(FY2015) Audit et contrôle : Rapport sur la situation financière du pays et efficacité des dépenses publiques, exercice 2014-2015
Resume — Rapport de la CSCCA sur la situation financière du pays et l'efficacité des dépenses publiques pour l'exercice 2014-2015, dernier exercice budgétaire complet de l'administration du président Martelly, exécuté sous trois budgets successifs. Il constate un système de finances publiques fragile et peu transparent, les ressources réelles n'atteignant que 87,7% des prévisions initiales et les dépenses d'investissement chutant de 40,86% à 24,48% des dépenses totales.
Constats Cles
- Trois budgets successifs ont été adoptés au cours d'un seul exercice (un budget initial et deux rectificatifs), aucun approuvé par le Parlement, tous adoptés par arrêté de l'Exécutif.
- Les ressources réelles n'ont atteint que 94,8 milliards de gourdes contre une prévision initiale de 108,1 milliards (taux de réalisation de 87,7%) ; l'AGD (douane) a collecté 31 milliards de gourdes contre une prévision de 32,25 milliards (taux de réalisation de 55,2%).
- Les dépenses totales ont augmenté de 21,16% pour atteindre 99,65 milliards de gourdes, mais les dépenses d'investissement en programmes et projets sont passées de 40,86% à 24,48% du total en raison de l'effondrement des ressources financées par PetroCaribe avec la baisse des prix pétroliers.
- La croissance du PIB est tombée à 1,7% contre un objectif de 4,6%, tandis que la gourde s'est dépréciée de 13,42% sur l'année et que l'inflation en glissement annuel est passée de 5,8% à 11,3%.
- Le propre rapport de suivi du MPCE sur le PTI 2014-2016 reconnaissait que de nouveaux projets peu liés aux objectifs fixés avaient été financés et que les procédures de programmation n'avaient pas permis de garantir l'efficacité de l'investissement public.
Description Complete
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) rend compte de la situation financière du pays et de l'efficacité des dépenses publiques pour l'exercice 2014-2015 (octobre 2014 à septembre 2015), dernier cycle budgétaire complet bouclé sous la présidence de Michel Joseph Martelly avant un changement d'administration, et une période marquée par trois budgets successifs (un budget initial adopté le 1er octobre 2014, et des budgets rectificatifs des 18 mars et 17 septembre 2015), aucun n'ayant reçu l'aval du Parlement et ayant plutôt été adoptés par arrêté de l'Exécutif. Le budget initial s'élevait à 122,65 milliards de gourdes, avec 49,03% attendu des recettes domestiques et 16,63% du fonds PetroCaribe. Les ressources réelles n'ont atteint que 94,8 milliards de gourdes, soit un taux de réalisation de 87,7% ; les recettes internes (DGI et AGD combinées) sont restées en dessous des prévisions tandis que les dépenses totales ont augmenté de 21,16% pour atteindre 99,65 milliards de gourdes, tirées par un bond de 49,27% des dépenses de fonctionnement lié aux ajustements salariaux, alors même que les dépenses d'investissement en programmes et projets chutaient de 40,86% à 24,48% des dépenses totales en raison de l'effondrement des ressources financées par PetroCaribe dans un contexte de baisse des prix pétroliers mondiaux. La croissance du PIB est tombée à 1,7% (contre 2,8% l'année précédente) contre un objectif de 4,6%, pénalisée par une sécheresse prolongée et le déclin agricole ; le taux de change s'est déprécié de 13,42% sur l'année pour atteindre 51,81 gourdes pour un dollar, et l'inflation en glissement annuel est passée de 5,8% à 11,3%. La Cour constate un système de gestion des finances publiques peu intégré (le Ministère de la Planification et le Ministère de l'Économie et des Finances fonctionnent sans synergie), opaque dans son exécution (les contrats et marchés ne peuvent être reliés à des codes budgétaires précis), et marqué par des lacunes de gouvernance, notamment la double casquette du MPCE, à la fois coordonnateur de la planification nationale et gestionnaire direct de projets, ce que le propre rapport de suivi du PTI du Ministère reconnaissait avoir échoué à garantir l'efficacité de l'investissement public.
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COUR SUPERIEURE DES COMPTES ET DU
CONTENTIEUX ADMINISTRATIF
Situation financière du pays et Efficacité des
dépenses publiques
Rapport pour l’exercice 2014-2015
Table des matières
TABLE DES MATIÈRES .............................................................................................................................................. 2
LISTE DES GRAPHIQUES ........................................................................................................................................... 5
LISTE DES TABLEAUX ............................................................................................................................................... 7
LISTE DES ENCADRÉS ............................................................................................................................................. 10
ACRONYMES ET INSTITU TIONS ............................................................................................................................ 11
MOTS DE LA PRÉSIDENT E ...................................................................................................................................... 14
RÉSUMÉ EXÉCUTIF .................................................................................................................................................. 15
INTRODUCTION ........................................................................................................................................................ 19
UNE PÉRIODE CHARNIÈRE ...................................................................................................................................................... 19
TROIS BUDGETS POUR UN SEUL EXERCICE .............................................................................................................................. 20
DES CHANTIERS GOUVERN EMENTAUX LAISSÉS À L’ABANDON OU INTERROMP US ................................................................... 21
LOIS DE FINANCES : CONTROVERSES AUTOUR D’UNE APPELLATION ....................................................................................... 21
RECOURS À DES NORMES JURIDIQUES DIFFÉRENTES ............................................................................................................... 22
DES CONTRAINTES DE TAILLE ................................................................................................................................................ 23
ORGANISATION DU RAPPO RT .................................................................................................................................................. 25
CHAPITRE I.- CONTEXTE D’ADOPT ION ET DE MISE EN ŒUVRE DU BUDGET ............................................. 26
I.A.- CONTEXTE POLITIQUE .................................................................................................................................................... 26
I.A.1.- Une période jalonnée de crises électorales à répétition. ....................................................................................... 26
I.A.2.- Le vide parlementaire devient une réalité .............................................................................................................. 27
I.A.3.- Le sort des législatives en jeu ................................................................................................................................ 28
I.B.- UN CONTEXTE ÉCONOMIQU E DIFFICILE .......................................................................................................................... 29
I.B.1.- Une croissance du PIB atone ................................................................................................................................. 29
I.B.2.- L’agriculture en déclin........................................................................................................................................... 31
I.B.3.- Une balance commerciale largement défavorable ................................................................................................. 32
I.B.4.- Balance des paiements en millions de dollars ....................................................................................................... 33
I.B.5.- Diminution drastique des flux de financement externe .......................................................................................... 34
I.B.6.- Chute vertigineuse des ressources tirées de PetroCaribe ...................................................................................... 34
I.B.7.- Investissements directs étrangers (IDE) ................................................................................................................ 38
I.B.8.- Les transferts de la diaspora haïtienne .................................................................................................................. 39
I.B.9.- Financement monétaire du budget ........................................................................................................................ 40
I.B.10.- Dépréciation accélérée de la gourde ................................................................................................................... 41
I.B.11.- Les conséquences d’une stabilisation du taux de change par la BRH ................................................................. 42
I.B.12.- Un taux d’inflation clôturé à deux chiffres .......................................................................................................... 47
I.B.13.- Haïti régresse dans les classements internationaux ............................................................................................. 48
I.B.14.- Les recettes internes au cours de l’exercice 2014-2015 ...................................................................................... 49
I.B.15. - Conclusion .......................................................................................................................................................... 49
I.C.- CADRE STRATÉGIQUE D'ÉLABORATION ET D'EXÉCUTION DU BUDGET ............................................................................. 50
I.D.- LE CADRE LÉGAL ET RÉGLEMENTAIRE ........................................................................................................................... 51
CHAPITRE II - LE BUDGET INITIAL 2014-2015 ..................................................................................................... 53
II.A.- LES HYPOTHÈSES DE DÉPART ........................................................................................................................................ 53
