(2026) Political Instability and Price Dynamics in Haiti: A Narrative Shocks Analysis
Summary — This paper examines the drivers of inflationary surges in Haiti, particularly the period post-2018. Using narrative shocks for political instability, fiscal policy, and the labor market, it finds that political instability is the dominant factor, leading to significant cumulative increases in the Consumer Price Index (CPI) for both tradable and non-tradable goods. The study concludes that monetary policy alone cannot address inflation rooted in non-monetary causes.
Key Findings
- Political instability is the dominant determinant of price dynamics in Haiti, leading to persistent inflation.
- A one-unit increase in political instability causes a cumulative 5.6% rise in tradable goods CPI and 2.8% in non-tradable goods CPI over 24 months.
- Fiscal shocks have a moderate, non-significant effect primarily on tradable goods, suggesting an indirect channel via exchange rate depreciation.
- Labor market shocks disproportionately affect non-tradable goods (1.59% increase vs. 0.92% for tradables), consistent with a nascent wage-price spiral.
- Monetary policy alone is insufficient to contain inflation whose origins are not exclusively monetary, highlighting the need for political stability and governance.
Full Description
This research paper investigates the underlying causes of Haiti's persistent inflationary surge, particularly the structural break observed since 2018, which defies conventional macroeconomic explanations like the Phillips curve. The authors construct three narrative shock series—political instability, fiscal shocks, and labor market shocks—and estimate their differentiated effects on tradable and non-tradable goods inflation using local projections. The central finding is the dominance of political instability, which leads to a cumulative 5.6% increase in the CPI for tradable goods and 2.8% for non-tradable goods over 24 months, with these effects being statistically significant and persistent. Fiscal and labor market shocks show weaker, non-significant effects, though labor market shocks uniquely impact non-tradable goods more, suggesting a nascent wage-price spiral.
The study highlights that Haiti's inflation is not merely a monetary phenomenon but a complex interplay of real and political shocks, exacerbated by a context of prolonged recession and institutional fragility. It proposes a simple model to rationalize these empirical findings, emphasizing the exchange rate channel for tradable goods and a wage-price spiral for non-tradable goods. The policy implications underscore the critical role of political stability in achieving price stability and suggest that monetary policy alone is insufficient to address inflation driven by non-monetary factors.
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Instabilité politique et dynamique des prix
en Haiti : une analyse par chocs narratifs
Kensley Blaise
a
Jean Marie Cayemitte
a
a
Direction de la Recherche Économique et Financière (DREF),
Banque de la République d’Haïti (BRH)
1
Mars 2026
Résumé
Cet article examine les déterminants de la flambée inflationniste en Haïti. Nous
construisons trois séries de chocs par approche narrative (instabilité politique, choc
fiscal et marché du travail) et estimons leurs effets sur l’inflation des biens échan-
geables et non-échangeables par projections locales (Jordà,). Les resultats in-
diquent que le choc d’instabilité politique domine : il entraîne une hausse cumulative
de 5,6% de l’IPC des biens échangeables (t,97) et de 2,8% de celui des non-
échangeables (t,90) à horizon de 24 mois. Les chocs fiscal et de marché du
travail ont des effets plus faibles et non significatifs. Un modèle
articulant un choc d’instabilité politique et un canal du marché du travail permet de
rationaliser ces résultats. L’ensemble des estimations suggère que la flambée infla-
tionniste procède d’une combinaison des chocs réels et politiques, et que la politique
monétaire, ne peut à elle seule contenir une dynamique dont l’origine n’est pas ex-
clusivement monétaire.
Mots-clés :
geables, dominance fiscale, dynamique des prix.
Classification JEL :
1. Ce document reflète les opinions des auteurs et ne représente pas nécessairement la position officielle
de la Banque de la République d’Haïti.
DREF/BRH WP/2026/1
1.
L’économie mondiale a connu une montée généralisée des prix à partir de 2020. Dans
les grandes économies avancées, les déficits primaires ont atteint des niveaux historiques,
autour de 20% du PIB dans le cas des États-Unis, et2025) documentent
une corrélation significative entre dépenses publiques et inflation dans un panel de pays.
Pourtant, en d’Haïti, la flambée des prix semble avoir commencé bien plus tôt, dès 2018,
avec une rupture structurelle marquée : entre octobre 1998 et juillet 2018, l’indice des
prix à la consommation (IPC) haïtien suivait une pente modérée d’environ 3,2 points par
an ; après juillet 2018, cette pente a été multipliée par treize, atteignant 42 points par an.
