(FY2024) Rapport d'exécution budgétaire Au 30 septembre 2024
Resume — Ce rapport de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) analyse l'exécution du budget d'Haïti pour l'exercice fiscal 2023-2024, clos le 30 septembre 2024. Il met en évidence des disparités importantes entre les prévisions budgétaires et les réalisations effectives, notamment en matière de mobilisation des recettes et de dépenses d'investissement. Le rapport souligne un contexte national difficile marqué par l'instabilité politique, l'insécurité et une croissance économique négative.
Constats Cles
- Le rapport d'exécution budgétaire du MEF pour 2023-2024 n'est pas conforme aux exigences légales concernant les Comptes Généraux.
- La mobilisation des ressources domestiques, notamment les recettes douanières et internes, a montré une performance appréciable (taux de réalisation de 97,58 % et 96,07 %).
- Le taux de réalisation global des ressources budgétaires était faible à 66,42 %, indiquant des prévisions gouvernementales trop optimistes et des préoccupations quant à la sincérité budgétaire.
- Les dépenses totales autorisées étaient inférieures aux recettes totales, entraînant un solde budgétaire positif paradoxal pour une économie en récession prolongée.
- Les dépenses d'investissement pour les programmes et projets ont eu un taux d'exécution très faible de 14,36 %, en grande partie à cause des engagements non tenus par les bailleurs de fonds, entravant la croissance économique.
Description Complete
Ce rapport, préparé par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), présente une analyse de l'exécution du budget d'Haïti pour l'exercice fiscal 2023-2024, couvrant la période jusqu'au 30 septembre 2024. Il examine les ressources et les dépenses budgétaires dans un contexte national et international difficile, marqué par des tensions géopolitiques, des déséquilibres structurels persistants et une situation socio-politique et sécuritaire précaire en Haïti. La CSCCA constate des écarts significatifs entre les prévisions budgétaires et les réalisations, avec un taux de réalisation particulièrement faible pour les ressources budgétaires globales (66,42 %) et les dépenses d'investissement (14,36 %).
Le rapport souligne que, bien que la mobilisation des ressources domestiques, notamment les recettes douanières et internes, ait montré une certaine résilience, l'exécution globale du budget a souffert d'un manque de financements externes et d'une priorité excessive accordée aux dépenses de fonctionnement. La CSCCA exprime sa préoccupation face à la faible exécution des programmes et projets d'investissement, jugés cruciaux pour le développement économique durable d'un pays en récession prolongée. Il se termine par des recommandations visant à améliorer la conformité des rapports budgétaires, à renforcer la mobilisation des recettes, à sécuriser les financements externes et à rééquilibrer les dépenses en faveur de l'investissement public.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif
CSCCA
Rapport d’exécution budgétaire
Au 30 septembre 2024
Janvier 2025
Exécution du Budget 2023-2024
pg. 1
TABLE DES MATIÈRES
SIGLES ET ABBRÉVIATIONS ................................................................................................ 2
INTRODUCTION GÉNÉRALE ............................................................................................... 3
Cadre juridique ..........................................................................................................................3
Objectifs du rapport et méthodologie ...................................................................................4
I. CONTEXTE DE L’EXÉCUTION DU BUDGET .................................................................. 5
1.1. Contexte international ..................................................................................................5
1.2. Contexte national ..........................................................................................................7
II. DES RESSOURCES BUDGÉTAIRES ................................................................................ 8
2.1. Ressources domestiques ..............................................................................................9
2.2. Dons et financements internes et externes .............................................................. 10
2.3. De la réalisation des ressources ................................................................................ 11
III. EXÉCUTION DES DÉPENSES BUDGÉTAIRES .......................................................... 13
3.1. Dépenses courantes ................................................................................................... 13
3.2. Dépenses de capital ................................................................................................... 15
IV. PRINCIPAUX CONSTATS DE LA COUR ................................................................. 16
4.1. Par rapport à la conformité du rapport soumis par le MEF .................................... 16
4.2. Par rapport aux ressources ........................................................................................ 17
4.3. Par rapport aux dépenses .......................................................................................... 18
4.4. Autres constats ............................................................................................................. 20
PRINCIPALES RECOMMANDATIONS .............................................................................. 21
ANNEXES ........................................................................................................................... 22
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SIGLES ET ABBRÉVIATIONS
AGD Administration Générale des Douanes
BCE Banque Centrale Européenne
BID Banque Interaméricaine de Développement
BM Banque Mondiale
BRH Banque de la République d’Haïti
CNSA Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire
CSSCA Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
DGI Direction Générale des Impôts
FED Réserve Fédérale Américaine
ICAE Indicateur Conjoncturel d’Activité Économique
IPC Indice des Prix à la Consommation
IHSI Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique
LEELF Loi sur le processus d’Élaboration et d’Exécution des Lois de Finances
MEF Ministère de l’Économie et des Finances
PIP Programmes d’Investissement Public
TEREDA Tableau d’Exécution des Recettes Encaissées et des Dépenses Autorisées
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
1. Le présent rapport porte sur le « Rapport d’Exécution du budget de la
République pour l’exercice fiscal 2023-2024 » présenté par le Ministère de
l’Économie et des Finances (MEF). Sa préparation par la Cour Supérieure
des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) est conforme aux
exigences constitutionnelles et légales. La section suivante présente les
principaux textes de loi encadrant son élaboration.