II.B.- LES OBJECTIFS .............................................................................................................................................................. 53
II.C.- LES VOIES ET MOYENS IDENTIFIÉS POUR LE FINANCEMENT DU BUDGET ........................................................................ 55
II.D.- LES INNOVATIONS ........................................................................................................................................................ 56
II.E.- PRÉSENTATION ET RÉPARTITION DU BUDGET PAR SECTEURS ......................................................................................... 57
CHAPITRE III.- LES DEUX BUDGETS REC TIFICATIFS DE L’EXERCICE 2014-2015 ....................................... 65
III.A.- BUDGET RECTIFICATIF I .............................................................................................................................................. 65
III.A.1.- Les grandes orientations des dépenses ................................................................................................................ 66
III.A.2.- Les grandes orientations du budget révisé .......................................................................................................... 66
III.A.3.- Les voies et moyens du budget rectificatif ........................................................................................................... 69
III.A.4.- Les principaux changements en termes relatifs sur les crédits administratifs .................................................... 70
III.B.- BUDGET RECTIFICATIF II ............................................................................................................................................. 76
III.B.1.- Comparaison des crédits alloués par secteur entre les deux budgets rectificatifs .............................................. 77
CHAPITRE IV.- LES RECOURS AUX FOND S PÉTRO CARIBE ............................................................................ 80
IV.A.- LA RÉSOLUTION NO. 1 DU 15 AVRIL 2015................................................................................................................... 80
IV.A.1.- Les motifs de la résolution ................................................................................................................................... 81
IV.A.2.- Les opérations en présence .................................................................................................................................. 81
IV.A.3.- Projets désaffectés /crédités ................................................................................................................................ 82
IV.A.4- Statut des projets bénéficiaires de crédits ............................................................................................................ 88
IV.B.- DISPOSITIFS DE LA RÉSOLUTION NO 1 DU CONSEIL DES MINISTRES DU 29 MAI 2015 ................................................. 89
IV.B.1.- Les enseignements à tirer .................................................................................................................................... 89
IV.B.2- Répartition des projets du 15 avril entre nouveaux et anciens ............................................................................. 90
IV.C.- LA RÉSOLUTION DU 22 JUILLET 2015 .......................................................................................................................... 93
IV.C.1.- Enveloppe budgétaire en baisse .......................................................................................................................... 94
IV.C.2.- Répartition du portefeuille .................................................................................................................................. 94
CHAPITRE V.- ANALYSE DE L'EXÉCUTI ON BUDGÉTAIRE POUR L ’EXERCICE 2014-2015 .......................... 98
V.A.- PRÉSENTATION DES DÉPENSES EFFECTIVES PAR SECTEURS ........................................................................................... 98
V.B.- REGARDS PORTÉS SUR LES INVESTISSEMENTS PUBLICS ............................................................................................... 106
CHAPITRE VI.- QUALITÉ DE LA GOUVER NANCE ............................................................................................ 110
VI.A.1.- Intervention des comptables publics .................................................................................................................. 110
VI.A.2.- Respect des règles de passation de marché ....................................................................................................... 111
VI.A.3.- Contrats sanctionnés par la CSCCA ................................................................................................................. 119
VI.A.4.- Nature des contrats reçus à la CSCCA .............................................................................................................. 122
VI.A.5.- Répartition des Contrats en fonction des seuils ................................................................................................. 123
VI.A.6.- Contrats de marché enregistrés au MPCE ........................................................................................................ 130
VI.A.7.- Le MPCE et les investissements publics : opérateur et gestionnaire du PIP .................................................... 130
CHAPITRE VII.- EFFICACITÉ DE LA DÉPENSE PUBLIQUE ............................................................................. 134
VII.A.- COHÉRENCE PAR RAPPORT AU PSDH ...................................................................................................................... 134
VII.B.- QUALITÉ DES DÉPENSES ........................................................................................................................................... 136
VII.C.- QUALITÉ DE LA PROGRAMMATION (AVEC, ENTRE AUTRES CONSÉQU ENCES, LES CHANTIERS INTERROMPUS FAUTE DE
FINANCEMENT) ..................................................................................................................................................................... 143
VII.D.- ETAT D’ACHÈVEMENT ET TAUX D E DÉCAISSEMENT DES PROJETS ............................................................................ 144
VII.E.- LES CHOIX QUESTIONNABLES ................................................................................................................................... 160
CONCLUSIONS ET RECOM MANDATIONS .......................................................................................................... 163
Liste des graphiques
Figure 1:Évolution, en pourcentage, du taux de croissance du PIB de 2008 à 2015 ....................................... 30
Figure 2:Évolution des prix moyens des produits alimentaires de 2011 à 2015 .............................................. 31
Figure 3:Évolution des exportations et importations d’Haïti de 2009 à 2015 .................................................. 32
Figure 4:Evolution de la balance des paiements par trimestre au cours de l’exercice 14-15 ......................... 33
Figure 5:Évolution du flux d’aide vers Haïti de 2005 à 2015 (en million de dollars) ...................................... 34
Figure 6:Évolution du prix moyen du baril de pétrole (en us $) de 2009 à 2015 ............................................. 35
Figure 7:Évolution des fonds du PetroCaribe de 2011 à 2015 (en million de gourdes) .................................. 35
Figure 8:Évolution des fonds du PetroCaribe de 2011 à 2015 (en million de $ US) ........................................ 36
Figure 9:Evolution du total des résolutions PetroCaribe de 2008 à 2015 ........................................................ 37
Figure 10:Quote part des Financements PetroCaribe dans le Budget national en % .................................... 38
Figure 11:Évolution des IDE d’Haïti de 2000 et 2015. ...................................................................................... 39
Figure 12:Evolution des parts des transferts des transferts dans le PIB .......................................................... 40
Figure 13:Évolution du taux de change durant l’année fiscale 2014-2015 ....................................................... 42
Figure 14:Interventions de la BRH sur le marché des changes durant l’année fiscale 2014-2015 ................. 43
Figure 15:Evolution du taux d’inflation en glissement annuel d’octobre 2014 à septembre 2015 ................. 47
Figure 16:Evolution de l’IDH d’Haïti de 1980 à 2015 ........................................................................................ 48
Figure 17: Evolution de la dette entre 2009 et 2015 ........................................................................................... 60
Figure 18:Crédits budgétaires 2014-2015 par titre ............................................................................................ 60
Figure 19:Évolution des crédits budgétaires alloués aux entités formant l’Administration Centrale de l’Etat
(09-15) (en milliards de gourdes) .......................................................................................................................... 61
Figure 20:Évolution des crédits budgétaires alloués aux Pouvoirs Législatif et Judiciaire (09-15) ............... 61
Figure 21: Répartition géographique des crédits d'investissement et de la population estimée en 2013 ...... 62
Figure 22:Répartition géographique du budget d'Investissement 14-15 .......................................................... 63
Figure 23:Évolution des poids (en %) des secteurs économique et social dans le budget ............................... 64
Figure 24:Part relative des sources de financement du budget rectificatif ...................................................... 69
Figure 25:Variation en pourcentage des parts budgétaires allouées aux différents secteurs entre les budgets
initial et rectificatif 1 ............................................................................................................................................. 71
Figure 26:Évolution des crédits budgétaires alloués au Pouvoir Exécutif (09- Rect mars 15) ....................... 74
Figure 27:Évolution des crédits budgétaires alloués aux Pouvoirs Législatif et Judiciaire (Rect mars 15) .. 75
Figure 28:Évolution des poids (en %) des secteurs économique et social dans le budget ............................... 75
Figure 29:Evolution comparée des poids relatifs des entités économiques dans les deux budgets rectificatifs.
