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Agricultural Sector Development Plan for the Haut Plateau Central, Volume 2: Diagnosis

Agricultural Sector Development Plan for the Haut Plateau Central, Volume 2: Diagnosis

Government of Haiti, Ministry of Agriculture, Natural Resources and Rural Development (MARNDR), GARDEL 2004
Summary — Volume 2, the diagnosis, of the agricultural sector development plan for the Haut Plateau Central, prepared by GARDEL for MARNDR's Centre and South Rural Development Project, 2004.
Full Description
Prepared by GARDEL for MARNDR under the Projet de Développement Rural du Centre et du Sud d'Haïti (PDR), this is volume 2 of the agricultural sector development plan for the Haut Plateau Central and carries the diagnosis on which the plan rests. Volume 3, the plan itself, is dated April 2004 and is also held here, so the two can be read as the intended pair. Together they are the earliest sub-regional agricultural planning documents in this collection, predating the PADELAN communal plans by four years.
Topics
AgricultureRural DevelopmentEconomy
Geography
Centre Department
Keywords
Haut Plateau Central, plan de développement agricole, GARDEL, PDR, Projet de Développement Rural du Centre et du Sud, MARNDR, diagnostic agricole, volume 2, admin1:HT06
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MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE, DES RESSOURCES NATURELLES ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL (MARNDR) PROJET DE DÉVELOPPEMENT RURAL DU CENTRE ET DU SUD D’HAITI. (PDR) PLAN DE DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR AGRICOLE DU HAUT PLATEAU CENTRAL VOLUME 2 : DIAGNOSTIC DE LA SITUATION AGRICOLE GARDEL, Avril 2004 TABLE DES MATIÈRES TABLE DES MATIÈRES 1 LISTE DES TABLEAUX 3 LISTE DES PHOTOS 4 LISTE DES SIGLES ET ABRÉVIATIONS 5 1. CONTEXTE DE RÉALISATION ET OBJECTIFS 8 1.1. Contexte 8 1.2. Objectifs 8 2. PRÉSENTATION GÉNÉRALE DU HAUT PLATEAU CENTRAL 9 2.1. Localisation 9 2.2. Les divisions administratives 10 2.3. Les infrastructures sociales. 11 2.3.1. Les écoles. 11 2.3.2. Les infrastructures sanitaires 11 2.4. Infrastructures de base 12 2.4.1. Routes 12 2.4.2. Pistes d’atterrissage 13 2.4.3. Électricité 13 2.4.4. Télécommunications 14 2.5. Milieu humain 14 2.5.1. Répartition de la population 14 2.5.2. La migration au Haut Plateau Central 15 2.5.3. L’évolution des tendances 15 2.5.3.1. Les pôles de migration 17 2.5.3.2. Les conséquences 18 2.6. Le paysage institutionnel 18 2.6.1. Les institutions administratives et les organisations 18 2.6.1.1. La représentation de l’État. 18 2.6.1.2. Les collectivités territoriales 19 2.6.1.3. Les organisations internationales, non gouvernementales, et religieuses. 20 2.6.1.4. Les institutions bancaires 20 2.6.1.5. Les organisations confessionnelles 20 2.6.1.6. Les organisations de base, les regroupements d’organisations paysannes 20 2.6.1.7. Les structures de concertation 21 2.6.2. L’articulation des institutions et organisations 22 2.6.2.1. La question de la sécurité 22 2.6.2.2. L’encadrement des producteurs 23 2.7. MILIEU BIOPHYSIQUE 25 2.7.1. Caractéristiques géomorphologiques générales. 25 2.7.2. Le climat du Haut Plateau 26 2.7.2.1. La pluviométrie 26 2.7.2.2. La température et l’évapotranspiration 27 2.7.3. Les ressources en eau dans le Haut Plateau 27 2.7.3.1. Les ressources en eau de surface 27 2.7.3.2. Les ressources en eau souterraine 29 2.7.4. Les ressources en sols du Haut Plateau 29 2.7.5. Le zonage agro écologique du Haut Plateau 31 2.7.5.1. Les montagnes humides 33 2.7.5.2. Les plateaux et vallons semi humides 33 2.7.5.3. Plateaux et vallons secs 33 2.7.5.4. Les montagnes sèches 34 2.7.5.5. Les aires irriguées 34 2.7.6. La sensibilité à l’érosion des sols 35 3. LES SYSTEMES DE MISE EN VALEUR 37 3.1. Etude des systèmes de cultures 37 3.1.1. Les grands systèmes de culture rencontrés. 37 3.1.1.1. Les montagnes et plateaux humides 37 3.1.1.2. Les plateaux semi humides: 38 3.1.1.3. Les plateaux et vallons secs : 39 3.1.1.4. Les montagnes sèches, 40 3.1.1.5. Les aires irriguées 41 3.1.2. Les principales associations et successions rencontrées par zone agro écologique 43 3.1.3. Itinéraires techniques de conduite des cultures et performances des systèmes 45 3.1.4. La logique des systèmes de culture du Haut Plateau Central 47 3.1.4.1. La logique agro – pédo - climatique 47 3.1.4.2. La logique de marché et de sécurité alimentaire 48 3.1.5. Quelques points de blocage identifiés pour les systèmes de cultures 49 3.2. Les systèmes d’élevage dans le Haut Plateau Central 52 3.2.1. La spécificité agro écologique 52 3.2.2. Importance et rôle de l’élevage dans les exploitations 53 3.2.2.1. L’élevage bovin 53 3.2.2.2. L’élevage caprin 53 3.2.2.3. L’élevage porcin 54 3.2.2.4. L’élevage des équins 54 3.2.2.5. L’élevage des volailles 54 3.2.3. Analyse des différentes contraintes des systèmes d’élevage 54 4. L’ENVIRONNEMENT SOCIO-ECONOMIQUE DE LA PRODUCTION 57 4.1. La commercialisation 57 4.1.1. Les pôles de commercialisation 57 4.1.1.1. Un pôle local à travers un réseau de marchés regroupés en 2 types. 57 4.1.1.2. Un pôle vers la République Dominicaine 57 4.1.1.3. Un pôle vers Port-au-Prince 58 4.1.1.4. Un pôle vers le Nord 58 4.1.2. Les principaux problèmes liés à la commercialisation des produits agricoles : 59 4.2. La situation foncière 59 5. LES PRINCIPALES FILIERES AGRICOLES 63 5.1. La filière pois congo 63 5.2. La filière canne à sucre 65 5.2.1. Sur le plan de la production 65 5.2.2. Les problèmes de rareté et de cherté de la main d’œuvre 66 5.2.3. Les réalités de la transformation 68 5.2.3.1. Réalité 1 68 5.2.3.2. Réalité 2 70 5.2.4. Sur le plan de la commercialisation 71 5.3. Les filières animales 71 5.3.1. La filière caprine 71 5.3.2. La filière bovine 72 5.3.3. La filière pintade 73 5.4. La filière arboriculture fruitière. 74 5.4.1. Le manguier 74 5.4.2. L’avocatier 76 5.4.3. Le tamarinier 76 5.4.4. L’anacardier 77 5.4.5. Les Citrus 77 5.4.6. Les problèmes généraux de la filière arboricole 77 6. ANALYSE GÉNERALE DES CONTRAINTES ET OPPORTUNITES DE L’AGRICULTURE DU HAUT PLATEAU CENTRAL 78 7. Conclusion Générale 84 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 86 1. LISTE DES TABLEAUX Tableau 1 : Tableau: Les divisions administratives du Haut Plateau Central 10 Tableau 2:Présentation du réseau routier du Haut Plateau Central 13 Tableau 3: Le potentiel hydro-électrique 14 Tableau 4: Répartition de la population par commune pour le HPC 14 Tableau 5: Répartition de la population par commune pour le Bas Plateau Central 15 Tableau 6: Évolution de la population du HPC 15 Tableau 7: Les principales institutions d'appui aux organisations de base 20 Tableau 8: Les principaux regroupements d'organisations paysannes 21 Tableau 9: Répartition géomorphologique du HPC 26 Tableau 10: Caractéristiques du climat du Haut Plateau Central 27 Tableau 11: Caractéristiques des principales rivières du Haut Plateau Central 28 Tableau 12: Classes de potentialités des sols 30 Tableau 13: Situation actuelle de l'irrigation 34 Tableau 14: Caractéristiques des zones agro-écologiques 35 Tableau 15: Distribution des risques d'érosion 36 Tableau 16: Distribution spatiale des systèmes de cultures par zone agro-écologique 42 Tableau 17: Gamme de cultures par campagne agricole et par zone agro-écologique 43 Tableau 18: Distribution des espèces fruitières par zone agro-écologique 43 Tableau 19: Calendrier de disponibilité des principaux fruits 43 Tableau 20: Les principales caractéristiques des systèmes de cultures 46 Tableau 21: Les contraintes et potentialités agricoles 50 Tableau 22: Prix moyens des différents types d'animaux 55 Tableau 23: Contraintes et atouts des différents élevages 56 Tableau 24:Distribution de la superficie des parcelles selon le mode de tenure 60 Tableau 25:Pourcentage de la superficie totale disponible selon le mode de tenure au Plateau Central 61 Tableau 26:Tableau synthétique des espèces et variétés composant la filière arboricole 74 Tableau 27: Tableau synthétique des contraintes et potentialités du Haut Plateau Central 80 2. LISTE DES PHOTOS Photo 1: Camion transportant le Charbon de Thomassique à Hinche (Photo GARDEL, 2004) 12 Photo 2: Vue générale du Haut Plateau Central (Photo Gardel, 2004) 25 Photo 3: Sols très profonds, région de Los Palis (3ème Aguahedionde) (Photo Gardel, 2004) 31 Photo 4:Plateaux secs de la région de Thomassique (Photo GARDEL, 2004) 33 Photo 5: Zone semi-humide : Cabral, Thomonde (Photo Gardel, 2004) 39 Photo 6: Plateau secs de la région de Thomassique (Photo Gardel, 2004) 40 Photo 7: Montagnes sèches: Paincroix, Cerca La Source (Photo Gardel, 2004) 41 Photo 8: Plaine irriguée de Los Posos (Photo Gardel, 2004) 44 Photo 9: La couverture arboricole dans la vallée de Cerca Carvajal (Photo Gardel, 2004) 47 Photo 10: Élevage de boeufs Zébus dans la région de La Bellone, Hinche (Photo GARDEL, 2004) 53 Photo 11: Pois Congo en culture pure à Papaye, Hinche (Photo GARDEL, 2004) 64 Photo 12:Moulins à traction animale à Marmont, Hinche (Photo GARDEL, 2004) 69 Photo 13: Moulin à Moteur à Thomonde (Photo GARDEL, 2004) 70 Photo 14: La Pintade, un potentiel de développement intéressant (Photo GARDEL, 2004) 73 Photo 15:Manguier Francique en production (Photo GARDEL, 2004) 75 Photo 16: La pratique du brûlis, une entrave au développement de l'arboriculture (Photo GARDEL, 2004) 78 3. LISTE DES SIGLES ET ABRÉVIATIONS ANDAH : Association Nationale des Agro-professionnels Haïtiens ASEC : Assemblée de Section Communale ASP : Association du Secteur Privé BAC : Bureau Agricole Communal BCA : Bureau de Crédit Agricole BNC : Banque Nationale de Crédit CASEC : Conseil d’Administration de Section Communale CMH : Crédit Mutuel de Hinche CNC : Conseil National des Coopératives CNE : Centre National des Équipements CNSA : Centre National de Sécurité Alimentaire CPH : Comité Protos Haïti CRDA : Centre de Recherche et de Documentation Agricole CRESFED : Centre de Recherche et de Formation en Développement Économique et social CSDI : Centre de Santé et de Développement Intégré DDA : Direction Départementale Agricole DDAC : Direction Départementale Agricole du Centre DFPC : Direction de Formation et de Perfectionnement des Cadres EdH : Électricité d’Haïti EMDH : École Moyenne de Développement de Hinche FAES : Fonds d’Assistance Économique et Sociale FAMV : Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire FDI : Fonds de Développement Industriel GSB : Gwoupman Sante Bèt GTZ : Coopération allemande HPC : Haut Plateau Central IHSI : Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique IMF : Institution de Micro - Finance INARA : Institut National de la Réforme Agraire KIT : Institut Royal des tropiques MARNDR : Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural MPCE : Ministère de la Planification et de la Coopération Externe MPNKP : Mouvman Peyizan Nasyonal Kongrè Papay MPP : Mouvement des Paysans de Papaye OB : Organisation de Base OF : Organisation Faîtière OI : Organisation Internationale ONG : Organisation Non Gouvernementale OPS : Organisation Professionnelle Spécialisée PAP : Port-au-Prince PDR : Programme de Développement Rural PFI/PSI : Petits Frères de l’Incarnation/Petites Sœurs de l’Incarnation PFST/PSST : Petits Frères de Ste -Thérèse/Petites Sœurs de Ste - Thérèse PDZ : Plan de Développement de Zone PIB : Produit Intérieur Brut PME : Petite et Moyenne Entreprise PWODIKTÈ : Pwogram Dévlòpman Inisyativ Kominal ak Kenbe Tè RD : République Dominicaine RESAL : Réseau de Sécurité Alimentaire RIC : Route Inter - Communale RN : Route Nationale RP : Route de pénétration SHEEPA : Société Haïtienne d`Etude et d`Exécution de Projet Agricole SNEP : Service National d’Eau Potable SOE : Service Œcuménique d’Entraide SONAPI : Société Nationale des Parcs Industriels TPTC : Travaux Publics, Transport et Communications UTSIG : Unité de Télédétection et de Système d’Information Géographique AVANT-PROPOS Cette étude a été commanditée par le Programme de Développement Rural du Centre, PDR-C du Ministère de l`Agriculture et du Développement Rural et réalisée par le Groupe d`Action et de Recherche en Développement Local, GARDEL. Les consultants qui ont collaboré à la réalisation de cette étude sont les suivants : ◦ Carl MONDÉ, Chef de mission ◦ Fruck DORSAINVIL ◦ Jean Rénol ÉLIE ◦ Erick BALTHAZAR ◦ Vilaire M GUERRIER Le Groupe d`Action de Recherche et de Développement tient à remercier d`une façon spéciale l`équipe du PDR Centre pour sa collaboration ainsi que les cadres de la DDA, notamment les directeurs des différents bureaux agricoles communaux qui ont contribué à l`identification des acteurs importants du secteur agricole dans leur zone respective, à la planification et la réalisation des ateliers participatifs communaux. Nous adressons nos sincères remerciements aux représentants des organisations suivantes : GTZ, FAES, World Vision, MPP, PFI, la plateforme d`agriculture pour leur participation aux différentes rencontres. Enfin, nous manifestons notre gratitude envers les producteurs, les éleveurs et associations paysannes, les commerçants, les camionneurs, en un mot, tous ceux qui ont consacré leur journées aux discussions et aux ateliers communaux pour nous permettre d`avoir une meilleure compréhension de la réalité. I. CONTEXTE DE RÉALISATION ET OBJECTIFS 1.1 Contexte L’État haïtien, avec l’assistance technique et financière de l’Union Européenne a élaboré un projet visant la promotion de développement régional dans trois (3) zones du pays : Le Haut Plateau Central, le Département du Sud et la partie Ouest du Département de la Grande Anse. Ce programme mis en œuvre par le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) a choisi le développement agricole durable comme axe stratégique prioritaire d’action pour améliorer le bien être et la qualité de vie des populations rurales de ces zones. Dans ce cadre, le Programme de Développement Rural (PDR) finance des projets d’investissement dans le secteur agricole. La plupart de ces projets sont proposés par les communautés ou des acteurs évoluant au sein des communautés. Mais, le PDR en tant que financeur ne dispose pas, pour ses zones d’intervention d’un cadre général cohérent lui permettant de juger de la pertinence des propositions de projets au regard des problèmes à résoudre, ni le degré de concertation des acteurs entre eux sur les problèmes et le degré de consensus sur les actions prioritaires à mener. En absence de cette vision globale sur la problématique agricole de la zone, le PDR ne connaît pas assez (ou pas toujours) les principaux leviers sur lesquels il faut s’appuyer pour dynamiser le développement agricole des zones sous référence. Il existe donc un risque de tomber dans le piège du financement d’une nébuleuse de microréalisations sans liens entre elles ni effets d’entraînements réciproques. Pour rationaliser leurs propres interventions et pour permettre à leurs partenaires institutionnels et organisationnels d’œuvrer dans un cadre ordonné, le PDR et le MARNDR ont pris l’initiative de financer l’élaboration des plans régionaux de développement agricole qui tiendront compte des atouts et contraintes à la fois bio-physiques et socio-économiques des différentes zones d’intervention. De même, tout en faisant l’objet d’un large consensus de la part des acteurs intéressés, les Plans doivent s’inscrire d’une part dans une cadre de développement économique global du pays et, d’autre part, dans une perspective de développement du secteur agricole sur le plan national. Ces plans se veulent être un outil stratégique à la disposition des différents acteurs impliqués dans la problématique de développement des zones considérées. Le premier plan élaboré est celui du Haut Plateau Central. La présente série concerne la problématique agricole de cette région. 1.2 Objectifs Ce travail est réalisé dans un double objectif : • Tout d’abord, il s’agit de définir les lignes directrices de développement du secteur agricole dans le Haut Plateau Central. • Il s’agit ensuite, pour les partenaires du développement du Haut plateau Central, de disposer d’un cadre de référence permettant d’harmoniser et d’ordonnancer les investissements dans le secteur agricole. Il est important de préciser qu’il ne s’agit pas du plan de développement du PDR Centre ou de la Direction Départementale Agricole du Centre. Ce plan représente une base de prise de décision pour toutes les institutions, toutes les organisations, toutes les communautés, tous les dirigeants ainsi que tous les investisseurs potentiels intéressés à la valorisation des ressources agricoles du Haut Plateau Central. Le dossier complet est présenté en trois (3) volumes ainsi répartis : • Le volume 1 qui présente la démarche méthodologique adoptée pour la réalisation de ce travail ; • Le volume 2 qui présente un diagnostic de la situation agricole et socio-économique du Haut Plateau Central ; • Le volume 3 qui présente les éléments du Plan de développement agricole proprement dit. II. PRÉSENTATION GÉNÉRALE DU HAUT PLATEAU CENTRAL 2.1 Localisation Le Haut Plateau Central qui représente la partie nord du département du Centre est borné au sud par les arrondissements de Mirebalais et de Lascahobas du département du Centre, à l’ouest par le département de l’Artibonite, au nord par ceux du Nord et du Nord-est et à l’est par la République Dominicaine. Carte no 1 : les délimitations administratives du Haut Plateau Central 2.2 Les divisions administratives Le Haut Plateau Central comprend deux arrondissements (Hinche et Cerca La Source) totalisant six communes. (Hinche, Thomonde, Maïssade, Cerca Carvajal, Cerca La Source et Thomassique) et seize sections communales. Le tableau 1 présente la distribution des sections à l’intérieur de chaque commune. Tableau 1 : Tableau: Les divisions administratives du Haut Plateau Central Arrondissements Communes Sections communales Hinche Hinche 1ere Juanaria 2e Marmont 3e Aguaédionde (rive droite) 4e Aguaedionde (rive gauche) Maïssade 1ere Savane Grande 2e Narang 3e Hatty Thomonde 1ere Cabral 2e Tiera Muscady 3e Baille Touribe Cerca Carvajal 5e Rang Cerca La Source Cerca La Source 1er Acajou Brûlé 2e Acajou Brûlé 3e Lamielle Thomassique 1ere Matelgate 2e Lociane Les petites agglomérations de Los Palis (de la commune de Hinche) et de Louverture (de la commune de Maïssade) sont souvent présentées comme des centres de quartiers. Mais ces localités ne disposent pas d’un tribunal de paix, ni d’un service d’état civil propres. Les habitants de Cerca Carvajal pensent que la 3e section de Hinche, Aguaédionde, rive gauche, fait partie de leur commune. En effet la « loi électorale » de 1995 a fait de la commune de Cerca Carvajal et du quartier de Los Palis de la 3e section Aguaédionde de la commune de Hinche une circonscription électorale. A ce titre, les habitants de Cerca Carvajal et de Los Palis élisent un député à la chambre législative. Les responsables et beaucoup d’intéressés, au niveau de la commune de Cerca Carvajal, pensent qu’automatiquement la 3e section communale de Hinche où se trouve le quartier Los Palis, fait partie de la leur commune. Cela imposerait des déplacements longs pour la majorité des habitants de cette commune pour qui il est beaucoup plus facile d’atteindre les services administratifs de la ville de Hinche. Cela montre la nécessité d’amener les dirigeants locaux et les administrés à distinguer entre une circonscription électorale et les autres divisions administratives et aussi à tenir compte des intérêts de tous les segments de la population dans l’établissement des divisions territoriales. En général, les divisions administratives ne sont pas très claires. En Haïti, les communes comportent un centre urbain appelé ville ou bourg et un territoire rural composé de sections communales. Mais, au Plateau Central comme ailleurs, il est difficile de faire la démarcation entre les territoires des centres urbains des communes et ceux des sections communales. Depuis de nombreuses années, les agglomérations urbaines s’étendent en superficie; les responsables administratifs ne révisent pas les limites urbaines. 2.3 Les infrastructures sociales. 2.3.1 Les écoles. L’État dispose d’écoles primaires dans toutes les communes du Haut Plateau Central. Dans certaines communes on en compte plusieurs : écoles de l’État, de missions religieuses, d’Organisations non gouvernementales (ONGs) ou de particuliers. Depuis plusieurs années un lycée fonctionne dans toutes les communes. Mais la distribution des centres d’enseignement ne correspond pas toujours à la répartition de la population sur le terrain. Des jeunes arrivent à Hinche, venant de tous les coins de la région, pour poursuivre leurs études secondaires ou même pour mener des études primaires. Tous les lycées communaux n’arrivent pas encore au niveau des classes terminales. Beaucoup d’écoles se trouvent dans un piteux état. A cause de l’étendue de certaines communes et des problèmes de transport, l’accès aux écoles est difficile à beaucoup de jeunes. À côté des écoles publiques, il existe un nombre important d’écoles privées que l’on peut classer en deux catégories : • Les écoles privées de particuliers • Les écoles privées liées à une communauté religieuse (catholique ou protestante). Une École Moyenne de Développement de Hinche (EMDH), placée naguère sous la tutelle de la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire mais récupérée depuis environ 12 ans par le MARNDR, forme des techniciens agricoles et des artisans à Hinche. Il existe aussi une école professionnelle formant des artisans dans différentes disciplines et dans l’agriculture. Cette école est gérée par les Petits Frères/Soeurs de l’Incarnation (PFI/PSI). À la ville de Hinche, depuis plusieurs années, des centres de formation universitaire existent. Vers 1987, un originaire de la région avait fondé une école moyenne de droit. Par la suite, cette école moyenne s’est transformée en un centre d’enseignement universitaire. Depuis l’année 2000 elle bénéficie de la subvention de l’État aux écoles de droit de provinces et maintient des rapports avec le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti. Un Institut de Gestion et d’Économie offre des programmes de licence en gestion d’entreprise, des diplômes en administration publique et en comptabilité à des jeunes de Hinche. L’Université Autonome de Port-au-Prince a ouvert un programme de formation en sciences de l’éducation à Hinche. 2.3.2 Les infrastructures sanitaires Au chef lieu du département du Centre, à Hinche, le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) fait fonctionner un hôpital. Dans chacune des communes on trouve un ou plusieurs dispensaires sous le contrôle dudit ministère, d’ONG ou d’autres organisations comme les PFI/PSI, le Mouvement Paysan de Papaye (MPP)… La couverture sanitaire est loin d’être suffisante. Les habitants du Haut Plateau Central se plaignent du manque de soins de santé dans leur région. La mission cubaine permet d’augmenter le nombre de médecins, d’infirmiers/infirmières au service de la population. Mais le personnel reste encore insuffisant et le niveau d’équipement des centres est tout à fait déficient. De plus, l’état des moyens de communication étant déplorable, les patients n’atteignent pas les centres avec facilité. Les services de santé de la République Dominicaine attirent les habitants du Plateau Central, surtout ceux qui vivent le long de la frontière. Ils sont, selon les intéressés, mieux équipés. 2.4 Infrastructures de base Photo 1: Camion transportant le Charbon de Thomassique à Hinche (Photo GARDEL, 2004) 2.4.1 Routes La route est le moyen de transport le plus utilisé dans le Haut Plateau Central. Mais l’essentiel du réseau est en mauvais état et praticable seulement en saison sèche. En saison de pluie, la circulation est très difficile, même avec des véhicules à quatre roues motrices car les routes sont impraticables. Le tableau 2 présente l’état du réseau routier tel qu’il existe actuellement. Il montre que presque toutes les communes sont reliées au chef-lieu du département mais ne communiquent pas entre elles par une voie carrossable. Ainsi, le bourg de Cerca La Source n’est distant de celui de Cerca Carvajal que d’une vingtaine de kilomètres. Cependant, pour se rendre de l’un à l’autre de ces bourgs, il faut remonter jusqu’à Hinche, ce qui fait une distance de plus de 70 kilomètres. Tableau 2:Présentation du réseau routier du Haut Plateau Central AXE Types et longueur en km RN1 RIC2 RP3 Etat Port-au-Prince – Hinche - Cap-Haïtien 226 Mauvais Hinche – Maïssade 14 Passable Maïssade – Saint Michel de l’Attalaye 26 Très mauvais Hinche – Thomassique – Cerca la Source 49 Mauvais Colladère – Cerca Carvajal 14 Très mauvais Cerca Carvajal – La Victoire 16 Très mauvais Thomassique – Boc Banique 10 Passable Los Posos – Los cacaos 10 Mauvais Carrefour Maugée – Casse 11 Passable Hinche - Bassin Zim 8,5 Très mauvais Source : GARDEL, mars 2004 De même, la plupart des zones de production ne sont desservies par aucune route voiturable, ce qui représente un handicap sérieux à l’exercice d’activités commerciales. Par exemple, le tronçon Cerca La Source - Ti Laurie d’une longueur de 23 kilomètres n’étant pas praticable, pour aller à Ti Laurie, on est obligé de revenir sur Los Posos, puis d’aller à Los Cacaos et de prendre la route internationale sur une longueur de plus de cinquante kilomètres, ce qui fait un total d’environ 75 kilomètres. Il faut de plus préciser que dans les axes où les routes existent, elles sont en très mauvais état et permettent très rarement aux transporteurs publics de dépasser 25 kilomètres à l’heure. Dans ces conditions, les échanges commerciaux sont très affectés. Outre les pertes de temps et la rareté des transports publics qui pénalisent les producteurs du Haut Plateau Central dans leur concurrence avec ceux d’autres zones, cette situation entraîne une augmentation substantielle des risques et décourage l’investissement dans le secteur. 