Comment rationaliser cette trajectoire singulière à la lumière des théories macroécono-
miques ? Doit-on l’attribuer à des perturbations de l’offre, à un excès de demande, ou à
un déséquilibre fiscal perçu comme permanent ?
Comme le résume2025), il existe plusieurs grandes théories de l’inflation
qui peuvent être mobilisées pour penser notre économie. La première est celle des
populaires et politiques, qui attribuent l’inflation à des chocs d’offre, à des variations de
la demande relative, au pouvoir de monopole, à la cupidité des entreprises (greedflation
ou à la spéculation. La deuxième est le, selon lequel le niveau des prix est
déterminé par l’offre de monnaie. La troisième est la
tionnelle, qui constitue le cadre standard des banques centrales et de la communauté de
politique économique, articulant courbe de Phillips, écart de production et règles de taux
d’intérêt. La quatrième est la
dans le monde académique depuis les années 1990 et servant de fondement aux équations
des modèles de banques centrales. La cinquième, enfin, est la
prix
compris la monnaie) relativement aux anticipations de remboursement futur.
Nous écartons d’emblée la première théorie. L’inflation n’est pas, à nos yeux, le résultat
de comportements microéconomiques individuels (cupidité, spéculation, pouvoir de mar-
ché), mais toujours la manifestation d’un
chocs d’offre et de demande relative peuvent modifier les prix relatifs, mais un mouvement
généralisé et persistant du niveau général des prix nécessite un mécanisme macroécono-
mique. C’est donc parmi les quatre théories restantes que se trouvent les candidats sérieux
à l’explication de l’inflation haïtienne, et une investigation empirique approfondie est né-
cessaire pour démêler où se situe la vérité.
Les données empiriques nous enseignent que, dans la plupart des pays, l’inflation dimi-
nue en période de récession et augmente en période d’expansion. Ce fait stylisé, bien docu-
menté dans les économies avancées et émergentes, constitue le fondement de la courbe de
Phillips et de la plupart des modèles macroéconomiques (Blanchard et Galí,;,
2017). Or, ce n’est pas le cas d’Haïti. Par n’importe quelle mesure, l’économie haïtienne
1
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est en récession profonde : après sept années consécutives de contraction économique, le
PIB réel a reculé de façon continue depuis 2018. Pourtant, l’inflation a franchi la barre
des 30% en 2024, avec un pic à 49,3%. Cette coexistence d’une récession prolongée et
d’une inflation galopante qu’on peut appeler "stagflation" sévère, défie les mécanismes
conventionnels de demande agrégée et rend le cadre keynésien traditionnel insuffisant à
lui seul.
La théorie fiscale du niveau des prix (Cochrane,) offre un cadre alternatif par-
ticulièrement prometteur pour le cas haïtien. Selon cette théorie, la dette et les déficits
ne sont inflationnistes que si les agents ne s’attendent pas à ce que le gouvernement rem-
bourse, c’est-à-dire si la valeur actualisée des surplus primaires futurs est perçue comme
insuffisante pour couvrir la dette réelle. L’inflation n’est alors pas un phénomène pu-
rement monétaire, mais le reflet d’un déséquilibre fiscal perçu comme permanent. Ce
cadre résonne dans le contexte haïtien, où la capacité de l’État à générer des surplus
futurs est structurellement compromise par l’instabilité politique et institutionnelle. Le
monétarisme, quant à lui, met l’accent sur la croissance de la masse monétaire, un canal
pertinent dans un contexte de monétisation des déficits. Les modèles DSGE prédisent que
les anticipations d’inflation jouent un rôle central, ce qui est cohérent avec la dollarisation
observée.
Au-delà de son intérêt académique, la question de l’identification des déterminants de
l’inflation en Haïti a des implications directes pour le bien-être des ménages. L’inflation
érode la valeur réelle de la richesse et peut exacerber la dollarisation, les agents cherchant
à protéger leur épargne en se réfugiant dans le dollar, et pénalise lourdement les ménages
les plus vulnérables, dont le panier de consommation est fortement exposé aux produits
importés. Ce phénomène est d’autant plus marqué dans une économie caractérisée par
une forte migration comme celle d’Haïti, où les transferts de la diaspora représentent plus
de 20% du PIB.
Pour mener cette investigation, nous mobilisons trois sources données : (i) les données
de l’IPC de l’Institut Haitien de Statistique et d’Informatique (IHSI), couvrant 156 caté-
gories sur la periode 1998–2024 ; (ii) les données macroéconomiques de la Banque de la
République d’Haïti (BRH), comprenant 136 observations (2014–2025) ; et (iii) une base
de données inédite sur le marché du travail formel en Haïti, construite par techniques de
machine learning
rassemble 14 909 offres d’emploi publiées sur la plateforme JobPaw entre 2009 et 2025.
