Full Document Text
Extracted text from the original document for search indexing.
Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Opérations aux drones kamikazes :
Le RNDDH exige la protection de la population civile
22 octobre 2025
I.
Introduction
1.
Le 20 septembre 2025, à Simon Pelé, lors de la célébration de l’anniversaire de
naissance du chef de gang Steevenson ALBERT alias Djouma, deux (2) drones kamikazes
sont largués par les forces de l’ordre. De nombreuses victimes sont alors enregistrées dont
des enfants qui participaient aux festivités, ce qui a particulièrement retenu l’attention du
Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) et l’a porté à enquêter sur
l’incident.
2.
Un (1) mois après cette opération, le RNDDH publie son rapport, pour l’élaboration
duquel il s’est entretenu avec des victimes, des proches de victimes ainsi que des riverains ;
dresse le bilan de cette attaque, relate les circonstances dans lesquelles les victimes sont
enregistrées et produit des recommandations aux autorités étatiques.
II.
Mise en contexte
3.
Le 1er mars 2025, dans l’après-midi, le premier ministre Alix Didier FILS-AIME
annonce sur son compte X la création d’une task-force destinée à combattre les gangs armés.
C’est également à ce moment qu’est menée la première attaque par drones kamikazes,
visant la base de Jimmy CHERIZIER alias Barbecue à Delmas 6, président et porte-parole de
la coalition terroriste Viv Ansanm.
4.
Si cette attaque inquiète brièvement certains chefs de gangs armés, elle n’engendre
aucune suite significative : le chef de gang et terroriste Jimmy CHERIZIER alias Barbecue
s’est temporairement réfugié dans le fief de Claudy CELESTIN alias Chen Mechan, à la
Plaine du Cul-de-Sac, avant de retourner tranquillement quelques jours plus tard, dans sa
base à Delmas 6.
5.
Entre-temps, d’autres opérations sont menées, soulevant de nombreuses questions
sur l’utilisation des drones kamikazes. En effet, l’absence de coordination entre les forces
de l’ordre et la task-force inquiète. Additionné à cela, le fait que les drones constituent une
arme pouvant causer d’énormes dommages collatéraux préoccupe les citoyens.nes. En effet,
les fonds alloués au service d’intelligence étant dilapidés par les autorités étatiques, le
mécanisme - mis en place en vue de recueillir des informations fiables sur l’emplacement
des bases des bandits armés et de minimiser l’assassinat de personnes et la destruction de
biens n’ayant aucun lien avec les activités criminelles des bandits armés - ne peut être que
limité.
6.
De plus, le fait que depuis le 1er mars 2025, aucun chef de gang notoire ne soit touché
lors des opérations menées avec les drones kamikazes - dont l’utilisation se multiplie
pourtant - porte plus d’un à se questionner sur la méthode utilisée pour monter et diriger
ces opérations. Sur ce point, il convient de rappeler que, de mars à octobre 2025, au moins
vingt (20) opérations par drones kamikazes sont menées :
•
Le 1er mars 2025, le fief de Jimmy CHERIZIER alias Barbecue, est frappé par des drones
kamikazes. Au cours de cette attaque, plusieurs bandits sont tués ;
•
Le 7 mars 2025, une nouvelle attaque par drones kamikazes cible le fief de Jimmy
CHERIZIER alias Barbecue. Au moins seize (16) personnes sont tuées et plus d’une
vingtaine grièvement blessée ;
•
Le 19 mars 2025, des frappes par drones kamikazes sont enregistrées simultanément
dans les fiefs de gangs armés de Village de Dieu, de Grand-Ravine zone Maranatha,
de Delmas 30 et de Delmas 6 ;
•
Le 23 mars 2025, les quartiers de Bas-Delmas et de Bel-Air sont visés par des drones
kamikazes. Plusieurs bandits armés sont tués ;
•
