(2022-08) Strategies for Mobilising National and International Public Resources: Stocktaking and Prospects
Summary — A 211-page study for the joint programme on Haiti's Integrated National Financing Framework, written by Jessy C. Petit-Frère and dated Port-au-Prince, August 2022. It takes stock of how Haiti mobilises public resources at home and abroad and sets out what could raise them to finance the SDGs.
Full Description
The revenue-side companion to the 2023 development finance assessment: where that report maps all financing flows, this one concentrates on public resources, domestic tax and non-tax revenue and international public finance, and on the instruments that could raise them. It is the most detailed treatment of Haitian domestic resource mobilisation the corpus holds outside the budget and TOFE series themselves, and it is worth reading against those for consistency of the fiscal numbers.
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STRATEGIES DE MOBILISATION DES
RESSOURCES PUBLIQUES NATIONALES ET
INTERNATIONALES, BILAN ET PERSPECTIVES
JOINT
SDG
FUND
République d’Haïti
Fond conjoint
des ODD
DANS LE CADRE DU PROGRAMME CONJOINT
CADRE INTÉGRÉ NATIONAL POUR LE FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT
EN HAÏTI (CINF)
2022
Stratégies de Mobilisation
de Ressources Publiques
Nationales et internationales
Pour le financement
Des Objectifs
de développement durable
Jessy C. Petit-Frere
Port-au-Prince, Aout 2022
RAPPORT 2022
STRATEGIES DE MOBILISATION DES RESSOURCES PUBLIQUES
NATIONALES ET INTERNATIONALES POUR LE FINANCEMENT DU DEVELOPPEMENT
Equipe
Chef d’équipe et auteur principal
Jessy C. Petit-Frère
Rédaction
Jessy C. Petit-Frère
Econométrie, Recherche, Statistiques
Pierre Anthony Garaud
Contributeurs
Jules Edouard, Ralph D. Alezi, Ralph Adelson
Réalisation, communication et opérations
Jessy C. Petit-Frère
Encadrés et photos
Jessy C. Petit-Frère
Edition
Jean Edner Jeanty, Jr.
i
SOMMAIRE
NOTES INTRODUCTIVES
Acronymes……………………………………………………………….………………………………v
Remerciements……………………………………………………………………………………….….viii
Notes explicatives………………………………………………………………………………………..x
Apports méthodologiques…………………………………………………………………………….….xiii
RESUME EXECUTIF……………………………………………………………………………………0
INTRODUCTION…………………………………………………………………………………………1
1. PARTIE I : PRESENTATION DELA SITUATIONSOCIOECONOMIQUE D’HAITI
ET DU CADRE NATIONAL DE PLANIFICATION DU DEVELOPPEMENT
Chapitre 1 : Présentation de la situation socioéconomique d’Haïti……………………..……………6
Section 1 : Analyse diagnostique de la situation économique d’Haïti………………………….…….6
1.1 Bref rappel des modèles de politiques de développement………………………………………..…7
1.2 Evolution du cadre macroéconomique……………………………………………………………....9
1.3Situation des indicateurs du développement socio-économique…………..………………….……..11
Section 2 : Stratégie de développement économique………………………………..…………………15
2.1Analyse des politiques publiques……………………………………….….…………………….……15.
2.2 Analyse des politiques économiques……………………………………………………….…………15
2.3 Analyse des Résultats…………………………………………………………………..…………..…16
Chapitre 2 : Présentation du Cadre national de Planification du développement d’Haïti………….21
Section1 : Evaluation du système de planification nationale de développement……………………22
1.1 Vision. Objectifs et priorités nationales……….…………………………………………...…………22
1.2 …………………………
1.2 Examens des Plans de développement d’Haïti……………………..………………………………..22
Section 2 : Evaluation de la stratégie nationale de Développement …………………………………25
2.1 Uniformité du cadre stratégique de planification…………….………………………………….…..25
2.2 Cadre de mise en œuvre………………………………………………………………………………26.
2.3 Dispositif de suivi et évaluation………………………………………………………………………28
Section 3 : Alignement du PSDH aux ODD………………………………………………….…………29
ii
2.1 Analyse SWOT du PSDH……………………………………………………………………………,30
2.2Alignement du PSDH avec les ODD………………………………………………………………….30
2. PARTIE II : PRESENTATION DU CADRE DE FINANCEMENT DE L’ECONOMIE HAITIENNE….31
Chapitre 3 : Stratégies de mobilisation des ressources publiques nationales et internationales….31
Section 1 : Diagnostic du Paysage financier Haïtien ……………………………….……………….31
Section 2 : Présentation du Cadre de Financement Intérieur Public………………………………34
1. Sources de financement intérieur…………………………………………………………………..34
2. Tendances du financement intérieur public …………………………………..…………………...35
2.1 Analyse de la situation budgétaire en Haïti…………………………………..…………………...38
2.1.1 Analyse ressources budgétaires…………………..………………………………………...39
2.1.2 Analyse des recettes………………………………………………………………………...40
2.1.3 Analyse des dépenses publiques…………………………..………………………………..45
2.1.4 Analyse des emprunts publics internes……………………………………………………..46
2.1.5 Analyse du déficit public…………………………………………………………………..51
3. Flux de financements provenant des Organismes autonomes…………………………………….53
4. Flux de financement de la fuite des capitaux, de l’évasion fiscale et des fonds illicites……55
Section 3 : Présentation du Cadre de Financement Extérieur Public……………………………...58
1. Sources de financement extérieur public………………………………………………………….58
2. Tendances du financement extérieur public…………………………………..…………………..58
2.1 Analyse de l’Aide Publique au développement……………………………………………..…….59
2.2 Etude de corrélation Aide Publique au Développement et croissance……………………………68
2.3 Analyse des emprunts externes…………………………………………………………………….82
2.4 Analyse de la dette publique……………………………………………………….……………….82
2.5 Partenariats Publics Privés………………………………………………………………………….85
3. Analyse des besoins de financement pour les Objectifs de Développement Durable……..89
PARTIE III : RESULTATS, CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS……………………..91
Section 1 : Conclusion………………………………………………………………………………....91
Section 2 : Présentation des Résultats clés …………………………………………………………..93
Section 3 : Recommandations………………………………………………………………………105
3. PARTIE VII : ANNEXES………………………………………………………………………1.
iii
LISTE DES ENCADRES………………………………………………………………………………1
LISTE DES GRAPHIQUES…………………………………………………………………………28
LISTE DES FIGURES……………………………………………………………………………….29.
REFERENCE DES TABLES……………………………………………………………………….31
FIGURES/PROJECTIONS…………………………………………………………………………57
LISTE DES PERSONNES RENCONTREES……………………………………………………..59
GUIDE D’ENTRETIEN……………………………………………………………………………..62
BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………………………..…65
WEBOGRAPHIE……………………………………………………………………………………71
INDEX………………………………………………………………………………………………..75
iv
ABREVIATIONSETACRONYMES
AAN
Autorité Aéroportuaire Nationale
ACME SA
Action pour la Coopération avec la Micro-Entreprise SA
AGD
Administration Générale des Douanes
APD
Aide Publique au Développement
APN
Autorité Portuaire Nationale
AUF
Agence Universitaire de la Francophonie
BNC
Banque Nationale de Crédit
BRH
Banque de la République d'Haïti
BPH
Banque Populaire Haïtienne
CAED
Cadre de coopération de l’aide au développement
CCI
Cadre de coopération intérimaire
CINF
Cadre Intégré National pour le Financement du Développement en Haïti
CNMP
Commission nationale de marchés publics
CIRH
Commission Intérimaire pour la reconstruction d’Haïti
CONADEP
Conseil National de Planification
CNUCED
Conférence des Nations Unis sur le Commerce et le Développement
CRFP/GE
Commission de Reformes des Finances Publiques et de Gouvernance Economique
CSCCA
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
DAA
Directions des Affaires Administratives
DAJ
Direction des Affaires Juridiques
DEE
Direction des Études Économiques
v
DESS
Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées
DINEPA
Direction Nationale d’Eau Potable
DG
Direction Générale
DGB
Direction Générale du Budget
DGI
Direction Générale des Impôts
DIF
Direction de l'Inspection Fiscale
DPC
Direction de la Pension Civile
DT
Direction du Trésor
EDH
Electricité d’Haïti
ENAF
École Nationale d'Administration Financière
FAES
Fonds d’Assistance Économique et Sociale
FDF
Fonds de Développement Frontalier
FDI
Fonds de Développement Industriel
FIP
Fonds d'Investissement de Proximité
IDE
Investissement Direct à l'Étranger
IDH
Indice de Développement Humain
IGF
Inspection Générale des Finances
IHSI
Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique
IPC
Indice des Prix à la consommation
LAC
Latin American and Caribbean (LAC Region)
LEH
Loterie de l’État Haïtien
LFPH
Le Financement Public d’Haïti
MCI
Ministère du Commerce et de l'Industrie
MEF
Ministère de l'Économie et des Finances
MPCE
Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
vi
MRI
Mobilisation des ressources internes
OA
Organismes autonomes
OAEP
Organismes autonomes entreprises publiques
OAVCT
Office Nationale d’Assurance Véhicule Contre Tiers
ODD
Objectifs de Développement Durable
OFNAC
Office nationale de l’aviation civile
OIF
Organisation Internationale de la Francophonie
OMD
Objectifs millénaires pour le Développement
ONG
Organisation Non Gouvernementale
ONUDI
Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel
PARDH
Plan d'action pour le Relèvement et le Développement d'Haïti
PPBSE
Planification, programmation, budgétisation, suivi-évaluation
PDNA
Post Disaster National Assessment
PEID
Petite Economie Insulaire
PIB
Produit Intérieur Brut
PIT
Programme Triennal d’Investissement
PMA
Pays Moins Avancés
PNUD
Programme des Nations-Unis pour le Développement
PPA
Produit intérieur brut par Habitant
PSDH
Plan Stratégique de Développement d'Haïti
PTF
Partenaires Techniques et Financiers
SFD
Société Financière de Développement
SONAPI
Société Nationale des Parcs Industriels
SOFHIDES
Société Financière Haïtienne de Développement
SWOT
Strenghts, Weaknesses,Opportunitiess, Threats
vii
TVA
Taxe sur la Valeur Ajoutée
UCDD
Unité de Coordination des Directions Départementales
UCP
Unité de Coordination de Projet
UCGPP
Unité Centrale de Gestion des Partenariats Public-Privé
UCREF
Unité Centrale de Renseignements Financiers
UEH
Université d'État d'Haïti
ULCC
Unité de Lutte contre la Corruption
UPSAC
Université Publique du Sud aux Cayes
UTE
Unité Technique d’Exécution
REMERCIEMENTS
C
e rapport est un « bien commun ». Nous souhaitons remercier les membres du Cadre Intégré National de
Financement (CINF), ceux du Groupe de référence de l’Etude (GREF), du Programme des Nations Unies
pour le Développement (PNUD), de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le
Développement CNUCED), des Agences Internationales de Développement, les experts, les cadres de
l’Administration Publique Haïtienne, les membres des groupes de réflexion des universités et des organisations de la
société civile, qui ont contribué à la préparation de ce document. Nous leur sommes reconnaissants pour leurs
conseils judicieux et pour l’assistance fournie tout au long de la conduite de l’étude.
Nos remerciements s’adressent particulièrement :
Au Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) :
La Direction Générale du MPCE nous a fourni une lettre de laisser-passer » pour faciliter la collecte des données.
Les cadres du Ministère ont organisé les diverses séances 1de travail sur diverses thématiques. À cet égard, nos
remerciements vont aux personnes suivantes:
•
•
•
•
•
M. Wilfrid Trenard, Directeur Général, Co-Président du Comité de Pilotage du CINF,
M. Robes Pierre, Chargé de Mission, Point Focal du Cadre Intégré National de Financement,
M. Frantz Bastien, Directeur de Programmation Triennal des Investissements,
M. Been-Ezer Sainvilus---, Directeur de la Direction de la Coopération Externe, (DCE),
M. Price Pady, M. Hubermane Ciguino, M. Schmied Saint-Fleur, M. Rigaud Duverna et Mme Olivia Laporte.
1Voir Note circulaire de la Direction Générale Réf. MPCE/DGD#2680) et notification du Point Focal du MPCE en date du 14 avril 2022
viii
•
•
•
•
M. Georges Henry, Vice-Gouverneur de la Banque Centrale de la République d’Haïti,
Cleeford Pavilus, Point Focal CINF, M. Jean Leger Lesly Robertson, Responsable de Service.
Au Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) et à : M. James Monazard, Directeur Général.
Au Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) et aux personnes suivantes :
Mme Goethia Varnelle, Directrice, Inspection Générale des Finances, Dendy DESNOYERS, Inspecteur
Général, Direction de Surveillance des Capitaux Publics (DSCP)
Mme Rose-Lourdes Elysée, Directrice, UCGPPP, M. Jean Eric Belinette, M. Bradley Deer.
•
A la Banque de la République d’Haïti (BRH) et aux personnes suivantes :
A la Commission de Réforme des Finances Publiques et de Gouvernance Économique (CRFP\GE) et à :
M. Charles Cadet, Directeur de la Commission, M. Chéry Moise Galilée et Mme Darline Rosmond.
Un coup de chapeau aux cadres et professionnels haïtiens, pour leur appui dans la collecte des données et
informations, pour les échanges fructueux et leur dévouement. Sans leur intérêt et coopération fructueuse, l’étude
n’aurait pas abouti.
Au Groupe international d’experts de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement
(CNUCED) pour leur concours, les ressources mises à notre disposition et dévouement inconditionnel envers Haïti :
•
•
•
•
Mme Johanna Silvander, Programme Manager - International Lawyer
Mme Chantal Dupasquier, Chief, Investment Policy Review
M. Pierre Encontre, Chief, SIDS and Status Issues Section, LDC Section,
Mme Paulette L. Diakité, Assistante de Programme
A la Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL):
•
•
•
M. Gilbert Randolph, Coordonnateur et Point Focal pour Haïti, CEPAL,
M. Ramón Padilla Pérez, Chief Economist & Development Department, Integrated national financing
frameworks for SDG in Cuba Coordinator,
Mr. V. Roberti cia, ECLAC Sub-regional office Mexico,
Nous avons également bénéficié des généreuses suggestions d’un nombre de personnes de la Société civile, dont:
•
M. Joseph M. St-Louis Demertine, MD et M. Jean-Edner Jeanty Jnr., PhD Leadership
Au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Des concours ont été assurés dans la plus
grande cordialité, à différentes stades par une équipe dynamique
•
•
•
Mme Milasao Cadette Robson-Cherel, Chef Economiste, Nations Unies,
M. Stendelet Ceus, Chef de Programme des Nations Unies pour le Développement,
M. Nolex Fontil, Conseiller Technique en Développement et Consultation citoyenne.
Enfin, nous sommes reconnaissants à M. Gabriel Emmanuel Oscar, Conseiller Technique Senior en Stratégie de
Développement, CINF, PNUD pour sa fructueuse collaboration. Sa clairvoyance et son souci constant de relier ce
Rapport aux préoccupations des citoyens haïtiens, nous ont fourni les repères nécessaires pour développer nos
arguments de façon rigoureuse mais pragmatique.
Mme Marie-Fauta Jean-Maurice Baptiste, Partnership and Développement Finance, UN, RCO, pour sa parfaite
coordination avec le bureau du Représentant des Nations Unies (RCO).
ix
Toute notre gratitude va à M. Antonio Ca-Zorzi , Chef de Mission, pour ses commentaires et orientations qui nous
ont fait savoir combien cette étude était importante dans le contexte de la démarche pour le développement durable
d’Haïti. Sa sagesse de savoir et d’expérience et sa vision nous ont permis de tenir le cap tout au long de sa
préparation du rapport.
Nous saluons l’expérience et la collaboration étroite de M. Robes Pierre, Chargé de Mission et du COPIL.
Nous espérons avoir répondu aux aspirations exprimées dans les Termes de Reference qui nous ont été soumis en
Décembre 2021. Ce rapport est la contribution de la solidarité nationale aux frontières du développement de notre
pays.
NOTES INTRODUCTIVES
x
L
e Rapport « Stratégies de Mobilisation des Ressources publiques nationales et internationales » » est
une récente étude commanditée par le Programme des Nations Unies (PNUD). Il fait partie d’une série
d’actions conjointes de coopération, entre l’Etat Haïtien et le PNUD, conformément aux objectifs de
l’Agenda 2030. Le rapport se situe dans le cadre de cette mission.
Ce rapport a été préparé par une équipe dirigée par Jessy C. Petit-Frère (Chef d’équipe). L’équipe consultative
comprenait M. Ralph Alezi, M. Jules Edouard et M. Anthony Garraud. M. Ralph Alezi a apporté une contribution
spécifique à la partie II, section 1. 2du rapport, M. Jules Edouard et M. Ralph Adelson ont contribué à la rédaction
de la partie III section 2 (1.3) se rapportant à la fiscalité. M. Pierre Anthony Garraud, Statisticien-Econométricien,
s’est joint à l’équipe à compter du 17 février 2022 pour assurer la collecte et le traitement des données et l’analyse
de corrélation, section 2 partie. Le Rapport a été préparé, rédigé, finalisé et réalisé par Jessy C. Petit-Frère.
La présente est le résultat d’une analyse multisectorielle, complétée par un large processus de consultations.
L’objectif est de s’assurer de la prise en compte des préoccupations des tous ceux-là qui sont concernés par le
développement d’Haïti. L’approche « inclusive » adoptée a permis d’apporter un meilleur éclairage à l’analyse des
secteurs économiques. La démarche sert aux fins d’une appropriation nationale du CINF. Ce travail est le fruit d’une
interaction dynamique établie avec le (CINF), le (MPCE), le MEF et la BRH. En outre, la mission a organisé une
série de séances de travail, d’abord avec les responsables des principales structures administratives de l’Etat :
Réunions conjointes et spéciales tenues avec les institutions suivantes :
1.
Le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) :
Le 17 Mars 2022. Y ont pris part, M. Robes Pierre, Chargé de Mission CINF, Emmanuel Oscar, Coordonnateur des
Etudes PNUD et CINF et Mme Jessy C. Petit-Frère, M. Frantz Bastien. Les experts ont débattu de l’approche
conceptuelle et analytique du financement de l’économie et ont examiné les points de convergence du PSDH et
l’Agenda 2030. Le 8 Avril 2022 avec M. Robes Pierre et M. Frantz Bastien sur la Programmation Triennale des
Investissements Publics. Le Lundi 18 Avril 2022, une rencontre plénière a été réalisée avec les cadres du MPCE le
lundi Avril 2022.Le 26 Avril et 9 Mai 2022 avec les directeurs et cadres techniques du MPCE.
2.
La Banque de la République d’Haïti
Plusieurs rencontres ont eu lieu avec le point focal du programme CINF, Cleeford Pavilus, pour la Banque de
République d’Haïti, le 17 Mars 2022 sur un nombre de sujets importants dans le cadre de l’agenda monétaire procroissance. Y ont pris part Ralph Alezi, Pierre Garraud, Jessy Petit-Frère et Emmanuel Gabriel Oscar. De multiples
entretiens ont eu lieu via zoom avec d’autres cadres de ladite institution.
3.
Le Ministère du Commerce et de l’Industrie
Une rencontre a eu lieu avec le Directeur Général du Ministère du Commerce et de l’Industrie qui a fourni des
réponses à un questionnaire spécifique établi pour le Ministère du Commerce,
4.
Les Membres du CEPAL
Une rencontre a eu lieu le 19 mai 2022 via zoom avec M. Ramón Padilla Pérez, du bureau sous régional de la
CEPALC, Mexique et coordinateur du projet sur les « cadres de financement nationaux intégrés » pour les ODD à
Cuba sur l'expérience cubaine. Les documents produits par cette organisation ont aussi été consultés.
5.
Le CINF
Quatre rencontres ont eu lieu avec M. Antonio Ca-Zorzi et M. Emmanuel Oscar au cours des mois de Décembre
2021, Janvier 2021, Avril 2022 (28) et Mai, 2022 (12). Ces rencontres ont fourni l’occasion d’effectuer un travail
d’investigation approfondi ayant abouti, dès la fin du mois de Mai, aux premières conclusions du rapport.
7.
La Commission de Réforme
xi
Une rencontre a eu lieu avec M. Charles Cadet, M. Chéry Galilée et Mme Darline Osmond à la Commission de
Réforme des Finances Publiques et de Gouvernance Économique (CRFP\GE), le 17 Juin 2022.
8. Les Partenaires Techniques et Financiers
Au titre de la Coopération internationale, la mission a rencontré les membres du CAED, le 6 Juillet 2022.
9. Ministère de l’Economie et des Finances
Une rencontre a eu lieu avec les Directeurs du Ministère de l’Economie et des Finances, le 29 juillet 2022.
Présentations
Au cours de la mission, un atelier ONE UN a été tenu les 8, 9 et 10 Mars 2022 sur le thème «Appui à la mise en
œuvre et au financement des politiques publiques ». Mme Jessy C. Petit-Frère a eu une intervention dans le domaine
des finances publiques. Les rapports provisoires ont été présentées aux partenaires techniques et financiers, le 8
juillet 2022 et à la rencontre du COPIL, le 27 Juillet au Ministère de la Planification et de la Coopération Externe.
Consultations
Cette étude a requis également un regard croisé sur un certain nombre de secteurs. Une série de consultations
virtuelles ont été organisées avec des experts sur des thématiques spécifiques entre janvier et juillet 2022. Des
consultations en présentiel se sont tenues avec un ensemble d’acteurs nationaux opérant dans les milieux
gouvernementaux. L’observation des faits économiques ont fait l’objet d’un consensus : les décideurs politiques
devraient s’accordent sur une stratégie nationale pour le financement du développement durable.
a. Rapportage
Plusieurs notes d’avancement ont été présentées au Comité le 8 février 2022 en vue de la tenue de l’atelier de
restitution du 6 au 8 mars 2022. Le premier projet de rapport a été remis le 10 juin 2022.Le rapport préliminaire a
été remis le 28 juin 2022 et tient compte des premiers commentaires du GREF. Le présent rapport intègre, outre les
observations du Gouvernement et des PTF, les commentaires du bureau du PNUD. La liste des documents consultés
et celle des personnes rencontrées figure en annexe. Ces différentes rencontres ont permis de recueillir les
informations et les documents nécessaires pour l’analyse diagnostique.
b. Organisation du rapport
Les graphes, textes de fond, encadrés ont été fournis par Jessy C. Petit-Frère, qui a également conçu la page de
couverture.
c. Edition
L’édition, la mise en page et le design du document final a été effectué par Jean Edner Jeanty, Directeur du Centre
de Leadership BARNABAS CLC.
d. Direction
Le rapport a été établi sous la direction générale d’Antonio Ca-Zorzi, Chef de Mission, PNUD et la supervision de
M. Oscar Emmanuel Gabriel, Economiste Senior, PNUD.
On espère que le contenu de ce volume sera utile aux décideurs, aux intellectuels, aux acteurs de l’administration,
des collectivités publiques, aux entreprises privées, au secteur associatif et aux organisations internationales ou non
gouvernementales, ayant un intérêt professionnel ou personnel dans le domaine du financement du développement.
Les analyses, conclusions et recommandations de ce document sont formulées sous la responsabilité de son auteur.
xii
APPORTS METHODOLOGIQUES
1.
Mission de Consultation technique
Le présent rapport rend compte de la mission qui s’est déroulée du 25 Janvier au 18Aout 2022 à Port-au-Prince,
Haïti en vue d’établir le diagnostic du système de planification du développement et gestion des finances publiques.
Les résultats de cette évaluation serviront de base à la stratégie de mobilisation des ressources publiques nationales
et internationales pour le financement du développement durable.
2.
Contexte du mandat
L’Organisation des Nations Unies (ONU), en 2015, a adopté un nouvel agenda de développement pour l’horizon
2030, portant sur les Objectifs de Développement Durable. La République d’Haïti a lancé un programme conjoint de
« Cadre Intégré National pour le Financement du Développement en Haïti (CINF) ». Dans ce contexte, est lancée la
mission d’étude, intitulée « Mobilisation de Ressources Publiques Nationales et Internationales pour le financement
des Objectifs de Développement Durable (ODD) d’Haïti.
3.
Périmètre de l’étude
Le périmètre couvert par l’évaluation englobe les ministères, les services déconcentrés, les collectivités locales
décentralisées. S’agissant des établissements publics administratifs et des entreprises publiques, aucune information
n’a pu être collectée.
4.
Les objectifs
A la lumière de ce qui précède, les objectifs poursuivis sont ceux qui suivent : (a) Objectif général : Conduire un état
des lieux sur les stratégies nationales de mobilisation des ressources publiques internes et externes. (b)Objectifs
spécifiques (i) Dresser un bilan des derniers vingt ans sur la stratégie de développement d’Haïti, (ii) Examiner et
analyser la situation actuelle (ligne de base).Le rapport formule des recommandations sur les priorités et
perspectives du développement durable du pays et son financement.
5.
Eléments de Méthodologie
Les principales composantes de la méthodologie sont les suivantes :
•
Approche : La méthodologique adoptée par l’équipe de consultants s’est appuyée sur une démarche
participative. L’analyse de diagnostic a impliqué tous les acteurs intervenant dans la chaîne de planification, de
programmation, de budgétisation, et de suivi-évaluation (PPBSE) de la politique nationale de développement.
L’objectif est de s’assurer de leur participation au processus d’évaluation de la gestion des programmes et
politiques publiques axée sur des résultats. L’étude a cherché à faire ressortir les principaux rôles des acteurs,
l’efficacité des normes d'interventions établis, des instruments et mécanismes mis en place, la cohérence des
actions sur l’ensemble de la chaîne, les procédures et méthodes utilisés dans le passé et actuellement en ce qui
concerne la planification économique d’une part et le financement de l’économie nationale d’autre part. Il a été
pris en compte des dysfonctionnements et les goulots d’étranglement qui entravent le fonctionnement des
institutions. La méthodologie consiste à : (1)Consulter les principales structures techniques du ministère de la
Planification et de la Coopération Externe (MPCE) intervenant dans la chaîne de planification de
programmation de budgétisation et de suivi-évaluation de la stratégie nationale de développement afin de
collecter les données, recueillir les avis, études, et documents existants sur le financement du développement et
comprendre le cadre national de planification du développement du pays.
xiii
•
Les enjeux économiques sont ceux qui interpellent les secteurs public et privé. Le rapport a analysé le système
financier Haïtien à travers trois grandes approches conceptuelles des relations : les approches économiques,
plurisectorielles et de partenariat, pour mieux étayer les relations que les principales structures publiques et le
secteur privé, entretiennent entre elles. L’analyse se conclut sur les limites de ces relations, et les principales
contributions du secteur privé dans la perspective d’une meilleure mobilisation des flux financiers pour le
développement.
•
Discuter avec les partenaires techniques et financiers (PTF), pour analyser les contraintes qui entravent sa mise
en œuvre et les orientations qui devraient être données aux politiques d’assistance pour le financement du
développement pour les prochaines années.
Pour atteindre ces objectifs, la consultante, a tout d’abord effectué des rencontres avec toutes les structures
techniques du gouvernement intervenant dans la chaîne de planification de programmation de budgétisation et de
suivi-évaluation de la politique nationale de développement (PSDH), afin de collecter les données ; recueillir les
avis, études, et documents existants sur le financement du développement et comprendre le cadre national de
planification du développement. Une large enquête auprès des partenaires techniques et financiers (PTF) et experts
ont permis de collecter certaines données, recueillir les avis, études, et documents existants sur le cadre national de
planification du développement. Compte tenu de la situation du pays, certaines rencontres organisées n’ont pu avoir
lieu avec le secteur privé ni les institutions chargées de la redevabilité (parlement, Cour Supérieure des comptes,
organisations de la société civile).
Méthodes/sources :Les méthodes utilisées se rapportent à la revue et l’analyse documentaire, des rapports
d’évaluation et les entretiens formels et informels en présentiel ou via zoom. La recherche documentaire a porté
sur les éléments suivants : démographie, produit intérieur brut, emploi, activité économique épargne, fiscalité,
budget, endettement, aide publique, politique fiscale, budgétaire et monétaire.
Enquêtes : Dans le cadre de l’étude, il a été réalisé une enquête en ligne à partir d’un guide général visant à
référencer les principales thématiques à aborder et les questions à poser aux acteurs. Dans une démarche semidirective, ce guide d’entretien n’a pas été utilisé de manière systématique ou linéaire, mais s’est avéré utile pour
orienter et rythmer les discussions. Cette méthode est plus simple en termes logistique. Elle ne permet pas la
confrontation des points de vue des participants mais nécessite une neutralité pendant les entretiens et au
moment de la restitution. Le résultat des interviews sont scrupuleusement retranscris sans interprétation
subjective.
Description des données : Les variables explicatives pour les ressources externes sont respectivement :
l’investissement direct étranger, (IDE_PIB), l’aide publique au développement (APD_PIB), les transferts de
fonds des migrants PIB (TFM_PIB) exprimés en pourcentage (%) du PIB, le ratio dette extérieure sur
exportations (DE_EXP) qui définit le ratio de l’encours total de la dette en fin d’année sur exportations de biens
et services. Les variables de contrôle sont : le degré d’ouverture au commerce international (OUV), mesuré par
la somme des importations et des exportations, rapportée au PIB.
Collecte et traitement des données : Le cadre temporel du rapport cerne la série chronologique 2000-2020.
Pour des considérations spécifiques, l’étude a poussé l’analyse vers les années précédentes. La méthodologie
prévoit la collecte d’un volume important de données primaires et secondaires - qualitatives et quantitatives provenant des statistiques générales disponibles fournies par la Banque Mondiale, l’Institut Haïtien de
Statistiques (IHSI), le Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) et par la Banque de la République
d’Haïti (BRH). Les rapports sur les plans et cadres programmatiques (CIRH, CAED, PARDH, PSDH) et les
rapports annuels sur le développement humain du PNUD sont consultés. L’étude a utilisé des données de
sources secondaires issues des bases de données de plusieurs institutions nationales, supranationales et
internationales ainsi que des outils de l’analyse statistique.
Pour mener l’analyse sur le financement externe et interne, l’étude a utilisé une méthode diagnostique, basée
essentiellement sur le niveau de performance de chacun des mécanismes de financement. Elle exploite trois
catégories de composantes :
xiv
a.
b.
c.
•
Des composantes d'analyse produit qui représentent les types de financement (les documents techniques,
les Nomenclatures)
Des composantes d'analyse processus qui offrent une manière pour représenter les processus en mettant en
évidence les activités qui les composent.
Des composantes de conception qui offrent une démarche permettant d'identifier les sources de
financement.
L’Application de l’analyse SWOT : La démarche de l’analyse SWOT 2 est basée sur un outil connu dénommé
SWOT : (Strengths Atouts ;Weaknesses Faiblesses ;Opportunities Opportunités ;Threats Menaces). Cet outil
combine l'étude des forces et des faiblesses d'une organisation, d’un territoire, d’un secteur avec celle des
opportunités et des menaces de son environnement, afin d'aider à la définition d'une stratégie de développement.
Le but de l’analyse est de prendre en compte dans la stratégie, à la fois les facteurs internes et externes, en
maximisant les potentiels des forces et des opportunités et en minimisant les effets des faiblesses et des
menaces. (a) Les forces sont les aspects positifs internes que contrôle l’organisation. (b) les faiblesses sont les
aspects négatifs internes pour lesquels des marges d'amélioration existent.
L'analyse SWOT étant basée sur le jugement des participants, elle est par nature subjective et qualitative. Si l’étude
des forces et celle des faiblesses nécessitent d’être approfondies, deux outils peuvent être utilisés pour fournir des
pistes d’investigation : l’audit des ressources et l’analyse des meilleures : Les opportunités sont les possibilités
extérieures positives, dont on peut éventuellement tirer parti et les menaces sont les problèmes, obstacles ou
limitations extérieures, qui peuvent empêcher ou limiter le développement de l’organisation. Pour être complète et la
plus objective possible, une analyse SWOT doit faire appel à des acteurs représentatifs du territoire. A cet effet,
l’étude a constitué un groupe de travail. Cette analyse a été menée avec les acteurs institutionnels, économiques et
sociaux pour être la plus pertinente possible.
6.
Limite de l’étude
L’étude a utilisé les données disponibles de la série chronologique couvrant la période 2000-2020, prioritairement
les microdonnées et les données consolidées existantes pour identifier les sources de financement qui sont les plus
pertinentes. Les données principalement exploitées sont celles des agrégats économiques sur la longue période. Les
problèmes fondamentaux résident dans la disponibilité des données fiables permettant d'apprécier, de la meilleure
manière, les situations La discontinuité dans la disponibilité de ces données nous a amené à considérer des segments
périodiques. C’est à partir de ces données chiffrées que nous avions appuyé nos analyses sur le financement de
l’économie nationale. Les informations ou les données d’importance cruciale pour la planification ne sont parfois
pas collectées, ou les données administratives collectées par secteurs ne sont pas pleinement exploitées. Les données
ne sont souvent pas traitées ou consolidées en informations aisément utilisables pour la planification du
développement.
Les données sont la ressource déterminante pour tout système de suivi et d’évaluation. Une planification efficace
dépend de l’accès à des informations statistiques sur les tendances socioéconomiques prévalant dans le pays. Haïti
est, toutefois, effectivement dépourvu d’institutions statistiques fortes et de départements de statistiques bien
organisés au sein de chacune des institutions, capables de produire des données traitées et consolidées. En dépit de
progrès substantiels réalisés par certaines institutions notamment, l’IHSI, de problèmes cruciaux persistent. C‘est
l’un des défis les plus urgents à relever. L’étude se base sur les documents produits par les institutions publiques
d’Haïti et celles des Institutions internationales. Les analyses ont été enrichies par diverses conclusions de la table
ronde ou d’enquêtes sur le rôle de l’Etat dans le développement organisé pour la mission.
L’approche HRV qui porte sur l’analyse de croissance et les méthodes de l’étude de corrélation se trouvent en
annexe.
2Guide méthodologique pour une analyse du territoire JCEL CA - JCEF 30/01/2011 5
xv
Le Financement du Développement Durable en Haïti
:
Figure 1:
Structure du Rapport
Mobiliser les ressources publiques nationales et
internationales pour le financement des Objectifs
de Développement durable en Haïti
Diagnostic
360e feedbacks
Plan d’Actions
CINF
Un mécanisme pour
orienter les politiques
Processus
volontariste de
fixation
d’objectifs
ciblés, suivi
d’indicateurs de
résultats et
d’impact.
Alignement
PSDH- ODD
Promouvoir une
démarche inclusive et
catalyser l’action nationale
Reforme
Gestion/Gouvernance/Prévoyance
Repenser le
développement
par la Planification
Horizon temporel :
2030
Détermination des moyens
et ressources
Mécanismes et sources de
financement
Résultats
Budget équilibré
Maitrise des dépenses
Politique fiscale
appropriée
Efficacité de l’APD
Equité dans le
financement
Stratégie de mobilisation
de ressources
Une appropriation
nationale du processus,
appuyé par de nouvelles
normes et de meilleures
incitations.
Un taux de croissance
et un indicateur du
développement humain
ajusté au niveau de
Financement des ODD
xvi
INTRODUCTION
L
e Rapport sur les Stratégies de mobilisation des ressources publiques nationales et
internationales pour le financement des Objectifs de développement durable—se
veut un appel à l'action—Cet objectif néanmoins, s’inscrit dans un contexte global de
fortes incertitudes.
Sur le plan international, l’évolution de la pandémie de la COVID-19 et les risques géopolitiques
attribuables à la perturbation de la production pétrolière dans le monde, ont provoqué une crise
économique et financière aigüe, rendant les perspectives très incertaines. La croissance mondiale
devrait passer de 6,1 pour cent en 2021 mais a ralenti sensiblement à 4,1 pour cent en 2022, pour
s'établir à 3,2 pour cent à moyen terme. L’Aide Publique au développement (APD) ainsi que les
ressources privées se contractent à un rythme effréné. Les pays en développement et notamment
Haïti, risquent de perdre l’accès à des opportunités de financement et d’investissement. (Edition
2021 Perspectives économiques/Banque mondiale).
Au niveau national, Haïti n’est pas exempt
des conséquences socio-économiques de la
Les besoins de transformations politiques et
pandémie. La crise sanitaire a bouleversé
économiques, sociales et environnementales,
les repères propres aux finances publiques
haïtiennes. La croissance du PIB réel est
requièrent un financement public massif.
prévue de s’établir à environ -1.3 pour cent
à moyen terme. (FMI). Un tel résultat va
affecter drastiquement les finances publiques durant de nombreuses années. Il s’avéra difficile
d’initier de réelles dynamiques, créatrices de richesses, nécessaires à l'amélioration du bien-être
des Haïtiens. Or, les besoins de transformation politique, économique, sociale et
environnementale d’Haïti, au regard de la gravité de la crise, sont d’une ampleur exceptionnelle
et requièrent un financement public massif à hauteur de 2,190 millions de dollars USD d’ici
2025.(Source : Fonds Monétaire International (FMI) (2020).
Le Programme d’Actions d’Addis-Abeba (AAA) pour l’horizon 2030, avait proposé aux pays
moins avancés un nouvel agenda de développement. Haïti se détache comme un pays qui a peu
de chances d’y parvenir d’ici à 2030 si, en vérité, les tendances actuelles se maintiennent. L’une
des raisons pour lesquelles, Haïti a manqué l’objectif de 2015, tient à son taux de croissance
économique inférieur à 7 à 8 %, taux nécessaires pour réaliser l’objectif de développement.
Pour y remédier, le gouvernement d’Haïti a effectué cette « étude diagnostique stratégie pays »
et évaluer ses capacités réelles de financement du développement du pays. L’objectif visé est de
définir un Cadre national de financement intégré (CNFI), c'est-à-dire, développer une approche
intégrée du financement du développement. alignée sur l’atteinte des Objectifs de
Développement Durable (ODD). L’approche intelligente priorisée par l’Agenda 2030, est axée
1
sur une combinaison de ressources publiques et privées, nationales et internationales pouvant
permettre d’atteindre les objectifs de développement durable d’Haïti.
1. Financement du développement
L’une des principales recommandations
de l’Agenda 2030 est, en réponse à ce
dilemme, d’intégrer les Objectifs de
Développement Durable (ODD) dans le « Les ODD ne « s’achètent » pas, ils se produisent.
Les ODD ne coûtent pas, ils rapportent. »
projet national. Pour ce faire, le Plan
stratégique de développement d’Haïti
(PSDH) devrait être aligné à des objectifs
ciblés et mesurables, notamment les ODD
qui couvrent l'intégralité des enjeux de développement. Néanmoins, l’adoption des ODD
nécessite une capacité financière démultipliée. Face à ce défi, s’impose une stratégie ambitieuse
de mobilisation de ressources publiques nationales et internationales. Mais, ce n’est pas tant le
coût des ODD qui pose un problème. Il s’agit de corriger le tir de l’économie nationale, d’écarter
les risques de défaillances du marché sur le long terme pour relancer l’activité économique dans
le sens décrit par les ODD » (Millenium Development Project, animé par Jeffrey Sachs). Ainsi
donc, les ODD ne « s’achètent » pas d’ailleurs. Les ODD se produisent au niveau national et
contrairement, ils ne coutent pas, mais ils rapportent » en termes de production nationale. Et,
pour parvenir à enclencher ce processus, le Cadre intégré national de financement (CINF)
apporte des stratégies fiables et viables pouvant garantir la mise en œuvre des dits objectifs,
adaptés aux besoins nationaux de développement.
2. Volonté politique de changement
Le Gouvernement de la République d’Haïti, à
travers le document intitulé « Position de la
République d’Haïti », s’y est formellement engagé. Haïti ne peut se fixer de tels objectifs sans
Dans la même optique, l’État Haïtien et les
qu’ils ne soient l’objet « d’une volonté
partenaires internationaux ont mis en place le
politique réelle de changement ».
programme conjoint « Cadre Intégré National pour
le Financement du Développement en Haïti
(CINF). Pour cet engagement, l’État haïtien est
représenté par les Ministères sectoriels et la
Banque de la République d’Haïti (BRH). Cette stratégie pour le financement du développement
a été finalisée avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)
sous la coordination du Bureau du Coordonnateur Résident (RCO), et la Conférence des Nations
Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED). Haïti devrait en faire aujourd’hui,
l’objet « d’une volonté politique réelle de changement ». L’œuvre de F. Perroux, « un nouveau
concept de développement, »né en 1983, illustre cette assertion. « Le Développement est la
2
combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population, qui le rendent apte à faire
croître cumulativement et durablement son produit réel global. » R. Aron y voit « une
transformation qualitative dont les résultats sont mesurables ». La nouvelle stratégie de
développement implique de formuler des objectifs de développement mesurables, réalisables
mais durables qui prennent en compte la valeur ajoutée de la nation. L’Etat s’engagerait à se
doter de capacités institutionnelles, humaines et financières pour consolider les fondations d’une
économie plus équilibrée mais celles d’une société plus juste et équitable« qui ne laisse personne
de côté ». Ainsi, le changement se situerait au cœur même de l'action publique et politique.
3. Un Bilan
L’étude diagnostique s’interroge sur les réformes conduites par Haïti durant les deux dernières
décennies (2000- 2020) dont l’objectif était de parvenir à annihiler les handicaps lourds qui
s’opposent au développement du pays. Elle analyse les contraintes multiples qui compromettent
continûment les meilleures perspectives de viabilité économique, telles l’augmentation effrénée
des déficits publics, l’évolution de l’endettement public, la persistance de l’inflation, et d’autres
encore. Ce qui suscite alors quelques interrogations : le PSDH avait-il misé sur la valorisation
des secteurs porteurs de croissance ? Les financements octroyés ont-ils été alloués aux secteurs
productifs? Notre analyse diagnostique s’interroge également sur les initiatives conduites par
l’Etat. Le « Post Disaster National Assessment » (PDNA) avait-il pris en compte tous les aspects
multidimensionnels de la refondation du pays ? Les financements octroyés ont-ils été alloués aux
secteurs porteurs de croissance ? Quelles sont les contraintes multiples qui compromettent la
viabilité financière du pays ? La corruption est-elle la cause profonde de l’effondrement de
l’économie nationale? Comment parvenir à l’émergence, dans un contexte caractérisé par tant de
chocs ? l’augmentation effrénée des déficits, de la dette publique et la persistance de l’inflation ?
Autant d’interrogations auxquelles le rapport s’apprête à répondre dans les limites du mandat qui
nous a été confié. Cette contribution intervient dans un contexte national de transparence et de
redevabilité. Aussi en prend-elle la pleine mesure pour diagnostiquer la situation économique du
pays et apprécier tous les principaux tenants et aboutissants des programmes nationaux de
développement mis en place. Examinant ces questions, le rapport apporte des éléments de
réponse dans les recommandations à la fin.
Nous sommes obligés de reconnaître qu’en dépit de lourds efforts consentis, cette artillerie de
décisions-cadre et de mesures n’est pas parvenue opportunément, à un niveau de soutenabilité
économique solide. Les plans élaborés n’ont pu aboutir à la transformation des structures
économiques, démographiques et sociales du pays. De fait, une analyse fine des interventions de
l’Etat met à mal son fonctionnement. Les ministères sectoriels ne cessent de migrer entre
compétence, substance, inconsistance et discordance créative, impactant négativement leurs
missions. Les pratiques administratives sont de plus en plus complexes que les actions
préconisées, sont souventes fois peu structurantes, intrinsèquement incohérentes, peu adaptées
aux conditions nationales, régionales ou locales. Ces réformes des finances publiques ont été
mises en œuvre en vue d’accroître les recettes publiques, mais les effets restent très limités.
3
4. Vers l’Emergence en 2030
Haïti aurait besoin d’une nouvelle vision de développement, celle qui se rapporte à l’engagement
d’intégrer la viabilité de l’environnement, l’inclusion sociale et le développement économique, et
qui finalement se rapporte à « l’HUMAIN » Les ODD abordent ces principaux défis auxquels le
pays est confronté aujourd’hui, notamment la pauvreté, les inégalités, le dérèglement climatique,
la paix, la croissance durable, la consommation, la production, l’inclusion et la participation.
Cette voie primordiale empruntée par d’autres pays émergents, pourraient conduire le pays vers
l’émergence en 2030. Cet appel à l’action implique des exigences.
Renouer avec la Planification économique
La première voie à emprunter serait celle de mettre en œuvre un cadre politique de planification,
articulé et aligné sur les priorités nationales. La rénovation du système national de planification
passe par une vision prospective globale et une démarche stratégique confortée par un système
d’information et d’évaluation performant. Ces enseignements devraient conduire vers une
réflexion profonde sur le système de planification pour asseoir les bases d’une gestion plus
efficace du développement économique et social. Haïti disposerait d'un nouvel atout, en
l'occurrence, son engagement à poursuivre les réformes structurelles et transformatrices. Dans ce
contexte, les ODD se définissent comme le vecteur à canaliser autant d’oxygène au Plan
Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH). En empruntant cette voie, l’Etat mobilise
l’intérêt national vers des objectifs de développement durables. A cet égard, à la planification
économique, seraient alloués, de grands moyens administratifs et financiers pour atteindre les
buts et objectifs ciblés vers l’épanouissement et le bien-être des citoyens.
Repenser l’Etat
Comment donc y arriver ? Les réalités haïtiennes mettent à nu le mal être de la République
d’Haïti et le souci de sa course éperdue vers la recherche d’une identité étatique : un État
viscéralement centralisé, et parfois en même temps, un régulateur libéral nonchalant, un
planificateur dirigiste, ne laissant qu’une faible autonomie à la société civile, peu d’espace à la
diversification et à l’innovation. Repenser l’Etat, requiert la participation de tous les acteurs du
développement à la définition d’une stratégie nationale intégrée de financement du
développement d’Haïti. Et ainsi, un état repensé par tous et au profit de tous.
Mobiliser des Ressources durables
Aujourd’hui, mobiliser des ressources publiques, nationales et internationales, pour le
financement des ODD d’Haïti est la priorité des priorités. De ce fait, toute stratégie équilibrée
devra tenir compte, avant tout, de l’épuisement inexorable des ressources de l’Aide publique au
développement (APD). L’Etat haïtien doit se donner les moyens nécessaires pour financer, de
manière plus soutenue, les investissements publics et privés. A cet égard, le Cadre national de
financement intégré (CINF) est le canal à drainer ce sang nouveau au poumon de l’économie
haïtienne. Il permet de rénover le cadre de gestion des finances publiques, d’accroître la
4
pertinence des objectifs poursuivis, de revaloriser la fonction économique. Une fois validée, cette
stratégie permettra de bâtir une meilleure architecture de financement pour le développement
durable d’Haïti et réussir le pari de réduire de moitié la pauvreté d’ici à 2030.
3. Le Rapport
Le rapport est structuré en quatre parties. La première porte sur la trajectoire économique du
pays, expose les réalités systémiques qui ont causé la faiblesse de l’Etat haïtien. Le premier
chapitre met en lumière les politiques adoptées, montrant comment le système s’est organisé
pour pallier les déséquilibres. L’intérêt de cette démarche est de jauger la capacité du système à
assurer sa mission de financement du développement. A travers l’évolution des indicateurs de
développement social, la section 2 présente les performances d’Haïti en matière de
développement humain. Le chapitre II présente le Cadre National de Planification. Les trois
autres sections de ce chapitre sont consacrées à l’évaluation de la vision stratégique, du cadre de
mise en œuvre des programmes, de la chaine Planification, Programmation, Evaluation et le
dispositif de suivi et évaluation (PPBSE). Le rapport partage les enseignements tirés des
principales réformes réalisées en matière de gouvernance publique.
La deuxième partie se rapporte au financement du développement d’Haïti ». Le chapitre I fait
ressortir l’impact du système financier haïtien sur l’économie. La Section 2,en décryptant les
différentes sources, se propose d’analyser leur rôle et celui des flux de financement actuellement
mobilisés pour mieux apprécier leur contribution à de déterminer leur efficacité sur la croissance
et le développement humain. La section 3 traite de la problématique du financement du
développement en examinant le contexte dans lequel s’opèrent les politiques budgétaires et
monétaires de la Banque Centrale de la République d’Haïti (BRH). La performance des
administrations fiscales et douanières, l'impact des dépenses publiques, l’analyse du budget, du
déficit public, de l’inflation et de la dette publique sont également étudiés. Ces analyses d’impact
permettent un parallélisme entre les politiques publiques engagées et les capacités réelles de
l’Etat à mobiliser le financement intérieur Public pour le développement. La section 3 analyse les
tendances des financements extérieurs Publics et notamment l’Aide Publique au développement
en Haïti, dans ses multiples dimensions.
La troisième partie, composée de trois chapitres, présente les conclusions générales de l’étude et
formule des recommandations, sur un certain nombre de mesures spécifiques qui devraient
accompagner le processus de mobilisation des ressources publiques (MRP).
Dans un pays aussi morcelé que divisé, la prise de conscience générale sur la pertinence des
ODD s’avère indispensable pour la réalisation du programme conjoint CINF. Le rapport
capitalise sur l’appropriation par l’Etat, le secteur privé, la société civile, les collectivités
territoriales, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, de cette noble démarche de
conduire Haïti vers l’émergence en 2030. La participation de toutes les parties prenantes du
pays, est la seule condition pour qu’il y ait une réelle appropriation nationale du processus et
de son résultat. » De ce fait, il incombe à l’Etat la responsabilité d’imprimer, aux politiques et
aux actions, la direction qui permettra, d’un commun accord, de relever le défi « de ne laisser
personne de côté » en tenant compte des besoins et des valeurs sur les plans économique, social,
et environnemental.
5
PREMIERE PARTIE
La Situation socioéconomique et le Cadre
National de Planification du Développement
CHAPITRE I: PRESENTATION DE LA SITUATION ECONOMIQUE D’HAÏTI
H
aïtiest un pays insulaire dont la trajectoire est diverse et singulière. Il a cristallisé une
attention particulière à la fois dans la littérature et dans le monde.Son territoire exigu,
montagneux, très peuplé, est situé dans les Caraïbes, dans la partie ouest de l'île
d'Hispaniola. C’est un pays doté de ressources, actifs naturels et miniers encore inexploitée et
d’une zone de pêche de trois fois la superficie de son territoire terrestre. Son histoire et sa culture
en font un lieu privilégié pour le tourisme. Le pays est jeune, avec une force prodigieuse en
capital humain—54% âgés de moins de 25 ans et 31% dans la tranche de 10 à 24 ans.
En revanche, après deux siècles, Haïti est
le seul Pays Moins Avancé (PMA) de la « Haïti est un État en situation de grande
région des Caraïbes et de l’Amérique fragilité, de multiples facteurs de résistance au
Latine (LAC)et le plus pauvre de changement qui, de la corruption à la
l'hémisphère occidental. En soixante-dix bureaucratie, en passant par les conflits
ans, sa population a quadruplé, atteignant
environ 12 millions d’habitants pour une politiques, l’insécurité, handicapent son
superficie de 27,7 Km2., présentant une développement et la promotion de l’humain ».
densité élevée de 411 personnes/ km2.
L'effet conjugué de sa géographie (petite dimension, isolement, exposition à des risques majeurs,
fragilité des écosystèmes) et de son histoire (dépendance vis-à-vis des anciennes tutelles
politiques)et les caractéristiques « sui generis » de son système de développement social
(volatilité du capital humain, chômage, insécurité) et économique (déséconomies d’échelle,
étroitesse des marchés locaux, faible diversification des activités, coûts d’accès aux ressources
extérieures), expliquent en grande partie sa situation précaire. La prégnance de ces facteurs
remet en question sa capacité de réponse immédiate aux enjeux du développement durable en
2030.
Section 1 : ANALYSE DIAGNOSTIQUE DE LA SITUATION ECONOMIQUE D’HAÏTI
Le triptyque ci-après guide la réflexion sur le financement de son développement à long-terme.
6
1.1 Bref rappel des modèles de politiques de développement d’Haïti
La période (1960-1980)
Le modèle de politique préconisé à l’époque avait privilégié l’État en tant qu’organe de puissance
politique et avait priorisé la contribution prépondérante du secteur agricole à la croissance
économique.
Le professeur Gérard Pierre-Charles 3 l’a ainsi exposé « La période de structuration et d’essor
(1820-1915) de l’économie patrimoniale agro-exportatrice où les résurgences et pratiques
précapitalistes se combinent avec les apports de l’économie et du marché mondial, faisant de
l’agriculture d’exportation et du commerce import-export l’axe de la croissance et de
l’organisation sociétale ».Vers 1945, les industries agricoles financées par des investissements
privés étrangers florissaient(café, sucre, banane, caoutchouc et huiles essentielles, générant de
larges richesses et revenus.« C’est la taxe à l'exportation du café qui constitue la planche de salut
de l'État haïtien »—50 pour cent des exportations totales—précise Christian Girault, dans son
livre « Images économiques du monde, édition 2013 ».A eux seuls, l'agriculture vivrière et
l'élevage, générèrent 95 pour cent du Produit intérieur brut (PIB).De 1970 à 1979,
l’investissement global crût de 13,25 pour cent en moyenne par an, générant un taux de
croissance moyen annuel de 5 pour cent. (Source : Perspective Monde, Université Sherbrooke,
Québec, 2013). Cette croissance relativement stable, reposait sur les exportations, le tourisme et
les investissements étrangers. Toutefois, l’Etat n’avait guère pu développer les grands pôles
productifs, un revers attribuable aux effets des chocs pétroliers mondiaux (1973-1979).
Haïti avait misé sur la mobilisation des Ressources Intérieures (MRI) comme le processus par lequel
le pays devrait lever, allouer et dépenser de ses propres fonds pour financer les services publics. Le
développement du secteur primaire était un composant clef de la stratégie MRI du pays. L’Etat
Haïtien avait posé comme postulat que les recettes fiscales et douanières étaient une composante
essentielle de la stratégie devant assurer le financement de l’économie et des services publics.
La période 1980-2000
Une période charnière dont la libéralisation, sur fond de dégradation générale, devait
contribuer à l’émergence d’une économie de marché.
La longue période (1980-2000) empreinte de violences politiques, était sanctionnée par un
embargo économique, qui a provoqué la chute du PIB réel à 0,81 % par an. L’investissement
privé avait atteint un taux négatif de 3,02 % en moyenne par an.Le secteur agricole ne
représentait plus que 20,23% du PIB. L’abaissement des barrières douanières avait dégradé les
termes de l'échange. Sophie Perchellet, dans « Haïti entre colonisation, dette et
domination, »cadtm, explique que « [depuis]1995, le solde de la balance commerciale d'Haïti n'a
jamais été positif, l'écart entre les exportations et les importations s'est accru de manière
3
Évolution historique de l'économie d'Haïti : de l'impulsion créatrice à la dégradation [*]
Gérard Pierre-Charles
Dans Présence Africaine 2004/1 (N° 169), pages 57 à 66
7
abyssale ».La libéralisation avait montré son ambivalence : la désindustrialisation avait pris le
pas sur la croissance des échanges internationaux, (environ 49 % des industries de la soustraitance avaient cessé leurs activités entre 1991 et 1994 (CEPALC, 2005). L’économie étaient
confrontée au recul de la consommation privée, des investissements, des exportations nettes et de
l’épargne.
« Les stratégies de financement ont donc été pensées à travers les investissement étrangers des EtatsUnis et l’apport financier des Nations Unies. Dans cette perspective, la privatisation des entreprises
publiques était devenue la source publique qui devrait fournir la manne de ressources internes à l’Etat
haïtien. Le cas de la TELECO en est un exemple probant”. C’est aussi à cette période que l’Aide
publique au développement, à travers les projets d’ajustement structurel, a commencé à endosser le
rôle vital de financement de l’économie haïtienne. (6,9% du RNB, 1980 soit $22 dollars américains
constants par hab. et 2.7% RNB, 2000, soit $US 21/hab.)
La période (2000-2020)
La politique économique avait priorisé les politique budgétaire et monétaire pour corriger les
déséquilibres macroéconomiques.
Ces deux décennies sont marquées par trois déséquilibres majeurs : le chômage, l'inflation et
le déséquilibre extérieur. Le séisme de 2010, provoqua des pertes et dommages estimés à 7.863
millions $ (un dollar = 42 gourdes) (PNUD et al., 2010), globalement évalués à 120 % du PIB de
2009. Dès 2010, Haïti s’était engagé dans la construction d’une trajectoire de croissance
accélérée, sans doute sur la base des promesses faite à la suite du tremblement de terre. Mais
l’aide promise n’est pas arrivée, eten 2013, la stabilité macroéconomique était maintenue grâce à
la croissance du secteur agricole (4.5%,2013). Neanmoins, les politiques de soutien renforcé au
crédit bancaire et à la liquidité sur le marché monétaire, n’étaient pas parvenues à corriger les
désequilibres excessifs. Face à la détérioration des termes de l’échange,l’épuisement des
ressources du pays et la diminution des prix, lacroissance a chuté à -3.08 pour cent ( Banque
Mondiale).Puis l’économie haïtienneétait secouée par un deuxièmechoc exogène : le choc
asymétrique de la crise sanitaire de COVID-19, plombant davantage les perspectives
macroéconomiques. Pendant toute cette période, la vie nationale est ponctuée par la contestation
politique dont le pays lock de 6-7 juillet 2020 et l’assassinat du président le 7 juillet 2021. Enfin,
le tremblement de terre de magnitude 7,2 du 14 août 2021 a occasionné des pertes économiques
estimés à 1,5 milliard USD (environ 10 % du PIB). Les secteurs primaire, secondaire et tertiaire
sont d’efficience inégale, ce qui rend contrastés les résultats économiques réels.
Graphique 1 : valeur ajoutee par grands secteurs d’activite en millions de gourdes constantes
2015 -2020 Base 2011-2012
8
800000
600000
secteur primaire
secteur secondaire
400000
secteur tetiaire
200000
0
2015-2016
Source : Rapport MEF
2016-2017
2017-2018
2018-2019
2019-2020
Valeur ajoutee brute totale
Le Gouvernement haïtien vise une croissance accélérée et stable et sa stratégie repose sur
l’accroissement des ressources internes en provenance des contributions des parties prenantes
(Etat, secteur privé, Partenaires), pour l’aider à atteindre cet objectif. Les ressources externes
pour soutenir les activités economiques baissent, alors que les coûts pour atteindre les
objectifs du développement augmentent.Le choc asymétrique de la crise sanitaire de COVID19 avaitfreiné cet élan, plombant davantage les perspectives macroéconomiques. Le
Gouvernement haïtien, pour soutenir le budget national, s’est tourné vers les emprunts internes et
externes et l’Aide publique au développement.
1.2 Evolution du Cadre Macroéconomique d’Haïti
1.2.1Analyse de la croissance
La contre-performance de l’économie haïtienne au cours des deux décennies (2000-2020), est
caractérisée par une croissance volatile, fluctuante, négative, avec une nette tendance à la
baisse—vacillant entre 0.87% en 1990 et -3.34% en 2020. Haïti a maintenu un taux de croissance
réel moyen du PIB de 1.15%—.Nous effectuerons un découpage en trois périodes pour suivre la
trajectoire du PIB.
Période de dépression(2000-2010):Haïti a connu plus de 24 trimestres consécutifs de
récession. Le taux de croissance moyen annuel du PIB, était évalué à 0,55 % entre 20012008. Au cours de l’année 2004, le PIB réel, corrigé des variations saisonnières (CVS), s’est
replié à -3.52% (Blain et Selmé, 2009). Cette récession était suivie d’une expansion
progressive entre 2007-2019, (4.7%, 2007), (5.9%,2009). En 2010, il avait chuté
drastiquement à -5,7%, dû au séisme, avec une forte détérioration de l'activité économique,
entraînant une baisse des dépenses des consommateurs. Haïti était plongé dans une
dépression avec un taux de chômage élevé (40.6%,2010), une baisse importante de la
production industrielle et un nombre supérieur d’entreprises faisant faillite.
Période de relance économique (2010-2016) : En 2011, la croissance est ressortie à 5.1%,
pour retomber à2.9 %, en dessous du taux démographique (3.1%). La demande a été
alimentée par les transferts de fonds des migrants. Alors que l’économie cherchait à renouer
avec la croissance (4.32%, 2013), le PIB avait atteint seulement de 2.8%, un résultat
contraire à la cible de 3.6% fixé par le Programme Triennal d’Investissement (PTI). En 2015,
le taux de croissance du PIB fixé à 4.6 % a dû être révisé à 2.5% dans le budget rectificatif.
9
Ces rythmes de croissance faibles, sont attribuables au fait qu’elles n’étaient pas tirées par
l'amélioration de la productivité globale des facteurs.
Période de récession (2016-2020) : La croissance du PIB est partie de 1.81% en 2016 pour
atteindre une réduction maximale du produit de -3.3% en 2020, en-dessous de celui du taux
démographique (2%), après s’être contracté de -1.7% en 2019. Ce résultat est consécutif à la
régression des valeurs ajoutées des secteurs (tourisme, transports et exportations). Ces
indicateurs montrent la sévérité de la récession, imputable aux déperditions dans les secteurs
primaire (19,5% du PIB, 2020) et tertiaire(3,6% du PIB, 2020). (Source MEF Rapport 2020).
Graphique2 : PIB par Habitant (US constant, 2000)
PIB par habitant en $US constant
$1,600
US$
2 per. Mov. Avg. (US$)
Martelly
Interruption
Mandat
Transition
Linear
$1,400
$1,200
$1,000
$800
GVT
elu
JB Aristide
$600
$400
GVT
Transitioire
B.
Séisme
RG Preval
magnitude 7.0
$200
$0
annee 2000
annee 2002
annee 2004
annee 2006
annee2008
annee 2010
annee 2012
annee 2014
J
Pays
annee 2016
Source : Banque Mondiale.