2.4.2 Pistes d’atterrissage Deux pistes d’atterrissage pour des avions de petit format existent sur le Haut Plateau Central : à Hinche, et à Cerca la Source. Celle de Hinche est souvent fréquentée par des lignes commerciales établies à Port-au-Prince. 2.4.3 Électricité Le Plateau Central possède le plus fort potentiel hydroélectrique du Pays. La Centrale Hydroélectrique de Péligre située dans le Bas Plateau Central a une puissance installée de 49 mégawatts consommée essentiellement à Port-au-Prince. Mais la région souffre de pénurie d’électricité. Dans ses principales villes, elle est desservie par des usines thermiques souvent restées en état de non fonctionnement. Il existe de plus, un potentiel non exploité qui permettrait de couvrir aisément les besoins de la région. Le tableau 3 donne une idée du potentiel non exploité. Tableau 3: Le potentiel hydro-électrique Rivière Localisation (commune) Puissance potentielle en KW Guayamouc Thomonde 3408 Guayamouc Thomassique 2134 Samana Hinche (Bassin Zim) 776 Thomonde Thomonde 1200 Source : Projet de mise en valeur du Plateau Central, 1980 2.4.4.Télécommunications La Téléco, entreprise d’État pour les communications téléphoniques est présente à Hinche. Mais le nombre de lignes ne semble pas très important. Le CRESFED parlait de 286 lignes en 1998. Depuis quelque temps, fonctionnent à Hinche des cyber-cafés. Beaucoup d’habitants de cette ville ont accès à l’internet. 2.5 Milieu humain 2.5.1 Répartition de la population La région couvre une superficie de l’ordre de 19004 km2 et s’étend en longueur sur à peu près 50 km sur l’axe Thomonde – Savane Diane. Selon les estimations de la IHSI (1999), la population du Haut Plateau est chiffrée à 229423 habitants et est ainsi répartie dans les différentes communes. 75% de la population est rurale. Avec une pression démographique de 115 habitants au kilomètre carré, le Haut Plateau Central constitue l’une des zones du pays où la densité de population est la plus faible. Tableau 4: Répartition de la population par commune pour le HPC Commune Superficie % Population % Densité (hab./km2) Hinche 591 30 52793 23 89 Maïssade 341 17 45401 20 133 Thomonde 265 13 31487 14 119 Cerca Carvajal 156 8 26683 12 172 Cerca la Source 374 19 34987 15 93 Thomassique 265 13 38972 17 144 Total 1992  100 229423 100 Moyenne : 115 Source : IHSI, 2004 La pression démographique au Haut Plateau Central est déjà plus faible que celle enregistrée au Bas Plateau (le reste du département du Centre), comme l’atteste le tableau 5. Tableau 5: Répartition de la population par commune pour le Bas Plateau Central Commune Superficie en km² Population Densité Belladère 312. 5 60239 192 Lascahobas 233 46547 199 Savanette 68. 7 29717 432 Mirebalais 353. 41 81325 230 Saut d’Eau 176. 63 34885 197 Total 1144. 24 252 713 Moy : 220 Source : IHSI, 2003 La population du Haut Plateau Central est passée de 109 541 habitants en 1971, à 163 250 habitants en 1982 et à 222 930 habitants en 2003, ce qui donne une densité moyenne de 115 habitants au kilomètre carré. Quand on fait la comparaison avec l’autre partie du département du Centre, le Bas Plateau Central (qui accuse une densité de 220 habitants au kilomètre carré), la pression démographique n’y est pas très forte. Pourtant, bon nombre de ses travailleurs agricoles laissent la région, pour aller chercher du travail ailleurs. Tableau 6: Évolution de la population du HPC Communes 1950 1971 1982 2003 Hinche et Cerca Carvajal5 63079 20994 45037 15325 87101 17571 Maïssade 22503 32588 32574 43138 Thomonde 14714 16399 22129 32993 Cerca La Source 14775 16893 23734 40270 Thomassique - 22667 24450 42557 Total - 109 541 163 250 222 930 Sources : recensements de 1950, 1971, 1982 et estimation IHSI 2003. 2.5.2 La migration au Haut Plateau Central 2.5.2.1 L’évolution des tendances Pendant longtemps le Plateau Central a été une zone d’immigration. Parce qu’il y avait des terres disponibles, pour de nouveaux établissements ; parce qu’on pouvait y pratiquer de l’élevage libre, sans vraiment posséder de terre. Il suffisait d’un point de rencontre pour les bêtes. Mais, durant les cinquante dernières années la population a augmenté et une loi interdisant l’élevage libre a été promulguée. Ceux qui ne possédaient pas de terres devaient prendre des parcelles en métayage ou travailler comme ouvriers agricoles. La canne à sucre y occupait (y occupe encore) une superficie importante. Sa récolte et sa transformation en rapadou nécessitent beaucoup de bras, durant quelques mois de l’année. Pour cela la région, surtout au niveau de Thomonde, recevait des ouvriers saisonniers. Depuis quelque temps cependant, on observe une tendance inverse. Les travailleurs saisonniers ne viennent plus. Ils préfèrent se rendre en République Dominicaine. Les travailleurs agricoles de la zone traversent la frontière. De potentiels travailleurs agricoles émigrent à Port-au-Prince; ceux-là sont surtout des jeunes. De nombreuses femmes laissent aussi la région pour se rendre en République Dominicaine ou à Port-au-Prince. Les exploitants se plaignent alors du manque de travailleurs pour les tâches agricoles. Les activités agricoles n’arrivent plus à retenir les travailleurs dans la région. Cette situation s’explique par le niveau des salaires pratiqués, les conditions de travail et les conditions de vie en général. La stagnation de l’agriculture, les difficultés du marché des produits agricoles empêchent d’améliorer de façon constante la rémunération du travail. Durant de nombreuses années, la participation des ouvriers saisonniers haïtiens à la zafra dominicaine ne gênait pas beaucoup les activités agricoles du Plateau Central. Ces ouvriers y allaient pour quelques mois et revenaient s’occuper de leurs exploitations propres ou pour aider des propriétaires à la mise en valeur de leurs terres. Les calendriers agricoles dans les deux pays concordaient, dans une grande mesure. Généralement, les femmes ne partaient pas. La période de la zafra couvrait principalement les mois de décembre à avril. Il y avait assez de bras pour le volume de travail de cette période. Les travailleurs étaient sur place, en grand nombre, aux moments les plus importants. Quand ils revenaient avec quelques dollars ils les investissaient dans la région : achat de terres, de têtes de bétail, de matériaux de construction Depuis quelque temps, la diversification et la modernisation de l’agriculture ainsi que le développement de l’économie dominicaine permettent aux migrants de trouver du travail tout au cours de l’année. De plus, de l’autre côté de la frontière, les conditions d’existence du travailleur attirent mieux. Les salaires, dans le secteur agricole, ont le même niveau ou sont supérieurs à ceux pratiqués ici. Les entreprises de construction emploient des gens durant toute l’année. Les travailleurs accèdent plus facilement aux services médicaux. Ils se déplacent dans de meilleures conditions, car le transport est organisé, les routes sont meilleures et ils ont accès au courant électrique. Ils restent plus longtemps, ce qui entraîne un manque de bras pour le travail agricole en Haïti. Ils arrivent moins difficilement à scolariser leurs enfants, à se procurer certains petits gadgets. Ils reviennent alors pour des temps plus courts. Des entrevues avec des habitants de la région habitués à vendre leur force de travail de l’autre côté de la frontière montrent que le niveau de l’environnement social les porte souvent à émigrer. Ici, les services de santé sont presqu’inexistants. Ils reconnaissent qu’en République Dominicaine ils sont souvent dépossédés de leurs effets par des Dominicains. Ils auraient préféré travailler chez eux. Mais, au moins là-bas, ils sont sûrs de trouver du travail et ils reçoivent des soins en cas de maladie.6 La situation est pareille pour les femmes qui partent maintenant de plus en plus. Elles travaillent dans la cueillette, se font femmes de ménage ou s’adonnent à de petits commerces. Ces activités leur paraissent plus intéressantes que celles des champs dans le Haut Plateau Central. Des familles déjà établies partent pour aller chercher ainsi de meilleures conditions de vie. Mais, comme partout, la propension à partir est plus forte chez les jeunes. Ces départs menacent sérieusement le secteur agricole du Haut Plateau Central Généralement, dans les sociétés où la misère sévit, parmi les émigrés on rencontre souvent les plus entreprenants et les jeunes, ceux qui prennent des risques pour tenter de changer leur situation. Ils représentent la partie la plus importante de la force de travail. On devrait pouvoir compter principalement sur eux pour innover. 2.5.2.2 Les pôles de migration D’après ce qui précède, on distingue actuellement 2 pôles principaux de migration. • Un pôle vers la République Dominicaine dominé par des adultes mâles en âge de travailler, en phase d’installation ou récemment installés. Ils vont à la recherche de travail soit dans l’agriculture, soit dans la construction. Leur migration tend à devenir de plus en plus définitive car ils ont tendance à faire émigrer leurs compagnes. • Un pôle vers Port-au-Prince avec une proportion plus importante d’adolescents scolarisés et de jeunes (garçons et filles) à la recherche d’un emploi ou d’une activité indépendante génératrice de revenus. Dans les deux cas, il s’agit d’une hémorragie de ressources et de main d’œuvre, essentiellement parmi la tranche 20 – 50 ans qui représente la capacité de travail la plus importante pour l’agriculture. Une analyse comparative de la distribution de la population par classe d’âge dans la région métropolitaine (zone d’accueil) et dans le Plateau Central (zone de départ) permet de comprendre l’importance de ce phénomène. Dans la zone métropolitaine, la population de 0 à 19 ans représente environ 45 % de la population totale alors que pour le Plateau Central, les moins de 20 ans représentent plus de 55 % du total. Par contre, si au niveau de la zone métropolitaine les 20 – 49 ans (qui représentent l’essentiel de la force de travail) atteignent 46.7 %, ils ne représentent plus que 31.1 % dans le Plateau Central. Enfin, dans la catégorie des 50 ans et plus, ils ne sont que 8.7% dans la zone métropolitaine alors qu’ils représentent plus de 13 % dans le Plateau Central. 2.5.2.3 Les conséquences Cette situation de carence en main d’œuvre a des impacts non négligeables sur l’organisation et les conditions de fonctionnement de l’agriculture dans la région. Trois conséquences principales peuvent être signalées : • Une responsabilisation accrue des femmes dans la gestion agricole. L’absence prolongée des hommes entraîne une augmentation sensible du pourcentage de femmes jouant effectivement le rôle de chef d’exploitation. • Une rareté de main d’œuvre pour les travaux agricoles. Cette rareté de main d’œuvre provoque à son tour une tendance à l’augmentation des prix de la journée de travail. • Cette rareté de main d’œuvre liée à l’augmentation du coût du travail entraîne une tendance à une réduction des superficies cultivées. Pour pallier ce déficit, on observe depuis quelques années une tendance forte à l’augmentation de l’utilisation de la charrue à traction animale. En effet, alors qu’aucun programme réel n’est en cours de réalisation, la quantité de charrues à traction animale a plus que doublé au cours des 10 dernières années. Les acquisitions se sont faites sur une base personnelle, sans appui institutionnel formel. De plus, il se développe une tendance à l’utilisation de la charrue dans des opérations culturales autres que le labours. C’est ainsi que des agriculteurs utilisent la charrue pour le semis dans les plantations de haricot, de manioc et même de plus en plus de maïs. Dans cette même perspective, il existe actuellement une demande de plus en plus forte pour le labour mécanisé au tracteur, surtout dans les périmètres irrigués. 2.6 Le paysage institutionnel 2.6.1 Les institutions administratives et les organisations 2.6.1.1 La représentation de l’État. La ville de Hinche est le chef lieu du département du Centre. A ce titre, elle est le siège d’une délégation. Elle loge des bureaux déconcentrés de plusieurs ministères ou organismes autonomes de l’État tels : les Directions Départementales des Ministères de l’Éducation Nationale, de l’Agriculture des Ressources Nationales et du Développement Rural (la DDAC), de l’Économie et des Finances, le bureau régional du FAES, un bureau du Ministère de l’Environnement, un bureau de l’INARA, une représentation du MPCE, un bureau du Ministère des Affaires Sociales, un bureau de l’Électricité d’Haïti (EdH), du Service National d’Eau Potable (SNEP) … Le Délégué Départemental a normalement, sous sa direction un vice-délégué au niveau de chacun des arrondissements de Hinche et de Cerca La Source dans le Haut Plateau Central et à celui des chefs lieu d’arrondissement de Bas Plateau7. Le délégué anime un Conseil technique départemental composé des responsables départementaux des ministères et autres institutions étatiques. Au niveau des communes fonctionnent d’autres services dont les responsables locaux essaient souvent de forcer les administrés à recourir à leur bureau, pour asseoir leur autorité dans leur juridiction respective; alors que les intéressés trouvent plus avantageux ou moins pénible de se rendre à un autre point. 2.6.1.2 Les collectivités territoriales Il convient de se rappeler que toute division territoriale ne constitue pas une collectivité territoriale. L’arrondissement n’en est pas une. Il n’est pas dirigé par des autorités élues. Pour le Haut Plateau Central, on compte six conseils municipaux et seize conseils d’administration de sections communales. On devrait avoir un Conseil  départemental pour tout le département du Centre, selon la Constitution. A chaque conseil correspond une assemblée pour exercer une fonction de contrôle au nom des populations des entités respectives. Mais la mise en place des organes de toutes les collectivités territoriales tarde encore. Les limites des divisions administratives ne sont pas toujours claires pour les habitants du Haut Plateau Central. Ainsi, il est difficile de savoir avec précision les juridictions administratives des Conseils d’Administration des Sections Communales. Les Conseils Municipaux se heurtent à des difficultés, quand ils veulent recueillir les contributions des propriétaires pour les propriétés bâties. Car souvent, les gens répondent que les habitants qui vivent hors des limites urbaines ne sont pas assujettis de telles redevances. Les habitants du Haut Plateau Central parlent des maires comme des autorités placées pour représenter leur commune, travailler sur l’urbanisme, s’occuper de la gestion de biens de l’État. La Constitution fait du Conseil Municipal le gestionnaire privilégié des biens de l’État dans sa commune. Les conseils d’administration des sections communales, (CASEC) devraient, de leur côté, selon les participants aux ateliers, travailler au développement de leur section communale. La loi du 4 avril 1996, en effet, demande aux CASEC, entre autres choses, de préparer le plan de développement et de gérer les intérêts de leur section communale respective. Certains membres de CASEC présents aux rencontres ont tenté de démontrer qu’ils ont fait des efforts pour obtenir quelque chose pour leur section communale respective. Dans certains cas, ils ont fait preuve d’une bonne connaissance des principaux problèmes de leurs localités. Mais, dans la majorité des cas, les participants aux rencontres estiment que les membres des CASEC ne font rien ou ne peuvent pas aider à l’avancement de leur zone. Ces participants viennent pour la plupart des sections rurales et ils « oublient » souvent de mentionner le CASEC comme une institution administrative. Ils reprochent aux membres des CASEC de faire des ponctions sur les revenus de leurs administrés de façon éhontée. Certains accusent les membres des CASEC de revenir avec les méthodes brutales des agents de la police rurale. Ces élus, informent-ils, se constituent en agents de police et même en juges. Un ancien membre de CASEC a reconnu que son rôle principal était d’administrer la section communale et d’œuvrer pour son développement. Il n’avait pas eu les moyens de travailler pleinement dans ces lignes, a-t-il précisé. Mais il ne pouvait rester les bras croisés devant les actes de banditisme. C’est pourquoi, il avait pris l’habitude de donner des services de police. 2.6.1.3 Les organisations internationales, non gouvernementales, et religieuses. Plusieurs Organisations Internationales (OI), organisations non gouvernementales (ONG) ou institutions religieuses offrent des services d’encadrement aux producteurs dans le Haut Plateau Central. Citons GTZ, Vision sur le Monde, la Caritas, SOE, Save the Children, CSDI. PFI/PSI, PFST/PSST… Elles appuient les habitants dans différents domaines : l’agriculture, le crédit agricole, l’éducation, la santé, l’élevage… Tableau 7: Les principales institutions d'appui aux organisations de base INSTITUTIONS DOMAINES D’INTERVENTIONS GTZ Établissement de plan stratégique de développement communal Vision sur le Monde Crédit agricole, aide alimentaire, accompagnement de groupements, Caritas Santé communautaire, promotion féminine, agriculture (formation, réhabilitation de système d’irrigation, aménagement de bassins versants, banque d’intrants), assistance a des vieillards et a des victimes de catastrophes naturelles… SOE Santé, développement rural (repeuplement porcin, crédit, appui aux éleveurs Save the Children Santé, éducation, mobilisation communautaire, habilitation de femmes PROTOS - CPH Eau potable, agriculture, formation Vétérimed Santé et production animales CSDI Réparation de routes, construction de bâtiments, élevage, pépinières d’arbres forestiers et fruitiers Crédit Mutuel d’Haïti (CMH) Crédit aux commerçants PFI /PSI Transformation de produits agricoles, formation scolaire et professionnelle, infrastructures agricoles, services juridiques… PFST / PSST Transformation de produits agricoles, éducation 2.6.1.4 Les institutions bancaires Trois institutions bancaires offrent leurs services dans le haut Plateau Central à partir de leur succursale de Hinche : la Banque Nationale de Crédit BNC, la Capital Bank et la UNIBANK. 2.6.1.5 Les organisations confessionnelles . Hinche est le siège d’un diocèse (de l’église catholique romaine) couvrant tout le Département du Centre. On trouve dans la région des temples de diverses confessions religieuses. Il est important d’en tenir compte dans le cadre d’un plan de développement. Car, souvent des positions religieuses, peuvent porter les producteurs à adopter des attitudes particulières face à des sujets touchant la production ou les activités économiques en général. Les leaders religieux jouent souvent des rôles importants dans le processus de réflexion sur l’avenir de la population. 2.6.1.6 Les organisations de base, les regroupements d’organisations paysannes Dans le Haut Plateau Central nous rencontrons un grand nombre d’organisations de base. Elles présentent différents niveaux de structuration. Elles diffèrent beaucoup par leur taille, le territoire couvert, leur composition ainsi que leurs domaines d’intervention. Certaines de ces organisations travaillent à l’échelle d’une section communale ou d’une localité; d’autres sont présentes dans plusieurs sections communales d’une commune ou dans toute une commune. Elles sont des associations paysannes, des comités de développement, des coopératives… Chacune des organisations travaille, avec l’appui d’ONG, sur un ou quelques-uns des thèmes suivants : agriculture, commercialisation de produits agricoles, crédit agricole, élevage, soins vétérinaires, stockage de produits agricoles, réparation de routes agricoles, éducation, santé, irrigation, adduction d’eau potable, protection de l’environnement… Certaines organisations paysannes sont plutôt trans-communales, i.e. qu’elles ont des membres dans plusieurs communes de la région. Le MPP, vieux de plus de trente ans et présent dans tout le Département du Centre, constitue la composante la plus dense d’une organisation de couverture nationale, le Mouvman Peyizan Nasyonal Kongrè Papay (MPNKP). Plusieurs organisations paysannes rencontrées sur le Haut Plateau central sont des branches du MPNKP. D’autres organisations comme OCODER, sans s’étendre sur un territoire aussi large, mènent des activités de protection de l’environnement dans les communes de Cerca La Source et de Thomassique. Tableau 8: Les principaux regroupements d'organisations paysannes Organisations Domaines d’interventions Zones de travail MPP Formation de cadres paysans, agriculture, élevage, apiculture, protection de l’environnement, coopératives de production ou d’épargne et de crédit, eau potable, transformation de produits agricoles, production et réparation d’outils agricoles, assistance légale Tout le Haut Plateau OCODER Eau potable, éducation civique, caisse populaire, agriculture, commerce, reboisement, santé animale Cerca La source, Thomassique, Hinche, Cerca Carvajal 2.6.1.7 Les structures de concertation Le délégué départemental coordonne le conseil technique départemental qui réunit les responsables d’administration publique du département du Centre. Car, selon la Constitution, en qualité de représentant du pouvoir exécutif, il doit veiller au bon fonctionnement de tous les services de l’État. Le représentant du Ministère de la Planification et de la Coopération Externe, de son coté, anime une table ronde de concertation avec des organismes d’État et des ONG, pour des échanges sur les activités de développement menées ou à mener dans le département. Dans le cadre de la réalisation des plans stratégiques de développement communal avec l’appui de la GTZ, il a été créé un Comité Communal Consultatif dans la commune de Hinche. Enfin, sous l’égide de la Direction Départementale de l’Agriculture fonctionne une Plate-forme de Développement Agricole pour permettre des échanges et des actions communes entre les acteurs qui travaillent dans l’agriculture. 2.6.2 L’articulation des institutions et organisations Les structures de concertation dans le haut plateau central ou dans le Département du Centre naissent d’initiatives des acteurs présents sur le terrain ou de dispositions légales. Généralement elles ne fonctionnent pas à plein rendement. Parce que tous ne sont pas convaincus de leur nécessité; parce que déjà la majorité des institutions fonctionnent mal. Il est important de comprendre le type d’articulation qui existe ou qui doit exister entre ces institutions et organisations. Nous devons poser la question des rapports entre les institutions de l’État pour commencer, puis entre celles de l’État et les autres, entre les ONG et les organisations de base, entre les différentes organisations. En effet, pour faciliter le déroulement des activités agricoles, l’ensemble des institutions et organisations doit assurer une atmosphère de sécurité et un encadrement adéquat pour les producteurs. Pour cela elles doivent coordonner leurs activités et assurer un bon niveau de gouvernance dans le Haut Plateau. 