................................................................................................................................................................................. 77
Figure 30:Evolution comparée des poids relatifs des entités politiques dans les deux budgets rectificatifs. 78
Figure 31:Evolution comparée des poids relatifs des entités sociales dans les deux budgets rectificatifs. .... 79
Figure 32: Répartition en pourcentage du portefeuille de projets inscrits dans la résolution du 15 avril
selon leur nature .................................................................................................................................................... 88
Figure 33:Statut des projets faisant l'objet de la résolution du 22 juillet ......................................................... 94
Figure 34:Pourcentage de projets ayant bénéficié de requêtes de décaissements pour l'exercice 2014-2015
............................................................................................................................................................................... 103
Figure 35:Montant des décaissements effectués par le MEF sur le PIP par entité administrative ............. 103
Figure 36:Répartition des marchés suivant leur nature .................................................................................. 115
Figure 37:Répartition des marchés suivant leur mode de passation .............................................................. 116
Figure 38:Répartition des marchés validés par la CNMP selon qu’ils sont enregistrés ou pas à la CSCCA
............................................................................................................................................................................... 118
Figure 39:Répartition des contrats suivant l'avis de la CSCCA ...................................................................... 119
Figure 40:Répartition des contrats selon l'administration d'origine .............................................................. 120
Figure 41:Répartition des contrats suivant leur enregistrement au CNMP .................................................. 121
Figure 42:Répartition des contrats suivant leur nature (Montants Gdes) ..................................................... 123
Figure 43:Répartition des contrats suivant leur nature (Montants USD) ..................................................... 123
Figure 44:Pourcentage de projets ayant bénéficié de requêtes de décaissements pour l'exercice 2014-2015
............................................................................................................................................................................... 136
Figure 45:Ventilation des requêtes de décaissement sur le PIP par entité administrative ........................... 137
Figure 46:Répartition des projets ayant bénéficié de requêtes de décaissements pour l'exercice 2014-2015
par secteur ............................................................................................................................................................ 138
Figure 47:Répartition des projets faisant l'objet de la résolution du 15 avril par secteur ........................... 141
Figure 48:Répartition des projets faisant l'objet de la résolution du 22 juillet par secteur ......................... 142
Liste des tableaux
Tableau 1:Evolution de la balance des paiements en millions de dollars ......................................................... 32
Tableau 2:Evolution des montants des transferts de la diaspora de 2012 à 2015 ............................................ 38
Tableau 3:Évolution des crédits budgétaires pour les exercices allant de 2009-10 à 2014-2015 (en milliards
de gourdes) ............................................................................................................................................................. 57
Tableau 4:Répartition géographique des crédits budgétaires Exercice 2014-2015 ......................................... 62
Tableau 5:Évolution des poids (en %) des secteurs économique et social dans le budget .............................. 63
Tableau 6:Évolution des crédits budgétaires pour les exercices allant de 2009-10 à 2014-2015 (budget
rectificatif, en milliards de gourdes) .................................................................................................................... 72
Tableau 7:Évolution des poids (en %) des secteurs économique et social dans le budget (en milliards de
gourdes) .................................................................................................................................................................. 75
Tableau 8: Liste des projets désaffectés de la résolution du 15 avril ................................................................ 81
Tableau 9:Liste projets crédités de la résolution du 15 avril ............................................................................. 85
Tableau 10:Statut des projets faisant l'objet de la résolution du 15 avril ........................................................ 87
Tableau 11:Ressources mobilisées par la Résolution du 15 avril ...................................................................... 87
Tableau 12:Statut des projets faisant l'objet du conseil des ministres du 29 mai ........................................... 89
Tableau 13: Liste des projets de la Résolution du 15 avril identifiés comme nouveaux par la Résolution du
29 mai ...................................................................................................................................................................... 89
Tableau 14:Liste des projets en cours d’exécution faisant l’objet de crédits additionnels dans le cadre de la
Résolution du Conseil des Ministres du 15 avril ................................................................................................. 90
Tableau 15: Statut des projets faisant l'objet de la résolution du 22 juillet ..................................................... 94
Tableau 16:Liste des projets faisant l'objet de la résolution du 22 juillet ........................................................ 94
Tableau 17:Tableau récapitulatif des projets du PIP en septembre 2015 ...................................................... 101
Tableau 18:Montant des décaissements réalisés par le MEF sur le PIP par entité administrative ............ 103
Tableau 19:Proportion moyenne des requêtes de décaissement exécutées par le MEF ................................ 103
Tableau 20:Liste de projets pour lesquels il n'y a eu aucune requête ni pour l'exercice antérieur, ni pour
l’exercice 2014-2015, mais pour lesquels il y a eu des décaissements ............................................................. 104
Tableau 21:Liste de projets pour lesquels les requêtes de décaissements ont été faites durant l'exercice
2013-2014 .............................................................................................................................................................. 104
Tableau 22:Seuil de Passation des Marchés Publics selon leur nature par administration ......................... 110
Tableau 23:Liste des marchés validés par la CNMP et enregistrés à la CSCCA .......................................... 112
Tableau 24:Répartition des marchés suivant leur nature ................................................................................ 114
Tableau 25:Répartition des marchés suivant leur mode de passation ............................................................ 115
Tableau 26:Liste des marchés passés par un Appel d'offre Ouvert National ................................................ 116
Tableau 27:Liste des marchés passés par un Appel d'Offre Restreint ........................................................... 116
Tableau 28:Liste des marchés passés de Gré à Gré ......................................................................................... 116
Tableau 29:Liste des marchés validés par la CNMP, mais non enregistrés à la CSCCA ............................. 117
Tableau 30:Répartition des contrats suivant l'avis de la CSCCA .................................................................. 118
Tableau 31:Répartition des contrats selon l'administration d'origine ........................................................... 119
Tableau 32:Ventilation des collectivités territoriales ayant soumis des contrats à la validation de la CSCCA
................................................................................................................................ ............................................... 120
Tableau 33:Répartition des contrats selon leur enregistrement au CNMP ................................................... 120
Tableau 34:Répartition des contrats suivant leur nature ................................................................................ 121
Tableau 35:Répartition des contrats en fonction du dépassement des seuils de passation de marchés -
Institutions d'État et entreprises publiques ...................................................................................................... 123
