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Octobre 2025
Double CIRCULATION MONÉTAIRE:IDENTIFICATION DES RISQUES
Document D’Information
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SOMMAIRE
Introduction ..........................................................................................4
Double circulation monétaire: Généralités et Causes structurelles .............5
Déterminants de la double circulation monétaire dans l’économie
haïtienne ..............................................................................................6
Inflation .....................................................................................6
Dépréciation de la monnaie locale ...............................................7
Facteurs institutionnels et Instabilité politique .................................9
Mesure de la dollarisation en Haïti .........................................................9
Risques associés à la dollarisation ..........................................................12
Exemples de pays ayant maîtrisé les risques et réduit leur dépendance
à l’égard du dollar ÉU ...........................................................................13
Conclusion ............................................................................................15
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INTRODUCTION
La double circulation monétaire désigne une situation dans laquelle deux monnaies sont
utilisées et circulent simultanément au sein d'une même économie, généralement la
monnaie nationale et une devise étrangère. Ces deux monnaies jouent souvent les
mêmes rôles et sont ainsi utilisées à la fois comme unité de compte, intermédiaire des
échanges ou réserve de valeur.
Ce phénomène est généralement observé dans les économies soumises aux
longues périodes d’instabilité macroéconomique où la volatilité de la valeur de la
monnaie nationale incite les agents économiques à privilégier une monnaie
étrangère plus stable
1
. Cette coexistence peut être aussi la résultante d’une forte
intégration économique avec un autre pays, de la présence d’un secteur informel
important, ou encore d’une dépendance marquée aux transferts sans contrepartie.
Ainsi, la demande plus accrue de cette monnaie étrangère au détriment de la mon-
naie nationale se traduit par une perte de la valeur de la monnaie locale, ce qui
peut limiter l'efficacité de la politique monétaire du pays.
En Haïti, l’utilisation croissante du dollar américain coïncide avec l’abandon de la
parité fixe de cinq (5) gourdes pour un (1) dollar après une période de dépréciation
continue mais modérée de la gourde entre 1982 et 1991. Cette parité fixe, qui
s’est maintenue de 1919 à 1990, a été remplacée par l’adoption d’un régime de
change flexible en raison de certaines distorsions ayant conduit à des perturbations
sur le marché des changes, notamment l’émergence d’un segment informel. Ainsi,
dans le but de s’assurer d’un meilleur contrôle de ce marché, le gouvernement
haïtien a autorisé, par décret, les banques commerciales à accepter des dépôts
en dollars américains à partir du 18 janvier 1990.
Depuis les trente dernières années, l’économie haïtienne évolue dans un envi-
ronnement où les déséquilibres macroéconomiques, alimentés par des chocs d’or-
dre externe (crise de 2008, pandémie de Covid-19 en 2020, etc.), socio-politique,
des catastrophes naturelles et des chocs climatiques (séismes, ouragans, tempêtes
tropicales, etc.) continuent d’impacter négativement la valeur interne et externe
de la monnaie nationale. Conséquemment, la gourde s’est retrouvée de plus en
plus concurrencée dans ses fonctions par le dollar américain
2
. Or, une utilisation
croissante du dollar américain pour des transactions économiques peut fragiliser
1
Ceci est conforme à la loi de Gresham (1558) selon laquelle « la mauvaise monnaie chasse la bonne ».
2
Cependant, une appréciation de la gourde a été observée durant la période subséquente au séisme du 12 janvier 2010. Le
volume des aides étrangères a contribué à une augmentation de l’offre de dollars dans l’économie haïtienne, ce qui s’est traduit
par un recul marqué du taux de change.
le système financier, alimenter la dépréciation de la gourde et aussi constituer
une contrainte à la transmission des impulsions monétaires de la Banque centrale.
Considérant les incidences négatives de la double circulation monétaire sur l’é-
conomie, notamment pour la conduite de la politique monétaire, ce document
d'information présente les déterminants de la dollarisation en Haïti, et analyse le
degré de dollarisation de l’économie haïtienne, tout en mettant en exergue les
risques pesant sur une économie dollarisée.
