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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Rapport du RNDDH sur la situation de
tension à Grand-Goâve
6 mars 2013
I. Introduction
Depuis plusieurs mois, la commune de Grand-Goâve est le théâtre d’une situation
de vive tension ponctuée d’actes de banditisme, de voies de fait, de viols, d’incendies,
d’assassinats, etc. Cette situation qui a déjà atteint une ampleur démesurée,
s’aggrave chaque jour avec le spectre d’un affrontement armé entre les
protagonistes.
C’est dans ce contexte que le Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH) a jugé nécessaire de diligenter une enquête dans ladite commune. Le
rapport suivant, assorti de recommandations, présente à tous ceux que la question
intéresse, les conclusions des investigations de l’organisation.
II. Présentation de Grand-Goâve
Située à cinquante-deux (52) kilomètres au sud-ouest de Port-au-Prince, la
Commune de Grand-Goâve compte une population de plus de cent vingt-cinq
(125.000) habitants, répartis dans sept (7) sections communales :
1. Tête-à-Boeuf 1
2. Tête-à-Boeuf 2
3. Moussambé 3
4. Moussambé 4
5. Grande Colline 5
6. Grande Colline 6
7. Gérard
La superficie de cette commune est de deux cent soixante quatre kilomètres carré
vingt trois centièmes (264km2 23).
III.
Méthodologie de l’enquête
Dans le cadre de cette enquête, le RNDDH s’est entretenu avec :
Les autorités religieuses ;
Les autorités municipales ;
Les autorités judiciaires ;
Les autorités policières ;
Les autorités onusiennes ;
L’ex-député Jean Marcel LUMERANT ;
Des partisans de l’ex-député Jean Marcel LUMERANT ;
L’actuel député, Joseph Franck LAPORTE ;
Des partisans de l’actuel député Joseph Franck LAPORTE ;
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Des victimes ;
Des riverains.
IV.Faits Antérieurs
1. Situation de la ville sur le plan politique
Les élections présidentielles et législatives de 2010 et 2011 étaient ponctuées dans
cette ville d’actes de violence. Les résultats pour la députation affichés par le
Conseil Electoral Provisoire (CEP) d’alors étaient violemment contestés,
paralysant toutes les activités de la commune. Le député Joseph Franck LAPORTE
est proclamé député pour la circonscription de Grand-Goave. Cependant, les
partisans du député sortant, candidat à sa propre succession, contestent ces
résultats arguant que ceux-ci ne reflètent pas la réalité du vote.
Le jeudi 12 mai 2011, à la suite d’une réunion réalisée au local du Commissariat de
Grand-Goave, une entente est signée entre les deux (2) groupes. Suivant cette
entente, ils travailleront ensemble en vue d’instaurer un climat de paix dans la
commune.
Etaient présents à cette rencontre :
1. Des représentants de la plateforme INITE dans la commune :
Jean Moïse LUMERANT
Archange LAGUERRE
Georges PIERRE-PAUL
2. Des représentants du parti politique ANSANM NOU FO :
Sadoc MILORD
Rodney JEAN
Claude MILHOMME
3. Des autorités locales :
Le Maire Principal de Grand-Goave, Joseph Jean-Pierre SALAM
Le Juge de Paix, Jean Michel JEAN VICTOR
Un représentant de la PNH, Harold JEAN, A4
4. Des membres de la population, représentant la radio communautaire
SAKA, à qui on doit l’initiative de la rencontre :
Frantz PASCAL
Jean Booz Vladimir BELLERICE
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A l’issue de cette rencontre, les deux (2) groupes politiques se sont entendus pour,
entre autres :
Garantir la liberté de mouvement de tous les citoyens de la commune ;
Garantir le fonctionnement normal du marché communal ;
Assurer la réouverture des classes ;
Contenir leurs partisans zélés afin d’éviter des actes de banditisme dans la
commune ;
Publier les résolutions adoptées.