2.6.2.1 La question de la sécurité Elle se situe à plusieurs niveaux : la protection des producteurs contre les vols, contre les abus de certains individus, contre les dépossessions, contre les feux de brousse... Sinon les gens n’investissent pas ou diminuent leurs investissements dans le secteur agricole. La multiplication des vols de produits agricoles décourage souvent les producteurs, ont confié des participants aux ateliers. Dans la situation actuelle, il n’y a pas d’agents de police déployés dans les sections communales. Les policiers des bourgs sont censés dépasser l’espace urbain (ou l’espace considéré comme tel) et couvrir les sections communales. Mais ils sont peu nombreux et dépourvus de moyens logistiques pour travailler dans les sections communales. Même lorsqu’il y en aurait assez au niveau des sections communales, une articulation avec les membres des CASEC serait nécessaire pour un bon fonctionnement des services de police. Car membres des CASEC délivrent des certificats aux propriétaires de bestiaux et assurent des activités de mobilisation sur des thèmes qui intéressent beaucoup de gens à la fois. Pour assurer la protection des producteurs contre les vols de bestiaux, les membres des CASEC doivent appuyer la population, être vigilants et bien imbus de leur rôle. Ils s’adjoignent souvent d’autres citoyens pour les fonctions de police. Il s’agit d’une pratique non légale; car il n’y a pas de provision pour cela au niveau des lois. On ne peut pas la qualifier d’illégale pour autant. L’autorité ne peut rester inactive devant la multiplication d’actes de banditisme. Les dimensions d’une section communale imposent la recherche de solutions policières bien articulées. La première section Juanaria et la quatrième Aguaédionde de Hinche atteignent des superficies de plus de 180 km2. Plusieurs sections communales de la région comptent plus de dix mille habitants. On ne peut se contenter de simples rencontres de discussions et de motivation avec les habitants pour traiter des questions de sécurité. En plus de l’étendue des sections communales et du chiffre élevé de leur population, la situation frontalière qui rend encore plus difficile la surveillance policière. Le Département du Centre jouxte la République Dominicaine sur plusieurs dizaines de kilomètres de frontière. Les voleurs font facilement passer des bêtes d’un côté à l’autre. Toutefois, les mesures policières, pour bénéficier de certaine légitimité et pour porter des résultats, pour rassurer les habitants, devraient être prises en concertation au niveau de la section communale et même à celui de la commune. D’ailleurs même dans l’éventualité d’un important déploiement policier, il faudrait compter sur les membres des CASEC, sur leur connaissance du milieu, pour une articulation avec les activités de mobilisation dans les différentes localités de leur juridiction respective. De plus, il y a beaucoup de confusions sur le rôle des CASECs et sur celui des ASECs (Assemblées de Sections Communales). Les membres de celles-ci constituent-ils des autorités en plus ou des citoyens chargés d’aider les autres à suivre le fonctionnement des CASEC. L’autorité, dans le milieu rural, se perçoit surtout par sa capacité d’exercer certain niveau de répression. Il est important de préciser les rapports entre le CASEC et la population d’une part (gérer des activités pour le service de la population), et ceux entre le CASEC, l’ASEC et la population (contrôler pour la population la marche des activités), de l’autre. Sinon, les instances restent à se chicaner, sans produire un travail utile. Cela introduit ou alimente des rivalités au niveau des localités et détourne des vraies responsabilités et des vrais problèmes. Selon la Constitution, au niveau de la section communale, des dispositions doivent être prises pour des formations dans les domaines du politique, de l’économique, du social, du culturel. Il y aura des mobilisations à faire pour travailler sur des problèmes comme les feux de brousse, les campagnes de vaccination, la protection de la santé, la lutte contre les insectes… La loi portant sur l’organisation de la section communale demande aux CASEC de travailler sur les organisations de production comme les coopératives, pour prendre un exemple. Les membres des CASEC sont effectivement les mieux placés pour s’occuper de ces questions. Tout au moins ces travaux doivent être faits en coordination avec eux. Mais, dans les conditions actuelles, ils n’ont pas la légitimité nécessaire pour y travailler. Ils sont accusés d’avoir été mal élus, par de larges secteurs. De plus leur formation de base généralement faible et l’absence de tradition démocratique dans le milieu ne les prédisposent à bien remplir leur rôle. Il faudrait penser à aider ces membres de CASEC dans l’acquisition de connaissances nécessaires à leur fonction. Il faudrait penser à remédier à la situation de confusion sur la mission des autorités locales. Ce serait pour le bien des producteurs et pour une amélioration de la production. La précision sur les rôles des autorités les plus proches des producteurs garantirait aussi une atmosphère de travail dans le milieu rural. On discuterait avec ces autorités des matières de leurs compétences et sur leurs compétences territoriales. 2.6.2.2 L’encadrement des producteurs Les institutions étatiques, les ONGs et les organisations de producteurs se donnent généralement la mission d’encadrer la population. Chaque institution s’occupe de certaines activités en particulier. Mais, sans une coordination de leurs activités, sans une articulation de leurs interventions, il y a peu de chances qu’elles arrivent à des résultats intéressants pour le développement de la région C’est déjà un antécédent important quand certaines organisations réalisent ensemble des activités, comme les participants aux ateliers l’ont signalé; le MPP et les PFI, par exemple, collaborent à la réalisation de lacs collinaires. Aussi certains regroupements de personnes rencontrés dans des sections communales se présentent comme des filiales d’organisations ayant la prétention de couvrir tout le Haut Plateau ou une superficie plus grande. Généralement les organisations travaillent avec des ONG comme partenaires ou cherchent à établir un partenariat avec une ou plusieurs ONG; cela leur permet de trouver du financement pour leurs activités ou pour organiser des sessions de formation à l’intention de leurs membres. La plupart des organisations entretiennent des relations avec des structures de l’État; elles ont un permis de fonctionnement de la Mairie de la commune de leur siège ou une reconnaissance délivrée par le Ministère des Affaires Sociales. Plusieurs coopératives rencontrées dans la zone ont l’agrément officiel ou le permis de fonctionnement du Conseil National des Coopératives (CNC). Certaines associations entreprennent des démarches pour leur reconnaissance officielle. En général elles admettent l’idée de l’importance de la reconnaissance légale. Sauf que, au niveau de l’État haïtien, une réglementation manque. Les procédures ne sont pas toujours claires ni connues des utilisateurs de services. Dans certains cas des institutions autonomes de l’État, comme le FAES, financent des activités de certaines organisations. Au niveau des ONG et des institutions de financement, on signale souvent la nécessité de renforcer les organisations pour les aider à mieux préparer leurs projets et à mieux les gérer. Certaines grandes organisations (grandes par rapport au nombre de personnes réunies dans leurs rangs et à l’espace couvert) estiment devoir être considérées comme des partenaires privilégiés de l’État, pour l’exécution de contrats ou pour l’exploitation de terres de l’État. Les responsables de ONG, des organismes de l’État comme ceux des organisations paysannes se disent prêts à une collaboration pour l’avancement du Haut Plateau Central. Mais, les déclarations ne suffisent pas. D’ailleurs différents intervenants travaillent de manière non coordonnée sur les mêmes filières; il n’y a pas une instance en mesure de rassembler les expériences, de les comparer pour en faire profiter le plus de gens possible. Sur le terrain, beaucoup d’actions sont entreprises; mais elles ne convergent pas toujours. Mais aussi, il faut que l’une des institutions se donne la capacité d’assurer la coordination. Dans le cas qui nous intéresse, l’institution de pilotage du plan est la Direction Départementale de l’Agriculture du Centre. Cette position l’amènera à développer et à entretenir des relations autour du plan entre les autres institutions de l’État, les ONG, les organisations de producteurs, les entreprises de production et à porter ces institutions ou organisations à collaborer entre elles. Pour le faire avec de meilleures chances de réussite, cette direction doit adapter sa politique à la situation. Il lui faudra choisir la meilleure articulation avec les populations, les organisations et les autres instances de l’État. La Direction Départementale de l’Agriculture du Centre se déploie sur tout le Haut Plateau Central. Elle est l’institution qui dispose d’agents pour couvrir la plus grande partie possible de la région; elle compte sur un maillage plus serré que celui des autres institutions. Elle dispose de services centraux et de bureaux agricoles communaux (les BAC); ceux-ci comptent avec les services d’agronomes ou de techniciens agricoles. Mais, au cours des ateliers, les gens soulignent souvent l’absence des agents de la DDAC. Il y a lieu de chercher à comprendre le sens de cette absence soulignée par les agriculteurs. Le mode de déploiement répond à un souci de fournir un service de proximité. C’est le sens de l’existence des bureaux agricoles communaux. Mais, la division administrative appelée commune ne correspond pas aux réalités écologiques, ni au mode d’occupation du territoire par les producteurs, ni aux différentes activités de production menées dans la zone. 2.7 MILIEU BIOPHYSIQUE 2.7.1 Caractéristiques géomorphologiques générales. Le Haut Plateau Central s’apparente à une large dépression avec un relief très vallonné, ponctuée de terrains accidentés et de vallée encaissées. La région est traversée principalement par deux chaînes de montagnes. La première est la chaîne des Cahos, avec un aspect très tourmenté, qui part du département de l’Artibonite et ceinture la région du Haut Plateau par le côté Ouest. La chaîne passe par le côté ouest de la commune de Maïssade, traverse la commune de Hinche par la première section Juanaria avant d’atteindre la troisième section de Thomonde. Photo 2: Vue générale du Haut Plateau Central (Photo Gardel, 2004) Dans sa partie Est, le Haut Plateau Central est traversé par la chaîne Paincroix, qui prend naissance un peu au nord de la région et qui possède un relief moins agité que la chaîne précédente. La grande Paincroix passe par la section Nan rang (Cerca Carvajal), traverse la deuxième section Acajou Brûlé de Cerca la Source avant de s’écraser dans la limite Ouest de la première section Acajou Brûlé (Cerca la Source). Un autre embranchement de cette même chaîne, la petite Paincroix, va s’écraser après avoir traversé la troisième section Aguaédionde de Hinche. La hauteur, la dimension, le positionnement de ces chaînes ainsi que la direction des vents dominants (qui soufflent dans la direction Est-ouest8) déterminent en grande partie les différents ensembles agro écologiques retrouvés au niveau de la région. La direction des vents par rapport à la position des chaînes crée des zones au vent et des zones sous le vent. Les zones au vent étant généralement mieux arrosées. L’ensemble des deux chaînes est formé de calcaire massif ou de silex de l’Eocène. Cependant, la chaîne des Cahos est dominée par des couches du Crétacé, formation volcano-sédimentaire à couches andésitiques ou calcaire dur avec des veines de calcite parfois en dalles. Les reliefs sont généralement très massifs mais possèdent cependant un pourcentage élevé de versants à pentes très fortes (> 60%). L’épaisseur des sols est très irrégulière et les affleurements rocheux sont fréquents tout le long de ces chaînes. Le tableau suivant donne les ensembles géomorphologiques pour le Haut Plateau Central. Tableau 9: Répartition géomorphologique du HPC Description géomorphologique Superficie (en km2) Pourcentage (%) Couverture détritique 497.69 26.35 Massifs rocheux résiduels 737.88 39.07 Montagnes basses et collines intermédiaires 297.34 15.74 Plateaux 355.83 18.84 Total 1888.75 100 Source : GARDEL, 2004 2.7.2 Le climat du Haut Plateau 2.7.2.1 La pluviométrie Quatre phénomènes caractérisent la pluviométrie du Haut Plateau Central : • L’intensité des précipitations. Le plus souvent, ce sont des pluies d’orages qui augmentent énormément le risque d’érosion, d’autant qu’on est dans un contexte de milieux avec un relief très accidenté. De plus, la présence des sols du Haut Plateau avec une teneur en éléments fins (argile et limon) constitue un autre facteur aggravant d’un point de vue de l’érosion. • L’irrégularité interannuelle des précipitations, à la fois en terme de volume et des dates d’arrivée des pluies. Cela rend difficile la planification des campagnes agricoles et augmente les risques de perte des récoltes. • Une distribution spatiale des pluies assez variable et irrégulière, notamment en fonction de la nature et du positionnement des chaînes de montagnes traversant le Haut Plateau et aussi de la direction des vents dominants créant des zones au vent et sous le vent. En, général, à partir du centre de la région, les pluies augmentent à mesure que l’on se rapproche des deux bandes montagneuses selon un axe Nord-est – Sud ouest. Les pluies passent d’une moyenne de 1250 mm au centre à 1750 mm, dans les aires mieux arrosées. • Une saisonnalité assez marquée. Le Haut Plateau est en effet caractérisé par deux saisons bien distinctes. La première saison est pluvieuse et va d’avril à octobre. Pendant cette saison, un premier pic est atteint en mai, avec plus de 350 mm et des orages assez violents, notamment dans certains endroits, un second pic, moins important, est atteint en septembre. Cependant, à l’intérieur de cet intervalle pluvieux, on peut enregistrer une certaine récession des pluies en juillet/août. Cette courte période de récession est parfois très cruciale dans la mesure où elle est la cause fréquente d’échec des cultures. La deuxième saison est plutôt sèche. Elle va de novembre à mars. La pluviométrie moyenne mensuelle est inférieure à 40 mm dans une bonne partie du Haut Plateau pendant environ cinq mois de l’année (décembre à mars). Enfin, il faut souligner que des années de sécheresse générale ont l’habitude d’affecter la zone. Tableau 10: Caractéristiques du climat du Haut Plateau Central Localité Pluie Moyenne annuelle ETP en mm T° moy. annuelle en °C Mois les plus secs Fourchettes des précipitations mensuelles Mois plus pluvieux Pluie Moyenne mois Hinche 1485 1848 25.5 Déc-Mars 11-34 Mai 297 Maïssade 1902 1480.0 - Déc. 12-51 Mai 381 Billiguy 1396 - Déc. 6-28 Mai 294 Cerca la Source 1226 1370.0 24.0 Déc. 12-41 Mai 216 Sources combinées, OEA (1972), Hargreaves et Samani 2.7.2.2 La température et l’évapotranspiration La température moyenne annuelle de Hinche et de Cerca la Source (pour lesquelles nous disposons de mesures pour cette variable climatique) varie dans la fourchette de 24 et 25°C. Pour l’ensemble du Haut Plateau, les mois où les températures où sont les plus élevées se situent entre juin et septembre, en revanche, les températures les plus fraîches sont enregistrées entre décembre et janvier. L’évapotranspiration potentielle (ETP) calculée pour la commune de Hinche est de l’ordre de 1848 mm. Elle est cependant légèrement plus faible pour Maïssade et Cerca la Source avec un niveau respectivement de 1480 et 1370 mm. Pour l’ensemble de l’année, Hinche affiche un déficit pluviométrique de l’ordre de 363 mm. Ce déficit est de l’ordre de 144 mm pour Cerca la Source. Le bilan P - ETP est en revanche positif de 422 mm pour la commune de Maïssade. Notons que le déficit pluviométrique affecte principalement quatre mois de l’année (décembre à mars). 2.7.3 Les ressources en eau dans le Haut Plateau 2.7.3.1 Les ressources en eau de surface Le Haut Plateau présente un réseau hydrographique très développé formé d’un ensemble de rivières, ravines et de nombreuses sources dont certaines ont un écoulement permanent pendant toute l’année. En ce qui concerne les rivières, on peut distinguer • Les rivières de montagnes telles la rivière Samana à l’amont de bassin Zim (143 km2 de bassin versant) et la rivière Lociane à l’amont de Los Posos (195 km2 de bassin versant). Les rivières de la bordure Ouest du bassin du nord, telles la rivière Fond bleu formée des rivières Fond Gras et Haut Piège (182 km2, de bassin versant), la rivière Rio Frio, à l’amont de Maïssade (92 km2 de bassin versant), la rivière Thomonde, à l’amont de Thomonde (132 km2 de bassin versant) et la rivière Onde Verte (45 km2 de bassin versant). • Les rivières de plaine dont celles qui collectent les eaux provenant des rivières de montagnes. Ce sont L’Artibonite, collecteur principal du département du centre (son bassin versant arrêté à Mirebalais est de 7463 km2. Près de 40% du bassin à l’amont de Péligre sont collectés en république Dominicaine. Elle représente la limite est de la partie haïtienne du bassin nord) ; la rivière Guayamouc formée par la réunion des rivières Bouyaha et Rio Frio (la superficie du basin versant arrêté à Hinche couvre 1877 km2. A l’aval de Hinche, elle recueille les eaux des rivières Inquite, Samana, Juan et Rio Hondo). Tableau 11: Caractéristiques des principales rivières du Haut Plateau Central Rivière : nom et localisation Débit annuel Superficie bassin versant (en km2) Samana -Bassin Zim 2400 143 Lociane -à l’amont de Los Posos 3400 195 Fond Bleu 182 Rio Frio à l’amont de Maïssade 92 Thomonde à l’amont de Thomonde 132 Onde Verte 45 Artibonite 6570 Guayamouc 24250 1877 Source : Projet de mise en valeur du Plateau Central, septembre 1980 2.7.3.2 Les ressources en eau souterraine Presque toute la zone située en bordure de la chaîne Pain Croix possède des aquifères discontinus de type karstiques, paléocènes et éocènes principalement et miocènes inférieurs. Dans toute cette partie du Plateau, l’eau souterraine est difficilement accessible (niveaux très profonds) et les sources sont à débit élevé. Les aquifères continus n’existent pratiquement pas dans le Haut Plateau. Ceux qui sont alluviaux à nappe libre et à nappe en partie captive sous une couverture semi-perméable sont localement artésiens. En revanche, le Haut Plateau est dominé par des formations non aquifères en pratique peu productives. Viennent d’abord les formations cristallines : roches éruptives intrusives, volcano-sédimentaires ou métamorphiques. Dans ces formations, les sources sont à faible débit et faiblement productives, très locales en fonction de la fracturation. Ensuite, viennent les formations sédimentaires de faible perméabilité (argiles, marnes, mollasses argileuses, principalement miocènes ou pliocènes). 2.7.4 Les ressources en sols du Haut Plateau Sur le plan de la vocation des sols, SCET International (1980) répartit le Haut Plateau Central en quatre grandes zones : • Les sols à vocation agricole qui sont, en général sans contrainte importante. Ces sols sont localisés essentiellement dans les vallées alluviales, dans les terrasses et aussi dans les vastes zones de savanes. Ils sont à texture argileuse ou argilo-limoneuse de bonne qualité. Leur potentiel est cependant lié à la disponibilité de l’eau d’irrigation et de la pluie. • Les sols à vocation agricole marginale ou limitée aux cultures pérennes. Ces sols présentent des risques élevés d’érosion mais aussi des possibilités agricoles moyennant des méthodes culturales anti-érosives. Ces sols se localisent essentiellement dans les collines des piémonts et sur les plateaux calcaires. • Les sols à vocation syslvo-pastorale mais localement aptes à l’agriculture retrouvés notamment dans les régions de forte pente constituées de calcaires massifs. Ces sols se retrouvent notamment au Nord-est de Hinche (Pain Croix). Ce sont des sols en général peu fertiles et qui affiche un taux d’occupation relativement faible. • Enfin, les sols inaptes à l’agriculture et localement aptes à la production pastorale ou forestière. Ce sont des sols qui nécessitent d’importants travaux de restauration. Sur le plan des potentialités, on distingue 7 classes allant des qualités excellentes à faibles (Tableau 2.4). Les quatre premières classes totalisent environ 36.5 % des superficies du Haut Plateau. Cependant, plus de 60% des terres du Haut Plateau connaissent de sévères limitations, notamment d’un point de vue de mise en valeur agricole à cause soient des contraintes d’érosion, de topographie, des risques d’inondation ou d’hydromorphie etc. Tableau 12: Classes de potentialités des sols Classes de potentialités Description Superficie (en km2) Pourcentage (%) I Excellentes 0.67 0.04 II Très bonnes 122.62 6.49 III Bonnes 333.71 17.67 IV Moyennes 232.10 12.29 V Médiocres 0.52 0.03 VI Limitées 361.44 19.14 VII Très limitées 587.78 31.12 VIII Faibles 249.92 13.23 Total - 1888.76 100 Source : UTSIG De manière générale, les sols du Haut Plateau Central ont quatre caractéristiques importantes : • Ils sont à des degrés divers, soumis à l’érosion. Cette érosion due aux conditions climatiques et topographiques, est fortement accélérée depuis que le déboisement est pratiquement complet et que la surexploitation agricole a atteint des sols aux pentes trop importantes ; • Ils sont en général argileuse ou argilo limoneuse, d’assez bonnes potentialités, particulièrement dans les zones de plateaux ; • Ce sont des sols profonds. Ils ont donc une réserve hydrique très importante (notamment pour les plantes ayant des racines pouvant aller en profondeur) ; • Apparemment, la majorité de ces sols se prêtent bien à la culture attelée. Photo 3: Sols très profonds, région de Los Palis (3ème Aguahedionde) (Photo Gardel, 2004) 2.7.5 Le zonage agro écologique du Haut Plateau Le découpage agro écologique du Haut Plateau réalisé dans le cadre de cette étude est basé sur cinq critères déterminants : • les éléments d’altitude (le relief), • le positionnement, la dimension des chaînes de montagnes, • les éléments climatiques (essentiellement la pluviométrie et la température), • les éléments de géomorphologie, • l’existence ou non de système d’irrigation. La plupart de ces critères sont évidemment très liés et s’expliquent les uns les autres (en particulier, l’altitude, la pluviométrie et la température). Dans ce découpage, l’élément système de production n’est pas considéré comme un critère déterminant la zone agro écologique, il en est de même pour la couverture végétale (forestière, arbustive et herbacée). Ces deux éléments sont analysés en tant que système de mise en valeur des zones agro écologiques. La direction des vents dominants dans le Haut Plateau a été utilisée comme un des éléments d’explication des zones identifiées. Les critères retenus plus haut nous ont permis de distinguer et caractériser pour le Haut Plateau Central quatre grandes zones agro écologiques (voir carte zonage) : • Zone 1 : les montagnes et plateaux humides, • Zone 2 : les plateaux semi humides • Zone 3 : les plateaux secs, • Zone 4 : les montagnes sèches • Zone 5 : les poches irriguées. Source : Gardel, mars 2004 Le caractère vallonné du Haut Plateau Central et l’existence, par endroit, d’un réseau hydrographique très dense font qu’il existe, à côté de ces grands ensembles, de nombreuses petites zones microclimatiques (appelés gorges ou encore fonds frais), et pour lesquels la mise en valeur est parfois différente des grands ensembles à l’intérieur desquels elles se trouvent. 2.7.5.1 Les montagnes humides Les montagnes humides couvrent une superficie de l’ordre de 315 km2 (soit 16.66% de la superficie totale du Haut plateau) et concernent toutes les zones traversées par la chaîne des Cahos courant de l’est à l’ouest du Haut Plateau. Elles intègrent toute la partie sud-ouest de la section Savane Grande et Narang (deux sections de la commune de Maïssade), la partie sud de la section Juanaria (section de Hinche) et les 3/4 de la troisième section de Thomonde (Baille Touribe). L’altitude de ces zones varie de 800 m à plus de 1100 m; la pluviométrie annuelle peut dépasser les 2500 mm. 2.7.5.2 Les plateaux et vallons semi humides Ces zones cumulent 362 km2 et représentent environ 19% de la superficie totale du Haut Plateau. Elles couvrent la totalité de la première section de Thomonde, une partie de Maïssade, une partie de Hinche. Elles couvrent aussi la partie nord de la section de Marmont, de Narang et de Juanaria, la partie ouest de Marmont, la partie nord de Cabral et le sud de Baille Touribe. Leur altitude est comprise entre 600 et 900 m et annuellement. Elles reçoivent entre 1000 et 1500 mm de pluie. 