Port-au-Prince, s’est également
répandu à travers le pays. Il existe de très beaux
exemplaires de résidences de ce type à Saint-Marc
à Jérémie, aux Cayes, à Petit-Goâve, Léogane, … Tout
comme à Port-au-Prince, elles furent, en général,
construites dans les faubourgs.
En milieu rural, particulièrement dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, les constructeurs s’inspirèrent des maisons Gingerbread en agrémentant leurs œuvres de détails d’ornementation
(lambrequins, ajours, bordures de rives, etc.) qui reprennent avec une large liberté les éléments géométriques courants en y intégrant parfois des éléments
iconographiques du vodou.
Des architectes contemporains se sont essayés à
construire des maisons de style Gingerbread en utilisant parfois uniquement le langage décoratif propre
à ce style, avec des matériaux courants des constructions actuelles.
Dès l’Occupation américaine d’Haïti (1915 - 1934),
les classes moyennes qui s’étaient établies autour
de la place Sainte-Anne au Morne-à-Tuf et au BasPeu-de-Chose (Sud de Port-au-Prince), affirment
leur progrès social et politique avec la « Révolution
de 1946 ». Elles y construisent des résidences plus
modestes que celles de Pacot, Turgeau, Bois-Verna, ...
mais s’approprient le langage architectural des Gingerbread en vogue à l’époque. De ce fait la collection
des maisons Gingerbread de Port-au-Prince n’est pas
uniquement constituée de résidences somptueuses
des classes aisées mais aussi de constructions plus
modestes des classes moyennes reprenant, souvent
avec bonheur, le même langage.
Description
Jusqu’au début des années 1940, on assiste à l’édification d’une impressionnante collection d’édifices
d’architecture brillante qui deviendra plus tard l’image
stéréotypée de l’architecture traditionnelle haïtienne.
En général ces constructions sont réalisées en pans
de bois, en briques ou, au début du XXe siècle, en
béton armé. Ces maisons respectent généralement
le même programme architectural. Leurs plans
présentent des pièces en enfilade, renforçant une
monumentalité recherchée. Au rez-de-chaussée une
grande salle servant de salon, vivoir et salle à manger,
et ces fonctions sont souvent séparées entre elles par
une clôture ajourée. Elles s’ouvrent sur de grandes
galeries qui relient l’intérieur aux jardins environnants.
À l’étage se retrouvent les fonctions de nuit. À l’origine, la cuisine et les salles d’eau étaient aménagées
dans des bâtiments annexes.
« La demeure bourgeoise type des quartiers élégants et mondains est une maison « en pans de bois
et faux panneaux en maçonnerie », basse ou à un ou
deux étages, avec de spacieuses galeries sur lesquelles
ouvrent de larges portes garnies de persiennes.
Ornée extérieurement de balustrades, de colonnettes, de croisillons, de frises de bois découpées,
elle s’agrémente à l’intérieur de décorations diverses
dont celle du plafond tient la première place. Les
pièces sont en enfilade ou simplement accolées les
unes aux autres. La toiture est recouverte de tôles
ondulées ou d’ardoises en fibrociment. Très inclinée
et compliquée d’arabesques, de tourelles rehaussées de faîtières, d’œils-de-bœuf et de girouettes. Cet
abus de l’ornement, très dans la note du modern
style, ajoute au luxe et à l’originalité de ces splendides demeures dont l’architecture s’accommode
avec bonheur aux convenances de la vie tropicale
». (Georges Corvington, Port-au-Prince au cours des
ans, T 2, 1804 – 1915, p. 675 – 676. 2003).
