(2017-02) The Benefits of Government Digitisation and Better Mobile Access in Haiti
Summary — A cost-benefit analysis of digitising government services and widening mobile access in Haiti, written for the Haïti Priorise project, which ranked candidate interventions by their return per gourde spent.
Full Document Text
Extracted text from the original document for search indexing.
Les avantages de la numérisation du
gouvernement et d'un meilleur accès
mobile en Haïti
Haïti Priorise
Dr. Pantelis Koutroumpis
Chercheur associé
Imperial College Business School
Version préliminaire de travail en date du 27 février 2017.
Traduit de l'anglais par Julien Richard, traducteur professionnel.
© 2017 Copenhagen Consensus Center
info@copenhagenconsensus.com
www.copenhagenconsensus.com
Cet ouvrage a été produit dans le cadre du projet Haïti Priorise.
Ce projet est entrepris avec le soutien financier du gouvernement du Canada. Les opinions et
interprétations contenues dans cette publication sont celles de l'auteur et ne reflètent pas
nécessairement celles du gouvernement du Canada.
Certains droits réservés
Cet ouvrage est disponible sous la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0 (CC BY 4.0).
Selon les termes de la licence Creative Commons Attribution, vous êtes libre de copier, distribuer,
transmettre et adapter ce travail, y compris à des fins commerciales, dans les conditions suivantes :
Attribution
Veuillez citer l’ouvrage comme suit : #NOM DE L’AUTEUR#, #TITRE DU RAPPORT#, Haïti Priorise,
Copenhagen Consensus Center, 2017. Licence : Creative Commons Attribution CC BY 4.0.
Contenu d’un tiersCopenhagen Consensus Center ne possède pas nécessairement chaque élément du contenu figurant
dans l’ouvrage. Si vous souhaitez réutiliser un élément de l’ouvrage, il est de votre responsabilité de
déterminer si l’autorisation est nécessaire pour cette réutilisation et d’obtenir l’autorisation du détenteur
des droits d’auteur. Par exemple les tableaux, les illustrations ou les images font partie de ces éléments
mais ne s’y limitent pas.
Résumé académique
Dans ce rapport, j’ai estimé le retour sur investissement pour la modernisation de
l’infrastructure du haut débit mobile, à grande échelle, en Haïti en visant un taux d’adoption de
50 % par la population. J’ai également tenté d’estimer l’impact d’une plus large politique de
numérisation dans le pays en me concentrant sur des domaines spécifiques d’amélioration
comme l’enregistrement des propriétés, l’enregistrement des entreprises et l’accès au crédit
pour les petites entreprises. Les résultats sont basés sur un mélange entre littérature
académique, preuves issues des conditions locales et hypothèses explicites. Dans l’ensemble les
effets de l’augmentation de la pénétration du haut débit mobile remboursent les coûts d’un
facteur 12, tandis que les retombées provenant de la numérisation du gouvernement varient
considérablement avec des retombées moyenne de près de 4,7.
Résumé de la politique
Vue d’ensemble
L’infrastructure des TIC constitue un élément clé de croissance à travers le monde.
Contrairement à d’autres investissements publics et privés, les réseaux de télécommunications
constituent la base pour une numérisation socio-économique élargie. Haïti a une infrastructure
de ligne fixe rudimentaire qui couvre une partie limitée des zones urbaines denses et ses réseaux
mobiles sont généralement pour la voix uniquement couvrant les lignes de transports très
fréquentées et les grandes villes. Sans investissement dans des réseaux mobile de haute qualité
et avec une couverture étendue, le pays continuera à souffrir d’une mauvaise connectivité tandis
que ses citoyens ne seront pas en mesure de mieux organiser leurs activités quotidiennes et de
se connecter avec le reste du pays et du monde. Je propose un certain nombre d’initiatives qui
visent à accroître la pénétration du mobile haut débit à 50 % de la population. Afin de prendre
en charge cette transition, j’envisage l’installation d’un autre câble sous-marin pour couvrir
l’augmentation du trafic international. La connectivité accrue combinée avec l’amélioration des
vitesses de connexion (3G / 4G) et des prix bas (une fraction du revenu mensuel médian) aidera
à créer de nouvelles entreprises qui numérisent des activités quotidiennes pendant que les
individus pourront mieux surveiller leurs activités commerciales et interagir avec le
gouvernement.
La deuxième intervention porte sur le processus de numérisation du gouvernement et en
particulier le passage d’une organisation principalement axée sur le papier qui est difficile à
gérer, coûteuse à exploiter et lente dans le traitement des tâches simples. Cette transition est
extrapolée par quelques études de cas qui touchent particulièrement des engorgements
existants. Par exemple, il faut 312 jours pour créer une entreprise en Haïti alors que ce processus
peut être réduit d’un facteur 100. De même il faut 97 jours pour enregistrer une propriété et
cela aussi peut être divisé par un facteur de 10. Enfin, il n’y a aucune installation de microfinancement étendue en Haïti pour les petites et les moyennes entreprises (PME) et les
enregistrements actuels couvrent seulement 1,6 % de toute la population selon le rapport
d’activités de Dong (2016). Dans cette seconde intervention, j’évoque les coûts et les avantages
que l’informatisation de ces activités peut fournir et ensuite je dresse la carte de ces effets
comme initiative de numérisation globale du gouvernement.
Considérations de mise en œuvre
Augmenter la pénétration à 50 % du haut débit mobile.
L’intervention visant à augmenter la pénétration du haut débit mobile à 50 % coûtera de 34
millions $
à 56 millions $ les 5 premières années pour développer l’infrastructure
(raccordement, câble sous-marin) avec des coûts permanents de 0,5 millions $ à 76 millions $ en
incluant toutes les opérations commerciales des fournisseurs d’internet mobile après 2025.
L’avantage principal est une augmentation de 0,1 % de la croissance annuelle du PIB. Bien que
cela semble faible, il ne faut pas négliger que cette petite augmentation de croissance prend de
l’importance lorsqu’on la multiplie sur plusieurs décennies. En 2020, cela signifie que le PIB sera
2,2 milliards de gourdes plus élevé, mais en 2050 cela signifie que le PIB sera 191 milliards de
gourdes plus élevé, avec des Haïtiens 16 % plus riches qu’ils l’auraient été par habitant
autrement. Le coût de l’infrastructure peut être financé par des prêts d’infrastructure, provenant
par exemple de l’IDB et ils peuvent être remboursés sur 30 à 40 ans en faisant payer des frais
modestes de 2 % du revenu mensuel. Ces frais modérés assurent qu’une plus grande proportion
des Haïtiens, plus que les 50 % prévus, puisse accéder au haut débit et garantit l’équité ainsi que
l’efficacité.
Les retombées sont insensibles au taux de revenu annuel auquel les Haïtiens doivent contribuer
dans une fourchette de 0,5 % à 2% ou de la décision et du calendrier de la modernisation de la
connectivité internationale (avec ou sans le câble sous-marin, dans un horizon de 5 à 20 ans). Les
risques technologiques sont minimes étant donné que le choix de pratiques exemplaires sur le
plan international et les limites d’utilisation sont harmonisés avec la tendance à la hausse de
consommation des données. La transition de toute la clientèle de base est prévue pour être
entièrement opérationnel d’ici 2021. Des effets de rattrapage ne sont pas pris en compte dans
cette analyse, ce qui suggère que les retombées pourraient être sous-estimées.
Cette intervention est un catalyseur pour un certain nombre d’autres activités qui peuvent être
accomplies, des applications dans les domaines de la santé, de l’éducation, des transports, de la
fabrication, de l’énergie et dans d’autres.
Un gouvernement numérisé
L’intervention pour numériser les activités du gouvernement haïtien coûtera 148 millions $ pour
la configuration initiale (matériel, logiciels, formation) avec des coûts d’exploitation de 85,6
millions $ par an. Le processus de numérisation va prendre 5 à 10 ans et nécessite 664 millions $
supplémentaires pour devenir pleinement opérationnel. Les différents éléments des activités du
gouvernement qui seront numérisés vont générer de nombreux avantages allant de possibles
retombées négatives à de très positives. Afin d’analyser en profondeur cette variation nous
examinons trois différents types d’interventions. Dans la plupart des cas les revenus et les
avantages découlent de l’augmentation de l’efficacité et de la transparence.
Enregistrement des propriétés
L’intervention pour numériser l’enregistrement des propriétés coûtera 1,2 millions $ pour la
configuration initiale (matériels, logiciels et formation) avec des coûts d’exploitation de 2,9
millions $ par an. Le processus transcription prendra 5 à 10 ans et nécessitera 26,6 millions $
supplémentaires pour devenir pleinement opérationnel. Étant donné l’absence de titres dans de
nombreux cas et la longueur et l’incertitude concernant la résolution de différends l’intervention
devrait aussi inclure une assise juridique avec des délais précis pour que ce processus se
matérialise. Ensuite, la mise en œuvre de l’ensemble du processus sera beaucoup plus rapide et
de 312 jours il sera ramené à 14. Toutes les 10 000 transactions ou enregistrements le pays
gagnera 19 millions $ en raison d’une plus grande efficacité, de la baisse des coûts et d’une plus
grande transparence tout au long du processus.
L’accès au financement
L’intervention visant à accroître l’accès aux financements coûtera 1,6 millions $ pour la
configuration initiale (matériels, logiciels et formation) avec des coûts de fonctionnement de 0,6
millions $ par an. L’effort de collecte de données à partir de ressources existantes (banques,
fournisseurs, etc.) prendra 3 à 5 ans et nécessitera 4,4 millions $ supplémentaires pour devenir
pleinement opérationnel. Après la mise en œuvre, 20 % des haïtiens et des entreprises seront
couverts avec des données de crédit à jour contre 1,6 % actuellement. L’accès au financement
passera à 7,4 % pour les moyennes, les petites et les micros entreprises et stimulera leur
potentiel en moyenne de 10 % chaque année. L’avantage globale de ce changement atteindra 9
millions $ annuellement quand il sera pleinement opérationnel et cela pourra augmenter
davantage afin de couvrir une plus grande proportion de l’économie.
Création de nouvelles entreprises
L’intervention pour réduire l’enregistrement des entreprises coûtera 1,3 millions $ pour la
configuration initiale (matériels, logiciels et formation) avec des coûts d’exploitation de 1,3
millions $ par an. Le processus de transcription prendra 1 à 3 ans et nécessitera s12 millions $
supplémentaires pour devenir pleinement opérationnel. Après la mise en œuvre, l’ensemble du
processus sera beaucoup plus rapide et de 97 jours il sera ramené à 11. Toutes les 9000
enregistrements d’entreprises le pays bénéficiera de 4,9 millions $ dû à l’augmentation de
l’efficacité, la réduction des coûts et une transparence plus grande tout au long du processus.
Avantages de la numérisation
Il y a divers effets d’entraînement qui sont difficiles à prendre en compte dans cette analyse
augmentant ainsi les effets globaux des interventions. Ces avantages incluent la participation
accrue aux activités commerciales, la multiplication des échanges de propriétés, l’amélioration
des taux et la personnalisation du financement des produits avec plus d’informations, la facilité
de faire des affaires en Haïti et d’autres.
