(2010-09) Bulletin of the ISPAN, No. 16: The Môle Saint-Nicolas and Its Military Heritage
Summary — The military heritage of a region whose strategic value came from its geography: the peninsula enclosing the deep bay works as a giant and effective breakwater, and the thin strip of land behind it is the region's only fertile reserve. Columbus entered the bay on 6 December 1492, Saint Nicholas's day, and named it.
Full Description
The military heritage of a region whose strategic value came from its geography: the peninsula enclosing the deep bay works as a giant and effective breakwater, and the thin strip of land behind it is the region's only fertile reserve. Columbus entered the bay on 6 December 1492, Saint Nicholas's day, and named it. One issue of the Bulletin de l'ISPAN, the monthly bulletin of Haiti's Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, which ran from June 2009 to at least November 2011 and documented one monument, site or historic centre per issue.
Full Document Text
Extracted text from the original document for search indexing.
• Photo : ISPAN 2010
numéro 16, 1er septembre 2010
BULLETIN DE L’ISPAN
Le Môle Saint-Nicolas,
son patrimoine militaire
En dépit de ses paysages puissants, la région du
Môle Saint-Nicolas, située à l’extrême pointe
nord-ouest d’Haïti semble avoir toujours été
entourée d’une aura de mystères et de dangers. Elle est probablement du au contraste
entre un environnement particulièrement
hostile à l’homme et l’extraordinaire attraction
qu’exerce sur lui la beauté de son paysage : une
baie large et profonde encerclée de longues
et magnifiques plages de sable blanc qui bordent un arrière pays aride au relief caractérisé
• La “porte d’architecture” de la Batterie de Valière au Môle Saint-Nicolas
par des plateaux rocheux étagés et couverts
d’une végétation d’épineux, d’agaves, d’aloès,
de cactus et de bayarondes. Seule une étroite
gorge verdoyante se faufile dans ce décor le
long d’un fleuve aux eaux claires. Cette mince
bande de terre constitue l’unique réserve fertile de la région.
Le site doit son patronyme à Christophe
Colomb qui, lors de son premier voyage en
Amérique, pénétra dans la baie le 6 décembre
1492, jour de la Saint-Nicolas. Plus tard, à cause
BULLETIN DE L’ISPAN, No 16, 11 pages
de la configuration de la presqu’île enserrant
la profonde baie, fonctionnant comme un gigantesque et efficace brise-lame, Saint-Nicolas
fut précédé du vocable «môle». Cette baie est,
en effet, toujours calme et les navires qui s’y
abritent sont à l’abri des humeurs de l’océan
Atlantique et des tumultes quasi permanentes
des eaux du Canal du Vent. Ce canal sépare
Haïti de l’île de Cuba, sur une distance de 85
kilomètres.
Selon le journal de bord de Colomb de 1492,
la région devait compter d’importants villages
taïnos. Les Espagnols rencontrèrent plusieurs
groupes, sans doute des pêcheurs montés
sur de longues pirogues qui s’enfuyaient à
toute hâte à la vue des Européens. Mais les
• Sc. : ISPAN
Sommaire
• Le Môle Saint-Nicolas, son patrimoine
militaire
• Le patrimoine, les mots et leurs sens
• Chroniques des monuments et sites
historiques d’Haïti
• Première carte du Nouveau-Monde, tracée par Christophe Colomb. A g. : San Nicolas
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
recevoir régulièrement le BULLETIN DE L’ISPAN. Vos critiques et suggestions seront grandement appréciées. Merci.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
Le Gibraltar du Nouveau-Monde
La position stratégique du Môle Saint-Nicolas,
permettant l’accès au Bassin de la Caraïbes,
formé du Continent américain et de l’arc antillais constitué d’un chapelet d’îles, d’îlots et de
• Photo : ISPAN • 2010
«Indiens» originaires des îles Bahamas et qui
accompagnaient les Espagnols se montrèrent
très inquiets à l’approche de cette terre faisant
comprendre par des signes leur crainte des
indigènes de la place.
• Photo : ISPAN / Daniel Elie • 2010
• La baie du Môle Saint-Nicolas, vue du Morne-à-Cabris
• Document. : ANOM (Archives Nationale de France - Outre-Mer)
• Vue aérienne de la baie du Môle Saint-Nicolas
• Le Môle Saint-Nicolas , plan dressé par Frémont de la Merveillère en 1789
cayes, s’étendant d’Est en Ouest, le fit comparer par l’abbé Guillaume-Thomas Raynal au
détroit de Gibraltar, commandant l’accès à la
mer Méditérannée. Son importance stratégique fut très tôt mise en évidence, et il fut
considéré «comme un danger, parce que son
port, ainsi isolé, était l’asile continuel des bâtiments ennemis ou des pirates, qui rendaient la
voie maritime très-hasardeuse. » (: Moreau)
Les Espagnols qui occupèrent le territoire pendant le XVIème et XVIIème siècle, avant leur
retrait vers la partie Orientale de l’île, attachèrent peu d’importance à cette région décharnée. Jusqu’à la première moitié du XVIIIème
siècle, elle resta un territoire isolé dans la Colonie française de Saint-Domingue, fréquenté
uniquement par des aventuriers ou des marins
cherchant un abri sûr en cas d’intempéries.
L’aridité de ses sols et la rudesse de son climat
sec et chaud, n’encouragèrent pas les Français
à y développer des exploitations agricoles.
Diverses tentatives de peuplement se solderont par des échecs. En janvier 1764, 400
Acadiens, dont la dispersion avait débuté dès
1755 dans les colonies de la Nouvelle Angleterre (Canada) et qui cherchaient une terre
française d’accueil, y furent installés. Par la suite,
le Conte d’Estaing, Gouverneur de la Colonie
signa un accord avec un armateur américain
pour transporter au Môle d’autres Acadiens
en provenance des côtes d’Amérique. Ne
pouvant subvenir à leurs besoins, terrassés par
les épidémies, beaucoup d’entre eux moururent. Les survivants quittèrent Saint Domingue
pour la Louisiane, l’année suivante. On tenta,
par la suite, d’installer sans succès un contingent d’Allemands qui subit le même sort.
