Poverty in Haiti: A Poverty Profile from the ECVH Household Survey
Summary — The first systematic statistical diagnosis of poverty in Haiti, drawn from the ECVH living-conditions survey and published in Port-au-Prince in June 2005. It gives national monetary-poverty estimates, regional comparisons, and separate profiles of rural and urban poverty.
Full Description
Written by Willy Egset and Pål Sletten of Fafo and published in Port-au-Prince in June 2005, this report presents what its introduction calls the first systematic diagnosis of poverty in Haiti based on recent statistical data. It was produced under the Ministry of Economy and Finance project 'Renforcement des Capacités de Production et d'Analyse des Statistiques Sociales', with the Haitian Institute of Statistics and Informatics and in coordination with the Ministry of Planning and External Cooperation, financed by UNDP and continuing a Fafo-UNDP collaboration in Haiti dating from 1999. The report sets out its methodological choices and poverty lines, then measures poverty nationally and against other countries in Latin America, the Caribbean and the world. It profiles poverty geographically - establishing that the great majority of the poor live in the provinces rather than the capital - and by demographic and economic characteristics, before devoting separate chapters to rural poverty (land access, owner-operator versus sharecropping tenure, basic tools) and urban poverty (inequality between Port-au-Prince and other urban areas, rural origins of the urban poor, and their economic insertion).
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La Pauvreté en Haïti
Profil de la pauvreté
à partir des données de l’ECVH
Sommaire
Introduction ........................................................................................................................... 5
1.
Choix méthodologiques et données statistiques.............................................................. 7
Définitions de la pauvreté – lignes de pauvreté ......................................................................... 7
Mesures de la pauvreté............................................................................................................ 9
Les données statistiques......................................................................................................... 10
2.
La pauvreté en Haïti.................................................................................................... 12
A l’incidence élevée de la pauvreté s’associe une forte inégalité.............................................. 14
3.
La géographie de la pauvreté : La grande majorité des pauvres vivent en province ........ 17
Le département du Nord Est connaît la pauvreté la plus aiguë ................................................. 18
4.
La démographie de la pauvreté .................................................................................... 20
La pauvreté et le cycle de vie................................................................................................. 20
Les familles nombreuses sont souvent des familles pauvres ..................................................... 20
Les familles complexes ou parents et non-parents cohabitent sont moins souvent pauvres ........ 22
Les ménages ayant une femme pour apporteur principal sont plus pauvres
surtout en Aire Métropolitaine ............................................................................................... 23
Une corrélation faible entre la pauvreté et l’âge de l’apporteur principal du ménage ................ 24
5.
L’insertion économique des ménages pauvres .............................................................. 26
Les sources de revenu des ménages pauvres ........................................................................... 26
Une relation faible entre le chômage et la pauvreté ................................................................ 27
L’emploi salarié réduit le risque de tomber dans la pauvreté.................................................... 29
Les transferts constituent un moyen d’échapper à la pauvreté .................................................. 30
6.
Accès aux services publics et infrastructures ................................................................ 32
Accès à l’éducation ............................................................................................................... 32
Accès aux infrastructures ....................................................................................................... 33
à partir des données de l’ECVH
3
7.
La pauvreté rurale ....................................................................................................... 37
Même les ménages les plus pauvres ont accès à la terre .......................................................... 37
Une grande majorité des paysans sont des propriétaires-exploitants ;
le métayage n’est significatif que dans quelques régions.......................................................... 39
L’outillage de base paysan: la machette et la houe .................................................................. 44
8.
La pauvreté urbaine .................................................................................................... 47
Des inégalités importantes entre Port-au-Prince et les autres milieux urbains............................ 47
Les pauvres des villes, sont-ils originaires des campagnes ? ..................................................... 48
Quelle insertion économique pour les pauvres des villes ? ...................................................... 49
En milieu urbain, les femmes apporteurs travaillent plus souvent pour leur propre compte ....... 50
9.
Les causes de la pauvreté............................................................................................. 51
Des populations pauvres ou des régions pauvres ? .................................................................. 52
Conclusion ........................................................................................................................... 55
Annexe A.............................................................................................................................. 57
Annexe B : Résultats des régressions...................................................................................... 60
Bibliographie ........................................................................................................................ 64
4
Profil de la pauvreté en Haïti
Introduction
Une économie en crise et une population appauvrie ont été, malheureusement, des
thèmes récurrents de l’histoire haïtienne. Que ce rapport constate une incidence de la
pauvreté en Haïti bien supérieure aux autres pays de l’Amérique Latine et des
Caraïbes, ne doit donc aucunement surprendre le lecteur informé. Néanmoins, des
données statistiques sur la situation des ménages haïtiens ont été rares, et ce rapport
présente le premier diagnostic systématique de la pauvreté basé sur des données
statistiques récentes. Le rapport présente des estimations du niveau de la pauvreté
monétaire au niveau national, ainsi que des comparaisons avec d’autres pays de la
région et du monde. Ensuite, un profil de la pauvreté est dessiné à partir de variables
indépendantes d’ordre géographique, démographique et socio-économique. Le
rapport fournit une analyse plus approfondie de la pauvreté en zone rurale dans le
contexte de l’accès des pauvres à la terre et aux moyens de production, sans pour
autant prétendre à épuiser cette thématique complexe. Il s’attache également à étudier
quelques caractéristiques de la pauvreté en milieu urbain. Finalement, le rapport
présente également des pistes d’analyse des causes de la pauvreté en utilisant des
analyses de régression.
Un profil de la pauvreté doit fournir aux acteurs politiques un outil pour définir des
priorités et stratégies pour la lutte contre la pauvreté, par l’identification de régions ou
de sous-groupes de la population vivant dans la pauvreté, et en déterminant le poids
relatif de ces régions et sous-groupes dans la pauvreté totale dans le pays. Le profil
permet aussi d’établir des seuils utilisés pour le suivi de l’évolution de la pauvreté dans
le temps.
Il n’existe pas de définition universelle de la pauvreté, ni dans le monde
académique, ni dans le monde politique. Les définitions qu’on peut trouver varient,
allant des plus étroites, qui utilisent des mesures monétaires tel que le revenu ou la
consommation des ménages, aux plus étendues, basées sur une gamme de paramètres
mesurant les conditions de vie des ménages. En même temps, une tentative d’analyse
d’un phénomène aussi complexe que la pauvreté demande une définition précise si
l’on veut éviter la confusion terminologique. Trop souvent, le débat sur la pauvreté se
perd dans l’obscurité des notions. Ainsi, la première partie de ce rapport est consacrée
à la présentation de la définition de la pauvreté que nous avons retenue, et des
méthodes utilisées pour la mesurer. Signalons qu’après des considérations aussi bien
théoriques que pratiques, nous avons utilisé une définition plutôt étroite et monétaire
de la pauvreté.
Ce rapport a été préparé pour le Programme des Nations Unis pour le
Développement (PNUD) en Haïti, dans le cadre du projet “Renforcement des
capacités de production et d’analyse des statistiques sociales”.
à partir des données de l’ECVH
5
Nous tenons à remercier le PNUD pour une excellente coopération sur ce projet,
qui représente une continuation de la collaboration entre Fafo-AIS et le PNUD en
Haïti depuis 1999.
Nous souhaitons tout particulièrement remercier le responsable de l’Unité pauvreté
du PNUD Haïti, Mme Monique Pierre-Antoine, et l’Expert Principal du projet susmentionné, le Docteur Nathalie Brisson Lamaute. Nous avons aussi bénéficié de la
coopération souple et accueillante de l’Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique
(IHSI) pour la préparation de ce rapport.
Comme toujours, les institutions et les personnes mentionnées n’ont aucune
responsabilité pour les lacunes ou erreurs de ce rapport, qui demeurent celles des
auteurs. Nous espérons que ce rapport ne sera pas utilisé comme le mot final sur la
pauvreté en Haïti, mais plutôt comme une contribution à une connaissance commune
sur cette pauvreté, ses causes et ses remèdes.
6
Profil de la pauvreté en Haïti
1.
Choix méthodologiques et données statistiques
Définitions de la pauvreté – lignes de pauvreté
Il existe plusieurs définitions de la notion de pauvreté, et il n’y a pas d’accord
général sur la définition exacte à retenir, ni dans le discours académique, ni dans le
discours politique. Pour analyser la pauvreté, il faut donc choisir une définition parmi
plusieurs définitions possibles, et ce choix a forcément des conséquences pour
l’analyse. Pour un aperçu sur le débat scientifique sur la notion de pauvreté, on se
reportera par exemple à la contribution de Ravallion (1992).
Ce profil de la pauvreté en Haïti retient une définition monétaire de la pauvreté,
plus précisément, un individu est pauvre s’il a un revenu inférieur à 2 US$ par jour, et
extrêmement pauvre si son revenu est inférieur à 1 US$ par jour.
Notons d’abord que nous avons volontairement choisi une définition monétaire
étroite de la pauvreté. La Banque Mondiale a privilégié cette approche, par exemple
dans son rapport sur le développement dans le monde de 1990: « Les revenus des
ménages et les dépenses par personne sont acceptables comme indicateurs du niveau
de vie… » (Banque Mondiale 1990 p. 31) Une approche moins étroite serait par
exemple de construire un indice qui définit la pauvreté comme l’accès à un certain
nombre de biens, tel que la nourriture, l’éducation, etc. Le choix d’une définition
étroite n’indique pas que notre analyse de la pauvreté sera étroite ; tout l’intérêt d’un
profil de la pauvreté est d’analyser des dimensions différentes de la pauvreté, telles
que les différences régionales, les différences entre différents groupes démographiques,
l’accès des pauvres aux infrastructures et services sociaux, etc.
Notons ensuite que nous utiliserons une définition absolue de la ligne de pauvreté.
Dans les pays de l’OCDE, il est commun d’utiliser une définition relative,
normalement un seuil de pauvreté égal à 50 pour cent du revenu médian de la société
étudiée (Oxley 1997). Pour les études des pays en développement, il est plus commun
d’utiliser la définition absolue d’un ou deux dollars par jour. Ainsi, la cible pour le
premier des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) est de réduire de
moitié la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour.
à partir des données de l’ECVH
7
Les seuils de 1 et 2 US$ par jour, sont en fait des seuils de 1,08 et 2,16 $, valeur
année 1993 (Chen et Ravallion 2000). Nous utilisons des données sur le revenu des
ménages en 2000, mesuré en Gourdes, valeur année 2000 ; il faut donc ré-évaluer les
seuils. Pour ce faire, nous utilisons d’abord l’Indice des Prix à la Consommation des
Etats-Unis pour trouver les valeurs des seuils en $ valeur année 2000. Ensuite, nous
appliquons les facteurs de conversion à parité de pouvoir d’achat (PPA)1 pour l’année
2000 plutôt que le taux de change du marché2. Finalement, nous avons annualisé ce
chiffre en multipliant par 365. Ceci donne une ligne de pauvreté extrême (1 $ par jour)
de 2757 Gourdes par personne par an et une ligne de pauvreté (2 $ par jour) de 5516
Gourdes par personne par an. 3
Le calcul du seuil se fait donc de la manière suivante :
P1 = 1.08$ × PPA × IPC1993−2000 × 365 = 2757Gds
Le revenu est mesuré au niveau des ménages (voir la section Les données
statistiques), mais la ligne de pauvreté est définie pour les individus. Pour calculer les
revenus individuels, nous divisons le revenu des ménages par le nombre de membres
de chaque ménage, c’est-à-dire que nous ne tenons pas compte des économies
d’échelle qui peuvent exister dans un ménage.
Ceci a pour effet de réduire le revenu par personne des individus appartenant aux
familles nombreuses, car il y a souvent dans ces ménages un grand nombre d’enfants
qui n’apportent pas de revenu au ménage. Pour tenir compte des économies d’échelle,
on utilise souvent des échelles d’équivalence qui donnent une pondération moins
importante aux enfants quand le revenu par personne est calculé. Néanmoins, dans les
études des pays en développement, il est d’usage de ne pas appliquer d’échelle
d’équivalence, et nous avons choisi de suivre cette convention.
1
2
5,88 Gourdes pour 1 US$. Source : World Development Indicators Online, http://www.worldbank.org
21 Gourdes pour 1 US$.
http://ifs.apdi.net/imf/
Source : International Monetary Fund, International Financial Statistics,
3
Pedersen et Lockwood (2001) ont calculé une autre ligne de pauvreté à partir des données des deux
Enquêtes Budget et Consommation des Ménages (EBCM I et EBCM II). Cette ligne était calculée à partir
des besoins calorifiques et en utilisant le panier de consommation alimentaire observé dans les deux
enquêtes. La ligne était de 5638 Gdes pour l’année 1999/2000, donc nettement supérieure à la ligne de 1 US$
par jour.
8
Profil de la pauvreté en Haïti
Mesures de la pauvreté
L’intérêt d’un profil de la pauvreté est de mesurer et comparer la pauvreté entre
différents sous-groupes de la population haïtienne. Pour ce faire, nous allons utiliser
les trois premières mesures de la pauvreté de la classe FGT (Foster, Greer et Thorbecke
1984), à savoir, l’incidence de la pauvreté, la profondeur de la pauvreté, et la sévérité
de la pauvreté. Nous allons présenter ces trois mesures et analyser leurs
interprétations. De plus, nous allons introduire la notion de contribution à la pauvreté.
L’incidence de la pauvreté (indice en nombre d'habitants) mesure la proportion de
la population qui vit en état de pauvreté, celle pour laquelle le revenu est inférieur à la
ligne de pauvreté de 1 ou 2 US$ par personne par jour. Supposons une population de
taille n dans laquelle q personnes sont pauvres. L'indice en nombre d'habitants est
dans ce cas défini comme
q
n
L’incidence de la pauvreté varie entre 0 et 1, et est souvent présentée comme un
pourcentage. Cette mesure présente l’avantage qu’elle est compréhensible et facile à
communiquer – et c’est cette mesure qui est utilisée pour le premier Objectif du
Millénaire pour le Développement: Réduire de moitié la proportion de la population
dont le revenu est inférieur à un dollar par jour.
H=
Cette mesure a deux défauts. Premièrement, une réduction du revenu d’un ménage
pauvre ne se traduit pas par une augmentation de l’incidence de la pauvreté.
Deuxièmement, un transfert de ressources d’un ménage pauvre à un ménage plus
riche se traduit par une réduction de l’incidence de la pauvreté si le ménage
bénéficiaire est amené par-dessus la ligne de pauvreté – sinon, aucun effet. Il y a donc
deux cas de figure où les ménages pauvres voient leur ressources diminuer sans que
l’incidence de la pauvreté ne le reflète. Il convient donc d’utiliser deux autres mesures
qui n’ont pas ces défauts : la profondeur de la pauvreté et la sévérité de la pauvreté.
La profondeur de la pauvreté tient compte à la fois de la proportion de ménages
pauvres dans la société et de la différence entre le revenu moyen des pauvres et la
ligne de la pauvreté, et n’a pas le premier des deux défauts. La sévérité de la pauvreté
est une mesure qui incorpore de plus l’inégalité entre les pauvres, et n’a ni le premier,
ni le deuxième défaut. Ces deux mesures sont définies dans l’Annexe A.
Finalement, nous allons introduire la notion de contribution à la pauvreté :
l’incidence de la pauvreté peut être mesurée pour des sous-groupes d’une population,
par exemple par département en Haïti. Dans ce cas, l’incidence de la pauvreté dans
chaque sous-groupe donne le pourcentage de pauvres dans le sous-groupe en
question. Si l’on mesure ensuite comment les pauvres sont répartis parmi ces sousgroupes, nous trouvons la contribution à la pauvreté de chaque sous-groupe.
à partir des données de l’ECVH
9
La somme des contributions de tous les sous-groupes est 100 pour cent, et pour
chaque sous-groupe la contribution est un chiffre entre 0 et 100 pour cent.
Le Tableau 1 présente ces deux mesures pour les sous-groupes de la société
haïtienne définis par leur milieu de résidence. On peut observer comment l’ensemble
des contributions totalise 100 pour cent, tandis que l’incidence s’élève à 56 pour cent
à l’échelle nationale.
