(2019-07) Supporting Land Reform in Haiti: Lessons from Quebec and International Experiences
Summary — This PIRFH note draws lessons from Quebec and international land-reform experiences for Haiti's land-registry modernization. It reviews the reform context, gives a concise 2019 diagnosis, and proposes ways to strengthen a feasible land-governance reform.
Key Findings
- Land reform should begin with core registry and cadastre functions before expanding into broader land-information ambitions.
- International experience suggests that reform objectives must fit institutional, human and financial capacity.
- Cadastre and land-registry modernization can support rights security, local taxation and territorial governance when sequenced realistically.
- The Haitian reform requires a shared vision among government, land professionals and users.
Full Description
Prepared for the Project for the Computerization of the Land Registry in Haiti, this note places Haiti's land reform after the 2010 earthquake in a broader debate on land information systems, cadastral modernization, rights security and local taxation. It warns against oversized reform objectives and technology-first approaches that exceed institutional capacity, using experiences from Quebec, Rwanda and other countries to frame what a sequenced Haitian reform can realistically do.
The document is valuable for HaitiDocs because it links the CIAT/ONACA/DGI reform agenda to practical implementation questions: the basic functions a land system must perform, how cadastre and registry modernization should support territorial governance, and what public institutions and land professionals need in order to secure rights and support development.
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Appuyer la réforme foncière en Haïti :
Les enseignements des expériences
québécoises et internationales
Table des matières
4
Mise en contexte
5
La réforme du régime foncier haïtien :
une démarche bien amorcée
8
Diagnostic sommaire de la réforme
foncière haïtienne (printemps 2019)
12
Conclusions : Propositions pour
conforter la réforme foncière en Haïti
16
Éléments de bibliographie
Crédits
Rédaction : Daniel Latouche
Date : Juillet 2019
Renseignements : fcminternational@fcm.ca
international@ville.montreal.qc.ca
1. Mise en contexte
La présente note a été produite à la demande du Projet
d’informatisation du registre foncier en Haïti (PIRFH) en
appui aux efforts du gouvernement haïtien dans sa volonté
de doter le pays d’un régime foncier adapté à la double
tâche de la reconstruction suite au tremblement de terre
de 2010 et du développement national.
Dans les pays en développement, surtout ceux en sortie
de crise, ce virage ne s’est pas encore traduit en avancées
majeures. Trop souvent, on a vu trop grand (Werhrmann,
2006 ; Roy, Viau, 2007) en se donnant des objectifs dépassant les capacités institutionnelles et les ressources
humaines et financières du pays. Ailleurs, on s’est laissé
emporter par le mirage de solutions technologiques en
ignorant les difficultés inhérentes à toute tentative de
réformer des modes de gestion foncière souvent en place
depuis plusieurs générations. À ce sujet, plusieurs organisations internationales, en particulier la Fédération internationale des géomètres, après des déclarations initiales
enthousiastes (FIG, 1995), ont tenu à rappeler que dans les
pays en développement, il fallait tenir compte de la situation particulière de chaque pays (FIG, 1996) et de s’assurer
que la prise en compte du développement durable (FIG,
1999) s’accompagne aussi d’une préoccupation accrue
pour l’équité et l’inclusion. Une telle transformation ne peut
réussir que si elle s’appuie sur une vision partagée par tous
les acteurs (autorités gouvernementales, professionnelles
du foncier et usagers) et surtout si elle s’inscrit dans une
démarche planifiée, en s’assurant au préalable que les
systèmes de gestion du foncier remplissent leurs fonctions
de base, soit celle de contribuer à la sécurisation des droits
fonciers et de faciliter la mise en place d’une fiscalité foncière équilibrée (Kaufman, Steudler, 1998 ; Grant, Roberge,
2001, Bennett, et al., 2008).
L’étude tire profit des expériences de réforme foncière
conduites dans plusieurs pays dont le Bénin, le Sénégal, le
Burkina Faso, l’Éthiopie, Trinidad-et-Tobago et en particulier le Rwanda, qui a pu réaliser en moins de cinq ans une
réforme d’envergure dans un contexte difficile. L’expérience
du Québec en matière de rénovation cadastrale a aussi été
mise à contribution de manière à dégager certains enseignements pour la réforme en cours en Haïti.
Les efforts récents d’Haïti en matière de réforme foncière
surviennent à un moment où les régimes de gestion des
terres, tant dans les pays du Nord que du Sud, connaissent
une « véritable cure de rajeunissement conceptuel pour
s’adapter aux préoccupations sociétales contemporaines
et aux nouvelles possibilités offertes par les technologies
de l’information » (Roy, Viau, 2008, p.2). Cette cure porte à
la fois sur les régimes fonciers, c’est-à-dire sur l’ensemble
des normes, des règles, des coutumes et des technologies qui permettent de codifier l’accès des individus aux
ressources de la terre, que sur les cadastres conçus pour
représenter l’ensemble des parcelles d’un territoire, ce qui
facilite l’enregistrement des titres.
La conjugaison d’un régime foncier cohérent, facile
d’utilisation et d’un cadastre adapté aux réalités du pays
et pouvant être mis en place à un coût raisonnable constitue une condition gagnante. Elle ouvre la voie vers un
développement équilibré où les collectivités locales et
régionales ont accès à des ressources fiscales autonomes
et peuvent ainsi être partie prenante des efforts de mise
en valeur des territoires.
Cette modernisation laisse entrevoir l’émergence de
véritables systèmes d’information cadastrale et foncière
(« Land information system » en anglais, Dale, McLaughlin,
1999) permettant de dépasser le seul support des fonctions étatiques de taxation foncière et de protection des
droits de propriété, pour inclure aussi une préoccupation
pour les différents aspects d’une meilleure gouvernance
territoriale : l’aménagement du territoire, l’urbanisme,
le développement durable, la gestion des catastrophes
naturelles (Bennett, et al., 2008 ; Larsson, 2000).
4
2. La réforme du régime foncier haïtien :
une démarche bien amorcée
2.1 La mise en place du régime foncier haïtien
Jusqu’à présent, tous les efforts pour moderniser le régime
foncier en vigueur et pour l’adosser à un véritable système
cadastral n’ont guère donné de résultats. Le dernier véritable cadastre haïtien date de 1794 et, selon la législation
actuelle, les titres de propriété doivent être rédigés à la
main et conservés dans des registres officiels. De plus, en
l’absence d’un système d’identification unique pour chaque
propriété, il est très difficile lors de transactions de réunir
et de consulter l’information disponible sur les titres, ce qui
affaiblit d’autant et rend parfois inopérante toute tentative
de sécurisation des titres de propriété.