Cadre juridique
2. Les responsabilités de la Cour dans le processus d’élaboration et
d’exécution des lois de finances sont définies par un ensemble de
dispositions légales dont les principales sont les suivantes :
• La Loi Constitutionnelle de 2011 portant amendement de la
Constitution de la République d’Haïti du 29 mars 1987 qui confère à
la Cour le droit de se prononcer sur la situation financière du pays et
sur l’efficacité des dépenses publiques.
• La Loi du 04 mai 2016 remplaçant le Décret du 16 février 2005 sur le
processus d’élaboration et d’exécution des lois de finances (LEELF).
Dans ses articles allant de 86 à 96, cette loi prévoit la préparation par
le MEF de rapports trimestriels sur les comptes généraux et l’état
d’exécution des lois de finances qui, accompagnés de ceux de la
CSCCA, doivent être soumis au Parlement dans les quinze (15) jours
suivants la fin de chaque trimestre.
• Le Décret du 23 novembre 2005 portant organisation et
fonctionnement de la Cour Supérieure des Comptes et du
Contentieux Administratif.
• L’Arrêté du 17 septembre 1985 fixant les modalités d’application du
Décret du 4 octobre 1984 sur les Investissements publics.
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• L’Arrêté du 25 mai 2012 fixant les seuils de passation de marchés
publics et les seuils d'intervention de la Commission Nationale des
Marchés Publiques (CNMP) suivant la nature des marchés.
• L’Arrêté du 16 février 2005 portant règlement général de la
Comptabilité publique.
Objectifs du rapport et méthodologie
3. À travers ce rapport, qui précède le Rapport sur la Situation Financière du
Pays et sur l’Efficacité des Dépenses Publiques (RSFPEDP) de l’exercice
fiscal 2023-2024, la Cour poursuit l’objectif principal qui consiste à analyser
l’exécution du budget dudit exercice. De manière spécifique, il s’agit pour
la Cour de / d’:
• Apprécier l’exécution du budget 2023-2024 ;
• Évaluer la conformité du rapport du MEF sur l’exécution budgétaire
par rapport aux lois de la République ;
• Formuler des recommandations visant à améliorer les opérations
budgétaires futures.
4. La Cour, pour la préparation de ce rapport, fait recours à une approche à
la fois descriptive et analytique.
Dans un premier temps, les ressources budgétaires – prévisions et
réalisations – sont présentées et analysées en fonction des différents voies
et moyens prévus dans le budget. Ensuite, la CSCCA rappelle les prévisions
de dépenses et apprécie leur exécution selon leur nature (dépenses
courantes et dépenses de capital).
Un accent particulier est mis sur les dépenses de programmes et projets
communément appelées dépenses d’investissement réalisées dans les
secteurs économique, politique, culturel et social.
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5. Une partie du rapport expose les constats de la Cour découlant a) du
contenu du rapport présenté par le MEF et b) des analyses produites sur la
réalisation des ressources et l’exécution des dépenses. Les constats portent
principalement sur la conformité du rapport soumis par le MEF et sur
l’exécution budgétaire globalement.
6. Les données utilisées sont particulièrement tirées du rapport sur l’exécution
budgétaire du MEF et principalement du Tableau d’Exécution des Recettes
Encaissées et des Dépenses Autorisées (TEREDA) y annexant.