Tableau 1: Incidence et contribution à la pauvreté
Aire Métropolitaine
Autre milieu urbain
Milieu rural
Tout Haïti
Incidence de pauvreté
extrême (%)
23
57
67
56
Contribution à la
pauvreté extrême (%)
9
14
77
100
Les données statistiques
Les données statistiques proviennent de l’Enquête sur les Conditions de Vie en
Haïti (ECVH), et ont été fournies par l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique
(IHSI). Le travail de terrain de l’ECVH a eu lieu sur une période de 18 semaines, de
mars à juillet 2001, sur l’ensemble du territoire. Le travail de terrain a été effectué par
l’IHSI, qui a déployé 79 enquêteurs et 20 superviseurs sur le terrain. Dans 501 unités
7812 ménages ont été tirés, et l’enquête a été complétée chez 97,8 pour cent de ces
ménages. L’information sur le revenu des ménages est recueillie à travers une série de
questions sur le revenu de chaque membre du ménage, avec 61 sous-catégories de
revenu, et une période de référence de 12 mois. Les données sur le revenu des
ménages montrent une bonne corrélation avec d’autres indicateurs sociaux recueillis
dans l’ECVH, et des tests de qualité indiquent que les données sur le revenu ont une
fiabilité acceptable.
En étudiant la pauvreté des ménages, il faut faire le choix entre des données sur le
revenu et des données sur la consommation, et il existe des arguments pertinents pour
et contre chacune des deux options. Malheureusement, ces deux types de données ont
tendance à différer, même s’ils sortent d’une même enquête (McKay 2000: 96). Il faut
donc signaler que l’utilisation de données sur la consommation recueillies dans
l’Enquête Budget et Consommation des Ménages (EBCM) en 1999 donnerait des
estimations très différentes (plus basses) de l’incidence de la pauvreté en Haïti, parce
que la consommation des ménages haïtiens dans l’EBCM est plus élevée que leur
revenu dans l’ECVH.
10
Profil de la pauvreté en Haïti
Des analyses préliminaires indiquent néanmoins que ces deux enquêtes
obtiendront des résultats similaires quant à l’identification des groupes pauvres et leurs
caractéristiques. Tout de même, si certaines conclusions-clés de ce rapport (la
répartition géographique, démographique, et socio-économique de la pauvreté) étaient
vérifiées à partir des données sur la consommation des ménages de l’EBCM, cela
ajouterait à leur fiabilité.
L’estimation de la population haïtienne dans ce rapport est basée sur les
projections de l’IHSI pour l’année 2001, à partir du recensement de 1982. Les résultats
préliminaires du recensement de 2002/2003, publiés cette année, montrent une
population légèrement inférieure à cette estimation.
à partir des données de l’ECVH
11
2.
La pauvreté en Haïti
Au total, 56 pour cent de la population haïtienne – 4,4 millions de personnes –
vivent dans des ménages qui se situent en dessous de la ligne de pauvreté extrême de
1 US$ (PPA) par personne par jour. 76 pour cent – ou près de 6,2 millions sur une
population haïtienne de 8,1 millions – vivent dans des ménages qui se trouvent en
dessous la ligne de pauvreté de 2 US$ (PPA) par personne par jour.
Tableau 2 Pauvreté et pauvreté extrême en Haïti
L’indice en nombre d'habitants
Haïti
Extrêmement
pauvres
56 %
Pauvres
76 %
Nombre de personnes pauvres et
extrêmement pauvres
Extrêmement
Pauvres
pauvres
4 450 000
6 200 000
Pop.
Estimée
Échantillon
8 102 754
7 186
Le ratio d'écart de revenu des personnes extrêmement pauvres est de 56 pour cent
(Tableau 3), c’est-à-dire qu’en moyenne les ménages extrêmement pauvres ont un
revenu par personne par jour équivalent à 44 pour cent de la ligne de pauvreté, c’està-dire 0,44 US$ (PPA). Il faudrait donc plus que doubler le revenu moyen des ménages
extrêmement pauvres, pour les sortir de la pauvreté extrême.
Tableau 3 Mesures de la pauvreté extrême en Haïti
Haïti
Pauvreté extrême
Ratio d'écart de Profondeur de la
Sévérité de la
revenu
pauvreté extrême pauvreté extrême
0,56
0,31
0,10
Pop. estimée
Échantillon
8 102 754
7 186
La profondeur de la pauvreté extrême en Haïti est de 0,31. Dans les rapports de la
Banque Mondiale « Indicateurs du développement dans le Monde » 2002, il y a 8
pays qui ont une incidence de la pauvreté plus élevée que celle d’Haïti, mesurée à
partir de la ligne de pauvreté de 1 US$ par personne par jour4. Il y a 7 pays qui ont
une incidence entre 45 pour cent et 65 pour cent, c’est-à-dire à moins de 10 points de
celle d’Haïti. Pour ces 7 pays, la profondeur de la pauvreté varie de 0,17 à 0,40, avec
une moyenne de 0,28.
4
Pour plusieurs pays, dont certains très pauvres, l’incidence de la pauvreté n’est pas connue. Il ne faut donc
pas conclure qu’Haïti est parmi les dix pays les plus pauvres au monde.
12
Profil de la pauvreté en Haïti
(Tableau 4) La profondeur de la pauvreté en Haïti, 0,31, est donc comparable à ce
qu’on trouve dans les pays qui ont une incidence de la pauvreté similaire à Haïti.
La sévérité de la pauvreté extrême en Haïti est de 0,10. Cette mesure incorpore à la
fois la proportion de ménages pauvres dans la société, la différence entre le revenu
moyen des pauvres et la ligne de la pauvreté, et l’inégalité entre les pauvres. Dans le
cadre d’une stratégie de lutte contre la pauvreté, la sévérité de la pauvreté servira à
suivre l’évolution de la pauvreté, et s’assurer que le sort des plus pauvres s’améliore.
Effectivement, l’incidence de la pauvreté aussi bien que la profondeur de la pauvreté
peuvent baisser, même si la situation des plus pauvres parmi les pauvres se dégrade.
Par contre, la sévérité de la pauvreté augmentera dans un tel cas de figure.
Tableau 4 La pauvreté dans quelques pays africains
Année
Mali
Nigeria
République Centrafricaine
Zambie
Niger
Burkina Faso
Gambie
Sierra Leone
Madagascar
Ghana
1994
1997
1993
1998
1995
1994
1998
1989
1999
1999
Incidence de la Profondeur de la
Incidence de la Profondeur de la
pauvreté
pauvreté
pauvreté
pauvreté
extrême
extrême
(2 US$)
(2 US$)
(1 US$)
(1 US$)
0,73
0,70
0,67
0,64
0,61
0,61
0,59
0,57
0,49
0,45
0,37
0,35
0,38
0,33
0,34
0,26
0,29
0,40
0,18
0,17
0,91
0,91
0,84
0,87
0,85
0,86
0,83
0,75
0,83
0,79
0,61
0,59
0,58
0,55
0,55
0,51
0,51
0,52
0,44
0,41
L’incidence de la pauvreté en Haïti est trois fois plus élevée que la moyenne des
pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes. La proportion de la population qui vit dans
des ménages extrêmement pauvres en Amérique Latine est de 16 pour cent selon les
dernières estimations de la Banque Mondiale. Même si les estimations manquent pour
certains pays de la région, on peut noter que les pays les plus pauvres enregistrent des
taux de pauvreté extrême de « seulement » 20 pour cent (Colombie) à 24 pour cent
(Honduras), nettement plus bas que le taux de 56 pour cent enregistré en Haïti.
(Banque Mondiale 2003: Table 2.6)
En fait, l’incidence de la pauvreté en Haïti est comparable à l’incidence moyenne
de l’Afrique Sub-Saharienne qui s’élevait à 48 pour cent en 1996. Les 8 pays ayant une
incidence plus élevée que le Haïti se trouvent tous dans cette région.
à partir des données de l’ECVH
13
Tableau 5: Incidence de la pauvreté dans le monde
Région
Incidence de la pauvreté
1987
1990
1993
1996
Personnes pauvres (millions)
1998
(prélim.)
1987
1990
1993
1996
1998
(prélim.)
Asie orientale
(sauf la Chine)
26,6
23,94
27,58
18,51
25,24
15,87
14,93
9,97
15,32
11,26
417,53
114,14
452,45
91,98
431,91
83,52
265,13
55,08
278,32
65,15
Europe orientale &
Asie centrale
0,24
1,56
3,95
5,12
5,14
1,07
7,14
18,26
23,82
23,98
Amérique Latine & Caraïbes
15,33
16,8
15,31
15,63
15,57
63,66
73,76
70,79
75,99
78,16
Moyen-Orient et Maghreb
4,3
2,39
1,93
1,83
1,95
9,31
5,66
4,95
5,01
5,55
Asie du sud
44,94
44,01
42,39
42,26
39,99
474,41
495,11
505,08
531,65
522
Afrique Sub-saharienne
46,61
47,67
49,68
48,53
46,3
217,22
242,31
273,29
288,97
290,87
Total
(sauf la Chine)
28,31
28,51
28,95
28,05
28,15
27,72
24,53
27,01
23,96 1183,19 1276,41 1304,29 1190,58 1198,88
26,18
879,81 915,94 955,89 980,53 985,71
Source: Chen & Ravallion 2000: Table 2
A l’incidence élevée de la pauvreté s’associe une forte inégalité
Bien que l’Amérique Latine et les Caraïbes aient la réputation d’avoir la plus forte
inégalité monétaire du monde « depuis que les données statistiques sur le niveau de
vie existent » (Banque Mondiale 2003:1), Haïti devance ses voisins avec un coefficient
Gini de 0,65 selon nos estimations (Tableau 6). L’inégalité est moins forte dans le
milieu rural, avec coefficient Gini de 0,54. Cette inégalité est plus forte que celle de la
région de l’Amérique Latine et les Caraïbes (coefficient Gini de 0,49), et l’Afrique Subsaharienne (coefficient Gini de 0,54), et Haïti est loin devant le Moyen-Orient et les
pays de l’OCDE.
Tableau 6 Coefficient Gini et distribution du revenu total selon les quintiles
Région
1 20 %
2 20 %
3 20 %
4 20 %
5 20 %
Haïti
Amérique Latine & Caraïbes
Afrique Sub-saharienne
Moyen-Orient et Maghreb
Asie orientale
Asie du sud
OECD
1,5
4,6
9,0
16,6
68,3
er
ème
ème
ème
ème
Coefficient
Gini
0,65
0,49
0,47
0,38
0,38
0,32
0,34
Source (sauf Haïti): Banque Mondiale 2003: Tableau A.10
14
Profil de la pauvreté en Haïti
Dans les pays d’Amérique Latine, parmi les plus inégalitaires au monde, les 10
pour cent les plus pauvres de la population reçoivent seulement 1,5 pour cent du
revenu de l’ensemble de la population du pays (World Bank 2003:1). En Haïti les 10
pour cent les plus pauvres reçoivent seulement 0,4 pour cent du revenu total, et les 20
pour cent les plus pauvres reçoivent seulement 1,5 pour cent (Tableau 6). La courbe
de Lorenz, qui montre le revenu cumulatif par centiles (Lorenz 1905), est extrêmement
biaisée, et monte rapidement à partir des deux déciles supérieurs. En fait, 80 pour cent
de la population (i.e. les huit premiers déciles) ont un revenu inférieur à ce qu’une
distribution égalitaire leur apporterait, et les 20 pour cent les plus riches (i.e. les deux
déciles supérieurs) perçoivent 68 pour cent du revenu total dans le pays.
Courbe de Lorenz du revenu par personne
100 %
90 %
80 %
en % du revenu
70 %
60 %
50 %
40 %
30 %
20 %
10 %
0%
0%
10 % 20 % 30 % 40 % 50 % 60 % 70 % 80 % 90 % 100 %
en % de la population
Figure 0: Courbe de Lorenz
C’est donc la combinaison du plus faible revenu par personne dans la région et de
la plus forte inégalité, qui fait que la pauvreté en Haïti enregistre une incidence et
profondeur extrêmes. En dehors de cette constatation, qui relève de la tautologie, il
reste difficile d’établir un consensus normatif aussi bien qu’une analyse scientifique du
phénomène de l’inégalité.
à partir des données de l’ECVH
15
Le problème de l’inégalité extrême en Haïti n’est pas seulement qu’il entraîne une
pauvreté plus aiguë pour un niveau de développement économique donné, ni qu’on
peut considérer de telles inégalités sociales injustes ou même répugnantes, mais qu’en
plus, l’inégalité entraîne des effets contraires à la réduction de la pauvreté.
Premièrement, l’inégalité réduit la croissance économique, entre autre parce qu’elle
réduit le nombre de bénéficiaires de la croissance, et parce qu’une forte inégalité est
corrélée avec le niveau de conflit dans la société. Deuxièmement, une forte inégalité
diminue l’effet de réduction de la pauvreté que peut avoir la croissance, parce que la
croissance peut simplement renforcer les inégalités qui existent. (Banque Mondiale
2003:16-17).
Néanmoins, les arguments pour une réduction de l’inégalité en vue d’obtenir une
plus forte croissance économique sont contestés, et les questions d’inégalité et de
redistributions restent essentiellement des questions d’ordre politique ou moral,
comme l’est également la question de la réduction de la pauvreté.
16
Profil de la pauvreté en Haïti
3. La géographie de la pauvreté :
La grande majorité des pauvres vivent en milieu rural
Les statistiques montrent que la pauvreté est répartie de façon inégale sur le
territoire haïtien. L’Aire Métropolitaine connaît une incidence de pauvreté extrême de
23 pour cent, nettement inférieure à celle qu’on trouve en milieu rural (67 pour cent)
et en milieu urbain hors Port-au-Prince (57 pour cent). La grande majorité de la
population rurale (88 pour cent) tombe en dessous de la ligne de 2 US$ (PPA) par
personne par jour, contre « seulement » 45 pour cent de la population de l’Aire
Métropolitaine. (Tableau 7)
Il faut noter que les autres milieux urbains enregistrent des taux de pauvreté et de
pauvreté extrême plus proches de ceux du milieu rural que de ceux de l’Aire
Métropolitaine. L’écart entre les villes de province (telles que Jacmel et Cap-Haïtien) et
les campagnes qui les entourent est donc moindre que l’écart entre ces villes et la
capitale.
Le fait que la majorité de la population haïtienne (63 pour cent) vive en milieu
rural, implique que la pauvreté en Haïti se trouve surtout en milieu rural. En effet, plus
que trois quarts des extrêmement pauvres (77 pour cent) vivent en milieu rural, ce qui
implique qu’il est nécessaire de cibler la population rurale dans toute politique visant
à réduire la pauvreté. Par contre, seulement 9 pour cent des extrêmement pauvres
vivent dans l’Aire Métropolitaine, et 14 pour cent vivent dans les autres villes. La faible
contribution des villes de province (« autre milieu urbain ») s’explique par le fait que
leur population est modeste par rapport à la population rurale. (Tableau 7)
Notons que la profondeur de la pauvreté en Aire Métropolitaine est de 0,09, tandis
qu’elle est de 0,33 en milieu rural. La profondeur de la pauvreté est le produit de
l’incidence de la pauvreté et le ratio d’écart de revenu. Non seulement l’incidence de
pauvreté extrême est-elle plus faible dans l’Aire Métropolitaine, mais en plus, le ratio
d’écart de revenu y est moins important (45 pour cent, comparé à 56 pour cent en
milieu rural) : il y plus de pauvres en milieu rural, et ils ont un revenu encore plus
faible que le revenu des pauvres de l’Aire Métropolitaine.
à partir des données de l’ECVH
17
Tableau 7 Pauvreté par milieu de résidence
Incidence
Incidence
de pauvreté de pauvreté
extrême (%)
(%)
Aire Métropolitaine
Autre milieu urbain
Milieu rural
Haïti
23
57
67
56
45
76
88
77
Contribution
Profondeur
à la
Ratio d'écart
de la
pauvreté
de revenu
pauvreté
extrême (%)
9
0,45
0,10
14
0,58
0,33
77
0,56
0,37
100
0,56
0,31
Pop.
estimée
Échantillon
1 847 302
1 118 758
5 136 695
8 102 754
1 006
1 182
4 998
7 186
Le département du Nord Est connaît la pauvreté la plus aiguë
La répartition de la pauvreté par département (Tableau 8) montre que les variations
entre les départements sont relativement modestes, à l’exception de deux
départements : le Nord Est et l’Ouest.