La première loi foncière haïtienne, la Loi sur l’enregistrement
et le timbre, a été promulguée en 1807, trois ans après
l’indépendance. C’est à ce moment que furent mis en place
les sept premiers bureaux d’enregistrement du pays. Deux
siècles plus tard, le régime foncier haïtien est jugé inadapté,
lourd, lent, opaque, inopérant, incohérent — les qualificatifs
ne manquent pas. Même si ces diagnostics confondent souvent symptômes et causes, la liste de ce qui ne va pas dans
le foncier haïtien est apparemment sans fin, avec autant de
contraintes qui reviennent constamment dans le discours :
•
Un système mis en place avant même la Révolution
industrielle et qui n’a pas su s’adapter ;
•
Une lenteur extrême dans les procédures d’enregistrement des nouvelles propriétés. Selon la classification
Doing Business de la Banque mondiale, Haïti serait à
la 180e place ;
•
Un processus d’enregistrement très lent (14 fois plus
de temps que la moyenne des pays de l’OCDE) et
très coûteux (jusqu’à 15 % du coût de construction
des seuls bâtiments) ;
•
Un système encore peu généralisé, avec seulement
40 % des propriétaires détenant un titre de propriété
et seulement 5 % du territoire couvert par un cadastre ;
•
Une instabilité politique quasi permanente qui fait
en sorte qu’à tout moment le processus de réforme
foncière peut être interrompu ;
•
Des catastrophes naturelles récurrentes qui rendent
difficile tout travail d’enregistrement ;
•
Des collectivités locales qui n’ont pas les capacités
institutionnelles, organisationnelles et financières
pour jouer leur rôle dans la mise en place d’un régime
foncier moderne ;
•
Une population largement désabusée et méfiante
devant toute initiative gouvernementale, particulièrement si elle est appuyée par les bailleurs ;
•
Un système de corruption et d’abus de droit solidement
installé et qui souvent se nourrit à même l’insécurité
foncière.
1
2.2 Le coup de semonce du tremblement
de terre de 2010
Passé le choc immédiat du séisme de janvier 2010, il est
apparu rapidement que le pays ne pourrait faire l’économie
d’une réforme en profondeur de son système foncier. Dans
l’immédiat, il fallait répondre à des questions pratiques : Où
mettre les débris ? Où relocaliser les sinistrés ? À qui appartient tel terrain ? Rapidement, d’autres interrogations liées à
la reconstruction ont surgi : Faut-il profiter de l’occasion de
la relocalisation temporaire des sinistrés pour rééquilibrer
le pays en termes démographique et économique ? Quelles
routes faut-il reconstruire en priorité ? Comment peut-on
mieux garantir les titres de propriété pour assurer un
développement économique réel et inclusif ?
Dans un contexte mêlant l’urgence et la réflexion, le courtterme et le long terme, le Comité Interministériel d’aménagement du territoire (CIAT) s’est trouvé particulièrement bien
placé pour répondre à des questions touchant à la fois la
reconstruction immédiate et d’autres liées à la coordination
des actions en faveur de l’aménagement du territoire.1
Dès mars 2010, le CIAT sut se donner une perspective d’ensemble sur la tâche de la reconstruction et un plan d’action
englobant d’un même regard l’urgence humanitaire immédiate, une phase de reconstruction physique du pays à
partir de grands projets structurants et un développement
planifié sur le plus long terme (CIAT, 2010). Pour guider son
action, il s’est tourné vers une problématique développée
en 1995 dans le cadre d’un projet de réforme agro-foncière
(CIAT 2014a, b ; 2015a, b). Il s’agissait à l’époque — le projet
Créé en 2009, le CIAT a succédé à la Commission Nationale à l’aménagement du Territoire de 1972 afin de relancer les nombreuses tentatives de planification spatiale et d’assurer
la territorialisation effective des politiques publiques prévue dans la Constitution de 1987. Le CIAT regroupe six ministères : Intérieur et Collectivités Territoriales, Économie et Finances,
Planification, Agriculture et Développement rural, Travaux Publics et Transports, Environnement.
5
est demeuré sans suite — d’aider le gouvernement à identifier une stratégie et un cadre institutionnel appropriés pour
la mise en œuvre d’une réforme agro-foncière fondée sur la
recherche d’une plus grande sécurité foncière.
juridiques de cette participation accrue). Il est aussi prévu
d’informatiser l’information foncière recueillie dans les
Plans fonciers de base.
L’itinéraire technique prévu pour réaliser les PFB prévoit
neuf étapes (Donner, 2017 ; GEOFIT, 2017). L’intérêt de
la démarche tient pour beaucoup à la qualité du travail
d’enquête sur le terrain et du processus de validation communautaire de ce qu’on appelle les « planches foncières ».
Celles-ci fournissent des renseignements sur chacune des
parcelles, dont leur mesure, leur localisation par rapport
aux autres parcelles ainsi que sur leurs propriétaires (on
parle d’attributaires). Il incombe à ces derniers de produire
des justificatifs dont la recevabilité est vérifiée par une
équipe du CIAT. Leur avis est purement consultatif, car les
membres de cette équipe est-il rappelé, « n’ont ni la légitimité ni l’autorité pour dire le droit. Ce sont les arpenteurs
qui conduisent la procédure légale » (GEOFIT, 2017 cité
dans Donner, 2017). Une fois les procès-verbaux d’arpentage réalisés et délivrés aux attributaires, ces derniers sont
considérés comme les détenteurs des droits sur la parcelle.
Ainsi, la réforme foncière envisagée à partir de 2010 prend
la forme d’un cadastre simplifié, le Plan foncier de base
(PFB), conçu pour être un document administratif dont
l’objectif immédiat est de contribuer à la sécurisation des
droits fonciers. Il permet, d’une part, d’identifier et de localiser les parcelles de propriété et leurs usagers et, d’autre
part, de cerner de manière aussi précise que possible les
droits sur les parcelles localisées (à l’exception des terres
en indivision compte tenu de leur situation juridique non
réglée) ainsi que l’identité des ayants droit.
La réforme portée par le CIAT est structurée autour de deux
grandes composantes. Une première, sous financement
français, prévoit l’actualisation et la mise en cohérence des
principaux textes législatifs régissant le secteur foncier, de
même que la formation et la modernisation des institutions
foncières et de leurs instruments. Cette composante a permis l’élaboration de quatre avant-projets de loi sur la profession de notaire, celle d’arpenteur-géomètre, les travaux
de cadastre et la publicité foncière. Selon les dernières
informations disponibles, ces avant-projets n’ont toujours
pas été approuvés par l’Assemblée Nationale.
Combien de procès-verbaux d’arpentages (PVA) ont été
remis jusqu’à présent ? Un communiqué de presse en date
du 9 juillet 2016 mentionne la remise de 100 PVA à autant de paysans de la localité de Rolin dans la commune
de Camp-Perrin. Au moment de cette remise, on précise
que les travaux se continuaient sur 2 200 autres parcelles
relevées. Quand le travail sera terminé, il est prévu que la
Direction générale des impôts (DGI) assure pleinement
la transcription des actes translatifs de droit de propriété
à travers un registre numérisé et indexé, ce qui facilitera
l’enregistrement des transactions. Le PFB sera alors rendu
disponible dans les chefs-lieux de district fiscal.
Une seconde composante, sous financement de la Banque
interaméricaine de développement (BID), concerne l’expérimentation d’une méthode pour la réalisation de Plans
fonciers de base sur plusieurs zones pilotes. Cette composante a été mise en œuvre en 2012 par l’intermédiaire
du Projet de sécurité foncière en milieu rural (PSFMR) dans
huit communes de trois régions du pays. Sa finalité est de
contribuer à la productivité agricole, à la promotion des
investissements à moyen et long terme dans l’agriculture,
ainsi qu’à une gestion durable des terres et des ressources
naturelles. À court terme, les résultats attendus sont d’augmenter la sécurité foncière des ménages ruraux dans les
zones ciblées et d’améliorer la qualité des services d’administration foncière, principalement au niveau national. Tout
comme dans le cas du projet initié par l’Institut national
de la réforme agricole (lNARA) en 1995, le PSFMR répond
à une problématique essentiellement rurale et agricole, et
non pas à une problématique territoriale englobant aussi
l’urbain.
