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(2013-03) Bulletin de l'ISPAN, No 31: The drying house of the Jumécourt colonial sugar estate at Latremblay, near Croix-des-Bouquets

(2013-03) Bulletin de l'ISPAN, No 31: The drying house of the Jumécourt colonial sugar estate at Latremblay, near Croix-des-Bouquets

Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) 2013 6 pages
Summary — The Bulletin de l'ISPAN, No 31, of 1 March 2013. The issue covers The drying house of the Jumécourt colonial sugar estate at Latremblay, near Croix-des-Bouquets. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 6 pages.
Full Description
The Bulletin de l'ISPAN, No 31, of 1 March 2013. The issue covers The drying house of the Jumécourt colonial sugar estate at Latremblay, near Croix-des-Bouquets. The Bulletin is the publication of Haiti's national heritage institute, which documents the country's built heritage monument by monument, its state of conservation and the work carried out on it. 6 pages.
Topics
Social ProtectionGovernance
Geography
National
Time Coverage
2013 — 2013
Keywords
ISPAN, patrimoine bâti, monuments historiques, Bulletin de l'ISPAN No 31, series:ispan-bulletin
Entities
Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN)
Full Document Text

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• Photo : Philippe Châtelain / ISPAN • 2011 numéro 31, 1er mars 2013 BULLETIN DE L’ISPAN • L’étuve de l’habitation coloniale de Jumécourt Très peu connues, les vestiges majestueux de l’ancienne habitation sucrière de Jumécourt1 constituent un important témoin de l’ingéniosité des colons français de Saint-Domingue à allier l’économie précaire des moyens à un rendement optimal de production, tout en manifestant un sens certain de l’esthétique. Situé au quartier de Latremblay, en bordure de la route départementale 102, reliant la Croix-des-Bouquets à Malepasse ville frontalière avec la République Dominicaine, le site se signale difficilement au visiteur par son étuve, une tour pourtant imposante en maçonnerie perdue au milieu d’un lotissement récent et en pleine expansion. Le site de l’habitation Jumécourt est remarquable. Il est formé d’un plateau étroit et surélevé, fermé par des pentes escarpées formant un amphithéâtre donnant face, vers le Nord, à la Grande-Plaine du Cul-deSac qu’il domine. Les ruines encore cohérentes sont, par endroit, assez bien conservées et témoignent d’une répartition spatiale de ses bâtiments tout à fait originale, originalité 1. Claude Arnauld Ygnace Hanus de Jumécourt, de qui cette habitation sucrière a gardé le nom, est né à Nancy en 1743. Maire de la Croix-desBouquets en 1791, partisans des Pompons-Rouges, adversaire de Caradeux, artisan du Concordat de Damien, Hanus de Jumécourt, avait été du nombre des colons qui avaient pensé livrer la colonie de Saint-Domingue aux Anglais. Après l’échec des Anglais, il dut quitter la Colonie et périt en mer en route vers la Jamaïque en 1798 (M.-P. Lerebours). • Vue intérieure de l’étuve de de Jumécourt • Photo : D. Elie / ISPAN • 2004 Les ruines de l’habitation coloniale BULLETIN DE L’ISPAN, No 31, 8 pages de Jumécourt obtenue par une excellente adaptation à la topographie du site afin d’en tirer un maximum de partis. Tous les éléments constitutifs de la sucrerie sont là : l’aqueduc, le moulin à bête, le moulin à eau et sa grande fosse, l’étuve, le soubassement de la chaufferie et ses murs de soutènement, les fondations de la grande case, etc. Pour bien comprendre cette unité de production exemplaire de la colonie française de Saint-Domingue, il convient de la situer dans le contexte économique et technologique du XVIIIe siècle à SaintDomingue, alors la colonie française la plus riche et la plus emblématique. Peu avant la fin du XVIIe siècle, l’Espagne reconnaît l’autorité du royaume de France sur le tiers occidental de l’île d’Hispaniola où sa colonie est miné par une présence nuisible de ressortissants français pour la plus part, se livrant à la chasse et à la culture de quelques denrées de traite. Il en résultat un climat de paix qui acheva de créer les conditions favorables à la réalisation du projet colonial de la France : marginaSommaire • Les ruines de l’habitation de Jumécourt • Mme Monique Rocourt, nommée à la Direction générale de l’ISPAN • Chroniques des monuments et sites historiques d’Haïti. BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à info@bulletindelispan.ht pour recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN. Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci. BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 • 1 • Photo : D. Elie / ISPAN • 2004 • Les ruines de l’aqueduc de Jumécourt, en 2004 LA COLLINE L’aqueduc L’étuve Le moulin à bêtes LE PLATEAU Le moulin à eau La chaufferie 0 4 8 12 16 20 • Plan localisant les principales composantes des ruines de Jumécourt 2 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 • Mouiln à eau couché, vu par le Père Labat l’exportation de leur production au négociant consignataire avec qui elle traite d’affaires en France.» (: G. Anglade) L’étendue d’une habitation produisant du sucre varie, mais elle est rarement en dessous de 100 carreaux (129 ha). Pour alimenter le commerce colonial et pour que l’habitation soit rentable, il faut produire toute l’année… Aussi, sur une habitation sucrière, par exemple, en même temps qu’on prépare une portion de terrain, on arrose une autre, on sarcle, on coupe, on transporte la canne, on fabrique le sucre. Hormis la case où résidait le propriétaire ou le gérant, dite grande case, on retrouve aussi la résidence du personnel technique et administratif • La grande arche d’entrée (économe, chirurgien, charpentier, machoquet3, etc.), les «cases à nègres» réunies en une sorte de village fait de matériaux végétaux donc périssables», les bâtiments d’exploitation fait de solides maçonneries de pierre, couverts de charpente de bois comprenant le chapiteau abritant le moulin à bête, la case du moulin à eau, la chaufferie pour la cuisson du vesou et sa transformation progressive en sucre, l’étuve, salle haute à plan intérieur généralement circulaire ou ovale, destinée à la sudation finale des pains de sucre et la gulidiverie où le sirop excédentaire est distillée pour produire du rhum agricole (le tafia). A Saint-Domingue, les habitations sucrières utilisaient 3. Ouvrier spécialisé en travaux de ferronnerie. • Photo : D. Elie / ISPAN • 2004 2. Unité de mesure coloniale, le carreau équivaut à 1,29 hectare. gressivement défrichés et mis en exploitation pour la culture des denrées d’exportation. Sur ces terres travaillent des centaines d’esclaves importés massivement d’Afrique et appartenant à un ou plusieurs propriétaires. L’habitation comporte deux secteurs essentiels d’activités : la culture et la manufacture. Il faut ajouter les ateliers où l’on entreprend les travaux de réparation. L’habitation coloniale est donc une unité complète de production qui se suffit à elle-même : elle détient les matières premières, la main-d’oeuvre et l’équipement de transformation et de transport. Dans les mornes comme dans les plaines, les centaines d’habitations grandes ou petites sont toutes reliées à un port d’embarquement pour • Photo : D. Elie / ISPAN • 2004 enrichir. Tout ce qu’elle produit lui revient et il lui est interdit de commercer avec une puissance étrangère. Les grandes plantations vont, en effet, à partir du début du XVIIIe siècle être rattachées à un négociant résidant en métropole, particulièrement dans les grandes villes de la côte est de France : Nantes, Bordeaux et La Rochelle, à qui sont adressées les denrées produites… L’habitation coloniale L’habitation, unité économique de base de la production coloniale, est une entreprise s’étendant sur 100, 200, 500 carreaux, pouvant dans certains cas exceptionnels dépasser, 1000 carreaux2, qui sont pro- • Document : Images d’Espagnola et de Saint-Domingue • M. Oriol, P. Villaire, R. Cohen • 1981 liser les premiers colons, propriétaires indépendants de lopins de terre cultivés en tabac, indigo et épices, en éliminant le régime de la petite propriété pour le remplacer par celui des grands domaines agricoles. L’occupation française de cette partie de l’île va, dès lors, se caractériser par une économie