Dans le Nord Est, nous trouvons une incidence de la pauvreté extrême de 84 pour
cent, et un ratio d'écart de revenu des extrêmement pauvres de 72 pour cent. En
moyenne, les ménages extrêmement pauvres du Nord Est ont donc un revenu par
personne par jour de 28 pour cent de la ligne de pauvreté, c’est-à-dire 0,28 US$ (PPA)
Il faudrait donc plus que tripler le revenu moyen des ménages extrêmement pauvres
dans ce département pour les sortir de la pauvreté extrême.
Dans le département de l’Ouest, l’incidence de la pauvreté extrême est beaucoup
plus faible (34 pour cent) que l’incidence nationale (56 pour cent), ce qui s’explique
par le fait que 60 pour cent de la population du département se trouve dans l’Aire
Métropolitaine où la pauvreté est moins aiguë.
Retenons que la population du département du Nord Est est faible ; avec 312 000
personnes, c’est le département le moins peuplé. La contribution de ce département
est moindre (6 pour cent) que celle du département de l’Ouest (23 pour cent) : Même
si la part de la population du département de l’Ouest qui vit dans la pauvreté extrême
est faible par rapport aux autres départements, une partie importante des extrêmement
pauvres en Haïti vit dans ce département.
18
Profil de la pauvreté en Haïti
Tableau 8 Incidence de la pauvreté par Département
Département
Incidence de
pauvreté
extrême (%)
Ouest
34
Sud Est
65
Nord
68
Nord Est
84
Artibonite
68
Centre
62
Sud
69
Grand Anse
67
Nord Ouest
72
Haïti
56
à partir des données de l’ECVH
Incidence de
pauvreté (%)
57
87
85
94
89
85
87
88
92
77
Contribution
à la pauvreté
extrême (%)
23
7
12
6
17
8
11
10
7
100
Ratio d'écart Profondeur de
de revenu
la pauvreté
0,47
0,49
0,58
0,72
0,59
0,48
0,57
0,59
0,58
0,56
0,13
0,28
0,36
0,58
0,35
0,27
0,36
0,36
0,37
0,31
Pop.
estimée
2 980 300
493 010
828 188
312 710
1 113 821
553 239
699 057
691 473
430 955
8102754
Échantillon
1 958
568
748
411
922
587
685
706
601
7186
19
4.
La démographie de la pauvreté
La pauvreté et le cycle de vie
Si l’on définit la pauvreté par rapport au revenu d’un ménage ou d’un individu, la
pauvreté de ce ménage ou individu varie au cours de son cycle de vie. En effet, le
revenu et la consommation des individus varient selon la phase de vie dans laquelle ils
se trouvent – des jeunes qui sont en train de s’établir dans un ménage séparé de leurs
parents, des adultes avec enfants, un couple de personnes âgées sans enfants. Selon
l’hypothèse du revenu permanent, les revenus des individus atteignent un niveau
maximum entre le début et le milieu de la vie, puis diminuent par la suite. La
consommation des ménages varie moins que le revenu, parce que les ménages ont
recours à l’épargne ou au crédit pour réduire les fluctuations. (Voir par exemple
Modigliani 1963.)
Comme nous avons utilisé le revenu pour définir la pauvreté, nous devons nous
attendre à voir des effets forts du cycle de vie. Nous examinerons l’effet du ratio de
dépendance du ménage, la structure familiale, le sexe et l’âge de l’apporteur principal.
Les familles nombreuses sont souvent des familles pauvres
La première constatation sur les relations entre les variables démographiques et la
pauvreté est que l’incidence et la profondeur de la pauvreté augmentent avec la taille
du ménage. L’incidence passe de 30 pour cent pour les ménages à une seule
personne, à 64 pour cent dans les ménages à plus de six personnes, et la profondeur
passe de 0,15 à 0,37. Dans une certaine mesure, il peut exister un effet de causalité,
où la situation de pauvreté entraîne une fécondité plus élevée, mais il semble plus
pertinent de rappeler que l’indicateur de pauvreté que nous utilisons – le revenu par
personne – donnera par définition plus de pauvreté parmi les familles nombreuses
puisque le revenu par personne est calculé sans utiliser une échelle d’équivalence.
(Voir Définitions de la pauvreté – lignes de pauvreté dans le premier chapitre.)
20
Profil de la pauvreté en Haïti
L’observation d’une pauvreté qui augmente avec la taille du ménage relève donc
en partie de la tautologie, et cet effet peut aussi jouer dans les autres variables
démographiques que nous étudierons (par exemple, la taille du ménage varie en
fonction de l’âge de l’apporteur principal). Pour cette raison, nous présentons
l’information sur la taille du ménage dans les tableaux.
Tableau 9: Pauvreté par Nombre de personnes dans le ménage
Nombre de
personnes dans le
ménage
Personne seule
2-4 personnes
5-6 personnes
>6 personnes
Contribution
Incidence Incidence
Ratio
Profondeur
à la
de pauvreté de pauvreté
d'écart de
de la
pauvreté
extrême (%)
(%)
revenu
pauvreté
extrême (%)
30
47
1
0,50
0,15
44
68
24
0,52
0,23
58
80
32
0,56
0,33
64
82
43
0,59
0,38
Taille du
ménage
Pop.
estimée
1,0
3,0
5,4
8,3
166 197
2 435 670
2 468 991
3 031 895
Échantillon
653
3 147
1 858
1 528
L’incidence de la pauvreté et le ratio d’écart du revenu augmentent avec le ratio de
dépendance du ménage, c’est-à-dire le nombre de personnes dans le ménage qui ne
travaillent pas, divisé par le total. (Tableau 10)5 Il y a deux mécanismes qui jouent en
sens inverse : d’une part, lorsqu’un individu a un revenu important, on peut s’attendre
à un ratio de dépendance plus élevé, car il est en mesure de soutenir plusieurs
personnes – le ratio de dépendance augmente quand le revenu augmente. D’autre
part, lorsque plusieurs personnes dans un ménage ne sont pas en mesure de trouver un
revenu, le ratio de dépendance augmente, et le revenu baisse. Il est clair que le dernier
effet domine.
Tableau 10 Pauvreté par ratio de dépendance du ménage
Ratio de
dépendance
0
0 à 1/3
1/3 à 1/2
1/2 à 2/3
2/3 à 1
5
Incidence
Incidence
de pauvreté de pauvreté
extrême (%)
(%)
35
46
56
66
69
57
69
78
87
86
Contribution
Ratio d'écart
à la
pauvreté
de revenu
extrême (%)
7
0,48
18
0,53
28
0,56
29
0,57
18
0,59
Profondeur
de la
pauvreté
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
0,17
0,24
0,31
0,38
0,40
2,5
4,9
5,1
5,9
4,4
974 291
1 773 768
2 257 629
1 936 771
1 160 294
1 437
1 417
1 782
1 393
1 157
Ici joue bien entendu l’effet de la définition de la pauvreté.
à partir des données de l’ECVH
21
Les familles complexes ou parents et non-parents cohabitent sont
moins souvent pauvres
L’incidence de la pauvreté varie selon le type de ménage, mais il faut tenir compte
du fait que la taille des ménages dépend aussi du type de ménage, et a un effet
important sur le revenu par personne, comme nous venons de le voir. Ainsi, on trouve
que les personnes seules et les couples sans enfants ont une incidence de la pauvreté
très inférieure à la moyenne nationale. En Haïti, ces deux catégories sont relativement
rares (166 000 personnes seules et 172 000 personnes qui vivent en couple sans
enfants), et la contribution à la pauvreté extrême de ces deux catégories est ainsi de 2
pour cent seulement. (Tableau 11)
D’autre part, on trouve que l’incidence et la profondeur de la pauvreté sont
proches de la moyenne nationale pour les personnes qui vivent dans les familles
nucléaires, les familles monoparentales, et les familles élargies. Ces trois catégories
sont les plus répandues en Haïti, et 89 pour cent des pauvres vivent dans un de ces
trois types de ménage. Remarquons que les familles monoparentales ont une
incidence de la pauvreté extrême de 56 pour cent, tandis que pour les familles
nucléaires l’incidence est de 62 pour cent. (Tableau 11)
Finalement, l’incidence de la pauvreté des personnes vivant dans les familles
complexes est de 40 pour cent, très inférieure à la moyenne nationale, même si ces
ménages comptent en moyenne 6 personnes. (Tableau 11) Dans ces ménages, parents
et non-parents vivent sous le même toit, partageant les dépenses, et maximisant le
nombre de personnes apportant un revenu. Ce type de ménage est plus commun en
milieu urbain, ce qui peut refléter d’une part des coûts de logement plus élevés, et
d’autre part le flux migratoire vers les villes. L’incidence limitée de la pauvreté dans
ces ménages peut s’expliquer tout simplement par le fait qu’ils se trouvent en milieu
urbain. Ces questions seront étudiées par une analyse de régression dans le dernier
chapitre du profil.
Tableau 11 Pauvreté par structure familiale du ménage
Structure
familiale du
ménage
Incidence
Contribution
de
Incidence de
à la pauvreté
pauvreté
pauvreté
extrême
extrême
Personne seule
30
47
1
Famille nucléaire
63
84
34
Famille
57
78
10
monoparentale
Couple sans
39
65
1
enfant
Famille élargie
57
78
45
Famille complexe
40
62
9
22
Ratio
d'écart de
revenu
Profondeur
de la
pauvreté
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
0,50
0,56
0,15
0,35
1,0
5,6
166 197
2 448 864
653
1 952
0,58
0,33
4,1
767 255
837
0,51
0,20
2,0
171 910
349
0,57
0,54
0,33
0,22
5,6
6,0
3 534 777
1 013 751
2 714
681
Profil de la pauvreté en Haïti
La structure familiale peut être également abordée à travers le statut matrimonial de
l’apporteur principal (Tableau 12). Ici, on peut observer que la pauvreté est moins
importante (42 pour cent) parmi les personnes qui vivent dans des ménages où
l’apporteur principal n’a jamais été marié. Ces ménages ont une taille moyenne de 4,6
personnes, ce qui indique qu’il ne s’agit pas des ménages de personnes seules. Ensuite,
on trouve que ces ménages sont le plus souvent des familles élargies, (64 pour cent
des cas) ou des familles complexes (18 pour cent des cas). L’apporteur principal qui
n’a jamais été marié est plus souvent un homme (65 pour cent des cas) et dans 46
pour cent des cas, il a moins de 25 ans. De ces ménages, 55 pour cent se trouvent en
milieu rural, contre 36 pour cent de tous les ménages. Il s’agit donc de ménages
urbains de taille importante, où des jeunes hommes jamais mariés apportent l’essentiel
du revenu.
La deuxième observation, c’est que la pauvreté semble plus aiguë parmi les
personnes vivant dans les ménages où l’apporteur principal est placé. Ceci peut
s’expliquer par le fait que la pratique du plaçage est plus répandue en milieu rural, où
la pauvreté est en général plus aiguë.
La troisième observation, quelque peu surprenante, est que l’incidence de la
pauvreté est de 53 pour cent parmi les veufs ou divorcés, donc inférieure à la
moyenne nationale de 56 pour cent. Ce résultat est probablement dû à la taille réduite
de ces ménages – 3,9 personnes en moyenne – et son effet à travers la définition de la
pauvreté comme un revenu par personne inférieur à la ligne de la pauvreté
Tableau 12 Pauvreté par statut matrimonial de l’apporteur principal
Etat civil de
l’apporteur principal
Incidence
Contribution
Ratio
de
Incidence
à la
d'écart de
pauvreté de pauvreté pauvreté
revenu
extrême
extrême
Seul, jamais marié(e)
44
62
8
0,55
Marié(e)
53
75
31
0,55
Placé(e)
63
84
41
0,57
Veuf(ve), divorcé(e),
53
74
20
0,58
séparé(e)
Profondeur
de la
pauvreté
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
0,24
0,29
0,36
4,6
5,8
5,5
861 368
2 667 916
2 901 251
807
2 129
2 344
0,31
3,9
1 672 219
1 906
Les ménages ayant une femme pour apporteur principal sont plus
pauvres, surtout dans l’Aire Métropolitaine
Les données haïtiennes présentent deux différences par rapport au schéma
habituel : d’abord, on note qu’il y a une différence légère entre l’incidence de la
pauvreté extrême dans les ménages ayant une femme pour apporteur principal (58
pour cent) et ceux ayant un homme (53 pour cent) (Tableau 13). Pour les autres
à partir des données de l’ECVH
23
mesures (ratio d’écart de revenu, profondeur de la pauvreté) l’écart est également très
faible, et les contributions des deux groupes à la pauvreté extrême sont similaires (52
contre 48 pour cent). Ensuite, on note que le nombre de personnes qui vivent dans des
ménages ayant une femme pour apporteur principal (3,7 millions de personnes) est
proche du nombre de personnes ayant un homme (4,4 millions).
Ces deux différences pourraient s’expliquer par la structure économique des
ménages haïtiens – ainsi que par la définition du terme « apporteur principal ». En
effet, en milieu rural, il est commun que l’homme travaille la terre, que la femme
vende les produits agricoles sur le marché. Si les revenus déclarés de la femme sont
plus importants que ceux de l’homme, la femme est l’apporteur principal du ménage.
Il est clair que la démarche qui consiste à partir des revenus individuels pour saisir le
revenu du ménage est problématique, parce que l’unité de production est le ménage,
et non pas la femme ou l’homme. Si nous abordons cette question en étudiant le chef
du ménage plutôt que l’apporteur principal, les différences entre hommes et femmes
disparaissent complètement.
Par contre, une analyse des différences entre homme et femmes par milieu de
résidence (Aire Métropolitaine, autre milieu urbain, et milieu rural) montre que
l’égalité apparente est surtout un phénomène rural. Dans l’Aire Métropolitaine, nous
trouvons une incidence de la pauvreté extrême de 26 pour cent parmi les ménages
ayant une femme pour apporteur principal, contre 17 pour cent pour ceux qui ont un
homme. Cette différence est encore plus marquée en autre milieu urbain, où 64 pour
cent des ménages ayant une femme pour apporteur principal sont extrêmement
pauvres, contre 48 pour cent pour ceux dont le principal apporteur est un homme.
Tableau 13 Pauvreté par sexe de l'apporteur principal
Sexe de
l'apporteur
principal
Homme
Femme
Incidence
Incidence
de pauvreté
de pauvreté
extrême
53
58
75
79
Contribution
à la
pauvreté
extrême
52
48
Ratio d'écart
de revenu
Profondeur
de la
pauvreté
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
0,56
0,57
0,30
0,33
5,2
4,9
4 361 462
3 741 292
3 812
3 374
Une corrélation faible entre la pauvreté et l’âge de l’apporteur
principal du ménage
Contrairement aux anticipations, nous trouvons une corrélation faible entre la
situation de pauvreté du ménage et l’âge de son apporteur principal. L’incidence de la
pauvreté extrême est légèrement moins forte chez les ménages ayant un apporteur
principal âgé de moins de 35 ans. Par contre, l'accroissement anticipé de l’incidence
de la pauvreté extrême chez les ménages ayant un apporteur plus âgé, n’apparaît pas.
(Tableau 14)
24
Profil de la pauvreté en Haïti
Dans une certaine mesure, ceci peut s’expliquer par la taille de ces ménages. Les
ménages qui ont un apporteur principal âgé de plus de 66 ans ont une taille moyenne
de 3,6 personnes, tandis que les ménages où l’apporteur principal a entre 36 et 45 ans
comptent en moyenne 5,7 membres.
Néanmoins, le fait que les ménages des personnes âgées obtiennent un revenu par
personne proche de la médiane nationale6 peut également s’expliquer par le fait que
42 pour cent de leur revenu provienne de transferts (Tableau 15). Ceci laisse penser
qu’il existe des mécanismes informels de redistribution qui effectivement réduisent de
manière significative la pauvreté parmi les ménages de personnes âgées.
