(FY2025-Q4) Rapport d'exécution budgétaire Au 30 septembre 2025
Resume — Ce rapport de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) analyse l'exécution budgétaire d'Haïti pour l'exercice fiscal 2024-2025 au 30 septembre 2025. Il évalue la mobilisation des ressources budgétaires, l'exécution des dépenses publiques (courantes et d'investissement) et l'équilibre budgétaire global. Le rapport examine également la conformité du rapport du Ministère de l'Économie et des Finances (MEF) avec les exigences légales et formule des recommandations pour renforcer la transparence et l'efficacité de la gestion budgétaire.
Constats Cles
- Le rapport d'exécution budgétaire 2024-2025 du MEF n'est pas conforme aux exigences de la LEELF concernant les Comptes Généraux.
- Les recettes domestiques, notamment douanières et pétrolières, ont montré une bonne performance, dépassant ou atteignant presque les prévisions.
- Le solde budgétaire global reste déficitaire de 2,74 milliards de gourdes après les opérations de financement, malgré un excédent de base initial.
- L'exécution des dépenses de capital, en particulier les programmes et projets, reste modérée à 40,52%, révélant une dépendance significative aux ressources externes.
- Les dépenses sociales et les transferts ont progressé de 97% en glissement annuel, mais le rapport du MEF manque d'indicateurs pour évaluer leur impact social ou leurs bénéficiaires.
Description Complete
Ce rapport, élaboré par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), offre une analyse complète de l'exécution budgétaire d'Haïti pour l'exercice fiscal 2024-2025, couvrant la période jusqu'au 30 septembre 2025. Il détaille l'évolution des ressources budgétaires, incluant les recettes domestiques, les dons et les financements externes, par rapport aux objectifs fixés. Le rapport évalue également de manière approfondie les dépenses publiques, en distinguant les dépenses courantes et les dépenses de capital, et analyse leurs répartitions et taux d'exécution.
En outre, la CSCCA examine la conformité du rapport d'exécution budgétaire soumis par le Ministère de l'Économie et des Finances (MEF) avec les dispositions légales et réglementaires en vigueur, notamment la LEELF. Il met en lumière le contexte macroéconomique, tant international que national, soulignant la récession économique persistante, l'inflation élevée et l'insécurité affectant l'activité économique et la sécurité alimentaire. Le rapport se conclut par des constats clés concernant la mobilisation des ressources, l'exécution des dépenses et l'équilibre budgétaire, proposant des recommandations pour améliorer l'autonomie financière, accélérer les investissements publics, renforcer la transparence des dépenses sociales et favoriser une croissance économique durable.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif
CSCCA
Rapport d’exécution budgétaire
Au 30 septembre 2025
2
Table des matières
SIGLES ET ABRÉVIATIONS .......................................................................................... 3
INTRODUCTION GÉNÉRALE ....................................................................................... 4
Cadre juridique ............................................................................................................... 4
Objectifs du rapport et méthodologie ........................................................................... 5
I. CONTEXTE DE L’EXÉCUTION DU BUDGET .......................................................... 7
1.1. Sur le plan international ....................................................................................... 7
1.2. Contexte national ................................................................................................ 7
II. DES RESSOURCES BUDGÉTAIRES ........................................................................ 8
2.1. Ressources domestiques ..................................................................................... 9
2.2. Dons et financements internes et externes ....................................................... 10
2.3. Réalisation des ressources ................................................................................. 12
III. EXÉCUTION DES DÉPENSES BUDGÉTAIRES .................................................... 13
3.1. Dépenses courantes ........................................................................................... 14
3.2. Dépenses de capital .......................................................................................... 15
IV. PRINCIPAUX CONSTATS DE LA COUR .......................................................... 17
4.1. Par rapport à la conformité du rapport soumis par le MEF .............................. 17
4.2. Par rapport aux ressources ................................................................................ 18
4.3. Par rapport aux dépenses .................................................................................. 19
PRINCIPALES RECOMMANDATIONS ........................................................................ 20
ANNEXES .................................................................................................................. 22
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SIGLES ET ABRÉVIATIONS
AGD Administration Générale des Douanes
BCE Banque Centrale Européenne
BRH Banque de la République d’Haïti
CNSA Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire
CNMP Commission Nationale des Marchés Publics
CSCCA Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
DGI Direction Générale des Impôts
FED Federal Reserve
FIP Fonds d’Investissement Public
ICAE Indicateur Conjoncturel d’Activité Économique
IHSI Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique
LEELF
Finances
Loi sur le processus d’Élaboration et d’Exécution des Lois de
MAST Ministère des Affaires Sociales et du Travail
MEF Ministère de l’Économie et des Finances
PIP Programme d’Investissement Public
TEREDA Tableau d’Exécution des Recettes Encaissées et des Dépenses
Autorisées
4
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1. Le présent rapport analyse l’exécution budgétaire de l’exercice fiscal
2024-2025 au 30 septembre 2025, telle que présentée par le Ministère
de l’Économie et des Finances (MEF). Son élaboration par la CSCCA
s’inscrit dans le respect des exigences constitutionnelles et légales.