DOUBLE CIRCULATION MONÉTAIRE: GÉNÉRALITÉS ET CAUSES
STRUCTURELLES
La coexistence de plusieurs monnaies dans une économie peut résulter de plusieurs
facteurs :
L’instabilité socio-politique: La récurrence des chocs d’ordre socio-politique •
entraîne des déséquilibres au niveau des fondamentaux macroéconomiques.
En favorisant la fluctuation des prix dans l’économie, cette instabilité peut
porter les agents économiques à préférer, à la monnaie locale, une devise
étrangère moins volatile.
La progression rapide de l’inflation et/ou du taux de change: L’augmenta-•
tion rapide des prix dans un pays réduit la confiance des ménages et des in-
vestisseurs dans la monnaie nationale. Ainsi, cette faible attractivité par
rapport aux monnaies étrangères pousse les agents économiques à adopter
une devise plus stable.
L’intégration commerciale et financière et/ou les transactions interna-•
tionales élevées des acteurs économiques: Une économie ouverte, avec des
flux d’échanges internationaux importants peut inciter à l’utilisation accrue
des devises étrangères parallèlement à la monnaie nationale.
Les montants significatifs de transferts sans contrepartie reçus par les béné-•
ficiaires peuvent renforcer la disponibilité de ces devises dans l’économie. Cette
situation peut induire une augmentation des importations dans une économie
caractérisée par une faible élasticité de la production à la demande. Ceci tend
à encourager les agents économiques à en faire un usage plus accru ou à
préférer la monnaie étrangère dans leurs transactions pour se protéger contre
une éventuelle dépréciation de la monnaie nationale.
La législation/ La politique monétaire/ La confiance dans la monnaie na-•
tionale: Des lois ou des décisions monétaires autorisant l’usage d’une monnaie
étrangère dans l’économie peuvent déboucher sur l’usage simultané de ces deux
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monnaies. De même, la confiance du public dans la monnaie nationale
représente un élément essentiel. Si elle vient à s'éroder, les acteurs économiques
seront enclins à se tourner vers des devises perçues comme plus stables et mieux
garanties. Aussi, les mesures et règlementations prises par les autorités sur la
détention et l’utilisation du dollar américain peuvent-elles influencer le degré de
dollarisation d’une économie.
DÉTERMINANTS DE LA DOUBLE CIRCULATION
MONÉTAIRE DANS L’ÉCONOMIE HAÏTIENNE
La double circulation monétaire en Haïti renvoie à une situation de « dollarisation
partielle ». Elle est caractérisée par l’utilisation concomitante de la monnaie na-
tionale, la gourde (HTG), et une devise étrangère, le dollar américain (ÉU). Les
déséquilibres macroéconomiques traduits par la forte volatilité de certains indica-
teurs ont contribué et entretenu la coexistence de ces deux monnaies dans l’é-
conomie haïtienne depuis les quarante dernières années.
INFLATION
Le phénomène de dollarisation est généralement observé dans des économies
soumises à une forte inflation. En Haïti, le contexte macroéconomique est marqué par
un taux d’inflation généralement élevé. Ces pressions inflationnistes ont été induites
par plusieurs facteurs dont la monétisation du déficit budgétaire, laquelle se traduit
par des excédents de liquidité dans l’économie. La hausse des encaisses monétaires
des agents économiques qui en découle entraîne un accroissement de la demande
de biens et de services. Cependant, en raison de la faiblesse de l’appareil productif
national, cette demande supplémentaire provoque un renchérissement général des
prix, d’où une perte de pouvoir d’achat des ménages.
Toutefois, au cours de la période allant d'octobre 2023 à août 2025, le taux moyen
annuel d'inflation, établi à 25,6 %, a surtout été tributaire des chocs d’offre résultant
de la dégradation des conditions de sécurité. Cette progression soutenue des prix
intérieurs a été observée en dépit de l’évolution favorable des finances publiques
et d’une relative stabilité du taux de change. Elle reflète aussi les imperfections de
marché qui entretiennent les comportements asymétriques de certains acteurs
économiques.
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Par ailleurs, la demande de biens et services observée dans un contexte d’offre locale
insuffisante, crée une dépendance vis-à-vis de l’extérieur, faisant ainsi de l’inflation
importée une source de pressions inflationnistes en Haïti et d’amplification des tensions
sur le marché des changes.
