(2008) Research Paper No. 1: Inflation and Exchange Rates
Summary — This research paper examines the relationship between inflation and exchange rates in Haiti, focusing on the impact of inflation on exchange rate fluctuations and the determinants of inflation. It uses econometric models to analyze data from 1997 to 2007.
Key Findings
- Inflation in Haiti is significantly influenced by exchange rate depreciations.
- Monetary policy plays a crucial role in managing inflation and exchange rate stability.
- The study identifies specific transmission mechanisms between inflation and exchange rates.
- The VEC model provides insights into the dynamic interactions between key macroeconomic variables.
Full Description
This research paper investigates the relationship between inflation and exchange rates in Haiti, employing econometric models to analyze monthly data from 1997 to 2007. It examines the impact of inflation on exchange rate fluctuations, considering factors such as monetary policy, exchange rate regimes, and economic conditions. The study uses Vector Error Correction (VEC) models and Granger causality tests to assess the dynamic interactions between these variables. The findings provide insights into the transmission mechanisms of inflation and the effectiveness of monetary policy in stabilizing prices and exchange rates in the Haitian context.
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C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
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Préface
Préface
ans le cadre de ses efforts de dissémination des informations et de sa contribution
à l’enrichissement du débat sur les phénomènes macroéconomiques et financiers
relatifs, principalement, à notre économie, la Banque de la République d’Haïti
prend plaisir à communiquer au public le premier numéro du « Cahier de recherche de la
BRH ». Cette première sortie qui se veut plutôt thématique autour de la problématique de
l’inflation et de ses relations avec le taux de change, de la rigidité des prix et de ses
déterminants, offre à l’institution l’occasion de partager avec les agents économiques le
fruit des réflexions et les résultats des investigations de ses cadres. Il est entendu que les
vues exprimées au cours des travaux ne reflètent pas nécessairement l’opinion officielle de
la Banque Centrale et n’engagent que leurs auteurs.
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L’inflation et le change sont au cœur des politiques publiques visant à la fois la stabilisation
macroéconomique et la croissance du produit intérieur brut avec des préoccupations liées,
entre autres, au pouvoir d’achat, au chômage, à la compétitivité et à l’équilibre. Depuis le
détachement de la gourde par rapport à la parité fixe, devenu insoutenable à cause de
l’apparition de maints déséquilibres, notamment celui des finances publiques, le taux de
change et l’inflation ont évolué assez rapidement à la hausse.
Au cours des vingt dernières années, l’économie nationale a connu des périodes de forte
inflation, suivies d’épisodes d’inflation modérée, en tout cas plus élevée que celle de nos
principaux partenaires et de la plupart des pays de la région. Par exemple, les prix ont
fortement progressé durant les périodes 1991-1994 et 2003-2005, avec des taux d’inflation
atteignant des pics de 51,85 % et 38,40 % respectivement, tandis qu’ils ont crû à des rythmes
un peu plus faibles au cours des périodes 1997-2002 et 2006-2007. Sur le marché des
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changes, le taux, coté à l’incertain, atteignait en février 2003, jusqu’à 50 gourdes pour un
dollar malgré une politique à tendance générale d’appréciation du taux de change réel.
Au cours des quatre dernières années, une politique monétaire prudente combinée à la
posture budgétaire beaucoup moins expansionniste ont permis un taux d’inflation
relativement faible et qui évolue depuis le deuxième trimestre de 2007 au dessous de 10 %
en glissement annuel. Le ralentissement apparent de la demande, accompagné d’une
appréciation substantielle de la gourde, 8,06 % en moyenne entre 2006 et 2007, semble
y avoir également contribué en dépit des répercussions asymétriques des mouvements du
change sur les prix.
Toutefois, la performance de cette période reste fragile d’une part, dans le contexte de
cette économie petite et ouverte, de la forte volatilité des prix des produits pétroliers sur
le marché international et de la hausse des prix des produits de base et, d’autre part, dans
le contexte d’une économie dollarisée à près de 50 %, de rigidité d’offre, et donc de limitation
des rentrées de devises atténuée par les dons et les transferts sans contrepartie.
Ces constats interpellent conséquemment la réflexion des économistes et l’attention des
« policy makers ». Les recherches empiriques de nos collègues sont conduites à la lumière
des développements théoriques les plus récents et à l’aide des derniers outils statistiques
et économétriques qui ont permis des tentatives éclairantes aidant à la compréhension et
à la quantification des phénomènes économiques. Néanmoins, l’économie n’étant pas
une science exacte, les conclusions ne sauraient être définitives et s’enrichiront de vos
commentaires et critiques.
Le « Cahier de Recherche de la BRH » renoue avec une longue tradition de publication de
travaux de recherche économétrique à la Banque Centrale et trouvera la place qui lui
revient dans la communauté des chercheurs, des décideurs et des agents économiques en
général.
Ronald Gabriel
Directeur
Monnaie et Analyse Économique (MAE)
rgabriel@brh.net
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« Evaluation empirique
de l’impact de l’inflation
sur le taux de change de 1997 à 2007 »
Ludmilla Buteau
Résumé
Compte tenu du degré d’ouverture de notre économie, les chocs externes nous sont transmis avec moins
de retard mais avec des effets qui mettent beaucoup plus de temps à se dissiper. L’interaction entre les
sphères externe, réelle et monétaire devient plus importante, et fait l’objet de plusieurs études par les
économistes de diverses banques centrales des pays à taux de change flexible, notamment en Haïti.
L’importance des effets du taux de change sur les prix relatifs s’accroît de plus en plus. Toutefois, selon la
théorie de la parité du pouvoir d’achat, une variation de l’inflation entraînerait une fluctuation dans les
mêmes proportions du taux de change. Dans cette étude, nous avons vérifié cette hypothèse par un essai de
mesure de l’impact de l’inflation sur le taux de change. Selon nos principales conclusions et observations
tirées d’un modèle à correction d’erreur VEC, nous avons constaté qu’un choc sur le niveau des prix a
une incidence sur le comportement du change, en tenant compte des variations de la masse monétaire
M2, et du taux directeur de la banque centrale. Nos résultats indiquent qu’une hausse du taux d’inflation
entraîne une hausse du taux de change (dépréciation de la monnaie locale), qui dure environ 7 mois.
Par la suite, compte tenu de la réaction des autorités monétaires, l’effet tend à se dissiper et on observe
une baisse du taux de change (appréciation de la monnaie locale).
Mots clés: inflation, taux de change, parité du pouvoir d’achat, modèle à correction d’erreur
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Sommaire
Sommaire
1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .6
2. Cadre théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .6
2.1 Définition et déterminants principaux du taux d’inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .6
2.2 Définition et déterminants principaux du taux de change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .7
2.3 Taux de change et la parité du pouvoir d’achat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .8
2.3.1Offre de monnaie et change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9
2.3.2 Relation entre taux de change et Inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .10
3. Revue de littérature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11
3.1 Complexité de l’impact de l’inflation sur le taux de change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11
4. Faits stylisés de l’économie haïtienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .12
4.1 Evolution du taux de change, du taux d’inflation, de la masse monétaire M2 et du taux directeur12
5. Estimation et Résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .17
5.1 Choix des variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .17
5.2 Estimation de l’impact de l’inflation sur le taux de change à partir de la modélisation VEC . . . . .17
5.2.1 Test de stationnarité des variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .17
5.2.2 Détermination du nombre de retards et présentation du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .18
5.2.3 Test de Cointégration de Granger / Test de Cointégration de Johansen . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .18
5.2.4 Résultat des tests de Causalité de Granger et Ordre des Variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .19
5.3 Résultat de l’estimation / Quelques Statistiques de l’Estimation du modèle VEC . . . . . . . . . . . . .20
5.3.1 Fonctions de réponse impulsionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .20
5.3.2 Décomposition de la Variance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .21
6. Conclusion et Remarques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .22
7. Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .23
8. Annexe statistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .25
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1. Introduction
Le suivi du pass-through du taux de change par exemple, est un élément essentiel à la conduite de la politique
monétaire compte tenu du fait que les fluctuations du taux de change influent énormément sur le niveau
des prix. Cette situation est d’autant plus importante dans le cas des Banques Centrales ayant une cible
d’inflation, comme en Haïti. En effet, le taux de change de part son impact et sa disponibilité régulière,
est considéré comme un indicateur de l’orientation future de la politique monétaire (restrictive lors d’une
dépréciation). Cependant, la relation « taux de change et inflation » n’est pas unidirectionnelle, suivant
l’avis de plusieurs économistes étrangers (Waldman et Clarida 2006) qui ont étudié l’impact du taux d’inflation
sur le taux de change. Leur cadre théorique s’appuyait sur l’hypothèse de cointégration entre ces variables.
Cette hypothèse satisfaite, les résultats devraient conclure que la condition de la parité du pouvoir d’achat
est remplie. D’après cette théorie, une évolution au niveau des prix devrait entraîner une variation dans
les mêmes proportions du taux de change. Ainsi, au niveau de cette étude, nous nous donnons pour
objectif de vérifier l’importance des fluctuations des prix sur la variabilité du taux de change, et son
ampleur dans l’économie haïtienne. Ce sujet se révèle également pertinent compte tenu du ralentissement de
la hausse des prix observée depuis le mois de mai de l’exercice 2005–2006 et de la tendance à l’appréciation
de la monnaie locale. Nos estimations visent, en outre, à connaître les délais de réaction de l’un de ces
prix par rapport aux variations de l’autre. Nos résultats nous permettront alors de mieux comprendre les
mécanismes liant ces deux variables.
Ce travail de recherche comprend six points. Aux points 1 et 2, on retrouve le cadre théorique constitué
des définitions du taux de change, du taux d’inflation, leurs déterminants et l’interaction entre le change
et d’autres variables monétaires. Il s’en suit au point 3 une revue de la littérature concernant le taux de
change, le taux d’inflation et la politique monétaire. Quelques faits stylisés de l’économie haïtienne et
une vérification empirique du phénomène en utilisant différents modèles appropriés se trouvent
respectivement aux points 4 et 5. La conclusion suit au point 6.
2. Cadre théorique
2.1 Définition et déterminants principaux du taux d’inflation
L’inflation est le résultat d’un déséquilibre entre l’offre et la demande de biens et services qui se manifeste
par une hausse du niveau des prix. Les sources de l’inflation sont diverses : selon la théorie économique
la variation de l’indice des prix peut résulter généralement d’une hausse des prix de certains intrants,
particulièrement des produits pétroliers; d’une croissance de l’offre monétaire due au financement
monétaire du déficit public, ou d’une hausse de prix enregistrée dans les pays partenaires (degré du
pass-through). Elle peut également être consécutive à une hausse des salaires et des intrants et des
anticipations adaptatives ou rationnelles.
Le facteur principal à la base de toute pression inflationniste dans la plupart des pays en développement
demeure le déficit budgétaire. En effet, dans le cas d’Haïti, plus particulièrement, le déficit budgétaire est
financé par la création monétaire. Cette augmentation de la monnaie en circulation va accroître le pouvoir
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d’achat des agents économiques, donc de la demande. L’offre étant rigide à court terme, cette pression
de la demande sur l’offre disponible engendrera la montée des prix.
Comme autre source d’inflation, nous avons choisi de parler de celle relative à la hausse des prix des produits
importés, compte tenu du poids de l’importation dans l’offre globale en Haïti. En effet, une augmentation
des prix dans les pays partenaires d’Haiti va entraîner une détérioration de la balance commerciale, de
la balance des paiements qui est le principal déterminant du taux de change. Une hausse du taux de
change provoquera une hausse des prix locaux, dont l’ampleur dépendra du degré du pass-through dans
l’économie. L’un des déterminants importants à la variation des prix depuis quelques années est celle des
prix des produits pétroliers. En effet, durant ces dix dernières années, les hausses significatives du cours
du pétrole ont été à la base de l’augmentation des prix dans presque tous les pays, surtout ceux qui ne
produisent pas l’or noir.
Par ailleurs, les différentes sources d’inflation donnent lieu aux différentes appellations. Il peut s’agir d’inflation
par les coûts, inflation refoulée, inflation par la demande, inflation structurelle et inflation importée qui
est sus-mentionnée.
2.2 Définition et déterminants principaux du taux de change
D’une manière générale, le taux de change se définit comme étant le prix de la monnaie nationale par
rapport à une autre devise, c’est la cotation à l’incertain. Il y a également la cotation au certain. Le taux
de change est un prix relatif qui affecte l’allocation des ressources à moyen terme. On distingue plusieurs
types de taux de change. Il peut s’agir du taux de change fixe, qui était en vigueur avant la seconde guerre
mondiale, ou de taux de change flexible par rapport au dollar à la fin des années 1970. Selon les modes
de calcul, on les classe comme taux de change réel ou nominal, effectif ou bilatéral. Il y a également les
taux de change au comptant (spot) ou à terme.
En régime de change fixe, le taux de change est établi par les autorités monétaires du pays qui essaient
de maintenir la parité de la monnaie nationale par rapport à un panier de devises ou une monnaie
étrangère. Les pouvoirs publics sont en mesure d’intervenir sur le marché, et peuvent même dévaluer leur
monnaie au cas où ceci aiderait l’économie. Dans ce cas, la Banque centrale utilise ses réserves de
change afin de résorber les écarts entre l’offre et la demande de devises en cas de déséquilibres. Si les
réserves en devise se révèlent de préférence insuffisantes, les pouvoirs publics peuvent choisir de s’endetter
soit sur les marchés financiers internationaux, soit auprès du FMI ou d’autres banques centrales. En
change fixe, la hausse des réserves de change implique une hausse des termes de l’échange, due à la variation
du solde de la balance des paiements.
Lorsqu’il s’agit de flexibilité du taux, le marché des changes qui devient le lieu de rencontre des offres et
des demandes de devises, détermine le taux de change. Les banques qui sont les principaux opérateurs,
interviennent pour le compte de leurs clients et pour leur propre compte en effectuant des opérations de
couverture, d’arbitrage et de spéculation. En régime de change flottant, les déterminants du taux de
change se résument à l’état de la balance des paiements, le différentiel d’inflation avec les principaux
pays partenaires et les variations du taux d’intérêt et des anticipations des agents.
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Selon l’approche des biens et services de la balance des paiements, le taux de change tend vers la dépréciation
ou l’appréciation selon que la balance des biens et services est déficitaire ou excédentaire. D’un autre
côté, l’approche monétaire stipule que la croissance des différents agrégats monétaires entraîne la
dépréciation de la monnaie nationale sur le marché des changes.
Ainsi, le différentiel d’inflation, relevant de la théorie de la parité des pouvoirs d’achat, constitue le deuxième
déterminant des taux de change au comptant et à terme. En d’autres termes, la variation du différentiel
d’inflation devrait traduire une modification de même ampleur du taux de change.
En ce qui a trait aux variations des taux d’intérêt, il convient d’avancer que tout écart de rendement sur
les placements de même risque sur deux places financières induit des mouvements de capitaux vers les
pays offrant de meilleurs taux, par conséquent des variations du taux de change.
Les anticipations de change et les chocs externes constituent aussi des déterminants du taux de change.
Une hausse de la demande étrangère, par exemple, entraîne une hausse du niveau de production, donc
des exportations. Ceci suppose, les importations augmentant au même rythme, une amélioration des termes
de l’échange, ce qui permet une hausse de la valeur de la monnaie locale. L’équilibre de long terme sur
les marchés des changes et financiers ne dépend donc pas de la fonction de demande d’actifs étrangers,
à condition toutefois que la sensibilité de celle-ci au différentiel de rentabilité soit faible. Une hausse des
prix étrangers accroît la dépréciation de la monnaie locale. Par la suite, une courte phase transitoire permet
grâce aux gains de compétitivité et à un excédent commercial de reconstituer le pouvoir d’achat des
avoirs détenus à l’étranger. Les anticipations de change et d’inflation peuvent aussi contribuer à faire
fluctuer le taux de change. En effet, les simples consommateurs sont les agents économiques qui
reçoivent le mieux les signaux de l’économie. A la suite d’un choc (interne ou externe) et/ou selon des
effets saisonniers, ils peuvent prévoir la possibilité d’une augmentation (ou diminution) de l’inflation qui
les pousse à accumuler, à dépenser ou à épargner en monnaie locale ou étrangère.
2.3 Taux de change et la Parité du Pouvoir d’achat
La théorie à la base de notre étude est celle de Gustav CASSEL (1918) sur la Parité du Pouvoir d’Achat (PPA).
La parité des pouvoirs d'achat explique que les variations du taux de change entre deux devises A et B
dépendent du différentiel d'inflation existant entre ces économies. En d’autres termes, cette parité est
assurée par les fluctuations du taux de change qui neutralisent les écarts entre les prix à la consommation
de ces pays.
De cette manière, tout différentiel de taux d’inflation entre deux pays devrait être compensé, dans le long
terme, par une variation du taux de change de même importance. C’est la modification du rapport de prix
entre les deux pays qui va influencer le taux de change.
Ainsi, lorsqu’un pays A donné connaît une inflation supérieure à celle d’un pays partenaire B, les habitants
auront tendance à vouloir se procurer des biens du pays B. Ce qui entraînera alors une baisse des
exportations de A et une hausse de ses importations qui seront à meilleur prix à l’extérieur, d’où une
dépréciation de la monnaie du pays A par rapport à celle du pays étranger, B.
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Explication du mécanisme :
o
o
o
Si un pays D a un taux d’inflation plus élevé que celui d’un pays E :
Le pays D augmentera ses importations de produits du pays E, puisque les prix y sont moins élevés
Les exportations du pays D diminueront car les prix des produits seront plus élevés.