Cependant son importance stratégique devint
de plus en plus évidente et reconnue : la défense du Môle devint la préoccupation principale des gouverneurs de la Colonie de SaintDomingue depuis la prise du Fort Saint-Louis,
par le vice amiral anglais Charles Knowles le
19 mars 1748 (Voir BULLETIN DE L’ISPAN
No 15).
Un plan de défense inachevé
En 1762, durant la terrible Guerre de Sept-Ans
(1756-1763), une importante flotte anglaise
composée de « dix-huit frégates et cinq cents
transports » croisa, sans être inquiétée, de l’île
de la Tortue au Môle Saint-Nicolas, longeant
la côte nord de Saint-Domingue en semant
une grande panique parmi la population de la
Colonie. Cet épisode démontra, s’il le fallait encore, la vulnérabilité de cette région face à une
agression ennemie, causée par la facilité d’une
descente au Môle.
Dès lors, les autorités françaises prirent la décision de «ne point abandonner le Môle et empêcher qu’il ne tombe au pouvoir des Anglais,
voilà donc ce qu’il faut vouloir, sans jamais perdre de vue, même pendant la plus longue paix,
un but aussi important. » (: Moreau)
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
• Photo : ISPAN • 2010
• Le mouillage du Môle Saint-Nicolas à Saint-Domingue (Eau-forte de J. -F. Ozanne, 1790)
• Paysage aride des plateaux du Môle Saint-Nicolas
contenir en quantité suffisante des barils de
poudre.
L’intermède britannique
Ces principales pièces étaient en état de fonctionner quand, en 1793, l’Angleterre rentra en
guerre avec la France. Maitresse des mers grâce à une puissante flotte, l’Angleterre organisa
le blocus des côtes de la France « tant celles
métropolitaines que celles d’outre-mer », donc
également celles de Saint-Domingue. Mettant
à profit des troubles engendrés par la Révolution française et sa conséquence directe, la Ré-
• Document. : ANOM
Dès 1763, à la fin de la guerre, le gouvernement français dépêcha dans la colonie plusieurs missions d’ingénieurs ayant pour objectifs de «dresser un état des fortifications de
la colonie et établir celles à y construire». Le
plan de défense du Môle et des ses environs
ainsi fut établi.
A la fin de 1767 et au cours des deux années
suivantes, la construction des fortifications générales du Môle s’intensifièrent et le roi de
France fit même venir des esclaves du Sénégal
pour suppléer à la carence de main-d’œuvre.
Ce plan très ambitieux fut lent à construire,
subissant sans cesse des modifications portées
par chaque nouveau gouverneur ou nouvelle
mission d’ingénieurs du roi. En fait, il ne fut jamais achevé.Toutefois, vers la fin des années 80,
le Môle pouvait s’enorgueillir de la présence en
état de fonctionnement sur onze batteries et
six retranchements disposés sur le rivage de la
baie du Cap-à-Foux à la pointe de la Presqu’île.
« 162 canons et 60 mortiers menacent l’ennemi qui tenterait de s’introduire dans le port
du Môle… » ( : Moreau)
Le rivage sud de la baie fut doté de meilleures
places. D’Ouest en Est, de part et d’autre de la
bourgade du Môle, furent érigée, la Batterie du
Cap-à-Foux, la Batterie de Grasse, la batterie
de Vallière, la batterie d’Orléans coincée sur
une avancée vers la mer et défendant directement la ville, puis le Vieux-Quartier, vaste batterie où étaient concentrés, sur sa cour arrière,
les baraquements servant de casernes aux
troupes. Pour doter cette défense d’une large
autonomie, devant suppléer à l’isolement des
lieux, il fut construit une immense poudrière,
située non loin du Carénage du Môle, pouvant
volte générale de Esclaves de Saint-Domingue,
les Anglais s’immiscèrent en divers point de la
colonie. Port-au-Prince, Saint-Marc, Jérémie, Tiburon, l’Arcahaie, le Mirebalais et le Môle SaintNicolas tombèrent coup sur coup sous les bottes de l’armée britannique. Au Môle, l’occupant
s’attela immédiatement à la transformation du
réseau des places fortes construites par les
Français en une véritable base militaire, par
le renforcement des fortifications existantes
et par la construction d’une double ceinture
à redans ponctuée de blockhaus, de redoutes,
de retranchements, de postes et de vigies. Audessus de la grande poudrière, furent aménagées d’importantes casernes pour loger officiers et soldats. Une armée de 8000 hommes
fut affectée à la défense de l’ensemble. Cependant dès 1796, l’occupation de ces territoires
s’étant révélée beaucoup plus difficile et plus
coûteuse que prévue, les Anglais commencent
à l’évacuer, revenant à la stratégie antérieure,
celle du blocus des mers. Cette progressive retraite s’acheva au Môle Saint-Nicolas en 1798.
Cette date marque également le début du
contrôle total de l’île de Saint-Domingue par
Toussaint Louverture, ancien esclave, devenu
chef principal des insurgés, puis gravissant rapidement les échelons militaires parvint au titre
de Gouverneur général de la Colonie, maître
à part entière de l’île depuis le traité de Bâle
de 1795 qui met fin à la guerre entre l’Espagne
et la France.
Le traité de Luneville (féfrier 1801) et a Paix
d’Amiens conclue en 1802 mettent une trêve
dans la rivalité anglo-française et permirent à
Napoléon Bonaparte, consul de France depuis
le coup d’Etat du 18 Brumaire de l’An VIII (9
novembre 1799), d’envoyer une expédition
• Plan de la ville des environs du Môle Saint-Nicolas , illustrant les
ouvrages de défenses construits ou modifiés par les Anglais
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
armée vers la colonie rebelle pour tenter de
la reconquérir et y rétablir de l’ordre esclavagiste, révolu depuis 1791. C’est la fameuse
expédition Leclerc, forte de 23 000 hommes
de troupe et 20 000 marins, qui débarque en
divers points de la colonie en février 1802. A
l’issue d’une guerre d’une rare violence à laquelle l’Armée indigène sort victorieuse du
Corps expéditionnaire, la colonie accède à l’Indépendance le 1er janvier 1804.