La section suivante présente les principaux textes légaux et
règlementaires qui encadrent ce processus.
Cadre juridique
2. Les responsabilités de la Cour dans le processus d’élaboration et
d’exécution des lois de finances sont définies par un ensemble de
dispositions légales et règlementaires dont les principales sont les
suivantes :
• La Constitution de la République d'Haïti du 29 mars 1987,
amendée par la Loi constitutionnelle de 2011, en vertu de laquelle
la CSCCA exerce ses missions de contrôle des finances publiques
et d'évaluation de l'efficacité des dépenses de l'État.
• La Loi du 04 mai 2016 remplaçant le Décret du 16 février 2005 sur
le processus d’élaboration et d’exécution des lois de finances
(LEELF).
• La Loi du 10 juin 2009 fixant les règles générales relatives aux
marchés publics et aux conventions de concession d’ouvrage de
service public.
• Le Décret du 23 novembre 2005 établissant l’organisation et le
fonctionnement de la Cour Supérieure des Comptes et du
Contentieux Administratif.
• L’Arrêté du 17 septembre 1985 fixant les modalités d’application
du Décret du 4 octobre 1984 sur les Investissements publics.
5
• Les Arrêtés du 1
er
juin 2022 et du 14 avril 2025 fixant les seuils de
passation des marchés publics et les seuils d'intervention de la
Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP) suivant la
nature des marchés.
• L’Arrêté du 16 février 2005 portant règlement général de la
Comptabilité publique.
Objectifs du rapport et méthodologie
3. À travers ce rapport, la CSCCA poursuit l’objectif principal qui consiste
à analyser l’exécution du budget de l’exercice 2024 -2025 au 30
septembre 2025. De manière spécifique, il s’agit pour la Cour de / d’ :
• Analyser l’évolution des ressources budgétaires au regard des
objectifs fixés dans la loi de finances.
• Évaluer le niveau d’exécution des dépenses publiques ainsi que
leur répartition par nature et par composante.
• Examiner la conformité du rapport d’exécution budgétaire
soumis par le MEF aux dispositions légales et réglementaires en
vigueur.
• Formuler des constats et recommandations visant à renforcer la
transparence, l’efficacité et la soutenabilité de la gestion
budgétaire.
4. La Cour, pour la préparation de ce rapport, a recours à une approche à
la fois descriptive et analytique.
Dans un premier temps, les réalisations budgétaires sont présentées et
analysées au regard des prévisions retenues dans le budget 2024–2025,
selon les différents voies et moyens. Ensuite, la CSCCA rappelle les crédits
programmés et apprécie l’exécution des dépenses selon leur nature
(dépenses courantes et dépenses de capital).
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5. Un accent particulier est mis sur les dépenses de programmes et projets
communément appelées dépenses d’investissement réalisées dans les
secteurs économique, politique, culturel et social. Des considérations
particulières sont portées sur le secteur social en raison de l’importance
du Ministère des Affaires Sociales et du Travail (MAST) dans le budget
2024 – 2025 et des besoins sociaux pressants de la population haïtienne.