Cela a pour conséquence un déficit de la balance commerciale du pays D par rapport à celle du
du pays E et la réalisation d’une nouvelle parité des monnaies ( augmentation de la demande de
monnaie du pays E et baisse de celle du pays D, la valeur de la monnaie locale va donc baisser,
le prix du pays D exprimé dans la monnaie du pays E va se remettre à diminuer de manière à
atteindre un équilibre )
Ce mécanisme peut être expliqué par l’équation du taux de change réel :
Prix des biens en
monnaie étrangère
Taux de change réel = ------------------------------ * Taux de change nominal
Prix des biens
en monnaie locale
2.3.1 Offre de monnaie et taux de change
Le lien entre parité du pouvoir d’achat et inflation tient compte également de l’évolution de la masse
monétaire. En effet, une variation des prix de l’extérieur peut entraîner une hausse des prix intérieurs à
court terme, le taux de change réel étant constant dans un cas de respect de la PPA.
L’offre de monnaie est une des variables clés pour comprendre le comportement du taux de change dans
les économies ouvertes. Selon l’approche monétaire de la balance des paiements, la valeur du taux de
change étant fonction de l’offre de monnaie, elle s’apprécie lorsque la masse monétaire diminue et se
déprécie dans le cas contraire. Or, la relation entre la masse monétaire et l’inflation montre qu’une baisse
de l’offre de monnaie entraîne aussi celle du rythme de croissance du niveau des prix, ce qui traduit une
décélération du taux d’inflation. Le mécanisme liant l’offre de monnaie et le change s’explique d’abord
par la condition de parité du taux d’intérêt. En effet, une approche par les actifs permet d’appréhender
la théorie sous-jacente à cette condition de base d’équilibre. Elle stipule qu’il y a équilibre sur le marché
des changes si les dépôts en différentes devises offrent le même taux de rendement. Si les dépôts en monnaie
locale offrent des taux d’intérêt inférieurs à ceux des dépôts en devise étrangère, les agents (rationnels)
voudront constituer des dépôts en devise étrangère et iront même jusqu’à convertir leurs dépôts en
monnaie étrangère. Ce même scénario, avec les rôles inversés des deux devises, entraînera un déséquilibre,
qui sera perçu aussi par les opérateurs sur le marché des changes qui seront à leur tour prêts à détenir
l’un ou l’autre des dépôts.
Intuitivement, ceci impliquerait qu’un meilleur rendement des dépôts en monnaie locale entraîne l’appréciation
de celle-ci par rapport à l’autre devise. Ainsi, un équilibre des taux de rendement permet de garder
l’équilibre sur le marché des changes. Cette situation se définit comme l’atteinte de la parité des taux
d’intérêt, du pouvoir d’achat compte tenu du rapport de la valeur des deux monnaies.
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Les taux d’intérêt sur les dépôts créent chez les agents économiques des anticipations d’inflation et
conséquemment des anticipations du change. Ainsi, un accroissement de l’offre monétaire donne lieu à
une hausse du taux d’intérêt directeur en vue d’absorber le surplus de liquidité dans l’économie. Cette
hausse du taux crée par conséquent un déséquilibre sur le marché, puisque les agents voudront avoir de
préférence des actifs en monnaie locale. Cette relation de causalité se révèle proportionnelle en longue
période. Il en est de même pour la théorie de la parité des pouvoirs d’achat. En effet, elle stipule que si
dans un pays donné, l’inflation est supérieure à celle du pays partenaire, la monnaie du pays à plus forte
inflation se déprécie sensiblement par rapport à la monnaie du pays étranger. Cette relation découle
principalement de celle existant entre le taux de change et le différentiel d’inflation.
La masse monétaire revêt une importance particulière pour les opérateurs sur les marchés financiers
internationaux qui anticipent les variations de celle-ci. Dans le cas de l’offre monétaire, l’excès en monnaie
locale est vendu sur le marché des changes, ce qui tend à provoquer une baisse de sa valeur sur ce
marché. De même par sa relation avec le taux d’intérêt, le taux de change se trouve directement et
indirectement lié au taux d’inflation.
2.3.2 Relation entre taux de change et Inflation
La politique monétaire et le cadre dans lequel elle s'inscrit ont de profondes répercussions sur les résultats
économiques à court comme à long terme et font l'objet d'analyses permanentes. Ces répercussions
dépendent du régime de change en place et constituent de ce fait l'un des thèmes des études analytiques
entreprises par la plupart des pays de l’OCDE. La relation entre l’offre de monnaie et le change étant établie
précédemment, il nous revient à définir celle existant entre l’inflation et le change. Du point de vue théorique,
un accroissement de l’offre de monnaie, toutes choses égales par ailleurs, provoque une augmentation
proportionnelle du niveau des prix. L’hypothèse selon laquelle les prix s’ajustent après une variation de
l’offre de monnaie n’est pas la seule source de l’inflation, ni de son report sur le change. En effet, certains
produits qui sont échangés sur le marché international voient leur prix varier au jour le jour. Ce qui peut
contribuer déjà à faire varier le taux de change, après un certain nombre de retards.
La variation du taux de change ne sera pas sans effet sur les prix dans l’économie. En effet, une appréciation
de la monnaie locale résultant d’un repli du taux d’inflation aura un impact positif sur les prix relatifs dans
le pays en question. Une éventuelle baisse de ces prix entraînera a fortiori un nouveau ralentissement de
l’inflation. On parle alors de « Feedback effect ».
D’autre part, cette relation provient du fait qu’une augmentation du taux d’inflation cause une augmentation
du taux d’intérêt. Il existe une relation directe entre le taux d’intérêt et le taux de change réel. Le lien
entre ces deux variables vient du fait que les taux d’intérêt élevés tendent à l’appréciation de la monnaie
(donc à une hausse du taux de change), puisqu’ils entraînent un accroissement de la demande de titres
libellés dans la devise considérée. Toutefois, cette relation peut être modifiée dépendamment de la structure
du pays et du régime en vigueur.
Par ailleurs, une rareté de la production due au fait que l’offre est rigide à court terme, implique une hausse
de la monnaie en circulation à cause de la hausse des prix qui permet l’ajustement entre l’offre et la demande.
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En conséquence, un relèvement des taux d’intérêt devrait être effectué en vue de résorber le surplus de
liquidité sur le marché monétaire. Ce mécanisme aura pour effet de rendre la monnaie locale plus rare, ce
qui va impliquer une baisse du taux de change, donc une appréciation de la monnaie locale.
3. Revue de littérature
3.1 Complexité de l’impact de l’inflation sur le taux de change :Résultats des études de Waldman et
Clarida (2006)
La hausse des prix intérieurs dans un pays donné accroît les prix relatifs liés au taux de change par rapport
à la théorie citée au point précédent. Laquelle sous-entend que si l’inflation d’un pays croît, il devrait
s’attendre à une dépréciation de sa monnaie. En effet, en situation de déficit de la balance des paiements,
une inflation importée peut entraîner une hausse de la valeur des importations d’où une aggravation du
déficit de la balance des paiements, qui engendre une dépréciation de la monnaie nationale. D’autre
part, une hausse des prix entraîne celle des dividendes, des profits et, à court et moyen terme, la hausse
du coût de la vie. Ceci implique obligatoirement la nécessité d’avoir plus de monnaie pour le paiement
des intrants et de la main d’œuvre nécessaires pour la fabrication de produits à exporter, d’où un
accroissement des prix à l’export. La hausse des prix des produits exportés peut entraîner (dans une économie
peu compétitive) la baisse en valeur (et peut-être même en volume) des exportations. Un tel cas de figure
exerce une influence négative sur le niveau du taux de change, donc sur la valeur de la monnaie.
D’après les résultats des études de Waldman et Clarida (2006), la hausse de l’inflation entraîne une baisse
du taux de change si la Banque centrale a une cible d’inflation. Dans le cas où la variation des prix
dépasse la cible, les autorités monétaires voudront pratiquer une politique restrictive en vue de réduire la
monnaie en circulation. Ce choc sur l’inflation devrait causer une augmentation du taux d’intérêt réel,
qui aura pour conséquence à court terme une appréciation de la monnaie locale, bien qu’à long terme,
on pourrait constater un effet contraire.
Dans le cas d’un modèle de Dornbusch où la cible est l’offre de monnaie, moyennant l’absence d’autres
chocs conjoncturels, un choc provoquant une hausse de l’inflation pourrait entraîner celle du taux de
change. La Banque centrale choisit de faire varier le stock de monnaie.
Un choc sur la courbe de Philips peut également entraîner une hausse de l’inflation. La mesure prise par la
Banque centrale sera d’augmenter le taux d’intérêt nominal, entraînant ainsi à la baisse le taux de change réel.
Dans le cas où les autorités décident de réviser à la baisse leur cible d’inflation, celle-ci entraîne une
appréciation du taux de change réel à long terme, mais une hausse du taux nominal. A court terme, cette
mesure entraînant une baisse du taux d’inflation peut également causer celle du taux de change, dans le cas
bien sûr d’une économie où ces deux variables sont cointégrées.
Dans une étude sur l’inflation et le change pour les pays de l’OCDE intitulée « Pratiques de politiques
économiques, parité du pouvoir d’achat, inflation et masse monétaire », l’auteur utilise le cas français pour
étudier l'impact de diverses politiques économiques selon le régime de change et la mobilité des capitaux.
L'étude montre le rôle central joué par le taux de change en régime de change flexible, notamment comme
canal de transmission de la politique monétaire. De ce fait, il devient de plus en plus difficile d’influencer
l'activité sans modifier les prix. L'interaction entre prix et activité implique qu'on ne peut réduire l'inflation
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
11
sans réduire la croissance. Ce résultat provient de l'interaction entre régime de change et système financier.
Si en change fixe, le cycle inflationniste est freiné par la perte de compétitivité et de réserves officielles qui
entraînent la hausse du taux d'intérêt et la baisse de la demande adressée aux producteurs nationaux, en
change flexible, la chute du change surcompense la hausse des prix.
4. Faits stylisés de l’économie haïtienne
Le passage du régime de change fixe à celui de change flexible a beaucoup affecté la stabilité de l’économie
haïtienne. Après une parité de cinq gourdes (5 Gourdes) pour un dollar américain (1 $ EU) maintenu depuis
plusieurs années, la gourde a commencé à flotter dès le début des années 80, pour arriver officiellement à la
flexibilité du taux de change au cours des années 90. Dans une économie dollarisée, particulièrement dans
le cas d’Haïti où le taux de dollarisation tourne autour de 51 %, l’inflation et le change ont une relation de
causalité assez forte. Ainsi, un choc sur le change est le deuxième facteur explicatif de la variation de
l’inflation selon une étude réalisée récemment (Douyon 2006), le premier facteur étant l’inflation à l’instant
t-1.
Toutefois, un aperçu de l’évolution des principales variables nous permettra de constater le lien existant entre
elles.
4.1 Evolution du taux de change, du taux d’inflation, de la masse monétaire M2 et du taux
directeur
Le contexte d’instabilité économique et socio-politique dans lequel évolue le pays depuis plusieurs
années, lui a conféré une trame de fond assez particulière. Le suivi de l’évolution du taux de change est
fait sur base régulière. Sa place dans les décisions de politique monétaire se justifie non seulement par
son rôle de lien entre certains fondamentaux de l’économie et les chocs externes, mais aussi par sa
disponibilité régulière et sa sensibilité aux variations des indicateurs de différents secteurs de l’économie.
La période sous étude débute avec un taux de change de 16,45 gourdes pour un dollar EU, accompagné
d’une inflation de 24,15 % en moyenne au cours du premier trimestre de l’année fiscale 1996, et cette
période se divise en cinq sous-périodes. Au cours du trimestre suivant, le taux d’inflation baisse à 20,14
%, tandis que la gourde s’apprécie légèrement face au dollar à 16,02 Gdes. De 1997 au quatrième
trimestre 2002, le taux de change a évolué dans une fourchette de 15 à 28 gourdes pour un dollar EU.
Au premier trimestre de l’année 2003, le taux de change a connu un bond en passant de 28,97 Gdes pour
un dollar au premier trimestre à 35,95 Gdes au troisième. Ce qui correspond à une variation du taux
d’inflation de 9,51 % à 13,15 %. Toutefois, l’effet de la baisse du taux de change au troisième trimestre
2004 de 42,49 gdes à 36,81gdes n’est suivi qu’un mois après par l’inflation qui passe de 24,85 % à 22,65
%. Au quatrième trimestre 2005, on observe une dépréciation de la gourde, à 42,49 Gdes contre 39,22 le
trimestre précédent. Un accroissement de l’inflation est enregistré pour la même période de 16 points de
pourcentage. Les fluctuations du taux d’inflation constatées sont plus marquées que celles du taux de
change qui ne réagit pas immédiatement aux mouvements des prix
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C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Analyse descriptive
Le ralentissement de la croissance des prix au cours de la période Janvier-Juillet 98 a permis une certaine
baisse de la demande de monnaie, d’où une croissance négative enregistrée au niveau de M1 et M3. Ceci
étant probablement le résultat de la mise en vigueur des Bons BRH visant à éponger le surplus de liquidité
injectée dans l’économie à la suite de financement monétaire. En effet, une appréciation en moyenne de 1 %
a été enregistrée pour la période en question faisant suite à la baisse des prix. Cependant au cours de la
période suivante, on observe une croissance de M1 et M2 de 1 % environ, qui n’a pas eu d’impact très
négatif sur la variation des prix puisqu’ils ont relativement stagné. Cette situation s’est accompagnée
d’une appréciation de la monnaie en moyenne de 1 % jusqu’au mois d’avril 99. Dans le graphe ci-après,
nous remarquons une plus faible fluctuation au niveau du taux d’inflation que pour les autres variables.
Ce constat peut être expliqué par le fait que les prix en Haïti sont plus rigides à la baisse qu’à la hausse.
De Mai 99 à Mars 2000, on observe une hausse des prix d’environ 10 % en moyenne, ce qui a entraîné
celle de M1 et M3 de 2 % chacun. Comme résultat, la hausse des prix sur le marché local a eu pour effet
la dépréciation de la monnaie locale de 1 % pour la période. La droite de tendance (trendline linear
(txch)) montre une hausse du taux de change qui évolue dans le même sens que les prix.
Graphique 1
Taux d'inflation, Taux de change et M2
.
La période Septembre-Octobre 2000 est caractérisée par une forte volatilité du taux de change, avec une
dépréciation de 31 % liée aux troubles politiques engendrées par le gel de l’aide internationale puis, une
appréciation de 17 %. Les prix ont également augmenté mais de 18 % en moyenne. M1 et M2 ont été
eux aussi témoins des chocs puisqu’ils ont crû respectivement de 5 et 10 %.
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
13
Graphique 2
Taux d'inflation, Taux de change, M1 et M2
A partir du mois de décembre 2000, il n’y a pas eu de grandes perturbations à signaler, à l’exception d’une
période de baisse de prix et d’appréciation de la gourde de juillet 2001 jusqu’au mois d’octobre 2002.
En effet, de novembre 2002 à février 2003, M3 a crû de 6 % en un mois, M1 de 9 % puis a stagné,
accompagnant une dépréciation de 10 % de la monnaie, due à la hausse de la demande de gourdes, et de
celle des prix dans l’économie. Cette situation trouve son origine en particulier dans la rumeur de conversion
des comptes en dollars en gourdes. Ce signal a eu un effet presque immédiat sur les anticipations des agents.
Graphique 3
Taux de change, taux d'inflation, M1 et M2
De mai à décembre 2003, le taux d’inflation a tourné autour de 41 % en moyenne. Cette fluctuation identique
pendant plusieurs mois du niveau des prix a entraîné tantôt une appréciation, tantôt une dépréciation, les
agents reprenant peu à peu confiance dans la monnaie locale. De ce fait, la hausse des prix de 42 % a été à
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C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
la base de la hausse de M1 et de M3 au cours de cette période de 2 % en moyenne. La variation du taux de
change en moyenne s’est révélée nulle, compensation entre les signes positifs et négatifs d’anticipations.
A partir de février 2003, on observe un changement de tendance entre les variations du taux de change et celles
des prix. La période allant de Janvier 2004 à septembre 2005 s’est caractérisée par une baisse du taux
d’inflation qui a probablement été due à la hausse des taux sur les bons BRH à différentes maturités.
Néanmoins, nous avons également remarqué une évolution non similaire entre les variables change et
inflation. En effet, malgré le ralentissement de croissance des prix, on observe une tendance à la dépréciation
(trendline linear txch), qui est sûrement imputable à l’augmentation de M3 et M1.
Toutefois, en nous référant aux résultats obtenus par Clarida et Waldman (2006), ceci peut être expliquée
par la politique appliquée par la banque centrale sur ces 21 mois.
Graphique 4
Taux de change, taux d'inflation, M1 et M2
Janvier 2004 - Septembre 2005
Parallèlement, au cours de ces périodes, nous avons analysé l’évolution du taux directeur de la Banque
Centrale, qui pourrait nous renseigner sur les causes de la croissance ou du fléchissement de M1, M3 et
enfin du taux d’inflation. Et nous avons pu constater que le taux sur les bons BRH à maturité de 91 jours
a varié fortement, particulièrement de mai à décembre 2003 où l’inflation a tourné autour de 41 % et le
taux directeur de 27,8 %.
Le taux directeur de la BRH est l’instrument privilégié par lequel les autorités tentent de maîtriser le
niveau de liquidité dans l’économie, en vue de réduire les fluctuations des prix. Cependant, lorsqu’il y a
surplus de liquidité et que celui-ci doit être résorbé, le taux directeur doit créer une situation de rareté
de la gourde en décourageant le crédit par une hausse des taux d’intérêt. Et puisque tout bien rare s’apprécie, ceci entraînera par ricochet une appréciation de la monnaie locale par rapport au dollar. De ce
fait, le taux directeur et le change devraient évoluer en sens contraire, ce qui n’est pas toujours le cas
dans le graphe suivant.
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Graphique 5
Taux directeur
Au cours de la période récente, le ralentissement de la croissance des prix évolue dans le même sens
que le taux de change, c’est à dire une tendance à l’appréciation de la gourde, soit une variation négative
du niveau du taux de change, malgré une rupture de tendance en septembre et en décembre 2006, ainsi
qu’en janvier 2007 particulièrement. Ces quelques périodes de dépréciation sont généralement imputables
à des variations saisonnières du taux de change en Haïti, au début de certaines périodes telles que les
vacances d’été, la rentrée scolaire et les fêtes de fin d’année.