I. CONTEXTE DE L’EXÉCUTION DU BUDGET
1.1. Contexte international
7. L’exercice fiscal 2023-2024 s’est déroulé dans un contexte international
marqué par des tensions géopolitiques, notamment le conflit israélo -
palestinien et la guerre en Ukraine, qui ont eu des répercussions sur les prix
de l'énergie, les chaînes d'approvisionnement, et sur la performance de
l’économie mondiale.
8. Selon les statistiques du Fonds monétaire international (FMI) d'octobre 2024,
la croissance mondiale s’était établie à 3,2 % en 2024, similaire à celle de
2023. Cette stabilité apparente masque toutefois des divergences
régionales notables. Les États-Unis ont affiché une croissance robuste de
2,8 % pour 2024, soutenue par une consommation intérieure dynamique.
En revanche, la zone euro a connu une croissance plus modérée, estimée
à 0,8 % en 2024, avec des disparités internes importantes, notamment une
contreperformance de -0.2% en Allemagne.
9. Les économies émergentes, pour leur part, ont continué de jouer un rôle
moteur dans l'économie mondiale. L'Inde a par exemple maintenu une
croissance solide, avec une prévision d’environ 7 % en 2024, tandis que la
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Chine a connu un ralentissement, avec une croissance estimée à 4,8 %
pour la même année, en raison de déséquilibres structurels persistants,
notamment dans le secteur immobilier.
10. Sur le plan monétaire, l'année 2024 était marquée par un assouplissement
progressif des politiques monétaires. Après une période de resserrement
nécessaire à la lutte contre l'inflation, les principales banques centrales du
monde, dont la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale
américaine (FED), ont généralement baissé leurs taux d’intérêt directeurs.
11. En effet, en septembre 2024, la FED a amorcé une politique monétaire
accommodante en réduisant son taux directeur de 0,5 point de
pourcentage, le faisant passer de la fourchette de 5,25 %-5,50 % à 4,75 %-
5,00 %. En ce qui concerne la BCE, elle a réduit son taux de dépôt à 3,25 %,
motivée par une baisse de l'inflation, qui s'établit à 1,7 % en septembre
2024, son niveau le plus bas depuis avril 2021.
12. Parallèlement, l'inflation mondiale poursuit sa décrue, passant de 9,4 % en
2022 à une prévision de 3,5 % d'ici la fin de 2025 suivant les données du FMI.
La tendance désinflationniste provoquée, combinée à l'assouplissement
des politiques monétaires, a visé à soutenir l'activité économique mondiale.
13. En conclusion, au 30 septembre 2024, l'économie mondiale – confrontée
à des incertitudes liées aux tensions géopolitiques et aux défis structurels
persistants – a évolué dans un contexte de croissance modérée, de
désinflation progressive et d'assouplissement monétaire.
14. Des défis planent sur l’exercice 2024-2025, notamment avec la montée du
protectionnisme, les tensions géopolitiques et les déséquilibres structurels
dans certaines économies clés, qui pourraient affecter les perspectives de
croissance à moyen terme. Le FMI souligne que ces facteurs pourraient
contribuer à ralentir les progrès économiques futurs.
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1.2. Contexte national
15. À l’échelle national, l’exécution du budget 2023-2024 s’est déroulé dans
un contexte particulièrement difficile. Sur le plan social, le pays a connu un
certain nombre d’évènements ayant négativement impacté l’activité
économique. On note notamment la détérioration des conditions
sécuritaires. La crise politique que connait le pays depuis au moins six (6)
ans, et qui a pris une nouvelle tournure depuis la mort en 2021 du Président
Jovenel Moïse, a également contribué à handicaper l’activité
économique.
16. Des déséquilibres importants ont caractérisé l’économie en Haïti en 2023-
2024. L’instabilité des prix figure parmi les plus marquants. En effet, selon
l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI), l’Indice des Prix à la
Consommation (IPC) a atteint une moyenne annuelle de 25.8% . En
revanche, on a assisté à relative baisse du taux de change sur le marché
formel durant l’exercice, passant de 141 gourdes en moyenne pour un
dollar américain en 2023 à 132.2 gourdes en 2024. Il semble que la baisse
n’était pas suffisante pour influer significativement sur le niveau des prix
dans l’économie.
17. Malgré les difficultés, le climat des affaires a montré une certaine résilience
en 2023-2024, selon la Banque de la République d'Haïti (BRH). En effet, les
données disponibles au 30 septembre 2024 indiquent une progression plus
soutenue des principaux indicateurs de performance du système bancaire.