Tableau 36:Répartition des contrats en fonction du dépassement des seuils de passation de marchés -
Collectivités Territoriales/Commune ................................................................................................................. 124
Tableau 37:Liste des contrats passés au niveau des collectivités territoriales ............................................... 124
Tableau 38:Liste de contrats dont le coût total n'apparaît pas - Fournitures de services ............................ 126
Tableau 39:Liste de contrats dont le coût total n'apparaît pas - Travaux ..................................................... 128
Tableau 40:Liste de contrats dont le coût total n'apparaît pas - Autres catégories ...................................... 128
Tableau 41:Contrats enregistrés dans la base des données du MPCE ........................................................... 129
Tableau 42:Contrats signés par le MPCE sur le PIP 2014-2015 ..................................................................... 130
Tableau 43: Prévisions de résultats du PTI 2013/14 - 2015-2016 .................................................................... 134
Tableau 44:Pourcentage de projets ayant bénéficié de requêtes de décaissements pour l'exercice 2014-2015
................................................................................................................................ ............................................... 135
Tableau 45:Tableau récapitulatif des projets du PIP en septembre 2015 ...................................................... 135
Tableau 46:Ventilation des requêtes de décaissement sur le PIP par entité administrative ........................ 136
Tableau 47:Répartition des projets ayant bénéficié de requêtes de décaissements pour l'exercice 2014-2015
par secteur ............................................................................................................................................................ 138
Tableau 48:Répartition des projets faisant l'objet de la résolution du 15 avril par secteur ......................... 140
Tableau 49:Répartition des projets faisant l'objet de la résolution du 22 juillet par secteur ....................... 142
Tableau 50:Liste des projets relatifs aux Cayes listés dans la résolution du 22 juillet .................................. 143
Tableau 51:État d'avancement des projets (Physique et financier) ................................................................ 144
Tableau 52:Liste de projets financés sans mention de l'état d'avancement physique ................................... 147
Tableau 53:Liste de projets disposant d’un état d’avancement physique sans taux de financement
correspondant. ................................................................................................ ..................................................... 147
Tableau 54:Liste de projets en cours dont les états financiers et physiques ne sont pas précisés ................ 149
Tableau 55:Liste de projets avec mention de leurs états financiers et physiques .......................................... 149
Tableau 56:Répartition des projets par tranche d'état d'avancement financier ........................................... 150
Tableau 57:Liste des projets dont l'état d'avancement financier se situe entre 1 et 25% ............................ 151
Tableau 58:Liste des projets dont l'état d'avancement financier se situe entre 26 et 50% .......................... 151
Tableau 59:Liste des projets dont l'état d'avancement financier se situe entre 51 et 75% .......................... 151
Tableau 60:Liste des projets dont l'état d'avancement financier se situe au-delà de 75% ........................... 152
Tableau 61:Liste des projets pour lesquels des montants ont été décaissés par le MEF .............................. 152
Tableau 62:Ventilation des requêtes de décaissement exécutée par le MEF ................................................. 158
Tableau 63:Liste de projets pour lesquels Il n'y a eu aucune requête ni pour l'exercice antérieure ni pour
20145-205, mais pour lesquels il y a eu des décaissements ............................................................................... 158
Tableau 64:Liste de projets dont les requêtes de décaissements ont été faites lors de l'exercice antérieur 159
Liste des encadrés
Encadré 1: Les clauses du PetroCaribe ............................................................................................................... 38
Encadré 2: Les déterminants des crises de change ............................................................................................. 44
Encadré 3: Le mécanisme de PetroCaribe en raccourci .................................................................................... 80
Encadré 4: Financement des élections ............................................................................................................... 106
Encadré 5: Financement de l’énergie ................................................................................................................ 161
Acronymes et Institutions
AAN Autorité Aéroportuaire Nationale
AGD Administration Générale des Douanes
AMI Appel à Manifestation d'Intérêt
ANH Archives Nationales D'Haïti
AO Appel d'Offre
AOI Appel d'Offre International
AOO Appel d'Offre Ouvert
AOOI Appel d'Offre Ouvert International
AOON Appel d'Offre Ouvert National
AOR Appel d'Offre Restreint
AORI Appel d'Offre Restreint International
BHDA Bureau Haïtien du Droit d'Auteur
BHN Bureau Haïtien de Normalisation
BID Banque Interaméricaine de Développement
BM Banque Mondiale
BMPAD Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide Publique au Développement
BMST Bureau de la Médiatrice Spéciale du Travail de l’Industrie de la Confection
BPM Bureau de la Protection des Mineurs
BRH Banque de la République d’Haïti
CAL Centre avec Lits
CEP Conseil Electoral Provisoire
CEPALC Commission Économique pour l'Amérique Latine et les Caraïbes
CFGDCT Fonds de Gestion et de Développement des Collectivités Territoriales
CIF Cost, Insurance & Freight
CIMO Corps d'Intervention et de Maintien de l'Ordre
Cinq E Éducation, Environnement, Emploi, État de droit et Énergie
CNC Conseil National des Coopératives
CNE Centre National d'Equipements
CNMP Commission Nationale des Marchés Publics
CNSA Conseil National de la Sécurité Alimentaire
CONATEL Conseil National Des Télécommunications
CSC/CA Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
CSL Centre Sans Lits
CSPJ Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire
CST Compte Spécial du Trésor
CTMO-HOPE Commission Tripartite de Mise en Œuvre de la Loi HOPE
CTPEA Centre de Techniques de Planification et d'Économie Appliquée
DAI Direction des Affaires Internationales de la Banque de la République d’Haïti
DAO Dossier d'Appel d'Offre
DCPR Direction Centrale de la Police Routière
DGI Direction Générale des Impôts
DGTCP Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique
DINEPA Direction Nationale De L'eau Potable Et De L'assainissement
EdH Électricité d’Haïti
EMA École de la Magistrature
ENAF Ecole Nationale d'Administration Financière
EPPLS Entreprise Publique de Promotion de Logements Sociaux
FMI Fonds Monétaire International
FOB Free On Board
HCR Hôpital Communautaire de Référence
HD Hôpital Départemental
HOPE Haitian Hemispheric Opportunity Through Partnership for Encouragement
HUEH Hôpital de l'Université d'État d'Haïti
IDE Investissement Direct Etranger
IDH Indice de Développement Humain
IHSI Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique
INARA Institut National de la Réforme Agraire
INFORTH Institut National de Formation Hôtelière et Touristique
IPC Indice Général des Prix à la Consommation
MAE Ministère des Affaires Étrangères
MARNDR Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement
Rural
MATS Ministère des Affaires Sociales et du Travail
MCC Ministère de la Communication et de la Culture
MCFDF Ministère à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme
MCI Ministère du Commerce et de l’Industrie
MDN Ministère de la Défense Nationale
ME Ministère de l’Environnement
MEF Ministère de l’Économie et des Finances
MENFP Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle
MHAVE Ministère des Haïtiens Vivant à l’Étranger
MICT Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales
MJSAC Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique
MJSP Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique
MPCE Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
MSPP Ministère de la Santé Publique et de la Population
MTIC Ministère du Tourisme et des Industries Créatives
MTPTC Ministère des Travaux Publics, Transports et Communication
NRECA National Rural Electric Cooperative Association
OAVCT Office Assurance Véhicules Contre Tiers
OFATMA Office d'Assurance Accidents du Travail, Maladie et Maternité
OMRH Office de Management et des Ressources Humaines
ONI Office National D'identification
ONPES Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale
OPEP Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole
PASNGRD Programme d'Appui au Système National de Gestion des Risques et Désastres
PDVSA Petróleos de Venezuela S.A.
