(2018-12) Bulletin de l'ISPAN, No 38: Dessalines, Christophe and Capois, three generals of independence who died violently in the month of October
Summary — The Bulletin de l'ISPAN, No 38, of December 2018. The issue covers Dessalines, Christophe and Capois, three generals of independence who died violently in the month of October. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 14 pages.
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The Bulletin de l'ISPAN, No 38, of December 2018. The issue covers Dessalines, Christophe and Capois, three generals of independence who died violently in the month of October. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 14 pages.
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• Photo : ISPAN
J. J. Dessalines, H. Christophe et F. Cappois :
trois Généraux, trois Héros et Pères de la nation haïtienne
décédés violemment au cours d'un mois d'octobre
• Statue de Jean Jacques Dessalines au ChampsdeMars
BULLETIN DE L’ISPAN, No 38, 14 pages
Sommaire............................
• J. J. Dessalines, H. Christophe et F.
Cappoix : trois Généraux, trois Héros et
Pères de la nation haïtienne décédés
violemment au cours d'un mois d'octobre
• L’esclave des champs devenu général en
chef,
Gouverneur Général à vie, puis
Empereur : Jean Jacques Dessalines
• Henry Christophe père de la nation
haïtienne
…TANT A FAIRE EN SI PEU DE TEMPS….
Henry Christophe père de la nation
haïtienne...
page...5
Liste partielle
haïtiennes
des
fortifications
page...10
• François Cappoix un général courageux et
intrépide
• Liste partielle des fortifications haïtiennes
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destiné à
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L
e mois d’octobre écoulé
ramenait une fois de plus le
souvenir ainsi que les
multiples interrogations sur les
circonstances de décès de trois
figures importantes de la nation
haïtienne à sa genèse. Des
visionnaires, des combattants, des
généraux
émérites
qui
ont
construit leur renommée mondiale
par leurs victoires sur l’esclavage et
l’armée napoléonienne.
Leurs
réalisations et legs à la nation
haïtienne sont constitués d’un
patrimoine militaire d’une hardiesse
reflétant l’état d’esprit et l’âme
national à ce moment précis de la
construction de la République
d’Haïti.
En un mot, des héros : Jean-Jacques
Dessalines, fondateur de la nation
haïtienne, père de la liberté,
partisan d’une société juste et
équitable, en état de veille
permanent ; Henry Christophe,
héro de l’indépendance, fondateur
du royaume du Nord, visionnaire
éclairé dont les visées, aujourd’hui
encore, inégalées, inspirent au-delà
de nos frontières ; François
Cappoix, Général émérite qui s’est
illustré en lançant l’ultime bataille à
Vertières au lever du jour du
vendredi 18 Novembre 1803,
commandant de la zone du Môle
St Nicolas et constructeur du fort
du ralliement.
Aujourd’hui, nous sommes très loin
du contexte et des relations
antagoniques dans lesquels ont
évolué les pères de la patrie. C’est
donc sans parti pris que l’exergue
est mis sur certains éléments
communs
à
ces
illustres
personnages. En effet, ils ont tous
2
subi l’ignominie du système
esclavagiste et l’ont vaincu. Les trois
sont hissés par la nation haïtienne
reconnaissante au rang de Héros et
Pères de la patrie. Les trois sont
décédés violemment, Dessalines
lâchement assassiné au pont
Larnage en 1806, Christophe s’est
courageusement donné la mort, en
1820 au lieu de tomber entre des
mains ennemies, et Cappoix, lui
aussi, lâchement assassiné du côté
de la ville de Limonade par un de
ses pairs, dit-on, le 19 Octobre
1806. Dans l’état de guerre quasipermanent entre 1791 et 1825, ils
étaient acteurs dans les moments
les plus désespérants au cours de
ce
processus
de
libération,
d’émancipation et de construction
de la nation haitienne.