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• 1. Case rurale à Goyavier, Saint-Marc (Photo : Daniel Elie,
2012)
• 2. Motifs architecturaux d’une case rurale dans la région de
l’Arcahaie (Photo : Daniel Elie, 2012)
• 3, 4 5. Exemples de maisons Gingerbread de dimensions
modestes (Photos : Daniel Elie, 1980)
• 6. L’école des Frères de l’Instruction Chrétienne à Pivert,
Saint-Marc (Photo : US Marine Corps)
• 7. La résidence Hilaire sur les hauteurs de Bordes à Jérémie
(Photo : Daniel Elie, 2009)
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• 1. Le Castel-Fleuri de l’avenue Christophe (Photo : Karine
Rocourt, 2009)
• 2. Résidence à l’avenue Christophe (Photo : Daniel Elie, 2012)
• 3. La tourelle du 48 de l’avenue Lamartinière (P
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• Photo : Livre Bleu d’Haïti • 1919
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« Gingerhaus », « Gingerbread »
L’expression « maisons Gingerbread » (maisons
de pain d’épice en français) fait référence à
un type de confiserie d’origine allemande, le
pain d’épice dur utilisé pour construire des
gâteaux en forme de maisons, similaires à la «
maison de la sorcière » rencontrée par Hansel
et Gretel dans le conte du même nom des frères
Grimm. Ces maisons, couvertes d’une variété
de bonbons et de givrage, sont de populaires
décorations de Noël.
L’expression Gingerbread appliquée à
l’architecture remonte déjà au XVIIIe siècle
en Angleterre et s’est popularisée à la fin de la
Guerre de Sécession (1861 - 1865) aux ÉtatsUnis. On l’employait à l’origine de manière
plutôt péjorative pour désigner un style de
constructions privilégiant une ornementation
élaborée et opulente, voire excessive. Ce style
architectural s’inscrit dans des mouvements
architecturaux internationaux, héritiers de
l’éclectisme du XIXe siècle et correspond à ce
qu’on qualifie plus scientifiquement de néoclassique, néogothique ou Victorian style.
L’expression « Gingerbread » a prévalu en
Haïti pour désigner ces résidences victoriennes
richement ornementées de la fin du XIXe
siècle. Les raisons du succès de ce terme en
Haïti nous restent inconnues.
Les maisons du style Gingerbread rendent
compte de l’aménagement et de l’évolution
du bâti de Port-au-Prince. Autant que la littérature et plus que toutes les autres traces, elles
témoignent d’une époque où l’architecture et la
disposition des résidences révèlent une certaine
qualité de vie et une quête esthétique dans
l’occupation des espaces urbains.
L’érection des premiers Gingerbread a commencé en 1881, sous la présidence de Lysius
Salomon, avec la construction du Palais
National par l’ingénieur Léon Laforestrie. Cet
édifice disparut en 1912, dans une explosion
qui causa la mort du Président Cincinnatus
Leconte. Style architectural venu d’Europe, le
Gingerbread s’adaptait parfaitement au climat
tropical haïtien ainsi qu’à nos habitudes traditionnelles de construction. Les hauts plafonds
et les vastes greniers avec volets d’aération
permettent une meilleure circulation de l’air et
limitent l’humidité.
Les Gingerbread sont les premiers jalons de ce
qui pouvait à l’époque être considéré comme la
banlieue de Port-au-Prince, quartiers résidentiels qu’ont été pendant longtemps le BoisVerna, Turgeau, Babiole, Desprez. Construites
entre cour et jardin, ces résidences se sont
multipliées dans ces quartiers que l’historien de
la ville de Port-au-Prince, Georges Corvington,
a qualifié de « Colline verte »
1
• Exemples de disposition de galeries dans les maisons Gingerbread
Page de droite :
• 1. La galerie et l’extérieur (Avenue Charles-Sumner)
• 2. La galerie et l’intérieur (le 7 de la rue Croix-Desprez)
• 3. Le15 de la rue M (image de synthèse)
• 4. Ferme décorative de la tourelle du 48 de l’avenue Lamartinière
• 5. Le 9 de la rue Bellevue
• 6. Maison Gingerbread à l’avenue Lamartinière, au Bois-Verna
• 7. L’école Anne-Marie Javouhey, au quartier de Bolosse (détail
de la façade principale)
(Photos : Daniel Elie, 2012)
Si le style des maisons Gingerbread, est d’origine
européenne, transplanté en Haïti, il a subi un « effet
de culture » où les Haïtiens l’ont interprété et adapté
à leur propre langage esthétique. C’est dans ce sens
qu’il faut voir les solutions esthétiques qui s’écartent
des codes européens pour s’affirmer de plus en
plus avec élégance. L’architecture des Gingerbread
invente des solutions formelles, inspirées, certes, des
architectures « néos », mais abandonne progressivement toute idée préconçue de règles de proportions
fermement établies. Les architectes haïtiens translatèrent, souvent avec bonheur, le langage architectural
européen en changeant d’échelle ou en interprétant
des éléments et même des parties de bâtiment ou de
toiture de manière tout à fait originale.