6. Le rapport présente également les principaux constats de la Cour
découlant de l’analyse du rapport d’exécution budgétaire transmis par
le MEF, notamment en ce qui concerne la mobilisation des ressources,
l’exécution des dépenses publiques, l’équilibre budgétaire ainsi que la
conformité du document aux dispositions légales et réglementaires en
vigueur.
7. Ces constats portent principalement sur le niveau de réalisation des
ressources budgétaires, l’exécution des dépenses courantes et de
capital, la soutenabilité de l’équilibre budgétaire ainsi que la conformité
du rapport du MEF aux exigences prévues par la LEELF.
8. La CSCCA s'intéresse également aux objectifs macroéconomiques fixés
par le gouvernement en début d'exercice. L'appréciation de ces
objectifs permet de situer l'exécution budgétaire dans son contexte
économique global et d'évaluer dans quelle mesure les hypothèses
retenues lors de l'élaboration du budget se sont concrétisées.
9. Les données utilisées sont particulièrement tirées du rapport sur
l’exécution budgétaire transmis à la CSCCA par le MEF, en particulier
celles issues du Tableau d’Exécution des Recettes Encaissées et des
Dépenses Autorisées (TEREDA) qui y est annexé.
7
I. CONTEXTE DE L’EXÉCUTION DU BUDGET
1.1. Sur le plan international
10. L’exercice budgétaire 2024-2025 s’est déroulé dans un contexte
international marqué par un ralentissement de la croissance mondiale,
une montée des tensions commerciales et des incertitudes
géopolitiques persistantes. Le durcissement de certaines politiques
tarifaires et commerciales dans les grandes économies, notamment
aux États-Unis, a contribué à maintenir des perturbations sur les chaînes
d’approvisionnement mondiales et à exercer des pressions sur les coûts
logistiques et les prix internationaux.
11. Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance mondiale en
2024-2025 devrait se maintenir autour de 3 %, un niveau inférieur aux
moyennes historiques observées avant la pandémie. Malgré une
désinflation progressive dans plusieurs régions, les banques centrales
maintiennent des politiques monétaires prudentes afin de contenir les
risques inflationnistes et préserver la stabilité financière internationale.
12. Parallèlement, la Banque mondiale a souligné que le maintien de taux
d’intérêt élevés et le ralentissement du commerce international
continuent de peser sur les perspectives économiques des pays
émergents et en développement. Dans ce contexte, les économies
fortement dépendantes des importations, des transferts de fonds ou des
matières premières demeurent particulièrement exposées aux chocs
externes et à la volatilité de l’environnement économique international.
1.2. Contexte national
13. Sur le plan interne, l’économie haïtienne a poursuivi sa trajectoire
récessive au cours de l’exercice 2024 -2025. Selon les Comptes
économiques 2025 de l’IHSI, le Produit intérieur brut (PIB) réel s’est
contracté de 2,7 %, marquant ainsi une septième année consécutive de
8
baisse de l’activité économique. En effet, depuis l’exercice fiscal 2018-
2019, l’économie enregistre une contraction moyenne annuelle de 2,4
%, traduisant l’incapacité persistante du pays à renouer avec une
dynamique de croissance durable. Cette détérioration s’inscrit dans un
contexte de crise sécuritaire, politique et sociale prolongée ayant
fortement désorganisé les circuits de production et de distribution.
14. L’insécurité continue de peser lourdement sur l’économie nationale. Les
blocages des routes stratégiques, les actes de rançonnage, les
perturbations logistiques ainsi que le ralentissement des activités
portuaires et aéroportuaires ont considérablement réduit les marges de
manœuvre des agents économiques. Cette situation a affecté
l’ensemble des grands secteurs de l’économie, notamment l’agriculture,
la construction, le commerce, le transport et les services.
15. Dans ce contexte de forte fragilité économique, les pressions
inflationnistes sont demeurées élevées au cours de l’exercice fiscal 2024-
2025. L’Indice des Prix à la Consommation (IPC) a enregistré une variation
moyenne annuelle de 28,3 % en 2025, contre 25,8 % l’année précédente.