Le siège du Môle
Deux ans plus tard, une guerre civile divise
Haïti, le nouvel état : la partie Nord sous la
direction de Henry Christophe et les parties
Ouest et Sud sous celle d’Alexandre Pétion.
Pétion, profitant d’un soulèvement dans le
quartier de Port-de-Paix, avoisinant celui du
Môle, envoie le général Lamarre appuyer la rébellion avec des hommes de troupe. Submergé par les immenses moyens logistiques mis en
œuvre par Christophe, Lamarre bas en retraite,
vers l’Ouest, sur le Môle (1807), par le canton
de Jean-Rabel. Lamarre organise la défense de
la place en utilisant les anciennes fortifications
franco-anglaises, notamment la batterie d’Orléans situé au Nord de la place d’Armes du
Môle, coincé sur le rivage. Christophe impose
un siège en règle à la ville. Acculé, Lamarre et
ses hommes opposent une résistance héroïque
qui allait durer plus de trois ans, à l’armée de
Christophe, pourtant mieux armée et mieux
pourvue en hommes de troupe. L’érection de
la batterie du Ralliement, sur une éminence
surplombant du Sud-Ouest le bourg du Môle
et du Sud, la Batterie de Vallière, semble dater de cette époque. Mais, ce qui est certain
: lors du siège, l’armée de Christophe dressa
en 1810 une batterie au sommet du Morneà-Cabris, dominant à portée de tir le bourg du
Môle sur son flanc Sud-Est. La batterie d’Orléans (qui sera plus tard dénommé fort Georges) sera l’ultime retranchement de Lammare
qui, au cours d’une sortie vers la batterie du
Ralliement, s’exposa volontairement aux feux
ennemis et fût emporté par un boulet le 10
juillet 1810. Son cadavre fut enterré sur place
et son cœur expédié à Pétion.
Visite d’inspection de MH du Môle
Du 20 au 24 août dernier, l’ISPAN organisa
une visite d’inspection des monuments historiques (MH) militaires du Môle Saint-Nicolas.
Ses visites techniques ont pour objectif de
contribuer à la mise à jour de l’Inventaire des
Monuments Historiques d’Haïti. Elles permettent également d’évaluer leur dégradation,
d’identifier les agressions anciennes et nouvelles auxquelles ils font face et, enfin, produire
des recommandations sur les éventuelles mesures conservatoires à prendre en urgence. Au
besoin, des relevés architecturaux sommaires
et annotés sont réalisés. La municipalité du
Môle Saint-Nicolas, soucieuse d’une politique
de protection et de mise en valeur des MH
du Môle, projette de promouvoir leur visite et
a fait appel à la Direction générale de l’ISPAN
pour une consultation sur les mesures à prendre et les aménagements possibles dans le cadre d’une exploitation touristique. La Batterie
du Ralliement, la Batterie de Vallière, la Batterie
de Grasse (ou de Grâce), la batterie d’Orléans
(ou Fort Georges), les ruines du Vieux-Quartier, la Poudrière et la batterie du Morne-à-Cabris ont été tour à tour inspectées durant le
bref séjour de la mission de l’ISPAN. Les monuments historiques militaires du Môle SaintNicolas visités les 21, 22, et 23 août derniers
sont présentés ci-après. Des textes explicatifs,
tirés du rapport de mission accompagnent les
photographies et leurs légendes.
La dernière visite officielle d’inspection de monuments historiques du Môle Saint-Nicolas par
l’ISPAN date de 1992.
La mission d’inspection des monuments historiques du
Môle Saint-Nicolas du 21 au 24 août 2010 de l’ISPAN
était composée de Philippe Chatelain, architecte, Daniel
Elie, architecte et Guerda Romain, recherchiste, Patrick
Saint-Val, chauffeur et Martin Sanon, agent de sécurité.
La Direction générale de l’ISPAN remercie tout particièrement le Maire de la ville, M. Gilbert Jean-Charles
et M. Husdon Michel de la fondation Ansanm pou yon
Demen Miyò an Ayiti (ADEMA) qui ont mit à disposition
de l’équipe de la mission toutes les facilités nécésaires à
son bon déroulement.
Les fortifications françaises du Môle Saint-Nicolas
2
3
1
5
4
6
1. Plan de la Batterie de Grasse selon le projet de M. de Bellecombe, Gouverneur de Saint-Domingue • 2. Le mur de soutènement auxquels étaient
adossés les bâtiments de services • Vue du parapet donnant sur le rivage • 4. Vue générale des ruines et, au fond, la pointe de la Presqu’île • 5. Les
tessons de bouteilles fixées à l’arase des murs de soutènement • 6. Barnacane en pierre de taille de la muraille des remparts
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
• Photos : ISPAN • 2010 • Document : Archives de la Marine, Vincennes, France
La Batterie de Grasse (ou de Grâce)
La Batterie de Grasse était formée d’un épais parapet
de maçonnerie de forme polygonale, suivant le contour
de la côte. Elle se referme du côté terre par un mur
d’enceinte également polygonal. Une banquette de tir
placé en arrière du parapet avait été aménagée probablement pour des mortiers, qui ont aujourd’hui disparus.
L’appareillage savant des pierres de taille laisse supposer
une main d’œuvre hautement qualifiée, comme le montre les détails des barbacanes des murs de soutènement
et l’appareillage des pierres d’angle, toutes taillées avec
précision dans un calcaire blanc très dur. Au mur d’enceinte, côté terre, étaient adossées des logements et
des magasins couverts en appentis. En cette partie de
la fortification, à l’arase et le fruit des murs de soutènement, des tessons de culs de bouteilles avaient été
fixés au mortier de chaux afin de rendre difficile l’accès
à la place.
