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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Dégradation de la situation sécuritaire dans l’Artibonite :
Le RNDDH exige des autorités la protection de la population
9 octobre 2025
Sommaire
Pages
Résumé
2
I.
INTRODUCTION
3
II.
MISE EN CONTEXTE
3
III.
METHODOLOGIE
6
IV.
PRESENTATION DU DEPARTEMENT DE L’ARTIBONITE
7
V.
ATTAQUES ENREGISTREES DANS LE DEPARTEMENT DE L’ARTIBONITE
7
a) Attaques armées à Gros-Morne
b) Attaque armée à La Chapelle
c) Attaques armées à L’Estère
d) Attaques armées à Liancourt
e) Attaques armées à Marchand-Dessalines
f) Attaques armées à Montrouis
g) Attaques armées à Petite-Rivière de l’Artibonite
h) Attaque armée à Verrettes
7
8
9
9
10
11
11
16
VI.
BILAN DE CES ATTAQUES ARMEES
16
VII.
REACTIONS DES AUTORITES JUDICIAIRES
17
VIII.
REACTIONS DES AUTORITES POLICIERES
19
IX.
REACTIONS DES AUTORITES LOCALES ET MUNICIPALES
20
X.
COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS
21
Dégradation de la situation sécuritaire dans l’Artibonite : Le RNDDH exige des autorités
la protection de la population
RNDDH – Rapport/M/A25/No8-VF
1
Résumé
1.
Depuis 2018, la population haïtienne fait face à une insécurité généralisée et persistante, aux
conséquences humaines et sociales désastreuses. Cette insécurité qui a ravagé le département de
l’Ouest, avec la complicité des autorités étatiques et judiciaires, a rampé dans les départements du Centre
et de l’Artibonite, où elle s’est installée, portant le Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH) à s’intéresser aussi à la situation sécuritaire de ces 2 autres départements.
2.
Les investigations menées en ce sens ont révélé qu’en 2022, les raids perpétrés par les bandits
armés dans le département de l’Artibonite n’étaient que sporadiques. Mais, ils se sont intensifiés en 2025,
car, de janvier à septembre 2025, au moins 24 massacres et attaques armées ont été recensés dans 25
localités et villes différentes, situées dans 8 des 17 communes dudit département.
3.
Certaines attaques ont été menées de manière simultanée, sur plusieurs zones, engendrant des
pertes humaines et matérielles énormes, en plus des nombreuses blessures par balles et à l’arme
blanche. En effet, des dizaines de personnes ont été assassinées desquelles, le RNDDH a recensé 84,
soit une moyenne de 3 personnes par épisode de violence et une moyenne de 9 personnes assassinées
par mois, pendant les 9 mois analysés. 4 agents de la PNH et 2 agents de la MMAS figurent parmi les
victimes ayant perdu la vie. 6 institutions étatiques dont 3 commissariats, 1 sous-commissariat et 2
tribunaux de paix ont été vandalisés et/ou incendiés.
4.
Soumises aux assauts quotidiens de la part des bandits armés de la Base Kokorat San Ras, de la
Base Gran Grif et des Talibans / Mawozo, les communes de Gros-Morne, La Chapelle, Liancourt,
L’Estère, Marchand - Dessalines, Montrouis, Petite-Rivière de l’Artibonite et Verrettes sont devenues très
dangereuses pour la population haïtienne. Et, avec 8 attaques armées, la commune de Petite-Rivière de
l’Artibonite fait figure de celle qui est la plus convoitée par les bandits armés, et sa population est par
conséquent, plus exposée aux actes attentatoires aux vies et aux biens.
5.
Parallèlement, il se développe dans le département un phénomène atypique selon lequel des
communautés sont prises pour cibles par des membres des brigades d’autodéfense, qui leur reprochent
de ne pas investir dans les efforts de sécurisation des communautés en question. C’est ce que révèlent
les investigations menées par le RNDDH sur le massacre survenu à Préval le 20 mai 2025.
6.
Sans fournir un bilan exhaustif des pertes engendrées par ces épisodes de violence ni présenter
des actions concrètes qui ont été prises en vue de ramener l’ordre et la sécurité dans le département de
l’Artibonite, la vice-délégation de l’arrondissement de Saint-Marc, les agents intérimaires de l’Exécutif, les
parquets de Saint-Marc et des Gonaïves, les différents tribunaux de paix des communes affectées par
l’insécurité et la violence armée, reconnaissent que la situation sécuritaire est effectivement alarmante.
Pour sa part, la police du département, en manque de ressources humaines et matérielles, est dépassée
par la situation, en dépit du renforcement très relatif de son effectif dans certaines zones, par des unités
spécialisées.