2.7.5.3 Plateaux et vallons secs Ces zones couvrent la plus grande partie des superficies du haut Plateau. Elles s’étendent sur 999 km2 et représentent environ 53 % de la superficie du Haut Plateau Central. Photo 4:Plateaux secs de la région de Thomassique (Photo GARDEL, 2004) Les zones concernées sont les parties nord et est de la commune de Cerca Carvajal, la partie centrale de la deuxième section Acajou Brûlé (Cerca la Source), la partie sud-ouest de la première section Acajou Brûlé, toute la commune de Thomassique, toute la section Tiera Muscady (Thomonde), les parties est de Marmont, sud-ouest des 3ème et 4ème Aguaédionde (Hinche), la partie nord de la 3ème section Hatty avec une ouverture vers Savane Grande sur la commune de Maïssade. Ces zones de plateaux ont une altitude comprise entre 300 et 400 m et la hauteur d’eau annuelle évolue entre 500 et 1000 mm, le plus souvent concentrée sur une période de 6 mois. 2.7.5.4 Les montagnes sèches Les montagnes sèches sont relativement peu représentées dans la région. Elles s’étendent sur une superficie ne dépassant pas 208 km2 et représentent seulement 11% des terres. Ces zones sont positionnées sur tout le parcours de la chaîne Paincroix qui couvrent une partie de la commune de Cerca Carvajal, elles s’étendent aussi sur la deuxième section de Cerca la Source notamment sur le côté sud-ouest, couvrent la section Matelgate de la commune de Thomassique par le côté nord-est et toute la deuxième section Aguaédionde (de Hinche). L’altitude de ces zones de montagnes est modérée. Les zones basses ne sont pas inférieures à 600 m et les pics ne dépassent pas 850 m. Elles sont parmi les zones les moins bien arrosées du Haut Plateau et où l’agriculture très risquée. La pluviométrie annuelle en général inférieure à 1000 mm. 2.7.5.5 Les aires irriguées Les espaces irrigués ne constituent pas à proprement parler une zone « agro écologique ». On est plutôt en présence d’une série de petites poches dispersées dans un certain nombre de communes. Le tableau suivant synthétise la situation des périmètres irrigués dans le Haut Plateau Central. Ces poches irriguées ont des caractéristiques proches en terme de relief (ce sont de zones de plateau), de disponibilité en eau et de mise en valeur du milieu. Il est entendu que compte tenu de l’éparpillement des ces zones le volume d’eau annuel est variable d’une poche à l’autre. Tableau 13: Situation actuelle de l'irrigation Désignation / Localisation Superficies irriguées Superficies irrigables Mode de gestion Nombre d’usagers Système de culture Los Posos 109,42 180 Syndic MARNDR 1439 Maraîchage, haricot, riz Saltadère 67,74 100 Syndic MARNDR 48 La Haille 40 Mais pois inconnu, pois Congo, haricot, chou, tomate Cour Cadichon 10 30 Comité d’usagers 52 Bohòc 13 Comité d’usagers Demahague 4,5 6 LFPD10 Maraîchage Lacs collinaires 24 Usagers/ Institution 75 Maraîchage Total 356 Source : GARDEL, 2004. L’intégration de l’ensemble des superficies occupées par ces espaces ne dépasse pas 4.45 km2, ce qui est presque insignifiant car représentant moins de 0.24 % de la superficie de la région. Tableau 14: Caractéristiques des zones agro-écologiques Ensemble agro écologique Superficie en km2 (%) Zone type Fourchette d’altitude (m) Pluviométrie (mm) Montagnes et plateaux humides 315 (16.66%) Savane Grande, Narang Juanaria, Baille Touribe 840-1100 2500 Plateaux semi humides 362 (19%) Ouest de Marmont, Nord de Cabral 600-900 1000-1500 Plateaux et vallons secs 999 (53%) Thierry Muscady, troisième et quatrième Aguaédionde 300-400 500-1000 Montagnes sèches 208 (11%) Matelgate 600-850 <1000 Zone irriguée 4.45 (0.24 %) Los Posos 200-400 500-1500 Source : GARDEL, 2004. 2.7.6 La sensibilité à l’érosion des sols Les risques d’érosion sont liés à un ensemble de facteurs dont les plus importants sont la configuration géomorphologique, le régime pluviométrique et les systèmes de mise en valeur. Il faut signaler qu’il s’agit ici essentiellement de l’érosion hydrique. L’analyse des chiffres fournis par l’UTSIG nous montre que plus de 56% des terres du Haut Plateau Central ne présentent que des risques moyens, faibles ou nuls d’érosion alors que la catégorie risque très grave ne concerne que 2, 73% des terres. Les zones où les risques d’érosion sont les plus élevés se situent dans les ensembles agro-écologiques de montagnes humides positionnés au nord-est et à l’ouest du Haut Plateau. De même, une zone limitée est identifiée au centre du Haut Plateau, sur la ligne de montagnes sèches représentée par la chaîne Paincroix. Tableau 15: Distribution des risques d'érosion Code Description Superficie (Km²) Pourcentage (%) 0 Risque nul ou très faible 443,93 23,50 1 Risque faible 309,56 16,39 2 Risque moyen 318,61 16,87 3 Risque élevé 524,06 27,75 4 Risque grave 241,07 12,76 5 Risque très grave 51,52 2,73 1 888,75 100,00 Source : UTSIG Cette distribution du risque a une très forte corrélation avec la distribution des classes de pente, telle que présentée dans la carte suivante. III. LES SYSTEMES DE MISE EN VALEUR L’étude des systèmes de production est approchée par zone agro écologique. 3.1 Etude des systèmes de cultures 3.1.1 Les grands systèmes de culture rencontrés. Les grands systèmes de culture varient en fonction des caractéristiques du milieu. On peut distinguer les situations suivantes : 3.1.1.1 Les montagnes et plateaux humides • un système à base de caféier qui est prédominant. Dans ce système, le caféier est souvent associé au bananier, à l’igname et à de grands arbres lui servant d’abris tels le sucrin, le sâman, le pois doux, le bois trompette etc. Du côté des fruitiers, on rencontre une prédominance d’agrumes, notamment le chadéquier et l’oranger ensuite viennent le manguier et l’avocatier. • Un système vivrier en dehors des zones boisées où prédominent le haricot, le maïs, le pois congo, la patate, l’igname et le taro. • Un système maraîcher relativement restreint, présent en dehors des espaces boisés, dominé essentiellement par le chou. Dans ces zones, le café, le haricot, l’igname (et récemment) le pois congo constituent les principales cultures de rente. Le climat particulier dont bénéficient ces zones autorise trois campagnes agricoles : • La première débute avec l’arrivée des premières pluies en mars/avril et se termine en juillet. Pendant cette saison, les cultures installées sont le maïs, le haricot le plus souvent en association, le pois congo, l’igname, le taro etc. (en réalité, presque la majorité des cultures sont implantées pendant cette campagne). • La deuxième campagne agricole débute en juillet et concerne la culture du haricot et du maïs, la majorité des bananiers sont aussi implantés pendant cette période. • Enfin, une dernière campagne est possible entre décembre et mars, elle concerne majoritairement le haricot et les cultures maraîchères. Ces écosystèmes autorisent donc une certaine diversification et intensification des productions (en terme d’occupation de l’espace) qui permet d’assurer tout au long de l’année, l’alimentation de la famille et du bétail, en ayant recours le moins possible au marché et en minimisant les risques inhérents à la production et au stockage. En dépit du caractère pluvial de cette agriculture dans ces zones, les chances de bonnes récoltes sont fortes. Même la dernière saison qui coïncide avec une période généralement sèche pour le Haut Plateau, la probabilité de perte des récoltes due à la sécheresse est faible. Ceci s’explique essentiellement par le fait que la demande évaporatoire pendant cette période est relativement faible. 3.1.1.2 Les plateaux semi humides: • Un système arboricole dominé par le manguier, l’avocatier, la noix cajou, le tamarinier, l’oranger et le chadéquier. Il faut aussi signaler le palmiste, arbre à usage multiple qui intervient non seulement dans l’alimentation des porcs, mais aussi dans l’emballage du rapadou (produit dérivé de la canne), la toiture et le cloisonnement des maisons d’habitation etc. D’ailleurs, cela explique en partie pourquoi cet arbre est très présent dans la vallée de Thomonde où justement la culture de la canne à sucre est dominante et où l’élevage porcin est très important. • Des systèmes vivriers dominés par le maïs (notamment à Maïssade), le bananier (qui gagne en superficie notamment aux alentours de Hinche et qui occupent préférentiellement la plupart des gorges ou dépressions plus humides), le pois congo (qui est entrain de devenir une culture de rente), le sorgho et aussi, dans certains endroits, le manioc et la pistache ; • Un système particulier où domine la canne à sucre notamment dans la vallée de Thomonde et dans une bonne partie de Hinche et de Maïssade. Photo 5: Zone semi-humide : Cabral, Thomonde (Photo Gardel, 2004) Contrairement à la zone agro écologique précédente, la répartition temporelle de la pluie (au cours de l’année) n’autorise que deux campagnes agricoles : La première débute en mars et la deuxième est possible à partir de juillet. Dans cet ensemble, la saison sèche est plus longue, elle débute en décembre et se termine en mars. Pendant la première campagne agricole, les associations maïs -pois congo -vigna, maïs -petit mil prédominent. Le pois congo et le sorgho occupent les espaces jusqu’à la fin de l’année (janvier, février) après la récolte du pois congo et du sorgho. Dans certains endroits, on peut aussi retrouver du manioc doux et amer. Pendant la deuxième campagne, les cultures installées sont majoritairement l’arachide (le plus souvent cultivée en pure), le maïs et le pois inconnu (Vigna sinensis). La culture de la banane peut être installée à la fois pendant la première et la deuxième saison. 3.1.1.3 Les plateaux et vallons secs : • Un système arboricole plus clairsemé dominé par le manguier (qui est d’ailleurs présent en quantité non négligeable dans toutes les communes du Haut Plateau), d’avocatier (notamment dans l’axe Hinche -Cerca Carvajal et l’axe Hinche Thomassique, ainsi que l’axe Hinche -Thomonde), de tamarinier (surtout dans l’axe Hinche -Thomassique), de cocotier et de citrus etc. • Des systèmes vivriers dominés par l’arachide et le manioc, deux cultures assez tolérantes à la sécheresse. Viennent ensuite le maïs, le sorgho, le pois inconnu, le pois congo et la patate. Photo 6: Plateau secs de la région de Thomassique (Photo Gardel, 2004) Dans certaines parties de cet ensemble, on peut retrouver la canne à sucre (notamment à Cerca Carvajal) et la banane. Mais, dans la majorité des cas ces cultures sont marginales et sont retranchées dans les fonds frais (gorges, ravines etc.). La culture du sésame (roroli) est aussi très prisée dans certains endroits (notamment dans la 2ème section réputée sèche de Thomonde appelée Tiera Muscady), il en est de même pour le gingembre, cultivée en sous bois de la noix cajou (particulièrement sur l’axe Hinche -Cerca Carvajal). Il faut signaler aussi le latanier qui se rencontre en quantité non négligeable dans la région de Thomassique. Même si sa culture est en régression à cause du non remplacement et du vieillissement des plantes, le latanier constitue une ressource intéressante qui est utilisée actuellement pour la fabrication de chapeau, de sac à mains et autres produits artisanaux. Comme pour les zones agro écologiques semi humides, l’année comprend deux campagnes agricoles. Si pendant la première toutes les cultures sont installées, pendant la deuxième, seuls l’arachide et le pois inconnu sont mis en place. 3.1.1.4 Les montagnes sèches, La mise en valeur est quasi la même que dans les plateaux et valons secs. Cependant il y a quelques différences : • Le système arboricole est de moindre importance. On retrouve ça et là quelques manguiers et avocatiers notamment en contrebas des endroits plus abrupts et surtout dans les petites dépressions plus humides ; • L’arachide n’est pas cultivée dans ces espaces pentus où le substrat sol est très faible et très pierreux. Les cultures dominantes sont de préférence (dans l’ordre) le sorgho, le pois congo, le maïs. Photo 7: Montagnes sèches: Paincroix, Cerca La Source (Photo Gardel, 2004) Notons que la roche mère affleure sur une bonne partie de la superficie de ces zones. En général, dans ces écosystèmes secs (montagnes et plateaux), les possibilités de diversification sont très limitées en raison de la contrainte principale qui est l’eau. Cela explique pourquoi seulement trois à quatre espèces (plus ou moins adaptées à la sécheresse) forment l’ossature principale des associations de culture : l’arachide, le manioc, le sorgho et le pois congo. L’agriculture dans ces zones est extrêmement risquée à cause du déficit hydrique qui peut survenir pendant les deux saisons et qui compromet sérieusement les plantations. De plus, les pluies sont très irrégulières, ce qui entraîne parfois un déplacement important du calendrier cultural. Il existe aussi une très grande variation inter annuelle au niveau des quantités des pluies tombées, avec des conséquences non négligeables sur le volume de produits récoltés. 3.1.1.5 Les aires irriguées Les aires irriguées sont localisées à Cerca la Source, (systèmes de Los Posos, Saltadère et Abricot), à Cerca Carvajal (zone -petit), dans la zone de Pandiassou (Hinche), Boròk, « Lakou Kadichon », et dans les endroits immédiats des lacs collinaires (1ère et 3ème sections de Hinche), à Thomassique (Dalegran, Matelgate) etc., les activités agricoles sont dominées par le maraîchage. Dans la mise en valeur de ces périmètres, on distingue : • Un système vivrier à base de haricot, de maïs, de riz (cette culture est très marginale et est localisée surtout dans certaines poches), • Un système à base de cultures maraîchères où l’on retrouve le chou, la tomate, le calalou gombo, et accessoirement la carotte, l’aubergine, les oignons etc. Dans ces aires (plutôt de plaine), le haricot est implanté en dernière saison où il fait plus frais (novembre, décembre), le maïs est cultivé pendant deux saisons (mars et juillet), les cultures maraîchères sont majoritairement installées à partir des mois de juin et de juillet. Tableau 16: Distribution spatiale des systèmes de cultures par zone agro-écologique Zone agro écologique Système de culture rencontré Montagnes et plateaux humides • un système à base de caféier • un système vivrier dominé par le haricot, le maïs, le pois congo, la patate, l’igname le taro etc. • Un système maraîcher par le chou. Plateaux semi humides • Un système arboricole dominé par le manguier, l’avocatier, la noix cajou, le tamarinier et l’oranger et le chadéquier. • Des systèmes vivriers dominés par le maïs, le bananier, le pois congo, le sorgho, le manioc et l’arachide ; • Un système particulier où domine la canne à sucre. Plateaux et vallons secs Montagnes sèches • Un système arboricole dominé par le manguier, d’avocatier, de tamarinier, de cocotier et de citrus etc. • Des systèmes vivriers dominés par l’arachide et le manioc, le maïs, le sorgho, le pois inconnu, le pois congo et la patate. Périmètres irrigués • Un système vivrier à base de haricot, de maïs, de riz • Un système à base de cultures maraîchères où l’on retrouve le chou, la tomate, le calalou gombo, la carotte, l’aubergine, les oignons etc. Source : Enquête GARDEL, mars 2004 Toutes zones agro écologiques confondues, si l’on considère l’ensemble du Haut Plateau Central, on peut dire qu’il existe 5 grands systèmes de culture : • un système arboricole ; • un système caféier ; • un système vivrier (qui lui-même peut être divisé en plusieurs sous systèmes) ; • un système maraîcher ; • un système spécial à base de canne à sucre. La performance de ces systèmes varie d’une zone agro écologique à l’autre. Certains problèmes (notamment agronomiques) sont transversaux car ils sont présents dans les systèmes de production de toutes les zones agro écologiques, d’autres sont d’autres sont spécifiques. Tableau 17: Gamme de cultures par campagne agricole et par zone agro-écologique Cultures rencontrées Ecosystème 1ière campagne (mars -avril) 2ième campagne (juin -juillet) 3ième campagne (nov. - déc.) Montagnes et plateaux humides maïs, haricot, pois congo, igname, banane, patate, giraumont Cultures maraîchères, haricot, banane, patate Cultures maraîchères, haricot Plateaux semi humides maïs, sorgho, pois congo, canne à sucre, patate, arachide, manioc maïs, patate, pistache - Mornes et plateaux secs arachide, manioc, maïs, sorgho, pois congo, patate, pois inconnu Arachide, pois inconnu, patate - Périmètres irrigués Maïs, patate Cultures maraîchères, maïs Haricot, cultures maraîchères Source : Enquête GARDEL, mars 2004 Tableau 18: Distribution des espèces fruitières par zone agro-écologique Ecosystème Fruitiers Montagnes et plateaux humides, plateaux semi humides Manguier, avocatier, tamarin, noix cajou, oranger, chadéquier Mornes et plateaux secs Manguier avocatier Périmètres irrigués Manguier, Arbre à pain, arbre véritable Source : Enquête GARDEL, mars 2004 Tableau 19: Calendrier de disponibilité des principaux fruits Fruit Période de récolte Mangue Mai -juin -juillet Avocat Août -septembre Orange Septembre -octobre Chadèque Janvier -février -mars Source : Enquête GARDEL, février 2004 3.1.2 Les principales associations et successions rencontrées par zone agro écologique Dans les montagnes et plateaux humides, la faible disponibilité des terres, le souci de sécurité alimentaire et la relative abondance pluviométrique font que les agriculteurs ont tendance à pratiquer des associations très complexes. Les plus courantes sont : banane/café/igname/arbre de couverture, maïs/haricot/patate douce/chou, giraumont/haricot/patate etc. Des cultures comme le haricot, le chou et la carotte peuvent aussi être cultivées en pure, mais cela est plutôt l’apanage des exploitants plus aisés. Il existe une très forte pression sur les terres dans ces zones. Pour un grand nombre d’agriculteurs, les mêmes parcelles sont mises en culture pendant les deux ou trois campagnes de l’année. La période de « repos » de bon nombre de parcelles est donc très faible voire négligeable. Dans les plateaux semi humides on retrouve souvent dans le système vivrier les associations maïs/sorgho/pois inconnu, maïs/patate/manioc, maïs/pistache/pois inconnu Dans ces zones agro écologiques, les cultures ou associations sont souvent succédées par une jachère. A cela, il y a deux explications : i) la distribution annuelle de la pluie qui autorise seulement une à deux campagnes agricoles et ii) une pression sur les terres qui est moins importante. Dans les montagnes et plateaux secs les associations dominantes sont : arachide -maïs, manioc -maïs -pois congo, maïs -pois congo, maïs -pois inconnu -pois congo. L’arachide, le manioc et le pois congo sont souvent plantés en culture pure dans ces écosystèmes. Les parcelles semées au printemps en sorgho, pois congo sont libérées seulement en janvier, février. Pour certains exploitants, elles restent au repos pendant une courte durée avant d’être remise en culture le printemps prochain, pour les exploitants les plus démunis, ces parcelles restent non travaillées pendant environ un an. Il semble qu’il y aurait une tendance à augmenter le nombre de parcelles cultivées en monoculture de pois congo, de même, les densités de cette culture au sein des associations tendrait à être plus élevées, au détriment du sorgho, en raison notamment des prix incitatifs offerts par les intermédiaires dominicains pour ce produit frais. Au niveau des aires irriguées, les associations les plus courantes sont : maïs - haricot, chou - carotte, chou -carotte -tomate - gombo etc. Le haricot est souvent cultivé en pure en décembre. La banane est aussi retrouvée en pure notamment à partir de la deuxième année de plantation. Dans des cas exceptionnels, le maïs et le sorgho peuvent être cultivés aussi en culture pure. Comme pour les zones d’altitude humide, la pression exercée sur les terres au niveau des aires irriguées est très forte. Là aussi, la jachère, lorsqu’elle est pratiquée est très courte à cause notamment de la faible disponibilité des terres. Photo 8: Plaine irriguée de Los Posos (Photo Gardel, 2004) 3.1.3 Itinéraires techniques de conduite des cultures et performances des systèmes On est en présence d’une agriculture paysanne de très faible niveau technologique. Pour la plupart des exploitants du Haut Plateau Central, les itinéraires techniques de conduite des cultures sont simples. La fertilisation minérale (avec des engrais chimiques ou organiques) et les contrôles phytosanitaires sont très marginaux. Pour la majorité des cultures vivrières, les agriculteurs pratiquent un labour à traction animale, suivi parfois d’un hersage. Dans certains endroits, et pour certaines cultures comme l’arachide et même le maïs, les agriculteurs réalisent le semis en utilisant la charrue à traction animale. Pour les autres cultures, la mise en terre des graines se fait à la main. De manière générale, pour ce qui concerne la conduite des cultures, on peut dire qu’elle est relativement extensive notamment dans les autres zones ne disposant pas d’eau d’irrigation et souffrant d’un déficit hydrique important pendant une période relativement longue de l’année. Il existe cependant une certaine velléité à utiliser les semences améliorées (les cultures maraîchères), les engrais chimiques et organiques (notamment le guano) et des pesticides au niveau des périmètres irrigués et sur les espaces arrosés par les lacs collinaires. Dans les différents systèmes de cultures, à cause des différentes contraintes et de problèmes d’ordre agronomique, les rendements sont en deçà des potentiels à la fois dans les zones d’agriculture pluviale et dans les zones irriguées. Le tableau suivant récapitule les principales caractéristiques des systèmes de culture rencontrés : Tableau 20: Les principales caractéristiques des systèmes de cultures Critère Montagnes et plateaux humides Plateaux semi humides Plateaux et vallons secs Montagnes sèches Plaine irriguée Les cultures rencontrées Café, haricot, pois congo, maïs, igname patate, banane, cultures maraîchères (chou, carotte) // manguier, avocatier, oranger chadéquier. Canne à sucre, maïs, pois congo, banane, sorgho, pois inconnu, manioc, arachide // manguier, avocatier. Arachide, manioc, pois congo, sorgho, maïs, canne à sucre // manguier, avocatier, tamari-nier, noix d’acajou. Arachide, manioc, pois congo, sorgho, maïs // manguier, avocatier Haricot, maïs, pois inconnu, banane, cultures maraîchères // manguier, avocatier Les principales cultures de rente Café, haricot, pois congo, les cultures maraîchères Canne à sucre, pois congo Arachide, pois congo Pois congo, arachide Haricot, cultures maraîchères Les associations les plus courantes • Café // banane // igname // arbres de couverture • Haricot // maïs • maïs // pois congo • Café -banane -igname • Maïs -pois congo • Maïs sorgho pois inconnu • maïs/patate/manioc • Arachide -maïs • Maïs -pois congo -pois inconnu • maïs // sorgho • maïs//pois congo • maïs // pois inconnu -patate -manioc • haricot // maïs • maïs -pois inconnu -haricot -calalou • chou -carotte • tomate -chou Les itinéraires techniques pratiqués Tendance à l’intensification : trois campagnes agricoles, utilisation à petite échelle des intrants chimiques (engrais, pesticide) et des semences améliorées (cultures maraîchères). - Conduite extensive : ni engrais, ni pesticide, ni irrigation, ni semences améliorées - Culture attelée - Conduite extensive : ni engrais, ni pesticide, ni irrigation, ni semences améliorées - Culture attelée (labour et semis) - Conduite extensive : ni engrais, ni pesticide, ni irrigation, ni semences améliorées - Culture attelée - Tendance à l’intensifi-cation : trois campagnes agricoles, utilisation à petite échelle des intrants chimiques et/ou organique (engrais, guano, pesticide) et des semences améliorées (cultures maraîchères). - Culture attelée Performance des systèmes de cultures Rendements supérieurs aux moyennes nationales Rendements moyens Rendements bas Rendements bas Rendements moyens Source : Gardel, mars 2004 3.1.4 La logique des systèmes de culture du Haut Plateau Central 3.1.4.1 La logique agro – pédo - climatique • L’exemple de l’arboriculture fruitière On a vu qu’à l’exception des zones de montagnes sèches (où les fruitiers sont marginaux), la composante arboriculture fruitière est très présente dans les systèmes de mise en valeur du Haut Plateau Central. En fait, les caractéristiques agro-pédo-climatiques de la région sont très favorables à la croissance et au développement des arbres fruitiers. On rappelle que cette région possède des sols à texture limoneuse ou limono argileuse. Ces sols sont meubles sur une profondeur très importante (par endroit, la profondeur est supérieure à 15 m), sans couche d’induration apparente. La réserve hydrique de ces sols est donc supposée être très importante. Photo 9: La couverture arboricole dans la vallée de Cerca Carvajal (Photo Gardel, 2004) La longue saison pluvieuse allant d’avril à octobre permet à cette importante réserve de se reconstituer. Si la partie utilisable de cette réserve par les cultures à enracinement superficiel (les cultures sarclées) risque de s’épuiser au début de la saison sèche, les arbres fruitiers disposant des racines pouvant pomper de l’eau en profondeur ne risquent pas de souffrir des problèmes de stress hydrique majeur pendant la période sèche. C’est de là que vient la production relativement abondante de fruits particulièrement de mangues et d’avocat dans le Haut Plateau. La présence des fruitiers dans le Haut Plateau a donc une cohérence agropédoclimatique très forte. C’est une zone à fortes potentialités fruitières. • L’exemple de quelques espèces vivrières La distribution spatiale des espèces herbacées cultivées répond aussi à une logique agronomique claire. Dans les zones agro écologiques d’altitude, humides et frais, les espèces exigeantes en température fraîche et en humidité dominent les systèmes de culture mis en place. En revanche, dans les aires sèches où le déficit hydrique est plus important et la période plus longue, prédominent des cultures comme le manioc, l’arachide, le sorgho etc., espèces plus ou moins tolérantes à la sécheresse. Dans ces mêmes espaces moins bien arrosés, les cultures plus exigeantes en eau comme la banane (mais plus rémunératrices) se retranchent dans les zones encaissées plus humides. La mise en culture de ces gorges ou fonds frais permet de valoriser les sédiments, la matière organique et l’eau infiltrée lors des pluies d’orages très fréquentes sur le Plateau Central. • L’exemple de la canne à sucre La canne à sucre, culture de rente importante, se concentre notamment dans les zones de plateaux semi humides (Maïssade et vallée de Thomonde). Cette culture est marginale dans les zones agro écologiques sèches. Dans les premières zones, la canne se retrouve dans les espaces de terrasse alluvionnaires (notamment à Thomonde), en revanche, dans les zones de savane plus sèche, en particulier, à Cerca Carvajal, les parcelles de canne à sucre sont retranchées dans les gorges. • L’exemple des cultures maraîchères Dans les aires disposant de l’eau d’irrigation, on voit dominer des cultures maraîchères de plaine. Dans ces espaces, il existe une tendance forte à l’intensification des systèmes qui se manifeste par une réduction du temps de repos des parcelles (trois campagnes agricoles). L’utilisation des intrants est encore marginale et la performance des systèmes est très en dessous des situations potentielles. 