DÉPRÉCIATION DE LA MONNAIE LOCALE
3
Au début des années 1980, à la suite d’une création monétaire excessive et d’un
niveau de réserves de change insuffisant, le taux de change de la gourde par rapport
au dollar a connu des fluctuations à la hausse, conduisant à l’adoption du régime de
change flottant en 1991. Dans un tel contexte, la préservation de la valeur de la mon-
naie nationale requiert un certain dynamisme de l’activité économique permettant
l’accroissement de l’offre de devises via la bonne tenue des exportations, l’expansion
des activités touristiques et l’attraction des investissements directs étrangers. En Haïti,
les demandes excédentaires générées, soit par un accroissement des dépenses
publiques ou les envois de fonds de la diaspora, sont souvent satisfaites par les produits
d’importation, considérant l’inélasticité de la production nationale. Ceci se traduit par
une hausse de la demande de dollars ÉU et, par ricochet, à une intensification de la
dépréciation de la gourde par rapport au dollar américain.
3
Le taux de change en Haïti est coté à l’incertain et renvoie à la quantité de gourde pour un dollar américain.
Graphique 1. :::: Taux d’inflation annuel (en %)
Sources : IHSI/FMI
0
5
10
15
20
25
30
35
40
45
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
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En effet, sur la période allant de septembre 1991 à septembre 2015, le taux de change
a affiché une tendance haussière, passant de 7,4900 gourdes pour un dollar ÉU à
52,0717 gourdes pour un dollar ÉU. Cette dépréciation continue de la gourde a été
à la base d’une augmentation de la demande de la devise américaine, les agents se
tournant de plus en plus vers le dollar ÉU utilisé notamment pour l’acquisition de biens
d’importation.
Considérant la forte volatilité du taux de change qui a été particulièrement induite
par l'accroissement des encaisses de précaution en dollars ÉU, la BRH a décidé
de lancer les obligations BRH en novembre 2015. Ce produit financier avait pour
objectif de contenir l'impatience des acteurs économiques à la recherche du dollar
ÉU à travers une meilleure rémunération de leurs actifs en monnaie nationale,
ces derniers restant couverts par rapport aux risques de dépréciation de la gourde.
En dépit de cette mesure et d’autres décisions de la Banque centrale, le taux de
change a atteint 134,2581 gourdes pour un dollar ÉU au 30 septembre 2023,
dans un environnement marqué par un ensemble de chocs socio-politiques et cli-
matiques qui ont creusé davantage les déséquilibres qui caractérisent l’économie
haïtienne. En revanche, à la faveur d'un niveau de financement monétaire nul et
des mesures de politique monétaire prises par la BRH dans un contexte d’atonie
de l’activité économique, le taux de change a été relativement stable en 2024,
oscillant entre 130 et 133 gourdes pour un dollar ÉU.
Graphique 2. :::: Taux de change (fin de période)
150.00
140.00
130.00
120.00
110.00
100.00
90.00
80.00
70.00
60.00
50.00
40.00
30.00
20.00
10.00
-
Septembre
1992
Septembre
1990
Septembre
1994
Septembre
1996
Septembre
1998
Septembre
2000
Septembre
2002
Septembre
2004
Septembre
2006
Septembre
2008
Septembre
2010
Septembre
2012
Septembre
2014
Septembre
2016
Septembre
2018
Septembre
2020
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Source: BRH
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FACTEURS INSTITUTIONNELS ET
INSTABILITÉ POLITIQUE
Depuis janvier 1990, le gouvernement haïtien a autorisé les banques commer-
ciales à accepter des dépôts en dollars américains. Cette décision prise dans un
contexte marqué par une inflation élevée, a conforté la préférence des agents
économiques pour cette devise, ce qui a, conséquemment, encouragé la dollari-
sation. Ainsi, des mesures institutionnelles et gouvernementales ont été adoptées
pour réglementer ou limiter l’utilisation de la monnaie américaine. Néanmoins,
elles n’ont pas permis de résorber ces distorsions dans l’économie en raison de
l’application par les entreprises d’un taux de change supérieur à celui du marché,
en guise de taux de conversion pour l’affichage des prix des produits en gourde.