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=NY.GDP.PCAP.KD&codePays=HTI&codeThe
me=2:)
Le graphe ci-dessous illustre la répartition du PIB sectoriel.
Graphique 3 : Répartition du PIB sectoriel
14%
Secteur primaire
secteur secondaire
51%
35%
secteur tertaire
Source : FMI, mise à jour, perspectives mondiales. CEPALC, rapport préliminaire 2020
10
Moise
lock
annee 2018
anne
La crise sanitaire avait occasionné des chocs sur l’offre et la demande intérieure qui n’avaient
pas pu relancer l’économie. En témoignent la baisse des recettes d’exportation, le ralentissement
de l’investissement direct étranger et la chute des revenus issus du secteur touristique.
Comparaison avec les pays de la région du LAC
Selon les estimations de la CEPALC, sept pays de l’Amérique Latine et de la Caraïbe ont affiché
en 2020 des croissances négatives nettement plus prononcées. A titre indicatif, nous pouvons
citer : Antigua Barbuda (-18,0%), Bahamas (-14,5%), Cuba (-8,5%), Jamaïque (-9,0%),
République Dominicaine (-5,5%), Salvador (-8,6%) et Suriname (-10,0%). Mais, le Produit
Intérieur Brut haïtien par habitant (PPA) de $3095 (USD) était quatre fois inférieur à celui décès
pays, en moyenne$15068 (USD) (Source Banque Mondiale). Selon Edmund S. Phelps, Éloi
Laurent, dans « Lien entre institutions, dynamisme et prospérité économique », Revue de l'OFCE
2005/1 (no 92), pages 9 à 41 « Les leviers d’action sont, de manière prépondérante, les
institutions que cette économie se choisit, c’est-à-dire ses institutions économiques, sociales et
politiques ». En effet, les causes des performances médiocres d’Haïti ces dernières années
doivent être de nature institutionnelle—la faiblesse de l’Etat et ses institutions—. Le remède à
de telles performances implique donc une réforme de nature institutionnelle, et non pas
uniquement une révision des politiques publiques, si on souhaite avoir un effet significatif sur la
performance d’ensemble.
Graphique4 : Croissance annuelle du PIB (%) de sept pays de la Caraïbe
0.00
-5.00
-10.00
-15.00
-20.00
Series1
Haiti
Cuba
Republique
Dominicain
e
Bahamas
Antigua
Jamaique
Salvador
Surinam
-3.34
-0.95
-6.72
-8.5
-18
-9
-8.6
-10
Source : Perspective monde, Université de Sherbrooke, Canada
1.2.2
Analyse des contraintes et obstacles à la croissance économique en Haïti
1.2.3
Approche méthodologique de l’analyse de la croissance
Cette étude diagnostique permet d’identifier les contraintes qui pèsent le plus lourdement sur la
croissance en Haïti. L’étude a utilisé l’approche « diagnostic de croissance différencié HRV » du
nom de ses auteurs Hausman, Rodrik et Velasco (2006) 4. (Voir l’approche en annexe (§p2).).
L’exercice d’analyse des contraintes a donné les résultats suivants :
4
https://drodrik.scholar.harvard.edu/files/dani-rodrik/files/growth_accelerations.pdf
11
1.2.4
Les contraintes à la croissance
Les contre-performances de l’économie haïtienne, ont une racine bicéphale, qualifiable
d’endogène et exogène. Les principaux obstacles à la croissance se regroupent en ces facteurs :
a. Contraintes majeures à la croissance
•
•
•
•
•
Les crises politiques et les troubles sociaux (p. ex. « pays lock») ont conduit au
fléchissement de l'économie et ce, en conjonction avec une forte croissance
démographique (2,1%).
Le blocus commercial sur le territoire national dû « au Crime et l’insécurité
permanente » a complètement asphyxié l’économie, augmenté les handicaps
structurels et provoqué un régime de décroissance.
Les contraintes financières dues au déficit de la balance des paiements et le coût élevé
du service de la dette exercent des incidences sur le secteur réel et pèsent sur les
crédits bancaires à l’économie nécessaires pour soutenir la croissance des PME.
La faible contribution du capital à la croissance en raison d’un manque d’épargne et
d’investissement.
Politiques règlementaires et administratives peu favorables à l’environnement des
affaires: la révision des réglementations, régulation du marché du travail, barrières à
l’importation et complexité du système fiscal
b. Contraintes sévères mais pas majeures à la croissance
Les contraintes de cette nature, identifiées par l’analyse économique sont :
Le manque d’infrastructures et coût du transport local : La carence d’infrastructure
routière ainsi que le coût élevé du transport local de biens, des services et des personnes
en ce temps d’insécurité limitent la mobilité en milieu rural.
Le manque d’accès au crédit : Le faible accès au crédit, les coûts et les lenteurs dans les
transactions constituent des contraintes sévères pour l’économie.
Le financement : Faible disponibilité et coût élevé de financement.
Le capital humain : la faible disponibilité des compétences techniques diminuent
l’efficacité-coût des entreprises.
•
•
•
•
c. Contraintes sévères à la croissance
•
•
•
Les Risques Macroéconomiques : La situation budgétaire actuelle, la dette et le déficit,
les pressions sur le budget restent une préoccupation même si des efforts sont
constatés.
Défaillances de marché : Les faibles capacités productives et le manque de
diversification de l’économie pèsent lourd sur le déficit de la balance commerciale.
Haïti n’est pas capable de diversifier sa production et son offre. C’est moins la
capacité à innover que l’environnement des affaires qui pose problème.
12
L’analyse de cette méthode appliquée au cas d’Haïti, fait ressortir plusieurs caractéristiques
liées à une économie de type « casino», où, le risque et la spéculation à outrance perturbe
l’activité. Ces facteurs sont autant d’éléments qui limitent la capacité des gouvernements à
recouvrer les recettes fiscales significatives. Pour stimuler le taux de croissance d’ici à 2030, il
faut nettement accroître le volume des ressources intérieures et extérieures consacrées au
développement global en général et aux programmes de réduction de la pauvreté.
Figure # 1 : L’arbre de la croissance pour Haïti
Faiblesse Investissement
Infrastructures defaillantes
Chocs exogenes
emabargo, seimes,
inondations
Faible capital humain
Faible capacite
Risques micro:
corruption, fiscalite,
droit de prorpiete
Faible rendement de
l' activité economique
Causes possibes
Faibles capacites
productives du pays
Faible diversification
economie
Dysfonctionnement
de l'Etat
Dysfonctionnement
du marche
cout
du credit
Cout du financement eleve
Pas d'Acces au financement
international
Difficultes
d' acces au
Financement local
Risques
instabilité financiere
Intermediation
insuffisante
Faible
épargne
interieure
Situation -economique
croissance demographique
strucutres socioeconomiques
Investissments
demographiques
Situation Socio Politique
Crises recurrentes
Pays lock
Insecurite
Blocus terrestre
Risques
Danger interieur
Source: Arbre Haussmann, Rodrick, and Velasco (2006)
1.3 Situation des indicateurs socio-économiques d’Haïti
13
À huit ans de l’année butoir, il ressort qu’Haïti est, parmi les pays de son groupe de revenu, le
seul à avoir atteint des taux de pauvreté extrêmes. Selon la Banque Mondiale, 59 % de la
population haïtienne vivent sous le seuil national de pauvreté avec $1.76 USD en 2020 -comparé à 2,405USD au Honduras — tandis que 50 % vivent dans l’extrême pauvreté avec
1US$/jour. En 2020, l’incidence de la pauvreté est établie à 60 pour cent. Elle est plus élevée en
zones rurales (80%), où vivent environ 45 % de la population qu’en zones urbaines (38%).Le
revenu réel se chiffre à environ780US$/habitant en 2020, ce qui en fait un pays à revenu faible
de la tranche inférieure. Pour l’indice de « développement humain (IDH),depuis 2019, Haïti se
place au 170e rang parmi 189 pays, avec une valeur de l'IDH de 0.510 comparé à 0,759 pour les
pays du LAC.
Graphique 5 : Indice de développement humain
Haiti
0.51
Haiti
Republique Dominicaine
0.756
Republique
Dominicaine
Cuba
0.783
Cuba
200
150
100
170
50
88
0
70
Haiti
Republique
Dominicaine
Cuba
La participation au marché du travail est de 64.7% (Moyenne nationale).Le sous-emploi s'est
établi, selon le PNUD, à 70% en 2020. 50.66% sont touchés par le chômage (14,5 % en 2020)
(Banque mondiale). Le secteur informel représente 80% de l'emploi total. Le chômage est plus
élevé pour les pauvres en milieu urbain (46%) qu’en milieu rural (24%).
Population
Graphique 6 : Population active
5,200,000
5,150,000
5,100,000
5,050,000
5,000,000
4,950,000
2017.5 2018 2018.5 2019 2019.5 2020 2020.5
Année
Population active
Linear (Population
active)
Dans un contexte de forte croissance démographique, l’offre de services sociaux est largement
insuffisante par rapport aux besoins. D’où, les fortes disparités qui impliquent de lourds
investissements sociaux (dépenses publiques d’éducation, de santé et d’infrastructures.
En 2021, Haïti avait un PIB par habitant de 1 815 USD, moins d'un cinquième de la moyenne
des pays de la région Amérique Latine et Caraïbes (LAC région)qui est de 15 092 USD. Si les
pauvres tirent profit de la croissance économique au même rythme que durant cette décennie,
14
l’extrême pauvreté en Haïti augmentera, passant de 60 pour cent en 2014 à environ 75 pour cent
d’ici 2030.Les chances de sortir de la pauvreté sont limitées en Haïti même si les revenus par
habitant augmentaient de seulement $2 USD par jour
Le Programme Triennal d’Investissement a montré peu de transformations dans les
conditions de vie de la population. En revanche, la mobilisation de nouvelles ressources
publiques pourrait certes contribuer à réduire de moitié l’extrême pauvreté d’ici 2030. Les
ménages Haïtiens situés au bas de la répartition devront avoir une croissance de la
consommation quatre fois plus rapide que la moyenne.
Section 2 :STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE
Ces vingt dernières années, Haïti a accompli des efforts considérables en matière de réformes
portant sur le renforcement du cadre institutionnel des finances publiques, l’amélioration de la
gestion des structures administratives fiscale et douanière et l'exécution du budget dans la plus
grande transparence. Le plan de réforme mis en œuvre des 2012 devait soutenir la diversification
de l’économie tout en engageant des actions pour contenir l’évolution des prix intérieurs et
favoriser l’investissement privé. L'élan donné aux finances publiques devait également aboutir
au développement du système financier haïtien. Les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS)
proposés à Haïti depuis 1980, ambitionnaient d’éradiquer la crise chronique à travers la politique
monétaire. Les résultats ont varié dans les différents secteurs.
L’ensemble des instruments mis en place n’ont pu déclencher durant vingt-ans une véritable
transformation économique et sociale du pays. Au prime abord, la réforme du secteur public
avait bradé les entreprises publiques. Haïti a de préférence enregistré un taux de chômage élevé
et persistant. Les principaux leviers de la politique économique dont disposait l’État n’étaient
guère efficaces. En exemple, la politique budgétaire n’arrive pas à d’influencer l’activité
économique dans la direction de la croissance du fait de l’augmentation effrénée des dépenses
improductives de l’Etat et la réduction des investissements publics. Les « plans de relance » et
programmes d’austérité n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Après vingt ans, l’économie
haïtienne souffre des mêmes maux : le secteur primaire continue de subir les aléas des marchés
internationaux des matières premières. L’industrialisation n’a jamais pu être enclenchée. C’est
donc le secteur des services et le secteur informel qui, à eux deux, absorbent la grande part
d’offre de travail en milieu urbain. En 2020, l’ampleur de la récession a mis en exergue la
vulnérabilité des modèles de développement socioéconomique d’Haïti. La question se pose à
savoir si ces modèles de politique économique étaient véritablement fondés sur des théories
économiques ?Il faut alors souligner que les perspectives relatives à l’inflation, à la production, à
l’emploi et à d’autres variables macroéconomiques dépendent notamment de la manière dont ces
politiques sont déployées et interagissent.
2.2 L’Evaluation des politiques publiques
Cette évaluation succincte a le mérite de questionner les capacités des pouvoirs publics à mettre
en place des politiques publiques. L’analyse vise à déterminer ces deux principaux éléments : (a)
15
dans quelle mesure les moyens juridiques, administratifs ou financiers mis en œuvre ont permis
de produire les effets attendus des politiques et d’atteindre les objectifs qui leur sont assignés ?
(b) Les institutions bureaucratiques ont-elles pu allouer de manière efficiente les ressources de
l’État aux fins des prestations administratives efficaces ? Des avancées indéniables ont été
réalisées en matière d’études prospectives pour éclairer les décideurs publics et leur fournir des
outils pour rendre leur action plus efficace. L’insuffisante synchronisation des réformes aux
niveaux sectoriels et le retard pris dans le délai de leur mise en œuvre ont entravé leur efficacité.
Il en ressort que des structures de gouvernance déficientes, ont pesé de tout leur poids sur la
faible qualité des politiques publiques et notamment leur pertinence. En exemple, la politique
commerciale qui n’a aucun impact réel sur l’évolution des exportations.
Le décret du 23 novembre 2005 avait attribué à La Cour des comptes, lui a attribué une nouvelle
compétence en matière de contrôle de l’efficacité, de l’efficience et de de la pertinence des
politiques publiques. Mais, les efforts sont restés insuffisants au regard des critères de
transparence, de célérité, de compétitivité attendue. De plus, l’absence notoire d’un conseil
national pour examiner les politiques conduites pose problème. L'évaluation des politiques
publiques étant un instrument au service de la réforme de l'État, elle doit s’imposer comme un
outil de modernisation de l’État et un instrument indispensable pour améliorer l’efficacité de
l’action publique. Dans cette optique, l’évaluation pourrait être principalement confiée au HautCommissariat général du Plan. En outre, les responsabilités de la Commission de Réforme des
Finances Publiques et de Gouvernance Économique (CRFP\GE) devraient être plus étendues
dans ce domaine en vue d’une meilleure efficacité des actions gouvernementales.
2.3 Analyse des politiques monétaire et budgétaire
Ces deux principales politiques économiques mises en œuvre par les autorités économiques, le
MEF et la BRH, sont différentes de par leurs objectifs, mais sont nécessaires pour garantir la
reprise économique. Les finances publiques d’Haïti offrent un cadre d’analyse intéressant pour
juger de leurs modes de déploiement et de gouvernance ainsi que les facteurs de succès.
2.3.1.Les Contours de la Politique monétaire en Haïti
La politique de la Banque Centrale comporte deux volets, une surveillance budgétaire et une
surveillance macroéconomique, conférant à la première, la mission d’assurer la stabilité des prix
et à la seconde celle d’améliorer la compétitivité et de redresser les comptes extérieurs. Au
milieu de la décennie, vers 2015, le cours de la gourde a chuté d’une particulière brutalité à
3.5%. Cette perte de valeur rapide et inquiétante de la monnaie a provoqué une poussée
inflationniste. L'indice des prix avait évolué dans une fourchette allant de 13% à 15% en
glissement annuel.
La BRH est intervenue sur le marché des changes à travers des opérations d’open market (vente
nette de 82 millions de dollars en 2017-2018, le double par rapport à 2016-2017). La BRH a
accru ses réserves nettes de change qui ont plus que triplé entre 2009 et 2010 (soit une hausse de
242%). Entre 2009 et 2013, le bénéfice net de ce secteur doubla (croissance de 108,6%). Les
efforts de correction de la part de la BRH s’étaient manifestés à travers le programme de cashmanagement et le resserrement des conditions monétaires. La gestion des surliquidités grâce à la
16
modernisation et la diversification des instruments d’intervention (reprises de liquidités, facilités
de dépôts et opérations de marché sous forme d’opérations de refinancement ou encore d’achats
d’instruments financiers), s’est révélée peu efficace. Les taux d’intérêt sur les dépôts et sur les
crédits étaient administrés dans un environnement où l’inflation était trop élevée. D’un point de
vue comptable, cela a facilité les exportations et a offert un gain ponctuel assez marginal. Mais,
ces stratégies n’ont pas insufflé l’élan nécessaire à la croissance. Si la politique monétaire n’est
pas la responsable principale de l’instabilité financière, elle y a largement contribué, dans le sens
qu’elle n’a « guère empêché la formation de bulles spéculatives ».
Le tableau ci-après montre cet ensemble de mécanismes mis en place par la BRH.
Politique Monétaire
Figure 2 : Mécanismes de la Politique Monétaire
Instruments
canal du taux
d intérêt
demande interne
demande globale
Canal
du credit
demande
de credit
offre
de credit
demande externe
prix
des importations
Canal
du taux de change
inflation
offre globale
production
De surcroît, cette politique relative à la flexibilité du taux de change, a échoué du point de vue de
son principal objectif, qui était de mieux assurer le financement des dépenses. La BRH se trouve
aux prises avec un arbitrage difficile entre soutenir une croissance forte et limiter l’inflation par
le ralentissement de la dépréciation de la gourde, sans affecter la compétitivité externe de
l’économie. L’assouplissement de la politique monétaire, via notamment une importante baisse
des taux d’intérêts, n’a pas donné les résultats escomptés en matière de relance de la production.
Il aurait fallu avoir une industrie qui exporte. La dépréciation persistante de la monnaie haïtienne
continue de saper son rôle de mobilisation de l’épargne, de pourvoyeur de crédit et
d’intermédiation des risques avec de sérieuses conséquences sur la situation macroéconomique
caractérisée par le ralentissement des activités économiques et la remontée de l’inflation. Sa
détérioration chronique par rapport aux monnaies étrangères pose de sérieux problèmes à
l’économie. Dans ce contexte de faible compétitivité des secteurs productifs et de faible niveau
de productivité, le déficit de la balance commerciale, la transmission de la dépréciation de la
gourde à l’inflation et en outre, les chocs externes(La forte augmentation des cours du pétrole et
autres),continuent de compromettre l'efficacité des mesures de politique monétaire. D’où, les
effets pervers et les pertes d'efficacité et d'efficience qu'elles entraînent. Tout en apportant des
liquidités suffisantes au secteur financier, la banque centrale devrait limiter le financement
monétaire du déficit et n’intervenir sur le marché des changes que pour lisser la volatilité.
17
La dépréciation de la gourde en diminuant les recettes mobilisables du Trésor, fortement
tributaires des taxes prélevées, entraîne avec elle une baisse substantielle des recettes au titre
des droits d’accises. Ceci contribue à la détérioration de la situation des finances publiques. Il
convient de noter que la monnaie n'a que des effets en termes nominal, monétaires (la hausse
des prix, par exemple) et n’a pas d'effets réels (redistribution des richesses, impact sur la
production et n'a donc pas d'influence sur l'économie réelle. Hume montre que la monnaie est
neutre à long terme et pour qu’elle soit utilisée, l’inflation doit être nulle. Avec des prévisions
économiques sur le long terme, le pays devrait se remettre à l’équilibre budgétaire.
2.3.2 La politique budgétaire
L’emphase était donc mise sur la viabilité budgétaire, portée par la demande intérieure et par les
dépenses publiques afin d’atteindre un rythme de croissance soutenue. L'article 2 de la LEELF
exige une programmation budgétaire et économique triennale afin que l’exécution du budget ne
soit pas assujettie aux facteurs politiques et en fonction des conjonctures. (FMI 2017a). Il a été
plutôt observé l’inefficacité de la politique budgétaire à réguler l’activité macroéconomique audelà des seuils fixés. Tout au contraire, la politique budgétaire a engendré des déséquilibres
macroéconomiques qui ont forcé la banque centrale indépendante à intervenir.
Le budget ne peut encore remplir sa fonction de stabilisation de l’économie, compte tenu de
l’accroissement des dépenses publiques d’investissement d’une part et des dépenses de
financement des élections et la baisse des recettes fiscales. Les défis imposés par les deux chocs,
la pandémie et le tremblement de terre, ont encore aggravé la situation budgétaire d'Haïti. De
plus, la réduction progressive des subventions aux carburants, dont le cout de plus de 6 milliards
de gourdes représente un manque à percevoir sur les recettes, a accentué la contrainte de
financement. Ainsi, le budget 2020-2021 survint dans un climat politique tendu, une situation
économique empreinte des crises récurrentes et sanitaire. L’idée selon laquelle la politique
budgétaire est un outil efficace de la politique économique pour stimuler l’activité réelle n’est
pas tout à fait confirmée dans le cas d’Haïti.
2.3.3
Interactions politique monétaire-politique budgétaire
Cet ensemble de politiques s’intègrent pleinement à la stratégie de financement de la gestion de
la trésorerie et des déficits de l’Etat, dans le but de renforcer la stabilité macroéconomique du
pays. Sur la période, les deux politiques ont cherché à se créer mutuellement de la marge de
manœuvre. La politique budgétaire a joué un rôle insuffisant dans la stabilisation
macroéconomique, faisant peser une charge excessive sur la politique monétaire. Suscitant la
crainte d’une « dominance budgétaire », la banque centrale était forcée de maintenir des taux bas
pour garantir la soutenabilité budgétaire, menaçant ainsi son mandat de stabilité des prix
(Source : Barthélemy et al. 2021).Cependant, l’efficacité de la politique monétaire, dépend
étroitement de la capacité du gouvernement à maîtriser le déficit budgétaire. Le rééquilibrage du
budget est à terme nécessaire pour permettre à la BRH de concevoir un sentier de croissance
équilibrée.
18
De ce point de vue, les perspectives relatives à l’inflation, à la production, à l’emploi dépendent
de la manière dont ces deux politiques sont déployées et interagissent. Les autorités monétaire et
budgétaire devraient coordonner leurs actions afin d’éviter, en présence de chocs, l’accumulation
de déficits excessifs et potentiellement une crise financière. Des conflits d’intérêts entre ces
politiques, pourraient s’accentuer dans le futur si l’inflation reste élevée au-delà de la «bosse
d’inflation » actuelle. Pour une meilleure imbrication politique budgétaire et monétaire, ces
points devraient être pris en compte : (1) La mise en place de mesures de contrôle de
l’accroissement de la dépense publique, (2) L’usage efficient des ressources publiques, devant
permettre à l’Etat d’atteindre les objectifs d’endettement ou de déficit par des augmentations
d’impôts, (3) L’établissement de règles précises et contraignantes en vue de synchroniser
l’interaction entre la BRH et le MEF.
2.3 Analyse des résultats
2.3.1 L’Analyse de l’inflation : Les effets pervers du financement interne de l’économie
Dans la proportion, qu’elle a atteinte aujourd’hui, l’inflation est devenue un phénomène
structurel du système économique haïtien. Durant la longue période (2000-2010), l’inflation
mesurée par le déflateur du PIB avait plus que triplé entre 2000 et 2003, passant de 15,3% à
44,2%.Les perturbations de l’offre en étaient la cause. L’économie a enregistré une croissance
moyenne de -0,7% pour un taux d’inflation moyen de 19,5%. L’une des pires années est bien
l’an 2003 avec une croissance de 0,4% et une inflation de 35,8%. En 2004, l’inflation est tombée
à 21,7%. Depuis 2008, l’inflation est revenue en dessous de 7,5% en variation annuelle. Mais, en
2010, le taux d’inflation demeura en dessous de 10% , grâce à l’afflux d’aide étrangère suite au
désastre du 12 janvier 2010, spécialement l’accord de Petro Caribe qui limita le financement
monétaire. L’inflation modérée de 3,4% a été atteinte en 2013, grâce à la croissance de 4,2% et à
l’afflux d’aide étrangère (spécialement l’accord de Petro Caribe). La consommation avait crû de
2,8% grâce à l’augmentation de 10,5% des transferts sans contrepartie et aux transferts du
gouvernement aux ménages via le programme Ede Pèp. L’évolution de la branche Bâtiments et
Travaux Publics (BTP), conduisit à une hausse de 10% du PIB et de 6,1% des investissements.
Le crédit au secteur privé a crû de 11%. Il y avait donc une hausse de la demande globale et une
certaine stabilité politique. Sur l’exercice 2014-2015, il s’établit à 6,8%, soit son niveau de 20112013. (Source BRH).
De 2014 à 2022, alors que la croissance décélère, l’inflation prend son envol, passant de 15,3% à
22,9% en 2020 pour atteindre 24,58% en 2021. Selon les projections, les risques entourant les
prévisions de l’inflation sont globalement haussiers, 15,5% en 2023.L’augmentation de l’indice
des prix à la production en rythme mensuel, le renchérissement des prix des produits
énergétiques et alimentaires et la hausse du taux de change, ce sont là, les chocs combinés qui
ont occasionné la hausse de l’inflation. Selon les données de l’IHSI, les divisions de
consommation contribuent à la hausse de l'inflation au niveau de toutes les régions
géographiques. (Source IHSI).
La question de l’inflation est liée à la libéralisation du mode de financement du Trésor. Les
coefficients de réserve légale sur les passifs en gourdes et en dollars des banques commerciales,
le taux d’intérêt interbancaire sur les bons BRH et la baisse des taux d'intérêt stabilisés n'ont pas
19
d'impact sur la demande de crédit, qui est tombée à 23,4% du PIB. Cette inflation incrémentale a
entraîné des conséquences économiques irrémédiables :le rétrécissement les investissements
productifs, causant ainsi la baisse du produit global et une détérioration de l'emploi. Au titre de la
compétitivité-prix, l’économie a enregistré des pertes estimées à 4,1% en 2020. Les distorsions
de revenus n’incitant pas à l’épargne, influent sur la consommation des ménages, avec des effets
sur le niveau de vie, augmentant les écarts de disparité entre les populations rurales et urbaines.
Le pilotage macroéconomique de la Banque centrale pourrait de son côté permettre une
stabilisation de l’inflation, et dans une moindre mesure des taux de changes, tant que les réserves
de la BRH le permettent.
Alors qu’Haïti table sur un investissement public massif pour relancer l’économie, l’inflation
a rendu instable la gestion des finances publiques. Par conséquent, l’Etat devrait chercher à
la juguler par une politique de rigueur, modérer la demande, calmer la création de monnaie
pour trouver un niveau d’inflation normal, redonner du pouvoir d’achat aux ménages en
administrant les prix et baisser les charges qui pèsent sur les salaires sans casser le compte
d’exploitation des entreprises.
2.3.2 Analyse descriptive du Commerce extérieur
L'orientation de la politique commerciale d’Haïti depuis les années 1990, a été celle de la
libéralisation. Ainsi, le commerce extérieur est structurellement orienté vers l'exportation de
produits primaires traditionnels à faible valeur ajoutée et vers l'importation de biens
d'équipement et de produits énergétiques. L’économie haïtienne s’est fortement ouverte au cours
de la période, avec un taux d’ouverture passant de moins de 50% en 2000 à plus de 70% en
2013/2014. Un tel taux d’ouverture pour une petite économie insulaire, a provoqué ce
déséquilibre entre importations et exportations. Ce déficit commercial est d’autant plus
préoccupant qu’il s’est principalement creusé en période de faible croissance. Il n’a pas été
compensé par une augmentation des investissements, qui auraient permis de créer de la valeur
ajoutée. La faiblesse des institutions, l’instabilité politique, le faible coût de la main d’œuvre et la
politique d’ouverture du gouvernement n’ont pu attirer des investissements étrangers.
Depuis les dernières décennies, le déséquilibre commercial est devenu structurel, entrainant la
dégradation de la balance commerciale. Un déficit de 127 milliards de Gourdes a été enregistré
en 2013/14, proche de son record de 2009/10). Au cours des vingt dernières années, le déficit de
la balance commerciale d'Haïti n’a fait que se creuser, soit en pourcentage du PIB, -10.52%
(2000), -21.64% en 2010, -22.41% en 2019 avec une trèslégèreaméliorationentre 2020 et 2021,
soit respectivement, -15,47% et à -10.85%. (www.countryeconomy.com). Dans le cas d’Haïti, il
s’avère indispensable de comprendre que les budgets de l’Etat se soldent chaque année par un
déficit qui devient permanent. « De cette évolution des exportations et des importations sur les
10 premiers mois de l’exercice 2020-2021, il en est résulté une détérioration de 18,2 % du solde
commercial, lequel est passé de -2,35 milliards à -2,78 milliards de dollars. Ce déficit
commercial a été principalement comblé par les transferts privés sans contrepartie qui ont
augmenté de 21 % pour atteindre 3 311,9 de millions dollars » Les opérations financières de
l’État se sont soldées par des déficits durant la décennie 2000-2020.
20
Les réformes se sont consolidées avec la baisse des taxes sur les importations (environ 50% en
moyenne) et l’annulation du rapatriement de 40% des revenus de l'exportation. Le commerce en
est ressorti avec un niveau de déficit de l’ordre de 886 19, millions US courants (2000) et 2 693,6
millions USD en 2020, soit une augmentation de 67.1 % en 20 ans. Un déficit commercial d’une
telle ampleur est préoccupant : il repose sur l’industrie textile : 805 millions de dollars en 2012,
soit plus de 85% des exportations haïtiennes en valeur. Cette hyperspécialisation est une
spécialisation « par défaut ».
Table # 1 : Exportations, Importations et Soldes Commerciaux d'Haïti (Gourdes)
Valeurs du commerce extérieur
2000
2010
2020
Balance commerciale (M$)
-718,0 M$
-2567,0 M$
-2, 249,6M$
Importations
1,37 M$
4,29 M$
4,32 M$
Commerce extérieur en % du PIB
-10.52%
-21.64%
-15.47%
Taux d’ouverture
30.69%
18.41%
24.27%
Source www.countryeconomy.com
En matière d’exportations de biens et services, mesuré au PIB, Haïti se place loin derrière la
République Dominicaine (-7.70%). Ces résultats mettent en évidence la faible capacité du pays à
tirer profit des opportunités offertes du commerce mondial. Haïti n’occupe aucune place
stratégique dans les chaînes de production mondiale. Son avantage comparatif au sein du marché
du CARICOM est annihilé, du fait de la réduction de manière démesurée, des droits de douane
sur les importations, bien au-delà des tarifs communs. De plus, la détérioration chronique de la
monnaie nationale influe négativement sur les flux provenant du commerce extérieur. Les
nouvelles tentatives de réformes devraient associer le Ministère du Commerce et de l’Industrie à
la définition de la politique en matière de croissance et de relance industrielle et, considérer le
développement et la promotion des exportations comme une priorité nationale. Les entreprises,
petites et moyennes, sont les entités qui créent de la richesse. De ce fait, il serait nécessaire
d’adopter un système de planification économique incluant ces éléments incitatifs.
CHAPITRE II : PRESENTATION DU CADRE NATIONAL DE PLANIFICATION
DU DEVELOPPEMENT D’HAITI
C
e chapitre présente le cadre national de planification du développement d’Haïti. Il est
divisé en trois sections distinctes. La première aide à la compréhension des particularités
propres à la genèse du système de planification en Haïti, cherchant ainsi à éclairer la
21
vision, qui sous-tend, le développement du pays. La deuxième partie évalue les performances du
MPCE à travers la mise en œuvre du PSDH et les programmations stratégiques sectorielles. Elle
analyse les principales réalisations de l’Etat à travers le PSDH, les écarts avec les objectifs
planifiés et identifie les causes des dysfonctionnements majeurs qui entravent la concrétisation
des programmes de développement. La chaine Planification-Programmation-Budgétisation-Suivi
Evaluation (PPBS) est passée en revue. Cette démarche de diagnostic (évaluation, 360°,
feedbacks) sert en fin de compte, à une meilleure appréciation des mécanismes et instruments
mis en place par le MPCE pour atteindre les objectifs nationaux. Cette analyse rétrospective vise
à aboutir à une harmonisation plus poussée du PSDH et des ODD (section III).
Section 1 :EVALUATION DU SYSTEME NATIONAL DE PLANIFICATION DU DEVELOPPEMENT
L’introduction en Haïti de la « planification »vers les années 1950, atteste de son choix comme
outil de développement économique et social du pays. Ce bref diagnostic qui a marqué ce
processus de 1950 à 2020 décèle des paradoxes évidents sur la vision à terme, les priorités
définies et la mise en œuvre de ces plans. Ce faisant, le rapport tient compte des enseignements
tirés de ces différents référentiels.
1.1Examen des Plans nationaux de Développement
La planification entre 1950 et 1980
Après l’accession à l’indépendance, le cadre institutionnel dans lequel s’élaboraient les plans,
reflétaient une vision centrée sur l’expansion de l’action gouvernemental plutôt qu’à favoriser
une vision prospective du développement. Les plans divergeaient tant en termes de fréquences,
de durée que de capacité. Conçus avec l’appui des partenaires de la Communauté internationale,
ces divers plans ou programmes ont vu jusqu’ici une mise en œuvre limitée.
1. Le Plan de (1950-1964) :Avec la Constitution de 1957, les objectifs de l ’Etat 5, visaient la
mise en place des infrastructures nationales(routes, drainages, écoles, hôpitaux et barrages
dont « Péligre »). Le Grand Conseil Technique des Ressources Naturelles et du
Développement Economique, créé en 1958, devait d’orienter le plan vers le développement
de la production nationale. Selon Ernest A. Bernardin, « La planification est restée, pendant
longtemps, globale et sectorielle, sans une préoccupation de la localisation spatiale ».
2. Le Plan biennal d’urgence 6 « l’Effort National » de 1964 :Ce plan biennal mis sur pied en
1964, concernait l’ouverture économique du pays. Il se fixait trois (3) objectifs
fondamentaux : concrétiser les velléités politiques du Gouvernement populaire et lui accorder
entière autorité sur (1) les régimes des finances publiques (Titre VII), (2) économique (Titre
VII) et (3) social (Titre IX).
5Premier régime semi-présidentiel5 de Paul E. Magloire.
Wien Weibert Arthus
6
22
3. Le Plan Intérimaire (1966-1970) :En 1966, ce plan quadriennal avait rapport à la
gouvernance publique. Le Conseil Permanent d'Action de Libération Economique (CPALE)
avait pour mission d'entreprendre des études, permettant d'orienter et d’administrer les
recettes et dépenses de l'Etat. Son action déterminante était de jeter les bases de la
Comptabilité Nationale et de réaliser quelques projets ponctuels.
4. Le Plan d'Urgence de Démarrage Economique et Social :Ce plan annuel(1970-1971)
touchait les différents secteurs. Le rôle du Conseil National de Développement et de
Planification (CONADEP) était d'orienter et de superviser les travaux de planification
économique et sociale, en liaison avec les Départements Ministériels et les Organismes
Autonomes, de contrôler l'exécution du Plan et de préparer le Budget de Développement
pour la mise en œuvre du Plan d'Urgence de Démarrage Economique et Social.
5. Le Plan biennal d'Action Economique et Sociale (1968-1970) : le Commissariat National
de Développement et de Planification (CNDP) a élaboré ce plan annuel dont l'axe prioritaire
était le renforcement des infrastructures. Il se présentait sous la forme de directives
indicatives et s’appliquaient à véhiculer les intentions d’un régime politique autoritaire. Ce
plan aspirait aux débouchés économiques au niveau international et avait ainsi ouvert la voie
à la libéralisation. Ce plan a connu peu de résultats.
6. Le Plan Quinquennal 1971-1976 : Ce plan quinquennal promut l’ouverture économique et
établit les mécanismes propices à l’émergence d’une réelle décentralisation en Haïti. La loi
du 19 septembre 1982 sur la Régionalisation et l’Aménagement du Territoire et la
Constitution du 29 mars 1987, donna lieu à la création de la Direction de l’Aménagement du
Territoire et de la Protection de l’Environnement. Cette période coïncidait à la généralisation
de la planification comme instrument de relèvement des pays de l'Amérique Latine et des
Caraïbes. Il fut l’objet d’un développement concerté des parties prenantes.
7. Le Plan Quinquennal 1976-1981 :Avec ce plan, le développement économique est envisagé
dans son ensemble, des orientations et des objectifs sont formulés dans le cadre d’une
politique de développement portant sur le long-terme. Ce plan quinquennal avait fixé cinq
objectifs réalistes :a) Institutionnaliser la planification à l'échelle nationale, b) Assurer une
ouverture sur le marché commercial et financier international, c) Répartir la population sur
un territoire convenablement aménagé, d) Rechercher une croissance accélérée de l'économie
grâce à l'essor de l'industrie, e) Lutter contre l'érosion. Le Ministère de la Planification a été
créé en 1979, avec la mission d’améliorer les systèmes de planification. L’Etat a créé l'Office
Central de Planification et des Unités Sectorielles de Programmation en tant qu'organes
techniques du Conseil. A ce titre ce plan peut être considéré comme une œuvre collective.
La planification entre 1980-2000
8. Le Plan Quinquennal 1980-1986 : Ce plan quinquennal était préconisé par le Fonds
Monétaire International (FMI). L’objectif du Ministère du Plan était de mettre l'accent sur le
développement du sous-système régional de planification. Ce plan s’est appuyé sur les
résultats du plan quinquennal 1976-1981pour poursuivre l’effort de réaménagement de
l’économie sur la base d’une idée maîtresse : Haïti devrait mettre en œuvre tous les moyens
23
qui lui permettent de promouvoir son développement à partir des régions qui représentent ses
forces internes.
9. Le Programme d’ajustement structurel (PAS) 1986-1991 :Ce plan quinquennal (PAS),
s’applique à la libéralisation. La souveraineté économique, politique et financière du pays est
abandonnée à ses créanciers. L'entreprise privée a été considérée comme le moteur du
développement. Le Ministère du Plan est remplacé par le Commissariat à la Promotion
Nationale et à l'Administration Publique, réalisant des actions ponctuelles à très court terme
portant sur les doléances de la population.
10. Le plan quinquennal (1989-2004) 7.En 1989,a été créé le Ministère de la Planification et de
la Coopération Externe (MPCE). La remise en vigueur de la Constitution de 1987 avait fait
place à une planification fondée sur l’économie mixte. Il s’agit là essentiellement d’opérer
une réforme des structures de l’économie. Ce plan devrait permettre une intégration plus
poussée de l’ensemble des activités économiques à l’économie et au commerce mondial dans
un processus de croissance interne. La réalisation de ces objectifs n’a pas été possible à cause
des crises politiques internes et les crises économiques au niveau mondial.
11. Le Cadre de Coopération Intérimaire (CCI) (2004-2006) : on le qualifiait de programme
de Gouvernement. Il devait redéfinir l’appui de la communauté internationale, identifier les
besoins et mettre à disposition du pays des financements. Ce plan assurait la transition vers
le plan suivant.
12. Le Plan biennal (2007-2008) : Document de stratégie nationale pour la croissance et la
réduction de la pauvreté (DSNCRP). La stratégie de réduction de la pauvreté, de
développement et d’émergence était successivement les fondements des actions
gouvernementales. Les orientations principales portaient sur la réduction de la pauvreté
(DSRP) comme exigé aux pays pauvres par les institutions financières internationales. Le
DSRP était une condition de déblocage en faveur de l’aide. (Source Rapport 8- Chronique des
Amériques).
13. Le Plan Collier (2009-2011) : un document intitulé "Haïti : des catastrophes naturelles à la
sécurité économique". Ses objectifs pour aboutir á une sécurité économique rapide étaient les
suivants : (i) création d'emplois, (ii) services de base, (iii) sécurité alimentaire et (iv)
protection de l'environnement. La planification de l’activité économique a été abandonnée.
14. Le PARDH (2009) : L’objectif visait la réduction de la pauvreté, du chômage et des
inégalités sociales. Haïti devait s’atteler sur la période à réduire le nombre de pauvres en
facilitant l’accès aux services sociaux de base (éducation, santé, eau potable, assainissement)
et en augmentant les revenus. En 2000,les politiques publiques ont permis l’intégration des
Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) dans les cadres nationaux de
7Avec les Programmes d'ajustement structurel (PAS) 1991-2000, le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté
(CSLP) 2000-2010 et la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) 2011-2015,
8Haïti, le Document de stratégie nationale pour la croissance et
La réduction de la pauvreté (DSNCRP) Étude des aspects institutionnels, socioéducatifs et culturels. Louis-Naud Pierre*
24
planification. Ce plan s’était focalisé sur la valorisation des secteurs porteurs de croissance,
notamment le secteur agricole, pilier de la refondation économique. Ce plan avait produit des
résultats positifs, réalisant une croissance du PIB de 5,9 %en 2009.
La planification entre 2000-2020
15. Le « Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH) » (2012-2022) :
Ce plan quinquennal est considéré comme l’unique cadre de référence en matière de
planification du développement en Haïti. Il capitalise sur l’évaluation des besoins post séisme
(PDNA), sur les Grands Chantiers pour le relèvement et le développement d’Haïti esquissés
par le PARDH et tient compte des leçons apprises de la mise en œuvre du DSNCRP. Il a été
élaboré dans un cadre où, primait la volonté de reconstruction du pays suite à la catastrophe
du séisme de 2010.Le PSDH s’inscrit dans la perspective d’une vision temporelle jusqu’en
2015, motivée par la reconstruction bien plus qu’elle ne s'inscrivait dans un schéma de
développement sur le long-terme. Aussi, cette vision accorde une importance capitale à une
dynamique de refondation des structures économiques, territoriales, institutionnelles et
sociales du pays.
16. Le Plan « PREPOC » 2020 : Appelé « plan d’urgence « », il s’inscrit dans une démarche de
transition, visant à la stabilisation et la relance économique, le développement économique et
social et la gestion publique axée sur des résultats. Il sert de plan de référence pour la
programmation et le suivi des politiques et actions publiques prioritaires du gouvernement
dans le cadre d’exécution des budgets des trois exercices fiscaux (2020-2023).
La planification du développement en Haïti, a donné lieu à différentes institutions et de
nombreux plans (16), qui n’ont pu être parachevés ni implémentés. Les crises ont donné
naissance à une pléthore de programmes d’urgence. Ces facteurs ont annihilé la capacité du pays
à la mise en œuvre d’un plan cohérent, équilibré et harmonieux.
Section 2 : Evaluation de la stratégie nationale de développement d’Haïti
Cette évaluation repose sur trois critères : (i)l’uniformité du cadre stratégique de planification,
analysée à travers la vision, les objectifs et les priorités nationales ; (ii) le cadre de mise en œuvre
et, (iii) le dispositif de suivi et d’évaluation.
2.1 Uniformité du cadre stratégique de planification
Les plans successifs décrits antérieurement, ont été élaborés dans l’objectif de répondre à des
crises chroniques, urgentes et aigues de l’économie et ne sont guère marqués par la continuité et
la cohérence. Ils ont servi d’instrument de base à la détermination des grandes priorités
gouvernementales. Les plans quinquennaux déclinés, à travers le document stratégique de
réduction de la pauvreté (DSRP), le PARDH, CIRH et le PSDH, arrivent difficilement à trouver
une convergence avec les programmes mondiaux de développement (les objectifs du Millénaire
pour le développement (OMD) et les Objectifs de développement durable (ODD). Leur échappe,
la vision globale et harmonieuse du développement et la perspective des actions inscrites dans un
horizon de planification à long terme. Les priorités ne sont pas toujours clairement définies du
25
fait des contraintes techniques et administratives, de la faiblesse du système d’information et de
l’absence de cellules chargées de la planification dans les ministères sectoriels. L’insuffisance
des études diagnostiques ne permettent de cibler les objectifs, de hiérarchiser les besoins et
d’identifier les actions pertinentes de développement. Ce processus reste un effort intégré qui
requiert l’intervention de l’Etat.
Depuis que l’État d’Haïti a affiché la volonté ferme d’aspirer à « L’Emergence » en 2030, cette
vision avec l’appui du PNUD cherche à se baser sur des fondements structurels (croissance,
stabilité du cadre macroéconomique, promotion de l’emploi, développement du secteur privé et
des secteurs d’appui à la production, renforcement des services, éducation universelle et
développement des compétences, amélioration de la santé, gestion des risques et catastrophes,
bonne gouvernance, promotion de l’État de droit, des droits humains et de la justice, promotion
de l’équité et de l’égalité de genre et réforme des administrations publiques, la productivité, la
création de richesse, le déploiement industriel, l’accès aux services sociaux de base, le
développement humain, la paix et la sécurité, le développement local), qui, en termes de
priorités, alignés aux Objectifs de développement durable (ODD), devraient permettre d’ aboutir
au développement intégral et durable de la nation haïtienne.
2.2Le cadre de mise en œuvre
L’implantation du PSDH a permis de déceler un certain nombre de contraintes qui somme toute,
sont communes à la plupart des PMA. Toutefois, quelques ambiguïtés spécifiques à la réalité
locale sont regroupées en ces points ci-après :
1. Le processus de planification : Il est limité par des contraintes relevant du système
institutionnel qui reste caractérisé par une concentration des pouvoirs décisionnels dans les
hautes sphères de l’administration. Les services centraux en charge des d’études et de la
planification, en dépit de leurs compétences, sont considérés comme des instruments de mise en
œuvre sans un réel pouvoir de décision et de négociation avec les partenaires régionaux,
techniques ou financiers. Les discontinuités surviennent lorsque les gouvernements sont forcés
de souscrire à des mesures ou à des choix qui ne sont guère en harmonie avec les besoins
nationaux. A cette difficulté s’ajoute celle d’une gouvernance multi-niveaux. L’État partage
cette responsabilité avec les niveaux infranationaux, qui jouent un rôle croissant dans la
planification territoriale. La mise en cohérence des politiques publiques entre les différents
niveaux, mais aussi au sein de l’État lui-même, représente un énorme défi.
2. Les Programmes Triennaux d’Investissement : La mise en œuvre du PSDH repose sur les
Programmes Triennaux d’Investissements (PTI) dont les approches sectorielles permettent le
ciblage des politiques. Les programmations sectorielles sont diffractées en une multitude de
démarches sectorielles(lois de programmation, programmes d’urgence ou de relance) pour
compenser les déficiences des gouvernements. Ainsi les PTI consistent en un processus
essentiellement « polarisé ». Ce découpage pose des problèmes de coordination et de relations
entre les échelons centraux et locaux de l’administration publique. Il en résulte des déséquilibres
entre les secteurs, les Ministères qui les exécutent et les régions où ces différents projets sont
implantés. La programmation ne se fonde pas toujours sur les études de faisabilité des projets
pour lesquels, les aspects quantitatifs priment aux dépens des aspects qualitatifs (réformes et
26
mesures). Les programmations sectorielles induisent un éventail de pratiques. Par exemple, un
degré de priorité plus élevé peut être accordé à la santé ou à l’éducation dans une zone sans que
le besoin n’ai fait l’objet d’analyse approfondie. Ces choix impactent les dépenses publiques et
la fourniture de services publics. L’approche sectorielle a de ce fait, des répercussions sur la
cohérence globale de l’action gouvernementale et n’apporte pas toujours des réponses adéquates
aux problèmes structurels du pays.
3. La chaine de Planification, de programmation, de budgétisation et de suivi-évaluation
(PPBSE) :Dans l’optique de favoriser une gestion basée sur les résultats, le MPCE a mis au
point un outil qui permet d’établir les normes de présentation des dossiers techniques depuis la
prospection des projets jusqu’à leur description dans le Plan triennal d’investissements et dans le
plan d’investissements annuel. Ce document, a pour objectif d'établir les normes d'intervention
des différents acteurs et d’améliorer l’efficacité et la cohérence de leurs actions sur l’ensemble de
la chaîne depuis la prospective jusqu’à la phase de suivi et évaluation. Ce document s’adresse à
tous les ministères sectoriels, aux organismes autonomes et aux collectivités territoriales. Le
PSDH comprend un certain nombre d’objectifs, certains quantifiables et d’autres non. Il n’est pas
certain qu’ils n’aient jamais été réexaminés une fois achevée la période couverte par le plan. Le
dernier plan pour lequel cet examen a débuté est le douzième (2011-2015), mais l’évaluation
n’est pas allée jusqu’à son terme.
4. Les mécanismes institutionnels : Le leadership au plus haut niveau de l’Etat Haïtien, est
souvent alourdi par la multiplicité des cadres d’Operations (comité interministériel, comités
techniques, comités de pilotage, secrétariats techniques, commission, cellules de suivi, institution
parapublique etc.). Le manque de concertation et la superposition de ces processus rendent les
mécanismes institutionnels inefficaces. Le MPCE devrait assurer le leadership en tant
qu’organisme central de la planification afin que l’institution ne soit broyée dans des opérations
d’exécution qui entravent sa mission prospective et l’affaiblissent en termes tant de ressources
que d’influence.
5. Inadéquation entre le budget et les priorités du plan : Le budget est la passerelle qui, du point de
vue opérationnel, établit un lien entre le plan de développement et les résultats. Le MPCE a peu
d’influence sur la définition des priorités budgétaires pour les traduire en plans d’action. Les
modalités de préparation du budget de l’Etat privilégient la fixation d’enveloppes budgétaires
sectorielles au détriment de l’analyse économique des projets et de leur cohérence avec les
objectifs du Plan. Ces facteurs limitatifs d’ordre institutionnel et technique ont affecté la mise en
œuvre du PSDH. Compte tenu de très faibles liens existant entre les plans de développement et le
processus de budgétisation, le Ministère des Finances (MEF) et le Ministère de la Planification et
de la Coopération externe (MPCE) devraient trouver la meilleure courroie de coordination du
Plan national de développement avec les instruments de la budgétisation.
6. Concertation avec les régions : La coopération entre les instances sectorielles de planification
et les collectivités territoriales devraient jouer un rôle primordial dans l’élaboration des Plans
Départementaux. Les Directions Techniques des ministères établis à l’échelle départementale
devraient alimenter le MPCE des besoins des régions en vue d’une meilleure planification
spatiale et territoriale. Tant que le processus n’arrive pas à répondre à une démarche
27
participative, concertée ni intégrée, la cohérence des plans entre eux ni à l’égard des grands
équilibres internes et externes ne sera guère assurée.
7. Appropriation nationale : Le PSDH ne s’est pas inscrit dans une logique de concertation avec
l’ensemble des partenaires sur les choix nationaux de développement ni des programmes,
réformes et mesures, contrats-programmes sectoriels. Le recentrage géographique et thématique
du Plan dépend de l’importance accordée au partenariat avec la société civile et le secteur privé.
La conception d’un plan de développement, pour sa réussite, doit être faite au travers d’un
processus de consultation et de participation, favorisant le dialogue avec les parties prenantes et
les acteurs. Ceci est essentiel pour assurer une durabilité à la mise en œuvre du plan.
« L’appropriation Nationale » est une manière efficace de mobiliser la population autour d’une
vision nationale de développement. Le PSDH devrait mettre en place cette plate-forme de
recherche de consensus entre l’Etat et ses partenaires sociaux afin d’établir un certain équilibre
entre les intérêts des acteurs et l’Etat, sur la base d’objectifs stratégiques fixés de manière
consensuelle.
8. Les acteurs de mise en œuvre : Haïti fait face à une carence en ressources humaines pour
l’élaboration, le suivi et la mise en œuvre du plan de développement. A cet égard, bon nombre de
services devront être encadrés pour assurer la disponibilité des données et indicateurs nécessaires
au suivi, et des techniques et instruments efficients seront utilisés pour le suivi et l’évaluation des
projets de développement ainsi que les mesures et réformes, dont les fiches-projets et la matrice
des mesures et réformes.
2.3 Le Dispositif de suivi et d’évaluation
L’information économique et sociale reste marquée par une insuffisance de données. L’exécution
et l’exploitation des enquêtes statistiques nécessitent des délais longs qui affectent la qualité des
informations produites. Le MPCE a la charge d’assurer le suivi et l’évaluation de la mise en
œuvre des politiques, programmes et projets. L’institution devrait accorder une place
prépondérante au dispositif de collecte, de suivi et d’évaluation des informations liées au système
national de planification économique. Le champ d’investigation devrait être élargi aux secteurs
socioéconomiques, aux échelons administratifs et géographiques. L’intensification des efforts
reste également nécessaire dans les domaines de l’analyse, de la diffusion et de la dissémination
des résultats.
Dans la pratique administrative haïtienne, les autorités politiques reçoivent les rapports
d’exécution des projets. Le Ministère de l’Economie et des Finances, de son côté, établit des
priorités budgétaires sur la base du rapport d’exécution et non des rapports de suivi et
d’évaluation qui permettraient d’alimenter le processus d’élaboration du budget. Ceci reflète une
absence de synchronisation entre les institutions, et par là, un manque de coordination dans le
processus d’établissement du rapport annuel sur les politiques et le processus budgétaire. Il
devrait être établi un canal formel entre la mise en œuvre et le suivi et l’évaluation des projets, de
manière à entraîner des changements dans les politiques et dans l’affectation des crédits
budgétaires. Pour éviter ce facteur de risques, le Ministère des Finances et le Ministère de la
Planification devraient exiger de toutes les entités de l’Etat, des rapports de suivi et d’évaluation
aux fins de l’élaboration des politiques. Ces rapports sont censés favoriser une prise de décisions
28
axée sur les résultats. Le processus de suivi-évaluation demeure le dispositif le plus approprié
pour s’assurer du suivi des indicateurs et des objectifs prescrits par les ODD.
Section 3 : Alignement du Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH) aux ODD
3.1 Analyse SWOT du PSDH
Le PSDH propose une feuille de route qui inclut 32 programmes, des sous-programmes et projets
avec quatre axes majeurs : la Refondation Territoriale, Économique, Sociale et Institutionnelle.
Ce plan a répertorié 12 pôles régionaux de développement, pour l’aménagement du territoire, la
gestion de l’environnement et la mise en place du réseau de transport national. Il prévoit la mise
en œuvre d’un cadre macroéconomique propice à l’objectif de refondation économique,
notamment l’appui à l’investissement privé et la valorisation des secteurs compétitifs. Y figurent
des thématiques comme la réduction des inégalités de revenus, l’amélioration de la vie des
citoyens, l’éducation, l’urbanisation, l’efficacité énergétique et la consommation domestique.
On souligne cependant ici ses insuffisances, qu’il s’agisse de sa conception ou de son pilotage
politique. Les objectifs n’ont pas été définis, en rapport avec un ensemble de cibles et
d’indicateurs. Le PSDH ayant été élaboré en dehors du processus interne de planification, les
programmes et projets s’inscrivent dans des horizons hétéroclites, conduisant à un manque de
continuité dans les efforts de réalisation des politiques. Les actions de moyen terme identifiées
dans le PSDH ne sont pas tout à fait en rapport avec les objectifs définis et ne peuvent de ce fait
suivre un chemin bien balisé. Cette déficience a contribué au retour à l’approche de gestion
budgétaire classique sans articulation suffisante avec la Planification économique. Néanmoins, le
PSDH ne s’était point doté d’un plan de mobilisation de financement appropriée pour atteindre
ces objectifs. Il ne s’est pas donné les moyens pour remettre le pays sur une trajectoire de forte
croissance, pour la rendre compétitive, pour conforter la prospérité et non plus réduisant les
inégalités sociales et améliorer la qualité de vie des citoyens. D’où son incapacité à générer des
effets multiplicateurs cumulatifs et durables sur la satisfaction des besoins fondamentaux, la
réduction de la pauvreté, le renforcement des capacités humaines, la viabilité environnementale
et l'équité sociale.
Le PSDH a tiré profit des contributions des entités administratives (groupes spécialisés cadrage
macroéconomique, cadrage budgétaire et financement, programmes et projets d'investissements
publics, Direction générale du budget (DGB), Direction générale du trésor et de la comptabilité
publique, Direction générale de la coopération et l'Institut haïtien de la statistique et de
l’information (IHSI)), autour de la définition des priorités de développement économique et
social national. Mais, l’élaboration du Plan n’a pas été valide par l’ensemble des acteurs. De ce
fait, le PSDH a besoin de s’appuyer sur un processus participatif incluant le secteur privé, la
société civile et les partenaires au développement. Cette démarche viendrait combler ce déficit
très net dans la compréhension du rôle de la planification dans le développement en Haïti. Le
tableau16 en annexe, décrit l’analyse SWOT du PSDH (§p36).
3.2 Alignement des outils de planification, et de programmation avec les ODD.
29
Le Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH) actualisé ambitionne de couvrir la
période 2022 – 2030. Si ce Plan repose sur des stratégies de développement et les grands
chantiers définis en 2012, dans sa version actualisée il devra cependant prendre en compte tant
des changements, problématiques émergentes et mutations qui se sont opérés dans
l’environnement interne et externe du pays. Les programmes qui seront élaborés et exécutés dans
le cadre du PTI 2019-2021 devront être alignés aux ODD. Les allocations budgétaires devront
tenir compte des ODD sélectionnés par les Ministères. L’articulation entre les stratégies et les
plans d’actions devraient être mieux étayée, afin d’induire des rapports plus coordonnés entre les
différents paliers de l’Etat. Les partenaires clés devront aligner leurs programmations sur les
nouvelles orientations établies par le PSDH/ODD. La révision du PSDH devra être l’occasion de
de recentrer la vision, les objectifs, les priorités et les plans opérationnels. Les observations, en
plus des données financières et opérationnelles, permettront d’identifier les secteurs à ajuster.
La révision du PSDH est utile au sens où elle permettra de :S’adapter à un environnement en
évolution depuis 2012 ; mesurer les défis et enjeux émergents ; enclencher un processus de
recherche d’un nouveau consensus national, dans un pays en quête d’inclusion, de concertation
sociale (pacte social, vision commune, coopération, Partenariat, lutte contre l’exclusion sociale et
la marginalisation) et d’intégration Nationale à tous les points de vue (politique, économique,
social, régional, Environnemental, etc.).
Appropriation nationale de la démarche PSDH/ODD. Le Programme 2030 stipule que les
processus de mise en œuvre des ODD doit être participatif et inclusif. De ce fait, le PSDH/ODD
devrait faire l’objet d’une plus large campagne de consultations publiques et d’appropriation des
experts Haïtiens , à travers la sensibilisation de tous les responsables politiques par rapport aux
enjeux. L’ampleur et l’ambition du Programme requiert de nouveaux partenariats avec la société
civile, le parlement, les autorités régionales et locales. La mise en œuvre des ODD implique de
mobiliser l'ensemble des acteurs de la société (entreprises, collectivités, associations et
université). Il demeure primordial de mettre l’emphase sur l’action publique au regard du
développement durable, à savoir, impliquer tous les secteurs du pays dans le processus de
planification, de prise de décision, de suivi et d’évaluation des ODD. Le leadership et la
crédibilité du gouvernement demeure crucial pour le succès du processus consultatif.
Le bénéfice pour Haïti. Le système de planification reste caractérisé par des difficultés de
coordination et de mise en cohérence des actions de développement et la faible articulation du
Plan entre les niveaux national et territorial. Dans ce cadre, une approche rénovée de la
planification basée sur une radioscopie des réalités économiques et sociales du pays et une
meilleure anticipation de leur évolution future est nécessaire. Le Programme ODD établit une
base solide en vue de la mise en œuvre d’un vaste programme qui comporte 17 Objectifs de
Développement Durable (ODD), 169 cibles et plus de 200 indicateurs. Pour réaliser de manière
satisfaisante les ODD à l’horizon fixé, trois grands objectifs ont été définis, à savoir : (i) la
conduite de la politique de développement, (ii) la mobilisation des ressources et (iii) le suiviévaluation. UN projet de développement demeure fortement conditionné par un cadre normatif
de planification.
Ainsi, la révision du PSDH devient une urgence et une exigence. Le programme des ODD est
unique par sa transversalité, sa perspective de long terme, sa déclinaison en objectifs sectoriels,
30
en cibles et indicateurs. Le PSDH aligné aux ODD, il en résultera, une planification stratégique,
cohérente et équilibrée sur la base d’objectifs clairement définis, de cibles priorisées et
d’indicateurs mesurés. Du rapport se dégage l’idée forte de faire du Haut-Commissariat au Plan,
la clé de voûte de la nouvelle architecture de la planification du développement d’Haïti. Il
incombe à cette institution le rôle primordial d'arrêter une politique stratégique qui devrait
réorienter les efforts nationaux vers le développement durable. L’Etat pourrait exercer une
influence mieux planifiée et coordonnée sur les décisions en rapport au développement. C’est ce
dilemme que l’étude –à travers cette démarche, a la mission d’élucider. Le tableau 17
PSDH/ODD se trouve en annexe (§p36).
DEUXIEME PARTIE
Présentation du cadre de Financement
du Développement en Haïti
CHAPITREIII :
STRATEGIES DE MOBILISATION DES RESSOURCES PUBLIQUES
M
obiliser des ressources pour financer le développement a toujours été une
question centrale de l’économie. Dans une perspective historique, les efforts de
transformation de l’économie Mexicaine en 1982, est évocatoire. Trente-trois ans
après, la troisième conférence internationale des Nations Unies d’Addis-Abeba de 2015, a incité
les Pays moins avancés (46, PMA) et les petites économies insulaires en développement (52,
PIED), à définir un cadre intégré national pour le financement de leur développement (CINF). Le
Forum de Paris sur la Paix de 2020, poursuivit la démarche, en appelant à mobiliser des
ressources publiques nationales et internationales pour le financement des Objectifs de
développement durable (ODD). En remontant les deux dernières décennies, on se rend bien
compte que la question du financement de l’économie, s’était toujours située au cœur des
préoccupations des gouvernements d’Haïti. Face à l’assèchement des sources de financement —
l’inflation, le déficit budgétaire, la dette publique— c’est un véritable cercle vicieux qui se met
en place, de telle sorte que le système financier se désagrège. Aujourd’hui, la question se pose à
nouveau avec autant d’acuité.
31
LES RESSOURCES INTERIEURES
Les principales sources de ressources intérieures sont l’épargne privée et les recettes publiques.
Par le passé, des approches distinctes avaient été considérées pour mobiliser des ressources
internes—libéralisation des échanges commerciaux, nationalisation, privatisation, politiques
d’ajustement structurel, endettement interne et épargne intérieure— Ces politiques et modes de
financement ont eu une faible incidence sur la croissance économique. Cette section a pour but
d’analyser leur rôle et impact dans le processus de développement d’Haïti, à savoir : celui du
secteur financier domestique, celui du financement public locale celui de l’épargne locale. Dans
chaque cas de figure, nous avons examiné les facteurs qui entravent les flux de capitaux et, par la
suite, proposé des mesures correctives assorties de recommandations.
