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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Tentative de libération au Parquet de Port-au-Prince :
Le RNDDH exige l’ouverture d’une enquête sur le comportement du magistrat Jeanty SOUVENIR
24 novembre 2022
I.
Introduction et Méthodologie
1.
Selon des informations parvenues au Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH),
le 11 novembre 2022, le substitut commissaire du gouvernement près le Tribunal de première
instance de Port-au-Prince, Maître Jeanty SOUVENIR, a tenté de libérer Amos EDMOND et Signoly
EDMOND, deux (2) inculpés poursuivis pour assassinat alors que leur dossier est pendant par devant
le cabinet d’instruction d’un magistrat.
2.
Ayant été informé de cette tentative par des proches de la victime, le RNDDH a
immédiatement diligenté une enquête. Il se fait le devoir de partager avec l’opinion publique, les
informations recueillies sur le terrain, autour de ce dossier.
3.
Dans le cadre de cette enquête, le RNDDH s’est entretenu avec :
•
•
•
•
•
II.
Trois (3) proches de Gabriel FRANÇOIS, la victime d’assassinat ;
Les inculpés Amos EDMOND et Signoly EDMOND ;
Le juge d’instruction Martel JEAN-CLAUDE ;
Le substitut commissaire du gouvernement Jeanty SOUVENIR ;
Des membres de la communauté de l’Anse-à-Galets.
Les Faits tels que reconstitués par le RNDDH
4.
Dans la soirée du 19 au 20 juin 2021, Gabriel FRANÇOIS, âgé de quatre-vingt-six (86) ans, a été
assassiné à Nan Café, une localité de la commune d’Anse-à-Galets.
5.
La victime, accompagnée de sa nièce Dermilia SOIRO, rentrait chez lui ce soir-là. Ils ont voulu
prendre une motocyclette. Cependant, il manquait le marchepied à celle qui a été requise pour les
ramener, conduite par le sieur Mézidor ST-LOT. Gabriel FRANÇOIS et Dermilia SOIRO ont décidé de
ne pas la monter en raison du fait que Gabriel FRANÇOIS aurait alors eu trop de difficultés à s’asseoir
sur la motocyclette en question.
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RNDDH – Rapport/A22/No13
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6.
Amos EDMOND et son fils Signoly EDMOND qui se tenaient non loin de Gabriel FRANÇOIS et
de Dermilia SOIRO ont proposé à Dermilia SOIRO de faire la course avec Mézidor ST-LOT,
promettant d’accompagner eux-mêmes Gabriel FRANÇOIS chez lui. Elle a accepté. Mais son oncle
n’est jamais rentré à la maison.
7.
A l’aube du 20 juin 2021, Dermilia SOIRO qui avait alerté la communauté de la disparition de
son oncle, l’a cherché sans succès. Dans le courant de la journée, le corps sans vie et ensanglanté de
Gabriel FRANÇOIS a été découvert sous une chute d’eau.
8.
Jérémie LAPOINTE, membre du Conseil d’Assemblée des Sections Communales (CASEC) de
l’Anse-à-Galets, a procédé au constat du cadavre avant d’ordonner de le lever et de le déposer dans
une morgue de la ville.
9.
Le 22 juin 2021, le juge Junior ALTENOR du Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets, a auditionné
Amos EDMOND et son fils Signoly EDMOND. Ils ont été arrêtés puis transférés au Commissariat de
l’Anse-à-Galets, en attendant que les informations préliminaires soient complétées pour leur
acheminement ainsi que le dossier, au Parquet près le Tribunal de première instance de
Port-au-Prince.
10. Deux (2) jours après, soit le 24 juin 2021, Mezidor ST-LOT - le conducteur de la motocyclette
qui avait ramené Dermilia SOIRO chez elle - a lui aussi été arrêté et auditionné par le juge de paix.
Il a été relâché le 7 juillet 2021.
11. L’enquête du RNDDH révèle cependant que le magistrat Junior ALTENOR a ordonné la
libération de Mezidor ST-LOT contre pot-de-vin. L’argent réclamé par le magistrat a été transféré
en Haïti par plusieurs personnes vivant à l’étranger dont Guymet ST-LOT, qui vit au Canada. Il est
le neveu de Mezidor ST-LOT.
12. Le 13 août 2021, Amos EDMOND et Signoly EDMOND ainsi que le rapport préliminaire du
magistrat de paix, ont été déférés au Parquet près le Tribunal de première instance de
Port-au-Prince. Ils ont été auditionnés par le substitut commissaire du gouvernement Jeanty
SOUVENIR en absence de leurs avocats. Ces derniers avaient alors choisi de ne pas assister Amos
EDMOND et Signoly EDMOND parce qu’ils voulaient négocier un désistement monnayé avec les
avocats de la partie civile, ce qui aurait facilité la libération ultérieure de leurs clients. Amos
EDMOND et Signoly EDMOND ont ce jour-là été écroués à la Prison civile de Port-au-Prince.
13. Dans l’intervalle, la famille de Gabriel FRANÇOIS n’a cessé de faire l’objet de menaces verbales
de la part des proches des EDMOND.