PECEI Pacte pour l’Emploi et la Croissance Économique Inclusive
PHIMHE Programme à Haute Intensité de Main-d’œuvre et d’Habilitation Économique
PIB Produit Intérieur Brut
PIC Parc Industriel de Caracol
PIP Programme d’Investissement Public
PME Petites et Moyennes Entreprises
PNH Police Nationale d'Haïti
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PROGEBA Programme de Gestion de l'Eau dans le Bassin Versant de l'Artibonite
PSDH Plan Stratégique de Développement d’Haïti
PSUGO Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire
PTI Plan Triennal d’Investissement
RNB Revenu National Brut
RTNH Radio Télévision Nationale d'Haïti
SAEP Système d'Alimentation en Eau Potable
TNH Télévision Nationale D'Haïti
TOFE Tableau des Opérations Financières de l’État
TPE Taxe pour la Protection de l’Environnement
UCREF Unité Centrale de Renseignements Financiers
ULCBP Unité de Construction de Logements et de Bâtiments Publics
USAID United States Agency for International Development
VOIP Voice Over Internet Protocol
Mots de la Présidente
Dans la lignée de son diagnostic de l’exercice précédent, le Conseil de la Cour Supérieure
des Comptes et du Contentieux Administratif prend plaisir à présenter son rapport sur la
situation financière et l’efficacité des dépenses publiques pour l’exercice 2014-2015.
Ce travail qui se situe dans le prolongement du premier se veut néanmoins plus élaboré et
s’est donné pour ambition d’approfondir et de cerner l’ensemble des processus de gestion
des finances publiques.
Les conclusions auxquelles est parvenu ce rapport donnent la mesure du chemin qui reste
à accomplir. Les recommandations formulées donnent des pistes pour atteindre de tels
objectifs.
Il ne fait pas de doute que pour répondre aux aspirations de la population en termes de
satisfaction de ses besoins fondamentaux, toutes les institutions du pays se doivent de jouer
toute leur partition de manière conséquente et responsable pour renforcer la gouvernance
et éclairer les choix budgétaires et garantir l’efficacité de chaque centime publique.
Le Conseil de la Cour est fortement pénétré de ces nobles objectifs qui conditionnent notre
devenir national et entend apporter sa pierre, dans le cadre de ses attributions
constitutionnelles et légales, à ce chantier.
Puissent les pouvoirs publics, les groupes organisés de la société et chaque citoyen qui se
sent concerné par la marche des affaires publiques tirer le meilleur profit de la lecture de
ce rapport et y trouver matière de nature à enrichir la réflexion et participer davantage à
l’action de redressement!
Résumé Exécutif
Avec la publication du présent rapport sur la situation financière du pays et l’analyse de l’efficacité des
dépenses publiques pour l’exercice 2014-2015, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif (CSCCA) répond à un devoir constitutionnel au terme de l’article 204 de la Loi mère. Le
rapport se situe aussi dans le cadre de l’accomplissement de la mission de contrôle des recettes et des
dépenses de l’État. La CSCCA, avec la publication de ce deuxième rapport publié par l’actuel Conseil,
entend régulariser et pérenniser cette pratique de transparence et de reddition nécessaire à la bonne
gouvernance. Par rapport au précédent rapport couvrant l’exercice 2013-2014, un effort particulier a été
entrepris en vue de renforcer le cadre méthodologique et la grille d’analyse. L’objectif ultime est de cerner
de façon objective la réalité de la gestion des finances publiques en vue de promouvoir la culture d’une
saine et rigoureuse gestion des deniers publics. Pour envisager l’émergence économique d’Haïti, la bonne
gouvernance, à travers une meilleure reddition des comptes, représente une étape incontournable.
Le présent rapport couvre la période allant d’octobre 2014 à septembre 2015, soit le dernier exercice
fiscal complet de l’administration du président Michel Joseph Martelly. Les compétitions électorales,
présidentielles et législatives, prévues durant cette période ont marqué l’environnement des dépenses
publiques. L’exercice fiscal a vu l’exécution de trois budgets, un record pour une année fiscale. Celle-ci a
débuté avec l’adoption, le 1
er
octobre 2014, du budget initial avant d’enregistrer deux budgets rectificatifs,
respectivement le 18 mars et le 17 septembre 2015.
À ces trois budgets s’ajoutent les réaménagements substantiels du portefeuille de projets financés à partir
des fonds de PetroCaribe intervenus à deux reprises durant l’exercice fiscal. Ces ajustements ont modifié
des crédits budgétaires dans des proportions significatives, ce qui crée une situation de grande fébrilité au
niveau des instances gouvernementales dans la gestion des finances publiques et de volatilité des choix
avec une impression de budget jamais définitif, toujours provisoire, fréquemment remis en question. Et
ceci, dans un contexte où le pays n’a pas eu à faire face à des chocs imprévisibles ou à des circonstances
exceptionnelles. Un tel environnement a alimenté des incertitudes qui ont provoqué des anticipations
pessimistes chez les agents économiques. Par exemple, les réaménagements ont conduit à des abandons
et à des interruptions d projets publics.
Sur le plan méthodologique, la CSCCA a voulu aller plus loin dans sa quête de passer systématiquement
en revue la chaine de la dépense en s’intéressant particulièrement aux crédits d’investissement. Elle s’est
adressée aux principales institutions publiques intervenant à un titre ou à un autre dans la gestion des
finances publiques : la Commission Nationale de Passation des Marchés Publics (CNMP), la Banque de
la République d’Haïti (BRH), le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe (MPCE) et le
Ministère de l’Économie et des Finances (MEF).
L’approche retenue a cherché à remonter le cheminement administratif suivi par un projet inscrit au
Programme d’Investissement Public (PIP) depuis l’introduction de la requête de décaissement en sa faveur
jusqu’à l’alimentation effective des comptes de la firme exécutante. Cette démarche vise les
objectifs suivants: mesurer le gap entre les demandes de décaissement et les fonds effectivement
déboursés et, par voie de conséquence, le taux de réalisation d’un projet, apprécier dans la durée de vie
d’un projet, le temps absorbé par les parcours administratifs et les pesanteurs bureaucratiques qui y sont
associées, dégager l’efficacité de la chaine de dépense, et confronter les sources de manière à poser un
diagnostic serein.
Le rapport analyse également la qualité du portefeuille des projets bénéficiant du financement public au
regard des ambitions affichées par le Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH). La question
sous-jacente à cette préoccupation a été de se demander en quoi l’allocation de crédits budgétaires à ces
projets contribue-t-elle à mettre le pays sur la route de l’émergence d’ici à 2030, c’est-à-dire dans l’espace
d’une quinzaine d’années, comme il est indiqué dans le PSDH. Pour compléter ce parcours, il aurait fallu
remonter aux ministères et institutions gérant les projets, c’est-à-dire les maitres d’ouvrages, point de
départ de la chaine de la dépense.
