(2011-08) Summary of the CSCCA judgment of 2011-08-01: Affaire relative à l’audit de la gestion financière de l’Office d’Assurance des Véhicules Contre Tiers (OAVCT) pour la période allant de mars 2004 à s
Summary — The court's published summary of its judgment of 2011-08-01 in the following case: Affaire relative à l’audit de la gestion financière de l’Office d’Assurance des Véhicules Contre Tiers (OAVCT) pour la période allant de mars 2004 à septembre 2006. The court sat in its financial jurisdiction. The summary gives the facts, the texts applied and the operative ruling. The court publishes these summaries rather than the judgments themselves, and they are most of what is publicly available of Haitian financial and administrative case law.
Full Document Text
Extracted text from the original document for search indexing.
RÉSUMÉ DES ARRÊTS DE LA COUR SUPÉRIEURE DES COMPTES ET DU
CONTENTIEUX ADMINISTRATIF
Affaire relative à l’audit de la gestion financière de l’Office d’Assurance des
Véhicules Contre Tiers (OAVCT) pour la période allant de mars 2004 à
septembre 2006
ARRÊT DU 1ER AOÛT 2011
Par cette décision rendue en audience ordinaire et publique du premier août deux
mille onze(1-08-11)la Cour, jugeant en ses attributions financières, a sanctionné la
gestion de l’Office d’Assurance des Véhicules Contre Tiers (OAVCT) pour la période
allant du mois de mars 2004 au mois de septembre 2006 et statué sur la
responsabilité du Directeur général de cette institution, le sieur Edrick LEANDRE.
L’affaire a été introduite à la CSCCA par auto-saisine. En effet, le président du
Conseil avait adressé à la date du 23 mai 2007 une correspondance au Directeur
général de l’OAVCT pour l’informer qu’une commission a été mise sur pied aux fins
d’auditer sa gestion.
La cause est évoquée en audience ordinaire et publique du onze (11) mai deux mille
neuf (2009) et retenue par le sieur Edrick Léandre et ses avocats. Requis de lire sa
requête introductive d’instance, l’avocat déclina l’invitation et sur ordre du
Président du collège de jugement, lecture a été donnée de la correspondance
d’auto-saisine et du rapport d’audit-financier de l’OAVCT.
Le rapport des Vérificateurs de la Cour du 23 novembre 2007 a présenté comme
suit la situation financière de l’OAVCT.
1) Au 30 septembre 2004
Total actif : 263,930.219gdes 14
Total passif : 94,863.291gdes 20
Total capital et profits :169,066.927gdes 94
2) Au 30 septembre 2005
Total actif : 362,871.309gdes 18
Total passif :71,597.216gdes 63
Total capital et profits : 291,274.092gdes 55
3) Au 30 septembre2006
4) Total actif : 425,245.129gdes 88
Total passif : 17,064.012gdes 38
Total capital et profits : 408,181.117gdes 50
Ce rapport est conforme aux normes reconnues, balisé par l’arrêté du 16
février 2005 portant réglement de la comptabilité publique et par le décret
du 3 décembre 2004 sur la passation des marchés publics. Il établit que les
états financiers susdits ne donnent pas une image fidèle de la réalité
financière de cette institution pour la période couverte.
L’OAVCT a effectué ses transactions sur les quatre (4) comptes courants ciaprès listés ; deux logés à la BRH,deux autres à la BNC. Et dispose d’un crédit
à SOGECARTE.
BRH-Compte No 131 606 432 dépenses de fonctionnement HTG
BRH-Compte No 131 606 425 dépenses d’indemnisation HTG
BNC-Compte No 166 101 7386 dépenses de fonctionnement USD
BNC-Compte No 166 001 8389 dépenses de fonctionnement HTG
De 2004 à 2006, le compte de fonctionnement BRH-131606432 a reçu des
dépôts et virements d’un montant de six cent trente-sept millions six cent
quatorze mille deux cent dix-neuf gourdes et quarante-quatre centimes
(637,614,219gdes 44). Cependant, d’autres dépenses d’investissement,
d’amortissement de dettes, de paiement de SOGECARTE y sont effectuées.
Certains décaissements sont faits en dérogation des prescrits de l’article 66
de l’arrêté du 16 février 2005 ; ils sont effectués sans pièces justificatives
pour une valeur de dix-neuf millions cinq cent trente-six mille cinq cent
quatre-vingt-quatorze gourdes et dix-huit centimes (19,536,594gdes18) ou
par simple pro-forma pour une valeur de treize millions dix-sept mille deux
cent soixante-six gourdes et trente centimes (13,017,266gdes 30).