Selon l’IHSI, cette accélération de l’inflation s’explique principalement
par les contraintes sécuritaires, les perturbations des circuits de
distribution, le renchérissement des coûts de transport ainsi que la
faiblesse persistante de l’offre interne, notamment agricole. Cette
situation a davantage aggravé la vulnérabilité des ménages et
contribué à l’augmentation de l’insécurité alimentaire, dans un contexte
où plus de 5,7 millions de personnes se trouvent en situation d’insécurité
alimentaire aiguë.
II. DES RESSOURCES BUDGÉTAIRES
16. Au 30 septembre 2025, les ressources budgétaires encaissées par le
Trésor public se sont élevées à 237,06 milliards de gourdes, correspondant
à un taux d’exécution de 74,62%. Cette performance résulte
9
principalement de la bonne dynamique des recettes domestiques,
malgré une contribution limitée des financements externes.
2.1. Ressources domestiques
17. Les ressources domestiques, également appelées recettes courantes,
constituent la principale source de financement du budget global. Elles
ont atteint 194,77 milliards de gourdes au 30 septembre 2025, soit un taux
d’exécution de 91,96%.
18. Le deuxième trimestre a enregistré le niveau de mobilisation le plus
élevé sur la période couverte par ce rapport. En effet, les ressources
budgétaires mobilisées au cours de cette période se sont élevées à 50,18
milliards de gourdes, soit un taux de réalisation de 25,76%. Pour le premier
trimestre, les ressources encaissées ont totalisé 47,78 milliards de gourdes,
représentant 24,53% de l’exécution globale au 30 septembre 2025.
Quant au troisième trimestre, légèrement en retrait, il a enregistré un
montant de 46,97 milliards de gourdes, soit 24,11% des ressources totales
exécutées.
19. Les ressources domestiques se composent des recettes internes,
douanières et pétrolières. Au terme de l’exercice, les recettes internes se
sont élevées à 71,07 milliards de gourdes, soit 36,49% des recettes
courantes totales. Les recettes douanières ont atteint 92,10 milliards de
gourdes, représentant 47,29% des recettes courantes, tandis que les
recettes pétrolières se sont chiffrées à 31,18 milliards de gourdes, soit une
part de 16,01%.
20. Les « autres ressources domestiques » ont généré 419,82 millions de
gourdes, ce qui représente une part marginale de 0,22 % du total des
recettes courantes.
10
Figure 1 : Répartition des composantes des recettes courantes au 30 septembre
2025.
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
2.2. Dons et financements internes et externes
21. Les dons et les financements internes et externes ont constitué, à côté
des ressources domestiques, les autres « voies et moyens » prévus dans le
budget 2024 – 2025. Les données rapportées par le MEF indiquent qu’ils
ont faiblement contribué à la progression des ressources budgétaires.
Des dons
22. Les dons ont totalisé 20,87 milliards de gourdes, affichant un taux
de réalisation global de 30,69%. En glissement annuel, ils ont enregistré
une progression exceptionnelle de 216,38%. Ces ressources se sont
réparties entre les supports budgétaires qui se sont élevés à 2,46 milliards
de gourdes (11,79% du total des dons), et les aides-projets qui ont atteint
18,41 milliards de gourdes (88,21%).
23. Au cours des premier et deuxième trimestres de l’exercice, aucun
décaissement n’a été enregistré au titre des appuis budgétaires. Ce
n’est qu’au troisième trimestre qu’une mobilisation de 2,46 milliards de
Recettes
pétrolières
16%
Recettes
internes
37%
Recettes
douanières
47%
11
gourdes a été constatée, soit 88,16 % du montant prévisionnel de cette
catégorie.
24. La majeure partie des aides projets a été mobilisée dès le premier
trimestre, pour un montant de 16,14 milliards de gourdes, soit 87,66% de
l’exécution globale. Le deuxième trimestre a contribué à hauteur de
2,28 milliards de gourdes, soit 12,38%. Au total, les aides projets s'élèvent
à 18,41 milliards de gourdes, ce qui correspond à un taux de réalisation
de 28,23% par rapport aux prévisions.
Des financements
25. Les réalisations relatives à l’annulation de la dette envers le FMI
proviennent exclusivement des deux premiers trimestres de l’exercice.