Tableau coût avantage
Interventions
Accroître la pénétration du haut débit
mobile à 50 % en 5 ans et installer un
câble sous-marin pour soutenir
l’augmentation du trafic
Numérisation significative des
processus gouvernementaux
Études de cas
Numériser le gouvernement pour
réduire l’enregistrement des
propriétés de 312 jours à 11 jours
Créer un bureau de crédit afin
d’accroître l’accès au financement de
1,6 % à 20 % des PME
Numériser le gouvernement afin de
réduire la durée pour créer une
entreprise de 92 jours à 12 jours
Avantage
Coût
685 742 245 838
RAC
Qualité
des
éléments
de preuve
12,22 Forte
558 982 749 750
56 108 821 955
120 080 048
968
14 577 198 923
4 061 245 114
3,59 Moyenne
7 014 182 109
841 170 276
8,34 Moyenne
3 786 158 378
1 858 409 638
2,04 Moyenne
Remarques : Tous les chiffres supposent un taux d’actualisation de 5 %
4,66 Moyenne
1. INTRODUCTION .............................................................................................................................................. 1
2. L’INFRASTRUCTURE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS EN HAÏTI............................................................................. 6
2.A. RÉSEAUX DE TÉLÉCOMMUNICATIONS ...........................................................................................................................7
2.B. NUMÉRISATION DU GOUVERNEMENT .........................................................................................................................10
3. CALCUL DES COÛTS ET AVANTAGES ...............................................................................................................13
3.A. LE HAUT DÉBIT MOBILE COÛTS ET AVANTAGES .............................................................................................................14
3.B. LES COÛTS ET AVANTAGES DE LA NUMÉRISATION DU GOUVERNEMENT ..............................................................................19
4. CONCLUSION.................................................................................................................................................23
5. RÉFÉRENCES ..................................................................................................................................................25
1. Introduction
Il y a beaucoup de preuves sur l’importance des infrastructures de haut débit sur la croissance
économique locale et nationale. Les effets sont directs et indirects dans ce processus. Les
premiers effets directs proviennent des investissements et de la maintenance des nouveaux
réseaux ou des réseaux améliorés et ces retombées augmentent peu à peu du fait que l’adoption
d’infrastructures fixes et mobiles se diffuse à de plus larges parties de la population locale. Les
effets indirects proviennent de services polyvalents que ces infrastructures offrent. L’échange
continu de données pour les citoyens et les entreprises par le biais de canaux fixes ou mobiles
est fondamental et transformateur, avec le niveau actuel des capacités technologiques, ce qui
permet des changements phénoménaux dans la vie quotidienne au sein de différents contextes
socio-économiques. La capacité de participer à la vie des entreprises et des réseaux sociaux,
d’acheter et de vendre des biens et des services en ligne, de recueillir et de partager des
informations dans un contexte standardisé, de télétravailler, d’interagir avec le gouvernement,
de recevoir des services d’éducation et de santé sont tous des services indirects qui peuvent être
fournis aux particuliers par le biais de réseaux haut débit mobile.
Les retombées de l'adoption du haut débit varient considérablement avec l’échelle, le revenu, la
culture et la région. D’autres paramètres tels que les pratiques de gestion et les compétences
ont également été repérés comme impactant fondamentalement l’incidence de l’utilisation des
TIC. Malgré cette hétérogénéité, la littérature récente confirme l’effet positif de l’adoption du
haut débit sur la production économique. À l’aide d’un panel de 66 pays de la Banque mondiale
pour la période de 1980 à 2002, Qiang et Rossotto (2009) ont constaté qu’une augmentation de
10 lignes pour 100 habitants dans les pays à revenu élevé peut augmenter le produit intérieur
brut (PIB) par habitant de 1,21 %. Ces résultats ainsi que d’autres études préliminaires se sont
trouvés souffrir de taux d’abonnement relativement faibles au moment de l’analyse (il n’y avait
pratiquement aucun pays en 2002 avec des niveaux d’adoption de plus de 10 %), de questions
méthodologiques (endogénéité et causalité inverse) et de limites technologiques (infrastructures
à haut débit en place très limitées). En ce qui concerne les contraintes méthodologiques, il est
1
intéressant de souligner que l’adoption du haut débit peut être endogène à la performance
économique. Étant donné que le niveau de développement affecte le niveau d’adoption, la
conception de la recherche doit tenir compte de ces effets inverses. Utilisant un panel plus
récent de 22 OCDE de 2002 à 2007 et un modèle structural pour démêler les effets inverses
Koutroumpis (2009) trouve un effet annuel moyen de 0,24 % pour l’adoption du haut débit, ce
qui représente presque un dixième de toute la croissance dans ces pays. Avec la mise en œuvre
de la couverture du haut débit et la portée de l’accès des lignes fixes, Czerinch et al (2011) ont
analysé un panel OCDE de 1996 à 2007 et ont trouvé un effet équivalent de 0,9 à 1,5 % pour
l’ajout de 10 lignes haut débit pour 100 personnes. Qui plus est, la première étude a identifié
qu’une masse critique d’utilisateurs doit être en place avant que des effets plus importants
commencent à émerger. Ce niveau d’adoption était estimé à 30 % de la pénétration du haut
débit fixe (lignes pour 100 habitants), ce qui se traduit pratiquement par la moitié de la
population connectée à Internet.
Des éléments de preuves plus récents se sont éloignées de paramètres d’adoption simple pour
des estimations ajustées de la qualité et pour des analyses macroéconomiques des évaluations
des surplus de consommation et des estimations pour la volonté de payer pour des services haut
débit. Ces approches sont plus informatives sur le niveau des vitesses qui sont nécessaires pour
les différents types d’utilisateurs et aident les décideurs et les opérateurs à décider de leurs
stratégies d’investissement pour l’avenir. Ahlfeldt et al. (2016) ont relié la volonté de payer pour
des vitesses de haut débit avec le prix de l’immobilier au Royaume-Uni et ont trouvé un
important effet qui augmente avec la vitesse à un taux décroissant. Ils ont analysé un grand
ensemble de micro-données de millions de propriétés pour la période de 1995 à 2010 et ont
enregistré, pour les connexions, une augmentation de 2,8 % dans le prix de l’immobilier avec une
connexion ADSL de première génération (jusqu'à 8MBps), tandis que cet effet augmente à 3,8 %
dans le cas où une maison est reliée à la deuxième génération de connexion ADSL2 + (jusqu'à
24MBps). Rosston et al. (2010) estiment la demande avec une enquête en ligne aux Etats-Unis
pour différents niveaux de vitesse haut débit et indiquent que le ménage représentatif est prêt à
payer 48$ par mois pour améliorer la vitesse d’une connexion lente à une très rapide ; ce
2
résultat est très proche de l’effet, implicite mensuelle, estimé avec le prix de l’immobilier dans
Ahlfeld et al (2016).
Mettre l’accent sur l’accès mobile au lieu du fixe est une caractéristique commune des pays en
développement. L’absence d’héritage de réseaux de cuivre a empêché ces régions d’installer des
améliorations rentables qui permettent d’atteindre des vitesses plus élevées comme ce fut le cas
dans la plupart des pays de l’OCDE. Cet effet combiné avec le déploiement relativement rapide
des infrastructures mobiles et les vitesses beaucoup plus élevées (par rapport à l’ADSLx)
atteintes aujourd'hui a changé leur intérêt pour la modernisation des infrastructures mobiles en
premier lieu. Il n’y a aucune raison de s’attendre à un effet moindre basé sur le canal d’utilisation
(fixe ou mobile) les technologies modernes pouvant parfaitement se connecter à chacun des
environnements de manière transparente. Malgré tout, il y a des preuves dans la littérature
récente que l’impact de l’infrastructure mobile sur la croissance économique est forte et
significative également. En observant un panel de 192 pays pour la période de 1990 à 2007
Gruber et Koutroumpis (2011) ont estimé que les communications mobiles avaient un effet de
0,2 % sur le PIB annuel et une augmentation directe de la productivité. Plus récemment
Koutroumpis et Cave (2016)1 ont observé 49 pays pour la période de 2000 à 2015 et ont estimé
l’effet haut débit mobile pour les différentes générations d’accès mobile. Cet effet sur le PIB
annuel (pas simplement un effet de croissance mais l’impact total sur une base annuelle) est
fonction de la vitesse de connexion, il augmente encore une fois avec les générations futures à
un taux décroissant, et des niveaux d’adoption en général (voir figure 1). En termes simples, le
passage de la 2G à la 4G pour un pays avec une pénétration de 100 % augmente l’effet sur le PIB
annuel de 1 %. Un effet similaire est obtenu si le même pays augmente le taux d’adoption de 75
% à 100 % dans le cas de réseaux 2 G.
1 Utilisant une adaptation du modèle structurel original de Gruber et Koutroumpis (2011).
3
Figure 1 : Impact de l’accès mobile sur le PIB avec différents niveaux d’adoption et différentes
générations (Source : « The mobile broadband premium », Koutroumpis et Cave, 2016)
Le développement et l’utilisation des réseaux fixes et mobiles aide à stimuler une plus grande
numérisation d’un pays. Les entreprises avec une connexion haut débit peuvent rapidement
s’adapter aux variations de la demande et équilibrer leurs opérations en conséquence en
utilisant les infrastructures de cloud et des possibilités d’externalisation. Les petites ou les
grandes sociétés peuvent rechercher des clients et faire de la publicité dans des réseaux variés.
Les individus peuvent stimuler leurs compétences et communiquer directement avec les
employeurs et
les travailleurs indépendants peuvent faire du commerce par le biais de
plateformes en ligne et gérer leurs actifs en temps réel. Ces changements n’apparaissent pas
immédiatement avec le déploiement des réseaux, mais le décalage significatif pour l’adoption
qui est observé dans de nombreux cas, dont celui d’Haïti, peut être rattrapé par des solutions
existantes dans ces domaines.
4
La littérature académique soutient également la productivité qui découle de l’« informatisation »
progressive des processus d’affaires. En observant un échantillon de 527 grande entreprises
américaines entre 1987 et 1994 Brynjolfsson et Hitt (2003) ont trouvé que l’impact de
productivité des investissements dans les TIC apparaissait après un certain temps et pas
immédiatement. En réalisant que ces avantages semblent dépendre énormément de la culture
et des compétences ainsi que des pratiques de gestion cela permet la pleine réalisation de ces
retombées. Un exemple frappant de ces processus d’affaire et de leur impact a été mis en
évidence par Bloom et al. (2012) qui ont effectué une analyse des entreprises multinationales
opérant en Europe pour la période de 1999 à 2006. Les entreprises à capitaux américains ont fait
une bien meilleure utilisation des systèmes informatiques, et cela s’est reflété dans leur
productivité globale par rapport à leurs homologues non américaines. Ces résultats aident à
identifier que les infrastructures et les réseaux sont une condition nécessaire mais non suffisante
pour la croissance dans la production ou la productivité d’une entreprise ou, plus largement,
d’une économie. Plus récemment, une adaptation progressive des pratiques de gestion
internationale, en partie par les réseaux haut débit eux-mêmes, et l’augmentation de la
concurrence internationale a réduit ces différences initiales. Cardona et al. (2013) indiquent que
les différences de niveau des entreprises peuvent être grandes mais la comptabilité de la
croissance à travers l’ensemble des secteurs a tendance à prouver que ces différences, à travers
les États-Unis et d’autres pays, sont surestimées. Cette conclusion est aussi étayée par la vision
que l’exploitation des TIC est reflétée dans les compétences nécessaires dans les différentes
phases de la numérisation dans un pays. O'Mahony et al (2008) soulignent le fait qu’aux ÉtatsUnis, l’incidence de l’intensité des TIC a été plus importante pour les travailleurs non-TI avec un
diplôme que pour les travailleurs TI par rapport à la même période (années 2000) en Europe. Ils
font valoir qu’il s’agit du résultat des différentes phases d’adoption ; les premières étapes
nécessitent des compétences plus techniques alors que les dernières tirent avantage de la
diffusion de technologies nécessitant davantage de personnes avec des compétences générales
pour se charger du travail créé par ces voies.
