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(2018-12) Bulletin de l'ISPAN, No 38: Dessalines, Christophe and Capois, three generals of independence who died violently in the month of October

(2018-12) Bulletin de l'ISPAN, No 38: Dessalines, Christophe and Capois, three generals of independence who died violently in the month of October

Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) 2018 14 pages
Summary — The Bulletin de l'ISPAN, No 38, of December 2018. The issue covers Dessalines, Christophe and Capois, three generals of independence who died violently in the month of October. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 14 pages.
Full Description
The Bulletin de l'ISPAN, No 38, of December 2018. The issue covers Dessalines, Christophe and Capois, three generals of independence who died violently in the month of October. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 14 pages.
Topics
Social ProtectionGovernance
Geography
National
Time Coverage
2018 — 2018
Keywords
ISPAN, patrimoine bâti, monuments historiques, Bulletin de l'ISPAN No 38, series:ispan-bulletin
Entities
Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN)
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• Photo : ISPAN J. J. Dessalines, H. Christophe et F. Cappois : trois Généraux, trois Héros et Pères de la nation haïtienne décédés violemment au cours d'un mois d'octobre • Statue de Jean Jacques Dessalines au Champs­de­Mars BULLETIN DE L’ISPAN, No 38, 14 pages Sommaire............................ • J. J. Dessalines, H. Christophe et F. Cappoix : trois Généraux, trois Héros et Pères de la nation haïtienne décédés violemment au cours d'un mois d'octobre • L’esclave des champs devenu général en chef, Gouverneur Général à vie, puis Empereur : Jean Jacques Dessalines • Henry Christophe père de la nation haïtienne …TANT A FAIRE EN SI PEU DE TEMPS…. Henry Christophe père de la nation haïtienne... page...5 Liste partielle haïtiennes des fortifications page...10 • François Cappoix un général courageux et intrépide • Liste partielle des fortifications haïtiennes BULLETIN DE L’ISPAN est une publication de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destiné à vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispanmc.info@gmail.com pour recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN ou visitez le www.ispan.gouv.ht . Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci. L e mois d’octobre écoulé ramenait une fois de plus le souvenir ainsi que les multiples interrogations sur les circonstances de décès de trois figures importantes de la nation haïtienne à sa genèse. Des visionnaires, des combattants, des généraux émérites qui ont construit leur renommée mondiale par leurs victoires sur l’esclavage et l’armée napoléonienne. Leurs réalisations et legs à la nation haïtienne sont constitués d’un patrimoine militaire d’une hardiesse reflétant l’état d’esprit et l’âme national à ce moment précis de la construction de la République d’Haïti. En un mot, des héros : Jean-Jacques Dessalines, fondateur de la nation haïtienne, père de la liberté, partisan d’une société juste et équitable, en état de veille permanent ; Henry Christophe, héro de l’indépendance, fondateur du royaume du Nord, visionnaire éclairé dont les visées, aujourd’hui encore, inégalées, inspirent au-delà de nos frontières ; François Cappoix, Général émérite qui s’est illustré en lançant l’ultime bataille à Vertières au lever du jour du vendredi 18 Novembre 1803, commandant de la zone du Môle St Nicolas et constructeur du fort du ralliement. Aujourd’hui, nous sommes très loin du contexte et des relations antagoniques dans lesquels ont évolué les pères de la patrie. C’est donc sans parti pris que