Les fortifications françaises du Môle Saint-Nicolas
2
1
3
• Photos : ISPAN • 2010 • Document : ANOM
La Batterie de Vallière
Parmi les fortifications du Môle, la Batterie de Vallière
tient une place prépondérante par la beauté du site sur
lequel elle est implantée, l’ampleur des ruines et l’intérêt de son intégration au site au moyen de platesformes épousant la déclivité du sol. La Batterie de Vallière défendait directement un éventuel débarquement
de troupes ennemies sur le rivage. Son plan géneeral
forme un vaste polygone proche d’un rectangle long.
L’ouvrage comporte un front du côté de terre, mesurant 196 mètres de long, percé de meurtrières pour
la mousqueterie et placé entre deux bastions d’angle
destinés à l’artillerie lourde. Ces bastions flanquent de
part et d’autre le portail d’accès. Le front contrôlant le
rivage comporte deux batteries polygonales à barbette
formant de vastes terrasses. En contrebas, presque au
niveau de la mer les restes des murailles bien appareillés
témoignent de l’existence de défenses avancées dont
l’articulation est peu visible aujourd’hui. Dans la cour
subsistent les murs des fondations des bâtiments de
service et les logements de la garnison. Son monumental portail d’entrée en pierre de taille, principal élément
d’identification de l’ouvrage, fait de la Batterie Vallière le
monument emblématique de la ville du Môle Saint-Nicolas. Elle a été classé «Patrimoine National» par arrête
présidentiel (23 août 1995) et son emprise a été versé
par le Service du Domaine de la Direction générale des
Impôts au Domaine public de l’Etat haïtien.
La plage des Raisiniers, voisine de la fortification, fait actuellement l’objet d’un embryon d’exploitation touristique privée - le Boucan-Guinguette - qui projette avec la
collaboration de la Mairie et sous la direction de l’ISPAN
d’intégrer la visite du monument historique à l’exploitation touristique dans un plan général d’aménagement, le
mettant en valeur tout en prenant garde à ne point altérer l’intégrité et l’authenticité du monument historique.
4
1. Plan du projet de la batterie de Vallière de 1773 • 2. Le portail d’entrée de la batteire de Vallière (face nord)
• 3. Le portail d’entrée de la batterie de Vallière (face sud) • 4. Le front sud (côté terre) de la batterie Vallière
La Batterie d’Orléans (Fort Georges)
Située à l’extrême pointe de l’avancée sur laquelle est
situé le bourg du Môle et placée juste à l’embouchure
du fleuve, la batterie d’Orléans est un fort et imposant
terre-plein à murailles épaisses. Son tracé, selon les plans
dressés en 1773, présente un polygone de quatre cotés,
épousant sur trois côtés la forme du rivage. Il est fermé
du côté terre, par une double tenaille dans laquelle est
aménagé l’accès à la fortification. Sur le terre-plein où
était installée l’artillerie, le parapet était percé d’embrasures à canon orientées de telle sorte que la place
pouvait croiser ses tirs avec ceux de la Batterie Vallière
et ceux du Vieux-Quartier, empechant ainsi tout débarquement en force dans cette partie du rivage. Son
corps de place, très étroit, logeait les bâtiments de garde
et les hangars pour l’artillerie. Des rampes permettaient
de faire monter affuts et canons sur les remparts. Il est
probable que lors de l’occupation anglaise, la batterie
subit plusieurs modifications dont la percée d’un passage voûté sous les remparts, reliant le corps de place
au rivage.
Dernier retranchement des troupes de Lamarre, lors
du siège de 1807-1810, soutenu par l’armée d’Henry
Christophe, la Batterie d’Orléans - qui portera plus tard
le nom de Fort Georges - fut bombardé en règle et
détruit. Son aspect actuel est principalement du à ce
canonnage. Le temps et la végétation achevèrent de
transformer le Fort Georges en des ruines dont quelques parties sont encore cohérentes. Mais l’ensemble
laisse deviner sa présence imposante à l’origine dans le
paysage.
1
3
2
4
5
1. Plan de la batterie d’Orléans projetté en 1773 • 2. Les ruines des reparts (côté est) • 3. Le passage voûté axé
sur la pointe de la Presqu’île • 4. Le passage voûté, vu du rivage • 5. Les ruines du front nord de la fortification
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
• Photos : ISPAN • 2010 • Document : Archives de la Marine, Vincennes, France
Les fortifications françaises du Môle Saint-Nicolas
Les fortifications françaises du Môle Saint-Nicolas
1
1
1
2
3
1
4
1. Plan général du Vieux-Quartier (projet de 1773) • 2. Vue du corps de place de la batterie • 3. Le portail d’accès au rivage (face sud) • 4. Le portail
d’accès au rivage (face nord)
• Photos : ISPAN • 2010 • Document : ANOM
Le Vieux-Quartier
Par le chemin longeant la côte qui mène au carénage
puis à la Presqu’ile, juste à côté du bourg, on pénètre,
par un grand portail en ruine, dans l’enceinte du VieuxQuartier. Ce vaste front aux deux bastions, donnant face
à la mer, surplombe la côte de quelque mètres, suffisant
pour donner à la fortification une vue acceptable sur le
bourg, la baie et la batterie d’Orléans. Ses épaisses murailles sont percées en leur partie supérieure d’embrasures à canons et un large terre-plein permettait d’installer
une artillerie lourde que l’on faisait grimper au moyen
de rampes aménagé en quart de cercle dans l’enceinte
de la fortification. En son axe, un passage vouté au mur
savamment appareillé reliait le rivage à l’enceinte. Une
ruelle, sépare la batterie proprement dite du quartier de
la garnison. En avant était placée la rangée des pavillons
des officiers et à l’arrière disposée autour d’une cour
centrale les pavillons réservés aux soldats. On y remarque encore les soubassements en maçonnerie de ces
pavillons. Les deux entrées, situées à l’Est et à l’Ouest
de la fortifications, étaient à origine ornées de portails
monumentaux, des «portes d’architecture», comme on
disait à l’époque, et dont aujourd’hui ne subsistent que
les socles érodés des pilastres.