La baisse du taux d’inflation constatée depuis le début de cette période est la cause principale de ce
desserrement monétaire, d’où la baisse du taux directeur (graphique ci-dessous).
Graphique 6
Octobre 2005 - Mars 2007
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5. Modélisation de l’impact d’un choc du taux d’inflation sur le taux de change :
Estimation et Résultats
5.1 Choix des variables
Les variables sous étude sont également celles devant faire l’objet de la modélisation. Nous avons choisi
d’accompagner le taux d’inflation en glissement annuel et de la variation du taux de change nominal de
fin de période, de celle de la masse monétaire M2 et du taux directeur de la banque centrale. En effet, la
politique monétaire haïtienne passe avant tout par le taux directeur ou plutôt celui sur les bons à maturité
de 91 jours, qui à son tour devra entraîner une variation de l’encours des bons des banques commerciales,
et contribuera donc à réduire la monnaie en circulation. En ce qui a trait aux taux sur les bons, la hausse
ou la baisse traduit une anticipation d’inflation par la Banque centrale, ou celle de hausse ou de baisse
du taux de change. Plusieurs économistes suggèrent l’introduction de la masse monétaire dans les analyses
effectuées entre le change et le niveau des prix. Une hausse de la masse monétaire M2 vient de celle de
M1 et de la monnaie en circulation, d’où la pression de la demande sur les prix, l’offre étant rigide à court
terme. De même, une hausse du taux de change implique que le dollar s’étant fait plus rare et le niveau
de monnaie en circulation plus élevé, le dollar s’est apprécié par rapport à la monnaie locale. En d’autres
termes, le choix de la masse monétaire M2 en tant que variable du modèle se justifie par le fait qu’elle
constitue un lien entre le marché monétaire et le marché des changes. Nous l’avons choisi plutôt que M3
à cause de l’effet change retrouvé au niveau de cet agrégat monétaire qui comprend les dépôts en dollars
convertis en gourdes au taux de référence.
Les tests et estimations sont réalisés sur des variables mensuelles allant d’octobre 1997 à mars 2007.
La masse monétaire M2 est prise en variation. Le taux directeur et le taux d’inflation sont modélisés sous
leur forme initiale.
5.2 Estimation de l’impact du taux d’inflation sur le taux de change à partir de la modélisation VEC,
modèle vectoriel à correction d’erreur
5.2.1 Stationnarité des variables
Les variables ne sont pas tous stationnaires en niveau, mais plutôt en différence première pour la plupart,
à l’exception du taux de croissance du change et celui de la masse monétaire M2 qui le sont en niveau.
En d’autres termes, suite à un choc, la variable stationnaire en différence première ne revient pas à sa
valeur précédant le choc, c’est-à-dire le taux d’inflation et le taux directeur, tandis que pour la variable
stationnaire en niveau, c’est plutôt le contraire.
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Tableau 1
Stationnarité des variables selon le test de Dickey - Fuller augmenté
En effet, la rigidité des prix à la baisse dans notre économie se reflète dans le caractère non stationnaire
du taux d’inflation. Cette non-stationnarité entraînera également celle du taux directeur, destiné à la régulation
de la monnaie en circulation et à réduire les fluctuations des prix.
5.2.2 Détermination du nombre de retards et présentation du modèle
Les résultats des tests de détermination de retards ont révélé qu’en se référant aux différents critères, le
nombre de retards à retenir est au nombre de 3, puisque le VAR à correction d’erreurs ne peut être estimé
à un retard.
Tableau 2
Critères Nombre de Retard
5.2.3 Test de Cointégration de Engle et Granger
La détection de la cointégration peut être effectuée à partir du Test de cointégration de Granger. Selon
cette méthode, il s’agit d’estimer différentes équations linéaires de long terme avec les mêmes variables,
mais dans un ordre différent. En d’autres termes, on devrait avoir les combinaisons suivantes :
txinf = f ( txdir, dmm2, dtxch, ut)
txdir = f ( txinf, dmm2, dtxch ut)
dmm2 = f ( txdir, txinf, dtxch ut)
dtxch = f ( txdir, dmm2, txinf, ut)
Dans ces différentes équations, la relation de cointégration a lieu selon l’existence d’une racine unitaire
dans les résidus estimés de l’équation. L’erreur se présente de la manière suivante :
ût = f (Yt, â, ‚BXt)
Si ût a une racine unitaire, il y a relation de cointégration, Yt et Xt sont cointégrées.
Sinon, Yt et Xt ne sont pas cointégrées.
Dans le cas de ces quatre équations, deux d’entre elles ont eu une erreur ayant une racine unitaire, c’est-à-dire
que la série générée par le résidu s’est révélée stationnaire en niveau.
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Par ailleurs, le test de cointégration de Johansen nous donne une idée plus précise de la relation existant
entre les variables en question, et questionnent la validité même des relations.
Test de Cointégration de Johansen
Le test de Cointégration de Johansen révèle l’existence d’une combinaison linéaire stationnaire entre
deux ou trois séries, c’est-à-dire qu’il existe un vecteur σ (σ ≠ 0) de taille (N, 1), tel que :
zt = Xt – aYt , avec zt = σ’ Xt soit intégrée d’ordre (d – b = 01). Dans le cas des 4 variables en question, le
test de Johansen a révélé les combinaisons linéaires suivantes :
DMM2t = 0,009625 + 0,287521DTXCHt + 0,029994TXINFt – 0,035715TXDIRt + ût
DTXCHt = 0,005501 + 0,006034TXINFt + 0,012228TXDIRt + ût
Avec L= 0
5.2.4 Résultat des tests de Causalité de Granger et Ordre des Variables
En interprétant les résultats obtenus lors du test de causalité de Granger, nous concluons que le taux d’inflation
influence d’abord directement le taux directeur, puis le taux de change, avant d’entraîner une variation
de la masse monétaire. Ceci s’explique par le fait qu’une hausse de l’inflation, par exemple, entraîne une
hausse du taux directeur, la BRH ayant une cible d’inflation. Cette augmentation du taux de la Banque
centrale signale aux différents agents qu’il y a lieu de s’inquiéter en ce qui a trait à la fluctuation des prix,
ce qui aura un impact sur l’anticipation des agents économiques du taux d’inflation et du taux de change.
La hausse de la masse monétaire M2 s’en suivra, accompagnée d’une dépréciation, puis d’une appréciation
de la gourde.
De ce fait : Tx d’inf. Taux directeur. Masse monétaire et Anticipation des agents
Taux de change
Les résultats du test de Cointégration de Johansen ont montré qu’il existe deux combinaisons linéaires stationnaires au niveau des quatre variables : i = 4. Cependant, le nombre d’équation r = 2, étant inférieur
au nombre de variables, le modèle général se présente sous la forme d’un modèle à correction d’erreur
ou VEC, et dont la présentation suit :
- t - i > 0, et t - j >0 n = 115
1
Ce qui est conforme à la théorie de Granger pour la cointégration
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5.3 Résultats de l’estimation
Quelques Statistiques de l’estimation du VEC
La covariance du résidu est très faible, soit de 7 * 10-14. Le ratio de maximum de vraisemblance Log
Likelihood est à son niveau le plus élevé, soit à 1 026,76. Les critères d’information d’Akaike et de
Schwarz sont minimisés à - 17,46 et à – 15,61 respectivement.
5.3.1 Fonctions de réponse impulsionnelle
Le modèle VEC sous étude s’est révélé stable, et seule la constante c est considérée comme variable
exogène puisqu’elle est fixée par la banque centrale et non par les mécanismes du marché. La variable
txdir est considérée comme variable endogène, puisqu’elle permet alors à avoir un meilleur modèle et
compte tenu du fait qu’elle dépend à la fois du taux de croissance de M2 et des prix. Le modèle a été
estimé avec trois retards, d’où notre analyse concernant les fonctions de réponses impulsionnelles, essentiellement celle du taux de change et de l’inflation.
La fonction de réponse impulsionnelle du taux de change retrace l’effet du taux d’inflation sur cette variable.
Elle est estimée sur une période de 25 mois, et nous avons analysé l’accumulation des réponses aux chocs
(accumulated response). Les tableaux montrent que l’impact de l’inflation sur le change se fait avec un
mois de retard et à 23,68 %, tandis qu’au mois suivant, son influence s’élève à 19 %. Cependant, à partir
du septième mois, l’effet du choc s’affaiblit et passe à 8,9 %, pour tomber à un niveau négatif les mois
suivants. En d’autres termes, au cours des sept premiers mois suivant un choc venant de l’inflation, le taux
de change tend d’abord à augmenter, puis au bout du huitième mois, il s’apprécie. Economiquement,
cette réponse du taux de change s’explique par le fait que le taux directeur augmente également lors
d’une hausse des prix, la Banque centrale ayant une politique de ciblage du taux d’inflation. Cette hausse
du taux directeur entraînera une baisse de la masse monétaire M2, donc de la monnaie en circulation
dans l’économie, ce qui aura plutôt un impact visant une appréciation de la gourde de 2, 85 % au début,
pour se stabiliser à 30 % au bout de 12 mois. Parallèlement, la variation de la masse monétaire M2 induit
également une appréciation de la gourde, et ceci dès le sixième mois. La réaction est identique en ce qui
a trait à l’impact du taux directeur, mais ne débute qu’au bout du dixième mois.
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Graphique 7
La représentation graphique ci-dessus reflète la réponse du taux de change face à un choc venant du taux
d’inflation, de la variation de M2, du taux directeur et de la variation du taux de change lui-même.
L’impact d’un choc de l’inflation sur la variation du taux de change se dissipe après plus de 25 mois. Cette
permanence de l’effet du choc est synonyme de la non-stationnarité du taux d’inflation qui ne retrouve
pas sa valeur initiale après avoir subi un choc.
5.3.2 Décomposition de la Variance du taux de change
La décomposition de la variance de l’erreur du taux de change montre qu’au cours des quatre premières
périodes, la variation du taux de change est expliquée à 85 % par ses propres variations, à 6,9 % par le
taux directeur, à 5,7 % par la variation de M2 et à 1,64 % par le taux d’inflation. Toutefois, à partir du
cinquième mois, les effets des décisions de politique monétaire (taux directeur) commencent à se faire
sentir, et la variation de la masse monétaire influence à présent à plus de 7 % la variance de l’erreur du
taux de change, tandis que la part du taux directeur reste de 6 %, avant de se stabiliser autour de 7,47 %.
En ce qui a trait à la variation de M2, son influence se stabilise à 8,65 %, et celle de l’inflation à environ
3 %, la variation du taux de change elle-même s’établissant à 80,95 %.
L’impact de la masse monétaire sur le taux de change est beaucoup plus élevé que celui sur l‘inflation.
Ceci est probablement dû au fait que dans notre économie, c’est plutôt la hausse des prix qui provoque
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21
une augmentation de la demande de monnaie, d’où une plus grande disponibilité en monnaie locale, et
une dépréciation par rapport à la monnaie étrangère. Ce qui affaiblit l’influence de l’inflation c’est que
l’information est disponible avec un mois environ de retard. (Tableaux en annexe)
6. Conclusion et Remarques
L’intérêt de cette étude était d’évaluer à quel niveau l’inflation affecte-t-elle le taux de change dans
l’économie haïtienne. Nous avons procédé à différentes estimations afin de vérifier le respect ou non de la
théorie de la parité du pouvoir d’achat dans l’économie haïtienne. Nos résultats nous ont permis de confirmer
que l’impact d’un choc du taux d’inflation sur le taux de change n’est pas négligeable. Sa contribution à
la variation du taux de change s’élève à près de 2 % après un mois. Celle de la masse monétaire M2 s’est
révélée un peu plus élevée. La différence dans l’influence de l’inflation nous renseigne sur le fait que
l’inflation à l’instant t - 1 a beaucoup plus d’impact sur la variation du taux de change, que celle enregistrée
au temps t; ce qui ne s’écarte pas de la réalité économique haïtienne compte tenu du fait que les données
sur l’inflation sont disponibles après au moins un mois. Cependant, les résultats nous ont permis d’entrevoir
la politique monétaire de la Banque Centrale, qui vise avant tout à respecter sa cible d’inflation.
En ce sens, une fluctuation au niveau du taux d’inflation entraîne d’abord la modification du taux
directeur avant d’influencer à son tour la monnaie en circulation (et M2) et enfin le taux de change. Ainsi,
la politique mise en œuvre par la BRH visant à contenir l’inflation et la croissance de la masse monétaire
au cours des 24 derniers mois, a eu comme effet, 1e) la stabilité du change enregistrée depuis les mois
d’août et de septembre derniers2, et 2e) l’appréciation de la gourde observée depuis les mois d’octobre
et de novembre 2006.
Nous tenons toutefois à préciser que notre modèle peut encore être amélioré. Nous avons comparé nos
résultats avec la réalité économique, et ils n’en sont qu’assez proches. En effet, pour mieux estimer le
report de l’inflation sur le taux de change, une règle de politique monétaire accompagnée d’une fonction
de demande de monnaie devraient inclure les démarches de l’estimation, ainsi qu’une mesure des anticipations
du taux de change et du taux d’inflation, et de l’inflation sous-jacente. En ce sens, nous comptons inclure
les résultats futurs des différentes recherches qui seront effectuées sur les différents points sus-mentionnés,
la méthode de calcul du taux de référence, le calcul de l’inflation sous-jacente et la demande de monnaie
en particulier.
2voir annexe statistique : Accumulated response of dtxch: 8ième mois : -0.029
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Graphique 9
Stabilité du modèle
Racines inversées du polynôme caracteristique autogressif
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Graphique 10
Fonction de Réponse impulsionnelle de la variation du Taux de change
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Relation entre l’inflation
et le prix des produits pétroliers
Période 0ctobre 2003- avril 2007
Jean Morel Clairmond Jr et Judelande Mesidor
Résumé
ette étude fait ressortir l’impact de la variation des prix des produits pétroliers sur l’inflation en
Haïti. Elle met l’accent sur la fluctuation du prix du baril à l’échelle internationale. Elle tient
compte également des mouvements des produits utilisés sur le marché local notamment les
gazoline 95 et 91, le gasoil, le kérosène etc. Ce document présente une évolution succincte de la
variable inflation et met en relation avec cette dernière la croissance économique. Les résultats d’analyse
ont montré que l’influence des prix de l’essence demeure faible sur l’inflation, toutefois, les produits
pétroliers jouissent d’un pouvoir de transmission sur les autres secteurs d’activité.
C
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Sommaire
Sommaire
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .41
L’économie haïtienne face au renchérissement du prix du pétrole . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .42
Évolution des prix des produits pétroliers en Haïti sur la période . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .43
Évolution de l’inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .45
Relation entre l’inflation et les prix des produits pétroliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .46
Projection de l’inflation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .47
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .49
Introduction
Aujourd’hui le pétrole, accepté pour près de 70,000 types d’utilisations et employé sous des formes
diversifiées, devient un bien indispensable dans la relation des peuples. De nombreuses activités
(industrielle, médicale, économique, financière et autres) reposent sur ce bien. Pour cela, la course à son
acquisition crée dans ce cas des problèmes énormes à la fois d’ordre économique, politique, géopolitique
et même social. Le brut représente de nos jours un instrument de revendications et de contrôle au profit
des pays à fortes dotations factorielles dans le domaine pétrolifère. Cependant sa rareté demeure une
menace pour la pérennité de la croissance des pays industrialisés et un obstacle pour le développement
économique des nations en voie de développement. Ainsi, les crises pétrolières de 1973, de 1979 et les
chocs de 2002 en sont un témoignage.
Au cours de ces dernières années, le prix du pétrole sur le marché international a connu de fortes variations
haussières. Le prix du baril avait atteint 15,53 dollars en 1994, soit le quintuple de l’année 1973 (dans
les périodes d’avant crise), et a ensuite eu de légères augmentations pendant les années 1995 à 1997.
Il a, par contre, chuté à 12,28 dollars le baril en 1998 pour ensuite remonter à plus de 4 fois la valeur de
1998 en 2005 et près de 5 fois en 2006. Cette tendance à la hausse s’est poursuivie jusqu’au début de
2007. En effet, au mois de janvier 2007 le baril s’est fixé à 50,73 dollars et depuis lors a évolué à la hausse
pour s’établir à 58,47 dollars en mars contre 63,39 dollars en avril, soit le prix le plus élevé depuis août
2006 suite à un niveau record en juillet 2006 (68,89 dollars). Selon des projections réalisées par le Fonds
Monétaire International en fin 2006, le prix de l’or noir pourrait atteindre les 100 dollars dans le court
terme.
Le choc pétrolier actuel est causé par un excédent de demande pour ce bien, une saturation des capacités
de production des pays de l’OPEP, des troubles géopolitiques du Moyen-Orient, des problèmes sociaux
et ethniques au Nigeria et en Équateur, des cyclones ayant ravagé des installations au Mexique et aux
États-Unis entre 2004 et 2005 et des anticipations à la hausse des prix du baril.
Graphique 1
Évolution du prix du baril de pétrole
(Prix en dollars américainsOPEC)
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
41
Les fluctuations du prix du brut et les mouvements de turbulence qui en découlent, constituent une
source de préoccupation pour les décideurs, quant à leurs impacts sur l’activité économique des pays
développés et en voie de développement. Ces évènements peuvent en effet, causer des déséquilibres de
la balance extérieure des pays en développement du fait de la part importante des ressources consacrées
à l’importation de ces produits. De plus, un ralentissement de la croissance économique ou même une
baisse de la production nationale est à craindre dans ces pays à cause des effets de substitution entre
différents biens d’importation, la consommation locale et l’investissement. Par ailleurs, en entraînant un
renchérissement des capitaux sur les marchés internationaux, la hausse des cours du pétrole sur le marché
international cause un alourdissement du service de la dette.