l’exergue est mis sur certains éléments communs à ces illustres personnages. En effet, ils ont tous 2 subi l’ignominie du système esclavagiste et l’ont vaincu. Les trois sont hissés par la nation haïtienne reconnaissante au rang de Héros et Pères de la patrie. Les trois sont décédés violemment, Dessalines lâchement assassiné au pont Larnage en 1806, Christophe s’est courageusement donné la mort, en 1820 au lieu de tomber entre des mains ennemies, et Cappoix, lui aussi, lâchement assassiné du côté de la ville de Limonade par un de ses pairs, dit-on, le 19 Octobre 1806. Dans l’état de guerre quasipermanent entre 1791 et 1825, ils étaient acteurs dans les moments les plus désespérants au cours de ce processus de libération, d’émancipation et de construction de la nation haitienne. Ainsi, l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine national (ISPAN) consacre-t-il le numéro 38 du Bulletin de l’ISPAN à ces pères fondateurs qui ont inscrit dans la maçonnerie cette épopée unique de l’histoire universelle. Le premier, en tant que général en chef, a ordonné le 9 avril 1804, de construire des fortifications sur les pics montagneux les plus élevés du pays, et, en a construit pas moins de 6 ouvrages militaires (Culbuté, Décidé, Innocent, Madame, Doko, Fin du Monde) pour protéger la première Ville Capitale de l’Empire, DESSALINES. Le deuxième en tant que général de division et commandant du cordon du Nord, a exécuté l’ordonnance au-delà de toute imagination en construisant une fortification gigantesque de dix mille mètres carrés à 900 mètres d’altitude, la Citadelle Henry, sur les sommets du bonnet à l’Evêque, qui aujourd’hui est classé Patrimoine Mondial par l’Unesco. Et finalement le troisième, en tant que Général de brigade connu pour sa hardiesse sur le champ de bataille, s’élança, selon l’histoire, le vendredi 18 Novembre 1803, au cri de « En avant, en avant… », dans la dernière bataille, la bataille de vertières, qui allait déboucher sur l‘indépendance d’Haïti. Il s’est aussi évertué dans la construction des forts Ralliement, Cabri et Trois Pavillons. En fait, ce numéro est destiné à porter un éclairage sur la personnalité de ces militaires haïtiens qui ont participé à l’édification de ces ouvrages défensifs qui façonnent aujourd’hui encore le territoire national. Bonne Année 2019 et bonne lecture à tous. DIRECTION GENERALE / ISPAN Angle des Rues Magny et Capois Port-au-Prince, Haïti Téléphone : (509) 3600-8709 Email : ispanmc.info@gmail.com Site web: www.ispan.gouv.ht BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 3 L’esclave des champs devenu général en chef, Gouverneur Général à vie, puis Empereur : Jean Jacques Dessalines Cependant Mentor propose 25 juillet. Exploité par un petit blanc du nom de Henry Duclos, dont il portait le nom au début, il va être vendu à un maitre noir appelé Janvier Dessalines qui serait le gendre de Toussaint Louverture (GIRARD, 2012, p. 555). De ce dernier, il tint son nom définitif, Jean Jacques Dessalines. « Et Jean-Jacques, semblable à quelque esprit de Dieu, Dicta l'indépendance à la lueur du feu !..» Extrait du poème " Dessalines " écrit par Ignace Nau I l n’y a unanimité ni sur la date, ni sur le lieu de naissance de JeanJacques DESSALINES. Ses parents demeurent totalement inconnus si ce n’est sa tante Victoria Montou dite Toya, lien de parenté relayé par l’histoire orale, qu’aucune preuve tangible n’étaye. Si nous considérons l’hypothèse de l’esclave créole, c’est-à-dire né dans la colonie de Saint Domingue, endossée par l’historien Joan Dayan ou l’auteur Gaëtan Mentor, Jean Jacques Dessalines est né dans l’esclavage en 1758 sur l’habitation Cormier, localité de la Grande rivière du Nord. La date du 20 septembre est