3.1.4.2 La logique de marché et de sécurité alimentaire La mise en valeur agricole du Haut Plateau répond à la fois à une logique de sécurité alimentaire (une bonne partie des céréales récoltées : sorgho, pois inconnu, des racines et tubercules : igname, patate, taro, malanga, est destinée à l’autoconsommation) et à une logique marchande très forte. L’association sur une même parcelle des cultures à cycle court (pois inconnu) et à cycle long (manioc, sorgho) entre dans une logique de minimisation des risques climatiques pour garantir une certaine disponibilité en denrée de manière à être moins dépendant du marché. Par ailleurs, l’essor que connaît actuellement la production de certaines denrées comme le pois congo est lié à la hausse considérable des prix de cette denrée à l’état vert sur les marchés et d’une demande grandissante en provenance de la République Dominicaine (la majorité de la production du pois congo est commercialisée avec les dominicains au niveau des marchés frontaliers). Une tendance à semer le pois congo en culture pure et un mouvement de réduction des surfaces en sorgho au profit du pois congo s’observe actuellement dans la plupart des communes du Haut Plateau. Par exemple, à Thomassique, environ 30% de la superficie de la commune est cultivée chaque année en pois congo11. Pour certaines communes, la présence, en grand nombre, d’arbres fruitiers comme le manguier (variété jean marie, madan blanc), l’avocatier, le tamarinier, la noix cajou s’explique par les évolutions que connaissent les flux de ces produits en direction de la République Dominicaine. L’existence de ce marché crée des opportunités croissantes pour l’économie du Haut Plateau. On n’est pas dans une logique de subsistance pure ; l’agriculture du Haut Plateau s’intègre de plus en plus dans une économie de marché assez dynamique. 3.1.5 Quelques points de blocage identifiés pour les systèmes de cultures • La réalité climatique La récession des pluies qui intervient habituellement entre la fin du mois de juillet et le début du mois d’août et qui correspond à la période de floraison des peuplements de maïs est une cause fréquente de chute des rendements de cette culture. Parfois aussi le début de la saison sèche coïncide avec la floraison du sorgho en décembre et répercute négativement sur le volume de produit récolté. Pour la production de fourrages pour l’alimentation du bétail, c’est plutôt la longueur de la saison sèche qui est fatale. En effet, si la production d’herbes est abondante pendant la saison pluvieuse, pendant la longue saison sèche, l’herbe « madan Michel », qui peuple la majorité des zones de savane, devient sèche, peu appétante et peu digestible. Comme pour la plupart des espèces herbacées, elle a un enracinement superficiel qui ne lui permet pas de puiser dans la réserve hydrique profonde. • Les problèmes agronomiques et le problème crucial de l’absence d’encadrement technique efficace ◦ L’exemple de la canne à sucre et de la petite production maraîchère Parmi les problèmes agronomiques auxquels doivent faire face les agriculteurs, citons la maladie du charbon sur la canne à sucre. Cette maladie est l’une des causes de la régression de cette culture notamment dans la commune de Cerca Carvajal. En absence d’un centre d’expérimentation, de multiplication et de vulgarisation de variétés de canne à sucre tolérantes ou résistantes à la maladie, les agriculteurs eux-mêmes cherchent à résoudre le problème. Certains vont jusque dans la plaine du Nord et même en République Dominicaine à la recherche de variétés tolérantes à la maladie. Dans les principales communes productrices de canne à sucre (Thomonde, Maïssade, Hinche), les cultivars les plus couramment rencontrés sont Welch, Potorik qui sont réputés pour leur résistance à la maladie du charbon, les variétés 2414, Ti rozo, -carotte -tomate -calalou Blanc, Bois -maïs -pois sont encore cultivées notamment à Cerca Carvajal, malgré le fait qu’elles sont attaquées par le charbon. Il semble que ces cultivars soient appréciés pour leur rendement et la qualité du sirop et du rapadou qu’ils fournissent. Des cultivars comme Farine France, Coca, Toro sont aussi rencontrés. Si habituellement, les variétés sont sélectionnées en fonction de leur rendement au champ ou au moulin (taux d’extraction, quantité de sirop ou de rapadou) de leur dureté, leur résistance au charbon et aux insectes foreurs, leur adaptation aux différents types de sols et leur résistance à la sécheresse, parmi les variétés cultivées, il est difficile d’en trouver une qui satisfait à la fois tous ces critères. Dans les zones où il y a une certaine disponibilité en eau (entourage des lacs collinaires, périmètres irrigués, zones de montagnes humides), il y a une certaine production maraîchère. Les producteurs doivent faire face seuls à tous types de problèmes : problèmes de gestion de l’eau, problèmes phytosanitaires, problèmes de fertilité des terres, problèmes cruciaux d’acquisition d’intrants (irrégularité et cherté des engrais, indisponibilité et cherté des semences améliorées et inexistence de boutiques d’intrants dans un rayon proche), inexistence des systèmes de crédit agricole, insuffisance chronique et/ou inefficacité des structures d’encadrement et de vulgarisation. Toute amélioration de la production passe par une rationalisation des techniques de production, une augmentation de la disponibilité, à prix abordable, des intrants agricoles, des facilités de crédit, l’encadrement technique des producteurs, la recherche de nouveaux marchés pour les produits. Tableau 21: Les contraintes et potentialités agricoles Zone agro écologique Potentialités Contraintes Montagnes et plateaux humides • Pluie abondante et plus ou moins bien répartie, risque de mauvaise récolte faible. • Zone de production de café de haricot et des cultures maraîchères (culture à forte rentabilité) • Couverture forestière et fruitière encore importante, notamment grâce à la présence du café ; • Zone à fort potentiel de production des agrumes (notamment orange, chadèque). • • Absence d’encadrement technique ; • Problèmes de charançons sur banane et igname, de scolytes sur café, de champignons telluriques sur la plupart des cultures maraîchères ; • Indisponibilité des intrants (semences de haricot au début de la campagne de mars, engrais, pesticides) ; • Archaïsme de l’outillage agricole et coût élevé et rareté de la main d’œuvre agricole (faible utilisation de charrue à cause du caractère accidenté des milieux) ; • Prix exorbitants des intrants (notamment des engrais et les semences des cultures maraîchères) ; • Période pluvieuse trop longue entraînant parfois la germination du haricot sur pied et des difficultés pour sécher le café ; • Problèmes de chenilles sur maïs, chou et pois congo et d’autres pestes notamment sur les cultures maraîchères ; • Quasi inexistence des sources d’eau pendant la saison sèche ; • Insuffisance et mauvais état de voies de pénétration la plupart de ces zones d’altitude sont enclavées). • Gaspillage de la production fruitière (mangue, orange, chadèque, avocat). • Problème d’abreuvement des animaux notamment en période sèche. Plateaux semi humides • Zone agro écologique favorable au développement de l’arboriculture fruitière et d’une large gamme de cultures vivrières ; • Existence d’une production conséquente de fruits frais (mangue, avocat, noix de cajou, tamarin) • Commercialisation facile de certains produits sur les marchés frontaliers, existence d’une intéressante du côté dominicain ; • Zone agro écologique très favorable à la production de la canne à sucre culture de rente) ; • Zone à fort potentiel d’élevage (bovin, caprin et porcin) • Familiarisation avec la culture attelée. • • Absence d’encadrement technique ; • Problèmes de chenilles sur maïs, chou et pois congo ; • Insuffisance de la disponibilité du nombre d’attelages bovins dans les zones concernées ; • Absence de structures de financement des activités agricoles (pas de micro finance) ; • Insuffisance des bovins de trait ; • Rareté et coût élevé de la main d’œuvre agricole ; • Problème d’enclavement ; • Problèmes d’affourragement et d’abreuvement des animaux en période sèche. Montagnes sèches • Zones à très faible potentialité • Ces zones sont en général très érodées, la profondeur des sols est très faible, le risque de sécheresse et très fort (sol à faible réserve hydrique) ; • Longue saison sèche ; • Pénibilité du travail : impossibilité d’utiliser la charrue à traction animale (car topographie accidentée, sol très pierreux et affleurement de la roche mère dans beaucoup d’endroits) ; • Rareté et coût élevé de la main d’œuvre agricole ; • Absence d’encadrement technique ; • Absence de structures de financement des activités agricoles (pas de micro finance) ; • Accélération du déboisement pour la fabrication du charbon dégradation de certains versants consécutive au déboisement ; • Faible et irrégularité des pluies faisant de la production agricole une activité risquée ; • Voie de pénétration en très mauvais état, faiblesse des infrastructures en général ; • Non organisation des producteurs et des éleveurs ; Zone agro écologique Potentialités Contraintes Plateaux et vallons secs • Zone favorable au développement de l’arboriculture fruitière (notamment, mangues, tamarin, noix d’acajou) ; • Zone agro écologique favorable au développement des cultures vivrières sèches comme le sorgho, l’arachide etc. et de l’élevage caprin ainsi que les volailles ; • Commerce facile avec les dominicains ; • Certains endroits peuvent potentiellement développer la canne à sucre ; • Potentiel de développement de l’élevage (bovin, caprin) ; • Familiarisation avec la charrue à traction animale (utilisation pour labourer et semer l’arachide et le maïs). • Grave problème d’abreuvement et d’affouragement du bétail pendant la période sèche ; • Activité agricole risquée à cause de la faible disponibilité et de l’irrégularité des pluies (longue saison sèche) ; • Problème de main d’œuvre, • Absence d’encadrement technique ; • Nombre d’attelages insuffisant ; • Absence de structures de financement des activités agricoles ; • Insuffisance des bovins de trait. Périmètre irrigué • Disponibilité de l’eau d’irrigation (au niveau des périmètres et dans l’entourage des lacs collinaires) • Bonnes terres au niveau du périmètre • Possibilité d’amélioration des rendements des cultures ; • Possibilité d’augmenter le nombre de campagnes agricole par année. • Absence d’encadrement technique ; • Problème de marché pour les produits maraîchers ; • Problèmes agronomiques de toutes les sortes ; • Non organisation des usagers au niveau des périmètres ; • Mauvaise gestion de l’eau au niveau des périmètres ; • Indisponibilité des intrants notamment des semences de haricot pour les plantations de décembre, ainsi que des engrais et des pesticides pour faire face aux problèmes de pestes. • Dégradation des bassins versants surplombant les périmètres irrigués ; • Dégradation avancée des infrastructures (canaux et autres ouvrages de distribution de l’eau) ; • Structure de gestion inadaptée et inopérationnelle ; • Mauvaise gestion de l’eau à la parcelle ; • Faible niveau de taxation (11.2 gourde/année) • Inexistence des outils de gestion de l’eau ; • Coût élevé de la main d’œuvre ; • Problèmes liés à la préparation du sol. Source : GARDEL, mars 2004 . 3.2 Les systèmes d’élevage dans le Haut Plateau Central 3.2.1 La spécificité agro écologique Tous les types d’élevage sont représentés dans les six communes du Haut Plateau : l’élevage, bovin, caprin, porcin, équin et les volailles (poules, pintades et dindes etc.). Ces animaux sont retrouvés aussi dans toutes les zones agro écologiques avec cependant une certaine spécificité en fonction des milieux (et surtout en fonction de la mise en valeur de ces milieux), de la disponibilité en nourriture et de l’enclavement de certaines zones. L’élevage bovin prédomine dans les zones de plateaux humides et semi humides. En revanche, dans les zones de montagnes et plateaux secs, c’est l’élevage caprin qui est prédominant, en raison notamment de la rusticité de ces animaux, de leur prolificité et de leur faible exigence alimentaire. Comme pour l’élevage bovin, l’élevage porcin est très présent dans les zones humides et semi humides (montagnes et plateaux). Il semble qu’il existe une certaine relation entre le nombre de porcs et l’abondance des fruits (notamment la mangue et l’avocat) et du palmiste, lesquels (fruits et palmiste) sont beaucoup utilisés dans l’alimentation de ce type d’animal. Les équins sont en nombre plus important dans les zones d’accès difficile (zones de montagnes sèches, de montagnes humides et les zones dépourvues de voie de pénétration en général). Du point de vue de la conduite de ces élevages, on observe aussi des différences en fonction de la zone agro écologique. Dans les zones agro écologiques de montagnes humides et les aires irriguées, la relative bonne distribution de la pluviométrie et les possibilités d’arrosage autorisent une mise en valeur des terres pendant toute l’année (trois campagnes agricoles sont possibles). C’est pourquoi dans ces zones, la conduite à la corde (élevage à la corde) est la règle pour tous les animaux, à l’exception cependant des volailles qui sont généralement gardées en liberté. Dans ce type de conduite, les animaux sont attachés à un piquet et sont déplacés en moyenne deux fois par jour (notamment en période de faible disponibilité en ressources fourragères). A la fin des récoltes, les animaux sont amenés pâturer les résidus de cultures. Pendant la période sèche, notamment en février/mars, en plus de l’herbe pâturée pendant l’attache au piquet, les animaux reçoivent un complément en feuille et têtes de canne à sucre, de stipes de bananier et des feuilles de bois d’orme. La conduite à la corde est très consommatrice en temps et en main d’œuvre. Souvent, cela oblige les exploitants à garder les animaux pas trop éloignés des parcelles où ils travaillent. La conduite à la corde se retrouve aussi dans les autres zones agro écologiques (c’est d’ailleurs la conduite dominante pour tout le Haut plateau). Cependant, dans les zones semi humides et sèches, on voit apparaître d’autres types de conduite, telle la conduite en cerca et la conduite libre. Dans la conduite en « cerca » les animaux sont gardés en semi liberté. Ils vivent dans un périmètre fermé le plus souvent avec un barbelé. Cette conduite concerne le plus souvent les bovins, les équins et les caprins. Dans cette région, ce type de conduite se retrouve chez un certain nombre d’exploitants, notamment les plus aisés qui disposent des superficies relativement importantes. Les exploitants qui pratiquent ce type de conduite tendent vers une certaine spécialisation (en élevage bovin ou caprin). La conduite libre (élevage libre) est dominante dans les zones de montagnes et plateaux secs et dans les zones de « raques ». Dans certaines zones sèches, on assiste à une conduite mixte : élevage à la corde/élevage libre. Les animaux sont gardés à la corde pendant toute la durée de la saison, à la fin des récoltes, les animaux sont gardés en liberté. 3.2.2 Importance et rôle de l’élevage dans les exploitations 3.2.2.1 L’élevage bovin L’élevage bovin revêt un caractère spécial dans la région du Haut Plateau Central. L’effectif est estimé à plus de 60.000 têtes dans tout le département. De race généralement créole ou croisés avec des zébus, les bovins sont élevés pour une gamme variée de produits et services comprenant : la fourniture de viande et de lait, l’apport en force de travail pour le fonctionnement des moulins à cannes, des charrues à traction animale, le transport des récoltes, etc. Photo 10: Élevage de boeufs Zébus dans la région de La Bellone, Hinche (Photo GARDEL, 2004) Une bonne partie du bétail (bovin) est écoulé sur les marchés frontaliers (avec la Dominicanie) et à la Croix des Bouquets. Cet élevage est notamment pratiqué par les exploitants moyens et aisés disposant de surfaces suffisantes pour élever du gros bétail en plus de celles occupées par les cultures. Ces animaux représentent une grande immobilisation de capital qui n’est pas toujours à la portée des plus petits exploitants (un géniteur mâle de descendance zébu se vend en moyenne 15000 gourdes). Les bovins représentent une source de revenus non négligeables et une forme d’épargne sur pieds immobilisée en prévision des grandes dépenses. Ils jouent un rôle majeur dans la dynamique d’évolution des exploitations agricoles. 3.2.2.2 L’élevage caprin L’élevage caprin est, en revanche, accessible à un plus grand nombre d’agriculteurs du fait notamment des moindres exigences en alimentation et du coût moyen moins élevé des animaux. Comme pour l’élevage bovin, cet élevage est aussi une source de revenus monétaires mobilisables tout au long de l’année, notamment pour couvrir certaines dépenses courantes (frais de scolarité, dépenses de santé, achat de semences etc.). Selon certaines sources, il semble que l’élevage caprin a gagné en importance, notamment grâce à la forte demande dont il bénéficie de la part du secteur de la restauration et du secteur touristique, laquelle demande a induit une certaine hausse des prix au producteur. Beaucoup de projets sont intervenus ces dernières années pour améliorer le format et les performances du cheptel caprin dans le Haut Plateau. 3.2.2.3 L’élevage porcin Grâce à l’ouverture du Centre de Multiplication secondaire à Thomonde par le SOE et celui du Mouvement Paysan de Papaye (MPP), le cheptel porcin a connu une augmentation sensible. On estime à plus de 40.000, le nombre de têtes de porcs dans le Plateau Central. Comme pour la plupart des autres élevage, les porcs sont élevés pour procurer des revenus monétaires aux moments les plus opportuns pour les agriculteurs. 3.2.2.4 L’élevage des équins A cause des problèmes de cloisonnement dont sont l’objet la plupart des communes du Haut Plateau Central, l’élevage des équidés est très répandu. Cependant l’exigence de cet élevage en espaces fourragers fait qu’il n’existe pas en grand nombre chez les agriculteurs les plus pauvres. Ces animaux détenus généralement en propriété supposent aussi une certaine immobilisation du capital. Ils sont utilisés pour le transport des produits agricoles, pour le petit commerce. Ils sont aussi très utilisés dans le transport de la canne à sucre des parcelles de production vers les ateliers de transformation, notamment à Thomonde, Hinche, Maïssade où la production de canne est relativement importante. 3.2.2.5 L’élevage des volailles L’élevage des volailles (notamment, poules et pintades) est pratiqué dans toutes les zones agro écologiques et est présent en quantité non négligeable chez toutes les catégories d’exploitants. Il est pratiqué pour satisfaire les petits besoins monétaires (notamment en période de soudure). Comme pour le cabri, les volailles, en particulier les pintades, bénéficient d’un commerce transfrontalier en pleine croissance. 3.2.3 Analyse des différentes contraintes des systèmes d’élevage Toutes zones agro écologiques confondues, l’alimentation et l’abreuvement des animaux apparaissent comme les deux contraintes majeures de l’élevage en milieu paysan dans le Haut Plateau Central. En effet, malgré la relative abondance des espaces fourragers qu’on peut observer lorsqu’on traverse le plateau pendant la saison pluvieuse, l’importance de l’élevage des gros ruminants (bœufs) et des gros herbivores en général (les équins) est très dépendant de la disponibilité des ressources fourragères pendant la période sèche. En fait, les espèces fourragères qui peuplent les pâturages possèdent un système racinaire qui n’explore pas le sol au-delà de 60 cm. Dans le contexte climatique du Haut Plateau (environ 6 mois pluvieux et 6 mois de sécheresse), si la production de fourrage est abondante pendant la saison pluvieuse, elle est presque négligeable pendant la saison sèche, en particulier à la fin de la saison sèche (en janvier février). Pendant cette dernière saison, les animaux doivent donc être nourris dans les dépressions plus humides ou à partir d’apport de fourrages : feuilles et tête de canne, stipes de bananiers, bagasse de canne etc. Mais ce sont surtout les animaux utilisés pour la traction animale qui bénéficient davantage de cet affouragement en vert (même s’ils ne peuvent travailler plus de quatre heures par jour). Il est évident que les animaux de plus grand format ou de race améliorée (notamment les bovins issus du croisement du sang zébu) sont les plus touchés par ce problème d’alimentation. Le problème d’alimentation se pose différemment pour les porcs. Pendant une partie de l’année l’essentiel de l’alimentation des porcs se fait à base de mangues, avocat, arbre véritable, graines de palmiste, des déchets de cuisine et résidus de culture. Mais, après la période de récolte des fruits, la situation est très précaire, les apports ne permettent pas de satisfaire les exigences de ces animaux. Or, non seulement le son de blé n’est pas toujours disponible, mais tous les exploitants n’ont pas les moyens d’acheter de grandes quantités de son et autres aliments pour leurs porcs (le son de blé coûte apparemment trop cher pour les petits exploitants, en comparaison avec les prix des animaux payés aux producteurs). Les agriculteurs les plus démunis ne peuvent pas non plus sacrifier une partie de leurs productions vivrières pour nourrir leurs cochons. Le problème de l’abreuvement des animaux se pose aussi dans son acuité notamment durant les derniers mois de la saison sèche. Beaucoup de sources de ravines ou de point d’eau en général n’ont pas un caractère permanent, car elles sont asséchées pendant la saison sèche. Cela oblige parfois les éleveurs (notamment des montagnes) à se déplacer sur de très grandes distances pour amener les animaux aux lignes de sources ou de ruisseaux non encore taris pour boire une eau fort souvent de mauvaise qualité. L’apport de stipes de bananiers ne suffit pas pour pallier cet inconvénient. Tableau 22: Prix moyens des différents types d'animaux Type Valeur monétaire moyenne (en gourdes) Bœuf 7500-15000 Cabri 750-1500 Cochon 1500-2500 Bourrique 2000-2500 Cheval 3500-4000 Mule 10000 Volaille • poule • dinde 150-200 750-1000 Source : GARDEL, mars 2004 Par ailleurs, le vol du gros bétail, en particulier les bœufs, constitue actuellement un problème majeur à l’intensification de l’élevage dans la région. Le problème est encore plus crucial dans les zones proches de la frontière avec la République Dominicaine (par exemple à Thomassique). En estimant qu’un bœuf coûte en moyenne actuellement 10.000 gourdes, on peut aisément comprendre l’impact de ce facteur sur la propension à investir dans le gros bétail D’autres problèmes comme par exemple, la consanguinité dans l’élevage des cabris, le problème de parasites internes et externes sur les équins, les bovins et caprins, la maladie New Castle chez les poules etc. sont assez sérieux et méritent d’être adressés, ils limitent de manière sans équivoque le potentiel de l’élevage dans le Haut Plateau. Tableau 23: Contraintes et atouts des différents élevages Type d’élevage Atouts Contraintes Bovin • Commerce transfrontalier important ; • Existence de races améliorées (zébu notamment) ; • Représente une grande immobilisation de capital, une source de revenus non négligeables et une forme d’épargne sur pieds immobilisée en prévision des grandes dépenses ; • Rôle majeur dans la dynamique d’évolution des exploitations agricoles. • N’est pas toujours accessible aux exploitants les plus démunis ; • Exigent en espace ; • Problème d’alimentation et d’abreuvement notamment pendant la saison sèche ; • Maladie du charbon, tétanos, vers, diarrhées, problèmes de tiques, d’abcès et des étranglements à la corde dans les parcelles pentues ; • Absence d’actions préventives contre les maladies car la prophylaxie des bovins coûte cher (achat de vaccins, vermifuges, vitamines etc.). Caprin • Commerce transfrontalier important ; • Rusticité, prolificité ; • Accessible à un grand nombre d’agriculteurs du fait notamment des moindres exigences en alimentation et du coût moyen moins élevé des animaux ; • Source de revenus monétaires mobilisables tout au long de l’année, notamment pour couvrir certaines dépenses courantes (frais de scolarité, dépenses de santé, achat de semences etc.). • Bénéficie de la part du secteur de la restauration et du secteur touristique, une hausse des prix au producteur. • Maladie du charbon et diarrhées, poux très fréquents, sensibilité à la pluie notamment les plus jeunes ; • Absence d’actions préventives contre les maladies • Attaques de chiens errants ; • Problèmes de consanguinité ; • Vol Porcin • Procure des revenus monétaires aux moments les plus opportuns pour les agriculteurs ; • Valorise les sous produits agricoles. • Faible disponibilité en nourriture (rareté et cherté du son de blé) • Mauvaises conditions d’hygiène favorisant le développement de maladies telles : le tétanos, vomissements, diarrhée. • Absence de soins préventifs (inexistence de services vétérinaires) Equin • Permet de palier le problème de l’enclavement des zones ; • Transport des produits agricoles et le commerce ; • Possibilité d’achat en République Dominicaine. • Exigence en espaces fourragers. • Problème de parasites internes et externes, tétanos ; • Absence d’actions préventives ; • Blessures sur le garrot, la colonne vertébrale, les hanches et la zone de passage des sangles ; Volailles Commerce transfrontalier important, Permet de satisfaire les petits besoins monétaires (notamment en période de soudure) ; Peu exigeant en espaces, alimentation et travail. - Newcastle notamment en fin de saison sèche Source : Enquête GARDEL, mars 2004 IV. L’ENVIRONNEMENT SOCIO-ECONOMIQUE DE LA PRODUCTION L’agriculture, dans le Haut Plateau Central, évolue dans un environnement socio-économique susceptible d’avoir une importance considérable sur les décisions des acteurs du secteur. Certains facteurs constituent un stimulant à l’investissement alors que d’autres peuvent limiter la propension à investir. Cette partie présente une analyse succincte des principaux facteurs pouvant influencer le comportement des acteurs. 