de plantation. Les domaines en exploitation sont principalement établis sur les plaines côtières fertiles et les montagnes accessibles. Le café et surtout le sucre, à partir de 1720, vont constituer les denrées d’exportation par excellence. La métropole impose à sa colonie le système de l’Exclusif : placée sous la tutelle du Ministère de la Marine, la colonie est au service de la métropole qu’elle doit • Les ruines du moulin à bêtes, vue prise du haut de l’aqueduc BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 • 3 Reconstitution des moulins et de l’aqueduc de Jumécourt 4. Hormis les rapports de visites d’inspection des techniciens de l’ISPAN, cet article est également documenté à partir des recherches effectuées par le professeur Michel-Philipe Lerebours, historien d’art et archéologue qui a consacré de nombreuses année à l’étude des habitations sucrières de Saint-Domingue, notamment celle de la plaine du Cul-de-Sac, de l’Arcahaie et de Saint-Marc. Diplômé en lettres classiques de l’Ecole Normale Supérieure d’Haïti, licencié en Droit, M.-P. Lerebours a poursuivi ses études à l’Universitée de Paris où il a obtenu un doctorat en Histoire de l’Art et Archéologie. Il fut directeur du Musée d’Art Haïtien et directeur général de l’Ecole National des Arts. Lerebours a également publié un recueil titré «L’Habitation Sucière Dominguoise et les Vestiges d’Habitations Sucrières dans la région de Port-au-Prince.» Les travaux et les recherches de M.-P. Lerebours constituent une importante contribution à la connaissance du Patrimoine culturel et historique d ‘Haïti. Il a dirigé le premier inventaire scientifique des ruines de Jumécourt en 2003. (Hypothèse) 10 1 12 4 11 3 2 5 9 par de puissants contreforts obliques (voir le relevé en plan). Ces deux constructions de renforcement encadrent une arche en plein cintre de 5.20 m de portée et environ 3,57 m de haut percée dans la muraille de l’aqueduc et formant un passage vouté donnant accès aux moulins. Son appareillage de moellons et de pierres de tailles liés au mortier de chaux est remarquablement bien fait. Ce qui lui a valut de traverser les siècles sans perdre de sa solidité. La force motrice de l’eau en chute libre était transformée en mouvement rotatif par l’entrainement des aubes d’une grande roue à godets de diamètre d’environ 8 m, aujourd’hui disparue. Ce puissant mouvement, ainsi créé, était transmis par un jeu d’engrenages, faits de bois, aux cylindres broyeurs du moulin à cannes. Après sa chute, l’eau était recueillie dans une grande fosse, construite au-dessous de la grande roue. Pour en assurer l’imperméabilité, la fosse était enduite, , 6 7 8 Vue perspective • Gravue illustrant le mécanisme du moulin à bêtes, tirée de l’Art de raffiner le sucre de Duhamel du Monceau (1780) 4 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 • Images de synthèse : D. Elie / ISPAN • 2011 deux sources principales d’énergie, hydraulique et animale, pour actionner les moulins. Il n’est pas rare, comme dans le cas de Jumécourt, que ces deux sources d’énergie cohabitassent. Comme le signale Michel-Philippe Lerebours4, l’eau a été une grande préoccupation ; il fallait la gérer parcimonieusement et parvenir ainsi à une distribution équitable et efficace. L’emplacement d’une habitation à énergie hydraulique est, par conséquent, en grande partie déterminé par des considérations ayant trait à l’eau qui devrait, à la fois, être utilisé pour actionner la grande roue à aubes des moulins et à l’arrosage des terres. Des réseaux complexes d’alimentation en eau faits de prises, de bassins de retenu, de batardeau, d’écluses, de canaux et d’aqueducs sillonnaient les plaines en alimentant successivement des dizaines d’habitations sucrières. Jumécourt L’habitation sucrière de Jumécourt constitue un exemple de ces formidables unités de production sur lesquels reposait la richesse de la Colonie française de Saint-Domingue. Puisant l’énergie hydraulique d’une prise du BassinGénéral, amenant l’eau de la rivière Grise vers l’habitation, sur une distance d’environ 5 km,. Un canal de terre menait l’eau à un bassin de retenue permettant de contrôler