Le Vieux-Quartier continue, actuellement, à subir les
agressions de la nature, des animaux et des hommes.
Sa dégradation s’accélère sûrement. Les terre-pleins
sont transformés en enclos pour cabris, le quartier de
la garnison est bien construit. L’érection récente d’un
mur de clôture qui avoisine le bastion est, en l’obstruant
complètement, porte atteinte à l’intégrité du monument
historique. L’inspection de ces ruines et l’analyse de leur
relevé architectural ont montré que le plan de 1773
ne fut pas fidèlement exécuté mais il fourni cependant
d’assez bonnes informations pour la compréhension du
monument historique.
Les fortifications françaises du Môle Saint-Nicolas
1
1
1
1
2
3
1
1. Ouverture aménagée à la Poudrière par les Anglais durant leur séjour au Môle • 2. Plan, coupe et élévation de la Poudrière, illustrant les modifica-
tions portées
par les anglais
• 3. Elévationproposée
sud de la Poudrière
• Plan du maillage routier d’Haïti, dressé par le MTPTC
en 2007
et l’alternative
par la mission
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
• Photos : ISPAN • 2010 • Document : ANOM
La Poudrière du Môle
Sa construction débute dès 1765. Placée sur un terrain
en pente douce vers la mer, non loin du carénage, cette
poudrière immense devait, comme il a été mentionné
plus haut, pouvoir stocker suffisamment de poudre pour
assurer une large autonomie au fortifications du Môle
en cas de coup de force. Elle mesure environ 26 mètres sur sa longueur et 13 mètres de largeur, mesures
prises extérieurement. C’est la plus grande poudrière
construite en Haïti. Un épais mur d’enceinte le clôturait
et ne comportait qu’une entrée unique placées du côté
du rivage. Les Anglais durant leur séjour au Môle ne modifièrent pas sa structure principale. Ils ajoutèrent plutôt
un étage en bois destiné à loger des hommes de troupe.
Pour cela, ils appuyèrent d’énormes madriers reposant
à la fois sur le mur d’enceinte qu’ils surélevèrent et les
contreforts de la poudrière. De cette époque date également le percement, dans le mur d’enceinte, d’ouvertures aux généreuses proportions destinées à aérer les
salles ainsi créer au rez-de-chaussée. Ces ouvertures
particulièrement exécutées avec soin se caractérisent
par le travail soigné de leur dessin et l’exécution précise
des encadrements en pierre calcaire blanche.
Aujourd’hui si les ruines des cette poudrière conservent
encore une bonne stabilité, le mur d’enceinte construit
en moellons de calcaire dur et de pierres de taille finement jointoyés et liés au mortier de chaux présente
des signes alarmants de dégradation. De nombreuses
pierres se sont détachées, probablement due la végétation dont les racines croissantes pénètrent au cœur de
la maçonnerie. Mais il ne faudrait pas non plus négliger
l’utilisation non contrôlée du site. La Poudrière du Môle
sert de lieu de culte à une secte néo-synchrétique, mélange des cultes vodous, catholiques et réformés. Cette
secte utilise la salle voutée du magasin à poudre pour
ses cérémonies hebdomadaires, attirant plus d’une centaine d’adeptes.
Les fortifications haïtiennes du Môle Saint-Nicolas
La Batterie du Ralliement
Quoique les preuves historiques fassent défaut, tout
porte à croire que la batterie du Ralliement a été érigée
par les Haïtiens, probablement par les troupes de Henry
Christophe lors du siège du Môle. On y accède par le
chemin de la Gorge, longeant le rivière du Môle, pénétrant à travers les bananerais à l’intérieur des terres, puis
en escarpant un sinueux sentier qui amène assez vite
au premier plateau, à juste 33 mètres d’altitude. La vue
sur la ville et sur la baie et également sur l’intérieur des
terres est imprenable. En forçant un passage à travers
les cactus et autres épineux on arrive à la fortification.
Formé d’un simple parapet polygonal en maçonnerie
épaisse bordant la falaise, et enserrant une large place, la
Batterie du Ralliement possède pour tout équipement
une poudrière au modeste proportion dont la voûte
s’est effondrée. Elle est située à l’arrière de la place. Le
Ralliement est visiblement une construction réalisée «en
la circonstance» c’est-à-dire, en temps de guerre, destiné à un objectif bien ciblé : il est à portée de tir précis
de la batterie d’Orléans, occupé par Lammare lors du
siège de 1810. Il est probable que les Anglais aient occupé cette position stratégique par l’installation d’une
vigie lors de leur entreprise de transformer le Môle en
une base militaire, comme l’illustre les relevés généraux
réalisés en 1799 après leur retraite du Môle. Des investigations plus fines devront établir une fois pour toute
l’origine de cette place.
1
Le magasin à poudre
Le corps de place
Le parapet
2
2
3
1. Le magasin à poudre de la batterie du Raliement • 2. Plan général de la batterie • 3. Plan et coupe du magasin à poudre
Les fortifications haïtiennes du Môle Saint-Nicolas
1
2
1. Le bastion de la batterie du Morne-à-Cabris • 2. La batteire du Morne à-Cabris, dominant la baie et la ville du Môle Saint-Nicolas
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
• Photos : ISPAN
La Batterie du Morne-à-Cabris
Cette batterie tout comme celle du Ralliement participa activement au siège du Môle, même qu’elle fut
déterminante dans l’issue du siège, canonnant à la fois
l’entrée de la ville par le chemin de Jean-Rabel et le Fort
Georges, barrant toute issue à Lamarre, acculé à la mer.
