(2011-06) Study on the Extent of Corruption Among Private Firms Doing Business with the Haitian State
Summary — A study of procurement corruption from the supplier's side, commissioned under the Economic Governance Technical Assistance project. It starts from the mechanics: a public buyer and a supplier agree to insert false information in the price schedule, the state pays above the normal price, and the excess is returned in whole or part to the official. From there it examines the state budget and its conversion into public contracts — two parallel administrative procedures, and the weak rate at which budget credits become contracts — then the imprecise framework governing intellectual services, procurement thresholds, divergences between state entities, and the insufficiency of ex-post control.
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PROJET D’ASSISTANCE TECHNIQUE
A LA GOUVERNANCE ECONOMIQUE
EGTAG II H/2370-HA
ETUDE SUR L’ÉTENDUE DE LA CORRUPTION
AUPRES DES ENTREPRISES PRIVEES FAISANT
AFFAIRES AVEC L’ÉTAT HAÏTIEN
RAPPORT FINAL
Juin 2011
Frédéric Gérald CHERY
0
ETUDE SUR L’ÉTENDUE DE LA CORRUPTION AUPRES DES ENTREPRISES
PRIVEES FAISANT AFFAIRES AVEC L’ÉTAT HAÏTIEN
SOMMAIRE
INTRODUCTION ................................................................................................................... 1
I-
LE BUDGET DE L’ÉTAT ET LES MARCHES PUBLICS ............................................ 3
1.1-
Deux procédures administratives .............................................................................................................. 4
1.2-
La faible conversion du Budget en marchés publics ................................................................................... 5
1.3-
Le cadre de la conversion le Budget en marchés publics ........................................................................... 7
1.4-
La loi d’urgence et le volume des marchés publics .................................................................................... 8
2.- LE CADRE LEGISLATIF ET LA POLITIQUE DES MARCHES PUBLICS ............... 10
2.1- La législation connexe à la passation des marchés publics .......................................................................... 10
2.1.1- Les conventions prévues par la loi ...................................................................................................................10
2.1.2- Les prix de revient : une convention implicite .................................................................................................11
2.2- Les failles de la législation sur la passation des marchés ............................................................................. 12
2.2.1- Le flou du plan annuel de passation de marché (PAPM) ..................................................................................12
2.2.2- La gestion du temps dans les marchés publics .................................................................................................14
2.2.3- Les seuils de passation de marché et la conversion du Budget en marchés publics ...........................................15
2.3- Les failles des politiques publiques ............................................................................................................. 16
3.- MARCHES PUBLICS, ENTREPRISES ET CORRUPTION ........................................ 18
3.1- La corruption dans les contrats de marchés publics .................................................................................... 18
3.1.1- Un échantillon d’entreprises ............................................................................................................................18
3.1.2- L’opinion des entreprises face aux pratiques de corruption ..............................................................................20
3.1.3- Les entreprises face aux agents de l’État ..........................................................................................................23
3.1.4- Les conditions économiques des pots-de-vin contractuels ...............................................................................25
3.2- Les achats de consultation de fournisseurs et de sollicitation de prix ........................................................... 27
4.-LA LOI ET LES STRATEGIES DE DETOURNEMENT DES PROCEDURES .......... 29
4.1.- Le contrôle du temps des marchés publics ........................................................................................................29
4.2.- La recevabilité du marché et la matérialité du marché ........................................................................................29
4.3.- Le plan de passation de marché.........................................................................................................................30
i
4.4.- Le cadre imprécis des prestations intellectuelles ................................................................................................30
4.5.- Les seuils de passation de marché et la conversion des crédits budgétaires en marchés publics ..........................31
4.6.- Les divergences entre les entités de l’État ..........................................................................................................31
4.7.- Les insuffisances du contrôle a posteriori .............................................................................................................32
5.- LE COUT ECONOMIQUE DE LA CORRUPTION ..................................................... 33
5.1- L’inefficacité de l’administration ................................................................................................................... 33
5.2- Les pertes de l’État dans les marchés publics ................................................................................................ 34
5.2.1- Les pertes directes subies par l’État ..............................................................................................................35
5.2.2- Les pertes indirectes non récupérées par les fraudeurs ...............................................................................36
6.- LES MARCHES PUBLICS ET LE SUIVI DE LA CORRUPTION ............................... 38
6.1- L’amélioration de l’audit des achats de l’État................................................................................................ 38
6.2- La gestion conjointe des marchés publics et des autres achats de l’État ....................................................... 40
6.3- La prévention de la corruption ...................................................................................................................... 41
6.3.1- La politique de la concurrence et la gestion des marchés publics ......................................................................42
6.3.2- Les marchés publics et la politique de développement .....................................................................................43
CONCLUSION ....................................................................................................................... 45
DOCUMENTS CONSULTES ............................................................................................... 48
ANNEXE .................................................................................................................................. 1
ii
Introduction
Lorsque l’administration fait une acquisition de biens ou de services, la personne désignée
pour exécuter cet acte peut s’entendre avec le fournisseur pour insérer de fausses informations dans
le bordereau des prix. Alors, l’État paie plus que le prix normal du produit. Le surcoût ou une partie
de celui-ci est reversé par l’entreprise à l’acheteur public qui fraude et s’enrichit aux dépens de
l’État. Nous désignons ici par le terme acheteur public toutes personnes qui participent à la prise de
décision sur un achat de l’État.
Les deux peuvent se mettre d’accord pour tricher sur le prix, la qualité du produit et des
matériaux, l’ancienneté du bien, sur des dimensions et standards différents de ceux qui sont utilisés
par le service public. Quand des références manquent pour vérifier la qualité technique des produits
et que les critères de contrôle de l’administration sont imprécis, ses agents peuvent profiter de ces
zones d’ombres pour tirer un avantage personnel et se corrompre en dépit du suivi des procédures.
De plus, le fonctionnaire peut fausser ou contourner la procédure afin de pouvoir aider une
entreprise non qualifiée à obtenir un marché public. La fraude peut conduire l’État à acheter des
produits de mauvaise qualité et à payer un montant supérieur au juste prix du marché. Et l’agent
empoche la différence avec la complicité du fournisseur. Il contribue de ce fait au retard
économique du pays. Car lorsque des entreprises moins performantes sont favorisées par la
commande publique au détriment d’autres plus fortes et compétitives, il n’est pas nécessaire d’être
performant et de suivre le progrès technique pour vendre à l’État. L’effort n’est pas récompensé.
Dans ces conditions, l’économie perd de son dynamisme et l’État engrange moins de recettes
fiscales. À partir de ce bref constat, nous avons construit notre méthodologie pour conduire cette
étude sur la corruption dans les marchés publics en Haïti.
Tout d’abord, nous devons admettre que le contrôle des actes de corruption au niveau de la
passation de marché fait appel à de nombreuses références d’ordre procédural et technique servant
à apprécier les biens et services achetés par l’État. L’administration doit pouvoir mobiliser un lot de
critères pour éviter la constitution de zones floues dans son système de passation des marchés qui
peut devenir inefficace, coûteux en temps de procédure et être gangrené par la corruption.
Pour aborder les possibilités de ces agissements, et en partant des budgets de fonctionnement et
d’investissement, nous parlerons des ressources que l’État alloue à ses divers achats. À partir de là,
nous verrons la capacité des ministères et de leurs personnels de traduire leurs crédits budgétaires
en marchés publics accessibles par appels d’offres, ou bien à soustraire ces ressources de tout
processus de marchés ouverts à n’importe quelle entreprise.
La deuxième partie du travail consistera à montrer les insuffisances de la législation relative
à la passation des marchés publics en Haïti. Les sources de cette législation sont nombreuses. Car,
au-delà du cadre juridique et de la Loi du 10 Juin 2009 fixant les règles générales relatives aux
marchés publics et aux conventions de concession d’ouvrage de service public, il nous faut parler
des autres dispositions d’ordre réglementaire et politique qui contribuent à encadrer les marchés
publics et orienter le travail des agents de l’État dans ce domaine. Cela dit, nous abordons les failles
de la législation sur les marchés publics à trois niveaux et en évoquant une pluralité des critères
servant à apprécier les achats de l’État.
Tout d’abord, il nous faut noter l’absence de nombreuses directives et lois connexes à celles
de la passation des marchés, parfois prévues par la législation sur les marchés publics en vigueur,
1
dont l’inexistence conduit à la falsification de l’information sur les prix et la qualité des produits
achetés par l’État. Ensuite, il nous faut évoquer la politique économique et celle de la commande
publique dont la clarté permet de prévenir les agents de l’État de la tentation de se corrompre.
Enfin, nous révèlerons certaines faiblesses de la législation spécifique aux marchés publics et de son
application, ce dont profitent les agents de l’administration tentés par la corruption.
En troisième lieu, sur la base d’un questionnaire, nous mènerons des entretiens structurés
auprès de vingt entreprises haïtiennes dans divers secteurs d’activité et ayant déjà passé des marchés
avec l’État. Nous récolterons leurs opinions sur les marchés publics en général et aussi en tant que
victimes ou bénéficiaires d’actes de corruption lors de la passation et de l’exécution d’un marché
public. Les données recueillies montreront l’ampleur du phénomène et l’appréciation divergente des
entreprises sur la question.
Ensuite, nous évoquerons les manœuvres de contournement de la loi de la part de certains
fonctionnaires, impliqués dans le processus, qui veulent soutirer de l’argent des marchés publics.
Cette partie sera mise à profit pour évoquer ces autres achats publics appelés consultation de
fournisseurs ou sollicitation de prix parfois réalisés du fait du fractionnement des montants des marchés,
et donnant lieu à des ententes illicites entre fournisseurs et fonctionnaires qui conduisent à la
majoration des bordereaux de prix au détriment de l’État.
Enfin, nous parlerons du manque à gagner pour l’État et la société du fait de la prolifération
de la corruption dans les achats publics. Nous terminerons cette étude en proposant diverses
mesures susceptibles d’être adoptées à différents niveau de l’administration afin de prévenir les
actes de corruption dans les marchés publics. Il s’agit pour nous de mettre en place des mécanismes
qui aident à prévenir le mal.
2
I- Le Budget de l’État et les marchés publics
Pour estimer la somme de marchés publics de l’État haïtien pouvant être réalisés au cours
d’un exercice fiscal, il faut une analyse des crédits contenus dans les deux composantes du Budget
de l’État. Quand nous parlons de Budget, il s’agit du budget de la République qui comprend deux
parties : le budget de fonctionnement et le budget d’investissement.
Le budget de fonctionnement comprend une sous-composante Achats de biens et services qui
sert à acheter des fournitures sur simple facture et par appels d’offres. D’un autre côté, le budget
d’investissement est réparti en programmes et projets, décomposés en sous-projets ou en sousprogrammes pouvant faire aussi l’objet de marchés publics. Par marchés publics nous entendons les
contrats à titre onéreux conclu entre une administration publique appelée autorité contractante, et
une entreprise qui exécute des travaux, vend une fourniture ou fournit une prestation intellectuelle
(CNMP, lexique des marchés publics).
La rubrique Autres achats de biens et services montre les moyens que l’État peut utiliser au cours
d’un exercice fiscal pour acquérir des biens, services et prestations intellectuelles. Elle est ventilée
par chapitres et lignes. L’ordonnateur peut procéder à des réaffectations des montants de ses crédits
à l’intérieur d’un chapitre pour réaliser des acquisitions, avec l’agrément de la Direction Générale du
Budget. Le tableau suivant nous montre les dépenses des deux composantes du Budget financé par
les marchés publics. Ces dépenses se chiffrent à plus de dix milliards de gourdes depuis des années.
Tableau 1- Investissements, achats de biens et services du Trésor de 2000 à 2007
(en millions de gourdes)
2000 2001 2002 2003
2004
2005
2006
2007
Dépenses d'investissement
1,830.0 1,578.0 1,908.0 3,927.7
3,927.7
2,027.0 1,837.0
6,043.0
Autres achats de biens et services 1,841.8 2,701.4 4,128.6 5,595.0 7,178.5 8,007.7 7,794.0 11,483.6
Total
3,671.8 4,279.4 6,036.6 9,522.7 11,106.2 10,034.7 9,631.0 17,526.6
Source : Banque de la République d’Haïti
Notons que ces dépenses servant aux diverses acquisitions de l’État sont plus importantes
que les chiffres affichés ici. Car, en 2007-2008, les crédits du budget d’investissement appelé aussi
Programme des investissements publics (PIP) s’élevaient à 48,9 milliards de gourdes, dont 41,7
milliards provenant de l’aide externe. Ce budget se fixait à 45 milliards de gourdes en 2008-2009,
dont 38,8 milliards provenant des bailleurs de fonds internationaux.
Le PIP de 2008-2009 comprenait près de cinq cent lignes d’activités que nous avons tenté
de répartir en projets et programmes : de gouvernance, d’appui aux entités de l’État, de travaux
routiers et de bâtiment, d’électricité et d’eau potable, de supervision de travaux, de production,
d’éducation, de santé et affaires connexes, de développement local, d’environnement et gestion des
risques, et d’autres projets non classés. Exécutés à Port-au-Prince et dans les autres communes du
3
pays, ces programmes et projets sont gérés par les organes centraux et les entités décentralisées de
l’État.
Leurs dénominations restent génériques. Car un programme peut renfermer plusieurs volets
ou sous-composantes portant sur des secteurs et des motifs différents (développement local,
éducation, santé, production, infrastructure, etc.). De ce fait, il est difficile de prévoir et associer un
nombre donné de marchés publics à un programme.
Toutefois, il faut espérer au moins un achat de fournitures et un contrat de prestation
intellectuelle par ligne d’activité du PIP. Car si la rémunération des agents des entités centrales et
décentralisées de l’État est prise en charge par le budget de fonctionnement, les ressources du PIP
devrait surtout servir à financer des achats publics d’une certaine valeur, donc à des contrats de
marchés publics, dans la mesure où l’administration dispose de la capacité et des ressources
humaines compétentes pour décomposer les programmes et projets en activités et traduire leurs
crédits en marchés publics. Nous avons déjà deux modalités d’exécution du Budget.
Tableau 2- Ventilation générique du budget d’investissement
Gouvernance
Appui aux entités de l’État
Travaux, électricité et eau potable
Supervisions de travaux
Production
Education
Santé er affaires connexes
Environnement et gestion des risques
Développement local
Autres projets non classés
Total
1.1-
31
67
167
59
46
29
40
32
16
12
499
Deux procédures administratives
Les deux budgets obéissent à des procédures d’exécution et de décaissement différentes.
Dans le budget de fonctionnement, avant que le comptable ne vérifie le motif de la dépense et ne la
libère, il faut une réquisition appuyée par des factures pro forma et des pièces justificatives. Dans le
cas des administrations bénéficiaires d’une subvention mensuelle du budget de fonctionnement, il
faut un rapport mensuel qui justifie l’affectation de la tranche mensuelle récemment exécutée.
Dans le budget d’investissement, il faut selon le cas :
Une fiche d’identification de projet pour obtenir un premier décaissement. Ensuite,
les pièces justificatives fournies a posteriori serviront pour décider des prochains
décaissements ;
Des transferts de fonds que l’entité bénéficiaire justifiera ultérieurement sur pièces ;
Des investissements exécutés en régie par des entités de l’État qui ont la capacité
requise. Par exemple, certaines réparations de route sont exécutées par le ministère
chargé de cette mission ;
Des appuis budgétaires servant à de grosses acquisitions de fournitures de certains
services de l’État qui avaient pu faire inscrire ces projets dans le PIP.
Nous arrivons ainsi à plusieurs modalités de décaissement des crédits budgétaires. De ce
fait, les informations en matière d’enregistrement et d’orientation des dépenses sont non uniformes.
Par exemple, les achats de fournitures et de services financés par le budget de fonctionnement sont
4
enregistrés en fonction de leur nature. Ces mêmes produits sont également payés à partir du budget
d’investissement. Cependant, ils ne sont pas tous comptabilisés par nature. C’est pour cela que le
budget exécuté comprend un grand poste dénommé « Autres dépenses non ventilées par nature ».
Puisque les différentes composantes du Budget sont dépensées de manière différente et que
l’administration ne dispose pas d’un organe chargé d’évaluer ses programmes et projets ainsi que
ses dépenses, il devient difficile pour une entité quelconque d’exercer un contrôle d’efficacité de
celles-ci. En fait, la collecte de l’information a postériori est un travail que le vérificateur des comptes
peut juger superflu et fastidieux. À partir de là, nous pouvons aboutir à des situations imprécises en
matière de contrôle des dépenses publiques et aussi d’évaluation des biens possédés par l’État.
Parmi ces anomalies, nous citons :
1- La sous-estimation du volume des achats de l’État en fourniture ;
2- La dilution des ressources budgétaires en petits achats et la faible conversion de leurs crédits
en marchés publics ;
3- L’absence de la part de l’État de stratégie économique claire par rapport à la question des
marchés publics et aussi des secteurs d’activité auxquels s’adressent ses commandes.
Ces trois conditions de l’exécution du Budget contribuent à la genèse d’une situation favorable à la
corruption lors de l’exécution de certaines composantes des dépenses publiques.
1.2- La faible conversion du Budget en marchés publics
Les données sur les marchés publics publiées par la Commission Nationale des Marchés
Publics (CNMP) permettent de constater qu’une part réduite du Budget est enregistrée par cette
entité sous la forme de marchés publics. Les marchés publics sont des dépenses exécutées à partir
d’un certain montant appelé seuil, sur la base d’un contrat, suite à un processus d’appel d’offres ou
à partir d’un marché de gré à gré.
Les seuils de passation de marché sont fixés à huit millions de gourdes pour les contrats de
travaux, trois millions pour les acquisitions de fournitures et deux millions et demi pour les contrats
de prestations intellectuelles, quand il s’agit des ministères, des autres entités et des entreprises
publiques. Ils sont rabaissés et varient pour les mairies en fonction de leurs rangs. En deçà des
seuils, une entité de l’État peut recourir à une consultation de fournisseurs ou à une sollicitation de
prix. Il existe un lien entre le niveau des seuils et le nombre de marchés publics. Plus les seuils sont
élevés, moins il y a de marchés publics soumis à une autorité d’approbation.
Étant donné que les agents publics émargent au budget de fonctionnement, les crédits du
PIP devraient plutôt servir à des acquisitions d’équipements, financer des contrats de travaux, à
rémunérer les contractuels et des prestations intellectuelles. Or, nous avons noté un faible taux de
conversion des crédits des deux budgets en marchés publics.
En effet, pour un PIP se chiffrant à 48,9 milliards de gourdes en 2007-2008 et des dépenses
d’Achat de biens et services du budget de fonctionnement s’élevant à 11,5 milliards de gourdes, la
CNMP a publié dans son rapport annuel de la même année un montant total des marchés publics
qui s’élèvent à environ 4 milliards de gourdes, dont des acquisitions de fournitures équivalant à neuf
cents millions de gourdes. Le total des marchés conclus en gourde s’élève à 2,44 milliards, les
marchés facturés en dollar totalisent US 46,58 millions, les marchés libellés en euro sont de l’ordre
de € 9,34 millions. Enfin, nous avons des marchés conclus pour 471,2 milliers de livre Sterling. Il
est possible de dire que moins d’un dixième des dépenses du Budget est convertie en marchés
approuvés par la CNMP.