Tableau 14 Pauvreté par âge de l’apporteur principal
Age de
l’apporteur
principal
< 25
26-35
36-45
46-55
56-65
66 +
Incidence
Incidence
de pauvreté de pauvreté
extrême (%)
(%)
53
50
58
59
57
56
72
72
78
79
80
79
Contribution
Profondeur
à la
Ratio d'écart
de la
pauvreté
de revenu
pauvreté
extrême (%)
8
0,57
0,30
21
0,55
0,28
30
0,57
0,33
20
0,58
0,34
11
0,52
0,30
9
0,57
0,32
Taille du
ménage
4,9
5,2
5,7
5,4
4,7
3,6
Pop.
estimée
708 999
1 868 552
2 305 939
1 558 917
903 532
756 814
Échantillon
646
1 542
1 766
1 320
925
987
Tableau 15 Les sources de revenu des ménages par âge de l'apporteur principal
Age de l’apporteur
principal
Salaire
Transferts
Revenus fonciers
Autre
Auto-emploi
Auto-consommation
Total
Pop. estimée
Échantillon
- 25
26-35
36-45
46-55
56-65
66 +
15
40
6
2
30
7
100
708 999
646
26
24
2
4
37
8
100
1 868 551
1 542
24
18
2
4
41
12
100
2 305 939
1 766
20
20
4
6
39
13
100
1 558 917
1 320
12
31
3
4
33
17
100
903 531
925
5
42
5
3
30
15
100
756 814
987
6
Le revenu annuel par personne médian est de 5 900 Gdes dans les ménages où l’apporteur principal est âgé
de plus de 66 ans. Le revenu annuel par personne médian dans la population totale est de 6 800 Gdes.
à partir des données de l’ECVH
25
5.
L’insertion économique des ménages pauvres
Dans ce chapitre, nous analysons l’insertion économique des ménages pauvres en
termes de leur accès aux différentes sources de revenu et de leur participation au
marché du travail, à savoir les mécanismes qui ont un impact direct sur le statut de
pauvreté d’un ménage. Comme il existe des différences importantes entre milieu
urbain et milieu rural, et entre l’Aire Métropolitaine et le reste du pays en ce qui
concerne la composition du revenu des ménages et le marché du travail, nous allons
présenter des statistiques décomposées par milieu de résidence.
Les sources de revenu des ménages pauvres
La composition du revenu des personnes extrêmement pauvres ou pauvres, est
différente de celle des non-pauvres. De plus, il y des différences importantes entre
l’Aire Métropolitaine, les autres milieux urbains et le milieu rural, notamment en ce
qui concerne l’importance du salaire, des transferts, et de l’auto-consommation. Le
salaire est plus important dans les milieux urbains en général et dans l’Aire
Métropolitaine en particulier, qu’en milieu rural. Mais dans tous les milieux, on
observe que le poids du salaire dans le revenu des ménages extrêmement pauvres est
sensiblement la moitié de celui observé dans le revenu des non-pauvres.
Pour les transferts, on constate qu’ils contribuent à un tiers (entre 30 et 36 pour
cent) du revenu dans l’Aire Métropolitaine, un peu moins dans les autres villes, et
seulement 11 à 20 pour cent en milieu rural. En plus la part des transferts dans le
revenu total est plus importante pour les pauvres que pour les non-pauvres dans l’Aire
Métropolitaine, tandis qu’en milieu rural, c’est l’inverse. Ceci fait que les transferts
contribuent deux fois plus (20 pour cent contre 11) au revenu des non-pauvres qu’au
revenu des pauvres en milieu rural.
Dans tous les milieux, l’auto-emploi constitue la source la plus importante de
revenu pour les ménages pauvres et extrêmement pauvres : 39 pour cent pour ces
derniers dans l’Aire Métropolitaine et 46 pour cent dans les autres villes. Retenons que
l’auto-emploi est également important pour les non-pauvres, étant la source la plus
importante de revenu en milieu rural et dans les autres villes.
26
Profil de la pauvreté en Haïti
Tableau 16 Les sources de revenu des ménages extrêmement pauvres, pauvres, et non-pauvres
Aire Métropolitaine
Autre milieu urbain
Extrême
Pauvres
Non- Extrême
Pauvres
Non- Extrême
ment
pauvres
ment
pauvres
ment
pauvres
pauvres
pauvres
14
19
30
13
15
25
5
Salaire
36
31
30
23
24
35
11
Transferts
Revenus fonciers
3
4
4
2
2
2
2
Autre
7
7
4
7
5
6
5
39
39
33
46
43
30
45
Auto-emploi
0
1
0
9
11
3
32
Auto-consommation
Total
100
100
100
100
100
100
100
Pop. estimée 1138
1273
292
2157
1881
112
11527
Échantillon
212
425
581
583
819
363
3065
Sources de revenu
Rural
Pauvres
6
11
2
4
43
34
100
10715
4179
Nonpauvres
10
20
2
3
44
21
100
571
819
Une relation faible entre le chômage et la pauvreté
On pourrait s’attendre à un impact direct de la participation au marché de travail
sur la situation de pauvreté d’un ménage. Or, des effets apparemment paradoxaux
résultent de l’utilisation de la définition du Bureau International du Travail (ILO 1998)
des statuts d’actif occupé, chômeur, et inactif pour catégoriser la participation des
individus sur le marché de travail. Cette définition classe comme actif occupé toute
personne ayant eu une activité quelconque d’une durée d’au moins une heure en vue
d’obtenir une rémunération sous forme d’argent ou de biens pendant la semaine
précédant l’enquête. Le fait qu’une personne accepte une activité donnée pour une
rémunération donnée dépend de plusieurs conditions, notamment ses besoins
immédiats d’un revenu, c’est-à-dire du niveau de son salaire de réservation. Ceci
implique que les statuts d’actif occupé et de chômeur peuvent correspondre à une
large gamme de situations de bien-être monétaire – une personne possédant certaines
ressources peut refuser un travail qu’une personne plus pauvre doit accepter.
Le Tableau 17 montre que l’incidence de la pauvreté extrême est un peu plus
élevée lorsque le principal apporteur est un inactif (61 pour cent) que pour les cas où
le principal apporteur est un actif occupé (53 pour cent) ou les cas où le principal
apporteur est un chômeur (54 pour cent), et le ratio d’écart de revenu est aussi plus
grand pour les inactifs (0,60) que pour les actifs (0,54). Pour la ligne de pauvreté de 2
US$, il se trouve que l’incidence est plus élevée pour les actifs que pour les chômeurs,
un fait qui peut s’expliquer par les « effets paradoxaux » introduits plus haut : pour
certaines personnes le choix du chômage plutôt que l’auto-emploi ou le salariat
s’explique par l’accès à d’autres sources de revenu.
à partir des données de l’ECVH
27
Tableau 17 Pauvreté par situation d’activité du principal apporteur
Participation de
Contribution
l’apporteur
Incidence
Incidence
Profondeur
à la
Ratio d'écart
principal au
de pauvreté de pauvreté
de la
pauvreté
de revenu
extrême (%)
(%)
pauvreté
marché du
extrême (%)
travail
Actif occupé
54
76
68
0,55
0,29
Chômeur
57
71
10
0,61
0,35
Inactif
62
80
22
0,60
0,37
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
6,5
5,8
5,7
5 723 322
789 651
1 568 582
4 851
626
1 690
Le Tableau 18 montre qu’en moyenne, les ménages ayant un apporteur principal
au chômage dépendent des transferts à hauteur de 56 pour cent de leur revenu. Ils
sont en cela semblables aux ménages où l’apporteur principal est inactif (57 pour
cent). Si le chômage est une situation transitoire, et l’inactivité est une situation de
longue durée, les transferts auraient dû avoir plus de poids dans le revenu des derniers
(sauf si le système des transferts répond très vite aux situations de crise). Cela laisse
penser qu’une partie des chômeurs ont accès à des ressources (les transferts) qui leur
permettent de sortir de la pauvreté sans dépendre des mécanismes du marché de
travail.
Tableau 18 Composition du revenu des ménages par situation d’activité du principal apporteur
Contribution (en pourcentages) au
revenu total par source
Salaire
Transferts
Revenus fonciers
Autre
Auto-emploi
Auto-consommation
Total
Pop. estimée
Échantillon
Actif occupé
Chômeur
Inactif
Tous
26
15
2
4
43
11
100
1 210 360
4 851
9
56
4
8
19
6
100
174 661
626
5
57
6
5
17
10
100
396 113
1 690
21
26
3
4
37
10
100
1 785 933
7 186
Le Tableau 19 montre la situation d’activité du principal apporteur par milieu de
résidence et statut de pauvreté. On observe qu’il n’y a pas de grandes différences au
niveau de la situation d’activité de l’apporteur principal entre pauvres et non-pauvres,
quel que soit le milieu de résidence. En milieu rural, les pauvres sont plus souvent
inactifs que les non-pauvres (24 contre 17 pour cent), et moins souvent actifs occupés
(68 contre 77 pour cent). Les pauvres sont un peu plus souvent chômeurs que les nonpauvres dans chacun des milieux de résidence, mais il n’y a pas une grande
différence.
28
Profil de la pauvreté en Haïti
Tableau 19 Situation d’activité du principal apporteur par milieu de résidence et statut de pauvreté
(Ligne de 1 US$ par jour)
Actif occupé
Chômeur
Inactif
Total
Pop. estimée
Échantillon
Aire Métropolitaine
Non-pauvres
Pauvres
65
61
16
19
19
20
100
100
245 664
167 756
581
425
Autre milieu urbain
Non-pauvres
Pauvres
69
65
8
10
23
25
100
100
74 134
168 346
363
819
Milieu rural
Non-pauvres
Pauvres
77
68
6
7
17
24
100
100
198 213
931 821
819
4179
L’emploi salarié réduit le risque de tomber dans la pauvreté
Les travailleurs haïtiens qui font partie du salariat (18 pour cent de tous les actifs
occupés) sont en moyenne dans une meilleure situation que ceux qui dépendent de
l’auto-emploi (81 pour cent de tous les actifs occupés) ou au chômage (Tableau 20).
Autour de 50 pour cent des salariés vivent en milieu urbain, et 62 pour cent d’entre
eux ont au moins complété le cycle secondaire, contre 14 pour cent des individus en
auto-emploi.
Tableau 20 Pauvreté par type d’activité de l’apporteur principal
Type d’activité de
l’apporteur
principal
Salarié
Auto-emploi ou
employeur
Autre non-salarié
Chômeur
Inactif
Incidence
Incidence
de pauvreté
de pauvreté
extrême
Contribution
Profondeur
Taille du
de la
ménage
pauvreté
Ratio d'écart
de revenu
0,47
0,13
Pop.
estimée
Échantillon
6,8
1 020 773
731
28
49
à la
pauvreté
extrême
5
59
82
58
0,55
0,32
6,5
4 607 128
4 046
67
57
62
85
71
80
5
8
24
0,64
0,61
0,60
0,43
0,35
0,37
5,9
5,8
5,7
331 402
789 651
1 568 582
273
626
1690
L’incidence plus faible de la pauvreté associée au salariat, se retrouve au niveau de
la composition du revenu des ménages. Le Tableau 21 donne la pauvreté selon la
source principale de revenu des ménages (un ménage ayant normalement plusieurs
sources de revenu). Les ménages qui ont pour principale source le salaire enregistrent
une incidence de la pauvreté extrême de 32 pour cent, soit seulement la moitié de
l’incidence de ceux qui dépendent de l’auto-emploi. Ce résultat s’explique en partie
par le fait que 70 pour cent des apporteurs principaux qui sont salariés vivent en
milieu urbain où les salaires sont en général, plus élevés qu’en milieu rural. Mais ce
résultat s’explique aussi par le fait que les salariés appartiennent au secteur formel de
l’économie, tel que l’administration publique (en milieu urbain), l’enseignement (en
à partir des données de l’ECVH
29
milieu urbain et rural), et l’industrie (en milieu urbain). Finalement, rappelons que
même parmi les salariés, il y a une minorité importante (32 pour cent) qui sont
extrêmement pauvres, et une majorité (53 pour cent) qui sont pauvres.
Tableau 21 : Pauvreté par source principale de revenu du ménage
Source de revenu
principale
Salaire
Auto-emploi
Transferts
Revenus fonciers
Autre
Autoconsommation
Incidence
Incidence
de pauvreté
de pauvreté
extrême
Contribution
32
60
45
46
75
53
80
65
67
86
à la
pauvreté
extrême
6
48
14
1
5
63
90
25
Ratio
d'écart de
revenu
Profondeur
de la
pauvreté
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
0,53
0,61
0,54
0,51
0,73
0,17
0,36
0,24
0,24
0,55
6,5
6,3
5,6
5,4
6,0
864 668
3 573 336
1 393 414
137 218
331 759
633
3 126
1 283
126
359
0,47
0,30
6,6
1 802 359
1 659
Le Tableau 22 montre que le niveau d’étude de l’apporteur principal est d’une
importance majeure pour le statut de pauvreté des ménages. En effet, l’incidence de la
pauvreté extrême qui est de 70 pour cent parmi les ménages où l’apporteur principal
n’a aucun bagage scolaire, n’est que de 7 pour cent parmi les ménages où il a atteint
le cycle supérieur. Comme on l’a évoqué, la majorité des salariés ont au moins un
niveau d’étude secondaire, ce qui leur permet d’échapper à la pauvreté. Remarquons
que 30 pour cent des apporteurs principaux qui ont complété le cycle secondaire
tombent dans la pauvreté extrême.
Tableau 22 Pauvreté par éducation de l’apporteur principal
Education de
l’apporteur
principal
Aucune
éducation
Cycle primaire
Cycle
secondaire
Cycle supérieur
Incidence
Incidence
de pauvreté
de pauvreté
extrême
Contribution
à la
pauvreté
extrême
Ratio d'écart
de revenu
Profondeur
de la
pauvreté
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
70
90
62
0,58
0,40
6,1
4 029 313
3 954
52
74
26
0,55
0,29
6,5
2 280 226
1 902
31
54
11
0,50
0,15
6,4
1 611 776
1 218
7
20
0
0,53
0,04
5,2
181 438
112
Les transferts constituent un moyen d’échapper à la pauvreté
Le Tableau 21 permet aussi de montrer l’effet des transferts sur le statut de
pauvreté : l’incidence de la pauvreté extrême est de 44 pour cent parmi les ménages
qui ont pour source principale de revenu les transferts, contre 59 pour cent de ceux
qui dépendent de l’auto-emploi.
30
Profil de la pauvreté en Haïti
Dans d’autres pays où les transferts jouent un rôle important, les ménages qui
reçoivent les transferts sont composés de personnes âgées, malades, handicapées ou
autrement empêchés de travailler – autrement dit, ce sont des ménages qui sont
poussés dans une situation de dépendance vis à vis des transferts, qui ont un revenu
faible, et des conditions de vie difficiles.
Dans le cas haïtien par contre, il apparaît que les transferts « paient mieux » que le
marché du travail, et encouragent les ménages à quitter des activités peu profitables.
Il y a aussi en Haïti une distinction importante entre les transferts internes et
externes, où il semble que les transferts externes permettent aux ménages de sortir de
la pauvreté, tandis que ceux qui reçoivent les transferts internes restent pauvres. Alors
que l’incidence de la pauvreté extrême est de 36 pour cent parmi les ménages qui
reçoivent des transferts externes, elle est de 48 pour cent parmi ceux qui reçoivent des
transferts internes. (Tableau 23) Les relations entre transferts, revenu et bien-être sont
complexes, et dépendent de décisions et d’actions qui peuvent s’étaler sur des années,
voire des décennies. Avec l’importance que prennent les transferts dans l’économie
des ménages haïtiens, leur rôle pour les stratégies d’adaptation des ménages mérite
une étude plus approfondie que ce que nous pouvons entreprendre ici.
Tableau 23: Pauvreté par parents à l'étranger et transferts
Incidence
Incidence
de pauvreté
de pauvreté
extrême
Contribution
à la
pauvreté
extrême
Ratio
d'écart de
revenu
Profondeur
de la
pauvreté
Taille du
ménage
Pop.
estimée
Échantillon
Parents à
l’étranger
Non
Oui
Reçoit transferts
externes
Non
Oui
Reçoit transferts
internes
Non
Oui
62
41
83
63
77
23
0,58
0,52
0,36
0,21
6,2
6,5
5 561 327
2 541 427
5 051
2 135
63
36
83
59
82
18
0,58
0,48
0,37
0,18
6,3
6,3
5 857 609
2 245 145
5 357
1 829
59
48
79
70
77
23
0,58
0,48
0,37
0,18
6,3
6,0
5 934 810
2 167 944
5 190
1 996
à partir des données de l’ECVH
31
6.