Parallèlement, les élections sénatoriales partielles et locales devaient avoir lieu en
vue de combler le 1/3 du Sénat et de remplacer les élus locaux dont les mandats
arrivent à terme. Les élections n’étant pas réalisées, le 11 mai 2012, le Ministère
de l’Intérieur, des Collectivités Territoriales et de la Défense Nationale
publie une note selon laquelle les Maires issus des dernières élections locales sont,
dès à présent, nommés Agents Exécutifs Intérimaires. En ce sens, et dans le but
de corroborer cette note, un arrêté est signé par le Président de la République,
Michel Joseph MARTELLY, le Premier Ministre Laurent Salvador LAMOTHE, le
Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales Ronsard SAINT-CYR et
est publié dans le Moniteur # 195 du 14 novembre 2012. L’article 1er de cet arrêté
stipule :
« Sont nommés pour administrer la Commune de Grand-Goâve,
Département de l’Ouest, jusqu’aux prochaines élections, les citoyens :
Joseph Jean-Pierre SALAM,
Anis ALEXIS, Membre
Livenson KERNIZAN, membre. »
Les citoyens de Grand-Goâve semblent ne pas être au courant de cette décision,
ils ne font pas mention de ce nouveau cartel. Au contraire, ils affirment s’attendre à
ce que les maires actuels soient remplacés. C’est pourquoi ils décident de mener une
bataille en vue de porter l’Exécutif à révoquer le Maire Titulaire Joseph Jean-Pierre
SALAM.
Pour sa part, l’actuel député Joseph Franck LAPORTE était le second membre de la
Mairie de Grand-Goâve. Elu député, il est contraint d’abandonner son poste.
Aujourd’hui il est associé au Maire Titulaire Joseph Jean-Pierre SALAM et est
considéré comme son protecteur notamment auprès de l’Exécutif.
Aujourd’hui, la population de Grand-Goâve est divisée en trois (3) groupes :
Les neutres ou ceux qui se font passer pour tels, dans le but d’éviter les
représailles des groupes antagonistes ;
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Les deux (2) opposants politiques qui s’affrontent dans une bataille
dénommée par les riverains « la bataille des 10 contre les 22 » en
référence aux numéros respectivement attribués aux Candidats de la
Plateforme INITE et à ceux du parti politique ANSANM NOU FÒ. Les
premiers se retrouvent à Nan Sable, une localité située dans la première
section communale Tête à Bœuf. Elle se trouve du côté gauche de la ville de
Grand-Goâve, en allant vers le sud. Les seconds sont regroupés dans la
ville. Toutefois, il arrive que des partisans de l’un habitent dans la zone des
partisans de l’autre.
2. Lutte pour le remplacement du Maire titulaire Joseph Jean-Pierre
SALAM.
Un ensemble de citoyens affirment que la commune est mal gérée par le cartel à la
tête duquel se trouve le Maire Titulaire Joseph Jean-Pierre SALAM. En août 2012,
ils entament un mouvement de protestation. Ils reprochent au Maire d’avoir déjà
bouclé deux (2) mandats au terme desquels aucune amélioration n’est constatée
dans la ville. Au contraire, les actes de corruption s’intensifient. Les terres de la
commune sont vendues, des biens de la commune sont dilapidés, des montants
décaissés pour la construction de routes, de places publiques et de marchés sont
détournés.
De plus, il est reproché au Maire Joseph Jean-Pierre SALAM d’avoir violé pendant
plusieurs années sa filleule, placée chez lui, sous son autorité. La jeune fille aurait
subi, depuis l’âge de quinze (15) ans, des abus sexuels de la part du Maire. Elle est
aujourd’hui mère de deux (2) enfants dont le Maire est le père. Ce dernier impose
cette relation à sa propre femme qui ne peut rien en dire.
En raison de tous ces griefs, les protagonistes organisent plusieurs manifestations
pacifiques. Ils notifient les autorités policières et, ces manifestations sont encadrées
par des agents de la PNH et de la MINUSTAH.
V. Les Faits
Depuis le mois de novembre 2012, la lutte pour la mise à pied du Magistrat Joseph
Jean-Pierre SALAM prend une autre tournure. En effet, les protestataires, voyant
que leurs revendications ne sont pas prises en compte, décident de faire entendre
leur voix en utilisant la terreur. En ce sens, des tracts sont distribués dans la
commune, des jets de pierre et de tessons de bouteilles sont signalés. Des
pneumatiques enflammés sont remarqués chaque jour dans la ville ainsi que sur la
chaussée de la route nationale # 2. Des tirs d’armes automatiques sont entendus la
nuit. Des maisons sont pillées ou incendiées.