le débit. Ce bassin, dont il ne subsiste que des traces de maçonnerie, conduisait l’eau au canal de l’aqueduc, couverte d’un voutain en maçonnerie sur une courte partie formant ainsi un tunnel. L’aqueduc L’aqueduc de Jumécourt est relativement court (25,20 m), mais, utilisant à profit la déclivité du terrain, il porte l’eau à une hauteur d’environ 8 m au dessus du niveau du terrain naturel : il est probable que cette chute artificielle fut, à l’époque, la plus haute de tous les moulins à eau de la plaine du Cul-de-Sac. L’aqueduc de Jumécourt est solidement contreventé, de part et d’autre, de son axe : du coté du canal par de fortes murailles de soutènement remblayés, et, placés en avant de la chute de l’eau dans la fosse, Elévation est Légende : 1. Aqueduc 2. Arche d’entrée 3. Mur de soutènement 4. Déservoir latéral 5. Départ de la chute d’eau 6. La grande roue à godets 7. Fosse à eau 8. Trop-plein déversoir 9. Case à moulin à eau 10. Chapiteau du moulin à bête 11. Terre-plein circulaire 12. Moulin «debout» Elévation nord BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 • 5 • Photo : D. Elie / ISPAN • 2004 Coordonnées géospatiales des ruines de l’habitation Jumécourt : Longitude : 18˚ 33’ 43,68” N Latitude : 72˚ 11’ 05,89” O Altitude : 80 m Sc. : Googlearth 2011 • Vue de l’étuve de Jumécourt, prise en 2004, illustrant la relation du site avec les anciènnes plantations de cannes situées en contrebas. Cet espace a récemment fait l’objet d’un lotissement latérales pour broyer les tiges de canne. Les déchets recueillis appelés bagasse, servaient à alimenter les foyers de la chaufferie. Le moulin à bêtes En cas de rareté d’eau, l’habitation Jumécourt, possédait également un moulin à bête. Deux parements circulaires concentriques remblayés formaient un terre-plein au-dessus duquel circulaient des animaux de traite, bœufs ou mules. Ces animaux étaient attelés aux deux bras du moulin placé en contrebas au centre de la construction. Contrairement au moulin à eau, le moulin à bête, lui est vertical. Sa role menante est actionnée par les deux bras d’un manège attelé aux animaux (voir gravure). L’implantation du terre- • Photo : D. Elie / ISPAN • 2004 canaux d’arrosage des champs de cannes. Ainsi privée d’eau, la grande roue s’arrêtait. Un escalier de service à trois volées disposées en zigzag et faites de briques en terre cuite rouge donnait l’accès pour manœuvrer ce dispositif d’écluses.. Le moulin à eau La case du moulin hydraulique a complètement disparu et également le moulin lui-même. Il est très probable qu’il s’agissait d’un «moulin à eau couché». En se référant aux gravures d’époque, on présume que ce moulin devait comporter trois cylindres en bois – appelés roles – placés horizontalement et engrenés l’un à l’autre. La role centrale, dite role menante, arrimée à l’axe de la grande roue, entrainait les roles • L’aqueduc de Jumécourt 6 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 plein du moulin à bête de Jumécourt dans la topographie du site permettait d’y faire accéder les animaux sans l’aide d’une rampe, comme il était d’usage d’en construire dans d’autres moulins du même type, situés sur un terrain totalement plat. La chaufferie Le jus extirpé des tiges de cannes - appelé vesou était conduit par un canal maçonné vers la chaufferie où il était emmagasiné temporairement dans un bassin - le baquet à vesou - en attendant le long processus de cuisson et de séchage qui le transformera en cristaux de sucre. Les ruines de la chaufferie de Jumécourt comptent parmi les plus abimés des vestiges et ses composantes, qui ont été identifiées, présentent de grandes interrogations. En premier lieu, les mesures générales de la chaufferie paraissent anormalement sous dimensionnées par rapport à la taille des moulins et leurs capacités nominales de production. Seconde interrogation : si le foyer, formé de petites salles voutées placées en soubassement de la chaufferie, a été clairement identifié, il laisse perplexe quant au nombre de chaudières qu’il alimentait. Celles-ci sont au nombre de trois. Alors qu’en général les chaufferies en comportaient quatre, cinq ou, idéalement, six, dépendant de la qualité du sucre à fabriquer5. La chaufferie aurait-elle été démantelée puis transformée au début du XIXe siècle pour être exclusivement destinée à la fabrication de clairin ? M.