7.
Ainsi, depuis quelque temps, le département de l’Artibonite, jadis considéré comme le grenier
agricole d’Haïti, constitue l’un des épicentres de la violence armée dans le pays. Et, si les autorités
étatiques, policières et judiciaires ne font rien pour résoudre cette situation, celle-ci empirera et la violence
armée continuera de ramper vers d’autres départements géographiques du pays.
8.
Fort de ce qui précède, le RNDDH exige des autorités étatiques l’adoption de mesures immédiates
visant à protéger la population de l’Artibonite ; et leur recommande de : Fournir à l’institution policière, les
ressources nécessaires en vue de reprendre le contrôle de tout le territoire du département de
l’Artibonite ; Rétablir les conditions minimales de sécurité dans le département de l’Artibonite, en vue de
faciliter le retour des personnes déplacées et de leur permettre de vaquer à leurs occupations ; Fournir,
selon leurs besoins médicaux, financiers, psychologiques, assistance aux victimes et proches de victimes
des actes attentatoires aux vies et aux biens enregistrés dans le département de l’Artibonite de janvier à
septembre 2025 ; Mettre à la disposition des forces de l’ordre, le montant total des frais d’intelligence
pour qu’elles puissent s’enquérir des activités des gangs armés sur le territoire national et éviter que tout
le pays ne tombe sous le joug des bandits armés.
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I.
INTRODUCTION
1.
Depuis plusieurs années, la situation sécuritaire en Haïti ne cesse de se dégrader,
affectant profondément la vie des citoyens et des citoyennes. Si au début, seul le
département de l’Ouest était particulièrement visé par cette situation, depuis plus de
trois (3) ans maintenant, la violence armée a atteint les départements de l’Artibonite et du
Centre. En effet, les gangs armés, lourdement équipés sèment la terreur au sein de ces trois
(3) départements, accentuant la vulnérabilité de la population déjà exacerbée par la
pauvreté, les catastrophes naturelles et l’instabilité sociale, politique et économique
chronique.
2.
L’escalade de la violence armée dans le département de l’Artibonite, théâtre de toutes
sortes d’atrocités criminelles – massacres, attaques armées, raids, assassinats, blessures
par balles et à l’arme blanche, viols, viols collectifs, vols, incendies, etc. – a porté le Réseau
National de Défense des Droits Humains (RNDDH) à mener une enquête autour des
épisodes de violence qui y ont été enregistrés de janvier à septembre 2025.
3.
Aujourd’hui, le RNDDH se propose de partager avec l’opinion publique les résultats
de ses investigations.
II.
MISE EN CONTEXTE
4.
Les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre, sont en proie à une violence
systématisée contre laquelle l’Etat haïtien ne s’est jamais insurgé, ce qui a occasionné
l’apparition de territoires devenus le théâtre de multiples actes attentatoires aux vies et
aux biens des citoyens.nes.
5.
Les forces de l’ordre ne manifestent, à date, aucune volonté de mettre fin au
pourrissement de la situation sécuritaire dans le pays. Au plus haut niveau de l’Etat, les
autorités ne font que déplorer le développement de la situation, condamner les actions des
bandits armés tout en continuant de promettre de rétablir l’ordre et la sécurité dans le pays,
en vue de l’organisation des élections et du retour à l’ordre constitutionnel. Cependant, force
est de constater que ces promesses ne sont pas tenues et qu’au lieu de s’améliorer, la
situation sécuritaire empire.
6.
En effet, depuis 2018, la population haïtienne est en proie à une préoccupante
situation d’insécurité jamais égalée dans l’histoire du pays :
•
Au moins cinquante-huit (58) épisodes de violence ont été perpétrés, dont vingt-neuf
(29) ont été enregistrés de mars 2024 à septembre 2025, alors que le Conseil
Présidentiel de Transition (CPT) occupe le pouvoir ;
•
Des centaines de viols collectifs perpétrés lors de ces épisodes de violence ont été
dénoncés ;
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•
Des femmes et des filles enlevées lors d’épisodes de violence ont été séquestrées
pendant plusieurs jours au cours desquels elles ont été soumises à l’esclavage sexuel ;
•
Des centaines de personnes ont été assassinées, avec une moyenne de trente-deux (32)
morts par épisode de violence ;
•
Des milliers de maisons ont été pillées, squattées ou incendiées par les bandits armés ;
•
La population déplacée à l’intérieur du pays était estimée, en date du 11 juin 2025, à
près d’un-million-trois-cent-mille (1,300,000) personnes, par l’Organisation
Internationale de la Migration (OIM) ;
•
Deux-cent-quarante-six (246) sites d’accueil de personnes déplacées en raison de
l’insécurité et des attaques armées des bandits ont été recensés par la Direction de la
Protection Civile (DPC).