Pourtant, la plupart des produits relevés dans les dépenses annuelles des ministères
rapportés par les statistiques du Trésor sont issus de secteurs concurrentiels. Ces montants sont la
5
somme de toutes les dépenses par nature de tous les ministères. Ils ne sauraient dans certains cas
faire l’objet de marchés publics si les ministères avaient groupé leurs achats.
Les montants engagés pour certains postes de dépense semblent être assez importants pour
faire l’objet de marchés publics. C’est ce que nous montrent les postes du tableau 3 sur les dépenses
financées par le Trésor : alimentation des personnes, mobilier et matériel de bureau, fournitures et
petit matériel de bureau, habillement, chaussures et accessoires de travail, fournitures de produits
d’entretien, outils et instruments ménagers et de nettoyage, fournitures et outils médicaux,
chirurgicaux, pharmaceutiques et vétérinaires, etc.)
Tableau 3- Des dépenses par nature financées par le Trésor
Alimentation des personnes
Prestations de services par des tiers
Mobilier et matériel de bureau
Fournitures et petit matériel de bureau
Habillement, chaussures et accessoires de travail
Autres fournitures textiles
Autres fournitures et petit matériel1
Entretien d’autres immobilisations corporelles
Matériel mécanographique, informatique et télématique1
Matériel et outillage technique, électrique et mécanique
Fournitures et outils médicaux, chirurgicaux, pharmaceutiques
et vétérinaires
Articles et produits divers
Fournitures de produits d’entretiens, outils et instruments
ménagers et de nettoyages
Mobilier et matériels éducatifs, récréatifs, culturels et sportifs
Fournitures et matériaux de construction
Fournitures et matériel éducatifs, récréatifs, culturels et sportif
Fournitures et petit matériel sanitaire
Frais de recherche et de développement
Fournitures de documentation professionnelle
Insecticides, désinfectants, autres éléments et produit chimiques
Réseaux et ouvrages d’électrification
Mobilier et matériel électroménager
Mobilier et matériel médicaux, chirurgicaux et paramédicaux
Acquisition de logiciel
Mobilier et matériel sanitaire
Autres biens de consommation et petit matériel
2008-2009
1,252,372,441.07
352,032,740.98
106,444,460.80
100,984,720.66
67,313,976.02
16,073,960.85
48,910,078.20
40,217,640.60
49,758,561.20
20,594.325.13
17,149,741.33
2009-2010
1,023,195,722.48
617,733,655.34
83,989,484.75
84,374,767.35
72,245,856.29
135,371,024.14
33,581,679.86
50,052,000.04
31,285,600.96
13,921,646.15
17,029,630.56
13,300,000.00
13,662,151.23
479,060,574.93
11,656,996.18
12,388,449.45
7,005,794.56
7,989,781.75
6,608,783.74
6,191,525.60
5,624,970.00
4,505,051.72
4,938,900.00
1,539,079.57
1,132,023.00
450,015.00
332,300.40
195,385.00
10,911,008.00
11,052,454.87
10,139,608.00
9,625,300,44
0.00
2,965,160.20
6,240,407.70
4,156,999.31
6,628,597.68
656,000.00
231,622.76
254,850.00
5,650.00
Source : Ministère de l’économie et des finances
Dans ces conditions, le nombre réduit des marchés publics approuvés par la CNMP peut
être dû à diverses causes dont :
1- Un grand nombre de projets du PIP sont exécutés en régie, sans un contrat passé avec
une entreprise ;
2- Les entités dépensières procèdent à des découpages des montants des achats en petits
montants inférieurs aux seuils de passation de marchés. Certains achats de fournitures de
bureau se font par lots dont le montant est inférieur à ces seuils ;
6
3- Les programmes et projets financés sur fonds externes peuvent suivre des procédures et
des circuits différents de passation de marché. Leurs statistiques ne sont pas enregistrées
et publiées par la CNMP ;
4- Le faible recours des entités de l’État à des marchés groupés plus faciles à conduire et à
vérifier ;
5- Les entités publiques d’exécution peuvent passer des marchés non rapportés à la CNMP.
Ces différents facteurs contribuent à une sous-estimation du volume des achats de l’État en
travaux, fournitures, services et prestations intellectuelles. Et il manque un tableau consolidé des
dépenses de toutes les entités publiques. Donc, il est difficile d’arriver à une évaluation du volume
des achats de l’État et de l’impact de ces dépenses sur l’économie nationale. À présent, il nous faut
parler des indicateurs que l’administration pourrait mobiliser afin de mieux réguler ces transactions.
1.3-
Le cadre de la conversion le Budget en marchés publics
La conversion du Budget en marchés publics se fait dans un cadre précis. Il en est de même
pour la prévention de la corruption. Dans certains cas, les intérêts à long terme du pays ainsi que la
régulation des marchés publics voudraient que l’État achète certains produits, en recourant à une
spécification nationale qui tienne compte du progrès technique visé à moyen et long termes. En
tant qu’acheteur décisif qui stimule le développement de l’économie nationale, il fixe des normes en
matière de fournitures et d’équipements, normes qui pourraient être adoptées par les autres agents
économiques. Ces décisions commandent la façon dont les dépenses publiques sont converties en
programmes de marchés publics orientés vers certains secteurs d’activité. Cet appui à des politiques
sectorielles permet d’inculquer la motivation pour le développement aux agents de l’État, tout en
les prévenant de se corrompre.
Dans notre cas, l’administration n’a pas une politique générale pour s’équiper et équiper le
service public, par exemple pourvoir les écoles publiques ou les mairies de la république en matériel.
Cela dit, chaque ministère achète ses fournitures en petits lots en choisissant sa propre spécification,
et paie ses consultants au fur et à mesure de l’apparition de ses besoins. Ce mode d’achats éparpillés
facilite la concurrence entre des fournisseurs qui s’approvisionnent souvent à l’extérieur, même si
les volumes de fournitures achetés annuellement sont importants et pourraient être produits dans le
pays. Il est possible que ce cadre concurrentiel soit préjudiciable à la régulation des marchés publics
et aux intérêts à long terme du pays.
Cela dit, en absence de normes nationales et d’un plan d’équipement de l’administration en
matière de fournitures, l’acheteur public qui fait l’acquisition d’un bien doit lui-même spécifier le
produit que son entité achètera. Cette personne y mettra de son émotion et de ses préférences, en
absence des critères définis par l’État. Il en découlera plus de temps pour comparer les produits
avant de réaliser l’acquisition. Nous arriverons ainsi à la faible absorption du Budget du fait de
l’absence de normes et standards adoptés par l’État et du temps mis pour réaliser ses achats. Car,
les entités publiques ne pourront pas suivre les normes techniques établies à la carte.
Ces lacunes conduiront à un mauvais processus d’acquisition publique de ces biens et à une
multitude de situations imprécises et d’échappatoires propices aux mauvaises pratiques. N’importe
quel agent de l’État ou individu impliqué dans le processus d’acquisition et intéressé à frauder peut
profiter du flou de l’information portant sur les spécifications technique et la matérialité des
produits achetés par l’État. Ces zones d’ombre sont susceptibles d’entraîner des actes de corruption
qui mettent en question les politiques de bonne gouvernance.
7
1.4-
La loi d’urgence et le volume des marchés publics
Nous verrons ici que les lois d’urgence constituent l’un des facteurs qui a contribué à la
faible conversion du Budget en marchés publics. Les autorités du pays ont dû produire ces lois et
recourir à ces moyens légaux afin de faire face à plusieurs situations de crise auxquelles le pays était
confronté pendant ces trois dernières années. Cependant, ce dispositif peut faciliter des pratiques de
coulage ou d’évasion des marchés publics.
Deux lois d’urgence ont été votées en deux ans en Haïti. Celle de septembre 2008 devrait
permettre aux pouvoirs publics de répondre aux urgences créées par le passage de quatre cyclones
qui avaient ravagé Haïti au cours de l’été 2008. La Loi d’avril 2010, amendant la première, est la
réponse donnée par nos autorités aux catastrophes et à l’urgence de la reconstruction, suite au
séisme du 12 janvier 2010 qui a ravagé la région métropolitaine. Cette Loi a créé la Commission
Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) et lui permet de soustraire les projets de
reconstruction aux organes de contrôle récemment créés.
Au-delà des marchés des achats réalisés en urgence en été 2008 et des projets consacrés à la
reconstruction, ces deux dispositifs ont peut-être permis à des responsables de marchés publics de
soustraire certaines de leurs dépenses d’acquisition de fourniture, de travaux et de prestations
intellectuelles à l’approbation de la Commission Nationale des Marchés Publics. Le tableau suivant
nous permet amplement de suivre l’évolution du processus normal d’approbation.
Tableau 4- Marchés publics approuvés par la CNMP de 2006-2007 à 2009-2010
2006-2007 2007-2008
2008-2009
2009-2010
166
Ministères et directions déconcentrées
158
71
15
46
Organismes autonomes
24
39
9
4
Collectivités territoriales
1
2
0
7
Autres
9
3
2
223
Total
192
115
26
Sources : Commission Nationale des Marchés Publics (Rapports annuels)
Dans ce cadre, la CNMP a approuvé 115 marchés enregistrés à la Cour Supérieure des
Comptes et du Contentieux administratif au cours de l’exercice fiscale 2008-2009. Ce nombre est
tombé à 26 en 2009-2010, en dépit du fait que le PIP ait été exécuté. Cette baisse s’explique en
partie par le fait que l’administration était tout à fait détruite lors du séisme. De plus, beaucoup
d’entreprises du pays ont été affectées. Toutefois, il est permis de croire que certaines autorités ont
exagérément profité des lois d’urgence pour échapper à certains contrôles a priori de leurs dépenses
et soustraire certains marchés publics ou achats de l’État du processus normal d’approbation exigé
par la loi sur la passation des marchés publics. Elles font passer pour urgentes des dépenses qui ne
devraient nullement être traitées de la sorte, une fois que les premiers secours auraient été apportés
à la population. Ici, c’est comme si l’administration avait pris une direction différente par rapport à
celle qui était arrêtée en 2004. Cependant, le problème est plus profond.
Les lois d’urgence comblent des vides d’une législation qui est à un stade embryonnaire.
Mais elles ne proposent pas de solution aux problèmes d’efficacité et de fluidité dans la gestion des
finances publiques. Elles démontrent que les institutions de contrôle n’ont pas encore de réponse
adéquate à des questions qui se posent dans la gestion des dépenses de l’État. En effet, le droit
administratif haïtien ne prévoit pas encore de mécanismes de régularisation des dépenses quand des
responsables publics sont obligés, quand même, de faire des acquisitions dans un contexte
d’extrême urgence, sans avoir le temps de lancer des appels d’offres ou de passer un marché de gré
8
à gré. La procédure de régularisation fixe des conditions strictes d’identification du fournisseur, de
vérification a posteriori des prix et des quantités. C’est un mode de contrôle a posteriori qui permet de
prévenir la corruption dans certaines situations. Sa carence nous permet de toucher à une des
faiblesses de la réglementation entourant en général les acquisitions de l’État. Le chapitre suivant
nous permettra d’aborder cette question en profondeur.
9
2.- Le cadre législatif et la politique des marchés publics
Les failles sont de trois types. D’abord, il manque des lois connexes liées à la vie économique
devant faciliter la passation des marchés publics. Ensuite, la législation en vigueur sur les marchés
publics est mal appliquée. Enfin, la politique des marchés publics et la politique économique sont
des facteurs de la faiblesse de la législation. Nous allons tour à tour présenter ces trois insuffisances.
2.1- La législation connexe à la passation des marchés publics
Avant de soumissionner dans un appel d’offres, les fournisseurs de l’État ainsi que les
autres personnes impliquées dans les marchés publics ont leurs idées de cette réalité. Le simple
citoyen a lui aussi son opinion sur ce qui est juste et sur la façon de voir l’État dépenser son argent.
Ainsi, les marchés publics ne s’implantent pas dans un espace libre des appréhensions des agents
économiques. Il existe des conventions explicites ou implicites acceptées par les acteurs (autorités
contractantes et fournisseurs) qui facilitent la coordination de leurs actions autour du processus de
passation des marchés. Les acteurs économiques apprécient déjà la loi. Ils estiment que celle-ci et
son application répondent à leurs intérêts à la fois individuels et collectifs. Dans ce cadre, citons
certaines conventions basiques que l’on ne retrouve pas encore en Haïti en tant que lois connexes
devant faciliter le processus de passation des marchés publics.
2.1.1- Les conventions prévues par la loi
En matière de convention rappelons que la Loi du 10 juin 2009 fixant les règles générales relatives
aux marchés publics et aux conventions d’ouvrage de service public fait appel à des lois connexes qui sont
pour la plupart des conventions, mais qui ne sont pas encore élaborées en Haïti. Par exemple, son
article 9 stipule que les fournitures, services ou travaux qui font l'objet de marchés sont définis par rapport à des
normes ou spécifications établies ou reconnues en Haïti qui doivent être expressément mentionnées dans les cahiers des
charges. Et plus loin, […] pour des domaines où les cahiers des clauses techniques générales ne sont pas encore
établis ou compte tenu du progrès technique, les spécifications techniques préparées par la personne responsable du
marché peuvent être exceptionnellement admises.
Selon la loi, il se doit d’exister des conventions sur la qualité des biens achetés par l’État. Il
s’agit de la matérialité des produits que l’on soit dans les commandes des fournitures, de travaux, de
services ou dans les prestations intellectuelles. Le bien reçu a une qualité établie selon les règles de
l’art. Dans un autre cas, les prestations intellectuelles correspondent à l’état des savoirs.
Il faut admettre que les informations d’ordre technique et descriptif sur les produits exigés
par l’État sont vitales dans une économie. Ces détails techniques fixent le cadre des achats publics
tout en servant à orienter les entreprises qui prennent ces informations en compte lorsqu’elles
fabriquent les produits et services dont l’État fait l’acquisition. L’administration se met d’abord
d’accord avec les associations de métiers pour fixer les caractéristiques techniques des produits, non
pas aux seules fins de limiter les malversations dans les marchés publics, mais pour avoir des
entreprises mieux organisées avec le temps et qui répondent aux demandes de l’État.
Ici, l’administration n’est pas seule en matière de normes techniques et de standards dont
l’élaboration implique le travail conjoint des services d’organisation et méthodes de l’administration
et des associations socioprofessionnelles. Car si l’État dicte les standards en matière de fournitures
10
et équipements divers, il revient aux entreprises de les produire. Celles-ci devraient être associées à
la définition des normes techniques de ces biens.
De plus, la législation sur les marchés publics fait référence à d’autres lois non liées au
marché public mais devant faciliter le processus. C’est le cas pour celle qui devra fixer les conditions
de la signature électronique des documents administratifs. Une telle norme devrait régler la
transmission des offres des entreprises en cas d’appels d’offres et aussi de réception électronique
des documents de marchés publics. Ce dispositif manque pour le présent moment.
Il en est de même pour les qualifications professionnelles et les capacités des entreprises.
L’État doit contribuer à établir ces aptitudes en vue de faciliter le processus de passation de marché.
Jusqu’à ce jour, il n’existe pas de classement des entreprises locales en fonction de leurs activités
spécifiques et de leur taille. Face à cette lacune, les agents de l’autorité contractante ont la possibilité
de monter leurs propres listes d’entreprises concurrentes avant de lancer un marché. Parfois, ces
listes sont constituées avec des prétendants dont l’expertise est inégale ; elles sont donc
déséquilibrées ou manipulées au profit d’un prestataire déjà désigné.
Par ailleurs, les acteurs économiques devraient définir une convention sur l’origine des biens
achetés par l’État. Ils devraient dire si les marchés publics doivent profiter aux entreprises installées
ou important des biens en Haïti, et aussi déterminer quand l’État doit acheter un produit fabriqué
localement à la place d’un autre importé. La politique de la concurrence établit ce que les agents
économiques et les fournisseurs de l’État croient juste. Cet outil d’orientation devrait aider l’État à
apaiser les critiques de firmes locales qui reprochent à certaines de leurs compétiteurs de n’être que
des importateurs de services de firmes étrangères, donc d’être seulement des services de logistique.
En fonction de cette disposition, il existera un cadre des marchés publics qui découle de la
politique libre-échangiste ou une modulation des volumes des prestations exigées dans les dossiers
d’appels d’offres en fonction de la taille des entreprises locales.
Le problème des conventions relatives aux marchés publics réside aussi dans la constitution
des entités publiques, parapubliques et des associations socioprofessionnelles, des partenaires
sociaux devant se charger de gérer ces domaines d’intérêt public auxquels fait appel la loi sur les
marchés publics et qui observent le respect de ces principes lors des achats de l’État.
Ici, la multiplicité des dimensions et de la qualité des fournitures dans les bureaux de l’État
nous indique qu’il manque les normes et un standard reconnus en Haïti. La norme indique ce que le
produit doit remplir comme fonctions et pourquoi il est utilisé par le service public. Défini au
préalable, le standard permet de comparer deux produits sur la base de leurs qualités et de leurs
dimensions. Une instance de l’État devrait pouvoir fixer ces références. Sans ces balises, on arrive à
une variété de spécifications qui est de nature à dissuader toute entreprise nationale ou étrangère de
s’installer en Haïti afin de produire le bien en répondant aux besoins de l’État.
Sans la spécification de normes et standards nationaux, les entreprises importent n’importe
quel type de produit. Et les intérêts opportunistes prévalent dans l’interprétation de la loi relative à
la passation des marchés publics. L’administration aura une grande difficulté pour passer les
marchés de l’État ; car le système de passation de marché n’est pas encore approprié aux différents
objectifs que les responsables du pays se fixent. Nous devons vérifier ces insuffisances au niveau de
la législation sur la passation des marchés publics.
2.1.2- Les prix de revient : une convention implicite
L’article 34.3 de la loi du 10 juin 2009 fait obligation aux acheteurs publics de faire un calcul
des coûts de revient lors de la passation de leurs marchés, notamment dans les cas de marchés de
gré à gré. Cependant, ce concept est peu utilisé et souvent mal utilisé dans nos marchés publics. Car
l’administration n’a pas la technique ; le pays n’a pas les objectifs qui justifient le choix de cet outil.
11
Les entreprises calculent certes leurs prix de revient. Mais cela ne suffit pas pour établir les prix de
référence pour conduire les achats de l’État dans un secteur de production.
Quand on parle de prix de revient dans ce contexte, s’agit-il du prix du produit importé ou
du prix de la production locale ? Dans notre législation, les prix de soumission des fournisseurs de
l’État ne sont qualifiés ni en tant que prix à l’importation ni en tant que prix à la production dans le
pays. Comment devrait-on procéder au calcul des prix de revient dans les achats de livres scolaires
de l’État ? S’agit-il du coût de revient du livre en Haïti ou à l’étranger ? Ce travail relatif à l’origine
du produit afin d’établir son prix de revient est préalable à la passation des marchés et nous renvoie
à la politique de concurrence à l’œuvre dans le pays.
En fait, le prix de revient traduit d’abord l’état du développement d’un secteur d’activité de
l’économie nationale à un moment donné. Puisque l’État peut vouloir la stimuler, il peut acheter les
produits fabriqués localement et agir afin de faire baisser les prix de revient des entreprises. À cet
effet et dans le cadre des contrats de marchés publics, il peut négocier avec ses fournisseurs dans le
sens d’une baisse des prix de la commande publique et des coûts de production. En faisant cela, il
contribue à l’essor des entreprises locales. Il obtient par la négociation et sans la concurrence ce
qu’il aurait pu avoir dans un marché ouvert.