2.3 La contribution canadienne à
l’informatisation du registre foncier
haïtien
Le Projet d’informatisation du registre foncier en Haïti
(PIRFH), financé par le gouvernement canadien par
l’entremise d’Affaires mondiales Canada, fait suite à une
demande du CIAT en 2015. Le projet vise à appuyer la
numérisation et l’indexation des registres fonciers afin de
passer de la transcription manuscrite des actes notariés et
des procès-verbaux issus de l’arpentage, vers un enregistrement informatisé et consolidé. Il s’agit là de la première
étape pour mettre en place un régime transparent, accessible et actualisé de publicité foncière. Le PIRFH a démarré
en avril 2017 et doit se terminer au début de 2020. Mis en
œuvre conjointement par la Fédération canadienne des
municipalités (FCM) et la Ville de Montréal, le projet est
sous la tutelle du ministère de l’Économie et des Finances
(MEF), plus précisément sa DGI, qui agit comme son interlocuteur privilégié.
Une seconde phase du projet de sécurité foncière en milieu
rural (PSFMR II) doit démarrer dès l’adoption des quatre
avant-projets de lois susmentionnés. Elle s’inscrit dans la
même logique de sécurisation des droits fonciers pour
un meilleur développement agricole, tel qu’expérimenté
dans la première phase. Il est cependant prévu d’accélérer
le rythme des ménages ruraux rejoints grâce à une plus
grande implication des professions foncières (d’où l’importance des avant-projets de lois qui précisent les bases
6
Les programmes canadiens d’appui au développement municipal en Haïti
Le PIRFH s’inscrit dans la lignée du Programme d’appui à la mobilisation des recettes fiscales (PAMREF) mis
sur pied en 2008 par Affaires mondiales Canada et qui vise à aider le gouvernement haïtien à augmenter ses
capacités à générer des recettes fiscales par le biais d’une assistance technique à long terme aux administrations de l’impôt et des douanes.
Le PIRFH travaille aussi en synergie avec le Programme de coopération municipale (PCM2) dont la phase deux
appuie entre autres les gouvernements municipaux d’Haïti pour développer et stabiliser leurs régimes fiscaux.
Ce programme aide spécifiquement cinq collectivités haïtiennes (Port-au-Prince, Gressier, Léogane, Petit-Goâve,
Grand-Goâve) à mobiliser les taxes locales dans le but d’offrir des services de base à la population (ramassage des déchets, entretien des routes, appui à la distribution de l’eau, etc.), des services qui ont jusqu’ici fait
cruellement défaut aux citoyens.
Le PIRFH a été conçu pour permettre d’enregistrer et
d’indexer électroniquement les transactions foncières à
partir du moment de la mise en œuvre du nouveau système
d’enregistrement. Éventuellement le registre informatisé
pourra enregistrer légalement tous les actes de propriété
émis par les notaires et les arpenteurs. Actuellement ces
actes doivent être transmis à un bureau régional de la
Direction de l’enregistrement et de la conservation foncière
(DECF), où ils sont retranscrits manuellement dans des
registres officiels. L’idée portée par le PIRFH est de faciliter
la procédure d’enregistrement afin de rendre accessibles le
plus largement possible les informations foncières générées
chaque jour, en plus de faciliter les recherches dans les
registres, que l’on entend aussi numériser et indexer.
En date du 28 février 2019, 984 195 pages avaient été
numérisées soit 89 % des pages prévues selon l’Accord de
contribution avec Affaires mondiales Canada. Ces pages
représentent 55 % du total des 1 800 000 pages répertoriées à la DECF. Avec une moyenne d’environ 75 000
de pages numérisées par mois (depuis février 2018), les
11 % de pages restant à numériser le seront d’ici l’été 2019.
Quant aux registres répertoriés, il y en aurait 2 171 sur un
total de 2 969 à avoir été numérisés, dont la grande partie
est constituée de registres de transcriptions (47 %) et de
registres de PVA (18 %). Cinq pour cent de l’ensemble des
2 969 registres sont fortement endommagés et difficilement
utilisables. Vingt-trois pour cent des registres restants
doivent encore être numérisés.
Dans un premier temps, le PIRFH vise à sécuriser les titres
fonciers existants inscrits aux registres fonciers manuscrits
présentement centralisés à la DGI de Port-au-Prince. Cette
sécurisation est réalisée par une opération de restauration
des registres et de numérisation qui, une fois terminée, aura
examiné environ un million dix mille pages manuscrites
contenues dans 3 000 registres et répertoires. Dans un
deuxième temps, le projet se propose de faciliter l’implantation d’un registre informatisé permettant l’abandon
progressif de la transcription des titres.
7
3. Diagnostic sommaire de la réforme
foncière haïtienne (printemps 2019)
Depuis le tremblement de terre et en l’absence d’un programme national intégré, la réforme foncière haïtienne
progresse néanmoins sur les trois « fronts » décrits plus
haut. Les deux premiers sont portés par le CIAT et appuyés par la France et la BID. Le troisième l’est par le PIRFH,
financé par le Canada.
3.1 Les principaux acquis
De manière générale, on constate le caractère résilient
d’une réforme qui continue de jouir d’une grande acceptabilité auprès de l’ensemble des acteurs et de la population
•
Près de dix ans après le tremblement de terre, la
réforme foncière est toujours à l’ordre du jour et
personne n’en remet en question la nécessité ;
•
Le cœur de la réforme en cours bénéficie du leadership d’un maître d’œuvre reconnu, le CIAT, avec une
expertise confirmée. Partout où il intervient, le CIAT
jouit d’une très large acceptabilité sociale ;
•
La réforme entreprise s’appuie sur un diagnostic
largement partagé des principales déficiences du
régime foncier haïtien ;
•
La nécessité de prendre en considération la situation
réelle d’Haïti est largement partagée tant par le
gouvernement haïtien et les acteurs nationaux, que
par les partenaires internationaux ;
•
Dans les trois composantes de la réforme en cours,
on constate qu’il existe une volonté manifeste d’aller
au fond des choses et d’opérer une réforme qui soit
efficace et pérenne.
•
La distinction entre la propriété du bâti et celle du sol
qui le supporte, ainsi que les imprécisions concernant
le domaine privé de l’État sont deux autres obstacles
sur lesquels bute la volonté de réforme ;
•
Les professionnels de l’immobilier ainsi que les directions ministérielles impliquées doivent être parties
prenantes de cette transformation de l’environnement
institutionnel ;
•
L’accord des professions de notaires et d’arpenteursgéomètres a pu être obtenu pour assurer leur
modernisation et par voie de conséquence accroître
la fluidité et la sécurité aux transactions foncières ;
•
Un accord est aussi intervenu sur la réforme du
système de publicité foncière, qui constitue la base
de la sécurité des transactions entre individus
(comme dans le cas des professions de notaires et
d’arpenteurs, ces changements doivent être entérinés
par des textes législatifs).