Section 1 : Diagnostic du secteur financier haïtien
Le secteur financier d’Haïti 9, a été fortement ébranlé durant les décennies passées, par des
rachats de banques, des fermetures, des faillites et par de nombreuses restructurations. En 2020,
ce secteur est encore constitué essentiellement de banques et d’un nombre limité d’institutions
financières dont l’influence reste généralement marginale par rapport à celle du secteur bancaire
(Brownbridge et Gayi, 1999 ; Aryeetey, 2004). Le tableau ci-après montre l’offre du système
financier :
Figure 3 : Le Système Financier Haïtien
Banque de la
Republique d'Haiti
Banque de
Developpement
(1)
Banques
commerciales
privees
(8)
Banques
d'Etat
(2)
Banque
d'Epargne et
de
Logement
(1)
Banque
Etrangere
succursale
(1)
Assurances
(15)
Institution de
protection sociale
(ONA)
regime secteur
public
Societe financiere de
Developpement
(4)
Institutions
financieres
Micro
Finance
(3000)
Cooperatives
Source : Rapport Banque de la République d’Haïti
9L’Évaluation de la stabilité du système financier (FSSA) de 2008
32
La refonte du cadre juridique (lois du 17 août 1979 et de 1985), la réglementation prudentielle et
les instruments de contrôle monétaire ont contribué au redressement du secteur. Et, en termes de
résultats, sa taille globale s’est accrue à 99.99 % au cours de la décennie 2010-2020. Au plan
économique, sa valeur ajoutée (VA)de 2 041 millions de gourdes en 2010est passée à 429
milliards de gourdes en 2020. A titre de comparaison, 95,78 % de ses actifs sont produits par le
sous-secteur bancaire (banques et établissements financiers) contre 86 % en République
Dominicaine. Le taux de pénétration de l’assurance en Haïti représente 0,49% du PIB contre
1,3% en République Dominicaine et 4,8% à la Jamaïque (4,8%). Sa pénétration demeure faible
avec 17 comptes de prêts pour 1000 adultes contre 323 à Bélize et de surcroit, un taux de
bancarisation de 20%pour les banques et 40% pour le micro finance.
La première étape du diagnostic est d’identifier si la faiblesse de l’investissement privé
susceptible de faire décoller la croissance est le résultat d’une faible demande de financement. Le
secteur financier haïtien parait suffisamment capitalisé et profitable pour contribuer au
financement du développement, notamment à travers ses recettes fiscales (impôts sur les
bénéfices). Ce qui augure de sa capacité à assurer l’intermédiation financière entre épargne et
investissement. Le secteur financier formel est peu performant. Les institutions financières
devraient pouvoir mobiliser avec efficacité des ressources et consacrer celles-ci aux options
d’investissement les plus productives. La comparaison est encore plus parlante pour le crédit au
secteur privé, qui est déterminant dans la performance du secteur financier en termes de services
d’intermédiation. Le montant des crédits bancaires en Haïti est inférieur à 20% du PIB, alors que
ces taux avoisinent en moyenne 50% pour les pays en développement, et plus de 150% pour les
pays développés (Panizza, 2012).
A ce niveau très faible de financement du secteur privé par le secteur bancaire correspond des
taux d’intérêt d’emprunt qui pourraient apparaître particulièrement élevés, supérieurs 20%. Et
ainsi, les investisseurs haïtiens pâtissent de problèmes de financement relevant de la limitation de
l’intermédiation financière. Or l’un des facteurs essentiels de l’attractivité d’Haïti, demeure les
investissements. Sur les 9 banques que compte le pays, 3 détiennent 76% des crédits, et moins de
0,5% des emprunteurs concentrent plus de 50% des valeurs d’emprunts. Cette évolution montre
des prêts destinés à des secteurs tournés vers l’importation ou à faible valeur ajoutée dont l’effet
de levier direct sur la croissance, la balance commerciale et l’emploi reste limité (Commission
mixte sur la relance du crédità la production, 2013). Le tableau ci-dessus montre un système
financier complètement verrouillé. Aussi, peine-t-il à apporter une réelle contribution au
développement socio-économique du pays.
Figure 4 Analyse des Contraintes du système financier d’Haïti
33
faible contribution a la croissance
surliquidite
depreciation monnaie nationale
instabilite financiere
faible financement des
investissements
faible impact
faible pourvoyeur de credit
forte concentration
opacite du systeme
limitation intermediation des
risques
Source : Auteur
Le rapport de la BRH (2010), vient étayer à travers l’indicateur de concentration HerfindhalHirschmann (IHH), le degré de concentration du système bancaire sur tous les segments de
marché est de l’ordre 2 371,45 dans le cas des actifs totaux et a plus que doublé en 2020.En effet,
si l’accroissement de la concentration bancaire peut leur apporter des bénéfices, notamment en
matière de diversification (en particulier géographique), de réduction de coûts et de gains de
productivité, elle s’accompagne également d’une moindre concurrence menant à des
portefeuilles d’actifs plus risqués. La trop forte concentration du système bancaire peut donc
conduire à une amplification de la prise de risque de la part des banques, provoquer d’autres
défaillances et endommager durablement le système financier. Et, en l’absence de mécanismes
de résolution et de sauve- garde appropriés, l’État pourrait donc être contraint d’intervenir et
d’opérer un sauvetage direct en mobilisant des fonds publics (bail out) afin d’éviter les effets
négatifs sur l’économie réelle. Donc, la surliquidité fait partie des nombreux dysfonctionnements
du système bancaire alors qu’il existe une forte demande de services financiers en Haïti, Les
ménages ont besoin de gérer les risques liés à l’instabilité de leurs sources de revenu et les
entreprises ont besoin de financement pour se développer. Or, le système financier en Haïti n’a
guère répondu à la demande de services d’intermédiation financière efficaces.
Le secteur financier formel de taille modeste se concentre sur le segment supérieur du marché, et
le secteur financier informel plus important se concentre sur le segment inférieur du marché. Il y
a peu d’interaction entre les deux secteurs et il existe un vide considérable à combler sur le
marché des services financiers entre ces deux segments de marché. Il fait besoin de nouvelles
banques de développement et d’un marché bousier, aptes à drainer une épargne longue vers le
secteur productif, témoignent de la faiblesse notoire du système. Dans ce contexte, de nouvelles
réformes financières devraient être engagées pour permettre au système financier national de
remplir sa mission de financement de l’investissement. Le rapport soutient que de nouvelles
politiques et de mesures de surveillance et de contrôle, pourraient rendre le secteur plus structuré,
plus compétitif et plus performant. Ainsi, pourrait-il contribuer à catalyser de nouvelles
34
ressources financières vers des initiatives concrètes, notamment des crédits aux entreprises,
diversifier l’économie et permettre une plus grande compétitivité. Le démantèlement des
barrières à l’entrée dans le secteur bancaire pour accroître la concurrence et renforcer les services
d’intermédiation financière est d’une importance capitale.
Le financement de l’économie ne se réduit pas à la modernisation du système financier mais
concerne la nature des relations entre le secteur réel de l’économie et le secteur financier. Il a
une mission d’allocation des ressources à l’économie et donc, le secteur privé devrait jouer un
rôle proactif dans la démarche de mobilisation et de collecte de l’épargne pour le financement
du développement.
Section 2. Présentation du cadre de financement intérieur public
1. Sources publiques de financement de l’économie haïtienne
Comme pour tous les PMA et PIED, les sources de financement public vont du financement
public direct et indirect, donc d'origine fiscale et tarifaire et non fiscale. Le budget de l’Etat
alimenté par les recettes budgétaires en est la source majeure. Les flux de financements publics
internes mobilisés en Haïti proviennent principalement du secteur public, notamment des recettes
publiques des organismes de perception, (Direction générale des impôts (DGI), Administration
générale des douanes (AGD), des administrations et entreprises publiques et des organismes
publics d’Etat et des Collectivités territoriales décentralisées. Les financements mobilisés par
chacune de ces sources constituent l’ensemble des flux financiers destinés à financer les
programmes et projets gouvernementaux. D’autres flux financiers proviennent de la Banque
Centrale de la République d’Haïti(BRH)qui constitue la source secondaire. Son financement
s’opère dans sa forme directe à travers les avances au Trésor - ou escomptes de créances
détenues par des institutions publiques et les émissions de titres publics et de façon indirecte, par
le financement monétaire du déficit public. La BRH accompagne l’accroissement de la dette
publique par une augmentation de l’offre de monnaie et règle la liquidité bancaire de façon à
contrecarrer la hausse du taux d’intérêt suscitée par l’amplification des besoins de financement
de l’administration. La Banque de la République d'Haïti (BRH) et d’autres banques
commerciales fournissent les emprunts internes. Des flux financiers proviennent de l’épargne
nationale et des exportations. La figure 6 présente la cartographie des sources de financement.
(§P30 annexe).
2. Tendances du financement intérieur Public
Trois questions distinctes doivent être considérées pour que les ressources intérieures puissent
prendre une place plus importante dans le développement économique d’un pays. La première se
rapporte au volume des ressources existantes. Au cours de la décennie 2010-2020, bien qu’Haïti
ait connu un ralentissement de son activité économique, avec une aggravation de la crise au
cours des trois dernières années, les flux de financements ont accru d’année en année. Le
montant total des financements mobilisés par le secteur public durant la période s’élevait à 1 358
milliards HTG. La moyenne annuelle de flux de financement mobilisé est à hauteur de 165, 929
milliards HTG. De 103 558 milliards HTG en 2010, ce financement est passé à 199, 600 en 2020
soit une augmentation de 48.12%.Néanmoins, il est à souligner que ces ressources varient
35
d’année en année avec une légère tendance à la hausse. Elles ont connu une baisse de 2012 à
2015 puis une hausse de 2017 à 2021. De 118 580 milliards HTG (2017), ce montant est passé à
145 643 milliards HTG (2018), soit une hausse de 18.58% pour atteindre 172 825milliards HTG
(2019) soit une hausse de 15.72%.Pour l’année 2021, le montant des financements totaux
mobilisés par le secteur public (budget rectificatif) s’était élevé à 193,000 milliards HTG, soit
une baisse de de 6 000MG ou 3.31% par rapport à l’année antérieure. Le graphe ci-après montre
l’évolution des financements totaux mobilisés pour les cinq dernières années.
Graphique7 : Financement totaux mobilisés 2017-2021
Axis Title
FINANCEMENTS PUBLICS MOBILISES
250,000,000,000
200,000,000,000
150,000,000,000
100,000,000,000
50,000,000,000
0
2017
2018
2019
2020
2021
Montant financement
118,580,130, 145,643,000, 172,825,000, 199,600,200, 193,000,000,
public
Source : Rapport MEF, Loi de Finances 2020-2021
Deuxièmement, ces ressources doivent être de sources sures et détenues sous une forme qui en
facilite une allocation utile du point de vue économique et social. De ces financements totaux
mobilisés en 2020 et 2021, une grande part provient directement des ressources internes,
dont les montants les plus élevés, équivalaient respectivement à 151, 955, milliards HTG et 160,
980, milliards HTG, soit une augmentation de 56.06 % par rapport à 2020 et de 48.75% par
rapport à 2017. Du financement total, les ressources internes étaient supérieures aux ressources
externes. Pour l’année 2020, les ressources internes étaient de 160, 980, milliards HTG ou
83.41% contre 32, 019, milliards HTG pour les ressources externes soit 16.59%. Pour 2021, les
ressources avaient diminué et étaient composées comme suit : emprunts intérieurs (18.58%),
bons du trésor (53.24%), tirages (15.89%) et dons (37.10%). Il y avait donc eu par rapport à
l’année précédente, un manque de ressources provenant principalement des emprunts
obligataires (bons du trésor 25 771 milliards HTG et des dons 37 969 milliards HTG.
Même si les ressources internes vont en s’accroissant, les ressources domestiques (recettes
budgétaires) montrent une fluctuation d’année en année. La croissance des ressources internes
durant ces deux dernières années est due principalement aux opérations d'emprunts effectués par
l’Etat à des fins de refinancement. Le graphe ci-après montre la part des ressources internes dans
les financements totaux mobilisés.
Graphe 8 : Répartition financements internes mobilisés 2017-2021
36
2021
160,980,393,294
2020
151,955,591,018
2019
130,781,485,002
2018
110,975,357,824
2017
82,503,385,171
0
50,000,000,000
100,000,000,000
2017
2018
2019
150,000,000,000
2020
200,000,000,000
2021
Source : Rapport MEF, Loi de Finances 2020-2021
Mais paradoxalement, malgré la montée en flèche des financements internes, il y a une montée
sans cesse croissant des emprunts intérieurs qui constitue pour l’état, une méthode durable pour
générer des ressources afin de pallier les déficiences actuelles. Ces ressources comprennent
également 92 144 846405 milliards gourdes de titres provenant notamment des émissions de
titres publics (25000000000) des emprunts auprès des banques commerciales (16387200000) et
de la BRH (37116 346 303) gourdes.
Graphique 9 : Répartition financements externes mobilisés2017- 2021
(En milliards de gourdes et en pourcentage)
Ressources externes
60,000,000,000
50,000,000,000
40,000,000,000
30,000,000,000
20,000,000,000
10,000,000,000
0
2017
2018
2019
2020
2021
Ressources externes 36,076,745,4 34,667,642,1 42,043,515,0 47,644,608,9 32,019,606,7
Source : Rapport MEF, Loi de Finances 2020-2021
Graphe 10 : Répartition des flux de financements mobilisés
37
FLUX DE FINANCEMENT MOBILISES
250,000,000,000
200,000,000,000
150,000,000,000
100,000,000,000
50,000,000,000
0
2017
Ressources internes
2018
2019
ressources externes
2020
Montant financement public
2021
Source : Budget de l’Etat et Loi de finances2019- 2020
La composition du financement total montre que la principale source de ressources intérieures
demeure les recettes publiques. La faible mobilisation des recettes publiques en Haïti pourrait
être imputée au bas niveau des revenus, à des facteurs démographiques, au système financier
haïtien et à l’absence de marchés financiers. Pour mieux comprendre l’évolution des ressources
intérieures, nous entendons jeter un regard sur le budget.
2.1 L’Analyse de la situation budgétaire en Haïti
Le contexte des finances publiques en Haïti est caractérisé par une fragilité structurelle et
conjoncturelle, d’où, les contraintes énormes qui entourent le processus d’élaboration du budget
(longs retards, crise politique et économique). En 2015 et 2017, l’excédent budgétaire visait à
freiner l’accroissement annuel de la dette publique qui date de 2010, contenir le déficit chronique
qui prend des proportions inattendues. La politique budgétaire n’est pas caractérisée par un
équilibre des dépenses et des recettes. Autrement dit, le poids des dépenses de l'Etat dans
l'économie est considérable en termes financiers. L’analyse du budget de 2019-2020,montre
qu’un tiers soit 66.33 milliards de gourdes, est capté par trois ministères (MPTC, MSPP et
MENFP). Les autres postes les plus importants sont ceux de la subvention au secteur de l’énergie
(le financement d’Électricité d’Haïti (EDH) (12.9%), et celui de la dette publique. Selon la Cour
des comptes « Certains ministères et organismes avaient déjà consommé plus de 70% de leurs
crédits budgétaires avant même l’élaboration du budget. Cette augmentation se base selon la
Cour des comptes sur des prévisions d’augmentation des ressources insincères et largement
irréalistes ». Le budget suscite de nombreuses questions en termes de transparence, de cohérence
et de priorité.
Le cadre de programmation du budget reconnait la nécessité de parvenir à l’équilibre budgétaire.
Ces efforts se matérialisent par des modifications du système fiscal qui devraient être mises en
place par la Direction Générale des Impôts (DGI) et l’Administration Générale des Douanes
38
(AGD)pour augmenter les recettes internes. Le Gouvernement Central vise un contrôle plus strict
des dépenses courantes et, plus particulièrement, la réduction des salaires. Les institutions
partenaires (Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), en concertation avec le
CAD, ont élaboré un cadre commun d’évaluation des performances et de préparation de rapports
pour le suivi des performances en matière de GFP(programme « Dépenses publiques et
responsabilité financière » (PEFA).Le MEF, par l’intermédiaire de la DGB, a mis en place, dans
le cadre de la Loi (LEELF, 2017) et projet de Loi de Finances 2018-2019, un programme de
modernisation du cycle budgétaire orienté vers les résultats. Ce projet vise la transparence des
finances publiques, l’efficience dans la gestion du budget et la performance de l’action publique.
L’un des grands défis en matière de dépense publique en Haïti est la disponibilité des ressources
destinées à l'investissement. Les difficultés dans la gestion du cycle budgétaire, se manifestent
par une concentration de l'exécution budgétaire à la fin de l'année civile (décembre) et à la
clôture de l'année fiscale (septembre).
Dans la perspective d’une stratégie de financement de l’économie, le choix serait d’aller vers mieux
d’Etat pour moderniser l’économie, la rendre plus féconde en création de richesse, générer des gains
de productivité. Les autorités budgétaires à leur tour devraient veiller à ce que la dette publique reste
soutenable à moyen terme, même si les taux d’intérêt augmentent. Pour cela, le retour à un cadre
budgétaire crédible et cohérent à moyen terme est important.
39
Graphique 11 : Budgets de l’Etat
Source : Ministère de l’Economie et des finances (MEF)
2.1.1
Analyse des ressources budgétaires internes
Après l’embargo de 1990 et le séisme de 2010, le coefficient des recettes budgétaires n'était plus
que de 3,3 % du produit, à cause du retard pris par l'activité économique et les conditions d'une
impossibilité debonne gestion des affaires publiques. Après la crise sanitaire, l’économie
fonctionne au ralenti et pour la relancer, l’Etat haïtien a établi le budget de l’exercice fiscal
(2020-2021), à hauteur de 254,7 milliards de gourdes, environ 56 milliards de gourdes de plus
que les prévisions pour le dernier exercice, soit une augmentation de 28,2%. En dépit des contreperformances de l’économie haïtienne, les prévisions de recettes internes ou ressources
domestiques de 132 milliards de gourdes vont créer une pression énorme sur ces deux
institutions, la DGI et l’AGD. Ces ressources domestiques représentent 51.82% des totales
ressources publiques internes. Cette prévision montre une hausse générale des ressources
budgétaires en comparaison aux ressources internes de l’année antérieure qui étaient de 89,339
milliards de gourdes, soit 44.96% des ressources globales. L’Etat tablait sur quatre principales
sources, à savoir : L’ensemble des flux de financement provenant de l’Administration fiscale et
des douanes, soit les recettes fiscales et les taxes, les dons qui sont répartis en appui budgétaire
global et en aide projets et les emprunts (92.1 milliards avec un pic de 37,1 milliards provenant
directement de la Banque de la République d’Haïti (BRH).
La source majeure de financement de l’économie haïtienne demeure les recettes budgétaires,
environ 49% des ressources globales du budget. L’objectif de mobiliser des ressources
intérieures pour financer le développement durable d’Haïti partir de ressources budgétaires
semble atteignable. Compte tenu de la crise, le gouvernement ne parviendra pas, cependant, à
réaliser cet objectif à partir des ressources internes uniquement. Haïti devrait accroître ses
recettes publiques en fournissant un effort plus élevé de mobilisation des ressources publiques
externes.
40
Graphique 12 : Tendances des ressources intérieures
120,000,000,000
100,000,000,000
Recettes internes
80,000,000,000
Recettes douanieres
60,000,000,000
Autres ressoources domestiques
40,000,000,000
20,000,000,000
0
Ressources domestiques
2018
2019
2020
2021
Source : Ministère de l’Economie et des finances (MEF)
2.1.2 Analyse des recettes publiques
Les recettes courantes de l’Etat haïtien se composent de l’ensemble des flux de financement
provenant de l’Administration publique et sont regroupées en trois grandes catégories : (1) les
recettes des impôts et taxes, soit les recettes fiscales et les taxes,(2) les recettes douanières et s’y
ajoutent (3) des recettes non fiscales, issues par exemple de la vente de biens (Privatisations).
Les exercices écoulés : 2014-2015, 2015-2016, 2016-2017 et 2017-2018 démontrent que les
prévisions des recettes courantes se réalisent, respectivement à : 100%, 87%, 106%, 81,3% et
80.86%. (Source : Loi de finance/Décret budget 14-15, 15-16, 16-17 et 17-18). Bien que ces
dernières connaissent des variations tout au long de la décennie, la tendance reste à la hausse.
Pour l’année 2020-2021, les recettes fiscales projetées de 132 612 milliards de gourdes,
représentent une hausse de 32.63.Les recettes cumulées sur l’exercice 2020-2021 étaient
évaluées à 51,82 % des ressources totales de l’État. Les recettes internes, évaluées à 132,612
comprennent des recettes fiscales pour 119, 193 milliards de gourdes et de recettes domestiques
pour 13,419 milliards de gourdes. En 2019-2020, les recettes internes étaient évaluées à hauteur
de 89,339 milliards de gourdes dont83, 653 pour les ressources fiscales et 5,685 milliards de
gourdes pour les recettes domestiques. L’augmentation des recettes fiscales, en hausse de
29.81% entre 2019 et 2021, sera tirée des prévisions faites sur les impôts indirects (89,523) et les
recettes domestiques qui ont accru respectivement de 45,92% et de 57.62% alors que les impôts
directs ont été établis à la baisse.
Graphe # 13: Evolution des recettes fiscales (2019-2023)
200
100
0
76.59
85.177
an 2019
an 2020
153.597
128.04
an 2021
an 2022
Recettes fiscales
184.878
an 2023
Source : Ministère de l’Economie et des finances (MEF)
41
Pour l’année 2022, les recettes internes sont ainsi reparties : 73, 927, Milliards HTG (76.66%) de
recettes internes constituées d’impôts directs et indirects et 22, 510, (23.34%) et de recettes
douanières. Il est à noter que les deux années précédentes ont été marquées par une évolution
croissante des recettes fiscales et ce, malgré la baisse des recettes douanières. Ceci révèle que les
recettes internes sont structurellement dépendantes des impôts et taxes qui fluctuent énormément
alors que les recettes non fiscales sont moins volatiles.
Les recettes publiques intérieures deviennent de plus en plus dépendantes des recettes
fiscales, aussi les impôts deviennent la composante la plus stable et par conséquent la plus sûre.
En exemple, en dépit de l’environnement interne particulièrement truffe de crises, entre 2017 et
2020, le taux de croissance des recettes des impôts et taxes est demeuré positif. Entre 2000 et
2010, les recettes fiscales ont pourtant diminué de 2,25 points de PIB. Les perspectives pour
l’exercice fiscal 2020-2021 ne sont guère reluisantes. Les recettes des impôts sont plus faibles
(29,670 milliards de gourdes) que celles de l’année précédente (34,529 milliards de gourdes).
Mais, l’existence de ce « manque à gagner » est attribuable à deux éléments importants. D’une
part, l’économie haïtienne a connu sa pire performance depuis 30 ans avec un taux de croissance
encore négatif autour de - 4%, la fermeture d’une trentaine d’entreprises environ, la chute de près
de la moitié (48%) des investissements directs étrangers, un net ralentissement des activités
économiques. Le produit intérieur brut nominal a chuté au rythme annuel de 1,25 % par an en
moyenne contre seulement 7 % pour les recettes fiscales. D’autre part, l’ampleur de l’évasion
fiscale constitue un obstacle à mobiliser les recettes fiscales. La sous-déclaration des revenus
avait atteint 10 % en 2004-2005, ce qui représente un manque à gagner de 26 % pour les recettes
fiscales, en raison de la progressivité de l’impôt sur le revenu.
a. Analyse des recettes fiscales de la DGI
Face à la situation économique, le programme économique et financier adopté pour les deux
décennies, visait à élever les revenus courants, en se basant sur une série de mesures fiscales et
administratives. L'une des est la mise à jour du taux de change de référence, utilisé pour les
évaluations douanières, ainsi qu'une augmentation de l'impôt sur les produits pétroliers et
l'encaissement d'une taxe de 3%autitre de droits administratifs sur l’avaleur des importations. Les
premières démarches ont été entreprises simultanément en vue de renforcer l'administration
budgétaire et de diminuer l'évasion fiscale et douanière, ainsi que de récupérer les retards
accumulés au cours des dernières années. A cette fin a été approuvée, la création d'un bureau de
suivi des 200 principaux contribuables (UGC), la mise ajour des registres des entreprises et
l'automatisation des douanes. Ces mesures devraient porter leurs fruits. Les principales mesures
fiscales se sont inscrites dans une loi promulguée, qui libéralisait également le commerce
extérieur. Les recettes fiscales perçues en moyenne par an étaient de 58 251 741 Milliards de
gourdes.
Dans la structure de répartition par champ d’impôts, les recettes fiscales pour 2020-2021
représentent 89.88%% des ressources totales contre 93.63 % pour l’année 2019-2020.
Néanmoins, au terme de l’exercice 2020, la Direction Générale des Impôts a mobilisé le montant
de 40,267.4 millions de gourdes, soit 94.12% de sa cible annuelle. L’écart est dû à la grande
morosité économique qui découle des effets pervers de la crise politique nationale et de la crise
42
sanitaire COVID-19.Le montant des recettes fiscales en pourcentage du PIB étaient de 21,1 % en
2020 (MEF, 2020), soit un chiffre inférieur à la moyenne pour les pays du LAC. Il est important
de souligner la hausse de la pression fiscale d’un point du PIB entre 2010 et 2023. Le niveau de
la pression fiscale en Haïti est encore considéré comme insuffisant si l'on tient compte de la
demande croissante de ressources tant pour la stratégie de développement que pour répondre à la
demande sociale de réduction de la pauvreté. On peut illustrer pour dire, que le taux de pression
fiscale qui était de 6.4 en 2019 connait une augmentation pour arriver à 9.1 en 2023. En fait,
cette augmentation du taux de pression fiscale ne traduit pas une augmentation des rentrées
fiscales, mais relève de préférence d’un rétrécissement du Produit intérieur brut (PIB), puisque
les recettes projetées connaissent une baisse par rapport à celles du budget 2018-2019.L’analyse
de la composition des recettes fiscales révèle que la contribution des recettes mérite d’être
significativement accrue. Cet accroissement pourrait ne pas exiger une augmentation du taux
d’imposition bien qu’en considérant l’ensemble des revenus de l’Etat, la pression fiscale de 10%
en Haïti serait bien trop faible. Mais cette augmentation pourrait résulter d’une meilleure
efficacité dans la technique et les instruments de collecte, ou d’un élargissement de l’assiette qui
est considérablement réduite du fait de la prédominance du secteur informel. Le graphe ci-après
montre l’évolution des recettes fiscales.
Le ratio recettes fiscales/PIB est en moyenne de 13 % dans les pays à faible revenu contre
35,4 % dans les pays de l’OCDE. Aussi, les difficultés rencontrées par Haïti, un pays à faible
revenu pour accroître ses ressources intérieures sont multidimensionnelles. Pour y faire face,
le pays est dans l’obligation, pour financer son développement, de recourir à des flux de
capitaux extérieurs, étant donné que l’impôt représente la quasi-totalité des recettes publiques.
Une augmentation des recettes fiscales peut aider de façon significative à mobiliser davantage
de ressources intérieures, à condition de ne pas décourager, dans le même temps, l’initiative
économique privée.
Graphique # 14 : Evolution des recettes fiscales sur la décennie
90,000
80,000
70,000
60,000
50,000
40,000
30,000
20,000
10,000
-
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
Recettes courantes (en Million gdes) 6,149 6,324 7,720 10,50 12,47 16,25 20,41 23,66 26,96 31,30 31,44 38,93242,31344,75147,10357,11666,07874,94879,620 80,18
Année
2,000 2,001 2,002 2,003 2,004 2,005 2,006 2,007 2,008 2,009 2,010 2,011 2,012 2,013 2,014 2,015 2,016 2,017 2,018 2,019
Source : Banque de la République d’Haïti (BRH)
b. Analyse des recettes de l’Administration Générale des Douanes (AGD)
Les recettes en provenance de l’Administration Générale des Douanes (AGD),montrent une nette
tendance à la baisse du fait de la croissance des importations et de la chute des recettes
douanières qui sont de 48 milliards de gourdes par an. Toutefois, le net ralentissement des
activités de l’import-export, a provoqué une diminution drastique des recettes douanières autour
43
de 24 milliards de gourdes dans le cadre du budget 2019-2020. Selon les rapports du SYDONIA,
les recettes ont atteint 5,9 milliards de gourdes dont 4,4 milliards de gourdes de recettes nettes et
1,5 milliard de gourdes de droits concédés. Aussi, faut-t-il signaler, que les recettes nettes de
l’AGD hors pétrole sont chiffrées à 4,3 milliards de gourdes. Ce qui suggère qu’une
libéralisation accrue du commerce a entraîné une forte baisse des recettes publiques. Pour pallier
le risque d’une baisse de ressources fiscales, les gouvernements du pays doivent mobiliser
d'autres sources de recettes, notamment celles de l’extérieur.
c. Analyse de la situation fiscale et tendance des Impôts
Les impôts font partie intégrante des recettes fiscales. Sur les cinq dernières années (2015-2016
comme année de base), la prévision concernant les impôts sur le revenu a subi une augmentation
de 75 %.Cette progression reflète la mobilisation efficiente des retenues à la source ainsi que les
reversements des entreprises soumises à la retenue sur les bénéfices non commerciaux (BNC).
Les champs d’impôt qui ont contribué le plus à cette augmentation sont l’impôt sur le revenu et
la taxe sur le chiffre d’affaires. Au titre de l’impôt sur le revenu, l’administration fiscale a pu
collecter plus de 21647.27 milliards de gourdes pour l’exercice 2019-2020 contre 21217.52
milliards de gourdes perçues pour l’exercice 2018-2019.L’impôt sur les sociétés (IS) n’a pas
contribué favorablement à la mobilisation des recettes compte tenu de la baisse de 14%
enregistrée en 2020. Ceci est dû aux mauvaises performances des secteurs productifs (secteurs
secondaire et tertiaire). Dans le budget rectificatif de l’exercice fiscal 2020-2021, la prévision
des recettes liées à l’impôt sur le revenu est estimée à 29 milliards de Gourdes, dont 35,71 %
représentent les impôts sur les sociétés et 64,29 % pour les impôts sur les personnes physiques.
Tableau 2 : Prévisions et réalisations des impôts sur le revenu
IMPOTS SUR LE REVENU
Année
2015-16
2016-17
2017-18
2018-19
Prévision ISR
16 096 184 852,00
19 987 598 956,00
22 244 801 480,00
22 244 801 480,00
Réalisation ISR
15 851 294 439,86
21 240 155 135,57
21 401 128 258,41
20 908 201 766,66
Source : Ministère de l’Economie et des Finances (MEF)
Impôts sur la propriété
Ce champ d’impôt inclut les impôts sur la propriété immobilière, les droits de successions et de
donations, les droits sur les transactions mobilières et immobilières, les impôts sur la propriété et
les droits d’hypothèque. Pour l’exercice 2020-2021, les recettes sont estimées à 714 678 millions
de Gourdes. Les impôts collectés dans ce champ n’ont jamais atteint les prévisions sur les cinq
dernières années.
44
Axis Title
Graphique # 15 :Prévisions et réalisations des impôts sur la propriété
2,000,000,000.00
1,800,000,000.00
1,600,000,000.00
1,400,000,000.00
1,200,000,000.00
1,000,000,000.00
800,000,000.00
600,000,000.00
400,000,000.00
200,000,000.00
-
Prévision ISP
Réalisation ISP
15-16
16-17
1,715,223,978.00
539,083,592.00
350,994,028.14
387,134,139.71
Source : Ministère de l’Economie et des Finances (MEF)
17-18
18-19
654,630,602.00
654,630,602.00
482,014,622.98
452,952,263.12
Graphique 16 : Tendance des prévisions et réalisations des taxes sur les biens et services
TAXES SUR LES BIENS ET SERVICES
15,000,000,000.00
10,000,000,000.00
Prévision ISP
Réalisation ISP
5,000,000,000.00
-
15-16
16-17
Source : Ministère de l’Economie et des Finances (MEF)
17-18
18-19
Poly. (Réalisation ISP)
Taxe sur le chiffre d’affaires (TCA)
La Taxe sur le chiffre d’affaires (TCA) inclut les droits d’accises, les taxes sur services
déterminés, les taxes sur utilisation des biens mobiliers et immobiliers et les diverses taxes sur
biens et services. Elle est, en Haïti, le deuxième champ le plus important après les impôts sur le
revenu (ISR). De 7% en 2010, il est passé à 10% en 2020.Pour l’exercice 2020-2021, elle
représente respectivement 42% des recettes fiscales et 22,2 % des recettes budgétaires. Les
recettes enregistrées sont de l’ordre 10662.89 milliards de gourdes pour l’exercice 2018-2019,
tandis que pour l’exercice 2019-2020 l’administration a pu collecter seulement 9,360.83
milliards de gourdes représente environ 24% et, enfin les droits d’accises comptent pour
seulement 1.65%. Les taxes indirectes sur biens et services intérieurs, pour leur part, ont
progressé de 39,81%, en 2018-2019, atteignant 18 831 milliards de Gourdes. Cependant, en
glissement annuel, on observe une baisse au niveau de la performance de la TCA, due au
ralentissement de la baisse de la consommation intérieure due aux turbulences socio-politiques.
La structure de répartition de la collecte par zone géographique révèle une très forte
concentration des recettes au niveau de Port-au-Prince qui représente plus de 95.3% de la tarte,
tandis que les provinces se partagent les 4.7% restant.
45
2.1.3 Analyse de l’épargne nationale
L’épargne nationale est un élément important pour le développement d’un pays.
Indépendamment du taux et du pays, une stabilité durable de l’épargne est essentielle car, c’est la
composition du portefeuille d’épargne des ménages qui détermine les fonds disponibles pour des
investissements rationnels et prévisibles. Les ressources du secteur public ont, par rapport à
l’épargne privée, un rôle distinct et complémentaire. Même si l’on peut faire une distinction entre
les recettes publiques, qui couvrent les dépenses renouvelables, et l’épargne publique, qui
finance les investissements à long terme, les besoins auxquels elles pourvoient dans les deux cas
sont immenses. Les instruments à la disposition des ménages en Haïti se rangent en ces trois
catégories : épargne non financière, épargne financière informelle et épargne financière formelle.
L’épargne des entreprises reste encore mal connue dans les PMA, notamment en Haïti. Les
données nécessaires pour désagréger l’épargne privée en épargne des ménages et épargne des
entreprises n’existent pas.
Evolution de l’épargne nationale
Haïti a le plus bas taux d’épargne dans la région du LAC. En 2020, l’épargne intérieure brute
dans la région représentait 20 % du PIB, contre 18 % en 2000. (Banque mondiale, 2007a) et celle
de la République Dominicaine est à 28% en 2020 contre19%. Au cours de la décennie, le taux
d’épargne brute en pourcentage du PIB a évolué globalement de la manière suivante : entre 2000
et 2020, il a connu une plus grande instabilité jusqu’en 2002 à 7% et a augmenté régulièrement,
passant de 12% en 2013 pour atteindre un niveau record de24 % en 2010. Puis l’épargne s’est
effondrée, avec un taux de 12 % en 2014. Depuis, et malgré un léger redressement, le taux s’est
redressé à 14% du RNB en 2021.
(https://donnees.banquemondiale.org/indicator/NY.GNS.ICTR.ZS?locations=HTBanque
mondiale, OCDE).
La raison majeure de ce résultat est l’instabilité des sources de revenu. Il existe une relation
positive entre le taux d’épargne et le revenu par habitant (Hussein et Thirlwall, 1999) : le taux
d’épargne en Haïti a chuté car le taux de croissance du revenu par habitant a régressé tout au
long de la période. Ce taux d’épargne moyennement faible ne peut donc pas financer le déficit
budgétaire via l’épargne privée. Ceci, in fine, écarte Haïti d’une situation de solvabilité de ses
finances publiques. Haïti ne peut épargner suffisamment ni créer assez de capital pour dépasser
la croissance de la population et la dépréciation du capital. Ainsi, son taux d’épargne intérieure
est loin de suffire pour entraîner durablement l’investissement intérieur.
Les ménages détiennent des portefeuilles très diversifiés d’actifs non financiers. Bien que nous
ne disposions que de peu d’informations sur l’épargne non financière, des études montrent que
les avoirs des ménages dans les zones rurales sont constitués à 80 % environ d’actifs non
financiers (Aryeetey et Udry, 2000).Les banques sont le principal type d’établissements
financiers du secteur formel engagés dans la mobilisation de l’épargne financière formelle. Le
manque de données reflète les difficultés d’accès aux instruments d’épargne formels et, ainsi que
l’inadéquation entre les instruments d’épargne formels et les besoins d’épargne des ménages
pauvres. Le secteur financier informel offre un large éventail d’instruments d’épargne, (Wright,
46
1999). Mais, en général, les ressources mobilisées grâce à l’épargne du secteur informel ne
procurent pas de rendement.
Le ratio de l’épargne brute rapporté à la formation brute de capital fixe donne une idée de la
médiocre relation qui existe entre épargne et investissements dans l’économie haïtienne. Plus ce
ratio est faible, plus le pays est dépendant au plan financier. Dans le cas contraire, pour combler
l’important écart entre épargne et investissement, le pays fait appel à d’autres sources de
financement, en particulier à l’aide publique au développement. La figure 1 ci-dessous compare
pour Haïti, le ratio formation brute de capital fixe/PIB (première barre) et le ratio épargne
brute/PIB (deuxième barre). On constate qu’Haïti a des taux d’épargne négatifs sur la
période 2000-2020.
Graphique # 17: Formation brute de capital fixe versus epargne domestique brute en Haiti en % du PIB, (2000-2020)
Annee 2020
Annee 2018
Annee 2016
Annee 2014
Annee 2012
Annee 2010
Annee 2008
Annee 2006
Annee 2004
Annee 2002
-10
-5
Annee 2000
0
5
10
FBCF capital fixe
Source : Indicateurs de développement de la Banque Mondiale)
15
Epargne
20
25
30
L’épargne joue un rôle mineur dans le financement du développement en Haïti, en raison de
l’incapacité à mobiliser efficacement et durablement les ressources intérieures. En améliorant
la mobilisation de l’épargne des ménages en Haïti, on pourrait dégager un volume important
de ressources en faveur du développement. Une stabilité durable de l’épargne est
indispensable pour des investissements rationnels et prévisibles.
2.1.4
Analyse des Dépenses Publiques
Le niveau et l’efficacité des dépenses publiques sont des questions d’une importance primordiale
pour que les ressources intérieures puissent devenir un moteur du développement. Dans ce cadre,
le rapport cherche à analyser les dépenses courantes et de fonctionnement, encourus par l’Etat
qui sont assurées par les recettes publiques domestiques (impôts, taxes, et cotisations sociales) et
par le déficit public et également les dépenses d’investissement et les dépenses fiscales. Il faut
47
dire de prime abord que les dépenses sont indispensables pour mettre en valeur le capital humain
et pour financer les services sociaux essentiels.
Les dépenses publiques ont augmenté régulièrement en proportion du PIB entre les
années 90(embargo) et le milieu des années 2010 (séisme), mais cette tendance ne s’est pas
atténuée depuis avec la crise sanitaire COVID-19. Cependant, il est probable que les pressions
sur les dépenses publiques vont s’intensifier, notamment sous l’effet des élections, le chômage,
la pauvreté et l’insécurité. Durant les deux décennies (2000-2020), les dépenses publiques ont
augmenté régulièrement en proportion du PIB mais leur évolution laisse voir une tendance
cyclique marquée. En 2000, les dépenses publiques dans le PIB étaient environ de 28,6 %. Les
années 2005 et 2014 accusaient les taux les plus élevés, soient respectivement 32% et 34%.
Entre 2006 et 2013, les dépenses publiques en pourcentage du PIB ont encore augmenté de 5,8
points compte tenu du fait que les dépenses courantes ont augmenté sur la même période. Elles
devraient atteindre 18,48 % du PIB en 2016Toutefois, on note une augmentation des dépenses
totales de 1,2 point de pourcentage du PIB entre 2017 et 2018, grâce à une hausse significative
des investissements publics (+64,7% en termes réels).Entre les deux exercices, 2019-2020 et
2020-2021, l’augmentation des dépenses publiques totales en valeur absolue est de 30,314
milliards de gourdes soit 14.33% d’une année à l’autre. Pour 2020, l’évaluation de la dépense
après la crise sanitaire COVID-19, fait état d'un rebond, qui a atteint 20,89% du PIB et 20,27%
en 2022.
On a pu noter un poids excessif de l’État dans l’économie. Les dépenses ont baissé de 10,8% à
16,6% entre 2006 et 2013.Ces chiffres se trouvent en dessous de la moyenne de l’Amérique
latine durant toute la période analysée, la région présentant une taille moyenne de l’État de
20,8% du PIB en 2018. Haïti, avec 21,66% du PIB en 2019, est l’État le plus petit en termes de
dépenses publiques rapportées au produit intérieur brut dans la région, après Cuba (38,8%).De
tout ce qui précède, on peut en déduire que l’un des grands défis de la décennie à venir consistera
donc à maitriser les dépenses publiques.
a. Dépenses courantes et de fonctionnement
Les dépenses courantes du gouvernement central sont dues essentiellement due à des arriérés
nets d’intérêt sur la dette. Les intérêts payés sur la dette publique et les subventions comptent
respectivement pour 6 % et 6,4 % des dépenses courantes de l’exercice 1999-2000.La masse
salariale a aussi un poids énorme dans les dépenses courantes s’est élevé à 54 %, soit une
augmentation de 24 % par rapport à l’exercice 1998-1999. rémunérations et d'une modification
du nombre de postes. Les dépenses de salaires représentent respectivement 60.78% (2020-2021)
et 51.10 % 2020-2021, des dépenses courantes. Elles ont accru de 28.60 % d’une année à l’autre.
De leur côté, les subventions qui se sont élevées à 401,5 MG pour l’exercice ont accusé une
croissance de 9 %. De 121,145 milliards de gourdes pour l’année 2019-2020, ces dépenses sont
passées à 136,403 (2020-2021), montrant une hausse de 11.18%. Les dépenses liées au
fonctionnement, à leur tour, ont enregistré une hausse d’environ 8% par rapport à l’année
précédente. Les budgets ont toujours été alourdis par les dépenses salariales compte tenu de la
hausse des dépenses de biens et services et les subventions constituent une situation
préoccupante, soit 25% des dépenses courantes (2020-2021). Les dépenses en subventions
affichent une baisse de 30,7% soit 26 273 gourdes en 2020-2021, en raison de l’élimination des
48
subventions aux dépenses de produits pétroliers (retour à l’application de la Loi 1995 sur les
accises variables).
Graphique 18 : Taux de croissance des dépenses courantes
40%
30%
20%
10%
0%
-10%
-20%
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
Taux de croissance des Depenses Courantes
Source : Banque de la République d’Haïti (BRH)
a. Dépenses d’investissement
Les dépenses d’investissement effectuées par l’État haïtien ne suivent pas une tendance définie..
Depuis 1996, la part des dépenses d’investissement dans le PIB a augmenté de façon continue
jusqu’à atteindre 2 % en 1999-2000. Ces débours ont été prioritairement consacrés au
financement des travaux publics incluant la construction de routes, d’écoles et l’amélioration des
services de transport. Les dépenses d'investissement. Sur la période, la gestion budgétaire a
fortement appuyé la croissance à travers la hausse des dépenses d’investissements publics
passant de 6% du PIB en 2012 à 8% PIB en 2013. Elles s’étaient élevées en 2012 et en 2013, à
respectivement, 12 288 et 13 449 en Milliards de Gourdes. En 2013, les investissements ont
connu une hausse en volume de 6%, tirée notamment par des dépenses d’investissement public
en valeur en hausse de 44% pour des projets intensifs en main d'œuvre pour la réparation et
l'entretien de l'infrastructure. En 2020, elles s’élèvent à 59300milliards de gourdes dont 17
milliards (28.9 %) au titre de la lutte contre la pandémie de COVID-19. Ces dépenses sont
financées sur les ressources propres de l’Etat, à 40% soit 23850 milliards de gourdes contre28
785 milliards de gourdes, soit 48,54% des dons obtenus de la coopération extérieure. Les crédits
d’investissements sont estimés à 74,2 milliards de gourdes (29%) contre 180.5 milliards de
gourdes (71%) pour le fonctionnement de la machine administrative de l’État.
Le graphique # 19 ci-après montre les dépenses d’Investissement.
49
Depenses d'investissement
(en Millions de Gourdes)
Depenses d'investissement
(en Millions de Gourdes)
5.95
3.33
2008
2009
2010
13.45
12.29
9.71
7.40
6.88
2011
2012
2013
2014
6.22
2015
2016
8.49
5.96
5.85
2017
2018
Source : Banque de la République d’Haïti (BRH)
Graphique 20 : Investissements Publics
19176
Dons
19110
28114
Investissement public ress. Ext.
28785
24180
Fonds tresor public
23890
Investissement public ress.int.
30554
0
46080
5000 10000 15000 20000 25000 30000 35000 40000 45000 50000
An 2020
An 2019
c. Dépenses fiscales
Les dépenses fiscales consistent en un ensemble de mesures visant à réduire ou à différer les
impôts et les taxes payables par les contribuables. Elles peuvent prendre plusieurs formes, dont
celles de revenus non assujettis à l’impôt, de déductions dans le calcul du revenu, de crédits
d’impôt, de reports d’impôt ou d’exemptions de taxe. Les entreprises réalisant un chiffre
d’affaires annuel inférieur à 100 000 gourdes en sont exemptes. L’élimination de la dépense
fiscale sur les taxes indirectes permettrait de générer en moyenne 0,8% de PIB en recettes
additionnelles. La dépense fiscale mérite d’être rationnalisée dans la mesure où l’on utilise en
Haïti aucun indicateur qui permet de les apprécier. La structure fiscale d’Haïti repose
principalement sur les impôts sur la consommation. L’Etat devra renforcer en conséquence le
dispositif de recouvrement de recettes pour financer les dépenses prioritaires, et poursuivre une
politique de dépense conforme à ses priorités stratégiques, soutenir le développement
économique, encourager l’épargne et stimuler la recherche et le développement. Une réduction
des dépenses est peu souhaitable, compte tenu des énormes besoins du pays. Cette hausse des
recettes impérativement s’accompagner d’une meilleure utilisation des fonds publics.
50
Dans un contexte de si fortes contraintes, au niveau des ressources publiques, le processus de
sélection des dépenses doit être renforcé pour en accroitre la qualité et l’impact du budget.
Etant donné qu’Haïti rencontre des difficultés pour accroître ses recettes fiscales pour
financer des dépenses plus élevées, il est aujourd’hui indispensable de freiner la croissance
des dépenses publiques tout en améliorant leur efficacité économique. Cela impliquera des
choix difficiles quant à l’affectation des ressources, d’autant que les programmes de dépenses
publiques ont aussi un rôle important à jouer sur les plans de la croissance économique et de
l’équité.
2.1.5
Analyse des emprunts publics internes
Dans le souci de répondre aux obligations de croissance économique et d’équilibrer les finances
publiques, l’Etat a recours aux emprunts intérieurs. Ils servent particulièrement à financer les
projets d’investissement majeurs. Les sources englobent à la fois, le secteur bancaire et les
sources privées tels les titres émis publiquement ou placés de manière privée et les emprunts
d’autres institutions financières privées. Le recours à l’endettement intérieur s’est inscrit dans
une tendance haussière. L’insuffisance des recettes publiques pour répondre au financement des
dépenses (fonctionnements et investissements) au cours des sept (7) dernières années a conduit à
une augmentation du stock de la dette publique. Les sources bancaires englobent à la fois les
avances statutaires octroyées par la banque centrale. Les emprunts publics intérieurs sont donc
majoritairement levés par l’émission de titres publics (notamment les bons du Trésor
assimilables et les obligations du Trésor), les dépôts du gouvernement. Le financement intérieur
du Trésor s’opère selon les règles du marché et en perturbe le fonctionnement par des effets
d’éviction, compte tenu des surliquidités existantes
En moyenne annuelle, les emprunts internes s’élèvent à 33 milliards de gourdes. Le stock de la
dette intérieure est passé de 11 milliards de gourdes en 2017 à 64,542 milliards de gourdes en
(2021) soit une hausse de 82.82%. La BRH a injecté 59, 116 milliards de gourdes, (emprunt
BRH et bons du trésor) dans l’économie durant cette seule année. Ces emprunts intérieurs faits
en 2021 représentant 33.44% des ressources publiques internes. Le financement monétaire a
enregistré une hausse de 27% cette année et ainsi, dévalorisé la gourde par rapport aux autres
devises étrangères, notamment le dollar. Le stock de la dette interne représente respectivement
51% (i). La dette intérieure se compose de 12 % de titres émis par l’État et 87 % de prêts. Pour
l’année 2021, sur le 160, 980 milliards de ressources mobilisées par les sources internes, 29.26%
provenaient de la BRH, et 7.45% bons du Trésor. Sur les 193milliards de ressources enregistrés
en 2021, les emprunts auprès de la BRH représentaient 59 milliards, soit 30.56%.Le service de la
dette intérieure a enregistré une augmentation continue de 5,4% en moyenne annuelle durant les
deux décennies.
Les emprunts intérieurs sont généralement plus faciles à mobiliser que les emprunts extérieurs.
Toutefois, le recours à ce mode de financement peut contribuer à asphyxier le secteur qui sera
privé de toute possibilité de financement de ses investissements. En second lieu, les emprunts
intérieurs contribuent à accroitre le stock de la dette publique qui pourrait devenir insoutenable,
donnant ainsi un mauvais signal aux investisseurs tant nationaux qu’étrangers et réorienter leurs
fonds vers d’autres pays. Ce mode de financement risque, s’il n’est pas maîtrisé, de remettre en
cause la soutenabilité, à long terme, du déficit du Trésor.
51
Graphique 21 : Répartition des Emprunts
180,000,000,000
160,000,000,000
140,000,000,000
120,000,000,000
100,000,000,000
80,000,000,000
60,000,000,000
40,000,000,000
20,000,000,000
0
2.1.6
2016-2017
2017-2018
2018-2019
2019-2020
2020-2021
Analyse du déficit public
Au cours de ces vingt dernières années, le pays a connu un niveau de déficit budgétaire
considérable, soit environ 2.5 milliards de gourdes en moyenne par exercice fiscal. Il reste
inférieur à 2,5% du PIB depuis 2010. Le déficit courant de la balance des paiements se situerait à
1,5% du PIB en moyenne annuelle sur la période 2000-2020, passant de -1,7% en 2000 à 1,5%
en 2020 (Banque Mondiale). Ce résultat s’explique essentiellement par un déficit commercial qui
passera de 503700 millions en 2000 à 1, 01 milliards en 2020, en raison de la chute des
exportations, des recettes touristiques durant la période quinquennale. Au cours des années 20002017, le niveau du déficit budgétaire était d’environ 2.5 milliards de gourdes en moyenne par
exercice fiscal. Il est passé de 4.1% du PIB en 2012 et à 6.6% du PIB en 2013 dans un contexte
de repli de l’aide externe. Entre 2008 et 2010, l’ampleur de la récession est telle que l’économie
a abouti à un fort creusement des déficits. Le déficit budgétaire s’est fortement détérioré, passant
de 3,5 % du PIB en 2019 à 6.2 % du PIB en 2020 contre (35, 184, milliards de gourdes à 91, 958,
096,632) en 2017 et 2018. Avec un déficit budgétaire de plus de 100 milliards de gourdes en
moyenne par an durant l’exercice 2019-2020, le gouvernement a dû constamment solliciter le
financement de la Banque Centrale. Ces déficits de plus en plus élevés conduisent aujourd’hui à
l’alourdissement de la charge de la dette et finissent par exercer un effet d’éviction sur le taux de
croissance. Les déficits publics se sont ainsi élevés jusqu’à 20 % du PIB au cours des années
2020.
La forte monétisation du déficit budgétaire a provoqué des pressions sur le marché local des
changes avec une dépréciation continue. En 2021, les recettes totalisaient 89,339 milliards de
gourdes et les dépenses 121,145 milliards de gourdes. Ce large déficit budgétaire a conduit à un
financement monétaire de la BRH de 40,2 milliards de gourdes en juin 2021 alors que le plafond
de financement a été fixé à 39,3 milliards de gourdes dans le cadre du pacte de gouvernance
52
économique et financière signé entre le MEF et la BRH. Pour l’année fiscale 2020-2021, un
déficit budgétaire de 60,9 milliards de gourdes a été enregistré à la fin de l’exercice fiscal. La
BRH a financé partiellement ce déficit à hauteur de 49,2 milliards de gourdes et semble satisfaite
d’avoir un niveau de financement monétaire du plafond annuel prévu dans le budget rectificatif
autour de 49,3 milliards de gourdes. Les effets de la pandémie de COVID-19 sur l’activité et le
séisme d'août 2021 ont encore aggravé la situation budgétaire en 2020 et 2021, en raison de
l'augmentation des dépenses sociales et de santé dans un contexte de baisse des recettes fiscales.
En outre, la hausse des prix internationaux du pétrole en 2021 a également exercé une pression
sur les coûts des subventions aux carburants. Pour faire face à ces défis, Haïti a pu compter sur
l'allègement du service de la dette et les subventions du FMI, et a également bénéficié du
financement monétaire et de l’aide des banques commerciales locales. Le pays a tout de même
reçu en août 2021 environ 224 millions de dollars US de droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI.
D’autre part, les dépenses de fonctionnement et d’investissement et les engagements financiers
incontournables de l’Etat (subventions à l’électricité et ses produits pétroliers) représentent un
cout exorbitant. Mais, le déficit résulte particulièrement de la baisse des recettes internes due à
l’affaiblissement de la production nationale, débouchant sur ce grand déséquilibre budgétaire. En
2022, le déficit budgétaire devrait rester assez stable, en l'absence d'une forte reprise économique
et besoins élevés en dépenses sociales.
Considérant les difficultés de financement qui peuvent se présenter à l’avenir si Haïti se limite
uniquement aux ressources domestiques, l’Etat pourrait encore considérer l’option de
l’endettement pour satisfaire ses besoins de financement. Un déficit budgétaire non contrôlé
associé au financement monétaire, a des incidences sur la dépréciation accélérée de la gourde.
Le taux de change de référence de la BRH est passé de 72,16 gourdes pour un dollar
américain en décembre 2020 à 140 gourdes en 2022. (14,5 % en mai contre 27.8% en août
2020) et sur les activités des agents privés en 2020, des réformes s’imposent notamment, une
réduction massive des dépenses publiques. Mais ce déficit demeure structurel et appelle des
réformes profondes de la fiscalité afin de dégager davantage de recettes.
déficit en % du PIB
Graphe # 22: Evolution du déficit de 2000 à 2020
0.5
0
-0.5
-1
-1.5
-2
-2.5
-3
-3.5
-4
-4.5
1
Annee
2000-01
2001-02
2002-03
2003-04
2004-05
2005-06
année
2006-07
2007-08
53
3. Flux de financements provenant des Organismes autonomes
L’Etat avait entrepris de se moderniser vers les années 1970, et ainsi, survint la création de
nouvelles catégories d’entités publiques investies de mission de service public, notamment les
organismes et entreprises publiques. À la lumière des critères définis dans la politique
gouvernementale de gestion des organismes autonomes, le rapport analyse leurs quatre
dimensions et explore les paradoxes qu’engendrent leurs statuts et fonctionnement.
Dans un sens large, les Organismes Autonomes (OA) désignent l’ensemble des organismes
chargés des fonctions économiques et sociales des personnes publiques. Ils ont été définis
comme l’ensemble des sociétés directement détenues majoritairement par l’État et regroupent
les administrations publiques, les organismes à caractère administratif, culturel ou scientifique,
de sécurité sociale et les entreprises publiques. Fin 2022, l’État contrôle trente-deux (32)
organisations. Les 12 000 salariés approximatifs travaillant dans ces sociétés représentent 15,6
% de l’emploi salarié de la fonction publique en Haïti en 2022.
L’évolution du contour de ces sociétés, provient en premier lieu du concept d’autonomie au
cœur de la vision même de l’Etat en créant ces entités. Elles sont en effet des services
techniquement décentralisés, dotés de la personnalité juridique et jouissent de l'autonomie
administrative et financière. Il est important de comprendre que ce concept, ou la notion,
d’autonomie financière, dans un système d’administration aussi centralisé, soulève de
nombreuses difficultés. Or, selon l’idéologie à l’œuvre, le modèle d’autonomie ciblé par ces
entités semble correspondre à une conception fonctionnelle en dehors de tout contrôle de
l’Etat. En exemple, malgré les prescrits de l’article 128-1, rares sont les organismes autonomes
qui disposent d’un Conseil d’administration véritablement opérationnel. En fait, l’organisation
et le fonctionnement des organismes autonomes, à défaut de loi organique, sont règlementées,
pour l’essentiel, par les articles 116 à 161 de ce décret. Par conséquent, l’autonomie financière
ne signifie pas l’indépendance financière, mais se réfère bien à l’objectif de l’Etat de les doter
d’une structure administrative leur permettant de renforcer l’efficacité de la gestion des biens
et services publics. Tout processus d’autonomisation implique de fait « l’existence d’une
relation de tutelle administrative. Bien qu’ils jouissent de l’autonomie administrative et
financière, ce décret, en son article 120-3, fait obligation à l’État de mettre à leur disposition
des « dotations budgétaires inscrites au budget général de la République ». En outre, cette
tutelle se rapporte au contrôle réglementaire et « discrétionnaire » dont disposent le pouvoir
central, donc le ministère technique dont ils dépendent, le Ministère de l’Economie et des
Finances (MEF), en vue de les maintenir dans le respect de la loi et de faire prévaloir un
intérêt public supérieur. La loi régit leurs relations avec des instances extérieures de tutelle et
de contrôle. De plus, le décret du 17 mai 2005 portant sur l’organisation de l’administration
centrale de l’État leur fait obligation de rendre des comptes sur la gestion administrative des
biens publics.
En tentant d’analyser ce paradoxe dans leur mode de fonctionnement, nous avions noté
quelques éléments fondamentaux: 1) dans une perspective économique, l’Etat a confié des
missions et obligations d’intérêt général à ces catégories d’entreprises et n’est pas en mesure
d’évaluer l’efficacité économique de l’allocation des ressources; 2) les objectifs de
profitabilité qui peuvent revêtir diverses formes : maximisation du profit, minimisation du
coût, respect de l’équilibre budgétaire, réalisation d’un déficit maximum autorisé, rentabilité
plafonné des fonds propres ne sont pas mesurables; 3) L’Etat ne peut guère se fixer des
54
objectifs tels que la redistribution des bénéfices avec l’Etat voire entre les régions, sous la
forme d’implantation et de maintien des services et d’activités sur la totalité du territoire,
accompagnés de tarifs préférentiels pour certaines catégories de consommateurs. Ces éléments
dénotent un niveau de responsabilisation qui exige à ces organismes de mesurer leur capacité
de servir à l’aune des besoins des citoyens, afin d’assurer la mise en place de dispositifs, de
services et d’activités adaptés à la situation du pays.
Ces organismes autonomes à caractère financier, commercial et industriel sont des entreprises
publiques qui jouent un rôle primordial dans l’économie haïtienne. Elles sont pour certaines en
situation de monopole dans la production des biens et services de base, et devraient ainsi
fournir une part importante des emplois formels et adopter des pratiques en matière
de durabilité et de responsabilité sociale organisationnelle, en l'occurrence des pratiques de
gestion sans gaspillage. En revanche, il est constaté que la baisse du chiffre d’affaires et la
hausse des coûts de ces entreprises imputables aux prix administrés des services qu’elles
offrent (DINEPA, POSTE, etc.) ont entrainé une augmentation des pertes pour ces entreprises
dont la dette a augmenté ces dernières années. Certains autres fonctionnent à plein rendement
et à profit.