Outre les technologies nécessaires, l’adaptation des pratiques de gestion, l’investissement dans
les compétences et la compréhension des cultures locales, le processus de numérisation exige
5
un environnement institutionnel et réglementaire sain pour se matérialiser. Un cadre
réglementaire solide garantit la concurrence entre opérateurs, fournit des prix d’accès plus faible
pour les abonnés, protège les données à caractère personnel des entreprises et des particuliers
qui cherchent à les utiliser de manière imprévue et surveille les pratiques du secteur des affaires
dans le secteur des TIC. Le processus de numérisation comme lors de tout autre changement
systémique dans un pays doit être pris en charge intégralement par les administrations locales et
les institutions afin d’apporter toute modification significative. Comme pour les processus de
gestion, la gouvernance et les institutions soulignent la nécessité d’une approche holistique dans
cette révolution imminente. Un certain nombre de pays dans le monde entier ont lancé des
plans nationaux haut débit ou des agendas numériques pour différencier ce processus d’autres
activités et soutenir les actions parallèles qui sont nécessaires pour les opportunités de
croissance qui émergeront.
2. L’infrastructure des télécommunications en Haïti
Avant d’entrer dans les détails de chaque intervention proposée dans le secteur des TIC, il est
important de donner une indication sur la situation économique et politique actuelle en Haïti. Le
pays a été frappé par un certain nombre de catastrophes naturelles, y compris un tremblement
de terre le 12 janvier 2010 qui a tué plus de 200 000 personnes, en a déplacé 1,5 millions et
causé des dommages importants à des infrastructures cruciales avec des effets durables qui
n’ont pas encore été abordés. Plus récemment en octobre 2016, l’ouragan Matthew a frappé le
sud-ouest d’Haïti, tuant plus de 500 personnes, détruisant 200 000 maisons et laissant 1,4
millions de personnes, environ un dixième de la population, nécessitant une aide humanitaire2.
Haïti a un des revenus par habitant les plus bas au monde avec 828.8 USD actuels comme le
rapporte la Banque mondiale en 2015, classant le pays comme le plus pauvre des Amériques.
L’économie a ralenti ces dernières années passant de 2,8 % en 2014, à 1,2 % en 2015 et 0,8 % en
2016 (prévu) et l’aide étrangère a chuté de 16,5 % à 5,3 % en 2015, en raison de l’instabilité
politique et de la médiocre performance du secteur agricole. La grande dépréciation de la
gourde (monnaie locale) et la sécheresse ont conduit à l’augmentation des prix et à une inflation
2 BBC, Wikipedia et Banque mondiale (2016)
6
élevée (mais en baisse) de 12,9 %. Six Haïtiens sur dix (59 %) vivent sous le seuil de pauvreté,
gagnant moins de 2,42 $ par jour et presque la moitié d'entre eux (24 %) vivent dans une
pauvreté extrême gagnant moins de 1,23$ par jour 3.
2.a. Réseaux de télécommunications
La situation de l’infrastructure des télécommunications dans le pays est également rudimentaire.
Les raccordements du téléphone fixe sont signalés comme étant faibles sur le terrain (0 %),
tandis que moins d’un dixième des ménages ont un ordinateur à la maison (9,4 %). Moins de la
moitié des ménages équipés d’ordinateurs ont accès à Internet à la maison (4,4 %). Seulement
12,3 % des Haïtiens utilisent Internet de quelque manière que ce soit, soit au travail, à domicile
ou dans tout autre lieu communautaire. En ce qui concerne les connexions mobiles, celles-ci ont
beaucoup mieux fonctionnées dans le pays. Il y a actuellement 68,8 connexions pour 100
personnes dans le pays, fournissant une large base pour le déploiement d’accès à des réseaux
plus avancés. Seulement 0,2 % de ces abonnés utilisent l’internet haut débit mobile (UIT, 2016).
Les coûts pour tout accès numérique nous informent sur la situation sous-jacente. Par exemple
une connexion fixe haut débit (FTTx) de Digicel coûte 55$ / mois minimum, ce qui se traduit par
80 % du revenu annuel moyen seulement pour accéder à Internet. Pour des vitesses plus élevées
cela coûte encore plus cher, jusqu’à 220$ / mois, un coût trois fois plus élevé que le revenu
moyen et presque 100 fois plus élevés que le revenu de la majorité des Haïtiens. De même, le
coût d’un ordinateur de base varie entre 500$ et 600$ ce qui est prohibitif pour la plupart des
gens dans le pays. A partir de cette situation, il est clair que le déploiement et l’utilisation des
réseaux de lignes fixes en dehors des grandes zones urbaines du pays n’est pas une alternative
possible pour stimuler l’économie numérique d’Haïti car l’infrastructure existante en place est
limitée, empêchant ainsi une modernisation rapide et rentable. Le tableau 1 résume la situation
actuelle en Haïti en matière d’infrastructure de télécommunications.
3 Données de la Banque mondiale (Dec 2016)
http://www.worldbank.org/en/country/haiti/overview
7
Tableau 1 : Adoption de la télécommunication et les réseaux en Haïti (Source : UIT, 2015)
Haïti
Abonnements de téléphonie fixe pour 100 habitants
0
Abonnements de téléphonie mobile pour 100 habitants
68,8
Abonnements Internet haut débit fixe (filaire) pour 100 habitants
0
Abonnements internet haut débit mobile pour 100 habitants
0,2
Ménages avec un ordinateur (%)
9,4
Ménages avec Internet, accès à la maison (%)
4,4
Personnes qui utilisent Internet (%)
12,2
Alors que l’adoption de l’internet mobile est relativement forte, malgré tout une des plus faibles
dans la région – la couverture mobile n’est pas aussi forte qu’attendue. À partir de données
participatives d’OpenSignal j’observe que Port-au-Prince et une poignée d’autres grandes villes
sont bien couverts. En outre, certains axes de connexion de transport sont également bien
desservis mais la grande majorité rurale du pays est un « désert ». Renforcer l’impact des
infrastructures mobiles nécessitera une augmentation dans la couverture et la qualité des
connexions. Cela doit aussi tenir compte des conditions économiques locales afin que les
investissements puissent atteindre l’équilibre et également produire des retombées
économiques significatives. Actuellement les plans plus populaires dans le pays comprennent
l’utilisation de 50 ou 100 Mo de données pour les téléphones mobiles et ce sont principalement
des plans prépayés4.
4 Information fournie par Gregory Domond (Haiti Prioritise).
8
Figure 2 : La couverture mobile en Haïti – les carrés verts indiquent une bonne couverture, les
carrés rouges indiquent une couverture médiocre et aucune couverture là où il n’y a pas de
carrés (Source : OpenSignal, 2016)
L’infrastructure dorsale est également nécessaire afin de déployer des services de
télécommunications de haute qualité. Les opérateurs doivent échanger leurs données avec
d’autres fournisseurs dans le monde entier et cela est obtenu avec des câbles sous-marins
internationaux. À l’heure actuelle, Haïti est relié à l’internet mondial via 2 liaisons : un câble
sous-marin à Port-au-Prince qui se connecte à la Jamaïque et l’autre qui fait des bonds dans les
îles des Caraïbes pour atteindre les Bahamas. En plus de ces dépenses de capital, les fournisseurs
de la connectivité internationale sont tenus de payer pour le transit IP aux acteurs télécom
mondiaux. (Telegeography 2015).
9
Figure 3 : Les deux câbles sous-marins reliant Haïti (Source : Telegeography5, 2016)
2.b. Numérisation du gouvernement
La numérisation du gouvernement nécessite une approche holistique qui allie une connaissance
approfondie des lois locales, de la culture et des institutions, une identification des différents
engorgements dans les processus de tous les jours, une expérience en gestion de projets dans le
secteur public et surtout une volonté politique de conduire ce changement. Dans cette section,
je présente quelques domaines clés dans lesquels les performances d’Haïti sont faibles
comparativement à d’autres pays des Amériques et qui peuvent être abordés afin d’avoir un
impact durable sur l’économie du pays. En particulier, ces changements visent à répondre à
l’investissement international limité vers Haïti et également à améliorer l’efficacité du
gouvernement et le classement du pays dans le rapport « Doing Business ».
D’après ce rapport j’ai isolé trois domaines clés dans lesquels le pays est en retard par rapport à
d’autres voisins d’Amérique latine et des Caraïbes. En particulier, il faut 97 jours pour créer une
entreprise en Haïti alors que la moyenne des Amériques est de moins d’un tiers à 29,4. La raison
de ce retard, c’est qu’il faut presque 80 % de cette durée pour que le Registre du commerce du
Ministère du Commerce et de l’Industrie autorise les opérations des nouvelles entreprises.
Pourquoi devrait-on se soucier du processus de création d’une entreprise ? Tout d’abord il s’agit
d’exigences bureaucratiques qui peuvent être réduites afin de simplifier la procédure. En soi, on
5http://www.ibtimes.com/underwater-internet-cables-submarine-cable-map-shows-how-world-gets-online-1559604
10
a trouvé ce changement pour réduire considérablement le fardeau pour les autorités6.
Deuxièmement, en réduisant les obstacles à l’entrée, davantage d’entreprises pourront
progressivement devenir officielles. Cela est particulièrement vrai pour les entrepreneurs à
ressources limitées dans les marchés émergents. Troisièmement, l’augmentation de
l’enregistrement d’entreprises augmente les chances d’activités entrepreneuriales, créant une
réaction en chaine pour l’économie. Dans la pratique, ce changement peut augmenter la
création d’emplois et limiter les dépenses gouvernementales à d’autres secteurs plus productifs.
Dans un article récent, concernant un changement similaire au Mexique, les auteurs ont trouvé
que la simplification de l’enregistrement des entreprises a augmenté le nombre d’entreprises
enregistrées officiellement de 5 %. La majorité du changement résultait d’anciens salariés qui
ont décidé de créer une entreprise ou de la rendre officielle7.
De même, l’enregistrement d’une propriété est un processus agaçant en Haïti. Il faut plus de 10
mois, pour enregistrer une vente immobilière, ce qui est près de 5 fois le temps nécessaire dans
d’autres pays de la région. La plupart du temps est dépensé à transcrire et enregistrer le contrat
de vente à l’autorité fiscale (DGI). L’enregistrement des propriétés est aussi un processus
important ayant des implications économiques accrues pour un pays, les terrains et les
bâtiments comptant pour entre 50 % et 75 % de la richesse dans la plupart des économies
partout dans le monde. Par ailleurs la transparence et des informations mises à jour dans les
registres fonciers se sont avérées être associées à une augmentation des investissements, des
valeurs foncières accrues et des chances plus élevées de financement. En outre, un registre de la
propriété mis à jour permet de mieux planifier la ville et permet aux gouvernements de
cartographier leurs besoins et de déployer leurs services en conséquence.