L’appropriation des codes architecturaux européens
du XIXe siècle est manifeste. Elle est réalisée par
les architectes, les ingénieurs et les contremaîtres haïtiens, tant au niveau de la distribution et de l’introduction de nouveaux espaces fonctionnels, telle la galerie,
qu’au niveau des « libertés » prises dans le design des
élément décoratifs (ajours, lambrequins, corbeaux,
consoles, etc.).
Les maisons Gingerbread sont parfaitement intégrées au climat tropical. Les vastes combles ventilés
par des lucarnes, des œils-de-bœuf ou des chatières,
les ouvertures en enfilade des pièces à haut plafond,
les moucharabiehs des galeries, les caves percées de
soupiraux, tout est conçu et agencé pour assurer un
contrôle de la chaleur, de l’humidité et des insectes.
Les larges galeries ouvertes longeant les façades
offrent généreusement de l’ombre tout en assurant
une transition agréable entre l’extérieur et l’intérieur
de la maison. Espace utile et convivial, par excellence,
où se déroule l’essentiel de la vie familiale, la galerie
augmente sensiblement la superficie de la maison à
un coût moindre. Les volets extérieurs des ouvertures sont doublés à l’intérieur de volets plus légers
percés de persiennes amovibles assurant la ventilation tout en préservant l’intimité. Les toitures fortement pentues facilitent l’écoulement rapide des eaux
de pluies lors des fréquentes averses tropicales.
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Le 2 de la rue 4
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Celles-ci sont traitées comme
un couronnement placé sur
le corps de bâtiment qui, lui,
pouvait être plutôt d’inspiration
néo-classique.
Tout comme dans les châteaux
médiévaux, les toitures sont
pentues, dotées de bardages
horizontaux, de fermes
débordantes, richement décorées
de bordures de rives et de
lambrequins très ouvragés.
Elles sont volontiers ornées
de créneaux, de flèches, de
girouettes et de gargouilles. Des
détails d’architecture, déplacés
de leur contexte fonctionnel, se
sont également glissés dans ce
vocabulaire : des crêtes coupeneige sont ajoutées au faitières
des toitures.
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Dans les Gingerbread,
l’utilisation de ce langage se
retrouve dans les constructions
en pans de bois lambrissés
ou hourdés de maçonnerie et
très souvent dans les toitures.
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Sur les hauteurs de Peu-de-Chose, à Pacot, dominant
la baie de Port-au-Prince, l’architecte Joseph-Eugène
Maximilien construisit, en 1914, pour Mme Clara
Ewald Gauthier, l’étonnante Villa Miramar (Villa Cordasco). Située dans un vaste jardin, elle combine le
néoclassique et le médiéval.
Pour les fonctions publiques, salons, salles à manger
d’apparat, chambres de maîtres, situés aux deux premiers niveaux, le langage néoclassique est privilégié.
Faits de maçonnerie de moellon et de briques crépis et de béton armé pour le porche d’entrée, les
corbeaux et les balcons, ces premiers niveaux sont
richement habillés de fausses pierres de tailles aux
angles, de bandeaux, de chambranles, de corniches, de
balustres, de vasques et de colonnes ioniques. Pour le
troisième niveau abritant les fonctions plus intimes,
Maximilien reprend le langage médiéval en pan de
bois contreventé.
Pour couronner le tout, une toiture mouvementée
à pente raide, couverte d‘ardoises de fibrociment
et munie de lucarnes présente sur l’axe de l’entrée
une ferme débordante à entrait retroussé, décorée
de bois découpé. Cette majestueuse construction est
aujourd’hui dans un état de quasi-abandon qui compromet son entretien et sa survie.