Accès aux services de base et infrastructures
Accès à l’éducation
Les personnes pauvres ont un niveau d’étude plus faible que le reste de la
population haïtienne, mais en plus, les enfants vivant dans les ménages extrêmement
pauvres ont plus difficilement accès à l’éducation. En effet, le Tableau 24 montre que
pour l’ensemble du pays, seulement 54 pour cent des enfants extrêmement pauvres
âgés de 6 à 12 ans sont scolarisés, alors que 75% pour cent des enfants non-pauvres le
sont. Pour l’ensemble de la population, nous trouvons que le taux de scolarisation est
plus élevé dans l’Aire Métropolitaine et les autres milieux urbains (72 et 75 pour cent,
respectivement) qu’en milieu rural (53 pour cent). Mais la différence entre les enfants
extrêmement pauvres et non-pauvres se retrouve dans tous les milieux : en milieu
rural, le taux de scolarisation des enfants extrêmement pauvres est de 50 pour cent,
contre 67 pour cent pour les non-pauvres, en Aire Métropolitaine les taux sont
respectivement de 59 et 79 pour cent. Remarquons que le taux de scolarisation des
enfants extrêmement pauvres vivant dans les autres villes (72 pour cent) est proche de
celui des enfants non-pauvres du même milieu (79 pour cent).
Tableau 24 : Taux de scolarisation au cycle primaire, selon le milieu de résidence et le statut de pauvreté
Aire
Autre milieu
Métropolitaine
urbain
59
72
Extrêmement pauvres
64
74
Pauvres
79
79
Non- pauvres
72
75
Total
Milieu rural
Haïti
Pop. estimée
50
52
67
53
54
56
75
60
807 594
1 080 555
227 733
1 308 288
Échantillon
3 629
4 695
788
5 483
Les enfants des familles extrêmement pauvres dans l’Aire Métropolitaine sont donc
plus dépourvus, par rapport aux non-pauvres, que les enfants extrêmement pauvres
des villes de province. Le taux de scolarisation des non-pauvres de l’Aire
Métropolitaine et des autres villes est le même (79 pour cent), mais pour les
extrêmement pauvres il est de seulement 59 pour cent dans l’Aire Métropolitaine
contre 72 pour cent dans les autres villes.
32
Profil de la pauvreté en Haïti
Pour expliquer cette observation, il faut rappeler que l’éducation n’est pas
majoritairement un service public en Haïti : l’essentiel de l’offre scolaire est assurée
par les écoles privées à but lucratif. Deux effets peuvent jouer : premièrement, il est
possible que les extrêmement pauvres vivant dans l’Aire Métropolitaine soient plus
marginalisés que ceux qui vivent dans les autres villes. La majorité de la population de
l’Aire Métropolitaine a pu sortir de la pauvreté extrême, ce qui n’est pas le cas dans les
villes de province (rappelons que l’incidence de pauvreté est de 20 pour cent dans
l’Aire Métropolitaine, contre 50 pour cent dans les autres milieux urbains). Cette
marginalisation peut être due à un manque de ressources ou de capacités qui fait
d’une part que ces personnes ne trouvent pas de revenu, et d’autre part qu’elles
n’envoient pas leurs enfants à l’école. Deuxièmement, des différences de prix peuvent
également expliquer l’observation : soit le coût de la scolarisation est plus élevé dans
l’Aire Métropolitaine que dans les villes de province, soit le coût de la vie en général
est plus élevé dans l’Aire Métropolitaine, ce qui laisse moins de ressources pour la
scolarisation, d’autant que celle-ci induit des dépenses connexes comme
l’alimentation des enfants hors du domicile. Ces deux effets peuvent jouer en même
temps, et il faudrait analyser de plus près cette question importante.
Accès aux infrastructures
Les infrastructures dans l’Aire Métropolitaine
Les personnes vivant dans l’Aire Métropolitaine sont les mieux pourvues en
infrastructure en Haïti. La Figure 1 montre l’accès aux infrastructures selon le statut de
pauvreté. Le premier constat est que même parmi les ménages extrêmement pauvres,
93 pour cent ont accès à l’électricité. Il est probable qu’il existe dans l’Aire
Métropolitaine, de nombreuses connexions clandestines au réseau de distribution de
l’Electricité d’Haïti (EDH), ce qui explique ce large accès à l’électricité.
Ensuite, nous constatons que pour les autres types d’infrastructures – les routes
d’accès au logement, l’approvisionnement en eau à travers un réseau d’adduction
d’eau, la collecte d’ordures et le téléphone fixe – moins de la moitié des ménages
disposent de ces infrastructures, et il existe des différences importantes selon le statut
de pauvreté. Par exemple, 18 pour cent des ménages non-pauvres ont un robinet dans
leur logement, contre 10 pour cent des ménages extrêmement pauvres. Seulement 5
pour cent des ménages pauvres ou extrêmement pauvres ont un téléphone fixe chez
eux, contre 20 pour cent des ménages non-pauvres.
à partir des données de l’ECVH
33
Figure 1: Infrastructures dans l’Aire Métropolitaine
Extrêmement pauvres
Pauvres
Non-pauvres
Électricité
60
50
40
30
Téléphone fixe
20
Routes
10
0
Collecte d’ordures
Robinet dans le logement
Les infrastructures dans les autres milieux urbains
Dans les autres milieux urbains, nous trouvons que l’accès à l’électricité est très
réduit par rapport à l’Aire Métropolitaine, surtout pour les ménages extrêmement
pauvres. 35 pour cent des ménages extrêmement pauvres, et 69 pour cent des
ménages non-pauvres, ont accès à l’électricité, contre 93 et 95 pour cent
respectivemnt dans l’Aire Métropolitaine. Par contre, plus de ménages ont une route
d’accès au logement (70 pour cent des extrêmement pauvres et 83 pour cent des nonpauvres, contre 45 et 57 en Aire Métropolitaine) et un robinet dans le logement (12
pour cent des extrêmement pauvres et 24 pour cent des non-pauvres, contre 10 et 18
dans l’Aire Métropolitaine).
34
Profil de la pauvreté en Haïti
Figure 2: Infrastructures dans les autres milieux urbains
Extrêmement pauvres
Pauvres
Non-pauvres
Électricité
60
50
40
30
Téléphone fixe
20
Routes
10
0
Collecte d’ordures
Robinet dans le logement
Les infrastructures en milieu rural
Les ménages du milieu rural sont les plus dépourvus d’infrastructures. Les ménages
non-pauvres en milieu rural ont moins accès à toutes les catégories d’infrastructures
que les ménages extrêmement pauvres dans l’Aire Métropolitaine. Par exemple, 19
pour cent des ménages non-pauvres en milieu rural ont l’électricité dans le logement,
contre 93 pour cent des ménages extrêmement pauvres dans l’Aire Métropolitaine.
Seulement 4 pour cent des ménages extrêmement pauvres en milieu rural ont cette
commodité. La situation est identique pour toutes les catégories d’infrastructures, et il
convient de souligner que l’approvisionnement en eau par robinet dans le logement
est en place pour 6 pour cent des ménages non-pauvres, et 2 pour cent des ménages
extrêmement pauvres.
à partir des données de l’ECVH
35
Figure 3: Infrastructures en milieu rural
Extrêmement pauvres
Pauvres
Non-pauvres
Électricité
30
25
20
15
Téléphone fixe
10
Routes
5
0
Collecte d’ordures
Robinet dans le logement
Accès aux infrastructures et pauvreté
Ces statistiques démontrent clairement que l’accès aux infrastructures dépend
surtout du milieu de résidence. Des différences selon statut de pauvreté existent à
l’intérieur de chacun des trois milieux, mais sont moins importantes.
Le fait que les différences résultent surtout du milieu de résidence, renvoie au
développement inégal entre les différentes régions d’Haïti. Une politique visant à
améliorer l’accès aux infrastructures doit donc viser les différences géographiques
plutôt que socio-économiques.
36
Profil de la pauvreté en Haïti
7.
La pauvreté rurale
Un des enseignements essentiels de ce rapport est que la pauvreté en Haïti, à la
fois par son incidence et par sa profondeur, est significativement supérieure en milieu
rural à ce qu’elle est en milieu urbain, comme dans quasiment tous les pays latinoaméricains.7
Si les problèmes de mesure du revenu monétaire peuvent expliquer en partie cette
différence, les autres mesures telles que les capacités humaines ou les besoins de base
renforcent la notion de différence de richesse rurale-urbaine (Griffin 1999; Egset
2003). Haiti, par ailleurs, demeure une économie essentiellement rurale dans la
mesure où près des deux tiers de l’ensemble de la population vivent (et travaillent)
dans les zones rurales. Ainsi, les trois quarts de la population extrêmement pauvre
vivent en milieu rural, et tout effort de compréhension et de réduction de la pauvreté à
Haiti doit avoir pour fondement une compréhension de l’économie rurale. A cette fin,
nous situons dans un premier temps les ruraux pauvres dans le contexte économique
au sens large en examinant leurs conditions d’accès aux divers composantes clé du
capital que sont la terre, les animaux d’élevage et la technologie; nous examinons par
ailleurs en détail leurs activités économiques.
Même les ménages les plus pauvres ont accès à la terre
En Amérique Latine, le non-accès à la terre est devenus un des traits et l’une des
causes essentiels de la pauvreté, et “une vaste majorité des foyers ruraux pauvres (…)
dépendent des revenus salariaux qui peuvent représenter entre un tiers et la moitié du
revenu total des foyers” (Khan 2000: 8)8. Dans un tel contexte, la question
du
9
dysfonctionnement du marché du travail rural , en incluant la question de l’accès à la
terre, est essentielle pour la réduction de la pauvreté (Griffin 1999:15).
7
La seule exception semble être le Honduras (Griffin 1999: 2)
8
L’auteur ne précise pas l’origine de la part restante du revenu pour les foyers sans terre.
9
Par
exemple, Griffin (1999:passim) indique que les régulations sociales, institutionnelles et
environementales du marché du travail qui pèsent sur les salaires ruraux sont une des causes principales de la
pauvreté rurale.
à partir des données de l’ECVH
37
Nos données toutefois indiquent qu’Haïti diffère des cas de pauvreté rurale latinoaméricains à la fois en ce qui concerne les caractéristiques clés telles que formulées
par Griffin, à savoir la distribution de la terre, et la composition du revenu des
ménages. Comme indiqué par des recherches antérieures, (en particulier Lundhal
1979), les ménages ruraux haïtiens ont accès à la terre, et l’essentiel des terres est
propriété de ceux qui les cultivent. Qui plus est, la proportion de ménages ayant accès
à la terre est plus élevée parmi les ménages extrêmement pauvres et les pauvres que
parmi les ménages ruraux non-pauvres (Tableau 3). En somme, le non-accès à la terre
n’est pas une caractéristique de la pauvreté rurale haïtienne. Certes, l’accès à la terre
peut masquer de grandes différences de tenure foncière, de la propriété au métayage,
comme de grandes différences de superficies, des petites parcelles de jardin aux
grandes propriétés. Les modes de tenure foncière et la répartition des terres sont
discutés ci-après.
Tableau 25 Accès à la terre parmi les foyers ruraux selon l’état de pauvreté
Accès à la terre
Pas d’accès à la terre
Terres cultivées
Terres non cultivées ou louées (à
d’autres ménages)
Terres louées
Tenure inconnue
Total
Pop. estimée
Échantillon
38
Extrêmement
pauvres
20
70
Pauvres
Non-pauvres
18
72
27
64
8
7
4
2
0
100
669 999
3 065
3
0
100
931 821
4 179
5
0
100
198 213
819
Profil de la pauvreté en Haïti
Une grande majorité des paysans sont des propriétaires-exploitants ;
le métayage n’est significatif que dans quelques régions
Selon les données recueillies dans l’ECVH, on se trouve en présence de paysans
propriétaires. Les trois-quarts des paysans sont propriétaires de l’ensemble des terres
qu’ils cultivent, auxquels il faut ajouter 13% de ménages qui possèdent au moins une
des parcelles qu’ils cultivent. Au total, ce sont neuf exploitants agricoles sur dix (87 %)
qui sont propriétaires (Tableau 4). L’accès à la terre n’est donc pas régulé par des
intermédiaires. De tels arrangements, avec les imperfections qui leurs sont
inhérentes10, ne semblent ainsi pas constituer un problème quant au développement
économique des zones rurales.
Si le métayage n’est pas un mode de tenure foncière très répandu dans l’ensemble,
les arrangements de type métayage sont spécifiques aux groupes de revenus les plus
faibles. Parmi les ménages pauvres, 8-9 % des exploitants ont des terres en métayage,
contre 3 % seulement pour les ménages non-pauvres. Géographiquement, le métayage
est plus développé dans les départements de l’Ouest, du Nord-est et du Sud, là où les
ménages dont la totalité des terres sont en métayage atteignent 12-13 % de l’ensemble
des ménages.
Bien que les contrats de type métayage soient d’une ampleur significative pour
certains groupes et dans certaines régions, notre conclusion principale, à savoir que le
non-accès aux terres et des modes de tenure inefficaces et inéquitables ne sont pas des
obstacles structurels fondamentaux au développement de l’agriculture haïtienne et au
bien être en milieu rural, demeure valide. Nous ne voulons pas en cela nier le fait que
des modes de tenure inéquitables et inefficaces, ni que de sérieux conflits, puissent
prévaloir en certains lieux. De même, les entreprises agricoles ne sont pas prises en
compte dans l’Enquête sur les Conditions de Vie en Haïti. Certaines composantes de la
structure agraire, toutefois limitées, ne sont donc pas intégrées dans les données
utilisées ici.
10
Voir les analyses de Griffin (1999) sur les règlementations du marché du travail en Amérique latine.
à partir des données de l’ECVH
39
Tableau 26 Mode de tenure foncière selon l’état de pauvreté*
72
Nonpauvres
82
Total des parcelles en propriété mais sans titre légal**
33
35
35
Total des parcelles en propriété avec titre légal
38
37
47
7
6
9
5
1
100
466319
2184
7
7
8
5
1
100
666293
3060
4
6
3
4
1
100
126571
555
Total des parcelles en propriété
Propriété + métayage
Propriété + terres louées
Totalité en métayage
Totalité louée, ou terres louées + métayage
Autres
Total
Pop. estimée
Échantillon
Extrêmement
pauvres
71
Pauvres
* En pourcentage des ménages ayant accès à la terre.
** Titres de propriété et reçus.
Il n’y a pas de corrélation significative entre superficie des terres et
revenu du foyer
Le tableau ci-dessus montre que l’accès aux terres tout comme la propriété de la
terre est relativement équitable dans les campagnes haïtiennes. De la même façon, nos
données indiquent une faible corrélation entre la superficie agricole et le revenu total
du foyer (Tableau 5 ci-dessous).11 Tandis que les ménages extrêmement pauvres et
pauvres ont en moyenne une plus petite superficie que les non-pauvres, la différence
de superficie est significativement plus faible que la différence de revenus pour ces
mêmes catégories de foyers. 12 De même, la relation entre la superficie des terres et le
revenu des foyers par décile de revenu n’est pas uniformément linéaire, avec un
coefficient de corrélation entre les deux mesures de seulement 0,10.
11
Ce qui ne sgnifie pas que la terre proprement dite soit distribuée de façon équitable en Haïti. Au
contraire, le coefficient de Gini pour la distribution de la terre est similaire à celui du revenu des ménages
ruraux (.54 and .58 respectivement).
12
Le revenu moyen des ménages ruraux extrêmement pauvres est de 7 087
46 687 Gourdes l’an pour les ménages ruraux non-pauvres, soit sept fois plus.