celle qui s’impose. Dans la période des grands troubles il rejoint le camp des révoltés aux côtés de Toussaint et se distingue par ses talents militaires, ce qui lui a valu le poste de lieutenant dans l’armée indigène. Promu colonel en 1795, il devient général en 1797. Après la capture et la déportation de Toussaint Louverture par le Capitaine-général français Leclerc, le 5 mai 1802, Dessalines assume le poste de commandant en chef de l'armée indigène. Le 18 mai 1803, lors du congrès de l'Arcahaie, regroupant l'ensemble des chefs de la Révolution haïtienne, Jean-Jacques Dessalines arracha du drapeau tricolore français la partie centrale de couleur blanche. Avec les deux autres morceaux, le bleu et le rouge, il créa le premier étendard de la République d'Haïti cousue par Catherine Flon pour symboliser l'union des noirs et des mulâtres. Le 18 novembre 1803, Jean Jacques Dessalines dirige la dernière bataille pour l'indépendance d'Haïti, la bataille de Vertières, faisant capituler l’armée de Napoléon Bonaparte commandée par le général Rochambeau. Il accède parlà à l’indépendance de Saint Domingue qui va devenir la deuxième nation libre de l’Amérique, et le premier peuple noir des temps modernes à se libérer de l’esclavage ; c’est surtout l’unique révolution d’esclave qui a abouti. Le 1er janvier 1804, Dessalines proclame officiellement l'indépendance du pays, changeant le nom français de Saint-Domingue en celui « d'AYITI » (Maximilien Laroche), nom donné à la terre par les autochtones ( Taino / Arawaks ) avant l’arrivée des colons européens. Suite à cette proclamation, les généraux de l’armée haïtienne (l’armée indigène) le proclament Gouverneur Général à vie avant d’être proclamé Empereur sous l’appellation de Jacques 1er le 8 octobre 1804. Soucieux de préserver la liberté acquise par le fer, le sang et la sueur, le Gouverneur Général ordonna le 9 avril 1804 de construire des forts sur les hautes montagnes à travers le territoire national. “Les généraux BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 4 divisionnaires, commandant les départements, ordonneront aux généraux de brigade d’élever des fortifications au sommet des plus hautes montagnes de l’intérieur, et les généraux de brigade feront, de temps en temps, des rapports sur les progrès de leurs travaux. Signé : DESSALINES », écrit-il dans l’ordonnance. De plus, l’Empereur instaura un État basé sur la production nationale, il croyait que cette jeune nation ne pouvait fructifier que par le travail, l’ordre et la justice sociale. En 1805, il met en place la base d’une constitution impériale qui place les contours de son gouvernement. La politique de justice sociale, et le partage entre tous des biens acquis renchéris par l’Empereur lui attira la foudre de la nouvelle aristocratie. Cette dernière est constituée d’une part de nouveaux dignitaires qui voulaient s’accaparer à eux seuls les ressources de la nouvelle nation qu’ils réclamaient par filiation avec des anciens colons, et d’autre part, par des généraux qui voulaient instaurer la méritocratie afin de mieux profiter de leur rang dans l’armée indigène et comme héros de guerre. Le 17 octobre 1806, l’Empereur tomba, sous les balles assassines de ces derniers au lieu dit pont rouge (pont Larnage) à l’entrée Nord de la ville de Port-auPrince d’après l’histoire normative. Après la mort de l’Empereur, les nouveaux dirigeants de la république de l’Ouest tentent d’effacer son souvenir de la mémoire collective, durant une trentaine d’années. Il était interdit d’évoquer son souvenir ; c’est dans ce contexte aussi que le pouvoir en place accepta de payer la dette de l’indépendance. Son nom a refait surface dans le contexte poste Boyer avec notamment le président Pierrot