De plus, l’instabilité politique, qui a perduré durant ces 40 dernières années, a
créé un climat propice à l’expansion des importations et au déclin des activités
génératrices de devises dans l’économie.
Les anticipations négatives du public par rapport à l’instabilité de la monnaie na-
tionale au profit du dollar américain ont fait de ce dernier une unité de fixation
des prix des biens et services, ainsi qu’un instrument de paiement et de réserve
de valeur.
MESURE DE LA DOLLARISATION EN HAÏTI
Déterminer le degré de dollarisation dans un pays permet d'évaluer l'étendue de
l'utilisation et de la circulation de la monnaie étrangère dans cette économie.
Plusieurs indicateurs quantitatifs permettent de rendre compte du niveau de la dol-
larisation en Haïti:
Ratio des dépôts et des crédits bancaires en dollars: Dans un contexte •
d’inflation persistante, les agents économiques cherchent avant tout à
préserver la valeur réelle des actifs qu’ils détiennent en monnaie nationale
en les convertissant en dollar américain. Le ratio des dépôts et celui des
crédits bancaires en dollar ÉU constituent des indicateurs permettant d’é-
valuer la préférence des agents économiques pour la devise étrangère. En
Haïti, la forte dollarisation financière est reflétée à travers la part importante
des dépôts et des crédits libellés en dollars ÉU dans le système bancaire.
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Depuis l’adoption du régime de change flexible, les dépôts en dollars ÉU dans le
système bancaire ont considérablement augmenté au détriment de ceux libellés
en gourdes. De 11,3 millions de dollars ÉU en septembre 1991, ils sont passés à
1,06 milliard de dollars ÉU en septembre 2008 pour s’établir à 2,63 milliards de
dollars ÉU en septembre 2024.
L’analyse de l’évolution du taux de dollarisation en Haïti mesuré par le ratio « Dépôts
en devises américaines/total des dépôts » fait état d’une hausse continue, laquelle
est fortement impulsée par les dépôts à vue. Ces derniers sont passés de 10,44
millions de dollars ÉU en septembre 1991 à 1,16 milliard de dollars ÉU en 2020
pour s’établir à 1,23 milliard de dollars en septembre 2024. La croissance des
dépôts à vue reflète l’utilisation marquée des dollars dans les transactions courantes
des agents économiques en Haïti.
Ainsi, évoluant en dessous de 40 % jusqu’en 1999, le poids des dépôts en dollars
dans le total des dépôts du système bancaire s’est accentué au début des années
2000 pour atteindre 55,30 % en 2010. Néanmoins, en dépit de la période de
croissance positive du PIB de 2011 à 2014, et d’une dépréciation de la gourde
contenue en dessous de 5 %, le niveau de dollarisation s’est graduellement accru
à près de 57 %. Ceci atteste donc d’un effet d’hystérésis tel que démontré dans la
littérature économique
4
. Depuis l’exercice fiscal 2015, l’économie haïtienne a été
caractérisée par des troubles socio-politiques et une forte volatilité du change,
lesquels ont entretenu des taux d’inflation à deux chiffres. Cette situation a renforcé
les anticipations négatives des agents économiques et conforté leur préférence
pour le dollar ÉU comme valeur refuge. Le taux de dollarisation des dépôts est
ainsi passé de 63,71 % en septembre 2016 à 67,71 % en septembre 2019 pour
revenir à 65,47 % en septembre 2024, notamment en raison d’une relative stabilité
du taux de change liée à la bonne tenue des transferts sans contrepartie. S’agissant
du ratio « crédit en dollars ÉU en pourcentage du crédit total », celui-ci est passé
4
Sahay et Végh (1995) ainsi que Feige (2003) ont expliqué l’inertie de la dollarisation comme une conséquence des longues
périodes d’instabilité, entraînant une perte de confiance difficilement réversible des agents économiques dans la monnaie locale
et dans la capacité des autorités à stabiliser durablement l’économie.
Graphique 3. :::: Dépôts en dollars ÉU
Source: BRH
1400.00
1200.00
1000.00
800.00
600.00
400.00
200.00
0.00
DAV $ ÉU DE $ ÉU DAT $ ÉU
1991 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2024
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de 0,41 % à 38,41 % durant la décennie 1990, avant de se chiffrer à 57,02 % en
2008 pour atteindre 45,74 % en septembre 2024. L’augmentation du poids des
crédits dollars ÉU dans le portefeuille des banques renvoie à la préférence des ac-
teurs économiques, notamment les investisseurs, pour la devise américaine.