On y accède en passant par le portail de Jean-Rabel,
puis suivant le chemin du Calvaire qui permet d’accéder
aux premiers plateaux du morne. Arrivé au septième
plateau, à 180 m d’altitude, une vue imprenable s’offre
au visiteurs. Elle domine la baie du Môle, et par-dessus
la Presqu’ile, permet de scruter l’horizon. Tout le réseau
des fortifications du Môle est visible de cette exceptionnelle vigie. Par temps clair, la silouhette de l’extrême
pointe orientale de l’île de Cuba, la pointe Maizi, est
aperçue. Quoique environnées d’épineux, les murailles
de la Batterie du Morne-à-Cabris sont visibles de toutes
les places de la zone : de la rampe de Bombardopolis,
de la route de Jean-Rabel, de la batterie du Ralliement,
de la place d’Armes du Môle, de la Batterie de Vallière,
de celle de Grasse et de celle, bien entendu, d’Orléans. Il
est formé d’un parapet percé embrasures à canon dont
une partie saillante du corps de place forme un bastion
carré, principal élément d’identification de l’ouvrage.
Des plates-formes de tirs formées de dalles de pierre
calcaire sont aménagées en arrière du parapet.
L’inspection de ces ruines révèle que la construction de
la batterie ne fut pas achevée comme le témoigne les
murailles visiblement arrêtées en cour construction et
une partie du terre-plein non entièrement remblayé. Un
bassin, probablement devant servir à stocker l’eau du
chantier, est situé en arrière de l’ouvrage. Trois canons
de fonte, numérotés reposent sur le sol de la place d’armes, leur affûts ayant disparus depuis longtemps.
vers Jean-Rabel
La Presqu’ïle
Le Carrénage
Môle Saint-Nicolas
La Poudrière
Le Vieux-Quartier
La Baie du Môle
Batterie d’Orléans ou Fort Georges
Bourg du Môle Saint-Nicolas
Batterie de Vallière
La Batterie du Morne-à-Cabris
La Batterie du Ralliement
Batterie de Grasse
La Gorge
Localisation des sites
visités par la mission
vers Bombardopolis, Mare-Rouge, Baie de Henne
1
Photographies de mission
3
4
• Photos : ISPAN • 2010
2
1. Vue panoramique de la Poudrière du Môle. Elévation est
2. Elévation sud
3. Sortie de cérémonie religieuse à la Poudrière du Môle
4. Séance de prière à la Poudrière du Môle
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
1
2
3
4
5
Photographies de mission
1. Vue panoramique du front bastionné (côté terre) de la batterie de Vallière. Il mesure 196 mètres linéraires
2 La “porte d’architecture” de la batterie de Vallière (détail)
3. Le mur d’enceinte percé de meurtrière. Les alvéoles creusées dans la muraille sont dues principalement à
l’érosion éolienne
4. Le muraille du front de la batterie de Vallière donnant sur le rivage
5. Le bastion Est, avec ses embrasures pour artillerie lourde
6. Vue générale de l’étroite vallée du Môle à partir de la batterie du Ralliement. A droite, le bourg et au fond, la
Presqu’île
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 •
• Photos : ISPAN • 2010
• Photos : ISPAN • 2010
6
Patrimoine,
les mots et leur sens (partie 1)
Restaurer, réhabiliter, sauvegarder, préserver,
…, tant de mots utilisés dans le domaine de la
conservation du patrimoine architectural. Ils ont
souvent peu conservé leur sens d’origine. Cette
instabilité lexicale révèle certes les mutations
rapides qui affectent le sujet : il est un champ
d’activité constitué avec ses savoir-faire, ses principes déontologiques et deux siècles d’histoire
au cours desquels les notions se sont peu à peu
sédimentées. Elle n’en reste pas moins marquée
par une société en constante évolution. Le BULLETIN DE L’ISPAN publie ci-après une liste de
termes suivis de leur définition qui a été tirée
du site Internet «Conservation du patrimoine
architectural de la Ville de Genève», qui, suite
à une recherché particulièrement documentée,
a produit un lexique que nous reproduisons intégralement. Dans plusieurs cas, les rédacteurs
de ce lexique ont recouru à l’histoire, en particulier là où elle met en évidence des transformations significatives et concourt à éclairer le
sens actuel de telle ou telle notion. Les développements proposés pour chaque terme ont été
élaborés sur la base de définitions contenues
dans les chartes internationales, les dictionnaires généraux ou spécialisés et dans les publications thématiques. Le BULLETIN DE L’ISPAN
recommande à ses lecteurs la consultation de
ce site très bien fait (http://www.ville-ge.ch/geneve/amenagement/patrimoine/index.htm).
••••••••••
Conservation
Dans le domaine de l’architecture, la notion de
conservation désigne le recours à des techniques et procédés matériels, servant à maintenir les édifices dans leur intégrité physique. La
conservation vise à préserver l’objet architectural de l’altération et de la destruction afin d’en
garantir la transmission. Elle exclut toute intervention qui amènerait des modifications et, de
manière plus générale, toute atteinte à l’édifice.
(voir les articles 4 à 8 de la Charte de Venise).
Conservation intégrée
Résultat de l’action conjuguée des techniques
de la restauration et de la recherche de fonctions compatibles avec la substance en présence. Son but est de conserver, restaurer ou
réhabiliter des constructions ou des ensembles
urbains. Elle porte son effort simultanément sur
la valeur culturelle des édifices et sur leur valeur
d’usage. Elle suppose que conservation du patrimoine et aménagement du territoire fassent
l’objet d’une politique et d’une législation coordonnées. L’idée d’intégrer le patrimoine ancien
dans la planification urbaine est consécutive à
l’extension du champ de la conservation, à partir du milieu des années soixante, aux ensembles et centres historiques. Ces derniers posent
des problèmes plus complexes que les monu-
ments isolés dans la mesure où la dimension
patrimoniale et les enjeux sociaux et urbains y
apparaissent liés. Du fait de l’action constante
du Comité du Patrimoine culturel du Conseil
de l’Europe (Déclaration d’Amsterdam 1975,
Convention de Grenade 1985) et de l’ICOMOS (Charte des villes historiques 1987) la
conservation intégrée constitue aujourd’hui une
dimension importante de l’urbanisme.