Le fait est que si les acteurs publics et privés sont bien intentionnés sur la production d’un
bien et d’un secteur d’activité en Haïti, il ne devrait pas exister une moindre efficacité entre le choix
d’un monopole local pour fournir ce bien à l’État par rapport à son importation qui fait fuir les
revenus à l’étranger, accroître le chômage et stagner les recettes fiscales. Afin d’éviter ces effets
néfastes, l’État peut vouloir soutenir la commande publique en payant un prix de revient élevé pour
ce bien. En faisant cela, il soutient l’effort local à un moment donné et les perspectives futures du
développement en Haïti.
Ici, le prix de revient prend d’abord un sens économique avant d’être un indicateur utilisé
dans la passation des marchés publics. Il faut une méthodologie de calcul des prix de revient qui
tienne compte du progrès technique dans le secteur où l’État fait son acquisition.
Dans notre cas, les acteurs de la commande publique n’ont pas toujours recouru à un bon
calcul des prix de revient lorsqu’ils négocient au nom de l’État. Ce calcul profite aux entreprises
passant des marchés de gré à gré. Souvent celles-ci n’ont aucun souci pour soumettre des
bordereaux de prix que l’administration accepte sans hésiter. En fait, les responsables n’ont pas
encore ce souci de pousser les entreprises nationales à améliorer leur compétitivité. Il en résulte une
zone d’ombre de la commande publique favorable à la corruption.
2.2- Les failles de la législation sur la passation des marchés
En matière de faille de la législation relative aux marchés publics, il faut nous considérer
deux types de cas. Le premier renvoie à la volonté des autorités du pays de l’interpréter dans un
sens qui fait amplifier ses défaillances. Le second type de faille résulte des tentatives prises par des
agents publics qui tablent sur les imprécisions de la loi afin de frauder dans les marchés publics.
Cette section présente certaines dispositions de la loi dont l’interprétation dans un certain sens fait
multiplier les occasions de la corruption.
2.2.1- Le flou du plan annuel de passation de marché (PAPM)
L’article 5 de la loi du 10 juin 2009 stipule que les autorités contractantes doivent :
élaborer des plans prévisionnels annuels de passation des marchés publics
conformément à leur programme d’activités ;
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s’assurer que les plans prévisionnels annuels soient cohérents avec les crédits
budgétaires qui leur sont alloués ;
communiquer à la Commissions Nationale des marchés Publics les plans prévisionnels
annuels de passation des marchés publics.
Plus loin, l’arrêté d’application de la loi du 10 juin 2009 paru au Moniteur du 4 novembre
2009 énonce dans son article 5-1 que les autorités contractantes établissent un plan annuel de
passation des marchés comprenant l’ensemble de leurs marchés.
Dans son application, les PAPM des entités publiques ne devraient pas séparer les achats
(directs) sur simples factures et les marchés publics devant passer par la CNMP. Afin de trouver
toute son efficacité et contribuer à faire reculer la corruption, il doit inclure mêmes les achats passés
en dessous des seuils, même si cette partie du plan n’est pas rendue publique.
Il faut admettre que les entités de l’État ont rarement publié ces plans annuels de passation
de marché. La présentation de certains plans qui sont postés sur le site de la CNMP constitue une
ébauche. Le plan n’est pas encore un moyen de contrôle du travail administratif des achats de l’État
ni de maîtrise de l’exécution du Budget et de régulation macroéconomique. Pour l’année fiscal
2010-2011, seulement trois plans sont publiés sur le site web de la CNMP. Aucune sanction n’est
prévue et appliquée pour ce manquement à la législation.
Les autorités liées directement à la passation des marchés publics, selon l’aspect de dépenses
de l’État et aussi de suivi de l’exécution du Budget devraient s’entendre sur ce que les PAPM
devraient contenir comme information. Ainsi, l’ensemble des PAPM des entités de l’État aurait pu
contribuer à atténuer certaines lacunes actuelles de l’administration :
1- L’accès égal des entreprises à l’information sur les marchés publics ;
2- Une estimation sommaire du budget prévu par marché public, ce qui devrait inciter les
soumissionnaires à s’informer des besoins de l’État et à veiller à la qualité de leurs offres ;
3- Le problème de l’urgence et des marchés de gré à gré ;
4- L’organisation méthodique du travail des services consacrés à la préparation des marchés
publics de leurs administrations.
En principe, sur le plan administratif, le PAPM établit la programmation des achats de biens
et services d’une entité publique et les montants prévisionnels de ses marchés, en fonction de ses
crédits annuels. Au-delà de ce plan qui informe sur les marchés futurs, il s’agit pour l’État de :
a) Réguler le processus de passation des marchés publics ;
b) Faire en sorte que ses dépenses profitent à des activités productives ;
c) Orienter la commande publique vers les secteurs où elle peut avoir un effet multiplicateur et
bénéfique ;
d) Maîtriser la régulation macroéconomique en lançant ou en stoppant les dépenses en
fonction de la conjoncture.
Si les plans de passation de marchés sont élaborés pour le budget d’un ministère, il faudra
en tirer les marchés dont les montants se situent au-dessus des seuils devant passer à la CNMP et
les autres achats qui suivent les règles de la comptabilité publique et qui sont suivis par l’Inspection
Générale des Finances (IGF). Le plan de passation des marchés devient un outil ou un élément de
contrôle à la fois a priori et a posteriori.
A priori, du fait de l’élaboration du PAPM, l’entité publique fixe les dépenses des budgets de
fonctionnement et d’investissement qui en feront partie ainsi que le montant de chaque marché. Le
contrôle administratif se fait a priori sur la capacité du service à planifier ses besoins et ses dépenses,
et à s’intégrer dans le système de passation de marché. Tous les services de passation de marché
doivent participer à ce suivi, pour éviter d’avoir des cadres qui décident de leur plein gré de la date
de lancement d’un marché ou d’un achat de l’État. Les activités du ministère et des autres entités de
l’État deviendraient ainsi plus transparentes.
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A posteriori, il devient plus facile de vérifier les dépenses et faire un audit des procédures sur
la base des marchés contenus dans le PAPM et des règles qui sont suivies pour leur exécution.
Cependant, la conception et la mise en œuvre de cet outil est la cause de l’une des faiblesses du
processus de passation des marchés publics. Citons-en trois :
1- Le PAPM n’est pas considéré comme un moyen de préparation et de contrôle des
dépenses des entités de l’État. Ceci démontre que les responsables des organes de
régulation économique et de contrôle des marchés publics ont minimisé son importance ;
2- En limitant le PAPM aux seuls montants des achats égaux ou supérieurs aux seuils,
beaucoup de latitude est laissée aux entités publiques qui voudront soustraire leurs achats
du processus d’appel d’offres ;
3- Du fait de son application limitée, cet outil a plutôt contribué à l’évasion d’un grand
nombre d’achats de l’État du processus d’appel d’offres. Car il ne comprend que les
marchés dont le montant est égal ou supérieur au seuil.
D’autre part, quand une autorité contractante délègue le rôle de maître d’œuvre à une autre
entité publique, souvent en cas d’un projet multisectoriel requérant l’action de plusieurs ministères
ou entités de l’État, il se pose la question de l’institution qui doit insérer ce marché dans un PAPM :
l’autorité contractante ou le délégataire. Il existe une imprécision sur cette question. À quel moment
se fait la délégation ? Il est possible pour le maître d’ouvrage délégué de passer un marché sans qu’il
ne soit soumis à l’obligation de le publier dans son plan prévisionnel de marchés.
Il est nécessaire de repenser le plan de passation de marché afin de profiter de ses avantages
et mieux gérer les marchés publics, réguler économiquement la commande publique et prévenir la
corruption. Le PAPM devrait aussi faciliter le contrôle du temps des agents de l’État au cours du
processus de préparation des marchés.
2.2.2- La gestion du temps dans les marchés publics
Le problème ici est le contrôle du temps et du travail des agents préposés à la préparation
des marchés publics afin de limiter la corruption dans les marchés publics et de faire aboutir le
processus, à savoir l’ordre et la date à laquelle un marché est supposé se dérouler pour recevoir
l’approbation de l’autorité de validation. Il en est ainsi de l’exécution du Budget. Cette gestion du
temps est capitale pour la gestion des marchés publics. Cela, pour plusieurs raisons :
1- Les marchés passés de manière isolée peuvent donner lieu à des actes de corruption si
les agents chargés de leur préparation disposent de la latitude pour mener le processus
en dehors de tout contrôle du temps réalisé par une autorité d’approbation, alors que les
contrats passés en groupe peuvent exiger un travail mieux contrôlé par les organes de
passation de marché. Pour arriver à ces contrats groupés, il faut un processus joint de
gestion des marchés publics et de régulation de la conjoncture. Il faut surtout une date
de validation des marchés. Tous les agents de l’État doivent préparer leurs marchés en
fonction de cette date ;
2- La gestion du temps dans les marchés publics peut requérir le travail coordonné des
organes chargés de l’élaboration du Budget, de l’approbation et de la régulation des
marchés publics. Il doit exister une date fixe d’approbation des marchés étroitement liée
à la régulation du Budget, qui permettrait de souder la programmation budgétaire à la
régulation macroéconomique et de plus de coordonner les activités des commissions
ministérielles ou spécialisées de passation des marchés et de l’autorité d’approbation ;
3- L’administration devrait lancer certaines dépenses à des étapes précises, celles qui vont
surtout aux achats de biens et services, et qui aident à réguler l’activité économique. Car
un budget dépensé de manière prévisible et ordonné au cours de chaque exercice fiscal
14
fait entretenir la confiance des entreprises envers l’administration. Il permet d’arriver à
un meilleur impact des marchés publics.
Dans notre cas, la CNMP approuve les marchés publics, mais ne joue pas de rôle décisif
dans l’exécution du Budget. Certes, elle définit les étapes de la chaîne des interventions de divers
responsables sur le processus de passation de marché, et la durée de passage d’une étape à l’autre.
Cependant, la législation ne précise pas de période (jour du trimestre ou du mois) pour conclure un
groupe de marchés publics.
Pourtant, ce contrôle du temps et des flux de marchés publics est vital. Car il devra montrer
à chaque ministère comment affecter ses agents au travail de préparation des marchés. Celui-ci
devra mieux mesurer la quantité de travail et le rythme de préparation des dossiers de marchés.
Pour éviter la corruption, les agents de contrôle de la passation de marché devraient pouvoir influer
sur le temps de déroulement du processus.
En absence du contrôle du temps par l’organe d’approbation, les agents chargés de préparer
les marchés de leurs administrations disposent de la maîtrise du temps au détriment des organes
d’approbation. En effet, ils ont la possibilité d’inclure le marché dans une procédure d’urgence.
Avec cette liberté de manœuvre, il est possible d’avoir un mauvais processus de passation de
marché et des entorses à sa conduite. Car, les organes de passation de marché ne mesurent pas le
temps et l’effort en heure de travail nécessaires pour réaliser un processus de passation de marché
et tous les marchés d’un ministère. En conséquence, les organes de l’État ont les moyens de
présenter leurs marchés au moment où ils le souhaitent. Et puisque le temps est ouvert, un acteur
influent d’une entité de l’État peut vouloir influer sur le temps du déroulement du processus.
Le fonctionnaire qui prépare le dossier d’un marché dispose de la maîtrise de son agenda. Il
n’a aucune contrainte de temps pour négocier le moment propice où il peut soumettre le marché à
l’approbation, même en prétextant l’urgence. Dans ces conditions, les services de marché exercent
un certain contrôle sur l’orientation du marché et sur les facteurs devant déterminer son attribution.
De ce fait, un projet de marché inscrit dans le PAPM peut se réaliser à n’importe quelle période de
l’exercice fiscal. Il n’est plus impératif que le marché se déroule dans un intervalle précis de l’année
fiscale. Le marché n’est pas lié à des dépenses engagées pour réguler la conjoncture ou soutenir
l’activité économique. Ce marché peut profiter à un acteur qui n’est pas l’État.
2.2.3- Les seuils de passation de marché et la conversion du Budget en marchés publics
Le Moniteur du 9 septembre 2009 publie l’arrêté du 5 septembre 2009 portant révision des
seuils de passation des marchés publics. Retenons que même si l’achat d’une prestation se fait en
dessous des seuils, il faut un contrat qui indique les conditions d’exécution du marché, établi entre
l’entité contractante et le fournisseur. Alors, quand ces marchés passés en dessous des seuils ne sont
pas indiqués dans le PAPM, responsables de marché et fournisseurs disposent d’une large
autonomie pour fixer les termes des contrats et s’accorder des privilèges aux dépens de l’État.
Il existe une raison objective pour laquelle l’administration veut exécuter certains marchés et
dépenses en dessous des seuils. Avec ce procédé, le temps du travail administratif est amoindri.
Pourtant, en dépit de tout, le niveau des seuils ne devrait en aucun cas offrir à des agents de l’État la
possibilité de soustraire une partie des achats publics de biens et services aux procédures de
contrôle. Car il devrait exister en parallèle un mécanisme de contrôle des dépenses d’achat de biens
et de services effectué en deçà des seuils.
Ce contrôle sera facilité avec la contribution des plans annuels de passation de marché et
des seuils de passation de marché. À cela, il faut ajouter le fait que la politique des achats publics
sert à ce dispositif de ce contrôle. Ces trois outils devraient donner à l’administration les moyens de
coordonner ses dépenses. Dans notre cas, la conception de la loi, du plan annuel de passation de
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marché et de l’arrêté sur les seuils de passation de marché conduit à un nombre limité de marchés
publics requérant l’approbation des autorités et à un manque de contrôle des marchés passés en
dessous des seuils. Il en découle plusieurs brèches qui conduisent à la corruption.
1. Les achats réalisés en dessous des seuils, à partir du budget d’investissement, ne sont pas
assujettis à un contrôle a priori rigoureux. Le traitement allégé appliqué aux marchés passés
en-dessous des seuils conduit les responsables et les agents de l’Etat à opter pour cette
solution, ce qui mène à des dérives. Car, le peu de contrôle exercé sur les marchés passés en
dessous des seuils conduit au démembrement des dépenses en achats dont les montants
sont inférieurs aux seuils. Il en découle des zones opaques non contrôlées par les autorités
de contrôle qui sont propices à la fraude et aux malversations ;
2. Les seuils sont fixés en fonction des besoins des services de l’État. Mais leurs niveaux
relativement élevés ne tiennent pas compte de la régulation conjoncturelle, de la taille des
entreprises locales et la recherche d’impact des dépenses publiques sur notre économie ;
3. En voulant être souples envers le personnel administratif au lieu d’accroître son efficacité au
travail, les tenants de l’État ont relevé le niveau des seuils. Cependant, quand les dépenses
de petits montants constituent une grande part du PIP, il est possible d’aboutir à un budget
qui exerce un faible impact sur l’économie nationale. Car un grand nombre de dépenses et
d’actions prises pour le développement échappent au contrôle des autorités de passation de
marché et de celles qui doivent en apprécier l’opportunité et l´efficacité. De plus ces seuils
élevés n’aident nos responsables à avoir un regard attentif sur certains investissements, dont
ceux qui vont aux prestations intellectuelles.
Dans ce cadre, une grande partie des dépenses publiques échappent au double contrôle de
procédure et d’efficacité. Les organes de contrôle se contentent d’analyser les marchés dont les
montants sont au-dessus des seuils, environ 10 % du budget d’investissement. En ce qui a trait aux
dépenses réalisées en-dessous des seuils, elles peuvent donner lieu à de la corruption venant altérer
le climat de passation des marchés. Les seuils sont à la fois une échappatoire et la cause de mauvais
usages. Son utilisation est loin d’être des facteurs de renforcement de la gouvernance.
Pour que cet outil puisse être utile à l’administration, il faudrait l’apport de lois connexes
aux marchés publics, des spécifications techniques et des prix de référence préalables aux achats en
dessous des seuils ou à la passation de marché au-delà des seuils. Ces références pourront dispenser
les services de l’État de décider sans aucun contrôle sur la matérialité du bien pour les dépenses
passées au-dessous des seuils. Cela dit, l’environnement de passation de marché devient plus souple
et offre peu de possibilité pour entretenir la corruption.
2.3- Les failles des politiques publiques
Pour être applicable et prévenir la corruption, la loi sur les marchés publics doit être
appuyée par une politique des marchés publics qui prenne en compte les caractéristiques techniques
des produits, le développement technologique et les biens demandés par l’État. Celui-ci fixe les
normes techniques des produits qu’il achète. Par exemple, en décidant d’acheter des chaises d’une
qualité donnée, il annonce leur descriptif technique et négocie leurs prix de référence.
Une telle décision fait limiter la concurrence entre toutes les qualités de chaise. Pourtant,
elle porte les entreprises à se faire concurrence sur un type de chaise, et elle facilite l’organisation
d’un secteur d’activité. L’État peut passer des accords cadres avec les entreprises de ce secteur. En
faisant cela, il empêche ses acheteurs véreux de tromper l’administration sur la qualité des chaises.
Son action fait diminuer la corruption dans ce segment du marché. À ce moment, il restreint les
manœuvres qui se font et se défont au détriment de la qualité des produits.
16
Par ailleurs, les marchés publics ne devraient pas servir que pour approvisionner l’État. Car
les normes techniques des produits acquis par ses entités doivent aussi servir à renforcer l’économie
nationale. Elles devraient être instrumentées pour arriver à ce résultat. Par exemple, pour le cas des
commandes de riz, l’acheteur public peut éviter de fixer un taux de brisure du riz inférieur à 12 %
alors que les entreprises locales de moulinage présentent un taux supérieur à 20 %. Le pays ne
saurait opter pour des spécifications nationales qui profitent aux biens importés et qui pénalisent
ses entreprises, si le produit n’a aucune conséquence sur la sécurité de ses usagers.
Le fait est que pour produire, l’industrie a besoin de paramètres techniques clairs et précis.
Par exemple, bureaux et bancs d’école ont tous une dimension. Leurs matériaux sont spécifiés.
Tous les services publics font la même gestion des équipements, en fonction des mêmes normes.
Ceci facilite le contrôle administratif et fait diminuer les occasions de la corruption. En fait, à un
moment donné, il existe un procédé pour produire un bien dans une économie donnée. Cette façon
traduit l’état de la technologie et des savoir-faire. Tous les agents économiques sont censés
l’adopter. Les entités de l’État doivent s’y référer. Ces références sont appliquées aux fournitures et
aux services demandés par l’État. Plus il y a de ces critères à respecter lors de ses achats, en
commençant par les critères techniques, moins il existe d’espace vide pour la malversation dans la
passation des marchés. De plus, il doit être possible de profiter des marchés publics pour améliorer
l’impact des autres politiques sectorielles.
Or, les ministères n’ont pas de politique de commandes publiques adressées aux entreprises
de leurs secteurs d’intervention. L’option actuelle est la libéralisation commerciale, ce qui signifie
que l’État fait l’acquisition de tous les types et gammes de produits, cela, sans une préférence
notoire. Cette approche veut que l’État évite toute politique d’encadrement des secteurs d’activité,
même avec les moyens de la commande publique. Il en résulte une insuffisance de la législation qui
aura un impact négatif sur le processus de passation de marchés.
En effet, les produits demandés ne sont pas spécifiés ni définies par une norme nationale
connue des acteurs en présence. On trouvera de tout sur le marché national, notamment des biens
importés. Cette profusion d’informations et cette diversité des produits sont de nature à gêner la
création de certains secteurs de notre économie. L’information devient confuse pour les entreprises
locales qui ignorent la norme et l’itinéraire technologique à suivre pour produire.