4.1 La commercialisation 4.1.1 Les pôles de commercialisation La position géographique du Haut Plateau Central constitue un élément d’avantage comparatif. En effet, il est situé à une distance relativement faible de plusieurs centres de débouchés potentiels pour la production locale. Le grand marché de la zone métropolitaine est à un peu plus d’une centaine de kilomètres du chef-lieu Hinche ; celui de la région Nord, autour du Cap-Haïtien est à moins d’une centaine de kilomètres, autant pour l’Artibonite. D’un autre côté, trois des 6 communes du Haut Plateau Central ont des frontières directes avec la République Dominicaine. Ainsi, malgré deux contraintes majeures que constituent l’absence d’ouverture sur la mer et le mauvais état du réseau routier, les producteurs de la région essaient de tirer le maximum de profit de leur positionnement géographique en articulant la commercialisation de leurs produits autour de quatre (4) pôles. 4.1.1.1 Un pôle local à travers un réseau de marchés regroupés en 2 types. • Les marchés de concentration tels que ceux de Cerca la source, Maïssade, Thomassique, Cerca Carvajal, Thomonde et Hinche servant à collecter des produits pour une redistribution en dehors du Haut Plateau Central. • Les marchés de redistribution situés dans les sections communales et les quartiers où les produits agricoles sont redistribués aux consommateurs. Les principaux produits concernés sont les produits viviers de base : maïs, haricot, manioc, les produits de petit élevage en particulier la volaille et les produits maraîchers. 4.1.1.2 Un pôle vers la République Dominicaine Ce pôle fonctionne à travers un réseau de marchés situés sur la ligne frontalière. Les plus importants sont : • Ti Lorie (3ème section Lamielle, Cerca la source), • Biassou et Los Cacaos (2ème section Acajou Brûlé Cerca la source) • Boc Banique (2ème Lociane, Thomassique) • Casse (Lascahobas) Ces marchés sont alimentés par les marchés de concentration de Cerca la Source, Thomassique et Thomonde. Les principaux végétaux produits concernés sont les suivants : le pois congo, la mangue, (en particulier la variété Jean Mary), l’avocat, le tamarin et dans une moindre mesure la noix de cajou. Au niveau de la production animale, les principales espèces sont le Cabri, la pintade et le bœuf. Le cabri et la pintade sont abattus avant d’être vendus alors que le bœuf est vendu vivant car il est destiné le plus souvent à être utilisé comme animal de trait. Signalons aussi que les producteurs haïtiens achètent une quantité importante d’équidés sur les marchés frontaliers. D’une façon générale, ce sont les dominicains qui viennent acheter les produits du côté haïtien de la ligne frontalière, les producteurs locaux n’étant pas autorisés à traverser la frontière avec des produits. Ces dominicains fixent les prix d’achat et la capacité de négociation des producteurs est très faible car on retrouve un groupe restreint d’acheteurs dominicains pouvant facilement s’entendre sur un prix face à une multitude de vendeurs haïtiens non organisés. La seule alternative, s’ils n’acceptent pas les prix offerts est de rentrer chez eux avec leurs produits. Notons que cette situation est facilitée par le mauvais état du réseau routier qui limite la mise en concurrence des marchés. 4.1.1.3 Un pôle vers Port-au-Prince Ce pôle est organisé autour des marchés de concentration et des commerçants spécialisés. Les produits sont d’abord achetés sur des marchés de concentration et ensuite acheminés vers Port-au-Prince. Certaines fois, des commerçants spécialisés organisent le transport des produits spécifiques comme les mangues ou les avocats en période de production. Les principaux produits concernés par ce pôle sont les suivants : • Les produits viviers de base, • Les produits d’élevage, en particulier les cabris et la volaille, • Les Fruits tels que la mangue. C’est le pôle le plus important (tant en terme de volume que de variétés de produits) et le principal marché de concentration dans le Haut Plateau Central est celui de Hinche. 4.1.1.4 Un pôle vers le Nord Il s’agit d’un pôle diffus permettant d’acheminer des produits vers : • le Nord Est à travers le marché de Lamielle, • Le Nord à travers 2 axes : Pignon et la Victoire, • Saint Michel de l’Attalaye à travers Maïssade. C’est le pôle le moins structuré dont une caractéristique importante est le fait que ce sont les commerçants de ces régions qui se déplacent et viennent collecter les produits. C’est aussi, d’après la plupart des participants aux ateliers, un marché potentiel important qu’ils souhaiteraient développer. 4.1.2 Les principaux problèmes liés à la commercialisation des produits agricoles : • Le mauvais état du réseau routier. Il s’agit là d’un problème majeur qui limite considérablement la circulation des personnes et des biens. Les mauvaises conditions des routes ralentissent le trafic, limitent le nombre de véhicules, entraînent la dégradation des marchandises, particulièrement les produits frais. • L’absence de facilités pour l’exposition des produits (Pas de marchés publics). La plupart des marchés publics ne sont que des aires dénudées où les producteurs et les commerçants viennent exposer leurs marchandises dans des conditions d’hygiène et de confort tout à fait déficientes. • La quasi-inexistence de facilités de transformations. Mis à part un nombre limité de produits qui subissent une transformation légère, la grande majorité des produits agricoles réalisés dans le Haut Plateau Central sont vendus sous forme brute. Étant donné la saisonnalité de la production, cette absence de capacité de transformation se traduit par une surdisponibilité de produits pendant certaines périodes et une rareté de ces mêmes produits quelques semaines plus tard et une absence de création de valeur ajoutée. • La quasi-inexistence de facilités de collecte, de conditionnement et de stockage. De même que pour la transformation, le Haut Plateau Central est quasiment dépourvu de facilités de collecte, de conditionnement et de stockage. Seuls le MPP à Papaye et le PFI à Pandiassou possèdent des facilités limitées. • Le manque d’organisation des producteurs. Il n’existe à proprement parler aucune structure organisationnelle permettant aux producteurs de mieux tirer partie de leurs productions. Chaque producteur, en fonction de ses propres moyens, développe sa stratégie personnelle de mise en marché de ses produits. Ceci constitue un problème important, surtout dans le cas des échanges avec la République Dominicaine. • Absence d’une politique de promotion des produits locaux. Il n’existe aucun système organisé de promotion des produits locaux sur lequel les producteurs pourraient se baser pour pénétrer de nouveaux marchés ou tout simplement pour sécuriser les circuits dans lesquels ils évoluent actuellement. 4.2 La situation foncière Le Haut Plateau Central est une région avec de grandes superficies appartenant à l’État. Les participants aux ateliers ont signalé de grandes superficies de terres de l’État à Savane Diane, Papaye, Colladère, La Bellone, Malte Péralte, Abriyo, Wangouman … On y trouve des terres concédées par l’État à des institutions religieuses. Des particuliers ou certaines familles possèdent aussi de grandes étendues (de plusieurs centaines de carreaux, dans certains cas). La présence de grandes propriétés dans cette région s’explique par son intégration relativement tardive au territoire national. La population y est restée clairsemée pendant longtemps. Une présentation de la situation foncière sur le Haut Plateau Central doit mentionner ces grandes propriétés, même si les différents recensements ont toujours cherché à les cacher en Haïti. Il y a lieu de distinguer celles qui appartiennent à l’État, aux missions religieuses ou aux particuliers (aux familles de grands de grands propriétaires fonciers. Elle tiendra compte aussi de situations moins claires comme celles des dons de famille ou terres concédées par l’État à des familles paysannes qui avaient échappé aux vêpres dominicaines de Trujillo en 1937. En effet, dans la commune de Maïssade, on rencontre la  « colonie » de Biliguy qui a accueilli un bon nombre de ces rescapés. A coté des propriétés mesurant plusieurs centaines de carreaux, nous trouvons aussi de moyennes et de petites. Toutefois, au Haut Plateau Central, on arrive rarement à la situation critique ou la parcelle est si réduite que l’exploitant, propriétaire ou non, parle d’un «mouchoir de terre ». Selon les participants aux ateliers les petites superficies mesurent généralement un carreau. Il y en a de plus petites; mais elles sont rares. Plus de 70% des exploitants disposent de superficies supérieures a deux carreaux selon les informations fournies par les participants aux ateliers. Tableau 24:Distribution de la superficie des parcelles selon le mode de tenure héritage .1.1 Héritage en indivision 0.8 Achat 1.1 Fermage 1.0 Métayage 0.6 Autres 0 Total 1.0 Source : IHSI Ces informations concernent le Haut Plateau et le Bas Plateau. La situation n’est pas la même pour les deux régions. Nous avons déjà vu à la section du chapitre sur la répartition de la population que la pression sur les terres est plus forte au Bas Plateau. Ces informations de l’IHSI renforcent celles données par les participants aux ateliers. On doit s’attendre, au Haut Plateau à des superficies moyennes nettement supérieures à celles rencontrées au Bas Plateau. Dans certains cas, les grandes ou moyennes propriétés sont exploitées directement par leurs maîtres, avec le concours d’ouvriers agricoles. Il est important de souligner que les grandes ou moyennes propriétés portent généralement de nombreuses exploitations ou de nombreuses composantes d’exploitations agricoles de petits producteurs paysans. Les propriétaires les cèdent en fermage ou en « demwatye » (forme de métayage). Il est donc nécessaire de bien tenir compte des modes de tenure, pour saisir la situation foncière au Haut Plateau Central. Car même si les participants aux ateliers estiment que 60 % des exploitants sont propriétaires de la plus grande partie des terres de leur exploitation, de nombreuses situations se présentent, chacune avec son effet particulier sur la disposition de l’exploitant à entrer dans une nouvelle dynamique. Ces participants estiment qu’environ 25% des exploitants ont la plus grande partie des terres de leur exploitation en fermage. Les 15% restants des exploitants travailleraient principalement sur des terres prises en demwatye. Il serait intéressant de chercher à obtenir des précisions sur les poids des différentes modes de tenure dans le Haut Plateau Central. Selon l’IHSI, dans son « Enquête sur les conditions de vie en Haïti », la répartition de la surface au Plateau central est la suivante : Tableau 25:Pourcentage de la superficie totale disponible selon le mode de tenure au Plateau Central Héritage 28.4 Héritage en indivision 9.4 Achat 45.8 Fermage 11.7 Métayage 2.1 Autres 2.1 Total 100 Source : IHSI A noter que les participants aux sessions parlent généralement des trois modes de tenure cités. Mais la réalité est beaucoup plus complexe. D’autres modes existent au pays; de plus elles se combinent pour donner naissance a de nouvelles situations. Pour la tenure, trois situations se présentent: celle des propriétaires qui mettent leurs terres en valeur directement, celle des fermiers et celle des métayers. Plus des soixante pour cent des superficies sont exploitées par leurs propriétaires. Mais, la notion de propriétaire comporte aussi des nuances. Le propriétaire d’une terre achetée ne se trouve pas dans la même situation que celui d’une terre indivise. Dans le second cas, à tout moment, un héritier peut demander le partage; la sécurité de tenure du propriétaire y est donc moindre. Le sachant, cet exploitant ne s’investit pas totalement dans la mise en valeur de cette terre; tout au moins, il réalise les plus forts investissements sur une partie de la propriété jugée équivalente à sa part dans l’éventualité d’un partage légal. Au moins, il sait que la partie qui porte sa maison d’habitation tombera dans son lot. Si l’héritage se compose de plusieurs terres, celle sur laquelle il établit sa demeure ou celle qu’il a toujours exploitée lui reviendra au moins en partie. Mais, les conflits entre le code civil et le droit coutumier ne permettent pas d’avoir beaucoup de certitude. Le partage selon des procédures coutumières est toujours provisoire. Le propriétaire indivis s’arrange pour ne pas perdre ses efforts. Dans les cas de dons octroyés par l’État, comme il en existe dans la région qui nous intéresse, il est important de s’informer des conditions. Le propriétaire peut connaître certaines restrictions pour la disposition du bien. En définitive, même quand un exploitant se déclare propriétaire de sa parcelle, on ne doit pas toujours préjuger d’une grande sécurité de tenure. Or, la sécurité de tenure est importante pour la planification des activités de protection de la parcelle et pour celle de la production. La situation des fermiers comporte aussi des nuances importantes. Le fermier de l’État jouit d’une sécurité de tenure importante. Le paiement est annuel; mais la durée de son contrat est illimitée. Son obligation principale est de payer dans les limites établies par les lois fiscales. Il espère conserver la terre occupée et la passer à sa progéniture, dans les mêmes conditions. Il peut même, dans certains cas vendre son droit de fermage. Cependant, certains des problèmes posés par l’indivision se présentent aussi pour ces terres. Or, au Plateau Central, l’affermage de terres de l’État est courant. Dans les fermages de terres de particuliers, la situation est différente. Le vocabulaire diffère d’un point à l’autre de la région. Dans certaines zones, on pratique le renouvellement annuel. De plus, le propriétaire se méfie d’un exploitant qui entreprend des cultures pérennes ou même semi-pérennes sur la parcelle le soupçonnant de vouloir lui enlever sa terre. Dans d’autres zones du Haut Plateau le fermage porte le nom de prétention quand il est contracté pour une période allant jusqu’à cinq ans, avec toujours un paiement annuel. L’exploitant n’a pas toujours le droit de ramasser les fruits des arbres sur une terre affermée. Si, dans une zone donnée, la mangue est très commercialisée, les manguiers ne font pas partie du contrat de fermage ou de prétention. En aucun cas, l’exploitant peut abattre des arbres pour en faire du charbon ou des planches. La sécurité d’exploitation est forte sur les terres de l’État en fermage; l’exploitant n’y connaît pas les restrictions soulignées au niveau de l’exploitation des arbres et peut pratiquer sans crainte des cultures pérennes. Sur les terres de particuliers, la durée d’exploitation peut être longue; la parcelle peut même passer du père au fils; mais on ne le sait pas à l’avance. C’est risqué de mettre sur une parcelle travaillée dans ces conditions des cultures pérennes ou même pluriannuelles. Le métayage, correspond au mode de tenure appelé dans la région « deux-moitiés ». L’exploitant paie au propriétaire une rente en nature. Mais, l’expression « deux moitiés » n’indique pas toujours le mode de partage. Dans certains cas, le propriétaire s’attend à recevoir la moitié des récoltes ou du moins des récoltes principales. En d’autres, il en reçoit un tiers ou la moitié après l’enlèvement d’une partie correspondant aux semences. Il y a lieu de retenir que même dans le cas où le propriétaire obtiendrait la moitié ou presque la moitié de la récolte, il ne participe pas aux frais de production comme en dispose le code rural. L’exploitant s’arrête à des cultures saisonnières. Son contrat ne le permet pas d’aller plus loin. Il ne peut récoler les fruits des arbres; il n’a pas le droit d’abattre des arbres. Il a une portion allant de la moitié aux deux tiers du produit de sa culture. Les exploitants ne se classent pas en propriétaires, fermiers ou deux-moitiés. Une exploitation du Haut Plateau Central peut être formée de parcelles de différentes conditions de tenure. Pour agrandir son exploitation ou pour diversifier sa production et même les risques agro-climatiques, un exploitant, propriétaire d’une ou de plusieurs parcelles et disposant de moyens financiers pour cela, peut, en attendant de trouver une autre terre à acheter ou de pouvoir le faire, en prendre une autre ou d’autres en fermage. Ceux qui ont moins de moyens financiers, surtout ceux qui viennent d’arriver dans la zone, prennent souvent des terres en deux-moitiés. Les propriétaires préfèrent donner des parcelles en deux-moitiés au lieu de les concéder en fermage. Dans les petits périmètres irrigués on rencontre moins de cas de deux-moitiés. Les propriétaires préfèrent exploiter directement leurs parcelles. Les débours pour la mise en culture de la parcelle seraient trop importants pour des deux-moitiés. Pour bien saisir la question foncière au Haut Plateau Central il est important aussi d’établir la distinction entre les exploitants individuels et les exploitants collectifs. Il ne s’agit pas ici d’exploitation collective de petite superficie, comme on en rencontre souvent dans d’autres régions. En effet dans certaines régions les propriétaires indivis arrivent à différents types d’accords, explicites ou non, pour exploiter une parcelle commune. Sur le Haut Plateau Central de grandes propriétés de l’État sont aux mains d’organisations paysannes. Leur situation de tenure n’est pas claire. On ne peut pas dire qu’elles sont des fermières. Car elles occupent ces terres depuis quelques années sans détenir un contrat explicite avec l’État. L’intérêt de ces distinctions est de savoir la disposition des exploitants à s’adonner à une culture donnée ou à un type d’élevage donné ou de comprendre certaines contraintes dont pâtissent bon nombre de producteurs. De toute façon, les informations recueillies montrent que les conflits pour le contrôle des terres sont relativement moins fréquents au Haut Plateau Central. Car, il y a certaine disponibilité de terres. V. LES PRINCIPALES FILIERES AGRICOLES 5.1 La filière pois congo Le pois congo, cultivé parfois en pure et souvent en association avec le maïs et le sorgho est un produit économiquement important dans toutes les zones agro écologiques qui ont été diagnostiquées dans le cadre de cette étude (c’est une plante qui a une valence écologique très grande). Cette denrée occupe des superficies de plus en plus importantes, surtout dans les zones frontalières, notamment dans les plateaux et vallons secs de Thomassique et de Cerca Carvajal. Dans ces aires, le pois congo occupe une part plus grande dans les assolements au détriment du sorgho. Ce produit, commercialisé en vert, prend une importance croissante en raison de la hausse considérable de son prix sur les marchés et d’une demande grandissante en provenance des acheteurs dominicains. 4500 tonnes de pois congo vert seraient exportées vers la République Dominicaine chaque année en provenance du Plateau Central. En effet, selon certaines sources, il existe près de huit conserveries de pois congo localisées autour de Santiago, Azua, Santo Domingo et San Juan. Le pois congo est transporté en boîte congelée vers les Etats-Unis et Porto Rico. Photo 11: Pois Congo en culture pure à Papaye, Hinche (Photo GARDEL, 2004) La commercialisation du pois congo vert dans les zones frontalières implique deux principaux acteurs : • Les producteurs qui exercent la fonction de production et de mise en marché par sac et, • Les saras dominicaines (à qui peuvent s’adjoindre les services d’un agent de commercialisation haïtien pour la vente) qui achètent aux producteurs et transportent le produit vers la République Dominicaine. Les deux types d’acteurs interviennent en janvier/février qui correspond à la période de récolte du produit. Les lieux d’intervention des acteurs concernent les zones de production et les marchés frontaliers. Le pois congo est entrain de devenir un produit de rente, stratégiquement important pour le Plateau Central. Il crée donc une opportunité qui mérite d’être mis à profit par les producteurs haïtiens. Tout porte à croire que la demande des industries de transformation en République Dominicaine pour ce produit n’est pas encore saturée. Il serait peut être dans l’intérêt des producteurs et de l’Etat haïtien d’explorer le marché dominicain pour connaître sa dimension et les possibilités de son extension. Mais entre temps, des efforts importants méritent d’être faits notamment pour améliorer à la fois le volume et la qualité de la production. Les gousses du pois congo sont souvent attaquées par des chenilles, ce qui diminue beaucoup la qualité du produit commercialisé. De plus, compte tenu des variétés utilisées, les rendements obtenus à l’hectare ne sont pas satisfaisants (selon les producteurs). Pour l’instant, toute action sérieuse doit donc viser l’amélioration des rendements (en quantité et en qualité) et l’augmentation des terres cultivées. Si cette filière est l’objet de ces actions, elle pourrait permettre aux producteurs de jouir des opportunités du moment et augmenter leur revenu. 5.2 La filière canne à sucre La canne à sucre est un produit stratégiquement et économiquement très important dans la région Plateau Central. C’est le produit à valeur économique par excellence particulièrement parce qu’elle est peu exigeante en intrants ; c’est une culture qui valorise des sols peu riches et qui est plus ou moins tolérante à une certain déficit hydrique contrairement à certaines cultures alimentaires comme le maïs par exemple. De plus, la canne est aussi relativement peu exigeante en travail d’entretien (pour une plantation déjà d’un an, un entretien par année est suffisant). La matière première générée par la production est nécessaire au fonctionnement des nombreux ateliers de transformation produisant du rapadou et du sirop. Ce dernier alimente les guildives utilisant le sirop de canne pour la production du clairin. Le jus de canne peut être aussi utilisé directement pour la fabrication du clairin. 