qui rétablit formellement sa mémoire en faisant chanter son éloge funèbre dans les églises paroissiales du Cap, de Mirebalais, des Gonaïves et des Cayes. Pour sa part, l’Empereur Soulouque, proclamé en 1849, prévoit parmi les fêtes nationales celle de l’Indépendance nationale le 1er janvier, celle des héros le 2 janvier et place une commande de cinq tableaux figurant l’empereur Dessalines destinés à être exposés au Palais national, au Sénat, à la Chambre des députés et dans l’église des Gonaïves ( ZAVITZ, 2016 ). Il fit célébrer en grande pompe la mémoire de l’Empereur Jacques 1er le 2 janvier 1854. 250 gourdes. L’hymne national, la Dessalinienne, écrit par le poète Justin Lhérisson, fait référence à son nom ; Son buste est placé sur la place publique baptisée « Plaza Haiti » à Quito, capitale de l’Equateur; Un boulevard aux EtatsUnis d’Amériques (Brooklyn, New York) porte son nom. La mort de Dessalines donnait lieu à de persécutions de sa famille. Sa femme, Claire Heureuse Félicité Bonneur Dessalines, qu’il a épousée à la veille de l’indépendance, est morte, dans de conditions de vie difficiles, dans la nuit du 8 au 9 aout 1858. Dessalines aurait de nombreux enfants dont MarieFrançoise Célimène, Célestine, Jacques Bien-Aimé, Jeanne Sophie, Pierre Louis, Albert, Serrine, Jacques Métellus, Suprême, Innocent, Jean-Jacques César, MarieFrançoise Salinette, Brutus, Emilie Marie Claire, Marie Noël, Elisabeth, Louis et Joseph Barons du Royaume de Christophe. (Mentor, 2003). D’un autre côté, une panoplie d’hommes d’État lui ont rendu hommage tels : le Général Président Paul E. Magloire fit placer une statue au Champs de mars (Place des Héros de l’Indépendance) en son honneur, le président François Duvalier revint avec son drapeau noir et rouge. On note, entre autres hommages, que son effigie figure sur des billets émis par l’État haïtien dont celui de • Buste de l'Empereur Jacques 1er à Quito capital de l'Equateur BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 5 Henry Christophe, père de la nation haïtienne …TANT A FAIRE EN SI PEU DE TEMPS… L e lieu de naissance du Roi Henry 1er a souvent été matière à discussion. La vérité au sujet du lieu de naissance de Henry Christophe n’a jamais été établie de manière absolue. Conséquemment, deux versions sont parvenues à ce sujet. Selon l’une d'elles, il serait né le 6 octobre 1767 à l’île de Grenade, qui était une ancienne colonie française avant qu'elle ne soit cédée à la Grande-Bretagne par le traité de Paris à la fin de la guerre de Sept Ans (1756-1763). La seconde version, par contre, prétend que Henry Christophe serait né en 1767 à l’île de SaintKitts, autrefois Saint-Christophe, c’est la raison pour laquelle on l’appelle Christophe. On croyait en effet qu’il provenait de SaintChristophe, aujourd’hui Saint Kitts ; il s'appelait en réalité Henry. Charles Mackenzie, consul britannique en Haïti en 1826, affirme que Christophe a été l’esclave d’un officier de marine français, M. Badèche, qui a résidé au Cap. Henry Christophe, l’ancien domestique, était, selon Mackenzie, attentif à la prospérité de son maître qui l’a utilisé comme cireur de chaussures, et l’a emmené à Savannah, en Georgie, pendant la révolution américaine. Les colons anglais étaient alors en rébellion contre la couronne britannique et étaient engagés dans la guerre de • Amoiries du Roi Henry Christophe l’Indépendance des États-Unis d’Amérique du Nord. L’histoire rapporte qu’il a joué le rôle de tambour parmi les volontaires et qu’il eut une jambe blessée lors des combats. Après sa tournée aux États-Unis, Christophe revint à SaintDomingue où il rejoignit à nouveau Mr Badêche à la sucrerie de La Petite Anse. M. Badèche était l’associé de mademoiselle Monjeon