L’État haïtien n’a pas de politique de production de normes pour les biens et services dont
l’administration fait l’acquisition. La formation de son personnel dans les domaines de la mesure, en
matière de normalisation et de standardisation des besoins est inadaptée. On met surtout l’accent
sur le cycle de la passation des marchés. Or, la formation sur les normes et standards relatifs aux
pratiques administratives aurait pu montrer que pour des besoins identiques, des locaux d’une
certaine dimension et un nombre d’agents il faut une quantité approximative de matériel. À partir
de là, il est possible de prévoir ces besoins-là, de prévenir les gaspillages et l’utilisation frauduleuse.
Ce travail préalable de normalisation aurait enlevé aux services acheteurs le souci de choisir leurs
propres normes techniques et au fonctionnaire malhonnête la possibilité de frauder avec la norme.
Sans les spécifications techniques, les services acheteurs font l’acquisition de n’importe quel
type de fourniture. À la fin, c’est le fournisseur qui impose sa norme. Du fait de ce vide de
référence, un importateur se met toujours à la recherche d’un responsable politique afin de vendre
des produits à l’État, n’importe quel produit venu d’un autre pays. Et lors de l’évaluation des
soumissions dans le cadre des appels d’offres, très souvent, les évaluateurs commencent par
regarder la présentation de l’offre avant de se prononcer sur l’offre technique et la qualité des biens.
Il se crée une préférence pour la forme au détriment de la qualité technique des produits et de la
capacité de l’entreprise à progresser. Cette conception libérale des marchés publics est de nature à
entraîner des malversations dans le processus de passation de marchés. Les agents de l’État
corrompus profiteront des multiples imprécisions sur la nature des produits achetés par l’État.
17
3.- Marchés publics, entreprises et corruption
Pour décrire la situation des entreprises face aux achats de l’État, il faut d’abord considérer
les marchés passés par appel d’offres et ensuite les achats sur simple facture. Cette distinction des
deux modalités d’achats est nécessaire afin de présenter les positions différentes des entreprises et
les modalités de la corruption des fonctionnaires, en fonction des deux types d’achats de l’État.
3.1- La corruption dans les contrats de marchés publics
Dans cette partie, nous parlons des pratiques de corruption dans les marchés publics sur la
base d’une enquête réalisée auprès des entreprises qui ont consenti à répondre à un questionnaire
préparé pour la circonstance. Nous présentons ici les critères qui ont concouru au choix d’un
échantillon d’entreprises, l’opinion de leurs dirigeants face aux pratiques de corruption, les relations
entre ces fournisseurs et aux agents de l’État tentés par la corruption. Enfin, nous mettons l’accent
sur les contraintes et les conditions économiques du versement des pots-de-vin dans les pratiques
de marché publics.
3.1.1- Un échantillon d’entreprises
Pour constituer notre échantillon, nous avons ciblé une vingtaine d’entreprises qui ont au
moins déjà passé un contrat avec l’État. Pour y arriver, nous avons recouru aux entreprises qui font
souvent des affaires avec l’État et qui ont accepté de répondre à notre questionnaire. Cela dit,
certaines entreprises souhaitant répondre, mais n’ayant pas donné assez de preuve d’une expérience
tangible des marchés publics et de la corruption pour pouvoir en parler ont été écartées. De plus,
nous avons fait nos recherches dans des secteurs où l’État réalise un volume important de contrats
de marchés. C’est le cas du secteur de la construction, des entreprises de traiteur et des prestations
intellectuelles. Ici, nous ne prétendons pas parler de manière exhaustive de la corruption. Car il
s’agit de la tendance présentée par un nombre réduit de répondants à notre questionnaire. Nous
avons ainsi obtenu quatorze réponses significatives des entreprises qui sont :
1- Sept entreprises des bâtiments et travaux publics (BTP), le secteur de la construction ;
2- Trois distributeurs de fournitures ;
3- Trois services de traiteur pour la restauration en milieu administratif ;
4- Une firme de prestations intellectuelles.
Tableau 5- Statut des répondants au sein de leurs entreprises
Secteur d’activité et
Gérant
responsables rencontrés responsable
PDG
Propriétaire
Services de traiteur
1
2
Construction
6
Fourniture
1
2
Prestations intellectuelles
1
1
8
4
Cadre
dirigeant
1
1
Total
3
7
3
1
14
Nous avons composé une ligne de services de traiteurs, vu l’ampleur prise par la
restauration dans nos administrations. Nous estimons avoir trouvé un échantillon de qualité. En
18
effet, ces entreprises ont l’habitude de passer des contrats avec l’État. La plupart des répondants
sont des PDG (huit), des propriétaires (quatre). Il faut aussi compter un gérant responsable et un
cadre dirigeant.
Cependant, les responsables n’ont pas répondu à certaines questions. Par exemple : Pouvezvous donner un chiffre ou le nombre de vos contacts ? Comment le fonctionnaire s’est-il déclaré pour avoir son dû ?
De plus, elles n’ont pas déclaré les montants des contrats passés avec l’État ni leurs chiffres
d’affaires, sauf une entreprise de travaux dont le montant du contrat se situe entre 1 et 5 millions de
gourdes.
Six de ces quatorze entreprises ont un personnel composé de plus de trente employés, dont
les deux services de traiteur. Les entreprises de taille plutôt modeste se retrouvent dans le
commerce des fournitures et des prestations intellectuelles. Certaines entreprises du secteur de la
construction (4) procurent des emplois dont le nombre se situe entre 30 et plus de 100.
Tableau 6- Répartition de l’emploi dans les entreprises enquêtées
Secteur d’activité
Moins
et emplois
de 10
10 - 30 30 - 50 50 -70 70 - 90 90 et +
Services de traiteur
1
1
1
Construction
2
1
1
2
Fourniture
1
2
Prestations
1
intellectuelles
SR
1
Total
3
7
3
1
Ce sont des entreprises habituées de la passation des marchés publics. Elles sont informées
des marchés publics, ont déjà tous participé à des appels d’offres et remporté de nombreux
contrats. Elles s’y connaissent à coup sûr en matière de réglementation sur les marchés publics. À
un autre niveau, elles sont supposées maîtriser les pratiques courantes dans ce domaine.
Tableau 7- Aperçu du nombre de contrats de marchés exécutés par les entreprises
enquêtées
Secteurs d’activité
Avant 2006
Apres 2006
Service de traiteur
1
4
3
2
+ de 10
+ de 8
1
0
2
Construction
1
8
0
2
beaucoup
+ de 10
3
Beaucoup
Beaucoup
4
0
+ de 10
5
+ de 20
0
6
2
4
7
2
4
Fourniture
1
0
0
2
0
5
3
0
3
Prestations
intellectuelles
1
11
1
19
Le nombre de leurs contrats déjà exécutés est relativement important et peu précis pour la
plupart d’entre eux. Toutes ont entendu parler de corruption dans les marchés publics, sauf une
seule qui n’a jamais été abordée où sollicitée pour participer à une telle pratique.
Sur le plan de l’organisation interne, il nous semble que les entreprises de travaux sont
mieux consolidées que les autres sur le plan technique pour affronter le processus de passation de
marché. Elles estiment que les coûts de préparation d’un appel d’offres se situent entre 50.000 et
200.000 gourdes. Elles peuvent estimer le coût de préparation d’un dossier servant à répondre à un
appel d’offres public, ce qui n’est pas le cas pour les services de traiteur qui passent respectivement
sept contrats et plus dix-huit contrats avec l’État. Ainsi, sept entreprises sur quatorze admettent ne
pas pouvoir estimer le coût de préparation d’un dossier de soumission. Alors, par quel procédé ontelles pu accéder aux marchés publics ?
Notons par ailleurs que l’élaboration de projets de construction et de calcul des coûts est un
sujet de formation et d’expertise de l’ingénieur, ce qui n’est pas forcément le cas pour les métiers de
traiteur ou de négociants de fournitures. Ces dernières entreprises ne répondent pas toujours aux
dossiers d’appels d’offres qui leur demandent des compétences spécifiques. De plus, ces marchés
exigent un suivi et des coûts afférents et prennent du temps pour conclure dans des secteurs
d’activité (fournitures) qui prônent le zéro stock à l’heure actuelle. Il arrive que les entreprises de
travaux soient mieux organisées pour participer aux appels d’offres de l’État.
Tableau 8- Estimation du coût de préparation d’un dossier de soumission
Secteurs d’activité
Services
Construction
Fourniture Prestations
de Traiteur
intellectuelles
Service de comptabilité
6
1
1
analytique
N’a pas ce service
3
2
Sans réponse
1
Total
3
7
3
1
Coûts de la soumission
ne sait pas
3
2
50.000 gourdes
1
1
100.000 gourdes
1
150.000 gourdes
1
100.000/200.000 gourdes
2
200.000 gourdes
1
Sans réponse
2
Total
3
7
3
1
3.1.2- L’opinion des entreprises face aux pratiques de corruption
Maintenant, il nous faut voir les appréhensions pouvant exister entre les entreprises et la
gestion des marchés publics. Leurs dirigeants n’admettent pas toujours que la soumission soit un
risque de l’entreprise. Car sept entreprises sur quatorze sont prêtes à recourir à la corruption pour
gagner et éviter de perdre leurs frais de soumission, au cas où leurs offres ne sont pas retenues. Ici,
force est de constater que nos entrepreneurs sont enclins à faire prévaloir leurs intérêts immédiats
sur les règles du jeu et les valeurs morales. Ils sont disposés à mettre en question l’équité pour
gagner un contrat de marché public. De là, faut-il admettre que le milieu d’affaires haïtien ne serait
pas guidé par le respect des principes ?
20
Tableau 9- Entreprises et risques de la soumission
Services
Construction
Secteurs d’activité
de Traiteur
Attitude face aux risques
Perdre les frais engagés
Recourir à la corruption
Sans réponse
1
2
Fourniture
3
3
1
Prestations
intellectuelles
2
1
1
Il est nécessaire de lier l’opinion des entreprises avec leurs pratiques de marchés publics. Si
leurs dirigeants sont disposés à passer à l’acte de corruption et qu’ils le font, il faut s’attendre à un
système de passation de marchés très controversé de la part de ceux qui en sont pourtant des
bénéficiaires. Le tableau 10 nous présente leur situation face à la corruption, en tant que victimes à
un stade quelconque de l’exécution du marché, lésées et évincées d’un contrat du fait de manœuvres
déloyales. Il parle enfin de l’acte qui consiste à verser de l’argent à l’auteur d’un acte de corruption.
Les entreprises du BTP semblent être les plus lésées lors de l’évaluation d’un appel d’offres
au profit d’un autre soumissionnaire à cause d’un acte de corruption d’un fonctionnaire. Six sur sept
se disent victimes. Les entreprises de fourniture affirment n’avoir pas versé d’argent dans des appels
d’offres. Notons que celles-ci participent davantage à une autre modalité d’achat de l’État : les
consultations de fournisseurs et les achats sur simple facture. Les services de traiteurs semblent être
les plus enclins à verser un bakchich. La situation des entreprises de construction est proche de
leurs cas. Car six de leurs sept dirigeants affirment avoir pratiqué la corruption plus d’une fois. Une
seule entreprise de BTP dit n’avoir jamais versé de l’argent.
Tableau 10- Situation des entreprises face aux actes de corruption
Secteurs d’activité
Services de
Prestations
traiteur Construction Fourniture intellectuelles
Non victime
1
Victime
2
6
3
1
Ne sait pas
1
Jamais lésé
Lésé une fois
Lésé plus d’une fois
Versement d’argent
N’a jamais versé
Ayant déjà versé
Versé plus d’une fois
1
1
1
0
2
5
0
3
1
3
3
1
4
5
2
1
1
1
1
Cela dit, nous avons relevé que treize entreprises sur quatorze estiment avoir été lésées par
un acte de corruption de la part de fonctionnaires. De plus, le nombre d’entreprises supposées être
des victimes est plus faible que les entreprises ayant pratiqué la corruption. Cet écart vient peut-être
du fait que certains entrepreneurs sont à l’origine de la corruption ou tirent un avantage du procédé.
21
Maintenant, en fonction des opinions par les entreprises présentées au tableau 11, il nous
faut analyser la façon dont les dirigeants apprécient l’impact de la corruption sur le développement
de leurs activités. Leurs opinions oscillent dans trois directions.
Nous avons observé qu’un grand nombre de firmes n’ont pas de réponse sur le sujet. Sontelles indifférentes, même en versant de l’argent, ou bien ont-elles considéré l’argent versé comme
étant le prix d’un coût de transaction qui est d’obtenir un contrat de marché avec l’État ?
En ce qui a trait au développement des entreprises, nous avons relevé huit opinions. Trois
entrepreneurs jugent que la corruption procure un résultat bénéfique ou s’est avéré plutôt bon pour
leurs entreprises. Trois autres estiment que le procédé est néfaste ou avait été un handicap pour
leurs activités. Deux dirigeants sont indifférents sur la question. Il faut aussi noter que chacun des
quatre groupes recèle un entrepreneur qui estime que les pratiques actuelles de passation de marché
sont bénéfiques. On serait alors dans un système où les acteurs sont pour la plupart consentants.
Tableau 11- Paiements illicites et développement de l’entreprise
Secteurs d’activité
Situation financière
Développement de l’entreprise
Services de traiteur
1
Négatif
Handicap
2
SR
Bénéfique
3
Néfaste
Néfaste
Construction
1
Négatif
SR
2
Peu significatif
Plutôt bon
3
SR
SR
4
SR
SR
5
désastreux
6
Peu significatif
Insignifiant
7
Néfaste
Néfaste
Fourniture
1
2
3
Aucun
Aucun
Prestations intellectuelles
Non significatif
Plutôt bénéfique
Toutefois, nous constatons un décalage sensible entre l’opinion sur la situation financière
qui est du court terme et le développement des entreprises. Dans le court terme, on ressent
davantage des inconvénients. Dans le moyen terme, on voit l’avantage de se corrompre. À ce
moment, l’acte en soi joue comme un effet de levier favorable à la formation d’entreprises et à la
création de liens entre fonctionnaires corrompus et entreprises. De là, il est possible de comprendre
la nature des liens établis entre l’État et les entreprises. Celles-ci feraient plutôt confiance à des gens
placés au sein de l’administration au détriment d’une idée gratifiante des politiques publiques. L’État
est ainsi sollicité de repenser le mode d’insertion de ses politiques au sein de la société civile.
En allant un plus loin, nous nous demandons si les firmes sont consentantes ou contraintes
à corrompre les agents de l’État. Notons que les douze victimes de l’acte sont supérieures aux neuf
entreprises qui affirment avoir versé de l’argent. Une entreprise peut être victime en étant obligée
de négocier sa position dans un marché public, ou écartée frauduleusement de son attribution au
profit d’un autre soumissionnaire. Le fait être victime est forcément plus nombreux que le fait
d’être satisfait. Car chaque marché apporte un attributaire et un lot plus grand de victimes.
22
En creusant davantage la situation des entreprises face à la corruption dans les marchés
publics, nous avons dû vérifier le degré de leur soumission face aux injonctions des corrompus et
leur disposition de celles-ci à répondre à leurs exigences. Le tableau 12 nous permet de capter les
informations relatives à cet aspect des pratiques corruptrices.
Tableau 12- Corruption subie et modalité de versement aux corrupteurs
Secteurs d’activité
Jamais de
Victime de Paiement Versement
chantage
chantage
exigé
effectué
1
oui
Forfait
5.0 %
Traiteur
2
non
Forfait
3
oui
5.0 %
1
oui
3.0 %
3.0 %
2
oui
Forfait
Forfait
3
oui
12.5 %
5.0 %
Construction
4
non
5
oui
12.5 %
6
oui
En %
7
non
1
non
Fourniture
2
oui
10.0 %
3
oui
5.0 %
Prestations
oui
intellectuelles
1
3.0 %
Nous avons noté que neuf entrepreneurs, soit 64,3 % du total, se disent victimes de
chantage d’agents de l’administration qui leur exigent un forfait ou un pourcentage du contrat,
surtout pour obtenir leurs paiements. Cette affirmation omet le fait que certaines entreprises sont
déjà consentantes pour verser un bakchich, si c’est la condition pour décrocher le contrat. Selon
notre enquête, quatre d’entre elles ont agréé aux sollicitations de fonctionnaires intéressés. Il
demeure que l’entreprise qui se dit non victime aurait versé à dessein et de bon gré un montant
forfaitaire à l’agent public à la quête d’un pot-de-vin.
3.1.3- Les entreprises face aux agents de l’État
Maintenant, il nous faut parler des liens noués autour des pratiques corruptrices pouvant
exister entre entreprises attributaires de marchés et agents de l’administration. Nous admettons que
ces pratiques ne sauraient pas être établies et acceptées s’il n’existait pas une organisation même
virtuelle et préservée par les deux types d’acteurs en présence. Afin de rendre compte de ces
structures créées, il nous faut considérer la manière dont ceux-ci se constituent.
Selon les données recueillies, ils sont plutôt rares les entrepreneurs qui n’ont aucun lien
constitué autour des pratiques corruptrices avec un agent de l’État. Seulement quatre entreprises sur
quatorze ayant passé au moins un contrat avec l’État affirment ne pas avoir de liens établis, à cet
effet, avec des personnes de l’administration, deux entrepreneurs de travaux sur les sept et deux
entreprises de fournitures sur trois. Le tableau 13 nous donne un aperçu de ces biens et des
modalités de leur constitution. Six entreprises déclarent avoir un lien avec une personne contact de
l’administration.
23
Par ailleurs, nous constatons que certains entrepreneurs prennent eux-mêmes l’initiative qui
est de trouver leurs fonctionnaires contacts. Ainsi, cinq entreprises cherchent des contacts au sein
des entités publiques, dont une entreprise de prestations intellectuelles.
Tableau 13- Liens et réseaux de la corruption
Secteurs d’activité
Services Construction Fourniture Prestations
de traiteur
intellectuelles
Ayant une personne
contact
2
3
1
N’ayant aucun contact
2
2
Sans réponse
1
2
1
Démarche propre pour
avoir un contact
Non
1
3
3
Oui
1
3
0
1
Les deux à la fois
1
1
Personne contactant au
nom d’un fonctionnaire
3
6
3
1
Sans personne contact
1
Complicité entre agents de
l’État et entreprise
Sans réponse
3
6
1
3
1
Notons que les agents de l’État se font aider par d’autres personnes dans leurs activités
illicites. Car treize entrepreneurs affirment que le fonctionnaire corrompu dispose d’une personne
contact qui sert d’intermédiaires avec leurs entreprises. Toutefois, l’enquête n’a pas pu nous aider à
déterminer si ce contact-intermédiaire est aussi un fonctionnaire, un citoyen ordinaire ou le membre
d’un réseau assez organisé.
Tableau 14- Réaction des entreprises face aux propositions corruptrices
Aucune
Consentant
Non
Secteurs d’activité Proposition
Services de traiteurs
Construction
Fourniture
Prestations
intellectuelles
corruptrice
proposition
3
6
3
1
1
-
3
6
1
consentant
Obtention
du contrat
3
-
3
6
0
1
Sur nos quatorze entreprises, cinq estiment avoir été contraintes de verser de l’argent à des
agents de l’Etat. Selon ces répondants, ces agents prédateurs travaillent au sein d’un ministère (7
cas) et dans une institution de contrôle (2 cas). Pourtant, dix de nos dirigeants d’entreprises pensent
ne pas vouloir renoncer à payer un pot-de-vin, si c’est la condition pour remporter le contrat. Il
peut exister des cas où même en étant consentant on n’obtient pas de contrat. Toutefois, toutes les
24
personnes ont affirmé avoir gagné un contrat en acceptant de payer. À quel moment se fait le
paiement ?