Une démarche systématique de sécurisation des titres
fonciers dans les milieux ruraux a été mise en œuvre
par le CIAT
La nécessité de transformer l’environnement institutionnel est largement reconnue et les mesures appropriées
ont été identifiées grâce au projet PSFMR
•
•
Le caractère archaïque du cadre juridique et institutionnel du régime foncier haïtien est largement reconnu et considéré comme un obstacle majeur à toute
réforme du système foncier ;
Au premier plan des obstacles institutionnels, on
trouve la question de l’indivision qui, en l’absence
de prescription concernant les partages d’héritage,
facilite les contestations sans fin ;
8
•
On note une bonne compréhension de la situation
foncière dans les milieux ruraux, en particulier celle
des petits propriétaires et des paysans pour lesquels la
question de la sécurité des titres pose des problèmes
réels dont la solution a jusqu’ici échappé à toutes les
tentatives de réforme ;
•
La démarche de sécurisation privilégiée par le CIAT
s’appuie sur une méthodologie bien documentée avec
un processus de validation communautaire qui assure
l’acceptabilité sociale du processus ;
•
Une approche graduée fondée sur l’expérimentation
dans des zones pilotes a permis l’utilisation et le renforcement des compétences du personnel technique
local ;
•
Les informations recueillies localement pour renforcer
la sécurité des titres des propriétaires de terres vont
faciliter la réalisation d’un cadastre national complet
en permettant d’identifier et de valider les critères
d’identification des parcelles ;
•
Des expériences pilotes menées à terme, ou qui sont
en voie de l’être, ont fourni de précieux enseignements
pour la suite de la démarche ;
•
Les travaux menés dans le cadre du PSFMR ont permis
des analyses pertinentes de la situation foncière dans
des communes.
le débat public ce qui limite l’émergence de nouvelles
solutions à des problèmes qui eux ne sont plus les mêmes.
Parmi les questions qu’une préoccupation trop exclusive
pour la sécurisation des titres fonciers amène à laisser
pour compte, l’équipe du CIRAD mentionne celles-ci :
La mise en place d’un registre foncier informatisé avance
selon le plan prévu dans le PIRFH et s’appuie sur une
appropriation réelle du processus par la partie nationale
•
Le Projet PIRFH a permis de confirmer que la perspective d’un registre numérique informatisé est réalisable ;
•
Les progrès soutenus dans le processus de numérisation confirment la validité d’une approche de renforcement de capacités fondée sur un diagnostic des déficits
de compétences en lien avec les opérations ;
•
Les résultats atteints au chapitre de l’indexation confirment le bienfondé d’une démarche de collecte et de
classification de l’information en vue de la réalisation
d’un registre informatisé facilitant la recherche de
titres et leur sécurisation ;
•
Le constat d’une bonne appropriation nationale fondée
sur une approche partenariale réelle et une codirection
effective du projet ;
•
Un système de majoration salariale des employés de
l’état qui, en plus de bonifier les conditions salariales,
reconnaît et valorise l’effort consenti par les employés
pour atteindre les objectifs fixés d’un commun accord
dans le cadre d’une gestion axée sur les résultats.
•
Faut-il concentrer les efforts sur la redistribution des
terres ou plutôt sur la modernisation des méthodes de
travail des professions qui sont censées en formaliser
l’accès ?
•
La question foncière haïtienne peut-elle être abordée
autrement que par des références au droit et aux situations foncières propres au cadre juridique français ?
•
Faut-il continuer à traiter les problématiques foncières
en milieu rural sans prendre en compte les interactions
de plus en plus grandes entre le foncier rural et le
foncier urbain ?
•
La structure même du foncier rural, avec un million
d’exploitations agricoles, n’est-elle pas un problème
plus important que celui de la sécurité des droits ?
•
Les pratiques informelles dont on dit qu’elles sont
source d’insécurité ne traduisent-elles pas une
capacité d’adaptation du monde paysan ?
•
Les modes d’exploitation ou la mondialisation des
marchés ne sont-ils pas des sources d’insécurité plus
importantes à résoudre que la seule sécurité de la
tenure foncière ?
Une meilleure prise en compte de l’égalité entre les hommes
et les femmes pourrait aussi contribuer à une plus grande
pertinence d’une réforme foncière axée sur la sécurisation
des titres. Selon l’Africa Gender Innovation Lab, même si
l’existence et l’ampleur des inégalités entre les hommes
et les femmes ne font guère de doute pour ce qui est de
la possession, de l’usage et du contrôle sur la terre, il n’en
va pas de même quant aux mécanismes qui causent ces
inégalités. Ces mécanismes varient selon ce qu’on appelle
le « cadre des contraintes reliées au genre », soit les normes
concernant la place des femmes dans la société, la dotation
des hommes et des femmes en termes de temps disponible,
leur occupation, etc. Ces contraintes déterminent dans une
large mesure l’effet des programmes de sécurisation sur
chacun des deux groupes. Ainsi, au Rwanda, le programme
de régularisation des titres fonciers a résulté en une
augmentation de 10 points de pourcentage des investissements réalisés dans les ménages dirigés par des hommes
possédant des titres documentés contre 19 points pour les
ménages dirigés par des femmes mariées jouissant elles
aussi de titres sécurisés. Par contre, pour les femmes en
union libre, on a constaté une baisse dans les investissements.
3.2 Les limites de la réforme
La démarche en cours a néanmoins ses limites. L’absence
d’une vision stratégique partagée par l’ensemble des
intervenants, ainsi que le cloisonnement en trois projets
distincts encore peu articulés les uns aux autres a déjà été
souligné. Il en résulte de nombreuses interrogations sur
l’efficacité et la viabilité de la démarche entreprise.
Une réforme dont la pertinence risque de s’effriter
Il ne fait aucun doute qu’en Haïti, la sécurité foncière
en milieu rural constitue une demande réelle, légitime et
fondée historiquement. Une réforme du régime foncier
qui ne s’attaquerait pas à cette question manquerait sa
cible. Mais reconnaître l’importance de cette demande,
c’est aussi courir le risque de considérer la réforme du
régime foncier à travers le seul prisme d’une meilleure
reconnaissance des droits de propriété.
On peut aussi améliorer la pertinence d’une approche centrée sur la sécurisation en prenant en compte la situation
particulière des jeunes. Leur accès à la terre se fait principalement par l’intermédiaire de l’héritage, une voie de plus
en plus difficile en Haïti où l’indivision joue souvent contre
eux. Ces difficultés les amènent à se détourner de l’agriculture et à quitter les campagnes pour les centres urbains.
Comme l’a suggéré une équipe du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le
développement (CIRAD) (Geert van Vliet, 2017), certaines
questions et les controverses qu’elles suscitent, « toutes
respectables » est-il précisé, finissent par s’incruster dans
9
Enfin, une pertinence accrue passe aussi par une meilleure
prise en compte de la dimension urbaine. Il faut en quelque
sorte « urbaniser » la réforme foncière telle qu’elle se met
en place. Non seulement la question de la sécurisation des
droits fonciers se présente-t-elle de manière fort différente
dans un contexte urbain, mais c’est l’ensemble de la problématique foncière qui doit être approchée différemment.
Nous sommes ici dans le contexte d’une urbanisation
accélérée et souvent incontrôlée. Les phénomènes de périurbanisation et d’habitat informel s’en trouvent renforcés
avec tout ce que cela implique sur le cadre de vie et l’accès
au logement. Il s’agit aussi d’une urbanisation qui éprouve
des difficultés à se traduire en croissance économique. En
Afrique subsaharienne, et c’est aussi le cas à Haïti, les villes
arrivent mal à jouer leur rôle d’accélérateur de la croissance.
