(2020-09) Women's Representation in Local Governance in Haiti: State of Play and Proposals for Improvement
Summary — A four-page brief on how far women are represented in Haiti's local governance institutions and what would improve it, produced by UNDP with support from Global Affairs Canada, 2020.
Full Description
A short policy brief rather than a study, setting out the gap between the constitutional and legal commitments to women's participation in local government and the observed position, and proposing gender-responsive governance measures across three lines of work: deconcentration and decentralisation reform, modernisation of territorial institutions, and women's access to decision-making. Its brevity is worth knowing before citing it as evidence.
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La représentativité des femmes dans la gouvernance locale en Haïti
État des lieux et quelques propositions d’amélioration
Pour être efficace, la gouvernance doit
conduire à un monde plus égalitaire où les
droits de tous (des femmes et des hommes)
sont respectés et que ces derniers aient voix
au chapitre de la prise de décision qui
affecte leur vie. Toutefois, force est de
constater que malgré les différentes
mutations de tout genre que peuvent
connaître nos sociétés, les femmes sont
toujours sous représentées dans les
institutions de gouvernance. Pour remédier à
ce problème, l’application de la gouvernance
sensible au genre représente une solution
idoine. Elle permet de prendre en compte les
différents besoins, intérêts, priorités et
responsabilités des hommes et des femmes
et d’y répondre en termes de dépenses
publiques, de politiques et de législation.
Dans la pratique, cela se traduirait par la
représentation équilibrée des femmes dans
les institutions de manière générale et plus
spécifiquement au niveau des postes de prise
de décision, que ce soit au niveau central
que local pour que soit enregistré une
avancée significative vers l’égalité des
droits, de l’égalité des chances. Ceci est
d’autant plus nécessaire que, « sans la
participation active des femmes et
l’intégration de leurs points de vue à tous
les niveaux de prise de décision, les objectifs
d’égalité, de développement et de paix ne
peuvent pas être atteints.1 »
Conscient de l’impérieuse nécessité de
continuer à adresser les problèmes liés à
l’inégalité de genre, le projet « Appui à la
Gouvernance Locale et au Développement
Territorial »
(AGLDT),
financé
1 Plateforme d’action de Beijing /1995
principalement par Affaires Mondiales
Canada, a développé des approches pour
aborder ces défis liés à l’égalité des sexes à
travers trois principales :
-
La conception et le pilotage des
réformes visant à établir un Etat
déconcentré et décentralisé de
manière stratégique, coordonnée et
inclusive ;
-
La modernisation des institutions
territoriales afin qu’elles puissent
remplir toutes leurs fonctions de
base, soutenir l'amélioration de la
prise de décisions équitables entre
les hommes et les femmes, et faire
émerger une gouvernance locale plus
redevable et plus inclusive ;
-
La dynamisation et le rééquilibrage
du développement des territoires par
l’utilisation d’approches et d’outils
de
planification
et
d’opérationnalisation prenant en
compte les spécificités locales et
permettant la fourniture de services
de base répondant aux besoins et aux
intérêts des femmes et des hommes.
En Haiti, les femmes constituent une force
numérique, 52% de la population. Elles
contribuent à la survie des familles, au bienêtre des communautés, à la sécurité
alimentaire et au développement du pays.
Pourtant le domaine de la gouvernance est
caractérisé par une faible participation de
ces dernières aux instances de prise de
décision et à tous les niveaux.
En matière de participation politique, il n’y
avait eu que quatre femmes élues à
l’Assemblée nationale contre 148 hommes
au niveau de la 50ème législature lors des
élections partielles du 20 novembre 2016.
Au niveau municipal, on dénombrait
seulement 12 femmes mairesses principales
et 131 mairesses assesseures sur un total de
420 membres des conseils municipaux. De
plus, selon les résultats du recensement des
agents de la fonction publique de l’Office de
Management et des Ressources Humaines
(OMRH)2, en 2018, seulement 28,6 % des
agents de la fonction publique en Haïti sont
des femmes contre 71,4 % d’hommes3. En
ce qui concerne les postes de direction au
niveau de la fonction publique, seulement
35 % sont occupés par des femmes.
Mais les rapports mentionnés ci-dessus sur
l’effectif des fonctionnaires publics ne
fournissent pas tous des informations
spécifiquement sur la représentativité des
femmes dans les instances publiques au
niveau des collectivités territoriales. En vue
d’y remédier, le projet AGLDT, de concert
avec ses partenaires, a réalisé deux études
sur la représentation des femmes dans les
secteurs politique, administratif et associatif
au sein des communes frontalières du pays4.
Selon les résultats de la première étude
intitulée « Représentation féminine dans
l’administration publique territoriale au
niveau de treize (13) communes
frontalières du pays5», réalisée au niveau
des mairies, des délégations de ville, des
vice-délégations
et
des
directions
déconcentrées du Ministère de la
2 http://www.omrh.gouv.ht/Media/news/rfph_201802.pdf
3Le principe du quota d’au moins 30 % de femmes à tous
les postes de décision de la vie nationale, notamment dans
les services publics, a été reconnu dans la version dite
amendée en 2012, en son article 17-1, de la Constitution de
1987
4 Il importe de préciser que le projet AGLDT concentre ses
activités dans une série de communes de la bande
frontalière
5 Les communes frontalières concernées sont les suivantes :
Ferrier, Ouanaminthe, Capotille, Fonds-Verettes, Ganthier,
Cornillon, Thomazeau, Cerca-la-Source, Belladère,
Lascahobas, Baptiste, Savanette, Anse-à-Pitres.