Aucun mouvement n’a été enregistré au cours du second semestre. Au
30 septembre 2025, les réalisations cumulées de cette rubrique s’élèvent
ainsi à 22,30 millions de gourdes, correspondant à un taux d’exécution
de 1,74 % des prévisions établies.
26. Le rapport fait également état de ressources mobilisées à hauteur de
4,29 milliards de gourdes au titre des emprunts auprès du FMI, soit un taux
d’exécution de 75,70% par rapport aux prévisions établies pour la
période.
27. Au 30 septembre 2025, les opérations relatives aux Bons du Trésor ont
permis une mobilisation nette de 17,11 milliards de gourdes, soit un taux
d’exécution de 68,33 % par rapport aux prévisions établies pour
l’exercice. Comparativement à l’exercice précédent, cette rubrique
affiche une variation relative de -356,33 %, en raison notamment du
caractère négatif du solde enregistré en 2023-2024. Autrement dit, les
opérations de remboursement des Bons du Trésor ont évolué plus
rapidement que celles des émissions.
12
2.3. Réalisation des ressources
28. Au 30 septembre 2025, le taux de réalisation des ressources a été de
74,62 %. En effet, sur les prévisions totales de ressources de 317,70 milliards
de gourdes, le gouvernement a mobilisé environ 237,06 milliards de
gourdes, comme mentionné précédemment.
29. Le taux d’encaissement des recettes domestiques s’établissait à 91,96
% au terme de l’exercice. En effet, contre des prévisions de l’ordre de
211,79 milliards de gourdes, le gouvernement a encaissé 194,77 milliards
de gourdes au 30 septembre 2025.
30. Le taux de réalisation des ressources domestiques a notamment été
porté par les recettes douanières. Ces dernières ont affiché le deuxième
taux de réalisation le plus élevé (92,04 %). En effet, le gouvernement avait
prévu de mobiliser 100,06 milliards de gourdes de recettes douanières
pour l’exercice et plus de 92,10 milliards de gourdes ont été collectées
au 30 septembre 2025.
31. Le taux d’encaissement des recettes internes, autre composante des
ressources domestiques, a également été relativement élevé : 90,16 %.
Sur des prévisions de 78,82 milliards de gourdes, un total de 71,07 milliards
de gourdes a en effet été encaissé.
32. Les recettes pétrolières ont enregistré le taux de réalisation le plus élevé
en 2024-2025. Sur des prévisions de 30,40 milliards de gourdes, au 30
septembre 2025, 31,18 milliards de gourdes ont été encaissées pour un
taux de réalisation exceptionnel de 102,56 %.
33. Pour la composante « autres ressources domestiques » qui concerne
l’apport des entreprises publiques, un taux de réalisation relativement
faible de 16,79 % a été enregistré pour la période sous analyse. En effet,
si les prévisions pour l’exercice ont été de 2,5 milliards de gourdes, les
réalisations au 30 septembre 2025 n’ont atteint qu’environ 419,83 millions
de gourdes.
13
Figure 2 : Taux de réalisation des composantes des recettes courantes au 30
septembre 2025.
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
34. Des prévisions d’emprunts de 5,66 milliards auprès du FMI ont été
établies pour l’exercice. Au 30 septembre 2025, les décaissements ont
été de 4,29 milliards de gourdes. Le taux d’encaissement était alors de
75,70 %. Par ailleurs, le Gouvernement avait également prévu de
financer une partie du budget à travers l’annulation de 1,28 milliard de
gourdes de dette envers le FMI. Toutefois, au 30 septembre 2025, le
rapport d’exécution budgétaire affiche un taux de réalisation de
seulement 1,74%, soit un montant cumulé de 22,31 millions de gourdes.
35. Pour la composante « financements auprès de la BRH », aucun
mouvement n’a été rapporté au 30 septembre 2025 selon les données
qui accompagnent le rapport du MEF sur l’exécution du budget.
III. EXÉCUTION DES DÉPENSES BUDGÉTAIRES
36. Au 30 septembre 2025, sur des prévisions de 317,70 milliards de gourdes,
les dépenses budgétaires totales exécutées par le gouvernement ont
102.56%
90.16%
92.04%
16.79%
Recettes internes Recettes douanières Recettes pétrolières Autres recettes
domestiques
14
atteint 239,80 milliards de gourdes, soit un taux d’exécution de 75,48 %.