Totalisant 10,02 milliards de gourdes, le produit net bancaire (PNB) généré
par le système a enregistré une hausse de 15,7 % en variation trimestrielle,
ce qui témoigne de la résilience du secteur en dépit de la conjoncture
adverse fragilisant davantage l’environnement des affaires du pays.
18. Les différents chocs économiques, ainsi que les déséquilibres constatés, ont
rendu plus difficile le quotidien des populations vulnérables. La
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Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) a estimé à près
de cinq (5) millions le nombre de personnes en situation d’insécurité
alimentaire aigue et nécessitant une assistance humanitaire urgente.
L’institution indique que les faibles performances des campagnes agricoles
d’autonome et d’hiver ont également contribué à la détérioration de la
situation alimentaire dans le pays.
19. Le contexte social, politique et économique qui a prévalu en Haïti a
conduit à une baisse généralisée des activités économiques. En effet, au
30 septembre 2024, tous les secteurs économiques ont enregistré des
contractions de leurs activités. Les secteur primaire, secondaire et tertiaire
ont respectivement contracté de 5.7%, 4.6% et 3.9% respectivement. Il en
a résulté, selon l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI), une
croissance économique négative de 4.2% en 2024, marquant la cinquième
année consécutive de contraction de l’économie haïtienne.
II. DES RESSOURCES BUDGÉTAIRES
20. Le budget initial de l’exercice fiscal 2023-2024, adopté en septembre 2024,
s’établissait sur des projections de 320.6 milliards de gourdes. Il a cependant
été rectifié à 254.82 milliards de gourdes au mois d’août 2024, soit une
baisse relative de 20.5%.
21. Les prévisions de dépenses de fonctionnement du budget rectificatif
totalisaient 165.82 milliards de gourdes (soit environ 65% de l’enveloppe
totale) alors que les dépenses d’investissement (ou dépenses de
programmes et projets) prévues s’établissaient à environ 89 milliards de
gourdes, soit 35% du montant total du budget. Autrement dit, la priorité a
été encore une fois accordée au fonctionnement de la machine
administrative de l’État en 2024.
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22. Au 30 septembre 2024, selon les données fournies par le MEF à travers le
Tableau d’Exécution des Recettes Encaissées et des Dépenses Autorisées
(TEREDA), des écarts importants entre les prévisions et les réalisations de
ressources budgétaires ont été constatés. En effet, les ressources mobilisées
n’ont totalisé qu’environ 169.2 milliards de gourdes, alors que les dépenses
ont atteint 157.81 milliards de gourdes.
2.1. Ressources domestiques
23. Au 30 septembre 2024, soit au terme de l’exercice fiscal 2023-2024, les
ressources domestiques (ou recettes courantes) encaissées par le Trésor
public ont atteint 169.32 milliards de gourdes, contre des prévisions de
l’ordre de 172.68 milliards de gourdes. Elles ont constitué la principale
source de financement du budget. Les autres « voies et moyens » prévus
dans le budget de la République n’ont que très faiblement participé à son
financement au cours de l’exercice.
24. La part la plus importante des ressources domestiques (29.30%) a été
mobilisé au premier trimestre de l’exercice au terme duquel 57.92 milliards
de gourdes ont été collectées par le Gouvernement. Pour le troisième
trimestre, les ressources collectées ont atteint 38.83 milliards de gourdes –
soit 25.43% des ressources totales. Les ressources ont été moins importantes
au deuxième et au quatrième trimestres : 36.22 milliards de gourdes et 36.23
milliards de gourdes respectivement.
25. Les ressources domestiques sont constituées des recettes internes, des
recettes douanières, des recettes pétrolières et des autres ressources
domestiques.
Les recettes internes ont atteint 67.59 milliards de gourdes au troisième
trimestre de l’exercice, soit 39.92% du total des recettes courantes.
Exécution du Budget 2023-2024
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Les recettes douanières ont pour leur part cumulé 79.13 milliards de
gourdes, représentant 46.74% des recettes courantes.
En ce qui concerne les recettes pétrolières, elles ont totalisé environ 22.22
milliards de gourdes au troisième trimestre de l’exercice (13.12% des
recettes courantes).
Finalement, un total de 376.19 millions de gourdes a été collecté au titre
des « autres ressources domestiques », soit une contribution relative faible
de 0.22%.
