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Intervention du Gouverneur Ronald Gabriel à la 66e
Réunion des Gouverneurs des Banques centrales de la
CARICOM
Banque de la République d’Haïti (BRH), discours du Gouverneur Ronald Gabriel
Publié le 24 mai 2026
Source : https://www.brh.ht/intervention-du-gouverneur-ronald-gabriel-a-la-66e-reunion-desgouverneurs-des-banques-centrales-de-la-caricom/
Mai 2026
Introduction
Je suis heureux de prendre part à cette réunion et d’avoir l’opportunité d’échanger sur des
enjeux qui se situent au cœur de nos préoccupations financières et macroéconomiques
communes.
L’environnement international se caractérise par une complexité croissante : intensification
de la fragmentation géopolitique, reconfiguration des chaînes commerciales, durcissement des
politiques migratoires, montée des risques pesant sur l’indépendance des banques centrales,
ainsi que résurgence de chocs sur les matières premières. Ces évolutions se traduisent
désormais par des pressions macroéconomiques tangibles pour les populations que nous
servons. Pour Haïti, elles viennent exacerber une crise domestique déjà profonde.
Chocs externes et vulnérabilité d’Haïti
Le choc pétrolier en cours illustre la forte exposition des petites économies importatrices
d’énergie aux tensions géopolitiques. Les perturbations observées dans le détroit d’Ormuz, à la
suite de l’intensification du conflit avec l’Iran depuis mars 2026, ont entraîné une hausse
marquée des cours mondiaux du pétrole.
Dans le cas d’Haïti, où les importations de produits pétroliers demeurent structurellement
élevées, la transmission a été rapide, les ajustements des prix des carburants intervenus en
avril venant accentuer les pressions inflationnistes. Combinés à la progression des prix
alimentaires à l’échelle mondiale, ces chocs contribuent à une érosion du pouvoir d’achat des
ménages et compromettent les acquis récents en matière de désinflation. Après avoir reculé de
32,2 % en octobre 2025 à 20,6 % en mars 2026, l’inflation devrait renouer avec une trajectoire
haussière.
Parallèlement, le Fonds monétaire international a procédé à une révision à la baisse de ses
perspectives de croissance mondiale, désormais projetées à 3,1 % pour 2026, dans un contexte
où la balance des risques pour les économies vulnérables demeure nettement orientée à la
baisse.
Défis régionaux au sein de la CARICOM
À l’échelle de la CARICOM, ce contexte international exerce des pressions généralisées, à
travers la hausse des coûts énergétiques, le maintien de tensions inflationnistes et un
environnement externe marqué par une incertitude accrue. Si plusieurs économies de la
région continuent d’afficher une dynamique de croissance, soutenue par le tourisme, les
exportations de matières premières et l’amélioration des positions budgétaires, ces
performances s’inscrivent dans un environnement plus volatil et moins favorable.
En revanche, Haïti demeure engagée dans une phase de contraction prolongée, accompagnée
d’une vulnérabilité sociale croissante. Cette divergence ne reflète pas une différence
d’exposition aux chocs exogènes, mais plutôt une hétérogénéité dans les capacités
d’absorption et d’ajustement, mettant en évidence une résilience régionale inégale et une
charge disproportionnée supportée par les économies les plus fragiles.
Renforcement de la coopération régionale
Dans ce contexte, une mobilisation plus stratégique des leviers régionaux apparaît nécessaire.
L’émergence de Guyana en tant que producteur énergétique constitue non seulement une
réussite nationale, mais également un actif stratégique pour l’ensemble de la région.
Dans un environnement où les chocs sur les prix de l’énergie déstabilisent les économies les
plus vulnérables, le renforcement de la coopération énergétique régionale, conjugué à une
intégration commerciale plus approfondie et à une meilleure coordination des politiques
économiques, s’impose comme une priorité. La réduction de la dépendance aux chocs
externes et l’accélération de la diversification économique doivent constituer des axes
structurants de notre agenda régional.
Vers une représentation accrue dans les instances internationales
Parallèlement, notre réponse doit s’inscrire dans une dimension globale. Les banques
centrales de la CARICOM doivent renforcer leur présence dans les instances internationales,
en plaidant pour un accès accru aux financements liés à la résilience climatique, des cadres de
traitement de la dette plus flexibles, ainsi que des réformes des marchés internationaux dont
les dysfonctionnements affectent de manière disproportionnée les petites économies.
La solidarité régionale doit ainsi se traduire par un plaidoyer coordonné et structuré à l’échelle
internationale.
L’agenda de résilience d’Haïti
Dans ce cadre, la Banque de la République d’Haïti poursuit la mise en œuvre d’un agenda de
résilience ciblé. L’orientation de la politique monétaire, combinée à la progression soutenue
des transferts de la diaspora, a contribué à préserver une relative stabilité du taux de change.
Les réserves internationales couvrent actuellement plus de six mois d’importations, tandis que
le secteur financier demeure globalement liquide et rentable.
Il est important de noter l’engagement constant de la diaspora haïtienne, dont les flux, à
l’instar de l’ensemble de la Caraïbe, continuent de jouer un rôle d’amortisseur
macroéconomique essentiel, malgré un environnement international marqué par un
durcissement des politiques migratoires.
Par ailleurs, des dispositifs de crédit ciblés sont déployés afin de soutenir les secteurs
prioritaires, avec un accent particulier sur la décentralisation économique et le financement
des entreprises dirigées par des femmes.
Transformation numérique et inclusion financière
La transformation numérique constitue un pilier central de cette stratégie. Haïti engage une
modernisation progressive de son écosystème de paiement, à travers des initiatives inspirées
de modèles éprouvés tels que M-Pesa au Kenya et PIX au Brésil, visant à réduire la
dépendance à la circulation fiduciaire dans un contexte sécuritaire contraint, tout en
favorisant l’inclusion financière.
À l’échelle régionale, le renforcement de l’interopérabilité des systèmes de paiement, conjugué
à une harmonisation des cadres réglementaires applicables aux fintechs, permettrait de
réduire les coûts de transaction, de fluidifier les échanges intra-régionaux et de renforcer la
résilience du système financier régional.
Conclusion
La conjoncture actuelle constitue un moment de clarification stratégique. Elle met en évidence
que l’approfondissement de l’intégration commerciale, le renforcement de la coopération
énergétique et la coordination du plaidoyer international ne relèvent plus du choix, mais de la
nécessité.
Haïti réaffirme son engagement en faveur de cette dynamique collective et compte sur ses
partenaires de la CARICOM pour en assurer la traduction en actions concrètes et
coordonnées.
Je vous remercie.