Evidage, démolition intérieure, empaillage (Suisse), façadisme (France, Canada)
Opération qui consiste à vider les structures intérieures d’un immeuble pour ne garder qu’une
ou plusieurs façades extérieures. Ces interventions ne sont pas conformes à la déontologie
de la conservation. Il est aujourd’hui largement
admis que la valeur culturelle d’un bâtiment est
tributaire du maintien de son intégrité physique
et de la relation organique entre intérieur et
extérieur. L’évidage constitue une pratique peu
satisfaisante aussi du point de vue de la création architecturale contemporaine. Il ne permet
pas de conférer une identité visuelle aux structures mises en place. Il provoque un décalage
entre l’organisation distributive et la structure
constructive d’une part, et l’expression en façade d’autre part. A relever enfin le coût élevé
et les difficultés de l’évidage qui impliquent des
suspensions de la façade ou sa dépose et la reconstitution pierre à pierre.
Réduits à une simple enveloppe, les immeubles
ou ensembles «empaillés» conservent toutefois
un rôle évocateur. Là où le volume d’origine
est maintenu, ils préservent la morphologie et
l’image urbaine, importantes pour le caractère
du lieu et l’identification des habitants à leur environnement.
Patrimoine
Du latin patrimonium, «bien d’héritage qui descend, suivant la loi, des pères et des mères à
leurs enfants» (Littré). «Bien qu’on obtient par
héritage de ses ascendants, ce qui est transmis
par les ancêtres et est considéré comme héritage commun d’un groupe» (Grand Larousse).
D’après Françoise Choay, le terme désigne par
extension les biens de l’Eglise, les biens de la
couronne puis, au XVIIIème siècle, les biens de
signification et de valeur nationale d’une part,
universelle de l’autre (patrimoine scientifique,
patrimoine végétal et zoologique). L’extension
du champ de la conservation à des nouvelles
catégories de constructions a rendu obsolète la
désignation de monument historique à laquelle
on préfère désormais les notions de patrimoine
architectural (urbain ou rural). Toutefois la définition donnée par la Charte de Venise conserve
toute sa validité: «La notion de monument historique comprend la création architecturale
isolée aussi bien que le site urbain ou rural qui
porte témoignage d’une civilisation particulière,
d’une évolution significative ou d’un événement
historique. Elle s’étend non seulement aux grandes créations mais aussi aux oeuvres modestes
qui ont acquis avec le temps une signification
culturelle.» (article 1).
Préservation
«Action de protéger, prendre des précautions
pour mettre à l’abri d’un mal éventuel. Le fait
d’empêcher l’altération, la perte et d’assurer la
sauvegarde» (Grand Larousse).
Ce terme est pratiquement synonyme de celui
de sauvegarde. Il désigne toute action qui vise à
assurer la protection du patrimoine architectural et naturel. Cette action prend en règle générale appui sur des dispositions légales et vise
à assurer la conservation dans la durée. Elle fait
appel à des techniques d’entretien, de consolidation et de restauration.
Entretien
Action continue destinée à maintenir tout ou
partie d’un ouvrage sans modifications majeures de l’utilisation et de la valeur culturelle. Ce
terme désigne un ensemble d’interventions
simples et régulières qui permettent l’utilisation
d’un bâtiment dans la durée.
Reconstitution
«Action de reconstituer et de reproduire dans
sa forme ou son état originel quelque chose
qui a cessé d’être en tant qu’ensemble cohérent, dont il n’existe plus que des éléments ou
qui a disparu» (Grand Larousse). Théo-Antoine
Hermanès et Claude Jaccottet précisent que
reconstituer s’emploie en matière de textes ou
pour la reproduction sur papier ou en maquette
d’une chose disparue. Pour Françoise Choay, la
reconstitution sur la base de documents écrits
et/ou iconographiques peut aussi porter sur
des édifices ou un ensemble d’édifices disparus
ou très endommagés. Elle précise que ce type
d’opération était pratiqué surtout dans le cadre
de l’archéologie classique du XIX e siècle et jusqu’au milieu du XX e siècle (Palais de Cnossos,
Stoa d’Attale, Temple d’Hatshepsout). Eugène
Viollet-le-Duc, comme d’autres restaurateurs,
a largement utilisé la reconstitution pour des
monuments (Pierrefonds) et ensembles (Carcassonne) du Moyen-Age.
Dès 1931, lors du Ier Congrès International des
Architectes et des Techniciens des Monuments
Historiques (Athènes), les reconstitutions ou
restitutions générales ont été rejetées sur la
base d’arguments scientifiques et techniques
au profit de conservations scrupuleuses et d’un
entretien régulier. Aujourd’hui, les archéologues
ne tolèrent plus que l’anastylose (recomposition
de parties existantes, mais démembrées).
re)
(à suiv
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 • 10
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
une investigation archéologique aux habitations caféières coloniales des Matheux. Cette mission réalisée à la
demande de l’ISPAN avait été programmée depuis l’année dernière pour le mois de février 2010. Le séisme
du 12 janvier en fit reporter la date.
Composée de Mme Yaumara Lopez Segrera et de
Mme Lourdes Rizo Aguilera et accompagné de l’architecte Dwolling Achille de l’ISPAN, la mission a investigué
cinq jours aux Matheux, plus précisément à la section
communale des Délices où l’ISPAN a récemment localisé une importante collection de ruines d’habitations
caféières datant de la fin du XVIIIème siècle. Environ 18
ruines présumées d’habitations caféières du XVIIIème
siècle ont été localisées sur photographies aériennes et
leurs coordonées géo-saptiales consignées. Sept d’entre
elles ont déjà reçu la visite des techniciens de l’ISPAN.
Ces ruines ont pour caractéristique de posséder pour
la plupart des logements d’esclaves construits en dur
(Voir BULLETIN DE L’ISPAN No 4).