Gourdes l’an, contre
40
Profil de la pauvreté en Haïti
Tableau 27 Superficie des terres disponibles par ménage selon le statut de pauvreté
Extrêmement pauvres
Pauvres
Non-pauvres
1,6
1,8
2,3
466319
2184
666293
3060
126571
555
Superficie en
hectares
Pop. estimée
Échantillon
Le tableau 5 montre que la différenciation économique ne s’exprime pas
principalement en terme d’accumulation foncière ; en d’autres termes, les ménages les
mieux nantis quant à leur capital social et matériel tendent à investir en dehors de
l’agriculture plutôt que dans l’accumulation foncière, et ce notamment en raison de
plus faibles rendements de l’investissement dans l’agriculture.
Par conséquent, le revenu d’origine agricole est significativement moins important
chez les non-pauvres que chez les pauvres (Tableau 6). De la même façon, bien que la
part des revenus salariaux provenant des activités agricoles pour le compte d’autres
unités économiques soit légèrement plus importante dans l’ensemble du revenu des
ménages pauvres que celui des non-pauvres, ceux-ci ne représentent que 4 % du
revenu total des foyers pauvres. Les revenus salariaux non-agricoles, d’un autre côté,
contribuent pour une part bien plus importante au revenu des non-pauvres en
comparaison des pauvres. Comme nous l’avons mentionné précédemment, le fait
d’avoir un revenu salarial comme source principale de revenu est associé à des taux
de pauvreté considérablement plus faibles que la moyenne. Par ailleurs, la part
sensiblement plus forte des revenus de transferts (reçus de l’étranger) dans le revenu
des non-pauvres par rapport aux ménages pauvres et extrêmement pauvres indique
que la capacité des foyers à diversifier leurs sources de revenus, non seulement dans
les secteurs non-agricoles, mais aussi dans le secteur “extérieur”, contribue de manière
essentiellement bénéfique au revenu total des ménages.
à partir des données de l’ECVH
41
Tableau 28 Composition du revenu des foyers selon l’état de pauvreté
Revenus agricole
Revenu hors exploitation
Revenu salarial non-agricole
Revenu non-agricole
Revenu de la propriété
Transferts privés domestiques
Transferts privés de l’étranger
Autres revenus non-agricoles
Total
Pop. estimée
Échantillon
Extrêmement
pauvres
56
4
2
20
2
5
6
5
100
669 999
3 065
Pauvres
Non-pauvres
56
4
3
20
2
5
6
4
100
931 821
4 179
39
2
9
25
2
6
15
3
100
198 213
819
Dans l’ensemble, le secteur rural manque d’accès au capital et
d’infrastructures de base
Étant donné l’ampleur de la pauvreté (définie en termes de revenu) et la
prédominance de petits propriétaires-exploitants qui caractérisent le monde rural
haïtien, les recherches tout comme la planification des politiques devraient
probablement se concentrer sur les fondamentaux structurels tels que l’accès général
aux infrastructures de base et aux biens de production. L’état actuel d’accès est
rudimentaire, et ce autant pour les infrastructures de base, que pour les biens de
production. Les réflexions qui précèdent sur l’accès aux infrastructures montrent que
l’écart villes-campagnes en matière d’accès est plus important que l’écart du niveau de
pauvreté, bien que, y compris dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, l’accès y
est très limité pour la plupart des différents types d’infrastructures comme l’indique la
figure 4.
42
Profil de la pauvreté en Haïti
Figure 4 Accès aux infrastructures de base selon le lieu de résidence
Électricité
100
80
60
Téléphone fixe
40
Routes
20
0
Collecte d’ordures
Aire Métropolitaine
Robinet dans le logement
Autres villes
Campagnes
Au niveau des biens de production agricoles, les tableaux 7 et 8 montrent l’accès
aux biens de production, intrants et techniques permettant d’économiser la terre et le
travail. Les techniques les plus courantes pour le travail de la terre sont des techniques
traditionnelles telles que murets, bandes herbeuses et fossés dont la finalité est plutôt
de préserver la terre contre l’érosion que d’augmenter son rendement. Les
investissements destinés à augmenter les rendements tels que l’irrigation, les engrais et
les pesticides ou insecticides chimiques sont très peu répandus dans la plupart des
régions, à l’exception de l’Artibonite où environ un tiers des exploitants appliquent des
intrants chimiques. Par ailleurs, les engrais naturels ont une certaine importance : ils
sont utilisés par près d’un cinquième des exploitants, dans les départements du Centre,
du Sud, du Sud-Est et Grand Anse. Hormis ces exceptions, les investissements destinés
à l’augmentation des rendements sont pratiquement inexistants.
à partir des données de l’ECVH
43
Tableau 29 Utilisation des techniques, intrants et biens de production par région (en pourcentage des ménages
exploitants)
Aménagements
Irrigation
Buttes,
Méca- Manuelle
bandes Terrasses Autres*
nique.
**
herbeuses
Department
Total
Ouest
Sud Est
Nord
Nord Est
Artibonite
Centre
Sud
Grand Anse
Nord Ouest
15
19
25
5
51
29
17
14
41
26
2
2
1
0
1
1
1
2
2
1
17
8
15
4
17
8
8
11
28
14
1
1
1
-
21
4
4
5
44
9
4
4
2
13
Engrais
Pesticides et
insecticides
Chim. Naturel chimiques
9
8
2
2
36
2
7
0
0
10
9
17
5
0
1
23
23
18
2
12
7
1
1
2
31
5
5
1
1
8
Pop.
estimée
179740
191641
122748
37211
236749
160072
186714
150512
149930
1415316
* Les autres aménagements comprennent les canaux de drainage, les haies, et d’autres aménagements
non-spécifiés.
** L’irrigation manuelle comprend les pompes manuelles (< 1 %), le transport d’eau par des personnes
(<1%) et les rigoles d’écoulement de l’eau (12 %).
L’outillage de base du paysan: la machette et la houe
L’accès aux techniques épargnant du travail est rare au sein de la population
paysanne. Nos données font état d’un niveau de développement technologique
demeuré virtuellement inchangé, et qui a peut être même régressé, depuis la mise en
place d’une structure de petite propriété au début du 19ème siècle. Depuis lors, la
machette, et dans une moindre mesure la houe et la pioche, sont les outils avec
lesquels les paysans ont cultivé leurs terres (Lundahl 1979:62). Quasiment tous les
exploitants ont accès à une machette, les trois-quarts à une houe, et 72 % ont accès
aux deux, outils qui sont pour la plupart propriété des exploitants. Si l’on ajoute le
troisième outil le plus commun, la pioche, il n’y a plus alors qu’une forte minorité des
exploitants (45 %) à avoir accès à cet outillage de base.
L’accès aux divers outils mécanisés est extrêmement limité; les charrettes tirées par
des animaux sont les plus répandus, avec 5 % des exploitants qui y ont accès. Seuls
20 % d’entre eux possèdent leur charrette (c’est à dire 1 % des exploitants), 10 % ont
la possibilité d’emprunter cet équipement, tandis que la majorité doit louer ces
charrettes. Un nombre similaire d’exploitants utilise une brouette.
44
Profil de la pauvreté en Haïti
L’accès à de tels outils augmente certes avec le niveau de revenu; il est
pratiquement nul pour les ménages aux plus faibles revenus, et n’atteint que 7-8 % des
ménages du plus haut quintile du revenu (pour la population rurale).
Tableau 30 Utilisation des outils agricoles (en pourcentage des foyers exploitants)
Accès
Machette
Houe
Pioche
Serpette
Hache
Pick-axe
Charrette / traction animale
Pompe manuelle à insecticide /
pesticide
Semoir manuel
Tracteur 2 roues
Tracteur 4 roues
94
76
59
33
30
13
5
Type d’accès (en % du total des
foyers ayant accès)
Propriété
Loué
Emprunté
94
6
85
*
14
74
*
25
85
15
62
2
36
64
*
35
20
70
10
-
-
-
-
-
-
-
-
* Nombre trop limité de données
Les cultures non-traditionnelles sont importantes en terme de
revenu monétaire et de régime alimentaire
Un rapide examen de la production paysanne agricole renforce l’image d’une
économie paysanne globalement uniforme, sans distinction marquante entre
l’économie de subsistance et un secteur agricole ayant recours à du capital et des
technologies et orienté vers l’exportation. Les principales plantes cultivées sont les
mêmes pour les différents déciles, toutes caractéristiques de l’économie de
subsistance, et composant la base du régime alimentaire traditionnel haïtien, le mais,
le riz et le petit mil.
Certaines cultures, fruitières principalement, qui ne font pas partie du régime
alimentaire de base, attestent cependant d’un processus de diversification parmi les
exploitants. 13 Citons l’avocat, la chadèque, la mangue et le melon qui sont tous des
aliments populaires parmi les paysans, bien qu’ils ne fassent pas parti du régime vivrier
de base, et sont facilement commercialisables, y compris à l’exportation dans certains
cas.
13
Notons que l’ensemble des types de plantes mentionnés ici sont à la fois auto-consommés
commercialisés, ce qui ôte son sens à la distinction cultures commerciales, cultures de subsistance.
et
à partir des données de l’ECVH
45
Ces fruits sont produits par les exploitants les mieux nantis en supplément, et non
en remplacement, des productions vivrières traditionnelles, attestant d’une stratégie de
diversification procurant davantage de revenu monétaire et permettant de varier
l’alimentation.
Tableau 31 Production agricole selon le quintile de revenu rural (sont prises en compte les plantes cultivées par plus de
5 % de l’ensemble des exploitants) en pourcentage des exploitants qui cultivent la plante considérée
20 % ayant le
plus bas revenu
2 20 %
3 20 %
4 20 %
66
57
35
28
20
22
15
12
7
4
7
73
63
37
32
23
26
18
7
7
5
9
75
66
44
35
28
23
20
10
9
6
6
72
68
45
41
28
27
25
13
7
10
6
Mais
Riz
Petit mil
Arbre véritable
Avocat
Banane
Chadeque
Citron
Mangue
Melon
Orange
ème
ème
ème
20 % ayant le
plus haut
revenu
71
67
37
49
31
32
31
19
11
13
7
Total
71
64
40
38
26
26
22
13
8
8
7
Ainsi, si l’on considère l’ensemble des plantes “non-vivrières”14 (Tableau 32), ce
sont seulement 6 % des exploitants du quintile le plus bas qui cultivent au moins l’une
de ces plantes, et cette proportion augmente à 34 % des exploitants pour le quintile le
plus élevé. Ce résultat est intéressant dans une perspective de développement rural
dans la mesure où il indique un potentiel non négligeable de diversification des
productions au profit de cultures commerciales. Des recherches devraient être menées
pour comprendre les facteurs permettant ou bloquant une telle diversification, et
comment celle-ci pourrait être soutenue à plus grande échelle.
Tableau 32 Fréquence des “cultures non-vivrières” selon les quintiles de revenu ruraux, en pourcentage des foyers
exploitants
Cultures non-vivrières
20 % ayant le
plus bas
revenu
6
100
2 20 %
3 20 %
4 20 %
20
100
24
100
27
100
ème
ème
ème
20 % ayant le
plus haut
revenu
34
100
Total
17
100
14
Dans notre définition simplifiée, nous avons inclus le café, la canne à sucre, le cacao, le tabac, le sisal,
l’arachide, les mangues, le riz, l’avocat, le melon, l’orange, la chadeque, et l’aubergine
46
Profil de la pauvreté en Haïti
8.
La pauvreté urbaine
Étant donné que le revenu des ménages urbains est en moyenne largement
supérieur à celui des ménages ruraux, il est nécessaire de s’interroger sur l’impact de
la migration interne sur la pauvreté. L’exode rural amène-t-il les migrants au-dessus de
la ligne de pauvreté une fois qu’ils arrivent dans les villes ? Ou cette migration produitelle plutôt une incidence de la pauvreté plus élevée dans les villes ? Et si les pauvres
des villes ne sont pas des migrants, d’où viennent-ils ?
Des inégalités importantes entre Port-au-Prince et les autres milieux
urbains
Il faut d’abord noter que les différences entre milieu rural et milieu urbain que nous
avons évoqué plusieurs fois dans ce rapport, se résument surtout en une différence
entre l’Aire Métropolitaine et le reste du pays. Bien que les autres milieux urbains
soient moins pauvres que les campagnes qui les entourent, le Tableau montre que
l’incidence de la pauvreté dans les villes de province est plus proche de l’incidence en
milieu rural que de l’incidence dans l’Aire Métropolitaine.
Tableau 33: Pauvreté urbaine et rurale par région
Nord
Incidence de
la pauvreté
extrême
Incidence de
la pauvreté
Pop. estimée
Échantillon
Centre
Urbain
Rural
Urbain
Rural
Urbain
Rural
Urbain
Rural
Aire
Métropolitaine
Urbain
59
76
61
68
59
68
41
53
22
56
78
92
79
91
78
89
64
81
44
77
378,089
1,193,764
369,764
1,297,296
243,416
1,640,124
108,557
401
1359
360
1149
293
1666
114
à partir des données de l’ECVH
Sud
Ouest sauf Aire
Métropolitaine
Haïti
1,042,977 1,828,766 8,102,754
842
1002
7186
47
Les pauvres des villes sont-ils originaires des campagnes ?
Une question très importante pour la politique de réduction de la pauvreté, est de
savoir si les pauvres des villes sont majoritairement des migrants des campagnes –
autrement dit, est-ce que l’exode rural fait augmenter ou diminuer la pauvreté
globale ? Il est impossible de donner une réponse précise à cette interrogation, de par
sa nature inter-temporelle que nos données ne couvrent pas, en particulier le statut de
pauvreté du migrant avant la migration ; cette interrogation porte également sur une
conjecture contre-factuelle, sur le statut de pauvreté du migrant s’il était resté en
milieu rural. Néanmoins, nous allons essayer de donner quelques éléments qui
permettent de répondre en partie à la question.
On peut noter dans un premier temps que la migration interne en Haïti se fait
surtout vers Port-au-Prince, et dans une moindre mesure vers les autres villes. Parmi
les résidents de l’Aire Métropolitaine âgés de plus de 15 ans, 65 pour cent sont nés
ailleurs, et 14 pour cent ont déménagé vers la capitale ces cinq dernières années.
Dans les autres milieux urbains, seulement 8 pour cent sont nés dans un autre
département que celui où ils résident actuellement, et seulement 2 pour cent ont
déménagé ces cinq dernières années. 15
Les migrants obtiennent des résultats légèrement inférieurs aux résidents
permanents de leurs villes d’accueil sur les indicateurs-clés du bien-être économique
et social. La population des adultes arrivés dans l’Aire Métropolitaine ces cinq
dernières années comporte une plus grande proportion de personnes sans niveau
d’étude (18 pour cent) que celle des adultes qui y vivent depuis plus longtemps (14
pour cent), et une proportion plus faible de personnes avec un niveau d’étude
secondaire ou supérieur16 (50 pour cent parmi les migrants contre 58 pour cent parmi
les autres résidents). Le pourcentage relativement élevé de migrants avec un niveau
d’étude secondaire ou supérieur est probablement causé par le fait qu’une partie de
ces migrants viennent à Port-au-Prince pour faire des études. Une comparaison entre
les résidents nés dans l’Aire Métropolitaine et les migrants (plutôt qu’entre les migrants
des cinq dernières années et les autres résidents) montre une plus forte différence sur
les indicateurs-clés, en faveur des résidents nés dans l’Aire Métropolitaine. Dans les
autres milieux urbains, cette différence est très limitée. Notons finalement que bien
que les migrants ont un niveau d’étude moindre que les résidents permanents de Portau-Prince, leur résultats en termes de revenu sont largement supérieurs à ceux des
résidents de leurs départements d’origine.
15
Il faut signaler que les données indiquent que la grande majorité de ces migrants ne viennent pas du milieu
rural, mais des autres villes. Des difficultés dans la codification des lieux d’origine avec des changements
dans les définitions administratives de « rural » et « urbain » peuvent être les causes de cette observation
assez surprenante.
16
Notons que ce chiffre compte un grand nombre de personnes à avoir commencé le cycle secondaire sans
l’achever.