14. Le dossier a été transmis au doyen du Tribunal de première instance de Port-au-Prince qui a
désigné le juge instructeur Merlan BELABRE pour instruire le dossier. En mars 2022, le magistrat
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Merlan BELABRE s’est dessaisi de l’affaire, son mandat étant arrivé à terme. Le magistrat Martel
JEAN-CLAUDE a alors été désigné.
15. A la surprise générale, le 11 novembre 2022, le substitut commissaire du gouvernement
Jeanty SOUVENIR a ordonné l’extraction judiciaire des inculpés. Il les a entendus le même jour et a
ordonné leur libération. Il s’en est suivi un tollé au Parquet. En effet, plusieurs personnes présentes
fustigeaient le comportement du magistrat Jeanty SOUVENIR qui a été obligé de revenir sur sa
décision de libérer Amos EDMOND et Signoly EDMOND. Ils ont donc été refoulés en prison.
16. Selon ce qui a été rapporté au RNDDH, cette extraction judiciaire qui aurait dû déboucher
sur la libération de Amos EDMOND et de Signoly EDMOND, leur a coûté la coquette somme de dix
mille (10.000) dollars américains. Ce montant a été apporté au magistrat par Yvon EDMOND luimême frère d’Amos EDMOND et par conséquent, oncle de Signoly EDMOND.
III.
Entrevue avec les inculpés Amos EDMOND et Signoly EDMOND
17. Dans le cadre de cette enquête, Amos et Signoly EDMOND ont été rencontrés par le RNDDH.
Ils ont démenti avoir été extraits et en ont profité pour affirmer que leur avocat, Maître Fritz
ALTENOR a été assassiné à l’Avenue Christophe le 20 janvier 2022. Depuis, ils n’ont pas d’avocat. De
plus, ils estiment que Dermilia SOIRO les a accusés à tort d’avoir assassiné son oncle Gabriel
FRANÇOIS.
18. Toutefois, le RNDDH confirme qu’en date du 11 novembre 2022, huit (8) détenus de la Prison
civile de Port-au-Prince ont été extraits, dont cinq (5) sur ordre du substitut commissaire du
gouvernement Jeanty SOUVENIR. Parmi eux figurent Amos EDMOND et Signoly EDMOND. Ils ont été
reconduits à la prison dans l’après-midi.
19. Par ailleurs, le RNDDH a appris que dans la communauté de l’Anse-à-Galets, les EDMOND
sont très remontés contre le magistrat Jeanty SOUVENIR qui avait promis de libérer Amos EDMOND
et Signoly EDMOND dès qu’il aurait reçu le pot-de-vin exigé.
IV.
Entrevues avec les magistrats Martel JEAN-CLAUDE et Jeanty SOUVENIR
20. Le 23 novembre 2022, le magistrat Martel JEAN-CLAUDE avec qui le RNDDH s’est entretenu,
n’a pas pu confirmer sa désignation pour l’instruction judiciaire du dossier en question. Il a au
contraire, affirmé n’avoir pas encore entamé son enquête, vu que depuis l’occupation du palais de
justice de Port-au-Prince en date du 10 juin 2022, par les bandits armés de Village de Dieu dirigés par
Johnson ANDRE alias Izo 5 secondes, il ne dispose d’aucune chambre criminelle pour travailler.
21. Le magistrat Martel JEAN-CLAUDE n’était pas non plus au courant de l’extraction judiciaire
ordonnée par le magistrat Jeanty SOUVENIR.
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22. De plus, selon ce que le RNDDH a appris, ce n’est que récemment que le doyen du Tribunal
de première instance de Port-au-Prince, Maître Bernard SAINT-VIL a affirmé à certains magistrats-tes
être en train d’entreprendre des démarches en vue de leur permettre de disposer d’un espace de
travail.
23. Le même jour, le RNDDH s’est aussi entretenu avec le magistrat Jeanty SOUVENIR sur les
accusations portées contre lui. Il a affirmé avoir effectivement extrait Amos EDMOND et Signoly
EDMOND, en vue de confirmer leur présence à la Prison civile de Port-au-Prince. Le magistrat en a
profité pour démentir l’information selon laquelle il a reçu dix-mille (10.000) dollars pour procéder
à la libération des inculpés susmentionnés, arguant qu’il ne pourrait jamais s’impliquer dans un
scandale de corruption pareil, après plus de trente (30) années de carrière dans la magistrature.
V.
Rappel sur le comportement passé du magistrat Jeanty SOUVENIR
24. Le magistrat Jeanty SOUVENIR a été mis en disponibilité le 23 janvier 2020, en raison de son
comportement dans plusieurs dossiers. Rappelons-en quelques-uns :
25. Le magistrat Jeanty SOUVENIR était impliqué dans un cas de coups et blessures volontaires et
menaces d’assassinat. En effet, le 4 juin 2016, à Cazeau, le véhicule de marque Nissan Frontier de
couleur grise immatriculé au numéro SE-07033, que conduisait le magistrat Jeanty SOUVENIR a été
heurté par celui piloté par Guibert SAINT CLAIR. Le feu arrière de la voiture à bord de laquelle se
trouvait le magistrat SOUVENIR a été brisé.