Ainsi, l’Institut de Sauvegarde du
Patrimoine
national
(ISPAN)
consacre-t-il le numéro 38 du
Bulletin de l’ISPAN à ces pères
fondateurs qui ont inscrit dans la
maçonnerie cette épopée unique
de l’histoire universelle. Le premier,
en tant que général en chef, a
ordonné le 9 avril 1804, de
construire des fortifications sur les
pics montagneux les plus élevés du
pays, et, en a construit pas moins
de 6 ouvrages militaires (Culbuté,
Décidé, Innocent, Madame, Doko,
Fin du Monde) pour protéger la
première Ville Capitale de l’Empire,
DESSALINES. Le deuxième en tant
que général de division et
commandant du cordon du Nord,
a exécuté l’ordonnance au-delà de
toute imagination en construisant
une fortification gigantesque de dix
mille mètres carrés à 900 mètres
d’altitude, la Citadelle Henry, sur les
sommets du bonnet à l’Evêque, qui
aujourd’hui est classé Patrimoine
Mondial par l’Unesco. Et finalement
le troisième, en tant que Général
de brigade connu pour sa hardiesse
sur le champ de bataille, s’élança,
selon l’histoire, le vendredi 18
Novembre 1803, au cri de « En
avant, en avant… », dans la
dernière bataille, la bataille de
vertières, qui allait déboucher sur
l‘indépendance d’Haïti. Il s’est aussi
évertué dans la construction des
forts Ralliement, Cabri et Trois
Pavillons.
En fait, ce numéro est destiné à
porter un éclairage sur la
personnalité de ces militaires
haïtiens qui ont participé à
l’édification de ces ouvrages
défensifs qui façonnent aujourd’hui
encore le territoire national.
Bonne Année 2019 et bonne
lecture à tous.
DIRECTION GENERALE / ISPAN
Angle des Rues Magny et Capois
Port-au-Prince, Haïti
Téléphone : (509) 3600-8709
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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L’esclave des champs devenu général en chef,
Gouverneur Général à vie, puis Empereur :
Jean Jacques Dessalines
Cependant Mentor propose 25
juillet.
Exploité par un petit blanc du nom
de Henry Duclos, dont il portait le
nom au début, il va être vendu à
un maitre noir appelé Janvier
Dessalines qui serait le gendre de
Toussaint Louverture (GIRARD,
2012, p. 555). De ce dernier, il tint
son nom définitif, Jean Jacques
Dessalines.
« Et Jean-Jacques, semblable à quelque esprit de Dieu,
Dicta l'indépendance à la lueur du feu !..»
Extrait du poème " Dessalines " écrit par Ignace Nau
I
l n’y a unanimité ni sur la date, ni
sur le lieu de naissance de JeanJacques
DESSALINES.
Ses
parents demeurent totalement
inconnus si ce n’est sa tante
Victoria Montou dite Toya, lien de
parenté relayé par l’histoire orale,
qu’aucune preuve tangible n’étaye.
Si nous considérons l’hypothèse de
l’esclave créole, c’est-à-dire né dans
la colonie de Saint Domingue,
endossée par l’historien Joan Dayan
ou l’auteur Gaëtan Mentor, Jean
Jacques Dessalines est né dans
l’esclavage en 1758 sur l’habitation
Cormier, localité de la Grande
rivière du Nord. La date du 20
septembre est celle qui s’impose.
Dans la période des grands
troubles il rejoint le camp des
révoltés aux côtés de Toussaint et
se distingue par ses talents
militaires, ce qui lui a valu le poste
de
lieutenant
dans
l’armée
indigène. Promu colonel en 1795, il
devient général en 1797. Après la
capture et la déportation de
Toussaint Louverture par le
Capitaine-général français Leclerc,
le 5 mai 1802, Dessalines assume le
poste de commandant en chef de
l'armée indigène.
Le 18 mai 1803, lors du congrès de
l'Arcahaie, regroupant l'ensemble
des chefs de la Révolution
haïtienne, Jean-Jacques Dessalines
arracha du drapeau tricolore
français la partie centrale de
couleur blanche. Avec les deux
autres morceaux, le bleu et le
rouge, il créa le premier étendard
de la République d'Haïti cousue
par Catherine Flon pour symboliser
l'union des noirs et des mulâtres.