Le 29 mars 2025, le quartier général du chef de gang Johnson ANDRE, alias Izo à
Village de Dieu, est visé par des drones kamikazes. D’importants dégâts et l’incendie
de plusieurs véhicules sont enregistrés ;
•
Le 14 avril 2025, le centre-ville de Port-au-Prince, la Rue Capois, zone stade Sylvio
Castor, Village de Dieu, l’Avenue N et les environs de Grand-Ravine sont attaqués par
drones kamikazes ;
•
Le 19 avril 2025, une opération par drones kamikazes est menée contre des bandits
armés à Kenscoff ;
•
Le 4 mai 2025, dans l’après-midi, cinq (5) drones kamikazes sont largués à GrandRavine, dans le fief de Jean Renel DESTINA alias Ti Lapli. Au moins dix-sept (17)
bandits sont tués et vingt (20) autres, grièvement blessés. D’importants dégâts sont
aussi enregistrés ;
•
Le 20 mai 2025, au moins vingt-cinq (25) bandits sont tués et quarante (40) autres
blessés à Grand-Ravine dans le fief du chef de gang armé Jean Renel DESTINA alias
Ti Lapli, à la suite du lancement de quatre (4) drones kamikazes par les forces de
l’ordre ;
•
Le 22 mai 2025 à Torcel et à Pernier, des drones kamikazes sont largués dans la base
du chef de gang Vitelhomme INNOCENT, forçant celui-ci à se réfugier auprès des 400
Mawozo à la Croix-des-Bouquets, dans la localité de Dumulseau. Quelques jours plus
tard, au mois de juin 2025, il est tranquillement retourné dans son fief ;
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
2
•
Le 25 mai 2025, une opération par drones kamikazes cause, à Village de Dieu, la mort
d’au moins trente (30) membres du gang dirigé par Johnson ANDRE alias Izo et fait
une centaine de blessés ;
•
Le 1er juin 2025, une opération par drones kamikazes est menée simultanément dans
les foyers de gangs armés de Village de Dieu et de Grand-Ravine ;
•
Le 3 juin 2025, plusieurs drones kamikazes sont largués au centre-ville de Port-auPrince ;
•
Dans la nuit du 10 juin 2025, plusieurs drones kamikazes sont tombés à GrandRavine, dans le fief du chef de gang Jean Renel DESTINA alias Ti Lapli ;
•
Le 23 août 2025, au moins sept (7) bandits armés sont tués à Village de Dieu, lors
d’une frappe par drones kamikazes ;
•
Le 2 septembre 2025, dans l’après-midi, une opération par drones kamikazes, visant
un poste de péage installé pour rançonner véhicules et piétons, est menée à Martissant
et à Fontamara 27, fief du chef de gang armé Christ-Roi CHERY alias Krisla.
7.
Alors que les bandits notoires ne sont nullement inquiétés par ces drones kamikazes,
et que seuls leurs soldats, majoritairement des mineurs.es et des jeunes adultes sont tués
en grand nombre, des membres de la population ou même des agents.es des forces de l’ordre,
perdent aussi la vie lors de ces opérations. En voici deux (2) exemples :
•
Le 19 août 2025, dans la soirée, à Carrefour Maroca dans la commune de Kenscoff,
deux (2) agents de la Swat Team perdent la vie, cinq (5) autres sont blessés à la suite
de l’explosion d’un drone kamikaze. Selon les informations recueillies par le RNDDH,
aucune enquête n'est à date ouverte autour de ce drame. Cependant, c’est à la suite
de cet incident dramatique que, pour la première fois, les autorités étatiques
mentionnent publiquement dans un communiqué de presse l’usage des drones
kamikazes ;
•
Le 6 septembre 2025, onze (11) personnes trouvent la mort lors d’une attaque par
drones kamikazes lancée au centre-ville de Port-au-Prince. Aucune information ne les
lie à un gang armé.
8.
Parallèlement, les autorités étatiques tentent de convaincre la population que la peur
a changé de camp alors que celle-ci continue de subir les attaques des bandits armés et que
les pertes humaines et matérielles augmentent chaque jour un peu plus.
9.