Epi de faîtage
Crête coupe-neige
Ferme débordante décorée d’ajours et de
bordures de rives
Lambrequins de ferme débordante
Œil-de-bœuf
Volutes en bois découpé ornant une
ferme débordante
Lambrequins de bordure de toit
Ajours brise-soleil
Consoles décoratives
Corbeaux
Porte à volets extérieurs et volets
intérieurs avec persienne
Ajour d’ouverture (porte)
Colonnes chanfreinées
Colonne tournée
Balustrade à bâtons fuselés
Balustrade à balustres en planches
découpées
Poteau d’angle de balustrade
Balustre carré
Balustre en poire
Moucharabieh
Colonnes, consoles, balustrades et ajours
brise-soleil
Colonnes, balustrades et ajours brisesoleil
Vasque de jardin montée sur un dé de
balustrade
Volute en fer forgé d’une barrière
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Photos : Philipe Châtelain et Daniel Elie (2012)
Détails d’architecture
des maisons Gingerbread
Le XIXème siècle demeure un
siècle de construction. Jamais
auparavant l’architecture n’a été
autant observée et détaillée. Les
architectes sont avant tout des
constructeurs. Le vocabulaire est
précisé et systématisé.
Des manuels de construction
civile sont largement vulgarisés 3
et pour chaque élément
d’architecture on y décrit son
mode de mise en œuvre, sa
forme et sa fonction, décorative
ou constructive.
Les progrès des techniques de
construction, réalisés grâce à la
conversion directe de la fonte
en acier, réduisant son coût
de fabrication, et l’invention
du béton armé donnèrent une
impulsion décisive à cette fièvre
de construire.
Tout en laissant place à
l’imagination et au goût des
Haïtiens, les architectes locaux
vont également appliquer
les prescrits des manuels
de construction de l’époque.
Un vocabulaire très étendu
se généralise, facilitant la
communication entre ingénieurs,
architectes et ouvriers.
L’une des particularités
des maisons Gingerbread
est l’utilisation courante du
vocabulaire néogothique,
remis au goût du jour par les
travaux de Eugène Violletle-Duc. Grand défenseur de
l’architecture gothique comme
l’architecture de référence de la
France, il publia de 1854 à 1868,
un volumineux « Dictionnaire
raisonné de l’Architecture »,
résultat de ses recherches
exhaustives sur l’architecture
médiévale de France.
Né au milieu du XVIIIe siècle en
Angleterre, le style architectural
néogothique se développe avec
force au XIXesiècle avec divers
courants et tendances visant
tous à faire revivre des formes
médiévales. Le mouvement
néogothique (appelé également
« Renaissance gothique », sur
le modèle du Gothic Revival
anglais) a eu une influence
importante en Europe et en
Amérique.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 32 • 1er avril 2013 • 9
Le 9 de la rue Bellevue
Le 60 de l’avenue Christophe est très certainement
la maison Gingerbread la plus célèbre de Port-auPrince. Elle a été construite en 1887, selon les plans
dressés par l’architecte français Lefèvre pour Démosthène Simon Sam, fils du Président Tirésias Simon
Sam. Après avoir servi d’hôpital durant l’Occupation
américaine (1915 – 1934) le bâtiment a été transformé en établissement hôtelier en 1936, fonction
qu’il occupe encore aujourd’hui. Durant les années
1950 et 1960, le Grand Hôtel Oloffson connut ses
heures de gloire et était devenu le point de passage
obligé de toute la jet-set internationale visitant Haïti.
L’écrivain anglais Graham Greene en a fait le décor de
son célèbre roman « Les Comédiens ».
Le corps du bâtiment, fait d’épais murs en maçonnerie de briques et de moellons, contraste avec la
légèreté des galeries étagées sur deux niveaux. Ces
galeries qui le ceinturent sur trois façades et sont supportées par des colonnes rythmées de balustrades
à barreaux et en planches découpées, d’ajours et
de lambrequins. Des ouvrages en surplomb, à plan
octogonal évoquant les échauguettes des ouvrages
fortifiés, flanquent les angles des galeries hautes. Le
même dispositif, axé sur la façade crée un porche
d’accès au rez-de-chaussée. Ce porche est desservi
par un imposant escalier à deux volées doubles. Sous
les volées ont été aménagées des niches voûtées à
plein cintre. Son garde-corps est fait de balustres en
métal. Un vaste jardin planté d’arbres et une allée en
boucle précèdent l’édifice et participent étroitement
à sa mise en scène dans un décor végétal luxuriant
et majestueux.
Afin de rendre ce jardin encore plus vaste, l’architecte
a logé le bâtiment sur une terrasse pratiquée dans la
colline surplombant le terrain. Cette implantation a
permis d’aménager un patio entre le bâtiment et
l’escarpe naturelle obtenue lors de ces terrassements.