Enfin, même après la création d’une entreprise en Haïti, il est possible que l’accès au
financement soit limité. En fait, il n’y a aucun bureau de crédit dans le pays ou toute forme de
distribution de données sur le crédit (positives ou négatives) et aucune information provenant
6 Dans Doing Business 2016: “Dans les 107 économies couvertes par, à la fois, Doing Business et la base de données de
l’entreprenariat de la Banque mondiale, om estime à 3,1 million les sociétés à responsabilités limitées nouvellement enregistrées
uniquement en 2012. Les données montrent que si ces économies avaient suivies de meilleures pratiques, leurs entrepreneurs
locaux auraient économisé 45,4 million de jours passés à satisfaire les obligations bureaucratiques. Ce temps précieux aurait pu
être mieux utilisé pour se concentrer sur la croissance de l’entreprise, les activités de production et les efforts d’innovation.
7 Bruhn, M. (2011). License to sell: the effect of business registration reform on entrepreneurial activity in Mexico. The Review of
Economics and Statistics,93(1), 382-386.
11
d’autres sources sur la solvabilité des particuliers et des entreprises (y compris pour les
entreprises de services, etc..). Le registre actuel couvre 1,6 % des adultes, tandis que dans
d’autres pays dans les Amériques, cela va jusqu’à 12,3 %, ce qui est toujours un chiffre très
faible. Aussi la « profondeur » de l’information sur le crédit est inexistante, alors que dans
d’autres pays, elle est de 4,7 points sur 8.
Les registres de crédit constituent une condition préalable pour presque n’importe quelle
activité d’investissement dans de nombreuses économies dans le monde entier. Ce type
d’information peut aider à réduire les asymétries entre les bailleurs de fond et les emprunteurs
ainsi qu’à améliorer l’accès au crédit, offrant des taux d’intérêt plus bas et aidant à maintenir
une base cohérente pour une analyse plus approfondie. L’historique de crédit, souvent désigné
comme une garantie de réputation est un bon indicateur du comportement futur et contribue à
réduire la perception des risques. Le partage d’information permet également davantage de
concurrence entre les emprunteurs alors que les systèmes d’information sur les crédits sont
souvent la base d’une surveillance régulatrice. Ce partage d’informations peut aussi être utilisé
comme une mesure disciplinaire pour les futurs effets boule de neige de perturbations de crédit.
Globalement, les effets d’un accès accru à des données de crédit sont souvent sous-estimés et
dans le cadre de ce rapport, ces effets ont été procurés par l’emprunt accru pour les petites
entreprises en Haïti (voir la section 3.b).
12
Tableau 2 : État du climat des affaires en Haïti, (Source : Doing Business, 2015)
Haïti
Amérique latine et Caraïbes
Créer une entreprise
Durée (jours)
Raison de l’écart de
performance :
97
29,4
Enregistrement auprès du Registre du commerce du Ministère du
Commerce et de l’Industrie et obtention d’une autorisation
d’exploitation (Droit de fonctionnement)
Enregistrement de propriété
Durée (jours)
312
63
Raison de l’écart de
Le contrat de vente est enregistré et transcrit à l’autorité fiscale
performance :
(DGI) 6 à 9 mois
Accès au crédit
Profondeur d’indice
d’information sur le
crédit (0-8)
Couverture de registre
de crédit (% des adultes)
Raison de l’écart de
performance :
0
4,7
1,6
12,3
o Aucun bureau de crédit (sans scores ou enregistrements)
o Aucune distribution de données de crédit positives ou
négatives pour les sociétés ou les personnes
o Aucune redistribution de données des entreprises de services
3. Calcul des coûts et avantages
Dans cet article, j’entreprends l’évaluation des coûts et avantages pour une couverture haut
débit mobile modernisée et l’utilisation et la numérisation accrue dans les activités du
gouvernement. En me basant sur les avantages établies de l’augmentation de la numérisation ,
j’ai examiné les interventions suivantes :
Intervention 1 :
Installer un câble sous-marin supplémentaire pour augmenter la connectivité
internationale (pour permettre des vitesses plus élevées dans les connexions fixes et
mobiles)
Construire ou moderniser les infrastructures pour accroître la couverture et la capacité
du haut débit mobile à 50 % de la population pour des groupes d’utilisation spécifique
13
(de 100 Mo à 1 Go par abonné par mois) en privilégiant les grandes villes comme Port-auPrince pour réduire les risques d’adoption initiaux).
Intervention 2 :
Numériser le gouvernement afin d’améliorer les flux de travail, rationnaliser les
procédures internes. Cela implique l’équipement nécessaire, les formations et les
logiciels requis pour améliorer les services gouvernementaux.
Dans ce processus, j’entreprends trois études de cas distincts qui aident à lutter contre
des problèmes particuliers dans le secteur public haïtien. Ce sont les suivants :
o Numériser le gouvernement pour améliorer le flux de travail, rationnaliser les
procédures internes. Cela implique l’équipement nécessaire, les formations et les
logiciels requis pour améliorer les services gouvernementaux.
o Créer un bureau de crédit pour accroître l’accès au financement de 1,6 % à 20 % des
PME
o Numériser le gouvernement pour réduire le nombre de jours pour créer une entreprise
de 97 à 12 jours.
3.a. Le haut débit mobile coûts et avantages
Le haut débit mobile en Haïti sera la base de l’accroissement des avantages provenant de
l’infrastructure haut débit. Les autres options de ligne fixe ne sont pas prises en compte en
raison des coûts beaucoup plus élevés et d’une plus longue période de déploiement. Le scénario
d’adoption suppose que la couverture 4G sera en place en 2017 pour 50 % de la population en
mettant l’accent sur les parties les plus grandes et les plus animées des villes8. En fonction de la
réussite de cette intervention une couverture supplémentaire peut être fournie à des régions
plus rurales du pays. Les zones qui seront privilégiées sont présentées dans le tableau 2.
8Les grands opérateurs du pays suggèrent qu’ils couvrent déjà la totalité de la population NATCOM avec la 3G de
(http://www.natcom.com.ht/4g-network-4119510228.html) et DIGICEL avec la 4G (http://4g.digicelhaiti.com/en/coverage). En
utilisant des données de tierces personnes (OpenSignal) ce n’est pas confirmé pour aucun des deux. Dans tous les cas, la
demande croissante pour les données va demander des modernisations et un réseau plus dense pour soutenir l’intervention. J’ai
fait ces calculs en me basant sur cette utilisation et cette adoption en augmentation.
14
Tableau 2 : Les villes qui seront couvertes les premières par la 4G selon les densités de
population (Source : Banque mondiale, 2015)
Communes
Port-au-Prince
Carrefour
Delmas
Pétionville
Gonaïves
Cap-Haïtien
Saint-Marc
Cité-Soleil
Croix-des-Bouquets
Port-de-Paix
Léogâne
Jacmel
Dessalines
Petit-Goâve
Petite Rivière de
l’Artibonite
Gros-Morne
Les Cayes
Saint-Michel-de-Attalaye
Jean-Rabel
Verrettes
Grand-Goâve
Jérémie
Département
Ouest
Ouest
Ouest
Ouest
Artibonite
Nord
Artibonite
Ouest
Ouest
Nord-Ouest
Ouest
Sud-Est
Artibonite
Ouest
Artibonite
Arrondissement
Port-au-Prince
Port-au-Prince
Port-au-Prince
Port-au-Prince
Gonaïves
Cap-Haïtien
Saint-Marc
Port-au-Prince
Croix-des-Bouquets
Port-de-Paix
Léogâne
Jacmel
Dessalines
Léogâne
Dessalines
Artibonite
Sud
Artibonite
Nord-Ouest
Artibonite
Ouest
Grande Anse
Gros-Morne
Les Cayes
Dessalines
Môle-Saint-Nicolas
Saint-Marc
Léogâne
Jérémie
Les avantages de l’utilisation des services proviendront de la procédure d’adoption. À cet effet,
j’envisage une transition graduelle des abonnés actuels vers la 4G et un taux de pénétration de
50 % pour le haut débit mobile d’ici 2021. La trajectoire de l’adoption est présenté à la figure 4
et est relativement insensible au taux de croissance réel jusqu’en 2021, tant que la cible de
l’adoption est atteinte dans le délai spécifié.
15
Figure 4 : L’adoption du haut débit mobile en Haïti après la première intervention (Source :
calculs de l’auteur)
Prevision de la penetrstion du mobile
haut debit en Haïti (%)
60
50
40
30
20
10
0
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
La connectivité dorsale est nécessaire pour aborder la capacité accrue requise pour le trafic
réseau. D’ici 2021, le pays nécessitera un transit international de plus de 60 GBps et
l’infrastructure actuelle qui est largement sous-utilisée peut couvrir jusqu'à 23 GBps (Digicel et
Natcom et Access Haïti). Cet investissement peut être reporté pour une période de 5 à 10 ans,
les estimations étant basées sur un doublement de la vitesse tous les 5 à 6 ans et une
augmentation similaire pour la consommation de données mobiles9. On trouvera dans le tableau
3, les alternatives pour un nouveau câble sous-marin. Il y a deux options principales : soit
construire un nouveau câble pour se connecter à une station centrale existante ou rejoindre un
câble existant. En ce qui concerne une approche coût-avantage la connexion avec Barranquilla
(voir tableau 3) est la plus proche de Port-au-Prince (884 km). Rejoindre un des deux câbles
existants ARCOS ou America Movil Submarine Cable System-1 qui tous deux passent par Miami
semble être la solution la plus rentable. Les calculs de coût par kilomètre de câble sous-marin
sont basés sur une estimation approximative de 90 000 USD par km de câble. (Telegeography,
2016). Clairement cette estimation dépend d’un certain nombre d’autres paramètres, mais en
9 Etant donne la relativement faible priorité d’un investissement pour un câble sous-marin en ce moment, je calcule le RAC sans
ce coût. Pour le cas 5% les retombées augmentent seulement à la marge de 10.11 à 10.37. Des changements similaires sont
observés pour des taux d’actualisation de RAC de 3% et 12%.
16
l’absence de critères techniques spécifiques pour cette liaison, cette estimation générique a été
utilisée à la place.
10
Etant donne la relativement faible priorité d’un investissement pour un câble sous-marin en ce
moment, je calcule le RAC sans ce coût. Pour le cas 5% les retombées augmentent seulement à
la marge de 10.11 à 10.37. Des changements similaires sont observés pour des taux
d’actualisation de RAC de 3% et 12%.
Tableau 3 : Les options pour la pose d’un nouveau câble sous-marin ou la connexion avec un
câble existant (Source : Telegeography, 2015)
Construire le nouveau câble
Distance en km
Miami
Caracas
Barranquilla
Rejoindre ceux existants
1144
102.96
1076
96,84
884
79,56
distance en km USD (mil)
America Movil Submarine Cable
System-1 (passe par Miami)
ARCOS (passe par Miami)
USD (mil)
250
22,5
350
31,5
En plus de la liaison dorsale qui est nécessaire pour soutenir la demande accrue en données
mobiles, les opérateurs doivent payer pour échanger du trafic international et les prix de
transport varient considérablement selon le type de support et d’autres paramètres dans ces
accords. Le tableau 410 offre une indication du prix du transit pour deux stations centrales
relativement proches de Port-au-Prince. Ces coûts sont également pris en compte dans les
estimations du coût total de l’intervention.