En même temps, dans l’idée de défier ouvertement les autorités étatiques, les bandits
circulent d’une base à une autre, organisent des fêtes et produisent des vidéos qu’ils font
circuler sans inquiétude sur les plateformes intelligentes. Par exemple :
•
Le 10 avril 2025, les chefs de gangs Jeff LAROSE, alias Gwo Lwa, et Wilson JOSEPH,
alias Lanmò San Jou, quittent leur base respective à Canaan et à la Croix-des-
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
3
Bouquets pour se rendre à Mirebalais, dans le département du Centre, après que leurs
hommes de main ont pris le contrôle de la ville de Mirebalais le 31 mars 2025 ;
•
Le 16 juillet 2025, Jimmy CHERIZIER alias Barbecue quitte sa base à Delmas 6 et se
rend à Saut-d’Eau dans le département du Centre. Il assiste aux festivités de la
commune aux côtés des chefs de gangs armés Jeff LAROSE alias Gwo Lwa et Wilson
JOSEPH alias Lanmò San Jou ;
•
Le 31 août 2025, Christ-Roi CHERY alias Krisla quitte sa base à Fontamara, traverse
plusieurs bastions de gangs armés jusqu’à Canaan où il rejoint Jeff LAROSE alias Gwo
Lwa et Jimmy CHERIZIER alias Barbecue, en vue de renforcer, selon ce dernier, leurs
liens au sein de la coalition Viv Ansanm.
10. Voilà donc le contexte dans lequel le 20 septembre 2025, à Simon Pelé - une localité
défavorisée située dans la commune de Delmas, limitrophe de Cité Soleil et traversée par
plusieurs ruelles étroites et voies principales qui relient d’autres quartiers défavorisés tels
que Village Solidarité et Cité Militaire - une opération par drones kamikazes est menée,
occasionnant de nombreuses victimes.
III.
Les faits
11. Le 20 septembre 2025, le chef de gang de Simon Pelé Steevenson ALBERT alias Djouma
décide d’organiser de grandioses festivités pour célébrer son anniversaire de naissance. Les
enfants sont invités à y participer et une distribution de cadeaux et d’argent cash, est
planifiée pour eux. Le Disc Joker, Marc BELOT alias DJ Lakou est engagé pour assurer
l’animation musicale.
12. Deux (2) espaces distincts sont aménagés pour les festivités en question : Nan Pak, où
la distribution des cadeaux aux enfants doit avoir lieu et un autre espace situé non loin de
la base du gang, où un système de sonorisation est installé.
13. Vers 19 : 25 heures, alors que des enfants attendent la distribution promise, un
premier drone est largué à Nan Pak, tuant et blessant plusieurs d’entre eux. Très
rapidement, un deuxième drone est lancé. Il tombe à l’endroit où est installé le dispositif de
sonorisation. De nombreux adultes sont alors tués, d’autres sont mutilés.
IV.
Bilan enregistré
14. Le bilan des victimes de l’opération du 20 septembre 2025 est ainsi présenté : Au
moins seize (16) personnes sont tuées dont huit (8) enfants et huit (8) adultes. Au moins
quatre (4) personnes sont blessées dont un (1) enfant. Des maisons sont aussi détruites.
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
4
a) Enfants tués
15.
Voici les informations recueillies auprès des parents des enfants tués :
Dieulanda EDMOND, née le 31 janvier 2019, accompagne sa mère pour aller acheter
de quoi manger dans le quartier de Simon Pelé. En passant non
loin de NanPak, elles croisent de nombreux enfants en train de
jouer. La mère de Dieulanda FLEURIMOND la laisse avec
quelques camarades. Alors qu’elle effectue les achats, elle
entend une explosion dans la zone où se trouvent les enfants.
Elle apprend par la suite que sa fille est tuée dans une opération
par drones kamikazes.
Dieulanda EDMOND, 6 ans
16. Le 20 septembre 2025, entre 19 : 00 et 20 : 00
heures, Olguine FLORVIL, une fillette née le 25 juillet
2018, joue devant sa maison à Nan Pak lorsqu’elle est
touchée à la tête par les débris d’un drone kamikaze.
Elle est transportée d’urgence à l’Hôpital Sans
Frontières situé près de Carrefour-Vincent. Le
lendemain matin, vers 8 : 00 heures, elle est décédée.
Olguine FLORVIL, 7 ans
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
5
17.
Les parents de Woodelyne GRAND-JEAN, née le 20 octobre
2020, l’autorisent à se rendre aux activités festives qui ont lieu
tout près de leur domicile à Nan Pak. Alors que Woodelyne
GRAND-JEAN joue avec d’autres enfants, un drone est largué et
elle est décédée. Le chef de gang Steevenson ALBERT alias
Djouma procède, un peu plus tard, à la levée du corps et le fait
conduire dans une morgue.