Le 18 novembre 1803, Jean Jacques
Dessalines dirige la dernière bataille
pour l'indépendance d'Haïti, la
bataille de Vertières, faisant
capituler l’armée de Napoléon
Bonaparte commandée par le
général Rochambeau. Il accède parlà à l’indépendance de Saint
Domingue qui va devenir la
deuxième
nation
libre
de
l’Amérique, et le premier peuple
noir des temps modernes à se
libérer de l’esclavage ; c’est surtout
l’unique révolution d’esclave qui a
abouti.
Le 1er janvier 1804, Dessalines
proclame officiellement l'indépendance
du pays, changeant le nom français de
Saint-Domingue en celui « d'AYITI
» (Maximilien Laroche), nom donné à
la terre par les autochtones ( Taino /
Arawaks ) avant l’arrivée des colons
européens. Suite à cette proclamation,
les généraux de l’armée haïtienne
(l’armée indigène) le proclament
Gouverneur Général à vie avant d’être
proclamé Empereur sous l’appellation
de Jacques 1er le 8 octobre 1804.
Soucieux de préserver la liberté
acquise par le fer, le sang et la
sueur, le Gouverneur Général
ordonna le 9 avril 1804 de
construire des forts sur les hautes
montagnes à travers le territoire
national.
“Les
généraux
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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divisionnaires, commandant les
départements, ordonneront aux
généraux de brigade d’élever des
fortifications au sommet des plus
hautes montagnes de l’intérieur, et
les généraux de brigade feront, de
temps en temps, des rapports sur
les progrès de leurs travaux. Signé :
DESSALINES », écrit-il dans
l’ordonnance.
De plus, l’Empereur instaura un
État basé sur la production
nationale, il croyait que cette jeune
nation ne pouvait fructifier que par
le travail, l’ordre et la justice sociale.
En 1805, il met en place la base
d’une constitution impériale qui
place les contours de son
gouvernement.
La politique de justice sociale, et le
partage entre tous des biens acquis
renchéris par l’Empereur lui attira la
foudre de la nouvelle aristocratie.
Cette dernière est constituée d’une
part de nouveaux dignitaires qui
voulaient s’accaparer à eux seuls
les ressources de la nouvelle nation
qu’ils réclamaient par filiation avec
des anciens colons, et d’autre part,
par des généraux qui voulaient
instaurer la méritocratie afin de
mieux profiter de leur rang dans
l’armée indigène et comme héros
de guerre. Le 17 octobre 1806,
l’Empereur tomba, sous les balles
assassines de ces derniers au lieu
dit pont rouge (pont Larnage) à
l’entrée Nord de la ville de Port-auPrince d’après l’histoire normative.
Après la mort de l’Empereur, les
nouveaux
dirigeants
de
la
république de l’Ouest tentent
d’effacer son souvenir de la
mémoire collective, durant une
trentaine d’années. Il était interdit
d’évoquer son souvenir ; c’est dans
ce contexte aussi que le pouvoir
en place accepta de payer la dette
de l’indépendance. Son nom a
refait surface dans le contexte
poste Boyer avec notamment le
président Pierrot qui rétablit
formellement sa mémoire en
faisant chanter son éloge funèbre
dans les églises paroissiales du Cap,
de Mirebalais, des Gonaïves et des
Cayes.
Pour
sa
part,
l’Empereur
Soulouque, proclamé en 1849,
prévoit parmi les fêtes nationales
celle de l’Indépendance nationale le
1er janvier, celle des héros le 2
janvier et place une commande de
cinq tableaux figurant l’empereur
Dessalines destinés à être exposés
au Palais national, au Sénat, à la
Chambre des députés et dans
l’église des Gonaïves ( ZAVITZ,
2016 ). Il fit célébrer en grande
pompe la mémoire de l’Empereur
Jacques 1er le 2 janvier 1854.
250 gourdes. L’hymne national, la
Dessalinienne, écrit par le poète
Justin Lhérisson, fait référence à
son nom ; Son buste est placé sur
la place publique baptisée « Plaza
Haiti » à Quito, capitale de
l’Equateur; Un boulevard aux EtatsUnis d’Amériques (Brooklyn, New
York) porte son nom.