Figure 1 : Répartition des composantes des recettes courantes au 30 septembre 2024
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
2.2. Dons et financements internes et externes
26. Les dons et les financements internes et externes ont constitué, à côté des
ressources domestiques, les autres « voies et moyens » prévus dans le
budget 2023-2024. Au 30 septembre 2024, les données rapportées par le
MEF dans le rapport d’exécution du budget indiquent qu’ils n’ont pas
réellement contribué à la réalisation des ressources.
27. Selon le rapport d’exécution du budget, les dons n’ont atteint qu’environ
6.60 milliards de gourdes. Selon le MEF, il s’agissait exclusivement des
Recettes internes
(DGI)
40%
Recettes douaniѐres
(AGD)
47%
Recettes pétroliѐres
13%
Autres Domestiques
0%
Recettes internes (DGI) Recettes douaniѐres (AGD)
Recettes pétroliѐres Autres ressources domestiques ( Divers)
Exécution du Budget 2023-2024
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d’aides projets provenant de la Banque Interaméricaine de
Développement (BID) et de la Banque Mondiale (BM).
28. Les opérations sur les titres financiers de l’État permettent de constater une
variation nette de l’ordre -6.67 milliards de gourdes des Bons du Trésor en
2023-3034. Cette dernière, selon le MEF, résulte du fait que les opérations
de remboursement des Bons du Trésor ont évolué plus rapidement que
celles relatives aux émissions de ce titre financier au 30 septembre 2024. Ce
solde a affecté donc négativement les ressources disponibles sur la
période.
2.3. De la réalisation des ressources
29. Au 30 septembre 2024, le taux de réalisation des ressources budgétaires
totales a été généralement faible, 66.42%. En effet, sur les prévisions de
ressources de 254.82 milliards de gourdes, le Gouvernement n’a mobilisé
qu’environ 169.24 milliards de gourdes comme mentionné précédemment.
Autrement dit, les objectifs en termes de réalisation de ressources n’ont pas
été atteints sur l’exercice.
30. Le taux d’encaissement des recettes domestiques s’était établi à 98.5%. En
effet, contre des prévisions de l’ordre de 172.67 milliards de gourdes, le
Gouvernement a encaissé 169.32 milliards de gourdes. Les ressources
domestiques ont ainsi diminué de 4.54% par rapport à l’exercice 2022-2023.
31. Le taux de réalisation des ressources domestiques a notamment été porté
par les recettes douanières. Ces dernières ont constitué la composante des
recettes domestiques pour laquelle le taux de réalisation le plus élevé a été
réalisé (97.58%). En effet, contre des prévisions de 81.09 milliards de gourdes
de recettes douanières pour l’exercice, le Gouvernement a mobilisé près
de 79.13 milliards de gourdes au 30 septembre 2024.
Exécution du Budget 2023-2024
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32. Le taux d’encaissement des recettes internes, autre composante des
ressources domestiques, a également été relativement élevé en 2023-2024
: 96.07%. Sur des prévisions de 70.35 milliards de gourdes, un total de 67.59
milliards de gourdes a été encaissé.
33. En ce qui concerne les recettes pétrolières, elles se sont chiffrées à 22.22
milliards de gourdes au 30 septembre 2024 contre des prévisions de 20.48
milliards de gourdes. Le taux de réalisation de ces ressources a donc été
de 108.50%.
Il convient de souligner que cette réalisation résulte du fait que le
Gouvernement avait fait le retrait de la subvention sur les produits pétroliers
au cours de l’exercice fiscal 2021-2022.
34. Pour la composante « autres ressources domestiques » qui concerne
l’apport des entreprises publiques, un taux de réalisation de 50.16% a été
enregistré pour la période sous analyse. En effet, si les prévisions pour
l’exercice sont de 750 millions de gourdes, les réalisations au 30 septembre
ont été de l’ordre de 376.19 millions de gourdes.
35. Il convient de noter que des prévisions d’emprunts de 9.15 milliards auprès
du FMI ont été établies pour l’exercice. Au 30 septembre 2024, aucun
décaissement n’a été enregistré. Le Gouvernement avait également
prévu de financer le budget à partir de l’annulation de 1.46 milliard de
gourdes de dette à l’égard de cette institution, mais le rapport d’exécution
du budget ne mentionne aucune décision d’annulation.
Exécution du Budget 2023-2024
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Figure 2: Réalisation des composantes des recettes courantes au 30 septembre 2024
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
III. EXÉCUTION DES DÉPENSES BUDGÉTAIRES
36. Au 30 septembre 2024, les dépenses budgétaires totales autorisées par le
Gouvernement ont atteint 157.81 milliards de gourdes sur les prévisions
totales de 254.82 milliards de gourdes. Le taux d’exécution des dépenses
de l’exercice s’était donc établi à 61.93%. Par rapport à l’exercice 2022-
2023, les dépenses autorisées ont diminué de 11.24% en 2023-2024.