Selon les informations de la Direction Générale des Impôts (DGI), présentant la situation
fiscale des OAEP par champs d’impôts, sur les 25 institutions 12 d’entre elles soit 48% n’ont
jamais reversé les recettes fiscales collectées. Ces institutions n’ont effectué aucun paiement
sur les systèmes de la DGI pour les 3 derniers exercices fiscaux allant de 2017 à 2020. En ce
qui concerne les taxes annuelles, les recettes y relatives ne sont quasiment pas versées par les
OAEP à l'exception de la SOFIHDES, la Netcom et la BPH. Pour l'exercice 2019-2020, le
montant de 552,160 milles gourdes ont été collectées par la DGI. Cette tendance ne s'est pas
améliorée au cours de l'exercice suivant. En ce qui concerne, le dépôt des états financiers ou
taxes annuelles, Société Financière Haïtienne de Développement Fonds de Développement
Industriel 0.0095% (2017-2018), 0.0027%(2018-2019), 0.0011%(2019-2020),
Office
Nationale de l'Aviation Civile - 0.0010% - Banque Populaire Haïtienne - 1.5986% 0.0906%
92.25% (2017-2018), 92.76% (2018-2019), 98.42% (2019-2020). Les retenues à la source
mensuelle sont, en grande partie, reversées par les institutions. En effet, au cours de l’exercice
2017-2018 et de l’exercice 2018-2019, sur les 13 institutions, seulement deux (2) la SONAPI
et OAVCT n’avaient pas reversé les retenues à la source à la DGI. Pour la taxe sur le chiffre
d'affaires 46. 15% des institutions n’ont pas reversé la TCA à la DGI pour les exercices 20182019 et 2019-2020. En ce qui concerne la taxe sur la masse salariale, en 2017-2018 et 20182019, 46.13% des institutions n’avaient pas reversé la TMS à la DGI. Cette tendance ne s'est
pas améliorée puisqu’en 2019-2020, 61.54% des OAEP n’ont pas reversé les recettes relatives
à ce champ d’impôt. 29 entreprises parmi les OAEP, soit 78.13% ont reversé les recettes
provenant des retenues à la source ponctuelle à la DGI durant l'exercice 2018-2019. Aussi, une
nette amélioration a été constatée durant l’exercice 2019- 2020 puisque douze (12) institutions
ont reversé les retenues à la DGI. Sur le montant de 53, 647,472.73 millions de gourdes
reversé en 2019-2020, 56.03% sont de l’ONA, 20.71% de la Natcom, les 23.26% sont répartis
entre la SOFIHDES, l’OFNAC et le FDI.(Source : Rapport IGF, MEF 2020). Ce tableau
montre le niveau de contribution des OAS à l’Etat par année
55
Table Pourcentage par entité de la somme collectée par la DGI des OAs
Entités
OFNAC
FDI
Natcom
SOFHIDES
ONA
2017-2018
18.5%
73.91%
92.26
7.73%
2018-2019
23.63%
74,39%
96.81%
5.63%
2019-2020
16.055
74.33%
97.85%
1.48%
35,14%
Il a été très difficile de collecter des informations sur ces organismes autonomes qui d’ailleurs
n’entendent pas fournir des informations à la DGI ni au MEF et de déceler leur apport des dans
le budget national. Une certaine fraction des bénéfices réalisés servent à la subvention des
produits pétroliers, mais cet apport n’est pourtant pas chiffré. Dans le budget 2017-2018, l’apport
des organismes autonomes, en termes de prévisions, était chiffré à 500 millions de gourdes et a
atteint vers 2020 plus de 3, 5 milliards de gourdes. Face à ce constant, le FMI recommande que
des efforts additionnels soient consentis par les autorités, pour améliorer la gestion et les résultats
des entreprises publiques, avec notamment des audits financiers et la mise en œuvre des contrats
de performance tout en assurant le paiement régulier des factures de services et des subventions
budgétisées.
Les structures financières et comptables, du moins si elles existent, mieux, elles sont parfois très
laconiques ou comportent des dispositions contradictoires avec les principes de comptabilité
publique. Or, en dépit de la multiplicité et de la diversité accrue des catégories d’organismes
publics autonomes (Etablissement publics, Agences et autres organismes publics assimilés tels
que certains fonds ou projets), l’Etat n’en tire aucun profit. Le contrôle de leur gestion, de leurs
investissements et de leur financement revêt une importance particulière, Le rôle du MEF est
d’accompagner cette gouvernance par une harmonisation des règles et des critères d’évaluation
périodique, afin de disposer d’un cadre financier et comptable de contrôle strict de ces entités,
pour des considérations à la fois d’efficacité de l’action et d’harmonisation des règles de gestion
et de services à la population.
Un ensemble de mesures, accompagnées d’une sensibilisation des décideurs sur leurs
résultats et implications de politique, pourraient assurer une mobilisation d’un montant
suffisant de financements pour l’atteinte des ODD, sans compromettre leur viabilité à long
terme. Le Ministère de l’Economie et des Finances devrait pouvoir exercer le contrôle
financier de ces établissements publics ou mixtes et d’état à caractère financier, commercial
et industriel et ainsi que leurs activités, car ils sont une source de ressources intérieures
indispensable pour la stratégie de mobilisation de financement pour le développement.
4. Flux de financement de la fuite des capitaux, de l’évasion fiscale et des fonds illicites
Le développement durable d’un pays exigible indubitablement des pratiques de bonne
gouvernance. Par conséquent, les phénomènes de corruption, de fuite des capitaux, d’évasion
56
fiscale et de fonds illicites font l’objet de préoccupation nationale car ils réduisent
considérablement le montant des ressources intérieures disponibles pour les investissements tant
privés que publics. Au cours des dix (10) dernières années, Haïti a connu une prolifération de ces
types de fléaux de nature à perturber l’environnement économique et financier. Il est donc
important à travers cette analyse succincte de comprendre l’évolution de ce phénomène qui
risque d’entraver la stratégie nationale de mobilisation des ressources intérieures.
La première décennie du nouveau millénaire trouve Haïti dans une situation grave de mauvaise
gouvernance et de corruption qui affecte la vie nationale. Les institutions publiques continuent de
se fragiliser au point de ne plus pouvoir offrir à la population des services de base de qualité.
Depuis le dernier quinquennat, l’ampleur de la corruption suscite la préoccupation du
Gouvernement haïtien, celle des membres de la Société Civile organisée et celle des institutions
internationales. La cote d’alarme a été atteinte quand, dans une étude sur l’Indice de Perception
de la Corruption publiée en 2003 par Transparency International, Haïti s’est retrouvé classé en
3ème position parmi les pays les plus corrompus de la planète. Des mesures concrètes,
permettant de ralentir la tendance évolutive de la corruption au sein des institutions publiques,
furent décidées et appliquées. En effet, à la diligence du Ministère des Affaires Etrangères, Haïti
a déposé le 7 juin 2004 à l’Organisation des États américains (OEA) ses instruments de
ratification de la convention contre la corruption. L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC)
a été officiellement créée en septembre 2004.L’existence de plusieurs institutions nationales de
lutte contre la corruption, témoigne de la volonté de l’Etat d’attaquer ce problème complexe de
front. On peut citer par exemple : la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif
(CSCCA), l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), sur le blanchiment des avoirs
provenant du trafic illicite de la drogue et d’autres infractions graves, la Commission nationale
de marchés publics (CNMP), l’Inspection générale des finances (IGF), et l’Unité de lutte contre
la corruption (ULCC). Néanmoins, faute de moyens financiers, de procédures et moyens légaux
à leur disposition et d’un véritable pouvoir institutionnel, il s’avère difficile de mesurer le
montant total des ressources et également de prendre en compte les poussées épisodiques. Du fait
même que ces institutions concernées ne travaillent pas en concertation, elles produisent des
rapports contradictoires.
Plus récemment, une Commission Gouvernementale d’Enquêtes Administratives sur la
corruption a soumis un rapport volumineux sur la corruption dans l’Administrations Publique au
cours de la période 2002-2004. De plus, le Gouvernement haïtien, en partenariat avec les
représentants de la Société Civile et avec l’assistance technique de l’Institut de la Banque
Mondiale, a lancé en 2005 une enquête diagnostique approfondie sur la gouvernance et la
corruption en Haïti afin de mesurer et situer les vulnérabilités institutionnelles pour un ciblage
efficace des réformes. Selon des estimations très prudentes, on chiffre le montant des capitaux
qui ont fui Haïti entre 1971 et 1986 à près de 600 et 900 millions de dollars, soit 40 et 60
milliards de dollars en moyenne par an. Les 10 rapports d’enquêtes réalisées par l’Unité de Lutte
Contre la Corruption (ULCC) évaluent cette fuite de capitaux à 221millions de gourdes en un an
(exercice 2019-2020). La décennie 2017-2018 a été marquée par la lutte contre les flux
financiers illicites, dont le coût pour le pays a été estimé à quelques milliards de dollars
américains selon UCREF. Il est à noter qu’un seul individu a fait l’objet d’une fraude de 1
million 700 mille dollars américains alors que l’institution a reçu un nombre total de 262,675
Déclarations de Provenance de Fonds frauduleux (DPF) physiquement au cours de l’exercice
57
fiscal 2017-2018 dont 33387 soit 13% du secteur bancaire et 112,258, 42.73% des maisons de
transfert. Le faible taux de traitement -10.3% des dossiers- est dû au manque d’informations.
L’évasion Fiscale
Les plus importants flux qui continuent à échapper au fisc haïtien proviennent de l’évasion et la
fraude fiscale notamment d’entreprises qui cherchent à optimiser excessivement leurs paiements
avec des taux d’imposition très bas, de commerçants qui réduisent leurs gains à travers des
paiements d’intérêts ou autres transferts et du blanchiment d’argent sous toutes formes. « Le
versement de pots-de-vin pour éviter de payer des taxes et impôts est une pratique très répandue
en Haïti » (BRIDES et al., 2007). Sur le plan économique, les conséquences sont considérables
en termes de perte de revenus en taxes et impôts. Pour l’année 2012, les fonds récupérés par
l’AGD équivalaient à 1.5 milliard de gourdes des recettes douanières (2012), et 17.42 millions de
gourdes suite au redressement des bordereaux (2012) et 72 millions de gourdes d’arriérés. La
Direction Générale des impôts (DGI) et l’Administration générale des douanes (AGD) visent à
eux deux, à annihiler toutes les formes d’évasion fiscale, de contrebande et les pratiques de
corruption au sein de la fonction publique, considérées comme des activités criminelles
répréhensibles.
Lorsque l’on compare la taille de l’économie souterraine dans les pays de la région, Haïti arrive
en tête avec une économie souterraine estimée à 25 % du PIB, contre une moyenne de 14 % pour
les pays de l’Amérique et de la Caraïbe. Dans l’indice de lutte contre le blanchiment de capitaux
(AML) de 2017 de l'Institut de Bâle sur la Gouvernance, un organisme basé en Suisse, Haïti
arrive avec une moyenne de 7.5 sur 10 deuxième dans la liste des pires pays des Caraïbes et de
l’Amérique Latine précédé seulement du Paraguay (7.5) plus grand est le chiffre, plus à risque
est le pays. Selon la Banque mondiale, en matière de réglementation du secteur des affaires, Haïti
figure au 151e rang sur 183 pays.
L’environnement national à travers le « mouvement Petro Caribe »s’est montré en 2015, très
concerné par ce phénomène, dans la mesure où, les fonds de l’Etat deviennent une cible
récurrente. Selon Magaly Brodeur dans « Gouvernance et corruption en Haïti : état des lieux,
impacts et enjeux, l’auteur fait ressortir que « La corruption est une problématique majeure en
Haïti ». Cependant, depuis les années 1990, la problématique semble avoir pris de l’ampleur
(Cadet, 2008). Le secteur des marchés publics, représente un secteur fortement à risque de
corruption (OCDE, 2011). Ces assertions corroborent les analyses des rapports sur la perception
de la corruption dans le monde qui avaient attribué à Haïti en 2010, le score de 2,2 sur 10 (soit 22
sur 100) et l’avait également classé 146e sur 178 pays. En 2020, Haïti occupe la 170e place sur
180 pays avec un score de 18 points sur 100. Au niveau de la région, figure la République
dominicaine, logée à la 137e place mondiale (28/100), Cuba (63e mondial ; 47/100), et la
Jamaïque (69e mondiale ; 44/100). Il est important de comprendre que les répercussions de ce
phénomène « corruption » ne sont pas uniquement économiques, mais aussi sociales. La
mauvaise utilisation et le détournement des ressources de l’Etat, nourrissent l’insécurité,
augmentent les disparités et font reculer la pauvreté. Ces sorties de capitaux proviennent de
sources diverses de la sphère publique et rendent toute recherche aléatoire et difficile la
quantification des flux financiers sortis. Il devient difficile de tenter une telle évaluation dans
58
une économie dans laquelle aucun contrôle ne se fait pour évaluer le coût de la corruption en
volume et en pourcentage du PIB.
La fuite des capitaux continue à priver l’économie haïtienne d’importantes ressources propres
qui auraient permis de financer des investissements intérieurs. Ces fléaux peuvent avoir de lourds
contrecoups pour l’économie notamment une dépréciation insoutenable de la gourde par rapport
au dollar américain au cours de la dernière décennie. Ces fléaux peuvent également avoir de
graves couts sociaux et politiques, tels que l’instabilité politique, taux d’insécurité élevé. Dans
cette sphère vicieuse, les investisseurs étrangers ne seront plus motivés à investir dans
l’économie à cause des risques trop élevés. L’intégrité du marché des services bancaires et
financiers dépend fortement d’un cadre normatif, juridique, professionnel et déontologique
rigoureux ». La corruption en Haïti entraîne des conséquences sur la gestion administrative de
l’Etat.
De plus, sachant qu’il existe une corrélation entre la complexité des procédures et le recours à la
corruption (Alix, 2010), ce mauvais palmarès impacte négativement l’évolution des
investissements directs étrangers et le développement du secteur privé. Les problèmes constatés
sont attribuables à l’implication d’une multitude d’institutions, la faible coopération
interministérielle, la croissance de l’exploitation illégale, et l’absence de sanctions dissuasives
pour les contrevenants. Une meilleure coordination de toutes les parties gouvernementales et
instruments de contrôle impliqués dans la chaîne est donc nécessaire. » Le dialogue politique
auquel l’aide budgétaire donne lieu pourrait, par contre, permettre de promouvoir un débat
transparent sur la corruption en Haïti. L’aide budgétaire ne saurait être considérée comme la
panacée contre la corruption mais elle devrait contribuer en revanche à l’amélioration du climat
anticorruption par l’effet direct qu’elle exerce sur la gestion des finances publiques. Il s’agit là
d’une pratique à laquelle il est important de s’attaquer afin d’assurer le développement durable
de la nation et de renforcer la confiance des citoyens envers les institutions de l’Etat.
Section 3 : Présentation du Cadre de Financement Extérieur Public
1. Sources de financement extérieur Public
Haïti a recours également au financement externe de deux sources distinctes : les sources
publiques et les sources privées. Les flux de financement externe proviennent de l’appui
financier des partenaires au développement. Haïti ne bénéficie pas de fonds fournis par des
banques centrales étrangères, des organismes publics autonomes étrangers et des prêts directs des
agences officielles de crédit d’exportation à l’étranger mais des Investissements directs étrangers.
L’Aide est ici analysée sous divers angles : sa diversité, ses multiples composants et ses
modalités.
2. Tendances du financement extérieur public
Le recours aux capitaux étrangers pour financer le développement, comme le prouvent, M.
KALECKI et I. SACHS (1966), n’est pas sans risque. Les apports en capitaux extérieurs ne
59
permettent pas automatiquement d’accroître le stock de capital, et donc d’améliorer leurs
capacités productives, mais servent avant tout à financer le déficit de la balance des paiements.
Dans le cas d’Haiti, la gestion inefficace de ces fonds obtenus est susceptible d’entraver le
processus de développement.
2.1 Analyse sur l’Aide Publique au Développement en Haïti
Le rapport analyse l’Aide publique au développement (APD), dans l’optique d’en mesurer
l’efficacité et la contribution apportée à la croissance économique et par de ce fait, à la
réduction de la pauvreté. Sans en amoindrir son poids historique, le rapport passe aux cribles
cette politique publique, dans une démarche résolument constructive. Les informations
proviennent principalement des organisations internationales et des rapports cités dans le texte.
Acteurs, Nature et Types de l’aide
L’APD initiée en Haïti, entre 1950 et 1960, a toujours représenté un enjeu stratégique pour l’Etat
Haïtien. Durant les deux dernières décennies, l’aide fournit à Haïti équivaut à 15% du PIB et à
environ. 85% des dépenses d’investissement de l’Etat. Son volume tend drastiquement à
diminuer face à l’évolution déconcertante de la pauvreté du pays. L’aide est fournie par dix (10)
partenaires techniques et financiers 10 (PTF) majeurs à hauteur de 88 %. Le reste est apporté sous
diverses formes par des organisations non gouvernementales (ONG). Au moins un millier
d’opérateurs disséminés à travers le territoire.
L’aide octroyée à Haïti, revêt un caractère multiforme, en raison de la multiplicité d’éléments qui
la caractérisent (nombre d’acteurs, critères et procédures, modalités, et conditionnalités). Sa
complexité tient aux objectifs visés, viscéralement imbriqués aux crises du pays (politique,
environnementale, pandémie, famine etc.). L’APD est fournie d’une part sous formes de prêts
bilatéraux ou multilatéraux, accompagnés de conditions liées aux réformes de politiques
économiques. D’autre part, des fonds sont octroyés par des Etats et administrés à travers leurs
agences et institutions internationales. Les donateurs cherchent à encadrer les grands secteurs ou
se situent les handicaps lourds : réforme de l’État et de l’administration, développement
productif, développement urbain et infrastructures de transport, sécurité alimentaire et
nutritionnelle, appui à la démocratie et à la société civile, promotion des droits de l’Homme,
éducation, eau et assainissement. L’APD se décline sous cinq formes distinctes : (i) Appui
budgétaire ou aide à la balance de paiements, (ii) Aide projet ou projets d’investissement, (iii)
Assistance technique ou la coopération technique, (iv) Aide humanitaire ou alimentaire et
d’urgence, (v) Fonds communs et verticaux. Les instruments financiers de l’APD, varient en
fonction des objectifs et des conditionnalités (mixages, obligations vertes, garanties,
financements en monnaie locale, investissements responsables, mécanismes de financement par
la diaspora et échanges ou rachats de créances). D’autres outils financiers liés aux risques et à la
10
USAID, la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de développement (BID), le Fond Monétaire international (FMI),
l’Union Européenne (UE), l’Agence de Coopération Canadienne (ACDI), et d’autres agences intergouvernementales. (USA,
Canada, France, Espagne, Brésil, Japon, Taiwan, Suisse et Norvège.
60
réduction de la vulnérabilité aux chocs sont également proposés (obligations indexées au PIB,
prêts contra-cycliques ou assurances contre les intempéries et les catastrophes). S’y attachent des
considérations géostratégiques, d’annulation de dette ou d’autres liées aux facteurs exogènes
accompagnés ou non de conditionnalités — à l’instar de l’Initiative PPTE ou de l’Initiative
d’allègement de la dette multilatérale (IADM).
Evolution des flux de l’aide : l’APD en Haïti de 2000 à 2020
Vu l’insuffisance de ressources des finances publiques haïtiennes, l’option priorisée depuis
quelques années pour financer le développement, demeure le recours à l’aide publique. Aussi a-telle été, au cours des cinquante dernières années, massive et soutenue 11 (Nicolas Lemay-Hébert
et Stéphane Pallage). Depuis les sanctions économiques imposées à Haïti (l’embargo de 1990),
l’aide avait globalement stagné (Beauliere et autres, 2011) et au retour à la normalité
constitutionnelle, son niveau s’est à nouveau amplifié. À titre indicatif, en 1995, la valeur nette
de l’APD fournie par les « 10 PTF » a connu une croissance, soit 654.7$USD millions. Durant la
décennie 2000-2020, Haïti aurait reçu plus de 500 USD milliards (d’aide et de prêts) en vue de
restaurer la stabilité macroéconomique (Banque Mondiale). En 2005, l’APD avait enregistré une
hausse substantielle soit 336,630 milliards de dollars, soit une hausse de 46.04%. Cette
recrudescence de l’aide coïncide avec l’initiative pour les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).
L’APD représente en moyenne 1 % de la formation brute du capital (hors revenu élevé) pour la
région Amérique et Caraïbe en 2020 (OCDE), donc 1% des investissements de ces pays. Haïti
est plus aidé que la République Dominicaine 279 959 millions de dollars en 2015 et Cuba 2,7
milliards de dollars en 2016. L’APD nette reçue par habitants en dollars américains constants a
été de 290.4 (2010) pour retomber à 64.5 en 2019. Cum hoc ergo propter hoc, le pays a
développé une accoutumance aux solidarités internationales, vivant sous perfusion de « flux
d’aide», attribuant —aux « prêts » une vocation subsidiaire. Les tables et graphes ci-après
montrent l’évolution de l’aide publique au développement en Haïti.
Table 3 : Aide Publique au Développement (en millions/milliards)
Table
Année
1990
Montant 22
1995
2000
2005
2010
2015
2020
85
21
40
290
98
65
Graphe #24 : APD nette reçue par habitant (dollars américains constants) - Haïti
22
85
21
40
290
98
65
Source :oecd.org/dac/stats/idsonline.
Graphique # 23: Aide publique au développement
11Aide internationale et développement en Haïti : bilan et perspective Nicolas Lemay-Hébert et Stéphane Pallage, Haïti Perspectives, vol. 1 • no
14 1 • Printemps 2012
61
3,500
Axis Title
3,000
2,500
2,000
1,500
1,000
500
0
1990
1995
2000
2005
2010
Axis Title
Source : OCDE
2015
Montant
2020
2025
Linear (Montant)
Graphique #25 : Aide publique au développement décaissée
Pour Haïti entre 2000 et 2020.
Source :
DCE,
MCPE
Aide Publique au Développement
(2000-2020)
51%
49%
Engagements effectifs
Versements effectifs
Répartition de l’aide par bailleur
Les volumes d’aide des donateurs fluctuent en fonction de la situation financière mondiale et la
stabilité politique du pays. Les Etats-Unis demeurent le principal bailleur de fonds avec 355
millions de dollars US de dons privés (2011) (Preston et Wallace, 2011). Ses apports principaux
vont principalement dans les secteurs sante (31,7 millions), économie (55 millions) et produits
d’importations alimentaires (30,7 millions). En 2010 1,4 milliard de dollars US ont été collectés
en faveur des victimes du séisme (Pierre Salignon, p.185-197).Le Fonds monétaire international
(FMI) est de loin le principal contributeur avec plus de 11 milliards (62%). Suit l’Union
Européenne – un quart des appuis budgétaires, près de 34 millions d’euros – et la Banque
62
mondiale (13%). La France est à l’origine de 5 à 20 % de l’aide reçue par Haïti sur la période
1974-2014. Depuis 1990, elle finance, sous forme de prêts et de subventions, des projets dans les
domaines de l’agriculture, des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de l’aménagement
urbain ou encore de l’environnement (Parquement et Lombard, 2018). Le Canada apporte un
appui au projet de réhabilitation, à l’amélioration des services de santé intégrés à hauteur de 19,5
millions de dollars). Le volume de l’APD Japonaise a baissé. Durant la période (2000-2020), le
gouvernement espagnol a accordé près de 2,4 milliards (12.50%), et l’Union européenne (UE)
533 millions de gourdes (un peu plus de quatre millions d’euros).
Graphique # 26:Déboursements des donneurs et bailleurs d’Haïti 2010-2019 (en millions de $EU)
Source : DCE,MPCE
Versements effectifs vs Engagements effectifs
Total
Eau et Assainissement
Actions se rapportant a la dette
Construction
Aide programme et produits
Energie ( production et distribution
Non affectes et non specifies
Services et Infrastructures sociaux
Sante
Pourcentage verse
0
1,000,000,000 2,000,000,000 3,000,000,000 4,000,000,000
Versements effectifs
Engagements effectifs
Type /Volume l’Aide par source de financement
On distingue traditionnellement trois modalités d’aide : (1) l’aide-projet ou le donateur finance
une opération précise, gère sa mise en œuvre et assure les dépenses ; (2) l’aide-programme qui
consiste dans le financement d’une politique sectorielle et prend la forme d’un décaissement» de
plusieurs bailleurs de fonds, géré selon des modalités spécifiques mais paritaires ; (3) l’aide
budgétaire globale qui transfère toutes les ressources directement sur le budget de l’Etat. Les flux
financiers à Haïti se sont matérialisés au titre des appuis budgétaires l (%), l’aide projet (80%), y
compris l’assistance technique, les fonds communs et l’aide alimentaire. Environ 2/3 de l’APD
est fournie sous forme de dons et 1/3 sous forme de prêts.
Graphique 27 : Répartition de l’APD par bailleur (2010-2019)
63
APD par Bailleur de fonds
2010-2019
4,000,000,000
3,000,000,000
2,000,000,000
1,000,000,000
0
USA
BID
Engagements effectifs
BM
UE
Canada Espagne France
Versements effectifs
Bresil Taiwan
Expon. (Versements effectifs)
2.2 L’Appui budgétaire
L’aide budgétaire générale (AB) d’une proportion d’un pour cent, est l’outil mis à la disposition
du gouvernement en vue de l’assainissement du cadre macro-économique et afin de permettre la
réalisation de projet d'appui institutionnel à la bonne gouvernance. Les ressources allouées sont
gérées par le Ministère des Finances (MEF) selon les règles de gestion des finances publiques
(GFP) en vigueur. Durant la période 2000-2020, l’appui budgétaire avait diminué en moyenne de
44.48% d’une année à l’autre, ce qui a eu un impact sur l’équilibre macroéconomique. Le FMI a
approuvé une facilité élargie de prêt à hauteur d’USD $114 millions, le montant le plus élevé à
ce jour mis à la disposition des autorités haïtiennes depuis le tremblement de terre de 2010. Les
dons en appui budgétaire et en aide projet sont estimés à vingt-neuf milliards (GDES 29 946
(2020), dont 10 millions de gourdes d’appui budgétaire, soit 34.48%, équivalant à près de 19%
des recettes de l’État. En comparaison avec l’exercice 2019-2020, l’appui budgétaire de MG37,
06 millions de gourdes a diminué de 18.91%. L’aide à la balance des paiements est fournie
spécifiquement pour faire face aux déséquilibres des comptes extérieurs, à la suite de chocs
défavorables sur les termes de l’échange. L’objectif est de parvenir à la stabilisation
macroéconomique à court terme, par un apport en devises permettant le financement
d’importations pour permettre à l’économie de continuer à fonctionner. Le surcroît d'aide
permet d’approvisionner les banques et les agences de transfert en liquidités afin d’aider les
autorités publiques à maintenir un niveau de réserves suffisant compte tenu des énormes
besoins d'importations liés à la reconstruction.
2.3 L’Aide -Projet
La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID) accumulent à elles
seules, 81% des flux de l’aide consacrée aux « aides-projets » qui ont été plutôt stables en
moyenne sur les deux dernières années. Elles s’élèvent à 19 976 millions de gourdes (66.70%)
aux titres de dons et emprunts projets. En 2004, le « projet d’appui au développement
communautaire participatif » PRODEP et un projet pour l’appui à la gouvernance ont bénéficié
64
respectivement de 38 millions et 61 millions de dollars américains. L’Etat a réaffirmé l'éducation
comme l’une de ses principales préoccupations, avec une demande de 350 millions dont 40%ont
été versés. Enfin, en septembre 2021, la Banque mondiale a approuvé un don de 75 millions pour
le projet "Emplois dans le secteur privé et transformation économique" en Haïti.
Table 4 : Financement extérieur –Appui budgétaire et Aide-projet (en pourcentage)
Source
Aide-Projets
Fonds Monétaire International
Aide
Budgétaire
62,12
Financement
Extérieur
30.1
Budget
Global
5,61
Banque Mondiale
13,03
48,2
31,38
5,85
Union Européenne
24,85
2,79
13,48
2,51
Banque interaméricaine de développement (BID)
32,08
16,54
3,08
Espagne
12,54
6,47
1,20
Japon
2,84
1,46
0,27
98,87%
99%
18,52%
51,55
9,62
48.45
9
100
18,62
Brésil
Canada
Total sources
100%
Aide projets
100
Appui budgétaire
Financement extérieur
100
Source : Graphique élaboré par auteur à partir de données fournies par la CNUCED
Ce tableau montre plusieurs l’évolution entre 2010 et 2020, période où la part de l’aide
budgétaire a augmenté relativement à l’aide totale.
2.4. Les Dons : Aide humanitaire/Alimentaire
L’aide humanitaire est fournie en nature (par exemple. Nourriture ou services médicaux, etc.).
Les dons inscrits au budget figurent à concurrence de 24,35%. Au moins 84% des dons décaissés
pour la reconstruction depuis 2010, ont été administrés en dehors des systèmes nationaux de
gestion des finances publiques.¹ Les statistiques officielles n’incluent ni les dons privés (au
moins 3 milliards $US de dons privés ont été retracés après le séisme) ni les dépenses militaires.
À titre d’exemple, plus de 450 millions $US provenant de fonds humanitaires des États-Unis ont
été alloués au Ministère de la Défense pour des interventions au lendemain du séisme (USAID,
2011)¹. (Source : CERFAS).
2.5. L’Assistance technique
L’assistance technique à Haïti contribue à la préparation et l’exécution des projets et
programmes de développement, et à renforcer la capacité de gestion économique et
administrative des cadres nationaux, des institutions et services étatiques. Elle a permis
d’apporter des solutions adéquates aux préoccupations des autorités en matière de gestion
économique. On pourrait affirmer que les effets produits par l’assistance technique ont été
satisfaisants. Toutefois, il se pose certains problèmes quant à sa durabilité compte tenu de la
65
mobilité des cadres, la pérennité des projets et la difficulté à évaluer sur la base d’indicateurs
précis, le niveau de transfert des connaissances. L'assistance technique en Haïti devrait s’inscrire
dans le cadre global de la réforme de la gouvernance publique pour s’assurer de son impact
durable sur le développement institutionnel du pays.
2.6 Les Fonds verticaux
Dans le domaine de la coopération au développement, Haïti bénéficie des Fonds verticaux dans
le domaine de la santé. Au titre de coopération au développement, une subvention d’US $ 20
millions de dollars américains avait été accordée pour faire face à l'urgence sanitaire de la
pandémie de COVID-19.Les Fonds mondiaux pour la santé et l’environnement pourraient
connaitre une hausse pour les prochaines années. Il est donc essentiel que le Gouvernement
améliore significativement la qualité de la gestion des financements dans le domaine de la santé
(Fonds mondial contre le VIH, le paludisme et la tuberculose et qu’il développe les stratégies
efficaces pour être un bénéficiaire des Fonds pour la protection de l’environnement et la lutte
contre le changement climatique.
2.7 Les flux financiers issus de la coopération avec les pays du Sud et les pays émergents.
Il demeure encore difficile de chiffrer la coopération d’Haïti avec les pays du Sud et les pays
émergents. D’importantes ressources telles les Fonds mondiaux pour la santé, et les fonds vert
(climat et environnement) pourraient être mobilisées pour le financement de certaines cibles
prioritaires des ODD. La coopération au développement avec les pays émergents (coopération
Sud-Sud), pourrait contribuer à réduire la charge de la dette extérieure en faisant de la protection
de l’environnement un facteur de mobilisations des financements du développement en Haïti.
2.8 Analyse de la mise en œuvre de l’APB
La gestion de l’aide au développement en Haïti fait face à des nombreux obstacles, lesquels
entravent sa mise en œuvre. Le premier concerne le budget d’investissement. Selon une étude
réalisée par CEPALC, « ces investissements regroupent souvent des dépenses variées de projets
ou de programmes, et ne sont donc pas toujours des « investissements dans le sens authentique
du terme » (CEPALC, 2010). Il s’agit notamment de dépenses exécutées par des Unités
techniques d’exécution (UTE) dont le nombre a plus que doublé entre 2007 (39) et 2010 (92) en
Haïti (OCDE, 2011). Le second a trait au décaissement. L’octroi de l’aide révèle une discordance
de temps qui affecte l’intégralité du budget d’investissement. Il ne peut être exécuté
régulièrement dû au fait que les fonds et les différentes étapes d’exécution sont sous le contrôle
des bailleurs. En conséquence, seulement 11,4% du budget d’investissement en moyenne a été
dépensée durant les six dernières années (analyse de l’Initiative de la Société civile).
En outre, l’APD implique des coûts relatifs aux activités de planification et de coordination et
des charges récurrentes générées par les projets mis en œuvre, tels des coûts supplémentaires
d’exploitation et d’entretien qui doivent être financés en partie ou en totalité avec des ressources
intérieures. En exemple, l’aide budgétaire est liée au transfert des ressources financières. Les
versements effectués tôt dans l'année budgétaire, permettent de réduire le coût de financement du
66
budget annuel et ainsi le besoin de nouveaux emprunts en milieu d'année pour répondre aux
besoins de trésorerie. En outre, les projets morcelés génèrent des charges récurrentes. Ce sont
ordinairement les institutions et les services ministériels pour lesquels, le financement de projet
n’est pas toujours disponible qui assument ces couts. La coopération internationale, en accord
avec l’État haïtien, s’est engagée à faire passer plus de 55 % de l’aide au secteur public par le
système national de GFP 12 .
Les Organisations Non Gouvernementales
Ces organismes, spécialisés dans la levée de fonds auprès de diverses sources internationales,
appuient la mise en œuvre de projets dans de nombreux secteurs, notamment sociaux (santé, eau,
agriculture, énergie, environnement, éducation, secours d’urgence, développement communautaire et microcrédit). Les ressources dont disposent ces ONG ne sont pas négligeables, une
partie provient des pays donneurs qui peuvent les inclure déjà dans leur APD. Toutefois on doit
se rendre compte que bon nombre d’entre eux fonctionnent sans aucune autorisation, selon leur
propre budget et échéancier et les résultats ont été faiblement atteints. D’où, le problème
d’harmonisation, de transparence et d’efficacité du au « gaspillage de l’aide ». Parmi les
principales organisations internationales, on pourrait retenir la liste dressée par Pierre Salignon :
« multinationales du cœur » (Pech et Padis, 2004), la Croix-Rouge américaine (479 millions de
dollars US), Catholic Relief Services (159 millions), Partners in Health (82 millions), l’Unicef au
travers de son bureau aux États-Unis (72 millions), DoctorsWithoutBorders/Médecins sans
frontières aux États-Unis (68 millions), le fonds Clinton-Bush pour Haïti (52 millions), World
Vision (44 millions)etc. Les informations ne sont guère disponibles pour permettre une
évaluation de leurs activités en Haïti.
ANALYSE DE CORRELATION
Aide Publique au Développement Vs. Croissance
Table des matières
Introduction ................................................................................................................................... 68
1.
Les déterminants de l’aide publique au développement ........................................................ 69
2.
Impact de l’aide publique au développement et des transferts de fonds des migrants sur la
croissance économique ................................................................................................................. 71
3.
Statistiques descriptives des variables ................................................................................... 72
12Outils de diagnostic pour évaluer la solidité des systèmes de gestion des finances publiques des pays partenaires.
67
3.1.
Mesure du degré de dépendance à l’égard de l’APD ..................................................... 73
3.2.
Analyse de l’évolution des variables .............................................................................. 74
4.
Présentation des Méthodes d’estimation ............................................................................... 75
4.1.
Test de stationnarité ....................................................................................................... 75
4.2.
Choix des méthodes d’estimation pour chaque modèle ................................................. 76
4.2.1.
Estimation du premier modèle sur les
déterminants de l’aide publique au
développement .............................................................................................................................. 76
4.2.2.
Estimation du second modèle recherchant les déterminants de la croissance ............ 76
4.2.3.
Estimation et présentation des résultats du modèle de croissance.............................. 77
4.2.4.
Interprétations économiques des résultats de chaque modèle .................................... 78
4.2.5.
Portée en termes de politique économique et conclusion ........................................... 80
Conclusion .................................................................................................................................... 81
Introduction
Cette section de l’étude fait suite à l’analyse diagnostique sur l’Aide au Développement en Haïti.
Elle porte, d’une part, sur l’identification des principaux facteurs qui pourraient expliquer le
niveau des flux d’aide publique au développement en Haïti de 1980 à 2019. Et d’autre part, elle
analyse leurs effets directs et indirects ainsi que les transferts de fonds des migrants sur la
croissance économique. Cet examen est mené dans l’optique de déceler des déterminants de
l’aide publique au développement et la croissance économique en Haïti de 1988 à 2019.
Les objectifs spécifiques sont :
1. Identifier les facteurs qui influencent l’aide publique au développement ;
2. Déterminer la nature de la corrélation entre les variables institutionnelles, les capitaux
étrangers privés et l’aide publique au développement ;
3. Évaluer l’efficacité de l’aide publique au développement et des transferts des migrants en
termes de croissance économique.
Quatre grandes sections seront développées pour analyser l’aide publique au développement et la
croissance économique en Haïti. La première section analyse les déterminants de l’aide publique
au développement en s’inspirant du modèle empirique de Furuoko (2008). La seconde permet
d’apprécier l’impact de certaines variables macroéconomiques sur la croissance. Dans la
troisième section, nous passerons en revue les techniques d’estimations économétriques en vue
d’aboutir à des estimations robustes. Dans la dernière section, nous procèderons à l’interprétation
des résultats obtenus qui esquissera leur portée en termes de politique économique.
68
Revue de littérature
L’approche théorique relative aux déterminants de l’aide publique au développement tire sa
source théorique du modèle de croissance d’Harrod-Domar (Domar (1947) et Harrod
(1948)).Dans leur modèle, Harrod (1948) et Domar (1947) soutiennent que le taux de croissance
économique d’un pays est déterminé par le niveau d’épargne domestique. Plusieurs aitres études
ont antérieurement abordé les déterminants de l’aide publique au développement. Parmi ces
déterminants figurent les facteurs économiques, historiques, sociopolitiques et institutionnels.
Dans leurs travaux, Alesina et Dollar (2000) mettent en lumière l’influence des relations
historique, économique et politique sur le niveau de l’aide internationale. Les résultats de leurs
travaux indiquent que l’attribution de l’aide bilatérale est dictée par des besoins économiques, le
passé colonial, des alliances politiques, la démocratie, des considérations politiques et
stratégiques. Les résultats de travaux menés par Bandyopadhay et Wall (2007), néanmoins, ont
révélé que l’aide publique au développement est attribuée aux pays ayant un faible revenu et de
bons indicateurs de gouvernance. Ils avancent en outre que le montant de l’aide est fixé en
grande partie en fonction des liens historiques, politico-économiques et de l’environnement
institutionnel. En outre, nous abordons une approche portée sur la croissance économique.
1. Les déterminants de l’aide publique au développement
Le modèle empirique que nous utilisons pour identifier les déterminants de l’aide publique au
développement se base sur les travaux de Furuoko (2008), Eregha (2009) et Islam (2005) selon
lequel les relations économiques et sociales affectent l’aide publique au développement et les
montants sont expliqués par le revenu national brut par tête, les termes de l’échange, la dette,
l’épargne domestique et la population.
Dans ce modèle, Furuoko (2008) met l’accent sur trois facteurs qui influencent les montants de
l’aide publique au développement (APD). Il s’agit du revenu national brut par tête (REV), du
service total de la dette (SDT) et de la population (POP). Les différents travaux présentés se sont
limités à un certain nombre de facteurs pour donner une explication du niveau de l’aide publique
au développement octroyé aux pays en développement. Notre travail se distinguera des autres
modèles. Nous l’avons enrichi le modèle en mettant l’accent sur la gouvernance
(l’environnement institutionnel) à partir des indicateurs de performance institutionnelle, élaborés
par WorldwideGovernanceIndicators (WGI) pour évaluer la performance d’un pays à travers six
dimensions liées à la gouvernance et, en ajoutant l’investissement direct de l’étranger (IDE).
D’où l’équation :
𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒕𝒕 = 𝜶𝜶 + 𝜷𝜷𝟏𝟏 𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒕𝒕 + 𝜷𝜷𝟐𝟐 𝒍𝒍𝒍𝒍𝒅𝒅𝒅𝒅𝒕𝒕 + 𝜷𝜷𝟑𝟑 𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒍𝒕𝒕 + 𝜷𝜷𝟒𝟒 𝒊𝒊𝒊𝒊𝒊𝒊_𝑷𝑷𝑷𝑷𝑷𝑷𝒕𝒕 + 𝜽𝜽𝟏𝟏 𝒔𝒔𝒔𝒔𝒕𝒕 + 𝜽𝜽𝟐𝟐 𝒆𝒆𝒆𝒆𝒕𝒕 + 𝜽𝜽𝟑𝟑 𝐜𝐜𝐜𝐜𝒕𝒕
+∈𝒕𝒕 (𝟏𝟏)
•
apd est la variable expliquée du modèle ; elle désigne l’aide publique au développement
nette reçue par Haïti à la date t ; elle représente un apport financier extérieur à caractère
public reçu par les pays en développement en provenance des pays développés ou
institutions multilatérales. Selon la littérature économique, cette ressource financière
vient combler le déficit d’épargne intérieur.
69
•
•
•
•
•
•
•
revt représente respectivement le revenu national brut par tête réalisé en Haïti à la date t ;
il mesure le revenu total des agents résidents. Dans cette étude, il sert à capter la situation
économique.
pop désigne le nombre d’individus que compte Haïti à la date t. Cette variable est
introduite dans le but de percevoir l’effet de la démographie sur le niveau de l’aide
octroyée.
sdt est le service total de la dette extérieure. Il est évalué en pourcentage des exportations
des biens et services des pays, en vue de mesurer leur capacité d’endettement. Le service
total de la dette extérieure correspond à l’ensemble des montants qu’un pays emprunteur
doit payer annuellement pour honorer sa dette. Introduite dans ce modèle, cette variable
servira à capter l’effet de l’endettement des pays sur le niveau de l’aide publique au
développement que ces pays reçoivent. En d’autres termes, il s’agira de savoir si les pays
les plus endettés sont favorisés par l’aide.
ide Cette variable est captée par les investissements directs étrangers (ide) qui
représentent le plus important mouvement de capitaux privé. Les investissements directs
étrangers (ide) désignent les investissements par lesquels des entités résidentes d’une
économie ont acquis un intérêt durable dans une entité résidente d’une économie
étrangère. Ce sont aussi des transferts financiers ou des mouvements de capitaux
internationaux. Sa présence dans le modèle consiste à savoir si Haïti est défavorisé par les
capitaux étrangers privés (Chauvet et Mesple-Somps, 2007).
sp : L’indice de stabilité politique traduit les perceptions de probabilité que le
gouvernement soit déstabilisé ou renversé par des moyens inconstitutionnels ou violents
y compris les violences politiques motivées et le terrorisme ;
eg : La gouvernance économique est saisie par la qualité de l’administration publique,
approximée par l’indice d’efficacité du gouvernement ;
cc : Quant à la gouvernance institutionnelle, elle est perçue par l’indice du Contrôle de
corruption () ; il mesure l’utilisation des services publics à des fins privées par les élites
ou les lobbies.
Ces indicateurs varient de -2.5 à 2.5 ; une valeur plus grande indique la qualité ou une
meilleure performance en matière de gouvernance. L’apport de ces différents indicateurs
(spegcc) dans le modèle permettra d’analyser l’effet de la gouvernance sur le niveau de
l’APD reçu.
Table 6 : Source et signes attendus des principales variables du modèle (1)
Variable Description
Unité de mesure
Source
apd
Signe
attendu
L’aide publique au développement reçu nette
Logarithme de la valeur en USD
courant
Variable
Expliquée
WDI
ide
rev
L’investissement direct étranger, entrée nette
Pourcentage du PIB
négatif
WDI
Le revenu national brut par tête, méthode Atlas
Logarithme de la valeur en USD
courant
négatif
WDI
70
sdt
Le service de la dette total
Pourcentage des exportations des
biens et services et de revenus
positif
WDI
pop
La taille de la population
Logarithme de la taille en million
positif
WDI
sp
eg
cc
La stabilité politique et de non-violence
-2.5 à 2.5
positif
WDI
La qualité de l’administration publique
-2.5 à 2.5
positif
WDI
Le contrôle de la corruption
-2.5 à 2.5
Positif
WDI
2. Impact de l’aide publique au développement et des transferts de fonds des migrants sur
la croissance économique
Par ailleurs, plusieurs autres études empiriques ont été réalisées pour établir la relation en termes
d’efficacité entre l’aide publique au développement, d’une part, et le transfert des migrants, de
l’autre, sur la croissance économique. En ce qui concerne les transferts de fonds des migrants,
Mesnard (2004), Kapur (2004) et Gupta, Pattillo et Wagh (2009) sont d’avis qu’ils exercent une
influence positive sur la croissance économique. Alors que d’autres auteurs pensent les transferts
des migrants influencent négativement la croissance. Les points de vue divergent aussi entre les
auteurs sur les impacts de l’aide publique au développement.
Le modèle économétrique à utiliser pour mesurer ces impacts sur la croissance est ainsi spécifié :
Lpib 𝒕𝒕 = 𝜶𝜶 + 𝜷𝜷𝟏𝟏 𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋 𝒕𝒕 + 𝜷𝜷𝟐𝟐 𝑳𝑳𝑳𝑳𝑳𝑳𝑳𝑳𝒕𝒕 + 𝜷𝜷𝟑𝟑 𝒊𝒊𝒊𝒊𝒊𝒊𝒊𝒊𝒕𝒕 + 𝜷𝜷𝟒𝟒 𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋𝐋 𝒕𝒕 +∈𝒕𝒕 (𝟐𝟐),
Où
Lpib :Le logarithme du PIB au prix des acheteurs qui représente la somme de la valeur
ajoutée brute de tous les producteurs résidents d'une économie plus toutes taxes sur les
produits et moins les subventions non incluses dans la valeur des produits. Les données
sont en dollars américains courants. Les montants en dollars pour le PIB sont convertis à
partir des devises locales en utilisant les taux de change officiels d'une seule année. En
Haïti, les taux de change officiels ne représentent pas les taux réellement appliqués aux
transactions en devises étrangères, dans ce cas on a utilisé un facteur de conversion de
rechange.
Louv : représente le logarithme du degré d’ouverture commerciale, mesurée par la
somme des importations et des exportations en pourcentage du PIB ;
Lapd : C’est Le logarithme de l'aide publique au développement nette. L'aide publique
nette fait référence aux flux d'aide (hors remboursements) provenant de donateurs
officiels versés à Haïti.
Infl : Inflation, prix à la consommation (% annuel)
Ltne : Transferts de fonds des migrants en % du PIB : Les transferts nets courants
provenant de l'étranger équivalent aux transferts sans contrepartie de revenu provenant de
71
non-résidents à des résidents moins les transferts sans contrepartie des résidents à des
non-résidents. Les données sont en dollars américains courants.
Table7 : Source et signes attendus des principales variables du modèle (2)
Variable
Description
Unité de mesure
Signe attendu
Source
lpib
Le logarithme du produit intérieur brut (PIB) en %
Le logarithme du PIB
Variable
Expliquée
WDI
Ltne
Transferts de fonds des migrants en % du PIB
Le logarithme des tne
positif
WDI
Louv
Le degré d’ouverture commerciale
Le logarithme de l’ouverture
négatif
WDI
Lapd
L’aide publique au développement nette
Le logarithme de l’APD
négatif
WDI
Infl
Inflation, prix à la consommation
(%) annuel
négatif
WDI
lsdt
Service de la dette
Logarithme du ssdt
négatif
3. Statistiques descriptives des variables
Dans cette partie, l’analyse descriptive porte simultanément sur le tableau dans lequel sont
synthétisés les résultats statistiques et sur le graphe de la variable de l’aide publique au
développement. Une analyse deux indicateurs de mesure du degré de dépendance à l’égard de
l’APD et de l’évolution des principaux indicateurs macro-économiques retenus pour les deux
modèles seront présentées.
3.1. Mesure du degré de dépendance à l’égard de l’APD
Table8 : Statistique descriptive du degré de dépendance à l’égard de l’APD
RATIO APD ET PIB
MOYENNE MINIMUM
RATIO APD ET POPULATION
MAXIMUM MOYENNE MINIMUM MAXIMUM
8.1%
28.4%
2.5%
57.06
13.73
290.46
L’analyse des résultats issus du tableau 3 permet de faire ressortir certaines observations.
L’évaluation de la dépendance de l’économie haïtienne à l’égard de l’aide publique au
développement (APD) s’est basée sur deux indicateurs : le ratio (%) entre l’APD (en dollars
américain) et le PIB courant (en dollars américains) et celui entre l’APD et la population (en
million d’habitants).
L’analyse descriptive de ces deux indicateurs montre que le volume de l’aide publique au
développement est compris entre 2.5% et 28,4% du PIB pour la période 1980-2019. On a
identifié les années 1994, 1995 et 2010 ou l’apd a atteint respectivement, 28.4%, 23.28% et
72
24,37%. Ces années de croissance de l’apd correspondent aux périodes du retour à l’ordre
constitutionnel et au période où Haïti a été sévèrement touché par des catastrophes naturelles
comme le tremblement de terre du 12 janvier. Elles se caractérisent par la rentrée des flux
massifs de capitaux en Haïti.
En résumé, l’APD a représenté en moyenne annuelle près de 8.1% du PIB et un HAITIEN a reçu
en moyenne, près de 57.06 dollars américains d’aide publique au développement entre 1980 et
2019 (Tableau 1)
3.2. Analyse de l’évolution des variables
Ce graphique montre l’évolution des principales variables de l’étude en pourcentage du PIB de
1980 à2020.Il montre clairement que les montants des transferts en pourcentage du PIB suivent
une tendance à la hausse. Cependant, l’Aide publique enregistre de fortes fluctuations avec des
pic en 1994(date du retour à l’ordre constitutionnel) et 2010(année marquée par un séisme
dévastateur). Ces deux années ont vu la rentrée massive des capitaux étrangers. Les variables
service de la dette et les investissements étrangers directs affichent une tendance linéaire. Ce qui
traduit la faible capacité d’Haïti à attirer les investissements étrangers et à s’endetter sur les
marchés financiers internationaux. Il est important de souligner qu’au cours de la période à
l’étude Haïti a vu une partie de sa dette s’annuler (dette multilatérale et bilatérale) au titre de
l’imitative des pays pauvres très endettés.
Graphique28 : Evolution des indicateurs macroéconomiques retenus pour l'analyse en %
PIB (1980-2020)
Evolution des indicateurs macroéconomique retenus pour l'analyse en % PIB
(1980-2020)
30%
25%
20%
15%
10%
5%
0%
1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020
TNE
APD
SDT
IED
73
Le graphique ci-dessous met en évidence l’évolution de ces trois indicateurs
macroéconomiques : Degré d’Ouverture de l’Economie, l’Epargne nationale et l’inflation. Le
degré d’ouverture de l’économie affiche une légère tendance à la baisse au cours de la période
1988- 2020. Cela pourrait s’expliquer par le ralentissement de l’économie en général au cours de
la période, qui affecte à la fois les importations et les exportations. L’évolution du PIB de 1960 à
2020 montre qu’il s’agit d’une économie constamment en récession, avec des périodes de forte
dépression : période 1992-1994(-7.56%) marqué par l’embargo commercial imposé à Haïti et
l’année 2010 où l’économie s’est effondrée sous l’effet du tremblement de terre. Quant à
l’inflation, on observe des pics, des tendances à deux chiffres, des variations mêmes à l’intérieur
d’une fourchette de 20 à 48% entre 1993 et 2019. Il s’agit d’une inflation importée et fortement
liée à la dépréciation du taux de change de la gourde par rapport au dollar américain.
Graphique 28 : Evolution des indicateurs macroéconomique (croissance du pib,
l'inflation et l'ouverture du commerce (1960-2020)
Evolution des indicateurs macroéconomique (croissance du pib, l'inflation et
l'ouverture du commerce (1960-2020)
Y_pib
OUV
2020
2018
2016
2014
2012
2010
2008
2006
2004
2002
2000
1998
1996
1994
1992
1990
1988
1986
1984
1982
1980
1978
1976
1974
1972
1970
1968
1966
1964
1962
1960
60.00
50.00
40.00
30.00
20.00
10.00
(10.00)
(20.00)
INFL
4. Présentation des Méthodes d’estimation
4.1. Test de stationnarité
Avant toute procédure d’estimation, toutes les variables ont été soumises au test de nonstationnarité. Il s’agit des trois tests AugmentedDickey Fuller (ADF), Phillips-Perron (PP) et
Kwiatkowski, Philipps, Schmidt et Shin (KPSS) afin de déterminer si on est en présence d’une
série temporelle avec tendance déterministe et constante ou d’une série temporelle avec
constante seulement ou encore une série temporelle sans tendance déterministe et sans constante.
La significativité de la tendance et de la constante sera donc testée pour choisir le type de modèle
suivi par les variables. L’hypothèse nulle de chaque test est la présence de racine unitaire. Pour le
74
dernier test, l’hypothèse nulle est le fait que la série temporelle est la somme d’une marche
aléatoire (stationnarité avec ou sans tendance).
Table 9 : résultats des tests stationnarité
var
box.pvalue
adf.pvalue
kpss.pvalue
box
adf
kpss
Lpib
0.000
0.536
0.01
TRUE
FALSE
FALSE
Lapd
0.000
0.450
0.01
TRUE
FALSE
FALSE
Ltne
0.000
0.477
0.01
TRUE
FALSE
FALSE
Lsdt
0.017
0.147
0.10
TRUE
FALSE
TRUE
lrev
0.000
0.494
0.01
TRUE
FALSE
FALSE
INFL
0.000
0.331
0.10
TRUE
FALSE
TRUE
REV_pop
0.000
0.588
0.01
TRUE
FALSE
FALSE
Lsdt.1
0.017
0.147
0.10
TRUE
FALSE
TRUE
LPOP
0.000
0.663
0.01
TRUE
FALSE
FALSE
Après avoir effectué ces tests, on a remarqué que selon le test de Phillips-Perron (PP) toutes les
séries sont stationnaires en niveau alors que pour les deux autres tests, on a aucune évidence pour
rejeter l’hypothèse nulle. On a corrigé la non-stationnarité en les différenciant de manière à les
rendre stationnaires.
4.2. Choix des méthodes d’estimation pour chaque modèle
On a utilisé trois méthodes pour l’estimation des modèles, les moindres ordinaires (MCO), les
variables instrumentales et les moindres carrés généralisés.
4.2.1. Estimation du premier modèle sur les déterminants de l’aide publique au
développement
Selon les résultats empiriques, les indicateurs de gouvernance sont des variables pertinentes
permettent de déterminer le volume de l’APD. Depuis plusieurs années, D. Kaufmann et la
Banque Mondiale ont élaboré six indicateurs institutionnels dans le domaine politique pour
mesurer la probabilité de changements violents de régime ou de gouvernement, la compétence de
la bureaucratie publique et la qualité des services publics, Le degré d’exposition des services
publics aux interférences politiques, les entraves règlementaires aux fonctionnements des
marchés, la qualité du respect des contrats légaux par le système judiciaire ou par la police, en
tenant compte du recours à la violence privée et de sa répression et l'usage des prérogatives du
pouvoir à des fins personnelles, en particulier l'enrichissement des individus disposant d'une
position de pouvoir.
Un autre indicateur plus concret, déterminé à partir de ces six indicateurs, appelé Indice da la
Qualité de la Gouvernance (IQG), permet de mesurer la qualité de la gouvernance d’un pays.
Ainsi plus l’IQG est élevé plus la qualité de la gouvernance est bonne. Mais la méthode de calcul
de cet indicateur a utilisé quatre facteurs qui représentent les proportions liées à l’importance de
chaque indicateur dans la mesure de l’indice de la qualité de la gouvernance. Ces facteurs ne sont
75
pas documentés sur le site de la banque mondiale et il devient impossible de calculer cet
indicateur pour Haïti. En plus, les six indicateurs ne sont disponibles que pour la période allant
de 1996 à 2020 et leurs valeurs sont portées manquantes pour les années 1997, 1999 et 2001.
Nous avons donc décidé d’enlever du modèle APD ces indicateurs institutionnels et on l’a estimé
en utilisant la méthode des MCO avec des tests de sensibilité.
4.2.2. Estimation du second modèle recherchant les déterminants de la croissance
Dans le second modèle, nous avons identifié la variable « APD » comme une variable endogène
et la méthode d’estimation appropriée dans ce cas est la régression 2SLS (double moindres
carrées ordinaires). Les deux tests seront appliqués pour valider les résultats :
le test
d’identification et le test d’endogénéité de (Wu-Hausman ou de Sargan).
On va utiliser les variables « revenu national brut par tête » (REV_POP) et la population (LPOP)
comme variables instruments pour la variable endogène (APD). La statistique d'identification
faible est utilisée pour déterminer si les instruments sont suffisamment corrélés avec la variable
endogène d'intérêt. La statistique critique de la « règle empirique » est ici de dix. Un test de WuHausman examine la différence entre les coefficients IV et OLS. Le rejet de l'hypothèse nulle
indique la présence d'endogénéité. Enfin, le test de sur-identification de Sargan est utilisé dans
les cas où il y a plus d'instruments que de régresseurs endogènes. Un rejet de la valeur nulle dans
ce test signifie que les instruments n'affectent pas exclusivement le résultat d'intérêt via la
variable endogène.
4.2.3. Estimation et présentation des résultats du modèle de croissance
Le tableau ci-dessous présente les résultats d’estimation du modèle de croissance en utilisant la
méthode d’estimation des doubles moindres carrés ordinaires et des moindres carrés généralisés ;
elle présente aussi les résultats du modèle sur les déterminants de l’APD qui a utilisé la méthode
des moindres carrés ordinaires (MCO) avec des tests de sensibilité.
Tableau # 5 : résultats d’estimation des deux modèles.
Dependent
LpibLapd
variable:
----------------------------------------------
instrumental
generalized
variable
(1)
(2)
---------------------------------------------------------------------------Lapd
(0.061)
REV_pop
Lsdt
least
0.147**
0.147**
(0.061)
0.001**
(0.0003)
-0.100**
OLS
squares
(3)
-0.100**
0.078
76
(0.043)
Ltne
(0.043)
(0.136)
(0.046)
INFL
0.540***
0.540***
(0.046)
-0.001
-0.001
(0.002)
(0.002)
LPOP
1.551
(1.094)
IED_pib
Constant
-0.099
(0.154)
(0.473)
4.476***
(0.473)
4.476***
---------------------------------------------------------------------------Observations
40
R2
0.943
Adjusted R2
0.936
Log Likelihood
Akaike Inf. Crit.
Bayesian Inf. Crit.
Residual Std. Error (df = 35)
0.091
F Statistic
40
-3.188
(7.094)
40
0.750
0.721
26.024
-40.048
-30.715
0.218
26.238*** (df = 4; 35)
=====================================================================
=======
Note:
*p<0.1; **p<0.05; ***p<0.01
4.2.4. Interprétations économiques des résultats de chaque modèle
L’estimation des deux modèles ont fourni des résultats pertinents et intéressants. L’analyse des
résultats de la régression du modèle de l’APD révèle que tous les coefficients sont positifs mais
seul le revenu par tête apporte une contribution statistiquement significative. Pour le modèle de
la croissance économique, La majorité des variables sont significatives à l’exception de
l’inflation. Les résultats de l’estimation révèlent aussi que tous les coefficients des variables dans
leur ensemble ont les signes attendus à l’exception de la variable « Aide publique au
développement ».
Les résultats empiriques ont mis en avant trois grandes thèses sur la relation entre l’aide publique
et la croissance économique. La première thèse affirme que L’aide n’influe pas sur la
croissance et peut même la freiner en faisant ressortir son effet dissuasif sur
77
l’investissement. Griffen et Enos (1970) comptent parmi les premiers auteurs à remettre en
question l’efficacité de l’aide dans une étude empirique qu’ils ont réalisé dans 27 pays. Les
résultats de cette étude ont fait état d’une corrélation simple négative entre l’aide et la croissance.
La deuxième thèse stipule que la relation entre l’aide et la croissance est généralement
positive (mais pas dans tous les pays), bien que le rendement décroisse à mesure que l’aide
augmente. Les auteurs, adeptes de cette thèse, ont présumé que l’aide stimulerait la croissance
en augmentant l’épargne et le stock de capital et en finançant l’investissement. De plus, il se
pourrait que l’aide contribue à l’accroissement de la productivité des travailleurs (par exemple
par des investissements en santé ou en éducation) ou serve de courroie de transmission de la
technologie ou des connaissances entre les pays riches et les pays pauvres (en finançant les
importations de biens d’équipement ou dans le cadre de programmes d’assistance technique).
Enfin, la relation entre l’aide et la croissance est conditionnelle. Cette thèse part du principe
que l’aide accélère la croissance dans certaines circonstances seulement. Les chercheurs qui
partagent ce point de vue ont tenté de faire ressortir les caractéristiques fondamentales
susceptibles d’expliquer l’accélération ou la non-accélération. Cette thèse a deux corollaires :
l’efficacité de l’aide dépend des caractéristiques du pays bénéficiaire ; l’efficacité de l’aide
dépend des pratiques et des procédures des bailleurs de fonds.
Les résultats de ce modèle corroborent la deuxième thèse selon laquelle l’aide publique au
développement a un effet positif (très significatif) sur la croissance économique, car une
augmentation (plutôt faible) de 1% de l’Aide publique au développement entraine une
augmentation de 0,147% du PIB. Cet impact est faible. Cela pourrait s’expliquer non seulement
par l’allocation faite de l’aide mais aussi les facteurs administratifs et les conditionnalités lies à
l’aide. Les facteurs administratifs pèsent considérablement sur l’efficacité de l’aide
Le transfert de fonds des migrants est très significat et apporte une contribution à la croissance
économique du pays. En effet, les résultats montrent qu’une augmentation d’un pourcent du
transfert de fonds des migrants effectués au cours d’une année entraîne un accroissement de la
croissance économique de 0, 54%. Cet impact pourrait être plus important, si les transferts
n’étaient pas alloués à la consommation des produits importés. Le fait que l’économie haïtienne
est faiblement productive diminue l’effet multiplicateur de l’aide publique au développement.
Le Service de la dette sur la dette extérieure totale (Service de la dette totale, $ US) et l’inflation
sont les deux variables qui affectent négativement la croissance. Selon les résultats des
estimations, une augmentation d’un pourcent (1%) respectivement du service de la dette et de
l’inflation entraine une baisse respective de 0.1% et de 0.001% de la croissance économique. Là
encore, la mauvaise allocation des capitaux lies à la dette peut aussi affecter son efficacité.
Ainsi, la variable revt désignant le revenu national brut par tête a un effet positif et significatif
sur l’aide publique au développement.
78
Pour qu’un pays en développement puisse bénéficier de l’aide publique au développement, il faut
qu’il ait un revenu national brut par tête inférieur à 825 dollars pour un pays moins avancé et un
revenu national brut par tête compris entre 825 dollars et 10.650 dollars s’il est un pays
intermédiaire. Alors tant que le revenu national brut par tête d’un pays en développement évolue
dans cette fourchette, ce pays va toujours bénéficier de l’aide publique au développement. C’est
pourquoi Haïti bénéficie autant d’APD tant que ses revenus nationaux bruts par tête seront
faibles, mais inférieur à 10.650 dollars. Les travaux Eregha (2009) confirment ce résultat
contrairement à ceux de Furuoka (2008).