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Les protestataires menacent d’isoler Port-au-Prince de trois (3) départements du
pays savoir, le Sud, les Nippes et la Grand’Anse si leurs revendications ne sont
pas satisfaites. En ce sens, ils saisissent des véhicules empruntant la route
nationale # 2 pour les mettre en biais sur la route avant de les incendier. Ils
dépouillent les passants de tout ce qu’ils ont en leur possession. Ils violent les
femmes montées à bord de ces véhicules sur la chaussé même de la route nationale
# 2.
Ces actes de banditisme sont perpétrés généralement entre le col du Morne Tapion
et Fauché juste avant le pont de Fauché.
Face à cette situation, les activités économiques et sociales sont souvent paralysées.
Les écoles ne fonctionnent que timidement.
Le 20 janvier 2013, les deux (2) groupes armés se sont affrontés. Le lendemain, à
Nan Sable, les individus armés ont défié par des tirs nourris, les agents de la PNH,
ceux de l’UNPOL et de la MINUSTAH. Les forces de l’ordre ont dû battre en
retraite.
Le 24 février 2013, Jean Olriche EMILIEN, âgé de trente-quatre (34) ans, est
assassiné. Selon le procès-verbal de constat dressé le même jour par le Juge
Suppléant Joseph Gaston LORMIL, le corps imprégné de sang présentait trois (3)
orifices dont un de forme circulaire au dos et à droite, un autre à gauche puis, un
dernier au niveau du coude. Donc, à la lumière des constats matériels du Juge
LORMIL, Jean Olriche EMILIEN a reçu trois (3) projectiles dont deux (2) au dos et un
(1) au coude. Ce dernier, tué à Nan Sable, non loin de la route nationale # 2, se
trouvait dans son quartier, tout près de sa maison.
VI.Réactions des autorités vis-à-vis de cette crise
1. Mission des
(MINUSTAH)
Nations-Unies
pour
la
Stabilisation
en
Haïti
Les agents de la Police des Nations-Unies (UNPOL) ainsi que les militaires de la
Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH) sont
impuissants vis-à-vis de cette situation, ce, d’autant plus que leur présence n’est
plus dissuasive. D’aucuns affirment que souvent, les véhicules sont réquisitionnés
en leur présence, pour être incendiés. Conséquemment, ils interviennent après les
affrontements, après les incendies en essayant d’éteindre le feu et en déblayant la
route nationale.
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2. La Police Nationale d’Haïti (PNH)
En effectif réduit et faible en munition, la PNH est dépassée par les événements. En
effet, les protagonistes sont plus armés, plus nombreux et n’ont aucune loi pour
boussole. Lorsque la ville est à feu, des agents de l’Unité Départementale pour le
Maintien de l’Ordre (UDMO) viennent en renfort. Ils ne restent généralement que
pour quelques heures. Dès que la situation revient au calme, ils repartent.
La perception générale est que la PNH, appelée à jouer un rôle impartial dans ce
conflit politique, semble avoir pris position pour le groupe au pouvoir au détriment
de l’autre. Quelques citoyens affirment qu’au début, la PNH était neutre, sécurisant
les manifestations politiques réalisées par les opposants, mettant leur local à la
disposition des protagonistes pour la réalisation des rencontres de médiation, etc.
Sans aucune explication, la PNH a changé de tactique. L’Inspecteur Divisionnaire
Rosemond ARISTIDE, responsable du Commissariat de Grand-Goâve, est transféré
dans la commune le 29 novembre 2012 en remplacement de Garry JEAN JULES, lui
aussi Inspecteur. Ce dernier avait été muté à Grand-Goâve tout de suite après les
élections et n’y a passé que trois (3) mois. Il remplaçait à ce poste Fanfan Kersaint
Max ANTOINE.
Selon plusieurs Grand-Goaviens, Rosemond ARISTIDE, circule avec, à bord de son
véhicule, un individu nommé Dondy ROSENA, proche du groupe au pouvoir et
indicateur de la Police. Pour étayer cette thèse relative au fait que la PNH ait pris
position pour le groupe au pouvoir, ils prennent en exemple les interpellations et
arrestations réalisées par les forces de l’ordre. En effet, seuls des individus
vraisemblablement proches du groupe de l’ex-député Jean Marcel LUMERANT sont
arrêtés en dépit du fait que les exactions soient enregistrées de part et d’autre. Les
individus arrêtés sont torturés avant d’être libérés. Rares sont ceux qui sont déférés
par devant les autorités judiciaires, avant de se voir remettre en liberté.