Cette base constitue, à notre connaissance, le premier indicateur structuré du marché du
travail formel haïtien et ouvre des perspectives de recherches inédites dans un contexte de
pénurie de données. La figure
46% des offres, le secteur public 28% et le secteur privé 19%, avec une prédominance des
domaines Management/Finance (33%), Santé (13%) et Sciences Humaines (11%).
2
DREF/BRH WP/2026/1
Figure 1
constituée par techniques de. Management/Finance : 33,3%, Santé :
12,8%, Sciences Humaines : 11,3%, Agriculture : 6,6%, Ingénierie : 5,1%.
Ce travail apporte deux contributions principales. Premièrement, nous construisons
trois séries de chocs par approche narrative (instabilité politique, choc fiscal et marché
du travail) et estimons leurs effets différenciés sur l’inflation des biens échangeables et
non-échangeables par projections locales (Jordà,). Cette approche permet de tester
directement les différents candidats à l’explication de l’inflation haïtienne, dans l’esprit
de la FTPL qui met l’accent sur les chocs fiscaux, tout en admettant que d’autres méca-
nismes (disruptions d’offre, spirale prix-salaires) peuvent jouer un rôle complémentaire.
Deuxièmement, nous proposons un modèle
(un choc d’instabilité politique et un canal du marché du travail) qui rationalise les ré-
sultats empiriques et fournit un cadre interprétatif simple, directement testable, tout en
identifiant les conditions nécessaires à une modélisation structurelle plus complexe.
Nos résultats principaux sont les suivants. Le choc d’instabilité politique domine :
il entraîne une hausse cumulative de 5,59% de l’IPC des biens échangeables (t,97)
et de 2,84% des non-échangeables (t,90) à horizon de 24 mois, et constitue le seul
choc statistiquement significatif. Les chocs fiscal et du marché du travail ont des effets
plus modestes et non significatifs, mais le choc du marché du travail présente un profil
intéressant : son effet est plus marqué sur les non-échangeables (+1,59%) que sur les
échangeables (+0,92%), cohérent avec l’ypothèse d’une spirale prix-salaires naissante dans
les secteurs de services et de production locale.
Le reste de l’article est organisé comme suit. La section
tion des chocs et la méthodologie. La section
présente les résultats des projections locales. La section
La section
3
DREF/BRH WP/2026/1
2.
Comprendre la flambée des prix en Haïti nécessite de la replacer dans son contexte
macroéconomique et instutionnel élargi. La rupture post-2018, visible identifiée dans les
données d’inflation, ne constitue pas un choc exogène isolé, mais l’aboutissement de dés-
équilibres qui se sont accumulés sur plusieurs décennies, que les crises politiques et sécu-
ritaires postérieures ont considérablement exacerbés.
2.1.
Entre 1999 et 2009, l’économie haïtienne a enregistré une croissance modeste mais
positive, avec une progression moyenne du PIB réel de 2,3 % par an. L’inflation a connu des
fluctuations marquées durant cette période, avec des pics liés aux crises politiques (2003-
2004) et aux chocs externes (2008) ayant provoquées des tensions sociales dans le pays.
Le séisme de janvier 2010 a provoqué une contraction du PIB de 5,5 %, suivie d’une phase
de reconstruction qui a temporairement dynamisé l’activité (croissance moyenne de 2,8
% entre 2011 et 2015). Toutefois, cette dynamique s’est essoufflée dès 2016 avec le climat
d’incertitude lié aux crises électorales de 2015-2016 ayant contribué à un ralentissement de
la croissance entre 2016 et 2018. Bien qu’en accélération progressive, l’inflation demeurait
alors inférieure au seuil des 15 %.
2.2.
L’année 2018 constitue un point d’inflexion majeur pour l’économie haïtienne, déclen-
ché par l’annonce en juillet d’une révision à la hausse des prix des produits pétroliers
dans un contexte de tensions politiques aiguës. Ce choc initial a engendré une contesta-
tion sociale d’une ampleur inédite, formalisée par le mouvement « Peyi Lock », dont la
répétition chronique a durablement paralysé les circuits productifs. Cette rupture n’est
pas seulement conjoncturelle mais structurelle avec des conséquences en termes tensions
sur le marché des changes et une forte accélération des prix dans l’économie, contraignant
les autorités à un financement accru pour faire face au déséquilibre budgétaire qui s’est
radicalement aggravé.