Proportion des transactions commerciales et des salaires libellés en dollars: Ces •
paramètres renseignent sur la dollarisation transactionnelle. En effet, une partie
significative des prix des biens et services, notamment ceux importés, sont, dans
certains cas, fixés en dollars ÉU ou étiquetés en gourdes mais calqués sur la devise
américaine. De plus, pour certaines institutions, le paiement de leurs employés se
fait partiellement ou totalement en dollars ÉU. En effet, la dépréciation continue
de la monnaie nationale par rapport au dollar américain porte les acteurs
économiques à libeller les prix de leurs biens et services en dollar américain, ce
dernier répondant mieux à la fonction d’unité de compte. Suivant une enquête
menée par la BRH en 2020, sur 20 boutiques localisées principalement à Pétion-
Ville (Haïti), 17 d’entre elles affichent leurs prix en dollar américain. De plus, la
vente d’automobiles, de terrains ou d'immeubles se fait strictement en devise
américaine. Ce comportement des commerçants, des rentiers et des concession-
naires d’automobile est motivé par la dépréciation de la gourde découlant de la
grande volatilité du taux de change. Conséquemment, ils réduisent leurs coûts
particulièrement ceux liés à l’affichage et, par la même occasion, se protègent
contre toute éventuelle perte de revenus advenant des variations brusques ou récur-
rentes du taux de change.
5
Bien qu’il soit possible de payer en gourdes les produits
dont les prix sont étiquetés en dollar américain, la multiplicité du taux de change
et l’utilisation par les commerçants d’un taux de change supérieur à celui du
marché, pénalisent et découragent les consommateurs à effectuer les paiements
en monnaie locale. Afin de se prémunir de ce manque à gagner qui en résulte,
les agents économiques préfèrent utiliser le dollar ÉU comme moyen d’échange,
notamment pour l’achat et la vente de biens durables tels les biens immobiliers.
5
Cette fixation des prix en dollar américain est le résultat d’un cadre institutionnel insuffisamment contraignant, puisque le dollar
américain n’a pas cours légal en Haïti.
Graphique 4. :::: Niveau de dollarisation de l'économie haïtienne (en %)
Source: BRH
-10.00%
0.00%
10.00%
20.00%
30.00%
40.00%
50.00%
60.00%
70.00%
80.00%
Dépôts en dollars / Dépôt Total Crédit en dollars/ Crédit Total
Septembre
1991
Septembre
1992
Septembre
1994
Septembre
1995
Septembre
1993
Septembre
1996
Septembre
1997
Septembre
1998
Septembre
1999
Septembre
2000
Septembre
2001
Septembre
2003
Septembre
2004
Septembre
2004
Septembre
2005
Septembre
2006
Septembre
2007
Septembre
2008
Septembre
2010
Septembre
2011
Septembre
2012
Septembre
2013
Septembre
2014
Septembre
2015
Septembre
2016
Septembre
2017
Septembre
2018
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Poids des transferts sans contrepartie dans le PIB: Les transferts de fonds des mi-•
grants ont gagné en importance avant de représenter 17 % du PIB en 2024.
Jusqu’en septembre 2019, les bénéficiaires pouvaient recevoir les remises migra-
toires en dollars ÉU ou en gourdes selon leur préférence. Cependant, sur la base
d’une enquête réalisée par la BRH, il a été constaté une grande disparité dans les
taux pratiqués par les maisons et agents de transferts. Ainsi, afin de garantir les
intérêts de ces bénéficiaires, la Banque centrale a décidé, à travers la circulaire
No 114-1, que les transferts seraient désormais payés en gourdes au taux de
référence du jour par les maisons et agents de transfert, alors que ceux reçus sur
comptes continueraient d’être perçus en dollars. Cette mesure visait également à
contourner la rareté des numéraires dollars dans l’économie.