Cette Déclaration officialise l’intention de n’avoir à terme
qu’un seul régime juridique pour tout le secteur foncier
avec l’adoption d’un Code foncier et domanial qui met
l’accent sur la formalisation rapide des droits de propriété.
L’un des arguments utilisés au cours du débat qui a
entouré le remplacement du CFR par un Certificat de propriété foncière (CPF) en bonne et due forme, garanti par
l’État, a été de rappeler que le CFR original n’avait guère
de valeur et ne pouvait d’ailleurs être cédé et vendu que
suite à une procédure complexe. Le nouveau Code foncier
fait du CPF un préalable à la vente de terre sous peine de
nullité absolue.
Troisièmement, l’expérience enseigne que la mise à jour
est souvent le talon d’Achille des réformes foncières.
En effet, toute démarche qui vise à contribuer à une
plus grande sécurité des droits fonciers perd rapidement
tout son sens si elle n’est pas constamment mise à jour
pour intégrer de nouvelles transactions. Dans le cas
d’une démarche pré-cadastrale comme celle engagée en
Haïti, cette étape de la mise à jour requiert la coopération
active des notaires et des arpenteurs, une coopération
qui dépend dans une large mesure de changements dans
les lois (actuellement en examen) concernant ces deux
groupes de professionnels. De plus, il faut non seulement
prévoir un cadre technique et le personnel permettant de
vérifier et d’enregistrer ces changements, mais il faut aussi
s’assurer que les bénéficiaires eux-mêmes sentent le besoin
de recourir au registre foncier. Si on se fie aux exemples du
Bénin et du Burkina Faso, même si les frais exigés pour inscrire des corrections ou de nouvelles transactions ne sont
pas très élevés, bon nombre de bénéficiaires remettent à
plus tard la décision d’inscrire ces transactions.
Une réforme dont l’efficacité n’est pas encore totalement
assurée
Si on se fie à plusieurs travaux sur les résultats des démarches tant formelles qu’informelles de renforcement de
la sécurité foncière par le biais de processus de certification ou d’immatriculation, ces résultats courent le risque
de tout simplement ne pas être au rendez-vous en Haïti.
Dans ces conditions, la réforme foncière engagée jusqu’ici
ne risque-t-elle pas de se terminer plus ou moins abruptement par manque de résultats perceptibles ? Plusieurs
indicateurs laissent craindre un tel épuisement.
Premièrement, dans la mesure où, de l’avis même des
responsables de l’élaboration des PFB sur le terrain, les
sites retenus recelaient relativement peu de cas problèmes
et, de toute manière, la démarche retenue ne prétendait
pas régler ces situations conflictuelles, il sera difficile
d’évaluer la contribution précise de cette approche. Des
résultats difficiles à évaluer sont souvent, sinon toujours
les plus vulnérables.
Quatrièmement, on peut se demander si le financement de
la réforme engagée pourra être assuré. En effet, les coûts
reliés aux diverses expériences-pilotes menées jusqu’ici
en Haïti semblent prohibitifs, de même que les exigences
en termes de personnel et de temps. Selon GEOFIT, la
firme responsable des travaux sur les trois communespilotes de Sainte-Suzanne, Bahon et Grande-Rivière du
Nord, il aura fallu 113 experts (sociologues, géomaticiens,
topographes, techniciens GPS), travaillant à plein temps
pendant 26 mois pour livrer une version complète des
PFB en novembre 2018. À ce rythme, il faudra plus de
40 années à une équipe d’experts pour mener à terme
l’ensemble de l’opération et couvrir les 4,5 millions de
parcelles du pays. Les coûts devraient alors dépasser les
400 millions $ US. La mise en place d’un véritable système
de géoréférencement avec un système d’identification
unique des parcelles, qui seul permet une intégration effective de l’information foncière dans un système de gestion,
fera augmenter de manière significative ces coûts, qui ne
comprennent par ailleurs pas ceux engendrés par le
stockage et la mise à jour des banques de données.
Deuxièmement, le flou juridique concernant le statut
des droits conférés aux attributaires suite à la procédure
des PFB n’est pas sans soulever des questions sérieuses.
L’établissement des PFB est un document administratif (et
non juridique) qui prévoit une démarche d’identification
et une cartographie des droits sur la terre et qui repose
sur des enquêtes sociojuridiques, l’étude des documents
juridiques en possession des demandeurs et une prise en
compte des ayants droit. Une fois cette démarche complétée, l’arpenteur-géomètre peut délivrer un PVA.
On peut penser qu’éventuellement ce PVA pourra être
transformé, moyennant certaines conditions, en l’équivalent d’un Certificat foncier rural (CFR) comme il en existait au Bénin, du moins durant la première phase de la
réforme jusqu’en 2011, et qui attestait des droits identifiés
lors de la procédure des Plans ruraux de base. L’intérêt
de l’expérience béninoise pour Haïti tient à l’évolution
subséquente du CFR suite au changement d’orientation
du gouvernement tel qu’énoncé dans la Déclaration de
politique foncière de 2011 et qui marque la volonté d’engager une réforme globale couvrant le rural et l’urbain avec
l’objectif avoué « de faire du foncier un actif monnayable ».
Cinquièmement, l’absence des conditions requises pour
une réplication à grande échelle est un autre indicateur
qui fait croire à une démarche à l’efficacité incertaine. En
s’appuyant sur l’étude d’Harold Liversage (2016) du Fonds
international de développement agricole (FIDA) et d’une
évaluation comparative de ses projets de « régularisation
10
La sécurisation des droits de propriété a-t-elle un réel
impact sur le développement économique des communautés ? Certes, les recherches et connaissances ne
remettent pas en question de manière définitive la direction générale de l’hypothèse de base, soit l’effet positif
d’une plus grande sécurité foncière sur le développement,
agricole entre autres — le contraire aurait été surprenant
et… inquiétant —, mais elles suggèrent néanmoins que les
effets du contexte (le Bénin de 1995 n’est pas la Bolivie
de 1975, qui ne ressemble en rien à Haïti en 2020), ainsi
que la définition et la mesure de certains termes (celui
de « sécurité foncière » par exemple) ont souvent une
importance suffisamment déterminante pour rendre
difficile l’énoncé de conclusions générales.
foncière » par la BID (2014), les conditions d’une réplication
réussie sont peu présentes en Haïti, soit : (1) un monitoring
serré des progrès réalisés et des difficultés rencontrées
avec l’utilisation d’indicateurs permettant de mesurer les
produits et les résultats des activités ; (2) l’établissement
dès le début du programme d’un plan de mise à l’échelle
et de transposition indiquant le cheminement préféré ;
(3) une entente avec les partenaires concernant le
financement à long terme, et ; (4) une vision d’ensemble
du programme sur un horizon élargi et prévoyant un point
d’aboutissement et les résultats souhaités (Bureau de
développement des politiques 2013 ; Piccitotto, 2003).