La mort de Dessalines donnait lieu
à de persécutions de sa famille. Sa
femme, Claire Heureuse Félicité
Bonneur Dessalines, qu’il a épousée
à la veille de l’indépendance, est
morte, dans de conditions de vie
difficiles, dans la nuit du 8 au 9 aout
1858.
Dessalines
aurait
de
nombreux enfants dont MarieFrançoise Célimène, Célestine,
Jacques Bien-Aimé, Jeanne Sophie,
Pierre Louis, Albert, Serrine,
Jacques
Métellus,
Suprême,
Innocent, Jean-Jacques César, MarieFrançoise Salinette, Brutus, Emilie
Marie Claire, Marie Noël, Elisabeth,
Louis et Joseph Barons du
Royaume de Christophe.
(Mentor, 2003).
D’un autre côté, une panoplie
d’hommes d’État lui ont rendu
hommage tels : le
Général
Président
Paul E. Magloire fit
placer une statue au
Champs de mars
(Place des Héros de
l’Indépendance) en
son honneur, le
président
François
Duvalier revint avec
son drapeau noir et
rouge. On note, entre
autres hommages, que
son effigie figure sur des
billets émis par l’État
haïtien dont celui de
• Buste de l'Empereur Jacques 1er à Quito capital de l'Equateur
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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Henry Christophe, père de la nation haïtienne
…TANT A FAIRE EN SI PEU DE TEMPS…
L
e lieu de naissance du Roi
Henry 1er a souvent été
matière à discussion. La vérité
au sujet du lieu de naissance de
Henry Christophe n’a jamais été
établie de manière absolue.
Conséquemment, deux versions
sont parvenues à ce sujet. Selon
l’une d'elles, il serait né le 6
octobre 1767 à l’île de Grenade,
qui était une ancienne colonie
française avant qu'elle ne soit
cédée à la Grande-Bretagne par le
traité de Paris à la fin de la guerre
de Sept Ans (1756-1763).
La seconde version, par contre,
prétend que Henry Christophe
serait né en 1767 à l’île de SaintKitts, autrefois Saint-Christophe,
c’est la raison pour laquelle on
l’appelle Christophe. On croyait en
effet qu’il provenait de SaintChristophe, aujourd’hui Saint Kitts ;
il s'appelait en réalité Henry.
Charles
Mackenzie,
consul
britannique en Haïti en 1826,
affirme que Christophe a été
l’esclave d’un officier de marine
français, M. Badèche, qui a résidé
au Cap. Henry Christophe, l’ancien
domestique,
était,
selon
Mackenzie, attentif à la prospérité
de son maître qui l’a utilisé comme
cireur de chaussures, et l’a emmené
à Savannah, en Georgie, pendant la
révolution américaine. Les colons
anglais étaient alors en rébellion
contre la couronne britannique et
étaient engagés dans la guerre de
• Amoiries du Roi Henry Christophe
l’Indépendance
des
États-Unis
d’Amérique du Nord. L’histoire
rapporte qu’il a joué le rôle de
tambour parmi les volontaires et
qu’il eut une jambe blessée lors des
combats.
Après sa tournée aux États-Unis,
Christophe
revint
à
SaintDomingue où il rejoignit à nouveau
Mr Badêche à la sucrerie de La
Petite Anse. M. Badèche était
l’associé de mademoiselle Monjeon
propriétaire de «l’Hôtel de la
Couronne», un nom prédestiné, au
Cap français. Il a été ensuite vendu
au propriétaire, nègre libre de
“l’Hôtel de la Couronne”, dont il ne
tarde pas, en quelques années, à
devenir le gérant responsable. Il a
d’abord travaillé comme garçon
d’étable et ensuite comme serveur.
Ainsi il est entré au contact des
hommes blancs et pourtant il
n’avait reçu aucune éducation
formelle, ses pouvoirs naturels
d’observation et sa sagacité lui ont
donné des informations de
première main au sujet des
• Henry I, lithographie de Blasius Höfel
(Autriche)
Français et en particulier au sujet
des nouvelles idées politiques qui
émanaient de France, idées
révolutionnaires qui, comme les
événements plus tard l’ont prouvé,
avaient
été
absorbées
passionnément par les esclaves
nègres.
