(2022-03) Retrospective Study of Haitian Diaspora Remittances: Prospects for Remobilisation towards Financing Sustainable Development
Summary — A 144-page study by Raulin L. Cadet of Université Quisqueya, published by UNDP in 2022 under a CC BY-NC-SA 3.0 IGO licence. It traces the history of Haitian diaspora remittances and asks what would be needed to channel more of them towards development financing rather than consumption.
Full Description
Remittances are close to a fifth of Haitian GDP, which makes the question this study asks a first-order one for development financing. The author is an academic economist and the treatment is analytical rather than promotional, which distinguishes it from most published material on the diaspora. Read with the BRH work on unrequited transfers for the measurement side and with the 2023 development finance assessment for where remittances sit among other financing flows.
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ETUDE RETROSPECTIVE
SUR LES TRANSFERTS
DE FONDS DE LA
DIASPORA HAÏTIENNE
Perspectives pour une Remobilisation
vers le Financement du Développement
Durable d'Haïti
2022
ETUDE RETROSPECTIVE
SUR LES TRANSFERTS
DE FONDS DE LA
DIASPORA HAÏTIENNE
Perspectives pour une Remobilisation
vers le Financement du Développement
Durable d'Haïti
Raulin L. Cadet
Copyright ©2022
Programme des Nations Unies pour le Développement
14, Rue Reimbold, Bourdon
B.P. 557, Port-au-Prince
HAITI (W.I.)
Ce rapport est mis à disposition, en libre accès, selon les termes de la Licence Attribution
- Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 Organisations
Internationales (CC BY-NC-SA 3.0 IGO).
Citation : Cadet, Raulin L. (2022). Etude rétrospective sur les transferts de fonds
de la diaspora haı̈tienne : Perspectives pour une remobilisation vers le financement du
développement durable d’Haı̈ti, Programme des Nations Unies pour le Développement,
Port-au-Prince.
L’auteur : Il est un enseignant-chercheur à l’Université Quisqueya, où il dirige le Centre
de Recherche en Gestion et en Economie du Développement (CREGED).
Remerciements
La présente étude ne serait réalisée sans la collaboration de certaines personnalités et de
certaines institutions. Plusieurs personnalités ont accepté de nous accorder environ 90 minutes
pour un entretien. Ils ont partagé avec nous leurs expériences et connaissances sur différents
aspects de l’étude. A chacune de ces personnalités, dont les noms figurent à l’annexe F, nous
adressons nos plus vifs remerciements. Nous remercions également chacun des membres du panel
d’experts qui a répondu, de manière anonyme, à un questionnaire d’enquête en ligne .
La réalisation de cette étude résulte de la collaboration de plusieurs partenaires qui ont assuré
le suivi de chacune des étapes du travail. En ce sens, nous avons bénéficié des commentaires et
recommandations de l’équipe de suivi de l’étude, et cela dès la validation de la méthodologie.
Nous prenons donc plaisir à remercier cette équipe, dont les noms figurent à l’annexe A. Pour
avoir facilité la réalisation des entretiens et l’accès à certaines données, nous remercions Monsieur
Morales Rozier et Monsieur Bradley Deer, des cadres du MEF, Monsieur Cleeford Pavilus, de la
BRH, et Monsieur Robes Pierre du MPCE.
Nos remerciements vont également à Madame Milasoa Cherel Robson et Monsieur Antonio
Car-Zorzi pour les documents partagés avec nous, à Monsieur Randolph Gilbert pour ses commentaires. Nous tenons à remercier, d’une manière particulière, Monsieur Gabriel E. Oscar qui
coordonna, avec intelligence et professionnalisme, le suivi technique et administratif de cette
étude.
A tous ceux qui lisent ce rapport, nous adressons nos remerciements. Bien que nous ne
prétendons pas considérer toutes les questions relatives aux transferts de la diaspora, nous voulons croire que ce rapport peut être une source d’inspiration pour des autorités de politiques
publiques, des leaders d’organisations de la diaspora aussi bien que des chercheurs.
i
ii
Remerciements
Liste des sigles
ALC
APD
BIC
BID
BRH
CBMT
CDH
CEC
CEPALC
CINF
CNC
CNUCED
CORPUHA
COVID-19
CSCCA
DEE
DGB
DIP
ESIH
FDI
FINPRO
FMI
FNE
GRAHN
IDE
IHSI
IMF
INUKA
ISTEAH
MCI
MDBC
MEF
MHAVE
Amérique Latine et Caraı̈bes
Aide Publique au Développement
Bureau d’Information sur le Crédit
Banque Interaméricaine de Développement
Banque de la République d’Haı̈ti
Cadre Budgétaire à Moyen Terme
Collège Doctoral Haı̈tien
Coopérative d’Epargne et de Crédit
Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraı̈bes
Cadre Intégré National de Financement
Conseil National des Coopératives
Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement
Conférence des Recteurs, Présidents et Dirigeants d’Universités et d’Institutions
d’Enseignement Supérieur Haı̈tiennes
Coronavirus Disease 2019
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
Direction des Etudes Economiques
Direction Générale du Budget
Direction de l’Investissement Public
Ecole Supérieure d’Infotronique d’Haı̈ti
Fonds de Développement Industriel
Professionnels en Gestion et Finance
Fonds Monétaire Internationl
Fonds National de l’Education
Groupe de Réflexion et d’Action pour une Haı̈ti Nouvelle
Investissement Direct Etranger
Institut Haı̈tien de Statistique et d’Informatique
Institutions de Microfinance
Institut Universitaire Quisqueya-Amérique
Institut des Sciences, des Technologies et des Etudes Avancées d’Haı̈ti
Ministère du Commerce et de l’Industrie
Monnaie Digitale de Banque Centrale
Ministère de l’Economie et des Finances
Ministère des Haı̈tiens Vivants à l’Etranger
iii
iv
MPCE
MPI
ODD
OEA
OPEC
PIB
PIGraN
PIP
PME
PNUD
SEC
SIDA
SNIP
SNU
UEH
UEP
uniQ
USAID
VIH
Liste des sigles
Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
Migration Policy Institute
Objectifs de Développement Durable
Organisation des Etats Américains
Organization Of The Petroleum Exporting Countries
(Organisation des pays exportateurs de pétrole)
Produit Intérieur Brut
Pôle d’Innovation du Grand Nord
Programme d’Investissement Public
Petite et Moyenne Entreprise
Programme des Nations Unies pour le Développement
Securities and Exchange Commission
Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise
Système National d’Investissement Public
Système des Nations Unies
Université d’Etat d’Haı̈ti
Unité d’Etude et de Programmation
Université Quisqueya
U.S. Agency for International Development
(Agence Américaine pour le Développement International)
Virus de l’Immunodéficience Humaine
Résumé exécutif
Alors que l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) requière du financement,
les difficultés économiques que connaı̂t Haı̈ti réduisent la capacité financière de ce pays. Haı̈ti fait
face à des crises sociopolitiques depuis environ trente ans. Dans ce contexte, la performance de
l’économie haı̈tienne ne lui permet pas d’assurer un revenu décent à ses citoyens. De plus, l’Etat
a des difficultés à financer le développement, comptant généralement sur l’aide internationale et
des avances de la banque centrale pour financer une partie de son budget. Mais, dans ce contexte
difficile, Haı̈ti bénéficie du support de la diaspora qui effectue des transferts de fonds vers ce pays.
Ce sont ces transferts qui font l’objet de la présente étude. Elle analyse leur évolution et explore
les perspectives de leur mobilisation vers le financement du développement durable.
La présente étude entend :
1. Analyser les flux des transferts de fonds de la diaspora vers Haı̈ti, pour les vingt dernières
années ;
2. Identifier les déterminants de l’évolution des transferts de fonds de la diaspora ;
3. Analyser l’impact des flux de transferts envoyés par les migrants sur l’économie et le
développement durable d’Haı̈ti ;
4. Identifier et proposer des réformes et des stratégies pouvant faciliter la mobilisation des
transferts vers le financement de la croissance et du développement durable d’Haı̈ti.
La méthodologie retenue, pour réaliser l’étude, s’articule autour de cinq composantes : une
revue de la littérature ; des entretiens ; une enquête auprès d’un panel d’experts ; l’analyse des
données suivant l’approche graphique ; la méthode bootstrap. L’enquête réalisée auprès d’un panel
de 30 experts permet notamment d’estimer la valeur monétaire des transferts de marchandises et
la proportion des transferts de fonds utilisés pour des activités entrepreneuriales. Ces estimations
sont réalisées recourant à l’approche bootstrap.
Les principaux résultats de l’étude sont :
✓ La diaspora envoie des fonds en Haı̈ti surtout par altruisme.
✓ Les principaux usages des transferts de fonds sont la consommation de produits alimentaires, les dépenses d’éducation, de logement, et de santé.
✓ Les transferts ont un impact sur la consommation des ménages et l’épargne.
✓ L’impact des transferts sur le PIB des secteurs secondaire et tertiaire transite par le
crédit au secteur privé, alors que l’étude n’a pas trouvé d’évidence statistique d’un lien de
causalité direct de la variable étudiée avec les PIB sectoriels et le PIB per capita.
v
vi
Résumé exécutif
✓ Le manque de transparence au niveau des finances publiques et les difficultés pour des
petites associations de la diaspora à se fédérer rend difficile la réalisation de transferts
collectifs, dédiés à des projets impliquant l’Etat haı̈tien, et pouvant avoir un impact significatif sur le développement durable d’Haı̈ti.
Les recommandations formulées dans le rapport, au nombre de 24, portent principalement sur :
✓ Le développement de produits financiers destinés à la diaspora ;
✓ Des réformes et l’accompagnement du secteur financier, en vue de faciliter l’utilisation de
la technologie pour favoriser la compétition et la réduction des coûts des transferts ;
✓ La promotion de l’entrepreneuriat inclusif.
Table des matières
Remerciements
i
Liste des sigles
iii
Liste des sigles
iii
Résumé exécutif
v
Liste des figures
xii
Liste des tableaux
xiii
Introduction générale
1
1 Méthodologie de l’étude
1.1 Collecte de données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1.1.1 Entretiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1.1.2 Enquête auprès d’un panel d’experts . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1.2 Analyse de données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1.2.1 Les Données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1.2.2 Visualisation des données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
1.2.3 Analyse des réseaux du test de causalité de Granger . . . . . . . . . . .
1.2.4 Approche bootstrap . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
5
5
5
6
7
7
8
10
10
2 Principales sources de financement de l’économie et du développement durable 11
2.1 Finanacement public . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.1.1 Elaboration du budget . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.1.2 Investissements publics . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.1.3 Aide publique au développement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.2 Financement du secteur privé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2.1 Système financier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.2.2 Investissements directs étrangers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
vii
viii
Table des matières
3 Analyse des flux de transferts reçus en Haı̈ti
3.1 Evolution et provenance des flux de transferts . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.1.1 Evolution des transferts de fonds . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.1.2 Provenance des transferts de fonds et la migration . . . . . . . . . . . .
3.2 Saisonnalité des transferts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.3 Coûts des transferts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.4 Usage des transferts et réduction de la pauvreté . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.4.1 Transferts destinés à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.4.2 Transferts destinés à l’entrepreneuriat . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
23
24
24
27
31
33
34
34
38
4 Déterminants et impacts des transferts
4.1 Les transferts et certaines variables macroéconomiques : une analyse graphique .
4.2 Test de stationnarité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
4.3 Lien entre les transferts et l’économie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
4.4 Lien entre les transferts et le développement durable . . . . . . . . . . . . . . .
43
44
45
45
49
5 Mobilisation des fonds de la diaspora vers le financement du développement
durable
53
5.1 Transferts collectifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
5.2 Entrepreneuriat et investissements de la diaspora . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
5.2.1 Entrepreneuriat et exportations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
5.2.2 Acquisition de produits financiers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
5.3 Transfert de connaissances . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
5.3.1 Organiser la diaspora, pour faciliter le transfert de connaissances . . . . 60
5.3.2 L’enseignement supérieur et la recherche : un canal de transfert de
connaissances . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
5.3.3 Les entreprises de la diaspora : un canal de transfert de connaissances . . 64
5.4 La technologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
5.5 Taxation des transferts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
5.6 Mobilisation de fonds de la diaspora : les obstacles . . . . . . . . . . . . . . . . 67
Conclusions et recommandations
73
Annexe A Membre de l’équipe de suivi de l’étude
87
Annexe B Guide d’entretiens avec les acteurs
89
Annexe C Guide d’entretiens avec les acteurs du secteur financier
91
Annexe D Guide d’entretiens avec les acteurs de l’administration publique
93
Annexe E Questionnaire d’enquête destiné au panel d’experts
95
Annexe F Personnalités avec lesquelles le consultant a eu un entretien
99
Annexe G Liste des maisons de transferts d’argent
101
Table des matières
ix
Annexe H Impact de la circulaire 114-2 sur les dépôts en USD
103
Annexe I
105
Les 270 causalités significatives au sens de Granger
Annexe J Validation des recommandations
113
x
Table des matières
Liste des figures
2.1
2.2
2.3
2.4
Interactions entre les pouvoirs et structures de l’Etat, pour élaborer une loi de
finances . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Evolution des principales sources de financement de l’économie (en % du PIB) .
Evolution du crédit au secteur privé (% du PIB) . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ratio des réserves liquides des banques sur leurs actifs (%) . . . . . . . . . . . .
13
16
19
20
3.1
3.2
3.3
3.4
3.5
3.6
3.7
3.8
Evolution des transferts annuelles (en % du PIB) . . . . . . . . . . . . . . . . .
Evolution mensuelle des transferts, en volume (2017-2020) . . . . . . . . . . . .
Régions de provenance des transferts (2017-2020) . . . . . . . . . . . . . . . .
Evolution mensuelle des transferts, en volume (2017-2020) . . . . . . . . . . . .
Saisonnalité des transferts mensuelles (en USD), pour les années 2012-2020 . . .
Classement de l’usage des transferts, selon un panel d’experts . . . . . . . . . .
Evolution des transfert et de la pauvreté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Transferts destinés à l’entrepreneuriat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
25
26
28
31
32
36
37
39
4.1
4.2
Evolution de certaines variables macroéconomiques en fonction des transferts . . 44
Réseau de causalités significatives entre les indicateurs macroéconomiques, incluant les transferts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
Réseau de causalités entre les transferts et des indicateurs de développement durable 51
Réseau de causalités entre les transferts, des indicateurs macroéconomiques et de
développement durable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
4.3
4.4
H.1 Changements structurels dans l’évolution des dépôts en dollars . . . . . . . . . . 104
J.1 Appréciation de la recommandation 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.2 Appréciation de la recommandation 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.3 Appréciation de la recommandation 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.4 Appréciation de la recommandation 4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.5 Appréciation de la recommandation 5 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.6 Appréciation de la recommandation 6 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.7 Appréciation de la recommandation 7 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.8 Appréciation de la recommandation 8 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.9 Appréciation de la recommandation 9 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.10 Appréciation de la recommandation 10 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.11 Appréciation de la recommandation 11 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
xi
113
114
114
115
115
116
116
117
117
118
118
xii
Liste des figures
J.12 Appréciation de la recommandation 12 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.13 Appréciation de la recommandation 13 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.14 Appréciation de la recommandation 14 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.15 Appréciation de la recommandation 15 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.16 Appréciation de la recommandation 16 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.17 Appréciation de la recommandation 17 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.18 Appréciation de la recommandation 18 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.19 Appréciation de la recommandation 19 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.20 Appréciation de la recommandation 20 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.21 Appréciation de la recommandation 21 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.22 Appréciation de la recommandation 22 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.23 Appréciation de la recommandation 23 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.24 Appréciation de la recommandation 24 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J.25 Validation globale des recommandations du rapport de l’étude . . . . . . . . . .
119
119
120
120
121
121
122
122
123
123
124
124
125
125
Liste des tableaux
1.1
1.2
Variables macroéconomiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Indicateurs de développement durable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
3.1
3.2
Estimation du montant moyen d’un transfert envoyé en Haı̈ti . . . . . . . . . . 24
Stock de migrants haı̈tiens dans les principaux pays de destination, comparé aux
transferts reçus en Haı̈ti, en 2020 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
Estimation du nombre de migrants haı̈tiens au Chili, par sexe (2018-2020) . . . . 29
Comparaison du coût moyen des transferts reçus, par pays dans la région ALC
(en 2020) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Estimation des moyennes et intervalles de confiance (à 95%) des transferts annuels 40
3.3
3.4
3.5
4.1
5.1
5.2
5.3
9
9
Variables ayant au moins un lien de causalité, au sens de Granger, avec les transferts de fonds . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
47
Quelques pratiques de mobilisation de fonds de la diaspora . . . . . . . . . . . .
Total des dépenses d’investissements et subventions accordées . . . . . . . . .
Estimation du montant mensuel de la taxation des transferts envoyés en Haı̈ti . .
55
66
66
xiii
xiv
Liste des tableaux
Introduction générale
Haı̈ti connaı̂t une crise politique quasi-chronique qui continue d’aggraver sa situation
économique. La plus récente crise politique, qui débuta en 2018, enfonça le pays dans une
récession économique. Dans ce contexte de dégradation continue de l’environnement politique
et économique, la paupérisation de la population devient de plus en plus rapide. Dans un tel
contexte, l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) par Haı̈ti devient un défi
majeur. Car, l’atteinte des ODD requière des fonds (??). Or, avec la récession que connaı̂t Haı̈ti,
le déficit budgétaire s’aggrave, le gouvernement arrive difficilement à payer ses employés qui,
dans certains cas, font face à des arriérés de salaires de plus de 12 mois. Il devient donc de plus
en plus difficile à l’Etat de financer l’atteinte des ODD.
Dans un contexte de récession, non seulement les finances publiques peuvent en pâtir, mais
avec la baisse des revenus des entreprises, le chômage augmente. Dans un pays où les revenus
sont déjà faibles, l’augmentation du chômage rend les ménages plus vulnérables et peut même
conduire à la paupérisation de la classe moyenne. Haı̈ti risque alors de s’écarter des ODD au
lieu de s’en rapprocher. Il importe donc de mobiliser le financement nécessaire pour permettre
à Haı̈ti d’atteindre les ODD. Mais, ce pays est déjà bénéficiaire de l’aide au développement.
De plus, il reçoit d’importants flux de transferts de fonds de la diaspora. Ces fonds pourraient
permettre de compenser la baisse de revenu qui résulte de la récession, et contribuer à l’atteinte
des ODD. Considérant notamment les transferts de fonds de la diaspora, ils représentent plus de
20% du PIB. De plus, ils tendent à croitre (Cadet et Emile, 2016). Il importe de comprendre les
déterminants des transferts et leur impact sur l’économie et le développement durable d’Haı̈ti.
De plus, il est nécessaire de s’assurer de développer des stratégies qui permettent de mobiliser
les transferts de la diaspora vers le financement de la croissance et du développement durable,
en vue d’atteindre les ODD.
Considérant le poids des transferts dans l’économie haı̈tienne, il est important de comprendre
son évolution, ses déterminants et son impact. Les transferts peuvent contribuer au financement
de l’économie. Ce financement se fait notamment à travers la demande des ménages bénéficiaires.
En fait, plusieurs études révèlent que ces transferts financent principalement la consommation de
nourriture et d’autres dépenses quotidiennes (Cadet et Emile, 2016; Orozco, 2006; ?; ?). En ce
sens, les transferts contribuent au bien-être des ménages. Bien que les dépenses pour l’éducation
et la santé figurent parmi l’usage des transferts (Cadet et Emile, 2016; Bredl, 2011; Orozco,
2006; ?), le fait que la nourriture et les frais quotidiens constituent le principal usage, peut avoir
un impact négatif sur la balance des paiements et le taux de change. Car, avec la faiblesse de la
1
2
Introduction générale
production, beaucoup de produits, notamment les produits alimentaires, sont importés. D’où la
nécessité de se questionner sur l’impact des transferts dans l’économie.
Très peu d’études analysent l’impact des transferts de fonds sur l’économie haı̈tienne et le
développement durable. Certaines des études considèrent l’impact sur l’économie (Augustin et
Prophète, 2019; Dupont, 2018; Jadotte et Ramos, 2016; ?; ?). D’autres se focalisent sur l’impact
des transferts sur des indicateurs de développement durable (?Bredl, 2011). Dans la majorité des
études qui indiquent qu’elles analysent l’impact des transferts, l’approche méthodologique retenue
est l’analyse descriptive des données. En ce sens, ces études ne permettent pas d’indiquer, selon
l’évidence statistique, l’impact des transferts sur l’économie et le développement durable d’Haı̈ti.
Parmi les études mentionnées au précédent paragraphe, trois d’entre elles adoptent une approche méthodologique qui permet d’identifier de manière significative, l’impact des transferts
sur l’économie haı̈tienne. Il s’agit des travaux de Augustin et Prophète (2019), Dupont (2018)
et Jadotte et Ramos (2016). Alors que Augustin et Prophète (2019) se focalisent sur l’analyse
de l’impact des transferts sur le taux de change réel, Jadotte et Ramos (2016) considèrent l’impact sur l’emploi. Contrairement au deux précédentes études, Dupont (2018) entend considérer
l’impact des transferts sur l’économie et le développement, sans se limiter à un indicateur précis.
Toutefois, tenant compte de la période retenue pour l’étude, 1995-2015, totalisant 21 années
seulement, Dupont (2018) ne peut pas utiliser un nombre importants de variables, se limitant à
quelques variables jugées comme les plus pertinentes pour comprendre l’impact des transferts sur
l’économie et le développement. Or, il est possible que les transferts affectent d’autres variables
économiques et d’autres indicateurs de développement.
Nous ne connaissons pas d’étude qui recherche, avec évidence statistique, les déterminants
macroéconomique des transferts envoyés en Haı̈ti. ? indique que la migration est le principal
déterminant des transferts envoyés en Haı̈ti, en faisant une comparaison descriptive entre la
croissance du volume de migrants et celle des transferts. Quant à l’étude de ?, considérant les
transferts de fonds de la diaspora haı̈tienne, elle fait une revue de la littérature, pour argumenter
que les transferts sont déterminés par des facteurs propres aux migrants aussi bien que par la
situation économique dans le pays d’accueil. En fait, la littérature considérée dans l’étude de
? n’est pas spécifique à Haı̈ti. Dans le cas de ces deux études, les deux problèmes soulignés
précédemment concernant l’étude de l’impact des transferts se reproduisent ; les analyses ne se
basent pas sur des tests inférentiels qui permettent d’indiquer si les déterminants identifiés sont
significatifs. Et, très peu d’indicateurs sont considérés dans ces travaux. De plus, il n’y a pas
d’études relatives à Haı̈ti qui nous permettent d’identifier des déterminants des transferts. Il
s’agit de lacunes à combler.
Tenant compte des lacunes relatives à la littérature, la présente étude entend :
1. Analyser les flux des transferts de fonds de la diaspora vers Haı̈ti, pour les vingt dernières
années ;
2. Identifier les déterminants de l’évolution des transferts de fonds de la diaspora ;
3
3. Analyser l’impact des flux de transferts envoyés par les migrants sur l’économie et le
développement durable d’Haı̈ti ;
4. Identifier et proposer des réformes et des stratégies pouvant faciliter la mobilisation des
transferts vers le financement de la croissance et du développement durable d’Haı̈ti.
En plus de ses principaux objectifs, l’étude fait aussi un bref diagnostic des principales sources
de financement de l’économie, et une estimation de la valeur monétaire des transferts de marchandises envoyées en Haı̈ti par la diaspora. Tenant compte des lacunes relatives à la littérature
sur les déterminants et l’impact des transferts envoyés en Haı̈ti, la présente étude revêt une grande
importance. Car, elle contribue à la compréhension de l’évolution des transferts et permettra de
mieux comprendre comment Haı̈ti peut profiter davantage des ressources de la diaspora pour
financer la croissance et le développement durable.
La présente étude, contrairement aux précédentes qui considèrent le cas d’Haı̈ti, adopte une
approche qui lui permet d’identifier, parmi un nombre important de variables macroéconomiques
et d’indicateurs de développement durable, ceux qui déterminent l’évolution des transferts et ceux
sur lesquels elle a un impact. L’étude considère la période allant de 2000 à 2020, utilisant des
données en provenance de la Banque Mondiale et de la Banque de la République d’Haı̈ti (BRH),
de l’Intitut Haı̈tien de Statistique et d’Informatique (IHSI) et des statistiques financières internationales du Fonds Monétaire International (FMI). Pour analyser les déterminants et l’impact des
transferts sur l’économie et le développement durable d’Haı̈ti, l’étude réalise le test de causalité
de Granger. Pour rendre les résultats visuels, l’étude présente les résultats du test de causalité de
Granger, sous la forme de graphiques de réseaux.
Bien que les transferts soient utilisés à des fins de consommation, notamment pour la nourriture, l’éducation, le loyer et la santé, affectant le niveau de vie des ménages, en termes de production, ce sont surtout les PIB respectifs des secteurs secondaire et tertiaire qui sont déterminés par
les transferts, à travers l’impact de ces derniers sur le crédit au secteur privé. Bien que les transferts affectent la consommation des ménages, l’accès à l’éducation et à la santé, affectant ainsi le
développement durable, lorsque des indicateurs des ODD sont utilisés, l’étude révèle très peu de
liens de causalité avec les transferts. Ces résultats révèlent la nécessité d’adopter des politiques
publiques permettant de mobiliser les transferts vers des investissements pouvant contribuer avec
plus d’efficacité à l’atteinte des ODD. Mais, cette mobilisation des fonds de la diaspora vers des
investissements ne peut se faire que dans certaines conditions, comme le révèlent les résultats de
l’étude : avoir un Etat de droit ; réduire le niveau d’insécurité significativement etc.
Le rapport de l’étude comprend cinq chapitres. Le premier présente la méthodologie de l’étude.
Le second fait un bref diagnostic des principales sources de financement de l’économie haı̈tienne.
Au chapitre trois, les flux de transferts sont analysés, notamment en considérant leurs caractéristiques. Ce chapitre estime aussi la valeur monétaire des transferts de marchandises par la
diaspora ainsi que la proportion des transferts de fonds qui sont dédiés à des activités entrepreneuriales. Le chapitre quatre identifie les déterminants et l’impact des transferts de fonds de la
diaspora sur l’économie et le développement durable d’Haı̈ti. Au chapitre cinq, nous considérons
4
Introduction générale
les principales pratiques de mobilisation des fonds de la diaspora vers le financement de la croissance et du développement durable, en nous basant sur des expériences haı̈tiennes et celles
d’autres pays. Puis, nous concluons le rapport par une synthèse des résultats, suivie de nos
recommandations.
Chapitre 1
Méthodologie de l’étude
Introduction
Tenant compte des objectifs de l’étude, la méthodologie adoptée s’articule autour de cinq
composantes : une revue de la littérature ; des entretiens ; une enquête auprès d’un panel d’experts ; l’analyse des données suivant l’approche graphique ; la méthode bootstrap.
Certaines des composantes de la méthodologie constituent des approches de collecte de
données, tandis que les autres portent sur l’analyse des données. Pour collecter les données,
les composantes de la méthodologie sont les entretiens avec des acteurs pertinents et l’enquête
auprès du panel d’experts. En termes d’analyse de données, la revue de littérature nous permet
d’extraire des informations contenues dans la documentation relative aux aspects considérés dans
l’étude, notamment pour appuyer certaines argumentations et comparer les résultats de l’étude
avec ceux d’autres travaux. L’analyse graphique et la méthode bootstrap sont des approches
d’analyse de données quantitatives.
Le chapitre comprend deux sections. La première traite de la collecte des données tandis que
la seconde présente les approches retenues pour les analyses.
1.1
Collecte de données
Comme indiqué précédemment, pour la collecte des données, cette section traite des entretiens
et de l’enquête. Elle présente les objectifs de chacune de ces approches méthodologiques et décrit
en quoi elles contribueront à l’atteinte des objectifs de l’étude.
1.1.1
Entretiens
Des entretiens sont réalisés avec des acteurs pertinents. Ces entretiens visent principalement
à nous permettre de recueillir des données qualitatives sur les aspects qui suivent :
1. Obstacles à la mobilisation des transferts vers le financement de la croissance et du
développement durable ;
5
6
Chapitre 1. Méthodologie de l’étude
2. Stratégies pour mobiliser les transferts vers le financement du développement durable ;
3. Réformes nécessaires pour mobiliser les transferts vers le financement de la croissance et
du développement durable.
Nous entendons par acteurs pertinents des leaders au niveau de la société civile, des autorités
locales, des leaders dans la diaspora et des cadres d’institutions privées et publiques (financières ou
non) qui sont en contact avec la population ou qui comprennent le fonctionnement des marchés
financiers. Pour la sélection des acteurs pertinents, nous n’avons pas la prétention d’être exhaustif,
d’autant plus qu’il faut tenir compte du délai que nous avons pour réaliser le travail. Le choix
est fait en tenant compte de l’implication d’un acteur pertinent dans la vie de la population où il
évolue ou de son implication sur des questions relatives à l’économie haı̈tienne en générale ou plus
particulièrement au développement et à la finance. Nous reconnaissons aussi que la participation
d’un acteur pertinent dépend aussi de sa disponibilité et de sa volonté à contribuer à la réalisation
de l’étude.
Plusieurs guides d’entretiens sont élaborés, afin de faciliter la réalisation des entrevues , en
tenant compte de la diversité du profil des acteurs. Certaines des questions qui figurent dans les
guides d’entretiens sont similaires, tandis que d’autres sont différentes, tenant compte du type
d’acteur ciblé. En fait, devant faire un bref diagnostic des sources de financement de l’économie,
l’un des guides d’entretiens nous permet de recueillir des informations relatives aux finances
publiques. Les guides d’entretiens figurent aux annexes B à D, à partir de la page 89.