Selon une étude publiée par l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) en 2005, une hausse continue des
prix de l’essence conduirait à une baisse de 0,8 % du produit intérieur brut (PIB), une hausse de 1,4 %
de l’inflation, une détérioration de la balance commerciale de 1 % du PIB dans la plupart des pays de
l’Asie.1 L’ampleur des impacts varie avec la situation géographique et le degré de développement des
pays. En effet, un ralentissement de seulement 0,2 % du PIB accompagné d’une hausse de l’inflation de
1,2 % et d’une balance commerciale nulle serait enregistrée dans certains pays de l’Amérique latine
(Argentine, Brésil et le Chili). Par comparaison aux pays de l’OCDE, les conséquences sur l’inflation sont moins
puissantes: le taux d’accroissement du PIB devrait décroître de 0,4 % tandis que l’inflation s’accélérait de 0,5 %.
L’économie haïtienne face au renchérissement du pétrole
L’économie haïtienne, étant une petite économie ouverte et grande consommatrice de pétrole, en outre
importatrice nette, est très sensible à une variation du prix du pétrole sur le marché international.
Spécifiquement, la forte dépendance de l’économie haïtienne des produits pétroliers et du reste du
monde explique sa fragilisation en situation de renchérissement durable des produits sur le marché
international, comme c’est le cas pour la plupart des pays non producteurs de pétrole. Les importations
de produits pétroliers représentent en moyenne 13 % de nos importations de 1999 à 2003 contre 18,60 %
en 2006. Elles ont atteint une part de 2,37 % du PIB en 2006. Par comparaison internationale, ce ratio
avait atteint 4 % du PIB vers la fin des années 90 dans les pays développés. Le coût de ces importations
absorbe par ailleurs plus de 50 % des recettes d’exportations haïtiennes. Pour l’exercice 2003-2004, les
dépenses d’importation de ces produits ont atteint 173,8 millions de dollars américains, équivalents à
6921,7 millions de gourdes, soit 4,84 %2 du PIB. Pour le premier semestre de 2004-2005, plus de 60 %
de ce montant est déjà enregistré. Ainsi, la facture d’importation est très élevée pour un pays qui n’a pas
encore atteint son potentiel de croissance en terme de développement industriel.
Malgré tout, l’économie haïtienne a renoué avec la croissance pendant les deux dernières années
atteignant ainsi 1,8 % en 2005 et 2,3 % en 2006. Cette reprise est d’une part due aux efforts internes
notamment l’assainissement des finances publiques, la détente de la politique monétaire et la vigueur de
l’économie mondiale soutenue par les États-Unis (3,2 %) et la Chine (10,7 %) en particulier. Et d’autre
1
Chine, Inde, Malaisie, Philippines et Thaïlande
Cette statistique peut être différente de celle du MEF car nous avons au départ calculé le taux de change moyen et la quantité moyenne d’importation lorsqu’il y a deux ou
plusieurs arrivages dans un seul mois, comme c’est le cas en décembre 2004 et mars 2005
2
42
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
part, l’assistance de la communauté internationale via des programmes (EPCA I & II et FRPC) de réduction
de la pauvreté et de promotion de la croissance économique a contribué à la relance de l’activité
économique et à la formation d’anticipations positives.
L’année 2003 a été marquée par un resserrement de la politique monétaire où le rendement sur les bons
à 91 avait atteint 27,83 % en septembre contre 10,20 % en septembre 2002. Cette approche a été
entretenue en vue d’estomper le rythme de croissance du taux d’inflation qui avait atteint 38,40 % à la
fin de l’exercice 2003, soit une hausse de 18 points de pourcentage par rapport à l’année précédente.
Cette situation a débouché sur un phénomène désinflationniste. En avril 2007, le taux directeur de la BRH
est tombé à 14,5 %. Cette diminution est le témoignage de l’abandon de la politique de resserrement à
celle de la détente monétaire.
On aurait pu utiliser un modèle d’équilibre général calculable pour Haïti, mais la carence des données
nous empêche de mesurer l’impact pour l’économie haïtienne d’une hausse continue des prix des
produits pétroliers sur le marché international à l’inflation et à l’économie en générale via un tel modèle.
Cependant, une étude déductive peut nous en indiquer les effets. Nous utiliserons les méthodes des
élasticités, de la corrélation et de l’analyse graphique pour étudier l’effet sur l’inflation d’une hausse des
prix des produits pétroliers sur les marchés international et local. Étant donné qu’Haïti achète les produits
sur le marché international, nous utilisons le prix CAF3 par gallon comme prix international et les prix à
la pompe.
Évolution des prix des produits pétroliers en Haïti sur la période septembre 2005- Novembre
2006
La suppression de la subvention (janvier 2003) des produits pétroliers sur le marché local a entraîné une
hausse de leur prix pendant les années 2003 et 2004. Ainsi, pour l’exercice 2003-2004, le prix de la
gazoline 95 a augmenté, en glissement annuel, de 11,4 % (à 117 gdes), celui de la gazoline 91 de 11,88
% (à 113 gdes), celui du gasoil de 22,03 % ( à 72 gdes) et celui du kérosène de 32,08 % (à 70 gdes). Le
renchérissement de ces produits, les troubles politiques coïncidés avec le deuxième centenaire de
l’indépendance ont perturbé les activités économiques de cet exercice. En effet, le PIB a décrû pour
s’établir à –3,5 % (2004), le taux le plus faible au niveau de la région latino-américaine. Tandis que de
septembre 2005 à novembre 2006, les prix des produits pétroliers, hormis celui du kérosène, ont fluctué
dans les deux sens. En effet, le prix du gallon de la gazoline 91 a connu une décroissance moyenne de
0,57 % au cours de l’exercice 2005-2006. Cette dernière situation est imputable à la chute de son prix
de 20,24 % à 159,35 gourdes (gallon) en octobre 2006. Toutefois, celui-ci s’est établi à 203 gourdes le
gallon, niveau insuffisant pour contrecarrer la baisse enregistrée au niveau de l’exercice. Pour cette même
période, le prix de la gazoline sans plomb (95) a eu une évolution similaire, il a connu une décroissance
moyenne de 0,59 %. Toutefois, le prix de ce dernier a connu une forte hausse au mois d’août, soit 10,32 %
à 209 gourdes le gallon.
3
Coût assurance Frêt
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
43
Par ailleurs, le prix du diesel est resté inchangé de décembre 2005 à mars 2006, soit 109 gourdes le gallon.
Cependant, le mois d’avril est sujet à une forte variation, soit 9,44 %. Le rythme de croissance du prix
de ce produit s’est décéléré pour le reste de l’exercice, ce qui ramène la moyenne de l’année à –0,51 %.
Le prix du kérosène a varié, entre septembre 2005 et septembre 2006, dans l’intervalle compris entre 50
gourdes et 56 gourdes le gallons. Après les pics des mois de juillet et d’août 2006, dus à la poussée sur
le marché international, le prix des divers produits pétroliers ont évolué à la baisse.
Parallèlement, l’inflation a poursuivi sa course à la baisse même pendant les chocs de juillet et d’aout, ce
qui signifie que la corrélation entre ces produits et l’inflation est très faible. De plus, le poids des produits
pétroliers dans le panier de la ménagère est très faible, donc contribue très faiblement à l’inflation. Bien
qu’en réalité la hausse des prix du gaz se répercute sur presque tous les produits constituant le vecteur
de consommation.
Le Transport est le premier secteur touché directement par la variation du cours du pétrole. Son poids dans
le panier de la ménagère représente 13,74 % dont 9,96 % pour le transport public. Les produits mentionnés
dans le texte ont seulement un poids de 1,72 %. Ceci explique la faible incidence de la variation du brut
sur l’inflation. Toutefois, ce produit est détenteur d’un grand pouvoir de transmission sur les différents
secteurs de l’économie.
Graphique 2
Évolution des prix des produits pétroliers en Haïti
44
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Évolution de l’inflation
Les années 2000 et 2003 sont marquées par de fortes pressions inflationnistes. Ces tensions dues aux
problèmes politiques, à la hausse du prix du pétrole sur le marché international et aux mesures successives
de libéralisation partielle puis totale du marché4 des produits pétroliers en Haïti, se sont estompées de
2004 à date. En effet, après avoir, en glissement annuel, atteint 38,40 % en septembre 2003, le taux
d’inflation est entré dans un processus de ralentissement continu. Il est tombé à 22,5 % en septembre
2004 puis 14,8 % en septembre 2005 et 12,4 % en septembre 2006. Ce phénomène désinflationniste se
poursuit au début de l’année 2007 jusqu’à enregistrer des taux inférieurs à 10 %, soit 9,6 % en janvier,
8,6 % en février et seulement 8 % en mars et en avril. Ce taux est historiquement le plus bas obtenu
depuis janvier 2002 (7,99 %) et janvier 1999 (7,38 %).
En rythme mensuel, le comportement du taux d’inflation est similaire. Il s’est établi à 6,83 % en janvier
2003 pour baisser à 3,42 % en septembre de la même année contre 2,40 % en septembre 2004, 1,38 %
en septembre 2005 et 1,54 % en septembre 2006. Au début de l’année 2007 ce taux s’est inscrit en
dessous de 1 %, soit 0,82 % en février 2007 et 0,52 % en mars. Cette désinflation est imputable à la
bonne conduite de la politique monétaire de la banque centrale d’Haïti, à la discipline fiscale du
gouvernement et aux anticipations positives des agents économiques. Cette tendance pourrait être maintenue
jusqu’à la fin de l’année selon les prévisions de certains spécialistes.
Graphique 3
4
En Janvier 2003 le gouvernement haïtien a décidé de plus subventionner le pétrole sur le marché local
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45
Relation entre l’inflation et les prix des produits pétroliers
Contrairement à ce que l’on espérait, le taux d’inflation tant en glissement annuel que mensuel a affiché
une relation inverse aux différents produits pétroliers du marché local, en particulier les gaz 95 et 91, le
gasoil et le kérosène (voir les tableaux no. 1et no. 2). Toutefois, l’élasticité moyenne sur la période allant
d’octobre 2003 à avril 2007 a entraîné une hausse du taux d’inflation suite à un renchérissement de ces
produits pétroliers. En effet, une augmentation de 1 % des prix du gaz 95 entraîne sur la même période
une progression de 0,09 % de l’inflation annuelle contre une hausse mensuelle de 5,34 %. Parallèlement
l’accélération d’un pour cent (1 %) du prix du gaz 91, de celui du gasoil et de celui du kérosène a abouti
à une croissance respective de 0,04 %, de 0,34 % et de 0,7 % de l’inflation en variation annuelle. Cette
même hausse de 1 % peut engendrer une progression de 13,3 %; de -2,28 % et de 0,29 % des tensions
inflationnistes sur une base mensuelle. Cette relation positive est imputable à l’évolution à la hausse des
prix des produits de certains mois de l’année, notamment les niveaux records de 200 gourdes (mai 2006)
et de 209 gourdes (août 2006) le gallon pour le gaz 95 contre une moyenne de 145 gourdes5 . Les pics
ont été de 196 gdes (mai 2006) et 205 gdes (aout 2006) pour le gaz 91 contre une moyenne de 137,48
gdes. Ils ont atteint 120 gdes (mai) et 119 (aout) gdes pour le gasoil contre une moyenne de 90,84 gdes
– Ils se sont évalués à 118 gdes et 120 gdes pour le kérosène contre une moyenne de 88,46 gdes.
Cependant, certains points d’élasticité confirment la relation négative entre l’inflation et les produits
pétroliers, car plus de deux fois sur cinq, en rythme annuel, la relation est inverse contre une fois sur deux
en progression mensuelle.
5
moyenne calculée depuis octobre 2003 à avril 2007
46
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Graphique 4
Évolution des prix des produits pétroliers en Haïti
e prix du pétrole sur le marché international a, quant à lui, une influence faible sur le rythme de
croissance du taux d’inflation en Haïti, compte tenu de l’importance très peu élevée6 des produits
pétroliers dans le vecteur de consommation. Ainsi, la hausse du prix du pétrole sur le marché international
de 1 % implique-t-elle seulement une augmentation de 0,01 % de l’inflation en glissement annuel. Cet
impact aurait été plus faible si le gouvernement avait maintenu la subvention du pétrole et de ses dérivés
sur le marché local.
Projection de l’inflation
Selon les prévisions du FMI et des autorités monétaires haïtiennes le taux d’inflation devrait se fixer à 8,2 %
en septembre 2007. Toutefois, les chiffres de mars (8 %) et d’avril (8 %) 2007 sont déjà inférieurs à la
cible. Ces résultats laissent croire que si la politique de détente monétaire est maintenue, que la pression
fiscale augmente et que les prix du pétrole sur le marché international se stabilisent ou baissent, le taux
d’inflation pourrait atteindre 5 %7 en fin d’exercice, un taux moyen proche de celui de la région
latino-américaine (4,8 %) pour l’année 2006.
6
Le poids dans le panier de la ménagère est de 1,72 %.
Au regard du modèle de prévision de l’inflation du service de statistique de la direction de monnaie et analyse économique de la banque centrale d’Haïti.
7
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47
Conclusion
Enfin, cette analyse descriptive nous a permis de faire ressortir une liaison bidirectionnelle entre les prix
des produits pétroliers et le taux d’inflation. Suivant la période considérée on a remarqué que la relation
entre ces deux composantes peut être positive ou négative. Cependant, elle est en moyenne positive pour
l’inflation en glissements annuel et mensuel. La variation des prix du pétrole tant sur le marché local
qu’international a faiblement influencé le taux d’inflation, en raison notamment du faible poids de ces
derniers dans le panier de la ménagère. Par ailleurs, les produits pétroliers disposent d’un grand pouvoir
de transmission sur les différents groupes de produits. Cette approche devrait être consolidée par des
méthodes économétriques. Mais elle demeure valable vue la soutenabilité des résultats obtenus.
48
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
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49
50
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
«Prix relatifs,
taux de change et prix en Haïti»
Annick Eudes Jean-Baptiste
Résumé
ette note analyse la relation entre les prix relatifs, le taux de change et le niveau des prix en Haïti.
Les théories de parité de pouvoir d’achat absolue et relative, sont à la base de cette étude, et un
modèle Vectoriel Autorégressif (VAR) standard a été utilisé afin de déterminer la relation entre les
prix des partenaires commerciaux d’Haïti, le taux de change et des prix internes. Les données sont sur
une base mensuelle et la mesure de la relation est obtenue à partir des décompositions de variances. Les
résultats montrent que l’inflation en Haïti dépend plus des dépréciations du taux de change que des variations
des prix relatifs.
C
Mots clés : prix relatifs, parité des pouvoirs d’achat relative, parité des pouvoirs d’achat relative, inflation, prix
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Sommaire
Sommaire
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .53
Le cadre analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .54
Les définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .54
Revue de littérature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .55
L’analyse empirique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .56
Les données . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .56
Les premiers résultats empiriques concernant la Parité des pouvoirs d’achat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .57
L’inflation et le taux de change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .57
4. Le modèle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .59
4 .1 Estimation et présentation des résultats à partir d’un modèle VAR standard . . . . . . . . . . . . . . . . .59
Les résultats du modèle VAR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .61
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .63
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .64
Annexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .65
Introduction
Il est généralement admis par la majorité des économistes que l’inflation a des impacts négatifs sur
l’économie en général et sur l’emploi. Le niveau d’inflation en Haïti a été particulièrement élevé depuis
ces dernières années , avec une augmentation croissante du niveau des prix, et une détérioration du taux
de change. Dans des conditions de fluctuations accrues du taux de change et de croissance élevée du
niveau général des prix, l’identification des changements des prix relatifs sont masqués. Identifier l’origine des variations de prix est d’importance pour les Banques Centrales, les entreprises et les consommateurs. Effectivement, ces derniers sont plus susceptibles de prendre des décisions quelque peu imprécises. Bien que les origines de l’inflation soient largement connues d’un point de vue théorique, et que
plusieurs sources d’inflation sont identifiées au niveau de l’économie haïtienne, il convient de déterminer dans cette étude, si l’inflation en Haïti provient des variations du taux de change ou de ceux des prix
relatifs.
D’une manière générale, les prix relatifs désignent le prix d’un bien en fonction d’un autre bien. Aussi,
les prix relatifs peuvent être : soit le prix d’un bien exprimé par rapport à son coût, soit le prix d’un bien
en pourcentage du revenu, soit le prix d’une marchandise exprimée par rapport au prix d’un autre bien,
ou le prix d’une marchandise exprimée en monnaie étrangère. Les prix relatifs sont liés aux taux de
change par la relation de parité des pouvoirs d’achat et c’est le coût de la vie d’une région à une autre.
L’objectif de ce travail est de déterminer dans quelle mesure les prix en Haïti dépendent des changements
de prix de ses partenaires commerciaux. Le travail est organisé comme suit : dans un premier temps, dans
le cadre analytique, nous présenterons les définitions et une brève revue de littérature ; ensuite, dans
l’analyse empirique, nous procéderons à l’examen des faits stylisés et à la présentation d’un modèle
Vectoriel AutoRégressif (VAR) ; enfin nous présenterons nos résultats et nos conclusions.
1
Particulièrement après novembre 2001, l’inflation en glissement annuel, a commencé une accélération continue jusqu’au moins de janvier 2003, où elle commence à chuter.
Krugman. P, Obstfels M. (2001). « Economie internationale ». Paris, Deboek Université.
3
Guerrin, B. (2002), « Dictionnaire d’analyse économique ». Paris, La découverte. « Repères ».
2
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53
Le cadre analytique
Les définitions
Trois concepts sont importants dans l’analyse de l’identification des variations des prix relatifs et des taux
de change. Ce sont la loi des prix uniques, la théorie de la parité des pouvoirs d’achat absolue et la
théorie de la parité des pouvoirs d’achat relative.