10https://www.telegeography.com/press/press-releases/2015/09/09/ip-transit-prices-continue-falling-major-discrepancies-
remain/index.html
17
Tableau 4 : Les options pour la pose d’un nouveau câble sous-marin ou la connexion avec un
câble existant (Source : Telegeography, 2015)
$/Mbit/s/mois pour le prix IP de 10 GigE
Miami
0,15
Sao Paolo
16
En s’éloignant des interconnexions internationales les estimations de coûts reposent sur le coût
moyen de livraison de 1 Gbps dans les réseaux locaux. Il s’agit d’une estimation relativement large
de l’industrie des télécommunications qui prend en compte un coût moyen global de la
prestation de services de 1 Gbps pour les abonnés et que l’on a vu baisser sensiblement au cours
des années. En me basant, sur les vitesses par abonné et les besoins simultanés possibles
minimaux pour ces vitesses (ratios de contention), je suis en mesure d’estimer le coût moyen de
délivrance du haut débit mobile pour toute l’intervention au niveau local. À titre indicatif, le coût
pour 1 Gbps dans les réseaux locaux était de 1$ pour les marqueurs émergents selon le rapport
d’un spécialiste11.
Afin de répondre à certains défis de financement de cette intervention, j’ai également inclus une
redevance utilisateur dans le processus. Elle est égale à 2 % du salaire minimum du pays et est
égale à 7$/mois pour une connexion 4G avec 1 Go de données sur une base mensuelle12. Le prix
le moins cher pour une offre 3G (prépayée) est actuellement de 900 gourdes (~14$/mois) avec
des vitesses qui ne sont pas garanties et presque un dixième de celles envisagées dans la
première intervention. Il est à noter que les offres actuelles peuvent descendre à 256 Kbit/s et
sont toujours considérées comme un paquet en données 3G13. Les calculs du coût global
dépendent en grande partie des abonnés dans les réseaux locaux où la 4 G est fournie. Les coûts
de l’interconnexion sous-marine et le calendrier de cette intervention n’affectent pas le rapport
avantages-coûts qui a été estimé.
En ce qui concerne l’évaluation des avantages, j’ai suivi une approche relativement prudente et
appliqué les conclusions de l’étude (2011) Gruber et Koutroumpis pour les pays en
11 Jeroschewski 2013, 0.1 cent per MB: Ensuring future data profitability in emerging market,
http://www.mckinsey.com/~/media/mckinsey/dotcom/client_service/telecoms/pdfs/recall_no17_cost_per_mb.ashx.
12 Les RAC estimés sont insensibles aux redevances utilisateurs. J’ai refait les calculs avec 1% et 0.5% du salaire minimum et le
RAC pour un taux d’actualisation de 5% baisse de manière très faible respectivement de 10,11 à 10,01 et à 9,97.
13 http://www.natcom.com.ht/mobile-internet-4933055156.html
18
développement avec un taux d’actualisation de 10 % (soit un coefficient de 0,1 au lieu de 0,11).
Cette valeur représente une estimation prudente pour deux raisons : tout d’abord les impacts du
haut débit mobile sont égalisés avec les offres de voix uniquement et deuxièmement les niveaux
d’adoption des mobiles ont changé sensiblement les retombées. Si le rapport avantages-coûts
est adapté aux données les plus récentes (Cave et Koutroumpis) nous trouvons plus du double
de l’effet du haut débit mobile à travers toutes les variations des actualisations14. Pourtant, je
trouve les premières estimations plus attrayantes puisqu’elles indiquent d’importants retours sur
investissement, une redevance d’utilisation de base et une stratégie prospective pour une
meilleure qualité dans la prestation de services de télécommunications. Les résultats sont
présentés dans le tableau 5.
Tableau 5 : Rapports avantages-coûts pour une pénétration 50 % du mobile haut débit en Haïti
(Source : calculs de l’auteur)
Intervention
Augmenter la pénétration du mobile
haut débit à 50 % en 5 ans et installer
un câble sous-marin pour soutenir
l’augmentation du trafic
Actualisation Avantage
Coût
RAC
3 % 907 678 451 688 80 119 502,151 11,33
5 % 567 229 591 109 56 108 821 955 10,11
12 % 138 256 684 207 20 301 146 639 6,81
3.b. Les coûts et avantages de la numérisation du gouvernement
Dans cette section, j’explique les calculs des coûts et des avantages pour chacun des différents
projets de numérisation (créer une entreprise, enregistrer une propriété et l’accès au crédit).
Tout d’abord, j’utilise un horizon de 20 ans pour ces processus contrairement aux processus
d’infrastructures qui eux s’étendent jusqu'en 2050. La raison principale est que des équipements
et des logiciels informatiques ont des périodes d’amortissement plus courts par rapport aux
infrastructures à grande échelle. Aussi, la tendance vers des solutions basées sur le cloud
pourrait nécessiter des investissements substantiels pour ces installations à l’avenir.
Créer une entreprise en Haïti nécessite une première étape d’enregistrement avec le Registre du
commerce et une deuxième étape pour obtenir l’autorisation d’exploitation. La première étape
demande 20 jours et la deuxième 77. Un simple enregistrement ne devrait pas prendre plus de 1
14 Pour une actualisation de 3% nous obtenons un RAC de 23, pour 5% de 21 et pour 12% de 14.
19
jour pour être réalisé alors que l’autorisation devrait être réalisable en moins de 11 jours (deux
semaines) dans un environnement entièrement numérisé15. Ce processus a cependant des coûts
d’installation substantiels. Selon des données récentes il y a 900 000 entreprises16 en Haïti, bien
que seulement un tiers d'entre elles soient officiellement enregistrées. L’enregistrement de
toutes les entreprises avec un nouveau système d’accès attribué nécessitera pour un employé
de saisie de données en moyenne 5 heures pour mettre à jour et corriger toute information
manquante. Tous les employés devront effectuer au moins 100 heures de formation dans le cas
où ils n’aient pas utilisé des environnements similaires dans le passé. Ce processus nécessitera
500 employés avec des nouvelles installations informatiques et des nouveaux logiciels à
développer. La durée requise pour enregistrer une entreprise n’est pas censée avoir été
entièrement consacrée aux activités opérationnelles (c'est à dire je ne n’attends pas à ce que les
employés aient travaillé sur une seule demande pendant 97 jours) mais seulement une fraction
de ce temps (20 %) est considérée pour l’augmentation de la productivité. D’autres
engorgements pour la gestion et le traitement, qui seront abordés dans un contexte numérique,
sont responsables de ces retards immenses. Le tableau 6 résume les avantages et les coûts de
refonte du processus pour créer une entreprise.
Tableau 6 : Les rapports avantages-coûts pour créer une entreprise en 11 jours en Haïti (Source :
calculs de l’auteur)
Études de cas
Réduire la durée pour créer
une entreprise de 97 à 12
jours
Actualisation Avantage
Coût
RAC
3%
4 574 576 423
2 086 513 592
2,19
5%
3 786 158 378
1 858 409 638
2,04
12 %
2 163 368 123
1 369 945 306
1,58
La base de données Enterprise Finance Gap compilée par International Finance Corporation (IFC,
le bras de financement du secteur privé de la Banque mondiale) estime que le nombre total de
micro, de très petites, de petites et de moyennes entreprises est d’environ 900 000, dont un peu
moins de 60 000 sont des petites et moyennes entreprises, ou des PME (petites entreprises
15 De précédents tentatives dans ce domaine ont été publiées en 2012 (une entreprise enregistrée par le ministère local :
www.mci.gouv.ht.) et en 2014 (http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/130728/Le-ministere-du-Commerce-devoile-sonprogramme-dappui-aux-PME). D’autres tentatives incluent le Centre de Facilitation l’Investment, CFI (voir
http://www.cfihaiti.com/) qui fournit des services aux investisseurs nationaux et étrangers.
16 Private Sector Assessment in Haiti (2016) – Inter-American development Bank.
20
employant entre 10 et 49 personnes et des entreprises de taille moyenne avec 50 à 250
employés). La grande majorité (autour de 95%) des entreprises ne sont pas officielles.
Améliorer l’accès au crédit de 1,6 % à 20 % en Haïti nécessitera la numérisation de toutes les
entités officielles et une initiative visant à officialiser les non officielles. Recueillir ces
informations exigera la formation des employés du gouvernement pour une moyenne de 10
heures (pour la saisie des données) et cela inclura notamment l’achat de matériel et de logiciels
pour 1 000 salariés. Après la réforme, plus de 165 000 entreprises dans le pays seront en mesure
d’avoir leurs dossiers de crédit disponibles à être utilisé par les bailleurs de fond et cela leur
permettra d’accéder au crédit. J’ai estimé les avantages de ce changement au niveau le plus bas
des entreprises, c'est à dire les micro-entreprises ayant des recettes annuelles attendues en
moyenne de 0,5 millions de gourdes. Pour chaque 1 % d’augmentation de couverture de crédit
le crédit total dans l’économie a augmenté de 0,4 %17. Le tableau 7 résume les avantages et les
coûts de refonte du processus pour créer une entreprise.
Tableau 7 : Rapport coûts - avantages pour l’augmentation de l’accès au financement en Haïti
(Source : calculs de l’auteur)
Études de cas
Créer un bureau de crédit et
accroître l’accès au
financement de 1,6 % à 20 %
des PME
Remise
Avantage
Coût
3%
8 474 793 947
5%
7 014 182 109
12 %
4 007 824 414
RAC
944 416 763
8,97
841 170 276
8,34
620 077 107
6,46
Améliorer l’enregistrement des propriétés est également une tâche importante de numérisation.
Dans mes calculs, j’ai estimé approximativement que 10 millions de titres de propriété (ou
droits) devront être numérisées18. La durée pour transcrire un enregistrement devrait prendre
jusqu'à deux heures pour les employés ministériels et la formation requise pour cela ne devrait
pas dépasser 30 heures par personne (pour tenir compte aussi de la possible formation SIG). Les
trois principales étapes dans l’enregistrement d’une propriété, c'est à dire le traitement d’une
17
Martinez Peria, M. S., et Singh, S. (2014). The impact of credit information sharing reforms on firm financing?. World Bank
Policy Research Working Paper, (7013).
18 C’est une estimation approximative basée sur la population du pays et qui compare plus de 50 registres de propriétés
différents par opposition à la population locale.
21
transaction, la transcription de la transaction et la confirmation de la vente sont censées prendre
11 jours au total, en fait les deux premières étapes, seront achevées en moins d’une journée.
La durée nécessaire pour enregistrer une propriété suit la pratique d’enregistrement des
entreprises et n’assume pas le plein engagement des employés, mais seulement une fraction de
cette durée (20 %) est considérée pour l’augmentation de la productivité. Le tableau 8 résume
les avantages et les coûts de la numérisation des registres de propriété.