Pour protester contre le comportement de la PNH dans cette lutte, le 8 janvier 2013,
un commando armé a tenté de prendre d’assaut le commissariat de Grand-Goâve
ainsi que le sous-commissariat de la ville.
a. Arrestations et actes de bastonnades recensés
Selon plusieurs personnes rencontrées dans le cadre de cette enquête, à son arrivée
dans la commune, l’inspecteur divisionnaire Rosemond ARISTIDE informe la
population qu’il est investi de la mission de pacifier la commune de Grand-Goâve,
quels que soient les moyens mis en œuvre. De plus, il affirme qu’il s’en prendra à
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tous ceux qui sèment la terreur à Grand-Goâve, notamment en les rendant
tuberculeux.
A ce propos, trois (3) arrestations ont été réalisées par les autorités policières.
Parmi les personnes arrêtées, deux (2) sont maltraitées.
•
Williams MESILUS se trouvait dans une banque de borlette située sur la
route nationale # 2 lorsqu’il est arrêté par un commando avec à sa tête
l’inspecteur divisionnaire Rosemond ARISTIDE. Il affirme avoir eu en sa
possession un bloc de fiches de borlette ce qui n’a pas empêché aux policiers
de procéder à son arrestation. Il a été battu.
•
Jean Baptiste CREPSAINT, alias Walè, est un individu arrêté par la PNH le 21
décembre 2012 pour troubles à l’ordre public. Il est
considéré comme étant un partisan de Jean Marcel
LUMERANT. Il est gardé à vue pendant cinq (5) jours et est
sauvagement battu par les agents de la PNH au point
d’avoir une blessure ouverte entre les omoplates. Sa
blessure est mouillée à l’eau froide, exposée au
ventilateur puis mouillée à l’eau chaude avant d’être
encore une fois exposée au ventilateur. Selon lui,
l’inspecteur divisionnaire Rosemond ARISTIDE l’a soumis à
ce traitement dans le but de le rendre tuberculeux, en
écho aux menaces qu’il avait déjà faites aux opposants de
les mâter en les rendant malades. Il est déféré par devant
le Juge de Paix Wesner SAINT-CYR, le 27 décembre 2012.
Il est libéré le même jour après son audition par le Juge
de Paix.
Jean Baptiste Crespaint
•
Garry LAGUERRE est arrêté le 22 février 2013. Il lui était reproché d’avoir
occasionné des troubles à l’ordre public. Considéré comme étant
dangereux et proche de l’ex-député Jean Marcel LUMERANT, il est escorté
dans la nuit, au Commissariat de Petit-Goave où il transite pour être déféré
par devant le Juge de Paix Wesner SAINT-CYR le 25 février 2013. Il est libéré
après avoir été auditionné par le Juge de Paix.
3. La Mairie de Grand-Goâve
La Mairie, voyant que la PNH n’arrive pas à venir à bout de la situation, décide de
monter son propre corps de sécurité. Le Maire Joseph Jean-Pierre SALAM recrute
des individus dans la population qui sont formés, selon les responsables de la
Mairie, par la PNH et qui sont, après formation, autorisés à porter des armes à feu.
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Ils détiennent chacun un badge de la Mairie. Selon certains, ils sont au nombre de
six (6). Pourtant, nombreux sont les membres de la population qui affirment que la
Mairie de Grand-Goâve dispose d’un véritable corps para-policier, lourdement
armé et qui vient en aide à la PNH, dépassée par les événements.
4. L’appareil judiciaire
Les Juges de Paix réalisent, sur réquisition des victimes, les constats des dégâts. Le
Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de PetitGoave, de concert avec le Juge de Paix Wesner SAINT-CYR ont tenté de ramener le
calme dans la commune par l’organisation, le 21 janvier 2013, d’une rencontre de
médiation, au local de l’Ecole Nationale des Filles de Petit-Goave. Les attentes
de cette rencontre ne sont pas comblées.
5. Les responsables de l’Eglise
Quelques responsables d’Eglise de la commune ont fait une tentative pour résoudre
le problème. Ainsi du 25 au 27 décembre 2012, une rencontre entre les
protagonistes a eu lieu au presbytère de l’Eglise Catholique, en vue d’apaiser la
situation de tension qui sévit dans la commune. Des représentants de l’Eglise, des
autorités judiciaires et policières, des représentants des radios communautaires, des
directeurs d’écoles prennent part à cette rencontre. Les deux (2) parties se sont fait
représenter. Cependant, le Maire Joseph Jean-Pierre SALAM, n’a pris part à la
rencontre que le deuxième jour et n’a pas jugé opportun d’y retourner.