L'ascension du jeune Christophe a
été fulgurante, il a d'abord servi
comme garçon d'écurie, puis il fut
employé comme serveur, ce qui le
mit en contact avec des hommes
blancs; et bien qu'il n'ait pas reçu
d'éducation formelle, ses talents
naturels
d'observation et sa
sagacité lui ont donné des
informations de première main sur
les Français et surtout sur les
nouvelles idées politiques émanant
de la France, idées révolutionnaires
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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• Peinture de Numa Desroches, Le Palais de Sans Souci, circa 1818, 82.5x60 cm
En 1788, l'Assemblée nationale
française donna la franchise
universelle à tous les contribuables
âgés de plus de 25 ans. Les
mulâtres demandèrent des sièges
et des votes à l'assemblée
provinciale de Saint-Domingue,
mais les colons blancs refusèrent,
interprétant la déclaration comme
signifiant "tous les contribuables
blancs". Un mulâtre nommé
Vincent Ogé leva un régiment de
300 à 400 hommes pour réclamer
avec force les droits accordés par
l'Assemblée nationale. Les mulâtres
ont gagné la première lutte, en
grande partie parce que les
dirigeants blancs ne croyaient pas
que les mulâtres étaient sérieux
dans leurs demandes; et ils ne
s'attendaient certainement pas à un
combat.
Après leur défaite lors de la
première
escarmouche,
les
dirigeants blancs ont levé des
troupes de volontaires pour mettre
fin à la rébellion. On croit que
Christophe a servi d'artilleur et de
dragon dans cette force de
volontaires qui a réprimé les
rebelles. Ogé fut poursuivi et
torturé à mort dans une exécution
publique.
À la tête du nouvel état, le général
Jean-Jacques Dessalines est nommé
gouverneur à vie, proclamé
Empereur d’Haïti quelques mois
plus tard sous le nom de Jacques
1er. Le 17 octobre 1806, il meurt
dans une embuscade à l’entrée de
Port-au-Prince, selon la plupart des
historiens. Cependant, d’après Jean
Fouchard il aurait été assassiné au
Déjà en 1789, âgé de 22 ans, il
s’enrôle dans un régiment d’artillerie
coloniale. Quatre ans plus tard, on
le retrouve capitaine d’infanterie,
puis
capitaine
de
vaisseau.
Christophe était donc déjà un
officier de carrière quand a éclaté la
révolte générale des esclaves le 22
août 1791. En 1793, ayant acheté,
apparemment, sa liberté, il s’est
marié avec Marie Louise Coidavid,
la fille de son ancien maître.
Après l’effacement de Toussaint
Louverture de la scène politique,
l’armée indigène se regroupe sous
l’autorité du Général Jean-Jacques
• Photo : ISPAN 2017
qui, comme les événements
ultérieurs l'ont prouvé, avaient été
absorbées passionnément par des
oreilles d'esclaves nègres.
Dessalines, auquel se joignent
Henry Christophe et Alexandre
Pétion. La guerre reprend contre
les
forces
expéditionnaires.
Définitivement vaincue le 18
novembre 1803 à la bataille de
Vertières,
l’armée
française
cruellement décimée quitte pour
toujours la colonie de SaintDomingue le 30 novembre 1803.
Avec Jean-Jacques Dessalines et
Alexandre
Pétion,
Henry
Christophe passe à l’histoire
comme un des fondateurs de
l’indépendance d’Haïti, solennellement
célébrée aux Gonaïves le 1er janvier
1804.
• Statue du Roi Henry à Milot
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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domicile de Pétion puis traîné dans
la rue jusqu’au Pont Rouge.
Qu’importent les conditions de sa
mort, sa disparition a eu des
conséquences lourdes pour la
jeune nation. Après cette fin
tragique, le pays se divise en deux
états: celui de l’Ouest sous la
présidence d’Alexandre Pétion et
celui du Nord gouverné par Henry
Christophe.