Tableau 8 : Les rapports avantages - coûts pour réduire les délais d’enregistrement des
propriétés en Haïti (Source : calculs de l’auteur)
Études de cas
Réduire la durée
d’enregistrement des
propriétés de 312 à 11
jours
Actualisation Avantage
Coût
RAC
3%
17 612 710 260
4 559 728 360
3,86
5%
14 577 198 923
4,061 245 114
3,59
12 %
8 329 246 779
2 993 787 573
2,78
Enfin, la numérisation globale du gouvernement inclura tous les 73 954 employés qui auront une
formation générique dans le but d’utiliser et d’interagir avec les nouveaux logiciels et matériels.
Cette formation prendra jusqu'à 100 heures pour les personnes sans aucune expérience avec
l’utilisation des ordinateurs. De même, le matériel informatique et les logiciels qui seront
achetés compteront dans le coût de ce processus. Les retombées attendues de cet
investissement sont basés sur un rapport moyen avantages-coûts trouvé dans les études
précédentes. Il s’agit d’une simplification excessive de la procédure, mais il a été suggéré par les
responsables locaux et Copenhagen Consensus afin d’aider à créer un objectif mesurable. Les
résultats de cet exercice sont trouvent dans le tableau 9.
Tableau 9 : Rapports avantages-coûts pour la numérisation globale en Haïti (Source : calculs de
l’auteur)
Intervention
Numérisation des
processus
gouvernementaux
Actualisation Avantage
3 % 675 383 608 613
5 % 558 982 749 750
12 % 319 396 428 111
22
Coût
134 818 852,205
120 080 048 968
88 518 212 598
RAC
Qualité
des
éléments
de preuve
5,01 Moyenne
4,66
3,61
4. Conclusion
Les interventions proposées ont été choisies comme fondamentales afin d’aider à améliorer
l’infrastructure de télécommunications existante et à augmenter sa capacité de résistance à des
catastrophes naturelles, avec l’ajout d’une autre liaison internationale. En outre, elles visent à
améliorer les pratiques institutionnelles et de gouvernance actuelles en permettant une reprise
plus rapide des processus d’affaires de base, en inculquant la transparence et la
responsabilisation envers les représentants du gouvernement et en luttant contre la corruption
qui remettra le pays sur pied.
A partir du tableau récapitulatif (tableau 10), nous constatons que bien que les coûts des
investissements d’infrastructures soient élevés ceux-ci semblent avoir une période saine de
retour sur investissement pour l’économie à 12,22, avec un taux d’actualisation de 5 %. Le
processus de numérisation coûte presque deux fois plus et conserve un rapport avantages-coûts
de 4,66 dans le scénario de référence. Plus important encore, la création d’un bureau de crédit
et l’augmentation de la couverture de crédit semble être l’intervention la plus importante pour
les cas examinés, rapportant 8,34 de ses coûts. L’enregistrement des propriétés est solide
également en rapportant 3,59 fois son coût à et réduire le nombre de jours d’enregistrement
des entreprises rapportera un peu plus de deux fois le coût de sa mise en œuvre. Toutes ces
estimations sont fondées sur un certain nombre d’hypothèses, mais le plus souvent, elles sont
en grande partie prudentes, représentant en partie les particularités du pays et les écarts par
rapport à d’autres cas analysés dans la littérature. Il est également préférable d’un point de vue
de priorisation d’avoir des attentes relativement plus réalistes pour les retours sur
l’investissement à venir lorsque l’on traite de changements fondamentaux.
La principale conclusion de ce rapport est qu’améliorer la connectivité en Haïti est bénéfique
pour le pays et ses citoyens et elle agit également comme une indication d’une volonté politique
forte d’améliorer la gouvernance et le climat des affaires dans le pays.
23
Tableau 10 : Les rapports avantages - coûts pour toutes les interventions en Haïti
(Source : calculs de l’auteur)
Intervention
Accroître la pénétration
du haut débit mobile à
50 % en 5 ans et
installer un câble sousmarin pour appuyer
l’augmentation du
trafic
Numérisation des
processus
gouvernementaux
Études de cas
Réduire la durée pour
enregistrer une
propriété de 97 à 12
jours
Créer un bureau de
crédit et accroître
l’accès au financement
de 1,6 % à 20 % des
PME
Réduire la durée pour
créer une entreprise de
97 à 12 jours
Remise
3%
Avantage
Coût
RAC
Qualité
des
éléments
de preuve
80 119 502 151
13,70
5%
12 %
1 097 697 384
874
685 742 245 838
166 864 176 471
56 108 821 955
20 301 146 639
12,22
8,22 Forte
3%
5%
12 %
675 383 608 613
558 982 749 750
319 396 428 111
134 818 852 205
120 080 048 968
88 518 212 598
5,01
4,66 Moyenne
3,61
Avantage
Coût
Remise
3%
5%
12 %
3%
5%
RAC
Qualité
des
éléments
de preuve
17 612 710 260
14 577 198 923
4 559 728 360
4 061 245 114
3,86
3,59 Moyenne
8 329 246 779
8 474 793 947
7 014 182 109
2 993 787 573
944 416 763
841,170 276
2,78
8,97
8,34
Moyenne
12 %
4 007 824 414
620 077 107
3%
5%
12 %
4 574 576 423
3 786 158 378
2 163 368 123
2 086 513 592
1 858 409 638
1 369 945 306
24
6,46
2,19
2,04 Moyenne
1,58
5. Références
Ahlfeldt, G . M., Koutroumpis, M. T. P., & Valletti, (2016). Vitesse 2.0-évaluation des accès aux
autoroutes numériques universelles. JEEA, (à paraître)
Bloom, N., Sadun, R. et Van Reenen, J. (2012). Américains le font mieux : les multinationales
américaines et le miracle de la productivité. The American Economic Review,102(1), 167-201.
Bruhn, M. (2011). Licence à vendre : l’effet de la réforme d’inscription entreprise sur activité
entrepreneuriale au Mexique. La Review of Economics and Statistics,93(1), 382-386.
Cardona, M., Kretschmer, T., & Strobel, T. (2013). TIC et la productivité : conclusions de la
littérature empirique. Politique et l’économie de l’information,25(3), 109-125
Cave M. et P. Koutroumpis (2016), « La prime à large bande mobile dans les pays en
développement »
Czernich, N., Falck, O., Kretschmer, T., & Woessmann, L. (2011). Infrastructure à large bande et la
croissance économique. Le Journal économique, 121(552), 505-532.
Gruber, H., & Koutroumpis, P. (2011). Télécommunications mobiles et l’impact sur le
développement économique. La politique économique, 26(67), 387-426.
Jeroschewski 2013, 0,1 cent par MB : assurer la rentabilité des futures données dans les marchés
émergents, (McKinsey)
Koutroumpis, P. (2009). L’impact économique de la large bande sur la croissance : une approche
simultanée. Politique des télécommunications, 33(9), 471-485.
Anthony Martinez, M. S. et Singh, s. (2014). L’impact du partage des réformes sur le financement
de l’entreprise d’information crédit ?. World Bank Policy Research Working Paper, (7013).
O ' Mahony, M., Robinson, C. et Vecchi, M. (2008). L’impact des TIC sur la demande de maind'œuvre qualifiée : une comparaison entre pays. Labour economics,15(6), 1435-1450.
25
Qiang, C. Z. W., Rossotto, C. M., & Kimura, K. (2009). Incidences économiques de la large bande.
Information et communication pour le développement 2009 : étendre la portée et augmenter
l’impact, 3, 35-50.
26
!
Défis&du&haut&débit&mobile&en&Haïti&
Haiti&Priorise&
&
&
&
&
Grégory&Domond&
Consultant)en)TIC,)PromoTIC)
)&
&
&
!
&
&
&
!
&&&&&&
!
!
Le!marché!!des!télécommunications!qui!fut!jadis!axé!sur!la!voix!(services!téléphoniques)!devient!
aujourd’hui! fortement! influencé! par! le! trafic! de! données.! En! fait,! il! s’agit! de! la! tendance!
mondiale!du!secteur!des!télécommunications.!Cette!mutation!intervient!grâce!à!la!numérisation!
des!informations!à!transmettre.!Aujourd’hui,!toutes!les!informations!peuvent!être!numérisées,!
c’estDàDdire! qu’elles! peuvent! ! prendre! les! valeurs! binaires!:! 0! et! 1.! Ainsi,! ! les! informations! sont!
exprimées! en! Kilobit,! kilooctet,! Megaoctet! et! Gigaoctet.! La! transmission! de! tous! ces! bits! et!
octets!exige!une!vitesse,!d’où!le!débit!binaire.!!Plus!le!débit!binaire!est!élevé,!plus!la!transmission!
de! données! est! rapide.! C’est! ce! qui! explique! la! nécessité! du! haut! débit! dans! cette! société! de!
l’information.!
Le! haut! débit! ou! le! service! à! ! large! bande! se! définit! comme! étant! une! vitesse! élevée! de!
connexion! à! Internet.! Le! haut! débit! se! prête! mieux! à! l’utilisation! que! les! services! à! bas! débit!
(ligne!téléphonique,!!modem)!puisqu’il!permet!d’envoyer!et!de!télécharger!!plus!d’informations!
plus!rapidement.!Il!s’agit!en!fait!!de!la!vitesse!de!la!liaison!établie!!entre!l’abonné!et!le!réseau.!Il!
faut! souligner! que! cette! liaison! est! constituée! de! deux! liens!:! un! lien! montant! (de! l’utilisateur!
vers!le!réseau)!et!d’un!lien!descendant!(du!réseau!vers!l’utilisateur).!
Il!n’existe!pas!de!consensus!global!sur!le!débit!minimal!du!haut!débit.!La!définition!du!haut!débit!
varie! d’un! pays! à! l’autre.! Elle! est! définie! sur! la! base! de! la! transmission! et! de! la! technologie!
utilisée.!
Ainsi,! le! réseau! à! haut! débit! d’hier! devient! à! bas! débit! d’aujourd’hui! grâce! au! ! fait! que! ces!
vitesses! augmentent! avec! le! développement! de! technologies! de! transmission.! Cependant,! de!
nombreux!acteurs!affirment!que!512!kilobits!par!seconde!est!le!minimum!pour!un!service!à!haut!
débit.!Une!vitesse!de!512!kbps!permet!donc!de!participer!à!une!vidéoconférence!en!temps!réel.!
En!réalité,!le!haut!débit!se!mesure!en!Mégabits!par!seconde!(Mbps)!et!en!Gigabits!par!seconde!
(Gbps).!
L’accès!au!haut!débit!se!fait!de!plusieurs!manières!:!Connexions!ADSL,!Fibre!optique,!!!connexion!
fixe!sans!fil,!liaison!satellite,!modem!câble!et!réseaux!mobiles!sans!fil!(réseaux!3G,!4G).!!
La! capacité! de! transmettre! en! tout! temps! de! grands! volumes! d’informations! représente! une!
caractéristique! importante! dans! le! paysage! des! télécommunications! d’aujourd’hui.! Certains!
services!et!applications!ne!peuvent!pas!fonctionner!sans!le!haut!débit,!car!les!échanges!se!font!
en!temps!réel.!
Marché!haïtien!des!Télécommunications!
Le! marché! haïtien! des! télécommunications! fut! dominé! par! la! téléphonie! fixe! filaire! pendant!
longtemps.!Aujourd’hui,!le!paysage!est!nettement!différent!grâce!à!une!diversité!de!moyens!de!
communications! électroniques! disponibles.! ! Cependant,! il! faut! reconnaitre! que! de! nombreux!