En glissement annuel, on observe une progression de 51,95 %.
36.1. Dépenses courantes
37. Les dépenses courantes regroupent les dépenses de personnel, les
dépenses en biens et services, les quotes-parts et subventions ainsi que
les intérêts de la dette. Au 30 septembre 2025, sur des prévisions de 188,41
milliards de gourdes, 95,43 % ont été exécutés, correspondant à un
montant de 179,80 milliards de gourdes. En glissement annuel, ces
dépenses ont progressé de 39,07 %. Elles ont représenté la part la plus
importante des dépenses totales exécutées (74,98 %), contre 25,02 %
pour les dépenses de capital.
38. Les dépenses de personnel ont constitué la majeure partie des
dépenses courantes (54,59 %). Au 30 septembre 2025, leur taux
d’exécution s’est établi à 96,85 %, soit un montant de 98,16 milliards de
gourdes, sur des prévisions de 101,36 milliards de gourdes.
39. Concernant les dépenses en biens et services, elles ont été de l’ordre
de 56,56 milliards de gourdes, réparties comme suit : 39,42 milliards de
gourdes hors interventions publiques et 17,14 milliards sur interventions
publiques. Le taux d’exécution des dépenses représente 93,17 % des
60,70 milliards de gourdes prévues.
40. Pour la composante « quote part et subvention », 21 milliards de
gourdes ont été exécutées sur des prévisions de 22,27 milliards de
gourdes ; soit un taux d’exécution de 94,28 % au 30 septembre 2025.
41. Il convient de noter que parmi les transferts et subventions, la dotation
spéciale allouée au secteur de l'énergie, notamment à l'Électricité d'Haïti
(EDH) et aux fournisseurs d'énergie électrique, s'est établie à 6,09 milliards
de gourdes, soit un taux d'exécution de 100 % par rapport aux prévisions.
Cette exécution intégrale témoigne de la charge que représente le
secteur de l’énergie pour les finances publiques.
15
42. Pour ce qui est de la composante « Intérêt de la dette » 4,08 milliards,
soit 100 % du montant prévu, ont été autorisés. Ce poste de dépense se
répartit entre l’intérêt interne qui en constitue 66,91 % (2,73 milliards de
gourdes) et l’intérêt externe, qui s’élève à 1,3 milliard de gourdes soit
33,08 %.
Figure 3 : Taux d'exécution des composantes des dépenses courantes au 30
septembre 2025.
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
3.2. Dépenses de capital
43. Inférieures aux dépenses courantes, les dépenses de capital exécutées
ont totalisé 60 milliards de gourdes, soit 46,41 % des 129,29 milliards de
gourdes prévues.
44. La composante « Programmes et projets » a constitué la part la plus
importante des dépenses de capital, représentant 75,03 % du montant
global exécuté, soit 45,02 milliards de gourdes. Toutefois, sur des
prévisions de 111,12 milliards de gourdes, le taux de réalisation ne s’est
établi qu’à 40,52 % au terme de l’exercice.
45. Il importe de préciser que sur les 45,02 milliards de gourdes de dépenses
de programmes et projets exécutées, 22,30 milliards, soit 49,53 %, ont été
100.00%
96.85%
94.30%
93.16%
Dépenses de personnel Dépenses biens et
services
Quote Part et Subventions Intérêt de la dette
16
financées par le Trésor Public, tandis que 18,41 milliards, soit 40,89 %,
proviennent des dons (aides-projets). Cette structure de financement
révèle une dépendance significative aux ressources externes pour
l'exécution des investissements publics, ce qui constitue un facteur de
vulnérabilité en cas de réduction des appuis des partenaires techniques
et financiers.
46. Sur le montant global exécuté, l’amortissement de la dette représentait
18,93 % des dépenses. Avec 11,36 milliards de gourdes exécutées sur des
prévisions de 13,92 milliards, le taux d’exécution de ce poste s’est établi
à 81,57 %. Toutefois, en glissement annuel, il a enregistré une variation
négative de 18,90 %.