RISQUES ASSOCIÉS À LA DOLLARISATION
La dollarisation partielle s'observe généralement lorsqu'un pourcentage élevé des
dépôts bancaires est libellé en dollars. Ceci réflète une forte préférence pour cette
devise comme réserve de valeur. Cette dollarisation partielle comporte des risques
pour l’économie en général et la conduite de la politique monétaire en particulier.
La dollarisation, qui se présente comme une forme d’innovation financière de l’agent
économique pour se protéger de l’inflation, possède initialement un coût d’adoption
et s’avère difficilement réversible. Cette persistance, principal risque de la dollarisa-
tion, s’explique par le fait que la déflation ou la stabilité économique qui induit une
baisse du coût d’utilisation de la monnaie nationale, n’implique pas une hausse des
coûts d’utilisation du dollar ÉU. De plus, les anticipations négatives alimentées par
les longues périodes d’instabilité et de forte dépréciation de la monnaie nationale,
confortent la perception des agents économiques vis-à-vis du dollar américain en
tant que monnaie refuge. Aussi, dans un système financier partiellement dollarisé, le
risque de solvabilité est-il très important. En effet, les agents économiques contractant
des emprunts dans une monnaie étrangère jugée plus stable mais dont les sources
de revenu sont en gourde, créent un décalage entre leurs actifs et passifs en devises.
En cas de dépréciation de la monnaie domestique, ils sont alors exposés au risque
de solvabilité, car la perte de valeur de la monnaie nationale induit une hausse de la
dette libellée en monnaie étrangère. Parallèlement, une banque qui accepte des
dépôts en devise étrangère et accordent des prêts en monnaie locale est susceptible
d’enregistrer un déséquilibre entre le passif et l’actif libellés en monnaie étrangère.
Conséquemment, elle s’expose au risque de change, lequel s’aggrave en cas de
dépréciation de la monnaie nationale.
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De surcroît, une proportion élevée de dépôts en dollar ÉU dans le système bancaire
peut limiter l’efficacité de la politique monétaire. Avec un pourcentage de monnaie
nationale dans la masse monétaire inférieur à celui en devise étrangère (48,98 % au
30 septembre 2024), la politique monétaire pourrait rencontrer plus de difficultés à
limiter l’ex pansion de l’offre de monnaie. De plus, cette dernière tendrait à devenir in-
stable en raison de la volatilité du taux de change rendant la lutte contre l’inflation
plus compliquée. La dollarisation favorise également des comportements spéculatifs
caractérisés par des arbitrages permanents entre la gourde et le dollar ÉU, ce qui
risque d’accentuer la volatilité du change. Par ailleurs, un taux élevé de dollarisation
pourrait déstabiliser le système en cas de panique bancaire impliquant les transactions
en dollar ÉU, la Banque centrale ne pouvant plus jouer son rôle de prêteur en dernier
ressort pour ces transactions. De plus, une forte dollarisation nécessiterait des réserves
internationales importantes pour garantir la capacité d’intervention de la banque cen-
trale en cas de fortes tensions sur le marché des changes.
EXEMPLES DE PAYS AYANT MAÎTRISÉ
LES RISQUES ET RÉDUIT LEUR DÉPENDANCE
À L’ÉGARD DU DOLLAR ÉU
Peu de pays ont réussi à renverser le processus de dollarisation. Cependant le Vietnam
et le Pérou ont pu procéder à une dédollarisation de leur économie. Au Vietnam, la
dollarisation a régressé à la fin des années 1990, suite à une réduction du déficit
budgétaire résultant du financement des investissements de l’État. Ajouté à cela, les
autorités monétaires ont soutenu la monnaie nationale, le dong, par des ventes mas-
sives d’or et de devises étrangères, créant ainsi une stabilité du taux de change et un
taux d’inflation annuel maintenu et maîtrisé à moins de 10 % entre 1992 et 1996.
En 2016, la Banque Mondiale estimait à 3,24 % le taux d’inflation au Vietnam. Les
dépôts en devises, qui représentaient, en décembre 1989, les 28 % de la masse
monétaire, n'en constituaient plus que les 21 % en 1995.