37. Des 157.81 milliards de gourdes autorisées, 41.20 milliards (26.11%) ont été
autorisées au premier trimestre, 35.01 milliards de gourdes au deuxième
trimestre (22.19%), 36 milliards de gourdes au troisième trimestre (22.81%) et
45.59 milliards de gourdes au quatrième trimestre (28.89%).
3.1. Dépenses courantes
38. Les prévisions de dépenses courantes (c’est-à-dire dépenses de personnel,
dépenses en biens et services, quote-part et subventions et intérêts de la
dette) établies par le Gouvernement étaient de l’ordre de 141.02 milliards
96.07%
97.58%
108.50%
50.16%
0.00%
20.00%
40.00%
60.00%
80.00%
100.00%
120.00%
Recettes internes
(DGI)
Recettes douaniѐres
(AGD)
Recettes pétroliѐres Autres ressources
domestiques ( Divers)
Exécution du Budget 2023-2024
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de gourdes. Au 30 septembre 2024, les dépenses courantes autorisées se
sont élevées à 129.29 milliards de gourdes, soit une exécution de 91.68%.
Ces dépenses ont chuté de 2.21% en glissement annuel.
39. Les dépenses courantes ont constitué la part la plus importante des
dépenses totales autorisées par le Gouvernement à la clôture de
l’exercice. Elles ont représenté 81.92% des dépenses totales, contre 18.08%
pour les dépenses de capital.
40. Les dépenses de personnel ont constitué la composante la plus importante
des dépenses courantes. Elles ont représenté 60.06% de ces dépenses. Au
30 septembre 2024, leur taux d’exécution s’est établi à 98.38%. En valeur
absolue, les dépenses de personnel ont atteint 77.65 milliards de gourdes
pour la période contre des prévisions de 80.57 milliards de gourdes pour
tout l’exercice.
41. En ce qui concerne les dépenses en biens et services, elles ont été de
l’ordre de 39.60 milliards de gourdes pour l’exercice, dont 29.27 milliards de
gourdes hors interventions publiques et 10.33 milliards de gourdes sur
interventions publiques. Le taux d’exécution des dépenses en biens et
services a été de 86.84% au 30 septembre 2024.
42. Pour la composante « quote-part et subvention », les dépenses ont
totalisées 10.65 milliards de gourdes pour des prévisions de 13.13 milliards
de gourdes sur toute l’années fiscale. Ce qui a donné lieu à un taux
d’exécution de 81.12%.
43. Pour ce qui est de la composante « Intérêt de la dette », les dépenses
autorisées ont totalisé 1.37 milliard de gourde sur l’exercice. L’exécution de
ces dépenses a été de 80.52% étant donné que les prévisions sur l’exercice
ont été de 1.70 milliard de gourdes.
Exécution du Budget 2023-2024
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Figure 3: Taux d'exécution des composantes des dépenses courantes au 30 juin 2023
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
3.2. Dépenses de capital
44. Les dépenses de capital ont été inférieures aux dépenses courantes tant
dans les prévisions qu’au niveau de l’exécution. Il était prévu que les
dépenses de capital totalisent 113.80 milliards de gourdes sur l’exercice
contre des prévisions de 172.67 milliards de gourdes pour les dépenses
courantes comme déjà souligné. Au 30 septembre 2024, ces dépenses se
sont élevées à 28.52 milliards de gourdes ; soit un taux d’exécution de
seulement 25.07%.
45. La composante « Amortissement de la dette publique » ont constitué la
composante la plus importante des dépenses de capital. Au 30 septembre
2024, ces dépenses ont totalisé 20.41 milliards de gourdes contre des
prévisions totales de 14 milliards de gourdes. Le taux d’exécution de cette
composante a atteint 63.92%. L’amortissement de la dette interne a pesé
plus lourd (83.86%) que celui de la dette externe (16.13%) sur la période
considérée.
96.38%
86.84%
81.12%
80.52%
70.00%
75.00%
80.00%
85.00%
90.00%
95.00%
100.00%
Dépenses du
personels
Dépenses biens et
services
Quote Part et
subventions
Interet de la dette
Exécution du Budget 2023-2024
pg. 16
46. Les dépenses pour « Programmes et Projets » ont été exécuté à un taux
faible de 14.36%. En effet, seulement 12.78 milliards de gourdes ont été
dépensées au titre de dépenses d’investissement sur les 88.99 milliards de
gourdes prévues.