À cette question, la moitié des entreprises rencontrées estiment l’avoir fait à la fin du
contrat. Cependant, six entreprises ont remis leurs faveurs au début du contrat. Peut-être, les
versements faits au corrompu en début de l’exécution du contrat ont servi à acquitter les dettes
consenties envers les facilitateurs des ministères afin d’obtenir un contrat. Ces mêmes opérations de
rétribution de service restent peu fréquentes au milieu du contrat, soit trois cas sur un total de seize.
Tableau 15- Corruption et temps de règlement des dettes
Secteurs d’activité
Traiteur
1
Avant la signature
Après la signature
Après l’encaissement
1er versement
Au milieu du contrat
A la fin du contrat
2
Construction
3
1
√
√
√
√
2
√
3
-
4
-
√
-
-
5
√
√
Fourniture
6
7
√
√
Prestations
intellectuelles
√
1
-
2
-
3
-
√
√
√
-
-
-
√
√
Ces habitudes de paiement dénotent toutefois le pouvoir de contrôle des agents véreux sur
le processus de passation et d’exécution du marché et la situation particulière des entreprises. Les
contacts se font payer au début du contrat, au moment du versement de l’avance de démarrage, et à
la fin au moment où les firmes encaissent leurs derniers versements. Il faut, de plus, noter que ces
fournisseurs qui payent leurs dettes après le premier encaissement jouissent d’une bonne situation
financière. Sinon, ils auraient eu du mal à exécuter leurs contrats. Est-ce que nous avons ici un type
particulier d’entreprises habituées des marchés publics qui jouissent encore de surfacturations de
prix au détriment de l’État ? Au-delà de ces données propres aux entreprises, il nous faut étudier les
conditions économiques du système de passation de marchés publics qui ont facilité ces pratiques.
3.1.4- Les conditions économiques des pots-de-vin contractuels
Il faut considérer que l’on est dans une économie anémiée, totalement tirée par les achats
du secteur public, où la demande des particuliers adressée à certains secteurs est relativement faible.
Parfois, les achats du secteur public constituent la principale opportunité de marché pour certaines
entreprises. Dans ces conditions, certains agents corrompus peuvent jouer un rôle clé pour faciliter
l’accès des entreprises à ces occasions. C’est pour cela que, peut-être, les chefs d’entreprises tolèrent
et pratiquent ces procédés. Dans les secteurs où les opportunités de vente sont plus ouvertes à un
public plus large, comme dans les entreprises de fournitures, les entrepreneurs sont moins enclins à
vouloir soutenir les pratiques corruptrices. Alors, que s’est-il passé si l’entrepreneur est contraint de
verser un pourcentage du montant du montant du marché ?
Les entreprises de BTP et de services de traiteur ont des attitudes différentes vis-à-vis du
contrat alors qu’elles font face à l’obligation de verser de l’argent. Face à cette charge, deux services
de traiteur sur trois ont modifié leurs prestations et surfacturé le contrat. Le troisième n’a pas altéré
son produit. Quant aux entreprises de BTP, elles ont tendance à rabaisser la qualité des prestations
afin de limiter leurs pertes. Quatre d’entre elles ont utilisé cette parade ; une seule a recouru à la
25
surfacturation. Trois conditions inhérentes au système de passation de marché sont propices à ce
type de démarches :
1- L’État manque surtout de normes techniques et d’une capacité de supervision pouvant
prévenir que les entreprises bénéficiaires de contrats ne rabaissent la qualité ou le
volume de leurs prestations afin de verser des pots-de-vin à ses agents ;
2- les cadres des ministères sont tolérants envers le travail des réseaux de corrupteurs dont
le travail conduit à la dégradation de la qualité des produits fournis à l’État ;
3- Le mode de calcul des prix dans les contrats de marchés publics peut être à l’origine des
nombreuses malversations qu’on y rencontre.
Tableau 16- La corruption et la qualité des prestations
Secteurs d’activité
A modifié A surfacturé
le produit
le contrat
Services de traiteur
1
oui
oui
2
oui
oui
3
non
non
Construction
1
oui
non
2
oui
oui
3
SR
SR
4
5
oui
non
6
oui
non
7
non
non
Fourniture
1
2
3
Prestations intellectuelles
1
non
non
Surfacturation
en %
0%-5%
5 % - 10 %
0%-5%
SR
SR
Le tableau 17 nous indique que les deux tiers des entreprises estiment que les prix payés par
l’État sont plus élevés que les prix normaux. Alors, il y a surfacturation des soumissions lors des
appels d’offres publics.
Tableau 17- Opinion des entrepreneurs sur les prix payés par l’État
Secteurs d’activité
oui
non
SR
Total
Traiteur
1
2
3
Construction
4
2
1
7
Fourniture
3
3
Prestations intellectuelles
1
1
Total
8
5
1
14
Dans ces cas, les marchés sont considérés comme des rentes pour les fonctionnaires et pour
un groupe peut-être réduit de soumissionnaires. La surfacturation des marchés publics n’est qu’une
26
des modalités de génération d’une rente. Et les deux parties en présence ont tendance à s’entendre
pour partager la rente, au lieu de vouloir envisager les marchés publics de manière différente.
Rappelons que l’attitude vis-à-vis du prix est un comportement collectif qui n’a rien à voir
avec la connaissance des marchés publics. La baisse des prix traduit l’accomplissement d’un progrès
des entreprises et de la société dans l’utilisation des facteurs de production. Dans la plupart des
économies, les acteurs économiques cherchent à faire baisser les prix, baisse qui est un indicateur de
l’amélioration du bien-être. La baisse des prix devrait être un mobile des agents de l’État et un
objectif visé dans la passation des marchés publics. Ici, on gonfle les prix et on néglige de recourir à
une méthode adéquate de calcul des prix de revient dans le cadre des marchés publics. Il s’agit ici
d’un comportement collectif.
Les prix qui devaient être un élément de discussion et de désaccord entre les parties en
présence provoquent plutôt leur rapprochement au détriment de l’État et de la société. Ceci signifie
que les gens qui sont en charge des marchés publics n’ont pas pour motif de faire avancer la société,
mais seulement de profiter de cet outil. Ils ignorent l’importance des marchés publics pour l’État et
l’avancement de l’économie nationale. Ils sont d’abord mus par des intérêts particuliers.
3.2- Les achats de consultation de fournisseurs et de sollicitation de prix
Dans cette section, nous abordons la question des achats de l’État sur simple facture ou à
travers la sollicitation des prix. Ici, l’agent public qui fait l’acquisition d’un bien et/ou d’un service
au nom de l’État en collectant trois factures pro forma se trouve face à un démarcheur ou un agent
commercial rétribué sur la base d’un pourcentage sur ventes. L’agent commercial (démarcheur) et
l’agent de l’État peuvent recourir à une entente illicite qui font gagner tous les deux, le premier une
élévation justifiée de sa paie en fin de mois, et l’autre un dessous-de table au détriment de l’État. Le
commercial veut vendre à tout prix. Pour augmenter sa paie, il est prêt à s’entendre avec l’employé
acheteur sur la façon de facturer la transaction passée avec l’État.
Souvent, l’employé demande une majoration de la facture devant être remis comme pièce
justificative à la comptabilité de son administration. Il reviendra après la conclusion du marché pour
empocher la différence existant entre prix normal et facture transmise à sa comptabilité.
L’agent corrompu exigera que l’entreprise lui verse de l’argent au comptant. De manière
générale, la compagnie émet un chèque sur elle-même pour en tirer le cash qu’elle verse à l’employé
acheteur. La ristourne est souvent un pourcentage du montant des ventes. La corruption prend ici
la forme légale de ristourne sur vente.
Les principes de la comptabilité publique et ceux des ONG voudront que leurs acquisitions
se fassent sur la base de trois factures pro forma. Cependant, l’acheteur direct peut demander à
chaque entreprise délivrant une facture pro forma de majorer les prix qui y sont portés. Aucune
entreprise ne voudra renoncer à cette pratique en sachant qu’elle risque de ne pas être sollicitée
pour des achats ultérieurs. C’est un cas du dilemme du prisonnier. L’entrepreneur sait qu’il risque
plus en livrant une facture pro forma surfacturée qu’en remettant celle qui porte le juste prix, même
s’il ne gagne pas le contrat.
Les possibilités de surfacturation et de double facturation existent dans la mesure où cette
économie fonctionne sans un classement des biens en fonction de la qualité des matériaux qui les
constituent et sans la pratique des prix de référence. Ces écarts en termes de qualité jamais soulignés
ouvrent une porte pour la fraude sur les prix et sur la qualité des produits. Dans ces cas là, l’acte de
corruption prend deux formes :
1- La surfacturation de la commande ou du bordereau des prix ;
27
2- La double facturation ;
3- La fraude sur la matérialité des produits.
En cas de surfacturation, les prix des biens ou services achetés par l’administration sont
gonflés par le vendeur ou le commercial. Ce dernier émet la facture pour l’administration.
L’ordre est alors émis de verser une commission sur vente à l’acheteur public. La ristourne
est portée dans les cahiers comptables comme à l’ordinaire et est parfois fiscalisée. Cette pratique
est courante dans les achats de fournitures et pièces de rechange pour les véhicules.
En cas de double facturation, le service des ventes émet une vraie facture qui porte le bon
prix, destinée à la comptabilité de l’entreprise. Ensuite, il remet à l’employé acheteur une deuxième
fausse facture scellée du sceau de l’entreprise. Ce dernier remettra la facture de complaisance à la
comptabilité de son administration. Dans ce dernier cas, les écarts de prix entre les deux pièces
peuvent prendre une proportion exagérée. L’ampleur de cette majoration dépend de la capacité de
l’agent acheteur à faire avaliser la fraude par son administration. Le constat se vérifie au niveau de la
comptabilité des entreprises qui montre que certaines grosses commandes sont écoulées à des prix
relativement gonflés.
La fausse facturation peut prendre d’autres dimensions quand elle porte la matérialité des
produits livrés. Les factures pro forma peuvent être fausses. Car les produits devant être comparés
peuvent être différents, mais ils ne sont pas fabriqués avec les mêmes matériaux. Parfois, les choix
sont faits, mais les produits livrés ou la qualité des matériaux diffèrent.
Par exemple, un employé proposé pour collecter trois factures pro forma demande à un
service de restauration de qualité moyenne d’augmenter le prix porté sur son bordereau. Ensuite, il
le fait comparer avec les prix des factures de restaurants d’un certain standing. À la fin, sur cette
base, le service acheteur choisit le moins-disant, celle dont la facture est gonflée. Dans le cas de
certaines fournitures, les prix facturés peuvent correspondre à des biens récents. Cependant, les
produits livrés peuvent être caractérisés par un degré d’obsolescence fort avancé.
Le défaut de matérialité des produits livrés peut parfois s’appliquer aux produits textiles, aux
meubles de bureau, aux fournitures. L’administration n’est pas si armée pour contrecarrer ce type
de fraude portant parfois sur la qualité des matériaux.
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif peut repérer certains cas
de falsification de pièces. Mais, elle a peu de moyen pour documenter les ententes frauduleuses
ayant engagé une entreprise et un fonctionnaire, sauf si les factures pro forma et la facture
deviennent des documents administratifs pouvant faire l’objet de vérification au niveau de
l’administration et de la comptabilité des entreprises. À ce moment, celles-ci hésiteront à faciliter les
malversations des acheteurs publics.
28
4.-La loi et les stratégies de détournement des procédures
En principe, toutes les dépenses de l’État sont soumises à l’autorisation des comptables
publics qui les approuvent. Les marchés publics sont soumis à l’approbation de la CNMP. Souvent
le marché financé par l’aide externe est conclu en fonction de la procédure particulière du bailleur
de fonds. Il n’existe pas de marché non approuvé par une autorité quelconque. Cependant, les
failles favorables à la distribution des privilèges et à la corruption sont nombreuses.
4.1.- Le contrôle du temps des marchés publics
La gestion du temps par l’administration est un facteur essentiel de contrôle du travail d’un
employé. Le temps est ouvert ; car le processus de passation de marché n’est pas inséré dans un
rythme d’exécution du Budget et de régulation macroéconomique, rythme pour lesquels il faut une
préparation rapide et rigoureuse des dossiers de marché.
Face à ces lacunes, les personnes qui conduisent le processus peuvent décider sur la manière
et le temps pour y arriver, sans s’attendre à une date limite de clôture définitive du marché lancé.
Dans ce cadre, le temps non contrôlé pour préparer un dossier et conclure le marché donne aux
personnes qui conduisent le processus la possibilité de le manipuler. Ici, le cadre peut négliger
d’augmenter son rythme de travail. Entre temps, l’intermédiaire voulant tricher prend contact avec
le fournisseur et négocie les conditions de préparation des dossiers et d’attribution du marché en
fonction des conditions fixées par la personne qui conduit le processus.
Le temps ouvert de passation des marchés constitue une des faiblesses du système. Il donne
du temps pour les prises de contact et la négociation entre les personnes de l’autorité contractante
et les entreprises soumissionnaires.
4.2.- La recevabilité du marché et la matérialité du marché
Souvent les fraudeurs comptent sur des critères de forme pour arriver à leurs objectifs. Ils
utilisent souvent la recevabilité en matière de forme pour pouvoir orienter l’attribution du marché.
Les personnes qui préparent le dossier d’appel d’offres ont la capacité de déterminer la forme de
présentation du dossier, en y glissant des accrocs et des critères non objectifs quant à la réalisation
des marchés. Il faut voir si la forme est susceptible de mettre en cause l’engagement des deux
parties.
Le problème ici est que les prix des soumissions et les caractéristiques techniques sont des
critères secondaires dans notre système de passation des marchés. De plus, l’État n’a pas de
politique sectorielle pour laquelle il faut aménager un cadre des achats et des conditions spécifiques
de passation de marché. Les fraudeurs profitent de ces lacunes. Pour arriver à écarter une offre
techniquement meilleure par rapport à une autre moins bonne, il leur suffit de fixer les critères de
forme (une pièce exigible) et de recevabilité des dossiers. Alors, ils indiquent à l’entreprise soudoyée
une façon distincte de présenter son dossier en fonction du dossier d’appel d’offres.
Ici, l’agent public s’arrangera pour insérer dans le dossier d’appel d’offres ou de consultation
des critères que certains soumissionnaires négligeront ou ne sauront respecter. Le bénéficiaire visé
sera le seul soumissionnaire à pouvoir fournir l’information demandée. Dans ce genre de marché, la
composition de la commission d’évaluation des offre ne peut rien pour éviter les ententes passées
entre agents de l’État corrompus et entreprises corruptrices.
29
4.3.- Le plan de passation de marché
Avec le plan de passation de marché non préparé, l’administration développe des arguments
disculpant l’imprévision, mais permet de développer des comportements qui devraient conduire
plus tard à des pratiques de corruption. L’argument est que les services de passation de marché ne
sont pas si organisés et pourvus en personnel à même d’évaluer et prévoir les besoins de l’État sur
une année, de programmer, préparer les dossiers et exécuter à temps les achats nécessaires.
Cependant, le flou du plan de passation de marché et l’acheminement des marchés d’un
certain montant au contrôle de la CNMP donne de la marge pour la corruption. Le cadre cherche
un moment opportun ou une urgence pour lancer un marché. Il n’existe pas de sanction
administrative pour ces cas de fraude ni la sanction d’invalidation de ces marchés.
Cela dit, à n’importe quel moment un responsable administratif peut vouloir lancer un
projet de marché non inclus au préalable dans le plan annuel de passation de marché. Cette
personne peut à dessein négliger de publier le PAPM. Il sera seul à détenir l’information à l’utiliser
au moment stratégique. Du fait de cette opacité, le fraudeur dispose de la latitude pour informer un
fournisseur qui aura le temps de se préparer pour répondre au marché. En dehors de l’obligation de
fournir ce plan, il faut une réponse de l’administration à ces pratiques.
Pour invalider les marchés présentés en dehors du plan annuel, dans le cas des marchés de
fournitures, il faudra des stocks en réserve, gérés quelque part, que l’administration mettra à la
disposition de l’entité imprévoyante qui n’aura qu’à faire un transfert des fonds au profit de l’entité
qui aura acheté à temps à sa place.
4.4.- Le cadre imprécis des prestations intellectuelles
Les marchés de prestations intellectuelles font preuve d’une grande légèreté en Haïti. Dans
ce domaine, les responsables de marché devraient toujours se référer à l’état des savoirs et valider
les savoirs existants dans le domaine. Pour éviter la fraude dans ces marchés publics, les thèmes de
référence et la méthodologie suivie ne suffisent pas pour montrer que le consultant se réfère à l’état
des savoirs et fait avancer les connaissances dans le domaine où il fournit une prestation.
Ici, on est peu exigeant sur l’état des savoirs et de l’art. Les diplômes et les compétences
individuelles ne sont pas évalués par un barème validé par corps de profession et par leurs
membres. De plus, l’état des savoirs sur chaque question d’intérêt national n’est pas pris en compte.
Aucun dispositif public ne prévoit la qualité des prestations à atteindre. Dans ce vide, le responsable
d’une entité publique et le consultant non qualifié peuvent établir une entente illicite. Le premier
peut recruter le consultant. Les deux peuvent s’entendre sur des taux de rémunération journaliers
ou horaires farfelus au détriment de l’État. Les gens profitent pour passer ainsi des contrats à des
personnes sans aptitude qui produisent en dessous du niveau des savoirs atteints dans la société.
De même, certaines personnes n’ayant pas la qualité ni l’expertise requises peuvent se voir
attribuer des marchés de prestations intellectuelles qu’elles sous-traitent à des consultants rétribués
moins chers, et qui n’ont pas non plus les qualités requises. Elles empochent la différence. Notons
le poids et l’importance de ces prestations intellectuelles pour le pays. Ces dépenses constituent une
part importante des budgets de fonctionnement et d’investissement. Car les dirigeants haïtiens et la
coopération externe sont engagés pour le changement. Il faut donc des conseils et des prestations
intellectuelles sur la manière d’orienter ce processus. Cependant, sans une référence de tous les
jours des consultants et de l’administration à l’état des savoirs, les prestations intellectuelles peuvent
ne servir à rien. Leur peu de consistance peut être la cause du blocage du pays. Dans ce contexte il
30
faut considérer le fait que les contrats soient passés sans une référence à l’état des savoirs comme
étant un manquement à des principes de bonne gestion.
Il arrive que l’administration n’arrive pas à identifier ses besoins. Car, en matière de science,
le problème n’est pas là où il est toujours visible. Et souvent l’administration n’a pas de personnel
technique pour identifier le vrai problème et préparer un dossier de la sorte. Dans ces conditions, il
advient souvent que les firmes qui préparent les dossiers techniques et d’appels d’offres sont aussi
soumissionnaires. Il y a délit d’initiés. Les marchés de prestations intellectuelles se passent souvent
dans ces conditions.