Mme Lopez Segrera est licenciée en histoire de l’art
à l’Université d’Oriente de Cuba où elle présenta sa
thèse en 1998. Depuis mars 2003, elle dirige la sec1
2
tion d’Archéologie au Bureau du Conservateur de la
Ville de Santiago de Cuba. Mme Lopez Segrera est également responsable du l’équipe de travail du Plan de
Gestion intégré du Paysage Archéologique des Premières Plantations Caféières du Sud-Ouest de Cuba. Elle
est membre de l’Association internationale d’Archéologie de la Caraïbe. Mme Elle n’est pas une nouvelle
venue en Haïti : en 2004, elle réalisa, pour le compte
de la Fondation pour le Développement Durable et
Intégré de Marmelade (FONDDIM) et de l’ISPAN, la
toute première identification des ruines de l’habitation
caféière de Beaucher (Marmelade), accompagnée d’observations archéologiques. Elle contribua ainsi à une
meilleure compréhension du site.
Mme Lourdes Rizo Aguilera est architecte restauratrice
diplomée également de l’Université d’Oriente de Santiago de Cuba en 1984 et du Centre de Restauration et
de Muséologie (CENCREM) de la Havanne. Spécialiste
en habitations caféières franco-haïtiennes du XIXème
siècle de la région d’Oriente de Cuba, elle a réalisé la
restauration de l’habitation caféière de la Fraternidad,
classée Patrimoine Mondial en1999.
La mission aux Délices des Matheux s’est portée essentiellement sur quatre groupes de ruines : celles de
l’habitation Sabourin, celles de l’habitation Dion, celles
de l’habitation Latour et celles de l’habitation Lassaline,
toutes situées presqu’en enfilade sur la crête de la
chaine des Matheux dominant la vallée de l’Artibonite
au niveau de La-Chapelle (Département de l’Artibonite). Dans le cadre de cette mission, les premiers relevés architectoniques précis des ruines furent réalisés.
La mission a également procédé à l’identification des
composantes de ces ruines ainsi qu’à leur caractérisation typologique. Le BULLETIN DE L’ISPAN publiera un
compte-rendu détaillé de cette mission.
3
4
• Photo : ISPAN 2010
L’ISPAN, membre consultatif
au Comité de Facilitation
Par arrête en date du 12 juillet 2010, le Gouvernement de République a arrêté la création d’un Comité
de Facilitation de la Reconstruction du Centre-ville de
Port-au-Prince. Ce comité aura pour mission de coordonner les effort des secteurs public et privé visant à la
réhabilitation et au réaménagement du centre-ville de
la capitale haïtienne, suite aux dommages causés par le
séisme du 12 janvier 2010. Le comité aura également la
mission de recommander au Pouvoir exécutif les mesures légales et administratives nécessaires au maintien
et à l’extension des activités économiques et commerciales au centre-ville. Dans le cadre de cet arrêté, une
définition opérationnelle du centre-ville a été adoptée.
Elle se limite au Nord par la rue des Césars jusqu’au
port, au Sud, par la rue Saint-Honoré, à l’Est, par la rue
Cappoix et à l’Ouest par la mer et la baie. Le Comité
de Facilitation est présidé par le Ministre de l’Economie
et de Finances, M. Ronald Baudin. Le ministre des Travaux publics, le Gouverneur de la Banque de la République d’Haïti et le Maire de la Capitale sont également
membres de ce comité. Avec d’autres institutions de
l’Etat, l’ISPAN a été choisi comme membre consultatif
auprès du Comité de Facilitation.
Le PNH-CSSR sera délimité
Le journal officiel de la République d’Haïti a publié dans
son numéro extraordinaire du mercredi 21 juillet 2010
l’Arrêté délimitant le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers, situé dans le Nord d’Haïti
et regroupant les principaux monuments historiques
du roi Henry 1er. Le PNH-CSSR, classé Patrimoine
de l’Humanité depuis 1982, par l’UNESCO et dont la
superficie est estimée à 2 500 hectares, n’a jamais pu
bénéficier d’un texte légal permettant sa protection, sa
règlementation et sa gestion. 28 ans plus tard, l’arrêté
du 21 juillet 2010 vient combler cette lacune !
Cette importante mesure fait suite à des relevés minutieux pris sur le terrain par le Centre National d’Information Géo-Spatiale (CNIGS) repérant au moyen
de Système de Positionnement Géographique (GPS)
selon les cartes de limites du Parc établi dès 1983 par
une mission de l’UNESCO et fourni par l’ISPAN. Cette
délimitation sera matérialisée par la pose de bornes
dûment identifiées, à raison d’une borne tout les deux
cents mètres (200 ml). Les terres du Domaine privé de
l’Etat incluses dans cette aire géographie, seront protégées par une clôture et ne pourront être louées par
le Service du Domaine de la Direction générale des
Impôts, organisme de l’Etat gestionnaire des propriétés
de l’Etat.Toujours selon cet arrêté, aucune forme d’agriculture, d’élevage et de construction n’est autorisée sur
ces dites terres. Dans son article 4, l’arrêté précise que :
«... les propriété privées incluses dans l’aire du parc sont
reconnues comme telles et resteront en toute propriété aux mains de leurs propriétaires. Ces propriétés
seront soumises aux servitudes publiques définies par
la loi, le plan de gestion et le plan d’utilisation du sol
du Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci, Ramiers». L’arrêté soumet à une autorisation spéciale de
l’ISPAN tout projet d’aménagement et de construction
se situant à l’intérieur du parc.
La publication de cet arrêté permet, en outre, à ce bien
culturel classé Patrimoine Mondial de franchir une étape importante dans le processus de l’Inventaire Rétrospectif des Biens culturel du Patrimoine Mondial entamé
par l’UNESCO depuis le mois de janvier 2010 (Voir
BULLETIN DE L’ISPAN No 11).
Mission archéologique aux Matheux
Du 6 au 11 juillet dernier, une mission cubaine a réalisé
1. Les citernes de l’habitation caféière Dion • 2. Mesurage des ruines de l’habitation caféière Sabourin • 3. Mesurage des ruines de
l’habitation caféière Latour • 4. Ruines de la grand-case de l’habitation caféière Dion
BULLETIN DE L’ISPAN • No 16 • 1er septembre 2010 • 11