Ce
dernier
est
couronné le 9 mars 1811 au CapHenry (jadis Cap-Français) sous le
nom d’Henry 1er et il fait de la
République du Nord le royaume
d’Haïti. Le nouveau monarque se
révèle un étonnant homme d’État et
un organisateur infatigable. Bâtisseur
passionné, il ordonne et il supervise
personnellement la construction de
plusieurs ensembles monumentaux.
Il
réalise
des
monuments
extraordinaires
tel
l’ensemble
constitué par le site de Sans-Souci, la
Citadelle et le site fortifié des
Ramiers. Cet ensemble a fait l’objet
d’un
vaste
programme
de
restauration et de mise en valeur.
Durant plus de 12 ans d’un pouvoir
absolu, Henry Christophe marque
l’histoire d’Haïti de son activité
débordante. Un signe visible de la
prospérité qui régnait dans le
royaume de Christophe et de
l’augmentation soutenue de la
richesse est le nombre de palais et
de châteaux qui ont été construits
dans le royaume pendant le règne
de Christophe. Deux raisons
fondamentales ont mené le
monarque et son entourage à
construire ces édifices: la notion
d’un retour offensif des Français
pour réclamer le territoire qui avait
été déclaré indépendant et un désir
de construire quelque chose de
durable dans le nouvel état
indépendant.
Le roi Christophe voulait construire
dans la Caraïbe une civilisation qui
n’aurait rien à envier aux anciennes
civilisations d’Europe. Ainsi, il a
construit des églises, dix palais,
dont le Palais aux 365 Portes et
cinquante-cinq châteaux dont le
château de Sans-Souci et la
Citadelle Laferrière.
Le roi Henry 1er a établi un régime
caractérisé par l’ordre, la discipline
et le travail qui a assuré la
prospérité de son royaume.
L’agriculture y était
prospère,
l’éducation très
développée et
l’industrie en pleine expansion.
Il s’est intéressé, en particulier, à la
conduite d’affaire dans chaque
juridiction politique et militaire.
Chacun de ses administrateurs était
obligé de lui soumettre un rapport
détaillé sur les activités financières
et agricoles de son district. Chaque
centime dépensé devait être
justifié; le fait de ne pas se
conformer aux règles établies était
sévèrement puni. Sous un tel
système, la monarchie dans le nord
a grandi chaque année. Son œuvre
prodigieuse s’achève en tragédie
dans la série d’événements qui ont
suivi le 15 août 1820. Le roi qui
avait fait fusiller le père Cornelle
Brelle son aumônier était empreint
• Portrait du Roi Henry Christophe, circa 1816, par Richard Evans
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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de remords et comme la messe
avait déjà commencé. Il a profité
pour y assister et attendre le prêtre
pour se confesser. Cela se passait
ce jour-là, à Limonade, et c’est
justement
dans
l’église
de
Limonade qu’il allait tomber,
frappé tragiquement par la maladie.
Selon les
traditions orales,
conservées et transmises de
génération en génération, le
monarque, pendant la messe aurait
été
effrayé
par
l’apparition
soudaine du fantôme du père
Corneille Brelle après la lecture du
Immobilisé par une hémiplégie,
devant l’agitation de ses troupes et
• Le prince royal, VictorHenry, de Richard
Evans & offert à William Wilberforce
• Reine Marie Louise, épouse du Roi Henry
(1778 1851), tableau d'Edris Fortune
face à une rébellion triomphante, il
se donne la mort d’une balle au
cœur, le 8 octobre 1820, dans les
appartements royaux de SansSouci. Au cours de la nuit qui a
suivi son suicide, son corps a été
transporté à la Citadelle pour y
être inhumé. Le suicide de
Christophe était une façon de
refuser d’être encore asservi.
C’était l’acte ultime de contrôle de
son propre destin parce qu’il savait
que l’histoire était très ingrate.
• Henry Ferdinand Christophe et ses sœurs,
circa 1811
• Photo : ISPAN
psaume
«judicame».