!
!
i!
services!TIC!restent!!indisponibles!ou!sousD!exploités!à!cause!de!plusieurs!facteurs.!Passant!d'un!
monopole!à!un!statut!de!marché!libéralisé,!les!progrès!sont!aujourd'hui!énormes!et!palpables.!
Vingt! ans! de! cela,! le! taux! de! pénétration! téléphonique! était! inférieur! à! 1! téléphone! pour! 100!
habitants.!Aujourd’hui,!plus!de!65%!des!haïtiens!disposent!d'un!téléphone!cellulaire.!Toute!cette!
évolution!du!marché!est!une!conséquence!directe!de!la!décision!de!libéraliser!ce!marché.!
Les! premiers! opérateurs! mobiles! à! pénétrer! le! marché! d'Haïti! utilisaient! les! normes! CDMA! et!
TDMA.! Le! TDMA! allait! être! vite! abandonné! au! profit! de! la! norme! GSM.! Peu! après,! tous! les!
opérateurs! du! marché! exploitent! la! norme! GSM! (2G).! ! Le! défi! de! la! téléphonie! cellulaire! fut!
relevé!depuis!l’an!2000.!Un!peu!plus!tard,!les!utilisateurs!ont!pu!utiliser!le!service!de!message!
court! (SMS)! grâce! à! la! migration! des! réseaux! 2G! vers! le! GPRS! (General! Packet! Radio! Service,!
2.5G).!!
Le! marché! des! données! a! connu! une! révolution! profonde! en! Haïti.! Cette! migration! a! permis!
également!l’accès!à!Internet!via!le!téléphone!cellulaire!à!bas!débit,!c’estDàDdire!avec!des!vitesses!
de!l’ordre!de!quelques!kilobits!par!seconde.!Ce!débit!allait!s’améliorer!!à!travers!la!migration!vers!
le! EDGE! (Enhanced! Data! Rate! for! GSM! Evolution,! 2.75! G).! Les! abonnés! cellulaires! pouvaient!
accéder!à!Internet!à!une!vitesse!de!plus!de!100!kb/s.!
La!3G!est!l'étape!qui!révolutionne!le!marché!des!données!en!Haïti.!Désormais,!un!pourcentage!
considérable!de!la!population!haïtienne!!a!accès!à!des!services!de!3G.!!
Pourquoi!le!haut!débit!?!
Le!haut!débit!répond!à!une!exigence!de!qualité!des!services!de!télécommunications.!Les!fichiers!
de! grande! taille! (en! MegaByte,! GigaByte)! exigent! le! haut! débit! ou! une! grande! bande! passante!
pour!leurs!téléchargements!rapides.!Le!téléchargement!d'un!message!composé!d'un!milliard!de!
bits!prendrait!environ!trois!heures!avec!un!débit!100!kbps.!Ce!même!message!aurait!besoin!de!9!
minutes! pour! être! téléchargé! ! avec! un! débit! de! 2Mbps,! et! d'une! seconde! pour! un! débit! de!
1Gbps.!A!l'ère!de!la!société!de!l'information,!les!professionnels!et!les!utilisateurs!des!TIC!veulent!
échanger! rapidement! à! longueur! de! journée! toutes! sortes! d'informations.! Ce! qui! est! le! plus!
exigeant,!ce!sont!les!échanges!en!temps!réel.!La!téléphonie,!la!vidéoconférence,!les!jeux!vidéo!et!
les!applications!multimédia!ne!peuvent!pas!souffrir!de!délai.!Ces!communications!qui!impliquent!
une!interaction!doivent!atteindre!les!destinataires!le!plus!vite!possible!afin!qu'ils!puissent!réagir!
à!temps.!!
Le! trafic! de! données! augmente! chaque! jour! à! la! faveur! des! réseaux! sociaux.! La! demande! en!
capacité! ! reste! une! constante,! ! vu! l'engouement! des! jeunes! ! à! utiliser! les! applications! des!
réseaux!sociaux!(Facebook,!Youtube,!WhatsApp,!etc.).!
!
!
ii!
Devant!la!demande!grandissante!de!MB,!les!opérateurs!sont!amenés!régulièrement!à!faire!des!
investissements! importants! pour! pouvoir! supporter! le! trafic! ainsi! généré.! Paradoxalement,! ces!
utilisations! régulières! et! intensives! ne! retournent! pas! l'investissement! consenti! dans! les!
infrastructures!et!les!opérations!du!réseau,!!parce!que!le!marché!des!données!en!Haïti!se!heurte!
à! des! obstacles! criants,! tels! que! le! faible! pouvoir! d'achat! des! consommateurs,! le! taux! élevé!
d'analphabétisme,!etc.!
Le!marché!des!données!qui!absorbe!une!bonne!partie!du!marché!de!la!voix!peine!à!garantir!un!
retour!sur!investissement!à!moyen!terme.!
Les! services! les! plus! gourmands! en! haut! débit! ou! bande! passante! comprennent! les! vidéos,! les!
fichiers!joints!au!courrier!électronique,!les!vidéoconférences,!etc.!
Mobilité!du!haut!débit!
De! nos! jours,! le! multimédia,! le! haut! débit! et! la! mobilité! sont! les! centres! d’intérêt! des!
consommateurs!des!services!de!télécommunications.!
Les! consommateurs! haïtiens! veulent! accéder! à! des! services! à! haut! débit! en! tout! et! tout! lieu.!
L’exploitation!de!la!mobilité!du!haut!débit!!répond!à!des!besoins!professionnels!et!à!la!nécessité!
de! pouvoir! échanger! des! informations! en! tout! lieu! avec! des! contacts.! ! La! fourniture! du! haut!
débit! en! mode! mobile! est! de! loin! plus! exigeante! qu’en! mode! fixe.! La! mobilité! du! haut! débit!
implique!que!la!même!vitesse!soit!disponible!tout!au!long!de!la!trajectoire!de!l’utilisateur.!Ce!qui!
n’est! pas! toujours! garanti! en! raison! de! différentes! contraintes! techniques! relatives! à! la!
fourniture! de! la! même! couverture! radioélectrique! dans! toutes! les! zones! géographiques! d’un!
pays! donné.! ! Pour! garantir! le! haut! débit! mobile,! de! nombreuses! infrastructures! doivent! être!
déployées!sur!la!zone!ciblée.!Le!haut!débit!mobile!ne!doit!pas!être!seulement!disponible!dans!les!
grandes!villes!telles!que!:!Port!au!prince,!Jacmel,!Cap!Haïtien,!mais!dans!toutes!les!communes!du!
pays,!et!surtout!le!long!des!axe!routiers!pour!permettre!aux!utilisateurs!d’accéder!en!tout!à!un!
service!de!qualité.!
Options!technologiques!pour!le!haut!débit!!mobile!en!Haïti!
Les!principales!options!pour!le!haut!débit!mobile!en!Haïti!sont!les!technologies!sans!fil!à!large!
bande!comme!la!3G,!!la!HSDPA!(High!Speed!!Downlink!Packet!Access,!3.5G),!!le!Wimax,!la!4G!et!
les! satellites! de! télécommunications.! Les! deux! opérateurs! de! téléphonie! cellulaire! fournissent!
des!services!3G!depuis!un!certain!temps.!Toutefois,!les!services!de!!la!troisième!génération!ne!
sont!disponibles!que!dans!certaines!zones!du!pays.!
La!HSPDA,!une!variante!de!la!3G,!soit!3.!5G,!fait!partie!de!l’offre!dans!certains!endroits!de!la!zone!
métropolitaine! de! Port! au! prince.! Les! Fournisseurs! d’accès! à! Internet! permettent! à! leurs!
!
!
iii!
abonnés!d’avoir!accès!à!des!débits!supérieurs!à!la!3G!dans!certaines!zones!du!département!de!
l’Ouest.!
Compte!tenu!de!la!réalité!actuelle,!très!peu!d’utilisateurs!ont!accès!à!un!haut!débit!mobile!en!
Haïti.!Quelles!sont!les!options!à!!envisager!pour!fournir!!ce!service!?!
Le!déploiement!du!haut!débit!mobile!par!satellite!est!une!solution!technologique!viable!pour!une!
grande!couverture!radioélectrique!et!un!service!à!haut!débit.!Cependant,!cette!option!!n’est!pas!
adaptée!à!la!capacité!de!consommation!du!marché!haïtien.!!
L’option! la! plus! logique! et! plus! adaptée! à! l’environnement! haïtien! passe! par! la! migration! des!
opérateurs! de! téléphonie! mobile! vers! la! 4G.! Elle! vaut! tant! pour! les! consommateurs! que! les!
opérateurs!existants.!Cette!solution!n’est!pas!sans!défis.!
Défis!relatifs!au!déploiement!du!!haut!débit!mobile!en!Haïti!
Plusieurs!défis!doivent!être!relevés!par!les!acteurs!(régulateurs,!opérateurs!de!téléphonie!et!de!
télévision)!afin!de!pouvoir!garantir!le!haut!débit!mobile!en!Haïti.!Les!principaux!défis!à!relever!
sont! les! suivants!:! déploiement! d’une! dorsale! nationale,! disponibilité! de! ressources! spectrales,!
accès! aux! ! services! dans! les! zones! éloignées! capacité! d’exploitation! des! services! d’Internet,!
pouvoir!d’achat!des!consommateurs!et!capacité!des!connexions!internationales!
1. Déploiement d’une dorsale nationale
La! fourniture! du! haut! débit! est! tributaire! de! l’existence! d’une! dorsale! nationale! (Backbone!
nationale).! En! effet,! ce! réseau! national! ! de! transmission,! donc! ce! grand! tuyau! a! pour! fonction!
d’alimenter! toutes! les! zones! en! signal! à! haut! débit.! Par! rapport! aux! attentes! et! aux! moyens!
disponibles,!cette!dorsale!nationale!devrait!être!déployée!en!fibre!optique.!
Une! dorsale! nationale! en! fibre! optique! est! la! meilleure! option! pour! Haïti.! Elle! alimentera! les!
stations! de! base! 4G! installées! à! travers! le! pays.! Les! stations! de! base! 4G! devront! par! la! suite!
rayonner! dans! tous! les! zones! des! signaux! radioélectriques! pour! permettre! aux! utilisateurs!
d’accéder!au!haut!débit!!en!mode!mobile.!
Les! opérateurs! ont! déjà! commencé! à! déployer! la! fibre! optique! à! travers! tout! le! pays! pour!
connecter!toutes!les!stations!de!base!en!haut!débit.!
2. Disponibilité de Ressources spectrales
Le! spectre! de! fréquences! radioélectrique! est! une! ressource! rare! et! indispensable! au!
déploiement!des!réseaux!de!télécommunications.!Ainsi,!à!chaque!service!de!télécommunications!
est! allouée! une! gamme! de! fréquence! spécifique! en! raison! des! performances! radioélectriques!
recherchées.!
!
!
iv!