propriétaire de «l’Hôtel de la Couronne», un nom prédestiné, au Cap français. Il a été ensuite vendu au propriétaire, nègre libre de “l’Hôtel de la Couronne”, dont il ne tarde pas, en quelques années, à devenir le gérant responsable. Il a d’abord travaillé comme garçon d’étable et ensuite comme serveur. Ainsi il est entré au contact des hommes blancs et pourtant il n’avait reçu aucune éducation formelle, ses pouvoirs naturels d’observation et sa sagacité lui ont donné des informations de première main au sujet des • Henry I, lithographie de Blasius Höfel (Autriche) Français et en particulier au sujet des nouvelles idées politiques qui émanaient de France, idées révolutionnaires qui, comme les événements plus tard l’ont prouvé, avaient été absorbées passionnément par les esclaves nègres. L'ascension du jeune Christophe a été fulgurante, il a d'abord servi comme garçon d'écurie, puis il fut employé comme serveur, ce qui le mit en contact avec des hommes blancs; et bien qu'il n'ait pas reçu d'éducation formelle, ses talents naturels d'observation et sa sagacité lui ont donné des informations de première main sur les Français et surtout sur les nouvelles idées politiques émanant de la France, idées révolutionnaires BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 6 • Peinture de Numa Desroches, Le Palais de Sans Souci, circa 1818, 82.5x60 cm En 1788, l'Assemblée nationale française donna la franchise universelle à tous les contribuables âgés de plus de 25 ans. Les mulâtres demandèrent des sièges et des votes à l'assemblée provinciale de Saint-Domingue, mais les colons blancs refusèrent, interprétant la déclaration comme signifiant "tous les contribuables blancs". Un mulâtre nommé Vincent Ogé leva un régiment de 300 à 400 hommes pour réclamer avec force les droits accordés par l'Assemblée nationale. Les mulâtres ont gagné la première lutte, en grande partie parce que les dirigeants blancs ne croyaient pas que les mulâtres étaient sérieux dans leurs demandes; et ils ne s'attendaient certainement pas à un combat. Après leur défaite lors de la première escarmouche, les dirigeants blancs ont levé des troupes de volontaires pour mettre fin à la rébellion. On croit que Christophe a servi d'artilleur et de dragon dans cette force de volontaires qui a réprimé les rebelles. Ogé fut poursuivi et torturé à mort dans une exécution publique. À la tête du nouvel état, le général Jean-Jacques Dessalines est nommé gouverneur à vie, proclamé Empereur d’Haïti quelques mois plus tard sous le nom de Jacques 1er. Le 17 octobre 1806, il meurt dans une embuscade à l’entrée de Port-au-Prince, selon la plupart des historiens. Cependant, d’après Jean Fouchard il aurait été assassiné au Déjà en 1789, âgé de 22 ans, il s’enrôle dans un régiment d’artillerie coloniale. Quatre ans plus tard, on le retrouve capitaine d’infanterie, puis capitaine de vaisseau. Christophe était donc déjà un officier de carrière quand a éclaté la révolte générale des esclaves le 22 août 1791. En 1793, ayant acheté, apparemment, sa liberté, il s’est marié avec Marie Louise Coidavid, la fille de son ancien maître. Après l’effacement de Toussaint Louverture de la scène politique, l’armée indigène se regroupe sous l’autorité du Général Jean-Jacques • Photo : ISPAN 2017 qui, comme les événements ultérieurs l'ont prouvé, avaient été absorbées passionnément par des oreilles d'esclaves nègres. Dessalines, auquel se joignent Henry Christophe et Alexandre Pétion. La guerre reprend contre les forces expéditionnaires. Définitivement vaincue le 18 novembre 1803 à la bataille de Vertières, l’armée française cruellement décimée quitte pour toujours la colonie de SaintDomingue le 30 novembre 1803. Avec Jean-Jacques Dessalines et