-P. Lerebours qui a visité le site en 2006, conseille : « Il reste beaucoup d’inconnus à Jumécourt qui rendent indispensables les fouilles archéologiques. D’abord de nombreuses fondations qu’il faut dégager et identifier. 5. Ces chaudières, généralement au nombre de six pour une qualité optimale de sucre, étaient placées en enfilade au dessus d’un foyer. Elles correspondaient aux six étapes de cuisson permettant de transformer le vesou en cristaux de sucre : la Grande, la Propre, la Lessive, le Flambeau, le Sirop et la Batterie, Il faut déterminer l’usage des bassins à trois compartiments ; ainsi que ceux de la salle adjacente et de la petite chaufferie. S’agit-il des restes de la guidiverie ? La zone supposée de la grande case où résidait le colon - et toute la région où se trouvent les fondations sur la colline sont riches en artefact donc devrait être minutieusement étudiées.» L’étuve Massive tour cylindrique semblant faire le guet au dessus des anciens champs de canne, l’étuve de Jumécourt mesure 6 m de haut pour un diamètre extérieur de 6.60 m. Une parfaite ventilation, assurée par trois ouvertures dont deux portes basses à arc en plein cintre diamétralement opposées, facilitait le séchage complet des pains de sucre. Le sirop qui s’égouttait des formes conique en terre cuite, percées en leur sommet, était récupéré et transféré à la guildiverie pour la fabrication du tafia. Selon Lerebours, «un ensemble (des ruines) qui pourrait bien être les restes d’une guildiverie s’étale au pied de l’étuve». On peut encore observer, à l’intérieur, les trous de boulin qui recevaient les énormes madriers desquels étaient suspendus les pains de sucre. Même que quelques restes de ces madriers, défiant le temps et les termites, sont encore en place (voir photo en page 1). Le mur de l’étuve présente une grande lézarde verticale dont la cause nous est inconnu. Jumécourt. La fin ? Lors de la récente visite des techniciens de l’ISPAN, réalisée en novembre 2011, il a été constaté que le site de Jumécourt est pris d’assaut par une urbanisation qui affecte son intégrité : un récent lotissement des terres comprises entre la route 102 et le site de Jumécourt a favorisé la construction de nombreuses résidences. Par ailleurs, le canal de terre menant l’eau de la rivière Grise a été remis à nouveau en utilisation par les cultivateurs de la zone. Il évite l’aqueduc pour faire chuter l’eau directement dans les champs cultivés en contrebas parmi les ruines. Ce qui affecte leurs soubassements de manière dangereuse. Le site est couvert d’une végétation luxuriante et rend difficile sa visite. Ignorée et menacée, assiste-t-on à la disparition prochaine des ruines de Jumécourt ? • Photo : D. Elie / ISPAN • 2011 • Gravure en médaillon : la coupe d’une étuve d’un mélange soigné de chaux, de sable et de poudre de briques lui conférant une couleur vieux rose, caractéristique de ce type de mortier. L’eau accumulée dans la fosse s’écoulait, une fois remplie, par un tropplein de dimensions proportionnelles au débit et était reconduite, pour arrosage, vers les vastes champs de cannes situés en contrebas du site de Jumécourt. Afin de stopper la grande roue dans sa course, en cas d’urgence ou d’arrêt des travaux, deux écluses furent aménagées en amont de la chute, l’une sur le bord du canal de l’aqueduc et l’autre juste avant l’amorce de la chute d’eau. Elles permettaient ainsi de dévier l’eau destinée à la grande roue par un déversoir à un petit bassin de retenue avant d’être évacuée vers les • Les anciennes platations de cannes à sucre ont fait place à une récente urbanisation arrivant au pied de l’étuve BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 • 7 Discours d’installation de Mme Monique Rocourt, nouvelle directrice générale de l’ISPAN Madame la Ministre de la Culture, Monsieur le Chef de Cabinet du Ministère de la Culture, Mesdames, Messieurs les membres du Cabinet du Ministère de la