À cette question des coûts s’ajoute celle d’un échéancier difficile à établir et à respecter dans la mesure où
l’on ne dispose pas d’une vision et d’un cadre stratégique
pour établir les objectifs opérationnels d’une réforme
peu portée socialement et politiquement. Les principaux
corps professionnels concernés ne montrent pas non plus
d’enthousiasme pour une réforme qui pourrait remettre
en cause leurs acquis. Quant à l’appui réel des différents
ministères, il est difficile pour chacun de trouver sa place
dans une démarche dont la cohérence d’ensemble n’est
pas évidente.
Par exemple, pour ce qui est de la relation entre l’obtention de droits de propriété reconnus (sécurité foncière)
et l’adoption d’innovations agroenvironnementales, les
études confirment généralement que la possession d’un
titre foncier encourage l’adoption de bonnes pratiques
agroforestières (plantation d’arbres) ainsi que l’utilisation
d’engrais organique. Par contre, il est aussi observé que
la généralisation de la possession de titres fonciers dans
un village décourage souvent les investissements dans
les bonnes pratiques en augmentant les chances qu’un
agriculteur tente simplement d’acquérir de nouvelles
terres jugées plus productives, plutôt que d’investir dans
sa propre parcelle, ce qui viendrait contrer l’effet positif
de la possession de titres.
Finalement, de nombreuses questions d’ordre technique
et juridique restent toujours en suspens et pourraient bien
constituer un obstacle infranchissable pour la démarche
engagée. Elles doivent être impérativement résolues pour
que puisse être envisagée une gestion foncière transparente, en cohérence avec les pratiques et les attentes
des usagers (Donner, 2017). C’est le cas de la question
des terres et parcelles indivises, parfois depuis plusieurs
générations et qui constitueraient entre 15 et 60 % des
parcelles selon les zones. Il s’agit là d’un volume important
de cas parfois inextirpables et qui ne peuvent être résolus
qu’avec une approche particulière, non conventionnelle et
malheureusement pas encore inventée. À cela s’ajoutent
les terres domaniales qui restent mal définies et mal localisées. Elles constituent pourtant 10 % du territoire national.
La distinction entre la propriété du bâti et celle du sol qui
le supporte est elle aussi une question en suspens.
La relation entre l’existence de droits de propriété et les
investissements et la productivité agricole est plus délicate encore. Par exemple, ce qui importe dans certaines
situations ce n’est pas tant la sécurité foncière comme telle
que le degré d’assurance caractéristique de certains propriétaires qui détiennent des positions importantes dans
la hiérarchie politique locale et donc une plus grande sécurité foncière. Du fait de ce niveau de confiance plus élevé
et de l’accès à des capitaux, ces personnes investissent
davantage dans la fertilité de leurs terres et obtiennent des
productions sensiblement plus élevées. Le mode d’accession à la propriété doit aussi être pris en considération.
Par exemple, en Côte d’Ivoire, une étude a pu montrer que
les plantations de cacao acquises par héritage sont l’objet
de moins d’investissements, et ont donc une productivité
plus faible, que celles qui ont été acquises par achat. Les
terres obtenues par héritage ne sont pas toujours les plus
recherchées.
Un impact sur le développement territorial difficile
à discerner
En plus d’accroître la sécurité des droits fonciers grâce à
une meilleure identification des personnes, des parcelles
et des droits, il est souvent mentionné que la réforme engagée en Haïti aura éventuellement un effet bénéfique sur
le développement agricole, sur la consolidation de l’état
de droit, sur la réduction de la pauvreté et qu’elle conduira
éventuellement à un véritable aménagement du territoire
national, à l’instauration d’un développement durable ainsi
qu’à un meilleur contrôle des risques issus des catastrophes
naturelles. Qu’en est-il exactement de ces nombreuses affirmations et de leur pertinence dans le cas de la démarche
engagée par Haïti ?
Les exemples précédents concernent l’impact sur le développement agricole. Des constats similaires ont été faits
concernant les effets de la sécurité foncière sur d’autres dimensions du développement local. C’est particulièrement le
cas de l’accès au crédit hypothécaire qui devrait être facilité
par des titres fonciers plus solides et qui, à son tour, devrait
encourager une prise de risques suite à l’obtention d’un prêt
d’une institution financière. Pourtant, de nombreux travaux
insistent pour rappeler que la possession d’un titre foncier
reconnu n’est qu’un facteur parmi d’autres (et non le plus
important) dans la démarche pour l’obtention d’un prêt.
11
4. Conclusions : Propositions pour conforter
la réforme foncière en Haïti
des ménages ruraux et une amélioration de la qualité
des services d’administration foncière principalement au
palier national. Les rapports d’étape font état de plusieurs
centaines de PVA qui ont été remis aux habitants des
communes visées par l’expérience pilote, procès-verbaux
qui viennent confirmer qu’ils sont les détenteurs des droits
sur les parcelles verbalisées.
Une citation attribuée à Albert Hirschman (1915-2012), le
fondateur de l’économie du développement, rappelle qu’il
« faut d’abord commencer par où on peut commencer et
agir ensuite de façon à ne pouvoir s’arrêter ». Elle résume
bien la situation de la réforme foncière en Haïti depuis le
tremblement de terre de 2010.
Près de dix ans après ce séisme, le dossier de la réforme
foncière est toujours à l’ordre du jour du programme de
reconstruction nationale tel que défini en 2012 dans le
Plan stratégique national pour faire du pays un pays émergent à l’horizon 2030 (Haïti, 2012). La nécessité d’une telle
réforme a été confirmée l’année suivante dans la nouvelle
politique nationale du logement (2013).
Le PIRFH, appuyé par le gouvernement canadien et mis en
œuvre par la Fédération canadienne des municipalités et
la Ville de Montréal, soutient la numérisation et l’indexation
des registres fonciers afin de passer de la transcription
manuscrite à un enregistrement informatisé et consolidé,
une étape incontournable dans la mise en place d’un
régime transparent, accessible et actualisé de publicité
foncière.
Depuis, trois initiatives appuyées par autant de partenaires
techniques et financiers ont permis de faire avancer le
dossier (et de le maintenir à l’ordre du jour), mais sans
pour autant que l’on puisse dire que la réforme foncière
haïtienne a atteint le point de bascule (« tipping point »)
à partir duquel le mouvement de réforme se nourrit de
sa propre dynamique. Comment s’assurer d’agir de façon
à ne pouvoir s’arrêter ?
Les acquis des démarches entreprises sont réels, tout
comme les obstacles et les contraintes qui permettent
à la réforme d’avancer. Pour chacune des trois initiatives
mentionnées plus haut, l’hésitation semble la règle.
Dans le cas du renforcement des capacités des acteurs
institutionnels et professionnels, l’hésitation fait suite à
l’apparente incapacité des autorités politiques à donner
suite aux quatre avant-projets de lois qui régulariseraient
la place des arpenteurs et des notaires dans le processus
d’établissement du cadastre et le fonctionnement de la
publicité foncière. Tant que ces projets de lois ne seront
pas votés et que des questions comme l’indivision des
terres ne seront pas réglées, il est difficile d’aller de l’avant
de façon complète avec un programme de renforcement
des capacités institutionnelles et organisationnelles des
acteurs de la réforme foncière.
4.1 Le danger de l’immobilisme
Il ne faut pas sous-estimer les résultats obtenus par les
projets de réforme dont l’histoire permettrait sans doute
qu’il fallait bien commencer par où on a pu commencer.