Woodelyne GRAND-JEAN, 5 ans
18. Lovenchise PAUL, née le 21 juillet 2022, est assise avec sa
mère Lovely FLORVIL, âgée de trente-deux (32) ans,
devant leur maison lorsqu’elles sont toutes deux (2)
touchées par les débris des drones kamikazes. Elles sont
toutes les deux (2) mortes.
Lovenchise PAUL, 3 ans
19. Née le 29 août 2022, Daïca SAINT-LOUIS, âgée de trois (3)
ans, et son père Emmanuel SAINT-LOUIS sont assis devant
leur maison lorsqu’entre 19 : 30 et 20 : 00 heures, ils sont
blessés par les débris des drones kamikazes. L’épaule droite
de Daïca SAINT-LOUIS est perforée. Son pied droit est
mutilé. Daïca SAINT- LOUIS est transportée à l’hôpital
Médecins Sans Frontières (MSF) de Terre Noire, où, un peu
plus tard, elle succombe à ses blessures.
Daïca Saint-Louis, 3 ans
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
6
20. Au moment des faits, Dieunica JEAN, née le 2 décembre
2012, est âgée de douze (12) ans. Elle est autorisée par sa
mère à jouer avec ses camarades, sous la surveillance de son
oncle, Wesnel BONNET lorsqu’elle perd la vie.
Dieunica JEAN, 12 ans
b) Adultes tués
21.
Parmi les adultes tués, le RNDDH en retrace huit (8) :
•
Wesnel BONNET, âgé de vingt-quatre (24) ans, père d’une (1) fille, se trouve sur la
galerie de sa maison non loin de la place Nan Pak, en train de surveiller sa nièce,
Dieunica JEAN, née le 2 décembre 2012, âgée de douze (12) ans, qui s’amuse avec ses
camarades. Les débris du drone qui a explosé non loin d’eux causent d’importants
dégâts. Selon les voisins, Wesnel BONNET meurt ainsi que Dieunica JEAN. Cependant,
la mère de cette dernière qui avait chargé Wesnel BONNET de la surveiller, ne retrouve
aucun cadavre sur place, selon ce qu’elle affirme au RNDDH ;
•
Pierre Michel JEAN, âgé de vingt-huit (28) ans, tient un commerce d’alcool. Le soir de
la fête du chef de gang Stevenson ALBERT alias Djouma, il s’occupe de son commerce
lorsqu’un drone kamikaze est largué. Il est alors grièvement blessé. En chemin vers
l’hôpital, il décède ;
•
Le même jour, soit le 20 septembre 2025, lors de l’attaque, le père de Pierre Michel
JEAN, Luc JEAN, âgé de soixante-dix (70) ans et père de deux (2) enfants est assis tout
près de son fils à l’endroit où celui-ci tient son commerce. Lors de l’attaque du drone,
il meurt sur le coup ;
•
Emson JEROME, né le 23 décembre 1982, marchand ambulant et père d’un (1) enfant,
rentrait chez lui à Simon Pelé après une journée de travail lorsqu’arrivé à Nan Pak,
il est tué par un des drones kamikazes ;
•
Mickerlange SAINDIQUE, âgée de trente (30) ans et mère d’un (1) enfant, tient un
commerce de fritures près du lieu où se tiennent les festivités. Un drone est largué
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
7
dans la zone. Elle est touchée et décède sur place. Son cadavre est récupéré par le chef
de gang et est acheminé à une morgue ;
•
Lemantha SAINT-JEAN, âgé de trente-trois (33) ans, père de deux (2) filles, se trouve à
Ti Savon lorsqu’entre 20 : 00 et 21 :00 heures, il est grièvement blessé à la tête. P.M.,
son grand frère, le transporte à l’Hôpital Sainte-Catherine, où il succombe à ses
blessures à 23 : 00 heures ;
•
Emmanuel SAINT-LOUIS, âgé de quarante (40) ans, père de cinq (5) enfants, se trouvait
avec sa fille Daïca SAINT-LOUIS lorsqu’ils sont tués. Le flanc droit d’Emmanuel SAINTLOUIS est perforé par les débris du drone qui explose non loin d’eux. A l’instar de sa
fille, il est transporté à l’hôpital Médecins Sans Frontières (MSF) de Terre Noire, où il
meurt quelque temps après ;
•
Lovely FLORVIL, âgée de trente-deux (32) ans, mère de la fillette Lovenchise PAUL est
assise devant chez elle avec sa fille lorsqu’elles sont toutes les deux (2) touchées par
les débris des drones kamikazes et meurent.
c) Personnes blessées
22.