1.1.2
Enquête auprès d’un panel d’experts
Pour atteindre certains des objectifs de la consultation, une enquête est réalisée auprès d’un
panel d’experts constitué à cet effet. Cette enquête contribue notamment à fournir des indications
sur les points suivants :
1. Usage des transferts envoyés en Haı̈ti ;
2. Estimation de la proportion des transferts de fonds destinés à des activités d’entrepreneuriat ;
3. Estimation de la valeur monétaire des transferts de marchandises ;
4. Obstacles à la mobilisation des transferts au financement du développement durable ;
5. Réformes nécessaires, pour mobiliser les transferts vers le financement du développement
durable d’Haı̈ti.
Pour réaliser l’enquête, une invitation est envoyée à 59 experts. Une personnalité figure dans
la liste des experts, s’il a l’habitude de faire des analyses sur l’économie haı̈tienne ou s’il a de
l’expérience dans la société civile et dans le secteur financier. L’enquête est administrée en ligne,
à partir d’une plateforme appropriée à cet effet. Les experts sont sélectionnés par le consultant.
Cependant, c’est le PNUD et le MPCE qui adressent, par courrier électronique, l’invitation aux
experts désignés par le consultant. Puis, le consultant se charge de faire le suivi auprès des experts
invités.
1.2. Analyse de données
7
Un court questionnaire est élaboré, pour réaliser l’enquête. Il figure à l’annexe E. L’enquête est
réalisée en ligne, de manière anonyme. En ce sens, les réponses auxquelles nous avons accès, pour
l’analyse des données de l’enquête, ne sont associées à aucun nom. Parmi les experts invités, 30
ont répondu favorablement en participant à l’enquête en ligne. Il s’agit d’un taux de réponse de
50.85%.
1.2
Analyse de données
Pour analyser les données quantitatives, les deux premières approches retenues sont
complémentaires. Il s’agit de la visualisation de l’évolution des variables et de celle des réseaux
des résultats du test de causalité au sens de Granger. L’application de ces approches est décrite
dans les sections 1.2.2 et 1.2.3. Pour faire des analyses inférentielles avec les variables quantitatives des données de l’enquête réalisée auprès du panel d’experts, nous optons pour la méthode
Bootstrap.
Cette section présente les données, ou plus précisément les indicateurs, qui sont considérées
dans le cadre de cette étude, en s’appuyant sur une revue de la littérature. Puis, elle traite des
approches d’analyse des données.
1.2.1
Les Données
L’étude couvre la période allant de 2000 à 2020. Nous utilisons des données annuelles, qui
proviennent en majorité de la Banque Mondiale. Certaines données proviennent de la BRH et
de l’Institut Haı̈tien de Statistique et d’Informatique (IHSI). Bien que la majorité des données
soient annuelles, l’étude profite des données mensuelles des transferts et des pays de provenance,
fournies par la BRH. Ces données sont analysées, notamment au moment de considérer l’évolution
et la provenance des flux de transferts. Il faut noter aussi que certains indicateurs considérés,
dans le cadre de cette étude, se rapportent aux principaux pays expéditeurs de transferts de fonds
de la diaspora.
Pour identifier les facteurs qui déterminent l’évolution des transferts de fonds, les études
tendent à se focaliser sur les facteurs macroéconomiques (Alleyne et al., 2008; Alper et Neyapti,
2006; Fwasa K Singogo et Emmanuel Ziramba, 2019; Singh et al., 2011). Certaines études qui
considèrent les déterminants microéconomiques des transferts de fonds utilisent des indicateurs
macroéconomiques pour mesurer lesdits facteurs (Amuedo-Dorantes et al., 2010; McCracken
et al., 2017). Cette tendance s’explique par la difficulté à obtenir des données microéconomiques
relatives aux facteurs qui déterminent les transferts.
La présente étude, ne se basant pas sur une enquête auprès des migrants, se focalise sur
les déterminants macroéconomiques. Néanmoins, elle adopte l’approche de McCracken et al.
(2017) et Schiopu et Siegfried (2006), pour considérer les motivations microéconomiques des
migrants qui envoient des fonds en Haı̈ti. En ce qui concerne les facteurs microéconomiques, nous
considérons, comme le révèle la littérature, les principales sources de motivation des migrants que
8
Chapitre 1. Méthodologie de l’étude
sont l’altruisme et l’intérêt personnel (McCracken et al., 2017; Nishat et Bilgrami, 1993). Pour
évaluer la motivation des migrants, nous considérons le taux de change nominal et le différentiel
du Produit intérieur brut (PIB) entre Haı̈ti et les principaux pays de provenance des transferts.
Analysant l’impact des transferts de fonds, la littérature considère des indicateurs macroéconomiques et le développement durable. Il est possible que le niveau de développement durable affecte aussi l’évolution des transferts. En ce qui concerne les variables macroéconomiques,
par exemple, l’impact des transferts sur l’emploi est analysé dans certaines études (Baškot, 2020;
Chami et al., 2018; Jadotte et Ramos, 2016). La croissance économiques est un indicateur
macroéconomique très considéré dans les études relatives à l’impact et aux déterminants des
transferts (Cazachevici et al., 2020; Fwasa K Singogo et Emmanuel Ziramba, 2019; Ali et al.,
2018; Adams, 2011; Garcia-Fuentes et al., 2009; Fajnzylber et Lopez, 2008). Mais, la littérature
ne révèle aucun consensus en ce qui concerne l’impact des transferts sur la croissance économique,
comme le souligne Garcia-Fuentes et al. (2009).
Dans le cas d’Haı̈ti, Ali et al. (2018) révèle que la croissance économique est un facteur qui
détermine les transferts, et vice versa. En fait, la causalité entre la croissance et les transferts
est bidirectionnelle, selon cette étude. Persaud-Ready (2019) et Ait Benhamou et Cassin (2021)
révèlent aussi un impact positif des transferts sur la croissance économique. Il semble y avoir un
certain consensus, concernant l’impact des transferts de fonds sur la croissance économique en
Haı̈ti. Néanmoins, nous considérons ce dernier indicateur dans l’étude, afin de vérifier le sens de
la causalité entre les transferts et la croissance économique. Nos résultats seront comparés avec
ceux de ces premiers travaux portant sur Haı̈ti et ceux qui portent sur d’autres économies.
En outre de la croissance et des écarts de revenu entre Haı̈ti et les principaux pays de provenance
des transferts de fonds, nous considérons d’autres variables macroéconomiques. Le Tableau 1.1
présente la liste des variables macroéconomiques considérées dans le cadre de l’étude. En ce
qui concerne les indicateurs de développement durable, nous considérons ceux pour lesquels des
données sont disponibles, sous la forme de séries chronologiques. La liste de ces indicateurs figure
dans le Tableau 1.2.
1.2.2
Visualisation des données
La visualisation des données se fera par des graphiques appropriés qui permettront de : d’analyser des flux de transferts, les pays de provenance. Cette approche permettra aussi de présenter
les résultats de l’étude concernant les facteurs qui déterminent l’évolution des transferts et l’impact de ces derniers sur l’économie haı̈tienne. L’analyse graphique de l’évolution des transferts
tient aussi compte de l’impact de certains événements : la crise financière internationale de 2008,
le tremblement de terre de janvier 2010, le cyclone Matthew en 2016, la pandémie de COVID-19.
Pour réaliser les graphiques, le langage de programmation statistique R est utilisé. Le principal
package utilisé est ggplot2, notamment pour l’analyse de l’évolutions des transferts et d’autres
varibales.
1.2. Analyse de données
9
Tableau 1.1 – Variables macroéconomiques
Variables
transf
cpib
pibPrim
pibSec
pibTer
fbcf
ide
da
cons gouv
cons men
pibEc us
pibEc ch
pibEc ca
pibEc fr
infl
tc
t91
tir
M1
M2
M3
resrv
bp cour
bp cap
bp Fin
cptes dep
creBk priv
cre priv
bkliq
gdp capita
Définitions
Transferts (% PIB)
Croissance du PIB
PIB du secteur primaire (% PIB)
PIB du secteur secondaire (% PIB)
PIB du secteur tertiaire (% PIB)
Formation brute de capital fixe (% PIB)
Investissement direct étranger (% PIB)
Aide au développement (% PIB)
Dépenses de consommation du gouvernement (% PIB)
Dépenses de consommation des ménages (% PIB)
Croissance de l’écart du PIB haı̈tien avec le PIB américain
Croissance de l’écart du PIB haı̈tien avec le PIB chilien
Croissance de l’écart du PIB haı̈tien avec le PIB canadien
Croissance de l’écart du PIB haı̈tien avec le PIB français
Taux d’inflation annuelle
Taux de change à l’incertain
Taux d’intérêt sur les bons BRH à 91 jours
Taux d’intérêt réel
Agrégat monétaire M1 (% PIB)
Agrégat monétaire M2 (% PIB)
Agrégat monétaire M3 (% PIB)
Réserves de change (% PIB)
Compte courant de la balance des paiements (% PIB)
Compte de capital de la balance des paiements (% PIB)
Compte financier de la balance des paiements (% PIB)
Nombre de comptes de dépôts bancaires
Crédit bancaire au secteur privé (% PIB)
Crédit global au secteur privé (% PIB)
Ratio des réserves liquides des banques sur les actifs (%)
PIB per capita (USD constant 2015)
Tableau 1.2 – Indicateurs de développement durable
Variables
. sdg3 neonat
sdg3 u5mort
sdg3 hiv
sdg3 traffic
sdg5 fplmodel
sdg5 lfpr
sdg8 unemp
sdg9 intuse
sdg13 co2gcp
ODD
3
3
3
3
Définitions
Taux de mortalité néonatale (pour 1 000 naissances vivantes)
Taux de mortalité, moins de 5 ans (pour 1 000 naissances vivantes)
Nouvelles infections à VIH (pour 1 000 habitants non infectés)
Morts de la circulation (pour 100 000 habitants)
5
8
9
13
sdg15 redlist
précipit
temp moy
temp min
temp max
15
Ratio du taux d’activité des femmes par rapport aux hommes (%)
Taux de chômage (% de la population active totale)
Population utilisant Internet (%)
Émissions de CO2 provenant de la combustion de combustibles
fossiles et de la production de ciment (tCO2/habitant)
Indice Liste Rouge de survie des espèces (pire 0-1 meilleur)
Précipitation (moyenne annuelle en mm)
Température (moyenne annuelle en ◦ C )
Température minimale (moyenne annuelle en ◦ C )
Température maximale (moyenne annuelle en ◦ C )
10
Chapitre 1. Méthodologie de l’étude
1.2.3
Analyse des réseaux du test de causalité de Granger
Deux des objectifs spécifiques de la consultation requièrent l’application d’une approche qui
va au-delà d’une simple analyse graphique. Il s’agit de l’identification des déterminants et de
l’impact des transferts de fonds des migrants. Nous effectuons le test de causalité de Granger,
comme Ali et al. (2018). L’étude de Dupont (2018) s’appuie aussi, en partie, sur des tests de
causalité de Granger. Ces deux études considèrent, pour le premier, un groupe de pays incluant
Haı̈ti, et le second uniquement Haı̈ti.
L’analyse des réseaux est une approche utilisée en sciences sociales et dans d’autres domaines
comme la biologie. Elle se fonde sur la théorie graphique des mathématiques qui permet de
représenter un système. Dans le cadre de cette étude, le système considéré est un ensemble de
variables économiques, incluant les flux de transferts, ainsi que des indicateurs de développement
durable. Un graphique sera présenté, indiquant : (i) les liens entre les variables ; (ii) la direction
des liens.
1.2.4
Approche bootstrap
L’enquête nous permet d’obtenir certaines données quantitatives relatives aux opinions des
experts. Pour estimer les moyennes des variables résultants de l’enquête, l’approche inférentielle
est nécessaire, en vue de fournir des résultats significatifs. Mais, un obstacle se dresse à l’utilisation
de l’approche inférentielle ; nous ignorons la loi de probabilité que suivent les variables. Nous
pourrions assumer qu’elles suivent une loi normale. Cependant, nous ne pouvons pas faire une
telle hypothèse, au moins pour deux raisons :
1. La constitution du panel d’experts n’est pas aléatoire ;
2. La taille du panel n’est pas élevée.
Avec les deux lacunes susmentionnées, nous ne pouvons pas assumer la loi de probabilité que
suivent les variables. Alors, nous profitons de l’avantage que nous offre la méthode bootstrap
en nous permettant d’estimer des intervalles de confiance, bien que nous ne disposons pas d’informations sur la loi de probabilité que suivent les variables qui seront considérées. La méthode
bootstrap consiste à sélectionner, dans un échantillon, plusieurs sous-échantillons, avec la possibilité de répéter des données, pour estimer la moyenne d’une statistique à partir des valeurs obtenues
pour les sous-échantillons. Nous sélectionnons, de manière aléatoire, 999 sous-échantillons, lors
de l’application de la méthode bootstrap.
Chapitre 2
Principales sources de financement de
l’économie et du développement durable
Introduction
Le financement de l’économie provient de plusieurs sources. Dans ce chapitre, nous
considérons les principales sources : le financement public, à partir des lois de finances ; le financement privé, à partir du système financier et de l’investissement direct étranger (IDE) ; l’aide
publique au développement. La constitution haı̈tienne fournit des directives générales relatives
au cadre légal des finances publiques. Mis à part les directives relatives au fonctionnement de la
banque centrale, ce sont d’autres lois qui viennent aborder les questions relatives au fonctionnement du système financier haı̈tien. Dans le cas des finances publiques aussi bien que celui du
système financier, des lois sont promulguées, en vue d’établir le cadre légal de leur gestion et de
leur fonctionnement respectivement.
Pour comprendre le contexte de financement de l’économie, ce chapitre fait un bref diagnostic
des principales sources. Il considère le cadre juridique, les pratiques, et analyse l’évolution du
financement de l’économie à partir de ces sources. Le chapitre comprend deux sections. La
première traite du financement public. L’aide publique au développement est abordée au niveau
de cette section. La deuxième aborde la question du financement privé, considérant notamment
le crédit et l’investissement direct étranger. Bien que les transferts de la diaspora soient aussi
une source de financement de l’économie, ils sont surtout analysés au chapitre 3.
2.1
Finanacement public
La constitution haı̈tienne fournit le cadre légal général des finances publiques, traitant plus
précisément du budget de l’Etat. En fait, c’est à partir du budget que le financement public de
l’économie est réalisé. La préparation du budget, suivant l’article 11-2 de la constitution, est du
ressort du pouvoir exécutif. Le budget préparé est soumis à l’approbation du parlement. En ce
qui concerne la procédure d’élaboration et les mécanismes d’exécution du budget, la constitution
11
12
Chapitre 2. Sources de financement
indique qu’ils sont régis par la loi. En ce sens, une loi voté au parlement en 2016, portant sur
l’élaboration des lois de finance a été promulguée en février 2017.
En plus des procédures d’élaboration, des mécanismes de l’exécution et de contrôle du budget
de l’Etat que définit la loi sur les lois de finances, elle fixe aussi les responsabilités et les sanctions.
Le contrôle budgétaire est assuré, suivant ladite loi, par le pouvoir exécutif, notamment le contrôle
administratif et financier, par le parlement et par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA). L’élaboration de la loi de finances est réalisée par le ministre des
finances, sous l’autorité du Premier ministre, et avec l’appui du ministre en charge de la programmation des investissements 1 . En fait, le budget est donc préparé par le Ministère de l’Economie
et des Finances (MEF), avec l’appui du Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
(MPCE), ce dernier étant responsable du programme d’investissement public (PIP).
2.1.1
Elaboration du budget
Bien que loi de finances soit préparée par le titulaire du MEF, elle est le résultat d’interactions
entre celui-ci (et son équipe) avec le ministre de la planification et son équipe, les ministères
sectoriels, et les institutions publiques. Au niveau du Ministère de l’Economie et des Finances
(MEF), les sous-commissions des revenus et des dépenses déterminent l’évolution des indicateurs
économiques et sociaux aussi bien que des grandes masses des dépenses, en se basant sur la
politique économique formulée par le gouvernement. C’est sur la base de ce travail initial que la
Direction Générale du Budget (DGB), au niveau du MEF, prépare le cadre budgétaire à moyen
terme (CBMT), qui présente les perspectives budgétaires pour l’année relative au projet de loi
de finances et les deux années qui suivront. Suite à la validation du CBMT au conseil des
ministres, débuteront les interactions avec les institutions publiques et les ministères sectoriels.
Ces interactions seront lancées par une lettre circulaire du premier ministre qui indiquera, entre
autres informations, les plafonds alloués.
Lorsque, dans le cadre des interactions relatives à l’élaboration de la loi de finances, les institutions publiques ainsi que les ministères sectoriels acheminent au MEF leurs propositions de
budget, des conférences budgétaires sont organisées en vue d’analyser lesdites propositions. C’est
sur la base des résultats de ces conférences que la DGB prépare l’esquisse budgétaire qui doit être
présentée au conseil des ministres. A la suite de la validation de ce dernier, le premier ministre
lance de nouvelles interactions entre le MEF et les institutions publiques et les ministères sectoriels, en leur indiquant les plafonds de crédits définitifs. Ils doivent alors en tenir compte pour
finaliser leur budget respectif. Dans le cadre des interactions qui suivront, à un moment donné le
ministre des finances devra trancher en cas de désaccord, en vue de finaliser la loi des finances.
La Figure 2.1 synthétise les principales étapes conduisant à une loi de finances, en se basant sur
la description fournit par la loi haı̈tienne (Parlement Haı̈tien, 2017, Art. 44).
1. Il est ici question du titulaire respectif du Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) et du Ministère
de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE).
2.1. Finanacement public
13
Figure 2.1 – Interactions entre les pouvoirs et structures de l’Etat, pour élaborer une loi de
finances
10
Président
9
Loi de finances, pour promulgation
Journal Le M oniteur
Avis sur le projet de loi de finances
8
Projet de loi de finances
Commissions
Finances
Publication de la loi
7
Cours des Comptes
Parlement
Indication des plafonds alloués
Conseil des
ministres
1
PM
6
3
1
Appui
Plan
3
1
Dépôt projet de loi de finances
Finances
Cadre d'orientation budgétaire
Institutions
Publiques
Sous-commissions
Direction Générale
Budget
2
Présentation du CBM T
5
Esquisse budgétaire définitive
du
Projet de loi de finances
7
Légendes
.
Etape
M inistre
4
Proposition de budgets
Interaction
Interaction et besoin de validation du livrable
14
Chapitre 2. Sources de financement
Il est généralement admis que les investissements publics peuvent stimuler la croissance
économique. C’est pourquoi, nous considérons la procédure d’élaboration du programme d’investissement public (PIP). En fait, bien que le PIP fasse partie de la loi de finances, son élaboration
est réalisée suivant une procédure particulière. Toutefois, il faut noter que cette dernière rentre
dans le cadre de la procédure globale de l’élaboration de la loi de finances. La particularité réside
dans le fait que l’élaboration du PIP est soumise à la régulation du Ministère de la Planification
et de la Coopération Externe (MPCE) qui gère le fonds d’investissement public (FIP) créé par
le décret du 3 octobre 1984. Au niveau du MPCE, la Direction de l’Investissement Public (DIP)
gère le système national d’investissement public (SNIP), assurant aussi l’interface avec toutes les
entités qui y interviennent (Gouvernement Haı̈tien, 2016). C’est donc au niveau de cette direction
que l’élaboration du PIP est régulée et coordonnée. Les ressources qui alimentent le PIP sont
définies par la loi (Gouvernement Haı̈tien, 2016, Art. 12). Il s’agit de :
1. Les fonds du Trésor Public ;
2. Les fonds propres des organismes autonomes et entreprises publiques ;
3. Tous les autres fonds nationaux ;
4. Les prêts et dons provenant de la coopération bilatérale et/ou multilatérale
2.1.2
Investissements publics
Théoriquement, il faut s’attendre à ce que les investissements publics aient un impact positif
sur la croissance aussi bien que le développement durable d’Haı̈ti. Cependant, lors de nos entretiens avec des personnalités de l’administration publique, certaines lacunes ont été soulignées, en
ce qui concerne l’élaboration et l’exécution du budget d’investissement. Les principales lacunes
sont :
1. Mutations fréquentes des fonctionnaires ;
2. Non respect des procédures d’inscription des projets au PIP ;
3. Absence d’un système d’information intégré.
Mutation fréquente des fonctionnaires
La mutation des fonctionnaires, notamment au niveau des unités d’étude et de programmation
(UEP), affecte la capacité technique des ministères sectoriels à respecter les procédures. Or, ces
mutations paraissent fréquentes au point d’être soulignées lors de plusieurs entretiens. Le MPCE
et le MEF sont souvent obligés de demander à des ministères sectoriels, et ceci à plusieurs reprises,
de reprendre la documentation relative à des projets. Il en est de même pour la documentation
accompagnant une requête de décaissement. Il arrive que le MEF soit obligé d’organiser plusieurs
réunions avec des techniciens d’un ministère sectoriel pour leur expliquer comment préparer la
documentation relative à une requête de décaissement.
2.1. Finanacement public
15
En fait, il est fréquent que des chefs de services et d’autres techniciens soient mutés de
leur fonction, lorsqu’il y a un changement de ministre. Donc, des fonctions techniques sont
traitées comme des positions politiques, ne facilitant pas le suivi avec les ministères sectoriels.
Le développement des compétences relatives à l’élaboration de projets d’investissements et aux
procédures administratives devient difficile avec ces changements fréquents au niveau du personnel
occupant des fonctions techniques.
Non respect des procédures d’inscription d’un projet au PIP
Bien que la loi indique les procédures à suivre pour inscrire des projets au Programme d’investissement Public, elles ne sont pas généralement respectées. En fait, l’inscription des projets au
PIP semble être généralement tributaire à des décisions politiques, sans le respect des procédures.
Certains projets figurent au PIP sans être documenté convenablement. Lorsque des structures
de l’administration publique acheminent au MPCE des documents définitifs de projet, certaines
fois ils ne le sont que de nom, notent des personnalités avec lesquelles nous nous sommes entretenus. D’ailleurs, certains projets ne sont que des actions. C’est le cas typique d’un projet dont
les principales dépenses contribuent à l’organisation de réunions et d’événements. Certaines fois,
c’est au moment de l’exécution d’un projet que les documents justifiant son inscription au PIP
sont envoyés au MPCE.
Alors que certains projets sont inscrits au PIP sans avoir la qualité d’un projet d’investissement,
d’autres, qui sont de vrais projets d’investissements, n’y sont pas inscrits. C’est surtout le cas
de certains projets financés par des bailleurs de fonds. Ainsi, le PIP ne reflète pas réellement les
investissements publics. Lorsque l’on considère la Figure 2.2, on peut remarquer comment les
investissements publics sont faibles, comparativement aux autres sources de financement de la
croissance et du développement économique.
Absence d’un système d’information intégré
Bien que le manque de respect des procédures d’inscription des projets, rend difficile le suivi
et l’évaluation du PIP, l’absence d’un système d’information, dans ces conditions, ne facilite pas
ce travail. Pour faire le suivi, le MPCE dépend entièrement de la collaboration des secteurs qui ne
réagissent pas forcément lorsqu’il leur faut envoyer des rapports. Avec un système d’information
intégré, où y seraient enregistrés les décaissements et les notes justificatives, le suivi et l’évaluation
profiteraient de la disponibilité de ces données.
2.1.3
Aide publique au développement
L’aide publique au développement (APD) est constituée de dons et de prêts concessionnels qui visent la promotion du développement économique et le bien-être 2 . Comme indiqué
précédemment, le budget de la République d’Haı̈ti est dépendant de l’aide internationale ou encore l’aide publique au développement. Cette contribution prend la forme de financement de
2. Word Development Indicators (WDI).
16
Chapitre 2. Sources de financement
Figure 2.2 – Evolution des principales sources de financement de l’économie (en % du PIB)
projets de développement ou d’investissement. C’est le cas de plusieurs projets notamment dans
les secteurs de l’éducation et de la santé.
Lemay-Hébert et Pallage (2012), soulignant que le plan Marshall, suivant leur calcul,
représentait 2% du PIB français, comparent ce chiffre avec ceux d’autres pays bénéficiant de
l’aide au développement, pour montrer qu’elle ne contribue pas au développement de beaucoup
de pays en dépit de son poids important. Pour les années 2000 à 2019, en moyenne l’aide publique
au développement est de 7.3% du PIB par année. En s’inspirant du travail de Lemay-Hébert et
Pallage (2012), la comparaison de cette moyenne avec les 2% du plan Marshall, révèle que l’aide
en développement dont bénéficie Haı̈ti représente 3.65 plans Marshall par année. Donc, Haı̈ti
bénéficie de plus de 3 plans Marshall par année.
Bien que, pour l’aide qu’ils apportent en Haı̈ti, les partenaires bilatéraux et multilatéraux
s’assurent d’avoir la couverture de l’Etat haı̈tien, à travers des accords, des personnalités de
l’administration publique aussi bien que du secteur privé croient qu’il y a une importante lacune
en termes de coordination de l’aide par l’Etat. Répétant l’expression ”qui finance commande”,
une personnalité avec laquelle nous avons eu un entretien a expliqué que l’Etat a peu de contrôle,
en termes de supervision, sur l’utilisation de l’aide. Une bonne partie de l’aide est orientée vers
les ONG, notent plusieurs personnalités.
2.2. Financement du secteur privé
17
Toutefois, une certaine partie de l’aide est utilisée sous la forme d’appui budgétaire. Cependant,
cet appui est certaines fois décaissé presque en fin de période. Le retard dans le décaissement
de l’appui budgétaire est utilisé pour justifier, en partie, le dépassement du seuil de financement
monétaire du budget. En ce qui concerne les investissements publics, ce retard peut affecter
négativement le processus d’implémentation des projets. Il est possible qu’en décalant la période
de décaissement de certaines dépenses, par manque de ressources, même si elles sont en fin de
compte exécutées grâce à un financement monétaire, elles peuvent ne plus avoir l’effet désiré sur
l’économie et éventuellement sur le développement. En fait, un projet étant destiné à répondre à
des besoins qui sont souvent dynamiques, les délais dans l’exécution de ses différentes activités
peuvent atténuer l’efficacité du projet. Prenons le cas d’un projet qui vise à faire des travaux
sur une route affectée par un début de glissement de terrain. Avec des retards dans l’exécution
du projet, les travaux prévus peuvent ne plus être efficaces, si entre temps la situation s’est
détériorée. Il importe donc que l’appui budgétaire soit décaissé suffisamment tôt, pour que sa
contribution soit plus efficace.
Du côté de l’Etat haı̈tien, il faut noter un manque d’appropriation des projets financés par
l’aide au développement. En fait, avec le manque de contrôle, par l’Etat, des aspects financiers
des projets, il tend aussi à négliger l’évaluation de leurs aspects techniques. Généralement, les
fonctionnaires qui coordonnent des projets financés par des bailleurs de fonds tendent à être
plus réceptifs aux procédures de ces derniers qu’à celles de l’Etat. Ceci s’explique au fait que les
coordonnateurs de projets savent que le décaissement des fonds dépend du respect des procédures
des bailleurs de fonds, notamment l’élaboration des rapports techniques et financiers. En général,
les procédures de l’Etat Haı̈tien ne sont pas pris en compte dans les procédures de décaissement
des bailleurs au profit des projets qu’ils financent. Alors, le MPCE et le MEF arrivent difficilement
à suivre les aspects financiers aussi bien que les aspects techniques de ces projets.
2.2
Financement du secteur privé
Le financement formel du secteur privé est assuré par le système financier. Il peut aussi être
assuré par les investissements directs étrangers (IDE). Dans cette section, nous considérons ces
deux sources de financement du secteur privé.
2.2.1
Système financier
Le système financier est régulé par la Banque de la République d’Haı̈ti (BRH), la banque
centrale haı̈tienne, qui dispose en son sein d’une direction de la Supervision des banques et
institutions financières (Gouvernement Haı̈tien, 1979, Art. 19). Etant une banque centrale, la
BRH promeut aussi les conditions favorisant le développement de l’économie nationale, au niveau
du crédit (Gouvernement Haı̈tien, 1979, Art. 2). La loi reconnait l’existence de différents types
d’institutions financières (Parlement Haı̈tien, 2012, Art. 2) :
1. la banque ;
2. la société de promotion des investissements, de cartes de crédit, d’affacturage ou de
fiducie ;
18
Chapitre 2. Sources de financement
3. la société financière de développement ;
4. la maison de transfert ;
5. l’agent de change ;
6. toute autre société qui effectue des opérations assimilables à celles des banques.
En ce qui concerne le dernier point relatif aux sociétés qui effectuent des opérations assimilables
à celles des banques, il prend en compte les coopératives d’épargne et de crédit (CEC). Comme
les banques qui sont supervisées par la BRH, il en est de même des CEC, comme le précise la loi
sur les coopératives d’épargne et de crédit (Parlement Haı̈tien, 2002). Avec cette loi, en outre du
Conseil National des Coopératives (CNC), créé en 1981 (Gouvernement Haı̈tien, 1981), les CEC
sont suivis par la BRH. En fait, la supervision des CEC par la BRH s’explique au fait que ces
institutions financières reçoivent des dépôts. Il est donc important de les réguler pour s’assurer
qu’elles soient bien gérées, afin de protéger les déposants.
Le système financier haı̈tien est encore peu développé, en dépit de la loi bancaire du Parlement
Haı̈tien (2012). Avec l’instabilité politique, la faiblesse de la justice, et le problème de l’insécurité,
rendant peu dynamique l’entrepreneuriat haı̈tien, le système financier est peu dynamique. Une
personnalité avec laquelle nous nous sommes entretenus a signalé, par exemple, le manque d’audace des banques de développements, en termes d’offre de produits financiers. Ce n’est qu’au
cours de cette dernière décennie qu’une société de promotion des investissements du nom de
PROFIN, a été créé.