De plus, les marchés de prestations intellectuelles évoluent dans un flou, car il manque les
marchés de définition. Le concept de marché de définition, réalisation qui précède la passation d’un
second marché, n’est pas connu ici. Il s’agit donc de deux marchés. Le premier pallie un manque de
savoir sur la voie à suivre afin d’obtenir la prestation d’une entreprise. Dans un environnement
complexe, il s’agit souvent de connaître sous quelle condition l’État peut obtenir le meilleur produit.
Par exemple, l’administration lance un appel d’offres en vue de recruter un opérateur pour
l’assurance maladie des fonctionnaires en ignorant sous quelle condition la protection sociale peut
apporter le maximum d’impact sur la société. Il fallait alors un marché de définition qui étudie les
scénarios possibles avant de demander la prestation. Si l’administration ne dispose pas de savoirs
pour définir ses termes de référence, cette insuffisance peut donner lieu à certaines difficultés pour
orienter les marchés et aussi à la corruption.
Ce problème n’est pas posé dans la pratique et dans la législation sur les marchés publics.
De ce fait, certains besoins de l’État sont parfois mal définis. Souvent l’administration identifie ses
besoins, et le service de passation de marché prépare les termes de référence et la façon d’exécuter
le contrat. Cette démarche est contraire à l’efficacité et peut conduire à toutes sortes de dérives.
4.5.- Les seuils de passation de marché et la conversion des crédits budgétaires en marchés
publics
La politique des seuils de passation de marché est inadéquate dans l’état actuel de la
passation de marché de l’État. Ses services ont la latitude de découper les marchés en petits lots
pour éviter la publication autour du marché et la mise en concurrence. Dans ce genre de situation,
le service concerné dispose de la facilité pour passer un marché de gré à gré ou un achat sur simple
facture. Ce genre de pratique requiert une vigilance accrue de l’Inspection Générale des Finances
pour traquer ces dépenses qui échappent à la vigilance de la CNMP, mais qui tombent sous son
contrôle. Il faudra combiner les dispositions relatives aux seuils et au plan de passation de marché
afin d’éviter ce genre de pratique. Tous les achats sont portés dans le PAPM, même si ceux-là qui
sont au-dessus des seuils sont publiés dans le PAPM.
4.6.- Les divergences entre les entités de l’État
Il existe une zone d’ombre dans la commande publique dans la mesure où les concepteurs
de la politique économique et les organes de passation de marché ne partagent ni le sentiment
commun ni la même information sur les intérêts à long terme de l’État, et la façon de servir ces
intérêts. Dans ce cas-là, les pratiques de concurrence prônées par les autorités de régulation des
marchés publics divergent souvent avec certaines politiques sectorielles. Par exemple, la politique
agricole n’obtient pas le soutien de la législation et de la politique des marchés publics.
Les fraudeurs peuvent s’incruster dans ces zones d’indécision. Prenons le cas des marchés
de gré à gré, où l’obligation est faite à l’administration de contrôler les prix de revient. Le recours au
31
calcul des prix de revient est nécessaire dans certains marchés de l’État afin de faire avancer le pays.
Nous nous retenons de les citer pour le présent moment. Cependant, le manque d’information sur
les produits et leurs caractéristiques techniques entretient un vide. Tout ce qui est non vérifiable
(prix de référence, caractéristiques du produit, politique sectorielle, etc.) constitue une manque de
référence pour établir la rigueur dans la passation des marchés et qualifier la fraude.
4.7.- Les insuffisances du contrôle a posteriori
Dans tous ces cas, la fraude est facilitée et le contrôle a posteriori fait preuve de lacunes. Car
Il manque une base de données pouvant montrer les réalisations ainsi que les achats de l’État pour
une année fiscale. La base de données devrait afficher les contrats signés par le responsable public
ainsi que les produits livrés associés à ces contrats. La base de données peut aussi montrer les
résultats des achats sur simple facture.
N’importe quelle entité de l’État qui aurait fait des acquisitions d’un certain montant aurait
elle-même pu faire figurer le produit dans la base de données. Cet outil aurait pu faciliter un
meilleur contrôle des achats de l’État et aussi alléger le travail de collecte de l’information. Sur la
base de ces idées, nous devons dans les prochains chapitres tenter d’estimer les pertes subies par
l’État du fait de la corruption et les moyens que l’administration pourra utiliser afin de faire reculer
ce phénomène.
32
5.- Le coût économique de la corruption
Il nous faut considérer deux possibilités de manque à gagner pour l’État du fait de la
corruption. Le premier nous renvoie à une démarche comptable. Selon cette approche qui impose
de vérifier chaque achat de travaux, service ou fourniture de l’État, il faudra calculer les surcoûts des
achats publics dus à des actes de malversation et en faire la somme. Cette méthode semble assez
difficile à suivre. Car les statistiques montrant la ventilation des dépenses publiques manquent.
Dans ce cadre, détecter chaque malversation parait difficile à réaliser d’autant que nos entreprises
appliquent la ristourne qui est, selon le cas, un outil de marketing ou une entente frauduleuse.
Ici, nous adoptons une approche économique des pertes subies par l’État. Nous verrons
que le gonflement des prix de soumission ainsi que la multiplication d’actes de corruption lors des
acquisitions de l’État entraîne des effets néfastes pour l’économie nationale. Car il ne s’agit pas
seulement de donner moins à l’Etat pour son argent, mais d’hypothéquer la croissance en attribuant
des contrats à des entreprises qui ne font pas progresser notre économie. De ce fait, mis à part les
corrompus et les corrupteurs, la société et l’État se trouve pénalisés du fait de l’inefficacité
économique et des prix élevés. Dans ce cadre, nous devons présenter les points suivants :
1- L’inefficacité administrative
2- Une estimation des pertes subies par l’État en pourcentage du budget dépensé
3- Les opportunités gâchées de l’économie nationale suite à l’allocation non optimale des
ressources publiques, provoquée indirectement par la corruption.
À partir de ces trois points, nous montrerons que la corruption dans les marchés publics exerce un
effet désastreux sur le développement économique du pays.
5.1- L’inefficacité de l’administration
En ayant dans ses services un grand nombre non négligeable d’agents qui croient davantage
dans la corruption, l’administration peut devenir de plus en plus inefficace. Car les agents tentés par
ce mal sont plutôt conduits à négliger le travail pouvant faciliter la passation des marchés publics.
Par exemple, ils montrent de la réticence à adopter le plan annuel de passation de marché. De ce
fait, l’administration ne développe pas de savoir-faire méthodique servant à mieux gérer les marchés
de l’État. Les services affectés à cette tâche mettent beaucoup de temps pour préparer leurs dossiers
de marché et conclure les processus y relatifs.
Le système de passation des marchés publics est encore axé sur l’analyse et la validation
isolée de chaque dossier de marché. La conclusion de chaque marché prend du temps. En fonction
de ce mode d’orientation des achats de l’État l’exécution du Budget se fait de manière irrégulière en
termes de maîtrise du temps et d’absorption du budget. Une partie non négligeable du budget est
souvent dépensée à la fin de l’exercice fiscal, souvent sans la rigueur exigée. Il en résulte de poches
de pratiques de mauvaise gestion des achats de l’État et d’inefficacité qui seraient de nature à
entraîner tous les agents de l’État dans la même direction.
L’administration n’a pas d’approche économique servant à orienter l’acquisition de certains
produits, pas même les plus importants, tels que : l’alimentation, les fournitures, le mobilier et le
petit matériel de bureau, les produits textiles et chaussures, etc., des secteurs où notre économie
peut progresser. Elle ne fait pas non plus référence à l’état des savoirs, ni ne recourt pas au calcul
des prix de revient pour certains de ces achats, si cela est nécessaire. Elle ne parvient pas à avoir de
33
bons avis des entreprises de conseil. Elle a de la difficulté pour mettre en place les programmes de
l’État.
L’inefficacité administrative conduira à des pertes pour l’État. En effet, certains de ses
agents ont la liberté de penser qu’ils peuvent profiter des marchés publics et aussi de décider du
moment de lancement et de la façon dont le budget peut être exécuté, sans nul égard par rapport à
l’efficacité. De ce fait, le programme des investissements ne donne pas les résultats escomptés. Ceci
constitue un coût exorbitant pour l’État. L’efficacité du budget dans son ensemble est alors mise en
cause.
5.2- Les pertes de l’État dans les marchés publics
Les pertes causées par la corruption à l’État viennent du fait que certaines entreprises
majorent leurs prix pour avoir une marge d’exploitation qui leur sert à verser des pots-de-vin à des
personnes qui leur font attribuer des marchés publics. Il en résultera une suite d’effets pervers pour
le budget de l’État.
La stratégie de surfacturation des fournisseurs se fait en prévision d’autres circonstances,
par exemple des difficultés pour recouvrer le paiement définitif ou pour se faire payer même une
petite facture. Le versement inévitable du pot-de-vin permet de débloquer le paiement. Ceci
constitue pour l’État une perte que certains fournisseurs associent à un coût de transaction subi en
dernier lieu par le budget. De plus, d’autres pertes se précisent si les entreprises sont inefficaces.
Car, souvent en ayant la possibilité de bénéficier de contrat, elles n’ont aucun souci d’améliorer leur
gestion. Ceci se fait encore aux dépens de l’État.
Cela dit, les informations tirées des quatorze entreprises indiquent que certaines d’entre elles
versent entre 3 % et 5 % du montant de leurs contrats à des fonctionnaires. Il ne faut pas oublier la
ristourne qui s’élève jusqu’à 10 % du montant des achats. En fonction de ces données, nous
estimons que le budget de l’État est amputé chaque année de quelques pourcents à cause de la
surfacturation des marchés publics et aussi des déficiences des entreprises. L’écart existant entre
justes prix et prix facturés est capté par les fraudeurs, au détriment de l’État.
De là à dire que les contrats de l’État sont en général entachés de fraude devient risqué.
Néanmoins, on ne saurait nier qu’entreprises et consultants sont à l’affut et prédisposés à verser des
paiements illicites à des agents du service public afin d’obtenir un contrat de marché public. Ce
genre de marchandages se passe quand les montants des contrats sont surtout en dessous des seuils
d’approbation. Avec ces petits marchés, on ignore souvent avec qui l’État signe le contrat.
De là, il devient possible d’avoir un système de marchés publics où les acteurs (acheteurs
publics et entreprises-fournisseurs) sont liés depuis longtemps par des combines. Ainsi, ce système
fonctionne par entente à ses échelons mineurs alors que les grands contrats réalisés par appels
d’offres peuvent se passer avec un degré acceptable de transparence et de probité jusqu’au paiement
des factures. Cependant, à ses bas niveaux, rien n’empêche d’avoir des prix anormalement élevés et
des produits de qualité moyenne. Dans tous les cas, des charges additionnelles dues à la corruption
sont répercutées sur les prix de soumission et les bordereaux payés par l’administration. Et la
corruption engendre pour l’État des pertes supérieures à ces 3 ou 5 % qui gonflent le montant des
contrats. Nous pouvons imaginer plusieurs types de pertes ou de coûts induits par ce système des
marchés publics gangrené par la corruption. Nous avons :
Les surcoûts directs de la fraude
Les coûts indirects non récupérés par les fraudeurs
L’inefficacité du système productif
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Les coûts d’opportunités entraînés par la mauvaise allocation des ressources.
Nous démontrerons la particularité et les mécanismes de ces différentes pertes.
5.2.1- Les pertes directes subies par l’État
En fonction des données recueillies, nous admettons que les services de traiteur majorent
leurs contrats de soumission de 3 à 5 %. Les entreprises de travaux en font autant. Donc la partie
du Budget pour ces besoins est amputée de 3 à 5 %. Rappelons que l’État a dépensé 1,2 milliard de
gourdes en 2009 et 1,0 milliard en 2010 pour l’alimentation des personnes. Trois pourcents de cette
somme équivalent à un montant de 36 millions de gourdes.
En ce qui a trait aux fournitures, les fournisseurs versent aux acheteurs publics la ristourne
habituelle de 5 à 10 %, pour les encourager à revenir la prochaine fois. Souvent, la prime est versée
à l’employé qui a conclu l’entente ayant conduit à la transaction. Dans d’autres cas, la gratification
est octroyée à l’agent qui collecte les factures pro forma ou à celui qui prend livraison des produits.
Ici, nous nous abstenons de parler de ces autres agents publics qui dictent au commercial le prix
que celui-ci doit inscrire sur les bordereaux des prix. Selon le comptable d’une entreprise consultée,
ces majorations sur commande peuvent même dépasser les 50 % du juste prix.
En plus des achats exécutés par contrats ou sur simple facture, il existe d’autres pertes pour
l’État venant du fait que certains crédits budgétaires programmés pour financer des réalisations sont
utilisés sans donner lieu à contrats. Dans ce cas, il est possible d’avoir des détournements de fonds
même d’une infime fraction du budget. Seule la publication de la Loi de règlement par la Cour
Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif aurait pu aider à évaluer le montant de ces
pertes. À la fin de l’année fiscale, la Loi de règlement présente tel qu’il est exécuté.
Rappelons que les pertes pour l’État ne s’arrêtent pas au fait que le budget perd sèchement
entre 3 à 5 % de sa valeur en pots-de-vin et ristournes. L’État perd beaucoup plus, car les coûts de
production et les prix des soumissions des entreprises sont élevés. Car, en sachant qu’elles peuvent
obtenir des marchés publics sans être compétitives, certaines entreprises locales peuvent négliger de
rationaliser leur gestion et de mieux utiliser les facteurs de production.
En ayant des personnes-contacts manœuvrant au sein des comités d’évaluation des offres
pour leur garantir l’attribution de marchés et en étant quasi assurés d’en bénéficier, ces fournisseurs
peuvent s’abstenir de faire des efforts pour diminuer leurs coûts. Par exemple, nos entreprises de
travaux, les plus gros bénéficiaires des contrats de l’État, ne se sont pas renforcées avec le temps, en
dépit des sommes consacrées régulièrement à ces marchés. Cela dit, l’inefficacité se diffuse à tout le
système productif à cause de la corruption. La commande publique devient plus chère.
En conséquence, l’État ne trouve pas de bons prix ni de bons produits de ses fournisseurs ;
il paie très cher les travaux, fournitures et services qu’il achète. Par exemple, les marchés publics
d’uniformes scolaires n’ont pas aidé nos entreprises artisanales de confection à emboîter le pas avec
l’industrie textile du reste du monde, même si ces marchés sont établis sur la base des prix de
revient. Car, en Haïti, les fonctionnaires sont peu motivés pour la productivité et la baisse des
coûts. Ici, l’écart de productivité se creuse entre nos industries et celles du reste du monde ; ceci
nous permet d’évaluer d’autres pertes invisibles à détecter au niveau des seuls marchés publics. Ce
sont des retards de productivité de la part de nos entreprises vis-à-vis du reste du monde ; ces écarts
font rabaisser la compétitivité des entreprises locales et accroître les montants des marchés conclus
avec l’État.
Par exemple, si les entreprises dominicaines font 3 % de gain de productivité par an, les
nôtres devraient en principe accroître la leur au même rythme, dans un monde où la technologie est
35
accessible à n’importe quel pays. Si les entreprises haïtiennes avaient aussi gagné ces 3 %, l’État
aurait pu profiter des prix de soumission plus bas. Si nos entreprises s’allient à des firmes étrangères
pour soumissionner, c’est que leurs performances et leurs productivités baissent. En conséquence,
leurs prix sont peu compétitifs. De ce fait, l’État supporte des prix tout à fait élevés. Et l’un des
facteurs de ce désavantage résulte des pratiques en cours dans les marchés publics.
De plus, il n’est pas exclu que certains fonctionnaires intéressés par la corruption ferment
les yeux sur les exagérations de prix contenues dans les bordereaux que l’État paiera. Par exemple,
on considère souvent que les prix de certains postes de marchés publics de travaux sont amplement
gonflés au détriment de l’État ; les ingénieurs appelés à analyser les détails des prix trouvent que les
coûts d’immobilisation et de retrait des équipements paraissent excessifs. Tout ceci nous fait dire
que les coûts des marchés publics auraient pu être moins élevés en Haïti, s’il existait des prix de
référence, de la rigueur et moins de corruption dans la gestion des commandes publiques.
Ces revenus retenus à l’insu de l’État auraient pu servir à financer des routes, acheter plus
de biens et services ou à augmenter l’épargne servant à financer d’autres besoins de l’État. De plus,
s’il existait une politique d’achat des fournitures et un cadre de négociation établie entre l’État et les
entreprises à cet effet, il aurait été possible pour les acheteurs publics, vraiment formés à ce métier
et pouvant apprécier son enjeu économique, de pousser les fournisseurs à baisser leurs marges et à
éliminer les 10 % de remise, même sans l’intervention de la loi. Notons que ces discussions sur les
prix de référence se font dans un cadre spécifique de rémunération des facteurs de production, de
soutien à la compétitivité des entreprises et de gestion de l’économie nationale. En Haïti, nous
n’avons pas encore ce cadre de politique industrielle qui va de pair avec la politique des marchés
publics. Nos responsables ainsi que les agents de l’État n’y pensent pas encore, ce qui nous conduit
à d’autres types de pertes pour l’économie nationale.
5.2.2- Les pertes indirectes non récupérées par les fraudeurs
Nous attestons ici que la fraude dans les marchés publics entraîne des pertes économiques
nettement plus élevées que les 3 à 5 % de leurs montants subtilisés à l’État. Ce sont des coûts
d’opportunité pour notre économie, des pertes non captées par les fraudeurs. Le coût d’opportunité
évalue ce que l’État aurait pu gagner en plus si l’argent était utilisé dans un autre projet.
Dans certains marchés de fournitures de bureau, des travaux et du textile, les entreprises
sont obligées de modifier les quantités et la qualité des prestations afin de répondre aux exigences
de gens intéressés par la corruption. En conséquence, les produits achetés s’abiment vite par
rapport à d’autres fabriqués selon les règles de l’art. Cette situation conduit l’État à un rythme élevé
de réparation et de remplacement des équipements achetés. De ce fait, les pouvoirs publics sont
contraints d’engager des dépenses à une cadence soutenue pour refaire la route ou la réparer,
racheter le produit mal fait ou vite détérioré1. Par exemple, l’État remplace souvent des poteaux de
lampadaire qui s’affaissent après un temps assez court de mise en service. De même, le parent est
obligé de payer un nouveau kit scolaire pour remplacer le défaillant offert gratuitement par l’État.
1
C’est pour cela que l’on conseille, dans le cas de la construction des routes, que l’État signe un seul contrat
qui combine la construction et l’entretien : la firme qui construit la route est celle qui fait son entretien.
Ainsi, on croit que la firme exécutante limitera les malfaçons frauduleuses de la phase d’exécution qui lui
coûteront très chères au moment de l’entretien. Nous n’avons pas encore ce type de contrat dual en Haïti.
36
Ces pertes sont plus élevées que les gains des fraudeurs. En effet, si la route sabotée lors de
son exécution résiste neuf ans au lieu des dix ans prévus, l’État aurait perdu un dixième du prix de
la route, ce que l’on doit ajouter aux surcroîts du prix de la soumission. De plus, l’administration
achète souvent de nouvelles chaises et bureaux. Ces produits durent moins de temps que les bons.
En conséquence, ces achats sont réalisés à des intervalles plus courts. Donc, plus de dépenses pour
l’État. Les études des bureaux d’organisation et méthodes devraient nous aider à évaluer ces pertes.