Parmi les personnes blessées, le RNDDH en recense quatre (4) :
•
A.S., âgé de cinq (5) ans, est blessé au pied et à la main gauche. Il est chez lui à Simon
Pelé lorsqu’il est touché par le drone. Sa mère, L.F., âgée de vingt-trois (23) ans, est
alors grièvement blessée : ses deux (2) pieds sont dans un état grave. Elle subit une
opération chirurgicale à la suite de laquelle une barre en métal lui est insérée au pied
droit. Elle est encore hospitalisée ;
•
J.M.P., âgée de trente-quatre (34) ans, est blessée au pied gauche lors de l’attaque.
Elle est la mère de Olguine FLORVIL tuée ce jour-là ;
•
D.J., âgée de vingt et un (21) ans, mère d’un (1) enfant, se trouvait à Ti Savon pour
acheter de la nourriture lorsqu’entre 20 : 30 et 21 : 00 heures, elle est blessée au flanc
gauche de l’abdomen. Son père, J.J., la transporte à l’hôpital des Petits Frères et Sœurs
afin qu’elle puisse recevoir les soins nécessaires.
V.
Faits subséquents
23. À la suite de l’attaque du 20 septembre 2025, de nombreux corps de victimes sont
récupérés par le chef de gang Stevenson ALBERT alias Djouma et déposés à la morgue Alma.
Quelques jours plus tard, soit le 4 octobre 2025, les funérailles de certaines des victimes
sont chantées. Au cours de la cérémonie, les participants.es étaient très inquiets, car ils
craignaient une autre opération par drones.
24. Le 5 octobre 2025, la Police Nationale d’Haïti (PNH) mène une opération par drones
kamikazes à Delmas 19 où les bandits armés de Simon Pelé opèrent depuis février 2025. Ce
jour -là, trois (3) drones sont largués et plusieurs bandits sont tués.
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
8
25. Si le 6 octobre 2025, soit au lendemain de l’opération policière susmentionnée,
Stevenson ALBERT alias Djouma et ses sbires abandonnent la zone de Delmas 19 qu’ils
occupaient depuis février 2025, la tension reste palpable à Simon Pelé où la population
surveille même les vols d’oiseaux qu’ils confondent souvent avec des drones, occasionnant
des mouvements de panique, comme cela est enregistré le 4 octobre 2025, lors des
funérailles de certaines des victimes du 20 septembre 2025.
26. Cette tension est aussi palpable dans d’autres zones de la capitale. Par exemple, le 13
octobre 2025, un (1) drone est largué dans les environs des locaux de l’Institution du Sacré Cœur, à Port-au-Prince, provoquant un mouvement de panique, jusque dans les environs
du quartier de Turgeau.
VI.
Commentaires et Recommandations
27. Le RNDDH estime que l’emplacement des fiefs des gangs armés, souvent dans des
endroits imprenables par les forces de l’ordre, justifie le recours, depuis le 1er mars 2025,
aux drones kamikazes, absolument proportionnels aux nombreuses armes automatiques
dont disposent les bandits. Utilisés à bon escient, les drones peuvent aider efficacement
dans la lutte pour l’éradication du banditisme dans le pays.
28. Jusqu’au 19 août 2025 - date à laquelle deux (2) agents de la Swat Team ont été tués
et plusieurs autres blessés à Kenscoff - très peu de dommage collatéral avait été enregistré.
Cependant, à partir de cette date, ceux qui pilotent les drones semblent prendre pour cibles
des membres de la population civile. Le RNDDH en veut pour preuve les opérations des 6
et 20 septembre 2025 au cours desquelles onze (11) et seize (16) personnes ont été
respectivement tuées dont huit (8) enfants parmi lesquels six (6), qui sont âgés de trois (3)
à douze (12) ans.
29. Pourtant, les chefs de gangs notoires continuent de circuler librement, de narguer les
autorités étatiques dans des vidéos et de s’en prendre à la population en orchestrant des
massacres et des attaques armées dans les départements de l’Artibonite, du Centre et de
l’Ouest. Si depuis les opérations par drones kamikazes, plus de deux-cents (200) bandits
armés ont été effectivement tués et plus de cent-cinquante (150) autres blessés, aucun chef
de gang notoire n’a à date été touché. Ceci soulève pour le RNDDH la question de la justesse
des frappes et met en cause les capacités de pilotage de l’équipe en charge desdites
opérations.