Il n’y a pas encore de marché boursier en Haı̈ti, bien que la loi qui créa la BRH indique que
la banque centrale peut prendre les mesures nécessaires pour favoriser le fonctionnement d’une
bourse de valeurs mobilières (Gouvernement Haı̈tien, 1979, Art. 36). Plusieurs raisons peuvent
expliquer l’absence d’une bourse de valeurs mobilières en Haı̈ti. Il nous semble que la première
raison est le fait que le secteur privé haı̈tien soit essentiellement constitué d’entreprises du secteur
informel. Le peu d’entreprises formelles, disposant de structures administratives adéquates, pour
garantir un minimum de transparence, sont réticentes à l’ouverture de leur capital. Il faut des
entreprises prêtes à suivre les règles d’un marché boursier. Cela requiert, des entreprises, de la
transparence et de la rigueur dans leur gestion. Il faut remarquer qu’un nombre important d’entreprises et d’investisseurs est nécessaire au fonctionnement d’une bourse de valeurs mobilières.
Or, l’instabilité politique et les problèmes d’insécurité, ne rassurant aucun investisseur local ou
étranger, constitue un autre obstacle. La création d’une bourse de valeurs mobilières requiert une
certaine préparation, notamment la garantie d’une stabilité politique et sociale et l’allègement
des procédures administratives pour créer une entreprise.
Considérant la facilité à créer une entreprise, le rapport de la Banque Mondiale (2019), portant
sur le climat des affaires, classe Haı̈ti en 182e position sur 190. Le climat des affaires est sombre en
Haı̈ti, où le problème de l’asymétrie d’information est important. En fait, lorsque les institutions
financières qui accordent du crédit n’ont pas d’informations sur l’historique de crédit d’un client,
le risque de défaut devient élevé, contribuant ainsi à augmenter le rationnement du crédit. Le
2.2. Financement du secteur privé
19
Figure 2.3 – Evolution du crédit au secteur privé (% du PIB)
Bureau d’Information sur le Crédit (BIC), lancé officiellement le 21 octobre 2014 par la BRH,
et qui opère depuis le 1er octobre 2015, facilite le partage d’information sur le crédit. Le BIC,
permettant aux banques et institutions de microfinance de vérifier l’historique de crédit de leurs
clients, réduit ainsi l’asymétrie d’information.
En dépit de la création de ce bureau, le crédit au secteur privé ne semble pas augmenter
significativement, lorsque l’on considère la Figure 2.3. Le crédit au secteur privé demeure une
variable rigide en Haı̈ti. Cela résulte probablement de la crise politique chronique qui augmente le
risque de défaut des entreprises. D’ailleurs, lorsque l’on considère l’évolution du niveau de liquidité
des banques (voir la Figure 2.4), la tendance est à la hausse lorsque celle du crédit (Figure 2.3)
est à la baisse. Les chiffres de la liquidité correspondent aux réserves gardées dans les banques et
celles qui sont déposées à la banque centrale. La comparaison des deux figures susmentionnées
révèle une certaine substitution entre les réserves liquides et le crédit au secteur privé.
A certains moments, il y a une préférence des banques pour les actifs liquides que pour le
crédit. Ces périodes correspondent à des moments de troubles politiques. Au début des années
2000, il y a eu une crise électorale qui aboutit au départ du Président Jean-Bertrand Aristide
en 2004. Au cours de cette période, les réserves liquides des banques tendaient à augmenter,
tandis que le crédit au secteur privé tendait à diminuer. A partir de 2015, une crise électorale
s’est poursuivie jusqu’à l’installation du Président Jovenel Moı̈se en 2017, pour se muter en une
crise plus aiguë à partir de juillet 2018. Au cours de cette période, la tendance des réserves
liquides des banques étaient à la hausse, tandis que le crédit au secteur privé tendait à diminuer.
20
Chapitre 2. Sources de financement
Figure 2.4 – Ratio des réserves liquides des banques sur leurs actifs (%)
L’instabilité politique se révèle être un obstacle à l’augmentation du crédit au secteur privé en
Haı̈ti. C’est pourquoi, même lorsque des réformes sont entreprises, comme la création du BIC par
exemple, l’impact ne parait pas significatif. D’ailleurs Cadet (2015), montrant que les banques
étrangères sont peu efficientes en profit en Haı̈ti, comparativement aux banques locales, note que
cela peut s’expliquer par le contexte du pays. En fait, il est difficile aux banques étrangères dont
le management est contrôlé par leur siège sociale, de s’adapter contexte d’instabilité politique.
La dernière période, la plus récente, marquée par la baisse du crédit au secteur privé correspond
à une période où le pays a connu des semaines de pays-lock 3 . Cette période de crise politique qui
débuta avec une première semaine de pays-lock en juillet 2018, est aussi renforcée par l’arrivée de
la pandémie de COVID-19. Les année 2018-2020 constitue donc une période de faibles activités
économiques en Haı̈ti. Ce n’est pas étonnant que le crédit diminue au cours de cette période.
En dépit de la faiblesse du crédit au secteur privé, la Figure 2.2 (page 16) révèle qu’il s’agit de
la deuxième source de financement de l’économie, parmi celles qui sont considérées dans cette
étude. Le crédit au secteur privé suit donc les transferts de fonds de la diaspora qui constituent
la principale source de financement de l’économie. L’aide publique au développement était plus
élevée que le crédit au secteur privé uniquement de 2009 à 2011.
3. Le terme de pays-lock est utilisé pour la première fois, à notre connaissance, dans le contexte de la crise
politique qui débuta en 2018. Il indique que le pays est fermé, le mot anglais lock, se traduisant par fermé. Durant
les semaines de pays-lock, les institutions publiques et privées étaient presque toutes fermées, et il y avait de la
violence dans les rues.
2.2. Financement du secteur privé
2.2.2
21
Investissements directs étrangers
Lorsque l’on considère l’évolution des investissements directs étrangers (IDE), on peut noter
qu’ils sont quasiment aussi faibles que les investissements publics (voir la Figure 2.2, à la page
16). Cette faiblesse des IDE peut s’expliquer par celle des investissements publics. En fait, avec
de faibles investissements publics, et de plus, comme nous l’avions fait ressortir précédemment
dans ce chapitre, avec des déficiences dans la qualité des projets d’investissement public, les
infrastructures sont peu disponibles en Haı̈ti. Les investisseurs étrangers ont besoin d’accéder
à des infrastructures de base, pour le bon fonctionnement de leurs entreprises. L’absence ou la
faiblesse des infrastructures comme l’électricité de qualité et un bon débit d’internet, aussi bien
qu’un faible niveau de capital humain, les incite à s’orienter ailleurs au lieu d’investir en Haı̈ti.
En fait, les infrastructures physique aussi bien que le capital humain sont nécessaires pour attirer
les IDE (Rehman et al., 2011).
Conclusion
Ce chapitre entendait faire un bref diagnostic des principales sources de financement de
l’économie haı̈tienne. Il a considéré les financements public et privé de l’économie. En ce qui
concerne le financement public, le chapitre s’est focalisé sur les investissements publics et l’aide
publique au développement. Pour ce qui est du financement privé, le cadre juridique du secteur
financier est abordé, et l’évolution du crédit au secteur privé ainsi que les IDE sont considérées.
Le chapitre révèle une déficience dans l’élaboration du programme d’investissement public :
certains projets inscrits dans le PIP ne sont pas documentés. Bien qu’en s’inspirant du travail
de Lemay-Hébert et Pallage (2012), nos résultats révèlent que Haı̈ti bénéficie de l’équivalent de
plus de 3 plans Marshall annuels en moyenne, l’Etat a peu de contrôle sur l’utilisation de cette
aide dont une partie est destinée aux organisations non gouvernementales (ONG). Ce problème
s’étend même aux structures de l’Etat qui gèrent des projets financés par des bailleurs de fonds
bilatéraux et multilatéraux. L’Etat haı̈tien n’étant pas impliqué dans le décaissement de fonds
des bailleurs, il est difficile au MPCE d’obtenir régulièrement les rapports techniques et financiers
des organisations et des ministères qui implémentent les projets.
Bien que les transferts de fonds de la diaspora et le crédit au secteur privé, pris en pourcentage
soient les plus importantes sources de financement de l’économie, les premiers tendent à croitre,
tandis que le crédit tend à diminuer depuis quelques années. Alors que le crédit bancaire au secteur
privé tend à diminuer au cours des cinq dernières années, le niveau de liquidité des banques tend
à augmenter, révélant une augmentation du rationnement du crédit, probablement à cause de
l’instabilité sociopolitique. Quant aux IDE, ils tendent à stagner.
22
Chapitre 2. Sources de financement
Chapitre 3
Analyse des flux de transferts reçus en
Haı̈ti
Introduction
Ce chapitre analyse les flux de transferts de fonds envoyés en Haı̈ti par la diaspora. Il considère
aussi leurs principales caractéristiques. Le chapitre estime aussi la proportion des transferts de
fonds envoyés en Haı̈ti qui sont destinés à l’entrepreneuriat. Il estime aussi la valeur monétaire
des transferts de marchandises de la diaspora vers Haı̈ti. L’approche graphique est retenue pour
procéder à ces analyses. Les séries annuelles et mensuelles que nous utilisons dans ce chapitre
proviennent respectivement de la Banque Mondiale et de la BRH. Elles couvrent la période allant
de 2000 à 2020. Pour atteindre certains objectifs de ce chapitre, nous réalisons une enquête
auprès d’un panel d’experts, plus précisément pour estimer certaines variables.
Les résultats des analyses de ce chapitre révèlent que leur principal usage est la consommation
alimentaire, et non l’entrepreneuriat et l’investissement. Les transferts de fonds vers Haı̈ti sont
liés avec la migration, les principaux pays de destination des migrants haı̈tiens étant les principaux
pays expéditeurs de transferts de fonds vers Haı̈ti. Bien que pour la République Dominicaine, le
lien entre la migration et les transferts semble ne pas être explicite, nos analyses ont montré qu’il
est possible que les transferts en provenance de ce pays soient sous-estimés, à cause du volume
important qui peut transiter vers Haı̈ti par des circuits informels, à cause de la frontière terrestre
entre les deux pays.
Ce chapitre est organisé en quatre sections. La première analyse l’évolution des transferts et
leur provenance. La seconde vérifie s’ils sont saisonniers. A la troisième section, nous analysons
les coûts moyens des transferts. Puis, nous abordons la question de l’usage des transferts. C’est
au niveau de cette section qu’est réalisé l’estimation de la proportion des transferts qui sont
utilisés à des fins entrepreneuriales et celle de la valeur monétaire des transferts de marchandises.
23
24
3.1
Chapitre 3. Flux de transferts
Evolution et provenance des flux de transferts
Cette section se focalise sur l’analyse de l’évolution des transferts, traitant aussi de leur
provenance. Ces deux aspects sont considérés séparément dans deux sous-sections. La première
jette un coup d’oeil sur l’évolution des transferts durant les périodes de catastrophes naturelles, au
début de la crise financière internationale (septembre 2008) et au début de l’année 2020 (janvier).
Pour les données annuelles, l’impact est considéré sur le montant total des transferts de l’années.
Avec les données mensuelles, les mois correspondants aux événements ou à leur début sont
indiqués dans les courbes de l’évolution des transferts. Cependant, il faut souligner que n’ayant
pas pu obtenir des données mensuelles des transferts de fonds, pour les mois antérieurs à octobre
2012, nous ne pourrons pas considérer l’impact du tremblement de terre de janvier 2010 sur
l’évolution des transferts au cours des premiers mois qui ont suivi cet événement tragique 1 .
3.1.1
Evolution des transferts de fonds
La courbe de l’évolution annuelle des transferts, en pourcentage du PIB, révèle une tendance
à la hausse (voir la Figure 3.1) au cours des dix dernières années, précédée d’une tendance à la
baisse bien à partir de l’année 2003. En considérant l’impact des importantes catastrophes ayant
frappés Haı̈ti, c’est le tremblement de terre qui semble avoir occasionné une augmentation des
transferts. En considérant l’impact de la COVID-19, en dépit des pertes d’emplois dans les pays
où proviennent les transferts, ces derniers tendent à stagner (voir la Figure 3.1).
La figure 3.1 montre que ce ne sont pas tous les événements majeurs qui affectent l’évolution
annuelle des transferts de fonds envoyés en Haı̈ti. Lors de la crise financière internationale, en
2008, et lors du tremblement de terre qui frappa Haı̈ti, en 2010, il y a un léger pic, révélant une
augmentation des transferts. Mais, ces augmentations remarquées, durant des périodes de crise
où la tendance des transferts était à la baisse, ne durent que l’année de l’événement adverse.
Vraisemblablement, les deux crises ont fait croı̂tre les transferts annuels, mesurés en pourcentage
du PIB. Durant la période de croissance des transferts, l’impact du cyclone Mathieu, en 2016,
n’est quasiment pas remarqué.
Tableau 3.1 – Estimation du montant moyen
d’un transfert envoyé en Haı̈ti
Statistique
Moyenne (USD)
Intervalle de confiance à 95% (USD)
N
Valeur
163.63
[161.19 - 166.12]
60
Note : Les chiffres de ce tableau sont estimés, à partir de la méthode
bootstrap, avec des données de la BRH, pour la période allant d’octobre 2014 à septembre 2020, mais avec des données manquantes pour
l’année fiscale 2017/2018.
1. Comme indiqué au chapitre 1, pour les transferts de fonds reçus en Haı̈ti, les données mensuelles proviennent
de la BRH tandis que les données annuelles proviennent de la Banque Mondiale. Alors que les données mensuelles
débutent en octobre 2012, les données annuelles débutent en 2000.
3.1. Evolution et provenance des flux de transferts
25
Figure 3.1 – Evolution des transferts annuelles (en % du PIB)
La considération de l’évolution du flux de transferts de fonds indique que l’envoi de ces derniers
en Haı̈ti est motivé par l’altruisme et non par des intérêts personnels pouvant être liés à l’investissement dans des activités entrepreneuriales. D’ailleurs, sur la période allant d’octobre 2014 à
septembre 2020, nous estimons à $163.63, le montant moyen d’un transfert reçu en Haı̈ti (voir le
Tableau 3.1 ). Ce montant est révélateur de la principale finalité des transferts : la consommation.
C’est l’altruisme qui semble motivé la diaspora à envoyer des transferts en Haı̈ti. Car ce montant
de $163.63 ne traduit pas une implication importante des migrants dans l’entrepreneuriat. En
fait, suivant l’étude de Cadet et Emile (2016) 45.4% des bénéficiaires de transferts interviewés,
dans quelques communes de cinq départements d’Haı̈ti, reçoivent des transferts occasionnellement alors que 30.39% en reçoivent chaque mois. Lorsqu’un transfert est reçu occasionnellement,
il sert généralement à faciliter la consommation aussi bien que l’accès à certains services comme
l’éducation et la santé. En considérant ceux qui en reçoivent tous les mois, le montant moyen
de $163.63 est inférieur au montant moyen de transferts mensuels de $358 dont bénéficient les
ruraux au Bengladesh (voir Haider et al. (2016)). Evidemment, dans certains pays bénéficiaires de
transferts, la moyenne des transferts envoyés mensuellement à un bénéficiaire peut être inférieure
au montant de $163.63 estimé pour Haı̈ti. C’est le cas, par exemple, du Maroc dont le montant
moyen est approximativement l’équivalent de $131.50 (voir Kusunose et Rignall (2018)). Toutefois, un montant moyen de $163.63 n’est pas suffisamment élevé pour révéler une utilisation
significative des transferts pour l’entrepreneuriat.
26
Chapitre 3. Flux de transferts
Figure 3.2 – Evolution mensuelle des transferts, en volume (2017-2020)
Cet altruisme est particulièrement remarqué, durant la période où la tendance des transferts
était à la baisse. A ce moment, des événements néfastes comme la crise financière internationale
et le tremblement de terre qui frappa Haı̈ti ont fait augmenter, même si c’est temporairement,
les transferts envoyés en Haı̈ti. De plus, il faut noter aussi que durant des périodes de crise qui
affectent économiquement les pays où résident la diaspora haı̈tienne, les transferts vers Haı̈ti ne
tendent pas à diminuer. C’est le cas durant la crise financière internationale de 2008 et au début
de la pandémie de COVID-19, deux crises qui ont fait augmenter le chômage à travers le monde
(Ahmad et al., 2021; Novoa, 2021; Larue, 2020; Verick, 2009).
Si la diaspora était motivée par des intérêts personnels relatif notamment à un retour sur
investissement dans des activités entrepreneuriales, lorsque Haı̈ti est frappé par des crises qui
affectent négativement la croissance économique, les transferts diminueraient. Car, dans de telles
circonstances, la diaspora ne s’attendrait pas à un rendement positif de leurs investissements.
Toutefois, il est important de souligner que l’intérêt personnel de la diaspora peut être présent
dans sa motivation à envoyer des fonds en Haı̈ti. Car, il peut exister des arrangements, une
certaine forme de contrat implicite, entre la diaspora et les membres de leurs familles. En effet,
des arrangements existent certaines fois entre un migrant et les membres de sa famille qui sont
dans son pays natal, notamment en prévision de son retour éventuel.
Certains haı̈tiens ont dû obtenir un prêt auprès des membres de leur famille respective, et
même des amis, pour financer leur voyage. Même lorsqu’ils aient fini de rembourser les sommes
empruntées, ils peuvent avoir une dette morale envers les membres de la famille et les amis.
De plus, les migrants qui pensent retourner vivre, ou passer de longs séjours, en Haı̈ti lorsqu’ils
3.1. Evolution et provenance des flux de transferts
27
prendront leur retraite à l’étranger, peuvent être motivés à soutenir financièrement les membres
de leurs familles, afin de pouvoir bénéficier d’autres formes de support lors de la préparation de
leur retour dans le pays d’origine.
3.1.2
Provenance des transferts de fonds et la migration
Migration et transferts
La Figure 3.3 indique qu’au cours de ces dernières années les transferts de fonds vers Haı̈ti
proviennent principalement de trois régions : l’Amérique du Nord, l’Amérique Latine et Caraı̈bes
(ALC), l’Europe. De ces trois régions, la principale est l’Amérique du Nord, où les Etats Unies
constituent le principal pays de provenance non seulement au niveau de ladite région, mais de
manière générale. Les transferts de fonds en provenance des Etats-Unies représentaient 77.81%
du total des transferts de l’année 2020.. Ceci résulte probablement de la proximité d’Haı̈ti avec
les Etats-Unies qui est un pays industrialisé pouvant offrir un revenu plus élevé aux haı̈tiens que
ce qu’ils peuvent obtenir en Haı̈ti.
Dans la région de l’Amérique Latine et Caraı̈bes, les principaux pays de provenance des transferts de la diaspora sont, dans l’ordre d’importance : le Chili, la République Dominicaine, et le
Brésil. Les raisons avancées précédemment pour expliquer le poids des Etats-Unis dans les transferts de fonds envoyés en Haı̈ti pourraient faire de la République Dominicaine le premier pays de
l’Amérique Latine, expéditeur de transferts vers Haı̈ti. En fait, ce fut le cas à un certain moment.
En fait, la République Dominicaine est très proche d’Haı̈ti, l’unique pays avec lequel il partage
une frontière terrestre. De plus, elle offre un niveau de vie plus élevé que Haı̈ti.
Dans la région, le Chili est devenu le premier pays expéditeur de transferts de fonds vers Haı̈ti
suite à une vague de migration d’haı̈tiens vers ce pays, notamment après le tremblement de
terre. C’est aussi le cas du Brésil que l’on retrouve en troisième position, dans la région ALC,
comme expéditeur de transferts de fonds vers Haı̈ti (voir le Tableau 3.2). Le Chili et le Brésil,
contrairement à la République Dominicaine et à d’autres pays de la région, ont offert des facilités
dans les procédures d’immigration et de régularisation du statut des migrants haı̈tiens.
Pour l’Europe, le principal pays de provenance des transferts est la France Métropole, sachant
que, dans notre analyse, la Martinique et les autres Antilles sont inclus dans la région ALC. Bien
que l’Europe soit un continent comprenant en grande partie des pays industrialisés offrant un
meilleur niveau de vie qu’en Haı̈ti, la diaspora haı̈tienne n’y est pas aussi importante qu’elle l’est
dans les deux autres régions mentionnées précédemment (voir quelques chiffres dans le Tableau
3.2). La distance géographique entre Haı̈ti et l’Europe peut être une explication. L’importante
présence de la diaspora haı̈tienne en France, comparativement à d’autres pays de l’Europe résulte
probablement de liens historique et linguistique entre les deux pays. En fait, Haı̈ti a été colonisé
par la France.
28
Chapitre 3. Flux de transferts
Figure 3.3 – Régions de provenance des transferts (2017-2020)
Si nous revenons à la région de l’Amérique du Nord, bien que nous ayons mis de l’emphase
sur le poids des Etats-Unis, il est important de souligner que le Canada est aussi un important
expéditeur de transferts de fonds vers Haı̈ti. D’ailleurs, il s’agit du troisième pays expéditeur de
transferts vers Haı̈ti (voir Tableau 3.2). En plus de la proximité géographique du Canada avec
Haı̈ti, les deux pays sont francophones. Ces deux types de proximité peuvent influencer la présence
de la diaspora haı̈tienne au Canada. De plus, il faut noter que le Canada continue d’accueillir
des migrants haı̈tiens dans le cadre de sa politique d’accueil de professionnels sur la base de la
demande de main d’œuvre pour certaines professions. La migration des haı̈tiens vers le Canada
explique l’importance de ce pays comme expéditeur de transferts de fonds vers Haı̈ti.
Suivant le tableau 3.2, les trois premières destinations des migrants haı̈tiens sont respectivement
les Etats-Unis d’Amérique, la République Dominicaine, et le Chili. Les Etats-Unis d’Amérique
occupent à la fois la première place, comme pays de destination des migrants haı̈tiens et pays
expéditeur de transferts de fonds. Bien que la République Dominicaine soit le second pays de
destination des migrants haı̈tiens, en termes de transferts de fonds expédiés par les migrants vers
Haı̈ti, elle se retrouve en cinquième position. Ceci s’explique probablement par la proximité des
deux pays, facilitant les circuits informels de transferts de fonds. En ce sens, il est possible que
les transferts de fonds de la République Dominicaine soient sous-estimés.
Bien qu’il y avait déjà des migrants haı̈tiens au Chili au début des années 2000, c’est après le
tremblement de terre qu’il y a eu une importante vague de migration d’haı̈tiens vers ce pays. Le
recensement de l’année 2002, au Chili, accusait un total de 50 migrants haı̈tiens (Bertrand, 2017;
Sánchez et al., 2018). Passant à 180539 en 2018, le taux de croissance annuelle des migrants
3.1. Evolution et provenance des flux de transferts
29
Tableau 3.2 – Stock de migrants haı̈tiens dans les principaux
pays de destination, comparé aux transferts reçus en Haı̈ti, en
2020
Destinations
Etats-Unis d’Amérique
République Dominicaine
Chili
Brésil
Canada
France Métropole
Bahamas
Migrants en 2020
Rang
Migrants
1
705 000
2
496 000
3
182 252
4
143 000
5
101 000
6
85 000
7
30 000
Transferts
Rang
1
5
2
6
3
4
7
USD
1 596 898 521
53 649 629
94 906 509
40 143 633
68 348 476
62 034 601
36 522 903
Source : Les données relatives à la migration proviennent de Migration Policy Institute
(MPI) et d’autres sources, compilées par Yates (2021), à l’exception du nombre de migrants au Chili qui est calculé à partir des données du Ministère de l’Intérieur du Chili. Le
total des transferts, par pays de provenance est calculé par l’auteur du présent rapport,
pour les mois de janvier à septembre 2020, à partir de données mensuelles provenant de
la Banque de la République d’Haı̈ti.
Tableau 3.3 – Estimation du nombre de migrants haı̈tiens au Chili, par sexe (2018-2020)
Sexe
Femmes
Hommes
Total
Croissance (en %)
2018
64 743
115 796
180 539
Années
2019
65 938
116 361
182 299
0.97
2020
66 153
116 099
182 252
-0.03
Source : Les données proviennent du Ministère de l’Intérieur, au
Chili.
30
Chapitre 3. Flux de transferts
haı̈tiens au Chili est aproximativement de 61.9%, durant la période allant de 2002 à 2018. Dans
la majorité des cas, ce sont surtout les hommes qui se rendent au Chili, à la recherche d’un mieux
être (voir le Tableau 3.3). C’est probablement ce qui explique le montant élevé des transferts
en provenance du Chili. La croissance du stock de migrants haı̈tiens au Chili diminue et devient
même négatif en 2020, probablement à cause de la nouvelle politique migratoire du gouvernement
Chilien qui est plus restrictive qu’avant.
Il est évident que la migration joue un rôle majeur dans l’évolution des transferts. Toutefois,
un Etat ne demande pas aux citoyens de partir à l’étranger, dans l’espoir de bénéficier des
transferts de fonds de la diaspora. La décision de migrer à l’étranger est généralement une affaire
privée qui peut même affecter négativement la production dans le pays d’origine. En fait, le
stock de capital humain contribue à la croissance économique. Théoriquement, on s’attend à ce
qu’une diminution de ce stock réduise la croissance. Toutefois, des recherches révèlent qu’une
augmentation du niveau d’éducation dans la diaspora pour contribuer à celle du pays d’origine,
comme l’ont souligné Lowell et Findlay (2001). En ce sens, le pays d’origine peut bénéficier de
la migration de ses citoyens à l’étranger.
En tout cas, puisque le choix de migrer à l’étranger est une affaire personnelle, certains Etats
ont compris qu’il leur fallait trouver des stratégies pour faire de la migration de leurs citoyens,
initialement une perte de ressources humaines, un avantage financier. Nous pouvons citer, en
ce sens, les exemples du Mexique et d’Israël qui ont développé des stratégies leur permettant
de capter des ressources financières de la diaspora au profit du développement de ces pays. Le
chapitre 5 de ce rapport présente quelques exemples d’expériences de mobilisation des transferts
vers le financement du développement durable.
Evolution des transferts par pays
Lorsque nous considérons l’évolution des transferts mensuelles, par pays/région de provenance,
nous remarquons que la tendance est à la hausse particulièrement au niveau des États-Unis, de la
République Dominicaine, et de la Martinique (voir la Figure 3.4). En République Dominicaine cette
tendance croissante des transferts date de plus longtemps que celles relatives aux États-Unis et
la Martinique. Ceci peut probablement s’expliquer par la proximité de la République Dominicaine
qui partage une frontière terrestre avec Haı̈ti. Ce type de frontière rendant la migration plus facile,
il est possible que cette tendance s’explique aussi par une augmentation croissante du stock de
migrants haı̈tiens en République Dominicaine.
Notamment avec la crise sociopolitique qui s’empire en Haı̈ti depuis 2015, des familles
haı̈tiennes choisissent d’émigrer vers la République Dominicaine. Bien que, comparative au Brésil,
la République Dominicaine n’offre pas des avantages en termes de facilité aux haı̈tiens qui souhaitent migrer vers ce pays, la proximité avec Haı̈ti peut être perçu comme une facilité par les
migrants, en ce sens qu’ils peuvent retourner en Haı̈ti facilement, en cas de besoin. En ce sens,
nous avons entendu l’histoire de certains haı̈tiens qui se sont installés en République Dominicaine
au cours de ces dernières années, mais qui rentrent plusieurs fois en Haı̈ti, en une année. Il est
3.2. Saisonnalité des transferts
31
Figure 3.4 – Evolution mensuelle des transferts, en volume (2017-2020)
donc possible que la proximité d’Haı̈ti avec la République Dominicaine engendre d’importants
flux de transferts qui ne transitent pas dans le circuit financier formel. En ce sens, les flux de
transferts de fonds de la République Dominicaine vers Haı̈ti peuvent être sous-estimés de manière
significative.
On peut remarquer, dans la Figure 3.4, que les transferts en provenance du Chili tendent à
diminuer ou à stagner. Ceci peut s’expliquer par les restrictions du gouvernement Chilien qui rend
l’accès à ce pays plus difficile aux migrants haı̈tiens. Ces restrictions peuvent aussi corroborer
la thèse d’une augmentation des migrants haı̈tiens en République Dominicaine, où l’accès est
facilité par la frontière terrestre. En fait, ne pouvant plus se rendre au Chili avec facilité, alors
que la situation socioéconomique continue de se dégrader en Haı̈ti, la République Dominicaine
peut devenir l’option la plus accessible.
3.2
Saisonnalité des transferts
Les transferts reçus en Haı̈ti sont saisonniers, comme le révèle la figure 3.5. Le plus important
pic se retrouve au mois de décembre. Puis, nous retrouvons un autre pic au mois de mars. Pour le
mois de décembre, nous comprenons qu’il s’agit de transferts réalisés vers Haı̈ti, dans le cadre de
la période des fêtes de fin d’année. En fin d’année, les haı̈tiens de la diaspora tendent à envoyer
de l’argent même pour certaines personnes qui ne sont pas de proches parents, voulant juste
32
Chapitre 3. Flux de transferts
Figure 3.5 – Saisonnalité des transferts mensuelles (en USD), pour les années 2012-2020
les aider à bien passer cette période de fête. Il faut souligner que la tendance de l’évolution des
transferts qui est croissante, même lorsque le contexte économique est difficile dans les pays
d’accueil des migrants suggère que les transferts sont envoyés en Haı̈ti par altruisme.
En ce qui concerne l’augmentation des transferts au mois de mars, elle s’explique probablement par la période pascale qui arrive généralement à ce mois ou au début du mois d’avril. Il
est aussi possible que les transferts augmentent au cours de cette période à cause du remboursement d’impôt dont bénéficient des migrants, notamment aux Etats-Unis d’Amérique. Cette
augmentation saisonnière des transferts pourrait s’expliquer aussi par d’autres facteurs que nous
ignorons.
Le mois de janvier est celui où le montant des transferts est généralement le moins élevé. Cela
pourrait s’expliquer au fait que la diaspora a fait un effort important au mois de décembre. Il lui
est difficile de maintenir même le rythme des mois qui précèdent décembre. Le mois de janvier est
comme une période de répit après les sacrifices consentis au mois de décembre. Il est possible que
les transferts qui arrivent au mois de janvier soient généralement destinés à financer des besoins
urgents.