Cette accélération fulgurante de l’inflation est exacerbée par une convergence de crises
institutionnelles et macroéconomiques profondes. L’instabilité politique persistante, mar-
quée notamment par l’assassinat du président en 2021 et la crise sécuritaire de 2022-2024, a
instauré un climat d’incertitude systémique. Ce contexte affecte simultanément l’offre, par
les perturbations des chaînes de production et d’approvisionnement, et la demande, par
la détérioration des anticipations des agents économiques et l’érosion du pouvoir d’achat.
Enfin, la situation inflationniste est aggravée par des chocs externes : hausse des prix
internationaux des denrées alimentaires et du pétrole en 2021-2022, baisse des transferts de
4
DREF/BRH WP/2026/1
la diaspora durant la pandémie de 2020 et réduction de l’aide internationale. Ces facteurs
ont intéragi avec les vulnérabilités internes pour produire une inflation en glissement
annuel qui a atteint des pics avoisinant les 20 % en 2019 et 50 % en 2022-2023. La synergie
entre ces canaux (fiscal, politique et externe) a donc verrouillé l’économie dans une spirale
inflationniste auto-entretenue, caractéristique du nouveau régime observé depuis 2018.
3.
3.1.
Nous utilisons trois sources : (i) la base microéconomique de l’IHSI couvrant 156 caté-
gories de l’IPC, à fréquence mensuelle, d’octobre 1998 à août 2024 (310 observations) ; (ii)
les données macroéconomiques de la BRH (Donnees4.xlsx), 136 observations mensuelles
(septembre 2014 – décembre 2025) comprenant 16 variables ; (iii) la base JobPaw de 14 909
offres d’emploi formel (2009–2025). Le tableau
Table 1
Variable Obs. Moyenne Éc.-type Min Max
Inflation mensuelle (%) 134 1,58 1,331,
Taux directeur (%) 136 92,89 31,71 45,49 155,70
Intervention nette (M USD) 1367,153,
Prix pétrole (USD/baril) 136 65,98 19,21 17,66 117,75
Croissance M2 (%) 135 1,11 2,073,
Balance commerciale (M USD) 133257,410,102,
3.2.
Les 156 catégories de l’IPC sont classées en biens
produits importés, biens manufacturés, carburants, produits alimentaires transformés)
et biens
port local, services domestiques, produits agricoles locaux). Sur la période d’estima-
tion (septembre 2014 – août 2024, 120 observations), l’inflation mensuelle moyenne des
échangeables est de 1,51% (éc.-type 1,36) contre 1,24% (éc.-type 1,15) pour les non-
échangeables, soit un différentiel de 0,27 point de pourcentage reflétant le rôle du taux de
change dans la formation des prix.
3.3.
Nous construisons trois séries de chocs plausiblement exogènes, suivant une approche
narrative inspirée de2008) et2018).
5
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Choc d’instabilité politique (s
P
t).
nements documentés : “Peyi Lock” (juillet 2018,
P
= 2), manifestations anti-gouvernementales
(2019,
P
= 1,5–2), assassinat du président (juillet 2021,
P
= 2), crise sécuritaire (2023–
24,
P
= 1,5–2). Sur 136 mois, 75 enregistrent un choc positif.
Choc fiscal (s
F
t).
fiscale : BFt= t−1+ t, avec,556. Un choc fiscal positif correspond à une
surprise négative de la balance fiscale (détérioration inattendue du déficit). Les chocs les
plus importants surviennent en janvier 2022 (2,0 écarts-types), février 2023 (1,8 ET) et
février 2024 (1,7 ET).
Choc du marché du travail (s
L
t).
des offres d’emploi JobPaw par rapport à la tendance (moyenne mobile centrée d’ordre 3,
interpolée au mensuel). Un choc positif correspond à une contraction de l’emploi formel.
Le pic se situe en 2019–2020 (post-“Peyi Lock” et pandémie).
La figure
(|,13
Figure 2
Panel A : inflation. Panel B : choc d’instabilité politique. Panel C : choc fiscal (résidu
AR(1) inversé). Panel D : choc du marché du travail (cycle JobPaw inversé).
6
DREF/BRH WP/2026/1
4.
Cette section documente les principales transformations de la dynamique des prix en
Haïti depuis la fin des années 1990. L’objectif est d’établir des faits empiriques robustes
qui guideront l’analyse économétrique ultérieure. Quatre faits émergent : (i) une rupture
structurelle post-2018, (ii) une augmentation marquée de la dispersion intersectorielle
des prix, (iii) une divergence entre biens échangeables et non-échangeables, et (iv) un
étalement croissant de la distribution des variations des prix.