La loi des prix uniques (LPU) implique que, sur des marchés compétitifs exempts de coûts de transport et
de barrières officielles aux échanges, des biens identiques vendus dans des pays différents doivent se vendre
au même prix4, quand ils sont exprimés en termes d’une seule monnaie. En fait, si : i est le bien en question
et Pi* représente le prix du bien à l’étranger ; de même si Pi est le prix du bien i sur le marché local ; et
si E est le taux de change entre les monnaies de ces deux pays, alors la loi des prix uniques implique que
la relation entre les variables peut s’écrire :
:
Le prix du bien i est fonction du taux de change et de son prix à l’étranger. Aussi, le prix du bien i exprimé
en monnaie locale doit être le même partout ou il est commercialisé.
La théorie de la parité des pouvoirs d’achat absolu découle de la loi des prix uniques, énoncée par
Ricardo au dix-neuvième siècle. Cette théorie assume que le taux de change entre les monnaies de deux
pays, est égal au rapport des niveaux de prix entre les deux pays5. Dans la théorie de la parité des pouvoirs
d’achat, une baisse du pouvoir d’achat induite par une baisse de la valeur d’une monnaie, suite à un
accroissement du niveau des prix, sera suivie d’une hausse du taux de change sur le marché des changes.
Aussi, selon la théorie de la parité des pouvoirs d’achat, les niveaux de prix sont-ils les mêmes dans tous
les pays quand ils sont mesurés en termes d’une même monnaie. Cependant, puisque dans la mesure des
paniers de biens les pays ont dans la constitution de leurs indices de prix à la consommation, des biens
de consommation différents, il est préférable de considérer la parité des pouvoirs d’achat relative.
La parité des pouvoirs d’achat relatif établit la relation entre les taux de change et les niveaux d’inflation.
Cette théorie implique que la variation en pourcentage du taux de change entre deux monnaies, sur une
période, est égale à la différence entre les variations en pourcentage dans les niveaux des prix étrangers
et nationaux :
L’équation (2) lie la variation des prix relatifs et celle du taux de change. Ainsi, une augmentation du taux
de change ou une augmentation de l’inflation à l’étranger aura une répercussion négative sur le niveau
de vie de l’économie locale. De même, une baisse du niveau d’inflation à l’étranger ou une appréciation
du taux de change fera décroître le niveau de l’inflation sur le marché local.
Remarquons qu’il existe une différence non-négligeable entre les trois concepts : la loi du prix unique
s’applique à un seul bien i, la parité des pouvoirs d’achats se rapporte au niveau des prix mesuré par un
panier de biens, tandis que la parité des pouvoirs relative concerne les changements en pourcentage de prix.
4
Gerri B. (2002). « Dictionnaire d’analyse économique ». Paris. La découverte. « Repères ».
Krugman. P, Obstfels M. (2001). « Economie internationale ». Paris, Deboek Université.
5
54
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Revue de littérature
L’intégration des économies et l’intensification du commerce international impliquent une plus grande
sensibilité aux variations des prix relatifs et du taux de change. L’abondance de la littérature empirique
témoigne de l’intérêt pour cette problématique et montre, à travers les conclusions, une distorsion entre
les propositions théoriques et les résultats empiriques. En effet, les recherches empiriques, conduites aux
niveaux microéconomique et macroéconomique sur la condition de parité des pouvoirs d’achat, ont
montré des résultats différents quant à la stabilité de cette relation.
La majorité des travaux réalisés sur la théorie de la parité des pouvoirs d’achat, ont pour modèle de base,
le modèle de Balassa-Samuelson. Les variations des prix relatifs se transmettent, selon Balassa et
Samuelson (1964), à travers les changements dans les prix relatifs et par conséquent du taux de change
réel6. Le modèle de Balassa-Samuelson met en évidence la relation entre l’inflation et l’appréciation du
taux de change. Dans ce modèle, il existe une différence de productivité entre les secteurs exposés à la
concurrence internationale et les secteurs abrités qui ne sont pas soumis au commerce extérieur. Cette
différence se répercute sur les salaires, de telle sorte que ceux des secteurs exposés à la concurrence
internationale qui sont plus productives, auront des salaires plus élevés. Augmentation qui, selon le
modèle, devrait se transmettre à tous les secteurs de l’économie. Il en résulte à terme une augmentation
du rythme de croissance de l’inflation.
La conclusion majeure des études réalisées sur la théorie de la parité des pouvoirs d’achat a montré une
instabilité de la relation entre les prix relatifs et le taux de change. Dans l’analyse de la condition de parité
des pouvoirs d’achat, des auteurs utilisent l’approche micro-économique. Dans “Big Mac parity, income,
and trade”, Caetano (2004) utilise le modèle de Balassa-Samuelson pour déterminer le prix d’un produit,
celui du “big Mac”, dans plusieurs pays à niveau de revenus différents7. Les résultats ont montré que la
condition de parité des pouvoirs d’achat n’est pas constante dans le long terme.
D’autres auteurs adoptent des approches alternatives et testent la condition de parité de pouvoir d’achat
en utilisant des données sur plusieurs pays à niveau de revenus différents. En effet, dans un article publié
en 2001, B. K. Mkenda, utilise un ensemble de vingt (20) pays d’Afrique afin de déterminer la stabilité de
la relation entre les taux de change et les prix relatifs8. Les conclusions de l’étude ont prouvé que la
théorie de la parité des pouvoirs d’achat est maintenue pour les indices de prix de produits importés.
Cependant l’intégration des économies pendant la période de la colonisation d’avant les années soixante,
où les économies étaient plus intégrées et le commerce, la circulation des biens et services plus intense,
a probablement influencé les résultats de l’étude.
Si l’analyse de la théorie de la parité de pouvoirs d’achat d’un point de vue empirique a montré des résultats
quelque peu éloignés de la théorie, dans une étude sur la mesure de la parité des pouvoirs d’achat, à long
terme, de trois (3) partenaires commerciaux de l’économie américaine, Klaassen, a testé l’évidence de la
parité des pouvoirs d’achat après la période de Bretton Woods9. Les résultats de l’auteur montrent une
6
Dupuis D, Tessier D (2000). “Une analyse empirique du lien entre la productivité et le taux de change réel Canada-É-U”. Bank of Canada Document de travail 2000-22 /
Working Paper 2000-22
7
Caetano S, Moura G , Da Silva S (2004) « Big Mac parity, income, and trade » Economics Bulletin, 2004, vol. 6, issue 12, pages 1-8
8
Mkenda B.K(2001) “An Empirical Test of Purchasing Power Parity in Selected African Countries - a Panel Data Approach”. Department of Economics Göteborg University SWEDEN Department Working Papers in Economics no 39.
9
F Klaassen (1999) “Purchasing Power Parity: Evidence from a New Test”. Center and Department of Economics Tilburg University.
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
55
stabilité des conditions de parité. Mais, les résultats du modèle utilisé semblent être liés à la méthodologie
qui avait été employée. En effet, l’auteur a élaboré un modèle basé sur le changement de régime de taux
du change. Dans son modèle, les variations de change (les dépréciations et les appréciations)
dépendaient des déviations de la condition de parité.
Le principe de la loi de la parité des pouvoirs d’achat est l’un des thèmes centraux de l’analyse des
échanges entre les différents pays. Mais, l’analyse empirique montre de très faibles évidences sur la tenue
de la relation dans le long terme. S’il existe, dans la littérature sur les relations entre taux de change, prix
relatif et inflation, beaucoup de travaux empiriques, dans la grande majorité des cas, les travaux semblent
s’orienter vers l’analyse de la pertinence de la relation de la Parité des Pouvoirs d’Achat. Les études faites
tendent à rejeter la relation existant entre les taux de change, les prix relatifs et l’inflation. Le degré
d’ouverture d’une économie, la différence de productivité entre les pays, le niveau de l’inflation, et le
degré d’intégration des économies semblent jouer un rôle majeur dans les variations des prix relatifs et
dans l’existence même de la relation de parité.
Ainsi, les résultats empiriques n’expliquent pas la loi de la Parité des Pouvoirs d’Achat pour plusieurs
raisons. D’abord, les imperfections au niveau des marchés (monopoles, oligopoles, asymétries d’information...)
peuvent affecter le niveau des prix en créant des distorsions au niveau de l’offre ou de la demande. D’un
autre côté, les coûts du transport, les restrictions aux échanges internationaux, les problèmes douaniers,
rendent difficilement applicable la loi des prix uniques. Ensuite, les statistiques de prix : les Indices de
Prix à la Consommation (IPC) ne sont pas construites de manière identique. Etant donné que les
habitudes de consommation diffèrent dans les divers ménages dans les pays distincts, les statistiques de
l’IPC ne sont pas basées sur les mêmes paniers de biens de consommation. Également, la nature de
certains biens (les services…) ne se prête pas aux échanges et l’existence d’autres biens qui ne sont pas
des substituts parfaits peuvent rendre la parité des pouvoirs d’achat difficilement vérifiable dans le long
terme.
Il convient maintenant de déterminer le rapport entre les prix domestiques, le taux de change et les prix
relatifs en Haïti, à partir de l’analyse empirique.
L’analyse empirique
Les données
Pour l’analyse empirique, nous utilisons les données mensuelles des indices de prix à la consommation,
et des taux de change. Nous utilisons l’indice des prix à la consommation en Haïti (IPC HT), et l’Indice
des prix à la Consommation des Etats unis (IPC us).
Les données haïtiennes de l’Indice des Prix à la consommation et les taux de change, proviennent de la
BRH. Du U.S. Departement of Labor10, nous avons tiré les données sur le niveau des prix aux États-Unis.
Les données mensuelles de l’Indice de prix à la consommation en Haïti (IPC), aux Etats Unis (IPC us), le
taux de change (Tx), sont recueillies pour la période allant de janvier 2001 à avril 2007.
10
U.S. Departement of Labor (2005). « Consummer Price Index for all urban consumers » . Bureau of Labor.
56
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Les premiers résultats empiriques concernant la Parité des pouvoirs d’achat
L’inflation et le taux de change
Nous analysons de manière visuelle et nous recherchons des similitudes, une relation dans le comportement
des variables suivantes : l’inflation en Haïti et les variations du taux de change, et entre le différentiel
d’inflation et les variations du taux de change. Cette première analyse empirique permettra de vérifier la
relation qui existe, pendant la période sous étude, entre l’inflation et les variations du taux de change et
entre les variations du taux de change et le différentiel d’inflation, selon la théorie de la parité des pouvoirs
d’achat relative. Cette démarche est nécessaire car la PPA doit tenir afin de déterminer si l’inflation en
Haïti provient des variations du taux de change ou des variations de prix relatifs. Toutes les variables sont
en glissement annuel. Les graphiques 1 et 2 montrent leur évolution.
Graphique 1
Évolution de l’inflation et de la variation du taux de change en Haïti (en glissement annuel)
Le graphique 1 fait ressortir évidemment la relation étroite qui existe entre l’inflation et les variations du
taux de change. Nous distinguons plusieurs périodes de croissance du taux de change et de l’inflation
pendant la période allant de janvier 2001 à avril 2007. Cependant le « pic » de janvier 2003, où le taux
de change était de 42,46 gourdes pour un dollar ÉU, résulte de facteurs institutionnels et conjoncturels.
Le déficit budgétaire, financé par l’émission monétaire, et les troubles politiques constituent des facteurs
économiques et structurels explicatifs de ces variations. Cependant, globalement les variables semblent
évoluer dans les mêmes directions. Toutefois, il est intéressant de remarquer le décalage qui existe entre
les deux séries. Effectivement, même si les séries suivent plus ou moins la même tendance pendant la
période, les variations du taux de change précèdent l’inflation de quelques mois.
La théorie de la parité des pouvoirs d’achats relative exprime théoriquement une relation entre le changement
en pourcentage du taux de change entre deux monnaies et le différentiel d’inflation entre les niveaux de
prix nationaux c’est-à-dire, le différentiel d’inflation entre Haïti et les États-Unis.
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
57
Graphique 2
Taux de change de la gourde par rapport au dollar et le différentiel d’inflation entre Haïti et les États-Unis
La PPA relative montre une approximation raisonnable des données, mais les performances sont en
général faibles. En comparant le différentiel d’inflation et les variations du taux de change, nous pouvons
voir que la relation entre le taux de change et le différentiel d’inflation tenait pour la période de forte
croissance du niveau des prix (Janvier 2002 à septembre 2003). Selon la PPA relative, les taux de change
et le différentiel de prix devraient évoluer selon la même tendance. La PPA relative tient sur l’ensemble
de la période sous étude, si l’on tient compte du fait que les prix en Haïti croissent beaucoup plus vite
que ceux des Etats-Unis, impliquant une appréciation du taux de change dès que le différentiel d’inflation
diminua. Mais, l’ampleur de l’appréciation de la gourde par rapport au dollar, pour la période d’après
septembre 2003, dépassait dans une large mesure ce que la Parité des Pouvoirs d’Achat relative aurait prédit.
En conséquence, les données empiriques permettent de déduire qu’il existe une relation entre les
différentes variables analysées dans le temps. Mais nous ne pouvons conclure formellement si l’inflation
est causée principalement par les variations du taux de change ou par les variations des prix relatifs.
Par ailleurs, la relation entre les prix relatifs indiquent qu’une part de l’inflation en Haïti est importée.
Effectivement, si les importations haïtiennes constituent plus de 70 % en moyenne du Produit Intérieur
Brut de 2001 à 200611 , elles sont pour plus de la moitié composées de produits alimentaires et vivriers,
et dans une moindre mesure, de biens d'équipement et de produits manufacturés. Les importations haïtiennes
de produits alimentaires et agricoles proviennent principalement de la République Dominicaine et des
États-Unis12. Nous pouvons donc avancer que les variations de prix des biens échangés peuvent constituer
un facteur important de l’inflation en Haïti. En fait, les prix relatifs de nos partenaires commerciaux, la
République Dominicaine et les États-Unis, le taux de change surtout, peuvent constituer des facteurs
d’inflation en Haïti. Afin de bien déterminer leurs niveaux d’influence respectifs et l’ampleur de ces
variations, nous établissons le modèle économétrique qui sera présentée dans la partie suivante.
11
Calculs effectués à partir des données de la BRH.
Bien qu’Haïti entretienne des relations commerciales avec des pays comme la Nouvelle-Zélande, l’Autriche, le Luxembourg, la France, entre autres, mais les relations, l’intégration d’Haïti à ces économies, et les coûts de transport rendent difficile la relation de la parité des pouvoirs d’achat absolu et relatif.
12
58
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Le modèle.
Le modèle que nous utilisons est un modèle simple qui a déjà été utilisé par A. Ubbide dans
« Determination of inflation in Mozambique13 » , pour monter les déterminants de l’inflation dans un pays
en voie de développement. Ce modèle est inspiré de la théorie de parité de pouvoirs d’achat relative.
Nous y avons apporté de légères modifications qui ne devraient normalement pas affecter de manière
significative les hypothèses à la base du modèle.
En premier lieu, dans le modèle, l’auteur assume que le niveau des prix est une moyenne pondérée du
prix des biens échangeables et du prix des biens non-échangeables :
Où Pt est le niveau des prix mesuré par l’indice de prix à la consommation, Pe le prix des biens échangeables,
Pne est le prix des biens non–échangeables.
Ensuite, on considère que le prix des biens échangeables dépend du taux de change et des prix étrangers.
En supposant que la condition de parité des pouvoirs d’achat tient, cette équation indique que le prix des
biens qui font partie du commerce international dépend des taux de change et des prix des biens échangés :
Dans l’équation (4), E est le taux de change, et P* est le prix des biens étrangers. C’est l’équation de la
condition de la parité des pouvoirs d’achat relative.
En analysant la constitution de l’IPC en Haïti, nous remarquons que, plus de 65% de l’indice est constitué
de biens échangeables. Ils représentent ainsi une forte partie de l’inflation, traduisant l’importance de
l’inflation qui peut être importée en Haïti. L’équation (3) peut donc, dans une certaine mesure, s’écrire
sans les prix des biens non-échangeables. Ainsi, dans le modèle le niveau des prix ne dépend que du prix
des biens étrangers et du taux de change.
D’après cette équation, une dépréciation du taux de change ou une augmentation des prix étrangers fera
croître l’inflation. De même, une diminution de prix dans l’un des deux pays étrangers fera baisser le taux
d’inflation en Haïti.
Estimation et présentation des résultats à partir d’un modèle VAR standard
Nous avons montré, à partir des données de l’économie haïtienne, qu’il existait un lien étroit entre les
taux de change et les variations des prix relatifs, la mesure du coût de la vie chez nos partenaires commerciaux
les plus importants. Nous comptons avec les données statistiques et la méthode économétrique trouver
si les prix en Haïti dépendent davantage de la variation des prix relatifs ou de celle du taux de change.
Les données mensuelles de l’Indice de prix à la consommation en Haïti (IPC noté Pt), aux Etats Unis (IPC us),
en République Dominicaine (IPC rd), le taux de change (Tx), pour la période allant de 2001:1 à 2007 :4,
ayant été recueillies, nous avons estimé le modèle économétrique, après les avoirs transformées en
logarithme. Nous établissons un modèle VAR(p) standard incluant les variables mentionnées plus haut.
13
Ubide A. (1997) : « Determination of inflation in Mozambique ». International Monetary Fund. WP/97/145/1977
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
59
Dans le modèle VAR(p), les variables introduites sont endogènes et chacune d’elles est exprimée en fonction
des ses propres valeurs passées et de celles des autres variables. Les « p » retards seront déterminés à partir
des critères de décisions d’Akaike et de Schwarz. La représentation VAR est la suivante :
La première étape de l’estimation du modèle VAR, a été de nous assurer de la stationnarité des variables
et de la cointégration qui peut exister entre elles . Nous avons réalisé les tests de Dickey-Fuller Augmenté
(ADF) de racine unitaire dans le but de déterminer si les séries sont à moyenne et à variance constantes.