Alexandre Pétion, Henry Christophe passe à l’histoire comme un des fondateurs de l’indépendance d’Haïti, solennellement célébrée aux Gonaïves le 1er janvier 1804. • Statue du Roi Henry à Milot BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 7 domicile de Pétion puis traîné dans la rue jusqu’au Pont Rouge. Qu’importent les conditions de sa mort, sa disparition a eu des conséquences lourdes pour la jeune nation. Après cette fin tragique, le pays se divise en deux états: celui de l’Ouest sous la présidence d’Alexandre Pétion et celui du Nord gouverné par Henry Christophe. Ce dernier est couronné le 9 mars 1811 au CapHenry (jadis Cap-Français) sous le nom d’Henry 1er et il fait de la République du Nord le royaume d’Haïti. Le nouveau monarque se révèle un étonnant homme d’État et un organisateur infatigable. Bâtisseur passionné, il ordonne et il supervise personnellement la construction de plusieurs ensembles monumentaux. Il réalise des monuments extraordinaires tel l’ensemble constitué par le site de Sans-Souci, la Citadelle et le site fortifié des Ramiers. Cet ensemble a fait l’objet d’un vaste programme de restauration et de mise en valeur. Durant plus de 12 ans d’un pouvoir absolu, Henry Christophe marque l’histoire d’Haïti de son activité débordante. Un signe visible de la prospérité qui régnait dans le royaume de Christophe et de l’augmentation soutenue de la richesse est le nombre de palais et de châteaux qui ont été construits dans le royaume pendant le règne de Christophe. Deux raisons fondamentales ont mené le monarque et son entourage à construire ces édifices: la notion d’un retour offensif des Français pour réclamer le territoire qui avait été déclaré indépendant et un désir de construire quelque chose de durable dans le nouvel état indépendant. Le roi Christophe voulait construire dans la Caraïbe une civilisation qui n’aurait rien à envier aux anciennes civilisations d’Europe. Ainsi, il a construit des églises, dix palais, dont le Palais aux 365 Portes et cinquante-cinq châteaux dont le château de Sans-Souci et la Citadelle Laferrière. Le roi Henry 1er a établi un régime caractérisé par l’ordre, la discipline et le travail qui a assuré la prospérité de son royaume. L’agriculture y était prospère, l’éducation très développée et l’industrie en pleine expansion. Il s’est intéressé, en particulier, à la conduite d’affaire dans chaque juridiction politique et militaire. Chacun de ses administrateurs était obligé de lui soumettre un rapport détaillé sur les activités financières et agricoles de son district. Chaque centime dépensé devait être justifié; le fait de ne pas se conformer aux règles établies était sévèrement puni. Sous un tel système, la monarchie dans le nord a grandi chaque année. Son œuvre prodigieuse s’achève en tragédie dans la série d’événements qui ont suivi le 15 août 1820. Le roi qui avait fait fusiller le père Cornelle Brelle son aumônier était empreint • Portrait du Roi Henry Christophe, circa 1816, par Richard Evans BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 8 de remords et comme la messe avait déjà commencé. Il a profité pour y assister et attendre le prêtre pour se confesser. Cela se passait ce jour-là, à Limonade, et c’est justement dans l’église de Limonade qu’il allait tomber, frappé tragiquement par la maladie. Selon les traditions orales, conservées et transmises de génération en génération, le monarque, pendant la messe aurait été effrayé par l’apparition soudaine du fantôme du père Corneille Brelle après la lecture du Immobilisé par une hémiplégie, devant l’agitation de ses troupes et • Le prince royal, Victor­Henry, de Richard Evans & offert à William Wilberforce • Reine Marie Louise, épouse du Roi Henry (1778­ 