47. Les immobilisations ont atteint 3,62 milliards de gourdes au terme de
l’exercice, soit 85,39 % des prévisions (4,24 milliards). Bien qu’en forte
progression de 108,33 % en glissement annuel, ce poste ne représente
qu’une part marginale de 6,03 % de l’exécution globale. Cette dépense
est portée par les immobilisations hors interventions publiques (97,23%)
contre seulement 2,91 % pour celles sur interventions publiques.
Figure 4 : Taux d'exécution des composantes des dépenses de capital au 30
septembre2025
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
Programmes et projets Immobilisation Amortissement de la dette
40.52%
81.57%
85.39%
17
IV. PRINCIPAUX CONSTATS DE LA COUR
4.1. Par rapport à la conformité du rapport soumis
par le MEF
48. Le “RAPPORT D’EXÉCUTION BUDGÉTAIRE 2024-2025" soumis par le
Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) à la Cour Supérieure des
Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) n’est pas conforme
aux prescrits de la Loi du 04 mai 2016 remplaçant le Décret du 16 février
2005 sur le processus d’élaboration et d’exécution des lois de finances
(LEELF).
49. La LEELF, dans son article 96, indique que « le Ministère chargé des
finances soumet au Parlement, dans les quinze (15) jours suivant la fin de
chaque trimestre, un rapport sur les Comptes Généraux et sur l’état
d’Exécution de la loi de finances ». Dans son article 57-b, la LEELF
présente les éléments constitutifs du Compte Général qui sont les suivants
:
• La balance générale des comptes de l’État.
• Le compte de résultat.
• Le bilan et ses annexes, à défaut d’un état des actifs et des
passifs financiers.
• Un tableau de flux de trésorerie.
• Un état de développement des recettes et des dépenses
budgétaires.
• Une évaluation des engagements hors bilan de l’État.
50. Le « RAPPORT D’EXÉCUTION BUDGÉTAIRE 2024 – 2025 » du MEF
présente l’état d’exécution de la loi de finances. Cependant, il ne
constitue pas un rapport sur les Comptes Généraux contrairement aux
vœux de la loi. En effet, les éléments constitutifs des Comptes Généraux
ne sont pas présentés par le Ministère dans son rapport.
18
4.2. Par rapport aux ressources
51. La CSCCA note favorablement la performance des recettes
douanières, dont le taux de réalisation (92,04 %) pourrait témoigner de
l’efficacité des dispositions mises en œuvre au niveau de l’Administration
Générale des Douanes (AGD).
52. La performance relative aux recettes internes est également notable,
affichant un taux de réalisation de 90,16 %. Les recettes pétrolières ont
également contribué à la mobilisation des ressources domestiques. Leur
taux de réalisation s’est établi à 102,56 %, dépassant ainsi les prévisions
initialement établies pour l’exercice.
53. La structure des ressources budgétaires montre que les recettes
courantes ont constitué la principale source de financement du budget
au cours de l’exercice. En effet, celles-ci représentent plus de 82 % des
ressources totales exécutées au 30 septembre 2025.
54. Par ailleurs, les opérations sur les Bons du Trésor ont permis de mobiliser
17,11 milliards de gourdes, correspondant à un taux d’exécution de 68,33
%. Cette situation traduit le recours continu de l’État aux instruments de
financement à court terme pour soutenir la trésorerie publique.
55. S'agissant des objectifs macroéconomiques fixés en début d'exercice,
la Cour relève que l'objectif d'inflation de 19,1 % n'a pas été atteint, le
niveau observé s'établissant à 31,9 % à la fin de l'exercice selon les
données de la BRH, soit un écart de près de 13 points de pourcentage
par rapport à la cible. Par ailleurs, le taux de réalisation global des
ressources (74,62 %) demeure en deçà des prévisions, reflétant les
contraintes structurelles et conjoncturelles qui ont pesé sur la mobilisation
des recettes publiques au cours de l'exercice.
56. La CSCCA encourage la poursuite des efforts entrepris par les autorités
afin de consolider les performances observées au niveau des recettes
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domestiques et de réduire progressivement la vulnérabilité des finances
publiques au regard des contraintes de financement externe.