Deux (2) propositions étaient faites lors de ces rencontres pour ramener le calme
dans la ville :
•
•
Le départ du Maire Joseph Jean-Pierre SALAM
Une cohabitation à la tête de la Mairie entre les protagonistes.
Les participants à la rencontre trouvent une entente selon laquelle le Maire Joseph
Jean-Pierre SALAM reste à la tête de la Mairie sous réserve que deux (2) autres
membres, savoir : Jean Luckner GELIN alias Edez et Josué SAINT JEAN remplacent
les agents intérimaires nommés par l’Exécutif. Procès-verbal de la rencontre est
dressé et rapport circonstancié est acheminé aux autorités de tutelle.
Cependant, cette entente n’est pas consommée. Les partisans de l’ex-député Jean
Marcel LUMERANT crient au scandale et affirment avoir été contraints de signer
cette entente, sous la menace d’armes à feu. En effet, le 27 décembre 2012, dans la
soirée, des individus armés tirent sur l’église et, ce faisant, portent les responsables
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à ne plus vouloir continuer avec la médiation. Ainsi, la rencontre planifiée pour le
lendemain, soit le 28 décembre 2012, n’a pas eu lieu.
6. Le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales
Le Ministère de Tutelle de la Mairie de Grand-Goâve a, dans le cadre des
tentatives visant à trouver une solution à la situation de tension de Grand-Goâve,
réalisé une rencontre dans la nuit du 3 au 4 octobre 2012. Selon les responsables de
la Mairie, cette rencontre, tenue à la rue La Liberté, est organisée chez Fabrice
THEBAULT, alors chargé de mission auprès de la Primature. Elle réunit plusieurs
personnalités comme l’ex-député Jean Marcel LUMERANT, Georges RACINE,
Conseiller du Président de la République, Ronsart SAINT CYR, alors Ministre de
l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, Père Brice Jean Robert CIMBERT,
curé de la Paroisse, Joseph LAMBERT alias Djo Lambert, vice-délégué de Léogane,
etc.
Le Maire Joseph Jean-Pierre SALAM n’était pas présent à cette rencontre pour la
bonne raison qu’il n’en a pas été informé. Il n’a pas été non plus mis au courant de
la présence de son ministre de tutelle dans la commune qui, ce faisant, a donné
l’impression aux opposants de prendre position en leur faveur.
7. Interventions de l’ex-député Jean Marcel LUMERANT et du Député
Joseph Franck LAPORTE
L’ex-député Jean Marcel LUMERANT affirme ne pas intervenir dans cette crise pour
ne pas avoir à endosser les actes de violence perpétrés contre la population,
notamment contre des usagers de la route nationale # 2 qui n’ont rien à voir dans ce
litige.
Cependant, cette démarcation n’est pas faite par la population qui assimile le
groupe le plus violent aux partisans de l’ex-député Jean Marcel LUMERANT.
Pour sa part, dans plusieurs de ses interventions médiatisées, le Député Joseph
Franck LAPORTE affirme que c’est un groupe de bandits et de hors-la-loi qui sèment
la terreur à Grand-Goâve, affirmant par là qu’il ne compte pas prendre au sérieux
les revendications des protagonistes.
VII.
Bilan
Le bilan de cette lutte acharnée est lourd. Dans les deux (2) camps, les victimes sont
nombreuses.
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•
Deux (2) individus sont tués.
1. Le 27 novembre 2012, un chauffeur est tué. Il conduisait un camion qui
transportait des marchandises de Port-au-Prince à Jérémie.
2. Le 23 février 2013, Jean Olriche EMILIEN, âgé
de trente-quatre (34) ans, a reçu trois (3)
projectiles dont deux (2) au dos et un (1) au
coude. Il est assassiné à Nan Sable.
•
Au moins deux (2) individus blessés
Cadavre de Jean Olriche Emilien
1. Le coordonnateur du bureau du député, Frantz KERNIZAN, est agressé
physiquement et sa motocyclette est incendiée.