Culture Mesdames, Messieurs les Directeurs Généraux des Organismes autonomes de la Culture Mesdames, messieurs, membres de la Presse Chers collègues, parents et amis, Il y a plus de deux siècles, dans la vieille Europe, l’Abbé Grégoire, juriste et révolutionnaire français, enseignait que “Les monuments devaient être protégés en vertu de l’idée que les hommes n’étaient que les dépositaires d’un bien dont la grande famille avait le droit de nous demander des comptes”. Nos monuments nationaux, témoins de notre cheminement de peuple et souvent derniers rappels de pans hautement tourmentés de notre Histoire, ne sont, comme il le dit si bien « à personne, mais sont la propriété de tous. » Pour ces monuments dont l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National a la charge et qui sont, quoi qu’on en dise, le rappel puissant de ce qui a été sacrifié au fil des siècles par tant d’hommes et de femmes pour faire de nous une nation (au lieu d’un groupe d’humains parqués sur une terre qu’ils n’auraient pas choisie), le temps n’est plus ni aux beaux discours, ni aux critiques creuses et irréfléchies, ni à l’attente irresponsable, inconstructive des uns et des autres. Le temps, selon vos propres mots, Madame la Ministre, est à l’action. L’action maintenant. L’action de tous. L’action réfléchie mais audacieuse. Face à l’ampleur effrayante du travail à abattre, il nous faut plus que jamais auparavant, nous retrousser les manches et travailler avec détermination et courage selon un Plan qui, à chaque étape, ouvrira une porte d’espoir et nous confortera comme enfants d’une même famille, jaloux de préserver un héritage qui nous porte, en dépit de nos souffrances et de nos erreurs, à marcher la tête haute. Mais derrière chaque bon plan, il y a de la foi et aussi une forme d’engagement. Foi et Engagement non seulement de l’Etat mais aussi et surtout de chaque citoyen ! 8 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 En ceci, et suivant votre propre exemple, Mme la Ministre, j’en appelle aujourd’hui aux jeunes de mon pays, à vous dont les cœurs ont soif de savoir que vous avez un passé tourmenté mais glorieux et un avenir dans lequel vous avez un rôle primordial à jouer… Aux jeunes de mon pays, encore capables d’avoir la Foi en un miracle qu’ils ne voient pas encore et s’engager pour qu’il se produise, je dis « L’ISPAN a besoin de vous, de votre courage et de votre rage de vous tailler une place à la lumière. » Aux quatre coins de notre pays, et appuyés en cela par un ministère de tutelle imbu de son rôle de préservation de la mémoire mais également d’éducation dans sa promotion d’un bagage culturel unique, d’une histoire encore lourde de défis à relever, l’ISPAN fera appel à vos bras et à vos cœurs libres encore d’allégeances destructrices. Jeunes de mon pays, Haiti est riche de vous ! Et sur vous, je baserai mon programme de restauration de la mémoire. L’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National n’a de raison d’être qu’à travers et pour vous ! Car pour quoi et pour qui devrionsnous nous atteler à préserver l’Histoire et les témoins de nos luttes, si, pour vous qui êtes l’avenir d’Haïti, leur sens est perdu parce que jamais enseigné ; Si, pour vous, ces monuments ne sont que des murailles muettes dont le message a cessé d’être transmis et vénéré ? Pourquoi préserver ces monuments si vos voix, enfin, ne peuvent s’élever, vibrantes et fortes, pour les faire vôtres et leur redonner vie dans la connaissance, l’amour et le respect de ce qu’ils représentent pour vous ? Et nous, nous qui avons allègrement passé la barre du demi-siècle, sans aucun doute de la dernière génération à nous rappeler d’une Haïti encore belle, propre et enviée de nos voisins, allons-nous être aussi celle qui aura failli à sa tâche de transmettre la fierté du passé et aura laissé derrière elle, comme l’aurait dit Henry Christophe, un peuple abêti et de nouveau esclave parce qu’il n’aura plus mémoire de rien ? Nos monuments sont les rappels les plus puissants de qui nous sommes. Le Président Joseph Michel Martelly, dans sa détermination à nous rappeler qu’un changement positif