4.1.
La figure
Sur la periode octobre 1998–juillet 2018, la tendance moyenne de l’IPC est relativement
modérée, avec une pente annuelle d’environ 3,2 points d’indice par an. Après le choc de
juillet 2018, elle a bondi à 42 points par an, soit une multiplication par 13 du rythme
d’accumulation des prix.
Cette ruptue coincide avec une période d’instabilité politique, exacerbée par les pro-
blemes d’insécurité. Toutefois, a ce stade, il s’agit d’un constat descriptif. Ce premier fait
stylisé suggère l’emergence d’un nouveau régime inflationniste caractérisé par une accélé-
ration persistant, une absence de retour à la tendance antérieur ainsi qu’une dynamique
compatible avec des chocs de nature structurelle.
Figure 3
4.2.
gories
La figure
le panier de consommation. Avant 2018, les trajectoires sectorielles sont relativement ho-
mogènes : les prix évoluent de manière parallèle avec une dispersion modérée. Toutefois,
7
DREF/BRH WP/2026/1
après 2018, la dispersion augmente significativement : si certaines catégories connaissent
des hausses extrêmement rapides, d’autres progressent plus lentement, ce qui montre que
l’éventail des variations s’élargit fortement.
Cette augmentation de l’hétérogénéité est informative. Dans les modèles purement
monétaires à neutralité sectorielle, on s’attend à des ajustements plus homogènes du ni-
veau général des prix. Or, une dispersion croissante peut réfléter un canal de transmission
à travers les importations, des chocs d’offre sectoriels, rigidités différenciés, ce qui suggère
des réponses différenciées selon les secteurs. Par conséquent, l’analyse de cette dispersion
devient un axe central pour une étude sectorielle approfondie.
Figure 4
4.3.
Afin d’identifier le rôle du canal externe, nous décompossons les 156 catégories en
115 catégories de biens échangeables (produits importés, biens manufacturés, carburants,
produits alimentaires transformés) et 41 catégories de biens non-échangeables (loyers,
services de santé, éducation, transport local, services domestiques).La figure
qu’avant 2018, les deux séries évoluent de façon quasi parallèle. Après le choc de juillet
2018, les biens échangeables accélèrent plus fortement que les non-échangeables, avec un
écart qui se creuse de façon continue.
Sur la période récente, l’inflation mensuelle moyenne des échangeables atteint 1,06%
(écart-type 1,16) contre 0,94% (écart-type 1,09) pour les non-échangeables. Le différentiel,
bien que modéré en moyenne (0,12 point), devient économiquement significatif lorsqu’il
est accumulé sur plusieurs années.
Cette divergence est cohérente avec un canal de transmissions par lintermédiaire du
taux de change. Dans une économie fortement importatrice comme celle d’Haiti, la dépré-
ciation renchérit directement les biens échangeables, tandis que les biens non-échangeables
sont affectés indirectement via les couts intermédiaires ou les effets de second tour.
Ces faits stylisés suggerent que toute explication de la flambée en Haiti doit intégrer
explicitement la dimension externe.
8
DREF/BRH WP/2026/1
Figure 5
août 2024)
4.4.
le temps.
La figure
catégories de produits, à intervalles de cinq ans. En 1998, la distribution est concentrée
autour d’une moyenne basse (16,3 points) avec une faible dispersion. Au fil du temps,
la distribution se déplace vers la droite et s’aplatit progressivement. Le basculement est
particulièrement frappant entre 2018 et 2023 : la distribution passe d’une forme serrée
autour de 112 points à une distribution très étalée (moyenne de 326 points, maximum à
693), avec une queue droite épaisse traduisant l’existence de catégories de produits dont les
prix ont explosé. Cet étalement croissant signifie que la hausse des prix n’affecte pas tous
les biens de façon uniforme, certaines catégories subissant des augmentations plusieurs
fois supérieures à la moyenne. Une telle déformation de la distribution est difficilement
compatible avec l’hypothèse d’un choc de demande agrégé uniforme. Elle suggère plutôt
la présence de chocs sectoriels ou idiosyncratiques, affectant de manière différenciée les
composantes de l’indice des prix.
9
DREF/BRH WP/2026/1
Figure 6
5.
5.1.