30. Le RNDDH continue de croire que le pilotage des drones kamikazes ne peut être confié
à une équipe contrôlée par des autorités politiques. Une cellule de coordination impliquant
toutes les forces de l’ordre présentes sur le territoire national doit au contraire être mise en
place et travailler dans le respect de la déontologie militaire et policière ainsi que des règles
du droit international des Droits de l’Homme et du droit international humanitaire. Le
RNDDH estime qu’un tel mécanisme aurait évité les nombreuses victimes collatérales déjà
enregistrées.
31. L’attaque par drones kamikazes à Simon Pelé en date du 20 septembre 2025, a
occasionné le décès de seize (16) personnes dont huit (8) enfants. Six (6) d’entre eux, retracés
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
9
par l’organisation, sont des petites filles âgées de trois (3) à douze (12) ans. Le RNDDH reste
convaincu qu’aucune stratégie, aucune lutte contre le banditisme ne peut justifier
l’assassinat de jeunes enfants qui méritaient, au contraire, l’encadrement et la protection
de l’Etat haïtien. En ce sens, le RNDDH rappelle qu’Haïti est partie à la Convention
Internationale relative aux Droits de l’Enfant. L’Etat haïtien reconnait donc, au vœu de
l’article 6.1 de ladite Convention, que « tout enfant a un droit inhérent à la vie ». De plus, il
s’est engagé, selon l’article 38.1, à « respecter et à faire respecter les règles du droit
humanitaire international, applicables aux enfants… » qui se retrouvent dans des situations
conflictuelles ou encore, lors des interventions du genre de celles du 20 septembre 2025.
32. De plus, le RNDDH rappelle que les principes de distinction et de précaution,
consacrés par le droit international humanitaire imposent aux autorités policières et
militaires l’obligation de toujours établir la différence entre les civils.es et les terroristes
armés, dans le but de les viser exclusivement ainsi que leurs fiefs et d’éviter les victimes
collatérales. C’est pourquoi, le RNDDH réitère son appel aux autorités étatiques de
renoncer aux montants alloués au renseignement et à l’intelligence, et de les mettre à la
disposition des forces de l’ordre. C’est seulement de cette manière que celles-ci auront la
capacité de recueillir des informations précises en vue de cibler les bandits armés et leurs
fiefs, tout en protégeant la population civile et les enfants.
33. Enfin, le RNDDH regrette que, depuis les attaques des 6 et 20 septembre 2025, le
Conseil Présidentiel de Transition (CPT), la Primature, le Conseil Supérieur de la Police
Nationale (CSPN), ne se soient pas manifestés. Ce comportement témoigne d’un cynisme
envers les victimes survivantes, leurs proches ainsi qu’envers les parents endeuillés. Il
confirme aussi l’abandon de l’Etat qui a déjà porté de nombreux citoyens.nes à se tourner
vers des chefs de gangs armés comme cela a encore été le cas, après le carnage du 20
septembre 2025. En effet, plusieurs parents totalement démunis ont dû accepter l’aide du
chef de gang de Simon Pelé Steevenson ALBERT alias Djouma, pour l’organisation des
funérailles de leurs petits. Sur ce point, le RNDDH déplore le fait par l’Etat haïtien de
continuer, par sa politique absentéiste, de laisser la place aux bandits armés alors que c’est
à lui qu’il revient de reconnaitre ses bavures et d’aider les victimes et leurs proches à se
relever.
34.
Fort de tout ce qui précède, le RNDDH exige des autorités étatiques :
•
La protection sans condition de la population civile lors des interventions par drones
kamikazes ;
•
La mise à l’entière disposition des forces de l’ordre, les fonds de l’Etat alloués à
l’intelligence et au renseignement ;
•
Une prise de contact avec les parents des enfants ainsi qu’avec les proches des adultes
tués lors de l’attaque du 20 septembre 2025 en vue de les accompagner, en tenant
compte de leurs besoins spécifiques.
Opérations aux drones kamikazes : Le RNDDH exige la protection de la population civile
RNDDH – Rapport/M/A25/No9-VF
10