Le service total de la dette désigné par la variable « sdt » a aussi le signe attendu et est
positivement lié à l’aide publique au développement. Masi, il n’apporte aucune contribution à la
détermination du volume de l’APD.
Encadré 1
Le signe de son coefficient signifie que les pays plus endettés (ou qui croupissent sur le poids de
la dette) bénéficient plus d’aide publique au développement que ceux qui sont moins endettés.
En effet, ces pays sont confrontés à une insuffisance de capitaux pour le financement des
infrastructures socio-économiques et des programmes sociaux. Cet appui financier qu’est l’aide
publique au développement permet de pallier les insuffisances des Etats pour améliorer et
garantir de meilleures conditions de vie de leur population. Ce résultat confirme celui obtenu par
Eregha (2009) qui obtient une relation significativement positive, mais différent de celui de
Furuoka (2008)
La variable représentant la taille de la population lpop n’explique pas de manière significative
l’accroissement du niveau de l’aide publique au développement. Son coefficient est positif et a le
signe attendu. Ce résultat indique les pays de la zone UEMOA qui ont une démographie
importante bénéficie autant d’aide publique au développement que ceux qui ont une faible
démographie. En effet, les pays en développement caractérisés par une forte démographie
rencontrent des difficultés dans la prise en charge de sa population. Pour répondre aux besoins de
leur population, ces pays font appel à l’aide publique au développement pour l’amélioration de
leur condition de vie par les investissements socioéconomiques. Ce résultat est conforme aux
travaux d’Eregha (2009) et Islam (2005) qui montrent que la taille de la population des pays
bénéficiaires accroit le niveau de l’aide publique au développement.
Les mouvements de capitaux privés captés par l’ide ont un effet positif mais n’apporte aucune
contribution significative et a le signe attendu sur l’aide publique au développement. Celui-ci
induit que les pays de l’UEMOA désavantagés par les capitaux privés, en l’occurrence les IDE
bénéficient de l’aide publique au développement. Nos résultats corroborent ceux de Chauvet et
Mesple-Somps (2007) qui soutiennent que les pays bénéficiaires de l’aide publique au
développement sont ceux qui sont exclurent des investissements directs étrangers (IDE).
79
4.2.5. Portée en termes de politique économique
Les résultats de l’estimation ont montré que les montants de l’aide publique au développement
obtenus par Haïtisont influencés par ces variables : le revenu national brut par tête, le service de
la dette (les facteurs socio-économiques), et la gouvernance politique (in stabilité politique et
insécurité). Au vu des résultats issus de l’estimation, nous proposons les recommandations
suivantes :
a. Adopter des politiques économiques qui améliorent les conditions économiques afin
d’augmenter le niveau de l’aide publique au développement en direction du pays. Il s’agit
d’une part pour Haïti d’accroitre son revenu national brut par tête, car son augmentation peut
favoriser l’amélioration du niveau de vie de leur population et contribue à obtenir des apports
financiers supplémentaires.
b. Le pays doit prendre des dispositions nécessaires pour attirer les investissements et les capitaux
privés en particulier les IDE pour éviter leur dépendance de l’aide publique au développement.
c. D’autre part, Haïti doit faire des efforts pour réduire l’endettement, qui est un facteur influençant
le niveau de l’aide publique au développement.. En effet, un endettement élevé risque d’être un
frein au développement économique et social.
d. Améliorer les indicateurs de gouvernance en particulier ceux de la gouvernance économique et
institutionnelle sans oublier la gouvernance politique. Bien que l’amélioration de la gouvernance
favorise l’augmentation de l’aide publique au développement, elle demeure un atout important
pour le développement économique et social. En effet, les entreprises ou investisseurs sont
intéressés aux pays en développement dont l’environnement politique, économique et
institutionnel est susceptible de protéger leur investissement.
Conclusion
Les résultats révèlent que le pays est bénéficiaire d’un montant élevé de l’aide publique au
développement parce qu’il a une très forte population et un revenu national brut par tête faible.
En outre, l’importance du volume des montants d’aide publique au développement reçu dépend
de la gouvernance politique (stabilité politique) et du niveau d’endettement. Ainsi, nous retenons
que les hypothèses n’ont pas toutes été confirmées par nos résultats économétriques. Puisque
certaines hypothèses ne sont que partiellement validées. A partir des résultats économétriques de
ce travail, on peut attester que les facteurs économiques (c’est-à-dire le revenu national par tête
et le service de la dette total), les facteurs sociaux (la taille de la population) et la bonne
gouvernance politique (stabilité politique) sont les déterminants de l’aide publique au
développement en Haïti.
80
Haïti apparaît comme « intensément gouverné et réglé par l’aide internationale » (Wörlein,
2017), laquelle tend à enfler en montants et en effectifs » Après des années supposées faciliter
son développement, l’État haïtien dépendait encore à 60 % des institutions internationales pour
équilibrer son budget ordinaire » (Wargny, 2011). Toutefois il est devenu évident que ces fonds
n’aboutissant pas aux améliorations tangibles attendues dans la vie des populations concernées,
« L’APD à Haïti a fait, depuis plusieurs années, l’objet d’interrogations, alors que des sommes
non-négligeables ont déjà été décaissées (OSE, 2012)¹ ». Il serait important que la coordination
aide à travailler au rythme propre à réconcilier ces décalages.Pourtant, les des flux financiers
d’importance en volume pour la stratégie de financement du développement, est sans commune
mesure les montants de l’APD. Il devient donc urgent de prendre en compte le caractère
multidimensionnel de l’Aide au développement en Haïti et de réévaluer le sens des priorités.
2.3 Analyse des Emprunts externes publics
Les prêts concessionnels fournis par les Institutions de Breton Woods, (Banque Mondiale et le
Fonds Monétaire international (FMI)) à des conditions de faveur, représentent 90% du montant
total de l’APD en Haïti. Sur demande des autorités haïtiennes, ils avaient approuvé un accord
triennal de 40,9 millions de DTS sur trois ans au titre de la Facilité Élargie de Crédit (FEC), en
appui au programme de reconstruction. Ce nouvel accord était destiné à faire accroître les
réserves de change du pays et d’aider la BRH à lisser les fluctuations indésirables du taux de
change. Le financement de la FEC prévoyait la suspension temporaire des paiements d’intérêt et
un délai de grâce de cinq ans et demi pour le remboursement du principal. (Source FMI). Depuis
le séisme de 2010, ces emprunts publics extérieurs ont encore augmenté, atteignant 229 millions
de dollars sur trois ans à 0 % d’intérêt. En 2012, Haïti a reçu 663 millions de dollars américains
sous forme d’accord et 442 millions de prêts à des taux concessionnels (R. Lahens, 2014).
Selon la Loi des Finances 2020-2021, l’APD sous forme de dons ou prêts concessionnels
octroyés à des conditions de faveur, représente en moyenne, près de 37.89% des ressources
gouvernementales et équivaut à 47% des dépenses de l’Etat alors que 62.11% de ces dépenses
sont financés par des ressources internes (recettes et emprunts internes) soit 46 080 milliards de
gourdes (Source budget de l’exercice fiscal 2020-2021). En outre, Haïti a eu à sa disposition un
financement d'urgence de 111,6 millions de dollars pour faire face aux problèmes posés par la
pandémie de COVID-19.Le FMI qualifie ce nouveau prêt comme un « gage de confiance ». Ce
crédit a été attribué du fait qu’Haïti remplit de façon « relativement suffisante » les réformes
structurelles exigées en compensation. Quant aux ressources extérieures (tirages et dons), elles se
chiffrent en 2020-2021 à 32,019,606,707 milliards de gourdes contre 47 milliards de gourdes en
2019-2020, soit une baisse de 15 milliards de gourdes ou de 33%. Ces ressources sont
constituées de tirages (74.59%) et de dons (25.4%). En termes de financement, l’Etat emprunte
de l’extérieur en moyenne 38 490 milliards de gourdes par an.
2.4 Analyse de la dette publique d’Haïti
2.4.1 Problématique et Encours de la dette d’Haïti
81
L’endettement constitué de dettes internes et externes, est devenu un problème d’ordre structurel,
obligeant l’Etat, à constamment modifier sa politique économique et financière. La dette
extérieure de long terme constitue l’essentiel de la dette haïtienne détenue par des créanciers
bilatéraux et multilatéraux. Ils ont procédé à deux annulations successives de dettes (1.2
milliards de dollars en 2009), pour la ramener à 1,8 milliards de dollars américains en Septembre
2014, équivalant à plus de 11% du PIB. 88,2% provenait du programme Petro Caribe,
initialement un accord sur l’accès à condition préférentiel au pétrole vénézuélien pour les pays de
la Caraïbe. Cette aide s’inscrit dans le financement de projets économiques, sociaux également.
Au cours de la décennie 2010 – 2020, le niveau de la dette publique externe a explosé, avec une
augmentation moyenne de plus de 14,3% par année. Entre 2000 et 2010, le ratio dette sur PIB
était respectivement de 32.46% à 32.75% (Source countryeconomy.com). Alors que le déficit
s’est réduit significativement (-1.43%), à cause certes du déclin de l’activité économique, le ratio
dette sur PIB avait atteint 23.22%. En 2013-2014, le ratio dette sur PIB (24.38%) a continué à
augmenter sous le poids de la déflation et des intérêts, et ce malgré la mobilisation d’actifs
financiers utilisés pour le remboursement. En 2017, la dette nationale brute d'Haïti s'élevait à
près de 31 % du produit intérieur brut. En 2009, le ratio dette sur PIB était de 18.27% et le
niveau de la dette publique (156 Euros par hab.) Il en résulte une dette publique pour Haïti, qui
passerait de 47.7 % du PIB en 2019 à 51.9 % en 2020. Si l’objectif de la dette contractée est
d’atténuer la situation de vulnérabilité, en revanche, elle contribue à l’augmentation du stock de
la dette extérieure. La révision des mécanismes de financement actuels devient un impératif. La
dette d’Haïti envers le Venezuela devant être payée sur une période de 25 ans, a été multipliée
par un facteur de 13,44, soit un montant de 200.9 milliards de gourdes, supérieur au budget
2019-2020. Selon le rapport de la BRH sur la situation et les perspectives des finances publiques
en 2021,la dette publique s'élève à 5,09 milliards de dollars américains, soit 24.3 % du PIB. Cet
endettement est, fin 2021, de US$447par habitant(countryeconomy.com). La dette publique
d'Haïti (dette totale) s'élève à 234,4 milliards de gourdes en 2020 (5,09 milliards de dollars
américains, Le ratio Dette/PIB est de 21%. Selon le FMI, la dette brute a augmenté pour
atteindre 24,9 % du PIB en 2021 et devrait rester stable en 2022 et 2023, à 25,1 % et 25 %,
respectivement. Les taux d’intérêt sur la dette haïtienne a accru dangereusement, remettant en
question la virilité de la gourde.
Graphique29 : Dette nationale brute d’Haïti par rapport au PIB 2014-2024
40
35
30
25
20
26.32
30.26
33.66
30.97
33.26
36.5
36.49 36.65 36.58 36.49 36.39
2016
2018
2019
10
0
2015
2017
15
5
2014
2020
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2021
2022
82
Source: Public par Statista Research Department, 4 Nov. 2019
2.5.2 Le stock de la dette
Le stock de la dette externe représente respectivement 49% .Le financement nécessaire pour
absorber ce déficit représente 29.1 milliards de gourdes réparties de la manière suivante : 18.3
milliards au titre de la dette 10.9 milliards de la dette externe La dette bilatérale représente 13%
du stock de la dette publique extérieure, le stock de la dette multilatérale 87%, et celui de la dette
commerciale 7%.La répartition de l’encours de la dette publique extérieure est contenue dans le
tableau ci-dessous qui montre que les emprunts publics extérieurs sont majoritairement mobilisés
auprès des créanciers bilatéraux, suivis par les créanciers multilatéraux et les créanciers privés
(dette commerciale).
Graphique 30 : Composition de la dette publique, 31 décembre 2020
49% 44%
87%
4%
3%
13%
51% 49%
2.5.4 Le Service de la dette publique
En 2011, le service de la dette représentait 1,2 milliard de gourdes, avec un montant d’intérêt de
1,1 million de gourdes. Dans le budget rectificatif 2020 -2021, le service de la dette publique
représente 29.1 milliards de gourdes réparties de la manière suivante : 18.3 milliards au titre de la
dette interne et 10.9 milliards de la dette externe. En 2021, il est passé à 49,2 milliards de
gourdes, soit une augmentation de 144,8% et de 4 000% en dix ans », (Kesner Pharel,
Nouvelliste 2021).
2.5.3 Comparaison avec les pays de la région
À titre de comparaison, le ratio de dette publique d’Haïti par rapport au Produit intérieur brut
(PIB) ne représente que 49.9 %, loin derrière les pays de la région Amérique latine et Caraïbes 13,
soit 134 % pour la Barbade, 104% pour la Jamaïque, 89% pour le Belize, 65 % pour les
Bahamas, 61 % pour Trinidad & Tobago, et 39% pour la République dominicaine. La moyenne
caribéenne pour 13 pays (sans les chiffres d’Haïti), est de 72,4 %, alors que celle pour 17 pays de
l’Amérique latine est de 42 %. Le pourcentage de la dette d’Haïti ne dépasse pas celui des 13
pays des Caraïbes, encore moins le ratio moyen des 17 pays de l’Amérique latine.
13Rapport titré « Panorama fiscal de l’Amérique latine et des Caraïbes. » publié, le 25 mars 2019, par la Commission économique pour l’Amérique
latine et les Caraïbes (CEPAL).
83
S’agissant de la dette publique interne, le financement provient des Bons du Trésor de la banque
centrale (93%) et les Autres Créanciers Internes (ACI). La dette interne arpente une tendance
croissante depuis 2000. Son encours est établi à 214 841 millions de gourdes en 2021 contre 215
231 millions de gourdes en 2022. Par ailleurs, il est important de souligner que l’évolution du
service de la dette interne au cours des 5 dernières années laisse entrevoir un accroissement
significatif du service en raison du paiement des engagements liés à la subvention du carburant et
des créances constituées d’arriérés de consommation de biens et des services des institutions de
l’Administration Publique.
2.6 Partenariats Publics-Privés
Haïti, à l'instar de plusieurs PMA, a décidé de recourir au Partenariat Public-Privé (PPP).
L’objectif qui sous-tend cette démarche est celui de l’accroissement de l’investissement public
dans les infrastructures (ODD 9). Cet outil encore méconnu, permettrait à l’Etat de répondre plus
efficacement à la demande croissante d’investissements structurés, estimés à environ à 11.5
milliards de dollars. L’Etat pourrait tirer des bénéfices commerciaux tangibles des résultats :
échange de biens, mobilité sociale, fourniture de services publics de base aux fins de
l’amélioration de la vie des citoyens haïtiens (eau potable, assainissement, électricité, écoles,
centres de santé et routes rurales). Cet instrument de politiques publiques, comme stipulé dans la
Vision 2025 du Groupe de la BID, a porté ses fruits dans les pays du LAC. Il est communément
admis que les partenariats entre le secteur public et le secteur privé (PPP) pourraient contribuer à
améliorer substantiellement et durablement l’offre et la qualité des services publics offerts aux
usagers. Le Partenariat Public-Privé (PPP) pourrait devenir un catalyseur de la croissance
économique, de création d’emplois et d'augmentation de la productivité et jouer un rôle
indéniable dans le développement durable du pays. En exemple, les parcs industriels qui seraient
installés dans les diverses régions du pays.
Ainsi, tout l’enjeu se situe dans le cadre juridique et institutionnel qui est mis en œuvre pour
réaliser les projets de Partenariat Public-Privé (PPP). L’Etat haïtien a défini deux avant-projets
de décret et un avant-projet de loi (1er octobre 2012) portant régime général des contrats de
partenariat public-privé et créant l’Unité Centrale de Gestion des Partenariats Public-Privé
(UCGPP). Le Partenariat Public-Privé (PPP) est devenu un mode contractuel de la commande
publique, dérogatoire au régime de droit commun des marchés publics en vigueur. Dans le
référentiel national, le concept PPP renvoie aux mécanismes institutionnels tels que les sociétés
(société anonyme mixte (SAM), société d’économie mixte (SEM), les contractuels (contrats de
joint-venture traditionnels, de concession d’ouvrage de service public ou des contrats de gestion,
la régie intéressée, bail, vente conditionnelle ou initiative à financement privé). De par son
caractère global, le PPP englobe dans un seul contrat, la conception, le financement, la
construction et la maintenance des infrastructures. Le PPP est, selon les premières expériences,
une manière innovante et efficace d’assurer la prestation des services publics aux contribuables.
En exemple, le secteur EPA-Haïti, la DINEPA qui s’est engagé depuis quelques années dans
cette voie.
84
C’est également une opportunité pour l’Etat haïtien de s’allier des acteurs privés nationaux et
étrangers (IED) non seulement dans la construction d’ouvrages de grande envergure de service
public mais également dans la mobilisation des ressources publiques intérieures et extérieures
pour le développement du pays. Pour pallier parallèlement au manque de ressources humaines,
en nombre, en expertise, et en expérience, dans divers domaines, l’Etat a recours, à travers le
Partenariat Public-Privé (PPP), à l’expertise, la capacité d’innovation des opérateurs privés et
souvent le financement du secteur privé. Toutefois, il a été noté un manque de confiance du
secteur privé pour ce modèle conjoint d’intervention. Le secteur prive reproche à l’Etat, la
maturation insuffisante des projets dont la viabilité et la rentabilité financière ne sont pas
toujours certaines et, le manque de détermination manifeste des pouvoirs publics à céder le
financement, l’exploitation et la maintenance des projets au secteur privé. La plupart des
administrations sectorielles sembleraient avoir une préférence manifeste pour des projets de
développement par l’endettement et le budget d’investissement public.
Ces controverses témoignent d’une faiblesse du cadre législatif régissant les contrats de
partenariat. L’établissement des contrats-programmes ne devrait pas s’opérer en dehors d’un
cadre de planification assurant la mise en cohérence des actions sectorielles et l’optimisation de
l’allocation des ressources financières de l’Etat. Or, les autorités habilitées à conclure des
contrats de partenariat sont nombreuses et dispersées. Le décret CP retient une acception très
large des autorités publiques habilitées à passer des contrats PPP’ (Etat, collectivité territoriale,
organisme autonome, personne morale de droit public...). Or, l’expérience montre qu’il est
important d’éviter une dispersion de l’expertise et des pouvoirs en matière de mise en en œuvre
et de suivi des contrats de PPP. Un excès de décentralisation peut en effet être une source
d’inefficience, d’insuffisance de transfert de connaissances, de sélection de modèles
inappropriés, de dépassement de coûts, de mauvaise répartition des risques, ainsi que de critères
de performances insuffisants et mal définis. Les conditions de passation d’un tel marché doivent
faire l’objet d’un contrôle et d’un encadrement très stricts et très centralisés. Autorités de
contrôle et d’encadrement des PPP Hormis les opérations de désengagement partiel de l’Etat des
entreprises publiques, les PPP relèvent de la compétence de l’UCGPP, qui concentre au sein de
la Direction des Partenariats Publics-Privés l’essentiel des prérogatives et l’expertise technique
en matière de PPP.
Le gouvernement haïtien ne dispose pas certes de toutes les capacités pour l’établissement de
PPP et connaît actuellement un retard sur les projets d’investissements de grande envergure. En
réponse, l’UCGPPP du MED, a été très proactive en s’efforçant, ces dernières années, de réaliser
des activités de formation et de sensibilisation pour le public et d’assurer un accompagnement
aux intéressés afin de monter des partenariats gagnant-gagnant.
Haïti pourrait jouir de l’opportunité des PPP. De nombreux projets, peu coûteux ou peu
complexes pourraient être considérés comme des PPP et affecter positivement la compétitivité du
pays en général et en particulier celle de certains secteurs économiques. Le gouvernement haïtien
a déjà entrepris des démarches pour élargir le cadre commercial légal pouvant convenir aux PPP,
mais les lois devraient être faites dans le but de réduire la confusion dans l’attraction à
l’investissement et dans les phases d’implantation. L’analyse montre qu’ils sont surtout centrés
sur les aspects financiers en guise des secteurs porteurs qui présentent un potentiel en termes de
valeur ajoutée, d’emploi et de transfert de technologie pour le pays. Le PPP demeure un
85
instrument efficace permettant d’avoir recours à l’expertise du secteur privé pour atteindre les
objectifs du développement durable par la gestion et la fourniture de services nécessaires aux
citoyens. Cette pratique nécessite toutefois une bonne approche de partenariat basée sur la
concertation, la participation et la responsabilisation. Le cadre juridique et réglementaire
constitue un bon départ. La loi sur les Contrats de Construction-Exploitation-Transfert
d’Infrastructures est un pas dans la bonne direction mais ne devrait pas avoir une portée trop
restreinte; étant donné l’importance pour les investisseurs d’un cadre juridique harmonieux et
cohérent. Le secteur privé haïtien et la population ne sont pas très informés sur les PPP et des
effets de modernisation en résultant(de nouveaux systèmes de gestion pour assurer de meilleurs
services, des investissements dans les nouvelles technologies et les équipements, l’importance
donné à des sous-secteurs compétitifs qui entraineront des investissements supplémentaires, la
création de nouveaux emplois et l’augmentation de la production) pouvant améliorer la vie du
citoyen moyen.
Le climat d’investissement en Haïti souffre certes des défauts typiques d’un pays en
développement; cependant, en général, le pays reste relativement attractif pour les PPP,
particulièrement si on le compare à d’autres pays de la région en matière d’investissement
étranger direct et de formation de nouveaux PPP. Il existe un certain nombre d’opportunités afin
qu’ Haïti puisse réaliser toute la puissance de l’outil des PPP pour fournir de meilleurs services à
la population et construire de nouvelles infrastructures sans que le gouvernement ait recours à
des déboursements relativement énormes de capitaux. Ces contrats-programmes sous formes de
Partenariat Public Privé (PPP) devraient viser davantage une mise en cohérence des politiques
sectorielles et une mise en synergie des diverses composantes de la politique générale de l’Etat.
Selon la Directrice de l’UCGPPP, « la mobilisation des ressources nationales et internationales
revêt une grande importance pour la dotation du pays en infrastructures, biens et services. »
D’excellentes leçons peuvent être tirées des PPP à partir des expériences régionales. La leçon la
plus importante est que les PPP offrent l’occasion de placer les actifs du gouvernement sous la
gestion du secteur privé pour en tirer une plus grande rentabilité d’utilisation. Selon de récentes
estimations de la BID, le besoin en investissements dans les infrastructures pour atteindre les
ODD en ALC (dans les secteurs de l'eau et de l'assainissement, de l'énergie, des transports et des
télécommunications) est de plus de deux mille milliards de dollars au cours de cette décennie.
Cela équivaut à investir environ 3,12 % par an du PIB régional (environ 170 milliards de dollars
US par an). Parmi ces nouveaux besoins d'investissement, 60 % concernent les nouvelles
infrastructures et le reste l'entretien et le remplacement des actifs qui arrivent en fin de vie utile,
essentiels pour garantir une offre de services d'infrastructure de qualité. Pour combler le déficit
d'accès et maintenir la qualité des services d'eau et d'assainissement, (y compris le traitement des
eaux usées) il faut en moyenne un investissement annuel équivalent au 0,5 % du PIB régional
Le secteur financier d’Haïti ne dispose pas d'une profondeur insuffisante et manque des
ressources à consacrer à la mise en place de PPP. Il y a un besoin d’infrastructures pour soutenir
le programme de développement et de relance économique, Le secteur privé peut et doit donc
jouer un rôle important. Un troisième obstacle pour l’attrait des investisseurs est le manque
d'expertise technique et de gestion pour identifier, hiérarchiser et préparer les projets
d'infrastructure. Cela se produit en partie parce que le pays n'a pas accès aux outils qui aident à
mettre en place une planification de qualité. Des actions sont nécessaires pour élargir le
86
portefeuille de projets et améliorer la qualité de la préparation et la bancabilité des projets
d'infrastructure. Un dernier obstacle à noter est le développement limité des marchés de capitaux
nationaux et le manque de plateformes qui facilitent le financement à long terme en monnaie
locale. La Banque Centrale serait en mesure d’e pallier également l'absence de mécanismes de
financement innovants permettant de canaliser les capitaux privés locaux vers des projets
d'infrastructure ou d'attirer un plus large éventail d'investisseurs. Cependant, dans le marché
CARICOM, il existe environ cinq fois ce montant à la disposition des PPP. Ceci permet
d’envisager une autre option de financement des PPP. La participation de donateurs,
particulièrement ceux qui formulent les programmes de dons, leur permettra d'encourir un faible
risque fiduciaire en transférant les fonds à des projets de PPP. Ce financement ne doit pas
obligatoirement passer par le Trésor public pour être disponible à des fins d’investissement. Les
fonds peuvent être transférés directement à l’opérateur privé au nom du gouvernement d’Haïti.
Cependant, il sera nécessaire de mettre en place des mesures de contrôle pour veiller à ce que les
firmes indépendantes d’ingénierie et sociétés financières professionnelles soient recrutées pour
superviser la construction des travaux et des fonds.
Les PPP ont gagné un rôle particulier à une époque où les pays cherchent à diversifier les sources
de financement des projets. Les mécanismes de financement innovants sont un autre vecteur de
participation privée dans le secteur, qui d’ailleurs s'inscrit parfaitement dans cette logique Parmi
ces mécanismes, le financement mixte est particulièrement intéressant. Celui-ci utilise
stratégiquement des capitaux concessionnels provenant de sources publiques ou d'organisations
internationales pour mobiliser et inciter les investissements du secteur privé dans des projets de
développement durable. L’investissement dans les infrastructures est donc un élément clé pour
une reprise économique durable et inclusive en Haïti, car il s'est avéré être un facteur de
croissance et de création d'emplois. Par ailleurs, investir dans les Partenariat Public-Privé
(PPP), présente un atout majeur, pour la mobilisation des ressources internationales pour le
développement, puisqu’il pousse au respect des ODD et des engagements du pays à travers
l'Accord de Paris.
ANALYSE DES BESOINS D’HAITI
en matières de ressources financières
C
ette section se propose d’analyser les besoins de financement d’Haïti. L’écart existant
entre les besoins de financement du développement du pays et les ressources intérieures
disponibles est considérable. Dans un tel contexte, il est légitime de soulever les multiples
interrogations quant à la source prépondérante qui permettrait de disposer de flux importants en
volume, consistant et réguliers pour financer les objectifs de développement durable (ODD).
L’exercice qui consiste à estimer le montant des ressources financières est forcément de nature
spéculative, mais il donne quand même une idée approximative de l’actuel niveau des besoins.
87
En 2000, la CNUCED avait estimé qu’il fallait des taux d’investissement de 22 à 25 % pour
porter durablement les taux de croissance à 6 % (CNUCED, 2000a). Entre 2000 et 2020,Haïti a
enregistré des taux d’investissement nettement faibles de (-20,6%) du PIB, alors que le chiffre
pour la région du LAC dans son ensemble atteignait 20,7 %. On explique généralement ces
chiffres moyens par les taux d’épargne insuffisants (19% du PIB en Haïti en 2020 (banque
mondiale) ainsi que par l’absence d’options d’investissement rentables. Les dépenses
d'investissements publics dans le budget de l'exercice fiscal 2020-2021 s'élèvent à 74 194 000
000 gourdes et sont financées à 62,11% à partir des ressources nationales, soit 46 080 000 000
gourdes, et 37,89% sur les dons et emprunts projets correspondant à 28114 000 000 gourdes.
Ces 44 projets prévoient un montant total d’investissement estimé à USD 872,141,763.63
(Source MEF). En Haïti, en 2020, le déficit est, de l'ordre de plus de 25 milliards de gourdes en
moyenne par trimestre durant l’exercice 2019-2020, il représente 6.2 % du PIB en 2020. Le
déficit de ressources doit être comblé en tirant parti de ressources tant extérieures qu’intérieures.
Il est nécessaire de bénéficier d’une aide des donateurs dans les plus brefs délais pour combler le
déficit de financement restant de la balance des paiements et alléger la charge de l’ajustement.
Le graphe ci-après montre la comparaison entre les recettes internes et les ressources externes :
Graphique 31 :Répartition des ressources publiques internes et externes
900,000,000,000
800,000,000,000
700,000,000,000
600,000,000,000
500,000,000,000
400,000,000,000
300,000,000,000
200,000,000,000
100,000,000,000
0
Ressources internes
Ressources externes
Montant financement public
Pour permettre au pays d’atteindre les cibles ODD, Haïti pourrait compter sur des flux de
financements internationaux. De même, les mesures devront être prises pour diversifier les
sources de financement, notamment par l’ADP, les IDE, les transferts de fonds des migrants, et
les échanges commerciaux coopération Sud-Sud et les partenariats public-privé. Toutefois, on
considère que, pour Haïti, une dépendance excessive vis-à-vis des flux de capitaux étrangers
pose certains problèmes (voir CNUCED, 2005 ; CNUCED, 2006a). Une dépendance de l’aide
publique au développement n’est guère recommandée. Le rapport propose un portefeuille
plausible d'actions de financement qui augmenteraient les recettes budgétaires pour les dépenses
ODD - suffisamment pour combler le déficit de financement des ODD. En effet, d’ici à 2023,
pour prendre adéquatement en charge les priorités nationales, Haïti aurait au strict minimum un
besoin de financement complémentaire de plus de 193 milliards de gourdes. Le besoin de
financement du développement d’Haïti, anticipé par le FMI se situerait à hauteur de 2 190
millions de dollars par an d’ici 2025. Ceci exige des ressources financières suffisantes et
88
prévisibles. La mobilisation de ces ressources sera tributaire des performances du pays à
atteindre les cibles annuelles fixées dans les cadres de programmation stratégique et budgétaire.
EE
TROISIEME PARTIE
CONCLUSION, RESULTATS
ET RECOMMANDATIONS
Section 1
Conclusion
S
elon l’auteur James D. Fearon 14, « un ‘État fragile’ est une manière délicate de dire qu’un
pays est doté d’institutions faibles ou dysfonctionnelles ou qu’il est caractérisé par une
mauvaise gouvernance ». L’étude conclut, qu’en dépit de ses potentialités inexploitées,
Haïti est passé en vingt ans, du stade « d’Etat fragile » à celui « d’un pays fragmenté et fragilisé
».
Historiquement, la lutte contre la pauvreté et les inégalités se révèle une faillite. En d’autres
termes, ce déclin rapide qui s’est accompagné de terribles conséquences sur le bien-être et le
développement économique, laisse entrevoir que le changement structurel de l’économie ne sera
pas atteint de sitôt.
Pourtant, des avancées significatives en matière de réformes économiques et de modernisation de
la gouvernance publique avaient fait l’objet des priorités politiques des autorités étatiques.
Evoquant ces efforts, quelques leçons peuvent être tirées de l’expérience de ces vingt dernières
années : 1) L’impact de la violence politique, l’insécurité, les fléaux de la corruption et les
mauvaises pratiques qui handicapent lourdement le système n’ont pas permis l’Etat de faire face
plus activement aux enjeux fondamentaux ; 2) Du problème d’adéquation des politiques aux
finalités publiques, en découlent des contraintes de gouvernance, de cohésion dans l’action
publique, d’harmonisation entre les instances décisionnelles et opérationnelles. D’où le manque
de concordance notoire entre les projets, les programmations et les objectifs ; 3) La lenteur du
14
Source: State Fragility, Governance Indicators, and the Risk of Civil Conflict James D. Fearon.
89
système en place dans la mise en œuvre des réformes, notamment dans les domaines de la
législation du travail, de l’administration, de la justice et d’une manière générale, de la mise à
niveau de l’administration publique et de son environnement ;4) la société civile n’est pas
instruite de l’importance des plans de développement ni des politiques publiques générales de
l’Etat. De ce fait, l’Etat ne bénéficie d’aucun appui national dans ses interventions qui, fort
souvent, n’aboutissent pas aux modifications structurelles ni aux changements attendus ; 5) Les
compétences n’ont pas encore été transférées aux collectivités territoriales afin que la
décentralisation soit bénéfique à l’amélioration de l’efficience du secteur public. Ceci indique
les causes évidentes de la fragilité d’Haïti.
Il fait besoin d’une nouvelle stratégie pouvant conduire au développement durable du pays. A
cette fin, la planification devrait être plus indicative, recherchant, en tout premier lieu, de
promouvoir la croissance, l’industrialisation, le plein emploi et l’investissement public aux fins
d'atteindre les cibles essentielles des Objectifs de Développement Durables (ODD) d'ici 2030.
Vu l’ampleur des besoins de financement, toute nouvelle stratégie touche indubitablement les
fondements mêmes du modèle de politique et économique du pays. D’où la nécessité d’une
stratégie de mobilisation de ressources publiques internes et externes pour assurer le financement
du PSDH révisé et aligné à des objectifs de développement durables.
L’avenir de l’économie haïtienne dépend en grande partie de la capacité de l’Etat à accroitre ses
ressources publiques internes. Toutefois, dans le moyen à long terme, si Haïti pouvait financer
une part croissante de ses besoins en matière de développement en tirant parti de sources
intérieures, il disposerait de la flexibilité indispensable pour formuler et mettre en œuvre des
politiques adaptées à ses problèmes économiques et sociaux ainsi que d’autres problèmes de
développement. Haïti ne peut plus demeurer tributaire de l’Aide au développement. Le manque
de capacité de l’Etat à définir les priorités et à coordonner de manière satisfaisante l’Aide
internationale rend difficile son utilisation et réduit par conséquent son impact sur le
développement. Haïti ne peut donc pas jouer le rôle dynamique qui lui est dévolu dans la
planification, l’exécution des projets sans la mise en place d’un véritable partenariat avec les
donateurs.
Haïti demeure un pays avec de grandes potentialités économiques. Elle devra capitaliser sur ses
richesses naturelles et humaines et sa position géographique pour s’intégrer aux marchés
mondiaux. Haïti est un potentiel marché pour le CARICOM, potentialités énormes en termes
d’investissement directs étrangers de par les besoins en développement et en infrastructures.
Haïti, c’est de grandes potentialités à exploiter en ressources et en capital humain. A plus long
terme, l’ignorance de son importance en tant que pays, handicapera davantage le processus de
développement.
Relever ces défis, c'est trouver la volonté politique de drainer les pensées vers le changement, le
changement vers l’émergence et l’émergence vers un consensus national. Cette mobilisation des
ressources ne réglera pas bien entendu à elle seule tous les problèmes auxquels est confronté le
pays, sachant en particulier qu’il est dépourvu d’institutions et de ressources humaines
nécessaires pour faire du développement une réalité.
90
La multitude de défis auxquels Haïti est confrontée exige forcément une « diversité d’actions»,
Dans ce contexte, le rapport met en lumière la nécessité pour le pays de disposer d’une plus
grande marge d’action pour concevoir et mettre en œuvre des politiques tirant le meilleur parti
des ressources disponibles, de manière à arriver à un cercle vertueux « croissanceinvestissement- production-accumulation- croissance » et de réduction de la pauvreté fondé sur
le modèle de l’État développementiste.
Section 2
Les résultats clés
Cette étude s’est fixé quatre objectifs particuliers : premièrement, évaluer le contexte du cadre
macroéconomique et de planification économique, deuxièmement, analyser le rôle des sources
internes de financement du développement ; troisièmement, évaluer l’efficacité des flux
internationaux de capitaux sur la croissance et quatrièmement, formuler des recommandations.
L’ensemble des données recueillies dans le cadre de cette étude fournit les résultats suivants :
I. Les résultats statistiques, les chiffres clés
Table 1
Indicateurs
2010
2020
2021
Population
Densité
Taux de chômage
9 949 000
359 hab. / km²
14.1%
11 400 000
441,39 hab. / km²
30%%
11 742 331
414 hab. / km²
30%
PIB par habitant
Evolution annuelle du PIB
Inflation en % du PIB
Dépenses publiques en % PIB
Dette nationale brute
Dette nationale brute en % du
PIB
Déficit public en % PIB
Balance commerciale en % PIB
Importations en % PIB
Commerce extérieur en % du
PIB
1 287 95 USD
-5.7%
1 176.76 USD
-3.3%
1821
-1.8%
28.6%
$USD 2378Millions
23.22%
20.89%
$USD 3097
21.35%
20.69%
$USD5092
24.33%
2.9%
-27.58%
36.2%
-10.52%
-2.40%
-22.11%
29.8%
-21.64%
-2.53%
-22.82%
29.9%
-15.47%
91
Table 2
2016-2017
2017-2018
2018-2019
2019-2020
2020-2021
Moyenne
annuelle
11, 086,745,631
11,805,909,303
16,506,480,347
62,615,720,323
84,007,346,405
37,204,440,402
Ressources internes
82,503,385,171
110,975,357,824
130,781,485,002
151,955,591,018
160,980,393,294
127,439,242,462
Ressources externes
36,076,745,479
34,667,642,176
42,043,515,000
47,644,608,982
32,019,606,707
38,490,423,669
Financement public
118,580,130,650
145,643,000,000
172,825,000,002
199,600,200,000
193,000,000,001
165,929,666,131
Ressources internes
69.58%
76.20%
75.67%
76.13%
83.41%
76.80%
Ressources externes
30.42%
23.80%
24.33%
23.87%
16.59%
23.20%
Financement public
100%
100%
100%
100%
100%
100%
Emprunts
intérieurs
Table 3
II. Stratégies de mobilisation de ressources dans le passé
Stratégies de Mobilisation des ressources intérieures de financement du développement
1821-2022
La question du financement du développement d’Haïti est posée autour du remboursement de la dette
de l’Indépendance.
1960-1980
Vers 1964, les stratégies de financement ont donc été pensées à travers les investissements étrangers
des Etats-Unis et l’apport financier des Nations Unies.
1980-2000
L’Etat Haïtien avait posé comme postulat que les recettes fiscales et douanières étaient une
composante essentielle de la stratégie de mobilisation de ressources internes devant assurer le
financement de l’économie et le fonctionnement des services publics.
1980-2020
La privatisation des entreprises publiques était devenue, la source publique qui devrait fournir des
ressources internes à l’Etat haïtien. La TELECO en est un exemple probant.
2020-2022
Le Gouvernement haïtien, pour accroitre ses ressources, s’est tourné vers les emprunts internes et
externes et l’Aide publique au développement pour soutenir le budget national.
III. Les tendances observées pendant la mission de consultation
•
Dichotomie entre autorité politique et fonction publique dans leurs rôles et responsabilités. Le
pouvoir politique décide seul des politiques publiques et en confie l’exécution à l’administration.
92
•
•
•
En raison de la technicité et de la complexité croissante des problèmes à traiter, les hauts
fonctionnaires devraient être amenés à jouer un rôle dans l’élaboration et la prise des décisions.
Disparités dans les informations et données statistiques en provenance de diverses sources. Le
rapport a pris en compte le facteur restrictif constitué par l'insuffisance et la disparité des
données. L’exécution et l’exploitation des enquêtes statistiques nécessitent des délais longs qui
affectent la qualité des informations produites.
Duplication de taches au niveau des fonctions des institutions étatiques. D’où, le manque de
cohérence, de concordance et de coordination entre les entités de l’Etat.
Faiblesse du dispositif de suivi et d’évaluation. Le suivi et l'évaluation permettent d'améliorer la
performance et d'obtenir des résultats.
IV. Un diagnostic des institutions et des politiques
Problèmes organisationnels
BRH-MEEF
MEF-MPCE
L’indépendance entre la banque centrale et l’État introduit un conflit d’objectifs: Les
deux organismes sont chargés de la régulation conjoncturelle. Ce cadre institutionnel pose
problème car il ne définit pas les coordinations internes et externes des politiques
économiques et ne soulève pas la question de la cohérence entre les politiques économiques
bien qu’il suggère implicitement, ce qui est contradictoire avec ces deux exigences, un
nombre restreint d’objectifs: la gestion du dilemme inflation chômage est affectée à la
banque centrale et la gestion du dilemme dette publique taux d’intérêt réel est affectée à
l’État (MEF).
• La banque centrale met en œuvre une politique monétaire restrictive pour lutter contre
l’inflation tandis que le MEF mène une politique budgétaire expansionniste pour lutter contre
la politique restrictive de la banque centrale - l’encadrement de la politique budgétaire par
des ratios prudentiels. La solution proposée à ce problème organisationnel est de parvenir à
une coordination et une procédure de négociation pour se mettre d’accord sur une règle
commune et à fournir des anticipations claires et univoques au secteur privé.
Faibles liens existant entre les plans de développement et le processus de budgétisation: Le
MPCE a peu d’influence sur la définition des priorités budgétaires pour les traduire en plans d’action.
Les modalités de préparation du budget de l’Etat privilégient la fixation d’enveloppes budgétaires
sectorielles au détriment de l’analyse économique des projets et de leur cohérence avec les objectifs
du Plan. Ces facteurs limitatifs d’ordre institutionnel et technique ont affecté la mise en œuvre du
PSDH. Le Ministère des Finances (MEF) et le Ministère de la Planification et de la Coopération
externe (MPCE) devraient trouver la meilleure courroie de coordination du Plan national de
développement avec les instruments de la budgétisation.
•
V. Etat des lieux de la Planification
Planification Economique
Planification
économique
•
La planification du développement en Haïti a été marquée par des tentatives
infructueuses. Les 16 plans élaborés n’ont pas atteint leurs fonctions stratégiques
d’expertise et de prospective. L’absence même d’un environnement national propice à
93
l’exercice et la fragilité généralisée des institutions ont paralysé leur mise en œuvre.
D’où, le foisonnement des plans et programmes d’urgence.
•
Le système de planification reste caractérisé par des difficultés de coordination, de mise
en cohérence des actions de développement et la faible articulation du Plan entre les
niveaux national et territorial. Haïti fait face à un grand déséquilibre entre ses territoires
sous-administrés.
•
Programmes
Triennaux
D’Investissement
•
Les programmations sectorielles sont diffractées en une multitude de démarches
sectorielles (lois de programmation, programmes d’urgence ou de relance) pour
compenser les déficiences des gouvernements. Ainsi les PTI consistent en un
processus essentiellement « polarisé ».
•
Ce découpage pose des problèmes de coordination et de relations entre les
échelons centraux et locaux de l’administration publique. Il en résulte des
déséquilibres entre les secteurs qui les exécutent.
VI. Bilan de l’Economie, Etat des lieux des Finances Publiques
Bilan de l’Economie
Crise
•
Succession de crises et de chocs, internes et externes, sont à l’origine de la
récession de l’économie haïtienne: phénomène « pays lock, pandémie de
COVID19, assassinat, tremblement de terre d'août 2021, la crise de change (perte
de valeur de la monnaie haïtienne- moins 25% de sa valeur nominale), insécurité,
blocus territorial, cas d’enlèvement et autres.
•
Ces facteurs ont considérablement impacté le pays et affecté quasiment tous les
secteurs de la vie économique et sociale et contribué à la détérioration du climat
des affaires en 2020. L’expansion du Corona virus, a eu des incidences négatives
considérables sur la plupart des secteurs d’activité économique du pays.
Situation
économique
Economie vulnérable, manquante cruellement d’investissements, des déséquilibres
macroéconomiques sur le long-terme, un dépouillement extrême, des infrastructures
défaillantes qui handicapent encore l’évolution du système productif.
Croissance
Volatile, faible, négative, nette tendance à la baisse :
•
L’évolution du PIB de 2000 à 2020 montre qu’il s’agit d’une économie
constamment en récession, avec des périodes de forte dépression : période 19921994(-7.56%) marqué par l’embargo commercial imposé à Haïti et l’année 2010
où l’économie s’est effondrée sous l’effet du tremblement de terre.
94
•
•
•
Epargne
Haïti a maintenu un taux de croissance réel moyen du PIB de 1.15 pour cent
l’incidence de la pauvreté est établie à 60 pour cent en 2020. Elle est plus élevée
en zones rurales (80%), où vivent environ 45 % de la population haïtienne, qu’en
zones urbaines.
En 2021, Haïti avait un PIB par habitant de 1 815 USD, moins d'un cinquième de
la moyenne des pays de la région Amérique Latine et Caraïbes (LAC région) qui
est de 15 092 USD.
Si les pauvres tirent profit de la croissance économique au même rythme que
durant cette décennie, l’extrême pauvreté en Haïti augmentera, passant de 60 pour
cent en 2014 à environ 75 pour cent d’ici 2030. Les chances de sortir de la
pauvreté seront limitées même si les revenus par habitant augmentaient de
seulement $2 USD par jour.
Ainsi, l’épargne locale joue un rôle mineur dans le financement du développement
du pays à faible revenu, en raison de l’incapacité à mobiliser efficacement et
durablement les ressources intérieures.
• L’épargne s’est effondrée avec un taux de 12 % en 2010. Depuis, et malgré un
léger redressement, le taux s’est redressé à 14% du RNB en 2021.Ce taux
d’épargne moyennement faible ne peut pas financer le déficit budgétaire via
l’épargne privée et est nettement insuffisant pour entraîner durablement
l’investissement intérieur. Ceci, in fine, écarte Haïti d’une situation de solvabilité
de ses finances publiques. Haïti ne peut épargner suffisamment ni créer assez de
capital pour dépasser la croissance de la population et la dépréciation du capital.
Revenu
national
•
Inflation
•
L’économie est dominée par des mécanismes qui empêchent d’accroître le revenu
par habitant. Le revenu national brut par habitant (RNB) est en constante baisse
depuis plus de vingt ans, perdant 41 % de sa valeur entre 1980 et 2012. Le taux de
croissance du revenu par habitant a régressé tout au long de la deuxième période
avec un RNB par habitant estimé à 1 070 dollars constants de 2005 en 2020.
Le FMI a calculé un taux de 16,2% en 2021 qui devrait diminuer à 15,5% en
2022 et augmenter légèrement à 15,9% en 2023.On observe des pics, des
tendances à deux chiffres, des variations mêmes à l’intérieur d’une fourchette de
20 à 30% entre 1993 et 2019.Taux inflation haussier, passant de 15,3% en 2010 à
22,9% en 2020 et 24.58% 2021. Il s’agit d’une inflation fortement liée à la
dépréciation du taux de change de la gourde par rapport au dollar américain.
95
Déficit
Commerce
extérieur
Dépenses
publiques
Emprunts
internes
Dette
Chômage
Haïti est une économie ouverte depuis les années 1990.Au cours des vingt dernières
années, le commerce extérieur haïtien se caractérise par un déficit structurel du
compte courant.
• En 2020, le déficit de financement est considérable, de l'ordre de plus de 25
milliards de gourdes en moyenne par trimestre durant l’exercice 2019-2020, il
représente 6.2 % du PIB en 2020
• Le solde budgétaire a clôturé à -2,2% du PIB en 2021 et devrait rester stable dans
les années à venir, à -2,1% en 2022 et -2,2% en 2023.
• A l'image de bien des pays en développement, le déficit de la balance
commerciale d'Haïti en pourcentage du PIB n’a fait que se creuser, soit -10.52%
(2000), -21,64% en 2010, -22.41% en 2019 et est passé à -15,47% en 2020et à 10.85% en 2021.
Durant les deux décennies (2000-2020), les dépenses publiques ont augmenté
régulièrement en proportion du PIB mais leur évolution laisse voir une tendance
cyclique marquée.
• Recul du poids de l’État dans l’économie entre 2013 et 2017, qui découle en
particulier de la diminution des dépenses en capital. Entre 2006 et 2013, les
dépenses publiques en pourcentage du PIB ont augmenté de 5,8 points compte
tenu du fait que les dépenses courantes ont augmenté sur la même période. En
2020, les dépenses budgétaires totales accusent une hausse de 20%, (effets
pervers du Covid-19). Les dépenses courantes (44,6 Md G) occupent 97% des
dépenses totales L’Etat a dû recourir à d’autres sources de financement pour
honorer ses dépenses incompressibles.
• Emissions de titres publics (25 000 000 000) des emprunts auprès des banques
commerciales (16 387 200 000) et de la BRH (37116 346 303)
•
Entre 2010 et 2019, la dette publique externe d'Haïti a en moyenne augmenté
de plus de 14,3% par année. La dette publique du pays a explosé à 48.6% du
PIB en 2022. Haïti est passé d’un statut de pays à « bas risque » de
surendettement à celui de pays à « haut risque » de surendettement selon l’analyse
de viabilité de la dette (AVD) du FMI de 2018. Entre 1998 et 2020, le budget de
la dette en Haïti a varié entre 723,8 millions et 3,0 milliards d'euros. Le niveau le
plus élevé des 22 dernières années a été atteint en 2019. En 2020, en revanche, les
dettes ne s'élevaient plus qu'à 2 milliards euros. Rapporté au nombre d'habitants,
cela correspond en Haïti à un endettement de 208 euros par personne.
Le chômage est la source principale d’inefficacité du système.
• Haïti est en situation de chômage avec des tendances dépressives. Le sous-emploi
s'est établi selon le PNUD, à 70% en 2020. 50.66% sont touchés par le chômage
(14,5 % en 2020) (Banque mondiale).
• Le secteur informel représente 80% de l'emploi total. Le chômage est plus élevé
pour les pauvres en milieu urbain (46%) qu’en milieu rural (24%).
Encadré 2
96
Politiques Publiques
Les politiques libérales poursuivies n’ont pas permis d'assainir le cadre macro-économique et de réduire le poids de la
dette publique intérieure et extérieure sur les finances publiques.
Pol monétaire vs
Politique
budgétaire
•
Politique
budgétaire
•
Politique
monétaire
•
Politique fiscale
Encadré 3
L’’absence de coordination externe des politiques budgétaires avec la politique
monétaire commune. L’organisation de la politique économique en Haïti est conçue
comme une suite de règles prudentielles et d’affectations. La politique monétaire doit
contrôler le taux d’intérêt de façon à ne pas dépasser un taux d’inflation de 2% tandis que
les politiques budgétaire et fiscale (au niveau macroéconomique) ne doivent pas dépasser un
déficit public de 3% du PIB et une dette publique de 60% du PIB. Ces règles sont
asymétriques et systématiquement dépressives car elles sont organisées pour des économies
en situation inflationniste de plein emploi.
La politique budgétaire a joué un rôle insuffisant dans la stabilisation macroéconomique,
faisant peser une charge excessive sur la politique monétaire, suscitant la crainte d’une «
dominance budgétaire », situation dans laquelle la banque centrale est forcée de maintenir
des taux bas pour garantir la soutenabilité budgétaire, menaçant ainsi son mandat de stabilité
des prix. une surveillance budgétaire et une surveillance macroéconomique, conférant à la
première la mission essentielle d’assurer la stabilité des prix et à la seconde celle
d’améliorer la compétitivité et de redresser les comptes extérieurs.
La dépréciation persistante de la monnaie haïtienne continue de saper son rôle de
mobilisation de l’épargne, de pourvoyeur de crédit et d’intermédiation des risques avec de
sérieuses conséquences sur la situation macroéconomique caractérisée par le ralentissement
des activités économiques et la remontée de l’inflation. Tout en apportant des liquidités
suffisantes au secteur financier, la banque centrale devrait limiter le financement monétaire
du déficit et n’intervenir sur le marché des changes que pour lisser la volatilité.
L’impôt représente la quasi-totalité des recettes publiques
• La politique fiscale et les exportations, constituent le socle qui doit alimenter le budget de
l’Etat. Un ratio fiscal autour de 13% qui implique des marges d’efficacité importantes que
des réformes nécessaires et appropriées du système fiscal doivent garantir. Aussi, les
difficultés rencontrées par Haïti, pour accroître ses ressources intérieures sont
multidimensionnelles. Une augmentation des recettes fiscales peut aider de façon
significative à mobiliser davantage de ressources intérieures, à condition de ne pas
décourager, dans le même temps, l’initiative économique privée.
Le secteur financier domestique
Les
banques L’économie Haïtienne reste sous-financiarisée et sa financiarisation est trop lente :
commerciales
• Les actifs du secteur bancaire représentaient déjà 35% du PIB en 2022. Avec le niveau de
développement des banques, sa taille globale s’est accrue à 99.99 % au cours de la décennie
97
•
•
2010-2020. Au plan économique, sa valeur ajoutée (VA) de 2 041 millions de gourdes en
2010 est passée à 429 milliards de gourdes en 2020. A titre de comparaison, 95,78 % de ses
actifs sont produits par le sous-secteur bancaire (banques et établissements financiers)
Le secteur financier d’Haïti est suffisamment capitalisé et profitable pour contribuer à
financer le développement, à travers ses recettes fiscales (impôts sur les bénéfices) Mais, sa
pénétration demeure faible avec 17 comptes de prêts pour 1000 adultes contre 323 à Belize.
8 banques sont privées et représentent le quart des actifs du secteur privé. Le financement
privé interne est de ce fait handicapé par la faiblesse du taux de bancarisation d’environ 20%
(banques) contre 40% pour les établissements financiers et micro finance.
Les taux d’intérêts très élevés pratiqués par les banques (14,6%) rendent difficile l’accès
au crédit et sont une cause importante de cette faible intermédiation financière. Ce sont
majoritaires des institutions de microfinance (MFI) et des banques de prêt et dépôt, des
banques communautaires et rurales.
Les ressources
Flux
de
financement
mobilisés
•
•
En dépit du ralentissement de l’activité économique, la principale source de financement
demeure les ressources internes qui tout de même varient d’année en année. Au cours de la
décennie 2010-2020, la moyenne de flux de financement mobilisé est à hauteur de 165, 929,
milliards de gourdes par année. Les ressources mobilisées avaient atteint leur pic en 2020,
soit le montant de 199, 600 milliards de gourdes.
La croissance des ressources internes durant ces deux dernières années est due
principalement aux opérations d'emprunts effectués par l’Etat à des fins de refinancement.
Recettes
internes
•
S’agissant des recettes internes, elles sont évaluées à 132,612 milliards en 2021 contre
89,339 en 2020, une hausse de 32.63%.
Recettes fiscales
•
Recettes
Taxes
douane
•
Elles sont composées de recettes fiscales pour 110, 283, milliards (83.16 %) et de recettes
non fiscales domestiques pour 13,419 milliards (10.11%). En 2020, les recettes fiscales
étaient évaluées à hauteur de 83,654 milliards (93.63%) contre à 5,685 milliards (recettes
domestiques) (6.36%). L’augmentation des recettes fiscales, en hausse est attribuable aux
impôts indirects.
Les recettes en provenance de l’Administration Générale des Douanes (AGD), montrent une
nette tendance à la baisse de 48 milliards de gourdes par an due à la croissance des
importations et à la chute des recettes douanières.
des
de
•
Le net ralentissement des activités de l’import-export, a provoqué une diminution drastique
des recettes douanières autour de 24 milliards de gourdes dans le cadre du budget 2019-2020
due à la faiblesse de la production nationale.
98
Ressources
Externes
Aide
au
Développement
•
En termes de financement, l’Etat emprunte de l’extérieur en moyenne 38 490 milliards de
gourdes par an.
•
dans le cas d’Haïti, ils révèlent qu’à long terme comme à court terme, parmi les flux
internationaux de capitaux enregistrés, seuls les transferts de fonds des migrants et
l’investissement direct étranger, ont une incidence positive sur les conditions de vie des
habitants
•
Les moyens de combler ce déficit ont été axés sur l’augmentation des apports de sources
extérieures, tels que l’APD et l’IED, et sur la réduction de la dette.
l’aide publique au développement a un effet positif (très significatif) sur la croissance
économique, car une augmentation (plutôt faible) de 1% de l’Aide publique au
développement entraine une augmentation de 0,147% du PIB.
L’aide publique au développement reste une source majeure de financement. En résumé,
l’APD a représenté en moyenne annuelle près de 8.1% du PIB et un HAITIEN a reçu en
moyenne, près de 57.06 dollars américains d’aide publique au développement entre 1980 et
2019.
•
•
•
Selon la Loi des Finances 2020-2021, l’APD sous forme de dons ou prêts
concessionnels octroyés à des conditions de faveur, représente en moyenne, près de
37.89% des ressources gouvernementales et équivaut à 47% des dépenses de l’Etat
alors que 62.11% de ces dépenses sont financés par des ressources internes (recettes
et emprunts internes) soit 46 080 milliards de gourdes (Source budget de l’exercice
fiscal 2020-2021).
Encadré 4
Reforme
Ces vingt dernières années, Haïti a accompli des efforts considérables en matière de réformes.
Les résultats ont varié dans les différents secteurs.
•
Les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) (1980) étaient destinés à éradiquer la
crise chronique à travers la politique monétaire, le renforcement du cadre institutionnel
des finances publiques, l’amélioration de la gestion des structures administratives
fiscale et douanière, l'exécution du budget dans la plus grande transparence. Le plan de
réforme mis en œuvre des 2012 devait également soutenir la diversification de
l’économie et favoriser l’investissement privé en vue d'atteindre une croissance
durable. L'élan donné aux finances publiques devait aboutir au développement du
système financier haïtien.
•
L’ensemble des instruments mis en place n’ont pas pu déclencher durant ces vingtannées une véritable transformation économique et sociale du pays. La réforme du
secteur public avait bradé les entreprises publiques.
•
Les principaux leviers de la politique économique dont dispose l’État n’ont pas été tout
à fait efficaces. En exemple, la politique budgétaire qui n’arrive pas à d’influencer
l’activité économique dans la direction de la croissance du fait de l’augmentation
99
effrénée des dépenses improductives de l’Etat et la réduction des investissements
publics. Haïti a de préférence enregistré une hausse brutale et généralisée des prix et
encore un taux de chômage élevé et persistant
•
Les « plans de relance » (financement public d’infrastructures, de nouveaux chantiers,
construction de nouvelles routes, etc.) et les programmes d’austérité n’ont pas abouti
aux résultats escomptés. Après vingt ans, l’économie haïtienne souffre des mêmes
maux : le secteur primaire continue de subir les aléas des marchés internationaux des
matières premières. L’industrialisation n’a jamais pu être enclenchée, la privatisation
des entreprises publiques n’a pas donné les résultats escomptés. C’est donc le secteur
des services et le secteur informel qui, à eux deux, absorbent la grande part d’offre de
travail en milieu urbain.
Il faut alors souligner que les perspectives relatives à l’inflation, à la production, à l’emploi et à
d’autres variables macroéconomiques dépendent notamment de la manière dont ces politiques
sont déployées et interagissent.
VII.
Une analyse des causes contraintes, obstacles et lacunes – ainsi que les conditions
Favorables à la mobilisation de ressources
Les résultats indiquent que :
Impacts négatifs
(1) Le principal obstacle à la mobilisation des ressources locales en Haïti, à cause de son faible niveau de
revenu, réside dans le faible ratio épargne sur investissement. Epargne intérieure brute (dollars
courants)-639 640 688 (2020)/-25 000 000 (investissements 2020) source OCDE, ratio est de : -25.58%.
(2) le principal obstacle à la mobilisation des ressources locales en Haïti comme pays à faible revenu, est
du également au bas niveau des revenus, à des facteurs démographiques et à la structure du secteur
financier, le taux d’épargne publique et privé faibles, une mauvaise gestion des taux d’intérêt,
l’étroitesse de l’assiette fiscale et les complexités administratives. À cela, s’ajoutent des systèmes
inefficaces de recouvrement des recettes et des flux massifs de capitaux illicites. Enfin, un autre obstacle
majeur à la mobilisation des ressources nationales est l’existence de nombreuses PME qui opèrent dans
le secteur informel et ne paient pas d’impôts, éléments sur lesquels il est généralement difficile d’agir
dans le court à moyen terme,
(3) En bref, les obstacles rencontrés pour mobiliser les ressources, découlent pour l’essentiel, en des taux
d’épargne publique et privé faibles, une mauvaise gestion des taux d’intérêt, l’étroitesse de l’assiette
fiscale et les complexités administratives. À cela, s’ajoutent des systèmes inefficaces de recouvrement
des recettes et des flux massifs de capitaux illicites. Enfin, un autre obstacle majeur à la mobilisation des
ressources nationales est l’existence de nombreuses PME qui opèrent dans le secteur informel et ne
paient pas d’impôts.
100
(4) l’analyse suggère quelques recommandations de politique économique telles que : une meilleure
mobilisation des ressources locales, la nécessaire stabilité politique, une gouvernance et des institutions
de meilleure qualité, l’amélioration des infrastructures de base, le développement du marché financier,
un cadre macroéconomique pertinent, destiné à stabiliser les prix des produits de première nécessité.
Encadre 5
Les Impacts Limités
L’annulation
de la dette
bilatérale et
multilatérale
Gestion
résultats
Reforme
L’annulation de la dette bilatérale et multilatérale a pu être totalement engagée pour un
montant cumulé de 5 milliards de dollars. La dette extérieure est ainsi passée de 99 %
du PIB en 2003 à 23 % en 2007. À la fin de 2006, le pays a décidé de se priver des
concours et des programmes du FMI, tout en préservant sa crédibilité internationale,
puisqu’il peut désormais émettre des bons du Trésor sans risque avéré ou prévisible sur
la soutenabilité de sa dette.
Des Impacts légèrement Positifs
par L’efficacité et rigueur dans la gestion des finances publiques avait permis de mobiliser
les ressources budgétaires nécessaires pour atteindre l’objectif. La mobilisation des
ressources financières en Haïti reste marquée par une faiblesse structurelle.
Des avancées indéniables ont été réalisées en matière de réformes institutionnelles. Des
études prospectives ont même été effectuées pour éclairer les décideurs publics et leur
fournir des outils pour rendre leur action plus efficace. L’insuffisante synchronisation
des réformes aux niveaux sectoriels et le retard pris dans le délai de leur mise en œuvre
ont entravé leur efficacité. Il en ressort que des structures de gouvernance déficientes,
ont pesé de tout leur poids sur la faible qualité des politiques publiques et notamment
leur pertinence. En exemple, la politique commerciale qui n’a aucun impact réel sur
l’évolution des exportations.