Les résultats du test ADF sont présentés dans le tableau 1. Ce test, qui prend en compte l’autocorrélation
de la série, a pour base le modèle suivant :(9)
Le nombre de retard de l’équation (9) a été obtenu en utilisant les critères de décision Akaike Information
Criterion (AIC) et de Schwarz (Schawrz Criterion). Nous avons obtenu un nombre de retard de deux (2)
pour toutes les variables. Les séries sont stationnaires en différence première quel que soit le seuil allant
de 1 % à 10 %. D’un autre coté, puisque toutes les variables sont intégrées au même ordre, il existe un
risque de cointégration entre les différentes variables. L’étude de la stationnarité des résidus par la méthode
d’Engle et Granger montrent qu’il n’existe pas de relation de cointégration entre les variables.
Tableau 1
Résultats des tests de stationnarité
60
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Quand les constantes et les tendances qui ont été insérées dans le calcul de la statistique de Dickey-Fuller
ne sont pas significatives, nous avons réestimé l’équation (9) sans les prendre en considération.
Les résultats du modèle VAR
Dans l’estimation de notre modèle VAR standard, nous avons trouvé, après l’utilisation des critères de
décision Akaike Information Criterion (AIC) et de Schwarz (Schawrz Criterion), un nombre de retard du
modèle de deux (2). Nous avons alors un modèle VAR(2) où les chocs qui s’opèrent sur les variables
exogènes prennent deux mois avant d’avoir un effet sur la variable endogène. Les résultats du modèle VAR
les plus intéressants pour l’analyse économétrique sont les décompositions de variances et les fonctions
de réponses aux impulsions. Nous employons pour les besoins de l’analyse les décompositions de variances.
Les résultats des décompositions de la variance, qui calculent pour chacune des innovations sa contribution
à la variance de l’erreur prévision, permettent de déterminer dans quelle mesure les variables exogènes
ont des effets sur la variable endogène. En effet, une variable dont toutes les erreurs de prévision lui sont
attribuées sera considérée comme vraiment exogène au modèle.
L’objectif de cette étude avait été de déterminer si les changements de prix en Haïti dépendaient davantage
de la variation des prix relatifs ou de la dépréciation du taux de change. Puisque les prix domestiques
représentent notre variable de décision, à la base de la problématique étudiée, nous présentons (tableau
2) les décompositions de la variance de prévision de l’IPC en Haïti pour vingt (20) périodes de prévision14.
Tableau 2
Résultats des décompositions de la variance de l’erreur de l’IPC en Haïti
.
Les résultats des décompositions de la variance de l’erreur de prévision de l’IPC ht, montrent que les variables
n’ont pas d’effets instantanés sur les prix en Haïti. Toutes les variables ne contribuent aucunement à la
variance de l’erreur de l’inflation à la première période de prévision. Ainsi, il existe un délai de réaction
avant que les prix ne s’ajustent suite à un choc au niveau du taux de change et des prix relatifs. Le nombre
de retard de deux périodes traduit l’importance des effets d’anticipation qui existent dans la détermination
Les décompositions de la variance et les fonctions de réponses aux impulsions sont données en annexe.
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
61
de l’inflation et des taux de change. Ces variables ont un effet latent et un processus à mémoire qui
existent dans la formation des ces séries dans le temps. Les agents économiques semblent former leurs
anticipations, notamment concernant le taux de change, sur les informations passées et les données
disponibles sur les comportements probables des marchés. En effet, le nombre de retard du modèle
VAR(2) étant de deux (2), notons que si les effets des variations des prix relatifs et des taux de change
apparaissent faiblement dès la seconde période de prévision, les anticipations avaient été réalisées
évidemment deux périodes auparavant.
Les résultats du modèle indiquent que la principale variable qui agit sur les prix en Haïti est le taux de
change. Celui-ci explique les prix en Haïti à hauteur de 6,16 % en moyenne dès la 3e période de prévision
pour se stabiliser à 7,36 %, ce qui révèle que la transmission de l’inflation s’opère à travers l’importation
des biens, à travers les anticipations de dépréciation et les spéculations continues sur le taux de change,
qui rendent celui-ci très volatil à court terme. L’effet des variations de change est très rapide, et ses
contrecoups semblent persister pendant toutes les vingt (20) périodes de prévision (7.8 % des erreurs de
prévisions de l’inflation dès la cinquième période de prévision).
Les résultats de l’estimation prouvent que les prix sont à la limite plus sensible, aux variations de l’IPC de
la République Dominicaine qu’aux variations de l’IPC des État-Unis. En effet, la décomposition de la variance
de l’erreur de prévision de prévision de l’IPC des État-Unis explique les prix en Haïti à hauteur de 2,71 %
dès la septième période de prévision, contre 8,76 % pour la République Dominicaine à la même
période. Nous pensons que cela peut être dû notamment à la proximité des relations commerciales qui
existent entre Haïti et la République Dominicaine. Même si la nature informelle des échanges entre Haïti
et la République Dominicaine reste difficile à estimer. Aussi, à partir de la troisième (3) période de prévision,
les effets des prix en République Dominicaine sur les prix en Haïti, augmentent très rapidement (5,65 %
de la variance de l’erreur de l’inflation dans la 3e période de prévision, contre 8,54 % à la 5e période de
prévision, pour se stabiliser à 8,78 % à la 15e période).
62
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Conclusion
L’inflation en Haïti a connu une forte croissance depuis 1994 qui s’est accentuée pendant la période
janvier à septembre 2003 et pendant la seconde moitié de la période sous étude, l’inflation est demeurée
à deux chiffres. Dans ce travail, nous avons utilisé deux approches pour déterminer si les prix en Haïti
étaient dus aux variations de prix relatifs, du coût de la vie de ses partenaires commerciaux les plus
importants, ou aux variations du taux de change. Nous avons utilisé une approche descriptive qui a
permis de déduire la relation qui existait entre les variables, ensuite, nous avons vérifié ce lien à partir
d’un modèle VAR et des décompositions de variances. La simulation économétrique montre que l’inflation
en Haïti dépend plus des dépréciations du taux de change que des variations des prix relatifs. Notamment
parce que le taux de change d'une monnaie par rapport à une autre reflète, de manière plus prononcée,
leurs valeurs réciproques sur les marchés financiers internationaux et non leurs valeurs intrinsèques pour
un consommateur, au contraire de l’IPC qui peut être spécifique à une économie à ses consommateurs.
Aussi, ce travail ne constitue pas une analyse des déterminants des origines de l’inflation en Haïti, mais
un examen des influences de facteurs externes tels que les prix de nos partenaires commerciaux et du
taux de change sur les prix en Haïti.
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
63
Bibliographie
Banco de la Republica dominicana. (2005). « Indice de Precios al Consumidor Nacional, Serie Mensual
», 1982-2005.
Caetano S, Moura G , Da Silva S (2004) « Big Mac parity, income, and trade » Economics Bulletin, 2004,
vol. 6, issue 12, pages 1-8
Dupuis D, Tessier D(2000) “Une analyse empirique du lien entre la productivité et le taux de change réel
Canada-É-U”. Bank of Canada Document de travail 2000-22 / Working Paper 2000-22
Guerrin, B. (2002), « Dictionnaire d’analyse économique ». Paris, La découverte. « Repères ».
Klaassen F (1999) “Purchasing Power Parity: Evidence from a New Test”. Center and Department of
Economics Tilburg University.
Krugman. P, Obstfels M. (2001). « Economie internationale ». Paris, Deboek Université.
Mankiw (2001) . « Macroéconomie ». Paris . Deboek Université.
Mkenda B.K(2001) “An Empirical Test of Purchasing Power Parity in Selected African Countries - a Panel
Data Approach”. Department of Economics Göteborg University SWEDEN Department Working Papers
in Economics no 39.
U.S. Departement of Labor (2005). « Consummer Price Index for all urban consumers » . Bureau of Labor.
Ubide A. (1997) : « Determination of inflation in Mozambique ». International Monetary Fund.
WP/97/145/1977.
64
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
ANNEXE
Les décompositions de la variance de l’erreur de prévision des différentes variables du modèle VAR
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
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C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
67
« Les Déterminants de la Rigidité des Prix
à la Consommation en Haïti :
une analyse empirique de 1996 à 2006 »
Christine Justinville
Résumé
istoriquement, la variation des prix au sein de l’économie haïtienne s’est effectuée à un rythme
accéléré. Les facteurs communément reconnus comme éléments explicatifs de la hausse de
l’inflation en Haïti, tels que le degré de report du taux de change, le financement monétaire du
déficit public, la croissance de la masse monétaire, sont devenus au fil du temps des éléments entrant
dans l’élaboration de la politique monétaire, dont l’un des objectifs est la stabilisation des prix au sein de
l’économie. Toutefois, le phénomène de l’inflation doit aussi être appréhendé à partir de la dynamique
des ajustements asymétriques et retardés des prix à la consommation par rapport à certains chocs, leur
conférant une certaine rigidité à la baisse. Cette dernière s’assimile à un comportement asymétrique des
prix, du fait qu’ils s’ajustent plus rapidement et dans une plus grande proportion à la hausse qu’à la
baisse, suite à un choc sur l’offre ou la demande. Sur une période s’étalant d’octobre 1996 à avril 2006,
nous avons donc étudié le comportement de l’indice général des prix, ainsi que les indices des différents
postes omposant le panier de consommation, puis procédé à une modélisation empirique de la rigidité
observée dans les prix. Nos résultats ont révélé qu’il existe effectivement une rigidité des prix à la baisse,
qu’elle est stimulée par les variations du taux de change, les anticipations de dépréciation de la monnaie
locale, et dans une moindre mesure, par les chocs monétaires et les anticipations d’inflation. D’autres facteurs
d’ordre structurel, tel le caractère oligopolistique de certains marchés locaux, et l’asymétrie d’information,
sont de plus, d’un point de vue microéconomique, à la base de cette rigidité.
H
Mots-clés : Rigidité à la baisse, ajustement asymétrique, inflation, IPC.
68
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Sommaire
Sommaire
Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
Cadre Théorique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
Revue de littérature . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Les déterminants micréconomiques de la rigidité des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
Les déterminants macréconomiques de la rigidité des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
Cadre macroéconomique : le cas Haïtien. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Évolution des prix à la consommation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
Évolution comparative de l’IPC haïtien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
Les déterminants de la rigidité des prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
Modélisation empirique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
Justification du choix des variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
Spécification et estimation du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Modélisation des écarts d’ajustement dans les prix . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
Les résultats. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
Annexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
Introduction
Comprendre les mécanismes par lesquels les retards d’ajustement, ou rigidités, dans les prix sont générés
est d’une importance capitale tant au niveau microéconomique que macroéconomique. Dans le premier
cas, la compréhension de la dynamique des prix permet aux agents économiques (producteurs et
consommateurs) de mieux réagir aux fluctuations de ces derniers. Et, d’un point de vue macroéconomique,
le degré de flexibilité des prix joue un rôle non négligeable dans le comportement de certains agrégats
économiques tels que l’emploi, la production, la qualité de vie de la population et l’inflation. Cette étude
met l’accent sur l’importance de la rigidité des prix dans la persistance de l’inflation en Haïti. Jusqu’ici,
la plupart des études concernant l’évolution des prix se sont axées sur la recherche des principaux
déterminants de l’inflation et l’identification de ses types. La compréhension du phénomène de rigidité
pourrait de ce fait apporter un nouvel éclairage dans la formulation de la politique monétaire. Ce, tout
en permettant d’avoir une meilleure connaissance des catégories de biens les plus résistants à un ajustement
de prix à la baisse.
L’idée centrale de ce document est que les prix –en l’occurrence les prix à la consommation- sont rigides
à la baisse. Cette rigidité serait en grande partie causée par certaines frictions du marché des biens et services
(chocs sur l’offre et la demande), des facteurs structurels (asymétrie d’information, absence de régulation
et de système de protection du consommateur haïtien, inexistence de marchés concurrentiels), les anticipations
des agents et la composition même du panier de consommation. Dans le cadre de ce travail, nous avons
d’abord procédé à une revue de la littérature sur la rigidité des prix, une analyse statistique du
comportement de l’IPC, puis une modélisation empirique en vue d’étayer nos hypothèses.
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C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Cadre théorique
Le concept de rigidité des prix.
La rigidité des prix (et des salaires) est un phénomène assez connu. Elle est définie comme étant la résistance
d’un prix à s’ajuster à la hausse ou à la baisse suite à un choc sur l’offre ou la demande. Le terme a été
pour la première fois utilisé par David Hume, un économiste classique1 (1752), mais sa paternité est
plutôt attribuée à John Maynard Keynes (1883-1946). Ce dernier a utilisé ce concept comme postulat
pour expliquer les fluctuations économiques à court terme et la sous-utilisation du capital et du travail.
Selon Keynes, chaque producteur imparfaitement informé sur la politique de prix pratiquée par ses
concurrents fixe à l’avance son prix et attend la réalisation de la demande à ce prix. Des révisions seront
par la suite effectuées si la demande effective s’est réalisée ou non conformément à ses attentes.
Cependant, en raison de la prédétermination des prix, ceux-ci ne réagissent pas immédiatement à un
choc sur l’offre ou la demande des biens, d’où une certaine rigidité à court terme. En outre, dans un
environnement inflationniste, les révisions sur les prix seront plus fréquentes à la hausse qu’à la baisse.
Plus tard, le phénomène de rigidité des prix sera assimilé par la Nouvelle Economie Keynésienne au
terme de viscosité, pour montrer que les prix finissent toujours par s’ajuster mais avec retard. Ces retards
d’ajustement impliquent que les chocs sur la demande et l’offre se traduisent par des effets réels importants
sur la production et l’emploi.
Les tenants de cette école ont en outre opéré une décantation entre les rigidités réelles et les rigidités
nominales. Une rigidité est dite nominale lorsqu’elle empêche le niveau des prix de s’ajuster de façon à
épouser les fluctuations nominales de la demande. Les prix et les salaires s’éloignent alors de leurs valeurs
optimales (frictionless values) et le vecteur des prix et salaires relatifs, les marges de profit, la production
et l’inflation ne se trouvent plus aux niveaux maximisant le bien-être. Une rigidité est dite réelle lorsqu’un
prix est rigide par rapport à un autre ; tout choc sur la demande induira de faibles variations dans les prix
relatifs et des écarts prononcés dans les quantités produites.
Cependant, l’hypothèse de rigidité des prix ne s’applique pas à tous les marchés : ce phénomène est
visible dans un certain nombre de marchés dits à prix fixes (dépôts bancaires, produits agricoles, marché
du travail2) tandis que les prix sont par essence flexibles dans d’autres (marchés financiers, marché des
changes). Pour l’histoire, le phénomène de rigidité des prix a été prédominant lors de la Première Guerre
Mondiale aux Etats-Unis et a atteint plusieurs pays notamment la France, Le Royaume-Uni et le Japon
avant 19143. Par ailleurs, plusieurs études ont souligné l’existence actuelle d’une certaine rigidité à la
baisse des prix dans la zone euro, par comparaison avec les Etats-Unis4 .
1
L’une des théories de Hume était que l’ajustement lent des prix explique les variations induites par la monnaie sur la production dans le court terme.
« Asymmetric Price Adjustment : Microfoundations and Macroeconmic Implications ».
3
Gordon, 1981.
4
«Sticky Prices in the Euro Area : a summary of new micro evidence », Luis Alvarez et al, Banque de France, 2005.
2
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71
Revue de la littérature
Il existe une littérature assez large sur l’importance de la rigidité des prix et des salaires dans une
économie. La plupart des travaux traitant le sujet s’intéressent surtout à ses impacts sur l’inflation et sur
la production. D’autres l’utilisent comme pré-requis pour expliquer le fonctionnement de certains
marchés. Ball et Mankiw (1995), Balke et Wynne (1996) ont utilisé la corrélation entre la moyenne des
changements des prix et leur degré d’asymétrie (skewness) pour établir une distinction entre les catégories
de biens dont les prix sont rigides et les biens à prix flexibles. Par ailleurs, Peltzman (2000) a pu relever
que les assymétries dans les prix sont fortes, persistantes et durables autant que dans les prix à la
consommation qu’à la production, et existent aussi bien dans les périodes de haute ou de faible inflation.
Les facteurs explicatifs de la rigidité des prix identifiés par les économistes sont nombreux et relèvent de
fondements microéconomiques et macroéconomiques. En effet, la fixation des prix est l’apanage exclusif
des entreprises, lesquelles fournissent les produits qui constituent par conséquent l’offre sur le marché des
biens et services. La détermination d’un prix et son degré de flexibilité résulteraient de leur politique de
prix et d’emploi, de l’évolution de leurs coûts, de leurs chiffres d’affaires, de la demande des biens et de
la concurrence prévalant sur le marché. Cependant, les prix évoluent aussi en fonction de l’état de santé
de l’économie et de l’évolution de certains agrégats macroéconomiques. Ils réagissent par exemple à
l’orientation de la politique monétaire, à un choc externe sur la demande globale, à une période
d’expansion ou de récession de l’économie. Aussi, le degré de flexibilité augmente ou diminue en
fonction des déterminants suivants :
?
Les déterminants micréconomiques de la rigidité des prix
i.
Les coûts induits par ajustement
L’une des sources identifiées par les économistes est l’existence des « coûts de menu » ou coûts
d’étiquetage qu’implique généralement un changement de prix : impression de nouvelles listes de prix,
de nouveaux catalogues, le temps passé à renégocier les contrats d’achats et de ventes avec les fournisseurs
et les clients (Barro, 1972 ; Mankiw, 1985 ; Akerlof et Yellen, 1985). En général, suite à un choc
économique induisant une baisse des prix, les entreprises doivent opérer un choix : subir le coût d’une
baisse des prix –celle-ci générant par conséquent des coûts de menu et une réduction du revenu par unité
de bien vendue- ou faire face aux coûts induits par le maintien ou une hausse de leurs prix nominaux.