Les résultats de l’analyse démontrent que le niveau d’endettement pour le financement des projets
commence à inquiéter. Lesquels financements sont d’ailleurs trop souvent orientés vers des projets pas
nécessairement structurants. Par exemple, des centres sportifs construits à cette période ont été jugés par
la CONCACAF inaptes à accueillir des compétitions internationales.
Par ailleurs, le système de gestion des ressources publiques s’est révélé peu intégré, peu transparent et a
permis des pratiques ne favorisant pas la reddition de compte. La gouvernance du système a souffert de
multiples lacunes et déficiences au nombre desquelles la double casquette portée par le MPCE
(coordonnateur du système national de planification et gestionnaire de projets) a fragilisé l’institution et
ses titulaires.
Tout cela n’a pas contribué à l’efficacité des dépenses publiques. L’aveu est tombé d’un rapport du MPCE
sur la 2
e
année de mise en œuvre du Programme Triennal d’Investissement dans le cadre du Plan
Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH) : « les résultats des programmes et projets ne sont pas
évidents (…). De nouveaux projets avec peu de liens avec les objectifs fixés dans le PTI 2014-2016 ont
été financés. Les procédures de programmation, notamment la transmission des documents requis tels que
documents de projets, les bilans d’exécution, rapports et plans opérationnels, n’ont pas permis de garantir
l’efficacité et l’efficience des dépenses publiques. Des projets hors PTI ont été priorisés dans leur
financement par rapport aux projets programmés. »
Par rapport à ces résultats, la CSCCA fait des propositions visant à améliorer le système de gestion des
finances publiques dans le sens d’une plus grande transparence et d’une meilleure traçabilité des
opérations des comptes publics. Cela permettra d’augmenter l’impact des dépenses publiques sur
l’amélioration des conditions de vie de la population, la réduction de la pauvreté extrême en vue d’initier
le processus de décollage économique. Les principales recommandations sont les suivantes :
- Mettre en place des stratégies pertinentes pour éviter que le service de la dette n’annihile les faibles
capacités du pays à financer des projets à même de sortir des couches de la population de la
pauvreté.
- Renouer avec les meilleures pratiques en ciblant mieux les projets et programmes qui bénéficient
des emprunts contractés.
- Installer une pratique d’échange d’informations automatique entre les diverses entités chargées
du contrôle (la CNMP la CSCCA, les corps de contrôles du pouvoir exécutif dont les inspections
générales) pour éviter que des transactions échappent à tout contrôle.
- S’assurer d’une part que le code budgétaire suit les marchés et les contrats qui en découlent et que
de l’autre, au terme de l’exercice, les comptes puissent être soldés code budgétaire par code
budgétaire de manière à garantir un meilleur suivi des dépenses publiques.
- Retourner aux fondamentaux en matière de comptabilité publique en insistant sur la régularité
des dépenses.
- Renforcer la gouvernance des différentes institutions intervenant dans le cadre de gestion des
finances publiques en vue d’atteindre un meilleur niveau d’efficacité et améliorer la transparence.
- Laisser le MPCE coordonner le système national de planification, s’occuper de la coopération avec
les bailleurs, et ne pas l’impliquer dans la conduite des projets.
- Améliorer et renforcer les passerelles de communication, de coordination et de suivi entre le MPCE
et les secteurs.
- Travailler à standardiser et uniformiser autant que possible la nomenclature, les méthodes et les
codes de saisie utilisés par la CNMP et la CSCCA.
.
Introduction
Le présent rapport porte sur « la situation financière du pays et l’efficacité des dépenses publiques »
pour l’exercice 2014-2015. Il répond, de la part de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif (CSCCA), à une exigence constitutionnelle, telle que consignée à l’article 204 de la Charte
Fondamentale, et participe de ses missions de contrôle des recettes et dépenses de l’État.
Ce rapport est le deuxième préparé sous la direction du Conseil élu par le Sénat pour un mandat de dix
ans et investi le 7 avril 2014. Il s’inscrit dans la lignée du premier rapport établi pour l’exercice 2013-
2014, tout en renforçant le cadre méthodologique et la grille d’analyse utilisés, de manière à cerner de
plus près la réalité de la gestion des finances publiques. Ainsi la démarche se situe-t-elle délibérément
dans un projet de rupture et une volonté de renouveau de la Cour.
Une période charnière
Le rapport couvre un moment clé de la vie nationale. L’année budgétaire 2014-2015 apparait décisive à
différents points de vue.
C’est le dernier exercice budgétaire que l’administration du Président Joseph Michel Martelly, au pouvoir
depuis mai 2011, aura à boucler intégralement avant de passer le relais, dans le courant du prochain
exercice, à une autre équipe dirigeante.
C’est également une année de compétitions électorales, les législatives étant programmées initialement
pour se tenir dans le courant du premier trimestre, suivies dans le courant du même exercice par la mise
en branle du processus appelé à déboucher sur la présidentielle.
Ces échéances offrent donc des occasions propices à la reconduction ou au renouvellement de la classe
dirigeante.
Ces consultations électorales à venir se doublent d’un autre enjeu : elles vont être les premières à se tenir
depuis la prise en charge des affaires de l’État par l’administration Martelly.
C’est en outre un temps d’accentuation des contradictions politiques. La crise atteint un point de saturation
qui se solde par une relève d’équipe gouvernementale. L’exercice budgétaire verra par conséquent défiler
deux gouvernements dans le cadre d’un même mandat présidentiel.
C’est par ailleurs une période de net ralentissement économique et de diminution des ressources publiques
qui met à mal la poursuite ou la réalisation de maints projets gouvernementaux d’investissement.
Autant d’ingrédients qui font de l’exercice 2014-2015 une période charnière.
Trois budgets pour un seul exercice
L’exercice fiscal a vu un Exécutif disposant des coudées franches, puisqu’affranchi, à partir du deuxième
lundi de janvier 2015, de la présence d’un parlement fonctionnel, contraint à de nombreux ajustements
budgétaires - pas moins de trois – du jamais vu pour un seul exercice. L’année démarre en effet avec
l’adoption, le 1
er
octobre 2014, du budget initial. Deux budgets rectificatifs suivront, adoptés
respectivement le 18 mars et le 17 septembre 2015.
Et quand on y ajoute les réaménagements substantiels du portefeuille de projets financés à partir des fonds
de PetroCaribe
1
intervenus à deux reprises durant la période considérée, et qui ont eu pour effet de
modifier des crédits budgétaires dans des proportions significatives, on se trouve dans une situation de
grande fébrilité au niveau des instances gouvernementales dans la gestion des finances publiques et de
volatilité des choix avec une impression de budget jamais définitif, toujours provisoire, fréquemment
remis en question. Et ceci, dans un contexte où le pays n’a pas eu à faire face à des chocs imprévisibles
ou à des circonstances exceptionnelles. C’est à croire que les prévisions économiques ont eu du mal à
cadrer avec la réalité. Ou encore que de nouvelles priorités n’ont cessé de surgir à tout moment
probablement sous le poids d’appréciations conjoncturelles.
1
La part des ressources de PetroCaribe a été de 16,63 % de l’enveloppe globale du budget initial et de 57 % de la composante
« investissements » de ce budget. Elle a représenté 9,47 % du budget rectificatif de mars 2015 et 19,45 % des crédits
d’investissements.