3.3. Coûts des transferts
3.3
33
Coûts des transferts
Le coût des transferts correspond à ce que paie celui qui envoie des fonds. Ce dernier est un
preneur de prix, ne pouvant l’influencer. En fait, le coût total est supérieur au coût initialement
payer par l’expéditeur d’un transfert de fonds. En ce sens, le coût des transferts inclut aussi le
taux de change (Ratha, 2018). Comme le note Ratha (2018), ce taux de change est certaines
fois fixé avec une marge, à cause de sa volatilité. Ce fut le cas, en Haı̈ti. Mais, le régulateur exige
maintenant le paiement des transferts au taux de référence qu’il publie chaque jour. Bien que les
maisons de transferts ne puissent plus fixer leur propre taux de change, cette composante du coût
est encore maintenant. Car, lorsque le destinataire d’un transfert le reçoit au taux de référence
de la BRH, l’économie haı̈tienne étant partiellement dollarisé, pour payer un service ou un bien
en dollars, il devra faire face à un taux de change plus élevé.
Bien que le gouvernement exige l’affichage des prix en gourdes, à cause de la tendance à la
hausse du taux de change, les commerçants se protègent en calculant les prix affichés en gourdes
à partir d’un taux de change largement supérieur aux taux affichés dans les banques. Bien que les
prix soient affichés en gourdes, certains commerçants permettent aux clients de payer en dollars.
Ce qui représente un avantage pour celui qui dispose de dollars. Illustrons, avec un exemple fictif,
la manière dont le bénéficiaire d’un transfert subit le coût relatif au taux de change. Quelqu’un
qui reçoit un transfert d’un montant de $1 recevra 105 gourdes si le taux de référence de la BRH
est de 105 HTG/USD. Pour acquérir un bien ou un service dont le prix est de 120 gourdes, le
commerçant lui offre la possibilité de payer $1. Donc, le taux de change fixé par le commerçant est
de 120 HTG/USD. Alors, pour payer ce bien ou service qui coute $1, le bénéficiaire du transfert
de $1 devra ajouter 15 gourdes au 105 gourdes reçu par transfert. Il fait donc face à un coût de
15 gourdes sur le change. Cette illustration nous permet de comprendre que le coût des transferts
est composé du montant payer par l’expéditeur et du coût relatif au taux de change. Mais, une
autre composante fait partie de la structure de coût des transferts. Il s’agit d’une taxe de l’Etat
haı̈tien.
En fait, un élément additionnel a été ajouté au coût des transferts, à partir du mois de juin
2011. Il s’agit des frais de $1.50 à prélever sur les transferts, comme indiqué dans la circulaire 98
de la BRH, datée du 20 mai 2011. Ce montant constitue une taxe qui vient augmenter le coût
des transferts vers Haı̈ti. Avec cette taxe, les principales composantes de la structure des coûts
des transferts sont : le prix fixé par la maison de transferts, la taxe de $1.50, le coût relatif au
taux de change.
Nous vérifions l’impact de ce changement dans les coûts sur le volume de transferts. Nous
aurions pu le faire en calculant l’élasticité coût des transferts envoyés en Haı̈ti. Cependant,
nous ne disposons que d’une série annuelle qui débute en 2011, pour le coût moyen. Or, 2011
correspond à l’année où les frais de $1.50 furent ajoutés. Par contre, il est possible de mesurer
la sensibilité par la dérivée partielle ; c’est ce que nous faisons.
34
Chapitre 3. Flux de transferts
Notons par S la sensibilité de la croissance des transferts par rapport au coût, sachant que
S est mesurée par la dérivée partielle. Alors, si T est la notation de la croissance du volume de
transferts (en dollars américains) envoyés en Haı̈ti, et si C est le coût moyen pour effectuer les
transferts, la formule permettant de calculer S est :
∆T
∆C
Il faut noter que ce calcul se base sur l’hypothèse que toute autre variable qui affecte l’évolution
des transferts devient constant. Donc, nous assumons que c’est le coût uniquement qui varie,
parmi les variables qui ont un impact sur la croissance des transferts.
S=
Nous réécrivons la formule, sachant que les indices 2011 et 2012 indiquent respectivement
l’année de mise en vigueur de la circulaire autorisant le prélèvement des frais de $1.50, et l’année
pour laquelle on veut vérifier le niveau de sensibilité des transferts envoyés en Haı̈ti par rapport
à la variation du coût.
T2012 − T2011
S=
1.5
Nous calculons
0.0393 − 0.0526
S=
1.5
S = −0.01
En faisant le même calcul de sensibilité pour les années qui suivent l’ajout de la taxe de $1.50,
la croissance du volume de transferts ne diminue pas. L’impact négatif de la taxe sur le volume
des transferts parait transitoire.
En comparant le coût moyen des transferts à destination de 19 pays de la région Amérique
Latine et Caraı̈bes (ALC), en 2020, Haı̈ti se retrouve en quatrième position parmi les pays pour
lesquels les coûts sont les plus élevés. Quant à la République Dominicaine, pays avec lequel Haı̈ti
partage une frontière terrestre, il se retrouve à la onzième position, donc relativement moins
coûteux. En fait, en 2020, le coût moyen des transferts envoyés en Haı̈ti était de $7.22, tandis
qu’il était de $5.92 pour la République Dominicaine.
3.4
Usage des transferts et réduction de la pauvreté
3.4.1
Transferts destinés à la consommation
En ce qui concerne l’usage des transferts, une étude réalisée pour la Fédération Le Levier,
couvrant cinq départements d’Haı̈ti, révèle que les principaux usages que font les bénéficiaires
des transferts sont les dépenses quotidiennes (Cadet et Emile, 2016). Ces résultats sont similaires
à ceux d’une autre étude qui indique que la nourriture représente 80.9% de l’usage des transferts(Orozco, 2006). La consommation de produits alimentaires constitue donc le principal usage
des transferts, suivant ces études. En effet, pour des ménages à faible revenu, les frais quotidiens
sont majoritairement constitués des dépenses pour l’alimentation.
3.4. Usage des transferts et réduction de la pauvreté
35
Tableau 3.4 – Comparaison du coût moyen des transferts reçus, par pays dans
la région ALC (en 2020)
Pays
Code pays
Cuba
Paraguay
Guyana
Haiti
Suriname
Brazil
Jamaica
Costa Rica
Peru
Bolivia
Dominican Republic
Colombia
Ecuador
Honduras
Nicaragua
Mexico
Panama
Guatemala
El Salvador
CUB
PRY
GUY
HTI
SUR
BRA
JAM
CRI
PER
BOL
DOM
COL
ECU
HND
NIC
MEX
PAN
GTM
SLV
Coût (USD)
10.53
9.17
7.75
7.22
7.06
6.90
6.90
6.60
6.16
5.98
5.92
4.94
4.80
4.58
4.44
4.18
3.95
3.94
2.85
Transferts
(USD)
NA
583 714 988.90
361 234 056.64
3 110 523 649.15
124 028 649.08
3 566 219 438.48
3 066 873 500.15
524 786 747.85
2 938 000 000.00
1 126 574 023.79
8 331 600 000.00
6 929 098 812.67
3 343 696 163.53
5 588 646 520.68
1 855 400 000.00
42 878 274 907.00
455 712 237.06
11 402 842 290.00
5 936 157 615.33
Transferts (% PIB)
(% PIB)
NA
1.65
6.60
23.18
3.26
0.25
22.20
0.85
1.45
3.07
10.57
2.55
3.38
23.45
14.70
3.98
0.86
14.69
24.09
Source : Les données proviennent de la Banque Mpndiale.
En considérant, dans le cas de notre étude, l’opinion d’un panel d’experts qui connaissent
l’économie haı̈tienne et le comportement des ménages, la nourriture est notée comme étant le
principal usage que font les bénéficiaires des transferts envoyés en Haı̈ti (voir la Figure 3.6).
Suivant un score, sur 10, calculé à partir du classement que font les experts des différents usages
des transferts, la nourriture est placée en première position. Le résultat de l’opinion des experts
concorde avec ceux des études citées précédemment. Les bénéficiaires de transferts les utilisent
principalement pour la consommation de produits alimentaires.
En augmentant la consommation des ménages, les transferts contribuent, d’une certaine
manière, à la réduction de la pauvreté. En fait, c’est l’augmentation de leurs revenus qui leur
permet d’augmenter leur consommation de produits alimentaires. En fait, l’augmentation du revenu contribue généralement à la réduction de la pauvreté (Azam et al., 2016). Toutefois, nous
comprenons que les pauvres qui bénéficient des transferts peuvent demeurer vulnérables, s’ils n’arrivent pas à augmenter leurs autres sources de revenus. Car, d’un point de vue microéconomique,
si celui qui généralement envoie des transferts à un ménage n’en expédie plus, ce dernier peut
voir sa situation socioéconomique se détériorer.
Cependant, lorsque les transferts sont utilisés pour financer l’accès à l’éducation, leur impact
sur la réduction de la pauvreté peut être durable. Car, l’accès à l’éducation peut contribuer
à l’augmentation du revenu des pauvres. En ce sens, certaines études révèlent que l’éducation
contribuent à la réduction de la pauvreté(Gounder et Xing, 2012; Awan et al., 2011). En Haı̈ti,
l’accès à l’éducation gratuite est faible. Les ménages sont donc obligés d’investir pour accéder à
36
Chapitre 3. Flux de transferts
Figure 3.6 – Classement de l’usage des transferts, selon un panel d’experts
l’éducation. En ce sens, suivant le classement des experts consultés dans le cadre de notre étude,
l’éducation se retrouve en deuxième position, en termes d’usage des transferts envoyés en Haı̈ti.
Ce résultat est similaire à ceux de Cadet et Emile (2016) et Orozco (2006). Il en est de même de
l’étude de Bredl (2011) qui souligne que l’impact des transferts sur l’accès à l’éducation s’explique
par la diminution des contraintes budgétaires auxquelles font face les ménages pauvres.
En contribuant à augmenter l’accès à l’éducation, les transferts peuvent contribuer à la
réduction de la pauvreté. Cependant, il faut nuancer en considérant la qualité de l’éducation auquel les pauvres bénéficiant de transferts peuvent avoir accès. Puisque, dans les faits, l’éducation
n’est pas gratuite en Haı̈ti, la qualité de l’éducation à laquelle les pauvres ont accès est faible,
comme le révèle Gedro et al. (2021). Or, en moyenne nous estimons le montant d’un transfert
reçu en Haı̈ti $163.63 (voir le Tableau 3.1). Certains bénéficiaires transferts peuvent ne pas être
en mesure de payer une école dispensant une éducation de meilleure qualité en dépit des fonds
reçus de leurs proches se trouvant dans la diaspora.
Après l’éducation, le paiement du loyer constitue l’un des principaux usages des transferts en
Haı̈ti, suivant l’opinion des experts (voire la Figure 3.6). Ce résultat est similaire à celui de Cadet
et Emile (2016). Par contre, l’étude de Orozco (2006) révèle que la santé arrive immédiatement
avant le logement, en termes de classement des usages des transferts. En ce qui concerne nos
résultats, les experts classent la santé immédiatement après le loyer. En tout cas, le loyer et
3.4. Usage des transferts et réduction de la pauvreté
37
Figure 3.7 – Evolution des transfert et de la pauvreté
l’accès à la santé figurent aussi parmi les principaux usages des transferts.
En ce qui concerne la santé, on sait qu’elle contribue au renforcement du capital humain.
Or, le niveau de capital humain contribue à l’augmentation du revenu des ménages. En ce
sens, en contribuant à l’augmentation de l’accès des ménages à la santé, les transferts peuvent
contribuer à la réduction de la pauvreté. Gounder et Xing (2012) révèle que la santé contribue à
la réduction de la pauvreté. Le travail de Gounder et Xing (2012) se focalise davantage sur les
mesures préventives, montrant que l’éducation affecte le comportement préventif des ménages.
Les résultats de l’étude de Olopade et al. (2019), considérant les pays de l’OPEC révèle un
résultat similaire, montrant que l’interaction du niveau d’éducation avec la santé contribue à la
réduction de la pauvreté dans ces pays. L’éducation et la santé constituent donc des éléments
complémentaires à considérer dans la formulation de stratégies de réduction de la pauvreté.
Lorsque nous considérons la Figure 3.7, nous remarquons qu’à un certain moment la pauvreté
tendait à diminuer tandis que les transferts augmentaient. Toutefois, cette période est très courte
et comporte des valeurs extrêmes qui peuvent en ce qui concerne l’estimation de la pauvreté.
Pour le reste de chacun des graphiques de la Figure 3.7, la relation entre les transferts et la
pauvreté parait ambiguë. Lorsque nous considérons le niveau de corrélation entre la pauvreté
et les transferts, nous obtenons des valeurs relativement importantes et négatives, suggérant
que l’une des variable augmente tandis que l’autre diminue. Evidemment, il faut souligner que
nous utilisons des données sur une courte période, soit de 2012 à 2019. Ce serait mieux de
38
Chapitre 3. Flux de transferts
pouvoir faire ces calculs avec des données sur une plus longue période. Mais, pour avoir de
meilleurs résultats, nous calculons l’intervalle où se trouve la corrélation entre les transferts et la
pauvreté 2 . L’intervalle relatif respectivement aux seuils de pauvreté monétaire de $1.90 et $3.20
est indiqué dans la Figure 3.7.
En tout cas, ce n’est pas dans tous les cas que les transferts réduisent la pauvreté en Haı̈ti,
comme le révèle l’étude de Cardozo et al. (2019). En fait, les résultats de Cardozo et al. (2019)
indiquent que les transferts contribuent à la réduction de l’extrême pauvreté en Haı̈ti tandis que
ce n’est pas le cas pour la pauvreté modérée. Quant à l’étude de Gilbert (2013), elle révèle que
les transferts réduisent de 17 points la probabilité qu’un ménage soit en situation de pauvreté. Il
faut noter que Gilbert (2013) ne conclut pas que les transferts contribuent à la réduction de la
pauvreté. D’ailleurs, ses résultats révèlent que le revenu de ceux qui reçoivent les transferts sont
approximativement le double de celui des ménages qui n’en reçoivent pas. Donc, si les résultats de
Cardozo et al. (2019) révèlent un certain impact des transferts sur la réduction de la pauvreté en
Haı̈ti, ceux de Gilbert (2013) indiquent que ce ne sont pas surtout les plus pauvres qui reçoivent
les transferts.
Bien que nos résultats révèlent une certaine association linéaire entre la pauvreté et les transferts, nous n’avons pas pu vérifier l’évidence statistique d’un lien de causalité entre ces deux
variables. Dans les tests de causalité dont les résultats figurent au chapitre 4, nous n’avons pas
ajouté les variables pour lesquelles nous disposons de peu de données. C’est le cas des deux
indicateurs de pauvreté monétaire.
3.4.2
Transferts destinés à l’entrepreneuriat
Bien qu’il s’agit d’opinion d’experts, les résultats ne révèlent aucune surprise en ce qui
concerne les premiers usages des transferts. Ils sont cohérents avec ceux que l’on retrouve dans
la littérature mentionnée précédemment. De plus, le classement de l’entrepreneuriat et l’épargne
au bas de l’échelle correspond aux résultats du travail de Oscar (2003) qui révèle que les immigrants haı̈tiens à Montréal (Canada) reconnaissent que les transferts envoyés en Haı̈ti ne sont
pas investis dans des activités rentables, indiquant d’ailleurs qu’il ne s’agit pas de la finalité des
transferts.
La Figure 3.8, montre que suivant le panel d’experts les transferts destinés aux activités entrepreneuriales prennent surtout la forme de marchandises envoyées en Haı̈ti par la diaspora. En
fait, l’estimation de la valeur des marchandises envoyées par la diaspora est plus importante que
celle des transferts de fonds destinés aux activités entrepreneuriales. Suivant le Tableau 3.5, en
moyenne, la valeur monétaire des marchandises est estimée à 416.08 millions de dollars américains
tandis que les transferts de fonds destinés à l’entrepreneuriat sont estimés, en moyenne, à 197.19
2. Nous calculons l’intervalle de confiance, à 95%, utilisant l’approche bootstrap, en répliquant le calcul 999
fois. L’intervalle relatif à chacun des seuils de pauvreté est calculé par la méthode des percentiles.
3.4. Usage des transferts et réduction de la pauvreté
39
Figure 3.8 – Evolution des transferts de fonds destinés à des activités d’entrepreneuriat et de
la valeur monétaire des transferts de marchandises
millions de dollars américains. 3 En fait, en moyenne, l’estimation des transferts de fonds annuelles destinés à l’entrepreneuriat se situent entre 121.77 millions et 290.32 millions de dollars
américains. En ce qui concerne la valeur monétaire des marchandises, l’estimation de sa moyenne
annuelle se trouvent dans l’intervalle compris entre 269.59 millions et 609.78 millions de dollars
américains. En total, les transferts envoyés en Haı̈ti, au cours des années 2000 à 2020, s’élèvent
à 34.89 milliards de dollars.
Conclusion
Ce chapitre a analysé les flux de transferts de fonds envoyés en Haı̈ti au cours des années
2000 à 2019. L’approche adoptée dans le cadre de ce chapitre est surtout graphique, pour essayer
de comprendre l’évolution des flux de transferts. L’opinion d’un panel d’experts a servi, dans ce
chapitre, à l’estimation de l’intervalle de confiance de la moyenne de la valeur monétaire des
transferts de marchandises aussi bien que de celle du volume de transferts de fonds destinés aux
activités l’entrepreneuriales.
3. Comme indiqué dans la méthodologie, ces estimations sont réalisées sur la base de l’opinion d’un panel de
30 experts.
40
Chapitre 3. Flux de transferts
Tableau 3.5 – Estimation des moyennes et intervalles de confiance (à 95%) des transferts
annuels
Indicateurs
Pourcentage des transferts de fonds destinés à l’entrepreneuriat
Ratio des transferts de marchandises sur les transferts de fonds (en %)
Transferts de fonds 2000-2020 (millions de USD)
Transferts de fonds destinés à l’entrepreneuriat (millions USD)
Valeur monétaire des transferts de marchandises (millions USD)
Total des transferts 2000-2020 (milliards USD)
Moyennes
11.90
25.00
1661.31
197.19
416.08
Intervalles
[9.30 - 14.35]
[20.59 - 30.14]
[1309.34 - 2023.17]
[121.77 - 290.32]
[269.59 - 609.78]
34.89
Note : Les données des transferts annuelles proviennent de la Banque Mondiale ; celles des marchandises et des fonds destinés à
l’entrerpreneuriat sont calculés sur la base des estimations des pourcentages indiqués dans ce tableau. Quant aux pourcentages,
ils sont estimés à partir de l’opinion d’un panel d’expert.
L’analyse graphique du flux de transferts de fonds envoyés en Haı̈ti révèle qu’ils sont surtout
motivés par l’altruisme, leur principale usage étant la consommation alimentaire. En fait, c’est
généralement le cas dans les pays à faible revenu ; les transferts reçus sont surtout motivés par
l’altruisme (Nishat et Bilgrami, 1993). De plus, le chapitre révèle que les dépenses d’éducation,
de loyer et de santé figurent aussi parmi les principaux usages des transferts reçus en Haı̈ti.
En ce sens, les transferts ont un impact sur le développement durable, augmentant l’accès à
l’alimentation, à l’éducation et à la santé.
Bien que la littérature révèle que l’éducation contribue à la réduction de la pauvreté, considérant
des données pour dix années, nous n’avons pas trouve d’évidence statistique révélant que les
transferts pourraient contribuer a la réduction de la pauvreté. Il est possible que les résultats
soient différents avec des données pour une plus longue période. Toutefois, il faut noter que
ces résultats se rapprochent de ceux d’autres études portant sur Haı̈ti, montrant l’impact des
transferts sur la réduction de la pauvreté ne concerne qu’une frange des pauvres.
Ce chapitre révèle aussi que bien que les Etats-Unis d’Amérique constituent le plus important
expéditeur de transferts vers Haı̈ti, au cours de ces dernières années, d’autres pays ont pris de
l’importance dans ce classement. Il s’agit du Chili et du Brésil, à la suite d’une vague de migration
vers ces deux pays. Bien que les transferts en provenance du Chili soient plus importants que
ceux qui proviennent de la République Dominicaine, ces derniers tendent à augmenter alors
que les premiers tendent à stagner. La proximité d’Haı̈ti avec la République Dominicaine facilite
l’augmentation de la migration des haı̈tiens vers cette dernière. La frontière terrestre entre les deux
pays, en plus de faciliter la migration, peut aussi faciliter l’envoie de transferts dans des circuits
informels, engendrant une sous-estimation significative des transferts de fonds en provenance de
la République Dominicaine. L’étude de Orozco (2006) souligne que certains entrepreneurs qui
opèrent sur la frontière haı̈tiano-dominicaine jouent, de manière informelle, le rôle d’intermédiaires
financiers, offrant des services de transferts de fonds et même du crédit.
Il est donc possible que le classement de la République Dominicaine parmi les pays expéditeurs
de transferts de fonds vers Haı̈ti ne corresponde pas à la réalité. Pour mieux comprendre l’évolution
des transferts de fonds en provenance de la République Dominicaine, il faudrait prendre en
3.4. Usage des transferts et réduction de la pauvreté
41
compte les fonds qui transitent par les circuits informels, ces fonds pouvant être très importants¿
D’ailleurs, Orozco (2006), considérant un échantillon de 300 expéditeurs de transferts de la
République Dominicaine vers Haı̈ti, a trouvé que 55.6% de ces fonds transitent par la famille et des
amis, pour arriver à leurs bénéficiaires. Ce chapitre, ne prenant pas en compte ces montants pour
lesquels des données n’existent pas, il faut considérer le classement de la République Dominicaine
avec prudence, sachant qu’il est possible que ce pays soit mieux classé comme expéditeur de
transferts vers Haı̈ti. De plus, bien que OCDE (2017) note que la plupart des haı̈tiens qui émigrent
en République Dominicaine soient peu qualifiés, avec la crise électorale de 2015 qui s’est aggravé
en juillet 2018, avec les premiers jours de pays-lock, des professionnels haı̈tiens, incluant des
entrepreneurs, tendent à s’installer en République Dominicaine.
Alors que des circuits informels peuvent être utilisés pour l’envoie de transferts en Haı̈ti, le
coût des circuits formels figure parmi les plus élevés de la région Amérique Latine et Caraı̈bes
(ALC). Il faudrait donc faire baisser le coût en vue d’augmenter les transferts qui transitent par
les circuits formels. En ce sens, la compétition, notamment avec l’utilisation de la technologie,
peut contribuer à réduire le coût des transferts.
42
Chapitre 3. Flux de transferts
Chapitre 4
Déterminants et impacts des transferts
de fonds : liens avec l’économie et le
développement durable
Introduction
Ce chapitre vise à identifier les déterminants de l’évolution des transferts de la diaspora
reçus en Haı̈ti et les variables sur lesquelles ils ont un impact. Pour atteindre cet objectif, nous
réalisons des tests de causalité au sens de Granger ; ces tests nous permettent de vérifier si une
variable cause une autre. Cette approche est aussi utilisée par Ali et al. (2018) et en partie par
Dupont (2018), pour identifier des liens de causalité entre les transferts et d’autres variables.
Nous recherchons des liens de causalité avec des variables macroéconomiques aussi bien qu’avec
des indicateurs de développement durable 1 . Pour ce chapitre, les données utilisées couvrent la
période allant de 2000 à 2019. Nous n’arrivons pas jusqu’en 2020, en raison de la disponibilité de
certaines données. Les résultats sont présentés sous la forme graphique d’un réseau, permettant de
visualiser les liens de causalité au sens de Granger qui peuvent exister directement et indirectement
entre les variables.
Bien que nos résultats révèlent que les transferts affectent le PIB des secteurs secondaire et
tertiaire, à travers le canal du crédit au secteur privé, nous n’avons pas trouvé d’évidence statistique d’un lien direct avec la croissance et le PIB per capita. Le lien de causalité entre les
transferts et la croissance pourrait probablement être significatif si l’entrepreneuriat et l’investissement constituaient le principale usage des transferts. Or, le chapitre 3 révèle que la principale
utilisation des transferts est la consommation. En termes d’implication de ces résultats, il est
nécessaire de mobiliser les fonds de la diaspora vers le financement de projets pouvant contribuer
à la croissance et au développement durable.
Le chapitre est organisé en quatre sections. La première, qui suit cette introduction, fait une
analyse graphique des liens entre les transferts et certaines variables macroéconomiques. La
1. La liste des variables figure au chapitre 1 qui porte sur la méthodologie (voir la page 9).
43
44
Chapitre 4. Déterminants et impacts des transferts
Figure 4.1 – Evolution de certaines variables macroéconomiques en fonction des transferts
deuxième traite du test de stationnarité. La troisième section présente les résultats relatifs aux
liens de causalité au sens de Granger entre les transferts et les variables macroéconomiques, alors
que la quatrième considère les liens de causalité avec les indicateurs de développement durable.
4.1
Les
transferts
et
certaines
variables
croéconomiques : une analyse graphique
ma-
Bien avant de considérer les résultats des tests de causalité, au niveau de cette section nous
faisons une brève analyse graphique des liens qui peuvent exister entre les transferts et certaines
variables macroéconomiques. Les variables macroéconomiques considérées sont au nombre de
six : les trois principaux comptes de la balance des paiements, l’investissement direct étranger
(IDE), l’aide publique au développement, et le crédit au secteur privé. La Figure 4.1 présente
l’évolution de ces variables en fonction des transferts. Les lignes en rouge indiquent les tendances
des relations des variables macroéconomiques avec les transferts.
Lorsque l’on considère les comptes courant et capital, de la balance des paiements, leur lien
respectif avec les transferts est ambiguë. En fait, la visualisation des graphiques (a) et (b) de
la Figure 4.1 ne permettent pas d’assumer un lien avec les transferts. Par contre, le compte
financier semble avoir un lien plus stable avec les transferts. Ce lien parait faible, mais positif.
En ce qui concerne l’IDE, la tendance de sa relation avec les transferts ne permet pas d’assumer
une quelconque relation.
4.2. Test de stationnarité
45
Quant au crédit au secteur privé, le graphique (f) de la Figure 4.1 révèle visuellement un certain
lien positif avec les transferts. Les transferts feraient donc augmenter le crédit au secteur privé.
Cette relation peut s’expliquer par l’augmentation de la capacité des institutions financières à
offrir du crédit. Nous nous attendons, pour le test de causalité à trouver un lien de causalité
entre les transferts et le crédit au secteur privé, tenant compte la tendance de l’évolution de ces
variables.
4.2
Test de stationnarité
Le test de Dickey-Fuller Augmenté est implémenté en vue de vérifier si les variables utilisées
dans ce chapitre sont stationnaires. Car, il faut réaliser le test de causalité de Granger sur des
variables stationnaires. En réalisant ledit test, il n’y a que quelques variables macroéconomiques à
être stationnaires en niveau. Le test a donc été repris avec les variables transformées en différence
première. Même avec cette transformation, certaines variables macroéconomiques sont encore
non stationnaires. Ce n’est que lorsque les variables macroéconomiques sont transformées en
différence deuxième qu’elles sont toutes stationnaires.
Avec les indicateurs de développement durable, nous réalisons aussi le test de stationnarité.
Même en différence deuxième, deux des indicateurs ne sont pas stationnaires. Ces indicateurs
concernent l’ODD 3, portant sur la santé. L’un a rapport avec la tuberculose et l’autre avec
la vaccination. Ces deux indicateurs ne sont donc pas utilisés pour le test de causalité. Nous
retenons alors 14 indicateurs de développement durable, pour analyser leurs liens de causalité
avec les transferts.
4.3
Lien entre les transferts et l’économie
Les variables transformées en différence deuxième sont utilisées pour réaliser les tests de causalité au sens de Granger. Ce test est réalisé pour tous les binômes de variables possibles, mais
dans les deux directions. Nous l’expliquons ; pour un binôme de variables A et B, le test de
causalité est réalisé dans les deux sens : A−→B et B−→A. Car il est possible qu’une variable
soit déterminée par une autre sur laquelle elle a aussi un impact. Ainsi, pour 30 variables macroéconomiques, nous avons testé les 435 binômes possibles, dans une direction, et les mêmes
435 binômes en modifiant la direction de la causalité testée. Ce qui fait un total de 870 tests de
causalité réalisés pour les variables macroéconomiques.
Nous pourrions réaliser uniquement les tests de causalité relatifs aux binômes dont l’une des
variables est l’évolution des transferts. A ce moment nous aurions pu identifier seulement les
variables qui ont un lien de causalité avec les transferts. Or, il est possible qu’il y ait des liens de
causalité entre deux variables qui transitent par d’autres. C’est pourquoi nous considérons tous
les binômes de variables possibles, pour réaliser le test de causalité au sens de Granger. Nous
retenons les causalités significatives aux seuils de 5% et de 10%. Les résultats qui répondent
à ces critères de significativité sont représentés par un réseau de relations de causalité (voir la
46
Chapitre 4. Déterminants et impacts des transferts
Figure 4.2) . Bien que toutes les relations de causalité soient présentées dans la figure, nous nous
focalisons sur ceux qui ont un rapport avec les transferts de fonds.
Figure 4.2 – Réseau de causalités significatives entre les indicateurs macroéconomiques, incluant les transferts
La Figure 4.2 présente les résultats des tests de causalité sous la forme d’un réseau, permettant
de voir les liens de causalité entre toutes les variables macroéconomiques, incluant les transferts.
Pour plus de lisibilité, nous présentons dans le Tableau 4.1 uniquement les résultats relatifs aux
causalités significatives qui ont rapport aux transferts de fonds de la diaspora 2 . Selon les résultats,
il y a 13 liens de causalité entre les transferts et des variables macroéconomiques et un lien de
causalité avec un seul des indicateurs de développement durable considérés.