1851), tableau d'Edris Fortune face à une rébellion triomphante, il se donne la mort d’une balle au cœur, le 8 octobre 1820, dans les appartements royaux de SansSouci. Au cours de la nuit qui a suivi son suicide, son corps a été transporté à la Citadelle pour y être inhumé. Le suicide de Christophe était une façon de refuser d’être encore asservi. C’était l’acte ultime de contrôle de son propre destin parce qu’il savait que l’histoire était très ingrate. • Henry Ferdinand Christophe et ses sœurs, circa 1811 • Photo : ISPAN psaume «judicame». Comme suite à l’apparition du fantôme sur l’autel, il fut frappé d’apoplexie et tomba par terre. Il reçut les premiers soins sur le perron de l’église puis fut transporté sur l’habitation Bellevuepar-le-roi, Paroi aujourd’hui. Il ne put regagner ses appartements de Sans-Souci qu’après un mois de traitement et de repos. En tout cas, Christophe n’a jamais récupéré. • Le palais de la Belle rivière, communément appelé palais aux 365 portes avant sa restauration. • Le Palais aux 365 portes après sa restauration. BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 9 François Cappoix : un général courageux et intrépide A près plus de deux siècles d’esclavage dû à la traite négrière transatlantique à Saint-Domingue, les esclaves se sont rebellés contre ce système avilissant et deshumanisant. Au cours de la période révolutionnaire (17911803), de valeureux révolutionnaires, conscients du prix de la liberté, au péril de leur vie, se sont révélés déterminants dans l’éradication de cette pratique. Parmi ces hommes, François Cappoix alias Capois la Mort a démerveillé les uns et les autres par son courage ; il ancre son nom parmi les plus braves pour s’être livré corps et âme en ce jour du 18 novembre 1803. Né en 1766, François Cappoix a grandi dans l’habitation Laveau comme esclave. Il a connu le châtiment du fouet et les travaux forcés. Son nom Cappoix serait dérivé de la déformation du nom de son ancien maître Cappouet. Jeune et intrépide, Capois débute sa carrière militaire à l’âge de 27 ans. En effet, au cours de l’année 1793, il intègre les troupes de l’armée révolutionnaire de Toussaint • Le fossé de Cappoix dans la reconstruction de certaines infrastructures de Port-de-Paix. Suivant l’ordonnance du 09 avril 1804 de l’empereur Jacques 1er, il achève la construction du Fort-desTrois-Pavillons non loin de Port-de• L'effigie de Cappoix sur le billet de 50 gourdes Paix et nommé général de division Louverture. De là, il s’initie à l’art de du nord par l’empereur. la guerre aux côtés du général Maurepas dans la 9ème brigade. Par En ce qui concerne son assassinat à sa témérité et sa discipline, il attire le l’entrée de la ville de Limonade, le regard de ses supérieurs. Il passe débat se poursuit sur la date. Selon alors du grade de simple soldat à Saint-Joseph de Saint-Rémy, il aurait celui de lieutenant pour plus tard été assassiné le 8 octobre. occuper la fonction de capitaine. Cependant, Thomas Madiou reconnaît la date du 08 octobre et Parmi les hauts fait d’armes de rapporte que son assassinat provient Capois la Mort, il faut citer : la de la rivalité entre Cappoix et conquête de l’ile de la tortue et la Christophe. Selon François bataille de Vertières. En effet, lors de Dalencours, Cappoix est mort le 19 ses deux combats, il s’est livré corps octobre 1806 deux jours après la et âme et a fait montre d’un courage mort de l’empereur. exceptionnel à plusieurs reprises pour enfin reconquérir la ville de Aujourd’hui son nom demeure Port-de-Paix, le 12 avril 1803. En parmi les figures emblématiques de novembre 1803, lors de la bataille la bataille de Vertières. Une finale à Vertières contre les troupes importante rue de la capitale porte françaises, il