L’inefficacité s’étend aussi au système productif si les marchés publics sont ainsi gérés. Car
les travaux refaits à un rythme rapide, les fournitures surfacturées et leurs acquisitions à intervalle
réduit entraînent une absorption excessive d’investissements dans certains secteurs au détriment du
reste de l’économie. Ces dissipations de ressources peuvent être la cause de l’atrophie de nombreux
secteurs de production non touchés par la commande publique (mobilier et fourniture de bureau,
produits sanitaires, etc.). L’État investit peu dans ces autres secteurs.
Car la construction d’une route qui coûte vingt millions de gourdes au-delà de son juste prix
et ses réfections anormalement trop fréquentes entraînent une réduction équivalente des ressources
financières publiques pouvant aller aux autres secteurs de production. De ce fait, les prix du marché
sont plus élevés que ceux affichés lors de la soumission, car il faut y ajouter les coûts d’entretien de
l’ouvrage, du remplacement prématuré de la fourniture ainsi que les coûts d’opportunité. De même,
des conseils sur la gouvernance qui sont en deçà de l’état du savoir et qui n’apportent pas à l’État de
bons conseils face à ses difficultés font retarder le pays. Ensemble, c’est moins d’investissements de
l’État dans les autres secteurs d’activité. Dans ces conditions, le BTP, le secteur supposé moteur,
ainsi que les conseils inefficaces sont ceux-là qui plombent la croissance.
Dans ces conditions, en réparant les malfaçons des travaux et en rachetant du nouveau afin
de remplacer la fourniture de mauvaise qualité, l’État, gaspillant ses moyens dans certains secteurs,
ne saurait dégager les ressources financières suffisantes pour apporter son soutien et multiplier ses
interventions dans les autres secteurs de production. De ce fait, plus les passations des marchés se
passent dans ces conditions, plus les coûts économiques et sociaux seront élevés pour les citoyens
et le pays. Ces successions de pertes nous conduisent enfin à un Budget totalement inefficace. Le
PIP sera loin d’être une combinaison optimale de programmes et de projets. Il manque à ce budget
les moyens financiers et les autres investissements notamment immatériels (savoir-faire nouveaux,
recherche et développement, acquisitions de brevets, etc.) qui auraient pu faciliter le décollage de
l’économie nationale.
En tenant compte de ces multiples pertes pour l’État et la société nous devront proposer
une nouvelle façon d’orienter les marchés publics afin d’améliorer l’efficacité dans la gestion des
dépenses publiques et faire reculer la corruption lors des achats de l’État.
37
6.- Les marchés publics et le suivi de la corruption
Dans les chapitres précédents, nous avons présenté plusieurs faiblesses de la politique et du
processus de passation des marchés, utilisées par les agents de l’État intéressés par la corruption,
pour lesquelles il faut une réponse des pouvoirs publics. Ce sont :
1. L’exécution des budgets de fonctionnement et d’investissement selon des procédures
différentes. Il en découle une faible conversion des crédits budgétaires en marchés publics,
situation propice à la corruption ;
2. La non-intégration des achats de l’État dans une politique de développement et de son
soutien à des secteurs de production ;
3. La résistance des organes de l’État à élaborer leurs plans annuels de passation de marché.
Les marchés publics passés en-dessous des seuils sont soustraits à la connaissance des
autorités de contrôles des marchés publics ;
4. L’absence générale de conventions sur les spécifications techniques et les prix, déterminant
l’orientation des échanges économiques et le cadre de la passation des marchés publics
5. L’absence de politique de normes et standards servant à déterminer la qualité des produits
achetés par l’État et à orienter les marchés publics. Il en résulte des informations imprécises
sur la qualité et les prix des produits, condition qui ouvre une porte à la corruption ;
6. La non-référence des entités publiques à l’état des savoirs, à des spécifications techniques
nationales et aux prix de référence afin d’apprécier les offres des soumissionnaires et la
pertinence des prestations intellectuelles par rapport aux besoins du pays ;
7. La banalisation de la pratique des ristournes versées par les entreprises aux agents de l’État,
pratique qui facilite les gonflements des prix des produits achetés par l’État.
Les fonctionnaires intéressés à la corruption pourront profiter de ces zones d’ombre qui
donnent lieu à des tractations entre fonctionnaires et fournisseurs au détriment de l’État. Ainsi, la
corruption trouve un terrain favorable à son expansion, ce qui explique que la plupart des
entreprises enquêtées affirment avoir versé entre 3 % et 5 % du montant de leurs contrats à des
fonctionnaires, de manière volontaire pour avoir des marchés ou parfois sous la contrainte.
Face aux insuffisances des politiques publiques et aux tentatives de certains agents de l’État
de se corrompre, nous proposons trois séries de mesures portant sur :
Le renforcement du contrôle a posteriori des achats de l’État à travers la constitution
d’une base de données qui les recense ;
La gestion globale des marchés publics,
La prévention de la corruption, par la motivation des agents de l’État pour des défis
économiques et sociaux utiles à la société.
6.1- L’amélioration de l’audit des achats de l’État
À l’heure actuelle, l’administration dispose au moins de deux instruments qui diffusent des
informations sur les achats de l’État. En premier lieu, le Ministère de l’Économie et des Finance
gère le Sysdep qui fournit des informations relatives aux dépenses financées par le Trésor, soit
environ onze milliards de gourdes en 2009-2010, dont certaines sont encore non ventilées. Cette
pratique de non-identification de la nature des dépenses est aussi cruciale dans le cas du PIP. En
second lieu, la CNMP dispose d’une base de données non encore fonctionnelle qui recense les
38
marchés publics qu’elle approuve ainsi que d’autres marchés portés à sa connaissance par les entités
de l’État.
Toutefois, les informations captées par ces bases de données restent partielles au regard des
crédits inscrits dans le Budget et aussi de la matérialité des produits achetés. On reste au niveau du
contrôle a priori puisque les produits supposés livrés ne sont pas encore enregistrés et codés par un
organe unique. De plus, l’acheteur public ne certifie nullement, même avec les trois factures proforma, qu’il a fait le choix du meilleur prix et selon les normes convenues par l’État. Il est difficile
vérifier tous les produits achetés en une année et de suivre l’évolution du stock des équipements et
matériels divers de l’État.
D’autre part, une grande partie des crédits figurant au PIP, venant des bailleurs de fonds
étrangers et exécutés par les organes décentralisés d’exécution de l’État ne figurent dans aucune des
bases de données citées plus haut. De plus, les acquisitions de l’État financées par les bailleurs de
fonds ne sont pas inscrites dans ses comptes généraux.
Nous estimons qu’il faut une autre procédure pour identifier, enregistrer et comptabiliser les
acquisitions de l’État effectivement livrées, à savoir :
a) les contrats de marchés exécutés par appel d’offres ;
b) les contrats de marchés exécutés selon la procédure du gré à gré ;
c) les marchés passés en dessous des seuils ;
d) les achats de fournitures et des autres biens et services payés sur simple facture.
À cet effet, nous suggérons aux pouvoirs publics la constitution d’une base de données
servant à transcrire tous les produits livrés à l’administration, qui sera accessible aux autorités de
contrôle. Ce procédé diffère de celui du Sysdep où l’information transmise renvoie à l’exécution des
seuls achats financés par le Trésor, sans les mentions techniques, le prix du produit et le service
bénéficiaire.
Les concepteurs de la base de données devront indiquer les différentes informations devant
être contenues dans celle-ci, dont les indicateurs suivants :
Les caractéristiques techniques du produit,
Son code de référence
Le service bénéficiaire
Le prix, la quantité livrée et la date d’acquisition,
L’identité du fournisseur.
Cette base de données devra conduire aux résultats suivants :
a) Une ventilation quasi exhaustive des produits achetés par l’État pour une année
fiscale ainsi que l’état ou le degré d’obsolescence des fournitures en utilisation ;
b) L’inventaire du matériel et des équipements de l’État, cela, par ministère ;
c) L’audit des gros achats de fournitures et des programmes d’appui aux ministères
financés à partir du PIP. On vérifie les conditions de réalisation de ces prestations ;
d) Le repérage des services publics sous-équipés ou dont les équipements sont en état
d’obsolescence ;
e) L’identification des entreprises et personnes qui signent les contrats avec l’État ainsi
que leur nombre d’années d’expérience ;
f) Le dépistage progressif des entreprises prête-noms ;
g) Les prix de référence par produit et les écarts anormaux de prix qui informent sur
une éventuelle malversation ;
h) L’alerte sur un projet ou sur des achats publics pour lesquels les informations postées
sont insuffisantes ;
39
i) La contribution pour la gestion des budgets de programmes, car leurs gestionnaires
font eux-mêmes leurs déclarations d’achats, au lieu d’être soumis à la justification sur
pièce avant le déblocage de leurs crédits de programme ;
j) Les audits de décaissements et de paiements qui permettent de vérifier, entre la date
de soumission et d’exécution de leurs bordereaux, les chantages aux pots-de-vin dont
sont victimes certains fournisseurs de l’État pour obtenir le paiement d’une facture.
Cet audit permettra d’identifier les services où ces malversations sont courantes ainsi
que leurs auteurs. Il y aurait moins de dépenses budgétaires engagées et non payées.
Trois conditions d’ordre technique et administratif sont indispensables pour la constitution
de cette base de données :
1. L’administration devra procéder à l’élaboration des normes et standards. Cette
information permet de dire par exemple que le produit ‘’chaise’’ répond remplit des
fonctions techniques précises et est caractérisé par une dimension. Il est fabriqué
avec un matériau. Ces normes et standards sont les informations prises en compte
par les entreprises en vue de la fabrication des produits ;
2. L’administration devra réaliser un affinement de la nomenclature des produits
existante pour pouvoir les codifier et les classer. Par exemple, si l’État achète quatre
types de chaises, il lui faudra codifier le produit ‘’chaise’’ et démultiplier son code
initial en fonction des gammes visées. Cela devra se faire pour tous les produits ;
3. Chaque acheteur public devra inscrire dans la base de données les produits livrés
dont ils ont fait l’acquisition. Il en sera supposé imputable jusqu’à la première
vérification. De plus, l’administration fixerait les responsabilités d’autres agents par
rapport au produit, de sa livraison jusqu’à son déclassement. L’agent responsable de
sa gestion devrait signaler toute disparition aux autorités compétentes.
Cette base de données permettra d’alléger les contrôles a priori dispendieux en temps de
travail. Il facilitera une meilleure ventilation des achats de l’État et la génération de statistiques
fiables et ventilés sur les achats de l’État. Toutes les entités de l’État devront s’engager à alimenter
cette base de données dont la mise en service permettrait aux acheteurs de l’État de prendre plus
d’initiative dans la conduite de leurs marchés qui seraient contrôlées a posteriori.
6.2- La gestion conjointe des marchés publics et des autres achats de l’État
Pour faire reculer la corruption dans les marchés publics, il faut aussi corriger les failles
relatives à l’application de la législation dont certains agents publics tirent profit. Pour y arriver, les
autorités chargées de la régulation du système de passation de marchés publics devront prendre
certaines dispositions, dont les suivantes :
1- La réunion des budgets de fonctionnement et d’investissement afin de mesurer le volume
de la commande publique par produit, de limiter le nombre des marchés fractionnés et
passés en dessous des seuils, et d’inclure certains achats exécutés sur simple facture dans le
nombre des acquisitions réalisées par appel d’offres ;
2- La conception d’une politique des équipements de l’administration, appuyée par l’adoption
de normes et standards nationaux, cadre dans lequel s’effectueront les achats publics. Les
entreprises en seraient informées et pourraient de ce fait établir leurs plans de production ;
3- L’établissement des spécifications techniques et d’une politique des prix de référence. Les
prix de référence sont toujours négociés à la baisse, pour pousser les entreprises à diminuer
leurs coûts de production et faire avancer l’économie nationale. Et les normes et standards
40
4-
seraient de plus en plus exigeants. Car l’amélioration de la qualité des produits deviendra le
résultat indirect d’une politique des commandes publiques bien menée et un des indicateurs
de la performance du système productif ;
L’élaboration des plans annuels de passation de marché qui permettent de vérifier si chaque
ministère ou entité publique maîtrise les mécanismes de passation de marché, en suivant un
processus transparent et ouvert. Le PAPM devra avoir une autre conception et un autre
objectif. Il devra inclure tous les achats d’un certain montant, même ceux qui se situent audessous des seuils de passation de marché, non obligatoirement soumis à une autorité
d’approbation. Il devra présenter le projet de budget pour chaque acquisition et faciliter la
diffusion des montants des marchés pour permettre à toutes personnes de soumissionner.
Le prix serait une information ouverte à tous les potentiels soumissionnaires. Le PAPM
permettra de prévenir la rétention de l’information par les seuls fonctionnaires intéressés à
la corruption et, de plus, d’alerter les responsables sur des marchés non prévus dans le plan.
Les responsables de l’État devront porter les Commissions ministérielles et spécialisées de
passation à préparer leurs plans annuels de passation de marché. Car l’instrument répond à
la triple nécessité qui est de : faire le suivi du travail administratif ; passer des commandes au
secteur productif ; piloter l’économie dans le court terme. Il est possible à ce moment
d’organiser des achats méthodiques en fonction du soutien que l’État entend apporter aux
entreprises à travers les marchés publics. C’est à ce moment que les instances d’orientation
de l’économie et de contrôle des actes administratifs pourront se rejoindre autour des
mêmes objectifs.
Ces propositions vont dans le sens d’une meilleure maîtrise du processus de passation de
marché. De plus, elles devront insuffler aux agents de l’État une meilleure approche de la politique
économique et les motiver pour le progrès en comptant avec les marchés publics.
6.3- La prévention de la corruption
L’intérêt pour l’Administration n’est pas surtout de traquer les corrupteurs et les corrompus
après l’investigation de l’acte, mais de prévenir les situations pouvant les amener à se corrompre ou
à y penser avant de passer finalement à l’acte. Notons qu’en matière de corruption, les citoyens
veulent des enquêtes concluantes et des sanctions médiatisées. Pourtant, la prévention est beaucoup
plus efficace que l’enquête administrative et la poursuite pénale de l’infraction. Par le premier
procédé, l’administration évite que ses agents ne pensent au méfait à commettre. Elle les oriente
vers d’autres préoccupations. C’est cet aspect de la lutte contre la corruption que nous examinons
ici dans un champ où les décisions ne sont pas du ressort des seules autorités chargées de réprimer
la corruption.
Cela dit, l’un des moyens de prévention de la corruption sera une politique économique
efficace, claire, compréhensible par les citoyens et surtout par les fonctionnaires, et pouvant amener
le développement économique et l’amélioration des revenus des ménages. En fonction de ses bons
résultats, les agents publics partageraient une idée positive de l’avenir du pays ; ils seraient motivés
pour contribuer à mieux gérer l’État. Et la corruption reculerait du fait de la motivation de ces gens
pour un meilleur futur collectif. Ils se battraient pour ce défi. En fonction des idées avancées ici,
nous proposons deux champs d’action dont les effets indirects sont de prévenir la corruption :
1. La solution au dilemme actuel de la politique concurrentielle de l’État qui a son incidence
sur la conduite des marchés publics ;
41
2. L’association de la politique et du processus de passation de marché à la politique de
développement du pays.
6.3.1- La politique de la concurrence et la gestion des marchés publics
L’État haïtien, actuellement, achète des fournitures en petits lots, pour la plupart importées,
et sans afficher la volonté de voir ces biens fabriquer en Haïti. Les résultats de cette vision de la
concurrence sont décevants tant pour l’avancement de l’économie nationale que pour la lutte contre
la corruption.
En premier lieu, avec ces pratiques actuelles d’achats, le tissu productif dépérit. L’économie
nationale profite peu des dépenses publiques. Les entreprises locales restent faibles. Car, dans ce
marché local de taille réduite, la concurrence dans les acquisitions publiques de fourniture se fait au
profit d’autres pays et aux dépens d’Haïti. Il n’y pas vraiment de concurrence profitable au pays. Car
l’argent des contribuables laisse le pays. Seul le fonctionnaire corrompu profite des marchés publics
et des ristournes versées par les distributeurs.
De plus, on arrive à un système administratif à deux vitesses englué dans la corruption.
D’un côté, nous avons des bureaux équipés des dernières trouvailles de produits importés, menacés
par de détournements. Le fonctionnaire d’un certain niveau, comme la ménagère, se mettra à
subtiliser le matériel que l’État est le seul à pouvoir payer avec aisance. De l’autre, nous avons des
salles de travail vétustes et sous-équipées, comme celles des tribunaux de paix ou des mairies. En ce
sens, il faut reconnaître que l’administration ne saurait asseoir une politique d’équipement de toutes
ses branches (centrales et locales) en comptant sur des produits importés. Puisque l’économie ne
génère pas assez de revenus devant permettre à n’importe quel citoyen de se les procurer, il en
découle un environnement délétère de petits vols de matériels de l’État.
En second lieu, beaucoup de gens se mettent à croire que la corruption est la seule
opportunité à saisir tout de suite pour améliorer leur quotidien ou renforcer leurs entreprises. Car
les revenus des ménages et des entreprises baissent avec la déliquescence du système productif. Ce
mal se répand du fait du marasme de l’économie nationale, ce que les pratiques actuelles d’achats
n’aident pas à résoudre.
Ici, les achats publics font face au dilemme suivant : si l’État achète ses fournitures en détail,
il attise la concurrence au profit de pays étrangers et aux dépens du tissu productif local. Par contre,
en achetant en lots importants, il peut faciliter l’apparition d’entreprises locales, voire même des
monopoles dans un marché étroit. L’État, doit-il préférer acheter le produit d’un monopole local ou
l’importer en favorisant un autre pays ? Il faudra toutefois que nos responsables évitent de créer un
cadre concurrentiel préjudiciable aux intérêts à long terme du pays et aux revenus des ménages. Car
la pauvreté conduira aussi à la corruption. Il faut une autre politique de la concurrence afin de
protéger la production locale, les revenus des citoyens aux fins pour les pouvoirs publics de mieux
lutter contre la corruption, même indirectement.
La réponse au dilemme de la politique de concurrence traité ici réside dans la capacité de
l’administration à adopter un cadre des prix de référence orienté vers la baisse, afin que, même avec
un monopole local, il devient possible pour l’État d’acheter d’un producteur local et de répondre à
l’intérêt général. Dans ce cadre, les industries soutenues par la commande publique, qu’elles soient
des monopoles ou du secteur concurrentiel, sont celles qui peuvent faire baisser leurs coûts, leurs
prix de soumission et être compétitives face au marché mondial. Pour arriver à ce résultat, l’État
devrait négocier les prix de référence.
La négociation des achats publics se fait sur la base de l’amélioration des produits et du
second critère de la baisse des prix de revient. Cela exige du sérieux et de la rigueur afin que les
42
entreprises locales soient obligées d’améliorer leurs produits, de diminuer leurs coûts de production
et construire leurs avantages concurrentiels à partir des marchés publics. Ce processus fera reculer
la corruption, car il se déroulera en suivant une démarche rigoureuse et transparente. Dans un tel
cadre de gestion, même les marchés publics de gré à gré seront profitables aux intérêts du pays ; car
ils contribueront à son développement.
6.3.2- Les marchés publics et la politique de développement
Pour dissuader les fonctionnaires tentés par la corruption de passer à l’acte, tout en
appuyant la position de leurs collègues intègres et dévoués à l’avancement du pays, les dirigeants du
pays devront afficher avec clarté leurs objectifs économiques ainsi que leurs politiques sectorielles.