48
Profil de la pauvreté en Haïti
Au niveau du bien-être économique des ménages, les résultats sont similaires. Le
revenu médian par personne dans les ménages ayant un apporteur principal qui est
migrant est inférieur à celui des autres ménages vivant en zone urbaine, mais pas assez
pour faire augmenter l’incidence de la pauvreté de manière importante. L’incidence de
la pauvreté extrême est de 22 pour cent parmi les migrants contre 20 pour cent parmi
les résidents permanents. La proportion des migrants parmi les pauvres dans l’Aire
Métropolitaine et dans les autres milieux urbains est ainsi la même que la proportion
des migrants dans la population totale de ces milieux : 14 pour cent des pauvres dans
l’Aire Métropolitaine et autres milieux urbains ont déménagé vers ces villes ces cinq
dernières années ; 63 pour cent des pauvres dans l’Aire Métropolitaine et 8 pour cent
des pauvres en autre milieu urbain, sont nés ailleurs. Nous en tirons la conclusion que
la migration entraîne une augmentation du nombre total des pauvres en milieu urbain,
mais n’augmente pas l’incidence de la pauvreté dans ce milieu, dans la mesure où
l’incidence de la pauvreté n’est pas plus élevée parmi les migrants que parmi les
résidents permanents. Nous ne pouvons savoir quel serait le sort des migrants s’ils
étaient restés dans leur département d’origine. Les données montrent clairement que
l’incidence de pauvreté parmi les migrants est beaucoup plus faible que celle qui
prévaut dans ces départements.
Quelle insertion économique pour les pauvres des villes ?
Nous avons vu qu’en Haïti, le lien entre la participation d’un ménage sur le marché
du travail et son statut de pauvreté est faible, à cause de l’importance des transferts
dans le revenu total des ménages et la difficulté d’obtenir un emploi dans le secteur
formel. Dans l’Aire Métropolitaine ce lien est plus fort : 19 pour cent des actifs sont
extrêmement pauvres, contre 28 pour cent des inactifs et 26 pour cent des chômeurs.
Deux tiers des ménages extrêmement pauvres vivant dans l’Aire Métropolitaine ont un
apporteur principal qui est actif.
Une différence essentielle entre les milieux urbains et ruraux est l’importance du
salariat, distinct de l’auto-emploi, dans le marché du travail. En milieu rural seulement
6 pour cent des ménages ont un apporteur principal salarié, contre 27 pour cent des
ménages dans l’Aire Métropolitaine et 19 pour cent dans les autres milieux urbains.
Dans tous les milieux, les ménages qui ont un apporteur principal salarié ont un
moindre risque de tomber dans la pauvreté, mais cet effet est plus important dans
l’Aire Métropolitaine que dans les autres milieux. Dans l’Aire Métropolitaine, 12 pour
cent des ménages qui ont un apporteur principal salarié sont extrêmement pauvres
contre 24 pour cent de ces ménages dans les autres milieux urbains, et 48 pour cent
en milieu rural.
à partir des données de l’ECVH
49
En milieu urbain, les femmes apporteurs travaillent plus souvent
pour leur propre compte
L’effet du salariat sur le revenu permet d’expliquer une grande partie des
différences dans l’incidence de la pauvreté entre les ménages ayant une femme
comme apporteur principal et ceux ayant un homme pour principal apporteur. Nous
avons vu que ces différences étaient de moindre importance au niveau national, mais
qu’il y a des différences considérables entre le milieu rural et le milieu urbain. La
proportion des ménages qui ont une femme comme apporteur principal est élevée
dans l’Aire Métropolitaine et dans les autres villes (respectivement 51 et 52 pour cent)
et aussi en milieu rural (43 pour cent). L’incidence de pauvreté parmi ces ménages est
la même que celle des autres ménages en milieu rural (69 et 65 pour cent
respectivement), mais dans l’Aire Métropolitaine et dans les autres villes, les
différences sont plus importantes, avec 17 pour cent d’incidence de « pauvreté
masculine » contre 26 pour cent d’incidence de « pauvreté féminine » dans l’Aire
Métropolitaine et 48 pour cent d’incidence de « pauvreté masculine » contre 64 pour
cent d’incidence de « pauvreté féminine » dans les villes de province.
Ces différences sont liées à des profils d participation à l’activité économique
différenciés selon le sexe : dans l’Aire Métropolitaine, 38 pour cent des apporteurs
principaux de sexe masculin sont salariés contre 16 pour cent des principaux
apporteurs de sexe féminin. En même temps, 40 pour cent des femmes apporteur
principal sont inactives, contre 24 pour cent des hommes. En milieu rural, ces
différences sont moins marquées : la grande majorité des apporteurs principaux
travaillent pour leur compte, avec 72 pour cent des hommes et 58 pour cent des
femmes respectivement.
Au total en milieu urbain, la majorité (61 pour cent dans l’Aire Métropolitaine et 59
pour cent en autre milieu urbain) des ménages extrêmement pauvres ont une femme
comme apporteur principal.
50
Profil de la pauvreté en Haïti
9.
Les causes de la pauvreté
Afin de faire le point sur certains des résultats présentés tout au long de ce rapport,
ce dernier chapitre analysera les relations entre les variables d’ordre géographique,
démographique, et socio-économique, et le statut de pauvreté des ménages. Pour ce
faire, nous allons utiliser l’analyse de régression, et nous allons proposer deux modèles
de régression. Premièrement, un modèle de régression linéaire pour toute la
population, ce qui nous permettra de vérifier que les principales différences entre
sous-groupes (telle que la différence entre milieu urbain et rural) ne sont pas des effets
induits par des tierces variables, tel le niveau d’éducation de l’apporteur principal.
Deuxièmement, nous proposons trois modèles de régression linéaire, pour chacun des
trois milieux de résidence : Aire Métropolitaine, autre milieu urbain, et milieu rural.
Ces trois modèles permettent d’étudier les différences qui peuvent exister entre ces
trois milieux, en ce qui concerne l’effet de variables démographiques et socioéconomiques (par exemple, l’effet de l’éducation).
Ces deux modèles utilisent le logarithme du revenu par personne comme variable
dépendante, c’est-à-dire que plutôt que d’étudier l’effet des variables indépendantes
sur le statut de pauvreté, nous étudions leur impact sur le revenu, qui à son tour
détermine le statut de pauvreté par rapport à la ligne de pauvreté retenue. La
régression prend donc la forme :
ln (inc _ pc ) = C + βx + ε
où inc_pc est la variable « Revenu par personne », C est un constant, β est le vecteur
des coefficients, x est le vecteur des variables indépendantes, et ε est un résidu.
Cette approche présente l’avantage de garder un maximum d’informations dans la
variable dépendante. L’autre approche courante dans l’analyse de causes de la
pauvreté prend comme variable dépendante le statut de pauvreté, qui prend la valeur
0 ou 1, et utilise une régression nominale de type logit.
Les résultats du premier modèle (régression linéaire pour toute la population) sont
présentés et commentés dans ce chapitre (Tableau 31), ceux des régressions linéaires
par milieu de résidence sont présentés dans l’Annexe B.
à partir des données de l’ECVH
51
Des populations pauvres ou des régions pauvres ?
L’observation la plus générale que l’on peut faire de la pauvreté en Haïti, soulignée
dans ce rapport aussi bien que dans les études précédentes, est la disparité énorme
entre le revenu dans l’Aire Métropolitaine et le milieu rural, avec une incidence de la
pauvreté en milieu rural qui dépasse de loin celle de l’Aire Métropolitaine. Ravallion
et Wodon (1997) remarquent que les disparités régionales du revenu (ou de la
pauvreté) dans une situation où la migration interne n’est pas interdite, donnent lieu a
une interrogation, d’ordre politique aussi bien qu’analytique, sur les causes de ces
disparités : sont-elles le résultat des caractéristiques des individus et des ménages ou
résultent-elles plutôt des conditions spécifiques aux régions ? Les deux permettraient
d’expliquer que des poches de pauvreté existent, mais les implications pour la lutte
contre la pauvreté sont très différentes. Si la région a un effet direct sur la pauvreté,
une politique de réduction de la pauvreté doit viser des conditions spécifiques aux
régions pauvres – par exemple le développement des infrastructures – tandis que si la
pauvreté résulte surtout de caractéristiques des individus et des ménages, la politique
doit cibler ces individus et ménages – par exemple par des programmes d’éducation
(Ravallion et Wodon 1997:2).
Notre premier modèle prend comme variable dépendante le revenu par personne,
et comme variables indépendantes le milieu de résidence (Aire Métropolitaine, autre
milieu urbain, et milieu rural), les caractéristiques démographiques (ratio de
dépendance du ménage, le sexe de l’apporteur principal, l’âge de l’apporteur principal
et son carré, et le type de ménage), le capital humain (niveau d’éducation de
l’apporteur principal : aucun, primaire, secondaire ou supérieur) l’emploi de
l’apporteur principal (salariat, auto-emploi, chômage, inactivité), et l’accès aux
transferts (nombre de parents à l’étranger). Le modèle permet d’expliquer 32 pour cent
de la variance de la variable dépendante (R2=0,32), ce qui indique que son pouvoir
explicatif est moyen, mais en ligne avec ce qui est « normal » pour les régressions sur
le revenu.
Les résultats (Tableau 31) montrent très clairement que le milieu de résidence a un
effet important sur le revenu quand on contrôle pour les autres variables observées. En
effet, le modèle prédit que le revenu d’une personne en milieu rural ou en autre milieu
urbain est 58 pour cent plus faible17 que celui d’une personne dans
l’Aire
Métropolitaine qui a les mêmes caractéristiques démographiques et socioéconomiques.
17
La variable dépendante étant logarithmique, le coefficient de –0,86 correspond à un effet de e –0,86 = 0,42
pour le milieu rural, et pour les autres milieux urbains. Ceci équivaut à une réduction de 58 pour cent du
revenu.
52
Profil de la pauvreté en Haïti
Notre modèle ne permet pas d’analyser les conditions dans ces deux milieux qui
entraînent une si forte réduction du revenu, mais les données sur les infrastructures et
l’accès au capital en milieu rural présentées dans les chapitres précédents fournissent
au moins des pistes de réflexion sur les causes de pauvreté hors de l’Aire
Métropolitaine. Même ceux qui ont accès à des ressources comme l’éducation, le
travail salarié ou les transferts, ont des problèmes à obtenir un revenu suffisant dans les
conditions matérielles du milieu rural en Haïti. D’autres facteurs qui pourraient
expliquer les disparités pourraient être une différence de la qualité des services publics
en milieu rural (par exemple qu’un même niveau d’éducation n’a pas le même
contenu en milieu rural qu’à Port-au-Prince) ou que des caractéristiques des individus
ou ménages omis ou non-observées ont une distribution différente dans les trois
milieux (Ravallion and Wodon 1997: 26).
Les variables démographiques ont aussi un impact sur le revenu, en particulier à
travers le ratio de dépendance du ménage : le revenu par personne diminue lorsque le
ratio de dépendance augmente. Comme nous l’avons indiqué, cette relation est
fortement influencée par la méthode de calcul du revenu par personne. En raisonnant
toutes choses égales par ailleurs, il s’avère que le fait d’habiter dans une famille
complexe a un effet négatif (d’environ 12 pour cent) sur le revenu : l’incidence faible
de la pauvreté dans ce type de ménage (voir le chapitre sur « La démographie de la
pauvreté ») est donc un effet de leur milieu et de leur ratio de dépendance. Nous
trouvons aussi que les individus issus d’un groupe qui est souvent considéré
vulnérable, les familles monoparentales, ont ici un revenu supérieur (d’environ 18
pour cent) aux autres individus avec les mêmes caractéristiques mais vivant dans une
famille nucléaire. Une explication vraisemblable pour ce résultat surprenant est la
possibilité que ces familles ont un apporteur qui est parti chercher du travail dans un
centre urbain ou à l’étranger, ce qui fait que ces ménages reçoivent des transferts
internes et externes importants. Notons aussi que même si les ménages ayant une
femme apporteur principal n’ont pas une incidence de la pauvreté très élevée, nous
trouvons un effet significatif, mais faible, du sexe sur le revenu : les personnes vivant
dans des ménages ayant une femme apporteur principal ont un revenu par personne
de 7 pour cent inférieur à ceux qui ont un homme comme apporteur principal. Ce,
après avoir isolé les variables individuelles (telles que le niveau d’étude de l’apporteur
principal) et les caractéristiques du ménage (telle que le type de ménage). Finalement,
l’âge de l’apporteur principal n’a pas d’impact significatif sur le revenu par personne.
La participation sur le marché du travail a bien entendu un effet sur le revenu ; si
l’apporteur principal est salarié, le revenu par personne des membres du ménage
augmente de 69 pour cent, par rapport aux personnes vivant dans des ménages où
l’apporteur principal est inactif. Un apporteur principal qui travaille pour son propre
compte amène une augmentation de 24 pour cent, tandis que si l’apporteur principal
est au chômage, le revenu par personne des membres du ménage diminue de 11 pour
cent.
à partir des données de l’ECVH
53
Finalement, le modèle identifie un effet net de du niveau d’instruction de
l’apporteur principal sur le revenu : le revenu par personne augmente de 103 pour
cent lorsque l’apporteur principal a complété le cycle secondaire par rapport au cas
où il n’a aucune instruction. Si nous étudions l’effet du niveau d’étude dans les
différents milieux (Annexe B), nous trouvons que cet effet est plus important en Aire
Métropolitaine (101 pour cent) qu’en milieu rural (91 pour cent), mais que l’effet le
plus important se trouve dans les autres milieux urbains, avec un effet de 154 pour
cent. Pour l’éducation primaire, l’effet est moins fort, mais il est toujours plus fort en
milieu urbain qu’en milieu rural18.
L’analyse de régression a montré que les caractéristiques des individus et des
ménages, tel que le niveau d’étude, l’emploi, et le ratio de dépendance de leurs
ménage, ont un effet significatif sur le revenu par personne des Haïtiens, et donc sur
leur risque de basculer dans la pauvreté. Néanmoins, quand on isole ces
caractéristiques, les disparités de revenu – et de pauvreté – entre le milieu urbain et le
milieu rural persistent, ce qui suggère que toute politique visant à réduire la pauvreté
en Haïti doit porter une attention particulière aux conditions dans les campagnes qui
entravent les activités économiques
Tableau 314 Régression linéaire sur le logarithme du revenu par personne
Variable dépendante : Le logarithme du revenu
par personne
Autre milieu urbain
Milieu rural
Ratio de dépendance
Sexe de l’Apporteur Principal (AP) (femme)
Age de l’AP
Age de l’AP au carré
Personne seule
Famille monoparentale
Couple sans enfant
Famille élargie
Famille complexe
L’AP est salarié
L’AP travaille pour son compte (auto-emploi)
L’AP est au chômage
L’AP a complété le cycle primaire
L’AP a complété au moins le cycle secondaire
Nombre de parents à l’étranger
(Constant)
Coef.
-0,86
-0,86
-0,69
-0,08
-0,01
0,00
0,85
0,16
0,50
-0,01
0,11
0,53
0,22
-0,12
0,34
0,71
0,17
8,14
Std.Err.
0,10
0,08
0,07
0,03
0,01
0,00
0,07
0,06
0,07
0,04
0,06
0,06
0,05
0,10
0,04
0,07
0,02
0,16
T
-8,41
-10,20
-10,43
-2,31
-0,97
2,49
12,66
2,74
6,98
-0,15
1,89
8,44
4,36
-1,18
7,70
9,87
10,82
51,22
P>|t|
0,00
0,00
0,00
0,02
0,33
0,01
0,00
0,01
0,00
0,88
0,06
0,00
0,00
0,24
0,00
0,00
0,00
0,00
[95% Conf. Interval]
-1,06
-1,02
-0,81
-0,14
-0,02
0,00
0,72
0,05
0,36
-0,09
0,00
0,40
0,12
-0,32
0,25
0,57
0,14
7,83
-0,66
-0,69
-0,56
-0,01
0,01
0,00
0,98
0,28
0,64
0,07
0,23
0,65
0,32
0,08
0,43
0,85
0,20
8,46
e
Coef
0,42
0,42
0,50
0,93
1,00
1,00
2,34
1,18
1,64
0,99
1,12
1,69
1,25
0,89
1,40
2,03
1,19
n : 7186
R : 0,32
2
18
Ici, il faut noter que les intervalles de confiance à 95 pour cent sont larges pour les trois milieux, et nous
ne pouvons pas exclure que ces différences sont accidentelles.