Des chantiers gouvernementaux laissés à l’abandon ou interrompus
La réduction des ressources à la disposition du gouvernement va se manifester dans l’arrêt de beaucoup
de chantiers d’infrastructures dont plusieurs, à court de financement, battaient déjà de l’aile, voire
piétinaient, depuis quelque temps. Mais, au-delà du ralentissement économique, il y a lieu de se demander
s’il n’y a pas eu, de la part des instances concernées, de l’imprévoyance, une mauvaise évaluation ou un
surdimensionnement des projets, voire une surestimation des ressources mobilisables, notamment au
niveau des rentrées de PetroCaribe et de la collecte des recettes internes.
Lois de finances : controverses autour d’une appellation
Une autre caractéristique de cette période : aucun des trois budgets adoptés par l’Exécutif n’a reçu l’aval
du Parlement. Le fait de porter le titre de lois de finances a donné lieu à des controverses juridiques, une
loi étant un texte législatif sanctionné dans les mêmes termes par les deux chambres du Parlement et
promulgué par l’Exécutif pour produire son plein effet.
Le projet de budget initial a bien été soumis au Parlement dans les délais, le dépôt ayant été effectué le 30
juin 2014 comme le prescrit le Décret du 16 février 2005 sur la préparation et l’exécution des lois de
finances. Mais le gouvernement n’est pas parvenu à forger un consensus majoritaire autour de son projet.
À la Chambre des Députés où il pouvait en principe compter sur une majorité, des amendements ont été
pourtant apportés au texte qui n’a même pas pu être examiné au Sénat, paralysé par des querelles internes.
Le 1
er
octobre 2014, l’Exécutif entérine par arrêté le projet de budget comme loi de finances pour
l’exercice 2014-2015. Il s’appuie pour ce faire sur le libellé de l’article 18
2
de ce décret stipulant qu’au
2
Article 18.- La Chambre des Députés doit se prononcer dans un délai de trente (30) jours à compter de la date du dépôt du
projet de Loi de Finances.
Si dans le délai prévu au premier alinéa du présent article, la Chambre des Députés n'a pas émis de vote sur l'ensemble du projet,
le Gouvernement peut la saisir à nouveau du texte initialement présenté.
Si la Chambre des Députés s'abstient de se prononcer dans les quarante (40) jours à compter de la date du dépôt initial, le
Gouvernement saisit le Sénat du projet de Loi, modifié le cas échéant, par les amendements adoptés par la Chambre des Députés
et acceptés par lui.
Le Sénat doit se prononcer dans un délai de vingt (20) jours après avoir été saisi.
Au vote du Sénat ou à l'échéance du délai formulé au quatrième alinéa, le Gouvernement soumet à la Chambre des Députés le
texte transmis au Sénat, modifié le cas échéant, des amendements adoptés par le Sénat. Dans l'hypothèse où le projet de Loi de
Finances n'aurait pas été voté en totalité à l'issue d'un délai de soixante-dix (70) jours, le projet initialement proposé par le
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borlette au profit de la Loterie de l’État Haïtien pour un montant avoisinant les quarante millions de
gourdes financé à partir du budget d’investissement laisse perplexe. On note par ailleurs des formulations
de titres de contrat assez vagues et imprécises du genre "Marché de services entre l’État Haïtien et Bel
Ayiti" ou encore "Marché de services entre l’État Haïtien et Visually Sound Picture".
L’analyse de l’exécution du budget pose par ailleurs le problème de la redistribution des ressources
publiques. L’État haïtien se trouve confronter à un vrai dilemme : accorder la priorité à des petits
programmes de redistribution sociale directe ou à des politiques structurelles susceptibles de réduire la
pauvreté à moyen et long termes. Il s’agit de mettre en place un système de protection sociale, efficace,
performant, mais aussi soutenable dans la durée du point de vue financier. Le pays fait face à une situation
de pauvreté extrême dans laquelle croupissent près de 24% de la population haïtienne. Plus de la moitié
de cette population (58%) de près de 11 millions de personnes vivent dans la pauvreté. Le budget de 108
milliards de gourdes de l’exercice 2014-2015 ne suffit pas pour venir en aide à la grande masse de pauvres.
Il faudra dans le futur penser à orienter les dépenses publiques de façon à éviter la transmission
intergénérationnelle de la pauvreté. Aussi, faut-il investir dans des projets profitant à la communauté et
non à des individualités, en construisant des écoles, des hôpitaux, des centres de santé, en promouvant la
production nationale etc. Ces politiques garantiront un meilleur avenir aux enfants des citoyens pauvres
en coupant le cycle vicieux de pauvreté.
Il y a un arbitrage difficile à faire entre les dépenses sociales pour satisfaire les besoins actuels et des
investissements dans des projets à caractères sociaux. La part du secteur social dans le budget a augmenté
au cours des six dernières années en passant de 14,49 % en 2009-2010 à 27,1 % en 2014-2015. Il semble
donc qu’un virage vers les programmes sociaux a été entamé. Évidemment, dans un contexte de ressources
rares, plus on investit dans des programmes de redistribution directe, plus on réduit les investissements
productifs susceptibles de réduire la pauvreté de masse à moyen et long termes.
Conclusions et recommandations
L’analyse de la situation financière et l’efficacité des dépenses publiques pour l’exercice 2014-2015
amène à dégager les conclusions et recommandations suivantes :
Un niveau d’endettement public qui soulève des questions. Après les annulations de dette dans le cadre
de l’Initiative « Pays Pauvres Très Endettés » (PPTE) et suite au séisme du 12 janvier 2010, l’endettement
du pays a recommencé à s’alourdir et atteint presque le niveau d’avant. Le pays se retrouve ainsi dans le
même cycle et court le risque de voir une bonne partie de ses maigres ressources captée par le service de
la dette. Ce qui va avoir pour effet de diminuer la part qui pourrait être affectée à la satisfaction des besoins
de base. En outre, le rythme de l’endettement représente un paramètre à ne pas négliger puisqu’il augmente
à chaque arrivage de produit pétrolier dans le cadre du programme Petro Caribe. Ainsi, le pays a emprunté
en l’espace de quatre ans presque l’équivalent de ce qu’il avait mis auparavant une bonne vingtaine
d’années à réaliser. Dès lors, la question de la soutenabilité de cette dette se pose.
Des stratégies pertinentes doivent donc être mises en place pour éviter que le service de la dette
n’annihile les faibles capacités du pays à financer des projets à même de sortir des couches de la
population de la pauvreté.
Bien investir les montants empruntés. Le mal en soi ne se situe pas tant dans le fait de recourir à des
emprunts, mais dans l’usage qu’on en fait. Il est admis qu’un pays ne gagne nullement à emprunter pour
financer des dépenses courantes, mais au contraire il a tout intérêt à bien investir le produit de ces emprunts
dans des projets structurants, dans les infrastructures économiques et sociales par exemple. L’analyse du
portefeuille des projets financés par PetroCaribe montre que l’allocation des ressources n’a pas toujours
respecté ces règles prudentielles. Trop de projets répondent à des considérations conjoncturelles, et non
structurelles.