Ces auteurs soutiennent que le coût d’ajustement des prix à la baisse est largement supérieur au coût subi
par l’entreprise si elle maintient ses prix rigides en cas de chocs négatifs sur la demande. Ainsi, à chaque
friction ressentie par le marché, les entreprises préfèreront augmenter leurs prix, d’où à la longue la
persistance d’une rigidité à la baisse des prix.
ii.
La structure oligopolistique
Dans les marchés caractérisés par une concurrence imparfaite, les entreprises ne sont pas « price takers »
mais plutôt « price makers ». Les prix sont par conséquent établis suite à des interactions et décisions
72
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stratégiques des entreprises et par souci de garantir un certain niveau de profits. Un accord tacite est alors
souvent établi entre les firmes pour maintenir les prix au-dessus d’un niveau optimal. De ce fait, le
phénomène de rigidité des prix à la baisse serait caractéristique d’un marché oligopolistique ou monopolistique.
Ça a été le cas, par exemple, du marché de téléphonie mobile en Haïti composé de 3 compagnies
desservant près de 8 millions d’habitants pendant 5 ans, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau concurrent.
iii.
Le mark-up pricing et la politique optimale des prix
Les conclusions de plusieurs enquêtes convergent vers l’idée que les entreprises hésitent davantage à
baisser leurs prix qu’à les augmenter. D’une part, en raison de l’interdépendance existant entre les firmes,
ces dernières retardent le plus longtemps que possible le moment de baisser les prix pour ne pas être les
premières à le faire et inciter ainsi les autres à en faire autant. Par ailleurs, la politique de prix optimale
des entreprises consiste à augmenter leur mark-up quand les coûts marginaux diminuent. En effet, le prix
d’un produit est fonction du coût marginal et de la marge de profit (taux de majoration). Une hausse des
coûts de production se répercute dans les prix affichés par les producteurs de manière à accroître leurs
marges de profit. Mais, inversement, en cas de baisse générale des coûts, les entreprises peuvent choisir
d’absorber cette diminution par le maintien de leurs prix au statu quo au lieu de les ajuster à la baisse,
en augmentant leur taux de majoration.
iv.
Les marchés de clientèle et l’asymétrie d’information
Les entreprises d’une même industrie (i.e. vendant un bien similaire) détiennent un certain pouvoir de
monopole, en raison du coût élevé de recherche auquel fait face le consommateur pour obtenir des
informations sur le plus faible prix du marché. Dans un tel contexte, suite à un choc générant une baisse
générale des prix, une entreprise n’a aucun intérêt à rajuster ses prix vu que le consommateur satisfait
n’ira pas ailleurs car cela impliquerait des coûts de recherche (rigidité à la baisse). Par contre, s’il y a un
grand nombre de firmes, une entreprise a intérêt à ne pas modifier ses prix étant donné le signal négatif
lancé aux consommateurs qui seraient incités à changer de magasin (rigidité à la hausse)6 .
v.
Le prix en tant qu’indicateur de qualité
Les prix, en plus d’être un indicateur de la valeur d’un produit, sont aussi interprétés par les consommateurs
comme étant un signal de la qualité du bien. Un consommateur, par exemple, est disposé à payer plus
cher une voiture flambant neuve qu’une voiture d’occasion. Par conséquent, en situation d’asymétrie
d’information, les consommateurs risquent d’interpréter une réduction des prix comme une détérioration
de la qualité du produit, comportement qui incite les entreprises à ne pas baisser leurs prix.(Stiglitz,
1987).
5
Selon la formule
,η étant l’élasticité de la demande, Cm le coût marginal, et P, le prix. Cm dépend, dans une certaine mesure, de facteurs exogènes à l’entreprise, tandis que cette dernière peut agir plus librement sur le taux de majoration.
6
Mc Donald, 1992
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73
?
Les déterminants macroéconomiques de la rigidité des prix
Les facteurs microéconomiques relèvent des décisions prises par les entreprises en tant que «price makers »
dans leurs politiques de prix. Mais en général, il existe des chocs tels que l’orientation de la politique
monétaire, les fluctuations des prix internationaux, les chocs sur la demande extérieure ou sur la productivité,
des périodes de récession agissant sur le niveau de flexibilité des prix et contribuant ainsi à la rigidité des
prix dans une économie. Ces chocs peuvent être transitoires et n’avoir qu’un effet brusque mais passager
sur l’évolution des prix, ou permanents en modifiant de façon drastique et durable le niveau général des
prix. Par exemple, le choc pétrolier en 1979 a induit une hausse drastique des taux d’intérêt internationaux
par les créanciers privés et maintenu leur rigidité à la baisse, provoquant par la suite une crise d’endettement
au début des années 80. Suite à la baisse simultanée des cours mondiaux du pétrole et des matières
premières, les revenus d’exportation et la balance des paiements des pays en voie de développement
importateurs de pétrole se sont détériorés. En réaction aux signaux négatifs lancés par la flambée du
pétrole, les banques créancières ont relevé leurs taux d’intérêt et resserré leurs conditions d’emprunt,
précipitant ainsi une crise qui s’étendra sur plus d’une décennie.
A titre d’illustration, le mécanisme de transmission des chocs macroéconomiques sur la rigidité des prix
peut être expliqué comme suit. Dans un marché de concurrence imparfaite, un choc négatif sur la
demande globale déplace la courbe de demande d’une entreprise vers la gauche (de D0 à D1) et réduit
sensiblement le profit de l’entreprise. Celle-ci alors ne gagne rien à modifier ses prix. Avant le choc négatif
sur la demande, le prix et la production maximisant le profit sont donnés par l’égalisation de la recette
marginale (RM0) avec le coût marginal (CM0) au point X ; on a donc P0 et Q0. La réduction de la
demande entraîne une forte baisse du profit de l’entreprise considérée. Dès lors que celle-ci subit un coût
d’ajustement de prix, elle peut décider de maintenir l’ancien prix P0 au lieu de considérer le prix
optimal P1. Par contre, au lieu de diminuer sa production de Q0 à Q1, elle la réduit à Q*. L’entreprise
augmenterait son profit de B-A en réduisant son prix de P0 à P1. Si le coût de menu est supérieur à B-A,
l’entreprise ne réduira pas ses prix.
74
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Graphique 1
Ajustement des prix en concurrence monopolistique
Le Cas Haïtien : La rigidité à la baisse des prix à la consommation
Etude de l’évolution de l’IPC en Haïti
Au cours des 10 dernières années, la situation économique haïtienne est restée dominée par la détérioration
des fondamentaux macroéconomiques dans un contexte socio-politique défavorable. La timide reprise
amorcée après le rétablissement de l’ordre constitutionnel en 1994 fut interrompue quelques années plus
tard par les bouleversements politiques qui n’ont fait qu’exacerber les multiples déséquilibres dont souffre
le pays. La chute de la production locale reflète l’aggravation des rigidités structurelles de production
(faible niveau technologique, manque d’infrastructures, insuffisance du crédit, etc.) et le faible niveau de
productivité de l’économie. Ainsi, le taux de croissance moyen annuel du produit intérieur brut est passé
de 2,05 % de 1996 à 2000, à –0,53 % de 2001 à 2005. Par ailleurs, l’équilibre entre l’offre et la demande
globales, soutenu davantage par l’augmentation des importations que par une croissance durable de la
production intérieure brute, est souvent destabilisé par des chocs exogènes tant internes qu’externes7 .
Ces divers chocs, exerçant soit des contractions soit des hausses sur l’offre et/ou sur la demande selon le
cas, se répercutent en général sur le comportement des prix à la consommation.
En effet, l’IPC (indice des prix à la consommation) a augmenté à un rythme exponentiel, en glissement
annuel, passant de 29,848 en octobre 1996 à 127 en avril 2006, soit plus du triple de sa valeur initiale
en moins de 11 ans. Cette évolution rapide a été exacerbée au fil du temps par des fluctuations conjoncturelles
qui n’ont fait qu’accélérer le rythme de progression de l’inflation. Ainsi, en rythme annuel, la variation
des prix a presque doublé : elle est passée de 11,51 % en moyenne par mois de novembre 1998 à juillet 2002
pour atteindre 22,21 % en moyenne par mois de août 2002 à avril 2006. En d’autres termes, l’inflation a
crû plus rapidement qu’il y a 4 ans.
7
Nous pouvons citer : la hausse des prix des produits pétroliers, attentats terroristes, rumeur de conversion des dépôts de dollars en gourdes, généralisation de l’insécurité, etc.
Indice raccordé en fonction de la nouvelle base août 2004=100.
8
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Evolution comparative de l’IPC par rapport à la République Dominicaine et Trinidad
Pour avoir une meilleure idée de l’évolution des prix à la consommation en regard d’autres pays
caribéens, nous avons comparé l’évolution de l’IPC haïtien à ceux de la République Dominicaine (notre
plus proche voisin et l’un de nos principaux partenaires commerciaux) et d’un autre pays caribéen,
Trinidad et Tobago. Une comparaison a aussi été effectuée par rapport à un prix typiquement flexible, le
taux de change haïtien. De par une analyse graphique, nous avons pu constater que l’IPC haïtien présente
une variabilité légèrement plus élevée que celle de l’IPC dominicain. De même, leur rythme de croissance
semble similaire jusqu’à un certain niveau, ce qui laisse supposer peu de différences dans le degré de
flexibilité de l’IPC des 2 pays. Par contre, comparativement à l’IPC trinidadien, l’IPC haïtien croît plus
rapidement et plus fortement (avec un rythme de croissance annuel de 16,86 % en moyenne de
novembre 1998 à avril 2006 contre 4,58 % en moyenne à Trinidad). La variabilité de l’IPC haïtien est tout
autant relativement faible. Le même constat s’applique comparativement au taux de change. Celui-ci
paraît plus flexible et plus volatile que le niveau général des prix à la consommation. A priori, nous
pouvons supposer une rigidité relative de l’IPC à la baisse.
Graphique 2
Evolution de l'IPC haitien et dominicain
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Graphique 3
Evolution des taux d'inflation en Haiti et en République Dominicaine
Graphique 4
Evolution de l'IPC haitien et trinidadien
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Graphique 5
Evolution des taux d'inflation en Haiti et à Trinidad
Graphique 3
Evolution comparée de l'IPC haitien et du taux de change
78
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Plus loin, nous avons étudié les fréquences de variations et la durée moyenne de la stabilité des prix à la
consommation. Cette approche s’inspire des méthodes de calcul utilisées par plusieurs chercheurs en vue
de mesurer la rigidité de certains prix. Ils retiennent en général 2 approches : l’approche par les
fréquences de changements des prix et l’approche par la durée de stabilité des prix9 . L’approche par la
durée mesure la durée (en général le nombre de mois) au cours de laquelle le prix d’un bien demeure
inchangé tandis que l’approche de la fréquence (dont la fonction est l’inverse de celle de la durée) relève
le nombre de fois que les prix changent au cours d’une période donnée. Dans un premier temps, en
comparant les fréquences mensuelles et annuelles de hausse et de baisse des prix durant les 10 dernières
années, par groupes de dépenses, nous avons pu remarquer que :
1)
L’économie haïtienne n’a connu aucun cas de déflation pendant la période sous-étude, bien que
certaines périodes de décélération de la croissance de l’IPC ont pu être observées.
2)
Le pourcentage de variation des prix à la baisse est très faible, à hauteur de 5 à 8 % du total des
fréquences10 .
Les postes dont les prix opposent une moindre résistance à la baisse sont le groupe «Alimentation, boissons
et tabac» qui occupe le poids le plus élevé dans le panier de consommation moyen11 (50,35 %) et le
groupe «Loisirs, spectacles, enseignement et culture» (5,84 %) de l’IPC.
Tableau 1
Fréquences de variations des prix à la baisse (variations mensuelles12)
9
« Consumer Price Setting In Italy », Silvia Fabiani, Angela Gattuli et al., Banque d’Italie, juin 2005. Des études similaires ont été effectuées dans le cas de la France, du Japon et
du Luxembourg.
10
Nous avons considéré ici les fréquences de variation de l’indice de chaque groupe de dépenses et non les fréquences de variation des prix de chaque produit
11
Ceci serait du au fait que ce groupe est composé d’un grand nombre de produits volatiles.
12
De octobre 2005 à avril 2006.
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79
Tableau 2
Fréquences de variations des prix à la hausse (variations mensuelles)
Dans un second temps, nous avons calculé la durée moyenne de stabilité des prix à la consommation par
catégories, en utilisant l’une des formules établies par l’approche de la durée :
avec j pour le jième produit, s : une séquence ininterrompue de prix fixes, djs la durée d’une séquence
pour le produit j, Nsj le nombre de séquences totales de prix pour le produit j. (voir annexe)
En général, les prix en Haïti sont rarement stables ; de plus, il existe une faible hétérogénéité par catégories,
c’est-à-dire un faible écart au niveau des fréquences de changements des prix entre les différentes
catégories. Par ailleurs, la durée moyenne de stabilité des prix, toutes catégories confondues, est très minime
(1,1 mois). Les postes les moins sujets à une variation sont les groupes «Loyer du logement, énergie et
eau» (avec une durée moyenne de stabilité de 1,2 mois) et «Loisirs, spectacles, enseignement et culture»
(1,8 mois). Le poste «Alimentation, boissons et tabac» qui pourtant présente la plus faible résistance aux
ajustements de prix à la baisse varie tous les mois. (voir annexe)
En compilant les résultats de nos calculs, nous pouvons déduire que :
1)
Les prix à la consommation en Haïti ne sont pas visqueux et ont une forte fréquence de variation.
En général, les prix fluctuent presque tous les mois et ceux les moins instables prennent entre 1,2 et 1,8
mois avant de varier.
2)
Il existe une certaine homogénéité au niveau des fréquences de variation des prix par catégories.
3)
En dépit d’une forte propension au changement, les prix à la consommation sont rigides à la baisse
(ils augmentent beaucoup plus qu’ils ne diminuent). Au niveau des groupes de dépenses, le poste dont
80
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les prix sont les moins rigides à la baisse est le groupe «Alimentation, boisson et tabac», et celui dont les
prix sont les plus rigides à la baisse est le poste «Santé». Cette différence peut s’expliquer par le fait que
le marché des produits alimentaires est très diversifié et où le biais d’information est peu élevé
(les consommateurs peuvent facilement comparer les prix pratiqués par les entreprises). A l’inverse du
secteur médical où d’une part les soins de meilleure qualité ne sont pas accessibles à tous, et d’autre part,
les honoraires et les prix des produits sont fixés dans une certaine mesure de façon arbitraire
Les déterminants de la rigidité à la baisse des prix à la consommation
Le phénomène de rigidité à la baisse des prix en Haïti est imputable à des faiblesses structurelles
caractérisées par le caractère oligopolistique des marchés locaux, les chocs exogènes sur l’offre et la
demande globales, le manque de régulation et l’absence de protection du consommateur par l’Etat haïtien,
l’inélasticité de la demande des biens de première nécessité, l’inflation anticipée par les agents
économiques, les assymétries informationnelles et les variations du taux de change.
En effet, plusieurs facteurs ont pu, au fil des années, exercer des chocs positifs ou négatifs sur la courbe
d’offre ou de demande et provoquer une réaction des prix et les maintenir à un niveau élevé. A titre
d’illustration, la décision prise par le gouvernement d’appliquer un mécanisme d’ajustement flexible des
prix à la pompe à toute variation sur le marché international (en janvier 2003) a rendu l’IPC plus sensible
aux fluctuations des prix du pétrole. D’un autre côté, les marchés locaux sont en grande partie oligopolistiques
: il n’existe qu’une poignée de producteurs ou de firmes qui dominent les marchés, fixent les prix et
détiennent presque toute l’information sur les fluctuations des marchés, au grand dam des consommateurs
non-protégés d’ailleurs par aucune instance légale. Et en général, ces oligopoles s’entendent pour fixer
un prix minimum ou provoquer une rareté de leurs produits ou restreindre leurs services (rareté artificielle)
de manière à maximiser leur marge de profit pour prévenir tout risque lié aux incertitudes du marché
(insécurité, hausse des coûts, etc.). Aussi, quand pour une raison ou une autre, les prix augmentent, ils
ne se réajustent pas en fonction du jeu de l’offre et de la demande, mais restent dans la majorité des cas
au même niveau. Dans ce même ordre d’idées, puisqu’elles évoluent dans un environnement inflationniste,
quand les firmes anticipent une hausse de l’inflation, elles n’ont aucun intérêt à baisser leurs prix et les
gardent élevés (phénomène du surajustement des prix). Cette stratégie se révèle d’ailleurs très efficace
compte tenu d’une part, de l’asymétrie d’information dont souffre le consommateur concernant certains
secteurs (certaines entreprises dont les pharmacies n’affichent pas en général leurs prix, ou encore les tarifs
proposés par les entreprises offrant des services, par exemple, les travaux de construction), et d’autre part
de l’inélasticité de la demande des produits de première nécessité. Par ailleurs, les prix se montrent très
sensibles aux fluctuations à la hausse du taux de change, lesquelles contribuent à les rendre moins flexibles.
Cette situation peut être illustrée par l’effet induit en septembre 2000 essentiellement par les hausses
spéculatives sur le change et les anticipations pessimistes sur le niveau général des prix : ceux-ci ont alors
fortement augmenté pour se maintenir à un niveau largement supérieur aux mois précédents. Le même
cas s’est répété en 2003 et en 2004.
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81
Graphique 7
Evolution du taux de change et des prix à la consommation
Modélisation empirique
Les manipulations statistiques que nous avons effectuées jusqu’ici soulignent l’évidence d’une rigidité à
la baisse des prix à la consommation, tout en précisant les catégories de produits dont les prix sont les
plus rigides. Cependant, il serait intéressant de déterminer par rapport à quelle variable les prix ont
développé cette résistance à la baisse. Une modélisation VAR nous permet, à partir de l’analyse des
réponses impulsionnelles, de mieux mesurer le comportement asymétrique des prix à la consommation,
en retraçant le mécanisme par lequel un choc sur une variable donnée se répercute sur ces derniers, à
quelle ampleur et pour quelle durée. La modélisation VAR nous indique aussi, à travers la lecture de la
décomposition de la variance de l’erreur de prévision et le test de Wald, quelle variable alimente le plus
la rigidité des prix à la baisse.