Les frais et subventions octroyés au personnel, en transgression des règles
comptables applicables dans l’Administration publique, s’élèvent
respectivement à trois millions cent trente-cinq mille gourdes (3,135,000
gdes) et à six millions quatre cent trente-quatre mille sept cent cinquante
gourdes (6,434,750gdes).
Des marchés publics tels la construction de l’annexe de carrefour pour un
total de treize millions neuf cent trente-six mille deux cent quatorze gourdes
et soixante centimes (13,936,214gdes 60) ; l’acquisition de cinq ambulances
land Rover pour : dix millions huit cent quatre-vingt-huit mille soixante-deux
gourdes et cinquante centimes (10,888,062gdes 50) ; la mise en réseau de
sept bureaux régionaux avec le bureau central pour : USD 464,287.12 ont été
passés en violation grossière des instruments légaux… dégageant des profits
indus.
La gestion du compte BNC No 1661017386 sur lequel sont versés les intérêts
issus d’un dépôt à terme de cent millions de gourdes est brumeuse. Le
comptable est dans l’incapacité de fournir les informations concernant
l’utilisation des fonds de ce compte. La gestion de la ligne de crédit
SOGECARTE est également opaque et ambivalente. Elle couvre certaines
obligations à caractère personnel du Directeur général, notamment ses
déplacements couteux.
D’autres postes des états financiers tels les « Prêts aux employés », les dettes
à long terme », la vente de véhicules, les dépenses de cafétéria, les dépenses
de carnaval etc. sont trafiqués et gérés avec laxisme.
Le contrôle de l’inventaire n’a pas fait état de problèmes au niveau des biens
meubles sauf pour le matériel roulant évalué à quarante-sept (47) véhicules
et six (6) motocyclettes dont un certain nombre ont été volés ou incendiés,
appert rapports de police ou procès-verbaux de justice de paix.
L’absence de normes et la non-application des procédures administratives
ont induit un fonctionnement inadéquat et informel de l’OAVCT. Le service
d’audit interne est bloqué ; des dossiers d’indemnisation sont entachés
d’erreurs ; les recrutements se font en dehors des prescrits de la loi
organique… Aucun contrat formel ne lie bon nombre des membres du
personnel à l’OAVCT.
Le rapport de vérification de la Cour conclut que les responsables de l’OAVCT
ont engagé l’institution pour la valeur de neuf cent trente-sept millions neuf
cent vingt-quatre mille cinq cent soixante-huit gourdes et vingt-neuf
centimes (937,924,568gdes 29) dont vingt-quatre millions trois cent un mille
trois cent cinquante-cinq gourdes et quatre-vingt-huit (24,301,355gdes 88)
ont été décaissées de manière irrégulière. Deux tableaux récapitulatifs de
décaissements non conformes aux normes de la comptabilité publique et aux
prescrits du décret du 3 décembre 2004 sur les marchés publics, ont été
donnés en annexe du rapport. Ils sont de nature à ruiner toute fiabilité, toute
crédibilité des opérations financières de l’OAVCT.
Communication du rapport a été donnée à l’OAVCT. Le Directeur général a
réagi et déposé de nouvelles pièces justificatives à l’Apurement des comptes.
Du coup, la Cour a demandé à la commission de vérification un nouvel audit
financier. Le 20 février 2008, un nouveau rapport complémentaire est remis
à la Cour. Les chiffres mis sur la sellette ont légèrement changé.… ils sont
passés de vingt-quatre millions trois cent un mille trois cent cinquante-cinq
gourdes et quatre-vingt-huit centimes (24,301,355gdes 88) à dix-sept
millions quatre cent vingt-cinq mille cent quatre-vingt-sept gourdes et vingt
centimes (17,425,187gdes 20) ; mais le fond de l’affaire et les irrégularités
relevées demeurent les mêmes dans les deux textes.
A l’audience du 11 mai 2009, la Cour a rendu avec l’aval de l’auditorat un
avant-dire droit ordonnant au greffier de notifier le second rapport au
Directeur général de l’OAVCT en vertu du principe du contradictoire et de
l’équité. Elle a ordonné aussi le renvoi de l’affaire à quinzaine pour permettre
aux parties et à leurs avocats de prendre connaissance des corrections de
l’Apurement des Comptes.