L’agent public ainsi tenté par la malversation devra cesser de dire à tout venant : Le pays ne changera
pas. Donc, chacun peut continuer à patauger dans la corruption. Un agent de l’État qui ne croit pas à
l’avancement du pays ne devrait pas être appelé à contribuer à cet objectif.
Cette volonté que les pouvoirs publics devront exprimer avec force dispensera les agents de
l’État de penser à la corruption. Car ils seront sollicités, engagés et orientés vers des tâches et des
défis utiles à la société. Aucun fonctionnaire ne saurait mettre ces dispositions de l’État en question
et à son profit, sauf si la volonté publique est défaillante et que le développement ne traduit pas
l’intérêt supérieur de la nation. Toutefois, il faut des dispositions qui incarnent cette vision du
développement validée par la gestion des marchés publics. Parmi ces indicateurs nous citons :
1- La mise en œuvre d’une politique des normes et standards pour les produits dont l’État
ferait l’acquisition, auxquels les entreprises se référeraient en produisant et en visant le
marché national. Les organes centralisés, décentralisés et les entités d’exécution de
l’État devraient adopter ces spécifications. La formation appropriée et spécifique des
acheteurs publics les rendra aptes à apprécier les produits et à opter pour des normes
et itinéraires techniques qui feront accroître les capacités des entreprises locales ;
2- La volonté de l’État de voir fabriquer en Haïti certaines fournitures qu’il achète, en tant
que lieu d’ancrage de ses politiques sectorielles. C’est la voie envisagée depuis peu par
nos responsables qui souhaitent matérialiser une telle décision dans l’acquisition de
produits alimentaires allant à la restauration en milieu scolaire. Cette attention devra se
manifester aussi au profit d’autres produits venant de secteurs où le pays pourra
aisément renforcer ses entreprises (fournitures et mobiliers de bureau, produits
textiles, chaussures, produits pharmaceutiques, etc.) ;
Épaulées par la commande publique, les politiques sectorielles aident à créer des emplois et
à générer des revenus ; elles inculquent aux agents de l’État le sens du défi, tout en les dispensant de
se corrompre. Il demeure entendu que ces intentions donneront lieu à des études d’opportunité qui
montrent les secteurs que l’État peut encadrer dans le cadre des marchés publics, au moins pendant
un certain temps. Car c’est de là que viendra une autre attitude des agents de l’État qui se mettront
à abandonner l’idée que la corruption est la seule possibilité qui leur est donnée pour améliorer
leurs revenus.
Ici, les marchés publics sont pensés dans une stratégie de soutien à l’économie nationale. Et
en commençant à s’intéresser aux prix de revient dans tous les secteurs de production et non dans
les seuls marchés publics, les fonctionnaires prendront confiance dans l’avenir de l’économie
nationale, attitude qui fortifiera leur volonté de faire avancer le pays et qui les détournera de l’idée
de verser dans la corruption. Là, de manière indirecte, l’État fera diminuer le nombre de ses agents
et des personnes qui croient en la malversation comme voie de réussite personnelle. Il fera accroitre
43
le nombre des citoyens et fonctionnaires qui auront une idée positive du pays et de son avenir. Ce
sont des moyens dont l’État peut mobiliser pour fixer le cadre des achats et prévenir la corruption.
44
Conclusion
Dans cette étude sur l’étendue de la corruption dans les contrats passés par les entreprises
faisant affaire avec l’État haïtien, nous avons tenu compte des informations suivantes :
1) Le volume des crédits des deux budgets de fonctionnement et d’investissement pouvant
être transcrits en marchés publics ;
2) Les failles de la législation haïtienne et de la loi sur la passation des marchés publics
pouvant être exploitées par certains agents de l’État intéressés par la corruption ;
3) La situation des entreprises impliquées dans les marchés publics face auxdits agents ;
4) Les stratégies utilisées par ces personnes pour contourner la loi sur les marchés publics
afin d’en tirer un profit personnel ;
5) Les coûts économiques directs et indirects de la corruption pour l’État et l’économie
nationale ;
6) La proposition de nouveaux instruments de suivi et de lutte contre la corruption.
Nous avons noté une faible conversion des ressources des deux budgets en marchés
publics. Car, moins d’un dixième de ces moyens donne lieu à des contrats de marchés enregistrés à
la Commission Nationale des Marchés Publics. De plus, du fait de deux modes d’exécution du
budget et de la dilution des crédits budgétaires en une multitude de petits achats, l’État haïtien
ignore la quantité des biens divers qu’il achète au cours d’une année. À cela s’ajoutent les effets des
lois d’urgence voté en 2008 et 2010. Le recours à ces textes légaux constitue une opportunité saisie
par certains responsables publics pour engager des dépenses qui échappent aux procédures de
contrôle a priori des marchés publics, mais qui devraient faire l’objet de ce suivi. De là, nous avons
été conduit à mettre en évidence certaines faiblesses intrinsèques de la loi relative aux marchés
publics et aussi des lois connexes à ce domaine.
Nous avons dû conclure que la réglementation portant sur les normes et standards, le calcul
des prix de revient et sur les autres conventions prévues par la loi sur les marchés publics, fait
défaut à notre législation. Ensuite, l’interprétation et le mode d’application de la loi sur la passation
des marchés publics sont de nature à faciliter la corruption. Car peu de ministères ont pris la
disposition de regrouper leurs achats pour un exercice fiscal dans un plan annuel de passation de
marché, en faisant jouer la transparence et en étant à même de montrer certains de leurs achats qui
doivent faire l’objet d’un appel d’offres.
Du fait de cette opacité de l’information relative aux marchés programmés de l’État et à
leurs budgets, les montants consacrés à ces besoins sont souvent fractionnés en petits achats passés
en dessous des seuils, soustraits au contrôle a priori à l’autorité d’approbation du processus qu’est la
CNMP. Cette instance n’a pas de contrôle sur le temps de préparation et la date de présentation des
dossiers des projets de marchés publics en vue de leur validation, donc sur le processus budgétaire.
De ce fait, certains agents de l’État exercent, dans certains cas, leur propre maîtrise de ce processus.
Par ailleurs, les lacunes des politiques économiques et sectorielles offrent des brèches aux
pratiques de corruption dans les marchés publics, notamment en ce qui concerne la matérialité des
produits achetés. Car, il manque à l’État une politique des normes et standards servant à déterminer
la qualité technique des produits qu’il achète. De ce fait, le fonctionnaire tenté par la corruption
peut toujours tromper son administration, en profitant des informations imprécises sur la
matérialité des produits achetés par l’État ou en évitant de se référer à l’état des savoirs lorsqu’il
s’agit de prestations intellectuelles.
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Ces faiblesses de la loi et des politiques publiques, non résolues en amont du système de
passation de marché, se reporteront en aval et se verront tout au long du processus de passations de
marchés, ce que l’enquête sur les marchés publics auprès des entreprises a confirmé.
Sur les quatorze entreprises ayant répondu à nos questions sur leurs liens avec les marchés
publics et leurs pratiques dans ce domaine, la plupart ont tendance à croire que la corruption a été
bénéfique pour leurs entreprises. Car, en l’absence d’une politique sectorielle favorable à leur essor,
la corruption dans les marchés publics est souvent l’occasion saisie par une personne pour
constituer une activité économique.
De plus, ces fournisseurs affirment avoir noué des liens avec certains fonctionnaires autour
des pratiques de corruption. Cette information nous permet d’affirmer que le système de passation
de marchés publics d’Haïti est imprégné par la corruption. En fait, les prix payés par l’État pour ses
acquisitions sont relativement élevés par rapport aux prix du marché, ce qui est l’opinion de la
majorité des responsables des entreprises enquêtées. Dans ces conditions, les prix des soumissions
faites à l’État donnent lieu à une marge confortable, après coût, qui attire la convoitise du
fonctionnaire tenté par la corruption. Et une partie de cette marge lui est versée de manière
volontaire par l’entreprise qui verse un pot-de-vin pour obtenir un contrat de marché.
Quant aux achats sur simple facture exécutés à partir sollicitations et comparaisons de prix
auprès des fournisseurs, ils sont l’objet de majoration des prix souvent conseillés par les acheteurs
publics au détriment de l’État. Sous la forme de ristourne, le surcoût ainsi imposé à l’État est
reversé par l’entreprise au fonctionnaire corrompu. C’est en considérant ces cas de malversations
dans les divers achats et marchés publics que nous suggérons aux pouvoirs publics trois types de
mesure dont la mise en œuvre est de nature à faire reculer la corruption, dont :
1- La constitution d’une base de données qui permettra de faire l’audit des achats de l’État
au cours d’une année fiscale. Cet instrument retracera et localisera les acquisitions
livrées à l’administration ; elle servira pour conduire l’inventaire des biens possédés par
l’État, pour noter leur date de déclassement, suivre les actes de corruption et identifier
leurs auteurs ;
2- Le contrôle total de la passation des marchés, par l’intégration dans les plans annuels de
passation de marché de tous les projets d’achats des entités de l’État, que ces marchés se
passent en dessous et au-dessus des seuils de passation de marché. Cette pratique devra
faciliter une meilleure régulation macroéconomique ;
3- L’association de la politique des marchés publics à la politique de développement. Dans
ce cadre, l’État haïtien devra adopter les lois connexes servant à limiter les imprécisions
qui ouvrent des opportunités à la corruption dans ses contrats, des lois qui aident aussi à
canaliser les entreprises locales vers la commande publique.
Ici, la politique de lutte contre la corruption ne réside pas seulement dans le fait que les
organes de contrôle traquent les cas de corruption et identifient les différents coupables afin que la
justice puisse les poursuivre. Car la prévention de ce fléau dépend aussi et dans une large mesure de
l’orientation du travail du personnel de l’État vers des objectifs nobles. C’est une bonne idée de
l’avenir du pays et la croissance économique qui feront reculer, chez certains agents de l’État, l’idée
de vouloir se corrompre. À cet effet, l’État devrait changer sa vision de l’économie et inculquer une
idée positive du pays à ses citoyens et surtout à ses fonctionnaires.
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Tableau 1- Investissements, achats de biens et services du Trésor de 2000 à 2007................................... 3
Tableau 2- Ventilation générique du budget d’investissement ................................................................. 4
Tableau 3- Des dépenses par nature financés par le Trésor ..................................................................... 6
Tableau 4- Marchés publics approuvés par la CNMP et de 2006-2007 à 2009-2010 ................................ 8
Tableau 5- Statut des répondants au sein de leurs entreprises ................................................................18
Tableau 6- Répartition de l’emploi dans les entreprises enquêtées .........................................................19
Tableau 7- Aperçu du nombre de contrats de marchés exécutés par les entreprises enquêtées ..............19
Tableau 8- Estimation du coût de préparation d’un dossier de soumission............................................20
Tableau 9- Entreprises et risques de la soumission ................................................................................21
Tableau 10- Situation des entreprises face aux actes de corruption ........................................................21
Tableau 11- Paiements illicites et développement de l’entreprise ...........................................................22
Tableau 12- Corruption subie et modalité de versement aux corrupteurs ..............................................23
Tableau 13- Liens et réseaux de la corruption .......................................................................................24
Tableau 14- Réaction des entreprises face aux propositions corruptrices...............................................24
Tableau 15- Corruption et temps de règlement des dettes .....................................................................25
Tableau 16- La corruption et la qualité des prestations..........................................................................26
Tableau 17- Opinion des entrepreneurs sur les prix payés par l’État .....................................................26
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Documents consultés
ANGALADIOP Hagop, Public Procurement Assessment, public Expenditure management and financial
accountability Assessment Report, mai 2007.
ARENA Richard et alii, Traité d’économie industrielle, Paris, Economica, 1988.
Banque mondiale, Qualité de la croissance, Nouveaux Horizons, De Boeck Université, Bruxelles, 2002.
Banque Nationale de la République d’Haïti, Rapports annuels 2004, 2005, 2006, 2007.
BERGERE François et alii, Le guide opérationnel des PPP, Paris, Éditions Le Moniteur, 2007.
CHERY Frédéric Gérald, L’action de l’État et l’économie en Haïti, Port-au-Prince, 2010, Imprimerie
Henri Deschamps.
CLICHE Pierre, Gestion budgétaire et dépenses publiques, Québec, Presses de l’Université du Québec.
CLIQUENNOIS Martine, Droit public économique, Paris, Éditions Ellispes, 2001.
Commission Nationale des Marchés Publics, Rapports annuels 2006-2007, 2007-2008, 2008-2009,
2009-2010.
Commission Nationale des Marchés Publics, Lexique des termes en usages dans les marchés publics en Haïti,
2007. Version non officielle.
Décret du 16 juin 2005 portant préparation et exécution des Lois de Finances.
Décret du 17 mai 2005 portant organisation de l’Administration centrale de l’État.
DELVOLVE Pierre et VEDEL Georges, Droit administratif, Paris PUF, 1958.
LARUE de TOURNEMINE Régis, Stratégies technologiques et processus d’innovation. Paris, Les Éditions
d’organisation, 1991.
Loi du 9 septembre 2008 sur l’état d’urgence.
Ministère de l’Économie et des Finances, Nomenclature des dépenses budgétaires de l’État et guide
d’utilisation, juillet 2001.
Ministère de la Planification et de la Coopération externe, Budgets d’investissement, 2007-2008,
2008-2009, 2008-2009.
LACHNITT Jacques, L’analyse de la valeur, Que sais-je ? PUF, 1994.
Le Moniteur du 9 septembre 2009, Arrêté du 5 septembre 2009 portant révision des seuils de passation des
marchés Publics.
Le Moniteur du 29 juillet 2009, Loi du 10 juin 2009 fixant les règles générales applicables aux marchés publics
et aux conventions de concession d’ouvrage de service public.
Le Moniteur du 4 novembre 2009, Arrêté Précisant les Modalités d'Application de la Loi Fixant les Règles
Générales Relatives aux Marchés Publics et aux Conventions de Concession d'Ouvrage de Service Public.
PERCEBOIS Jacques, Économie des finances publiques, Paris, A. Colin, 1991.
TOFANI René, Calcul et contrôle des prix dans les entreprises de bâtiment et de travaux publics, Paris, Edition
du Moniteur, 1980.
World Bank Group, Report No. 30541, Transitional support strategy for the Republic of Haiti, December
10, 2004.
World Bank, Haiti, Public Expenditure Management and Financial Accountability Review. Washington, D.C.
20433, 2008.
48
Annexe
ENQUETE SUR LA CORRUPTION DANS LES MARCHES PUBLICS
Questionnaire
Identification de l’entreprise
1.
Nom de l’entreprise
Facultatif
2.
Secteur d’activité
3.
Volume du chiffre d’affaires annuel
4.
Nombre d’employés permanents
5.
Statut du répondant
Situation au niveau des contrats de marchés publics
6. Avez-vous l’habitude de participer à des
appels d’offres ?
Non
Oui
7. Si vous avez été attributaire, pouvez-vous
indiquer le montant du ou des contrats
passés avec l’État ?
Non
8. Avez-vous déjà entendu parler de
pratiques de corruption dans les marchés
publics ?
9. Combien de contrats avez-vous déjà
signés avec l’État haïtien depuis janvier
2006 ?
Non
Oui
Oui
Avant
2006
Après
2006
Oui
Non
10. Estimez-vous que les prix payés par l’État
sont plus élevés que les prix normaux ?
11. Avez-vous un service de comptabilité
analytique servant à établir les coûts de
vos opérations ?
12. A combien estimez-vous le coût de
préparation d’un dossier d’appel d’offres?
1
13. Accepteriez-vous de perdre ces frais de
préparation de dossier en renonçant de
payer à une personne qui vous promet le
marché de manière irrégulière ?
Actes de corruption endurés par l’entreprise
Soumission
14. Votre entreprise a-elle été victime au moins
une fois lors de sa participation à un marché
public ?
Attribution
Exécution
Paiement
15.
Avez-vous été lésé au moins une fois lors
de l’évaluation d’un appel d’offres au profit
d’un autre soumissionnaire à cause d’un acte
de corruption d’un fonctionnaire ?
Non
Une fois
Oui
Plus d’une
fois
16. Vous est-il arrivé de verser de l’argent à un
fonctionnaire dans le cadre d’un marché
public ?
Non
Une fois
Oui
Plus d’une fois
a. Si oui : Quel pourcentage du montant
du contrat ?
Combien ?
b. De manière forfaitaire ?
17. Vous est-il arrivé de subir un chantage à la
corruption de la part d’un fonctionnaire pour
avoir le paiement d’une facture ?
Non
Pourcentage
Oui
Montant
forfaitaire
Liens et origines de l’acte de corruption
18. Avez-vous des personnes-contact pouvant
faciliter l’attribution d’un contrat moyennant
versement d’argent ?
a) À partir de votre propre démarche ?
Non
Oui
b) Une personne vous a abordé en vous
offrant ses services ?
Non
Oui
c) Les deux à la fois.
Non
Oui
2
19. Est-il arrivé qu’une tierce personne vous
contacte au nom d’un fonctionnaire?
20. Pouvez-vous donner un chiffre ou le nombre
de vos contacts ?
21. Existe-t-il une certaine complicité entre
l’entreprise et le fonctionnaire véreux ?
Non
Oui
Non
Oui
Pratique de courtage dans l’octroi de contrat
22. Vous a-t-on déjà proposé l’octroi d’un
contrat à condition que vous acceptiez de
verser un pourcentage du montant ou un
forfait ?
23. Avez-vous été consentant pour verser
l’argent pour avoir le marché ?
24. L’avez-vous obtenu
Non
Oui
Non
Oui
Non
Oui
25. Etes-vous prêts à renoncer à un contrat de
l’État au lieu de verser une rétribution
Versement de l’argent au fonctionnaire
26. Avez-vous été contraint de verser de
l’argent contre
votre
gré
à
un
fonctionnaire?
Non
Oui
a) Lors : de la soumission
Non
Oui
b) De l’attribution
Non
Oui
c) De l’exécution
Non
Oui
d) Du paiement des factures / retard
des paiements
Non
Oui
27. Comment le fonctionnaire s’est-il déclaré
pour avoir son dû ?
28. Le fonctionnaire travaille-t-il dans un
ministère ou une institution de contrôle
Ministère
Institution de
contrôle
29. À quel moment avez-vous versé de l’argent
au fonctionnaire ?
a) Avant la signature du contrat
b) Après la signature
c) Après
l’encaissement
du
premier
3
versement
d) A la fin du contrat
e) Au milieu du contrat
Conséquence des actes de corruption sur l’entreprise et ses prestations
30. Quels ont été les effets du paiement sur la
situation financière de votre entreprise ?
31. Quels ont été les effets du paiement sur le
développement de votre entreprise ?
32. Avez-vous modifié la qualité des
prestations afin de pouvoir verser
l’argent ?
Non
Oui
33. Avez-vous pris en compte ces charges
prévisibles hors prestation, en
surfacturant les prix de soumission ?
34. Si oui, quel est le pourcentage de cette
surfacturation ?
[0%-
5% ]
[5% –
10 %]
[15 %– 20 %]
[
+ de 20 %]
35. Avez-vous un commentaire à faire sur les pratiques de corruption dans le
cadre des marchés publics?
36. Que faudra-t-il faire pour arriver à éliminer les pratiques de corruption dans
l’octroi des marchés publics ?
1. . .
2. . .
3. ..
4. . .
5. ..
4
5