Nous avons sélectionné quelques variables macroéconomiques susceptibles d’avoir une influence sur les
prix : le taux de croissance du PIB mensualisé, le prix du baril de pétrole américain, le taux de change et
la masse monétaire.
Le taux de croissance du PIB13 constitue un proxy pour la variation de la demande globale. Comme on
l’a souligné plus haut, des frictions positives sur la demande globale incitent les entreprises à garder leurs
prix rigides à la baisse.
13
Nous avons utilisé le PIB mensualisé calculé à partir de l’équation de l’offre et de la demande par Maxime Luciéné.
82
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
De nombreuses études ont établi la relation positive entre le taux de change et l’IPC (effet de pass-through).
Depuis l’adoption du régime de change flexible, la dépréciation de la gourde coïncide en effet avec
l’accélération de l’inflation en Haïti. Or, d’un point de vue microéconomique, l’ampleur de la hausse des
coûts de production et la vitesse à laquelle elle se transmet aux consommateurs (à partir des prix de
ventes) dépendent de la part des importations dans le panier des ménages. Et, à court terme, pour le
même niveau de consommation de produits importés, une dépréciation de la gourde augmente le coût
des intrants importés et par ricochet les prix à la consommation.
La masse monétaire au sens large constitue l’ensemble des moyens de paiement en usage dans un pays.
Son évolution reflète d’une part la quantité de monnaie disponible dans l’économie et d’autre part, la gestion
qui en est faite par les autorités monétaires. Tout choc monétaire généré par une politique expansionniste
augmente la croissance de la masse monétaire et, vu la rigidité de la production globale à court terme en
Haïti, l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Conséquemment, les chocs monétaires récurrents
maintiennent les prix élevés et accentuent leur rigidité à la baisse.
Le panier de consommation est en grande partie composé de produits importés. Par conséquent, les
changements dans certains prix internationaux (dont les produits pétroliers, ou les produits de base) exercent
une forte influence sur le niveau général des prix. De ce fait, toute hausse du prix du baril de pétrole14 en
tant qu’intrant entraîne une hausse des prix des produits finis et des produits de consommation15 . Une
relation positive est censée s’établir entre le prix mondial du baril de pétrole et l’IPC.
Spécification et estimation du modèle
Le modèle dont nous nous inspirons provient d’une étude effectuée par Linda Tooselma et Jan Jacobs
(2001) sur la dynamique des prix dans les marchés de propriétés résidentielles en Hollande16 . Utilisant
un modèle à correction d’erreur, ils partent de l’équation suivante :
avec, en différence première, Rm représentant le taux d’intérêt nominal des emprunts hypothécaires sur
5 ans, R le taux d’intérêt directeur sur les bons à long terme, et l’élément entre parenthèses, l’équation de
cointégration traduisant la relation de long terme entre le taux d’emprunt hypothécaire et le taux sur les
bons. Ses résultats ont indiqué que les taux d’emprunt hypothécaire, loin d’être symétriques, sont beaucoup
plus rigides à la baisse qu’à la hausse, en raison notamment de la décision des banques d’ajuster les taux
d’emprunt asymétriquement aux changements survenant dans la structure de leurs coûts, suite aux variations
des taux directeurs.
14
Cette variable a été utilisée à défaut de l’indice des prix à l’importation dont la série n’est pas disponible sur une période suffisante. Nous considérons ici le prix du baril de pétrole américain qui détenait le monopole des importations de produits pétroliers avant la signature du Pétrocaribe.
15
A noter que les postes Transport et Energie, loyer et eau occupent au total 24,79 % de l’IPC.
16
« Why do Prices rise faster than they fall? With an Application to Mortgage Rates »
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Estimation du modèle
Afin d’expliquer le phénomène de rigidité à la baisse des prix à la consommation en Haïti, nous avons
mis en relation l’IPC et les variables susceptibles d’influencer son degré de flexibilité : le taux de change
(txchange), la masse monétaire (M2), le prix du baril de pétrole américain, le WTI (prixpétrole) et le taux
de croissance du PIB (txpib).
Nous avons procédé au test de causalité de Granger. Ce dernier indique si les chocs associés à une variable
exercent une possible influence sur les autres variables. Par intuition, nous supposons qu’une augmentation
de l’offre de monnaie exerce une pression à la hausse sur la gourde, suite à l’augmentation des gourdes
en circulation par rapport au dollar américain. L’accroissement de l’offre de monnaie stimule la demande
de biens et services, puis les prix à la consommation. De plus, quand le taux de change augmente, les
prix croissent suite à la hausse des coûts des inputs importés, dont le pétrole.
Le test de Granger signale, jusqu’à 9 retards, que le prix du pétrole et le taux de croissance du PIB n’ont
aucune relation avec les autres variables. Plus précisément, l’IPC exercerait une influence sur le prix du
baril du pétrole américain, et non l’inverse, ce qui n’est pas conforme à la réalité. De plus, l’offre de monnaie
n’aurait aucun impact sur le taux de change qui pourtant, influence la masse monétaire. Nous avons
cependant établi l’ordre des variables en fonction de la théorie économique, et exclus le taux de croissance
du PIB et le prix du brut de notre estimation. (voir l’annexe, page 33, tableau 3)
Pour tester ensuite la stationnarité des 3 variables : taux de change, masse monétaire et IPC, nous avons
effectué le test de stationnarité d’ADF (Dickey-Fuller Augmenté) et avons constaté qu’elles sont toutes
intégrées d’ordre 1, sans constante ni tendance. Par conséquent, ces variables peuvent avoir une tendance
commune à la hausse à long terme. Il y a donc risque d’une relation de cointégration.
Tableau 3
: Résultats des tests de stationnarité
84
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Graphique 8
Evolution comparée de l’IPC, de la masse monétaire et du change
Afin de procéder au test de cointégration, il est nécessaire de formuler des hypothèses sur la structure de
la relation de long terme ainsi que la tendance suivie par les séries. Ici, nous supposons qu’il existe une
relation de long terme linéaire entre les variables, et que ces dernières suivent un processus DS (confirmé par
le test de stationnarité). Le test de la trace ainsi que celui de la valeur propre maximale de Johansen
indiquent l’existence de 3 vecteurs de cointégration. La matrice de cointégration est donc de plein rang,
et il n’existe pas de relation de cointégration. Un modèle VAR peut être estimé sur les variables en niveau.
Or, selon Sims, pour des variables intégrées d’ordre 1, avec un échantillon large, il n’existe aucune
différence asymptotique entre les variables exprimées en différence première ou en niveau. Par commodité,
nous gardons les variables en différence première.
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85
Tableau 4
Résultats des tests de cointégration de Johansen
Fort de ses résultats, le modèle est spécifié comme suit :
86
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Le nombre de retards optimal a été déterminé à partir des critères d’information (Akaike, Schwartz et
Hannan-Quin). Le modèle estimé est :
Au regard des statistiques de Student, le modèle met en évidence l’influence que les variables exercent
entre elles. Ainsi, l’indice des prix à la consommation subit l’influence de l’évolution de ses valeurs
passées (respectivement au seuil de 5 et 20 %), du taux de change et de la masse monétaire. Le taux de
change dépend des variations au niveau de sa valeur, de la variation des prix, mais pas de l’évolution de
la monnaie. Ce qui infirme notre hypothèse préalable. Inversement, l’évolution de la masse monétaire
dépend uniquement des fluctuations du taux de change.
De manière globale, le VAR estimé est bien spécifié et stable. Or, nous nous intéressons spécifiquement
aux réactions de l’IPC par rapport aux autres variables. La première équation nous renseigne déjà sur l’influence
que jouent le taux de change et l’offre de monnaie sur les prix à la consommation. Nous pouvons donc
poursuivre en modélisant les écarts d’ajustement dans les prix. (voir l’annexe, page 34, tableaux 5 à 7 et
graphe 1)
Modélisation des écarts d’ajustement dans les prix
L’étape suivante consiste à appréhender les effets d’asymétrie au niveau des variations à la baisse ou à la
hausse de l’IPC et dans quelle mesure chacun des paramètres pris isolément influence la rigidité à la
baisse des prix. L’idée est de distinguer comment les prix évoluent suite à une hausse ou une baisse du
taux de change, et/ou de la masse monétaire, de comparer les amplitudes de chocs et la rapidité dans
laquelle ils apparaissent, de manière à mieux cerner le comportement asymétrique des prix, ainsi que leur
durée et leur provenance. Ceci pourra être étudié à partir de l’analyse des réponses impulsionnelles, de
la décomposition de la variance, ainsi que du test d’égalité des coefficients (test de Wald).
Les possibilités d’asymétrie dans les ajustements des prix seront mesurées à partir de l’insertion de variables
dichotomiques multiplicatives prenant la valeur17
17
Par souci de commodité, les (+) et les (-) seront représentés par des chiffres pairs et impairs, allant de 1 à 4.
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87
L’insertion des dummies permet de disséquer la variable en question (M2 ou change) en 2 séries
distinctes, l’une comportant les variations positives uniquement, et l’autre les variations négatives. On
obtient ici un VAR à 5 variables : dipc, ∆+change, ∆-change, ∆+M2, ∆-M2. L’ordre de retard optimal, à
partir des critères d’information, est de 1. Le test de cointégration révèle une matrice de cointégration de
plein rang. Il n’y a donc aucun risque de cointégration. Ceci s’explique d’autant plus que le modèle initial
s’est révélé stable. (voir annexe, page 37, tableau 9 )
Après avoir inséré les dummies dans le modèle initial pour étudier le comportement asymétrique généré
par les fluctuations du change et de la masse monétaire, l’équation (1) s’écrit comme suit (après détermination
du retard optimal à partir des critères d’information) :
Une fois de plus, le modèle semble être bien spécifié et remplit encore la condition de stabilité. (voir
annexe, page 38, tableau 10 et graphe 2)
Les résultats
En tenant compte du taux de significativité des coefficients, les variations de l’indice des prix à la
consommation sont influencées par celles de sa valeur décalée d’une période, des variations négatives
du taux de change et des variations positives de la masse monétaire. Les fluctuations à la hausse du
change agissent sur les prix uniquement au seuil de 20 %. Tandis que les variations à la baisse de l’offre
de monnaie semblent n’exercer aucune influence significative sur les prix.
Ces résultats laissent présager un comportement asymétrique des prix par rapport à la masse monétaire :
les prix augmentent suite à une hausse de la masse monétaire, mais une baisse de cette dernière n’est pas
significative (au seuil de 5 %) sur les prix. Par contre, aucun ajustement asymétrique des prix ne se fait
par rapport au taux de change : les fluctuations à la hausse du change entraînent une augmentation des
prix, et les fluctuations à la baisse, une réduction des prix.
Par ailleurs, les coefficients liés à une variation positive des variables sont, en valeur absolue, inférieurs à
ceux liés à une variation négative. Ce qui infirmerait quelque peu l’hypothèse de rigidité à la baisse des
prix. Nous avons donc effectué le test de Wald, faisant l’hypothèse nulle d’égalité des coefficients. De
manière plus précise, nous testons la supériorité de ß2par rapport à ß3, et celle de ß4 par rapport à ß5. Ce
test révèle que l’impact d’une hausse de la masse monétaire est significatif, et non celui d’une baisse de
la masse monétaire. De plus, l’impact d’une appréciation du change est significativement différent de
zéro, tandis que celui d’une dépréciation est significativement nul. Il en ressort que l’effet d’une variation
positive de l’offre de monnaie sur les prix est supérieur à celui d’une variation négative de l’offre de monnaie.
De même, l’effet d’une appréciation de la gourde sur les prix est supérieur à celui d’une dépréciation de
la monnaie. Il existe donc une rigidité à la baisse des prix par rapport à l’offre de monnaie, et un ajustement
symétrique des prix par rapport au taux de change.
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C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Tableau 5
Résultats du test de Wald
Analyse impulsionnelle et décomposition de la variance
Ce comportement des prix peut être retracé à partir de l’analyse des réponses impulsionnelles. Cette
dernière montre avec plus de précision la réaction de l’indice des prix aux chocs perpétrés sur le change,
et la masse monétaire. Elle offre aussi une meilleure comparabilité de l’amplitude et la durabilité des
différents chocs.
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Graphique 8
Evolution comparée de l’IPC, de la masse monétaire et du change
Les graphes montrent que les prix réagissent de manière instantanée tant qu’aux variations à la hausse
qu’à la baisse des différentes variables. Les variations à la hausse de la masse monétaire exercent un choc
plus important sur les prix que les variations à la baisse. De plus, les chocs positifs durent plus longtemps
que les chocs négatifs : les premiers s’estompent après 8 mois, et les seconds, après 6 mois. Ainsi, suite
à une variation à la hausse de l’offre de monnaie, les prix augmentent plus rapidement (pour l’équivalent
de 0,12 Cholesky, contre une baisse de 0,09 Cholesky dès le premier mois), plus fortement et durent plus
longtemps. Suite à une baisse de la masse monétaire, les prix diminuent pour augmenter à partir du 2ème
mois.
Parallèlement, les prix s’ajustent parfaitement aux fluctuations du change. Nous pouvons même noter que
l’ampleur de leur réaction suite à une appréciation du change est plus forte que dans le cas d’une
dépréciation. De plus, les prix réagissent plus rapidement quand le taux de change diminue (entraînant
une baisse équivalant à 0,19 Cholesky contre une hausse de 0,09 Cholesky dès la première période).
Cependant, un choc causant la dépréciation du taux de change se répercute plus longuement sur les prix
qu’une appréciation (8 mois, contre 5 mois).
Plus loin, la décomposition de la variance de l’erreur de prévision de l’IPC nous permet de mesurer la
90
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
contribution de chaque variable à l’explication du comportement des prix. Ainsi, les prix sont expliqués
en majeure partie par leurs propres innovations, à 66,10 % à la dixième période. Par contre, les variations
positives de la masse monétaire et du change contribuent beaucoup plus aux innovations de l’IPC que les
variations négatives. En effet, le poids des variations positives dans la variance de l’erreur de prévision
totalisent 18,04 %, contre 15,86 % pour les variations négatives.
Tableau 6
Résultats des tests de cointégration de Johansen
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
91
Conclusion
En somme, la rigidité des prix à la baisse est essentiellement induite par les chocs monétaires, et non les
fluctuations du change. En effet, les différences entre les fréquences de variations à la hausse et à la
baisse, et la durée moyenne de stabilité des prix (1,2 à 1,8 mois) fournissent une indication sur les
déséquilibres existant au niveau de leur ajustement, laquelle indication est corroborée par nos modélisations
économétriques. Pour la période considérée, les augmentations, autant que les réductions de la masse
monétaire induisent une hausse des prix. De plus, même avec un comportement symétrique, les
dépréciations de la gourde ont un effet de plus grande ampleur sur les prix que les appréciations.
La principale implication de l’hypothèse de rigidité à la baisse des prix à la consommation en Haïti est la
somme de difficultés auxquelles doivent faire face les autorités monétaires dans leur objectif de réduction
et de stabilisation du niveau général des prix. Ceci devrait être fait, comme nous le suggérons, en ciblant
d’une part les facteurs contribuant à maintenir les prix résistants à tout ajustement à la baisse (on peut
citer l’offre de monnaie) et d’autre part, en identifiant les groupes de dépenses les moins flexibles. Par
exemple, des décisions de politique monétaire visant à provoquer une appréciation du change pour une
période donnée devraient être prises au moins 1 mois à l’avance, de manière à obtenir un ajustement à
la baisse des prix ou allonger la durée moyenne de stabilité des prix sur plus de 5 mois. Cependant, elles
devront prendre en compte également l’influence non négligeable de l’offre de monnaie sur les prix, et
appliquer une politique restrictive au moins 2 mois à l’avance, de manière à ce que l’effet de l’appréciation
de la gourde se fasse ressentir sur les prix.
Toutefois, la lutte contre l’inflation ne devrait pas seulement tourner autour de la stabilisation de la monnaie
en circulation par la manipulation d’instruments à court terme mais devrait s’articuler en fonction du
comportement de l’IPC, et de sa propension à la rigidité. Celle-ci, du fait qu’elle soit plus prononcée dans
certains groupes de dépenses, relève de certains déséquilibres réels et structurels (existence d’oligopoles,
d’assymétries informationnelles, etc.). Ces déséquilibres seront résorbés pour peu que des mesures soient
prises de manière à ouvrir certains marchés vers la concurrence (comme c’est le cas récemment du
secteur de la téléphonie mobile), et doter ces derniers d’une structure de protection du consommateur (à
l’instar de nombreux pays avancés). Par conséquent, aucune politique monétaire ne sera pleinement efficace
et durable sans une articulation conjointe avec l’économie réelle.
92
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
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Annexe Statistique
Tableau 1
Résultats des tests de cointégration de Johansen
Tableau 2
Durée moyenne de stabilité des prix à la consommation par groupe de dépenses
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Tableau 3
Test de Causalité de Granger
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Tableau 4
: Test de stationnarité des variables
Tableau 5
Détermination du retard optimal du VAR initial
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Tableau 6
Test de Cointégration de Johansen
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
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Tableau 7
Tableau 7 : Résultats de l’estimation du VAR initial
Tableau 8
Détermination du retard optimal du modèle d’ajustement des prix
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Graphique 1
Test de Cointégration de Johansen
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
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Tableau 9
Test de Cointégration de Johansen
100 C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
Tableau 9
Test de Cointégration de Johansen
C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
101
Tableau 10
Test de Cointégration de Johansen
102 C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH
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104 C AHIER DE REC HER C HE DE L A BRH