Suivant les résultats, les transferts ont un impact sur la consommation des ménages tandis
qu’ils n’affectent pas les dépenses de consommation du gouvernement. Ce résultat est cohérent
2. A l’annexe I, nous présentons les résultats de toutes les causalités significatives, même lorsqu’il s’agit de
binômes pour lesquels la variable des transferts n’est pas incluse.
4.3. Lien entre les transferts et l’économie
47
Tableau 4.1 – Variables ayant au moins un lien de causalité,
au sens de Granger, avec les transferts de fonds
Variables
transf
cons men
transf
tc
transf
M2
transf
creBk priv
transf
cre priv
transf
sdg3 hiv
cons men
transf
tc
transf
M2
transf
M3
transf
bp Fin
transf
creBk priv transf
cre priv
transf
Probabilité
0.05
0
0.04
0.03
0.03
0
0.05
0.02
0.04
0.05
0.07
0.02
0.03
Seuil de 5%
Seuil de 10%
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
Note : 5% et 10% indiquent les seuils de significativité des liens de causalité. Il faut lire
les résultats comme suit : pour une ligne du tableau, la variable de la première colonne
cause, au sens de Granger, celle de la deuxième colonne. Cela veut dire que la variable
de la première colonne a un impact sur (ou détermine) celle de la deuxième colonne.
avec ceux du chapitre 3 qui indiquent que les transferts sont utilisés principalement pour les
dépenses de nourriture. Donc l’impact des transferts sur la consommation des ménages n’est pas
uniquement microéconomique, il l’est aussi au niveau macroéconomique. La consommation des
ménages est aussi un déterminant des transferts de fonds de la diaspora, suivant les résultats de
l’étude. Ce résultat est similaire à celui de Alper et Neyapti (2006) qui considère le cas de la
Turquie.
Les transferts ont aussi un impact sur le taux de change et l’agrégat monétaire M2. Le travail
de Augustin et Prophète (2019) avait aussi révélé l’impact des transferts sur le taux de change,
considérant le cas d’Haı̈ti. Il en est de même pour l’étude de Amuedo-Dorantes et al. (2010)
qui considérait plusieurs pays en développement. Nous n’avons pas retrouvé d’études considérant
l’impact des transferts sur la masse monétaire. Suivant les résultats de notre étude, la causalité
des transferts avec l’agrégat monétaire M2, mesurant la masse monétaire, est bidirectionnelle.
De même, la causalité des transferts avec le taux de change est bidirectionnelle. Il en est de
même de l’agrégat monétaire M2 et du taux de change. Quant à l’agrégat monétaire M3, suivant
l’évidence statistique il est un déterminant des transferts.
Bien que M2 soit un agrégat de la masse monétaire, il faut souligner que sa différence d’avec
l’agrégat M1 constitue l’épargne des déposants. Or, nous n’avons pas trouvé d’évidence statistique
indiquant un lien de causalité entre les transferts et M1, mais nous en avons trouvé pour M2.
En ce sens, M2 que nous pouvons considérer comme un proxy de l’épargne, est expliqué par les
transferts. Pour être plus claire, nous avons donc trouvé de l’évidence statistique indiquant que
les transferts ont un impact sur l’épargne.
48
Chapitre 4. Déterminants et impacts des transferts
Suivant les résultats, les transferts ont un impact sur le crédit au secteur privé aussi bien que le
crédit bancaire au secteur privé. Ces causalités étant bidirectionnelles, ces variables affectent aussi
les transferts de fonds de la diaspora. En ce qui concerne la balance des paiements, seulement
le compte financier a un lien de causalité avec les transferts. Suivant l’évidence statistique, il
détermine l’évolution des transferts.
La variable proxy de la politique monétaire, à savoir le taux d’intérêt sur les bons à 91 jours
de la BRH, n’a aucun lien de causalité, au sens de Granger, avec les transferts. Il en est de
même pour l’investissement direct étranger (IDE) et l’aide publique au développement (APD).
Contrairement à nos résultats, Dupont (2018) révèle un lien de causalité entre les transferts et
l’IDE. Et pourtant, les deux études appliquent le même test de causalité. Alors que la présente
étude couvre la période allant de 2000 à 2019, les données utilisées par Dupont (2018) portent
sur les années 1995 à 2015. Les échantillons sont donc différents. Il est possible que ce soit
la cause de cette divergence dans les résultats. En ce qui concerne l’APD, nos résultats sont
similaires ceux de Dupont (2018) : nous n’avons pas trouvé d’évidence statistique indiquant un
lien de causalité entre cette variable et les transferts. Cependant, ce résultat est différent de celui
de Amuedo-Dorantes et al. (2010) qui révèle que les transferts ont un impact sur l’APD, dans
les petits pays en développement.
Le PIB per capita, qui peut être considéré comme un proxy du revenu des ménages, aussi bien
que la croissance du PIB n’ont aucun lien de causalité avec les transferts. C’est aussi le cas des
résultats de Dupont (2018) qui ne révèlent non plus aucun lien de causalité entre les transferts
et le PIB per capita et la croissance, en Haı̈ti. Quant à l’étude de Ali et al. (2018), qui considère
un panel de plusieurs pays, ses résultats révèlent une causalité bidirectionnelle entre les transferts
de fonds reçus en Haı̈ti et la croissance du PIB. Pour les pays de l’Afrique considérés dans l’étude
de Cazachevici et al. (2020) les transferts affectent l’évolution de la croissance. Par contre, la
même étude révèle le contraire pour les pays de l’Asie. Probablement l’impact des transferts n’est
pas direct sur la production et la croissance parce-que ces fonds sont généralement destinés à
la consommation et non à l’investissement, comme nous l’avons vu au chapitre 3. D’ailleurs, les
résultats de l’étude révèlent que les transferts ont un impact sur la consommation des ménages.
Sachant que les bénéficiaires des transferts utilisent une partie des fonds pour la consommation de
nourriture, on pourrait s’attendre à observer un lien entre les transferts et le PIB primaire. Mais,
ce n’est pas le cas, probablement à cause de l’importation de beaucoup de produits alimentaires.
Les résultats de l’étude révèlent un lien indirect entre les transferts et la production. En fait,
alors que nos résultats révèlent que les transferts affectent le crédit au secteur privé, ce dernier a
un impact sur le PIB du secteur secondaire et celui du secteur tertiaire. En ce sens, les transferts
ont un impact sur le PIB des secteurs secondaire et tertiaire, par le biais de son impact sur
le crédit au secteur privé. Ce résultat est cohérent avec la théorie économique qui stipule que
le crédit affecte la production, notamment lorsqu’il est destiné à l’investissement. L’impact des
transferts sur le crédit bancaire est aussi révélé par d’autres études. C’est le cas, par exemple, du
travail de Ajide (2019) qui étudia le Nigeria. C’est aussi le cas des résultats de l’étude de Brown
et Carmignani (2015) qui considéra un panel d’économie en développement et émergents.
4.4. Lien entre les transferts et le développement durable
49
L’impact des transferts sur le crédit au secteur privé ou plus précisément sur le crédit bancaire
peut être révélateur du comportement des bénéficiaires qui ne consommeraient pas entièrement les
fonds reçus, déposant une partie dans le système financier, augmentant ainsi le niveau de liquidité
des institutions de dépôts et de crédit. C’est aussi cette explication que fournit Muktadir-Al-Mukit
et Islam (2016), pour expliquer l’impact des transferts sur le crédit bancaire au Bangladesh. On
peut noter que l’évidence statistique qui résulte de notre travail indique que le crédit au secteur
privé est déterminé par les transferts, alors que la production du secteur secondaire et celle du
secteur tertiaire sont déterminées par le crédit au secteur privé. En ce sens, les résultats de l’étude
révèlent non seulement que le lien entre les transferts et le PIB des secteurs secondaire et tertiaire
transite par le canal du crédit, ils indiquent aussi que le secteur primaire n’est pas une priorité
des institutions de crédit et éventuellement du secteur privé non plus.
Les transferts ont aussi un impact indirect sur d’autres variables. C’est le cas du des IDE
et de la formation brute de capital fixe qui sont déterminés par l’agrégat monétaire M2, alors
que les transferts affectent M2. Donc, suivant nos résultats, l’impact des transferts sur les IDE
et la formation brute de capital fixe transite par M2. L’inflation expliquant significativement la
formation brute de capital fixe et le compte courant de la balance des paiements révèle d’autres
liens indirects avec les transferts. Il en est de même de l’agrégat monétaire M3 qui est expliqué
par le taux de change. Nous soulignons aussi un lien indirect identifié par nos résultats entre
l’aide au développement et les transferts. L’aide au développement a un impact sur le crédit au
secteur privé, tandis que ce dernier détermine l’évolution des transferts.
4.4
Lien entre les transferts et le développement durable
En ce qui concerne les liens de causalité entre les transferts et les indicateurs de développement
durable, pour 14 indicateurs de développement durable et la variable des transferts, nous avons
réalisé 210 tests de causalité. En fait, il s’agit de 105 binômes de variables pour lesquels le test
de causalité est réalisé dans une direction, puis dans la direction opposée. Suivant la Figure
4.3, les transferts ont un impact sur le nombre de nouveaux cas de VIH/SIDA. En fait, il s’agit
de l’unique cas de causalité des transferts avec l’un des indicateurs de développement durable
considérés dans l’étude.
Bien que nous n’ayons retrouvé qu’un seul lien de causalité entre les transferts et les indicateurs
de développement durable, ils affectent d’autres indicateurs indirectement, en transitant par des
canaux économiques. C’est le cas de l’émission de CO2 qui est causé au sens de Granger par le
crédit bancaire, alors que ce dernier est causé par les transferts (voir la Figure 4.4 et l’annexe
I). Donc en plus du nombre de nouvelles infections au VIH, pour 1000 habitants non infectés,
sur lequel les transferts ont un impact, ils affectent aussi l’émission du dioxyde de carbone
indirectement.
50
Chapitre 4. Déterminants et impacts des transferts
Conclusion
Ce chapitre entendait identifier les variables qui déterminent l’évolution des transferts et celles
sur lesquelles ils ont un impact. Nous avons recherché les liens de causalité entre les transferts
et d’autres variables macroéconomiques et des indicateurs de développement durable, à partir du
test de causalité au sens de Granger. Les résultats révèlent un impact indirect des transferts sur
le PIB des secteurs secondaire et tertiaire. Cet impact indirect transite par le crédit au secteur
privé, variable sur lequel les transferts ont un impact. Le chapitre révèle aussi que les transferts
sont déterminés, entre autres, par la consommation des ménages, suggérant implicitement que les
transferts sont envoyés pour répondre aux demandes des ménages adressées à la diaspora, en vue
de subvenir à des besoins de consommation. En fait, il s’agit réellement d’une pratique en Haı̈ti
que des ménages sollicitent des transferts de leurs proches qui évoluent à l’étranger. D’ailleurs,
les résultats la présente étude révèlent aussi un impact des transferts sur la consommation des
ménages.
L’impact indirect des transferts sur la production aussi bien que leur impact direct sur la
consommation confirme la nécessité de mobiliser les fonds de la diaspora pour financer des projets
à effets multiplicateurs dans l’économie. Si les transferts étaient utilisés à des fins d’investissement
dans des projets porteurs, ils auraient pu avoir un impact direct sur la production et la croissance,
vu leur poids élevé dans le PIB. Leur impact direct sur la consommation des ménages, bien qu’il
puisse contribuer à la réduction de la pauvreté, ne permet pas aux transferts d’avoir un impact
plus durable sur l’économie. Il importe de mobiliser ces fonds vers le financement de la croissance
et du développement durable.
Les transferts affectent aussi l’épargne. Et l’épargne affecte la formation brute de capital fixe.
Or, ceci est possible en l’absence de produits financiers qui ciblent la diaspora. Alors, l’épargne
pourrait augmenter si des produits financiers adaptés aux besoins de la diaspora et de leurs
proches. Il importe donc de promouvoir le développement de tels produits financiers
4.4. Lien entre les transferts et le développement durable
51
Figure 4.3 – Réseau de causalités entre les transferts et des indicateurs de développement
durable
52
Chapitre 4. Déterminants et impacts des transferts
Figure 4.4 – Réseau de causalités entre les transferts, des indicateurs macroéconomiques et
de développement durable
Chapitre 5
Mobilisation des fonds de la diaspora
vers le financement du développement
durable
Introduction
Le chapitre 4 a montré qu’en dépit du fait que les transferts de fonds de la diaspora soient utiles
à des ménages, leur permettant de faire face aux dépenses liées à l’alimentation, à l’éducation,
au loyer du logement et à la santé, nous n’avons pas trouvé d’impact direct sur la croissance
économique. En ce qui concerne la production, les transferts affectent indirectement les secteurs
secondaire et tertiaire de l’économie, par le biais du crédit au secteur privé. Il importe donc
d’identifier des stratégies pouvant permettre de mobiliser ces fonds au profit de la croissance et
du développement durable. Ce chapitre adresse cette question, traitant des principales pratiques
de mobilisation de fonds de la diaspora au profit de la collectivité, dans leurs pays d’origine.
Ce chapitre présente non seulement les pratiques d’autres pays, mais aussi quelques expériences
haı̈tiennes. Il traite aussi des obstacles liés à l’adaptation des pratiques abordées, tenant compte
du contexte haı̈tien. En ce qui concerne les pratiques de la diaspora haı̈tienne, leur principale
faiblesse, le manque de regroupement de petites associations disposant de peu de ressources, est
abordé aussi dans ce chapitre. Les analyses qui y figurent montrent qu’en dépit de la motivation de
la diaspora à investir en Haı̈ti, comme le prouvent les initiatives déjà prises en ce sens, certaines
conditions sont nécessaires pour mobiliser leurs fonds pour financer la croissance économique
et le développement durable. Un autre travail réalisé par la Direction des Etudes Economiques
(DEE) du MEF présente une liste de pratiques de plusieurs pays pour bénéficier non seulement des
transferts de fonds de la diaspora, mais aussi pour faciliter un transfert de savoir et de savoir-faire
avec leur retour au pays d’origine (DEE, 2014).
Le chapitre est organisé en six sections. La première traite des transferts collectifs, s’appuyant
sur l’exemple du programme Mexicain 3 pour 1 (3×1). La deuxième section aborde la question
de l’entrepreneuriat et des investissements de la diaspora dans le pays d’origine. Les transferts
53
54
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
de connaissances sont considérés au niveau de la troisième section. Puis, nous considérons, à la
quatrième section, la technologie. La cinquième section traite de la taxation des transferts en
Haı̈ti. Puis, nous considérons, à la sixième section, les obstacles à la mobilisation de fonds de la
diaspora haı̈tienne au profit de la croissance et du développement durable.
5.1
Transferts collectifs
Le programme Mexicain 3×1 est l’une des stratégies de mobilisation de transferts de la
diaspora vers le développement les plus considérées dans la littérature. Probablement ceci résulte
d’une perception de l’important impact du programme dans le développement durable, et aussi
de l’importance du volume de fonds qui transite par le programme. Le programme 3×1 résulte
de l’expérience de deux précédents programmes, comme le souligne Aparicio et Meseguer (2012).
Il s’agit du programme 1×1 qui débuta en 1986, où l’Etat de Zacatecas, au Mexique, s’engagea
à doubler les fonds envoyés par la Fédération des Clubs de Zacatecans. Puis, le gouvernement
fédéral mexicain s’impliqua dans le programme en y contribuant aussi pour un dollar, pour chaque
dollar envoyé par les migrants. Avec l’implication du gouvernement fédéral naquit le Programme
de Solidarité entre les Mexicains, connu aussi sous le nom de programme 2×1 (Aparicio et
Meseguer, 2012).
En ce qui concerne le programme 3×1, pour chaque dollar apporté par les associations de
migrants au financement d’un projet, le gouvernement fédérale, l’Etat et la municipalité où il
sera implémenté contribuent chacun pour un dollar (Lanly, 2002). Ces projets concernent, entre
autres, l’électricité, l’eau, l’assainissement, le pavage et la maintenance d’une route (DuquetteRury, 2014; Aparicio et Meseguer, 2012; Lanly, 2002). L’institutionnalisation des relations avec
les migrants, fait remarqué Lanly (2002), est renforcée par l’établissement de représentations de
certains Etats du Mexique, tel que celui de Zacatecas, dans plusieurs villes américaines.
Il est certain que les programmes de transferts collectifs, comme ceux susmentionnés, facilitent
la création de biens publics et un plus large accès à des services peu ou pas accessibles aux pauvres.
Mais, ils exigent de la transparence et une bonne communication dans la gestion des fonds, pour
maintenir la confiance et s’assurer de la poursuite de l’implication des migrants Goldring (2004).
En ce sens, une étude de Malone et Durden (2018) révèle que la réplication du programme 3×1
à l’intérieur du Mexique, plus précisément à Yucatán n’a pas donné de bons résultats, à cause
du contrôle des projets par les autorités municipales qui réduisirent l’implication des migrants.
Ces auteurs notent que l’absence d’un contrôle de la gestion des projets par les organisations des
migrants peut favoriser la corruption et le clientélisme. En ce sens, il y a un certain consensus, dans
la littérature concernant la nécessité de maintenir une gestion transparente et saine des projets
financés par des transferts collectifs, pour s’assurer de la survie de ces programmes (Malone et
Durden, 2018; Goldring, 2004).
Aparicio et Meseguer (2012) révèlent plusieurs biais dans le programme 3×1 : les municipalités
les plus pauvres reçoivent moins de fonds, même lorsqu’elles sont comparées avec celles qui ont
une migration similaire ; une certaine partialité existe au niveau du programme, où le poids de
Inclusion financière
Réserves de change
Transferts internationaux
par téléphone portable
Dépôts bancaires dans le
pays d’origine
Droit d’investir dans le
pays d’origine
Institutions
de
développement,
les
gouvernements des pays
en développement, les
établissements
d’enseignement supérieur.
Développement du secteur de l’éducation
La diaspora peut ouvrir des comptes bancaires en devises étrangères,
dans le pays d’origine.
Ceux qui sont nés dans un pays, même lorsqu’ils adoptent une nationalité étrangère, bénéficient d’une carte d’identité spéciale dans le
pays d’origine, et ils ont les mêmes droits que les citoyens qui n’ont
pas adopté une autre nationalité, pour créer des entreprises.
Une base de données des gens compétents au niveau de la diaspora
est maintenue en vue de permettre aux gouvernements des pays
bénéficiaires et à d’autres organisations d’identifier des ressources pouvant contribuer au développement. La Banque Mondiale créa une telle
base de données au profit de l’Afrique. Le gouvernement Indien fit de
même.
Pour chaque transferts, l’expéditeur paie un frais de $1.50. Ces frais
constituent une source de financement du Fonds National de l’Education (FNE). Il n’existe pas encore d’étude d’impact de la contribution
du FNE au renforcement du système éducatif. Mais, le site internet
de cet organisme autonome indique certaines activités financés dans
le secteur de l’éducation. Il s’agit de la réhabilitation d’écoles, de la
construction d’écoles, d’un support aux cantines scolaires etc a .
a. Le site du FNE a été consulté à plusieurs reprises, et pour la dernière fois le 2 mai 2022 : https ://fne.gouv.ht/projets-fne/
Taxation des transferts
Base de données des migrants compétents dans la
diaspora
Investissements publics
Bons de la diaspora
Investissement privé
Enseignement supérieur et
recherche
Transferts collectifs
Description
Pour chaque $1 envoyé par les organisations de la diaspora, l’Etat
ajoute le même montant ou le multiplie par un facteur supérieur à 1.
Une organisation de la diaspora crée et finance un établissement d’enseignement supérieur orientée vers la recherche scientifique. L’institution créé par l’organisation de la diaspora haı̈tienne, GRAHN-Monde,
a débuté ses opération en offrant d’abord des formations au niveau
du master et du doctorat, se révélant clairement être une institution
tournée vers la recherche.
Le gouvernement émet des bons à un taux d’intérêt inférieur à celui
des marchés financiers internationaux, et les offre à la diaspora, pour
soutenir notamment des investissements publics.
Les migrants peuvent envoyer des transferts à leurs proches, dans leur
pays d’origine, à partir de leurs téléphones portables. Les bénéficiaires
reçoivent les fonds directement sur leur téléphone portable.
Tableau 5.1 – Quelques pratiques de mobilisation de fonds de la diaspora
Cibles
Projets de développement
Pratiques
Transferts collectifs
Haı̈ti
Afrique, Inde
Ethiopie
Fiji, Jamaique,
Kenya,
Philippines, Tanzanie,
Tonga etc.
Ethiopie
Inde,
Israel,
Nigéria etc.
Haı̈ti
Bénéficiaire
Mexique
5.1. Transferts collectifs
55
56
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
l’implication des municipalités dans le programme dépend du parti d’où proviennent les autorités
locales. Simpser et al. (2016) révèlent aussi la manipulation des projets issus des programmes de
transferts collectifs par les autorités à des fins politiques, notamment en s’assurant de faire des
décaissement en fonction du cycle électoral.
5.2
Entrepreneuriat et investissements de la diaspora
5.2.1
Entrepreneuriat et exportations
Asquith et Opoku-Owusu (2021) notent que les investisseurs de la diaspora sont plus enclins
à investir dans leur pays d’origine que les autres investisseurs. De plus, les entreprises de la
diaspora tendent à s’orienter vers l’exportation beaucoup plus que les entreprises locales (Boly
et al., 2014). En ce sens, l’étude de Kindornay et al. (2013) souligne que l’investissement direct
dans des secteurs d’activités constitue l’une des approches d’investissement de la diaspora. De
plus, les migrants demandent des produits nostalgiques qui leur rappel leur pays d’origine (Stubbs
et Reyes, 2004). Cela porte la Banque Mondiale à recommander le renforcement des petites et
moyennes entreprises locales, afin de répondre, entre autres, à la demande de la diaspora (Stubbs
et Reyes, 2004). En fait, les produits exportés peuvent être une réponse non seulement à la
demande de la diaspora, mais à celle d’autres résidents des pays d’accueil.
Dans le contexte haı̈tien, l’exportation des produits culturels comme la musique et l’artisanat
peuvent être des exemples de réponses à la demande nostalgique de la diaspora. Entre 2010 à
2013, Macy’s avait acheté environ 20000 pièces artisanales en provenance d’Haı̈ti (Kindornay
et al., 2013). Selon les résultats d’une étude de Orozco (2006), 90% des participants à une
enquête indiquent qu’ils achètent, aux Etats-Unis, des produits nostalgiques. Il s’agit surtout
d’épices, de rhum et de cigarettes. La demande de produits nostalgiques est donc une opportunité
pour accroı̂tre les exportations.
Bien que nous n’ayons connaissance d’aucune étude à ce sujet, nous soulignons néanmoins
une tendance observée, par des personnalités avec lesquelles nous nous sommes entretenues ; des
migrants haı̈tiens, qui résident aux Etats-Unis, créent des entreprises en République Dominicaine,
même si dans certains cas ils ne s’y établissent pas. Ces migrants généralement recrutent des
proches parents qui vivent en Haı̈ti, les faisant rentrer en République Dominicaine pour les aider
dans les opérations de ces entreprises. Plusieurs raisons expliquent leur choix de la République
Dominicaine. Les principales raisons indiquées lors des entretiens sont : l’insécurité ; la faiblesse de
la justice ; l’accès au crédit ; les problèmes fonciers. Le fait de créer des entreprises en République
Dominicaine, le plus proche voisin d’Haı̈ti, peut révéler la motivation de la diaspora à investir en
Haı̈ti, si certaines contraintes étaient levées ou atténuées. D’ailleurs, Orozco (2006) révèle que la
création de petites entreprises constitue la principale activité économique de la diaspora en Haı̈ti.
Si, en dépit des contraintes susmentionnées, certains membres de la diaspora créent de petites
entreprises, dans des conditions favorables la diaspora pourrait être motivé à investir dans des
projets d’entreprises de plus grande envergure.
5.2. Entrepreneuriat et investissements de la diaspora
57
Dans les villes de province d’Haı̈ti aussi bien que dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince,
la diaspora construit des logements, avec l’espoir de revenir vivre en Haı̈ti. Dans d’autres cas,
il s’agit de constructions à des fins commerciales. Ces activités d’investissement de la diaspora
dans l’immobilier et dans d’autres secteurs ne sont pas documentés ; nous ne disposons pas
de statistiques y relatives. Il s’agit d’observations concernant une tendance qui ne date pas
d’aujourd’hui. Ces observations révèlent un intérêt de la diaspora haı̈tienne pour le secteur de
l’immobilier. Or, il s’agit d’un secteur peu développé en Haı̈ti. Les prix élevé dans le secteur
de l’immobilier révèlent une possible pression de la demande sur l’offre. La diaspora pourrait
contribuer à l’augmentation de l’offre, en investissant dans des projets immobiliers.
5.2.2
Acquisition de produits financiers
L’achat de produits financiers haı̈tiens peut être une autre stratégie, pour transférer des fonds
de la diaspora, en vue de financer la croissance et le développement durable en Haı̈ti. D’ailleurs,
Kindornay et al. (2013) fait remarqué que l’acquisition d’un portefeuille d’actifs est l’une des
approches d’investissement de la diaspora. En ce sens, la nouvelle législation bancaire qui favorise
la création de sociétés de promotion des investissements en Haı̈ti, est une nouvelle opportunité
qui s’offre à l’économie haı̈tienne, permettant à la diaspora d’acquérir des produits financiers émis
en Haı̈ti. Profin, la première et jusqu’ici l’unique société de promotion des investissements en a
conscience ; c’est ce qui explique des initiatives de promotion de ses produits financiers auprès
de la diaspora. Néanmoins, l’existence même de cette banque d’investissement est encore peu
connue dans la diaspora haı̈tienne.
Profin intervient notamment dans le placement de titres financiers auprès du public. La
législation haı̈tienne n’interdisant pas l’ouverture de compte bancaire pour des résidents étrangers,
Profin peut aussi ouvrir un compte pour un membre de la diaspora. Il suffit de s’assurer que la loi
et la régulation en vigueur soient respectées pour l’ouverture du compte aussi bien qu’au moment
des transactions. Les activités de la société de promotion des investissements se retrouvent au
niveau du marché primaire, où les produits financiers vendus au public le sont pour la première
fois. En fait, Haı̈ti ne dispose pas de marché secondaire.
Avec l’existence, dans la majorité des secteurs, des monopoles et des oligopoles, qui sont
généralement des entreprises familiales, la transparence dans la gestion des entreprises est peu
observée en Haı̈ti. Ces tendances rendent la diaspora un peu méfiante en ce qui concerne l’achat
de titres financiers. Un membre de la diaspora a relaté l’expérience de plusieurs personnes de
la communauté haı̈tienne aux Etats-Unis, qui avaient acheté des actions dans une institution
financière haı̈tienne ; la collaboration entre la diaspora et les investisseurs locaux en Haı̈ti n’avait
pas pu fonctionner. Certains n’ont pas oublié l’histoire des bons du trésor non remboursés. De
plus, la diaspora est aussi consciente des faiblesses qui existent dans la justice haı̈tienne.
Les lacunes susmentionnées, générant des risques importants, la diaspora peut avoir une
préférence pour des actifs liquides. En ce sens, l’existence d’un marché secondaire pourrait les
rendre plus confortable pour acquérir des titres financiers en Haı̈ti, sachant qu’ils peuvent s’en
58
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
débarrasser rapidement sur le marché des valeurs mobilières. Cependant, pour le bon fonctionnement d’un tel marché, la stabilité socio-politique est aussi nécessaire.
Produits financiers ciblant les fonds de la diaspora
Certaines personnalités nous ont indiqué que le Ministère du Commerce et de l’Industrie
(MCI) et le Ministère des Haı̈tiens Vivants à l’Etranger (MHAVE) avaient initié, en 2016, des
réflexions autour de l’idée d’émettre des bons de la diaspora pour financer des dizaines de microparcs répartis dans les dix départements d’Haı̈ti. Selon les premières réflexions, un investisseur de
la diaspora aurait la possibilité de choisir le micro-parc dans lequel il ferait ses investissements,
sachant qu’il serait enclin à investir dans celui qui s’établirait dans son département d’origine.
Cependant, ce mode de financement est resté au stade d’idée.
La question des bons de la diaspora est une pratique expérimentée dans d’autres pays. En
fait, il s’agit généralement d’obligations émises par l’Etat, à des taux d’intérêt fixe, moins élevés
que ceux qui peuvent être obtenus sur les marchés financiers, comptant sur le patriotisme de la
diaspora et leur attachement à leur pays d’origine (Wenner, 2015). C’est pourquoi on dit d’eux
que ce sont des bons émotionnels. C’est une façon pour les pays en développement d’obtenir
un gain de la fuite des cerveaux qui résulte de l’émigration des citoyens qualifiés, note Chander
(2001). L’une des leçons apprises de l’expérience de l’émission de ces bons, c’est que le patriotisme
n’enlève pas à l’investisseur de la diaspora le désir de rentabiliser ses investissements. Toutefois,
parmi les deux seules expériences des bons de la diaspora qui ont réellement réussi, l’achat des
bons émis par le gouvernement de l’Inde semble avoir été motivé en partie par le patriotisme 1 .
En fait, l’Inde avait émis ses bons pour faire face à la crise économique qui résultait des sanctions
de la communauté internationale, pour avoir fait un test, en faisant exploser 5 bombes nucléaires
en 1998 (Chander, 2001). Pour contourner les sanctions et éviter de se soumettre à la régulation
du SEC, ces bons ont été émis aux Etats-Unis d’Amérique sous la forme de certificats de dépôts
à terme (Chander, 2001).