Ainsi, les travaux appuyés par la coopération française
ont permis de renforcer les capacités des principaux
acteurs, gouvernementaux et professionnels, du secteur
foncier, sans lesquels aucune réforme ne peut aboutir.
Ces travaux ont aussi permis l’actualisation et la mise en
cohérence des principaux textes législatifs régissant le
secteur foncier et d’identifier les principaux points de
blocages institutionnels pour tout ce qui concerne les
responsabilités des arpenteurs et des notaires, ainsi que le
processus de publicité foncière et des travaux de cadastre.
Quant au PSFMR, il est prévu de passer du stade
d’expérience-pilote à un véritable programme à portée
nationale permettant les opérations de mise à jour et
facilement consultable. Pour ce faire, il faut s’assurer de
pouvoir disposer d’une version informatisée du PFB,
permettant la mise sur pied d’un système informatisé de
gestion de l’information foncière. Les coûts importants
de la démarche PFB, le statut relativement flou des certificats fonciers émis sous la forme de procès-verbaux et
l’absence d’un système d’identification unique des parcelles s’ajoutent aux imprécisions juridiques mentionnées
plus haut, rendant difficile la mise en œuvre effective d’un
PFSMR national qui constituerait l’armature centrale d’un
véritable système cadastral haïtien.
Grâce à un important appui financier de la BID, le CIAT
et son principal partenaire, l’Office National du Cadastre
(ONACA), ont pu quant à eux mener à terme un projetpilote permettant d’expérimenter en temps réel une
méthode pour la réalisation de PFB dans huit communes
(le Projet de sécurité foncière en milieu rural, PSFMR).
À court terme, les résultats du PSFMR permettent
d’envisager une augmentation de la sécurité foncière
12
Dans le cas du PIRFH, la principale difficulté réside dans
l’implantation d’un registre informatisé national permettant
l’abandon progressif des titres fonciers dans des documents manuscrits. Afin de pallier cette difficulté, le PIRFH
a adopté une approche séquencée par des modifications
au niveau des textes de loi actuels sur le foncier, et aussi,
en se focalisant sur les bureaux d’enregistrement les plus
fonctionnels et les plus importants en les rendant opérationnels au cours de la durée du projet.
une plus grande sécurité foncière pour leur permettre de
contrer la menace des acheteurs étrangers. Mais, il en a
résulté aussi un renforcement des pouvoirs de l’État central
en matière de gestion des terres, une recentralisation dont
ont su profiter ces mêmes acheteurs étrangers (Burnod
Seheno, 2017).
La spéculation est un autre de ces paradoxes propres aux
réformes foncières. Par exemple, il est souvent mentionné
que la sécurisation des titres permet aux agriculteurs de
vendre plus facilement leurs terres. En ce sens, la sécurisation ouvre la porte à une plus grande productivité dans la
mesure où elle permet le regroupement des terres et offre
ainsi des débouchés à des agriculteurs mieux formés. Mais
cette marchandisation permet du même coup la spéculation et peut constituer un placement intéressant pour des
élites urbaines en mal d’un retour à la terre.
Trois constats majeurs sont à l’origine de ce diagnostic
d’immobilisme appréhendé. On peut s’interroger sur
la pertinence de la réforme engagée, surtout dans le cas
des initiatives du PSFMR, et qui considère la réforme du
régime foncier à travers le seul prisme d’une meilleure
reconnaissance des droits de propriété, qui fait l’impasse
sur le milieu urbain, qui ne prend guère en considération
la question de l’égalité entre les hommes et les femmes,
ou encore de la situation particulière des jeunes.
Mais, si le secteur foncier est un secteur semé d’embûches
et peu propice au déploiement de politiques publiques de
grande ampleur, c’est aussi un secteur où les expériences
étrangères ne manquent pas et où les réflexions se sont
multipliées depuis la fin des années 1990. Cette richesse
mérite d’être exploitée de manière systématique. Parmi
les enseignements à tirer, on mentionnera les difficultés
associées aux tentatives de maintenir sur le long terme
l’équilibre entre une démarche de sécurisation des titres
fondée sur des procédures officielles d’immatriculation
des droits avec des démarches où les systèmes coutumiers
sont aussi pris en compte. La coexistence tient parfois davantage aux apparences. Ce regard sur l’extérieur permet
aussi de réaliser à quel point dans de nombreux pays du
Sud on est en bonne voie de passer d’une vision du cadastre comme un simple outil cartographique à un cadastre
vu « comme un concept d’organisation et de structuration
de l’information foncière » (Roy, Viau, 2008).
L’efficacité (et l’efficience) de la démarche de réforme
est loin d’être assurée compte tenu du fait que le PFB
demeure un document purement administratif et non
juridique, que l’établissement de ces PFB s’avère une
opération longue et coûteuse, que les conditions d’une
mise à jour continue et d’une réplication à grande échelle
ne sont pas réunies, et qu’en l’absence d’une vision stratégique cohérente il est difficile d’établir un échéancier
capable de maintenir la mobilisation de tous les acteurs
pour une opération qui risque de ne pas être menée à
terme.
Finalement, on voit mal comment une réforme qui se
limiterait à un renforcement du cadre institutionnel et
professionnel et à la mise en œuvre d’un PFSMR II et
d’un éventuel PIRFH+ pourrait servir de levier pour
le développement économique et social d’Haïti.
Développer une vision partagée du résultat à atteindre
et élaborer une véritable politique de réforme foncière.
Cette vision partagée doit certes être fondée sur de larges
consensus, sur les leçons apprises des tentatives passées
et sur une prise en compte de la conjoncture du moment,
mais elle doit impérativement déboucher sur une appropriation par le gouvernement qui s’engage, au nom et avec
l’appui de l’ensemble des institutions politiques de l’État,
à en faire le guide de son action. Bref, il s’agit de faire de
la réforme foncière une véritable affaire d’État au sens
propre du terme. Sans un tel engagement, rien ne saurait
arriver. La formulation d’une véritable politique foncière
constitue la première étape de ce processus. Les modèles
d’élaboration sont nombreux et les produits finis aussi
(UA-BAD-CEA, 2010 ; FIDA, 2008).
4.2 Comment transformer ces faiblesses
en autant d’opportunités ?
Revisiter les fondements conceptuels et les bases analytiques et empiriques sur lesquels s’appuie la réforme.
Les apparences sont souvent trompeuses, particulièrement
dans le domaine du foncier qui apparaît comme la terre
par excellence (sans mauvais jeu de mots) des paradoxes,
des effets inattendus et parfois même pervers. En matière
de réforme foncière, les choses ne se passent jamais comme prévu. À ce sujet, Alain de Janvry et Elizabeth Sadoulet
(2016) rappellent que les réformes, habituellement inscrites
dans les programmes politiques de partis progressistes,
sont le plus souvent mises en œuvre de manière réussie
par des régimes autoritaires.