26. Le magistrat, n’ayant pas voulu entendre les propositions amiables de Guibert SAINT CLAIR,
a au contraire menacé de lui disloquer les jambes et de le faire jeter en prison. Resnord DIVERT qui
accompagnait Guibert SAINT CLAIR a pour sa part, été giflé en pleine rue, battu par le magistrat qui
lui a reproché de s’être ingéré dans une discussion qui ne le concernait pas. Il a alors dégainé son
arme et menacé de s’en servir contre Guibert SAINT CLAIR et Resnord DIVERT.
27. Les deux (2) victimes, sentant leur vie en danger, s’étaient réfugiés au Sous-commissariat de
Cazeau. Le magistrat les y a suivis, et, au moment-même où ils exposaient le dossier au chef de
poste du jour, il les a sévèrement battus en présence du chef de poste, tout en leur reprochant
d’avoir osé porter plainte contre lui. Il a aussi confisqué le permis de conduire de Guibert SAINT
CLAIR.
28. Le RNDDH souligne aussi que ce n’est pas la première fois que le magistrat Jeanty SOUVENIR
a été obligé de revenir sur un ordre illégal de libération. A titre d’exemple, le 13 avril 2019, le
substitut commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince
Maître Wesley PAUL a confié délégation de pouvoir à la Direction Centrale de la Police Judiciaire
(DCPJ) en vue d’approfondir une enquête relative à des actes attentatoires aux vies et aux biens,
perpétrés par plusieurs individus armés opérant à La Saline. Le 19 avril 2019, la DCPJ a procédé à
l’arrestation de Willy ST VAL et de Audrienson JEAN.
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29. Le 22 avril 2019, le magistrat Jeanty SOUVENIR a ordonné au responsable de la Section
Départementale de la Police Judiciaire (SDPJ) de l’Ouest, de procéder à la libération des individus
susmentionnés. La SDPJ a donné suite à l’injonction.
30. Les supérieurs hiérarchiques du magistrat Jeanty SOUVENIR, offusqués de l’intervention
irrégulière et totalement inacceptable de ce dernier, avaient alors exigé que les deux (2) individus
ayant bénéficié de cet ordre illégal de libération soient réappréhendés. Et, encore une fois, le
magistrat Jeanty SOUVENIR a surpris tout le monde en procédant, au lendemain-même de cette
injonction, à l’arrestation de Willy ST VAL et d’Audrienson JEAN, ceux-là mêmes qu’il avait libérés
la veille.
VI.
Commentaires et Recommandations
31. Le RNDDH tient à rappeler que tout citoyen, sans distinction aucune, a droit au respect de
ses garanties judiciaires. Et, il est regrettable qu’à cause du comportement des autorités judiciaires
haïtiennes, les justiciables - qui ont totalement perdu confiance en elles - soient toujours obligés de
scruter leurs actions, en vue d’éviter autant que possible, la violation de leurs droits.
32. Le RNDDH juge inacceptable que même dans les cas de mort d’homme, si les proches des
victimes s’en remettent à la Justice, le dossier n’aboutira pas par devant une instance de jugement.
33. Le RNDDH estime que le magistrat Jeanty SOUVENIR n’a nullement le droit d’interférer dans
un dossier alors que celui-ci est pendant par devant le Cabinet d’instruction et que les ayants-droits
de la victime attendent que Justice leur soit rendue. De plus, la tentative lamentable du magistrat
d’expliquer la raison pour laquelle il avait ordonné l’extraction des inculpés Amos EDMOND et
Signoly EDMOND ne tient pas la route, car, aucune rumeur de leur libération ne circulait.
34. Par conséquent, le comportement du magistrat constitue une violation flagrante du principe
de légalité des poursuites qui exige que toute infraction soit poursuivie ; et du principe de
séparation de poursuite, d’instruction et de jugement. Il s’agit de principes édictés pour protéger
les libertés individuelles, dans le respect des garanties judiciaires de toutes les parties impliquées
dans un dossier.
35. Par ailleurs, le RNDDH croit que suite au tollé provoqué par la tentative de libération des
inculpés Amos EDMOND et Signoly EDMOND, le chef du Parquet près le Tribunal de première
instance de Port-au-Prince Maître Jacques LAFONTANT aurait dû acheminer un rapport
circonstancié au ministère de la Justice et de la sécurité publique, pour l’ouverture d’une enquête.
Ceci n’a pas été fait.
36. Fort de tout ce qui précède, le RNDDH recommande au ministère de la Justice et de la
Sécurité publique de :
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comportement du magistrat Jeanty SOUVENIR
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•
Ouvrir immédiatement une enquête sur le comportement du substitut commissaire du
gouvernement Jeanty SOUVENIR, dans cette tentative de libération des inculpés Amos
EDMOND et Signoly EDMOND.
•
Certifier de tout le personnel judiciaire affecté au Parquet près le Tribunal de première
instance de Port-au-Prince.
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