4.3. Par rapport aux dépenses
57. Au 30 septembre 2025, l’exécution budgétaire a fait ressortir un solde
budgétaire de base excédentaire de 14,97 milliards de gourdes.
Toutefois, après prise en compte des opérations de financement, le solde
budgétaire global demeure déficitaire de 2,74 milliards de gourdes.
58. La Cour note par ailleurs que le solde budgétaire de base réalisé (14,97
milliards de gourdes) est inférieur de 8,40 milliards à la prévision initiale de
23,37 milliards, soit un écart de 35,9 %. Cet écart s'explique
principalement par la sous-réalisation des ressources totales et traduit
une fragilité persistante de l'équilibre budgétaire, malgré une maîtrise
globale satisfaisante des dépenses courantes.
59. La maîtrise globale des dépenses s’explique, en partie, par un niveau
d’exécution encore modéré des dépenses de programmes et projets,
dans un contexte marqué notamment par la faible mobilisation de
certaines ressources de financement. Toutefois, comparativement à
l’exercice précédent, la Cour observe une progression significative du
niveau d’exécution de ces dépenses : le taux d’exécution est passé de
14,36 % (environ 15,96 milliards de gourdes) lors de l’exercice antérieur à
40,52 % (soit 45,02 milliards de gourdes) au 30 septembre 2025.
60. La CSCCA relève que les dépenses relatives aux subventions et transferts
ont progressé de 97 % en glissement annuel. Toutefois, le rapport
d’exécution budgétaire transmis par le MEF ne présente aucun
indicateur permettant d’apprécier les effets ou la portée sociale de ces
dépenses, notamment en ce qui concerne le nombre de bénéficiaires,
la couverture des programmes sociaux ou les résultats effectivement
atteints. La CSCCA considère que l’opacité qui entoure ces dépenses
20
constitue un motif de préoccupation qui justifie une recommandation
spécifique.
61. La Cour juge néanmoins insuffisante l’exécution des dépenses de
programmes et projets au regard des besoins de relance économique
et des défis sociaux auxquels le pays demeure confronté. Dans le
contexte actuel, ces dépenses constituent un levier important pour le
soutien à l’activité économique et l’amélioration des conditions de vie
de la population.
PRINCIPALES RECOMMANDATIONS
Les principaux constats conduisent la Cour à recommander ce qui suit :
62. Renforcer les efforts de mobilisation des recettes publiques au niveau
de l’Administration Générale des Douanes (AGD) et de la Direction
Générale des Impôts (DGI), afin de consolider l’autonomie financière de
l’État, d’améliorer la résilience budgétaire et de réduire progressivement
la dépendance aux financements externes.
63. Accélérer la mise en œuvre des programmes et projets publics en
réduisant les contraintes administratives, logistiques, financières et
sécuritaires qui freinent l’exécution des investissements publics, tout en
renforçant les dispositifs de gouvernance, de transparence et de lutte
contre les pratiques susceptibles d’affecter l’efficacité de la dépense
publique.
64. Renforcer les mécanismes de coordination, de suivi et de mobilisation
des financements externes afin d’améliorer le taux de décaissement des
ressources prévues au budget et de soutenir plus efficacement les
programmes prioritaires de l’État.
65. Accorder une attention prioritaire aux dépenses sociales et aux
programmes de protection des populations vulnérables, dans un
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contexte marqué par l’aggravation de la pauvreté, la dégradation du
pouvoir d’achat et l’augmentation de l’insécurité alimentaire.
66. Renforcer la transparence dans la gestion et la présentation des
subventions et transferts en exigeant du MEF la publication d’un état
détaillé incluant les bénéficiaires, les montants individuels et les critères
d’attribution, conformément aux principes de transparence des finances
publiques.
67. Accélérer les réformes visant à améliorer le climat sécuritaire et
économique, notamment par la protection des circuits de distribution,
des infrastructures stratégiques et des activités productives, afin de
favoriser la relance de l’investissement, de la production nationale et de
la croissance économique durable.
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ANNEXES
1. Rapport d’Exécution du Budget 2024-2025.
2. Décret établissant le Budget de l’exercice fiscal 2024-2025.
3. Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances (LEELF).
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rapports : www.cscca.gouv.ht.
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