En ce qui concerne le Pérou, les autorités monétaires ont enclenché un processus de
dédollarisation en utilisant comme principale mesure le ciblage de l’inflation, avec pour
but de maîtriser l’évolution des prix intérieurs. Les politiques fiscale et budgétaire étant
en ligne avec la mise en œuvre de cet objectif, le ciblage de l’inflation a fortement con-
tribué à instaurer une inflation modérée et stable. En effet, le taux d’inflation est passé
de 55 % en moyenne entre 1991 et 2001, à 3 % entre 2002 et 2015. Un deuxième
facteur important de la dédollarisation péruvienne a été le relèvement du taux des
réserves obligatoires sur les passifs libellés en dollars. Cette hausse du coefficient a eu
pour effet de diminuer l’octroi de crédits en devises.
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Évalués à 80 % à la fin des années 1990, la proportion des prêts en dollars ÉU s’est
établie à moins de 45 % en 2012. Pour renforcer son programme de dédollarisation
des prêts, la Banque centrale péruvienne a imposé un plafond aux crédits automobiles
et hypothécaires en dollars ÉU, ce qui a expliqué la baisse continue des prêts en dollars
ÉU qui ont atteint les 30 % à la fin de 2015. Il est important de souligner que la poli-
tique de dédollarisation s’avère efficace si celle-ci est soutenue principalement par des
mesures visant à redonner confiance aux agents économiques dans la monnaie na-
tionale (c’est-à-dire des mesures portant sur la réduction de l’inflation). En effet, seul
un regain de la valeur de la monnaie nationale constituerait un coût à l’usage de la
devise étrangère.
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DOCUMENT D’INFORMATION DOUBLE CIRCULATION MONÉTAIRE: IDENTIFICATION DES RISQUES
MAE/BRH
DI-0013
Octobre 2025
CONCLUSION
Le phénomène de double circulation monétaire s’observe généralement dans les
économies ouvertes, fragiles ou fortement intégrées aux marchés internationaux.
Dans le cas d’Haïti, le degré élevé de dollarisation s’impose comme un facteur
structurel limitant l’efficacité de la politique monétaire et la stabilité macroé-
conomique. L’analyse des expériences d’autres pays montre que des politiques
monétaires cohérentes associées à une gestion rigoureuse des finances publiques
afin d’assurer une stabilité durable des prix dans l’économie, peuvent contribuer
à une maîtrise progressive du phénomène.
L’accentuation de la dollarisation de l’économie haïtienne constitue l’une des con-
traintes majeures à l’atteinte des objectifs visés par les décisions de politique monétaire.
Elle rend difficile le ciblage des agrégats monétaires pour contenir l’inflation, accroit
les risques pesant sur la stabilité financière et réduit les revenus de seigneuriage de la
Banque centrale. Les mesures prises par la BRH, allant de la facturation des cartes de
crédit exclusivement en gourdes à l’interdiction des prêts à la consommation en dollars
ÉU, ont permis de limiter le rythme de progression de la dollarisation du crédit. En re-
vanche, celle des dépôts s’avère plus difficile à contrer, en dépit des incitations de la
BRH en faveur des placements en gourdes à travers notamment les obligations BRH.
Les politiques à adopter pour contenir la dollarisation de l’économie devront être
analysées rigoureusement pour ne pas créer davantage de distorsions, tout en lançant
des signaux clairs de discipline fiscale et monétaire durables afin de restaurer la con-
fiance dans la monnaie locale. De plus, l’approfondissement des marchés financiers
et la modernisation des systèmes de paiement devraient aussi jouer un rôle important
dans le cadre des actions visant la réduction de la préférence pour le dollar ÉU et
l’amélioration de la gestion de la liquidité. La résorption du problème de dollarisation
passera également par la restructuration et la valorisation des secteurs pourvoyeurs
de devises étrangères, notamment au niveau des différentes filières d’exportation, du
tourisme et des transferts sans contrepartie reçus, ces derniers arborant un comporte-
ment acyclique.
Dans l’optique d’une dédollarisation éventuelle de l’économie haïtienne, il convient
aussi de prendre en compte les facteurs psychologiques. Ces derniers sont liés notam-
ment aux conditions sécuritaires et à l’instabilité sociopolitique, lesquelles alimentent
les anticipations négatives et ont une incidence non négligeable sur la stabilité de la
valeur de la monnaie nationale.
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