Le test nucléaire semblait stimuler la fierté et le patriotisme des indiens de la diaspora, les
portant à être solidaire avec le gouvernement de leur pays d’origine. Ceci nous laisse comprendre
que le patriotisme portera la diaspora à acheter des bons si le gouvernement de son pays d’origine lui inspire fierté et confiance. Est-ce le cas pour Haı̈ti, dans le contexte actuel d’une crise
sociopolitique qui s’aggrave ? Nous doutons que ce soit le cas actuellement. Considérant la capacité des pays de la Caraı̈be à réussir un projet de bons de la diaspora, Wenner (2015) indique
que la République Dominicaine, la Guyane et Haı̈ti ne sont pas aussi compétitifs que l’Inde et
font face à une perception d’Etats qui ne luttent pas suffisamment contre la corruption. Pour
Wenner (2015) ces pays ne réussiront pas un projet de bons de la diaspora dans un tel contexte.
Certes, les indiens avaient un sentiment de patriotisme en achetant les bons de la diaspora, mais
ils avaient la confiance que le risque de ne pas pouvoir être remboursé était faible. D’ailleurs,
en faisant la promotion des bons, le gouvernement indien avait fait appel à leur souvenir des
moments glorieux de leur histoire de nation (Chander, 2001).
1. Wenner (2015), considérant les expériences d’émissions de bons de la diaspora, indique que Israël et l’Inde
sont les deux pays pour lesquels l’expérience a réussi.
5.2. Entrepreneuriat et investissements de la diaspora
59
L’Ethiopie, notamment la compagnie d’électricité appartenant à l’Etat, a émis des bons de la
diaspora. Le programme éthiopien d’engagement de la diaspora prévoyait qu’en plus des intérêts
versés annuellement, la diaspora pourrait utiliser les bons en guise de collatéraux pour obtenir
du crédit en Ethiopie. Le gouvernement espérait que cette stratégie pourrait contribuer à faire
croitre l’investissement de la diaspora en Ethiopie. Bien qu’il y ait eu des investissements de
la diaspora, à la suite du lancement du programme, ils ne correspondirent pas aux attentes du
gouvernement (Kuschminder et Siegel, 2013).
En termes d’initiatives relatives aux produits financiers ciblant la diaspora, nous avons l’exemple
de l’Ethiopie qui autorisa l’ouverture de comptes bancaires en devises étrangères, par des nonrésidants d’origine éthiopienne et des non-résidents étrangers. Les taux d’intérêt offerts sur ses
comptes bancaires étaient plus élevés que ceux pratiqués sur les autres comptes bancaires. Le
programme devait permettre à l’Ethiopie d’augmenter ses réserves de change. L’un des comptes
qu’il était permis aux étrangers et à la diaspora d’ouvrir servait de collatéral pour l’obtention de
prêts sur le marché du crédit bancaire éthiopien. Mais, cette initiative n’a pas marché ; seulement
1000 comptes étaient ouverts dans le cadre de ce programme(Kuschminder et Siegel, 2013). Le
gouvernement éthiopien attribua cet échec au faible revenu de la diaspora et les transferts qu’ils
envoient déjà à leurs proches (Kuschminder et Siegel, 2013).
Il est possible que le programme d’engagement de la diaspora, développé par le gouvernement
Ethiopien n’ait pas marché comme il le souhaitait à cause de l’instabilité politique et sociale dans
ce pays. Getahun (2019), relatant l’histoire des dernières décennies de l’Ethiopie, mentionne l’instabilité politique. Faisant référence aux organisations de la diaspora, l’auteur révèle une certaine
division. Un manque d’unité au sein des communautés de la diaspora aussi bien qu’une culture
de méfiance face au gouvernement, tenant compte de l’histoire politique de ce pays, peut avoir
un impact négatif sur l’incitation de la diaspora à réagir favorablement aux initiatives de l’Etat
dans leur pays d’origine. Toutefois, jusqu’à présent des banques continuent d’offrir des produits
financiers, notamment des services de dépôts et du crédit, à la diaspora éthiopienne.
Investissement direct dans les banques
Une expérience de joint-venture entre une ancienne banque commerciale, la Promobank, des
acteurs du secteur privé haı̈tien et des investisseurs de la diaspora haı̈tienne avait donné naissance
à PromoCapital (FOCAL, 2009; International Crisis Group, 2007). Cette institution financière,
présentée comme la première banque d’investissement d’Haı̈ti entendait investir dans de grands
projets d’infrastructure (Andújar, 2016; FOCAL, 2009; Caribbean Development and Cooperation
Committee, 2007). Cette banque qui débuta ses opérations le 1er janvier 2004, comptait environ
70 actionnaires 2 . La banque avait le statut de société financière de développement, en Haı̈ti. Elle
avait une filiale aux Etats-Unis d’Amérique, présidée par un actionnaire de la diaspora haı̈tienne 3 .
Bien qu’aucune date ne soit indiquée, International Crisis Group (2007) souligne que le partenariat
entre les investisseurs de la diaspora et les hommes d’affaires d’Haı̈ti qui donna naissance à la
2. Pages web consultés le 12 février 2022 : https ://www.prweb.com/releases/2004/04/prweb115614.htm.
3. Idem.
60
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
PromoCapital échoua. Le rapport de International Crisis Group (2007) note que les investisseurs
d’Haı̈ti voulaient utiliser les fonds pour soutenir des entreprises qui existaient déjà, tandis que
ceux de la diaspora espéraient les utiliser pour en créer de nouvelles. D’ailleurs, la Promobank non
plus n’a pas survécu, ayant été acquise par la Sogebank en septembre 2006 (Groupe Sogebank,
2008). Cette acquisition ne concernait que la Promobank et sa filiale de carte de crédit, la
Promocarte (Groupe Sogebank, 2008). Une revue locale indique que la Promobank faisait face à
une insuffisance de fonds propre 4 . Cette expérience révèle une certaine motivation de la diaspora
à investir directement dans les banques, comme actionnaires.
5.3
Transfert de connaissances
Les transferts de connaissances peuvent être facilités par la technologie. Brinkerhoff (2009)
cite quelques exemples de transferts de connaissance réalisés par la diaspora : des médecins
hollandais-ghanéens font des diagnostics pour des patients se trouvant dans des hôpitaux d’Accra ; de la formation réalisée par vidéoconférence, par des ressources de la diaspora, au profit
de bénéficiaires de leur pays d’origine. Le transfert de connaissance est important, en ce sens
qu’il peut contribuer à la croissance et au développement durable. Plusieurs stratégies peuvent
faciliter le transfert de connaissance. Tenant compte du rôle que peut jouer la recherche dans
le développement d’un pays, cette section met de l’emphase sur la collaboration scientifique
comme canal de transfert de connaissance. Elle traite aussi de l’implication de la diaspora dans
l’entrepreneuriat haı̈tien comme étant un autre canal de transfert de connaissance.
5.3.1
Organiser la diaspora, pour faciliter le transfert de connaissances
Pour faciliter le transfert de connaissances de la diaspora vers son pays d’origine, le gouvernement Mexicain a fondé, en 2005, le réseau des talents mexicains (Newland et Tanaka, 2010).
Par cette action, le gouvernement Mexicain a minimisé le concept de fuite des cerveaux, pour
développer une stratégie qui permet de profiter de la circularité des savoirs. Le réseau des talents
Mexicains facilite la collaboration entre le Mexique et les pays où se trouvent la diaspora, dans les
domaines de la science, la technologie et l’innovation. Cette compréhension du gouvernement de
la nécessité de considérer la notion de fuite de cerveaux comme un concept dépassé, et même un
vieux préjugé, est clairement exprimée sur le site internet du Ministère des Affaires Etrangères.
Nous traduisons ci-dessous un extrait de ce texte qui exprime la motivation qui sous-tend la
création du réseau des talents 5 :
L’expérience de plusieurs pays connaissant une émigration importante suggère que le
rapatriement n’est pas une option viable pour bon nombre de leurs ressortissants, de
sorte que travailler avec la diaspora est considéré comme un moyen pour tirer parti
des connaissances, de l’expérience et des contacts des migrants hautement qualifiés.
4. Page web consulté le 13 février 2022 : https ://lenouvelliste.com/article/27543/quelles-autres-banquessuivront-la-promobank
5. https://embamex.sre.gob.mx/japon/index.php/es/133-educacion-ciencia-tecnologia/
red-de-talentos-mexicanos-en-el-exterior, consulté le 31 janvier 2022.
5.3. Transfert de connaissances
61
Newland et Tanaka (2010) note que, parmi les projets du réseau des talents Mexicains figurent
des programmes de stage pour des étudiants et des enseignants Mexicains dans des structures
désignés par la diaspora dans leurs pays d’accueil. Il s’agit donc d’activités qui contribuent au
transfert des connaissances.
5.3.2
L’enseignement supérieur et la recherche : un canal de transfert
de connaissances
L’enseignement supérieur, formant les futurs cadres du secteur public aussi bien que ceux du
secteur privé, peut être un important canal de transfert de connaissances. Mais, comment s’assurer
que les nouvelles connaissances soient adaptées au contexte et aux besoins d’Haı̈ti ? En fait, le
pays dispose de cadres bien formés en Haı̈ti et à l’étranger. Mais, le niveau de développement du
pays laisse comprendre que le fait d’avoir des cadres bien formés ne suffit pas. Certes, l’absence
d’un contrat social et d’autres obstacles peuvent entraver le développement du pays. Mais,
pour faire face aux différents problèmes à résoudre, incluant la compréhension des obstacles
sociologiques au développement, nécessite des recherches approfondies. En ce sens, la recherche
scientifique, réalisée par les universités aussi bien que par des centres de recherche non rattachés
à des établissements d’enseignement supérieur, est nécessaire.
Il faut des programmes qui incitent la collaboration des chercheurs établis en Haı̈ti avec ceux
de la diaspora, en vue de conduire conjointement de la recherche sur des problématiques d’importance pour Haı̈ti. Ces collaborations doivent non seulement contribuer à la compréhension et
à la résolution des problèmes auxquels fait face Haı̈ti, elles doivent aussi faciliter le transfert de
connaissances et de savoir-faire de chercheurs de la diaspora vers ceux d’Haı̈ti.
Il y a des initiatives de collaboration qui contribuent au transfert de connaissances et de savoirfaire de la diaspora vers Haı̈ti. C’est le cas, par exemple, de l’association des infirmières haı̈tiens,
se trouvant aux Etats-Unis dont l’une des activités a été le développement d’un programme de
formation pour renforcer les compétences des étudiants d’une école d’infirmière en Haı̈ti 6 . Un
cas exemplaire de transfert de connaissances et de savoir-faire de la diaspora vers Haı̈ti est la
création, par le GRAHN, d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche et d’un
pôle d’innovation. Le GRAHN est une organisation créée par la diaspora haı̈tienne, à la suite du
tremblement de terre de janvier 2010, comprenant maintenant des branches non seulement à
l’étranger (Etats-Unis, République Dominicaine, Canada, Suisse etc.), mais aussi en Haı̈ti 7 .
Le GRAHN créa l’Institut des Sciences, des Technologies et des Etudes Avancées d’Haı̈ti
(ISTEAH) qui, à ses débuts se focalisa sur des formations aux deuxième et troisième cycles,
a déjà délivré des diplômes de doctorat en Haı̈ti. Cette stratégie vise à réduire la dépendance
de l’enseignement supérieur haı̈tien de la coopération externe (Pierre, 2013). Les cours sont
dispensés non seulement par des professeurs qui résident en Haı̈ti, mais aussi par des membres
de la diaspora qui enseignent dans des universités étrangères, avec la possibilité d’assurer leur
6. https://hanaofflorida.org/about-hana/, consulté le 30 janvier 2022.
7. https://www.grahn-monde.org/index.php/a-propos/organisation, consulté le 30 janvier 2022.
62
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
enseignement en ligne. En ce sens, le GRAHN facilite le transfert de connaissances des érudits
de la diaspora vers des étudiants vivant en Haı̈ti, profitant de la technologie. L’autre création du
GRAHN, qui contribuera au transfert de connaissance, mais aussi de savoir-faire, c’est le pôle
d’innovation du grand nord (PIGraN). Ce pôle permettra de mettre en lien les ressources de
l’ISTEAH qui développent des connaissances et leurs utilisateurs, au niveau du Grand Nord.
La configuration du secteur de l’enseignement supérieur haı̈tien, en ce qui concerne la recherche
scientifique, a changé au cours des quinze dernières années. Plusieurs institutions d’enseignement supérieur ont orienté leurs activités vers la recherche scientifique, en plus de l’enseignement
qu’elles avaient l’habitude d’assurer. C’est le cas de l’Université Quisqueya (uniQ) qui a commencé
a délivrer ses premiers diplômes de doctorat au milieu des années 2000, dans le cadre de cotutelles de thèses. Ces premières expériences se sont déroulées dans un contexte où les doctorants
faisaient une partie de leurs recherches dans un laboratoire de l’uniQ et une autre à l’étranger,
avec un enseignement essentiellement assuré par l’université étrangère. La création, en février
2013, du Collège Doctoral Haı̈tien (CDH), par un accord initial entre l’Université d’Etat d’Haı̈ti
(UEH) et l’Université Quisqueya, a marqué le passage à une nouvelle étape de la formation au
troisième cycle en Haı̈ti. Depuis lors, bien que certains doctorants des deux universités soient en
cotutelle de thèse avec une université étrangère, les cours sont essentiellement assurés en Haı̈ti,
suivant le programme établit par l’UEH et l’uniQ respectivement. En 2015, une autre institution
d’enseignement supérieur, l’Ecole Supérieure d’Infotronique d’Haı̈ti (ESIH) devient membre du
CDH, faisant passer le nombre de membres à trois établissements, disposant chacun d’une école
doctorale (Emmanuel et al., 2020).
Les efforts réalisés au niveau de la formation au 3e cycle, qui prépare des chercheurs pour
le pays, s’accompagne aussi d’un dynamisme en termes de recherche scientifiques, au niveau
des universités qui choisissent de s’orienter vers la recherche. Dans un rapport préparé pour la
Conférence des Recteurs, Présidents et Dirigeants d’Université et d’Institutions d’Enseignement
Supérieur Haı̈tiennes (CORPUHA), Emmanuel et al. (2020) indiquent qu’il existe un potentiel
pour le développement des capacités des universités haı̈tiennes en termes de recherche scientifique.
Ils en prennent pour preuve, l’existence de 14 laboratoires de recherche au sein de l’UEH, 9
à l’uniQ et 1 à l’INUKA. Les domaines de recherche couvrent, entre autres, l’agriculture, la
santé, l’éducation, l’économie et l’entrepreneuriat etc. Evidemment, la création de centres de
recherche ne suffit pas pour dire que les universités font de la recherche. Cependant, l’existence
de ces centres et les efforts réalisés pour offrir des programmes de formation doctorale aussi bien
que les publications scientifiques sont des preuves d’une réorientation progressive de la vision
de l’université haı̈tienne pour faire de la recherche scientifique un pilier de sa contribution au
développement d’Haı̈ti.
Si pour les centres de recherche des universités des pays à revenu élevé, la collaboration scientifique contribue à leur productivité, cette stratégie est encore plus importante pour faire avancer
la connaissance dans les pays à faible revenu. En ce sens, considérant des pays Ibéro-américains,
les résultats des recherches de Lemarchand (2012) révèlent une croissance rapide des connexions
de leurs chercheurs avec ceux des grands réseaux de recherche, comparativement aux pays où les
5.3. Transfert de connaissances
63
chercheurs sont initialement moins connectés avec d’autres. Comme il l’explique, se basant sur
la littérature, la connexion avec d’autres chercheurs peut avoir un impact sur la réputation. Nous
comprenons que cette réputation facilite la réalisation d’autres collaborations. Dans les pays du
Sud, le transfert de connaissances et de savoir-faire, à partir des collaborations scientifiques, peut
contribuer à rendre les chercheurs plus productifs, augmentant ainsi leur réputation, sachant que
cette réputation contribuera à augmenter le nombre de collaborations.
Bien qu’il soit reconnu que le transfert de connaissances des pays du Nord au pays du Sud
constitue une opportunité pour l’implication des chercheurs à l’atteinte des ODD, des défis,
incluant les facteurs géopolitiques peuvent constituer des blocages (Mago, 2017). Si Ishengoma
(2016) et Holmarsdottir et al. (2013) critiquent la collaboration Nord-Sud qu’ils considèrent
comme générant de la dépendance, il est possible que la dépendance des chercheurs du Nord de
leurs bailleurs de fonds soit aussi un obstacle à ladite collaboration. En fait, les chercheurs du
Nord, dépendant de financements de bailleurs de fonds intéressés par les problèmes de ces pays,
peuvent être peu disponibles à collaborer avec ceux du Sud. Mago (2017) insiste sur le fait que
la collaboration entre les chercheurs soit crucial pour atteindre les ODD, d’autant plus qu’elles
peuvent contribuer à tous les objectifs. D’ailleurs, la collaboration dans le domaine scientifique
contribue à l’augmentation de la productivité des chercheurs (Lee et Bozeman, 2005). En ce sens,
la diaspora peut constituer un canal de transferts de connaissances à exploiter dans le domaine
de la recherche scientifique, en vue d’atteindre les ODD.
Bien que les chercheurs de la diaspora résident dans des pays du Nord, nous assumons qu’ils
comprennent mieux le contexte et les problèmes de leur pays d’origine que les autres chercheurs
du Nord. En collaborant avec les chercheurs de leur pays d’origine, il est possible qu’ils abordent
les problèmes relatifs à Haı̈ti de manière innovante, mutualisant leurs connaissances et leurs
savoir-faire. Donc, en réalité les collaborations entre les chercheurs d’Haı̈ti et ceux de la diaspora
n’engendre pas un transfert de connaissances à sens unique. Les chercheurs de la diaspora peuvent
bénéficier aussi des transferts de connaissances lors de ces collaborations.
L’avantage des transferts de connaissances de la diaspora à partir de l’enseignement et de la
recherche est qu’elle permet de profiter de certaines compétences d’un migrant même s’il ne
retourne pas physiquement en Haı̈ti. De plus, en contribuant au renforcement de l’enseignement
supérieur et de la recherche, les transferts de connaissances de la diaspora peuvent aussi contribuer à l’adoption de meilleurs politiques publiques, pouvant conduire à l’atteinte des ODD. Siar
(2014) souligne aussi que le transfert de connaissances par les migrants peut être une source
d’innovations. En ce sens, la collaboration scientifique avec la diaspora peut conduire à des propositions de politiques publiques innovantes. D’ailleurs, des recherches révèlent que les recherches
scientifiques contribuent au développement et à la croissance (Huady et Orviská, 2014).
64
5.3.3
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
Les entreprises de la diaspora : un canal de transfert de connaissances
Les entreprises de la diaspora, dans leur pays d’origine, peuvent être des canaux de transfert de nouvelles connaissances et de savoir-faire. Une étude relative à l’Afrique Subsaharienne a
révélé que les entreprises de la diaspora étaient non seulement plus performantes que les entreprises locales, en termes d’exportations, la productivité de leurs mains d’œuvres était aussi plus
élevée (Boly et al., 2014). Ces résultats résultent probablement de l’accès des entreprises de la
diaspora à plus d’informations que les entreprises locales, comme d’ailleurs le révèle l’étude de
Boly et al. (2014). Cela peut s’expliquer par l’expérience de la diaspora dans des pays industrialisés, comparativement à son pays d’origine. L’expérience réalisé dans un pays industrialisé peut
contribuer à l’augmentation des compétences de la diaspora. Les entreprises de la diaspora, dans
le pays d’origine, peuvent bénéficier de ces compétences, en termes d’innovation. C’est d’ailleurs
reconnus que beaucoup de talents des pays à faible revenu se trouvent dans la diaspora, et qu’il
est nécessaire de mettre en place des politiques qui permettent à leur pays d’origine d’en profiter
(Chand, 2016).
Pour attirer l’investissement de la diaspora, des prérequis sont nécessaires, comme c’est
d’ailleurs le cas pour attirer d’autres investisseurs et entrepreneurs. En ce sens, Newland et
Tanaka (2010), abordant la question de l’entrepreneuriat de la diaspora, en prenant appui sur
la littérature, note quelques prérequis nécessaires : un environnement légal et de régulation qui
facilite l’entrepreneuriat, l’accès au financement, un court délai pour l’enregistrement d’une entreprise.
En outre de la possibilité de créer des entreprises ou d’acheter des actifs financiers, la diaspora peut aussi contribuer à la promotion des entreprises et des produits de leur pays d’origine.
Par exemple, le réseau des talents Mexicain contribue au développement de stratégies pouvant
rendre les entreprises mexicaines plus visibles (Newland et Tanaka, 2010). La diaspora peut aussi
contribuer au développement de l’entrepreneuriat local, à partir d’un appui technique ou d’autres
actions de promotion. Evidemment, cela exige que la diaspora s’organise. C’est le cas, par exemple
du Réseau de la Diaspora Africaine qui organise un prix qui récompense 10 à 15 entrepreneurs
prometteurs du Continent Africain.
5.4
La technologie
L’apport de la technologie est importante en ce qui concerne la mobilisation des transferts
vers le financement du développement durable. En réduisant les coûts d’échelle, l’utilisation de
technologies avancées, par les fournisseurs de services de transferts de fonds, peut conduire à la
réduction des coûts pour les expéditeurs de transferts. Mais, en plus de son impact sur le coût
des transferts, la technologie peut permettre à ceux qui vivent dans des zones rurales d’accéder à
des services financiers. En ce sens, les transferts transnationaux par téléphone peuvent contribuer
à l’augmentation des transferts et à l’inclusion financière.
5.5. Taxation des transferts
65
Avec l’émission des monnaies digitales de banques centrales (MDBC), de nouvelles opportunités
s’ouvrent au développement du marché des transferts 8 . Une plateforme de de monnaie digitale
de banque centrale peut servir à faciliter les transactions de gros entre les institutions financières,
mais des plateformes de MDBC de détail cibles les autres agents économiques (World Bank,
2021). En Haı̈ti, la banque centrale a lancé un projet d’émission de MDBC. Un avantage de cette
monnaie digitale pourrait être l’interconnectivité des plateformes de plusieurs banques centrales,
facilitant les transferts de fonds par des particuliers, à faible coût.
En 2010, la compagnie Vodafone, bénéficia de l’autorisation de la banque centrale du Qatar,
lui permettant de permettre à ces clients qui résident à Qatar d’effectuer des transferts de
fonds vers les Philippines. La plateforme digitale développée par Vodafone lui permit de réduire
considérablement le coût des transferts de fonds. Avant le lancement de ce service, l’un des
responsables de la compagnie expliquait que pour un même service de transfert de fonds qui
coûtait 20 QAR, celui de Vodafone allait couter 12 QAR 9 . En 2015, Vodafone lança les transferts
internationaux par téléphones portables, entre le Kenya et la Tanzanie (Vodafone Group, 2015).
Avec l’utilisation de sa plateforme digitale M-pesa, Vodafone a pu réduire les coûts des transferts
d’argent entre ses deux pays. En Haı̈ti, plusieurs fournisseurs offrent des services de paiement et
de transferts par téléphone. Le plus ancien fournisseur est la Digicel dont les services de transferts
de fonds par téléphone avaient été initiés en décembre 2010, dans le cadre d’une compétition
organisée par l’agence américaine pour le développement international (USAID) dans le secteur
de la téléphonie mobile. Maintenant, il faudrait passer à une autre étape, en offrant des services
de transferts transnationaux par téléphone.
5.5
Taxation des transferts
L’Etat haı̈tien expérimente une forme de taxation des transferts, comme stratégie de mobilisation de ces fonds vers le financement du développement durable. En fait, la BRH a fixé des
frais de $1.50 applicables pour les services de paiement des transferts. Bien que la BRH indique,
dans la circulaire No. 98, qu’il s’agit de frais de test, de certification, d’utilisation et d’inspection,
ces frais permettent de financer le Fonds National de l’Education (FNE). Il faut souligner que
l’Etat haı̈tien n’indique pas que les frais de $1.50 constituent une taxe. Toutefois, ils peuvent
être assimilés à une taxe à l’unité. Dans la pratique, ces frais sont payés par les expéditeurs des
transferts qu’ils soient en Haı̈ti ou à l’étranger.
En ce qui concerne l’impact de ces frais sur les transferts reçus en Haı̈ti, une analyse de
sensibilité nous révèle que l’impact négatif ne s’est pas produit sur le volume des transferts, mais
sur leur croissance. De plus, cet impact négatif était transitoire, comme expliqué à la section
3.3. Pour l’instant, il n’y a pas encore d’étude d’impact des activités du FNE. Une telle étude
permettrait d’évaluer l’impact de la taxation des transferts sur le développement durable.
8. Les MDBC se basent sur des technologies de Blockchain, mais en s’assurant que les banques centrales
maintiennent le contôle des transactions.
9. Information retrouvée sur la page web suivante, consultée le 6 mars 2022 :
https ://www.electronicpaymentsinternational.com/news/vodafone-qatar-launches-remittance-service/
66
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
Tableau 5.2 – Total des dépenses d’investissements et subventions accordées
Postes
Investissements
Subventions
Total (HTG)
Taux change HTG/USD
Total (USD)
2018/2019
71,980,966.48
126,534,400.00
198,515,366.48
93.316
2,127,340.87
Période
2019/2020
804,716,358.24
811,431,408.05
1,616,147,766.29
65.919
24,517,065.05
2020/2021
1,154,641,253.18
1,299,456,739.82
2,454,097,993.00
97.392
25,198,199.37
Total
2,031,338,577.90
2,237,422,547.87
4,268,761,125.77
51,842,605.29
Source : Les données proviennent du FNE, à l’exception des taux de change (de fin de période) qui proviennent de la BRH
et du total en devise étrangère que nous avons calculé.
Le FNE, opérationnel à partir de l’année 2019, avec la nomination de son premier directeur
général, a déjà contribué financièrement à certaines activités, dans le secteur de l’éducation,
comme on peut le remarquer sur son site internet. Il a, entre autres, financer la réhabilitation
et la construction d’écoles. En plus des dépenses d’investissement, comme la construction et
la réhabilitation d’écoles, le FNE accorde aussi des subventions. Le Tableau 5.2 présente les
montants des investissements et des subventions du FNE. Le montant total de ces dépenses,
pour les trois dernières années, s’élèvent à 51.8 millions de dollars américains.
Tableau 5.3 – Estimation du montant mensuel de la taxation des
transferts envoyés en Haı̈ti
Indicateurs
Transferts mensuels reçus (Millions USD)
Quantité de transferts reçus (Millions)
Frais de $1.50 prélevés (Millions USD)
Moyennes
178.8977
1.20
1.80
Intervalles
[167.16 - 190.04]
[1.12 - 1.28]
[1.67 - 1.93]
N
96
60
60
Note : Les chiffres de ce tableau sont estimés, à partir de la méthode bootstrap, avec des données
de la Banque de la République d’Haı̈ti. Le montant mensuel des frais de $1.50 est calculé en
multipliant la quantité des transferts par 1.50. Ce sont les valeurs obtenues qui sont utilisées pour
estimer la moyenne mensuelle de ces frais et son intervalle de confiance (à 95%). Les données
des transferts couvrent la période allant d’octore 2012 à septembre 2020. Celles des deux autres
indicateurs débutent en octobre 2014, pour prendre fin en septembre 2020, mais avec des données
manquantes pour l’année fiscale 2017/2018.
Cette stratégie de mobilisation des transferts vers le financement du développement durable,
permet de capter d’importantes ressources financières au niveau de la diaspora. Utilisant des
données de la BRH, nous avons calculé le montant mensuel moyen de la taxe perçue sur les
transferts envoyés en Haı̈ti. Il est compris entre 1.67 millions et 1.93 millions de dollars américains
par mois (voir le Tableau 5.3). Il faut noter que nous nous sommes focalisés uniquement sur les
frais payés par la diaspora. En fait, cela nous permet d’avoir une idée du montant des ressources
financières de la diaspora que l’Etat haı̈tien a pu capter, dans le cadre de la taxation des transferts
envoyés en Haı̈ti.
La stratégie de la taxation des transferts est critiquée, notamment pour des raisons d’éthique,
comme le révèle Brown (2006). Lorsque les transferts sont taxés par le gouvernement du pays
d’accueil d’un migrant, ce dernier fait face à une double taxation, puisqu’il paie déjà ses impôts
dans ce pays. Dans le cas de la diaspora haı̈tienne, c’est le pays bénéficiaire qui lui fait payer
5.6. Mobilisation de fonds de la diaspora : les obstacles
67
une taxe sur les transferts de fonds. Mais, que la taxe soit imposée par le pays expéditeur ou
par le pays destinataire des transferts, elle peut être l’objet de critiques, suivant la logique de
Barry et Øverland (2010). Ces auteurs, dans un papier très critique par rapport à la taxation des
transferts, argumentent que l’assistance aux pauvres est un devoir. Ils expliquent que si des gens
sont pauvres parce que leurs gouvernements ne les assistent pas, et il ne faut pas empêcher à
d’autres de leur apporter une assistance. Considérant la ligne de pensée de Barry et Øverland
(2010), l’Etat haı̈tien ne devrait pas taxer les transferts envoyés en Haı̈ti, d’autant plus qu’il
soit de sa responsabilité de s’assurer qu’il n’y ait pas de pauvres dans le pays. La logique de
Barry et Øverland (2010) peut paraitre utopique, mais elle a du sens lorsque l’on sait que $1.50
peut permettre d’acheter une petite marmite de riz pour, compléter le repas d’une famille de 3
personnes 10 .
Toutefois, Une analyse de sensibilité nous a montré que cette taxe n’aurait pas affecté l’envoie
de fonds par la diaspora haı̈tienne. C’est d’ailleurs une preuve que les transferts sont généralement
envoyés en Haı̈ti par altruisme. Brown (2006) l’a aussi fait remarqué ; lorsque les transferts
sont expédiés par altruisme, la taxation ne les affecte pas généralement. Une étude de Light et
Lewandowski (2015) révèle qu’aux Philippines, une taxe de 5% induirait une baisse des transferts
de 9.9% de l’ensemble des transferts formels et informels. Quant aux transferts formels, ils
diminueraient de 17.7%, suivant les résultats des simulations réalisées par ces auteurs 11 . En ce
qui concerne Haı̈ti, puisque la taxe est prélevée depuis plusieurs années, il est possible de réaliser
une étude approfondie qui porte spécifiquement sur l’évaluation de la politique de taxation des
transferts. Dans ce cas, il ne s’agirait pas d’une simulation, mais d’une évaluation qui irait au-delà
du calcul de la sensibilité des transferts à la taxe de $1.50 que nous avons effectué au chapitre 3.