47. Les dépenses d’immobilisation, autre composante des dépenses de
capital, ont été de l’ordre de 1.74 milliard de gourdes au 30 septembre
2024 sur des prévisions totales de 2.89 milliards de gourdes. L’exécution de
ces dépenses est donc calculée à 58.57% au 30 septembre 2024.
Figure 4 : Taux d'exécution des composantes des dépenses de capital au 30 juin 2023
Source : Réalisée à partir des données du TEREDA
IV. PRINCIPAUX CONSTATS DE LA COUR
4.1. Par rapport à la conformité du rapport soumis par
le MEF
48. Le « RAPPORT D’EXÉCUTION BUDGÉTAIRE 202 3-2024 » soumis par le Ministère
de l’Économie et des Finances (MEF) n’est pas conforme aux prescrits de
14.36%
60.08%
63.92%
0.00%
10.00%
20.00%
30.00%
40.00%
50.00%
60.00%
70.00%
Programmes et projets Immobilisation Amortissement de la dette
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la Loi du 04 mai 2016 remplaçant le Décret du 16 février 2005 sur le
processus d’élaboration et d’exécution des lois de finances (LEELF).
49. La LEELF, dans son article 96, indique que « le Ministère chargé des finances
soumet au Parlement, dans les quinze (15) suivant la fin de chaque
trimestre, un rapport sur les Comptes Généraux et sur l’état d’Exécution de
la loi de finances ». Dans son article 57-b, la LEELF présente les éléments
constitutifs du Compte Général qui sont les suivants :
• La balance générale des comptes de l’État.
• Le compte de résultat.
• Le bilan et ses annexes, à défaut d’un état des actifs et des passifs
financiers.
• Un tableau de flux de trésorerie.
• Un état de développement des recettes et des dépenses
budgétaires.
• Une évaluation des engagements hors bilan de l’État.
50. Le « RAPPORT D’EXÉCUTION BUDGÉTAIRE 202 3-2024 » du MEF présente
l’état d’exécution de la loi de finances. Cependant, il ne constitue pas un
rapport sur les Comptes Généraux contrairement aux vœux de la loi. En
effet, les éléments constitutifs des Comptes Généraux ne sont pas présentés
par le Ministère dans son rapport.
4.2. Par rapport aux ressources
51. Comme en 2022-2023, la Cour note une performance appréciable du
Gouvernement en matière de mobilisation de ressources douanières. En
effet, le taux de réalisation de 97.58% des recettes douanières indiquerait
que le Gouvernement, à travers l’Administration Générale des Douanes
(AGD), a pris des dispositions pour améliorer l’efficacité de cette institution
de perception.
Exécution du Budget 2023-2024
pg. 18
52. La CSCCA constate également un niveau de réalisation important des
recettes internes (96.07%). Elle encourage le Gouvernement à poursuivre
les efforts visant à accroitre davantage ces types de recettes.
53. Les ressources douanières et internes ont conduit à un taux de réalisation
relativement élevé des ressources domestiques en 2023-2024 (98.5%). La
CSCCA accueille favorablement cette performance et croit que la
continuation des efforts pourra réduire la dépendance du pays vis-à-vis des
ressources externes qui ne sont pas toujours au rendez-vous.
54. Cependant, en dépit des efforts enregistrés au niveau des ressources
domestiques, la CSCCA est préoccupée quant à la capacité du
Gouvernement à mobiliser les 254.82 milliards de gourdes prévues. Le taux
de réalisation de 66.42% est jugé médiocre par la Cour. Il montre que le
Gouvernement a établi des prévisions bien au-delà de sa capacité réelle,
ce qui pose un problème de sincérité budgétaire.
Il convient toutefois de noter que le taux de réalisation relativement faible
des ressources budgétaires globales est notamment expliqué par la quasi-
absence des fonds en provenance des bailleurs bilatéraux et multilatéraux.
4.3. Par rapport aux dépenses
55. Au 30 septembre 2024, les dépenses totales autorisées par le
Gouvernement (157.81 milliards de gourdes) ont été inférieures aux
recettes totales (169.24 milliards de gourdes). Il en a résulté un solde
budgétaire positif de l’ordre 11.50 milliards de gourdes. À priori, ce solde
ferait croire que le Gouvernement a fait une gestion assez responsable des
finances publiques. Cependant, ce résultat est jugé préoccupant pour la
Cour.