Jeter les bases d’un Système intégré d’information
foncière et territoriale avec en priorité un processus
d’identification unique pour les propriétés. L’information
est au cœur de tout régime foncier, encore plus dans le
cas des régimes fondés sur la publicité. C’est vrai pour le
registre foncier. Ce l’est aussi pour le cadastre, qui apparaît
de plus en plus comme un système d’information foncière
Madagascar est un autre cas « intéressant » non seulement
parce que la réforme foncière y a réussi alors qu’on s’attendait à un échec retentissant, mais aussi pour certains effets
inattendus qu’elle a engendrés. Ainsi, cette réforme a pu
atteindre son objectif principal, soit donner aux paysans
13
et territoriale et non comme la simple « assiette » à des
droits fonciers recueillis dans le registre. En faisant du
cadastre un système d’information, on valorise la base de
données qui en est le cœur et on en accroît le potentiel
de polyvalence (Roy, Viau, p. 9).
les biens immobiliers, parcelles et constructions, qui soustendent ce capital. Pour sortir de l’ombre et arriver à la
lumière (pour utiliser l’image de De Seto), il faut au minimum des informations sur l’usage, la localisation précise
et la valeur de ces biens immobiliers. Il faut aussi pouvoir
mettre ces informations en lien avec celles concernant les
propriétaires et les droits dont ils disposent.
La polyvalence dont il est ici question tient davantage
aux normes techniques de structuration des bases de
données et à leur degré d’interopérabilité qu’à l’utilisation de l’assiette cadastrale comme seul format pour des
applications diverses. Il s’agit, comme le souhaite le Plan
stratégique de développement d’Haïti cité plus haut, de
« construire un référentiel géographique de base détaillé
et actualisé pour les échelons national et local de développement ». Ce référentiel contribuera à la modernisation
et à la formalisation du registre de propriété et à la qualité
et à la précision des opérations cadastrales et permettra
aux différentes institutions et aux acteurs d’avoir accès
à des données cartographiques et spatiales ayant une
base commune et spatialisée.
Prendre le virage de la fiscalité locale. Dans l’un des
premiers documents sur les réformes foncières dans les
villes subsahariennes francophones, Alain Durand Lasserve
(1994), tout en reconnaissant qu’il est important de viser
l’atteinte d’une plus grande sécurité de la tenure et d’un
meilleur aménagement du territoire, suggérait que l’objectif fiscal doit être prioritaire à court terme. Il n’est pas
inutile de revenir aux raisons évoquées il y a 25 ans :
Au Québec, les utilisations non strictement reliées à la
publicité des droits fonciers se sont multipliées depuis
une trentaine d’années. Cette utilisation au profit de
l’aménagement du territoire, des politiques de logement,
de la protection des biens culturels, de la gestion des
matières résiduelles et du transport en commun a non
seulement profité à ces autres secteurs d’activités,
mais ont aussi facilité la mise en œuvre de la rénovation
cadastrale.
C’est aussi une façon d’intégrer la réforme foncière dans
une démarche de développement territorial. En effet, il
est important de reconnaître que le foncier n’est pas une
ressource comme les autres. Certes, il s’agit d’un facteur
de production comme tant d’autres, mais c’est aussi, du
moins à première vue, une ressource non renouvelable,
une ressource « finie » de par sa nature même. La terre,
on ne cesse de le constater, n’est pas extensible à souhait
et les ressources qu’elle contient ne le sont pas non plus.
Mais le foncier est bien davantage que le seul sol urbain ou
le champ agricole. Le foncier, comme le rappelle Nicolas
Gillio, est « le résultat d’une construction par les acteurs »
(1994, p.7). À ce titre, il est une véritable ressource pour
le développement des territoires, au même titre que le
capital naturel, le capital de main-d’œuvre ou le capital
financier.
Or, ce capital foncier ne peut contribuer au développement
des territoires que s’il s’appuie sur un véritable système
d’information qui non seulement facilite les transactions
foncières et s’assure du bon fonctionnement du marché,
mais qui de plus fournit les informations nécessaires à une
gouvernance territoriale transparente et démocratique.
Ces informations incluent au premier lieu des renseignements sur les propriétaires, leurs droits et la localisation
de leurs parcelles, des renseignements qui fournissent en
quelque sorte la carte d’identité du capital foncier territorial. Des informations similaires sont aussi requises sur
14
•
Cette priorité correspond à un besoin souvent exprimé
par les collectivités locales pour qui la fiscalité foncière et immobilière est seule capable de prendre le
relai des financements en provenance de l’État, des
financements de plus en plus aléatoires ;
•
La priorité accordée à l’objectif fiscal requiert un niveau
de précision moindre que si l’objectif est d’ordre purement légal : « La délimitation exacte du parcellaire est
utile, mais elle n’est pas indispensable : c’est le repérage
de l’occupation, l’identification des personnes soumises à l’impôt et le constat de la mise en valeur du bien
qui priment. La détermination des droits réels immobiliers peut être utile, mais elle n’est pas indispensable :
la personne soumise à l’impôt n’est pas nécessairement la propriétaire du bien, peut être son occupant
ou celui qui le met en valeur » (Lasserve, p. 39) ;
•
Permet de renforcer la volonté politique de
l’Administration centrale dans son engagement réel
en faveur de la décentralisation et de l’amélioration
de la transparence dans la gestion locale en assurant
aux collectivités locales une source de revenus pour
supporter une partie du transfert de compétences ;
•
En faisant de la fiscalité foncière l’objectif initial d’une
réforme foncière, les agents de l’administration et les
responsables des collectivités locales ainsi que les élus
peuvent se familiariser avec une gestion basée sur la
collaboration et l’échange d’information ;
•
Cette approche permet de dégager des ressources
propres, rapidement disponibles et transformables en
politiques publiques et qui permettent à la population
de voir « leurs impôts à l’œuvre » ;
•
Ces ressources facilitent l’accroissement d’autres
formes de ressources propres ;
•
La mise en place d’un cadastre ou d’un système
d’information foncière à vocation fiscale permet
d’envisager un autofinancement de la réforme
foncière.
Dans sa phase actuelle, la réforme engagée passe sous
silence la dimension fiscale. Certes, on ne doit pas minimiser les difficultés d’une démarche de réforme foncière
qui mettrait de l’avant ses objectifs d’appui à la fiscalité
locale. On doit cependant s’interroger sur la pertinence
d’une réforme foncière dont l’acceptabilité sociale est
en grande partie fondée sur l’engagement pris par les
autorités que les procédures de sécurisation des titres
fonciers n’auront aucune incidence fiscale. Un tel engagement n’est-il pas précurseur de lendemains difficiles
lorsqu’un régime de taxation foncière sera mis en œuvre ?
Après tout comme l’a souligné Benjamin Franklin, il n’y a
rien de certain dans ce monde que la mort et les taxes.
Faire entrer les collectivités locales dans le jeu. De
même que la réforme foncière ne peut réussir sans un
virage vers la fiscalité locale, elle ne saurait non plus faire
l’économie d’un approfondissement de la décentralisation
(et de la déconcentration). Penser en termes de cadastre
polyvalent, c’est assurer une direction interinstitutionnelle
efficace et une collaboration de tous les partenaires, au
premier lieu les communes. Pour celles-ci, l’intérêt d’un
cadastre polyvalent dépasse largement sa simple utilisation fiscale. L’une des difficultés majeures rencontrées par
la démarche de réforme foncière entreprise par le gouvernement haïtien et le CIAT est l’absence de partenaires
privilégiés pour porter le projet de réforme. Certes, les
communes constituent le territoire privilégié de la mise en
œuvre des PFB, mais elles sont en pratique absentes du
dossier. Elles doivent être ramenées au cœur de l’action.
15
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Cette publication est réalisée avec l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise
d’Affaires mondiales Canada.