La!partie!du!spectre!de!fréquence!exploitée!mondialement!pour!le!déploiement!des!réseaux!!4G!
est! actuellement! occupée! en! Haïti! par! les! stations! de! télévision! analogiques.! Pour! pouvoir!
disposer! de! ces! fréquences! pour! les! réseaux! 4G,! il! faut! nécessairement! procéder! au!
déplacement!des!chaines!de!télévision!analogique.!La!transition!de!la!télévision!analogique!vers!
la! télévision! numérique! permet! donc! de! libérer! cette! bande! de! fréquence.! Ainsi,! la! télévision!
numérique!occupera!d’autres!bandes!de!fréquences.!La!bande!de!fréquence!ainsi!!libérée!sera!
exploitée!pour!les!réseaux!4G.!
En! Haïti,! le! processus! de! transition! de! la! télévision! vers! le! numérique! est! déjà! enclenché.!
Actuellement,! le! Régulateur! du! secteur! des! télécommunications,! le! CONATEL! et! la! chaine! de!
télévision! publique,! Télévision! nationale! d’Haïti! (TNH)! sont! en! train! de! tester! la! télévision!
numérique.! A! la! fin! de! l’expérience! pilote! dans! la! zone! métropolitaine! de! Port! au! prince,! la!
télévision! numérique! terrestre! (TNT)! sera! lancée! à! l’échelle! nationale.! Après! le! passage! des!
chaines!de!télévision!analogique!au!numérique,!les!opérateurs!pourront!exploiter!la!bande!700!
MHz!pour!déployer!des!réseaux!4G.!
3. Accès aux services de télécommunications dans les zones éloignées
L’accès!et!l’utilisation!de!services!sont!ce!qui!justifie!la!raison!d’être!de!ces!technologies.!En!Haïti,!
la! disponibilité! des! services! dans! toutes! les! zones! habitées! est! le! maillon! faible! de! tous! les!
fournisseurs.! Dans! les! zones! desservies! par! les! opérateurs,! les! utilisateurs! se! plaignent! de! la!
mauvaise! qualité! des! services! fournis.! Certains! services! ne! sont! pas! déployés! dans! certaines!
zones.!Les!principes!de!base!de!l’accès!et!du!service!universel!ne!pas!encore!une!réalité!!en!Haïti.!
Certains!endroits!du!territoire!sont!victimes!d’un!traitement!discriminatoire!à!cause!de!leur!fable!
pouvoir! d’achat! ou! de! la! faible! capacité! de! consommation! de! certains! services! considérés!
comme!avancés!par!rapport!à!d’autres.!
Les! opérateurs! de! télécommunications! doivent! s’engager! à! déployer! leurs! infrastructures! sur!
toute!l’étendue!du!territoire!national!afin!de!garantir!un!accès!équitable!à!tous.!
Un! taux! de! pénétration! élevé! du! haut! débit! mobile! dans! les! zones! reculées! pourra! aider! à!
combler!le!fossé!numérique!entre!les!utilisateurs!de!Port!au!prince!et!ceux!se!trouvant!dans!les!
autres!départements!géographiques.!
4. Capacité d’exploitation des services d’Internet
L’exploitation! optimale! des! services! et! applications! des! TIC! requiert! un! certain! niveau! de!
connaissance!et!de!compétence.!Malheureusement,!Haïti!a!un!taux!d’analphabétisme!élevé,!ce!
qui! représente! un! frein! à! la! pleine! utilisation! des! TIC! par! un! grand! pourcentage! ! des!
consommateurs!haïtiens.!
!
!
v!
Une! formation! ! en! technologies! de! l’information! et! de! la! communication! manque! à! ceux! qui!
savent! lire! et! écrire.! De! nombreux! professionnels! peinent! à! utiliser! les! services! par! manque!
d’initiation!aux!technologies!de!l’information!et!de!la!communication.!!!!!!
Cette!situation!prive!de!nombreux!utilisateurs!potentiels!de!la!possibilité!de!pouvoir!bien!profiter!
des!bénéfices!et!opportunités!du!secteur.!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
5. Pouvoir d’achat des consommateurs
Les! consommateurs! haïtiens! disposent! d’un! faible! pouvoir! d’achat,! ce! qui! ne! manque! pas!
d’impacter! négativement! la! consommation! des! produits! et! services! du! secteur! des!
télécommunications/TIC.! La! situation! socio! –économique! précaire! du! pays! empêche! les!
potentiels! consommateurs! de! bien! profiter! des! progrès! du! secteur.! Les! conditions! socio! –
économiques!sont!telles!que!les!haïtiens!ayant!un!faible!revenu!accordent!la!priorité!!à!ce!qui!est!
vital!tel!que!les!besoins!fondamentaux.!Devant!le!pouvoir!d’achat!limité!des!consommateurs,!les!
fournisseurs!de!service!se!contentent!de!fournir!les!services!TIC!de!base.!
Par!rapport!aux!autres!marchés,!le!coût!du!MB!de!données!(Mégabyte)!est!trop!élevé!en!Haïti.!
Cette!situation!n’est!pas!sans!conséquence!négative!sur!!la!consommation.!Le!forfait!journalier!
de! MB! offert! aux! utilisateurs! se! révèle! nettement! insuffisant! pour! la! quantité! de! transactions!
qu’ils!effectuent.!Après!épuisement!de!cette!allocation,!les!consommateurs!doivent!payer!au!MB!
toutes!autres!!consommations!de!données.!
L’abonnement! mensuel! à! l’Internet! est! une! option! peu! utilisée! en! Haïti! en! raison! du! tarif!
prohibitif!pratiqué!sur!le!marché.!
L’acquisition!des!terminaux!mobiles!est!un!autre!défi!de!taille.!L’accès!et!l’utilisation!de!l’Internet!
à! haut! débit! sont! tributaires! d’un! téléphone! intelligent! (smartphone).! Le! coût! de! ce! terminal!
cellulaire! sophistiqué! est! prohibitif! en! Haïti! en! raison! du! faible! pouvoir! d’achat! des!
consommateurs.!
6. Capacité des connexions internationales
Les!connexions!internationales!sont!un!autre!maillon!de!la!chaine!qui!ne!doit!pas!être!négligé.!!
L’Internet! est! disponible! en! Haïti! par! des! liaisons! internationales! mises! en! place! entre! les!
fournisseurs! étrangers! et! les! opérateurs! locaux." ! Les! signaux! transportant! l’Internet! en! Haïti!
transitent! à! travers! des! satellites! ou! des! câbles! en! fibre! optique.! Actuellement,! il! existe! deux!
câbles!optiques!internationaux!desservant!Haïti.!Chacun!des!opérateurs!de!téléphonie!exploite!
un!câble!optique!sous!–marin!pour!pouvoir!desservir!sa!clientèle.!
Concernant! la! capacité! des! connexions! internationales,! les! opérateurs! de! téléphonie! mobile!
peuvent!intervenir!sur!deux!fronts!:!
!
!
vi!
D’abord,!il!s’agit!de!faire!une!exploitation!optimale!des!dizaines!de!Gigabits!par!seconde!dont!ils!
disposent!pour!!desservir!la!population!haïtienne!en!haut!débit!mobile!à!travers!tout!le!pays.!
Ensuite,! ils! devront! envisager! l’augmentation! de! la! bande! passante! internationale! en! vue! de!
répondre!aux!demandes!futures!des!utilisateurs.!
L’Internet! par! satellite! en! Haïti! entre! dans! le! cadre! de! connexions! privées! de! certaines!
organisations!internationales.!
Conclusion!
Le!trafic!de!télécommunications!augmente!chaque!jour!davantage!grâce!à!la!multiplication!des!
moyens! de! communications! électroniques! mis! à! la! disposition! des! utilisateurs.! L’échange! de!
données!entre!les!terminaux!mobiles!est!la!tendance!incontournable!pour!tous!les!marchés!du!
monde.!
Le! marché! des! télécommunications! haïtien! doit! relever! le! défi! du! haut! débit! parce! que! trop!
d'opportunités!dépendent!de!cet!accès!à!grande!vitesse:!amélioration!de!la!qualité!de!services,!
développement! de! nouveaux! services,! services! en! ligne,! administration! électronique,! etc.! Les!
technologies!qui!permettent!l'accès!à!haut!débit!sont!disponibles!et!ont!déjà!donné!des!résultats!
dans!d'autres!pays.!Elles!doivent!être!déployées!en!Haïti.!Le!déploiement!réel!des!réseaux!de!4G!
en!Haïti!devrait!aider!à!mettre!à!la!disposition!des!utilisateurs!haïtiens!où!qu'ils!se!trouvent!sur!le!
territoire!des!services!à!haut!débit.!La!4G!déployée!à!titre!expérimental!dans!certaines!zones!du!
pays!devra!être!sous!peu!!une!réalité!pour!tous!les!consommateurs.!
Le!haut!débit!a!des!impacts!considérables!sur!l’économie!et!l’éducation.!Tous!les!acteurs!de!la!
chaine!bénéficieront!des!retombées!positives!de!services!mobiles!à!haut!débit!en!Haïti.!
!
!
vii!
Haïti fait face à des défis de développement économique et social parmi les plus importants au monde.
Malgré un afflux d’aide à la suite du tremblement de terre de 2010, la croissance et le progrès continuent
d’être minimums, au mieux. Avec autant d’acteurs et un large éventail de défis allant de la sécurité
alimentaire et de l’accès à l’eau potable à la santé, l’éducation, la dégradation de l’environnement et les
infrastructures, quelles devraient être les premières priorités pour les décideurs, les donateurs
internationaux, les ONG et les entreprises ? Avec un temps et des ressources limités, il est crucial que
l’attention soit régie par ce qui fera le plus grand bien pour chaque gourde dépensée. Le projet Haïti
Priorise travaillera avec les parties prenantes partout dans le pays pour trouver, analyser, classer et
diffuser les meilleures solutions pour le pays. Nous impliquons les Haïtiens de toutes les parties de la
société, par le biais des lecteurs de journaux, ainsi que des ONG, des décideurs, des experts de secteurs
et des entreprises afin de proposer les meilleures solutions. Nous avons nommé quelques-uns des
meilleurs économistes d’Haïti et du monde pour calculer les coûts et les avantages de ces propositions
au niveau social, environnemental et économique. Cette recherche aidera à établir des priorités pour le
pays grâce à une conversation à l’échelle nationale sur ce que sont les solutions intelligentes - et moins
intelligentes - pour l’avenir d’Haïti.
Po u r p lu s d ’ in fo rm a t io n s vis it e z w w w .H a it iPrio ris e .c o m
COPENHAGEN
CONSENSUS
CENTER
Copenhagen Consensus Center est un groupe de réflexion qui étudie et publie les meilleures politiques et
opportunités d’investissement basées sur le bien de la société (mesurées en dollars, mais en intégrant
également par exemple : la protection de l’environnement, la santé et le bien-être) pour chaque dollar
dépensé. Copenhagen Consensus a été conçu pour répondre à un sujet fondamental, mais négligé dans
le développement international : dans un monde qui a une courte durée d’attention et des budgets
limitées, nous devons trouver des moyens efficaces pour faire le plus de bien au plus grand nombre.
Copenhagen Consensus fonctionne avec plus de 300 des plus grands économistes au monde, y compris
7 lauréats du prix Nobel pour donner la priorité aux solutions des plus grands problèmes mondiaux, sur
la base de l’analyse de données et©du rapport
coût-avantage.
Copenhagen
Consensus Center 2017