Comme suite à l’apparition du
fantôme sur l’autel, il fut frappé
d’apoplexie et tomba par terre. Il
reçut les premiers soins sur le
perron de l’église puis fut
transporté sur l’habitation Bellevuepar-le-roi, Paroi aujourd’hui. Il ne
put regagner ses appartements de
Sans-Souci qu’après un mois de
traitement et de repos. En tout cas,
Christophe n’a jamais récupéré.
• Le palais de la Belle rivière, communément appelé palais aux 365
portes avant sa restauration.
• Le Palais aux 365 portes après sa restauration.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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François Cappoix :
un général courageux et intrépide
A
près plus de deux siècles
d’esclavage dû à la traite
négrière transatlantique à
Saint-Domingue, les esclaves se sont
rebellés contre ce système avilissant
et deshumanisant. Au cours de la
période révolutionnaire (17911803), de valeureux révolutionnaires,
conscients du prix de la liberté, au
péril de leur vie, se sont révélés
déterminants dans l’éradication de
cette pratique. Parmi ces hommes,
François Cappoix alias Capois la
Mort a démerveillé les uns et les
autres par son courage ; il ancre son
nom parmi les plus braves pour
s’être livré corps et âme en ce jour
du 18 novembre 1803.
Né en 1766, François Cappoix a
grandi dans l’habitation Laveau
comme esclave. Il a connu le
châtiment du fouet et les travaux
forcés. Son nom Cappoix serait
dérivé de la déformation du nom de
son ancien maître Cappouet.
Jeune et intrépide, Capois débute sa
carrière militaire à l’âge de 27 ans. En
effet, au cours de l’année 1793, il
intègre les troupes de l’armée
révolutionnaire
de
Toussaint
• Le fossé de Cappoix
dans la reconstruction de certaines
infrastructures de Port-de-Paix.
Suivant l’ordonnance du 09 avril
1804 de l’empereur Jacques 1er, il
achève la construction du Fort-desTrois-Pavillons
non loin de Port-de• L'effigie de Cappoix sur le billet de 50 gourdes
Paix et nommé général de division
Louverture. De là, il s’initie à l’art de du nord par l’empereur.
la guerre aux côtés du général
Maurepas dans la 9ème brigade. Par En ce qui concerne son assassinat à
sa témérité et sa discipline, il attire le l’entrée de la ville de Limonade, le
regard de ses supérieurs. Il passe débat se poursuit sur la date. Selon
alors du grade de simple soldat à Saint-Joseph de Saint-Rémy, il aurait
celui de lieutenant pour plus tard été assassiné le 8 octobre.
occuper la fonction de capitaine.
Cependant,
Thomas
Madiou
reconnaît la date du 08 octobre et
Parmi les hauts fait d’armes de rapporte que son assassinat provient
Capois la Mort, il faut citer : la de la rivalité entre Cappoix et
conquête de l’ile de la tortue et la Christophe.
Selon
François
bataille de Vertières. En effet, lors de Dalencours, Cappoix est mort le 19
ses deux combats, il s’est livré corps octobre 1806 deux jours après la
et âme et a fait montre d’un courage mort de l’empereur.
exceptionnel à plusieurs reprises
pour enfin reconquérir la ville de Aujourd’hui son nom demeure
Port-de-Paix, le 12 avril 1803. En parmi les figures emblématiques de
novembre 1803, lors de la bataille la bataille de Vertières. Une
finale à Vertières contre les troupes importante rue de la capitale porte
françaises, il a été décisif dans cette son nom et le billet de 50 gourdes
victoire. Son courage a été apprécié porte son effigie. Non loin du Palais
par le capitaine-général Rochambeau National se trouve une place du
qui lui offre un cheval comme Champ-de-mars portant son nom
marque d’admiration.
en attendant que l’on appose son
buste. Toutefois, dans la ville de
Après l’indépendance d’Haïti le 01 Port-de-paix,
au
cours
des
janvier 1804, Capois affiche sa évènements de 2014 son buste a
fidélité à Dessalines et campe ses été volé. Par son histoire, Cappoix
troupes à Port-de-Paix. Il ne tarde demeure l’emblème du courage et
pas à instaurer la discipline au sein un exemple de détermination.