La Cour recommande donc au gouvernement de renouer avec les meilleures pratiques en ciblant
mieux les projets et programmes susceptibles d’être financés à travers des emprunts. Cette
recommandation s’étend d’ailleurs à l’ensemble des projets inscrits au Programme
d’Investissement Public (PIP). Ce qui éviterait que des crédits budgétaires soient alloués à
l’acquisition de fiches de borlette par exemple pour compte de la Loterie de l’Etat d’Haïti.
Un système peu intégré. Le système de gestion des ressources publiques ne forme pas un tout organique.
Il projette plutôt l’image d’un ensemble de systèmes superposés. Il y a par exemple un système de
planification national géré par le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe et un système
de gestion des dépenses publiques géré par le Ministère de l’Economie et des Finances mais n’entretenant
aucun lien synergique entre eux. Parallèlement, d’autres systèmes se greffent comme celui des marchés
publics atteignant le seuil d’intervention de la Commission Nationale des Marchés Publics ou encore celui
des contrats de travaux, de fournitures ou de prestations intellectuelles, domaine de compétence de la Cour
des Comptes et du Contentieux Administratif. Retracer l’ensemble des marchés publics en-dessous des
seuils d’intervention de la CNMP passés durant un exercice budgétaire s’avère une entreprise vaine,
puisque ces marchés restent pour une bonne part cantonnés au sein des administrations concernées et ne
sont pas catalogués, ni répertoriés. Une partie des ressources publiques échappe ainsi à tout regard externe
et à toute appréciation quant au respect des règles régissant la matière.
Il est souhaitable que s’installe une pratique d’échange d’informations automatique entre les
diverses entités chargées du contrôle (la CNMP, la CSCCA, les corps de contrôle du pouvoir
exécutif, dont les inspections générales) pour éviter que des transactions échappent à toute
vérification, même a posteriori.
Un système peu transparent. L’exécution budgétaire, telle que pratiquée jusqu’à présent, apparait pour
le moins opaque. On a d’un côté des codes budgétaires, des projets, des programmes et sous-programmes
générant eux-mêmes plusieurs activités. Dans le cas d’un projet spécifique, la construction d’un lycée par
exemple, les choses sont relativement claires. Tel n’est pas le cas pour la décomposition d’un programme
ou d’un sous-programme en activités. Car ce sont ces activités qui vont donner lieu à des marchés ou,
éventuellement, à des contrats. Le hic, c’est que ces contrats et ces marchés ne font pas référence aux
codes budgétaires, aux programmes et aux sous-programmes. En sorte qu’il n’est pas possible de relier tel
marché et tel contrat à tel programme ou sous-programme ou encore à tel code budgétaire. Il se pose un
problème de traçabilité, alors qu’en les dépenses publiques répondent à la disponibilité de crédits y
afférents.
Il faudrait donc d’une part que le code budgétaire suit les marchés et les contrats qui en découlent
et que de l’autre, au terme de l’exercice, les comptes puissent être soldés code budgétaire par code
budgétaire de manière à assurer un meilleur suivi des dépenses publiques.
Des pratiques ne favorisant pas la reddition de comptes. Comme conséquence de ce qui précède, le
système actuel ne favorise pas l’imputabilité et la reddition de comptes. Une part significative des
dépenses publiques sont indéchiffrables. Ces dépenses sont effectuées sans qu’on puisse déterminer sur la
base de quels crédits ou apprécier si les activités financées étaient formellement inscrites au budget. Il y a
une culture de la reddition de compte à instaurer au niveau des différentes administrations concernées et
des systèmes d’informations appropriées doivent être mises en place.
Il faut retourner aux fondamentaux en matière de comptabilité publique en insistant sur la
régularité des dépenses.
Lacunes et déficiences multiples. Des lacunes et des déficiences ont été observées au niveau de presque
toutes les entités entrant dans la chaine de gestion des ressources publiques. Le Ministère de la
Planification et de la Coopération Externe, par exemple, a été incapable de fournir des informations
exhaustives sur l’état de réalisation ou le niveau de financement des projets inscrits au Programme
d’Investissement Public de l’exercice. Trop de données se révèlent approximatives et incomplètes, quand
elles ne sont pas tout bonnement inexistantes. La Banque de la République d’Haïti n’est pas en mesure de
présenter la liste des opérations et transactions réalisées pour le compte du gouvernement avec leurs
montants respectifs, leurs dates, leurs bénéficiaires et l’origine des ordres de paiement. Le Ministère de
l’Economie et des Finances a ordonné des paiements pour des activités ou des projets non inscrits aux
différents budgets de l’exercice, ni même d’un autre exercice. En outre, obtenir la moindre information
requiert, dans la plupart des cas, un temps fou, parce que bien souvent l’existence d’un système de
traitement des données fait défaut et quand il existe, il répond à d’autres préoccupations. Bien des réflexes
d’un autre temps doivent disparaitre.
Il y a donc un besoin partagé de renforcer la gouvernance des différentes institutions intervenant
dans le cadre de gestion des finances publiques en vue d’atteindre un meilleur niveau d’efficacité et
d’améliorer la transparence.
Certains contrats et marchés portant sur les mêmes objets sont enregistrés respectivement à la CNMP et à
la CSCCA sous des appellations différentes. Ce qui représente une source potentielle de confusion.
Il importe de travailler à standardiser et uniformiser autant que possible la nomenclature, les
méthodes et les codes de saisie utilisés par les deux institutions.
Double casquette portée par le MPCE. Le renforcement de la gouvernance du système de gestion des
finances publiques passe par une clarification des champs de compétence de toutes les entités qui
interviennent dans la chaine à un titre ou à un autre. Le double rôle joué par le Ministère de la Planification
et de la Coopération Externe dans l’exécution du Programme d’Investissement Public appelle des
redressements. Il y a dans les faits une situation de substitution de compétences dévolues à d’autres
structures administratives de l’Etat. Cette situation fragilise l’institution et ses titulaires.
Il faudra donc laisser le MPCE coordonner le système national, s’occuper de la coopération avec les
bailleurs, ne pas s’impliquer dans la conduite des projets, mais s’assurer de leur monitoring, de leur
suivi et de leur évaluation et faire en sorte que les secteurs fassent effectivement leur travail.
Le MPCE gère le Programme d’Investissement Publique, alors que, dans la pratique, il n’est pas toujours
au courant des interventions des secteurs à partir de ces ressources.
Les passerelles de communication, de coordination et de suivi entre le MPCE et les secteurs doivent
être améliorées et renforcées.
L’efficacité des dépenses publiques en question. Dans son rapport de la deuxième année du Programme
Triennal d’Investissement ( PTI) 2014-2016 et relatif à la Mise en œuvre du Plan Stratégique de
Développement d’Haïti (PSDH), le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe établit un
diagnostic sans concession du Programme d’Investissement Public : « Les résultats des programmes et
projets ne sont pas évidents (….) De nouveaux projets avec peu de lien direct avec les objectifs fixés dans
le PTI 2014-2016 ont été financés. Les procédures de programmation, notamment la transmission des
documents requis tels que documents de projets, les bilans d’exécution, rapport et plan opérationnel, n’ont
pas permis de garantir l’efficacité et l’efficience des dépenses publiques. Des projets hors PTI et hors PIP
ont été priorisés dans leur financement par rapport aux projets programmés ». Le jugement est donc sans
appel. Qu’ajouter de plus à un constat aussi accablant et aussi interpellateur ?