Le salon du rez-de-chaussée et une loggia à l’étage
profitent largement de ce patio.
En dépit de sa transformation en lieu d’hébergement
public, cette résidence a su quelque peu conserver
son authenticité. Encore faut-il déplorer l’érection
inopportune, dans les jardins, de constructions annexes, perturbant cette relation particulière qu’entretenait le jardin boisé avec la résidence.
Cette élégante résidence présente une composition
très originale. Un large parallélépipède sert de socle
à une chambre haute étroite, posée en travers. A
l’extrémité nord, une tourelle coiffée d’une toiture en
pavillon, à pente très prononcée, rompt la symétrie
de la façade. Le 9 de la rue Bellevue ne possède pas
de galerie à proprement parler. Elle est simplement
posée sur un soubassement délimité par un gardecorps en balustres poirées Le débordement de la
chambre haute crée un porche d’entrée au rez-dechaussée, marqué par une arche faite de bois découpé. Au perron, on accède par un degré droit à cinq
marches.
La tourelle, élément singulier de cette construction,
offre de différents points de vue des perspectives
étonnantes. Bien que conservant encore sa fonction
de résidence, elle est dans un mauvais état de conservation.
Photos : Philipe Châtelain et Daniel Elie (2012)
Photos : Philipe Châtelain, Daniel Elie et Randolph Langenbach (2010, 2012)
Le 60 de l’avenue Christophe
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 32 • 1er avril 2013 • 11
Maisons Gingerbread
Photos : ISPAN (2010, 2013)
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
à Port-au-Prince
• Planches de l’exposition sur le maisons Gingerbread de Port-au-Prince
Exposition sur les maisons Gingerbread
Du 11 au 26 janvier 2013 une exposition sur les maisons Gingerbread a été présentée sous la tonnelle
des jardins de la Fondation Connaissance et Liberté
(FOKAL) à l’avenue Christophe à Port-au-Prince. Cette
exposition avait pour but de sensibiliser le public en
général et particulièrement les jeunes écoliers sur la
valeur de ce patrimoine et sur l’importance de ce style
architectural dans l’histoire de la ville de Port-au-Prince.
Cette exposition, qui a pour titre « Les maisons Gingerbread de Port-au-Prince » fait, à travers une quarantaine de planches abondamment illustrées, une mise
en contexte de l’éclosion et de l’évolution de ce style
architectural, qui a aboutit à la création du quartier historique des maisons Gingerbread de Port-au-Prince (le
Gingerbread District) entre la fin du XIXe siècle et la
première moitié du XXe siècle. Elle présente aussi la
démarche architecturale des constructeurs de ces maisons, les différentes techniques de construction utilisées
et les défis que représentent, aujourd’hui, la préservation et la réhabilitation de ce patrimoine.
Cette exposition proposée dans le cadre de la commémoration du séisme du 12 janvier 2010, a été visitée par de nombreuses délégations d’écoles primaires
et secondaires de la capitale. Les responsables de la
FOKAL ont pu à cette occasion engager un dialogue
avec ces jeunes visiteurs pour les aider à découvrir
ce patrimoine culturel du pays et approfondir leurs
connaissances sur l’historique de ces maisons, leur état
de conservation après le tremblement de terre et les
efforts qui sont consentis par FOKAL et ses partenaires
en vue de les restaurer.
Cette exposition souligne comment le tremblement de
terre du 12 janvier 2010 nous a révélé à quel point ces
constructions sont adaptées à nos risques sismiques. En
dépit de leur âge et leur manque d’entretien elles ont
étonnamment bien résisté au séisme. En plus d’être de
véritables joyaux de notre patrimoine bâti, ces maisons
sont des modèles qu’il faut prendre en compte dans les
projets de reconstruction de Port-au-Prince.
Cette exposition a été réalisée par le Comité National ICOMOS-Haïti, avec le support de l’Institut du
Patrimoine Wallon (IPW), la World Monument Funds
(WMF) et l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN).
Du 29 novembre 2012 au 30 décembre 2012 cette
exposition a également été présentée à l’Archéoforum
de Liège en Belgique dans le cadre d’une manifestation
intitulée Fanaux et Gingerbread ou en plus des rési-
dences bourgeoises traditionnelles de Port-Au-Prince,
les visiteurs ont pu découvrir les fanaux, ces maisonslanternes réalisées en carton et papier et qui constituent un des aspects les plus originaux de la fête de
Noël en Haïti.