54
Profil de la pauvreté en Haïti
Conclusion
Ce rapport a documenté des incidences de pauvreté et de pauvreté extrême très
importantes en Haïti, beaucoup plus importantes que dans les autres pays de la région,
et comparables à celles des pays de l’Afrique Sub-saharienne. L’incidence et la
profondeur de la pauvreté sont tous les deux beaucoup plus importantes en milieu
rural qu’à Port-au-Prince. Les autres milieux urbains sont légèrement moins pauvres
que le milieu rural, mais beaucoup plus pauvres que la capitale. Dans la majorité des
ménages pauvres et extrêmement pauvres, il y a des personnes qui travaillent, mais la
plupart sont à leur propre compte, et l’auto-emploi ne leur permet pas de sortir ces
ménages de la pauvreté. Pour une minorité de travailleurs, un emploi salarié constitue
un abri contre la pauvreté. Pour d’autres, ce sont les transferts de parents vivant en
Haïti ou à l’étranger qui contribuent à échapper à la pauvreté. Ces deux moyens – le
salariat et les transferts – sont plus communs en milieu urbain qu’en milieu rural, et
expliquent en partie les disparités en termes de revenu et en termes de pauvreté entre
l’urbain et le rural.
Les ressources humaines des ménages sont des facteurs qui déterminent le risque
de devenir pauvre. Des ratios de dépendance importants, un niveau d’instruction
faible, et – comme on vient de l’évoquer – une absence de parents relativement plus
aisés, de préférence à l’étranger, sont les facteurs les plus importants. Mais en plus de
ces ressources humaines, il y a une composante géographique importante de la
pauvreté en Haïti : un ménage en milieu rural avec des ressources identiques à un
ménage dans l’Aire Métropolitaine, aura un revenu plus faible que le ménage à Portau-Prince. Cette différence vient en toute probabilité de l’absence frappante
d’infrastructures et de services (publics) dans le milieu rural qui amène une réduction
des rendements des capitaux physiques aussi bien qu’humains.
À la différence des autres pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, la pauvreté
rurale n’est pas directement liée au marché de travail, parce que la majorité des
pauvres en zone rurale sont des propriétaires de petites parcelles de terre ou travaillent
pour leur propre compte comme petits commerçants. Puisque l’essentiel des terres est
propriété de ceux qui la cultivent, et la proportion de ménages ayant accès à la terre
est plus élevé parmi les ménages pauvres et extrêmement pauvres que parmi les foyers
ruraux non-pauvres, la redistribution des terres ne va probablement pas contribuer à
une réduction de la pauvreté. Une reforme dans le sens inverse, créant des entités plus
larges, auraient des coûts substantiels et des bénéfices incertains. La recherche sur
l’économie rurale indique que le rendement des petites parcelles n’est pas a priori plus
faible que celui des entités plus larges si les conditions structurelles sont favorables,
c’est-à-dire si les institutions existent qui permettent de gérer les biens publics tels que
les infrastructures, un marché pour le capital et le crédit, la gestion et la protection des
droits de la propriété, etc. Comme on l’a vu, ce type d’institutions fait défaut en Haïti,
et devrait bénéficier d’une action publique active.
à partir des données de l’ECVH
55
Annexe A19
La profondeur de la pauvreté (écart de pauvreté) mesure la distance moyenne
entre le revenu des ménages et la ligne de pauvreté, en donnant une distance zéro aux
ménages qui sont au-dessus de la ligne de pauvreté. La profondeur de la pauvreté se
définit par la formule :
PG =
1 q z − yi
∑
n i =1 z
où y i est le revenu d'un individu i, et la somme porte uniquement sur les individus
pauvres.
La profondeur de la pauvreté varie entre 0 et 1, où une valeur plus importante
(c’est-à-dire une pauvreté plus profonde) indique d’une part plus de distance entre le
revenu des pauvres et la ligne de pauvreté, et d’autre part une plus forte incidence de
la pauvreté.
Si l’on définit le ratio de l'écart de revenu (I) par :
I=
z − yq
z
, où
1 q
yq = ∑ yi
q i =1
est le revenu moyen des pauvres,
la profondeur de la pauvreté est le produit du ratio de l'écart de revenu (I) et de
l’incidence de la pauvreté (H) :
PG = I × H
Le ratio de l’écart du revenu est donc le ratio entre la distance séparant le revenu
moyen des pauvres et la ligne de la pauvreté, et la ligne de la pauvreté. Par exemple,
si ce ratio est de 0,25, le revenu moyen des ménages pauvres s’élève à 75 pour cent
du seuil de la pauvreté. Ce ratio peut être utile pour analyser la pauvreté, mais il faut
souligner qu’il n’est pas en lui-même une bonne mesure de la pauvreté. Le problème
de cette mesure est qu’il dépend de façon implicite de l’incidence de la pauvreté :
supposons que des ménages pauvres, mais proches de la ligne de pauvreté améliorent
leur niveau de vie et sortent de la pauvreté. Le ratio de l’écart du revenu augmentera
19
Cette annexe se base sur l’approche du « Recueil de références pour les stratégies de réduction de la
pauvreté de la Banque Mondiale ». (Banque Mondiale 2003)
à partir des données de l’ECVH
57
parce que la distance moyenne entre le revenu des pauvres et la ligne de pauvreté
s’agrandira (ceux qui se sont sortis de la pauvreté étaient les moins pauvres parmi les
pauvres, et, par conséquent, ceux qui restent pauvres sont en moyenne plus loin de la
ligne de pauvreté), ce qui laisse penser que la pauvreté s’est approfondie. Pourtant,
personne n'a vu sa situation se dégrader et certains ont même vu la leur s’améliorer.
Dans cette situation, on verrait que l’incidence de la pauvreté H, aussi bien que la
profondeur de la pauvreté P G, diminuerait, ce qui indique que la pauvreté a été
réduite. Ce problème ressort du fait que le ratio de l’écart du revenu prend en compte
seulement les pauvres, tandis que les deux autres mesures analysent la situation pour
toute la population.
Par rapport à l’incidence de la pauvreté, la profondeur de la pauvreté échappe au
premier défaut mentionné, mais pas au deuxième. En effet, une réduction du revenu
d’un ménage pauvre entraîne une augmentation de la profondeur de la pauvreté. Mais
un transfert de ressources d’un ménage pauvre à un ménage plus riche ne change pas
la profondeur de la pauvreté si les deux ménages sont en dessous de la ligne de
pauvreté avant et après le transfert. Par contre, si le ménage bénéficiaire est amené
par-dessus la ligne de pauvreté, la profondeur de la pauvreté est réduite. Il y a donc un
cas de figure où les ménages pauvres voient leur ressources diminuer sans que
l’incidence de la pauvreté ne le reflète. Il convient donc d’utiliser la troisième mesure
de la classe FGT pour remédier à ce défaut :
La sévérité de la pauvreté (écart de pauvreté au carré) tient compte non seulement
de la distance séparant les pauvres de la ligne de pauvreté (l'écart de pauvreté), mais
aussi de l'inégalité entre les pauvres. L'utilisation de l'écart de pauvreté au carré
revient à pondérer l'écart de pauvreté en fonction de lui-même, de manière à
privilégier les personnes en situation d'extrême pauvreté. Elle est définie par :
1 q z − yi
P2 = ∑
n i =1 z
2
La sévérité de la pauvreté varie entre 0 et 1. Elle prend la valeur 0 si tous les
ménages ont un revenu au-dessus de la ligne de pauvreté, et la valeur 1 si tous les
ménages ont un revenu zéro. La valeur de sévérité de la pauvreté est toujours
inférieure à celle de la profondeur de la pauvreté, qui est à son tour toujours inférieure
à celle de l’incidence de la pauvreté. La sévérité de la pauvreté est une mesure qui est
moins facile à comprendre et à communiquer, mais ne présente pas les défauts des
deux
autres
mesures
évoqués
plus
haut.
58
Profil de la pauvreté en Haïti
Dans les analyses, il est important d'utiliser la sévérité de la pauvreté ou la
profondeur de la pauvreté en plus de l’incidence de la pauvreté, car ces trois mesures
traduisent des aspects différents de la pauvreté. En effet, une analyse fondée
uniquement sur l’incidence de la pauvreté conclurait à une plus grande efficacité des
politiques qui permettent aux mieux lotis parmi les pauvres (ceux qui se trouvent au
plus près de la ligne de pauvreté) d'échapper à la pauvreté. En utilisant la sévérité de
la pauvreté ou la profondeur de la pauvreté, par contre, l’analyse mettrait l'accent sur
l'aide apportée aux individus les plus éloignés de la ligne, soit les plus pauvres parmi
les pauvres.
à partir des données de l’ECVH
59
Annexe B : Résultats des régressions
Tableau 32 Regression
Code de variable
Deprat
mpsex_rc
Mpage
Mpagesq
htype1
htype3
htype4
htype5
htype6
emp1
emp2
emp3
ed_dum2
ed_dum3
Relno
_cons
60
Nom de variable
Ratio de dépendance
Sexe de l’AP (femme)
Age de l’AP
Age de l’AP au carré
Personne seule
Famille monoparentale
Couple sans enfant
Famille élargie
Famille complexe
L’AP est salarié
L’AP travaille pour son compte (auto-emploi)
L’AP est au chômage
L’AP a complété le cycle primaire
L’AP a complété au moins le cycle secondaire
Nombre de parents à l’étranger
(Constant)
Profil de la pauvreté en Haïti
Sur vey l i near r egr essi on –
pwei ght : r el pond
St r at a:
st r at um
PSU:
ucnum
Ai r e Met r opol i t ai ne
Subpopul at i on no. of obs =
1006
Subpopul at i on si ze
= 1663. 465
Number of obs
=
1864
Number of st r at a =
6
Number of PSUs
=
146
Popul at i on si ze = 2669. 2552
F( 15,
126) =
15. 65
Pr ob > F
=
0. 0000
R- squar ed
=
0. 2373
-----------------------------------------------------------------------------l ogpc |
Coef .
St d. Er r .
t
P>| t |
[ 95% Conf . I nt er val ]
- - - - - - - - - - - - - +- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - depr at | - . 6875439
. 1465738
- 4. 69
0. 000
- . 9773282
- . 3977595
mpsex_r c | - . 0519431
. 0713631
- 0. 73
0. 468
- . 1930318
. 0891456
mpage |
. 020133
. 0191145
1. 05
0. 294
- . 0176574
. 0579234
mpagesq | - . 0001376
. 000211
- 0. 65
0. 515
- . 0005546
. 0002795
ht ype1 |
. 8512203
. 1695665
5. 02
0. 000
. 5159782
1. 186462
ht ype3 |
. 1208051
. 1747629
0. 69
0. 491
- . 2247105
. 4663207
ht ype4 |
. 4745423
. 169966
2. 79
0. 006
. 1385104
. 8105742
ht ype5 |
. 0273709
. 094708
0. 29
0. 773
- . 1598719
. 2146137
ht ype6 |
. 0575297
. 1109622
0. 52
0. 605
- . 1618486
. 276908
emp1 |
. 4284891
. 1225002
3. 50
0. 001
. 1862996
. 6706787
emp2 |
. 0221813
. 1452222
0. 15
0. 879
- . 2649309
. 3092934
emp3 | - . 0721352
. 1795521
- 0. 40
0. 688
- . 4271193
. 2828488
ed_dum2 |
. 439208
. 1151188
3. 82
0. 000
. 2116118
. 6668041
ed_dum3 |
. 6985143
. 144052
4. 85
0. 000
. 4137157
. 9833129
r el no |
. 168932
. 0259256
6. 52
0. 000
. 1176757
. 2201884
_cons |
7. 668827
. 4718355
16. 25
0. 000
6. 735983
8. 601671
------------------------------------------------------------------------------
61
Sur vey l i near r egr essi on –
pwei ght : r el pond
St r at a:
st r at um
PSU:
ucnum
Ot her Ur ban
Subpopul at i on no. of obs =
1182
Subpopul at i on si ze
= 975. 65614
Number of obs
=
6006
Number of st r at a =
18
Number of PSUs
=
396
Popul at i on si ze = 5724. 9574
F( 15,
364) =
14. 11
Pr ob > F
=
0. 0000
R- squar ed
=
0. 2311
-----------------------------------------------------------------------------l ogpc |
Coef .
St d. Er r .
t
P>| t |
[ 95% Conf . I nt er val ]
- - - - - - - - - - - - - +- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - depr at | - . 5731894
. 1665414
- 3. 44
0. 001
- . 9006531
- . 2457257
mpsex_r c | - . 1175923
. 0813014
- 1. 45
0. 149
- . 2774519
. 0422673
mpage | - . 0008244
. 0120445
- 0. 07
0. 945
- . 0245071
. 0228583
mpagesq |
. 000101
. 0001253
0. 81
0. 421
- . 0001454
. 0003475
ht ype1 |
1. 140086
. 1731568
6. 58
0. 000
. 7996143
1. 480557
ht ype3 |
. 286981
. 1564286
1. 83
0. 067
- . 0205982
. 5945602
ht ype4 |
. 3124449
. 2329193
1. 34
0. 181
- . 1455349
. 7704248
ht ype5 |
. 0233349
. 1144884
0. 20
0. 839
- . 201779
. 2484487
ht ype6 |
. 2702196
. 1507507
1. 79
0. 074
- . 0261953
. 5666346
emp1 |
. 4127692
. 1437528
2. 87
0. 004
. 1301138
. 6954246
emp2 |
. 1523058
. 1066056
1. 43
0. 154
- . 0573085
. 36192
emp3 | - . 2158449
. 2242081
- 0. 96
0. 336
- . 6566962
. 2250064
ed_dum2 |
. 3847584
. 1174757
3. 28
0. 001
. 1537706
. 6157463
ed_dum3 |
. 9323599
. 1148181
8. 12
0. 000
. 7065977
1. 158122
r el no |
. 2430076
. 0351589
6. 91
0. 000
. 1738761
. 3121391
_cons |
6. 975269
. 3344399
20. 86
0. 000
6. 317673
7. 632864
------------------------------------------------------------------------------
62
Sur vey l i near r egr essi on – Mi l i eu r ur al
pwei ght : r el pond
St r at a:
st r at um
PSU:
ucnum
Subpopul at i on no. of obs =
4998
Subpopul at i on si ze
= 4546. 8789
Number of obs
=
6090
Number of st r at a =
17
Number of PSUs =
379
Popul at i on si ze = 5437. 4898
F( 15,
348) =
51. 20
Pr ob > F
=
0. 0000
R- squar ed
=
0. 1584
-----------------------------------------------------------------------------l ogpc |
Coef .
St d. Er r .
t
P>| t |
[ 95% Conf . I nt er val ]
- - - - - - - - - - - - - +- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - depr at | - . 7171746 . 0827356
- 8. 67 0. 000
- . 8798774 - . 5544718
mpsex_r c | - . 0595411 . 0406655
- 1. 46 0. 144
- . 1395114
. 0204292
mpage | - . 0122087 . 0062873
- 1. 94 0. 053
- . 0245729
. 0001556
mpagesq |
. 0002033 . 0000598
3. 40 0. 001
. 0000856
. 0003209
ht ype1 |
. 787763 . 0814492
9. 67 0. 000
. 6275899
. 947936
ht ype3 |
. 1470749 . 0656245
2. 24 0. 026
. 0180218
. 2761281
ht ype4 |
. 5360787
. 084429
6. 35 0. 000
. 3700458
. 7021116
ht ype5 | - . 0210873 . 0491291
- 0. 43 0. 668
- . 1177016
. 0755271
ht ype6 |
. 0820152 . 0788996
1. 04 0. 299
- . 0731439
. 2371742
emp1 |
. 601872 . 0900354
6. 68 0. 000
. 4248139
. 7789301
emp2 |
. 2807938 . 0583512
4. 81 0. 000
. 1660439
. 3955438
emp3 | - . 1928935 . 1666182
- 1. 16 0. 248
- . 5205547
. 1347677
ed_dum2 |
. 3111441 . 0478606
6. 50 0. 000
. 2170244
. 4052637
ed_dum3 |
. 6475239 . 1061714
6. 10 0. 000
. 4387337
. 8563141
r el no |
. 1428767 . 0226498
6. 31 0. 000
. 098335
. 1874185
_cons |
7. 447039 . 1836721
40. 55 0. 000
7. 085841
7. 808238
------------------------------------------------------------------------------
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