Des Impacts Positifs Significatifs
Encadré # 6
Quatre Défis majeurs (PFCS)
Les défis majeurs persistent (dépenses et arriérés publics, déficit et dette publique) et nécessitent des
actions vigoureuses de l’Etat. Face à la situation chaotique en matière de la mobilisation des recettes
101
domestiques, le contexte est à la rationalisation des dépenses publiques. La mobilisation accrue des
ressources intérieures est présentée comme l’«option difficile» pour remédier au déficit de ressources.
(1) Plan de Développement durable sur 50 ans
(2) Finances Publiques pour un pays notoirement sous-capitalisé, la question des fonds propres et
des fonds à injecter dans l’économie s’avère importante (cruciale).
(3) Capacités productives et institutionnelles: il ne s’agit pas de l’ordre de grandeur des montants
mais de la capacité du pays à exécuter les projets.
(4) Stabilité et croissance
Encadre 7
Conclusion
Les ressources domestiques sont le principal pilier du financement du développement :
•
Le diagnostic révèle que les opérations de financements internes du budget sont très importantes
bien qu’elles aient enregistré des fluctuations dues à des situations de crises (catastrophes
naturelles et troubles sociopolitiques)
•
En dépit des signes inquiétants de déséquilibre dont font montre les finances publiques, l’Etat est
parvenu à réaliser à 83.41% % des objectifs de mobilisation des ressources publiques qu’il se
fixe chaque année, 49.99% proviennent des ressources budgétaires. Ceci démontre que le pays
dispos d’une capacité de collecte très forte des recettes sur son territoire qui mérite d’être
optimisée.
•
Les sources de financement domestiques sont les plus prometteuses pour la réalisation des ODD.
Ce qui nécessite impérativement que les recettes publiques internes fiscales soient complétées
par des taxes innovantes et le développement de marchés financiers pour renforcer le programme
actuel d’élargissement de l’assiette fiscale.
•
Les meilleures performances (pic des ressources collectées) l’ont été grâce aux emprunts internes
et particulièrement aux ressources domestiques collectées. Les autorités budgétaires devraient
veiller à ce que la dette publique reste soutenable à moyen terme, même si les taux d’intérêt
augmentent. Pour cela, le retour à un cadre budgétaire crédible et cohérent à moyen terme est
important.
•
En outre, les institutions financières et les banques de développement offrent des mécanismes de
facilitation commerciale ou des ressources additionnelles intermédiaires. Dans la perspective
d’une stratégie de financement de l’économie.
102
Les stratégies de financement devraient tenir compte de toutes les sources dont chacune a son rôle
propre, fondé sur ses caractéristiques particulières, ses forces et ses faiblesses.
•
En dépit des controverses qui subsistent sur l’efficacité des flux internationaux de capitaux, force
est de constater que face aux difficultés rencontrées pour mobiliser leurs ressources locales, l’aide
publique au développement, l’investissement direct étranger et les transferts de fonds des
migrants représentent les trois principales sources de revenus après les exportations.
•
(dans le cas d’Haïti, ils révèlent qu’à long terme comme à court terme, parmi les flux
internationaux de capitaux enregistrés, seuls les transferts de fonds des migrants ont une
incidence positive sur les conditions de vie des habitants et non l’investissement direct étranger
(0.2% du PIB).
•
Contrairement aux exportations, ces flux ne sont pas générés par des activités réalisées dans le
pays. Par conséquent, Haïti se trouve dans l’obligation, pour financer son développement, de
recourir à des flux de capitaux extérieurs.
Le pays est dans l’obligation, pour financer son développement, de recourir à des flux de capitaux
extérieurs, étant donné que Le choix serait d’aller vers mieux d’Etat pour moderniser l’économie, la
rendre plus féconde en création de richesse, générer des gains de productivité.
Section 3
Recommandations
Le rapport propose les mesures, lignes
directrices et reformes ci-après, à mettre en
œuvre par Haïti d’ici 2030 pour améliorer sa
situation économique et financière. L’analyse
suggère quelques recommandations de politique
économique telles que : une meilleure
mobilisation des ressources locales, la nécessaire
stabilité politique, une gouvernance et des
institutions de meilleure qualité, l’amélioration
des infrastructures de base, le développement du
marché financier, un cadre macroéconomique
pertinent, destiné à stabiliser les prix des
produits de première nécessité et à améliorer les
conditions de vie des plus démunis.
1. Axe 1 : Réformes dans le domaine du
développement économique
Recommandation No 1 : Les comptes de la
nation
Haïti devrait disposer d’un cadre comptable
adapté aux normes des Nations Unies de 1993.
Cet outil permet la réalisation d’études de
simulation d’impacts de politiques économiques.
Ce nouveau cadre permettrait un meilleur
éclairage sur les choix de politiques
économiques et sociales, le suivi de la
réalisation des programmes pluriannuels en
liaison avec la conjoncture économique et
financière et offrirait la possibilité de traduire les
options
stratégiques
du
développement
économique et social en objectifs à insérer dans
les lois des finances.
103
Mesures à prendre :
1. Revoir plusieurs modèles économiques
(modèle
quasi-comptable,
modèle
d'équilibre général calculable, s'articulant
autour des principaux instruments de la
comptabilité nationale)
2. Mener des études de simulation et d’impact
des politiques économiques pour évaluer les
interactions entre les principaux secteurs de
l'économie.
Recommandation
No
2 : Relance
l’économie par la croissance
de
L’Etat Haïtien devrait rechercher une croissance
forte et accélérée, suivant un rythme moyen de
6,5 % en 2024 en vue d’assurer à l’économie des
conditions viables et durables. Une telle option
implique des politiques volontaristes et un rôle
très actif du secteur privé dans l'accroissement
des investissements productifs dans les secteurs
porteurs et innovants, ainsi que dans
l'accroissement qualitatif du capital humain.
Dans leurs rôles respectifs, l'État, le secteur
privé et la société civile devraient fonctionner
comme des compléments, plutôt que comme des
substituts.
entreprises, reports d’impôts et prêts garantis
par l’État.
2. Des mesures de politique monétaire centrées
autour de ces instruments principaux : la
BRH devrait travailler à ramener l’inflation
vers l’objectif de 5-2 % à moyen terme,
conformément à la définition de la stabilité
des prix. Le programme d’achats d’actifs est
l’un des outils auxquels la BRH a recourt
pour atteindre cet objectif. a) les achats
d’actifs dans le cadre d’un nouveau
programme d’achats d’urgence face à la
pandémie b) l’assouplissement et la
prolongation
des
opérations
de
refinancement à plus long terme ciblées.
c)stabiliser le taux de change réel (taux
nominal corrigé des écarts d’inflation).
3. En complément des mesures budgétaires
nationales, une réponse coordonnée des
bailleurs, serait d’activer une clause
dérogatoire générale du Pacte de stabilité et
de croissance et chercher à mettre en place
un programme temporaire destiné à soutenir
la reprise économique post-pandémie.
Mesures à prendre :
Axe 2 : Réformes dans le secteur des Finances
1. Mobiliser des ressources domestiques, avec
Recommandation No
financière contrôlée
un taux de pression fiscale de 11.6%.
2. Renforcement des secteurs à forts potentiels
pouvant constituer des leviers de croissance.
3. Elaborer une stratégie d’ajustement de la
balance des paiements pour éviter une perte
de compétitivité-prix pour les producteurs
nationaux.
Cette démarche sera soutenue par des politiques
budgétaire et monétaire. La réponse des autorités
publiques devrait reposer sur trois piliers :
1. Des mesures budgétaires au niveau national
devraient être prises : soutien ciblé aux
ménages et aux petites et moyennes
entreprises par l’intermédiaire de plusieurs
instruments comme les dispositifs de
chômage partiel, crédit, aides d’urgence aux
3:
Libéralisation
L’Etat devrait considérer comme mode de
financement, la libéralisation financière afin de
réduire le degré de répression financière sur le
système monétaire et financier et amener le pays
vers des équilibres économiques stables et
durables. La libéralisation financière exige un
contrôle plus rigoureux du crédit bancaire et une
rigueur budgétaire (à éliminer les déficits
budgétaires excessifs).
Mesures à prendre :
1. Assurer la régulation prudentielle et une
supervision bancaire
2. Parvenir à la maîtrise de l’inflation pour une
atténuation des pressions inflationnistes
104
3. Appliquer la discipline fiscale qui permet la
soutenabilité de la dette publique
4. Application des règles du marché
(concurrence
entre
les
institutions
financières)
5. Réduire des mesures implicites ou explicites
sur les intermédiaires financiers.
d’entités opérant en dehors du processus
budgétaire.
2. Rendre plus transparent le processus
budgétaire.
3. Permettre au Parlement qui sera aussi sous
le contrôle de la Cour des Comptes, de jouer
un rôle plus efficace en ce qui concerne
l’approbation et le suivi du budget.
Recommandation No 4 : Augmenter les
recettes budgétaires
Recommandation No 6 : réforme du
processus budgétaire
L’Etat haïtien, pour améliorer l’efficacité du
processus budgétaire et assurer la viabilité des
finances publiques, devrait renforcer les règles
budgétaires existantes, soit en imposant un seuil
maximum de dépenses, soit en plafonnant les
impôts, le solde budgétaire ou la dette.
Cependant, pour pouvoir être utilisées de façon
efficace, ces règles doivent s’accompagner de
ces mesures.
L’Etat haïtien doit viser l’accroissement des
recettes budgétaires d’au moins 4% de plus du
PIB avec une augmentation mesurée des taxes
prélevées sur les grands contribuables.
Mesures à prendre :
1. Elargir l’assiette fiscale.
2. Renforcer les capacités de la Direction
Générale des Impôts.
3. Etablir un système de suivi et de contrôle de
collecte desdites recettes.
Recommandation No 5 : Mettre en place des
règles budgétaires
Haïti a eu, des déficits « excessifs » quasicontinus durant les deux dernières décennies.
Pour mieux adapter le cycle budgétaire aux
objectifs stratégiques haïtiens, l’élaboration du
cadre budgétaire à moyen terme peut être
renforcée par l’exécution des prévisions
macroéconomique et macro-budgétaire avant la
formulation du budget, et le renforcement des
capacités des Unités d’études et de
programmation. La phase de préparation du
budget peut être améliorée en ventilant par
secteurs les enveloppes budgétaires destinées
aux entités gestionnaires, leur donnant
suffisamment de temps pour établir leurs
propositions de dépenses et en renforçant la
coordination et la communication entre le
MPCE et le MEF.
Mesures à prendre :
1. Poursuivre la consolidation d’un compte
unique du trésor pour minimiser le nombre
Mesures à prendre :
1. Réviser les principes budgétaires propres à
assurer une affectation efficace des
ressources financières entre les programmes
de dépenses.
2. Etablir des plans à plus long terme tout en
réduisant la fragmentation des budgets (en
incorporant les dépenses fiscales dans le
cadre budgétaire, en contrôlant les fonds
extrabudgétaires et en surveillant les
engagements conditionnels, comme ceux qui
découlent des garanties de crédit et des
régimes publics de retraite) et en mettant
davantage l’accent sur les résultats auxquels
aboutissent les dépenses publiques.
3. Mettre à niveau la comptabilité nationale par
l’adoption de nouvelles techniques, aux
niveaux national, sectoriel et régional,
l’amélioration et le développement des
statistiques financières et monétaires et
l’intégration des variables sociales. Pour
assurer la cohérence de ces données, elles
seront intégrées dans le cadre d’une matrice
de comptabilité sociale globale au sein du
Ministère de l’Economie et des Finances.
105
Recommandation No 7 : Créer un fonds de
stabilisation
Les fonds souverains à travers le monde gèrent
un encours de plus de 6 000 milliards de dollars,
et les fonds de pension publics des actifs
atteignent près de trois fois ce montant. Or,
actuellement, seule une petite partie de cet
immense « réservoir » est consacrée aux
investissements directs (Source CNUCED).
L’économie haïtienne est assujettie à
d’importants chocs internes et externes
d’ampleur significative, l’atteinte des ODD
requiert des investissements importants. La
mise en place d’un fonds souverain est un
immense potentiel d’investissement à long
terme.
Mesures à prendre :
1. Mettre en place un fonds souverain de
stabilisation, afin de réaliser des placements
relativement peu liquides − dans des
domaines essentiels pour le développement
durable, tels les infrastructures et les
équipements publics (ODD 9), l’agriculture
( ODD 2, & 12), l’énergie (ODD 7), l’eau
potable et l’assainissement (ODD 6), la
santé et la nutrition ( ODD 3), l’éducation
(ODD
4),
et
la
protection
de
l’environnement (ODD 13) avec des
conséquences sur les finances publiques
(ODD8). Ce, pour renforcer le rôle contra
cyclique de la politique budgétaire.
2. Eliminer des barrières à l’entrée dans certains
secteurs d’investissement et mettre en place
des mesures pour contrecarrer l’instabilité et
l’imprévisibilité
de
l’environnement
économique. Prendre des mesures en vue
d’une meilleure préparation des projets
d’investissement et les informations et
données à fournir aux investisseurs
potentiels.
Recommandation No 8 : Réexaminer les
conventions et les accords relatifs aux
Investissements Directs Etrangers (IDE)
Haïti manque de marge de manœuvre
budgétaire, et pourrait utiliser les conséquences
néfastes la pandémie COVID‑19 pour attirer
l'investissement étranger direct (IED).
Mesures à prendre :
1. Revoir
les accords de protection des
investissements pour appliquer les meilleures
pratiques adoptées par les pays émergents et
chercher à augmenter les recettes de 2 à 3% du
PIB suite à des renégociations avec des
partenaires et investisseurs.
2. Organiser un atelier sur cette thématique avec
le BIT pour définir un plan d’action pour la
renégociation des accords bilatéraux et
conventions pour la promotion et la protection
des investissements.
Axe 3 : Réformes au
Planification stratégique
niveau
de
la
Recommandations No
planification stratégique
9:
Cadre
de
Les systèmes de planification, de statistique et
de documentation jouent un rôle essentiel dans
l’élaboration du plan de développement et dans
l’établissement de diagnostic de la situation
économique et sociale et des politiques et
mesures en vue d’une meilleure gestion de
l’économie. Le PSDH s'inscrit ainsi dans une
dynamique de transformation structurelle de
l'économie. Cela se traduira par la mise en
œuvre de nouvelles réformes. L’Etat Haïtien
devrait recourir à la modernisation et
réorganisation du Ministère de la Planification
en charge du Plan stratégique de Développement
national (PSDH).
Mesures à prendre :
1. Mettre en place une structure de gestion des
données et études. Ce programme serait
complété par plusieurs mesures ayant pour
but l’organisation de ces systèmes
106
d’information de façon cohérente et
intégrée.
2. Améliorer la structure interne et la
cohérence par rapport aux autres instruments
de planification que sont le budget et le
PSDH.
3. Disposer de méthodes de concertation et
d'outils aidant à l’appropriation des choix de
politiques et de priorités.
4. Mettre en œuvre les plans d’action pour
mieux
coordonner
les
programmes
budgétaires et d’investissements définis par
le gouvernement et s’assurer de l’atteinte
des objectifs à l’aide d’indicateurs de
performance.
5. Suivi/Evaluation
Les mécanismes de suivi-évaluation sont censés
assurer l’adaptation des objectifs retenus dans le
Plan, aux impératifs de la conjoncture à court
terme. Les politiques économiques globales et
sectorielles mises en œuvre ne font pas l’objet
d’évaluation réelle. A cet égard, un cadre de
veille stratégique devra être mis en place de
manière à anticiper sur les contraintes et
d’assurer la cohérence et le suivi de la mise en
œuvre
des
programmes/projets
de
développement susceptibles d’avoir des effets
d’entrainement sur plusieurs cibles des ODD.
Des accélérateurs devront être identifiés en lien
avec trois axes stratégiques du PSDH avec des
actions phares, entre autres : Axe économique
l’amélioration de la gestion des finances
publiques ; le renforcement du cadre
règlementaire incitatif à l'investissement et à
l’entreprenariat ; le renforcement des capacités
de production afin d’arriver à un environnement
économique fiable. Ces dispositifs doivent être
rigoureux, transparents, adaptatifs et respectueux
de la pluralité des points de vue dans le souci de
mesurer les effets des politiques publiques.
L’exercice exige un cadre plus harmonisé et
nécessite une méthode précise, claire et partagée
entre les acteurs. Il peut être rendu obligatoire
par la loi pour améliorer les conditions
d’archivage et assurer de la disponibilité des
rapports d’achèvement des projets et
programmes financés par l’APD.
Recommandation No 10 : Haut-Commissariat
au Plan
Mesures à prendre :
Il serait important d’intégrer au sein du MPCE,
une structure d’analyse stratégique et
prospective. Le Haut- Commissariat au Plan
serait chargé d'animer et de coordonner les
travaux de planification et de réflexion
prospective ainsi que d'éclairer les choix de
l’Etat au regard des enjeux démographiques. Il
serait chargé de la mise en œuvre de politiques
sectorielles cohérentes et veillerait au respect de
l'équité et de la redevabilité de tous les acteurs
du développement.
Ces interventions impliqueraient :
1. Opérationnaliser
2.
3.
4.
5.
6.
7.
les instruments de
planification et de programmation, en
mettant l'accent sur le lien entre les
perspectives de long terme et celles de
moyen terme, ainsi qu'entre les exercices
budgétaires annuels.
Assurer la cohérence dans les référentiels
de planification en ciblant les structures
nationales et régionales les mieux
habilitées à mettre en œuvre les
orientations stratégiques du PSDH.
Redynamiser le cadre de dialogue des
politiques, ainsi que des mécanismes et
outils de gestion et de suivi de l'Aide
publique au développement.
Assurer le suivi des résultats des politiques
publiques, notamment des progrès en
matière d'atteinte des principales cibles des
plans, notamment le PSDH/ODD.
Associer toutes les parties prenantes du
développement
socio-économique,
y
compris la société civile, au dialogue de
politique relatif au CINF.
Accorder toute l’attention nécessaire au
besoin des départements ministériels à
travers l’élaboration d’une stratégie et d’un
plan d’actions appropriés.
Renforcer les capacités institutionnelles
des structures responsables de la
conception et gestion des projets et
107
programmes, des structures chargées de
mobiliser les ressources et celles chargées
de la dépense. Affecter à ces structures les
ressources adéquates.
8. Renforcer les capacités de l'unité d’analyse
et d’évaluation rétrospective des projets et
programmes achevés, en instituant une
réunion de coordination régulière des chefs
de projets financés par la Banque sous
l’égide du Haut-Commissariat au Plan.
Recommandation No 11 :
pouvoirs du DPTI
Renforcer les
La concordance entre le coût de l’emprunt et la
rentabilité du projet provient de l’accumulation
rapide des soldes engagés non décaissés
(SENDs) qui reflètent la faible maturation des
projets soumis à financement extérieur. Le
MPCE devrait faire des Directions des
Programmes Triennaux d’Investissement et de la
DCE, une cellule de maturation des projets dont
l’avis sera préalable à la signature de tout accord
de prêt extérieur.
Mesures à prendre :
1. Contrôler le stock des SENDs et identifier
les projets faisant l’objet des SENDs de
plus de cinq (05) années et d’éliminer ceux
qui n’ont plus de justifications
2. Privilégier les projets prioritaires porteurs
de croissance et leur financement
concessionnel.
3. Engager des négociations et entretenir une
collaboration avec les partenaires au
développement pour accélérer l’épurement
des emprunts contractés mais non
décaissés.
Recommandation n° 12 : renforcer le
mécanisme de surveillance de la gestion des
projets
L’Etat pourrait adopter un document-cadre de
résultats bien définis, comprenant des
indicateurs de résultats et une méthode de
mesure.
1. Mettre en place une stratégie informatique
au niveau de l’Etat de manière à former un
cadre de résultats assorti de cibles et
d’indicateurs correspondants.
2. Former le personnel informatique à la
gestion des projets, en vue d’un
renforcement de ses compétences dans ce
domaine.
Les
demandes
de
perfectionnement pourraient être classées
selon leur criticité, eu égard à leurs
incidences sur des fonctions de
l’Organisation, et examinées aux fins de
budgétisation et de mise en œuvre et revus
sur la base de l’expérience et de l’état
d’avancement.
Recommandations No 13 : Rentabilité des
projets
Le pays risque de mobiliser de prêts très couteux
pour financer des projets d’une rentabilité ou
d’un produit économique très faible. Les fiches
de préparation des projets pourraient analyser
leur rentabilité en plus de détail, et les avis et
discussions au sein du DPTI pourraient mettre
l’accent sur le rendement du projet et le coût du
financement, et inclure les deux chiffres dans le
budget après la discussion pour démontrer au
parlement et au public que l’état est en train de
veiller à la viabilité à long terme de la dette et
des finances publiques.
Mesures à prendre :
1. Elaborer un manuel de procédures pour
permettre d’assurer une concordance entre
le coût de chaque empreint de l’Etat et la
rentabilité économique des projets
(rendement du projet financé en termes de
recettes budgétaires ou croissance du PIB).
2. Réviser les standards proposés par le
document de politique d’endettement
adossé à la loi de finances.
3. Revoir les lignes de conduite pour la
négociation et la mobilisation des
emprunts.
Mesures à prendre :
108
Axe 4 : Réformes dans le domaine des
politiques publiques
Recommandations No 14 : les politiques
publiques
L’évaluation des politiques requiert d’avoir à
l’esprit le cadre institutionnel dans lequel
s’exercent ces politiques. Cet exercice revient
aux grands corps d’inspection de l’Etat dont les
rapports de contrôle de gestion des
administrations publiques, contribueraient à
l’amélioration de l’action publique. L’évaluation
des politiques publiques devraient être la
mission première de la Cour des comptes qui est
aujourd’hui en amont dans la publication des
rapports d’évaluation des actions de l’Etat. Force
est de constater que la Cour n’est pas toujours
indépendante du pouvoir politique. Sa faiblesse
est qu’elle privilégie non seulement ses relations
avec l’Administration Publique, mais elle utilise
souvent une approche juridique ou comptable de
l’évaluation finalement assez éloignée des
méthodes d’évaluation de la fonction publique.
Il faut noter, en premier lieu, que Haïti n’a pas
une culture d’évaluation. Les évaluations
d’impact en Haïti sont quasi absentes. Elles
supposent un environnement politique et
institutionnel favorisant la pratique de
l’évaluation des politiques publiques.
Il est urgent de remédier aux faiblesses du suivi
de l’action publique par le suivi et l’évaluation
des politiques publiques sur la base des
indicateurs qui vont s’agréger en indicateurs de
performance nationaux permettant au Parlement
ou autres instances administratives de constater
l’efficacité, l’efficience et la qualité de service
de l’administration avant de voter le budget
suivant. En vue d’établir un cadre institutionnel
solide pour l’élaboration, le suivi et l’évaluation
des politiques publiques. L’Etat devrait
envisager de :
Mesures à prendre :
1. Définir un cadre institutionnel formel pour
le suivi et l’évaluation des politiques
publiques, afin de clarifier les mandats des
différents acteurs impliqués au sein du cadre
institutionnel du suivi des politiques
prioritaires.
2. Développer au Haut-Commissariat au Plan,
la fonction du centre de gouvernement en
matière d’évaluation en donnant à une
institution du centre de gouvernement un
mandat explicite pour exiger la conduite
d’évaluations par les ministères sectoriels, et
leur coordination, et promouvoir l’utilisation
des évaluations au niveau stratégique.
3. Effectuer les audits internes et externes pour
vérifier le respect des règles professionnelles
communes, et évaluer l’efficacité de leur
mise en œuvre.
4. Organiser un dialogue de performance
unique entre le centre du gouvernement et
les ministères sectoriels. Communiquer sur
le suivi des politiques prioritaires.
Axe 5 : Réformes Fiscales
Recommandation No 15 : Définir et
moderniser des politiques fiscales efficaces,
équitables et économiquement attractives
Mesures à prendre :
1. Appuyer la conception, la mise en œuvre et
le suivi des politiques fiscales.
2. Effectuer l’analyse d’impact des options de
politique fiscale, en portant une attention
particulière aux questions d’équité et de
durabilité.
3. Rationaliser les dépenses fiscales. Lier les
hausses de recettes attendues à des objectifs
en termes de dépenses et de politiques
sectorielles. De telles actions sectorielles sur l’éducation et le système de santé, par
exemple- auraient pour objectif de renforcer
l’efficacité des dépenses.
Recommandation No
recettes non fiscales
16 :
Accroitre
les
Les exonérations constituent des avantages
fiscaux dont bénéficient les contribuables pour
diminuer le montant de leurs impôts et réduire
considérablement la capacité de recouvrement
des autorités fiscales. Les taxes sont donc de
109
plus en plus réglementées. L'impôt sur le revenu
peut aller jusqu'à 25 % mais des exonérations
d'impôt existent pour alléger les charges. Les
exonérations possibles sont : les exemptions
fiscales et douanières, l’exonération de l’impôt
sur le revenu, l’exonération du droit
proportionnel de la patente et l’exonération de la
taxe sur la masse salariale et autres taxes
internes directes pour des entités qui auraient
contribué à financer le développement et
répondent de leurs responsabilités sociales..
Mesures à prendre :
1. Viabiliser les sites touristiques pour
accroitre les visites et frais d’accès aux sites
2. Valoriser l’économie maritime par le
transport interne et externe
3. Explorer le secteur minier
4. Procéder à un audit des exonérations fiscales
pour ne maintenir que celles dont l’impact
positif sur l’économie est avéré.
Recommandation No 17 : Evasion et fraude
fiscale
L’Etat haïtien devrait chercher à réduire
significativement l’évasion et la fraude fiscale
Mesures à prendre :
1. Suivre
par
audit,
et
collecter
systématiquement les informations sur les
contribuables.
2. Renforcer les capacités dans ce domaine, à
travers le programme Tax Inspectors
Without Borders (TIWB), un programme
conjoint de l’OCDE et du PNUD, afin
d’augmenter ses recettes de l’Etat de 2 à 3%
du PIB.
Recommandation No 18 :
fiscalité (foncière et locale)
Réformer
la
La fiscalité foncière, en raison des
caractéristiques de son assiette et de son
potentiel de croissance, sera notamment prise en
compte comme un outil majeur du
développement de la fiscalité locale. L’Etat
haïtien devrait améliorer le recouvrement de la
taxe foncière en indexant sa base sur l’accès à
certains services. Selon l’article 2, modifié le 28
septembre 2015, établit le budget général de la
République depuis 2015. Il traite de la
Contribution Foncière des Propriétés Bâties.
Actuellement, la base d’imposition de la taxe
foncière est la valeur locative de l’immeuble
telle que déclarée par le propriétaire ou telle que
définie par l’administration fiscale. Le fait que
l’assiette de la taxe sur la propriété foncière soit
la valeur locative des immeubles semble ne pas
être adaptée aux réalités du terrain.
La décentralisation fiscale se définit comme le
transfert vers les administrations locales, des
pouvoirs de décisions relatives à la mobilisation
des ressources au niveau local, en vue de
l’exécution des responsabilités dévolues par le
gouvernement central. Puisqu’elle permet de
rapprocher les gouvernants des gouvernés, la
décentralisation fiscale accroitrait le degré de
redevabilité et d’imputabilité des décideurs, de
l’autorité fiscale et des agents d’exécution
devant les populations qu’elles servent. Les
populations se sentent en effet plus capables de
demander des comptes aux administrations
locales qu’à l’administration centrale qui se situe
parfois à des milliers de kilomètres, et avec
laquelle elles ne peuvent rentrer en contact que
par l’intermédiaire de ses représentants. Pour
que cette décentralisation fiscale produise le
rendement escompté, il faudrait qu’à brève
échéance, le gouvernement central accompagne
ces collectivités dans la formation des de leurs
cadres et le renforcement de leurs capacités. Si
cela n’est pas fait, les taxes seront difficiles à
collecter, et la décentralisation fiscale risque
d’être très peu rentable, ce qui ferait peser des
menaces sur les finances publiques du
gouvernement central. L’élargissement des bases
fiscales est une priorité pour les économies à
faible revenu où l’économie informelle peut
représenter 60% à 80% du produit intérieur brut.
Dans ces conditions, Haïti devrait rechercher des
appuis techniques qui se concentreront sur des
actions de renforcement de capacités dans les
domaines suivants : (i) intégration de l’économie
informelle, et (ii) la maîtrise du fichier des
contribuables, personnes physiques comme
personnes morales.
110
des recettes budgétaires de l’Etat et des
collectivités locales
Mesures à prendre :
1. L’Etat pourrait accroitre la collecte de la
taxe foncière et lui permettre de contribuer à
la redistribution des revenus, la valeur
locative de l’immeuble pourrait être indexée
sur différents facteurs tels que l’accès aux
biens ou services publiques, la localisation
géographique, la consommation moyenne et
géolocalisée d’électricité, le temps de
communication de téléphonie mobile.
2. Renforcer la fiscalité locale pour optimiser
la collecte dans le secteur informel et
toiletter le fichier des contribuables. La
décentralisation de la fiscalité apparait
comme un puissant outil d’accroissement
des recettes publiques car, dans un
environnement dominé par le secteur
informel, les collectivités locales peuvent
disposer d’un meilleur fichier des
potentiels contribuables.
Recommandation No 18 :
collecte des droits de douane
Optimiser
la
L’Etat haïtien devrait remettre à l’ordre du jour
les droits et taxes à l’exportation pour faire face
à la réduction des tarifs imposés. L’AGD
développerait des mécanismes de prélèvements
alternatifs. A cet effet, les droits et taxes à
l’exportation devraient donc être remis à l’ordre
du jour sur certains produits surtout ceux
contribuant à la dégradation de l’environnement
et aux changements climatiques.
Mesures à prendre :
1. La réduction progressive des droits de
douane pour de développer d’autres
ressources publiques
2. Amélioration de la gestion de la TVA,
3. Effectuer un audit exhaustif de tous les
produits exonérés de droits de douane ou
admis en zone franche qui, compte tenu de
la porosité des frontières, peuvent être
aisément réexportés vers les pays voisins.
4. Un instrument de capture de la rente des
ressources minières pour l’accroissement
Recommandation No 19 : Taxes innovantes
Introduire des taxes innovantes pour élargir
l’assiette fiscale d’élargissement de la base
fiscale et développer les leviers et niches à fort
potentiel telles que la fiscalité foncière et la
fiscalité locale
Haïti a adhéré à plusieurs initiatives de taxation
innovante – y compris une « taxe sur les billets
d’avion », « une taxe sur la téléphonie mobile »
et des « taxes sur les transactions financières ».
Mais la contribution de ces taxes au du budget
de l’Etat reste minime. L’Etat haïtien devrait
introduire la réflexion sur les taxes innovantes
capables de financer cet élargissement de la
couverture sanitaire.
Mesures à prendre :
1. Soutenir une meilleure gestion et fiscalisation
des
revenus
des
ressources
naturelles.Améliorer la gestion transparente,
durable et équitable de leurs ressources ainsi
que dans l’utilisation adéquate des revenus
tirés de l’extraction
2. La fiscalité écologique apparait de nos jours
comme l’un des principaux instruments de
financement du développement durable. Il
s’agit donc pour les autorités de définir des
instruments fiscaux qui permettraient de
mobiliser plus de recettes tout en protégeant la
biodiversité.
3. La taxe sur les secteurs les plus rentables.
L’Etat introduit un prélèvement de 10% sur le
chiffre d’affaires des compagnies de téléphonie
mobile.
4. L’Etat introduirait un impôt de 2% sur les
exportations de transferts privés courants ou
les compagnies d’Assurance Maladie), pour
constituer un Fonds pour la couverture sociale
de tous les citoyens qui n’ont pas accès aux
soins de santé.
5. Taxe sur les secteurs extractifs, financiers ou
touristiques. L’avantage de ce type de
111
prélèvement est qu’il cible les entreprises «
excessivement rentables ». Le désavantage est
que le flux de recettes dépend de la
performance de ces secteurs et donc peut
devenir volatile.
6. L’Etat haïtien devrait renégocier les contrats et
licences des entreprises les plus rentables
(industries)
et
entreprises
de
télécommunications) ayant des effets énormes
sur les recettes fiscale (augmentation de 3% à
10% du PIB). Ensemble, ces mesures
pourraient accroître les recettes budgétaires de
4% du PIB de plus, sans pour autant accroître
la pression fiscale sur la majorité des
entreprises.
7. Le MEF pourrait créer un groupe de travail,
dirigé par la DGI et la DGD avec l’appui de
plusieurs partenaires, pour assurer la mise en
œuvre de ces politiques.
Recommandation No 20 : Dépenses
fiscales
La mesure qui devrait être prise par le
Gouvernement, et applicable à partir de
l’exercice budgétaire 2023, pour élargir
l’assiette fiscale en réduisant la dépense
fiscale à travers la suppression progressive
des exonérations relatives aux impôts
indirects à hauteur de 100 milliards de
gourdes, est donc à encourager. La Direction
de l’Inspection Fiscale (DIF) devrait, au
moins chaque année, faire apparaitre dans
un tableau synthétique le manque à gagner
provenant des dépenses fiscales, pour que
les citoyens puissent s’informer de leur
évolution. Haïti devrait chercher à renforcer
sa capacité à mettre en place des systèmes
fiscaux plus efficaces, dans le but ultime
d’accroître la mobilisation des ressources
pour le développement durable.
Axe 6 : Réformes relatives à la gestion de la
dette publique
Recommandation No 20 :Accompagner une
meilleure gestion de la dette publique
Avec une dette publique qui devrait culminer à
48.6% du PIB en 2022, Haïti est passé d’un
statut de pays à « bas risque » de surendettement
à celui de pays à « haut risque » de
surendettement selon l’analyse de viabilité de la
dette (AVD) du FMI de 2018. Ce nouveau
paysage exige à la fois une optimisation de la
politique d’endettement du gouvernement et un
renforcement du dispositif institutionnel de
gestion des obligations financières de l’état
haïtien. L’Etat haïtien devrait chercher à garantir
la viabilité de la dette publique et la
soutenabilité des finances publiques à long
terme élaborer une bonne stratégie de prêt et
d’emprunt axée sur la maîtrise du risque de
surendettement et sur la mobilisation de
ressources maximales pour atteindre les ODD.
Le FMI et la Banque mondiale encouragent les
gouvernements, les bailleurs de fonds et les
créanciers à utiliser autant que possible le e
Cadre de viabilité de la dette pour les pays à
faible revenu (CVD) pour éviter l’accumulation
excessive de dette. Les analyses de viabilité de
la dette (AVD) doivent former le socle des
stratégies d’endettement à moyen terme et des
plans de dépenses publiques viables axés sur la
réalisation progressive des objectifs de
développement du pays. Le CVD peut aussi
orienter les décisions des créanciers en matière
de prêt. Le système des institutions de Bretton
Woods d’analyse de viabilité des dettes
publiques a été renforcé avec une prise en
compte élargi de la dette intérieure.
En plus de l’amélioration de la collecte des
recettes, l’emphase doit être mise sur le
renforcement des capacités des administrations
publiques dans la gestion de la dette publique et
dans la mobilisation optimale de l’épargne
nationale. Initier les activités du Debt
Management Facility (DMF) de la Banque
mondiale, qui élabore des diagnostics de
112
performance de gestion de la dette et aide à la
mise en œuvre de stratégies de gestion de
l’endettement public à moyen-terme.
Mesures à prendre :
1. Renforcer la coordination entre les acteurs
intervenants dans le circuit de gestion de la
dette, dans la signature des accords de prêt. La
gestion de ce processus devrait être assurée par
la Commission nationale de la dette publique.
2. La Commission aurait pour principales missions
de veiller à la viabilité de la dette publique et de
la soutenabilité des finances publiques ; au
respect de la législation et de la réglementation
en matière d’endettement public, et participer à
la préparation des projets de textes y relatifs. Il
doit aussi se prononcer sur toutes les opérations
de renégociations, de restructuration ou de
rétrocessions de la dette publique.
Axe 7 : Réformes dans le domaine des
Partenariats public-privé
Recommandation N° 21 : Exécution de projet
en mode PPP
Les études préalables des projets PPP n’ont
souvent pas été rigoureusement menées. L’Etat
haïtien devrait créer un organisme expert, dédié
au PPP dénommé Conseil d’Appui à la
Réalisation des Contrats de Partenariat Public
Privé (CPPP). Cet organisme comme personne
morale mandataire de l’Etat aurait pour rôle de
conseiller le gouvernement sur toute question
relative aux PPP, et constituerait également un
centre d’expertise et d’information en matière de
PPP. L’organisme jouerait le rôle de conseil
auprès des administrations publiques initiatrices
de projets ppp en leur apportant son appui en
termes d’expertise sur le triple plan juridique,
technique et financier tout au long de la
préparation, la sélection du partenaire privé,
l’exécution du contrat et le suivi de l’exécution
des projets.
Mesures à prendre :
1. Organiser une structure ayant principalement
une mission de conseil, durant les différentes
phases de l’élaboration des projets et assurer le
suivi lors de l’exécution de projets en mode
PPP.
2. Renforcer les capacités et les pouvoirs de
l’organisme afin que celui-ci devienne une
véritable cellule de la viabilité financière des
contrats de partenariat, et que ces avis soient
suspensifs sur toute procédure d’inscription ou
de réalisation d’un projet de développement en
mode PPP. Autrement dit, aucun projet ne
devrait être attribué à un partenaire privé par
les administrations sectorielles sans avoir reçu
l’avis de cet organisme.
3. Pour éviter les nombreuses disparités dans les
procédures adoptées par les différentes
administrations sectorielles, le rapport
recommande également qu’un document de
stratégie à l’élaboration des contrats de
partenariat soit élaboré et mis à la disposition
des administrations centrales et locales.
Recommandation No 22 : Cadre législatif des
Partenariats Publics Privés
L’Etat devrait renforcer le cadre législatif
PPP afin d’améliorer la transparence des
projets financés, et faire en sorte que les projets
répondent aux priorités définies.
Mesures à prendre :
1. L’EFD recommande que cette la loi sur les
PPP soit renforcée afin de limiter le recours
aux PPP uniquement que dans le cadre des
projets d’une très grande envergure technique
et financière pour lesquels le secteur privé est
en mesure de fournir un meilleur service à un
moindre coût.
2. La loi régissant le régime des contrats de
partenariat devrait explicitement spécifier des
dispositions pour améliorer l’évaluation et le
suivi des projets réalisés en mode PPP, et
prévoir que la sélection des entreprises soit
113
systématiquement effectuée
d’appels d’offres ouverts.
sous
forme
3. Pour accroitre la redevabilité sur les PPP et le
suivi des contrats, les passifs contingents de
tous les PPP existants, devront faire l’objet
d’une analyse qui sera annexée à la loi de
finances, et intégrant les risques budgétaires.
collaboration de l’Etat central avec les acteurs
territoriaux, pour une nouvelle approche en
matière de planification régionale. Les efforts
déployés dans le cadre des politiques de
décentralisation et de déconcentration, en vue
d’assurer la complémentarité et la synergie entre
les administrations déconcentrées et les
collectivités locales, n’ont pas encore donné les
résultats escomptés.
Axe 8 : Les marchés financiers
Axe 10 : Aide Publique au Développement
Recommandations No 23 :Développement des
marchés financiers à moyen terme
Recommandations No 25 : Aligner les apports
d’aide sur les priorités nationales et établir
un partenariat collectif
L’Etat haïtien devrait formuler une politique de
développement des marchés financiers pour la
mobilisation de l’épargne intérieure, le
financement des investissements publics, et le
financement à moyen terme du secteur privé.
Mesures à prendre :
1. Maintien
d’un niveau d’endettement
intérieur
acceptable
de
l’état
(et
éventuellement du secteur privé) à travers
l’émission d’obligations, pour mobiliser et
rentabiliser au maximum l’épargne privée
2. Allongement de la maturité des emprunts
publics et à la réduction de leurs taux
d’intérêt pour renforcer la viabilité de la
dette publique totale et éventuellement la
viabilité de la dette du secteur privé
3. Mobilisation de l’épargne des institutions
financières et avec une vision de plus long
terme (assureurs, établissements financiers
non-bancaires) pour assurer une demande
suffisante pour les instruments du
gouvernement à long terme.
Axe 9 : Collectivités territoriales
Recommandations No 24 : Etude sur les
collectivités territoriales
Les pouvoirs publics devraient entreprendre une
étude
qui
vise
à
identifier
les
dysfonctionnements de l’expérience actuelle de
L’aide publique au développement se révèle
efficace s’il y a une complémentarité entre les
bailleurs de fonds et une coordination de leurs
activités avec les partenaires nationaux. Mais, à
l’instar des dispositifs de concertation
susmentionnés (CIRH, CAED), les mécanismes
de coordination sectorielle, quoique bien conçus,
restent également de simples cadres d’échanges
d’informations et de concertation générale qui
n’enregistrent pas une implication significative
des partenaires nationaux. L’absence d’une
approche de partenariat véritable empêche le
pays de participer pleinement à la sélection des
programmes financés sur l’aide et à leur mise en
œuvre.
Les bailleurs de fonds intervenant en Haïti en
concertation avec le Ministère de la Planification
et de la Coopération externe et les autres entités
concernées, devraient de rechercher des pistes
concrètes pour une meilleure coordination de
l’aide publique avec les services nationaux
compétents. Par ailleurs, dans le but de parvenir
à une certaine harmonisation de leurs activités,
le rapport recommande :
Mesures à prendre :
1. Optimiser les instruments de coopération
d’Haïti et ses partenariats
2. Renforcer les acteurs de la coopération
internationale en matière de mobilisation des
ressources
114
3. Engager des réflexions pour diversifier la
nature des appuis techniques, y compris en
matière de coopération Sud-Sud afin de
renforcer l’impact et l’évaluation des
résultats des projets financés sur le terrain.
4. Renforcer les synergies des acteurs
internationaux de coopération fiscale,
soutenant l’initiative G20 « plateforme pour
une collaboration fiscale ».
5. Renforcer
l’appui des
organisations
internationales qui focalisent leur assistance
technique sur la mobilisation des ressources
intérieures (Centres régionaux d’assistance
technique du FMI, Revenue Mobilisation
Trust Fund, Global Tax Program).
6. Mettre en place un système de concertation
sectorielle ou thématique, conçu autour des
secteurs clés de l’économie. Les bailleurs de
fonds intervenant dans un secteur se
regrouperaient autour de celui-ci et
désigneraient un chef de file. Les
mécanismes de coordination sectorielle est
actuellement fonctionnelle. Il s’agirait de
mettre en place un système de concertation
et de coordination à plusieurs niveaux :
7. La coordination des donateurs qui apportent
un appui direct à l’économie à travers
l’appui budgétaire, les prêts concessionnels
et un appui aux projets. Cette rencontre
s’effectuerait sur la base de réunions
mensuelles incluant les ambassadeurs et les
responsables
de
coopération.
Cette
démarche propose un appui institutionnel tel
que le programme d’appui aux quatre
ministères qui vise à renforcer la capacité du
Gouvernement dans la coordination de
l’aide La coordination pourrait être assurée
par le Système des Nations unies et sous la
présidence du Coordonnateur résident du
PNUD ou le Fonds Monétaire international
basée sur des réunions mensuelles des chefs
d’agence.
8. Organiser la concertation de l’ensemble des
bailleurs de fonds qui s’effectue avec des
réunions périodiques trimestrielles avec le
PNUD comme chef de file. Le PNUD est
habilité à coordonner l’aide publique au
développement dans le cadre des tables
rondes qui constituent le mécanisme de
coordination de l’aide. La coordination
organiserait
des
sous-groupes
de
coordination de l’aide au plan sectoriel. .
Ces rencontres seront organisées avec les
autorités locales comme des tables rondes
des groupes consultatifs sur les possibilités
de financement du développement. Cette
tentative, propulserait l’importance de la
coordination de l’aide par les autorités
locales comme facteur essentiel de son
efficacité, et la nécessité de renforcer la
capacité des autorités locales de conduire le
processus de coordination.
9. Mettre
en place un système de
programmation, de suivi, d’évaluation et de
coordination de l’aide publique au
développement. Planifier et budgétiser les
activités relatives à l’aide.
Recommandations No 26 : Les flux financiers
issus de la coopération avec les pays du Sud et
les pays émergents.
Haïti n’a pas encore établi une coopération
formelle avec les pays du Sud et les pays
émergents. D’importantes ressources telles les
Fonds mondiaux pour la santé, et les fonds vert
(climat et environnement) pourraient être
mobilisées pour le financement de certaines
cibles prioritaires des ODD. Les possibilités de
mobilisation de ressources provenant de
nouvelles sources sont grandes. Le secteur
minier et l’économie maritime constituent
d’importantes sources de fonds non encore
explorées. A ce titre, l’Afrique tire plus de 520
milliards de dollars par an de la fiscalité
intérieure des ressources minérales et des
combustibles minéraux. De plus, la titrisation
des envois de fonds de la diaspora,
par l’émission des obligations destinées à la
diaspora, pourrait aider à canaliser de nouvelles
ressources vers des objectifs de développement.
Des fonds souverains constituent aussi un
mécanisme de plus en plus populaire pour la
mobilisation des ressources. Pour pallier les
115
contreperformances des secteurs – et ensuite aux
déséquilibres et aux chocs continus, il serait
important d’inclure le secteur privé, dans la
stratégie de financement de l’économie.
L’intérêt de cette démarche est de jauger la
capacité du système bancaire haïtien à assurer sa
mission de financement de l’économie. La
coopération au développement avec les pays
émergents
(coopération
Sud-Sud),
peut
contribuer à réduire la charge de la dette
extérieure en faisant de la protection de
l’environnement un facteur de mobilisations des
financements du développement en Haïti.
Recommandations No 27 : Les
financements innovants
Les financements innovants restent peu
exploités en Haïti. Au niveau interne, les
taxes innovantes existent, mais leur
contribution aux recettes publiques n’est que
marginale. Les sources innovantes de
financement des PME et des startups
(capital-risque,
leasing,
banques
spécialisées, crowdfunding) sont tout aussi
marginales. La philanthropie n’est qu’a un
état embryonnaire, et les organisations
caritatives dont l’origine des fonds mérite
d’être auditée et éclaircie ne sont pas
structurées. Les potentialités des Partenariats
public-privé (PPP) demeurent faiblement
exploitées ; la publication d’une longue liste
de projets à financer en mode PPP semble
plus avoir été un effet d’annonce qu’une
volonté réelle du Gouvernement d’exploiter
cette importante source de financement du
développement.
Axe 11 : Reformes au niveau des
Départements statistiques des Ministères
Recommandation No 28 : Département de
suivi et d’évaluation
Haïti fait face à des problèmes liés à la collecte,
l’interprétation, la présentation de données
statistiques. L’utilisation efficiente et exacte de
l’information est gênée par les défauts qui
existent dans la structure statistique actuelle.
Parfois, les données recherchées n’existent pas.
Dans le même ordre d’idées, les données de
différentes sources ne sont pas toujours
comparables. La statistique publique joue un
rôle clé dans l’évaluation. Les services de l’Etat
sont chargés de collecter et de mettre en forme
les données statistiques documentant les
différentes politiques publiques. Ces données
d’enquête ou de sources administratives sont
cruciales pour décrire et évaluer les politiques.
La qualité de l’évaluation dépend en grande
partie de la disponibilité et de la précision des
données. L’évaluation de ces données permettra
de mesurer l’impact global des programmes et
plans de développement. La fluidité de
circulation des informations sous produites par
les administrations est de nature à diminuer la
pertinence de l’analyse. Dans le domaine de
collecte et de traitement des données, Haïti
devrait
se
conformer
aux
standards
internationaux.
En
l’absence
d’une
réglementation appropriée concernant le système
national d’informations statistiques et pour
répondre au besoin urgent d’améliorer la qualité
des renseignements économiques et sociaux, une
nouvelle approche de gestion de l’information
s’impose.
Mesures à prendre :
1. Organiser une structure au sein du MEF
pour la collecte, la gestion et le suivi des
données
financières
nationales,
notamment le produit intérieur brut, sont
évaluées quatre fois par an, en trimestres
(chaque année est divisée en quatre
segments de trois mois).
2. Réorganiser la structure du département
de Suivi et Evaluation des projets au
sien du MPCE, avec la mise en place
d’un système d’information performant
qui pourrait jouer le rôle de coordination
des différentes composantes du système.
116
QUATRIEME PARTIE
ANNEXE
Annexe 1 :
Annexe 2 :
Annexe 3 :
Annexe 4 :
Annexe 5 :
Annexe 6 :
Annexe 7 :
Annexe 8 :
Annexe 9 :
liste des graphiques
Liste des encadres
Liste des tableaux
Liste des parties prenantes
Liste des personnes rencontrées/entrevues
Fiche descriptive des indicateurs d’impact et d’effets
Composition de l’équipe
Compendium statistique qualitatif et évolutif de la mobilisation de ressources de
financement public pour le développement durable d’Haïti durant les vingt dernières
années et inventaire des sources et instruments de financement envisageables et de leur
alignement aux ODD
Questionnaire d’enquête de terrain
LISTE DES ENCADRES
Encadré
Encadré no 1
Encadré no 2
Titre
Approche méthodologique de l’analyse de la croissance
La Politique Monétaire et les défis de la Croissance
Encadré no 3
À titre d’illustration, modèle (cf. aussi Angelini et al, 2019),
montrant l’interaction de différentes règles de politiques
monétaire et budgétaire.
Encadré no 4
Encadré no 5
Encadré no 6
La politique monétaire et inflation
La mobilisation des ressources
Le plan Stratégique d’Haïti (PSDH)
et les objectifs de développement durable (ODD
Page
1
Encadré no 7
Encadré no 8
Encadré no 9
Encadré no 10
11
12
13
14
Modernisation du Secteur Public
La réforme des finances publiques
Analyse de l’efficience des dépenses publiques
Le partenariat public-prive
15
Les dispositifs de l’Aide Publique au Développement
Les fonds Illicites
L’utilisation de la dette publique par Lesly Péan
Les facteurs de l’efficacité de l’aide au niveau d’Haïti
Les organismes autonomes à caractère administratif, culturel ou
scientifiques (OA/ACS)
Encadré 1 : APPROCHE METHODOLOGIQUE DE L’ANALYSE DE LA CROISSANCE
L’étude a utilisé l’approche élaborée par Hausman, Rodrik et Velasco (méthode HRV) (2006) 15,
de l’arbre décisionnel ou l’« arborescence diagnostique » pour analyser brièvement l’évolution
de la croissance en Haïti. Cette étude diagnostique permet d’identifier les contraintes qui pèsent
le plus lourdement sur la croissance en Haïti. L’étude a utilisé l’approche « diagnostic de
croissance différencié HRV » élaborée par les auteurs Hausman, Rodrik et Velasco (2006) 16
Cette analyse qui s’appuie sur la méthode HRV ou méthode de l’arbre décisionnel ou
l’« arborescence diagnostique ») fournit un cadre structuré et une approche plus objective du
diagnostic, à l’échelle nationale, des facteurs clés qui entravent l’investissement privé dans des
activités économiques permettant de réduire la pauvreté. Cette méthode analytique aide à
identifier les contraintes spécifiques à la croissance. Pour s’assurer que cette analyse intègre des
informations et des perspectives diverses, le rapport a réalisé l’analyse des données statistiques
quantitatives nationales de l’Institut Haïtien de Statistique (IHSI), d’autre part, des agences
spécialisées du Gouvernement et internationales et une documentation consistante et diversifiée
sur le plan général et sur Haïti
La méthode HRV (Haussman, Rodrik, et Veloscco)
Cette analyse fournit un cadre structuré et une approche plus objective du diagnostic, à l’échelle
nationale, des facteurs clés qui entravent l’investissement privé dans des activités économiques
permettant de réduire la pauvreté. Cette dite méthode HRV repose sur le fait que l’investissement
privé est le moteur de la croissance, autrement dit toute augmentation de l’investissement privé
s’accompagne de points supplémentaires de croissance.
15https://drodrik.scholar.harvard.edu/files/dani-rodrik/files/growth_accelerations.pdf
16
https://drodrik.scholar.harvard.edu/files/dani-rodrik/files/growth_accelerations.pdf
2
Le processus d’analyse consiste à utiliser un arbre de décision pour identifier dans un pays
donné, les principales contraintes qui ont un effet déterminant sur la croissance et à travers une
analyse approfondie, parvenir à se concentrer sur les contraintes réelles et pertinentes. Un
problème devient une contrainte si à un moment donné il bloque la croissance. Le dynamisme de
l’approche s’explique par la démarche d’identification de la contrainte principale et sa prise en
compte dans le processus de relance de la croissance. Dans cette approche, le développement est
pensé et analysé comme le résultat d’une succession de déséquilibres surmontés, qu’il s’agit
d’anticiper. Le dynamisme de l’approche s’explique par la démarche d’identification de la
contrainte principale et sa prise en compte dans le processus de relance de la croissance. Tout au
long du processus, une autre contrainte remplace la précédente. Dans cette approche, le
développement est pensé et analysé comme le résultat d’une succession de déséquilibres
surmontés, qu’il s’agit d’anticiper.
Afin de conduire ce diagnostic, nous parcourons cet arbre d’aide à la décision de haut en bas,
analysant chacune des dimensions qui le composent, afin d’identifier si possibles celles qui
constituent les contraintes les plus fortes à l’investissement privé, donc à la croissance. Afin de
conduire cette analyse, de nombreuses variables micro- et macro-économiques sont donc
nécessaires.
Pour s’assurer que cette analyse intègre des informations et des perspectives diverses, l’équipe
technique a réalisé l’analyse des données statistiques quantitatives nationales et internationales
de l’OCDE, d’autre part, des agences spécialisées du Gouvernement. Un examen élargi d’une
documentation consistante et diversifiée sur le plan général et sur le cas spécifique d’Haïti n’a pu
avoir lieu. Le PNUD a par ailleurs facilité la tenue de réunions de réflexion et des entretiens avec
de nombreuses parties prenantes dont des institutions d’Haïti.
L’exercice d’analyse des contraintes a donné les résultats qui feront fait l’objet d’une validation
par les parties prenantes et par les autorités gouvernementales lors de la restitution.
3
Encadré 2 : LA POLITIQUE MONETAIRE ET LES DEFIS DE LA CROISSANCE
Comprendre l’évolution des politiques monétaires exige de tenir compte du nouveau rôle du
banquier central, en tant qu'autorité monétaire. Il est devenu un véritable « joueur de flûte », dans
sa capacité à apaiser les anticipations inflationnistes des agents et de rassurer les marchés
financiers. Alan Greenspan, « l’homme qui parlait à l’oreille des marchés financiers », en est le
parfait symbole.
Mais le pragmatisme ne suffit pas. La politique monétaire a profondément évolué. Les
mécanismes directs de contrôle de la création monétaire qui prévalaient dans les années 1970
(encadrement du crédit) ont définitivement cédé la place à des interventions bien plus souples. La
banque centrale gère la liquidité par le biais du taux d’intérêt (taux de l’argent au jour le jour) et se
contente d’influencer la quantité et le coût de la monnaie afin de promouvoir la croissance
économique.
Certaines banques centrales ont le mandat, de par leurs lois organiques, de poursuivre la stabilité
des prix comme objectif unique. Elles s’engagent à contenir la perte de pouvoir d'achat de l'unité
monétaire dans la limite d'un taux plafond, telle la Banque Européenne. D'autres se donnent une
responsabilité plus lourde de poursuivre un double objectif, la stabilité des prix et croissance,
comme la FED aux Etats-Unis.
Au-delà de ces nuances, les crises Haïtiennes, révèlent que la Banque centrale d’Haïti, peut aussi
bien poursuivre la stabilité du cadre macroéconomique autant que la stabilité des prix et,
déterminer l'offre de monnaie qui permette la plus forte croissance compatible avec ces objectifs.
La politique monétaire, est certes une intervention de la puissance publique, utilisant son bras
armé, la Banque centrale. Le rôle et le poids des banques et marchés financiers, épargnants et
investisseurs, évoluent au cours du temps. L’astuce est que la politique monétaire doit s’adapter au
contexte national, tout en cherchant à influer sur les comportements. Aussi, ses objectifs, ses
instruments et les institutions mêmes au sein desquelles elle opère, doivent changer.
Il y a bien un va-et-vient – une dialectique – entre la politique monétaire et son environnement
économique et financier, voire politique.
La Banque Centrale doit viser la maximisation du bien-être de la population à travers son soutien à
la croissance économique, dans un degré important, à la stabilité de la production. Ce, pour
atteindre le plein emploi qui suppose le fonctionnement de l’économie à son niveau maximal.
Eu égard à cette vision, la Banque Centrale d’Haïti devrait se voir confier des missions plus larges.
Source : composition Auteur, contribution tirée de la revue documentaire
4
Encadré 3 : À titre d’illustration, modèle (cf. aussi Angelini et al, 2019), montrant
l’interaction de différentes règles de politiques monétaire et budgétaire.
Du côté budgétaire, une règle budgétaire estimée pour l’ensemble de la zone euro, conformément aux
régularités observées pré-Covid est comparée à d’autres fonctions de réaction budgétaire : l’une fortement
contra cyclique (impliquant une réaction plus forte que par le passé aux variations effectives du PIB) et les
autres intégrant la notion de « patience » sous forme de réaction supplémentaire aux pertes de PIB passées,
susceptible d’être activée au plancher effectif des taux d’intérêt. Du côté monétaire, une fonction de réaction
basée sur une règle de Taylor standard augmentée de mesures non conventionnelles à proximité du plancher
effectif est comparée à des règles monétaires « patientes » comportant des caractéristiques de compensation,
c’est-à-dire réagissant aux écarts d’inflation cumulés par le passé.
Les principales conclusions des simulations sont les suivantes :
Dans le cas d’une récession majeure, lorsque la politique monétaire risque d’être contrainte par le plancher
effectif des taux, une politique budgétaire réagissant plus fortement et/ou plus longtemps via une réaction
contra cyclique bien conçue soutiendrait indirectement l’inflation à travers les canaux de la demande.
L’objectif d’inflation pourrait être atteint plus rapidement et de façon prolongée grâce à une règle de politique
monétaire « patiente », qui renforce l’efficacité du soutien budgétaire. Qualitativement, dans les simulations
menées, ce résultat est valable pour n’importe quelle règle budgétaire considérée mais les effets sont plus
prononcés lorsqu’une règle de politique monétaire « patiente » est soutenue par une règle budgétaire « patiente
»
Ces scénarios montrent que, au premier stade de sortie d’une récession majeure, les deux autorités peuvent tirer
profit, pour la réalisation de leur objectif, d’une politique de soutien bien conçue et « patiente » des deux côtés.
En vue de s’assurer que les objectifs des politiques ainsi que les programmes, reposent sur des projections
réalistes du point de vue de leur financement, il a été adopté en 1999, le Pacte de convergence, de stabilité, de
croissance et de solidarité. Le MEF avait entrepris, en 2000, des réformes bien plus profondes, en vue
d’instaurer un climat propice au dynamisme économique. Des lois (loi du 4 mai 2016 et loi des finances 20172018) ont été développées pour définir les procédures légales et les exigences de transparence en matière de
politique budgétaire. De manière complémentaire, le MEF avait considéré comme feuille de route le document
intitulé « Mission de soutien à l’élaboration de la stratégie pour la mise en œuvre de la loi du 4 mai 2016. Les
Lois de Finances (LEELF, 2017) assignent au Pouvoir Exécutif la responsabilité d’élaborer et de présenter au
Parlement un Cadre Macroéconomique à moyen terme qui décrit le contexte macroéconomique justifiant la
politique fiscale, financière et économique du Gouvernement tout en définissant les priorités en matière de
dépenses publiques pour l’exercice fiscal à venir et pour les deux années suivantes. Plus précisément, l'article 2
de la LEELF établit que « Les Lois de Finances de l'année sont élaborées sur la base d'un document de
programmation budgétaire et économique pluriannuelle, couvrant une période minimale de trois ans ». Ce
document préparé par l'Union Européenne (Ndiaye, 2017) établit que « une discipline budgétaire globale dans
un cadre pluriannuel doit être la priorité de la réforme (de la LEELF) ».
Source BRH
5
Encadré 4 : POLITIQUE MONETAIRE ET INFLATION
« Le financement de la dette publique est un élément intégral de la politique monétaire. Elle
suscite des inquiétudes relatives à la dominance fiscale et à la répression financière. Ces achats
massifs de dette publique pour soutenir les économies anémiées illustrent le caractère central de
la production, l'emploi et la croissance dans les limites d'une cible d'inflation raisonnable.
Le Professeur Comeau « a élaboré sur les défis de la politique monétaire vu qu’un certain
équilibre est nécessaire entre l’atteinte des objectifs de croissance et d’inflation. Il a cité en
exemple le cas de l’expansion monétaire qui a un effet positif sur la croissance, mais ne peut
aider que dans le cas d’une économie à inflation faible. Selon lui, la super-neutralité de la
monnaie, théorie selon laquelle une variation de la quantité de monnaie n’aurait pas d’impact sur
la croissance sur le long terme, n’est pratiquement plus de mise. Les expériences de plusieurs
pays ont montré que même en cas d’inflation faible, la politique expansionniste non encadrée par
des politiques publiques appropriées, peut donner lieu à une spirale inflationniste. Monsieur
Comeau a souligné que la politique monétaire à elle seule ne peut faire face aux défis de la
croissance ». Les moyens mis en œuvre pour agir sur la quantité de monnaie et les taux d'intérêt
à court terme varient selon le degré de développement de l'économie et d'avancement du système
financier ».