D’autres présentations de l’exposition « Les maisons
Gingerbread de Port-au-Prince » sont prévus aux Etats
Unis et également à travers Haïti.
Ce présent numéro du BI est tiré de cette exposition.
Maisons Gingerbread de Port-au-Prince
Conception et réalisation : Daniel Elie et Philipe
Châtelain
Direction et coordination : Monique Rocourt
Montage : Daniel Elie
Photographies : Daniel Elie, Philipe Châtelain, Karine
Rocourt (IMAGINE AYITI), Rafaelle Castera (IMAGINE
AYITI), Randolph Langenbach, Tito Dupret, ISPAN
Textes : Emmelie Prophète, Daniel Elie, Philippe
Châtelain
Correction : Guerda Romain Châtelain, Farah François
Hyppolite, Lucie Couet
Relevés architecturaux : Dorphy Léonard, Vanessa
Darbouze, Paul-Emile Brice
Images de synthèse assistées par ordinateur : Daniel Elie
Tribunal de Première Instance de Jacmel
restauré
Parmi les constructions anciennes du centre historique
de Jacmel ayant été sérieusement abimés par le séisme
du 12 janvier 2010, on retrouve le Tribunal de Première
Instance de Jacmel situé à la rue Seymour-Pradel. Ce
bâtiment d’intéret historique certain, construit en 1908,
méritait une intervention exemplaire combinant la restauration et le renforcement parasismique.
Réalisés par la firme Studio A, les études de ce projet
de restauration ont été menées par l’Ingénieur Elsoit
Colas de l’ISPAN selon les recommandations produites
par l’ingénieur Patricia Balandier (France).
En effet, le précieux rapport de Mme Balandier (Association pour la Protection et la Valorisation du Patrimoine de la Grande Caraïbe) en mars 201, préconisait
trois types d’intervention : diminution des masses de
l’édifice, réduction des accélérations de la structure
prises lors d’un choc sismique et l’aménagement de
contreventement.
Pour assurer le contreventement parasismique de l’édifice une structure triangulée faites des profilés métalliques a été réalisée. Ces éléments sont solidement
ancrés dans les dalles de béton afin de s’opposer aux
12 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 32 • 1er avril 2013
• LeTribunal de Première Instance de Jacmel, avant et après
restauration
poussées horizontales d’un séisme. Le dimensionnement des pièces métalliques a été fait de manière à ce
que les poteaux de ces portiques puissent s’opposer
alternativement aux poussées et au soulèvement et
permettre aux poutres de travailler en traction.
Dès le départ, l’idéal de la conservation «à l’identique»
du Tribunal fut bousculé par le regard réaliste porté sur
les défauts originels de la construction et, surtout, par le
constat des dommages causés à l’édifice par le séisme.
Mais la maîtrise technique finalement a permis un bon
compromis : le paysage urbain du centre historique de
Jacmel s’en sort indemne.
Ce projet d’un budget de 8.721.579,18, Gourdes dont
1.259.725,98 Gourdes affectées à la supervision, a été
financé par le Programme de Nations-Unis pour le
Développement (PNUD).
La conduite des travaux a été menée par la firme ENAMEX de août 2011 à février 2013, sous la supervision
de l’ISPAN.
L’exécution a pu, par ailleurs, compter sur la participation des élèves de l’Ecole-Atelier de Jacmel, institution
de formation d’ouvriers spécialisés dans les domaines
de la conservation et de la restauration dans les disciplines comme la charpente, la ferronnerie d’art, la maçonnerie et l’artisanat (Voir BI-21, 1er février 2011).
Cette institution qui fonctionne sous la supervision de
l’ISPAN est financée par la Coopération Espagnole.
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BULLETIN DE L’ISPAN No 32 :
• Rédaction et édition : Moun Studio
• Distribution : Service de la Promotion / ISPAN
INSTITUT DE SAUVEGARDE
DU PATRIMOINE NATIONAL
Ministère de la Culture
Rue Cappoix, Champ-de-Mars, Port-au-Prince,
Haïti
Directeur général : Monique Rocourt
La publication de ce numéro du BI a été
rendue possible grâce au support financier de
la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL)