Child Alert: Children in Haiti Facing a Polycrisis
Summary — UNICEF's Child Alert on Haiti, October 2025. It says more than 3.3 million children needed humanitarian aid in 2025, up from 3 million in 2024, and that about 680,000 children were among the 1.3 million people displaced. It sets out the combined effects of armed violence, malnutrition, closed schools and failing health services, and asks donors to restore humanitarian access, raise funding, restore basic services, protect displaced children and invest in recovery.
Key Findings
- More than 3.3 million children needed humanitarian aid in 2025, against 3 million in 2024; about 6 million Haitians need emergency aid in all.
- Over 1.3 million people, including 680,000 children, were displaced, and sites for displaced people doubled to 246 in the first half of 2025.
- Only 41 percent of health facilities in metropolitan Port-au-Prince remain fully functional; over 90,000 suspected cholera cases since October 2022; 3.8 million people lack safe drinking water.
- 7 million people, over 1 million of them children, face IPC Phase 3 or worse food insecurity; about 8,400 people in displacement sites live in near-famine conditions.
- Over 1,600 schools were hit by violence and over 1,080 closed in 2025; at least one child in four is out of school.
- The UN verified 2,269 grave violations against children in 2024, nearly five times the previous year, and over 300 cases of recruitment and use of children by armed groups.
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UNICEF SOS ENFANTS । Octobre 2025
Les enfants en Haïti face à une polycrise
L’effet combiné de la violence, de la malnutrition, de pertes
d’apprentissage et de l’effondrement des services essentiels
Les enfants en Haïti
face à une polycrise
UNICEF SOS ENFANTS । Octobre 2025
Table des matières
Résumé analytique
2
Introduction
3
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Contexte
historique de la
crise actuelle
Analyse de
situation : un pays
au bord du gouffre
4
5
Une crise de
protection pour
les enfants et les
femmes
Répercussions
sur la santé
et la nutrition
des enfants
7
8
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Déplacement
et retour des
personnes
déplacées
Une urgence
éducative
Raviver l’espoir
pour l’avenir
11
13
9
Résumé analytique
En 2025, en Haïti, plus de 3,3 millions
d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire,
alors qu’ils n’étaient que 3 millions en 2024.
Le niveau d’insécurité sans précédent a conduit
au déplacement de plus de 680 000 enfants,
souvent à plusieurs reprises.
La crise qui touche actuellement Haïti ne
s’explique pas par un événement unique, mais
par des décennies de chocs successifs et par
une instabilité chronique. La fragilité politique
associée aux inégalités économiques, aux
catastrophes naturelles et à l’affaiblissement des
institutions a créé l’une des situations d’urgence
humanitaire les plus complexes au monde.
Pour les enfants en Haïti, cette accumulation
de crises est synonyme de lutte quotidienne
pour la survie, d’écoles fermées, d’hôpitaux
débordés et d’enfances écourtées par la violence,
la négligence, l’exploitation et la faim. Si aucune
mesure ferme n’est prise, l’avenir de toute une
génération est en péril.
L’UNICEF appelle la communauté internationale
à faire des enfants en Haïti une priorité, à agir
avec l’empressement qu’exige cette crise, et en
y mettant les moyens nécessaires. Il est encore
temps de protéger les enfants et de mettre
un terme à la funeste spirale dans laquelle est
engagé le pays :
• L’accès à l’aide humanitaire doit être rétabli
et protégé.
• Le niveau et l’étendue du financement
de l’aide humanitaire doivent
immédiatement augmenter.
• Les services de base doivent être rétablis
et protégés.
• Les enfants déplacés doivent être protégés
et soutenus.
• Il faut investir en faveur d’une stabilisation
à long terme et d’un relèvement centré sur
les enfants.
© UNICEF/UNI792752/Joseph
UNICEF SOS ENFANTS
Résumé analytique
2
Introduction
Haïti est confronté à une crise humanitaire
dévastatrice, qui évolue rapidement. Alors
que la violence ne cesse de s’intensifier,
l’accès aux services de base se détériore,
leur qualité se dégrade, et les déplacements
internes se multiplient. Ce sont les enfants
qui paient le prix fort. Les groupes armés
contrôlent désormais la plus grande partie de la
capitale, Port-au-Prince, ainsi que les principaux
axes routiers, des millions de personnes se
retrouvant ainsi privées de nourriture, de soins
de santé, d’éducation et de protection. Les
écoles ont fermé leurs portes, les hôpitaux
sont débordés ou fermés, et l’accès à l’aide est
dangereusement limité.
En 2025, plus de
3,3 millions d’enfants ont
besoin d’une aide humanitaire,
alors qu’ils n’étaient que
3 millions en 2024.
En 2025, plus de 3,3 millions d’enfants ont besoin
d’une aide humanitaire, alors qu’ils n’étaient que
3 millions en 2024. Le nombre d’enfants déplacés
à cause de la violence a quasiment doublé au
cours de l’année écoulée pour atteindre environ
680 000, tandis que la malnutrition aiguë, le
recrutement des enfants, la violence liée au
genre et d’autres violations graves des droits des
enfants ont également augmenté.
Le présent document s’appuie sur les données,
les rapports de terrain et les analyses sectorielles
les plus récentes pour tirer la sonnette d’alarme
concernant l’ampleur de la crise qui touche les
enfants en Haïti. Il offre un aperçu des menaces
sans précédent auxquelles ils sont confrontés et
présente les mesures urgentes nécessaires pour
assurer leur protection ainsi que leur accès à la
nutrition, aux soins, à l’eau et à l’assainissement,
à l’éducation et à d’autres services essentiels, et
pour leur redonner espoir.
UNICEF SOS ENFANTS
Introduction
© UNICEF/UNI662616/Erol
3
I.
Contexte historique
de la crise actuelle
La crise qui touche actuellement Haïti ne
s’explique pas par un événement unique,
mais par des décennies de chocs successifs
et par une instabilité chronique. La fragilité
politique associée aux inégalités économiques,
aux catastrophes naturelles et à l’affaiblissement
des institutions a créé l’une des situations
d’urgence humanitaire les plus complexes
au monde.
Parallèlement, les Haïtiens ont subi plusieurs
catastrophes naturelles. Pour ne parler que
des 15 dernières années, le pays a été frappé
par un tremblement de terre de magnitude 7
en 2010, par l’ouragan Matthew en 2016 et par
un autre séisme de magnitude 7,2 en 2021.
Ces catastrophes ont détruit les infrastructures,
affaibli les stratégies d’adaptation et mis en
difficulté un État déjà fragile.
Pour beaucoup de familles, tout a basculé avec
l’assassinat du président Jovenel Moïse, en 2021,
qui a plongé le pays dans un vide politique et
a entraîné une escalade brutale de la violence
armée. Depuis, les groupes armés ont étendu
leur contrôle à différents quartiers, aux ports et
aux routes nationales, paralysant les services,
perturbant les échanges commerciaux et
terrorisant les communautés.
La chute de la gourde haïtienne, l’inflation
galopante et les chocs de prix mondiaux ont
plongé encore plus de familles dans la pauvreté.
Près de 4 Haïtiens sur 10 vivent avec moins de
2,15 dollars des États-Unis par jour. Les services
essentiels, notamment l’approvisionnement
en eau, l’éducation et la santé se sont
progressivement désagrégés. Le choléra
est réapparu en 2022 et la malnutrition s’est
considérablement accentuée sur fond d’insécurité
alimentaire et de déplacement.
Pour les enfants en Haïti, cette
accumulation de crises est
synonyme de lutte quotidienne
pour la survie, d’écoles fermées,
d’hôpitaux débordés et d’enfances
écourtées par la violence, la
négligence, l’exploitation et la
faim. Si aucune mesure ferme
n’est prise, l’avenir de toute une
génération est en péril.
© UNICEF/UNI601252/Le Lijour
UNICEF SOS ENFANTS
I. CONTEXTE HISTORIQUE DE LA CRISE ACTUELLE
4
II.
Analyse de situation :
un pays au bord du gouffre
On estime que 6 millions d’Haïtiens, soit plus
de la moitié de la population, et 3,3 millions
d’enfants, ont besoin d’une aide d’urgence.
Haïti est confronté à une polycrise, une situation
dans laquelle l’effondrement d’un secteur exacerbe
les problèmes des autres : la malnutrition
progresse lorsque les services de santé s’écroulent,
le choléra se propage sur les sites pour personnes
déplacées dépourvus d’accès à de l’eau salubre,
et la désorganisation du système éducatif accroît
la vulnérabilité des enfants au recrutement et à
l’exploitation. Tous ces effets combinés ont des
conséquences dévastatrices pour les enfants.
La violence s’étend à des régions auparavant
considérées comme stables, notamment les
départements de l’Artibonite, du Nord et du Centre.
En raison du niveau d’insécurité sans
précédent, plus de 1,3 million de personnes,
dont 680 000 enfants, ont été contraintes au
déplacement, souvent à de multiples reprises.
Ainsi, au niveau national, le nombre de sites pour
personnes déplacées à l’intérieur de leur propre
pays a doublé au cours du premier semestre
2025 pour s’élever à 246. Souvent, les travailleurs
humanitaires ne peuvent pas atteindre sans
danger les communautés, et il est impossible pour
les familles de se rendre dans les dispensaires, les
points de distribution alimentaire ou les écoles.
Les groupes armés ciblent de plus en plus les
routes, les ports et les entrepôts, obligeant les
organisations humanitaires à faire appel à des
équipes mobiles et à des réseaux locaux pour
acheminer une aide vitale. Non seulement ces
problèmes d’accès entravent l’acheminement de
l’aide, mais ils accélèrent également l’effondrement
des services essentiels, les systèmes de santé, de
nutrition et de protection se désintégrant les uns
après les autres.
UNICEF SOS ENFANTS
Haïti est confronté à une
polycrise, une situation dans laquelle
l’effondrement d’un secteur exacerbe
les problèmes des autres : la malnutrition
progresse lorsque les services de santé
s’écroulent, le choléra se propage sur
les sites pour personnes déplacées
dépourvus d’accès à de l’eau salubre, et
la désorganisation du système éducatif
accroît la vulnérabilité des enfants
au recrutement et à l’exploitation.
Les services de santé s’écroulent sous la pression.
Dans l’aire métropolitaine de Port-au- Prince, seuls
41 % des établissements de santé demeurent
entièrement fonctionnels. L’insécurité a contraint
des dizaines d’établissements à fermer leurs
portes, ce qui a entraîné des pénuries de
personnel, de carburant, de médicaments et
de fournitures médicales. Dans de nombreux
quartiers de Port-au-Prince, les femmes
accouchent sans personnel formé à leurs côtés,
et les enfants souffrant de malnutrition n’ont pas
accès aux traitements nécessaires.
Le choléra reste une menace. Depuis la
résurgence de la maladie en octobre 2022, plus
de 90 000 cas suspects ont été signalés. Les
systèmes d’assainissement et de distribution
d’eau sont en ruines et 3,8 millions de personnes
sont privées d’accès à une eau potable sûre. Dans
les sites pour personnes déplacées, surpeuplés,
les familles consomment souvent de l’eau
contaminée, ce qui provoque des épidémies et
accentue le risque de déshydratation chez les
enfants souffrant de diarrhées et d’émaciation.
II. ANALYSE DE SITUATION : UN PAYS AU BORD DU GOUFFRE
5
2,7 millions
de personnes (sur une population
totale de 11,77 millions) vivraient
dans des zones contrôlées par
des groupes armés
23 %
La crise est aggravée par l’insécurité alimentaire.
En effet, 5,7 millions de personnes, dont plus de
1 million d’enfants, sont en situation d’insécurité
alimentaire sérieuse (phase 3 ou plus du Cadre
intégré de classification de la sécurité alimentaire
[IPC]). Au total, selon les estimations de l’UNICEF,
2,85 millions d’enfants – soit environ un quart
des enfants en Haïti – connaissent régulièrement
un niveau élevé d’insécurité alimentaire. Les
familles continuent de se heurter à une pénurie
importante de nourriture et à des niveaux
élevés de malnutrition aiguë. L’augmentation de
l’insécurité alimentaire est également synonyme
d’urgence de santé publique croissante dans le
pays, et on estime que 8 400 personnes vivent
dans des conditions proches de la famine dans
des sites pour personnes déplacées.
Le système éducatif est attaqué. Plus de
1 600 écoles ont été directement frappées par
la violence et plus de 1 080 établissements
ont complètement fermé leurs portes en
2025. Au moins un enfant en Haïti sur quatre
est déscolarisé. Dans de nombreux sites
pour personnes déplacées, les écoles servent
d’hébergement temporaire. Les enfants sont alors
privés d’accès à l’apprentissage et enseignants et
élèves sont plus exposés au danger. L’éducation
n’est pas complètement gratuite, un obstacle
supplémentaire qui vient s’ajouter à la violence et
aux fermetures d’écoles fréquentes.
UNICEF SOS ENFANTS
77 %
Environ
1 personne sur 4
© UNICEF/UNI601255/Le Lijour
Seuls 15 % à 20 % des établissements sont
publics, et même dans ces écoles, les familles
doivent acheter elles-mêmes les manuels et les
uniformes. Les établissements privés, quant à eux,
imposent des frais de scolarité. Pour les familles
appauvries par de multiples crises, ces coûts
rendent l’éducation de moins en moins accessible.
Pour les enfants en Haïti, les menaces
s’accumulent : ils subissent notamment le
recrutement forcé, les enlèvements, la violence
sexuelle ou la perte des personnes qui
s’occupent d’eux. Confrontés au déplacement,
au traumatisme et à la pauvreté, ils sont plus
vulnérables que jamais et disposent d’un accès
limité à des espaces sûrs et à une aide sociale.
II. ANALYSE DE SITUATION : UN PAYS AU BORD DU GOUFFRE
6
III.
Une crise de protection
pour les enfants et
les femmes
Aujourd’hui, en Haïti, les enfants ne sont pas
seulement des victimes collatérales. Ils sont
directement ciblés. L’ampleur et l’intensité
de la violence envers les enfants et les femmes
ont atteint des niveaux très préoccupants, les
violations graves des droits des enfants étant
désormais quotidiennes dans les zones contrôlées
par les groupes armés.
En 2024, les Nations Unies ont confirmé
2 269 violations graves contre les enfants – un
chiffre près de cinq fois supérieur à celui de
l’année précédente – et probablement bien
inférieur à la réalité, puisque la plupart des cas
ne sont pas signalés dans les zones sous contrôle
des groupes armés. Parmi les violations avérées,
on peut citer des meurtres et des mutilations,
des enlèvements, des violences sexuelles et des
attaques ciblant des écoles et des hôpitaux.
Les Nations Unies ont également pu confirmer
plus de 300 cas de recrutement et d’utilisation
d’enfants par des groupes armés, soit près de
deux fois plus qu’en 2023. Des enfants âgés
parfois d’à peine 10 ans sont contraints de porter
des armes, de faire le guet ou d’accomplir d’autres
tâches dangereuses. Les filles, en particulier,
sont confrontées à des risques considérables de
violence et d’exploitation sexuelles et de viols par
les membres des groupes armés.
La violence a également bouleversé les services
de protection essentiels. Les espaces sûrs pour
les enfants et les femmes ont été détruits, le
personnel a été déplacé et les survivants se
retrouvent privés de soutien.
UNICEF SOS ENFANTS
© UNICEF/UNI792737/Joseph
Parmi les personnes déplacées vivant dans la
capitale, 33 % se sont installées dans des espaces
non couverts, ce qui les expose à des risques de
protection et de sécurité. Ainsi, les survivants de
viols, de la traite des êtres humains et d’abus sont
le plus souvent privés de soins médicaux, d’aide
juridique ou de soutien psychosocial.
Dans les zones contrôlées par les groupes armés,
les enfants et leur famille vivent en permanence
sous la menace d’attaques, d’enlèvements et de
violences sexuelles. Beaucoup ont été témoins
de meurtres ou contraints de fuir au milieu de la
nuit, tandis que la crainte des représailles dissuade
les survivants et les témoins de dénoncer leurs
agresseurs. Le traumatisme constitue le quotidien
d’innombrables enfants, et si les services de
protection ne sont pas rétablis d’urgence, une
génération entière risque de grandir dans la peur,
exposée sans cesse à la violence et à l’exploitation.
III. UNE CRISE DE PROTECTION POUR LES ENFANTS ET LES FEMMES
7
IV.
Répercussions sur la santé
et la nutrition des enfants
Plus de 1 million d’enfants sont en situation
d’insécurité alimentaire sérieuse (phase 3
ou plus de l’IPC). Ce chiffre a considérablement
augmenté par rapport aux années précédentes,
ce qui met en lumière une situation d’urgence
nationale qui touche à la fois les populations
urbaine et rurale.
Dans beaucoup de ces endroits, l’insécurité et
les activités des groupes armés empêchent les
familles d’accéder aux marchés alimentaires et à
l’aide humanitaire. La hausse des prix des produits
de base a réduit le pouvoir d’achat des familles,
les obligeant à sauter des repas ou à adopter une
alimentation pauvre en nutriments.
L’enquête nutritionnelle SMART 2023 a révélé
que dans sept départements d’Haïti sur dix,
les taux de malnutrition aiguë globale (MAG)
étaient supérieurs à 5 %, taux défini comme le
seuil d’urgence par l’OMS. Les départements
du Nord-Est, de l’Artibonite et certaines parties
du département de Grand’Anse sont désormais
considérés comme des zones où la dégradation
de l’état nutritionnel est critique.
Dans beaucoup de sites pour personnes déplacées
et de zones contrôlées par les groupes armés,
les infrastructures d’approvisionnement en eau
et d’assainissement se sont effondrées. Plus de
3,8 millions de personnes, dont 1 million d’enfants,
n’ont pas régulièrement accès à de l’eau salubre.
Non seulement cette situation accroît le risque de
maladies transmises par l’eau telles que le choléra
et la diarrhée, mais elle aggrave également la perte
de masse corporelle et les complications associées
chez les enfants souffrant d’émaciation.
La situation est particulièrement désastreuse
dans les zones urbaines accueillant des personnes
déplacées telles que Croix-des-Bouquets, où la
malnutrition aiguë est considérée comme critique
(phase 4), selon l’analyse IPC.
© UNICEF/UNI792735/Joseph
UNICEF SOS ENFANTS
Le système de santé est débordé et sous-doté.
L’insécurité a entraîné la fermeture de nombreux
centres de santé, en particulier à Port-au-Prince
et aux alentours. Lorsque les services restent
ouverts, les soins les plus élémentaires ne peuvent
même pas être prodigués en raison du manque
de personnel, des pillages et des pénuries de
carburants, ce qui prive de traitement les enfants
souffrant de malnutrition.
La couverture des services visant à prévenir,
détecter et traiter la malnutrition demeure
dangereusement faible, bien inférieure au seuil
requis pour prévenir une crise plus importante.
Si l’accès aux traitements, leur financement et leur
couverture ne s’améliorent pas de manière durable,
des dizaines de milliers d’enfants supplémentaires
pourraient sombrer en quelques mois dans un état
de malnutrition potentiellement mortel.
IV. RÉPERCUSSIONS SUR LA SANTÉ ET LA NUTRITION DES ENFANTS
8
V.
Déplacement et retour des
personnes déplacées
Au milieu de l’année 2025, les Haïtiens
continuaient de subir des violations des
droits humains parmi les plus graves de
l’histoire récente du pays et de vivre des
situations très dangereuses. C’est dans la
capitale et dans les départements de l’Artibonite
et du Centre, où les violences armées subsistent,
que les besoins sont les plus criants, notamment
en matière de protection.
On estime que 2,7 millions de personnes, dont
1,6 million de femmes et d’enfants, vivent dans
des zones contrôlées par des groupes armés, qui
limitent la liberté de mouvement de la population
et son accès aux services de base.
Les déplacements sont essentiellement dus
à l’intensification de la violence armée, aux
attaques ciblant des civils et aux combats
pour le contrôle des territoires qui ont lieu à
Port- au-Prince et dans les communes voisines.
Des quartiers entiers se sont vidés, les familles
fuyant les incursions armées, les incendies,
les enlèvements et les actes d’extorsion. De
nombreux enfants ont été déplacés à plusieurs
reprises, car la violence les poursuit dans les
hébergements temporaires.
La plupart des personnes déplacées restent dans
l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et vivent
dans des bâtiments publics bondés, dans des
abris de fortune ou dans des sites informels de
personnes déplacées. Souvent, ces derniers ne
sont pas équipés d’infrastructures d’accès à de
l’eau salubre ou d’assainissement et ne proposent
pas de services de protection et de santé.
UNICEF SOS ENFANTS
On estime que 2,7 millions de
personnes, dont 1,6 million de
femmes et d’enfants, vivent dans
des zones contrôlées par des groupes
armés, qui limitent la liberté de
mouvement de la population et son
accès aux services de base.
Les enfants – en particulier s’ils sont non
accompagnés, handicapés ou orphelins – sont
davantage exposés au risque de violence,
d’exploitation et d’abus.
L’absence d’hébergement sûr et digne a
contraint des milliers de familles à chercher
refuge dans des écoles, des églises et des
bâtiments abandonnés, où elles sont souvent
privées d’intimité et où aucune mesure de
sécurité n’est mise en place. Souvent, les écoles
servent d’abri la nuit et redeviennent des lieux
d’enseignement le jour. L’apprentissage des
enfants s’en trouve encore plus perturbé.
La crise est intensifiée par les retours
transfrontières et les expulsions de la
République dominicaine. De nombreux
Haïtiens, notamment des enfants, reviennent
au pays sans papiers ni effets personnels. Une
fois rentrés, ils risquent de se retrouver sans
abri, de souffrir de la faim et d’être apatrides.
V. DÉPLACEMENT ET RETOUR DES PERSONNES DÉPLACÉES
9
Qu’ils soient déplacés en Haïti ou reviennent
de l’étranger, les enfants sont confrontés à
une même réalité : ils sont déracinés, sans
protection et n’ont pas accès aux services de
base. Les enfants renvoyés de force risquent
également davantage d’être recrutés par des
groupes armés.
Les efforts visant à faciliter le retour des
personnes déplacées à l’intérieur du pays
restent limités. La plupart ne peuvent pas ou ne
veulent pas rentrer chez elles, en raison de la
violence toujours présente, de la destruction de
leurs biens ou des traumatismes subis. À cause
de l’insécurité, la réintégration dans les zones de
retour est très difficile.
Souvent, lorsque les groupes armés sont actifs
à proximité, le risque d’un nouveau déplacement
est élevé.
Les services d’accueil et de réintégration des
personnes revenues au pays – notamment
les services d’enregistrement des naissances
et d’orientation – sont toujours en place, mais
doivent être renforcés au plus vite.
La violence ne semble pas perdre de sa virulence
et de nombreuses familles sont déplacées depuis
plus d’un an. Haïti est ainsi confronté à une
crise du déplacement prolongée, qui aura des
conséquences à long terme sur le développement
et le bien-être des enfants.
© UNICEF/UN0558612/Mendez
UNICEF SOS ENFANTS
V. DÉPLACEMENT ET RETOUR DES PERSONNES DÉPLACÉES
10
VI.
Une urgence
éducative
Le système éducatif haïtien périclite, et c’est
l’avenir de toute une génération qui est en
jeu. Violence, déplacements, pauvreté et
insécurité sont autant de facteurs qui rendent
l’apprentissage presque impossible pour des
centaines de milliers d’enfants.
Au cours de l’année scolaire 2024-2025, de
nombreuses écoles ont été directement touchées
par la violence. Plus de 1 600 écoles ont fermé
leurs portes, et 25 ont été occupées par des
groupes armés, pour un total de 243 410 élèves et
7 548 enseignants concernés. À Port-au-Prince et
aux alentours, les salles de classe sont devenues
à la fois des cibles et des abris. En 2025, 84 écoles
ont servi de centre collectif pour personnes
déplacées à l’intérieur du pays, ce qui nuit aux
apprentissages, et entraîne de l’insécurité, mais
aussi une perte de repères et d’espoir en l’avenir.
Le déplacement a bouleversé l’éducation de
près de 500 000 enfants en âge de fréquenter
l’école. Dans les hébergements et les sites pour
personnes déplacées surpeuplés, les enfants
n’ont accès ni à des manuels, ni à des supports
pédagogiques, ni à des enseignants qualifiés.
1 606 écoles
8%
20
UNICEF SOS ENFANTS
Beaucoup d’adolescentes abandonnent
complètement leur scolarité pour des raisons
de sécurité, parce qu’elles doivent s’occuper de
leurs proches ou à cause de l’absence de produits
d’hygiène menstruelle.
Selon le Ministère de l’éducation nationale et de
la formation professionnelle, plus d’un enfant
sur quatre est actuellement déscolarisé en
Haïti. Les disparités en matière d’alphabétisme
s’accentuent à l’échelle nationale, en particulier
pour les jeunes enfants passés à côté d’étapes
importantes pour l’apprentissage.
Si un accès sûr à l’éducation n’est pas
rétabli très rapidement, Haïti ne perdra
pas seulement ses écoles, mais aussi une
génération entière d’enfants, dont l’avenir sera
irrémédiablement compromis.
Soit 1 école sur 12
à l’échelle nationale
sur 18 983 sont fermées
0
À Port-au-Prince et aux
alentours, les salles de classe
sont devenues à la fois des cibles
et des abris.
92 %
40
60
80
100
VI. UNE URGENCE ÉDUCATIVE
11
© UNICEF/UNI653421/Rouzier
UNICEF SOS ENFANTS
VI. UNE URGENCE ÉDUCATIVE
12
VII.
Raviver l’espoir
pour l’avenir
Haïti est au bord de la rupture. Les systèmes
et services de base s’effondrent. Sur les
1,6 million de femmes et d’enfants vivant dans
des zones contrôlées par les groupes armés,
beaucoup sont en grande partie privés d’aide.
Le financement humanitaire est extrêmement
faible : en juin 2025, l’appel en faveur de l’Action
humanitaire pour les enfants de l’UNICEF en
Haïti n’avait permis de réunir que 13 % des fonds
demandés, soit une somme bien inférieure à celle
nécessaire pour répondre aux besoins croissants
en matière de malnutrition, de déplacement et de
protection. Si des ressources ne sont pas trouvées
de toute urgence, des programmes essentiels
– notamment pour la protection de l’enfance, la
santé, la nutrition, l’eau et l’assainissement, et
l’éducation – resteront considérablement limités.
L’avenir des enfants en Haïti dépend des choix
opérés aujourd’hui. L’inaction et le temps perdu
coûteront des vies. Si une aide internationale est
apportée d’urgence, qu’une action coordonnée
est menée et que l’accès aux services de base
est rétabli, il est encore possible de protéger les
enfants et de mettre un terme à la funeste spirale
dans laquelle est engagé le pays.
L’UNICEF continue à exhorter la communauté
internationale et les acteurs concernés en Haïti à
prendre les mesures urgentes suivantes afin de
protéger les droits des enfants en Haïti, de garantir
leur sécurité et leur bien-être, et d’apporter une
réponse à cette crise humanitaire grandissante :
Rétablir et protéger l’accès à l’aide
humanitaire. Les groupes armés doivent
respecter le droit international,
UNICEF SOS ENFANTS
VII. RAVIVER L’ESPOIR POUR L’AVENIR
Si une aide internationale
est apportée d’urgence, qu’une action
coordonnée est menée et que l’accès
aux services de base est rétabli, il est
encore possible de protéger les enfants
et de mettre un terme à la funeste
spirale dans laquelle est engagé le pays.
garantir la protection des enfants et des
infrastructures dont ils dépendent, et faciliter
l’acheminement sûr et sans entraves de l’aide
humanitaire. Les couloirs humanitaires et les
garanties de sécurité négociés sont essentiels pour
atteindre les populations les plus vulnérables.
Augmenter immédiatement le niveau
et l’étendue du financement de l’aide
humanitaire. Les gouvernements donateurs et les
partenaires internationaux doivent immédiatement
mobiliser des ressources suffisantes permettant
de soutenir des programmes essentiels en Haïti,
notamment pour la protection de l’enfance, la
santé, la nutrition, l’eau et l’assainissement, et
l’éducation, et ainsi veiller à ce que tous les enfants
aient accès à des services vitaux.
Rétablir et protéger les services de base.
Le Gouvernement haïtien, les autorités locales et
les bailleurs de fonds humanitaires doivent donner
la priorité à la remise en état des infrastructures
de santé, d’éducation, d’eau et d’assainissement,
soutenir les prestataires de services locaux et
veiller à ce que les agents de première ligne
puissent atteindre la population en toute sécurité.
13
© UNICEF/UNI840313/Joseph
Les investissements en faveur d’une prestation
de service mobile et communautaire sont
essentiels dans les endroits inaccessibles par les
moyens traditionnels.
Protéger et soutenir les enfants déplacés.
Le Gouvernement haïtien, les acteurs
humanitaires et les bailleurs de fonds doivent
fournir aux enfants déracinés par la violence un
logement sûr, des services de gestion de leur
cas, des services de recherche et de réunification
des familles ainsi qu’un soutien psychosocial. Les
retours ne doivent avoir lieu que s’ils sont sûrs,
volontaires et dignes, et une aide adaptée à la
réintégration doit être proposée, conformément
aux normes internationales. Les victimes des
violences liées au genre doivent également être
protégées et soutenues, afin qu’elles puissent
retrouver une forme de vie normale.
UNICEF SOS ENFANTS
VII. RAVIVER L’ESPOIR POUR L’AVENIR
Investir en faveur d’une stabilisation à long
terme et d’un relèvement centré sur les
enfants. La crise en Haïti n’appelle pas seulement
une aide humanitaire. Elle nécessite également un
engagement politique durable et un soutien au
développement ciblé. Si le pays ne parvient pas
à se diriger vers une gouvernance inclusive et un
développement équitable, et si rien n’est fait pour
que les auteurs de violences répondent de leurs
actes, il sera impossible de sortir du cercle vicieux
du conflit et de la vulnérabilité.
L’UNICEF appelle la communauté internationale
à faire des enfants en Haïti une priorité, à agir
avec l’empressement qu’exige cette crise, et en y
mettant les moyens nécessaires. Les outils et les
ressources permettant d’aider Haïti à sortir de
cette crise existent. Il est temps d’en faire usage –
pour chaque enfant.
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Publié par l’UNICEF
Division de la communication mondiale et du plaidoyer
3 United Nations Plaza
New York, NY 10017, États-Unis
Contact : pubdoc@unicef.org
Site Web : www.unicef.org
ISBN : 978-92-806-5695-4
Photo de couverture : © UNICEF/UNI601247/Le Lijour
© Fonds des Nations Unies pour l’enfance
(UNICEF), octobre 2025
How to cite
United Nations Children's Fund (UNICEF), 2025, Child Alert: Children in Haiti Facing a Polycrisis, https://unicef.org/fr/media/174976/file/UNICEF%20Haiti%20Child%20Alert%20FR.pdf.pdf
- Rights holder
- United Nations Children's Fund (UNICEF)