de notre environnement n’incombe qu’à nous, Haïtiens, a choisi pour cette nouvelle année le slogan « Yon Ayisyen, Yon pyebwa ». Dans ce même ordre d’idées, en rappelant que notre Patrimoine historique est notre propriété et notre responsabilité à tous, souffrez que j’institue à l’ISPAN celui de « Yon Ayisyen, Yon adoken, yon jou, pou n kenbe tèt nou wo ». M ap esplike sa m vle di la a. E m ap esplike l pou tout moun ka konprann : Si chak ayisyen, isit kou lòt bò dlo, timoun kou granmoun, jou ki premye janvye, dat kote nou sonje kijan batistè peyi nou te ekri apre 3 syèk esklavaj… si chak ayisyen deside pou kontribye valè yon grenn adoken ak yon jou sèvis chak ane pou moniman nou yo, nou par janm bezwen kenbe yon kwi pou nou mande lacharite, pou lòt vin lave figi istwan n pou nou ! Se pa yon bagay nòmal, lè nou wè peyi ki zanmi Ayiti genlè renmen patrimwàn nou plis pase n ; lè yo genlè konprann enpòtans li plis pase n ; se pa yon bagay nòmal lè se plis moun ki pa Ayisyen k ap mete kòb deyò pou moniman nou pa peri ! Tout zanmi sa yo ki te bannou jarèt nan moman difisil epi k ap kontinye kwè nan travay n ap fè a, m ap toujou di yo mèsi, men lawont ta andedan kè m si mwen menm kòm pitit tè sa a, mwen pat kontribye anyen pou fè Istwa peyi m viv ! Jodi a, fòk nou tout ta poze tèt nou kesyon sa a : Eske n gen dwa gade moniman nou nan je ? Wòl ISPAN, se montre kijan noumenm an premye, nou ka kenbe temwen Istwa nou byen, pou lòt jenerasyon ki vin dèyè ka sonje kote nou tout soti, pou yo menm, yo gen chans pou deside kote yo vle ale, paske ya vin konnen kilès yo ye, epi ya vin konnen tou tout sa yo kapab gen fòs pou akonpli, menm jan zansèt nou te fè. Men ISPAN, ki mwens pase 10 enjenyè ak achitèk, ki pa menm gen yon kote pou l mete achiv li, alòs ke se apati achiv li oblije fè restorasyon, ISPAN ki gen 33 gwo moniman sou kont li ki klase deja, soti depi Mole St-Nicolas rive jouk Dussis, epi yon lis pi long toujou de moniman k ap tann pou yo klase, ISPAN pa kapab, sou sèl fòs ponyèt li ni restore, ni anpeche okenn Ayisyen san memwa kraze ak detwi senbòl Pase peyi a. Leta Ayisyen pou kòl, e plis pase sa, yon ti enstiti teknik tankou ISPAN, paka kanpe anfas 10 milyon Ayisyen ki ta vle detwi pase yo. Ni Leta ni ISPAN pa ka ranplase 10 milyon moun ki ta dwe kapab FYÈ pou yo patisipe nan travay restorasyon memwa pa yo ! Li lè pou nou sonje kilès nou ye ! Li lè pou nou aprann lave figi n pou kòn ! Li lè pou nou konprann ti sa nou chak kapab ofri kòm sitwayen, kapab ale lwen ! Li lè pou nou fè moniman nou yo PALE ! Madame la Ministre, jodi a, se ak tout imilite, men tou, ak konfyans ke m genyen nan kapasite tout ekip teknisyen ISPAN, ki abitye travay ak zong yo, an silans, dèyè sèn lan, pafwa san okenn zouti ni okenn mwayen, ke m bay asirans nou pap demerite konfyans ou mete nan nou. Ou pwomèt nou tout sipò w. Nou kwè nan pwomès ou yo, pou nou ka fè travay nou kòm sa dwa. Zansèt nou avè n ! Granmèt la devan n ! Istwa nou vivan ! Moniman yo pral kanpe ! ••• • Photos : MC • 2013 Par arrêté présidentiel, Madame Monique Rocourt a été nommée Directrice générale de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National. La Ministre de la Culture, Mme Josette Darguste, a procédé à son installation officielle le mercredi 20 février 2013. C`est au local du MC que la cérémonie d’installation s’est déroulée. La ministre Darguste a appelé la nouvelle directrice de l’ISPAN à user de courage, d’audace et d’efficacité dans l’accomplissement de son travail. Elle lui a également donné la garantie qu’elle bénéficiera de l’appui du gouvernement de la République et, en particulier, de son ministère pour accomplir sa mission de revalorisation du patrimoine haïtien, un travail qui doit être fait de manière rationnelle et sans précipitation aucune, a conseillé Mme Darguste. Mme Rocourt détient une licence en sciences et est spécialisée en dessin industriel, en technologie du bois et dans les différents domaines de l’Imprimerie à la Western Illinois University (Macomb, Illinois, USA). En 1982, elle obtient de la même université un diplôme de Master of Science en communication visuelle et en