Planification et de la Coopération Externe
(MPCE), les femmes représentent moins de
30 % de l’ensemble des postes occupés au
niveau des délégations (29%), des vicesdélégations (28%) et des mairies (25%). En
plus d’être sous représentées en nombre,
elles sont peu nombreuses à occuper des
postes stratégiques/décisionnels : 3 % de
femmes contre 10 % d’hommes (MPCE) et
seulement une femme occupe un poste
stratégique au niveau des quatre délégations
départementales (MICT). En ce qui
concerne les postes techniques, on retrouve
plus d’hommes que de femmes dans toutes
les institutions visées par l’étude : 8 femmes
contre 49 hommes (MPCE), 2 femmes
contre 15 hommes (MICT), 2 femmes contre
10 hommes (vice-délégations) et 30 femmes
contre 132 hommes (mairies).
Graphique 1: Distribution des employés des institutions
de la zone d’intervention du projet AGLDT selon leur
sexe
Source : Enquête sur la représentativité des femmes dans la gouvernance locale au
niveau des communes frontalières, 2019
Le même constat a été fait en analysant les
résultats issus de la deuxième étude :
« Représentation féminine dans les
secteurs
administratif,
politique
et
associatif au niveau de seize (16)
communes frontalières du pays6 ». En effet,
6
Cette étude concerne les communes précitées exceptions
faites de Baptiste en plus de quatre autres communes :
Cerca-Carvajal, Thomonde, Thomassique et Mont
Organisé.
dans toutes les entités étatiques communales
visitées, la sous-représentation des femmes
se fait remarquer : que ce soit au niveau des
commissariats (13,91 % de femmes contre
86,09 % d’hommes) ou des tribunaux de
paix (15,96 % d’employés femmes contre
84,04 % d’hommes).
Selon ces études, les facteurs expliquant
cette faible représentativité des femmes dans
les institutions publiques locales ciblées
seraient principalement : la faible sensibilité
au genre dans le processus de recrutement,
l’absence ou la faible représentativité des
femmes dans les comités de recrutement et
des réseaux d’influence, les inégalités
d’accès à l’éducation dues à des
discriminations de genre et la féminisation
du problème de la conciliation familleemploi.
Les études font aussi ressortir quelques défis
relatifs aux postes électifs : le manque de
moyens financiers, la faiblesse dans le
processus d’accès aux postes électifs dû à
des a priori de la masculinisation des postes
électifs et du pouvoir en général,
l’intimidation et la violence de la part
d’autres candidats de sexe masculin.
En vue de s’attaquer aux facteurs explicatifs
présentés par ces deux études, le projet a
réalisé des séances de sensibilisation et de
formation à l’intention des cadres des
institutions partenaires sur l’intégration du
genre dans leurs activités. Le projet a par
ailleurs lancé une expérience pilote
d’élaboration d’un budget communal
sensible au genre à Lascahobas ainsi que des
séances de formation impliquant la société
civile sur l’intégration du genre dans des
outils de planification territoriale. En outre,
des ateliers de sensibilisation autour du
Programme de Modernisation de l’Etat 2023
auprès des organisations féminines au
niveau de douze (12) communes frontalières
cibles du projet sont prévus.
Ces initiatives visant à adresser ce problème
de sous représentativité des femmes,
demeurent insuffisantes et doivent être
renforcées par d’autres mesures axées sur
une amélioration de la représentativité des
femmes dans les instances administratives
locales et au niveau des postes électifs.
L’accompagnement du principe du quota
d’au moins 30% d’un ensemble de mesures
incitatives devrait améliorer l’accès des
femmes aux espaces de pouvoir et renforcer
leurs capacités à participer activement à la
prise de décision politique. En ce qui a trait
aux élections, en plus de créer des
mécanismes de financement destinés à
soutenir les femmes candidates, la mise en
place d’un climat sécuritaire propice est un
levier indispensable à la participation des
femmes.
Enfin, la réforme constitutionnelle et
l’élaboration du décret électoral pour les
prochaines élections représentent une
opportunité à saisir pour renforcer la
gouvernance sensible au genre et créer des
conditions propices à l’égalité des sexes tant
au niveau national que local.
Références bibliographiques
1) Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (2014), Politique Nationale
d’Egalité Hommes-Femmes, 20142.-2034.2) Office de Management et des Ressources Humaines, (2018), Rapport sur les effectifs de la
fonction publique, (Février 2018).
3) Organisation des Nations Unies (2017), Haïti : Bilan commun de pays.
4) Pascale Boistard (2014), Assemblée Parlementaire de la Francophonie, Femmes et politique
Promouvoir l’accès des femmes en politique : la question des quotas.
5) Programme des Nations-Unies pour le développement (2020), Représentation féminine dans
l’administration publique territoriale au niveau de treize (13) communes frontalières du pays.
6) Programme des Nations-Unies pour le développement (2020), Représentation féminine dans
les secteurs administratif, politique et associatif au niveau de seize (16) communes frontalières
du pays.