5.6
Mobilisation de fonds de la diaspora : les obstacles
La mobilisation de fonds importants de la diaspora peut contribuer à financer la croissance
et le développement. Les stratégies généralement utilisées pour mobiliser ces fonds et les utiliser
dans des projets à effets multiplicateurs requièrent une confiance de la diaspora dans la capacité
du pays d’origine à profiter de ces fonds. Plusieurs éléments du contexte sociopolitique d’Haı̈ti
contribuent à rendre la diaspora méfiante par rapport à la capacité du pays d’origine à profiter
de fonds importants versés dans l’économie.
L’insécurité et la faiblesse de la justice sont les deux obstacles les plus soulevés par les personnalités de la diaspora, et même celles d’Haı̈ti, avec lesquelles nous avons eu des entretiens.
La justice est un élément transversal. La faiblesse de la justice, si elle n’est pas à la base de
certains des obstacles, elle contribue à les faire perdurer. En fait, la faiblesse de la justice facilite
le maintien de l’insécurité aussi bien que la corruption. Avec la faiblesse de la justice, quelqu’un
de la diaspora qui veut investir en Haı̈ti peut craindre de se retrouver sans recours, face à un
problème qui requiert une intervention auprès du système judiciaire.
10. La petite marmite est une unité de mesure utilisée par les petits commerçants du secteur informel, en Haı̈ti.
11. Light et Lewandowski (2015) ont réalisé leur simulation en se basant sur un modèle d’équilibre général
calculable.
68
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
Avec la faiblesse de la justice, un entrepreneur de la diaspora perçoit des risques élevés en
ce qui concerne sa sécurité et celle de ses biens en Haı̈ti. C’est probablement ce qui explique le
choix de la République Dominicaine par des entrepreneurs de la diaspora, pour créer de nouvelles
entreprises. Considérant l’aspect émotionnel, ils sont proches d’Haı̈ti et de leurs parents qu’ils
peuvent faire laisser Haı̈ti pour les visiter en République Dominicaine ou pour les aider à faire
fonctionner leurs entreprises. Mais, Haı̈ti rate l’opportunité de bénéficier de leurs investissements.
Le manque de transparence dans la gestion des fonds publics est aussi un obstacle à la mobilisation des fonds de la diaspora pour financer la croissance et le développement durable. En
fait, la diaspora, comme c’est probablement le cas pour d’autres acteurs qui évoluent en Haı̈ti,
pourrait être réticente à confier de l’argent à l’Etat, pour financer des projets de développement.
Toutefois, il faut reconnaitre que certains efforts sont fait pour rendre plus saine la gestion des
fonds publics, en Haı̈ti. Considérant la réforme entreprise par l’Etat haı̈tien au niveau des finances
publiques, plusieurs comptes spéciaux, au niveau des structures de l’administration publique, dont
certains échappaient au contrôle du Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), sont fermés.
Cependant, la confiance des partenaires de l’Etat dans sa capacité à assurer une saine gestion des
fonds publics n’est pas encore obtenue. La preuve est que les bailleurs de fonds internationaux
qui appuient la réformes des finances publiques hésitent encore à verser les fonds de l’aide au
développement dans le compte unique du trésor public.
Si Haı̈ti devait répliquer le programme Mexicain 3 pour 1 (3×1), la diaspora pourrait être
réticente à verser des fonds importants directement dans le compte unique du trésor, tenant
compte du manque de confiance dans sa capacité à bien gérer les fonds publics. D’ailleurs, l’Etat
est peu crédible même aux yeux des bailleurs de fonds. Nos entretiens avec des personnalités
de la diaspora et d’Haı̈ti nous révèlent aussi le manque de crédibilité de l’Etat aux yeux de la
population haı̈tienne et de la diaspora. C’est ce qui explique que le score d’Haı̈ti en 2021, pour
l’indice de perception de la corruption soit faible, 20/100 (Transparency International., 2022).
Ce score est inférieur au score moyen de 43/100 obtenu par les 180 pays considérés dans le
classement. Il est important que la confiance soit rétabli, pour stimuler la diaspora à investir en
Haı̈ti. Considérant le Salvador, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraı̈bes
(CEPALC) révèle que l’une des principales raisons pour lesquelles la diaspora n’investit pas dans
ce pays est le manque de confiance dans ses institutions (CEPALC, 2020).
Bien que nous traitons des obstacles, il faut néanmoins souligner que la banque centrale inspire
un peu de confiance, à cause de son pouvoir de seigneuriage et l’expérience de l’émission des bons
BRH vendus aux banques, sans aucun incident relatif à leur remboursement. En ce sens, en dépit
du manque de confiance dans la gestion des fonds publics par l’Etat, il faut noter qu’une stratégie
qui implique une garantie de la banque centrale pourrait faciliter l’acceptation, au niveau de la
diaspora haı̈tienne, de titres financiers de l’Etat haı̈tien.
L’absence de transparence au niveau du secteur privé est aussi un handicap, notamment à la
mobilisation de fonds de la diaspora pour financer des entreprises émettrices de titres financiers.
La publication d’états financiers en ligne est loin d’être une habitude des institutions que l’on
5.6. Mobilisation de fonds de la diaspora : les obstacles
69
pourrait assimiler à de grandes entreprises en Haı̈ti. Même certaines institutions financières ne
publient pas leurs états financiers en ligne 12 .
Dans le cas des entreprises qui émettent des titres de dettes, même si l’offre de ces titres est
accompagnée d’informations relatives à la performance financière des entreprises en question,
il est nécessaire qu’elles publient régulièrement leurs états financiers en ligne, permettant aux
détenteurs des titres de suivre l’évolution de ladite performance même après l’acquisition des
titres. L’absence de telles informations n’est pas rassurant pour un investisseur qui, de surcroı̂t,
se trouve à l’étranger. Quant aux banques commerciales, dont l’expérience de régulation par la
BRH date de plusieurs décennies, elles publient généralement leurs rapports annuels sur leurs
sites internet. De plus, le régulateur publie régulièrement, en ligne, les états financiers trimestriels des banques commerciales ainsi que des ratios financiers. Ce niveau de transparence permet
d’apprécier la performance individuelle des banques commerciales. En fait, les banques commerciales constituent le secteur le plus transparent en Haı̈ti, en termes de partage d’informations
financières. Cependant, dans le même système financier, ce n’est pas le cas pour d’autres types
d’institutions bancaires.
Nous avons trouvé une institution financière supervisée par la BRH dont le site internet indiqué
par le régulateur ne fonctionne pas. En faisant des recherches en ligne sur l’institution, nous
avons retrouvé des articles de presse qui révèlent des craintes en ce qui concerne d’éventuelles
connections politiques de cette institution 13 . Bien que la BRH ait dissipé les doutes concernant
des fonds qu’elle aurait accordé à l’institution en question qui paraissait bénéficier de connections
politiques, le tumulte soulevé par la création de cette institution et le doute soulevé sur sa
possible collusion avec le régulateur révèle le risque d’une perte de confiance du public dans
le travail du régulateur du système financier haı̈tien. Ce risque est important lorsque l’on sait
que la BRH ne bénéficie pas d’une indépendance des autorités politiques. Bien que la littérature
traitant de l’indépendance des banques centrales se focalisent particulièrement sur l’efficacité de
la politique monétaire, cette indépendance est aussi importante pour permettre à la BRH de
jouer son rôle de régulateur en toute impartialité et réduit le risque qu’elle se retrouve face à
des soupçons de corruption. Suivant notre compréhension, la BRH est l’une des rares institutions
publiques à faire des efforts significatifs en termes de transparence : la publication de données
financières sur les banques commerciales ; la publication de documents sur la politique monétaire ;
la publication de données sur l’économie réelle et monétaire. Ces publications traduisent une
certaine transparence en ce sens qu’elles permettent d’évaluer la politique monétaire aussi bien
que l’impact des normes prudentielles adoptées par la BRH. L’indépendance de la BRH des
autorités politiques contribuerait à la la protéger des risques de collusion avec des institutions
financières ayant des connections politiques.
12. Pour vérifier si toutes les institutions financières régulées par la BRH publient leurs états financiers en ligne,
nous avons fait des recherches sur le site internet respectif de ces institutions financières, en omettant les banques
commerciales qui présentent généralement leur rapport annuel sur leur site respectif. Pour certaines institutions
financières régulées par la BRH nous n’avons pas pu trouver même un seul rapport financier.
13. Pages web consulté le 14 février 2022 : https ://lenouvelliste.com/article/206645/sofidai-est-agreee-par-labrh-mais-na-pas-encore-recu-dargent-de-la-banque-centrale ;
70
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
Si la diaspora peut s’inquiéter du manque de transparence de l’Etat haı̈tien et des entreprises
privées, la fragmentation de la diaspora en de petites organisations qui viennent, dans certains
cas, exécuter de petits projets en Haı̈ti, peut être aussi source de méfiance et de conflits, en
absence de transparence. En ce sens, International Crisis Group (2007) note que généralement
ces petits projets sont exécutés à l’insu des autorités locales. De plus, le manque d’enthousiasme
des associations de migrants à se fédérer constitue aussi un obstacle, du côté de la diaspora,
pour mobiliser leurs fonds vers le financement de la croissance et le développement durable.
Les divisions que l’on retrouve dans la société haı̈tienne persistent dans la diaspora haı̈tienne,
notent plusieurs des personnalités avec lesquelles nous avons eu des entretiens. La présente
étude n’est pas la première a révélé les difficultés de la diaspora à se fédérer. Icart (2007)
fait référence au clivage social dans la diaspora haı̈tienne au Canada et souligne les ”multiples
tentatives de regroupement” qui précédèrent la création d’une chambre de commerce haı̈tienne à
Montréal. Le rapport de International Crisis Group (2007) note aussi le fonctionnement disparate
des associations de la diaspora haı̈tienne.
Une autre cause à la difficulté des associations de la diaspora à se fédérer, souligné lors de
nos entretiens, c’est leur utilisation pour garantir une notoriété à leurs leaders. Or, au sein
d’une fédération d’associations, ces dernières ont les mêmes droits et les mêmes privilèges, et
fonctionnant de manière démocratique. Il est possible que le leader d’une association n’arrive
pas à contrôler la nouvelle structure aussi facilement qu’il pouvait le faire au niveau de la petite structure. En fait, ce problème est similaire à l’existence, en Haı̈ti, de certaines organisations de la société civile, où le principal responsable est le même personnage depuis plus de dix
ans. Généralement, ces types d’organisations ont peu de membres actifs. Evidemment, nous ne
généralisons pas.
L’absence d’un marché secondaire constitue aussi un obstacle à la mobilisation des fonds
de la diaspora, pour financer la croissance et le développement durable. Pour un investisseur
qui a une préférence pour la liquidité, l’existence d’un marché secondaire l’arrangerait. En fait,
un investisseur qui se trouve dans la diaspora pourrait préférer investir sur un marché liquide,
notamment en tenant compte des risques sociopolitiques qui existent en Haı̈ti, lui permettant
d’acheter et de vendre aussi rapidement qu’il le veut les produits financiers haı̈tiens. Or, pour que
le marché secondaire soit liquide, il faut un certain nombre de produits financiers qui y transigent.
De plus, il faut aussi un certain nombre d’investisseurs sur ce marché pour que celui qui souhaitent
vendre un produit financier puisse réaliser la vente le plus rapidement possible.
Or, l’existence d’un marché secondaire suppose la transparence des entreprises émettrices de
produits financiers qui y transigent. Mais, en Haı̈ti, même le marché primaire est peu développé.
Les entreprises les plus importantes, en termes d’actifs, sont généralement réticentes à ouvrir
leur capital à des investisseurs externes. En fait, la majorité des structures considérées comme
de grandes entreprises, en Haı̈ti, appartiennent à des familles. Cette tendance des entreprises
familiales à préférer ne pas ouvrir leur capital n’est pas typique à Haı̈ti. C’est le cas, même
dans des économie industrialisées où beaucoup d’entreprises sont familiales, comme le révèle la
littérature traitant notamment de la gouvernance d’entreprises (Mattard et al., 2020; Catuogno
5.6. Mobilisation de fonds de la diaspora : les obstacles
71
et al., 2018; Le Vigoureux et Aurégan, 2012). Cependant, en Haı̈ti, l’entrerpeneuriat formel est
peu développé. C’est surtout au niveau du secteur informel qu’il y a beaucoup de petites et
moyennes entreprises (PME).
Conclusion
Ce chapitre entendait aborder la question des perspectives de mobilisation des fonds de la
diaspora, pour financer la croissance et le développement durable. Plusieurs types de pratiques
ont été analysées : les transferts collectifs, dédiés aux projets de développement ; les transferts
fonds sous la forme d’investissements, à des fins lucratifs, dans le pays d’origine ; les transferts
de connaissances ; l’utilisation de la technologie ; la taxation des transferts qui est pratiquée par
Haı̈ti. Certaines initiatives de la diaspora en Haı̈ti, présentés dans ce chapitre, révèlent la possibilité
de mobiliser les fonds de la diaspora vers le financement de la croissance et du développement
durable.
L’emphase a été mis sur le rôle de l’implication de la diaspora dans l’entrepreneuriat en Haı̈ti,
en ce sens que cela peut avoir un impact positif sur les exportations, mais aussi sur le transfert
de connaissances et de savoir-faire. Nous avons aussi montré comment la collaboration scientifique des chercheurs de la diaspora et leurs institutions d’affiliation peut constituer un canal de
transferts de connaissances, pour renforcer la recherche scientifique en Haı̈ti et contribuer ainsi à
l’adoption de politiques publiques pouvant permettre d’atteindre les ODD. Cependant, comme le
révèle nos analyses, certains obstacles se dressent face à la mobilisation des fonds de la diaspora
au profit de la croissance et du développement durable en Haı̈ti.
Si du côté de l’Etat haı̈tien et du secteur privé, le manque de transparence constitue un
obstacle à la mobilisation des fonds de la diaspora, les difficultés de cette dernière à fédérer ses
organisations pour financer des projets à effets multiplicateurs est aussi un important obstacle.
De plus, la faiblesse de la justice, favorisant la corruption et l’insécurité des vies et des biens, est
un obstacle majeur qui portent des investisseurs de la diaspora à faire des dons en Haı̈ti, pour
de petits projets humanitaires, tout en investissant ailleurs, comme en République Dominicaine.
En dépit des difficultés de la diaspora à s’impliquer dans des projets de développement à effets
significatifs et multiplicateurs, le GRAHN peut être considéré comme un modèle de succès d’une
association de la diaspora haı̈tienne, réalisant des transferts collectifs pouvant avoir un impact
significatif sur le développement durable d’Haı̈ti.
Pour faciliter la mobilisation des fonds de la diaspora au service de la croissance et du
développement durable, il importe d’enlever ou d’atténuer les obstacles. Tenant compte des
analyses de ce chapitre, certaines des recommandations qui figurent dans la conclusion générale
entendent contribuer à réduire les obstacles que nous avons considérés. Evidemment, ce chapitre ne traite pas d’une liste exhaustive de pratiques de mobilisation de fonds de la diaspora au
profit du développement de leurs pays d’origine. Toutefois, nous avons considéré celles qui nous
paraissent pertinentes.
72
Chapitre 5. Mobilisation des fonds de la diaspora
Conclusions et recommandations
Cette étude entendait analyser les flux des transferts de fonds de la diaspora, envoyés en
Haı̈ti, identifier ses déterminants et son impact sur l’économie et le développement durable
d’Haı̈ti. L’étude couvre la période allant de 2000 à 2020. Pour la conduire, la principale approche
méthodologique que nous avons retenue est l’identification des causalités entre les transferts et
un certain nombre de variables macroéconomiques et d’indicateurs de développement durable,
à partir du test de causalité de Granger. Nous nous sommes aussi appuyés sur une analyse
graphique, notamment pour analyser l’évolution des flux des transferts. Les résultats des tests de
causalité de Granger sont présentés sous la forme de graphiques de réseaux.
Bien que la présente étude révèle que les flux de transferts de fonds de la diaspora aient un
impact sur le développement durable, en permettant à des ménages bénéficiaires d’avoir accès à
l’alimentation, à l’éducation, au logement, et à la santé, elle n’a pas trouvé de liens directs avec
la croissance. De préférence les résultats de l’étude révèlent un lien indirect entre les transferts
et le PIB respectif des secteurs secondaire et tertiaire, transitant par le crédit au secteur privé et
le crédit bancaire au secteur privé.
Les résultats de l’estimation de la valeur monétaire des marchandises envoyées par la diaspora
en Haı̈ti et celle de la proportion des transferts de fonds destinés aux activités entrepreneuriales
révèlent un intérêt de la diaspora à faire des affaires en Haı̈ti. Leur implication dans les affaires
pourrait être une stratégie de mobilisation des fonds de la diaspora vers le financement de la croissance et du développement durable. En fait, l’étude a relevé plusieurs pratiques de mobilisation
de fonds de la diaspora, dont quelques-unes sont déjà expérimentées par la diaspora haı̈tienne,
pour financer la croissance et le développement durable. Toutefois, nos analyses soulignent que
certaines conditions, notamment la sécurité personnes et des biens, sont nécessaires à la mise en
place de stratégies de mobilisation des fonds de la diaspora qui se rapportent à l’entrepreneuriat
et à l’investissement.
De plus, l’étude met de l’emphase sur le manque de transparence, comme l’un des obstacles à
la mobilisation des fonds de la diaspora vers le financement de la croissance et du développement
durable. Le besoin de plus de transparence concerne non seulement le secteur public, mais aussi
le secteur privé des affaires où la majorité des plus importantes entreprises craignent d’ouvrir leur
capital à des investisseurs en dehors d’un cercle familial ou de partenaires habituels.
73
74
Conclusions et recommandations
Cette étude comporte certaines limites. La première limite réside dans les données utilisées.
Elles ne reflètent pas entièrement la réalité des transferts, puisque, comme nous l’avions indiqué,
elles sont sous-estimées lorsque l’on considère que des transferts sont réalisés dans des circuits
informels. L’étude utilise plus de 10 indicateurs de développement durable séparément, pour
analyser les déterminants et les impacts des transferts. Alors que les résultats trouvés, en utilisant
ses indicateurs, révèlent peu de liens directs de causalité avec les transferts, il se pourrait qu’un
indicateur composite révèle un lien plus significatif avec les transferts de fonds de la diaspora.
Le fait de ne pas avoir estimé un modèle économétrique constitue aussi une limite de l’étude.
Mais, puisque le travail entendait, entre autres, identifier à la fois les déterminants et les impacts
des transferts, l’analyse de la causalité au sens de Granger était plus appropriée que l’estimation
d’un modèle économétrique. Car, en fait, l’estimation d’un seul modèle économétrique ne permettrait pas d’atteindre ces objectifs. Il faudrait au moins un modèle pour analyser les déterminants et
autant de modèles que d’impacts pressentis. Or, pour analyser l’impact des transferts sur chacune
des variables ciblées, il serait nécessaire de réaliser une étude spécifique au sujet de ces indicateurs que l’on assume être affectés par les transferts. De plus, pour analyser les déterminants des
transferts, vu l’échantillon de données dont nous disposons, nous ne pourrions utiliser que très
peu de variables. Or, avec l’approche retenue, nous avons pu utiliser un large éventail de variables
macroéconomiques et d’indicateurs de développement durable. Ce qui constitue un avantage de
l’approche utilisée pour identifier les déterminants et les impacts des transferts.
En ce qui concerne l’identification des perspectives de mobilisation des fonds de la diaspora,
pour financer la croissance et le développement durable, l’étude pourrait s’appuyer sur une
enquête auprès des migrants haı̈tiens. Cela permettrait d’apprécier leur volonté et le type de
stratégies qu’ils préconisent. Cette approche n’a pas été adoptée puisqu’une telle enquête requerrait beaucoup plus de temps que celui imparti à la présente étude, pour sa planification et sa
réalisation.
En dépit des limites susmentionnées, l’approche méthodologique utilisée dans l’étude a permis
d’atteindre les objectifs fixés. En plus de l’analyse des perspectives de mobilisation des fonds de
la diaspora à des fins de financement de la croissance et du développement durable, cette étude
contribue à combler des lacunes dans la littérature relative aux transferts de la diaspora haı̈tienne.
La présente étude considère un nombre important de variables macroéconomiques et d’indicateurs
de développement durable, identifiant ceux qui déterminent l’évolution des transferts et ceux sur
lesquels les transferts ont un impact.
En termes d’implication, l’étude en montrant que les transferts affectent indirectement le PIB
du secteur secondaire et celui du secteur tertiaire, à travers le crédit au secteur privé, révèle la
nécessité d’adopter des stratégies qui permettent de mobiliser les fonds de la diaspora en vue
d’un impact direct sur la production. Elle révèle aussi la nécessité pour la diaspora de mieux
s’organiser, pour mutualiser les ressources pouvant être mobilisées par ses multiples associations,
pour réaliser des projets ayant des effets multiplicateurs en Haı̈ti. Du côté de l’Etat haı̈tien, les
75
résultats de l’étude doivent l’inciter à avancer avec plus de célérité avec les réformes en cours au
niveau des finances publiques.
Cette étude ne prétend pas couvrir de manière exhaustive les différents aspects de l’analyse
des déterminants et des impacts des transferts aussi bien que ceux portant sur les perspectives de
mobilisation des fonds de la diaspora vers le financement du développement durable. Toutefois,
ses résultats peuvent contribuer à attirer l’attention des différents acteurs impliqués dans le
développement d’Haı̈ti sur des opportunités qui s’offrent au pays et des efforts à faire pour en
bénéficier. Alors, tenant compte des résultats de l’étude, nous produisons les recommandations
qui suivent 14 :
Produits financiers
1. Développer des produits financiers destinés à formaliser la collaboration entre ceux qui
résident à l’étranger et ceux qui résident en Haı̈ti, sachant que de manière informelle il
existe une collaboration entre eux déjà, notamment pour la construction de logement et le
lancement de petites entreprises. En ce sens, nous recommandons le développement d’un
produit de crédit hypothécaire conjoint qui implique au moins un membre de la diaspora
et un résident haı̈tien.
2. Développer des produits de crédit au logement et à l’entrepreneuriat, s’appuyant sur le
cash collatéral, notamment au niveau des coopératives d’épargne et de crédit (CEC) qui
ont de l’expérience avec ce type de collatéral.
3. Offrir à la diaspora des produits d’assurance, telle que l’assurance immobilier, vu que la
diaspora tend à investir dans la construction de logements.
La technologie
4. Adapter la régulation pour favoriser le lancement de plateformes de transferts internationaux par téléphone, afin de réduire les coûts et d’augmenter les transferts et l’inclusion
financière dans les zones rurales.
5. Accompagner les coopératives d’épargne et de crédit (CEC), en vue de :
(a) l’agréement d’un plus grand nombre de CEC par la BRH ;
(b) émission des cartes de débit, afin de faciliter la réception de transferts par cartes dans
les zones rurales ;
(c) promotion de l’acceptation des cartes de débit par les entrepreneurs, dans les zones
rurales.
14. Ces recommandations ont été validées, par un sondage auprès des participants à l’atelier de restitution du
rapport de l’étude, le 30 mars 2022. Des graphiques présentant les résultats de ce sondage figurent dans l’annexe
J. Pour chacune des recommandations, les participants indiquent majoritairement qu’elle est Très prioritaire ou
Prioritaire, en termes d’appréciation de sa pertinence.
76
Conclusions et recommandations
6. Entreprendre des réformes qui facilitent l’émergence de plateformes de monnaies
électroniques, en plus des cartes bancaires et du paiement par téléphone, pouvant faciliter les transferts.
7. S’assurer que la monnaie digitale de la BRH comporte des options permettant les transferts
transnationaux à faible coût.
8. Entreprendre des réformes qui permettent de respecter les standards internationaux en
termes de e-commerce et de paiements électroniques.
Promouvoir l’entrepreneuriat inclusif
9. Adopter des mesures fiscales qui incitent les PME du secteur informel à se formaliser et
à ouvrir leur capital, pour augmenter leur taille, en vue de dynamiser et de moderniser
l’entrepreneuriat haı̈tien, favorisant la création d’un marché secondaire dans l’avenir. Ces
mesures peuvent prendre, à titre indicatif, la forme d’exonération de certaines taxes ou
d’une taxe forfaitaire.
10. Créer un programme qui incite la diaspora à investir dans la création de nouvelles entreprises agro-industrielles, en dehors de la région métropolitaine de Port-au-Prince, dont les
produits sont orientés vers l’exportation. Bien que l’incitation puisse prendre différentes
formes, nous recommandons le co-financement, avec la possibilité pour l’Etat de revendre
ses actions après 6 ans d’opérations. Ce mode de partenariat vise à rassurer la diaspora
qui est un peu méfiante lorsqu’il s’agit d’investir en Haı̈ti.
11. Entreprendre des réformes pour réduire les barrières à l’entrée et les monopoles, rendant
le marché haı̈tien plus ouvert à de nouveaux investisseurs.
12. Permettre à la diaspora d’entreprendre les démarches administratives de création d’entreprises, à partir des pays d’acceuil.
13. Résoudre le problème de l’insécurité des personnes et des biens, en garantissant une justice
équitable.
Plus de transparence
14. Fournir, sur le site internet du FNE, des rapports financiers et techniques, permettant
d’évaluer l’impact sur le développement durable des frais de $1.50 prélevés sur les transferts
de fonds envoyés en Haı̈ti.
15. Inscrire les projets publics financés par les bailleurs de fonds dans le Programme d’Investissement Public (PIP).
16. Promulguer une loi sur la collecte et la publication des données au niveau de l’administration publique, en rendant obligatoire la publication, en accès libre, des :
(a) données agrégées relatives aux opérations financières de l’administration publique ;
(b) documents de support de chaque projet inclut dans la loi de finances (document de
projet, FIOP) ;
77
(c) les données et documents relatifs à l’exécution technique et financière de chaque
projet ;
(d) les rapports de suivi et d’évaluation du PIP ;
(e) etc.
17. Mise en place d’un système d’information intégré qui facilite le suivi et l’évaluation des
programmes d’investissements publics.
18. Publier, sur le site internet de la BRH, les états financiers de toutes les institutions
financières qu’elle supervise, comme elle le fait déjà pour les banques commerciales.
Autres actions à effets transversaux
19. Améliorer la qualité de l’accueil et des services offerts dans les consulats haı̈tiens à
l’étranger ;
20. Entreprendre des réformes qui permettraient aux citoyens haı̈tiens de la diaspora de voter
lors des élections.
21. Réaliser une cartographie des organisations de la diaspora haı̈tienne, en les catégorisant
par : pays du siège sociale et en recensant l’adresse des différentes branches ou chapitres ;
type d’organisations (associations, fondation, fédération de plusieurs organisations etc.) ;
catégorie selon la principale mission (développement et humanitaire, politique, entrepreneuriale comme les chambres de commerces par exemple) etc.
22. Créer un groupe d’action sur les transferts de la diaspora haı̈tienne qui inclurait, en outre
de l’Etat Haı̈tien et des principales organisations de la diaspora en termes de nombre de
membres, plusieurs institutions de coopération multilatérale et bilatérale qui travaillent
déjà sur la question des transferts de fonds de la diaspora : les Nations Unies, la Banque
Interaméricaine de Développement (BID) et l’USAID. Ce groupe pourrait, entre autres,
créer un fonds fiduciaire qui servirait à :
(a) Promouvoir la recherche scientifique permettant d’étudier et d’évaluer des stratégies
de mobilisation des fonds de la diaspora vers le développement durable d’Haı̈ti ;
(b) Accompagner les réformes du cadre légal et de la régulation, afin de faciliter la création
de produits financiers qui répondent aux besoins de la diaspora ;
(c) Appuyer des initiatives de transferts collectifs des organisations de la diaspora haı̈tienne
qui ciblent des projets d’investissement et de développement.
23. Créer un programme qui promeut des collaborations scientifiques entre des universitaires
expérimentés de la diaspora et ceux d’Haı̈ti. Ce programme devra faciliter le transfert
de connaissances et de savoir-faire, comme exprimé dans l’une des recommandations du
forum organisé par l’Organisation des Etats Américains (OEA), qui réunissait environ 400
représentants de la diaspora en 2010. Ce programme pourrait contribuer au renforcement
de la recherche et l’innovation en Haı̈ti, en finançant, par appels à candidature ou à
projets :
78
Conclusions et recommandations
(a) Des compétitions de développement de produits innovants, en vue de stimuler l’esprit
créatif d’équipes d’étudiants de la diaspora et d’Haı̈ti, contribuant à la création de
produits pouvant être commercialisés ;
(b) Des stages de recherche d’étudiants de second et de troisième cycle, des établissements
d’enseignements supérieurs reconnus en Haı̈ti, dans des centres de recherche des pays
où travaillent les chercheurs de la diaspora haı̈tienne ;
(c) Des Projets de recherche, soumis par des établissements d’enseignement supérieur reconnus par l’Etat Haı̈tien, avec la collaboration d’au moins un chercheur de la diaspora
et son institution d’appartenance, en vue de faciliter le développement de nouvelles
connaissances et de savoir-faire au profit du développement durable d’Haı̈ti ;
(d) etc.
24. Réaliser une étude sur les causes et les stratégies de sortie de la crise sociopolitique qui
perdure en Haı̈ti depuis plusieurs décennies, considérant conjointement les aspects sociologiques, économiques, historiques etc. Cette recommandation s’appuie sur les résultats
de l’étude qui montre, que la crise sociopolitique limite l’implication de la diaspora dans
l’entrepreneuriat en Haı̈ti.
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Information Source.