5.2.1 Sur le plan de la production Cette filière fait face à de nombreuses difficultés qui limitent sérieusement son développement. Les principales contraintes qui ont été identifiées au cours de cette étude sont : - Le vieillissement des plantations de canne à sucre : Très généralement, les plantations de canne sont gardées pendant plus de 10 ans. On peut même retrouver dans certaines zones des parcelles emblavées en canne qui ont plus de 30 ans d’âge. Malgré le fait que les rendements baissent graduellement avec l’âge des plantations, les agriculteurs préfèrent remplacer chaque année seulement les touffes de canne qui sont mourantes plutôt que de refaire entièrement la plantation. Cela peut s’expliquer non seulement par les coûts exorbitants pour la mise en place de la plantation (environ 27477 gourdes /ha) mais aussi par une quasi absence d’encadrement technique. - L’incidence négative de la maladie du charbon dans les zones de production : Mis à part des zones de production comme Thomonde, Maïssade, Hinche, on observe une réduction des superficies emblavées en canne et son remplacement progressif par d’autres cultures. Ce phénomène a commencé vraisemblablement à partir des années 80 avec l’arrivée de la maladie du charbon. Face à l’agressivité de la maladie et l’absence totale d’encadrement technique, la plupart des agriculteurs ont abandonné ou réduit de manière substantielle les superficies jusque là occupées par la canne. Il est entendu que bon nombre d’ateliers de transformation dont la présence a été justifiée par un certain niveau de production ont dû disparaître. De nos jours, certains agriculteurs cultivent des variétés de canne tolérantes ou résistantes à la maladie du charbon, mais, ils sont encore nombreux ceux qui utilisent des variétés non résistantes à cette maladie. - Le faible entretien des plantations de canne à sucre : De nos jours, la conduite de la canne à sucre revêt un caractère extensif même dans les principales zones de production. L’itinéraire technique appliqué est simple : une fois la plantation déjà en place, on ne pratique qu’un seul entretien par année. Aucune fertilisation (minérale ou organique), aucun contrôle des pestes (maladies et/ou insectes). En fait, on est plutôt dans une logique de minimisation du nombre d’heures de travail, de manière à libérer du temps pour s’occuper des autres cultures concurrençant la canne. En effet, la canne est très concurrencée par les cultures vivrières qui offrent une meilleure rémunération de travail ; donc tout investissement supplémentaire dans cette culture, en terme de temps de travail, continuerait encore à le faire baisser. -Le problème de l’encadrement technique et financier : Il existe actuellement une insuffisance cruciale d’encadrement technique dans le domaine agricole dans la région. La culture de la canne à sucre ne bénéficie et n’a jamais bénéficié d’une attention soit de la part du ministère de l’agriculture, soit des ONG menant des actions dans la zone, et, ceci malgré l’importance de cette culture dans l’économie de la zone et les menaces qui pèsent sur la filière. De plus, le non accès au crédit, à cause de l’inexistence des structures formelles, n’encourage pas les planteurs à refaire les plantations de canne, alors que cela pourrait garantir une augmentation des rendements à l’hectare (qui sont relativement faibles : 37 TM/ha). 5.2.2 Les problèmes de rareté et de cherté de la main d’œuvre A cause de la proximité du Haut Plateau Central avec la République Dominicaine, il existe un flux migratoire important de personnes qui vont travailler comme salariés agricoles en République Dominicaine. Cela a pour conséquences directes une rareté et une hausse du coût de la main d’œuvre agricole. Or, la mise en place et l’entretien des plantations de canne coïncident avec celle des autres cultures vivrières. Il existe donc un besoin en main d’œuvre qui est très important pendant cette période. La faible disponibilité de la main d’œuvre constitue donc une contrainte majeure, à côté d’autres, décourageant la production de la canne. A côté de ces contraintes, la production de la canne à sucre bénéficie d’un certain nombre d’atouts qui méritent d’être pris en compte dans une perspective d’amélioration de la filière entière. - Le climat de la région : Le climat est très favorable au développement (ou extension) de la culture de la canne. Sur le plan agronomique, la longue saison pluvieuse a des effets positifs sur la croissance et le développement de la plante, alors que la coïncidence de la récolte avec la saison sèche permet une accumulation de saccharose dans la canne qui contribue à augmenter le rendement en rapadou ou en sirop. De plus, dans la zone, la canne est perçue comme une culture ayant une certaine rusticité (du point de vue de sa résistance par rapport à un déficit hydrique), ce qui diminue les risques de mauvaises récoltes en comparaison avec les autres cultures (à l’exception peut être du sorgho). Donc, la courte saison sèche enregistrée généralement entre juillet et août ne pénalise pas le rendement de la canne au même degré que les autres cultures (avec la canne, on peut toujours espérer quelque chose, disent les agriculteurs). - Alimentation du bétail : Il existe une relation forte entre la culture de la canne et le système d’élevage de la zone ainsi que la culture attelée (qui constitue une des caractéristiques principales de l’agriculture du Haut Plateau). Cela s’explique par la nature même du calendrier fourrager de la zone qui contient une longue période de faible disponibilité (allant de novembre à avril) pendant laquelle, les animaux se nourrissent essentiellement par des apports au joug constitués des feuilles et la partie supérieure de la canne. La présence de la canne conditionne donc les potentialités pour l’élevage, notamment du gros bétail, et les perspectives de développement de la culture attelée dans la zone. -La canne comme culture anti-érosive : La configuration topographique du Plateau Central une zone fragilisée par endroit sur le plan environnemental, notamment par rapport à l’érosion. Dans certaines zones, la canne se retrouve dans les zones de terrasses alluvionnaires, les piémonts. Cette culture peut éventuellement constituer une option assez rémunératrice de lutte contre l’érosion si elle est utilisée à cet effet (donc comme culture anti-érosive) notamment dans les versants à forte pente. La canne comme culture créatrice de revenu et pourvoyeuse d’emplois : La canne à sucre est une culture économique et stratégiquement importante pour les agriculteurs du Haut Plateau. En effet, non seulement elle crée de nombreux emplois, elle permet aussi de réaliser une valeur ajoutée appréciable. Mais l’analyse de l’importance de la canne, en terme d’atout, doit être surtout abordée sur le plan de la « sécurité économique ». C’est une culture qui garantit un certain niveau de revenu et d’emplois bon an, mal an, c'est-à-dire quelque soit le caprice du climat, (contrairement aux cultures vivrières, en particulier, le maïs, le haricot, le pois Congo, l’arachide etc.). Figure 1: La canne, une filière complexe et un des pivots dans l’économie du Haut Plateau Selon INTELL CONSULT, décembre 2003 5.2.3 Les réalités de la transformation Sur le plan de la transformation, il faut distinguer deux réalités : 5.2.3.1 Réalité 1 Pour certaines zones de production et pour certains catégories d’exploitants, il existe une insuffisance cruciale d’ateliers de transformation au regard du volume de production. En réalité, compte tenu des caractéristiques techniques des ateliers (et d’autres types de contraintes), dans l’état actuel des choses, ils n’arrivent à transformer, selon nos calculs, qu’environ 16 à 20 % de la production. Il y a donc actuellement une sous valorisation importante de la production qui risque d’être préjudiciable à la filière. Pour ces mêmes zones, les infrastructures et équipement sont obsolètes : Le faible nombre d’ateliers de transformation pourrait être compensé par l’existence d’ateliers avec des caractéristiques techniques assez performantes. Malheureusement, nous sommes en présence d’ateliers de transformation très vétustes accusant une performance généralement médiocre : taux d’extraction faible, débit des moulins faible, temps de cuisson long, à cause notamment de la faiblesse du système de chauffage (perte de chaleur forte entraînant une augmentation de la durée du chauffage et de la quantité de combustible utilisée) et des caractéristiques des chaudières (elles conduisent mal la chaleur). Photo 12:Moulins à traction animale à Marmont, Hinche (Photo GARDEL, 2004) De plus, étant des moulins en bois, de conception artisanale et fabriqués localement à mains de menuisiers, ils tombent très souvent en panne (écrasement des dents et des rôles), ce qui peut parfois compromettre la campagne. La nature même de ces ateliers fait qu’ils ont une capacité installée faible, elle est moins de 35 tonnes de rapadou et moins de 8500 gallons de sirop par an et par atelier. Enfin, sur le plan environnemental, ces moulins constituent de très gros consommateurs de bois dans la zone. Ces ateliers souffrent aussi d’une insuffisance aiguë du nombre de bœufs de trait. Tous ces ateliers sont équipés de moulins à traction animale (c’est le bœuf qui est généralement utilisé comme animal de trait dans les moulins). Nous avons calculé que ces types de moulins peuvent moudre entre 1 et 1.5 tonne de canne par jour de 8 heures de travail. Cela nécessite environ entre 1 à 2 paires de bœufs. Or, d’après nos enquêtes, la grande majorité des propriétaires d’ateliers ont moins d’une paire de bœufs, c’est d’ailleurs pourquoi, ils sont aussi obligés de louer des bœufs à l’extérieur de l’exploitation pendant la période pour moudre leur canne. Un autre aspect important de l’insuffisance des bœufs de trait dans la zone est le fait que les boeufs sont aussi utilisés pour la culture attelée et le transport. Il y a une concurrence énorme pour l’emploi de ces animaux, notamment à l’arrivée de la période de la mise en place des cultures vivrières. Selon diverses sources rapportées par Brochet et Bellande, (2003), les effectifs du cheptel bovin auraient effectivement régressé durant ces 20 dernières années. Ces mêmes sources ont précisé que plusieurs causes pourraient se conjuguer pour expliquer cette tendance : les difficultés économiques des agriculteurs, accentuées par l’éradication du cheptel porcin et le besoin de financer les migrations et l’éducation supérieure des enfants (parfois en République Dominicaine) ; les prix attrayants offerts par les intermédiaires dominicains et finalement, le vol de gros bétail qui constitue le principal frein à l’intensification de l’élevage actuellement Actuellement, l’insuffisance des bœufs de trait au niveau des exploitations agricoles est l’une des principales contraintes affectant la filière canne à sucre. 5.2.3.2 Réalité 2 A Thomonde, en partie à Maïssade et un peu moins à Hinche, il y a une certaine modernisation des ateliers de transformation de la canne : un certain nombre d’ateliers de transformation de la canne sont équipés de moulin à moteur. Ces moulins ont donc la capacité de transformer un grand volume de canne à l’heure. A Thomonde particulièrement, il existe plus de moulins à moteur qu’à traction animale. La plupart de ces moulins sont aussi équipés de chaudières moins épaisses (que la chaudière type colonial) et qui conduisent mieux la chaleur ; ce qui permet de faire une économie d’énergie dans la cuisson du sirop et du rapadou. Photo 13: Moulin à Moteur à Thomonde (Photo GARDEL, 2004) Cependant, cette nouvelle technologie introduite avec l’aide de SOE fait ressortir un autre problème : celui du transport de la canne des parcelles de production vers les ateliers de transformation. Le fait que les moulins à moteur ont fait disparaître la plupart des moulins en bois, on est dans une configuration où la plupart des parcelles de production sont relativement éloignées des ateliers de transformation. Or, il n’y a pas une amélioration parallèle du réseau des routes vicinales qui pourrait faciliter le transport de la canne par cabrouet ou par camion. Le transport se fait à dos d’animaux, et là encore, le bœuf est le pivot de ce transport. Sur le plan de la création de richesse, on peut dire que la canne est un maillon important dans l’économie du Haut plateau. L’argent investi dans la production et la transformation de la canne génère généralement des taux de profits allant de 52 à 100% et des taux de rentabilité allant jusqu’à 192%. De plus, les propriétaires transformateurs recouvrent le capital investi en moins d’un an. Ces ateliers peuvent potentiellement faire mieux si des améliorations conséquentes sont apportées au niveau de la technologie utilisée. 5.2.4 Sur le plan de la commercialisation L’enclavement de la région, la faiblesse ou l’inexistence des voies de pénétration (avec le Nord, Nord-est etc.) limite sérieusement le volume de produits (rapadou et sirop) transformés et échangés sur les marchés environnants. La Compétitivité du sucre sur le marché : La présence d’un produit substitut au rapadou comme le sucre (notamment le sucre en provenance de la République dominicaine) a provoqué graduellement un changement dans l’habitude alimentaire des consommateurs de la région. Cela a pour effet de diminuer la demande en rapadou dans la zone, d’autant plus que le prix du sucre est parfois très compétitif par rapport au prix du rapadou. L’effet pervers créé par cette situation est la baisse des prix du rapadou sur le marché ou plutôt le maintien des prix à un niveau relativement modeste. - La non organisation des vendeurs du sirop et du rapadou : La non organisation des producteurs transformateurs crée certainement une situation de faiblesse qui ne joue pas en leur faveur. Le fait qu’ils interviennent dans la filière comme des agents isolés réduit la possibilité de faire monter les prix des produits (en dehors de l’effet de l’offre et de la demande). - La mauvaise qualité du matériel d’emballage rapadou : Malgré que le rapadou est un produit de forte valeur alimentaire, il reste le fait du Plateau Central. Ce produit satisfait le marché des classes modestes des zones rurales. De par sa présentation, ce produit a du mal à pénétrer d’autres marchés. Il reste donc beaucoup à faire pour étendre le marché du rapadou. 5.3 Les filières animales 5.3.1 La filière caprine Cette filière connaît de nos jours une importance capitale en raison notamment de la demande venant de la République Dominicaine. Il semble que c’est toute la zone frontalière qui bénéficie de la demande croissante du commerce des cabris avec la République Dominicaine. On estime à plus de 40.000, le nombre de têtes de cabris échangées sur la frontière avec les dominicains. De nos jours, un animal de taille moyenne se vend entre 800 et 1500 gourdes dans les zones de production et sur les marchés frontaliers. Ces prix sont absolument motivants pour les éleveurs qui tiennent à augmenter la taille de leur cheptel caprin pour bénéficier de cette opportunité. C’est un circuit absolument orienté vers le marché dominicain et qui se renforce de plus en plus. Selon Resal Haïti (2001), en général, pour le gros et le petit bétail, deux principaux circuits ont été identifiés : • L’achat dans les palans, parcs à bestiaux des marchés frontaliers • L’achat en dehors des aires de marché à partir d’un réseau de collecteurs haïtiens ou de dominicains d’origine haïtienne semblable à celui qui existe pour les produits végétaux. Dans le premier cas, l’intermédiaire dominicain se rend lui-même sur le marché en camion ou pick-up et négocie directement l’achat avec le vendeur haïtien. Dans le deuxième cas, l’intermédiaire dominicain entretient des rapports réguliers avec des maquignons haïtiens qui se chargent de l’approvisionnement à travers des voltigeurs qui opèrent dans des zones situées dans un rayon qui peut dépasser 50 Km de la frontière. Selon la même source précédente, ce circuit est principalement pour le commerce du cabri dans le haut Plateau Central. Par exemple, à Boc Banique, un des principaux marchés pour les caprins, un camion de 80 à 90 cabris arrive trois fois par semaine pour décharger les achats de 4 à 5 intermédiaires dont les réseaux s’étendent jusqu’à Maïssade et Thomonde. Cependant, la filière caprine fait face à de nombreuses difficultés. Les éleveurs ne perçoivent pas l’élevage de cabris comme une activité de production à proprement parler. La conduite même des animaux favorise le développement de la consanguinité qui a une répercussion défavorable sur la taille des animaux. Malgré le fait que ces animaux sont connus pour leur sensibilité aux intempéries, il existe très peu d’exploitations avec des bâtiments d’élevage pour abriter les cabris notamment en temps pluvieux. Les pertes en particulier des nouveaux nés sont donc très importantes dans ces conditions. En absence d’actions préventives contre des maladies, le cheptel caprin est l’objet régulièrement des attaques de parasites externes et internes. Les chiens errants et les vols par l’homme sont aussi deux fléaux qui menacent le cheptel caprin dans le Haut Plateau. Pour permettre aux éleveurs de bénéficier de cette opportunité commerciale avec la République Dominicaine, l’Etat haïtien aurait intérêt à entreprendre des actions allant dans le sens d’une augmentation de l’effectif des animaux de manière à garantir une certaine adaptation de l’offre locale à la demande dominicaine. Ces actions pourraient viser à améliorer, à grande échelle, les races créoles par des croisements avec des animaux de sang Nubien ou Alpin tout en favorisant parallèlement l’adoption de nouvelles techniques d’élevage adaptées à ces bâtards. 5.3.2 La filière bovine La filière bovine bénéficie aussi à côté de la filière caprine des opportunités offertes par le marché dominicain. En général, les bœufs empruntent deux circuits principaux : • un circuit qui alimente les marchés dominicains : environ 4500 têtes de bœufs seraient échangées annuellement sur la frontière avec les dominicains (Resal 2001), • Un circuit local alimentant notamment le marché de la Croix des Bouquets (nous n’avons pas d’estimation sur les flux pour ce circuit). Il semble que pour les deux circuits, les boeufs passent principalement par deux marchés, celui de Thomassique et celui de « nan Kas », un des plus gros marchés à bestiaux haïtiens, à l’amont du lac de Péligre. Par exemple, les intermédiaires dominicains peuvent se rendre directement sur ces marchés pour leurs achats mais, le plus souvent, les bœufs sont achetés par des collecteurs haïtiens à la solde des dominicains. Selon Brochet et Bellande (2003) qui eux-mêmes citent diverses autres sources, les effectifs du cheptel bovin auraient subi une certaine régression durant les 20 dernières années. Ces mêmes auteurs ont cité plusieurs facteurs qui se conjuguent pour expliquer cette tendance : • les difficultés économiques des agriculteurs ; • le besoin de financer les migrations et l’éducation supérieure des enfants (parfois en République Dominicaine), • les prix attrayant offerts par les intermédiaires dominicains ; • le vol de gros bétail. La majorité des mesures proposées pour promouvoir l’élevage caprin s’imposent aussi pour le développement de l’élevage bovin dans la région du Plateau Central. 5.3.3 La filière pintade L’élevage de pintades en liberté est une des particularités de la région du Plateau Central. Cet élevage met à profit depuis déjà plus d’une dizaine d’années d’un commerce transfrontalier qui va grandissant. Les pintades sont élevées dans tout le Plateau Central, mais, il semble que cet élevage est plus abondant à Hinche et à Thomassique. Une bonne part du produit de cet élevage est déversée sur les marchés de la capitale et une autre partie alimente le secteur dominicain. La paire de pintades s’échange à 300 gourdes sur les marchés frontaliers, contre 200 gourdes sur les marchés locaux. Photo 14: La Pintade, un potentiel de développement intéressant (Photo GARDEL, 2004) Le circuit pour la pintade est moins bien structuré que le circuit cabri (Resal 2001). Les pintades passent par plusieurs marchés intérieurs et petits intermédiaires successifs pour arriver sur les marchés frontaliers. La pintade provenant de Maïssade passe par exemple d’abord par le marché de Hinche, est revendue à Thomassique ou Cerca la Source avant d’être acheminée vers Ti Lori, Banica ou d’autres marchés frontaliers. Il semblerait que les pertes de poids occasionnées par les délais de commercialisation seraient non négligeables. Les intermédiaires dominicains, particulièrement ceux du marché de Ti Lori, peuvent acheter plusieurs centaines de têtes de pintades. Les destinataires finaux pour ces produits sont d’abord les hôtels et restaurants des zones touristiques et des grandes villes. L’existence de cette demande à la fois locale et frontalière pour ce produit offre d’énormes opportunités à cet élevage qui méritent d’être saisies. Cet élevage devrait évoluer vers une certaine rationalisation, intensification et rentabilisation de la production notamment dans les communes réputées productrices de pintades. 5.4 La filière arboriculture fruitière. La filière arboriculture fruitière est une filière multiforme qui englobe des espèces et des variétés différentes. Le tableau 26 présente une synthèse des principales composantes de cette filière. Tableau 26:Tableau synthétique des espèces et variétés composant la filière arboricole espèce variété transformation destination principale destination secondaire remarques Mangue Francique Mangue séchée12 PAP Marché local Maïssade13 Jean-marie Aucune Dominicanie Marché local Fil blanc Aucune PAP Local Baptiste Aucune Local PAP Avocat Aucune Local Dominicanie Tamarin Vin14 Dominicanie Local Zones sèches Noix de cajou Aucune Nord Port-au-Prince Gaspillage15 Chadèque Confiture Local PAP Zone altitude humide Orange Aucune Local PAP Citron Aucune Local PAP Zones sèches Source : GARDEL, mars 2004 5.4.1 Le manguier Le manguier est l’arbre le plus important en terme de nombre de pieds et de variétés dans le Haut Plateau Central. On le retrouve dans toutes les zones agro-écologiques mais il n’est exploitable commercialement que dans les altitudes inférieures à 700 mètres d’altitude. Au-dessus de cette altitude, les fruits présentent un aspect noirâtre dû probablement au développement d’un champignon l’anthracnose, favorisé par l’humidité. Il existe une grande gamme de variétés de mangues. Les quatre variétés les plus intéressantes commercialement sont la Francique, la Jean Marie, la Fil Blanc encore appelée -carotte -tomate -calalou Blanc et la Baptiste. D’autres variétés très importantes en termes de nombre ont une faible valeur commerciale comme la Fil et la Ti Laurent. Ce sont cependant des variétés rustiques et productives qui pourraient être utilisées dans des programmes de greffage et de sur-greffage ou pour la production de pulpe ou de jus de mangues. La plus grande partie de la mangue produite dans la région est consommée sur place ou est gaspillée à cause du mauvais état du réseau routier. Il faut signaler que la période de récolte de la mangue dans la zone correspond à la période pluvieuse d’où une aggravation des problèmes de transport. Selon les variétés, on peut distinguer 4 grands circuits de commercialisation : • La mangue Francisque est plutôt orientée vers Port-au-Prince où elle est vendue pour la consommation urbaine essentiellement. Pour le moment, la mangue Francique produite dans le Haut Plateau Central (principalement dans les communes de Maïssade et de Thomonde) intègre très peu les circuits d’exportation, le coût exorbitant du transport et l’absence d’un savoir-faire en terme de cueillette et de sélection rendent la zone peu compétitive par rapport à la région de Gros Morne et même par rapport au Bas Plateau Central Photo 15:Manguier Francique en production (Photo GARDEL, 2004) . • La mangue Jean-Marie est de son côté plutôt orientée vers le marché dominicain. Très présente dans les zones sèches, cette mangue est très appréciée en République Dominicaine. Selon RESAL Haïti (2001), les exportations haïtiennes de mangues Jean Marie atteindraient près de 5000 tonnes métriques par année. Il serait intéressant de mieux connaître l’utilisation de ce produit, une fois arrivé de l’autre côté de la frontière. • La mangue Fil blanc suit plutôt un circuit de vente centré sur Port-au-Prince. Les camions chargés de mangues arrivent directement à la Croix des Bossales où les paniers sont vendus aux détaillants. • Quant à la mangue Baptiste, il se développe actuellement un circuit vers le Nord. De plus en plus de marchands en provenance du Cap-Haïtien viennent s’approvisionner soit dans les marchés communaux, soit dans le marché central de Hinche. La quasi-totalité de la mangue commercialisée est livrée sous forme de fruits frais. Seules les Petites Sœurs de l’Incarnation offrent régulièrement des paquets de mangues séchées au soleil. Il n’existe aucune structure de transformation de la mangue. Le transport des fruits se fait à dos d’animaux des champs vers les marchés d’où les marchands les collectent pour les transporter vers des centres de consommation plus éloignés. Aucun problème majeur n’est signalé dans la phase de production de la mangue quand les limites d’altitude sont respectées. Certaines institutions et organisations comme MPP, World Vision, PFI, CSDI font la promotion de l’arboriculture en général, de la culture de la mangue en particulier. 