Par ailleurs, les anticipations sur le futur jouent un rôle majeur dans toute économie de marché
influençant d'une façon ou d'une autre, les décisions et transactions économiques. Les
anticipations peuvent ruiner une économie dans la mesure où elles peuvent induire la réalité. La
peur, même sans aucun fondement, d'une rareté ou d'une augmentation de prix, peut en effet
aboutir à la rareté et l'augmentation réelles de prix. La gestion des anticipations est l'une des
fonctions importantes des banques centrales. En s'engageant de façon crédible à combattre
l'inflation, les banques centrales peuvent aider à réduire les anticipations d'inflation de même que
les moyens nécessaires pour la juguler. La crédibilité se résume à la perception que la banque
centrale est capable de respecter les engagements pris, de par les moyens à sa disposition, la
personnalité de ses dirigeants et l'indépendance dont elle jouit dans la conduite de la politique
monétaire ».
Haïti est une petite économie ouverte, et par conséquent est sujette au déficit courant de la
balance des paiements, à une forte vulnérabilité aux chocs externes. La Banque Centrale a pour
objectif de défendre la valeur externe de la monnaie locale. La stabilité des taux d’intérêt et la
stabilité des taux d’intérêt pourraient contribuer à alimenter les anticipations positives des agents
économiques. La BRH devrait apporter sa contribution à une croissance élevée et soutenable,
principalement à travers ses efforts de maintenir d’un environnement macroéconomique stable.
Source : Conférence Banque de la République d’Haïti (BRH), 2016
6
Encadre 5 : LA MOBILISATION DES RESSOURCES
•
La mobilisation des ressources intérieures et extérieures est une composante majeure du
financement de l’Agenda 2030 pour l’atteinte des Objectifs de Développement Durable
(ODD) d’Haïti.
•
Le Ministère du Plan a ainsi révisé un « Plan stratégique pour le développement d’Haïti
2020 – 2030 », document pluriannuel dont la rédaction a été décidée par le Comité
interministériel, la coopération internationale et le CINF. Ce dernier a la charge de la
mise en œuvre opérationnelle.
•
Ce plan d’action, dont la dotation dépasse les 193 milliards de gourdes, permettra le
financement d’initiatives bilatérales et multilatérales destinées à accroître la mobilisation
des ressources intérieures et extérieures en Haïti.
•
Le Ministère des Finances aura élaboré en étroite collaboration avec le MPCE un budget
adossé structurant les priorités du PSDH/ODD en appui à la mobilisation des ressources
intérieures publiques.
•
Il vise à définir des politiques fiscales efficaces, à accompagner la modernisation des
administrations fiscales et à optimiser les instruments de la coopération internationale et
les partenariats.
•
Composée des recettes fiscales et non-fiscales, les ressources publiques permettent à
Haïti de financer sa nouvelle stratégie de développement. Elles consolident l’Etat en
renforçant les administrations, en améliorant leur contrôle des économies, et en réduisant
la dépendance à l'aide étrangère.
•
Il est nécessaire de mobiliser tous les acteurs du développement sur un continuum
d'actions assurant la bonne gouvernance et la soutenabilité de la dette.
•
Le pilotage et le suivi du plan sera assuré par le MPCE /CINF », comprenant les
différents acteurs institutionnels de la fonction Publique, qui communiqueront
régulièrement sur la progression et l’atteinte des objectifs définis.
Source : Auteur
7
Encadré 6 : PLAN STRATEGIQUE D’HAITI (PSDH)
ET OBJECTIFS DE DEVELOPPEMENT DURABLE (ODD)
La convergence des Agendas. Les Objectifs du Développement Durable (ODD, en anglais
SDGs pour Sustainable Development Goals) constituent le principal élément de l’« agenda
2030 », adopté en septembre 2015 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Les autorités
Haïtiennes s’y sont engagées pour insérer les objectifs dans les processus de planification des
politiques et stratégies nationales. La vision à long terme dégagée par le PSDH s’aligne avec
l’Agenda 2030 en visant de faire d’Haïti un pays émergent avec une société solidaire dans un état
de droit.
La portée universelle des ODD. Les ODD, c’est un concept unique, un système cohérent. Les
17 objectifs transversaux avec 169 cibles de résultats et de moyens et 300 indicateurs, intègrent
pleinement les dimensions du développement. En sus, les ODD sont « universellement
applicables, en tenant compte des différentes réalités nationales, des capacités et des niveaux de
développement ainsi que du respect des politiques et des priorités nationales «». Leur mise en
commun avec le PSDH, permettra de doter Haïti d’un cadre stratégique actualisé et d’un
référentiel de planification opérationnel détaillé. Les ODD permettront de renforcer la cohérence
des politiques et programmes d’action.
Les ODD par rapport au PSDH. La reformulation du PSDH se baserait sur le cadre de
référence des Déclarations de Politique Générale énoncés par l’Agenda 2030. L’aspect
économique, social et développementaliste dans l’optique des Objectifs de Développement
durable (ODD), ouvrirait la voie à une nouvelle planification économique. Les ODD viennent
compléter le PSDH en intégrant des cibles et indicateurs qui visent à transformer
structurellement l'économie, par une croissance forte, durable, résiliente, inclusive, créatrice
d'emplois décents et induisant l'amélioration du bien-être social.
L’articulation entre le PSDH et les ODD peut être appréciée à partir d’une palette de cinq critères
(cohérence, priorités, résultats, impacts et pérennité).
Sur le plan de la cohérence. La vision des deux programmes s’accorde sur la transformation
structurelle d’Haïti. Les orientations de développement à travers le PSDH, qui se déclinent dans
les quatre (4) axes prioritaires (refondation institutionnelle, sociale, économique et territoriale)
du pays, cadrent avec le caractère intégré des quatre dimensions du développement durable et
celles des ODD qui englobent les trois dimensions, économique, sociale et environnementale du
développement durable.
Sur le plan de la priorisation. Pour que le pays parvienne à réaliser les cibles en 2030, la
priorisation des cibles des ODD s’impose, tout en reconnaissant que l’évaluation de la cible et de
son atteinte demeure un exercice complexe pour le pays. Cette stratégie résulterait d’un long
processus de consultation qui devra permettre d'identifier les besoins du pays et d’examiner
comment de façon concertée, la communauté haïtienne dans son ensemble, pourrait mieux
8
répondre aux plus grandes contraintes entravant le développement du pays. Les actions de moyen
terme identifiées dans la stratégie de développement national doivent être en rapport avec ces
objectifs et suivent un chemin bien balisé.
Ainsi conçus, les ODD constitués de 17 objectifs transversaux comprenant 169 cibles et 200
indicateurs qui viennent contribuer à l’équilibre du PSDH et servent d’instrument à sa
territorialisation. Onze des Objectifs de développement durable (ODD), à savoir, les objectifs 1,
2, 3, 4, 5, 6,7, 8, 9, 13 et 16 sont en cohérence avec les orientations et choix du développement
national et sont en cours de priorisation par le Gouvernement haïtien. Le PSDH couvre près de
82 % des ODD soit 14 cibles. Les actions visées par le PSDH trouvent leur correspondance dans
les 169 cibles. Le premier chantier regroupe les ODD 2, 6, 7, 9,11 et 15. Le second tient compte
des ODD 2, 8, 11, 12, 14,17. Le troisième chantier se rapporte aux ODD 3, 4, 5, 8,11 et le
quatrième entend réaliser l’ODD 16. Les trois ODD 2,8 et 11 qui se rapportent respectivement à
la sécurité alimentaire, la promotion d’une croissance économique soutenue et le plein emploi
productif et a des villes et communautés durables, touchent l’ensemble des axes stratégiques du
PSDH et méritent de ce fait une attention particulière.
D’autres objectifs retiennent l’attention par leurs impacts potentiels sur Haïti : (i) le recours aux
énergies renouvelables (ODD7) ; (ii) la lutte contre les changements climatiques (ODD 13) et
(iii) la conservation et exploitation, de manière durable, des océans et des mers aux fins du
développement durable (ODD 14). Les autorités étatiques consacreraient la priorité aux objectifs
suivants : le travail décent et la croissance économique (ODD8) pris en compte par les chantiers
2 et 3 ; l’éradication de la pauvreté (ODD1) ; lutte contre la faim (ODD2) chantier 1 et 2; la
santé et le bien-être des populations et des travailleurs (ODD3) chantier 3; l’accès à une
éducation de qualité (ODD4) chantier 4 ; l’égalité entre les sexes (ODD5) chantier 3 ; le pays
n’ayant pas totalement accès à des services d'eau potable gérés de manière sûre, le sixième
objectif pourrait garantir un accès universel et équitable à l'eau potable, à l'hygiène et à
l'assainissement d'ici 2030, en particulier pour les populations des milieux périurbains et ruraux ;
la promotion de l’industrie d’Energie propre et d’un coût abordable (ODD 7) constitue
indubitablement une opportunité pour développer le secteur privé et transformer l’économie;
l'objectif (ODD9) vise la création d'infrastructures résiliente qui peut être mise au service du
développement de l'innovation ; la lutte contre le changement climatique (ODD13) et Paix,
justice et institutions efficaces (ODD16) chantier reviendrait aux responsables de cibler les
ressources sur ces domaines prioritaires en accordant une attention particulière à
l’intersectorialité des cibles et à la décentralisation du plan d’action.
Le tableau ci-dessous montre la concordance des orientations du PSDH avec celle des ODD.
Les quatre grands axes programmatiques du PSDH (refondation territoriale, sociale, économique
et institutionnelle) correspondent aux trois principales dimensions du développement durable
(économique, sociale et politique) préconisées par les ODD dont les objectifs et les cibles de
développement sont intégrés et indissociables.
L’Axe 1 : Refondation territoriale qui vise à assurer l’équilibre des territoires et réduire
les phénomènes d’exclusion et de fracture territoriale, cadre avec 5 ODD, soit ODD 1,
ODD7, ODD9, ODD 12 et ODD 13.
9
L’Axe 2 : Refondation économique qui tend à exploiter et valoriser les espaces agricoles
des territoires, garantir l’autonomie alimentaire à tous et à préserver les écosystèmes et
promouvoir l’agriculture, correspond à 3 ODD dont ODD 2, ODD 13 et ODD 15. Le
deuxième axe du PSDH qui se rapporte à l’ODD 8, repose sur la création de richesse et
d’emplois. Il devait effectivement contribuer à résoudre les problèmes d’ordre socioéconomiques auxquels le pays fait face, en diminuant l’insécurité alimentaire et le
chômage (ODD 2).
L’Axe 3 : Refondation sociale dont le but est d’assurer la santé et le bien-être de toutes et
de tous, cet axe se synchronise avec 4 ODD, notamment ODD 3, ODD 4, ODD 8 et
ODD13.
L’Axe 4 : Refondation institutionnelle qui se focalise sur l’amélioration du cadre légal
des affaires, la gouvernance et le renforcement des institutions, du développement local et
du cadre de planification, concorde avec 3 ODD (ODD 14, ODD16 et ODD 19).
Globalement, le PSDH s’aligne avec 13 Objectifs de l’Agenda 2030 (ODD1,2,3,4,7,
8,9,12,13,14,15,16 et 19. Selon une analyse réalisée par le MPCE des cibles des ODD, elle
montre que 55 cibles prioritaires sont ressorties lors de la sélection.
Sur le plan des résultats. En 2015, les grandes lignes des politiques gouvernementales, étaient
alignées sur les Objectifs du Millénaire (OMD), des résultats ont été partiellement atteints dans
les domaines tels que l’alphabétisation, l’éducation et la santé, les infrastructures et l’eau
potable. En 2022, le Gouvernement cherche à actualiser, consolider et opérationnaliser le PSDH,
avec l’appui du cadre intégré national de de Financement (CINF).
Sur le plan des impacts. Les objectifs de développement durable et la mise en œuvre imminente
de l’Agenda 2030 ont tous deux une incidence sur la planification du développement. Pour
mesurer et suivre les progrès de développement réalisés, des liens réels devront être recherchés
entre les 169 cibles des ODD et les actions prioritaires du PSDH, Les ministères sectoriels
devraient identifier les différents programmes en cours qui sont alignés aux ODD sélectionnés
par le Gouvernement et d’analyser les cohérences trouvées à travers les politiques sectorielles et
multisectorielles qui répondent aux exigences de l’agenda 2030.
Sur le plan de leur pérennité. L’emphase doit être mise rapidement sur le renforcement des
capacités techniques institutionnelles pour assurer une meilleure intégration et une appropriation
nationale des ODD. Il s’avère important d’intégrer les ODD dans le cadre de la Planification
Nationale, Départementale et locale. La mise en œuvre des ODD doit tenir compte des « réalités,
des capacités du pays.
Source : Auteur
10
Encadré 7 : MODERNISATION DU SECTEUR PUBLIC
Le Programme de modernisation de l’État 2023 (PME-2023) poursuit six (6) objectifs : Dans un
souci de continuité par rapport aux PCRE précédents, le Programme de modernisation de l’État
2023 (PME-2023) poursuit six (6) objectifs de fond, tout en y intégrant les apports de
l'expérience passée et des réalisations déjà obtenues :
• améliorer la qualité de services tout en développant une relation de confiance entre les usagers
et l’Administration ;
• offrir un environnement de travail moderne aux agents publics en les impliquant pleinement
dans la définition et le suivi du projet de modernisation ;
• repenser et optimiser les dépenses de l’État de manière à obtenir de meilleures prestations de
services publics à un moindre coût ;
• améliorer la gestion des ressources humaines par la mise en place d’une fonction publique
revalorisée, plus attractive et plus compétitive, respectueuse de l’égalité des chances, de l’égalité
des sexes et de l’équité de genre, des droits des personnes handicapées et à besoins spéciaux, des
principes de déontologie et d’éthique, de la promotion du mérite et de l’excellence ;
• transformer l’Administration publique de manière à ce qu’elle soit à même de propulser le
développement du pays et son émergence à l’horizon 2030 ;
• mettre en place des structures qui préviennent, dénoncent et combattent les pratiques de
corruption afin de développer une culture de bonne gouvernance.
Ces apports ont contribué notamment à insister sur une dimension essentielle pour la mise en
œuvre du Programme de modernisation de l’État 2023 (PME-2023) : la qualité du processus
porteur, comme l'a spécifié le mandat du Comité d'élaboration, de « réformes structurantes
pouvant transformer durablement l'action publique », ainsi que de modalités d'inscription dans le
temps, à court, moyen et long terme. En conséquence, les résultats attendus s'organisent autour
d’une idée-force : « Un État moderne qui répond aux aspirations des usagers des services publics
», telle est la raison d’être du PME2023 (résultat ultime - à long terme). Le Programme cherchera
à atteindre les trois (3) résultats intermédiaires (résultats à moyen terme) suivants : i) Les usagers
reçoivent des services de qualité fournis par une Administration publique rénovée ; ii) La
gouvernance territoriale est assurée, sous l’impulsion d’une coordination efficace de l’action
gouvernementale ; iii) Une meilleure gestion de la richesse publique au bénéfice des populations
est assurée. De surcroît les réformes proposées par le Comité d’élaboration figurent dans un plan
d’actions comprenant une description des résultats attendus, des actions à engager, des
indicateurs de mesures, des acteurs impliqués ainsi qu’un calendrier de mise en œuvre. En
conséquence également, la mise en œuvre du Programme de modernisation de l’État 2023 (PME2023) se fera à travers onze (11) axes stratégiques regroupés en 3 piliers :
Source : ORMH
11
Suite Encadre 7
PILIER 3 : RÉFORME DES FINANCES PUBLIQUES ET GOUVERNANCE
ÉCONOMIQUE
Axe 7 : Mobilisation des ressources et gouvernance des finances locales Axe 8 : Cadre global du
budget Axe 9 : Trésorerie et comptabilité publique Axe 10 : Contrôle externe et transparence
Axe 11 : Système d’information pour les finances de l’État Résultat immédiat : La gouvernance
économique publique est mieux assurée Résultats attendus Actions Indicateurs Acteurs Les
politiques publiques sont financées progressivement par des ressources nationales Mobilisation
des ressources nationales Pourcentage de ressources nationales mobilisées par rapport aux
années antérieures. Le MEF et les autres ministères La gouvernance financière des CT est
améliorée Renforcement de la gouvernance des finances locales Pourcentage de ressources
(taxes locales, dotation et emprunt) générées par rapport aux années antérieures. Recettes locales
augmentées Dépenses locales rationalisées (transparence, pourcentage d’investissement par
rapport au fonctionnement, nombre de postes comptables dans les communes) Le MEF, le
MICT, les CT Les principaux secteurs de développement économique et social sont dotés de
stratégies sectorielles et de programmes pluriannuels assortis des allocations budgétaires en ligne
avec les politiques publiques et les ressources disponibles de l’État Renforcement du cadre
global de la planification au niveau du MPCE et des ministères sectoriels priorisés Disponibilité
de plans et de stratégies de politiques publiques Le MPCE et les autres ministères Identification
des secteurs clés pour le développement d’Haïti et l’élaboration de politiques économiques.
Programmes pluriannuels assortis d’allocations budgétaires définis Secteurs clés de
développement identifiés Projets d’investissements publics réalisés Amélioration de la
préparation, de l’exécution et du suivi des projets d’investissement publics dans ces ministères
Les dépenses publiques et la gestion des marchés publics sont effectuées de manière transparente
dans le respect des Amélioration du système de gestion des marchés publics Nombre de marchés
publics respectant les normes légales Nombre de non-objections données par la CNMP et Le
MEF et les autres ministères, la CNMP, la CSCCA Renforcement des règles et procédures
d’exécution et de contrôle ex-ante des dépenses publiques .
Source : ORMH
Encadre 8 : LA REFORME DES FINANCES PUBLIQUES
En matière de gestion des finances publiques, les autorités haïtiennes se sont engagées dans la
définition d’une stratégie globale et cohérente de réformes des systèmes de gestion des finances
12
publiques.
Phase I
Elles ont débuté en 1998 par le Programme de Rationalisation des Effectifs et des salaires de
l’Administration Publique Centrale, Révision du cadre règlementaire et normative et Révision
des nomenclatures. La réforme a porté sur la Restauration de l’autorité de l’Etat, la Lutte contre
la corruption. La Revalorisation de la Mission Economique du MEF, le Renforcement
Institutionnel ◦ Révision de la loi organique du MEF ◦ Institutionnalisation du conseil
d’Innovation Stratégique ◦ Création d’un comité des Politiques Economiques, Renoncement au
financement monétaire nouvelle nomenclature
Nouvelle nomenclature : Facilite la saisie des dépenses, Facilite leur comptabilisation, Décante
et supprime les risques de confusion, Fixe le mode d’emploi budgétaire, Facilite l’imputation aux
administrations.
Autres impacts : Les liens entre les dépenses des institutions, La facilité de ventilation, La
facilité à déterminer les charges, Comptabilisation des dépenses
SYSDEP : Le Système des Dépenses Publiques, Disponible pour tout Ministère et Institution de
l’Etat. Facilite la gestion des informations. Réduit le délai de production des rapports. Permet
d’initier et de suivre les projets à distance jusqu’à l’émission des titres de paiement.
Programme de formation : La réouverture de l’Ecole Nationale d’Administration Financière
(ENAF) ◦ Un véritable grenier de cadre pour les services du MEF ◦ Avec Quatre Filières
d’engagement : 1) Les Finances Publiques 2) Les Impôts 3) La Douane 4) L’Economie
Rénovation du Cadre légal : Le corps des comptables publics du Trésor, Le corps des
contrôleurs Financiers du budget, Le corps des inspecteurs généraux des finances, L’Unité de
Lutte Contre la Corruption.
Autres orientations : Implication dans la réforme des administrations fiscales et douanières pour
maximiser les ressources locales. Initiative des Bons du Trésor. Octroi à la Direction du Trésor
d’un nouveau statut. Revalorisation de la mission économique du Ministère. Création d’une
instance de supervision et de régulation du secteur Assurance et élaborer un cadre règlementaire
et légal du secteur. Modification statut de la Direction de la Pension Civile en entité autonome
capable de réaliser des études actuarielles, faire des placements judicieux et rentables qui
permettent d’améliorer les rentes des pensionnaires de l’Etat.
Phase II
C’est en mai 2014 que le Gouvernement a procédé à l’adoption de la « Stratégie de Réformes des
13
Finances Publiques (SRFP) ». Sur le plan opérationnel, la SRFP se décline à moyen terme en
plan d’actions triennal. Le premier plan d’actions triennal 2014-16 a permis d’opérationnaliser
concrètement les actions dont les résultats visaient essentiellement la consolidation des fonctions
de base du système de gestion des finances publiques. Le séquençage des activités couvrait
l’ensemble domaines de la réforme regroupé dans un programme prioritaire articulé autour des 6
axes stratégiques suivants :
•
•
•
•
•
•
Mobilisation des ressources internes et externes,
Rénovation du cadre global du budget,
Trésorerie et comptabilité,
Gouvernance des finances locales,
Contrôle externe,
Système d’information des finances publiques.
Le cadre de la mise en œuvre du PAT 2014-16 s’inscrivait dans logique de l’atteinte des
objectifs de la SRFP. Le cadre de gouvernance de la réforme des finances publiques comprend
trois principales structures suivantes : i) le Comité de pilotage Stratégique, ii) la Commission de
Réforme des Finances Publiques et de Gouvernance Économique (CRFP-GE) avec son
Secrétariat permanent, et iii) les cinq (5) comités sectoriels de réformes (CSR).
Ces cinq (5) CSRs sont en charge des domaines suivants :i) la mobilisation des ressources
internes et externes (CSR-MRIE) ; ii) le cadre global du budget : planification et programmation,
iii) le cadre global du budget : institutions de contrôle ; iv) la gestion de la trésorerie et de la
comptabilité publique; et v) le système d’information des finances de l’État.
La mise en œuvre de la SRFP connaît des avancées assez encourageantes avec l’appui de
l’ensemble des PTFs du pays (Banque mondiale, Union Européenne, l’USAID et BID). Selon
une évaluation faite par la Délégation de l'UE (DUE) avec l’appui de l’équipe d’assistance
technique du Programme SBC, il est estimé que la mise en œuvre de la SRFP a été inégale mais
satisfaisante puisque, sur un ensemble de 140 mesures concrètes du PAT 2014-2016 évaluées, la
réforme a progressé partiellement ou complètement pour la majorité des mesures envisagées.
Toutefois, le PAT 2014-2016, avec plus de 205 mesures prévues durant cette période de trois
ans, est probablement trop ambitieux, non exhaustif par rapport aux objectifs affichés et une
absence d’évaluation du coût des mesures proposées.
14
Encadré 9 .- ANALYSE DE L’EFFICIENCE DES DEPENSES PUBLIQUES
En ce qui concerne les dépenses publiques, on note une augmentation des dépenses totales de 1,2
point de pourcentage du PIB, sans une hausse significative des investissements publics en termes
réels. Les résultats montrent une diminution des dépenses en capital et une augmentation des
dépenses courantes sur la même période. Le seuil optimal des dépenses publiques qui maximise
la croissance économique dans ce pays s’élève sur la période d’observation à 14.1 % du PIB,
contre un niveau effectif de 11.1 % du PIB enregistré sur les quarante dernières années. Ces
résultats montrent que l’état haïtien dépense en moyenne, en deçà de son potentiel de croissance,
et qu’au-delà du seuil optimal de 14.1 % du PIB, la dépense publique en Haïti a un effet négatif
sur la croissance économique.
L'augmentation des effectifs du secteur public (nombre sur la même période) demeure une
contrainte majeure. Haïti a accru la part des dépenses de salaires, notamment en raison de la
volonté de création d’emplois. La dépense des salaires est beaucoup plus importante que celles
de la santé ou de l’’éducation. Ce phénomène a eu pour conséquence directe d’alourdir le déficit,
et pour conséquence indirecte de peser à la hausse sur les salaires du secteur privé, ce qui a rendu
le pays moins compétitif : ainsi l’augmentation salariale réelle a atteint 3,8 % par an entre 2000
et 2009, alors que la productivité n’a augmenté que de 2,1 % en moyenne sur la période.
La hausse des dépenses budgétaires est largement due à de nombreux problèmes. Il existe des
variations parfois importantes par rapport au budget précédent qui ne sont pas justifiées par des
documents programmatiques, qui permettrait de juger de la pertinence de ces dépenses. Ainsi, en
va-t-il par exemple de la rubrique « personnel » qui est en constante évolution de plus de 50% à
80% dépendant de l’influence de l’institution. En exemple, le budget du MSPP, quant à lui, a été
augmenté d’un peu plus de 153 millions de gourdes, dont 99% correspondent au poste « autres
dépenses publiques du bureau du ministre ». De même, le poste libellé « autres dépenses
publiques » semble constituer un fourre-tout, soulevant d’autant plus de suspicions qu’il connaît
de fortes augmentations (Source/année)
L’augmentation des dépenses encourues se décline de façon contradictoire selon les ministères.
Le budget du MTPTC double pratiquement ; celui du MSPP a triplé et dans le même temps. En
forte hausse par contre, le MSPP couvre 10,9% du budget global alors qu’en 2017-2018, il ne
représentait que 4.3%. Le budget du MARNDR a diminué de plus d’un quart, en termes de parts
relatives, le poids du MARNDR dans le budget global a été divisé par deux : il est passé de 6.9%
en 2017-2018 à 3.4%. Celui du Ministère du commerce et de l’industrie (MCI) a chuté de plus de
60%, et le budget du Ministère de la planification et de la coopération externe (MPCE) est divisé
par trois. La place du ministère de la condition féminine demeure inchangée, représentant
seulement 0.1% du budget. Le budget de la présidence a, lui, augmenté de près de 54 milliards
de gourdes par rapport à l’exercice 2017-2018, première année du gouvernement. Or, ce budget
présentait alors déjà une augmentation de plus de 40% par rapport à l’année précédente. À
l’inverse, les dix ministères les moins dotés – dont ceux notamment de la culture, de
l’environnement, de la condition féminine – totalisent conjointement à peine 3.3% du budget
15
global. Les budgets combinés de l’environnement et de la condition féminine sont inférieurs à
celui de la présidence. Le budget de la défense est augmenté de près de 347 millions de gourdes.
Cette augmentation est essentiellement due à la création des forces armées. Ces dernières sont
dotées d’un budget de 400 millions de gourdes. Cela représente plus que ce qui est attribué à tout
le personnel du ministère de la jeunesse, des sports et de l’action civique. De même, le personnel
du service de sécurité du palais national pèse près de quatre fois plus que le budget du ministère
de la condition féminine. Ces faits témoignent de profond malaise.
Il est probable que les pressions sur les dépenses publiques vont s’intensifier, notamment sous
l’effet de l’insécurité. Haïti ne pourra pratiquement plus accroître ses recettes fiscales ou son
endettement pour financer des dépenses plus élevées. Cette situation appelle à freiner la
croissance des dépenses publiques tout en améliorant leur efficacité économique. Cela implique
des choix difficiles quant à l’affectation des ressources, d’autant que selon la vision de l’Etat, les
programmes de dépenses publiques ont aussi un rôle important à jouer sur les plans de la
croissance économique. La mise en œuvre de la politique budgétaire de l’État dans un
environnement empreint d’incertitudes occasionne des recouvrements d’à peine 60 % de leur
niveau prévu dans le budget initial 2020-2021. Les résultats révèlent qu’il existe une relation non
linéaire entre dépenses publiques et croissance économique. Aussi, afin de promouvoir une
croissance économique durable les recommandations plaident en faveur d’un accroissement des
dépenses publiques d’investissement, en direction des cibles prioritaires des ODD que sont :
l’éducation, la santé, les infrastructures, l’environnement naturel et humain.
Source :
Encadre 10.- PARTENARIAT PUBLIC-PRIVE
« Contrat de partenariat » :Contrat conclu entre les pouvoirs publics et le secteur privé aux
termes duquel une autorité contractante confie à un tiers, pour une période déterminée, une
mission globale ayant pour objet la conception, la construction ou la transformation, l’entretien,
la maintenance, l’exploitation ou la gestion d’ouvrage d’équipements ou de biens immatériels
nécessaires au service public dont la personne publique a la charge, ainsi que tout ou partie de
leur financement ;
« Convention de délégation de service public et de concession d’ouvrage de service
public » : Convention conclue entre l’autorité contractante et le cocontractant aux termes de
laquelle l’autorité contractante confie la gestion et l’exploitation d’un service public relevant de
sa compétence à un cocontractant dont la rémunération est liée ou substantiellement assurée par
les résultats de l’exploitation de l’ouvrage ou du service public fourni. Les conventions de
délégation de service public et de concession d’ouvrage de service public sont des contrats de
partenariat au sens du présent décret ;
16
« Loi relative aux marchés publics » : la loi fixant les règles générales relatives aux marchés
publics et aux conventions de concession d’ouvrage de service public du 10 juin 2009 ;
« Direction Générale des Partenariats et Participations Publiques » : Organisme instituée par
la présente loi du …
2016, comportant une Direction des Partenariats en charge
spécifiquement de la mise en place des partenariats public-privé.
« Projet de partenariat » : tout projet envisagé dans le cadre d’un contrat de partenariat dont
l’objet vise à la fourniture d’un service public ou concourant à l’exercice d’une mission de
service public.
« Service public » : activité de service, marchand ou non, considérée d’intérêt général par les
autorités publiques et prise en charge soit par une personne publique, soit par une personne
privée sous le contrôle d’une personne publique.
« Régime général des marchés publics » : régime général des marchés publics tel qu’instauré
par la loi relative aux marchés publics et les décrets y afférents.
Encadré 11 : LES FONDS ILLICITES
Il a été créé en juin 2012 le Comité Interinstitutionnel pour mener la Lutte contre la Contrebande,
la Fraude fiscale, le Blanchiment, la Corruption avec la détermination d’augmenter les recettes
publiques. La coordination de ce comité est attribuée à l’Unité de Lutte Contre la Corruption
(ULCC) qui a, du même coup, activé son Service de Renseignements Généraux et Doléances
(SRGD). Selon les deux rapports d’audit sur la gestion du fonds (janvier et mai 2019) de la Cour
Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), « l’argent faisait l’objet de la
grande corruption ». Les différentes formes de construction en Haïti après le tremblement de
terre de janvier 2010 reflètent les tensions entre les citoyens et l’État. Haïti présente un visage de
pays pauvre mais l’un des plus corrompus du monde. Le pays s’est doté de la Loi sur le
Blanchiment des Avoirs Provenant du Trafic Illicite de la Drogue et d’autres infractions graves
qui a été promulguée depuis le 21 févier 2001. Elle englobe les éléments fondamentaux de la
lutte contre le blanchiment d'argent, dont le cadre définit une infraction de blanchiment d'argent,
la saisie et les mécanismes de confiscation, les exigences en matière de prévention et de
détection et la base des coopération (limitée à l'entraide judiciaire et à la cellule de
renseignement financier). La loi sur le blanchiment d'argent s'applique aux intermédiaires
financiers. Elle règle la vigilance requise en matière d'opérations financières.
Ces entités poursuivent les objectifs, de récupérer progressivement des fonds perdus par les
autres types de corruption qui sont dommageables au développement du pays et qui posent un
risque direct à l’aide budgétaire ne sont pas relevés dans ce rapport faute de disponibilité des
informations. Haïti a adhéré à la mise en place un programme de réformes et un ensemble de
mesures portant sur l’adoption de budget-programme et la lutte contre la corruption dont les
résultats sont encourageants.
17
La conformité par le secteur financier avec ses obligations en matière de lutte contre le
blanchiment d'argent n'est pas correctement supervisée. Selon le rapport de la Banque Mondiale
(Mutual Evaluation Anti Money Laundering, Juin 2017) « La loi présente plusieurs faiblesses
importantes entre autres la portée des infractions, la couverture des entreprises non financières
désignées et professions libérales, la transparence des personnes morales et des associations, les
contraintes à la levée du secret bancaire. La mise en œuvre de cette loi est insuffisante, inefficace
et faiblement coordonnée, et n'est pas à la hauteur des risques de blanchiment d'argent. Les
institutions clés nécessaires au bon fonctionnement du cadre législatif sont en place, mais n'ont
pas encore suffisamment utilisé les outils prévus par la loi de 2001.
Haïti devrait adopter une approche plus stratégique, en se concentrant d'abord sur la mise en
œuvre de la loi actuellement en place. Les efforts doivent porter, désormais, sur le renforcement
de la capacité de ces différents acteurs, leur recentrage sur leurs missions principales (notamment
l'unité de renseignement), et l'approfondissement de la coopération et de la coordination entre
celles-ci. » L’auteur Magaly Brodeur confirme par son analyse que « dans le domaine législatif,
il est possible de noter que les lois haïtiennes comportent de nombreuses lacunes
(fonctionnement du système judiciaire, établissement des compagnies, droits de propriété,
douanes, investissements étrangers, régulation du marché, etc.). En effet, la législation haïtienne
nécessite des modifications majeures. Par exemple, le code commercial haïtien date de 1826 et sa
dernière révision importante a été réalisée en 1944. Certains articles de ce code et de plusieurs
autres sont désuets et, surtout, comportent de nombreuses zones grises qui laissent le champ libre
aux individus déviants ou sans scrupule. Cependant, au-delà d’une refonte juridique, il est
important de comprendre que le problème majeur, dans ce domaine, ne se trouve pas dans le
contenu des lois, mais surtout dans le manque d’application de ces dernières. En effet, même si
la loi haïtienne criminalise la corruption et des pratiques telles que le blanchiment d’argent, la loi
est rarement appliquée (Global Security, 2009). Il faut savoir que le système judiciaire est
malheureusement sujet « à la manipulation de puissants intérêts et des élites » (BRIDES et al.,
2007, p. 26). En effet, 71 % des acteurs du secteur public haïtien affirment que la « vente » de
décisions judiciaires est une pratique « importante » ou « très importante » en Haïti (BRIDES et
al., 2007, p. 116).
Source :
MEF
Encadré 12 : L’UTILISATION DE LA DETTE PUBLIQUE PAR LESLY PEAN
Dans un pays où plus de 75 % de la population vit avec moins de deux dollars américains par
jour, on peut être sceptique quant à la capacité du pays de rembourser la dette dans un délai de
moins de 20 ans ». En ce qui a trait à la dette externe, les prêts auprès des créanciers bilatéraux et
multilatéraux dominent significativement le portefeuille de la dette externe qui n’occupe quant à
18
lui 49% du portefeuille de la dette globale. Dans l’hypothèse que de nouveaux décaissements
significatifs ne sont pas effectués dans les jours à venir, l’encours de la dette externe pourra
atteindre son plus bas niveau depuis 6 ans.
Par souci de transparence et de redevabilité, l’Etat a élaboré différents documents officiels
portant sur la dette publique ( interne et externe) : le Décret sur la Dette Publique du 11 mars
2020 publié dans le journal officiel du pays: Le Moniteur, le mercredi 12 août 2020 ; Statistique
de la dette extérieure, Guide pour les statisticiens et les utilisateurs, publié en 2003, revu et
corrigé en 2014 par le FMI ; le Cadre de gestion de la dette à moyen terme (SDMT), publié en
2019 par la Banque Mondiale en collaboration avec le FMI. Ce recours aux capitaux extérieurs
empruntés par Haïti engendre des risques en raison d’une part de l’objectif qui leur sont assignés
et d’autre part de la capacité de l’Etat Haïtien à assurer le service de la dette contractée à cet
effet. Cet endettement excessif et de surcroît mal utilisé entraine des conséquences énormes. Ces
ressources devraient en premier lieu servir à financer le déficit de la balance des paiements. La
dette étant préjudiciable aux investissements publics, elle n’a pas réellement contribué à
l’affermissement de la croissance. Leur mauvaise utilisation est susceptible d’entraver le
processus de développement.
Les prêts à Haïti, n’ayant pas permis d’accroître l’investissement et/ou la consommation de biens
dits essentiels, aussi font-ils peser sur le pays une contrainte à plus long terme liée au
remboursement des intérêts. L’endettement extérieur a quelque peu servi à financer des «
consommation bénéficiant d’une tranche de revenus élevés dite consommation de luxe », et
également la consommation de biens « non-essentiels » jugés peu utiles au développement et qui
ne sont pas taxés. Ces prêts qui favorisent de tels investissements, déséquilibrent l’économie et
conduisent, selon l’expression d’I. SACHS, à une « croissance perverse », c’est-à-dire à une
croissance de court terme qui affecte les perspectives d’une croissance stable. Analyser
l’endettement public en Haïti, revient à considérer l’impact de la charge des remboursements sur
le bien-être de la population. En exemple les Fonds de Petro Caribe documentés par le rapport de
la Cour des Comptes. La dette contractée au titre de ce programme devait aider à améliorer les
conditions de vie des ménages haïtiens. Le niveau de pauvreté demeure à son plus bas niveau.
L’initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), adoptée en 2005 pour mettre fin à
l’énorme surendettement des pays les plus pauvres en vue de la réalisation des objectifs du
Millénaire pour le développement (OMD), n’ont pas eu d’effets escomptés en Haïti. Selon
l’économiste Leslie J.-R. Péan sur la dette publique d’Haïti « Les politiques d’endettement et de
sorties de capitaux ont bloqué le développement en Haïti : les bons de la Banque de la
République d’Haïti (bons BRH), l’offre des titres d’État n’ont jamais eu un entrainement positif
sur l’économie ».Or, l’emprunt, qui pouvait permettre d’atteindre des objectifs sociaux et
économiques, avait pour conséquence l’endettement ».
Source : Publications L. Péan
19
Encadré13 :FACTEURS DE L’EFFICACITE DE L’AIDE AU NIVEAU D’HAÏTI
Les facteurs de l’efficacité de l’aide concernent ces aspects suivants :
Efficacité en termes de coordination de l’aide
En Haïti la coordination de l’aide relève principalement du Ministère de la Planification et de la
Coopération externe à travers la Direction générale de la coopération (DCE) qui est
l’interlocutrice des sources de financement extérieur en matière de coopération technique,
économique et financière. En plus de la DCE, plusieurs autres structures interviennent (Ministère
des affaires étrangères et Ministère des Finances et Banque Centrale. En Haïti cette coordination
se caractérise par une multitude d’intervenants, ce qui rend donc la coordination à la fois
complexe et difficile.
En outre, ces structures qui devraient concourir à une plus grande coordination de l’aide et
confirmer dans une certaine mesure, la capacité du Gouvernement à maîtriser le processus de
gestion et de coordination montrent quelques insuffisances au plan d’échanges d’informations et
de concertation entre elles et au plan des ressources humaines disponibles, peu nombreuses au
regard des multiples tâches liées à la coordination. L’assistance technique aux départements
ministériels n’a d’impact durable que si elle s’inscrit dans un processus global de réorganisation des
départements ministériels concernés (amélioration des conditions du travail des cadres, répartition des
responsabilités, délégation de pouvoir, etc., L’aide n’est donc pas coordonnée sur le plan interne. En
outre, ces structures ont aussi, chacune à son niveau, des activités de coordination à des degrés
divers sans que les autres ne soient informées. Il n’existe pas non plus de mécanisme de suivi, et
d’évaluation des activités de coordination de l’aide servant à apprécier l’efficacité et l’incidence
de l’aide sur le développement et la réduction de la pauvreté. Il n’existe donc aucune procédure
de rétroaction en vue d’appliquer les résultats de ces évaluations aux nouveaux programmes
d’aide.
Efficacité de l’Aide en termes de financement de l’économie
Le FMI s’engage à continuer de soutenir l'administration haïtienne dans la promotion de la
croissance économique et de la réduction de la pauvreté. » La mise en place d’une bonne
politique socio-économique à travers le programme d’ajustement structurel (PAS), le projet de
dimensions sociales de l’ajustement structurel (DSA) et le projet appui à quatre ministères est un
facteur favorable à l’efficacité de l’aide. En outre tous les acteurs de la vie socio-économique,
notamment la société civile et le secteur privé, ne sont pas systématiquement impliqués dans les
activités de l’aide, ce qui empêche l’appropriation de ces activités par le pays, plus
particulièrement par les populations auxquelles est destinée l’aide.
Ce type de coopération se révèle essentielle dans la mesure où elle contribue au financement de
l’économie. Néanmoins, Haïti apparaît comme « intensément gouverné et réglé par l’aide
internationale » (Wörlein, 2017), laquelle tend à enfler en montants et en effectifs. En 2011,
20
l’économie s’est affermie en raison d’une très forte augmentation de l’APD (2,89 Milliards de
dollars engagés dont 1 134,584337 étaient décaissés) contre 990 760 millions en 2009. Ce pic
devait répondre à l’urgence en raison du terrible séisme qui avait frappé le pays en 2010. Il
apparaît que Haïti est relativement plus aidé que son voisin la République Dominicaine 279 959
millions de dollars en 2015 (pic) et Cuba 2,7 milliards de dollars en 2016 (pic). En décembre
2012, les sources indiquent que 3,7 milliards de $US supplémentaires ont été engagés et 4
milliards de $US ont été décaissés. Ce montant était nettement supérieur aux revenus internes de
l’État haïtien au cours de la période 2010 - 2012.
Il y a des projets d’aide au développement et, des investissements qui sont entretenus et qui
portent leurs fruits. Ainsi, si la création monétaire a permis de maintenir un certain niveau de
financement interne de l’économie, l’aide extérieure a également permis le décollage des
dépenses publiques et donc la croissance en quelque sorte.
Néanmoins, l’objectif de stabiliser l’économie, et aussi d’assurer la pérennité de cette stabilité
malgré des défis structurels et sociaux semble ne pas s’avérer soutenable dans la durée. Les
résultats sur les plans de développement social et économique à moyen terme le confirment. En
ce qui concerne l’effet sur la stabilité macroéconomique et financière, une condition-cadre est
indispensable à la croissance. L’aide budgétaire devrait jouer un rôle positif en raison de
l’importance centrale de cette question. Mais la grande question est quelle serait la valeur ajoutée
d’un bailleur peut apporter au processus, avec des volumes de financements parfois relativement
modestes. Un regard sur certains indicateurs confirme clairement que les sommes décaissées à
titre d’aide au développement pour Haïti n’ont pas su engendrer une amélioration significative
des conditions de vie de la population. Le ratio « APD/PIB » reste encore en dessous du niveau
attendu. Mais les grands agrégats économiques n’en rendent pas compte, et ceci alimente un
sentiment d’échec.
Efficacité en termes de dialogue politique
En fait, le décaissement des ressources est conditionné par un catalogue de réformes et
d’indicateurs. La définition et l’examen régulier de l’Aide publique au développement devrait
faire l’objet d’un dialogue politique entre les bailleurs et Haïti. Ce dialogue politique facilité par
le processus d’aide budgétaire, pourrait assurer la cohérence entre les priorités sectorielles (par
exemple le recrutement d’enseignants afin d’augmenter les taux de scolarisation) et le maintien
des équilibres macroéconomiques (dans ce cas, une gestion maîtrisée de l’augmentation de la
masse salariale). Ces thématiques seraient constamment mises à l’épreuve et discutée. Il est
fondamental de créer un cadre de dialogue permanent avec les principaux donneurs et les
Autorités haïtiennes sur la nécessité de prioriser le canal du secteur public pour octroyer l’APD
par rapport aux ONG.
Il convient de mentionner l’existence de concertations plus formalisées relatives soit aux
programmes d’ajustement sectoriel (Programme d’ajustement sectoriel agricole (PASA) et
programme d’ajustement sectoriel transport (PASEC-T)) soit à des projets précis.
21
Effets sur le développement en termes monétaires
L’objectif de l’Aide budgétaire est de contribuer à équilibrer la balance des paiements, n’est pas
atteint à court terme. Un second type de risque a trait à des vulnérabilités macroéconomiques.
D’une part, un afflux massif de financement extérieur sous forme d’aide (en général, y inclus
l’aide budgétaire) pourrait déclencher une appréciation réelle de la monnaie locale et donc une
perte de compétitivité causée par l’augmentation soudaine de la demande pour des biens et des
services des secteurs protégés (ou non échangeables). Ce type de phénomène n’a pas encore été
empiriquement démontré pour des pays ayant reçu des flux importants d’aide. Le risque ne peut
être écarté pour autant et renforce l’importance qu’il faut accorder à la gestion macroéconomique
dans le cadre du dialogue politique. Un risque associé est celui de l’éviction de l’investissement
privé. Afin précisément d’éviter la perte de compétitivité liée au « syndrome hollandais », les
autorités monétaires du pays bénéficiaire peuvent être amenées à « stériliser » l’impact par une
politique monétaire excessivement restrictive, qui entraînerait une augmentation des taux
d’intérêt et ainsi un découragement du crédit à l’économie privée. Toutefois, il n’est pas correct
d’attribuer cette évolution à l’aide seule, le pays ayant été soumis à une série de chocs exogènes
de nature inflationniste (prix de l’énergie, sécheresse) qui nécessitaient une politique monétaire
plutôt prudente. Le défi reste dès lors d’en améliorer encore l’efficacité car le pays n’affiche pas
de bonnes performances au niveau agrégé ni même des performances tangibles sur le terrain
Efficacité de l’aide en termes de coûts
L’Aide publique au développement n’est pas gratuite. Elle implique des charges récurrentes
générées par les projets mis en œuvre. Les projets entraînent des coûts supplémentaires
d’exploitation et d’entretien qui doivent être financés en partie ou en totalité avec des ressources
intérieures. Le Gouvernement assume les charges récurrentes ou les coûts relatifs aux activités de
planification et de coordination de l’aide en faisant peser le coût de l’aide sur les institutions et
les services ministériels pour lesquels, les ressources requises ne sont pas toujours disponibles.
Efficacité en termes de capacités nationales
L’aide est efficace si elle arrive à contribuer au renforcement des capacités institutionnelles, en
vue de la conception et l’exécution des projets de développement d’une manière efficace et
durable. Tel n’en est pas le cas.
Efficacité en termes de développement
Haïti a développé une dépendance excessive à l’aide publique au développement pour le
financement de ses plans de développement. Toutefois, cette dépendance excessive à des
conditions de faveur a été source de difficultés dans la mise en œuvre des plans de
développement. Les raisons sont multiples. Les donateurs, notamment la Banque mondiale et la
BID, l’Union Européenne participent de manière importante au financement des plans
quinquennaux de développement et sont consultés au moins sur le niveau de mise en œuvre des
22
projets importants d’infrastructures, ces institutions ont insisté sur la nécessité de mener de
nombreuses études de faisabilité avant d’approuver un financement.
Un programme de développement est une approche logique en soutien aux priorités nationales de
développement. Il intègre un cadre budgétaire et une programmation unique ainsi que des
procédures coordonnées et des systèmes de gestion locaux¹. Traditionnellement, la majorité des
fonds décaissés a été canalisée à travers des projets de développement qui se sont caractérisés par
des budgets, des objectifs et des calendriers spécifiques en dehors des systèmes de gestion du
pays.
La majorité des fonds est toujours investie dans des projets dispersés lesquels sont surtout
exécutés par des acteurs différents au détriment de programmes susceptibles de créer des
structures durables pour l’avenir. Ces fonds sont versés pour des projets ou programmes qui, en
partie ou entièrement, sont administrés selon leurs procédures propres. La partie de l’aide
étrangère est plus élevée dans la rubrique des investissements (des dépenses qui sont faites pour
accroître le capital économique, moyennant p.ex. des infrastructures ou l’agriculture, mais aussi
l‘amélioration du niveau de vie en général au travers de l’éducation, la santé, les logements, etc.)
que dans la rubrique du fonctionnement (les dépenses pour les affaires quotidiennes, les salaires
et l’entretien des infrastructures étatiques).La construction d’institutions solides ainsi que de
programmes durables et indépendants de l’aide ne peuvent plus être remise au second plan. Ceci
a mené à duplication de certaines activités et à la marginalisation des institutions étatiques qui
doivent suivre les priorités des bailleurs.
Le prolongement de la crise politique a constitué un obstacle majeur au déblocage de l’aide
externe nécessaire à la réalisation des projets d’investissement et de développement. Ce contexte
précis écorche la perception de l’Etat, dont les interventions sont désormais marquées par la
prégnance du court-terme et de l’urgence. Toutefois, ceci ne signifie pas que tout l’argent ait
entretemps été dépensé en Haïti. Les modalités de décaissement nous fournissent une première
indication¹ :
Engager des dons signifie qu’un bailleur a approuvé des fonds pour un projet ou a signé un
accord. L’argent est donc réservé pour un projet ou tout autre type d’appui qui se trouve en phase
de préparation. Décaisser des dons signifie que l’argent a été transféré à l’institution qui va
exécuter le projet ou programme, mais que cette institution ne l’a pas nécessairement dépensé.
Une fois que le bailleur a transféré les fonds à l’institution d’exécution, il n’y a plus de suivi
global des dépenses. Ceci est notamment dû au grand nombre de projets qui sont mis en œuvre
selon leur propre budget et échéancier. Avant d’arriver sur le terrain, ces sommes ont souvent été
diminuées par des frais administratifs, parfois même à plusieurs niveaux, car souvent les agences
d’exécution sous-traitent des entreprises ou subventionnent des autres organisations pour mettre
en œuvre les activités finales.
Le pourcentage de l’argent qui arrive alors réellement sur le terrain dépend largement des frais
administratifs des organisations et des entreprises employées. Un rapport du Center for Global
Development estime que chacun de ces niveaux peut absorber entre 7 à 10% de frais
administratifs.
23
Dans un deuxième temps, il est important de savoir si cet argent entre dans l’économie locale à
travers l’achat de produits et de services locaux. Il est reconnu que la relance de l’économie
haïtienne dépend largement du renforcement des entreprises haïtiennes et de la création
d’emplois durables. Toutefois, une grande partie des fonds retourne à des entreprises issues des
pays donateurs, lesquelles sont souvent plus compétitives que des entreprises locales.
Efficacité en termes de temps-horizon
L’aide révèle une discordance de temps. Les impératifs temporels de gestion d’un projet d’aide
au développement se conjuguent souvent mal avec le temps nécessaire à son appropriation et au
déploiement de ses impacts. En Haïti, le temps est tressé de discontinuités de tous types : cahots
politiques, accidents naturels et climatiques. Entre urgences récurrentes et enjeux structurels, il
serait important que la coordination aide à travailler au rythme propre à réconcilier ces
décalages.
Conclusion
Malgré l’augmentation de l’Aide internationale au développement, des résultats tangibles ne se
sont pas traduits en une amélioration des conditions et de la qualité de vie de la population. Les
raisons de ce faible impact des fonds déployés en Haïti s’expliquent par trois raisons :
1) L’APD devrait être dépensée sur le territoire haïtien pour soutenir les institutions locales, les
entreprises et leurs employés ou même la production haïtienne. 2) l’APD devrait être investie
dans des programmes structurels, élaborés selon les priorités nationales. 3) Les objectifs
poursuivis par l’aide au développement devrait trouver un meilleur alignement entre les
politiques des pays donateurs et les besoins de capacité productive d’Haïti. La forte dépendance
du pays de l’aide extérieure peut être un obstacle au développement socio-économique si des
efforts adéquats ne sont pas déployés pour mobiliser les ressources intérieures en vue de
développer l’épargne nationale.
L’aide publique au développement peut se révéler une source de pressions excessives dans des
domaines qui vont au-delà de la coopération économique si le pays bénéficiaire ne maîtrise pas
la coordination des activités y afférentes. Une coopération décentralisée offrant la possibilité aux
bailleurs de coopérer directement avec les collectivités locales, mais aussi avec le secteur privé et
les organisations de la société civile nationales en accord avec le plan de développement du pays,
permettrait d’encourager la prise d’initiatives plus proches des bénéficiaires. De nombreuses
opportunités de coopération décentralisée pourraient en effet permettre une accélération du
développement local. En matière d’aide, il devient donc urgent de prendre en compte le caractère
multidimensionnel de la réalité, de réévaluer le sens des priorités.
Source : Auteur
24
Encadré 14 : LES ORGANISMES AUTONOMES A CARACTERE ADMINISTRATIF, CULTUREL OU
SCIENTIFIQUES (OA/ACS)
Les Organismes Autonomes à caractère Administratif, Culturel ou Scientifique sont chargés d’une
activité classique de service public, de toutes autres missions spécifiques compatibles avec les missions
de l’État. Ils reçoivent des dotations budgétaires inscrites au budget général de la République et peuvent
être des Organismes: - de gestion, responsables d’un service public; - de coordination, harmonisant les
activités de plusieurs services publics dans un secteur spécifique; - de contrôle, ayant pour mission de
s’assurer de l’observance des principes, règles et procédures établis dans un domaine spécifique; - de
consultation, donnant des avis sur les questions qui ont motivé leur création; - de mission, de
développement d’espaces géographiques spécifiques. Ces Organismes sont régis par les règles de droit
administratif et leur contentieux relève des juridictions administratives. Conditions pour qu’une entité soit
classée parmi les OA/ACS Suivant les critères de classification retenus, pour qu’une entité soit classée
parmi les OA/ACS, celle-ci doit : - avoir le statut d’organisme autonome à caractère Administratif,
Culturel ou Scientifique ; ceci implique la personnalité juridique, l’autonomie administrative et financière,
la tutelle. - être chargée d’une activité classique de service public, de toutes autres missions spécifiques
compatibles avec les missions de l’État. Il existe toutefois une différence très nette entre les organismes
autonomes à caractère administratif, culturel ou scientifique et ceux à caractère financier, commercial et
industriel. En ce qui concerne la première catégorie, les agents, sont assujettis, suivant les dispositions de
l’article 125 du décret sur l’Administration centrale de l’État, aux dispositions de la loi portant statut
général de la fonction publique. Les membres du personnel administratif et technique sont emmargés au
budget national et, de plus, ce décret, en son article 120-3, fait obligation à l’État de mettre à leur
disposition des « dotations budgétaires inscrites au budget général de la République », bien qu’ils
jouissent de l’autonomie administrative et financière. Une autre nuance entre les organismes autonome est
celle caractérisant les organismes tels que l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA), l’Office
d’assurance des véhicules contre tiers (OAVCT), l’office nationale de l’aviation civile (OFNAC),
l’Autorité aéroportuaire nationale (AAN), qui sont entre autres des organismes autonomes à caractère
financier, commercial et industriel.
Source : Ministère de l’Economie et des Finances
Encadré 15 : EXTRAITS DU RAPPORT GOUVERNANCE ET CORRUPTION EN HAÏTI, JANVIER 2007
Les pots-de-vin constituent un obstacle majeur à la croissance économique en ce qu’il décourage les
investissements. Des employés du secteur public interrogés ont déclaré que des fonctionnaires ou agents
étaient à l’origine ou simplement au courant de 71% des cas de pots-de-vin concernant des particuliers.
D’autre part, 65% des cas impliquant des entreprises locales ou internationales. 30% des chefs
d’entreprises expliquent que le versement de pots-de-vin à des fonctionnaires est nécessaire pour
l’obtention de licences commerciales et près de 22% indiquent que, sans pot-de-vin, il n’est pas possible
25
de décrocher un contrat public. 10% des ménages interrogés ont confirmé avoir eu à verser un pot-de-vin
à un fonctionnaire local pour l’obtention de services de base. Les citoyens répondants ont signalé que les
pots-de-vin étaient le plus fréquemment demandés dans le Service de la Circulation des Véhicules et dans
l’Administration Générale des Douanes, alors que la fréquence des pots-devin atteignait 43% au Ministère
de la Justice. De cette majorité de fonctionnaires seulement 2% des contrats publics ont été obtenus à
travers des pots-de-vin, et ces pots-de-vin représentaient en moyenne 1% du coût total du contrat. Les
versements de pots-de-vin sont évidents dans les décisions des agences publiques concernant le personnel
et le budget, même s’ils se produisent à un degré plus faible. Seuls 4,8% des fonctionnaires conviennent
que les pots-de-vin jouent un rôle important dans l’obtention d’un emploi dans le secteur public, alors que
15% admettent qu’un pot-de-vin peut influencer une promotion.
Les ménages, les entreprises privées et les ONG conviennent que l’Administration Générale des Douanes
et la Direction Générale des Impôts comptent parmi les agences publiques les plus corrompues d’Haïti.
L’appareil judiciaire, incluant le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique, les Juges et les
Tribunaux, est souvent vu comme manquant d’intégrité. Ce manque d’intégrité dans le système judiciaire
est souligné par le fait que chacun des groupes consultés place la Police Nationale d’Haïti (PNH) dans la
liste des 10 agences les plus corrompues. Ceci est à souligner si l’on considère que tous les répondants
citent la criminalité et la violence comme étant des obstacles majeurs à l’amélioration de la qualité de la
vie, au développement économique et à l’accès aux services.
Tableau A : Classement des institutions les plus corrompues :
1 Justice 81% Direction générale des Impôts 68% Direction Générale. des Impôts 74%
2 Administration. Générale. des Douanes 78% Partis politiques 66% Administration. Générale des
Douanes 71%
3 Direction générale des Impôts 73% Maires 63% Juges et Magistrats 66%
4 Collectivités territoriales 70% Administration. Générale des Douanes 61% Partis politiques 64%
5 TELECO 69% Membres du Parlement 58% Tribunaux de 1ère. Instance 63%
6 Ministère de la Justice et S P 68% Tribunaux 55% Électricité d’Haïti 61%
7 Travaux Publics 68% Ministère de la Justice et S P 51% Coopératives 59%
8 CAMEP ou SNEP 66%
9. Service. De la Circulation des Véhicules 51%
10. Police nationale 58%
11. Tribunaux de 1ère Instance 47% Autorités locales 58%
12. 10 Police Nationale d’Haïti 64% Police Nationale d’Haïti 45% Gouvernement 56%
Source : Enquête diagnostique sur la Gouvernance et la Corruption en Haïti, Janvier 2007)
Encadré 16 : Les dispositifs de concertation
Le Cadre de Coopération Intérimaire (CIRH)
Le gouvernement de 2010 avait fait promulguer la « Loi d’urgence 2010 », une disposition
spéciale qui avait permis de créer la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti
26
(CIRH). Ce nouveau cadre de partenariat visait à financer les projets prioritaires, dits projets
porteurs de croissance. Le CIRH fut l’objet de grande controverse quant à son caractère
anticonstitutionnel (présence de personnalités étrangères au sein de l'entité) et de son rôle par
rapport aux responsabilités gouvernementales. Le tableau ci-dessous démontre que l’aide
promise n’a pas été versée intégralement.
Tableau 5 : Ventilation de l’aide par rapport à la création du CCI
Pays/organismes
Nature aide
Montant promis
Montant décaissé
Accords
Prêts
Montant
engagement
N/A
N/A
Etats-Unis
Banque Interaméricaine
de Développement
Fonds de Développement
agricole
Total
207
260
N/A
Prêts
N/A
12
1 milliards
917 millions
964.4 millions
Source : (Beaulière et autres, 2011)
5.10.2 Le Cadre de coordination de l’aide externe
Le Cadre de coordination de l’aide externe (CAED), conçu en 2012, pour jouer le rôle de
facilitateur et de médiateur entre le gouvernement et les donateurs, veille à ce que la mise en
œuvre des projets triennaux d’investissements réponde à des objectifs communs. Les partenaires
techniques et financiers ont des priorités, méthodes, modes d’opération et stratégies divergents, il
fait besoin d’un système plus coordonné de l’APD. Le défi demeure de renforcer les capacités du
CAED en matière de contrôle, de suivi et évaluation de l’APD.
Source : Auteur
LISTE DES GRAPHIQUES
1
Valeur ajoutee par grands secteurs d’activite en millions de gourdes constantes 2015 -2020
27
2
PIB par Habitant (US constant, 2000)
3
Répartition du PIB sectoriel
4
Croissance annuelle du PIB (%) de sept pays de la Caraïbe
5
Indice de développement humain
6
Population active
7
Financement totaux mobilisés 2017-2021
8
Répartition financements internes mobilisés 2017-2021
9
Répartition financements externes mobilisés 2017- 2021 (En milliards de gourdes et en pourcentage)
10
Flux de financement mobilisés
11
Budgets de l’Etat
12
Tendances des ressources intérieures
13
Evolution des recettes fiscales (2019-2023)
14
Evolution des recettes fiscales sur la décennie
15
Tableau 3 : Prévisions et réalisations des impôts sur le revenu
16
Tendance des prévisions et réalisations des taxes sur les biens et services
17
Formation brute de capital fixe versus epargne domestique brute en Haiti en % du PIB, (20002020)
18
Taux de croissance des dépenses courantes
19
Dépenses d’investissement
20
Investissements Publics
21
Répartition des emprunts
22
Evolution du déficit de 2000 à 2020
23
Aide Publique au Développement
24
Aide Publique au Développement nette reçue par habitants
25
Aide publique au développement décaissée pour Haïti entre 2000 et 2020
26
Déboursements des donneurs et bailleurs d’Haïti 2010-2019 (en millions de $EU)
27
Répartition de l’APD par bailleur (2010-2019)
28
Evolution des indicateurs macroéconomiques retenus pour l'analyse en % PIB (1980-2020)
29
Dette nationale brute d’Haïti par rapport au PIB 2014-2024
30
Composition de la dette publique, 31 décembre 2020
31
Répartition des ressources publiques internes et externes
28
LISTE DES FIGURES
Figure 1 : L’arbre de la croissance pour Haïti
Figure 2 : Mécanismes de Politique monétaire
Figure 3 : Le système financier haïtien
Figure 4 : Analyse des Contraintes du système financier d’Haïti
Figure 5 : Ventilation de l’aide par rapport à la création du CCI
Figure 6 : Cartographie des sources de financement de l’économie haïtienne
29
Figure 6 : CARTOGRAPHIE DES SOURCES DE FINANCEMENT DE L’ECONOMIE HAÏTIENNE
SOURCES PRIVEES INTERNATIONALES
Aide Publique au Développement
Emprunts publics & Garantis publics
Prêts bilatéraux et multilatéraux
Investissements Directs Etrangers
Investissements de portefeuille
Responsabilité sociétale des entreprises
ONG internationales, organisations caritatives
Emprunts prives auprès des bailleurs de fonds internationaux
Transferts de fonds des migrants
Fonds issus de la coopération sud-sud
Fonds climatiques
Fonds fiduciaires/programmes verticaux i
EXTERNES
SOURCES PUBLIQUES INTERNATIONALES
Source :
Gouvernement et Administrations Publiques
1. Recettes fiscales
2. Impôts directs
3. Impôts indirects
4. Droits de douane
5. Apports des collectivités territoriales
Banque de la République d’Haïti
1. Fonds - Allègement de la dette intérieure
2. Emprunts BRH
Partenariats publics privés
Emprunts intérieurs publics et garantis publics
Recettes exploitations minerais
Recettes économie maritime
Fonds des Organismes autonomes d’Etat
Fonds de souveraineté
Auteur,
informations
tirées
Epargne ménages (achat immobiliers, titres financiers)
Epargne entreprises (capacité d’autofinancement)
Institutions financières (banques)
Investissements privés domestiques
1. Prêts immobilier, industriel et commercial
2.