a été décisif dans cette son nom et le billet de 50 gourdes victoire. Son courage a été apprécié porte son effigie. Non loin du Palais par le capitaine-général Rochambeau National se trouve une place du qui lui offre un cheval comme Champ-de-mars portant son nom marque d’admiration. en attendant que l’on appose son buste. Toutefois, dans la ville de Après l’indépendance d’Haïti le 01 Port-de-paix, au cours des janvier 1804, Capois affiche sa évènements de 2014 son buste a fidélité à Dessalines et campe ses été volé. Par son histoire, Cappoix troupes à Port-de-Paix. Il ne tarde demeure l’emblème du courage et pas à instaurer la discipline au sein un exemple de détermination. de ses troupes et affirme son leadership au sein du département du Nord-Ouest. Ainsi, il se consacre BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 10 • Photo : ISPAN 2018 • Fort Jacques (Ouest - Fermathe) • Fort Garit (Ouest - Petit Goâve) • Photo : ISPAN 1. Fort Trois Pavillons (Port de-Paix) 2. Fort du Ralliement (Môle Saint Nicolas) 3. Fort Rivière (Grande Rivière du nord) 4. Fort Neuf (Grande Rivière du nord) 5. Fort Dahomey (Camp Coq) 6. Fort Bayonnais (Ennery) 7. Fort Sans Quartier (Marmelade) 8. Fort Brave (Marmelade) 9. Fort Jalouisière (Marmelade) 10. Citadelle Henry (Milôt) 11. Fort Béké (Saint Marc) 12. Fort Delpèche (Arcahaie) 13. Fort Drouet (Arcahaie/Matheux) 14. Fort Jacques (Fermathe/Massif de la selle) 15. Fort Alexandre (Fermathe) 16. Fort Campan (Léogâne) 17. Fort Desbois (Anse à veau) 18. Fort Garit (Petit Goâve) 19. Fort Bonnet Caré (Saint Louis du Sud) 20. Fort Marfranc (Marfranc/Jéremie) 21. Forteresse des Platons (Cayes/ Dussis) 22. Fort Ogé (Jacmel/Cap-rouge) 23. Fort Décidé (Dessalines) 24. Fort Innocent (Dessalines) 25. Fort Madame (Dessalines) 26. Fort Doko (Dessalines) 27. Fort Fin du Monde (Dessalines) 28. Fort Culbuté (Dessalines) • Photo : ISPAN 2015 Liste partielle des fortifications haïtiennes • Photo : ISPAN • Photo : ISPAN 2016 • Fort Doko (Artibonite - Dessalines) • Fort Drouet (Ouest - Arcahaie) • Fort Ogé (Sud-Est - Cap-rouge) BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 11 CARTE DU SYSTEME DEFENSIF / 1804 LE BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Octobre 2018 12 • Photo : ISPAN • Photo : ISPAN Liste partielle des fortifications haïtiennes (suite...) • Fort Culbuté (Artibonite - Dessalines) • Fort Bayonnais (Artibonite - Ennery) • Fort Bonnet Carré (Sud - Saint-Louis du Sud) • Forteresse des Platons (Sud - Dussis) • Fort Débois (Nippes - Anse à Veau) • Fort Alexandre (Ouest - Fermathe) BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018 • Photo : ISPAN 2017 • Photo : ISPAN 2015 • Photo : ISPAN 2018 • Photo : ISPAN 2016 • Photo : ISPAN • Citadelle Henri (Nord - Milot) • Photo : ISPAN • Fort Innocent (Artibonite - Dessalines) 13 • Photo : ISPAN • Photo : ISPAN Liste partielle des fortifications haïtiennes (suite...) • Fort du Ralliement (Vue partielle) (Môle Saint Nicolas) • Fort Décidé (Artibonite - Dessalines) • Fort Fin du Monde (Artibonite - Dessalines) • Photo : ISPAN • Photo : Sabry Iccenat 2018 • Fort Madame (Artibonite - Dessalines) Comité de rédaction: • Sabry ICCENAT Communicateur / ISPAN • Yvenel JEAN-PIERRE Historien / ISPAN • Jean-Hérold Pérard Ingénieur de Monument / ISPAN Recherche historique et photographique • Vanessa DARBOUZE Architecte / ISPAN www.ispan.gouv.ht Graphiste: • Roberson ETIENNE Ingénieur Informaticien / ISPAN Supervision: • Jean Patrick DURANDIS, D.G / ISPAN Architecte de Monument Distribution: Service de promotion / ISPAN Correction et Avis: • Jean-Hérold Pérard Ingénieur de Monument / ISPAN • Patrick Délatour Architecte de Monument / ISPAN BULLETIN DE L’ISPAN • No 38 • Décembre 2018