5.4.2 L’avocatier L’avocatier est la deuxième espèce arboricole en importance dans le Haut Plateau Central, après le manguier. Il se retrouve dans toutes les zones agro-écologiques mais a une tendance à se raréfier dans les zones les plus sèches. On note une forte présence dans la vallée de Cerca Carvajal, dans la vallée de Thomonde ainsi que dans les zones semi-humides de Maïssade, de Juanaria et de Cerca La Source. Les variétés rencontrées sont des variétés traditionnelles, aucun processus de sélection, aucune recherche de caractéristiques spéciales comme la production à contre-saison n’ayant été engagé à grande échelle dans la région. La commercialisation des avocats se fait principalement sur 2 pôles qui sont le pôle local et celui orienté vers la République Dominicaine. Le RESAL, déjà cité, estime le volume exporté vers ce pôle à environ 3000 tonnes métriques par année. Comme pour la mangue, l’avocat est transporté à dos d’animaux vers les centres de collecte et de distribution. La totalité de la production commercialisée, est vendue sous forme de fruits frais, aucune forme de transformation n’ayant été identifiée. 5.4.3 Le tamarinier Le tamarinier est une espèce qui pousse de façon quasi-sauvage dans le Haut Plateau Central. Il n’a existé jusqu’à maintenant aucun programme de promotion de la culture du tamarinier. Jusqu’à très récemment, les fruits du tamarinier n’avaient aucune valeur commerciale. Seuls le tronc et les branches servaient à fabriquer du charbon de bois. Depuis plus d’une dizaine d’années cependant, le tamarinier a pris une nouvelle importance avec l’ouverture en République dominicaine d’usines de fabrication de boissons à base de tamarins. Ce nouveau débouché sur le marché a complètement changé la donne et le tamarinier est devenu une plante en demande. Il est plutôt concentré dans les zones de plateaux et vallons secs. Il est principalement distribué sur l’axe Hinche – Thomassique. Depuis quelques années, un autre débouché vient encore augmenter l’importance de ce produit. Il s’agit de l’ouverture de 2 unités de transformation du tamarin en vin dans la région de Papaye. La commercialisation du tamarin se fait essentiellement sur le marché dominicain. En période de rareté, les dominicains viennent à l’intérieur du territoire, en voiture, collecter les fruits. En période d’abondance cependant, les dominicains achètent le long de la ligne frontalière, particulièrement du côté de Boc Banique. 5.4.4 L’anacardier Si dans le temps l’anacardier se trouvait dans toutes les zones agro-écologiques, actuellement il est concentré dans les plateaux et vallons secs. La raison principale de cette régression est l’apparition et la diffusion de l’anthracnose pendant la phase de fructification. Ce champignon se développe sur les fleurs en condition d’humidité entraînant la chute des jeunes fruits. Les zones humides et semi-humides sont donc les plus touchées. Actuellement, sur le Haut Plateau Central, la zone géographique la moins touchée est la vallée de Cerca Carvajal. Les observations n’ont pas permis de préciser si cette protection est due à un microclimat particulier ou à la présence de variétés tolérantes. Aucun effort particulier n’est fait pour promouvoir la culture de l’anacardier, malgré une forte demande de la noix. La noix produite actuellement est commercialisée soit sur le marché de la région métropolitaine de Port-au-Prince, soit sur le marché du Cap-Haïtien. Une petite partie est aussi vendue en République Dominicaine. Il faut d’autre part signaler que dans la production, seule la noix est utilisée. La pomme est jetée. Il s’agit d’une perte importante car elle pourrait être utilisée dans la fabrication de jus de fruits (spécialement comme colorant et acidulant dans des <blends> (mélanges) ou dans la fabrication de boisons alcoolisées. 5.4.5 Les Citrus Trois espèces de citrus se retrouvent dans le Haut Plateau Central. Alors que le chadéquier et l’oranger sont plutôt concentrés dans les zones humides et semi-humides, le citronnier est plutôt localisé dans des terroirs secs de la partie sud du Haut Plateau. A part le chadèque qui est transformée en petites quantités en confiture, les citrus sont écoulés sous forme de fruits frais sur les marchés locaux et vers le pôle de Port-au-Prince. 5.4.6 Les problèmes généraux de la filière arboricole La filière arboricole est confrontée à un ensemble de problèmes dont les plus importants sont résumés ci-dessous : • Le mauvais état du réseau routier qui entrave la mise en marché et entraîne des pertes considérables ; • L’absence d’infrastructures pour la collecte et le conditionnement des produits ; • Le faible niveau de transformation de la production locale qui est vendue sous forme brute sans création de valeur ajoutée ; • L’absence d’une stratégie générale de recherche, de développement de nouveaux marchés ; • Sur le plan de la production, 2 pratiques constituent des freins au développement de l’arboriculture : il s’agit de l’élevage libre et du brûlis. Photo 16: La pratique du brûlis, une entrave au développement de l'arboriculture (Photo GARDEL, 2004) VI. ANALYSE GÉNERALE DES CONTRAINTES ET OPPORTUNITES DE L’AGRICULTURE DU HAUT PLATEAU CENTRAL L’agriculture représente la principale activité économique de la quasi-totalité des habitants du Haut Plateau Central. Avec une densité de population de l’ordre de 115 habitants au kilomètre carré (ce qui représente l’une des densités les plus faibles au niveau du pays), elle représente l’un des principaux secteurs porteurs de croissance économique de la région. Cependant une analyse du niveau de développement de l’agriculture dans la région permet de faire ressortir qu’il s’agit d’une activité très peu développée et peu performante. Malgré l’apparition récente de quelques fermes modernes utilisant un niveau technologique plus avancé, on peut dire qu’elle est pratiquée en majorité dans une multitude de petites et moyennes exploitations dont la dimension varie de 2 à 10 hectares. On retrouve aussi des propriétés plus importantes mais qui ne sont pour la plupart pas mises en valeur par leurs propriétaires. Les conditions de travail sont très précaires. L’essentiel de l’outillage utilisé est manuel. On note cependant une tendance à généraliser l’utilisation de la culture attelée notamment pour les travaux de préparation de sol et même pour le semis de certaines cultures comme l’arachide et le manioc dans les zones sèches et le haricot dans les poches irriguées. Dans ces dernières zones, une demande de plus en plus importante est formulée pour une mécanisation plus poussée. On signale aussi les cas de quelques agriculteurs et entrepreneurs agricoles équipés de petites unités de pompage motorisés ou qui louent leurs services localement pour la production maraîchère et/ou bananière (cela est très fréquent dans les endroits situés à proximité du fleuve Artibonite). L’agriculture du Haut Plateau est très peu ouverte sur les marchés d’amont (marché des intrants et des semences améliorées). Pour la majorité des exploitants, l’itinéraire technique de conduite des cultures est simple : ni engrais, ni pesticide, ni semences améliorées. La majorité des semences de cultures utilisées sont issues de souches locales. Bien que ces dernières soient adaptées aux conditions locales, elles sont en général peu performantes. Les marchés d’aval ne sont pas organisés. Le producteur doit lui-même prendre en charge la mise en vente de sa production qui ne bénéficie d’aucune sorte de promotion De manière générale, pour ce qui concerne la conduite des cultures, on peut dire qu’elle est relativement extensive dans les autres zones ne disposant pas d’eau d’irrigation et souffrant d’un déficit hydrique important pendant une période relativement longue de l’année, et un peu intensive dans les zones de montagnes et plateaux humides relativement bien arrosées pendant toute l’année et au niveau des aires disposant des possibilités d’arrosage. Par exemple, au niveau des périmètres irrigués et dans l’entourage immédiat des lacs collinaires, il existe une certaine intégration des marchés d’amont (notamment pour les semences améliorées) liée à la petite production maraîchère (tomate, aubergine, calalou, oignon..). L’accès aux services agricoles est totalement déficient, malgré une demande de plus en plus croissante. Quoique les conflits fonciers ne semblent pas atteindre un niveau d’exacerbation menant à des violences, aucune action ou disposition spéciale n’est signalée pour sécuriser les investissements dans le secteur. D’un autre côté, malgré un milieu naturel limitant les risques d’érosion, les pratiques agricoles actuelles ne favorisent pas la protection de l’environnement. Des problèmes de plus en plus graves sont signalés, hypothéquant les perspectives de développement à long terme. L’impression générale qui se dégage est que l’agriculteur est livré à lui-même pour mettre en valeur l’espace dont il a la gestion. Aucune institution (étatique ou privée) n’a réussi à développer une orientation globale en fonction des atouts et contraintes identifiés. Le tableau suivant présente une synthèse des contraintes et opportunités telles que dégagées dans l’analyse de la situation de chaque zone agro-écologique. Tableau 27: Tableau synthétique des contraintes et potentialités du Haut Plateau Central Zone agro écologique Potentialités Contraintes Montagnes et plateaux humides • Pluie abondante et plus ou moins bien répartie, risque de mauvaise récolte faible. • • Zone de production de café de haricot et des cultures maraîchères (culture à forte rentabilité) • • Couverture forestière et fruitière encore importante, notamment grâce à la présence du café ; • • Zone à fort potentiel de production des agrumes (notamment orange, chadèque). • Absence d’encadrement technique ; • Problèmes de charançons sur banane et igname, de scolytes sur café, de champignons telluriques sur la plupart des cultures maraîchères ; • Indisponibilité des intrants (semences de haricot au début de la campagne de mars, engrais, pesticides) ; • Archaïsme de l’outillage agricole et coût élevé et rareté de la main d’œuvre agricole (faible utilisation de charrue à cause du caractère accidenté des milieux) ; • Prix exorbitants des intrants (notamment des engrais et les semences des cultures maraîchères) ; • Période pluvieuse trop longue entraînant parfois la germination du haricot sur pied et des difficultés pour sécher le café ; • Problèmes de chenilles sur maïs, chou et pois congo et d’autres pestes notamment sur les cultures maraîchères ; • Quasi inexistence des sources d’eau pendant la saison sèche ; • Insuffisance et mauvais état de voies de pénétration la plupart de ces zones d’altitude sont enclavées). • Gaspillage de la production fruitière (mangue, orange, chadèque, avocat). • Problème d’abreuvement des animaux notamment en période sèche. Plateaux semi humides • Zone agro écologique favorable au développement de l’arboriculture fruitière et d’une large gamme de cultures vivrières ; • Existence d’une production conséquente de fruits frais (mangue, avocat, noix d’acajou, tamarin) • Commercialisation facile de certains produits sur les marchés frontaliers, existence d’une intéressante du côté dominicain ; • Zone agro écologique très favorable à la production de la canne à sucre culture de rente) ; • Zone à fort potentiel d’élevage (bovin, caprin et porcin) • Familiarisation avec la culture attelée. • Absence d’encadrement technique ; • Problèmes de chenilles sur maïs, chou et pois congo ; • Insuffisance de la disponibilité du nombre d’attelages bovins dans les zones concernées ; • Absence de structures de financement des activités agricoles (pas de micro finance) ; • Insuffisance des bovins de trait ; • Rareté et coût élevé de la main d’œuvre agricole ; • Problème d’enclavement ; • Problèmes d’affourragement et d’abreuvement des animaux en période sèche. Zone agro écologique Potentialités Contraintes Montagnes sèches • Zones à très faible potentialité • Ces zones sont en général très érodées, la profondeur des sols est très faible, le risque de sécheresse et très fort (sol à faible réserve hydrique) ; • Longue saison sèche ; • Pénibilité du travail : impossibilité d’utiliser la charrue à traction animale (car topographie accidentée, sol très pierreux et affleurement de la roche mère dans beaucoup d’endroits) ; • Rareté et coût élevé de la main d’œuvre agricole ; • Absence d’encadrement technique ; • Absence de structures de financement des activités agricoles (pas de micro finance) ; • Accélération du déboisement pour la fabrication du charbon dégradation de certains versants consécutive au déboisement ; • Faible et irrégularité des pluies faisant de la production agricole une activité risquée ; • Voie de pénétration en très mauvais état, faiblesse des infrastructures en général ; • Non organisation des producteurs et des éleveurs ; Plateaux et vallons secs • Zone favorable au développement de l’arboriculture fruitière (notamment, mangues, tamarin, noix d’acajou) ; • Zone agro écologique favorable au développement des cultures vivrières sèches comme le sorgho, l’arachide etc. et de l’élevage caprin ainsi que les volailles ; • Commerce facile avec les dominicains ; • Certains endroits peuvent potentiellement développer la canne à sucre ; • Potentiel de développement de l’élevage (bovin, caprin) ; • Familiarisation avec la charrue à traction animale (utilisation pour labourer et semer l’arachide et le maïs). • Grave problème d’abreuvement et d’affouragement du bétail pendant la période sèche ; • Activité agricole risquée à cause de la faible disponibilité et de l’irrégularité des pluies (longue saison sèche) ; • Problème de main d’œuvre, • Absence d’encadrement technique ; • Nombre d’attelages insuffisant ; • Absence de structures de financement des activités agricoles ; • Insuffisance des bovins de trait. Périmètres irrigués • Disponibilité de l’eau d’irrigation (au niveau des périmètres et dans l’entourage des lacs collinaires) • Bonnes terres au niveau du périmètre • Possibilité d’amélioration des rendements des cultures ; • Possibilité d’augmenter le nombre de campagnes agricole par année. • Absence d’encadrement technique ; • Problème de marché pour les produits maraîchers ; • Problèmes agronomiques de toutes les sortes ; • Non organisation des usagers au niveau des périmètres ; • Mauvaise gestion de l’eau au niveau des périmètres ; • Indisponibilité des intrants notamment des semences de haricot pour les plantations de décembre, ainsi que des engrais et des pesticides pour faire face aux problèmes de pestes. • Dégradation des bassins versants surplombant les périmètres irrigués ; • Dégradation avancée des infrastructures (canaux et autres ouvrages de distribution de l’eau) ; • Structure de gestion inadaptée et inopérationnelle ; • Mauvaise gestion de l’eau à la parcelle ; • Faible niveau de taxation (11.2 gourde/année) • Inexistence des outils de gestion de l’eau ; • Coût élevé de la main d’œuvre ; • Problèmes liés à la préparation du sol. Récapitulatif des problèmes identifiés : Les problèmes identifiés au cours de la réalisation de ce diagnostic, à travers les ateliers communaux, les observations directes sur le terrain, les rencontres thématiques et l’étude de la documentation disponible peuvent être regroupés en 6 grandes catégories, à savoir : 1. La carence en infrastructures de base et en infrastructures économiques permettant de valoriser le potentiel existant et de l’améliorer. À ce titre nous pouvons mentionner : • Le mauvais état du réseau routier tant sur le Haut Plateau que dans les axes reliant le haut Plateau au zones de distribution de sa production • La quasi inexistence d’électricité qui stimulerait les investisseurs à venir s’installer dans la région. • La sous exploitation du potentiel d’irrigation exprimée par le fait que seulement 10% des terres potentiellement irrigables le sont effectivement • La sous valorisation du potentiel de création de retenues collinaires qui permettraient d’améliorer l’infiltration et la disponibilité de l’eau pour les cultures et les animaux 2. la faiblesse de l’encadrement technique tant au niveau de l’orientation et de la définition des politiques, normes et procédures qu’au niveau de la production et la vulgarisation de solutions techniques aux problèmes auxquels sont confrontés les acteurs du secteur agricole. À ce titre, nous pouvons mentionner : • l’absence de structures d’expérimentation et de recherche malgré l’existence d’au moins 4 fermes d’État dans le haut Plateau • la multiplicité de problèmes techniques auxquels les agriculteurs doivent face • le manque de leadership de la Direction départementale agricole du Centre sur les autres institutions intervenant dans l’agriculture • l’absence d’une stratégie de formation des agriculteurs afin d’assurer une augmentation progressive du niveau de ces derniers • l’absence de régulation dans l’utilisation de l’espace 3. Le faible niveau d’équipement de l’agriculture permettant d’améliorer les performances et de créer de la valeur ajoutée aux productions de base. En ce sens, nous pouvons souligner • L’insuffisance d’équipements pour le travail du sol, en particulier les charrues à traction animale et les tracteurs • La quasi-inexistence d’équipement de stockage, de séchage et de transformation des produits, à part la canne à sucre qui bénéficie d’un équipement le plus souvent désuet 4. La mauvaise organisation des marchés d’amont et d’aval liés au secteur agricole qui entraîne : • Des difficultés d’accès aux intrants et outils agricoles • Le faible niveau d’organisation des producteurs et leur fragilité dans les négociations avec les acheteurs (particulièrement les Dominicains et les acheteurs venant de Port-au-Prince 5. la faiblesse de la capacité d’investissement des opérateurs du secteur à cause du niveau de décapitalisation, de la non disponibilité de sources de crédit agricole et du niveau relativement élevé de risques. 6. Le manque d’articulation entre l’agriculture et les autres activités économiques dans la région. Récapitulatif des atouts du Haut Plateau Central ◦ Une relative disponibilité en ressources, particulièrement en terre. Avec une densité démographique de 115 habitants au kilomètre carré, le Haut Plateau Central permet la constitution d’exploitations viables économiquement. ◦ Des sols généralement profonds. Par endroits, surtout dans la partie ouest du Haut Plateau, on trouve des sols de plus de 20 mètres de profondeur. ◦ Un positionnement géographique favorable par rapport aux marchés avec des distances oscillant autour de 100 kilomètres d’au moins 4 centres importants de consommation. ◦ Une dynamique organisationnelle intéressante avec la présence d’organisations de base et d’organisations faîtières bien implantées. ◦ Un niveau de dégradation de l’environnement non encore catastrophique avec seulement 15% des sols présentant des risques graves et très graves d’érosion. ◦ Un potentiel important de développement éco-touristique qui peut exercer un effet d’entraînement sur l’agriculture ◦ Un potentiel hydroélectrique suffisant pour couvrir les besoins de la région VII. Conclusion Générale Tout en étant pratiquée par plus de 80% des familles du Haut Plateau Central, l’agriculture représente, aux yeux de la population une activité de second ordre. Elle est réalisée au sein d’exploitations agricoles de faible dimension utilisant un équipement rudimentaire. L’outillage est principalement constitué d’outils manuels comme la houe et la machette. La seule avancée technologique notable de ces 15 dernières années consiste en une utilisation croissante de la charrue à traction animale sous l’influence d’un manque de main d’œuvre provoqué pour une émigration de plus en plus importante. Les engrais chimiques ou naturels les semences améliorées, les pesticides naturels ou chimiques ne sont utilisés que par une infime fraction des agriculteurs. Il n’est pas étonnant que dams ces conditions, les performances de cette agriculture soient faibles. Ajouté à tout cela, l’absence d’un système de financement de l’activité agricole, la désorganisation des circuits commerciaux, la carence en équipements, le mauvais état des infrastructures de base l’absence de formation des agriculteurs et carences de l’encadrement technique ne permettent pas aux producteurs de tirer parti de ce qu’ils arrivent quand même à produire. Cette agriculture tournée vers une logique de substance attire de moins en moins de jeunes et ceux qui restent dans le secteur ne le font pas par choix mais par obligation. Il y a certes eu, au cours des 40 dernières années, des initiatives de l’Etat, des ONG, des organisations internationales et locales pour dynamiser le secteur. Cependant, aucune d’entre elles n’a véritablement en un impact majeur ni n’a réussi à infléchir la tendance à la décapitalisation, à la régression. A l’analyse, il s’avère qu’aucune de ces initiatives n’est sortie de cette logique,la substance. Beaucoup d’actions s’apparentent à du saupoudrage et sont faites de façon éparpillée. Aucun cadre ordonné d’intervention n’a été défini. Aucun investissement stratégique de base tendant à créer les conditions de valorisation du potentiel de production n’a été réalisé. Une conjoncture nouvelle se développant au cours des dernières années permet cependant d’espérer un changement de cap. Cette conjoncture est marquée notamment par : Une prise de conscience de la part des principaux décideurs et acteurs locaux et régionaux de la nécessité de changement de logique et de stratégie. Il faut abandonner la logique de substance pour s’ouvrir plus à une logique d’accumulation. De nouvelles opportunités de marchés sous la double influence d’une expansion du marché dominicain et de plus grandes ouvertures sur les marchés de Port-au-Prince et du Cap-Haïtien ainsi que des marchés d’exportation. Une prise de conscience de la nécessité de définir un cadre ordonné d’investissement, ce qui a donné lieu à l’élaboration du présent dossier. Une nouvelle dynamique a même commencé à se développer. Grâce à l’initiative d’organisations faîtières comme le Mouvement Paysan de Papaye, la communauté des Petits Frères et Petites Sœurs de l’Incarnation, les Petits Frères et Petites Sœurs de Sainte Thérèse, le CSDI ainsi que celle d’investisseurs privés comme Frantz Mevs, de nouveaux modèles d’exploitation d’un niveau technologique plus avancé commencent à se développer. De même, certains producteurs moyens ayant une tendance à la spécialisation (surtout dans l’élevage) commencent à apparaître. Ces nouveaux modèles ainsi que les nouvelles opportunités peuvent avoir un effet d’entraînement sur l’ensemble du secteur. Il faut profiter de ce momentum pour réaliser le décollage de l’agriculture dans le Haut Plateau Central. Bien entendu, le faible niveau de performance et de rentabilité de l’agriculture paysanne actuellement pratiquée interdit de penser à un développement réel sans un apport externe consistant et soutenu. Cet investissement doit provenir tant de l’état que du secteur privé, les investissements publics se faisant dans des actions stratégiques susceptibles de stimuler les investissements privés. L’ensemble de ces réflexions sous-tend le plan de développement dont les grandes lignes sont présentées dans le volume 3 de cette série. REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1- Projet de mise en valeur du Plateau Central, Les sols et l`irrigation. SCET INTERNATIONAL, 1980. 2- Analyse Régionale des Potentialités Economiques. GTZ, juillet 2002. 3- Mission d’Appui à la Planification et la mise en œuvre des interventions de la DDA Centre dans l’aire du Haut Plateau Central. Michel Brochet et Alex Bellande, mars 2003. 4- Appréciation des échanges commerciaux agricoles transfrontaliers entre la République Dominicaine et Haïti. Resal Haïti, septembre 2001. 5- Eléments de la problématique départementale, Plateau Central. MPCE, novembre 1997. 6- Transformation de la canne à sucre en Haïti. Diagnostic technologique et propositions d’améliorations. IRAM & AGRICORP, Octobre 1997. 7- Diagnostic de la filière pois Congo dans la commune de Thomassique. Mathieu Wilson, Novembre 2003. 8- Zonage agro écologique à l échelle des sections communales, CNSA, 1999 9- Etude de capitalisation des premières expériences en matière de retenues collinaires dans le Haut Plateau, PROTOS HAITI, avril 2002 10- Caractérisation des activités autour de la filière argile dans le Haut Plateau Central, FAES octobre 2003 11- Diagnostic du district agricole de Hinche, GTZ Novembre 1989 12- Mission d’appui de la direction générale du MARNDR au PDR centre, Henriot Nader, Mai 2003 13- Programme d`action pour le développement (HAITI 2001-2010), MPCE, Novembre 2000 14- Etude et Perspectives de la filière Canne à Sucre à Cerca Carvajal. Intell Consult, mars 2004.