technologie industrielle. Après une brillante carrière dans l’imprimerie, l’édition et l’enseignement, Mme Rocourt, depuis plus d’une dizaine d’années, s’est engagée dans l’étude du patrimoine culturel et historique d‘Haïti et a participé à de nombreuses campagnes de promotion, de protection et de mise en valeur de biens culturels, notamment aux habitations caféières des Matheux et au Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers, classé Patrimoine de l’Humanité. Elle a été à l’origine de nombreuses publications sur les biens culturels de la République d’Haïti dont un beau livre sur la Citadelle Henry. Elle a collaboré de manière régulière à la publication des BULLETINS DE L’ISPAN. De 2008 à 2012, au sein de l’ISPAN, elle a été chargée par la direction générale de l’Inventaire rétrospectif du Parc National Historique Citadelle, SansSouci, Ramiers lancé par l’UNESCO et visant la mise à jour du dossier de ce bien culturel au Centre du Patrimoine Mondial de l’UNESCO à Paris. En 2012, elle a participé à la refonte du comité haïtien du Conseil International des Monuments et des Sites (ICOMOS-Haïti), au sein duquel elle occupe actuellement le poste de trésorière au Conseil de Direction. Consciente des défis à relever, Mme Rocourt a promis de se mettre rapidement au travail en mettant sur pied un programme de restauration de la mémoire. Haiti est riche de ses jeunes et l’ISPAN misera principalement sur la jeunesse du pays, at-elle déclaré. Pour sa part, le Directeur général sortant de l’ISPAN, l’architecte Henry-Robert Jolibois, a sollicité des autorités beaucoup plus de moyens afin que la nouvelle Directrice générale puisse achever les différents travaux déjà entamés et réaliser ceux qu’elle a en perspective. Le BI publie ci-après l’intégralité du discours d’installation de la nouvelle DG de l’ISPAN. • En b. : La nouvelle Directrice générale de l’ISPAN, Mme Monique Rocourt, la ministre de la Culture, Mme Josette Darguste et le Directeur général sortant de l’ISPAN, M. Henry-robert Jolibois • En h. : Photo souvenir de l’installation de la nouvelle Directrice générale de l’ISPAN BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013 • 9 Chronique des monuments et sites historiques d’Haïti Le BI à nouveau sur le Net Une des toutes premières initiatives de la nouvelle Directrice générale de l’ISPAN a été la reprise de la publication et de la distribution du BULLETIN DE L’ISPAN sur le réseau Internet. Cette décision fait suite à des demandes de plus en plus pressant d’abonné(e)s qui ne cessent de déplorer cette interruption qui a duré plus d’une année. Créé en avril 2009, le BULLETIN DE L’ISPAN a vite connu un réel succès auprès du public, notamment des étudiants, des opérateurs touristiques, des Haïtiens vivant à l’étranger, des institutions internationale et caribéenne œuvrant dans la protection et la sauvegarde des biens culturels immobiliers. Réalisé à partir des fonds du centre de documentation de l’Institut, le BI offre au public des informations de première main sur le patrimoine historique immobilier d’Haïti, traitées et abondamment illustrées de photographies, de cartes, d’images d’époque et de passionnante reconstitution par image de synthèse. Le service de Promotion de l’ISPAN salue cette initiative pour le bonheur des abonné(e)s du BI. Service de la Promotion ISPAN Les anciens numéros du BI sont disponibles sur le site du Centre International pour la Conservation et la Préservation des Biens culturels (ICCROM) de Rome (Italie). : Ils peuvent être téléchargés en portable document format (pdf) à l’adresse : http:// www.iccrom.org/index_fr.shtml A l’onglet recherche sur le site, tapez BULLETIN DE L’ISPAN BULLETIN DE L’ISPAN No 31 : • Rédaction et édition : Moun Studio • Distribution : Service de la Promotion / ISPAN INSTITUT DE SAUVEGARDE DU PATRIMOINE NATIONAL Ministère de la Culture Rue Cappoix, Champ-de-Mars, Port-au-Prince, Haïti Directeur général : Monique Rocourt La publication de ce numéro du BI a été rendue possible grâce au support financier de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL) 10 • BULLETIN DE L’ISPAN • No 31 • 1er mars 2013