Nous estimons les fonctions de réponse impulsionnelle (IRFs) par projections locales
(Jordà,). Pour chaque horizon,, . . . ,
ln t+h− t= h+ h·
j
t+
2
X
ℓ=1
γh,ℓ·t−ℓ+
2
X
ℓ=1
δh,ℓ·
j
t−ℓ
+ t+h (1)
oùP, F, L}
sions sur le marché du travail sur l’inflation cumulative à l’horizon. L’IPC est calculé
séparément pour l’agrégat, les échangeables et les non-échangeables. Les erreurs-types
sont corrigées par la méthode HAC de Newey-West avec
5.2.
La figure
des échangeables et des non-échangeables. Le tableau
10
DREF/BRH WP/2026/1
Figure 7
narratifs (bandes : IC 90%, erreurs-types HAC Newey-West).
Table 2
Inflation Choc Horizon pic
ˆ
βh(%) Éc.-type-stat
Agrégée Instabilité politique 24 4,93 2,54 1,94*
Agrégée Choc fiscal 21 1,42 1,39 1,02
Agrégée Marché du travail 15 0,90 1,07 0,84
Échangeables Instabilité politique 24 5,59 2,84 1,97**
Échangeables Choc fiscal 21 1,70 1,47 1,16
Échangeables Marché du travail 4 0,92 0,59 1,55
Non-échangeables Instabilité politique 17 2,84 1,49 1,90*
Non-échangeables Choc fiscal 21 0,53 1,13 0,47
Non-échangeables Marché du travail 22 1,59 1,11 1,42
**,05,10. Erreurs-types HAC Newey-West. 120 observations.
5.3.
Le résultat central est la. Une augmen-
tation d’une unité de l’indicateur
P
tentraîne une hausse cumulative de l’IPC de 4,93% à
horizon de 24 mois pour l’agrégat (t,94, significatif au seuil de 10%). L’effet est mo-
notone croissant, sans signe de retour à la moyenne, ce qui suggère un effet
le niveau des prix, cohérent avec l’hypothèse d’un changement de régime inflationniste.
5.4.
La figure
de biens.
11
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Figure 8
chocs. Bandes : IC 90%.
Choc politique.,59%,
t,97) que les non-échangeables (pic :,84%,,90). Cet écart de près du double
reflète le canal du taux de change : l’instabilité politique provoque une fuite de capitaux
et une dépréciation du change qui renchérissent directement les biens importés et les
produits exposés à la concurrence internationale. Les non-échangeables sont affectés plus
lentement (pic à), via les effets de second tour (hausse des coûts de
production).
La persistance de l’effet mérite d’être soulignée. À 24 mois, la réponse cumulative
de l’IPC des biens échangeables continue de croître sans montrer de signe d’épuisement.
Cette persistance est cohérente avec l’idée que l’instabilité politique n’est pas un choc
temporaire, mais un état durable qui modifie en profondeur les anticipations des agents
économiques et le fonctionnement des marchés.
Choc fiscal.+1,70%) que sur les non-
échangeables (+0,53%), mais n’est statistiquement significatif pour aucune catégorie. Ce
résultat suggère que le canal fiscal-monétaire opère principalement via le taux de change
(monétisation
tiques.
Choc du marché du travail.
profil distinct, avec une asymétrie inversée par rapport aux deux autres chocs. L’effet sur
les non-échangeables (+1,59%,,42) dépasse celui sur les échangeables (pic à
+0,92%,,55). Ce résultat est cohérent avec le mécanisme de spirale prix-salaires : une
contraction de l’emploi formel augmente les coûts salariaux dans les secteurs de services et
12
DREF/BRH WP/2026/1
de production locale (non-échangeables), tandis que les prix des biens importés dépendent
davantage du taux de change mondial.
5.5.
Nos résultats permettent de répondre à la question initiale et d’établir une hiérarchie
claire entre les trois types de chocs. L’instabilité politique arrive en tête : c’est le choc le
plus fort et le seul statistiquement significatif, agissant à la fois sur les biens échangeables
par le canal du taux de change et sur les non-échangeables à travers les perturbations
de l’offre. Le choc fiscal se classe en deuxième position, avec un effet modéré concentré
sur les échangeables mais non significatif, cohérent avec un canal indirect passant par la
monétisation du déficit et la dépréciation du change. Le choc du marché du travail arrive
en dernier en termes d’amplitude, mais présente un profil intéressant : son effet est plus
marqué sur les non-échangeables que sur les échangeables, ouvrant la piste d’une spirale
prix-salaires à confirmer avec des données plus fines.
6.