de ses troupes et affirme son
leadership au sein du département
du Nord-Ouest. Ainsi, il se consacre
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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• Photo : ISPAN 2018
• Fort Jacques (Ouest - Fermathe)
• Fort Garit (Ouest - Petit Goâve)
• Photo : ISPAN
1. Fort Trois Pavillons (Port de-Paix)
2. Fort du Ralliement (Môle Saint Nicolas)
3. Fort Rivière (Grande Rivière du nord)
4. Fort Neuf (Grande Rivière du nord)
5. Fort Dahomey (Camp Coq)
6. Fort Bayonnais (Ennery)
7. Fort Sans Quartier (Marmelade)
8. Fort Brave (Marmelade)
9. Fort Jalouisière (Marmelade)
10. Citadelle Henry (Milôt)
11. Fort Béké (Saint Marc)
12. Fort Delpèche (Arcahaie)
13. Fort Drouet (Arcahaie/Matheux)
14. Fort Jacques (Fermathe/Massif de la selle)
15. Fort Alexandre (Fermathe)
16. Fort Campan (Léogâne)
17. Fort Desbois (Anse à veau)
18. Fort Garit (Petit Goâve)
19. Fort Bonnet Caré (Saint Louis du Sud)
20. Fort Marfranc (Marfranc/Jéremie)
21. Forteresse des Platons (Cayes/ Dussis)
22. Fort Ogé (Jacmel/Cap-rouge)
23. Fort Décidé (Dessalines)
24. Fort Innocent (Dessalines)
25. Fort Madame (Dessalines)
26. Fort Doko (Dessalines)
27. Fort Fin du Monde (Dessalines)
28. Fort Culbuté (Dessalines)
• Photo : ISPAN 2015
Liste partielle des fortifications haïtiennes
• Photo : ISPAN
• Photo : ISPAN 2016
• Fort Doko (Artibonite - Dessalines)
• Fort Drouet (Ouest - Arcahaie)
• Fort Ogé (Sud-Est - Cap-rouge)
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
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CARTE DU SYSTEME DEFENSIF / 1804
LE BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Octobre 2018
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• Photo : ISPAN
• Photo : ISPAN
Liste partielle des fortifications haïtiennes (suite...)
• Fort Culbuté (Artibonite - Dessalines)
• Fort Bayonnais (Artibonite - Ennery)
• Fort Bonnet Carré (Sud - Saint-Louis du Sud)
• Forteresse des Platons (Sud - Dussis)
• Fort Débois (Nippes - Anse à Veau)
• Fort Alexandre (Ouest - Fermathe)
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018
• Photo : ISPAN 2017
• Photo : ISPAN 2015
• Photo : ISPAN 2018
• Photo : ISPAN 2016
• Photo : ISPAN
• Citadelle Henri (Nord - Milot)
• Photo : ISPAN
• Fort Innocent (Artibonite - Dessalines)
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• Photo : ISPAN
• Photo : ISPAN
Liste partielle des fortifications haïtiennes (suite...)
• Fort du Ralliement (Vue partielle) (Môle Saint Nicolas)
• Fort Décidé (Artibonite - Dessalines)
• Fort Fin du Monde (Artibonite - Dessalines)
• Photo : ISPAN
• Photo : Sabry Iccenat 2018
• Fort Madame (Artibonite - Dessalines)
Comité de rédaction:
• Sabry ICCENAT
Communicateur / ISPAN
• Yvenel JEAN-PIERRE
Historien / ISPAN
• Jean-Hérold Pérard
Ingénieur de Monument / ISPAN
Recherche historique et photographique
• Vanessa DARBOUZE
Architecte / ISPAN
www.ispan.gouv.ht
Graphiste:
• Roberson ETIENNE
Ingénieur Informaticien / ISPAN
Supervision:
• Jean Patrick DURANDIS,
D.G / ISPAN
Architecte de Monument
Distribution:
Service de promotion / ISPAN
Correction et Avis:
• Jean-Hérold Pérard
Ingénieur de Monument / ISPAN
• Patrick Délatour
Architecte de Monument / ISPAN
BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018