Annexe A
Membre de l’équipe de suivi de l’étude
1. Ca’Zorzi, Antonio (PNUD)
2. Ceus, Stendelet (PNUD)
3. Cherel-Robson, Milasoa (PNUD)
4. Deer, Bradley (MEF)
5. Fontil, Nolex (PNUD)
6. Oscar, Gabriel Emmanuel (PNUD)
7. Pierre-Antoine, Monique (PNUD)
8. Pierre, Robes (MPCE)
9. Rozier, Morales (MEF)
10. Théodat, Romy Regianni (MCI)
87
88
Annexe A. Membre de l’équipe de suivi de l’étude
Annexe B
Guide d’entretiens avec les acteurs
Préambule
L’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) par Haı̈ti, comme c’est le cas
pour tous les pays à faible revenu, est un défi majeur. Pour atteindre les ODD, il importe de
mobiliser des financements. C’est ce qui explique l’engagement de l’Etat Haı̈tien à doter le
pays d’un cadre intégré national de financement (CINF). Ce cadre est développé à travers la
coopération du Système des Nations unies avec Haı̈ti (SNU-HAITI), sur la base d’un projet
conjoint impliquant le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et la
Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Le projet est
exécuté à travers un partenariat entre le PNUD et le Ministère de la Planification et de la
Coopération Externe (MPCE), le Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), en coordination
avec le Bureau du Coordonnateur résident. Dans le cadre du CINF, plusieurs études, dont celle
qui porte sur l’analyse des flux de transferts de la diaspora et des perspectives de leur mobilisation
vers le développement durable, sont conduites en Haı̈ti.
Ce guide d’entretiens est préparé dans le cadre de l’étude sur les transferts de fonds de
la diaspora vers Haı̈ti, qui fait aussi un diagnostic des sources de financement de l’économie
haı̈tienne. Les entretiens visent principalement à recueillir des données qualitatives sur les aspects
qui suivent :
1. Les obstacles à la mobilisation des transferts vers le financement de la croissance et du
développement durable ;
2. Stratégies et réformes nécessaires pour mobiliser les transferts vers le financement de la
croissance et du développement durable ;
3. Les autres sources de financement de l’économie.
Questions
1. Quelle est votre compréhension de l’impact des transferts de la diaspora sur la production
et le développement durable d’Haı̈ti ?
89
90
Annexe B. Guide d’entretiens avec les acteurs
2. Pourriez-vous nous parler d’un ou de plusieurs produit(s) exporté(s) par Haı̈ti, pour
répondre à une demande de la diaspora ?
3. Suivant votre compréhension, quels sont les obstacles à l’utilisation des transferts pour le
financement de la croissance et du développement durable d’Haı̈ti ? Comment y remédier ?
4. Quelles sont les réformes qui, suivant votre compréhension, pourraient contribuer à faciliter
la mobilisation des transferts vers le financement de la croissance et du développement
durable d’Haı̈ti ?
5. Quelles sont les réformes qui pourraient faciliter le développement de produits financiers
pouvant mobiliser les transferts de la diaspora vers le financement de la croissance et du
développement durable d’Haı̈ti ?
6. Auriez-vous d’autres informations et idées à partager avec nous concernant la mobilisation
des transferts vers le financement de la croissance et du développement durable d’Haı̈ti ?
Annexe C
Guide d’entretiens avec les acteurs du
secteur financier
Préambule
L’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) par Haı̈ti, comme c’est le cas pour
tous les pays à faible revenu, est un défi majeur. Pour atteindre les ODD, il importe de mobiliser
des financements. C’est ce qui explique l’engagement de l’Etat Haı̈tien à doter le pays d’un cadre
intégré national de financement (CINF). Ce cadre est développé à travers la coopération du
Système des Nations unies avec Haı̈ti (SNU-HAITI), sur la base d’un projet conjoint impliquant le
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et la Conférence des Nations Unies
sur le commerce et le développement (CNUCED). Le projet est exécuté à travers un partenariat
entre le PNUD et le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), le
Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), en coordination avec le Bureau du Coordonnateur
résident (RCO). Dans le cadre du CINF, plusieurs études, dont celle qui porte sur l’analyse des
flux de transferts de la diaspora et des perspectives de leur mobilisation vers le développement
durable, sont conduites en Haı̈ti.
Ce guide d’entretiens est préparé dans le cadre de l’étude sur les transferts de fonds de
la diaspora vers Haı̈ti, qui fait aussi un diagnostic des sources de financement de l’économie
haı̈tienne. Les entretiens visent principalement à recueillir des données qualitatives sur les aspects
qui suivent :
1. Les obstacles à la mobilisation des transferts vers le financement de la croissance et du
développement durable’
2. Stratégies et réformes nécessaires pour mobiliser les transferts vers le financement de la
croissance et du développement durable ;
3. Les autres sources de financement de l’économie.
91
92
Annexe C. Guide d’entretiens avec les acteurs du secteur financier
Questions
1. Quelle est votre compréhension de l’impact des transferts de la diaspora sur la production
et le développement durable d’Haı̈ti ?
2. Quels sont les obstacles à l’achat de produits financiers, en Haı̈ti, par la diaspora haı̈tienne ?
Parlez-nous de l’expérience de la vente de vos services et produits à la diaspora haı̈tienne.
3. Quels sont les obstacles au développement du secteur financier et à la création d’un
marché secondaire en Haı̈ti ?
4. Quelles sont les réformes et les stratégies qui, suivant votre compréhension, pourraient
contribuer à faciliter la mobilisation des fonds de la diaspora vers le financement de la
croissance et du développement durable d’Haı̈ti ?
5. Quels sont les contraintes à la réalisation de joint-ventures entre le secteur privé des
affaires et les entrepreneurs de la diaspora haı̈tienne ?
6. Quels sont les stratégies et les réformes qui, suivant votre compréhension, pourraient
faciliter le développement du secteur financier et la création d’un marché secondaire ?
7. Souhaiteriez-vous abordez une autre question connexe à la problématique de la mobilisation des fonds de la diaspora vers le financement de la croissance et du développement
durable ?
Annexe D
Guide d’entretiens avec les acteurs de
l’administration publique
Préambule
L’atteinte des Objectifs de Développement Durable (ODD) par Haı̈ti, comme c’est le cas pour
tous les pays à faible revenu, est un défi majeur. Pour atteindre les ODD, il importe de mobiliser
des financements. C’est ce qui explique l’engagement de l’Etat Haı̈tien à doter le pays d’un cadre
intégré national de financement (CINF). Ce cadre est développé à travers la coopération du
Système des Nations unies avec Haı̈ti (SNU-HAITI), sur la base d’un projet conjoint impliquant le
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et la Conférence des Nations Unies
sur le commerce et le développement (CNUCED). Le projet est exécuté à travers un partenariat
entre le PNUD et le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), le
Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), en coordination avec le Bureau du Coordonnateur
résident (RCO). Dans le cadre du CINF, plusieurs études, dont celle qui porte sur l’analyse des
flux de transferts de la diaspora et des perspectives de leur mobilisation vers le développement
durable, sont conduites en Haı̈ti.
Ce guide d’entretiens est préparé dans le cadre de l’étude sur les transferts de fonds de
la diaspora vers Haı̈ti, qui fait aussi un diagnostic des sources de financement de l’économie
haı̈tienne. Les entretiens visent principalement à recueillir des données qualitatives sur les aspects
qui suivent :
1. Les obstacles à la mobilisation des transferts vers le financement de la croissance et du
développement durable’
2. Stratégies et réformes nécessaires pour mobiliser les transferts vers le financement de la
croissance et du développement durable ;
3. Les autres sources de financement de l’économie.
Questions
93
94
Annexe D. Guide d’entretiens avec les acteurs de l’administration publique
Transferts de la diaspora
1. Quelle est votre compréhension de l’impact des transferts de la diaspora sur la production
et le développement durable d’Haı̈ti ?
2. Pourriez-vous nous parler d’un ou de plusieurs produit(s) exporté(s) par Haı̈ti, pour
répondre à une demande de la diaspora ?
3. Suivant votre compréhension, quels sont les obstacles à l’utilisation des transferts pour le
financement de la croissance et du développement durable d’Haı̈ti ?
4. Quelles sont les réformes qui, suivant votre compréhension, pourraient contribuer à faciliter
la remobilisation des transferts vers le financement de la croissance et du développement
durable d’Haı̈ti ?
Investissements publics et aide au développement
5. Comment peut-on expliquer les écarts entre les prévisions relatives aux indicateurs macroéconomiques, durant la préparation du budget, et les réalisations ?
6. Quelles sont les pratiques et les réformes qui pourraient aider à faire, durant le processus
d’élaboration du budget, des prévisions macroéconomiques qui se rapprochent davantage
des réalisations ?
7. Suivant l’article 2 de la loi portant sur l’élaboration et l’exécution des lois de finance, le
budget est élaboré sur la base d’un document de programmation budgétaire et économique
pluriannuelle qui couvre au moins 3 ans. Quels sont les difficultés (s’il y en a) et les leçons
tirées de l’application de cet article ?
8. Comment peut-on comprendre le niveau de l’impact de l’investissement public sur la
croissance économique et le développement durable d’Haı̈ti ?
9. Quel rôle joue l’aide internationale dans le financement des investissements publics et la
croissance ?
10. Parlez-nous de l’expérience de l’émission des bons du trésor et de sa contribution au
financement de l’investissement public, à la croissance et au développement durable en
Haı̈ti.
11. Parlez-nous des expériences et des perspectives de partenariat public-privé qui contribuent
ou qui pourraient contribuer à la croissance économique et au développement durable
d’Haı̈ti. Parlez-nous des mécanismes de financement de ces partenariats.
12. Auriez-vous d’autres informations et idées à partager avec nous concernant l’impact de
l’investissement public et la mobilisation des transferts vers le développement durable
d’Haı̈ti ?
Annexe E
Questionnaire d’enquête destiné au
panel d’experts
Préambule
Cette enquête est réalisée auprès d’un panel d’experts qui connaissent l’économie haı̈tienne,
dans le cadre de cadre l’étude rétrospective sur les transferts de fonds de la diaspora haı̈tienne et
les perspectives pour une remobilisation vers le financement du développement durable d’Haı̈ti,
que réalise le PNUD, en collaboration avec le MEF, la BRH et d’autres institutions partenaires qui
évolue dans le pays. L’enquête est anonyme et les données sont collectées à des fins statistiques.
Merci d’avoir accepté de participer à l’enquête.
Profile de l’expert
1. Quel est votre profession ?
□ Economiste
□ Gestionnaire
□ Ingénieur
□ Journaliste
□ Statisticien
□ Urbaniste
□ Autre (à préciser)
2. Quelle est votre principale activité ?
□ Cadre d’une institution internationale
□ Cadre d’une institution privée
□ Cadre de l’administration publique
□ Chroniqueur économique
□ Consultant international
95
96
Annexe E. Questionnaire d’enquête destiné au panel d’experts
□ Consultant national
□ Entrepreneur
□ Professeur d’université
□ Autre (à préciser)
Répondez aux questions qui suivent en tenant compte de vos connaissances et
de votre compréhension de l’économie haı̈tienne
3. Classer dans l’ordre d’importance, en numérotant de 1 (plus important) à 8 (moins important), l’utilisation que font les bénéficiaires des transferts :
□ Activités entrepreneuriales (commerce ou production)
□ Construction ou acquisition d’une maison, ou l’acquisition d’un terrain pour le logement
□ Education
□ Epargne
□ Funérailles
□ Loyer
□ Nourriture
□ Santé
4. Selon vous, quelle est le pourcentage des transferts qui sont utilisés pour des activités
entrepreneuriales ?
— — — —%
5. Comment comparer vous les transferts d’argent et les transferts de marchandises envoyés
en Haı̈ti ?
□ Le montant total des transferts d’argent est plus élevé que la valeur (en monnaie) des
marchandises (à revendre) envoyées en Haı̈ti par la diaspora, en une année.
□ La valeur (en monnaie) des marchandises (à revendre) envoyées par la diaspora est
plus élevé que le montant total des transferts d’argent reçus en Haı̈ti, en une année.
6. Selon vous, la valeur (en monnaie) des marchandises (à revendre), envoyés en Haı̈ti par la
diaspora représentent quel pourcentage du total des transferts d’argent, en une année ?
— — — —%
7. Si, à votre avis, il y des obstacles à la mobilisation des transferts au financement du développement durable d’Haı̈ti, pourriez-vous les indiquer ci-dessous ?
97
8. Si, à votre avis, des réformes sont nécessaires dans la législation haı̈tienne,
afin de faciliter la mobilisation des transferts vers le financement du
développement
durable
d’Haı̈ti,
pourriez-vous
les
indiquer
ci-dessous ?
9. Si, à votre avis, des réformes sont nécessaires dans des domaines autres que
la législation, afin de faciliter la mobilisation des transferts vers le financement du développement durable d’Haı̈ti, pourriez-vous les indiquer ci-dessous ?
10. A
votre
avis,
quelles
sont
de
politiques
publiques,
pour
ferts
vers
le
financement
les
stratégies
à
utiliser,
en
termes
faciliter
la
remobilisation
des
transdu
développement
durable
d’Haı̈ti ?
Merci d’avoir participé à l’enquête portant sur les transferts de fonds de la
diaspora haı̈tienne et les perspectives pour leur mobilisation vers le financement du
développement durable d’Haı̈ti.
98
Annexe E. Questionnaire d’enquête destiné au panel d’experts
Annexe F
Personnalités avec lesquelles le
consultant a eu un entretien
99
Annexe F. Personnalités avec lesquelles le consultant a eu un entretien
100
Nom & Prénom(s)
Alezi, Ralph
Cadet, Charles
Charles, Prospère
Chéry, Moı̈se Galilé
Comeau, Ludovic
Délerme
Delva, Maguet
Deruisseau, Fred
Eglaus, Esther
Etienne, Sophonie
Jean Charles, Sherly
Jeudy, Claude
Jeudy, Ketsia Pierre
Joseph, Jean Ronald
Léger, Jean Lesly
Louis, Graziella
Maurival, Lorrol
Paret, Robert
Petit-Frère, Jessy C.
Pierre, Samuel
Rémy, Ralph Jerry
Timmer, Ady
Troissou, Romel
Ulysse, Dieuveil
Qualité/Fonction
Ex-Analyste Financier à la BIDHaı̈ti
Coordonnateur - Commission de la
Réformes des Finances Publiques
Professeur de Politiques publiques
Ex Vice-Président de GRAHN
Monde
BRH
Responsable de communication
DA Trésorerie
Assistant chef de service
Chef de service
Directrice adjointe des Etudes Economiques et Prévision
Ex-Chef de cabinet du Ministre des
Haı̈tiens Vivants à l’Etranger
Directrice
Directeur Général
Chef Service des Statistiques
Directeur d’Analyse et de Suivi des
Investissements
PDG
Ex-Ministre des Haı̈tiens Vivants à
l’Etranger
Président
PDG
Directeur des Etudes Economiques
et Prévision
Economiste sénior - Direction des
Etudes Economiques et Prévision
Secteur Financier
Consulat Haı̈tien en France
FNE
MEF
MEF
MEF
Université
MEF
BRH et GRAHN
MEF
Institution d’appartenance
Diaspora
Administration publique
Administration publique
Administration publique
Administration publique
Diaspora
Administration publique
Diaspora
Administration publique
Secteur
Diaspora
GRAHN Monde
FNE
Dokpam
MEF
Profin
MPCE
FNE
BRH
BRH
MEF
Administration publique
Diaspora
Administration publique
Diaspora
Administration publique
Secteur Financier
Administration publique
Administration publique
Administration publique
Secteur Financier
Secteur Financier
Administration publique
Administration publique
MEF
Annexe G
Liste des maisons de transferts d’argent
Institution
Caribbean Air Mail Inc. (CAM)
MoneyGram
Partenaires
Prism Financial Services, Haiti S.A/Prism Transfer
Unitransfer
Westerne Union
101
✓Banque de l’Union Haı̈tienne (BUH)
✓CWT RAPID TRANSFÈ
✓Fonkoze
✓SOGEXPRESS, filiale de SOGEBANK
✓Capital Transfert, division de Capital Bank
102
Annexe G. Liste des maisons de transferts d’argent
Annexe H
Impact de la circulaire 114-2 sur les
dépôts en USD
Suivant la circulaire 114-2 de la BRH, qui rentra en vigueur le 1er octobre 2020, un transfert
sera payé en devise étrangère si le bénéficiaire le reçoit sur son compte de dépôt en dollars
américains domicilié dans une institution financière. Dans le cas contraire, le transfert sera payé
dans la monnaie locale, dont la valeur est calculée en utilisant le taux de change de référence
publié par la BRH, pour le jour de réception de l’argent.
Puisque le dollar est la monnaie forte, comparativement à la gourde, la mise en vigueur de la
circulaire 114-2 pourrait faire augmenter les dépôts en dollars. Pour vérifier l’impact de cette
décision sur l’évolution du volume de dépôts en dollars, nous recherchons les dates des
changements structurels significatifs dans ladite variable. Nous utilisons le test de Chow pour
identifier les changements tructurels qui sont significatifs.
Lorsque l’on considère la Figure H.1, suivant l’évidence statistique, il y a eu cinq changements
structurels dans l’évolutuion des dépôts en dollars, au cours des 20 dernières années. Le dernier
changement structurel date de février 2017. Or, la circulaire 114-2 est mise en vigueur en
octobre 2020. Nous n’avons donc pas trouvéd’évidence statistique nous permettant de conclure
que la décision de la BRH a fait augmenter les dépôts en dollars américains.
103
104
Annexe H. Impact de la circulaire 114-2 sur les dépôts en USD
Figure H.1 – Changements structurels dans l’évolution des dépôts en dollars
Annexe I
Les 270 causalités significatives au sens
de Granger
Variables
transf
cons men
transf
tc
transf
M2
transf
creBk priv
transf
cre priv
transf
sdg3 hiv
tir
sdg13 co2gcp
tir
pibTer
tir
pibEc us
tir
pibEc ca
temp moy
temp max
cpib
temp moy
temp moy
pibSec
temp moy
da
temp moy
pibEc us
pibEc ca
temp moy
temp moy
pibEc fr
temp moy
resrv
temp moy
creBk priv
temp moy
cre priv
temp moy
bkliq
temp moy
gdp capita
temp moy
sdg3 neonat
temp moy
sdg3 u5mort
temp moy
sdg3 traffic
temp moy
sdg8 unemp
temp min
temp max
105
Probabilité
0.05
0
0.04
0.03
0.03
0
0.06
0.01
0.02
0.08
0.08
0.01
0.08
0.01
0.08
0.02
0.03
0.03
0.05
0.06
0.03
0.04
0.01
0
0.04
0.06
0.08
5%
10%
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
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✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
106
Annexe I. Les 270 causalités significatives au sens de Granger
Variables
temp min
cpib
temp min
sdg8 unemp
temp max
cpib
fbcf
temp max
temp max
da
temp max
cons gouv
temp max
pibEc us
temp max
pibEc ch
temp max
pibEc ca
temp max
pibEc fr
temp max
M1
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M2
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M3
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temp max
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temp max
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temp max
bkliq
temp max
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temp max
sdg3 neonat
temp max
sdg3 u5mort
temp max
sdg3 traffic
temp max
sdg5 lfpr
temp max
sdg15 redlist
tc
M2
tc
M3
tc
transf
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M2
t91
bp cap
pibPrim
t91
t91
tc
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sdg3 hiv
sdg8 unemp
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sdg8 unemp
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sdg8 unemp
temp moy
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temp max
sdg8 unemp
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sdg8 unemp
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sdg5 lfpr
sdg3 neonat
sdg5 lfpr
sdg3 u5mort
sdg5 fplmodel sdg8 unemp
Probabilité
0.04
0.04
0.05
0.07
0.01
0.04
0.01
0
0.04
0
0.08
0.03
0.07
0.01
0.07
0.01
0.01
0.06
0.02
0.02
0.03
0.06
0.04
0.03
0.02
0.02
0.05
0.09
0.06
0.05
0.05
0.01
0.03
0.09
0.06
0.06
0.08
0.01
0.01
0.01
0.01
0.01
0.06
5% 10%
✓
✓
✓
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✓
✓
✓
✓
✓
✓
107
Variables
sdg3 u5mort
sdg5 lfpr
temp moy
sdg3 u5mort
sdg3 u5mort
temp min
sdg3 u5mort
bp cour
sdg3 traffic
sdg13 co2gcp
cptes dep
sdg3 traffic
sdg3 neonat
temp moy
sdg3 neonat
temp min
sdg3 neonat
cons gouv
sdg3 hiv
pibTer
bkliq
sdg3 hiv
sdg15 redlist
temp min
sdg15 redlist
pibSec
sdg15 redlist
da
sdg15 redlist
resrv
sdg15 redlist
bp cap
sdg15 redlist
bp Fin
sdg15 redlist
sdg3 neonat
sdg15 redlist
sdg3 u5mort
sdg13 co2gcp cons men
sdg13 co2gcp tc
sdg13 co2gcp tir
sdg13 co2gcp M1
sdg13 co2gcp M2
sdg13 co2gcp M3
resrv
bp Fin
resrv
sdg3 neonat
resrv
sdg3 u5mort
resrv
sdg15 redlist
resrv
temp moy
resrv
temp min
resrv
da
précipit
bp cap
précipit
bp Fin
précipit
sdg8 unemp
pibTer
cons men
pibTer
tc
pibTer
sdg3 hiv
sdg3 traffic
pibTer
pibTer
pibPrim
pibSec
infl
pibSec
bp cour
pibSec
sdg3 traffic
Probabilité
0.06
0.05
0
0.09
0.05
0.02
0.04
0
0.09
0.06
0.09
0.06
0.09
0.03
0.07
0.03
0.03
0.04
0.03
0.03
0
0.03
0.02
0.01
0.02
0.04
0.03
0.01
0.08
0
0
0.02
0.07
0
0.09
0.06
0.01
0.09
0.04
0.03
0.07
0.02
0.04
5%
10%
✓
✓
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✓
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✓
✓
108
Annexe I. Les 270 causalités significatives au sens de Granger
Variables
pibSec
temp moy
temp min
pibSec
pibSec
pibPrim
pibPrim
M2
pibPrim
M3
bp Fin
pibPrim
pibEc us
pibEc ch
pibEc us
M1
sdg3 neonat
pibEc us
pibEc us
sdg3 u5mort
pibEc us
temp moy
pibEc us
temp min
pibEc us
da
pibEc fr
M1
bkliq
pibEc fr
pibEc fr
sdg3 neonat
pibEc fr
sdg3 u5mort
pibEc fr
temp moy
pibEc fr
temp min
pibEc fr
cpib
pibEc fr
fbcf
pibEc fr
ide
pibEc fr
da
pibEc ch
M1
pibEc ch
M2
pibEc ch
bkliq
sdg3 neonat
pibEc ch
pibEc ch
sdg3 u5mort
pibEc ch
temp min
pibEc ch
cpib
pibEc ch
fbcf
pibEc ch
da
pibEc ch
cons gouv
pibEc ch
pibEc us
pibEc ca
infl
pibEc ca
bp Fin
pibEc ca
temp moy
pibEc ca
temp min
pibEc ca
pibSec
pibEc ca
pibTer
M3
sdg3 hiv
M3
sdg13 co2gcp
M3
temp moy
Probabilité
0.07
0.03
0.02
0.07
0.09
0.08
0.02
0.08
0.01
0
0.09
0.03
0.01
0.09
0.03
0.01
0
0.03
0.01
0.04
0.09
0.08
0.01
0.01
0.05
0.06
0
0
0.03
0.04
0.05
0
0.01
0.04
0.04
0.04
0.04
0.03
0.03
0.03
0.01
0.06
0.08
5% 10%
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
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✓
✓
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✓
✓
✓
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✓
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✓
✓
✓
✓
✓
✓
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✓
✓
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✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
109
Variables
M3
temp min
transf
M3
M3
fbcf
ide
M3
M3
pibEc ch
tc
M3
M3
t91
M2
M3
M2
M3
M2
sdg3 hiv
sdg13 co2gcp
M2
M2
temp min
M2
transf
M2
fbcf
ide
M2
M2
pibEc ch
tc
M2
M2
t91
M1
temp min
M1
ide
M1
pibEc ch
infl
bp cour
infl
sdg3 neonat
infl
sdg3 u5mort
infl
sdg3 hiv
infl
sdg3 traffic
infl
pibPrim
infl
fbcf
infl
da
infl
cons men
ide
tc
ide
M2
ide
sdg3 hiv
ide
sdg5 fplmodel
ide
sdg8 unemp
gdp capita
sdg3 neonat
gdp capita
sdg3 u5mort
gdp capita
temp min
gdp capita
cpib
gdp capita
da
gdp capita
cons gouv
gdp capita
M1
fbcf
creBk priv
Probabilité
0.06
0.05
0.07
0.04
0.06
0.03
0.06
0.01
0.03
0.06
0.04
0.09
0.04
0.05
0.01
0.08
0.08
0.03
0.04
0.03
0.03
0.02
0.05
0.04
0.04
0.01
0.02
0.01
0.06
0.02
0.09
0.05
0.09
0.09
0.06
0.04
0.04
0.02
0
0.03
0.01
0.04
0.04
5%
10%
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
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✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
110
Annexe I. Les 270 causalités significatives au sens de Granger
Variables
fbcf
cre priv
fbcf
temp min
da
cons gouv
creBk priv
da
da
cre priv
sdg5 lfpr
da
da
temp moy
temp min
da
creBk priv
sdg13 co2gcp
creBk priv
précipit
temp moy
creBk priv
creBk priv
temp max
creBk priv
transf
creBk priv
pibSec
pibTer
creBk priv
creBk priv
t91
creBk priv
bp cap
cre priv
temp moy
cre priv
temp max
cre priv
transf
cre priv
pibSec
cre priv
pibTer
cre priv
t91
cre priv
bp cap
sdg3 traffic
cptes dep
cptes dep
cons men
cptes dep
tc
cptes dep
t91
cons gouv
cpib
cpib
M1
cpib
temp min
cons men
infl
cons men
tir
cons men
transf
cons gouv
pibEc us
cons gouv
M1
cons gouv
bp cour
cons gouv
temp min
creBk priv
bp Fin
bp Fin
cre priv
bp Fin
bkliq
bp Fin
gdp capita
bp Fin
sdg3 neonat
Probabilité
0.04
0.07
0.06
0.08
0.07
0.04
0.05
0
0.08
0.09
0.05
0.02
0.02
0.09
0.04
0.01
0.08
0.05
0.02
0.03
0.09
0.04
0.01
0.08
0.07
0.03
0.05
0.06
0
0.05
0.01
0
0.05
0.05
0.06
0.07
0.09
0.09
0.01
0.02
0
0.06
0.03
5% 10%
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
111
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp Fin
bp cour
bp cour
bp cour
bp cour
bp cour
bp cap
bp cap
bkliq
bkliq
bkliq
bkliq
bkliq
bkliq
Variables
sdg3 u5mort
sdg3 traffic
sdg5 lfpr
précipit
transf
cpib
fbcf
da
pibEc us
pibEc ch
pibEc fr
M2
M3
resrv
bp cour
sdg3 neonat
sdg3 u5mort
temp min
cpib
da
sdg5 fplmodel
sdg8 unemp
temp moy
temp min
fbcf
cons gouv
pibEc ch
t91
Probabilité
0.04
0.02
0
0.01
0.07
0.08
0
0.01
0.03
0.09
0.01
0.07
0
0.02
0.04
0
0
0.03
0.09
0.01
0.03
0
0.02
0
0.05
0.07
0.08
0.07
5%
✓
✓
✓
✓
10%
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
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✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
✓
112
Annexe I. Les 270 causalités significatives au sens de Granger
Annexe J
Validation des recommandations
L’annexe présente, de manière graphique, la pertinence des recommandations du rapport de
l’étude, du point de vue des participants à l’atelier. En fait, les recommandations présentées lors
de l’atelier de restitution du rapport, ont été soumis à l’appréciation des participants, à partir
d’un sondage. Pour chacune des recommandations, les participants qui avaient accepté de
participer au sondage pouvaient indiquer leur appréciation de sa pertinence, en choisissant l’une
de ces réponses : non prioritaire, peu prioritaire, prioritaire, très prioritaire. Ils avaient aussi la
possibilité d’ajouter des commentaires à chacune des recommandations. Mais, il y a eu très peu
de commentaires produits lors du sondage relatif aux recommandations.
Figure J.1 – Appréciation de la recommandation 1
113
114
Annexe J. Validation des recommandations
Figure J.2 – Appréciation de la recommandation 2
Figure J.3 – Appréciation de la recommandation 3
115
Figure J.4 – Appréciation de la recommandation 4
Figure J.5 – Appréciation de la recommandation 5
116
Annexe J. Validation des recommandations
Figure J.6 – Appréciation de la recommandation 6
Figure J.7 – Appréciation de la recommandation 7
117
Figure J.8 – Appréciation de la recommandation 8
Figure J.9 – Appréciation de la recommandation 9
118
Annexe J. Validation des recommandations
Figure J.10 – Appréciation de la recommandation 10
Figure J.11 – Appréciation de la recommandation 11
119
Figure J.12 – Appréciation de la recommandation 12
Figure J.13 – Appréciation de la recommandation 13
120
Annexe J. Validation des recommandations
Figure J.14 – Appréciation de la recommandation 14
Figure J.15 – Appréciation de la recommandation 15
121
Figure J.16 – Appréciation de la recommandation 16
Figure J.17 – Appréciation de la recommandation 17
122
Annexe J. Validation des recommandations
Figure J.18 – Appréciation de la recommandation 18
Figure J.19 – Appréciation de la recommandation 19
123
Figure J.20 – Appréciation de la recommandation 20
Figure J.21 – Appréciation de la recommandation 21
124
Annexe J. Validation des recommandations
Figure J.22 – Appréciation de la recommandation 22
Figure J.23 – Appréciation de la recommandation 23
125
Figure J.24 – Appréciation de la recommandation 24
Figure J.25 – Validation globale des recommandations du rapport de l’étude