Les résultats des projections locales établissent trois faits empiriques qui appellent un
cadre interprétatif cohérent : (i) le choc d’instabilité politique domine les autres chocs,
en amplitude et en significativité (ii) les biens échangeables répondent plus fortement
que les non-échangeables au choc politique, et (iii) le choc de tensions sur le marché
du travail présente le profil sectoriel inverse, avec un effet relativement plus marqué sur
les biens non-échangeables. Nous proposons ici un modèle simple, en équilibre partiel, qui
rationalise ces trois faits. L’ambition est délibérément modeste mais, à notre connaissance,
elle n’a pas été formalisée dans le contexte haïtien. Il s’agit moins de proposer un modèle
structurel complet que de fournir un cadre interprétatif mininal dont les prédictions sont
directement confrontables aux estimations empiriques de la section 5. Nous la présentons
ici comme point de départ d’un programme de recherche plus ambitieux visant à construire
un modèle d’équilibre général du niveau des prix en Haïti.
Cette proposition doit être comprise comme un point de départ, en vue du dévelop-
pement ultérieur d’un modèle d’équilibre général du niveau des prix en Haïti.
6.1.
Considérons une petite économie ouverte avec deux secteurs de biens : les biens
échangeables (T
échangeables (
nomie est sujette à trois types de chocs : un choc d’instabilité politique
P
t, un choc fiscal
13
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s
F
t≡ t− t(déficit primaire), et un choc du marché du travail
L
t(écart de l’emploi à son
niveau tendanciel). Le taux de change nominal tet le salaire nominal tsont endogènes.
6.2.
L’inflation agrégée est une moyenne pondérée de l’inflation des deux secteurs :
πt=
T
t+ (1
N T
t (2)
où,
sectorielle obéit à :
π
T
t= Tπ
T
t−1+ T∆et+ Ts
P
t+ Ts
F
t+
T
t (3)
π
N T
t= N Tπ
N T
t−1+ N T∆et+ N Ts
P
t+ N Ts
F
t+w t+
N T
t (4)
L’équation (3) capture la formation des prix des biens importés : le pass-through du
change (α T), l’effet direct de l’instabilité politique (β T, par les disruptions d’offre et la
fuite de capitaux), et le canal fiscal (γ T, par la monétisation des déficits). L’équation (4)
ajoute un canal spécifique aux non-échangeables : la croissance des salaires nominaux
∆wt, pondérée par la part du travail dans les coûts de production (µ).
La distinction cruciale est que T> αN T: les biens importés sont mécaniquement plus
exposés aux variations du taux de change que les services et biens produits localement.
6.3.
Les salaires nominaux sont déterminés par une courbe de Phillips augmentée des an-
ticipations :
∆wt=
e
t+n t−) +z t+ t (5)
où
e
tdésigne l’inflation anticipée,n t−)z t
la croissance de la productivité, et tun terme d’erreur. Le paramètre clé est, qui
capture la sensibilité des salaires aux tensions sur le marché du travail : une contraction de
l’emploi formel (n t<) exerce une pression à la baisse sur les salaires, mais l’indexation
aux anticipations d’inflation (π
e
t) peut dominer, générant une spirale prix-salaires.
6.4.
En substituant (5) dans (4), puis en agrégeant via (2), on obtient la forme réduite de
l’inflation :
πt= t−1+e t+
P
t+
F
t+n t−) + t (6)
14
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où,n t−)
capture la spirale prix-salaires. Cette équation résume la dynamique des prix en cinq
composantes : persistance, pass-through du change, choc politique, canal fiscal, et spirale
prix-salaires.
Le modèle génère trois propositions testables.
Proposition 1
P
t≫
F
tet
P
t≫n t−),
alors la dynamique des prix est principalement déterminée par les épisodes d’instabilité
politique.
La proposition 1 est une conséquence directe de (6) : lorsque le choc politique domine
en amplitude, les autres sources d’inflation deviennent des perturbations de second ordre.
Les projections locales confirment cette prédiction. L’effet cumulé du choc politique sur
l’IPC agrégé atteint,93%t,94), contre,40%
significatif) et,92%
empirique est donc :
∂π
∂s
P
≫
∂π
∂s
F
>
∂π
∂s
L
(7)
L’inertie inflationniste estimée (,536) implique un multiplicateur de long terme de
1/(1) = 2,15
de 2,15 points, amplifiant mécaniquement la dominance du choc politique.
Proposition 2 T> αN Tet si le choc
politique agit en partie via la dépréciation du change, alors
T
/∂s
P
> ∂π
N T
/∂s
P
.