2. Le 7 février 2013, Ernst DEMA, Responsable des Affaires Culturelles de la
Mairie qui fait, quand cela est nécessaire, office de chauffeur de la Mairie,
reçoit un projectile au genou gauche alors qu’il se trouve à la Pompe à
Essence Total où il fournit aussi ses services.
3. Le 4 mars 2013, deux (2) personnes sont blessées par balles :
Jean Fritzner ANDRE, âgé de quarante-trois (43) ans. Il est atteint
d’un projectile au niveau de l’abdomen.
Maxo CARRIES, âgé de vingt-sept (27) ans. Il est atteint d’un
projectile au niveau de la cuisse gauche.
•
Au moins treize (13) véhicules sont incendiés
1. Le 27 novembre 2012, un camion transportant des marchandises à Jérémie
est incendié. Son chauffeur est tué.
2. Le 18 décembre 2012, un camion de carburant, appartenant à Jean OSMY est
incendié. Le chauffeur est dépouillé de tout ce qu’il a en sa possession
3. Le 21 décembre 2012, un camion citerne est incendié. Il appartient à Jarbath
CYPRIEN. Ce même jour, deux (2) autres véhicules dont un camion JMC,
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immatriculé TP77657 et un bus immatriculé TP 37290 sont incendiés à
Thozin.
4. Le 24 décembre 2012, un camion transportant six cent cinquante (650) sacs de
riz est incendié. Le chauffeur est dépouillé de toutes ses possessions.
5. Le 28 décembre 2012, le camion de Jean PAUL, un résidant d’Aquin est
incendié.
6. Le 9 janvier 2013, un camion Isuzu Forward immatriculé ZA 45086
appartenant à Yves NOËL est incendié ;
7. Le 14 janvier 2013, un camion à bascule
appartenant
à
Jean
Booz
Vladimir
BELLERICE, immatriculé TP 19209 est
incendié à l’angle des rues Courtes et La
Paix ;
Carcasse du camion de Jean Booz
Vladimr BELLERICE
8. Le 14 janvier 2013, un véhicule appartenant à Fabrice THEBAULT est attaqué.
• Au moins une (1) motocyclette incendiée
1. Le 14 janvier 2013, une motocyclette
appartenant à Wouillio ZAMOR, est
incendiée.
Carcasse de la moto de Wouillio Zamor
•
Au moins huit (8) maisons sont incendiées, une (1) saccagée et trois
(3) autres criblées de balles
1. Le 9 décembre 2012, la maison de Marie Jacqueline Jules DUVAL située à la
rue du Port, est incendiée. Selon le procès-verbal de constat, des riverains
affirment que le feu est mis à la maison par des agents de la PNH qui
cherchaient des bandits armés.
2. La maison de la mère de Dondy ROSENA, située à Nan Sable est incendiée.
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3. La maison du frère du Député, Jean Lepanier LAPORTE est partiellement
incendiée.
4. La maison du Directeur Général de la Mairie, Wouillio ZAMOR est
partiellement incendiée.
5. La maison de Fritzner JEAN PIERRE, située à la rue Momplaisir # 12 est
saccagée ;
6. Le 9 janvier 2013, la maison du Père du Député Joseph Franck LAPORTE,
Marcel LAPORTE est incendiée ;
7. Le 14 janvier 2013, le bureau du Député Joseph
Franck LAPORTE est incendié. Cependant, deux (2)
attaques ultérieures de tentatives d’incendie avec
début d’exécution avaient déjà été réalisées sur ce
bureau.
Ruines du bureau du Député
Joseph Franck Laporte
8. Le 14 janvier 2013, la maison de Jean Booz Vladimir BELLERICE située à la
Rue La Paix est incendiée. Le même jour, la maison de Marie Franchette
Cathyna BELLERICE, sœur de Jean Booz Vladimir BELLERICE, située à la Rue
Constitution est aussi incendiée. Trois (3) tentes appartenant aussi à Marie
Franchette Cathyna BELLERICE et qui se trouvaient sur la cour de sa maison,
ont été incendiées.
9. Le 17 janvier 2013, la maison de Maccoule MATHIEU située à la Rue Petit
Paradis est incendiée ;
10. Le 31 janvier 2013, aux environs de 11 heures 30 du soir, la maison de Jean
Moïse LUMERANT essuie des tirs nourris et de jets de pierres. Les murs ainsi
que la barrière d’entrée sont troués de balles ; celle de Jean Archange
LAGUERRE est aussi l’objet d’attaques armées dans la même soirée. Les deux
(2) maisons sont situées à Thozin.