56. En effet, comme elle l’a à maintes reprises souligné, la Cour, tout en
admettant que la situation sécuritaire générale du pays peut constituer un
Exécution du Budget 2023-2024
pg. 19
frein à l’exécution de certaines dépenses, estime que le surplus budgétaire
enregistré apparaît paradoxal dans le cas d’une économie haïtienne en
récession prolongée. Il est admis que les dépenses publiques jouent un rôle
clé dans la dynamisation de l’activité économique et la génération de la
croissance. Dans ces conditions, des dépenses faibles apparentées à une
politique budgétaire restrictive risquent d’accentuer la stagnation
économique, voire d’aggraver la récession.
57. En outre, le rapport d’exécution budgétaire soumis par le MEF montre que
la maitrise globale des dépenses s’est faite au prix des dépenses
d’investissement. En effet, alors que le taux d’exécution des dépenses
courantes ou de fonctionnement a été de 91.68%%, celui des dépenses
totales de programmes et projet a été seulement de 1 4.36% au 30
septembre 2023-2024.
58. La faible exécution des dépenses de programmes et projets en 2024
s’explique en grande partie par le non-respect des engagements pris par
les bailleurs bilatéraux et multilatéraux envers Haïti. En l’absence de ces
financements, ces dépenses ont dû être couvertes principalement par des
ressources nationales, qui restent très limitées. Par conséquent, de
nombreux programmes et projets n’ont pas pu être mis en œuvre faute de
moyens.
59. En dépit des éléments explicatifs, le faible taux d’exécution des dépenses
de programmes et projets constitue une préoccupation majeure pour la
Cour qui, dans ses différents rapports sur les finances publiques, n’a jamais
manqué de souligner que l’économie nationale d’Haïti est en grand besoin
de renforcement que seules les dépenses d’investissement peuvent
favoriser dans la durabilité.
Exécution du Budget 2023-2024
pg. 20
4.4. Autres constats
60. Selon les données fournies par le MEF dans le rapport sur l’exécution du
budget 2022-2023, au 30 septembre 2024, le montant du financement
monétaire de la BRH au Trésor public était nul. La Cour croit qu’il s’agit d’un
point positif dans la mesure où le financement monétaire en Haïti est
souvent accompagné d’une hausse des taux de change et de l’inflation.
61. La Cour exprime ses inquiétudes quant à la dette publique qui, dans le
budget de l’exercice, est parmi les postes les plus importants. La Cour croit
en ce sens qu’elle réduit la capacité de l’État à financer d’autres dépenses
nécessaires au bon fonctionnement de l’économie.
Exécution du Budget 2023-2024
pg. 21
PRINCIPALES RECOMMANDATIONS
Les principaux constats amènent la Cour Supérieure des Comptes et du
Contentieux Administratif (CSCCA) à formuler au Gouvernement les
recommandations suivantes :
62. Garantir la conformité des rapports trimestriels d’exécution budgétaire aux
exigences de la loi du 4 mai 2016, qui remplace le décret du 16 février 2005
sur l’élaboration et l’exécution des lois de finances (LEELF) ;
63. Renforcer les efforts de mobilisation des recettes aussi bien au niveau de
l’Administration Générale des Douanes (AGD) qu’à la Direction Générale
des Impôts (DGI), afin d’améliorer la capacité de financement du Trésor
public ;
64. Accélérer les discussions avec les bailleurs bilatéraux et multilatéraux afin
d’assurer, dans la mesure du possible, la concrétisation des engagements
financiers inscrits dans les budgets ;
65. Assurer un meilleur équilibre entre les dépenses de fonctionnement et
d’investissement, en veillant à ce que l’investissement public ne soit pas
sacrifié au profit des dépenses courantes ;
66. Prioriser les programmes et projets sociaux visant la protection et la
promotion sociales. Compte tenu de la situation sociale préoccupante en
Haïti, il est en effet essentiel que les programmes du Programme
d’Investissement Public (PIP) bénéficient d’un financement adéquat pour
répondre aux besoins urgents des populations vulnérables.
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ANNEXES
1. Rapport d’Exécution du Budget 2023-2024.
2. Décret établissant le Budget Rectificatif de l’exercice fiscal 2023-
2024.
3. Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances (LEELF).
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