L’Auditorat après examen du rapport du 23 novembre 2007 a déclaré que la
gestion financière de l’institution est entachée d’irrégularités, de
détournements, de prévarications, de malversations qu’il y a lieu
conformément aux dispositions de l’article 38 du décret du 4 novembre
1983 et d’engager la responsabilité personnelle des comptables de deniers
publics de l’OAVCT pour la période contrôlée et de voir la Cour prononcer un
arrêt de débet et les mesures s’y rapportant contre ces comptables en
attendant que des poursuites soient engagées contre eux par devant la
juridiction compétente. Après examen du second rapport financier qui a
ramené les fonds décaissés irrégulièrement à dix-sept millions quatre cent
vingt-cinq mille cent quatre-vingt-sept gourdes et vingt centimes
(17,425,187gdes 20), l’Auditorat a maintenu ses conclusions et demandé à
la Cour de constater les fraudes, malversations, prévarications et
détournements de fonds publics de l’OAVCT ; de prendre un arrêt de débet
consacrant ces irrégularités et d’ordonner la notification de l’arrêt au
Commissaire du Gouvernement et au Juge d’instruction pour la poursuite
des auteurs.
Le Conseiller instructeur a affirmé de son côté que les finances de l’OAVCT
ont été mal gérées d’après le rapport financier présenté par les vérificateurs
de la Cour qui sont des officiers ministériels assermentés, crûs jusqu'à
inscription de faux. Ce qui entraîne la responsabilité pécuniaire voire pénale
des responsables de l’OAVCT pour la période de mars 2004 à septembre
2006. Il requiert qu’il plaise à la Cour d’engager la responsabilité du Directeur
général de l’OAVCT pour les dix-sept millions quatre cent vingt-cinq mille
cent quatre-vingt-sept gourdes et vingt centimes
(17,425,187gdes20)
irrégulièrement décaissées au cours de la période concernée et
conformément à l’article 38 du décret du 4 novembre 1983.
Evoquée à nouveau, à l’audience ordinaire et publique du lundi 25 mai 2009,
l’affaire a été retenue par les avocats du Directeur général qui ont brillé par
leur absence et par les avocats de l’Etat haitien ; face au débat qui se corsait
entre les deux groupes d’avocats et l’Auditorat sur ce cas échevelé, la Cour
est intervenue pour situer le procès et préciser son objet. Ce n’est pas
l’OAVCT qui est en cause mais les comptes de cette institution dont le
Directeur général, en tant qu’ordonnateur et comptable de deniers publics
et responsable.
La Cour, considérant les conclusions des parties, notamment le mémoire
déposé au délibéré le 10 juin 2009 par l’Etat haitien, celles de l’Auditorat et
les points de droit agités… Suite à l’ordonnance de reproduction des collèges
de jugement en date du 10 juin 2011, a ordonné le dépôt des pièces pour se
prononcer par un seul et même arrêt sur les rapports d’audit financier
unifiés, et sur les diverses exceptions soulevées………..
La Cour, sur les conclusions conformes de l’Auditorat se déclare compétente
rationae materiae pour connaître et se prononcer sur l’Audit de la gestion
financière de l’Office d’Assurance des Véhicules Contre Tiers (OAVCT). Dit
que le Directeur général de l’OAVCT, le sieur Edrick Léandre en tant
qu’ordonnateur est comptable de deniers publics ; dit en outre qu’il y a dans
sa gestion prévarications, malversations, concussions et détournements ; le
condamne en conséquence au remboursement des dix-sept millions quatre
cent vingt-cinq mille cent quatre-vingt-sept gourdes et vingt centimes
(17,425,187gdes 20). Ordonne la signification de l’arrêt à la Direction
générale des Impôts (DGI)aux fins de geler les avoirs financiers et de mettre
sous séquestre les biens meubles et immeubles du sieur Edrick Léandre
jusqu’au paiement intégral du montant ; ordonne également la signification
de l’arrêt au Ministère de l’Economie et des Finances pour son exécution ;
ordonne enfin la transmission de cet arrêt au Parquet du Tribunal de
première instance de Port-au-Prince pour les suites légales.
Au siège de la Cour, pour le prononcé de l’arrêt, Paul Yves Joseph, Well Louis
Jean Jacques et Georges Henry Pascal respectivement Président du collège
de jugement et juges financiers.