11. Le 21 février 2013 dans la soirée, la maison du Député Joseph Franck
LAPORTE est criblée de balles.
•
Au moins un cheval appartenant à Fabrice Thébault est tué à la rue
Chemisette le 22 février 2013.
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•
Des femmes sont violées
1. Le 6 février 2013, à neuf (9) heures du soir, Tonton Jean ainsi connu
s’introduit dans la maison de Néhémie HILAIRE et la menace de la tuer si elle
n’accepte pas d’avoir des relations sexuelles avec lui. Elle est emmenée
quelque part où elle est violée. Un autre individu, Digital ainsi connu
intervient et fait semblant de lui venir en aide, lui proposant de l’emmener
chez elle. Elle est aussi violée par ce dernier. Dans le cadre de ce viol, deux (2)
mandats d’amener sont émis par Me Joseph Gaston LORMIL, le 15 février
2013, à l’encontre de Tonton Jean ainsi connu et de Digital ainsi connus. A
date, ils ne sont pas arrêtés.
2. Dans la nuit du 10 au 11 février 2013, il est environ deux (2) heures du matin
lorsque des femmes montées à bord d’un bus en provenance du Sud vers
Port-au-Prince, sont dépouillées de leurs effets avant d’être trainées hors
du véhicule pour être violées à même le sol par plusieurs individus.
VIII. Liste des individus décriés par la clameur publique
Des individus très connus dans la ville, dont certains occupent des fonctions dans
l’administration publique, sont décriés de part et d’autre, dans ce dossier :
1. Camp de l’ex-député Jean Marcel LUMERANT :
Jean Marcel LUMERANT, ancien député ;
Jean Moïse LUMERANT, cadre du Bureau des Affaires Sociales – Direction de
Bizoton ;
Lener JUSTIN, alias Ti Nènè ;
Jean Marie DUVERNE, alias Vibration ;
Jonathan CLERVEAU ;
Exod ainsi connu ;
Aram ainsi connu ;
Ti Fredo ainsi connu ;
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Six (6) individus en provenance de Cité Soleil, venus en renfort au camp des
10. Parmi eux, Garry LAGUERRE, qui a été arrêté le 21 février 2013.
2. Camp du député Joseph Franck LAPORTE
Joseph Franck LAPORTE, actuel député de la circonscription de GrandGoâve ;
Joseph Jean-Pierre SALAM, Maire Principal de Grand-Goâve ;
Wouillio ZAMOR, directeur général de la Mairie de Grand-Goâve ;
Gémélus ISIDOR, Responsable de Communication à la Mairie de GrandGoâve ;
Ernst DEMA, responsable des Affaires Culturelles de la Mairie de GrandGoâve. Il fait office des fois de chauffeur de la Mairie ;
Les agents de sécurité de la Mairie, recrutés et formés, selon la Mairie, par la
Police ;
Mawozo, ainsi connu ;
Tonga ainsi connu ;
Ti Pierre ainsi connu ;
Dondy Rosena, indicateur de la Police ;
Quatre (4) individus de la base 117 de Bel’air, tel que Samuel PIERRE alias
Balizay.
IX. Commentaires et Recommandations
La situation chaotique qui règne à Grand-Goâve a pour base une bataille politique
livrée entre deux (2) groupes qui se servent de leurs partisans zélés pour semer la
terreur de part et d’autre. Les enjeux politiques sont grands. D’aucuns assimilent
cette lutte aux prochaines élections. C’est pourquoi les responsables politiques ne
sont à date pas intervenus en vue de trouver une solution durable à cette crise. Le
résultat de leur inertie est cependant patent : deux (2) groupes se déchirent et
menacent de s’entretuer tout en s’en prenant aux usagers de la route nationale # 2.
Rapport du RNDDH sur la situation de tension à Grand-Goâve
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Les forces de l’ordre sont impuissantes face à cette situation. En effet, les individus
qui circulent à Grand-Goâve sont aujourd’hui mieux armés et plus nombreux que
la PNH. Ils sont aussi connus de tous.
Si les agents de la PNH ne peuvent intervenir pour ramener le calme dans la
commune de Grand-Goâve, ceux de la MINUSTAH ne sont pas investis de cette
mission. Cependant, il est regrettable que les agents de la PNH, de par leur
comportement, soient pointés du doigt dans ce litige et jugés comme étant partiaux.