L’intuition est la suivante. L’instabilité politique provoque une fuite de capitaux et
une dépréciation du change. Cette dépréciation se transmet mécaniquement aux prix
des biens importés (pass-through élevé, T), tandis que les biens non-échangeables ne
sont affectés qu’indirectement, par l’intermédiaire d’une hausse des coûts des intrants
importés. Le modèle prédit donc que les biens échangeables répondent plus fortement au
choc politique que les non-échangeables. Les projections locales confirment cette prédiction
de façon précise : le choc politique génère une hausse cumulative de,59%
échangeables (t,97) contre,84%t,90
de près de deux pour un.
Proposition 3
part du travail dans les coûts est plus élevée pour les non-échangeables, alors
N T
/∂s
L
>
∂π
T
/∂s
L
.
Cette proposition découle de l’équation (4) : le termew tn’apparaît que dans l’in-
flation des non-échangeables. Les secteurs de services, de production locale et de construc-
tion sont intensifs en main-d’œuvre domestique ; leurs prix dépendent donc davantage des
conditions du marché du travail que ceux des biens importés, dont le prix est largement
15
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déterminé sur les marchés internationaux. Les projections locales confirment ce profil in-
versé : le choc du marché du travail génère un effet de,59%
(t,42,92%t,55), cohérent avec une spirale
prix-salaires naissante dans les secteurs de production locale.
6.5.
Le modèle est volontairement simple. Il opère en équilibre partiel, traite le taux de
change et l’emploi comme exogènes, et n’intègre ni les anticipations rationnelles ni les
interactions entre politique monétaire et politique fiscale. Ces simplifications sont le prix
de la transparence : chaque proposition est directement testable et chaque paramètre a
une contrepartie empirique dans les projections locales.
Cette simplicité est aussi une invitation. Le cadre présenté ici constitue, à notre sens, le
point de départ naturel d’un modèle d’équilibre général du niveau des prix en Haïti. Un tel
modèle devrait endogénéiser le taux de change (par une condition de parité ou un modèle
de portefeuille), intégrer la contrainte budgétaire intertemporelle du gouvernement dans
l’esprit de la FTPL (Cochrane,), modéliser les anticipations d’inflation et leur rôle
dans la dollarisation, et incorporer les frictions du marché du travail mises en évidence par
les données JobPaw. Les trois propositions établies ici fournissent les moments empiriques
que tout modèle structurel devra reproduire.
7.
La base JobPaw présentée dans l’introduction (figure) permet de tester empirique-
ment l’équation (5). La figure
On observe des baisses marquées lors du séisme de 2010, de la crise de 2018 et de la pan-
démie de 2020, autant de manifestations du choc
P
tsur le marché du travail. Ces données
ouvrent la voie à l’estimation directe du coefficient5).
Figure 9
16
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8.
Cet article a apporté des éléments de réponse à la question de savoir ce qui explique
la flambée inflationniste en Haïti. À partir de trois séries de chocs narratifs et de projec-
tions locales sur les données de l’IPC désagrégé (156 catégories, 1998–2024) et macroé-
conomiques de la BRH (136 observations, 2014–2025), nous parvenons aux conclusions
suivantes.
Le
prix : il génère une hausse cumulative de 5,6% de l’IPC des biens échangeables et de 2,8%
des non-échangeables, avec une asymétrie reflétant le rôle du taux de change. Le choc fiscal
a un effet modéré concentré sur les échangeables, tandis que le choc du marché du travail
affecte davantage les non-échangeables, un profil cohérent avec une spirale prix-salaires
naissante.
Le modèle de la section
la dominance du choc politique (Proposition 1), l’asymétrie sectorielle via le pass-through
du change (Proposition 2), et la spirale prix-salaires sur les non-échangeables (Proposition
3). Ce cadre, volontairement simple, constitue le point de départ d’un programme de
recherche visant à construire un modèle d’équilibre général du niveau des prix en Haïti.
Ces résultats ont des implications directes pour la politique économique. La stabilité
politique apparaît comme une condition nécessaire à la stabilité des prix, ce qui place les
enjeux de gouvernance au cœur de la lutte contre l’inflation. Par ailleurs, les politiques
visant à réduire le pass-through du taux de change, notamment la diversification des
sources d’importation et le soutien à la production locale, pourraient atténuer l’impact
des chocs politiques sur les prix. Enfin, le suivi de la spirale prix-salaires à travers les
données du marché du travail formel constitue une piste de recherche prometteuse pour
anticiper les pressions inflationnistes de second tour.
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