INTERNES
INTERNESEXTERNES
SOURCES PUBLIQUES NATIONALES SOURCES PRIVEES NATIONALES
Prêt matériel, équipement et technologie
3. Financement pour fonds de roulement
4. Fonds de garantie des prêts agricoles
5. Emprunts prives domestiques
Marché Obligataire en monnaie locale
Crédits Micro finance et Coopératives
Responsabilité sociale des entreprises
ONG et organisations philanthropiques
Taxes Jeux de hasard
des
rapports
disponibles
du
MEF,
BRH
30
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Exportations, Importations et Soldes Commerciaux d'Haïti (Gourdes)
Tableau 2 : Prévisions et réalisations des impôts sur le revenu
Tableau 3 : Aide au Développement
Tableau 4 : Financement extérieur –Appui budgétaire et Aide-projet (en pourcentage)
Tableau 5 : Ventilation de l’aide par rapport à la création du CCI
Tableau 6 : Source et signes attendus des principales variables du modèle
Tableau 7 : Source et signes attendus des principales variables du modèle
Tableau 8 : Statistique descriptive du degré de dépendance à l’égard de l’APD
Tableau 9 : résultats des tests stationnarité
Table 10 : Haïti : Besoins de financements nationaux et internationaux
Table 11 Définitions présentées pour la dette externe sont aussi applicables à la dette interne
Table 12 : Distinction entre l’approche sectorielle et l’approche projet classique
Table 13 : Montant Financement Public sur une année
31
Table 11 : Dette Externe Vs. Dette Interne
Définitions présentées pour la dette externe sont aussi applicables à la dette interne
Analyse viabilité de la
dette (AVD)
L’analyse de viabilité de la dette extérieure (AVD) a pour but d’évaluer la capacité
d’un pays à financer ses objectifs de politique économique et d’assurer le service de
la dette contractée à cet effet.
Bons du Trésor
Titres représentatifs d’emprunts publics inconditionnels qui recevront des paiements
identiques et au même rythme.
Dette Publique
Tout engagement généralement quelconque de l’État donnant lieu à un paiement ou
un remboursement futur. Toutes les obligations de l’Etat Central et des collectivités
publiques découlant d’un contrat ou d’émission de titres.
Encours
Ensemble des engagements de l’Etat envers les non-résidents hormis les titres de
participation et des dérivés financiers. Total des passifs détenus à une date donnée6
Dans le cadre de ce travail l’encours désigne l’ensemble des engagements de l’Etat
envers les créanciers nationaux et internationaux à une date donnée.
Prêt concessionnel
Un prêt est généralement considéré comme concessionnel lorsqu’une unité prête à
une autre unité à un taux d’intérêt contractuel délibérément fixé à un niveau plus bas
que celui du taux d’intérêt du marché qui aurait été autrement appliqué.
Echelonnement de la dette
Opération consistant à différer officiellement les paiements au titre du service de la
dette et à établir pour les obligations différées un nouvel échéancier prévoyant un
délai de remboursement plus long.
Table 12 : Distinction entre l’approche sectorielle et l’approche projet classique
Approche sectorielle
•
Une vision globale de l’ensemble du secteur au
niveau du pays
Approche projet classique
•
Une concentration sur des projets au service
d’objectifs étroitement définis
•
•
•
Des partenariats fondés sur la confiance mutuelle
et la responsabilité partagée
Une coordination des partenaires extérieurs et un
dialogue collectif
•
Une obligation de comptes du bénéficiaire à
l’égard du donneur
•
Des négociations et des accords bilatéraux
•
Des dispositifs parallèles de mise en œuvre
•
•
Une utilisation accrue des procédures locales
32
•
•
Un renforcement à long terme des capacités et
systèmes du secteur
Une approche axée sur les processus via
l’apprentissage par l’action
•
•
Des décaissements et une réussite des projets qui
s’inscrivent dans le court terme
Une approche reposant sur la reproduction de
modèles
Table 13 : Montant Financement Public sur une année
En milliards de gourdes
Ressources budgétaires
Emprunts
Internes
Total DG Trésor
2020-2021
Ressources Internes
Ressources domestiques
96, 438, 046,889
Emprunts intérieurs
5, 426, 000,000
Banques commerciales
Emprunts BRH
47, 116, 346,405
Bons du trésor
12, 000, 000,000
Total emprunts intérieurs
64, 542, 346,405
Ressources internes
160, 980, 393,294
Ressources externes
Interventions Bilatérales
Tirage
8, 137, 500,000
Total Interventions Bilatérales
Interventions multilatérales
Dons
23, 882, 106,707
Total Interventions multilatérales
Total Partenariats
Ressources externes
32, 019, 606,707
Total General
Montant financement public
193, 000, 000,001
33
Table 14 des Exonérations fiscales de l’exercice 2013-2014
INSTITUTIONS
MISSIONS DIPLOMATIQUES
ORGANISATIONS
INTERNATIONALES
ORGANISMES
PRIVES
CONTRACTUELS
ADMINISTRATIONS PUBLIQUES
ORG. NON GOUV. ET FONDATIONS
ORGANISMES AUTONOMES
INSTITUTIONS RELIGIEUSES
LIGNES AERIENNES
AUTRES INSTITUTIONS
SOUS-TOTAL
CIF
5440367749
DC
5440367749
1939390826
348612048,8
4306437516
1664513404
773970405,5
1270901226
9647055980
5270965,967
249006643,5
25296914716
1189424745
433838541,5
122062611,6
278646356,3
1150863800
1128835,522
161240427,7
9126185116
PIA (source: AGD)
1762333446
364301521
TCA
4062236632
811590672,4
TOTAL
31,121,484,794
10,302,077,309
Source : Direction de l’Inspection Fiscale, Service franchise douanière.
Tableau effectué à partir des mémorandums mensuels émis par le service de l’inspection
fiscale/service Franchise douanière du Ministère de l’Economie et des Finances
34
Tableau 15 : Analyse SWOT du Cadre Macro-économique Haïtien
Ce tableau analyse des forces et faiblesses de l’environnement national en matière de financement du développement.
POINTS FORTS
•
•
•
Programmes de développement et de
reconstruction établis avec des donateurs
internationaux.
Adhésion à des organisations régionales
(Association des États des Caraïbes,
Organisation
des
États
américains,
CARICOM, CARIFORUM).
En août 2021, le pays a reçu environ 224
millions USD de l'allocation de droits de
tirage spéciaux (DTS) du FMI (environ 1,5 %
du PIB).
POINTS FAIBLES
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
Forte vulnérabilité aux catastrophes naturelles.
Faible niveau de développement et extrême pauvreté (classement IDH de
170 sur 189) et profondes inégalités.
Mauvaise Gouvernance et politique sociale médiocre.
Faible revenu national brut par habitant
Dépendance à l'égard des envois de fonds des expatriés, des dons
internationaux et des États-Unis.
Manque d'infrastructures, notamment énergétiques (70% de la population
n'a pas accès à l'électricité)
Mauvaise gouvernance et environnement commercial de faible qualité ;
vaste secteur informel
Coût fiscal des importations non déclarées en provenance de la
République dominicaine.
Instabilité des exportations de biens et de services,
Instabilité politique et insécurité
35
Tableau 16 : Analyse SWOT du PSDH faisant ressortir les éléments de Forces, de Faiblesses, d'Opportunités et Menaces.
Le Programme Triennal d’Investissement (PTI) permet la mise en
opération du PSDH.
PSDH promeut des efforts d’investissement et des mesures visant, à court
et moyen termes, la mise en place de conditions de base au développement
du pays.
•
Le PSDH revu et actualisé, pour ouvrir sur la construction d’une
économie moderne, diversifiée, résiliente, compétitive et inclusive,
respectueuse de l'environnement, qui répondra aux besoins
fondamentaux de la population haïtienne, pour les dix à quinze
prochaines années.
•
Le Gouvernement entreprend d’engager le processus
d’actualisation, de consolidation et d’opérationnalisation du
PSDH, en vue de déboucher sur l’articulation d’une vision
renouvelée.
•
Mise en place d’un cadre rationnel et normé de programmation
pluriannuelle et les projets de de réforme institutionnelle, de
refondation sociale, économique et territoriale.
•
Dysfonctionnements institutionnels et l’incapacité systémique de
l’administration haïtienne à traduire le PSDH en programmes,
déclinés en plans opérationnels annuels devant constituer les
fondements et grandes lignes du budget de la République.
•
Manque d’organisation spatiale du plan d’action vise à faciliter le
développement économique. Il n’existe pas d’interrelation forte et
équilibrée entre les pôles urbains et ruraux. Ceci est un goulot
d’étranglement pour le décollage économique.
•
Actions ne sont pas orientées de façon à reconnaître aux territoires
ruraux un statut de pôle de développement durable afin de
promouvoir le potentiel économique des grandes régions du pays,
•
Le processus de mise en œuvre du plan ne met pas l’emphase sur
les politiques de décentralisation ou de développement local qui
sont des leviers importants dans l’atteinte des ODD. Manque
d’implication des collectivités territoriales.
Des investissements clés dans l'infrastructure ont été réalisés. Le secteur du
tourisme était en croissance.
Haïti a fait des progrès significatifs dans l’atteinte d’objectifs dans les
domaines de l’éducation primaire universelle et de la promotion de l'égalité
des sexes et l'autonomisation des femmes.
FAIBLESSES
•
Faiblesse dans la capacité d’utilisation des outils de planification,
la faiblesse des liens entre les processus nationaux et
infranationaux de planification et les processus de mise en œuvre.
•
Faibles performances enregistrées au cours des dernières
décennies. Les stratégies n’ont pas été imprégnées de la
localisation spatiale et sans trop grande préoccupation de la notion
de durabilité.
Source : Auteur
OPPORTUNITES
EXTERNE
INTERNE
FORCES
MENACES
36
Table 17 :
Concordance entre le PSDH et les ODD
Plan Stratégique de Développement National (PSDH)
Programme des Objectifs de Développement Durable (ODD)
Vision
Faire d’Haïti un pays émergent en 2030
Orientations de développement national
Orientations des ODD
Une Société équitable, solidaire, vivant en harmonie avec son environnement, Avènement d’une société pacifique et inclusive.
sa culture, où l’état de droit, la liberté d’association et d’expression sont établis.
Une société dotée d’une économie moderne, diversifiée, forte, dynamique, Promotion d’une croissance économique soutenue, partagée et durable, le
compétitive, ouverte, inclusive, et à large base territoriale.
plein emploi productif et un travail décent pour tous.
Une société où l’ensemble des besoins de base de la population sont satisfaits Création durable de richesse et d’éradication de la pauvreté sous toutes
en termes quantitatifs et qualitatifs.
ses formes.
Une société apprenante doté d’un système de formation professionnelle et d’un
système universitaire moderne et efficace, donnant l’accès universel aux
citoyens, à l’éducation.
Un État unitaire fortement déconcentré et décentralisé, fort, responsable, garant
de l’application des lois et de l’intérêt des citoyens.
Accès á tous à une éducation équitable inclusive et de qualité et des
possibilités d’apprentissage tout au long de la vie
Accès de tous á la justice et mettre en place á tous les niveaux des
institutions efficaces responsables et ouverts á tous.
37
Table18 : Les principales orientations des plans depuis 1950
Phase
Plan
Modèle de Planification
Thèmes clés
1950-1960
Le Plan de 1950
Régimes post coloniaux
1964-1971
L’Effort National
1968-1970
La Planification Economique et
Sociale
Parti unique
Economie dirigée par l’Etat
Régime autoritaire
1971-1986
Le 1er Plan Quinquennal
1976-1981
Le 2e Plan Quinquennal
Régime non démocratique
Entreprises étatiques
Régime non démocratique
1981-1986
Le 3e Plan Quinquennal
Mutations socio-politiques
1986-1991
Le 4e Plan Quinquennal
Economie dirigée par l’Etat
(Régimes militaires)
Ajustement structurel
Gouvernement démocratique
Stabilisation
Le Cadre de Coopération
intérimaire
Le Document Stratégique de
Croissance et de réduction de
la pauvreté (DSNCRP)
Multipartisme
Appui financier international
1991-2004
2004-2006
2007-2009
Libéralisme économique
Economie de marché
Plans d’ajustement structurel
Industrialisation
Programmes phares
Réforme et ouverture
Principes fondamentaux
Production agricole
Tourismeinternationaux
Débouchés
internationaux
échanges
économiques
Privatisation
Planification nationale
Aménagement du territoire
Participation société civile
Economie mixte
Innovation
Réduction de la dette
Stabilité macroéconomique
Réduction de la pauvreté
Le Plan Collier
Multipartisme
Sécurité économique
2010-2015
Le PARDH/OMD
Economie de marché
2012-2030
Le Plan Stratégique
Développement d’Haïti
Refondation économique
Réduction de la pauvreté
Refondation territoriale. Refondation économique
Refondation sociale
Refondation institutionnelle
2021
Le PREPOC
Gouvernement en Transition
2021-2030
Le PSDH
PSDH/ODD
de
Plan de relance
Economie de marché
Plan quinquennal
Agenda 2030
(PSDH/ODD)
Actions stratégiques Post Covid
Développement durable
Croissance
Transformation structurelle
Appropriation nationale
39
Table 19 : Stratégie De Mobilisation Des Ressources Publiques nationales et internationales pour le Financement du
Développement durable en Haïti - Matrice du Plan d’Actions
Buts de la stratégie de
financement
Objectif
Rendre disponible des ressources financières substantielles et supplémentaires afin de financer le développement durable en Haïti.
a.
Rechercher et mobiliser les ressources financières nécessaires auprès de toutes les sources possibles.
b.
Soutenir le programme avec des ressources du budget ordinaire de L’Etat.
c.
Fournir un appui à l’Etat haïtien afin de renforcer ses efforts et capacités en vue de la mise en œuvre du Plan d’action
d.
Renforcer la coopération internationale pour accroître l’action des partenaires techniques et financiers.
e.
Renforcer les capacités, notamment la formation et le transfert de technologies pour améliorer la gestion des ressources nationales
Pilier
Recommandation
Actions de mise en œuvre
Responsabilité
Suivi
Pilier I :
Planification
de
la
stratégie de financement
1.Renforcer les systèmes de planification,
de budgétisation et de gestion financière de
l’Etat de sorte à maximiser ses capacités de
gestion et d’absorption des ressources et à
optimiser l’utilisation des ressources
destinées
aux
programmes
de
développement.
1.1.1 Etablir une approche
programme,
basée
sur
le
PSDH/ODD
et
les
plans
sectoriels et d’urgence.
Etablir un secrétariat
constitué des responsables
et consultants.
Cycles d’identification, d’évaluation et
de formulation de la stratégie.
1.1.2 Etablir le cadre de
préparation et de formulation de
la stratégie de financement.
Définir des buts, des objectifs
mesurables pour les opérations.
1.1.3Mettre
en
place
des
règlements et des procédures
appropriés en conformité avec les
normes
internationalement
reconnues
Etablir les rapports concernant la
situation et les tendances pourraient
constituer une partie importante du
suivi
Les
performances
opérations
doivent
évaluables
après
achèvement
40
des
être
leur
1.1.4 Développer les systèmes
d’informations
socioéconomiques indispensables à la
formulation, au suivi, et à
l’évaluation des politiques, et
actions de la stratégie SMR
1.1.5 Elaborer des études
économiques
et
sectorielles
détaillées qui doivent servir de
base à l'élaboration de la stratégie
de financement pays
1.1.6 Allouer les ressources
(humaines, financières, temps)
adéquates à la préparation du
document de stratégie
1.1.7 Définir des indicateurs de
performance pour les objectifs
stratégiques afin d’en permettre
l'évaluation de l'assistance à
terme
Pilier II :
Acquisition,
de
planification
et
de
gestion des ressources
2. Les ressources du budget ordinaire de
l’Etat et de la coopération internationale
sont consacrées à la mise en œuvre du Plan
d’action.
2.1.1 Etablir la gamme et des
différents types de sources de
financement publiques intérieurs
entrant dans la Stratégie de
financement
2.1.2 Rechercher appui bilatéral,
régional et multilatéral pour la
mise en œuvre du Plan d’action,
notamment le soutien auprès des
fondations, le secteur privé, des
organisations
non
Etablir La Commission
des ressources pour la
mise en œuvre de la
Stratégie de financement
CINF : constitue la base
de la coopération avec les
partenaires internationaux
de coopération.
Phases de mise en œuvre et
d’évaluation. Le Secrétariat fournira
des mises à jour régulières sur les
niveaux de financement nécessaire aux
divers domaines thématiques afin
d’orienter une contribution plus
41
gouvernementales et d’autres
sources contributions volontaires.
2.2.3 Associer dans l’élaboration
des projets et programmes toutes
les parties prenantes, y compris la
société civile, les instances
d’exécution et de coordination au
niveau régional.
équilibrée des PIC
Établissement de rapports intérimaires
sur la mise en œuvre du Plan d’action
2.1.4 Effectuer une analyse
approfondie des risques et des
hypothèses importantes dans les
documents d’évaluation
Pilier III :
Gestion des Ressources
3.1 L’approche participative doit être
développée durant le cycle du programme,
et élargie à toutes les parties prenantes
3.1.1Affecter les ressources du
Programme ordinaire au Compte
fiduciaire. Toutes ces ressources
devront
être
employées
conformément aux procédures
énoncées
3.1.2Renforcer les capacités du
pays doivent être renforcées en
vue de mieux orienter et utiliser
les ressources.
3.2.1 Renforcer les structures
chargées de mobiliser les
ressources et celles de la dépense
3.3.1 Allouer les ressources
nécessaires à une supervision
efficace (effectif, composition
des équipes, et temps de
supervision appropriés)
42
Pilier IV :
Evaluation
Améliorer
les
conditions
d’archivage pour assurer la
disponibilité
des
rapports
d’achèvement di programme.
Entreprendre un nombre suffisant
d'évaluations rétrospectives des
opérations achevées
Actualiser les rapports de revue
de portefeuille et les rapports
annuels de performance de
portefeuille.
43
Table 20 : Dans le cadre de l’évaluation du financement du développement durable
Le présent rapport relève les constatations principales suivantes regroupées dans ce tableau :
Economie
¯ Conjoncture considérée à risque : croissance, inflation, chômage, équilibre extérieur
Mesure :
¯ Politique conjoncturelle à court-terme : ne favorise guère la stabilité économique
¯ Politique de relance budgétaire : déséquilibre au niveau des recettes /dépenses n’arrivent pas à jouer le rôle de
stabilisateurs automatiques du cycle économique, solde budgétaire en déficit
Types d’intervention :
¯ Augmentation des Investissements : baisse du niveau de l’activité, dépenses d’investissement dans des
infrastructures trop faibles,
¯ Augmentation des revenus, consommation (pas d’augmentation de la demande des ménages)
¯ Augmentation épargne nationale (pas au niveau souhaité)
Déficit chronique sur plus d’une décennie
L’économie politique se caractérise par une absence totale de souveraineté haïtienne sur les choix économiques, et
dominée par les forces externes. Effets de l’ajustement structurel, faiblesse des exportations, dépendance financière
Libéralisation du marché : Les secteurs productifs avaient été fortement pénalisés par l’abaissement des barrières
douanières et du taux de valeur ajoutée
¯ Politique monétaire : veiller à la stabilité financière et fournir les liquidités nécessaires à la croissance de
l’économie tout en garantissant la stabilité de la monnaie.
¯ Instruments : TRO, Taux Directeur, Open Market
¯ Responsabilité de la BRH et Marge de manœuvre limité de l’Etat
¯ Existence d’effets pervers : objectif principal assigné à la politique monétaire non atteint :
Tension sur les prix, inflation en hausse) de la cible d’inflation à moyen terme de 2%,
Haïti est à une inflation de 22,8%
¯ Programme de relance
¯ Moteurs de la croissance : commerce, investissement et exportations
¯ Surliquidité du système bancaire préoccupant
44
¯ Effet multiplicateur de l’Investissement (accès limite des entreprises au crédit)
¯ Pas de plein emploi, pas de demande et offre plus forte, croissance n’est pas restaurée
¯ Déficit n’est pas ramené à un niveau raisonnable
Persistance de certains déséquilibres intérieurs et extérieurs
¯ Mécanismes actuels entourant le revenu fiscal
¯ Elargir l’assiette fiscale, Recettes au niveau des Collectivités territoriales
¯ Sources des manques à gagner (Fonds illicites)
Manque d’articulation entre la politique fiscale et les orientations de développement économique constitue un
frein à l’essor de l’économie haïtienne. La réforme de l’impôt est aujourd’hui le principal instrument pour
atteindre l’équilibre budgétaire et la justice fiscale et sociale. Ce n’est guère si simple.
Contexte : Projet de mobilisation des financements interne et externe du Développement durable.
Toutes ces politiques ont un impact sur l’orientation des plans quinquennaux.
Diagnostic du cadre national de planification :
Evaluer le cadre de programmation, de budgétisation, et de suivi-évaluation du développement, afin d’identifier les
goulots d’étranglement et les maillons dont le renforcement serait nécessaire pour assurer une meilleure mobilisation et
une gestion efficiente des financements.
Développement
¯ Axiome : L’économie ne peut progresser que sur la base de plans, la Planification peut être un moteur ou un
o Obstacle à la réussite économique ou au développement.
¯ Développement économique et social d’Haïti a été planifié à travers de nombreux référentiels (11 plans depuis
1950. Ex : (PURE I, PURE II, CCI (Cadre de Coopération Intérimaire) DSNCRP, Plan Collier, PARDN, OMD,
CIRH, PSDH,)
¯ Vision et stratégie de développement ne sont jamais clairement articulées. Identification des axes majeurs dans
les plans (confusion sur les pans de l’économie à prioriser)
¯ Objectifs globaux et spécifiques inscrits dans le cadre logique des plans de développement
¯ PSDH : cadre opérationnel des actions stratégiques et PREPOC : cadre d’urgence :
Démarche à long-terme vs démarche de transition
45
¯ Les investissements sont mal orientés. Le MPCE devrait avoir le contrôle des ressources
¯ Il existe des avantages et des inconvénients dans les plans quinquennaux revus mais cette confusion a couté cher :
essoufflement de la croissance, poids de la dette.
¯ Exam du fonctionnement du système de planification pour les politiques les plus importantes puis l’évolution des
plans quinquennaux depuis leur introduction
¯ Sur un plan purement opérationnel, la chaine prospective-planification-programmation-budgétisation suivi&
évaluation (PPPBSE) ne parait pas très robuste.
¯ Les plus hautes instances décisionnelles sur les orientations et les projets les plus importants
¯
C’est la structure qui garantit que les politiques économiques les plus importantes soient élaborées
¯ Stratégies n’ont pas été imprégnées de la localisation spatiale et sans trop grande préoccupation de la notion de
durabilité
Ex : stimuler la demande intérieure passe notamment par un programme d’urbanisation soutenu
¯ Alignement PSDH, PREPOC avec les ODD
Déterminer le montant des enveloppes allouées aux besoins de la réalité pour mesurer leur concrétisation dans les
orientations budgétaires de l’État
¯ Projets d’investissements Publics : un certain nombre de développements positifs mais des investissements clés
(Education, Infrastructure, santé)
Carence de projets d’Investissements publics lourds de grande portée économique
Aide publique
Développement
Stratégies de mobilisation des ressources exécutées
à travers la mise en œuvre des plans et programmes spéciaux pour Haïti
Cette partie cherche à analyser toutes les sources publiques (nationales et internationales) du financement du
développement afin d’identifier celles qui sont sous-exploitées et celles qui sont les plus prometteuses pour l’atteinte des
objectifs de développement
au
¯ Alignement du financement des partenaires techniques et financiers avec les priorités du pays
¯ Aide en faveur de projets, approches sectorielles, fonds fiduciaires.
¯ Les programmes de développement de cette période étaient largement financés par des ressources extérieures au
départ en tant que condition pour l’allègement de la dette. Leur mise en œuvre était dans une large mesure
tributaire des préférences des donateurs.
¯ Après des décennies, l’analyse des progrès réalisés montre les limites d’un tel modèle.
46
Financement Interne
Politiques
Institutionnel
De nombreux efforts ont été faits pour améliorer la gestion des finances publiques et mobiliser plus de recettes
budgétaires. Mais paradoxalement, malgré la montée en flèche des financements internes, il y a une montée sans cesse
croissant des emprunts intérieurs en raison de la politique monétaire. Cette situation ne fait pas appel qu’à la prudence
actuellement mais aussi aux méthodes novatrices et durables de la génération des ressources à partir des sources
publiques et privées pour pallier les déficiences actuelles. La restructuration des mécanismes de financement actuels est
donc un impératif.
Les résultats indiquent (i) que le principal obstacle à la mobilisation des ressources locales réside dans leur faible ratio
épargne sur investissement.
¯ La mise en œuvre concrète de la stratégie de financement du gouvernement passe par une série de politiques
opérationnelles qui doivent répondre aux orientations données par la vision de développement axée sur les
résultats. Ces politiques sont généralement représentées par des cadres annuels et à moyen terme, notamment le
Cadre de Budgétisation à Moyen Terme (CBMT), le Cadre des Dépenses à Moyen Terme (CDMT), et le Budget
d’Investissement Public (BIP). L’objectif de ces politiques opérationnelles est de rationnaliser l’utilisation des
fonds mobilisés, et d’inciter les investissements par d'autres acteurs.
¯ Procédures d’exécution des dépenses publiques
¯ Prudence, transparence, recevabilité, outils de contrôle
¯ Pratique de la régie : Procédure de l’acte d’engagement matériel par l’exécutif
¯ Procédures de liquidation et Privatisation
¯ Plan logé au Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE), l’institution devrait assurer le
leadership en tant qu’organisme central de planification du développement.
¯ Coopération entre les ministères caractérisés par un certain processus ascendant de consultation.
¯ Nécessité de coordination du Plan avec les instruments de la budgétisation et de la politique économique tels que
la fiscalité et l’allocation des crédits, manque de cohérence contribue à affaiblir la planification en termes tant de
ressources que d’influence.
¯ Sans l’appui de l’échelon le plus élevé des autorités, l’organisme central de planification se trouve sous
d’énormes contraintes.
¯ Le cadre de dépenses à moyen terme est un instrument pluriannuel de budgétisation qui établit un lien entre les
ressources et les résultats et les activités y relatives.
¯ Le MPCE a peu d’influence sur la définition des priorités budgétaires pour les traduire en plans d’action.
¯ Les objectifs les plus difficiles à atteindre sont les objectifs non quantitatifs, qui nécessitent des réformes
47
structurelles.
Recommandations pour le MPCE
•
L’instrument phare de la planification à moyen et long terme est, depuis 1950, le plan quinquennal, qui distribue,
depuis le sommet, des objectifs spécifiques à poursuivre par chaque acteur. Il devrait être un exercice descendant
diriger par les plus hautes instances décisionnelles de l’Etat avec le Plan comme première instance.
•
La vision haïtienne devra être intégrée dans la gouvernance de la région pour une meilleure intégration.
Ressources
humaines
Faiblesse du capital humain- Le MPCE doit être dote des meilleurs cadres spécialisés pour renforcer les directions.
Statistiques
nationales
¯ Disponibilité des données fiables permettant d'apprécier, de la meilleure manière, les situations.
¯ Un manque de données statistiques et d’expertise technique a rendu difficile la correction des erreurs.
¯ Nécessité de faire loger une cellule statistique et de suivi au niveau des ministères.
Dispositif
participatif
¯ Caractère centralisé de l’appareil de prise de décisions des gouvernements, n’implique guère la participation des
collectivités territoriales.
¯ Nécessité d’une appropriation nationale
Suivi-évaluation
Le Plan devrait proposer les outils de suivi, d’évaluation et de contrôle des actions et politiques menées. Il devrait être
chargé de l’évaluation qui se ferait sur la base des évaluations réalisées par chaque ministère sur ses propres activités.
48
Table 21 : RESULTATS DES OMD EN HAITI
TENDANCES
Indice de pauvreté Extrême (Proportion de la population
disposant de moins d’un dollar par jour en parité de pouvoir
d’achat)
Insécurité alimentaire
Taux Net de scolarisation dans le primaire
Taux d’alphabétisation des 15-24 ans
Taux de mortalité infanto juvénile
Taux de Mortalité Maternelle
Proportion de zones forestières (% de la superficie du pays)
Accouchement dans un centre de sante Accouchement avec
assistance d’un personnel de la santé
Proportion de la population utilisant des infrastructures
d’assainissement améliorées
Proportion de la population utilisant une source d’eau
potable améliorée
¯
¯
¯
31% (2001)
24% (2012)
3.6 millions
affecte (2015)
¯ 47 %
88 % (2011)
32% (2000)
¯ 85,1% (2012)
¯ 88%
SOURCES
L'Enquête sur les Conditions de
Vie des Ménages Après Séisme
(ECVMAS)
d’Haïtie Banque mondiale (1993)
MENFP
(EMMUSV)2012
¯
¯
81%
38 % (2016
Enquête mortalité, morbidité et
utilisation des services (EMMUS
VI) 2017)
¯
¯
¯
5,5% (1956)
Entre 2% et 4%
(2010)
Banque Mondiale
39 % (2016
42%
¯ 25,7% (2012)
¯ 33% (2016
¯
¯
64,8% (2012)
74% (2016
2017)
(EMMUS VI) 7.9
2017) (EMMUSV)
(EMMUS VI)
¯
¯
2017) (EMMUSV)
(EMMUSVI)
49
Table 22 : Les Objectifs de Développement Durable
Les Objectifs de Développement Durable (ODD)
Objectif I
Objectif 2
Objectif 3
Objectif 4
Objectif 5
Objectif 6
Objectif 7
Objectif 8
Eliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde
Eliminer la faim
Assurer la sécurité alimentaire améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable
Permettre á tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien –être de tous à tout âge
Assurer àtous une éducation équitableinclusive et de qualité et des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie
Objectif 10
Objectif 11
Parvenir á l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles.
Garantir l’accès de tous à des services d’alimentation en eau et d’assainissement gérés de façon durable.
Garantir l’accès de tous à des services durables et modernes à un cout énergétiques fiables abordable.
Promouvoir une croissance économique soutenue
partagée et durable le plein emploi productif et un travail décent pour tous.
Bâtir une infrastructure résiliente
Promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation.
Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays á l’autre
Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous et durables.
Objectif 12
Objectif 13
Objectif 14
Etablir des modes de consommation et de production durables.
Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions
Conserver et exploiter de manière durable les océans es mers et les ressources marines aux fins du développement durable.
Objectif 15
Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres
en veillant à les exploiter de façon durable
Gérer durablement les forêts et lutter contre la désertification
Enrayer et inverser le processus de dégradation des terres et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité.
Promouvoir l’avènement de société pacifique et inclusive aux fins du développement durable
Assurer l’accès de tous àla justice et mettre en place à tous les niveaux des institutions
efficaces responsables et ouverts àtous ;
Renforcer les moyens de mettre en œuvre le partenariat mondial pour le développement durable
Objectif 9
Objectif 16
Objectif 17
50
Table 23 : Analyse des ODD
1
CIBLES
THEMATIQUE
INDICATEUR
JUSTIFICATIONS
ODD 8
Economie
PIB 4%
Afin d’augmenter sa croissance économique en enregistrant des taux de croissance significatifs, permettant
d’accorder une plus grande importance à l’emploi dans le cadre de leur politique de développement.
Revenu par habitant supérieur
à US$992 /an
40%
Aujourd’hui, si on veut impacter sur le taux de chômage [en Haïti] touchant 75% de la population, estimée à
plus de 10 millions d’habitants, vivant avec moins d’un dollar par jour, on n’a pas d’autre choix que d’investir
dans ce genre de politique permettant d’utiliser plus de main d’œuvre ».
et réduire sa pauvreté, ans un bond significatif de la croissance, sans une redistribution plus équitable aux plus
défavorisés, la pauvreté restera probablement au même niveau et Haïti risque de ne pas atteindre son but de
devenir une économie émergente",
2
ODD1
Pauvreté
3
ODD2
Sécurité alimentaire
L'écart de bien-être entre les zones urbaines et rurales est largement dû aux conditions défavorables pour la
production agricole. Les 20 pour cent les plus riches de la population détiennent plus de 64 pour cent de la
richesse totale du pays, tandis que les 20 pour cent les plus pauvres détiennent à peine un pour cent.
4
ODD3
Santé
La mortalité infantile et maternelle reste à des niveaux élevés et la couverture des mesures de prévention stagne
ou diminue, en particulier pour les ménages les plus pauvres.
Selon l'indice du capital humain, un enfant né aujourd'hui en Haïti ne deviendra que 45% aussi productif qu'il
pourrait l'être s'il avait bénéficié d'une éducation et d'une santé complète. Plus d'un cinquième des enfants sont
à risque de limitations cognitives et physiques, et seulement 78 pour cent des jeunes de 15 ans survivront
jusqu'à 60 ans.
La mise en place d’un système éducatif de qualité pour tous est une condition sine qua non du développement.
5
ODD 4
Education
6
ODD 5
Egalite des sexes
7
ODD6
Eau
Un meilleur accès à l'eau et à l'assainissement dans les 16 communes
8
ODD7
Energie
En augmentant l'accès à l'énergie et le développement des énergies renouvelables ; l’amélioration de l’accès
aux services de bases, à l’énergie
9
ODD9
Infrastructure
Soutenir un secteur privé plus compétitif et productif grâce à des infrastructures publiques et privées dans
l’énergie et les ports la construction d’infrastructures pour augmenter des emplois de qualité et réduire la
pauvreté en faisant de ce type investissement, un point de départ naturel, car souligne le document, « tout
manque d’infrastructures adéquates peut être un sérieux obstacle au développement des entreprises et au
renforcement des capacités productives.
10
ODD13
Changement
Haïti reste très vulnérable aux risques naturels, principalement les ouragans, les inondations et les tremblements
51
Climatique
de terre. Plus de 96% de la population est exposée à ces types de chocs. Le 14 août 2021, un séisme de
magnitude 7,2 sur l'échelle de Richter a frappé la région sud d'Haïti, une région où vivent environ 1,6 million
de personnes. L'épicentre du séisme a été enregistré à environ 12 km au nord-est de Saint-Louis-du-Sud, à
environ 125 km à l'ouest de la capitale Port-au-Prince.
Les derniers rapports sur les dommages causés par le tremblement de terre de 2021 indiquent que 2 248
personnes sont décédées, 320 personnes sont portées disparues et 12 763 ont été blessées. En termes
d'infrastructures, 53 815 maisons ont été détruites tandis que 83 770 autres bâtiments ont été endommagés,
notamment des écoles, des établissements de santé et des bâtiments publics. La Banque mondiale a préparé une
Estimation Global Rapide des Dommages (GRADE) par le séisme, le rapport a été rendu disponible le 27 août
2021 et a estimé les dommages économiques causés par le tremblement de terre à 1,11 milliard de dollars, ce
qui équivaut à 7,8% du PIB d'Haïti en 2019.
La même région a été touchée par l'ouragan Matthew, qui a frappé le pays en 2016. Il a causé des pertes et des
dommages estimés à 32% du PIB de 2015, tandis que le tremblement de terre de 2010, qui a tué environ 250
000 personnes, a décimé 120% du PIB du pays. Alors que le changement climatique risque d’augmenter la
fréquence, l'intensité et les impacts des événements météorologiques extrêmes, le pays fait toujours face à un
manque de mécanismes de préparation et d'adaptation adéquats.
11
ODD16
Justice
Feuille de route
Cette feuille de route élaborée ci-après présente les principaux phasages du processus de mise en œuvre de l’Agenda 2030 pour
l’année fiscale 2022. Elle devra être mise à jour tout au long du déroulement du processus.
52
Table 24 : Feuille de route
Feuille de Route du Processus de mise en œuvre de l’Agenda 2030 pour le développement durable
Années fiscales 2022 – 2023
Objectif
Assurer la mise en œuvre du processus ODD pour sa réalisation en 2030
Phase actuelle
Projet Cadre Intégré National de Financement (CINF)
Visée pour 2030
Atteindre les Objectifs cibles priorisés
Phasage
Activités
Responsable
Echéancier
Suivi
Observations
Appropriation des ODD par le
pays
Consultations nationales
Gouvernement
Mai -Juillet 2022
MPCE
L’appropriation du processus ODD exige une communication
intense, inclusive afin de mobiliser tous les secteurs du pays,
les communautés de base, les citoyens au sujet des ODD.
Stimuler le débat sur le Programme 2030 et apprécier le niveau
d’appropriation et d’engagement de la société civile dans la
mise en œuvre et le suivi des ODD ;
Examiner les moyens de renforcer le rôle et les capacités des
organisations de la société civile dans la mise en œuvre et
d’évaluation des ODD ; et
Collecter les contributions, particulièrement les solutions
innovantes, et les recommandations de la société civile pour
accélérer la mise en œuvre des ODD.
Consultations régionales
Collectivités
territoriales
Juillet
Septembre 2022
MPCE
Les activités de sensibilisation au niveau régional méritent
d’être soutenues fortement.
Intégration des ODD dans les
politiques et
Stratégies nationales
Organisation d’ateliers
thématiques
MPCE/PNUD
MPCE
Renforcement des capacités
techniques et institutionnelles
Organisation d’ateliers de
formation
sur
les
thématiques et sur
les outils stratégiques en
matière de formulation des
stratégies de
développement durable
Etablissement de la ligne de
base des ODD
Gouvernement
PNUD /CNUCED
MPCE
MPCE /PNUD
CNUCED
MPCE
Priorisation des ODD
Basés sur les
indicateurs priorisés, mesurables et à coût abordable pour le
53
Société civile
MEF/Partenariats
MEF
Révision du processus de
programmation budgétaire
MEF/MPCE
MEF/MPCE
Etablir une base de
référence pour les ODD au
niveau de l’Unité d’étude et
de Programmation (UEP)
Intégration des indicateurs
dans le processus de
programmation
budgétaire
Elaboration d’un document
de politique de coopération
au développement
MPCE
MPCE
MCI/MPCE
MPCE
Mobiliser les Ressources
Mobilisation
des
Ressources Intérieures
Intégrer les ODD dans le
Cadre Budgétaire
Suivi et évaluation des ODD
Etablissement des indicateurs
de performance
Mise
en
Mécanisme
partenariat
place
d’un
de Suivi du
pays
Création à l’échelle nationale d’un Système National Intégré
de suivi-Evaluation afin de mettre en place une base de
données démographique réelle et d’hypothèses
solides dans le contexte des ODD
Mise en place d’un mécanisme d’évaluation des performances
de chaque partenaire au développement.
54
Table#25 : Présentation des Finances Publiques Haïtiennes
Administration Centrale
Administrations de sécurité sociale
Contrôle parlementaire
Lois de finances (autorisations limitatives)
Législation de la sécurité sociale
Comptes gérés par
Le gouvernement
Office Nationale Assurance Vieillesse
Total des recettes
2020-2021
132, 612,978
Recettes principales
Taxe sur la valeur ajoutée, impôt sur le Cotisations sociales,
revenu, impôt sur les sociétés
sociale généralisée
Total des dépenses
2020-2021
136, 121,881
Dépenses
Principales
Ministères,
administrations,
organismes indépendants
Déficit budgétaire
3, 508, 902,975
Administrations Locales
contribution Impôts locaux
police, Sécurité sociale Assurance vieillesse
Collectivités territoriales
Nota bene : en milliards de gourdes
55
Table 26 :
Haïti : Estimation et projection des besoins et sources de financement extérieur
sur la période 2018-2025
(en millions de dollars sur la base d’un exercice budgétaire)
Estimation
Estimation
Projection
Projection
Projection
Projection
Projection
Projection 202
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
5
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025
Obligations
830
399
600
491
423
598
759
871
Déficit du compte courant, hors dons
759
304
501
387
318
491
653
766
Amortissement de la dette
75
95
99
104
105
107
107
106
Sources
830
399
489
490
423
598
759
871
Transfert de capital
31
15
0
0
30
30
30
30
Investissement direct étranger
105
75
45
133
138
143
148
154
Décaissements officiels
361
184
236
295
298
416
549
633
Autres flux
242
-65
-36
-9
41
41
41
41
Appui budgétaire officiel
53
0
17
85
17
73
74
75
3
3
0
0
0
0
0
0
Financement exceptionnel
0
0
111
0
0
0
0
0
Pour mémoire
2086
2100
1872
1885
1977
2069
2140
2190
Rééchelonnement
de
la
dette
et
allègement de la dette
Réserves internationales brutes
Source : Fonds Monétaire International (FMI) (2020)
56
Figures/ Projections
Flux de financement des objectifs de développement durable en volume
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
Besoins de financement (en volume) (dimensions des ODD et plan national de développement)
Besoins de financement par item (humanitaires, climatiques et développement)
Flux financiers disponible par source
Flux financiers disponible en volume
Comparatif : Flux financiers provenant de ressources publiques vs ressources externes
Désagrégée : part des besoins de financement déjà financée par le financement disponible
Déficits de financement (gap)
Financement supplémentaire
Flux Financiers
1. Compositions des sources de financement internes du besoin de financement du budget en 2020
(Milliards de gourdes en %)
2. Répartition financements publics en 2021
3. Prévisions et réalisations des ressources budgétaires internes (2000-2020).
4. Evolution de certaines composantes des recettes budgétaires entre 2000 et 2020
5. Evolution des appuis budgétaires attendu dans le cadre du programme économique et financier
conclu avec le FMI entre 2017 et 2020
6. Evolution annuelle des nouveaux accords de prêts par type de créancier entre 2010 et 2017 ($)
7. Evolution du stock total de la dette publique et de la dette concessionnelle ($)
8. Evolution de l’Epargne intérieure brute entre 2010 et 2020
9. Evolution des dépôts à vue et d’épargne des banques
10. Répartition des flux de financements privés et extérieurs entre 2000 et 2020 (Millions de
Gourdes)
11. Evolution de l’investissement prive entre 2000 et 2020
12. Evolutions des entrées nettes d’IDE entre 2010 et 2020($
13. Poids des IDE dans le PIB
14. Répartition des IDE nets par secteur entre 2010 et 2010 au Cameroun
15. Evolution des transferts courants reçus par certains pays Africains entre 2000 et 2020 (en millions
de dollars)
16. Coût de transaction moyen du transfert des fonds en Haïti (% du montant)
Fiscalité
1. Composition des recettes fiscales entre 2000 et 2020
2. Recettes fiscales en pourcentage du PIB entre 2000 et 2020
3. Evolution de l’activité économique et de la valeur ajoutée entre 2000 et 2020
57
4. Impôts sur le revenu recettes fiscales
5. Evolution de la pression fiscale
6. Perception de la corruption et pression fiscale
7. Evolution des dépenses fiscales entre 2000 et 2020
8. Poids de l’échantillon des recettes fiscales sélectionné
9. Poids de certaines composantes des recettes fiscales dans le PIB
10. Potentiel fiscal par ligne de recettes
11. Estimation de la frontière stochastique d’efficience
12. Coefficient d’inefficience
Macroéconomique
1. Indicateurs socio-économiques
2. Croissance du PIB réel
3. Evolution récente du commerce extérieur
Aide au Développement
1. Volume aide publique au développement en Haïti (2000-2020)
2. Montant total des contributions ou dons à Haïti (2000-2020)
3. Financement et contribution des donateurs (2010-2020)
4. Contributions ONG (2010-2020)
5. Aide multilatérale
6. Aide bilatérale
ODD
1.
2.
3.
4.
•
•
•
•
Nombre d’indicateurs retenus pour suivre les ODD
Ligne de visée du plan stratégique
Cartographie de la couverture des programmes nationaux
Pourcentage des indicateurs de produits pour lesquels les cibles ont été atteints
Rapport Ministère de l’Economie et des Finances
Rapport de la Banque de la République d’Haïti
Rapport de la Direction Générale des Impôts
Banque de Données de l’IHSI, du PNUD, de la CNUCED, de l’OCDE
58
LISTE DES PERSONNES
RECONTREES
1. Alix Petit-Frere
2. Antonio Ca-Zorzi
3. Been-Ezer Sainvilus
4. Bradley Deer
5. Charles Cadet
6. Chéry Moise Galilée
7. Cleeford Pavilus
8. Dominique Jeanty
9. Jean Edner Jeanty
10. Emmanuel Gabriel Oscar
11. Emmanuel Placide
12. Frantz Bastien
13. Georges Henry
14. Gilbert Randolph
15. Harmel Cazeau
16. Hubermane Ciguino
17. James MONAZARD
18. Jean Daniel Lamy
19. Jean Eric Belinette
20. Jean Leger Lesly Robertson
21. Jean Mary Mereste Jr Georges
22. Joanne Joseph Leny
23. Joseph M. St-Louis Demertine
24. Kesner Jean Louis
25. King’s Garrot Sainte Croix
26. Loulou Thelusma
27. Luc Dieubenite Alexis
28. Lynn Louissaint
29. M. Wilfrid Trenard
30. Marc Anglade
31. Marie-Fauta Jean-Maurice Baptiste
59
32. Michelet Comeau
33. Miketa Cherenfant
34. Milasao Cadette Robson-Cherel
35. Mme Darline Rosmond
36. Morales Rozier
37. Nolex Fontil
38. Olivia Laporte.
39. Paulette L. Diakité
40. Paulette Lacroix
41. Phara Gilles
42. Pierre Encontre
43. Price Pady
44. Ralph Adeleson
45. Ramón Padilla Pérez
46. Rigaud Duverna
47. Robes Pierre
48. Robès Pierre
49. Romy Regianni Théodat
50. Rose Lourdes Elysée
51. Schmied Saint-Fleur
52. Stendelet Ceus
53. Stephen Louis Gauthier
54. Tatiana Thelusma
55. V. Roberti cia
56. Wilnardwigth Bazile
57. Wilner Bazile
58. Whynn Francois
Personnes contactées par email
1. Adler Camillus
2. Agénor Cadet
3. Alex Fouquet
4. Bernard Nau
5. Chantal Dupasquier
6. Charles Clermont
7. Damien François
8. Dominique Tassy
9. Ecclésiaste Télémaque
10. Emmanuel Adjovi
11. Emmanuelle Saint-Firmin
60
12. Florence Petit-Frère
13. Harold Narcisse
14. Hariston Chéry
15. Hérard Louis
16. Hérold Jean François
17. Jackson Plétau
18. Jean Elie Larrieux
19. Jean Michel Charles
20. Jean Yves Lacascade
21. Johanna Silvander,
22. Lourdes Edith
23. Miloody Vincent
24. Mimose Cadet
25. Monique Pierre-Antoine
26. Myria Charles
27. Narcisse Fièvre
28. Patrick Jean Leger
29. Patrick Michel
30. Patrick Osakwe
31. Yves Gattereau
61
62
CEO Consulting Groupe
Guide d’entretiens avec des Experts
L’Organisation des Nations Unies (ONU), en 2015, a adopté un nouvel Agenda de développement pour
l’horizon 2030, portant sur les Objectifs de Développement Durable. L’Agenda comporte 17 Objectifs de
Développement Durable (ODD), 169 cibles et plus de 200 indicateurs. Pour réaliser de manière
satisfaisante les ODD à l’horizon fixé, trois grands objectifs ont été définis, à savoir : (i) la conduite de la
politique de développement, (ii) la mobilisation des ressources, et (iii) le suivi-évaluation.
Dans l’optique de jeter les bases du développement durable d’Haïti, la République d’Haïti conjointement
avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et la Conférence des Nations
Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), ont mis en place un programme conjoint
« Cadre Intégré National pour le Financement du Développement en Haïti (CINF) ». Dans ce contexte, est
lancée la mission d’étude, intitulée « Mobilisation de Ressources Publiques Nationales et Internationales
pour le financement des Objectifs de Développement Durable (ODD) d’Haïti.
Préambule
Ce guide d’entretiens est préparé dans le cadre de l’étude. Les entretiens visent principalement à
recueillir des données qualitatives sur les thématiques qui suivent. Nous souhaitons formuler des
propositions et actions en partant de votre point de vue et en tenant compte de vos expériences :
1. Secteur de votre organisation
Depuis quand occupez-vous cette fonction, et en quoi consiste-elle ?
Qu’est-ce qui, dans votre parcours, vous a amené à vous y investir ?
Quel rôle joue votre organisation dans le développement de votre pays ?
2. Economies insulaires en développement/ Pays Moins Avancés
2.1Quels sont les défis à votre avis qui se posent à leur développement durable ?
2.2 Quelles sont les causes principales de l’instabilité croissante qui fragilise Haïti ?
Votre compréhension de sa vulnérabilité et des faiblesses de son économie ?
3. Processus de développement économique et social
Il est conditionné par l’obtention de ressources financières, la priorité serait de :
• Soutenir la croissance par la contribution du secteur prive au développement :
o Financer les investissements----------------------------------------------------------------------------------63
o
•
•
•
o
o
o
o
o
o
o
o
---------------------Promouvoir la micro finance------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------A travers le financement interne, utilisant le budget comme outil de développement
Augmenter les recettes publiques------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Mobiliser l’épargne domestique---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------A
travers l’Aide publique au développement
Augmenter les fonds verticaux-----------------------------------------------------------------------------------------------------Augmenter les prêts concessionnels pour les investissements d’envergure-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------L’Investissement Direct étranger--------------------------------------------------------------------------------------------------Les fonds des organismes autonomes
Les partenariats
Les Transferts des Migrants--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Votre avis sur la gestion de la dette publique-------------------------------------------------------------------------------Donner une mission d’investissement aux systèmes financiers nationaux
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------4. Plan de développement national
Il fait état des politiques macroéconomiques, structurelles et sociales. Haïti est pourtant doté d’un
Plan Stratégique de Développement national (le PSDH) qui détermine la vision et les objectifs en
matière de développement économique. Quels sont les obstacles réels à opérationnaliser la vision
du développement ?
A définir les besoins de financement ?
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------A mobiliser les ressources pour les investissements publics ?
5. Mobilisation des ressources nationales
5.1Compte tenu de la vulnérabilité de l’économie, serait-ce une stratégie optimale que de
capitaliser sur les ressources internes pour financer l’économie ? Vos recommandations ?
64
5.2 Etes-vous inspiré d’autres expériences ou modèles ? Lesquels ?
5.3 Le financement international
Ces éléments du projet sont mis en débat ? Votre avis ? Les emprunts internes ou externes : Vos
recommandations ?
5.4 Les Investissements directs étrangers ?
5.5 L’Aide au développement ?
5.6 Les obstacles en général à la mobilisation des financements de la croissance et du
développement durable ?
5.7Stratégies et réformes nécessaires pour mobiliser les financements pour le développement
durable ?
5.8Les autres sources de financement de l’économie.
6. Relations entre les acteurs (nationaux/internationaux)
Comment améliorer ces relations pour parvenir à une cohérence des actions en faveur du
développement durable ?
o
o
o
Secteur privé------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Collectivités territoriales----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Société civile----------------------------------------------------------------------------------------------------65
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------7. Êtes-vous prêt à poursuivre ce débat et à vous engager à intervenir dans les discussions en ligne
relatives au processus ?
N.B.
Si vous avez d’autres idées à faire passer, prière d’utiliser une feuille supplémentaire.
Votre nom complet figurera dans le document en annexe, dans la liste des experts nationaux et
internationaux consultes (si vous préférez garder l’anonymat, prière de nous le faire savoir).
Avec nos sincères remerciements.
Jessy C. Petit-Frère
Expert
2022
Mars 27,
66
BIBLIOGRAPHIE
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Du 16 Février 2005 Sur Le Processus D’élaboration Et D’exécution Des Lois De
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Institutionnel au Renforcement de l´État haïtien dans le cadre du State Building Contract, 1-78.
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n°2 20 février 2013.
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33. « Stratégie Générale De Réforme De La Gestion Des Finances Publiques. » Version Phase 3,
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des Finances Publiques et de la Gouvernance Economique (CRFPGE), Stratégie de
Communication sur la Réforme des Finances Publiques. »1-78.p
37. LEELF « Stratégie De Mise En Œuvre De La Loi Du 4 Mai 2016 Remplaçant Le Décret Du 16
Février 2005 Sur Le Processus D’élaboration Et D’exécution Des Lois De Finances» Document
préparé en juillet 2018 par la direction générale du budget, validé et mise à jour en septembre
2020 par le comité de suivi de mise en œuvre de la LEELF. publié le 9 septembre 2020. 1-78. P
38. BRH – BRI : Tableau résumé de la balance des paiements d'Haïti en millions de dollars EU (sauf
indication contraire).
39. BRH : Tableaux exportations aux U.S.A (F.O.B) A base de matières premières locales (en
milliers de dollars ÉU
40. BRH : Tableaux Exportations des industries d'assemblage aux U.S.A (F.O.B) A base de matières
premières importées (en milliers de dollars ÉU)
41. BRH MCI, AGD : Tableaux Exportations par produit (en millions de dollars ÉU). Sites Internet:
Dpt du Commerce américain et Stat-Can.
42. MEF : Tableaux Importations de produits pétroliers (en milliers de barils et en milliers de dollars
ÉU).
43. BRH AGD, MEF : Tableaux Importations d'Haïti par grandes catégories de produits 2009 2010
Trimestrielle 2014 (en millions de dollars ÉU).
44. BRH : Tableau Bilan consolidé des banques commerciales (Table 20R) (en millions de gourdes).
45. BRH : Tableau Position extérieure globale d'Haïti 1/ (en millions de dollars EU).
46. BRH : Tableau Taux nominal sur Bons BRH.
47. BRH : Tableau Évolution des taux d'intérêt créditeurs et débiteurs sur les opérations en gourdes.
48. BRH : Évolution des taux d'intérêt créditeurs et débiteurs sur les opérations en devises.
49. BRH : Taux De Référence Calculé A L'achat.
69
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https://www.haitilibre.com/article-10857-haiti-economie-situation-des-finances-publiques-en-haitioctobre-a-fevrier-2014.html
28. « Le moniteur _ Loi des finances rectificatives _ Exercice 2016-2017 » Ministère de l’économie et des
finances, page consultée le 30 mars 2022.
https://www.mef.gouv.ht/docs/16_17_projet_de_loi_de_finances_rectificative.pdf
29. « Le moniteur _ Loi des finances rectificatives _ Exercice 2017-2018 » Ministère de l’économie et des
finances, page consultée le 30 mars 2022.
https://www.mef.gouv.ht/docs/loi-finances-2017-2018.pdf
30. « Le moniteur _ Loi des finances rectificatives _ Exercice 2018-2019 » Ministère de l’économie et des
finances, page consultée le 30 mars 2022.
https://www.mef.gouv.ht/docs/18_19_projet_de_loi_de_finances.pdf
31. « Le moniteur _ Loi des finances rectificatives _ Exercice 2020-2021 » Ministère de l’économie et des
finances, page consultée le 30 mars 2022
https://www.mef.gouv.ht/docs/budget-2020-2021-rectificatif.pdf
32. « Données chiffrées de la banque mondiale, PIB par habitant » Page consultée le 30 mars 2022.
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=NY.GDP.PCAP.KD&c
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33. « Exportations de biens et de services (% du PIB) – Haïti », « Données des comptes nationaux de la
Banque mondiale et fichiers de données des comptes nationaux de l'OCDE »
https://donnees.banquemondiale.org/indicator/NE.EXP.GNFS.ZS?locations=HT
73
34. « Balance commerciale (% du PIB) », Perspective monde, source : Banque mondiale, consulté le 30 mars
2022.
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=NE.RSB.GNFS.ZS&co
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35. « Inflation, prix à la consommation (% annuel) – Haïti », Statistiques financières internationales et autres
fichiers de données du Fonds monétaire international.
https://donnees.banquemondiale.org/indicator/FP.CPI.TOTL.ZG?locations=HT
36. « Valeur ajoutée _ Services en % du PIB », Perspective monde, Banque Mondiale, Page Consultée le 30
Mars 2022.
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37. « Valeur ajoutée, Agriculture en % du PIB », Perspective monde, Banque Mondiale, page consultée le 30
Mars 2022.
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=NV.AGR.TOTL.ZS&co
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38. « Valeur ajoutée, fabrication », Perspective monde_ Banque Mondiale _ Page Consultée le 30 Mars 2022.
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=NV.IND.MANF.ZS&co
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39. « Valeur ajoutée _ Industrie en % du PIB », Perspective monde, Banque Mondiale. Page consultée le 30
Mars 2022.
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=NV.IND.TOTL.ZS&co
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40. « Investissements direct étrangers, entrées nettes ($ US courant,) Haïti »
https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=BX.KLT.DINV.CD.W
D&codePays=HTI&codeTheme=7
41. Haïti- Déficit Public
https://fr.countryeconomy.com/gouvernement/deficit/haiti
42. Le Secteur de la Microfinance en Haïti, Banque République d’Haïti,
https://www.brh.ht/wp-content/uploads/doc_info4.pdf
43. Une analyse de l’économie haïtienne, Jacques Barros, les cahiers d’outre-mer
Année 1968/21-84/pp.421-424
44. L'économie informelle en Haïti : un impact contracyclique sur le PIB ?
Roseman Aspilaire
Dans Mondes en développement 2014/2 (n° 166), pages 101 à 112
74
INDEX
A
Agrégats économiques, 14
Aide publique, 11
Analyse PESTEL, 14
Assiette fiscale, 17
B
Balance commerciale, 6
Balance des comptes courants, 9
Balance des paiements, 16
Budget national, 6
C
Commerce, 3
Commerce extérieur, 14
Crise structurelle, 4
D
Déficit commercial, 9
Déliement de l’aide publique, 7
Démocratique, 3
Dette publique, 9
Développement, 3
Développement durable, 3, 7, 10, 11, 12, 22
Développement Durable, 2, 3, 7, 13
Développement endogène, 10
Dictature, 3
E
Économie, 3
Économie haïtienne, 9
Économique et financier, 3
Éffets désastreux, 6
Embargo, 3
Évasion fiscale, 9
75
Exogènes, 3
F
Faible gouvernance, 6
Faiblesses socioéconomiques, 6
Finances, 3
Flux financiers, 10
Flux internationaux, 16
G
Gouvernance active, 10
I
Impôts fonciers, 17
Impôts sur le revenu, 17
Indice de développement humain, 6
Industrie, 3
Institutions financières, 0
Institutions publiques, 6, 12, 24
Instruments financiers, 15
Investissements publics, 15
L
Le secteur tertiaire, 4
Les fonds illicites, 18
M
Macroéconomique, 14
Ministère, 3
Mobilisation des ressources, 3
P
Parties prenantes, 19
PIB per capita, 4
Politique fiscale et monétaire, 14
Politiques aigus, 3
Politiques nationales, 15
Post-crise, 4
Produit Intérieur Brut, 4
76
R
Récessions, 14
Recettes budgétaires, 17
Ressources Publiques, 3
Revenu fiscal, 17
Revenu réel, 6
Revue statistique et économétrique, 16
S
Secteur informel, 9
Secteur secondaire, 4
Secteur tertiaire, 4
Solde déficitaire, 9
Statistiques descriptives, 16
T
Tarifs douaniers, 6
Taux d’inflation, 6
Taux d’investissements publics, 4
Taux de chômage, 14
Taux de croissance, 4, 6, 14
Taux d'imposition, 14
Taux d'intérêt, 14
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iL’expression « fonds verticaux » est étroitement liée au concept de fonds fiduciaire. Il s’agit de fonds mobilisant et/ou utilisant des
ressources financières concessionnelles émanant de bailleurs gouvernementaux et/ou non gouvernementaux. Par-delà les
multiples formes de mécanismes financiers sous-jacents, ces fonds ont en commun une affectation des ressources dont ils
disposent à un secteur, à un objectif spécifique, ou à un nombre limité d’objectifs, tel que par exemple dans le domaine de la santé,
la lutte contre certaines maladies (le Fonds Mondial contre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose , la fourniture de services
particuliers (le développement de la vaccination avec GAVI), ou l’amélioration de la santé de la mère et de l’enfant avec la nouvelle
Global Financing Facility in Support of Every Woman Every Child, officiellement lancée lors de la conférence d’Addis-Abeba, ou
bien encore la production de biens publics régionaux ou globaux. Ces fonds, dont les ressources sont fléchées et donc financent
des programmes et des projets ciblés, ont leurs propres règles en matière d’allocation de ressources, de mise à disposition de
l’aide, de sélection des interventions éligibles à leurs concours, de modes opératoires et de suivi-évaluation. Il est assez fréquent
que leurs ressources ne passent pas par le budget des Etats receveurs et alimentent des structures ad hoc. Si c’est le cas, ils se
verront attribuer le qualitatif de « vertical », par rapport aux formes plus conventionnelles d’aide, dites « horizontales » ou «
intégrées »
Source :
Fonds fiduciaires et programmes verticaux : quelles contributions aux politiques sectorielles ?
Revue de la littérature et exemple du secteur de la santé
Jacky Mathonnat, Martine Audibert Dans Papiers de recherche (2016), pages 1 à 88
https://www.cairn.info/fonds-fiduciaires-et-programmes-verticaux--1000000148944-page-1.html
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