L’Inspecteur Divisionnaire Rosemond ARISTIDE, en menaçant de rendre tuberculeux
tous les contrevenants à la Loi, démontre à tous, que les pratiques de torture ne
sont pas bannies au sein de la PNH car, il a clairement affirmé avoir été transféré à
Grand-Goâve pour y instaurer la paix. C’est donc sa feuille de route : torturer des
membres de la population sous prétexte qu’ils sont des bandits armés. C’est aussi
pourquoi à l’annonce de l’assassinat de Jean Olriche EMILIEN, l’Inspecteur
Divisionnaire a affirmé, ainsi que le Député Joseph Franck LAPORTE, que l’individu
tué par balles était activement recherché par la Police. En ce sens, le RNDDH
rappelle que l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
stipule que : Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitement
cruels, inhumains ou dégradants.
Il est déplorable que la Direction Générale de la PNH ainsi que l’Inspection
Générale aient choisi de mettre en pratique la politique de l’Autruche dans cette
lutte au lieu d’intervenir selon le vœu de la Loi, en augmentant l’effectif des agents
à Grand-Goâve et en sévissant contre tous les agents qui, dans le cadre de ce
dossier, se sont rendus coupables d’actes de torture.
De plus, il est inconcevable que la Mairie de Grand-Goâve, avec la complicité de la
PNH, ait pu mettre sur pied un corps armé, appelé à terroriser la population,
exactement comme il est reproché aux partisans de l’ex-député Jean Marcel
LUMERANT. Ce corps bénéficie aussi de la bénédiction du député Joseph Franck
LAPORTE car, ce corps, à plusieurs reprises, lui est venu en aide, notamment pour
protéger son bureau qui, malgré tout a quand même été incendié.
Se basant sur le passé, plus d’un affirment que si les proches de l’ex-député Jean
Marcel LUMERANT étaient au pouvoir, la situation aurait été tout simplement
inversée, en ce sens que les partisans de l’actuel Député Joseph Franck LAPORTE
auraient eu le même comportement.
Parallèlement, la rencontre réalisée à Grand-Goâve sous l’égide du Ministère de
tutelle de la Mairie, du 3 au 4 octobre 2012, sans la participation des élus,
notamment du Maire Joseph Jean-Pierre SALAM, loin d’aider à la résolution du
conflit, n’a fait que l’envenimer.
Rapport du RNDDH sur la situation de tension à Grand-Goâve
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Le RNDDH déplore que de nombreuses victimes aient été répertoriées dans le cadre
de ce conflit, notamment, les usagers de la route nationale # 2 alors qu’elles n’ont
rien à voir dans ce conflit politique armé.
Le droit à l’intégrité physique, psychique et morale des victimes, leur droit à la
sécurité et à la sûreté, leur droit à la propriété privée, consacrés par la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et la Constitution Haïtienne
de 1987 amendée, sont violés par les protagonistes, avec la complicité active des
autorités policières et le laxisme des autorités judiciaires.
Par ailleurs, le Président Michel Joseph MARTELLY, en remplaçant les élus par des
Agents Exécutifs Intérimaires, est directement responsable de cette situation de
tension à Grand-Goâve. S’il avait fait de l’organisation des élections, une priorité,
aujourd’hui, il y aurait eu dans la commune, un cartel porteur d’un pouvoir
légitime.
Fort de tout ce qui précède, le RNDDH recommande aux protagonistes et aux
autorités concernées de :
•
Trouver une solution amiable pour éviter la dégradation de la situation à
Grand-Goâve;
•
Traduire par devant les autorités judiciaires tous ceux qui, de part et d’autre,
sont impliqués dans ce conflit armé ;
•
Porter l’Inspection Générale de la PNH à finaliser son enquête sur les
agissements des agents de la PNH à Grand-Goâve, notamment de
l’Inspecteur Divisionnaire Rosemond ARISTIDE ;
•
Augmenter l’effectif des agents de la PNH à Grand-Goâve;
•
Transférer aux autorités judiciaires les dossiers des agents de la PNH qui se
sont rendus coupables d’actes de torture ;
•
Procéder à la réalisation des élections sénatoriales partielles et locales.
Rapport du RNDDH sur la situation de tension à Grand-Goâve
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