7.
Des centaines de victimes, de proches de victimes ainsi que leurs ayants-droits ont
porté plainte par-devant l’appareil judiciaire haïtien. Cependant, à date, la réponse de
celui - ci est quasi-inexistante : Seule une ordonnance de renvoi a été émise en date du 20
juin 2024 par le magistrat instructeur Jean Wilner MORIN, renvoyant par-devant la
juridiction répressive, auteurs intellectuels et matériels du massacre de La Saline, perpétré
les 13 et 14 novembre 2018.
8.
Les crimes contre les personnes, perpétrés par les bandits armés au cours des sept (7)
dernières années, soit de 2018 à 2025, n’ont donc pas été réprimés par la Justice haïtienne
qui fait preuve d’une grande complaisance, encourageant ainsi les bandits armés à
s’attaquer aux citoyens.nes, sans s’inquiéter.
9.
Le département de l’Artibonite, jadis considéré comme le grenier agricole du pays,
représente aujourd’hui l’un des foyers de violence les plus préoccupants. En effet, huit (8)
des dix-sept (17) communes à savoir Gros-Morne, La Chapelle, L’Estère, Liancourt,
Marchand-Dessalines, Montrouis,
Petite-Rivière de l’Artibonite et Verrettes, vivent
quotidiennement au rythme d’affrontements armés, d’exécutions extrajudiciaires, de
massacres, de viols, de viols collectifs, d’incendies criminels, de pillages de biens privés, de
destruction de biens de l’Etat, d’enlèvements suivis de séquestration, de rançonnement de
la population, et de déplacements massifs et forcés des citoyens.nes.
10. Les premiers épisodes de violence enregistrés dans l’Artibonite datent de 2022, avec
des attaques sporadiques qui se sont intensifiées en 2023. En effet, le 25 janvier 2023, des
bandits armés de la Base Gran Grif ont attaqué le commissariat de Liancourt où six (6)
policiers ont été assassinés1.
1Position du RNDDH sur les assassinats en série d’agents-tes de la PNH,
RNDDH – Rapport/A23/No2, 26 janvier
2023, 6 pages https://web.rnddh.org/wp-content/uploads/2023/01/2-RapM-PNH-Insecurite-26Jan2023-FR.pdf,
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11. Le 4 août 2023, à Carrefour Peille2, dans la commune de Liancourt, une attaque
simultanée de la Base Gran Grif et de Kokorat San Ras a occasionné l’assassinat d’au moins
cinq (5) personnes. Plusieurs autres ont été blessées par balles. Quelques jours plus tard,
soit le 16 août 2023, la Base Gran Grif a encore attaqué la population. Trois (3) personnes
ont alors été assassinées3. Il s’agit de Peter Fils BARTHELEMY, Sophonie EXANTUS, et de
Richecader ADRIEN alias Blanc. Le même jour, des policiers qui se rendaient à la CroixPérisse sont tombés dans une embuscade. Leur véhicule, un pick-up de la PNH, a été
incendié.
12. En juin puis en octobre 2024, Gros-Morne et Pont-Sondé4 ont été l’objet de raids au
cours desquels huit (8) personnes d’une part, et plus de soixante-dix (70) personnes d’autre
part, ont été tuées. En décembre 2024, ce fut au tour de Petite-Rivière de l’Artibonite d’être
attaquée. Ce jour-là, sept (7) personnes ont été assassinées par les bandits armés. Par la
suite, de nombreuses attaques ont été enregistrées dans cette commune, ce qui a
substantiellement augmenté le nombre de victimes.
13. Toutefois, à partir de janvier 2025, avec cette première attaque enregistrée à
Gros - Morne où treize (13) personnes ont été assassinées dans les localités de Grépin et de
Campêche, la situation du département a tout simplement basculé dans l’horreur.
14. Trois (3) gangs armés contrôlent les axes routiers stratégiques du département et
décident de la circulation des personnes, des biens et des services. Il s’agit :
•
De Kokorat San Ras, dont l’un des fiefs se trouve à Ti Bwadòm, commune de
Gros - Morne et l’autre, à La Croix-Périsse, commune de l’Estère ;
•
De la Base Gran Grif, dont le fief se trouve à Savien dans la commune de
Petite - Rivière de l’Artibonite ;
•
Des Talibans-Mawozo – groupe armé composé de bandits issus du gang des Talibans
d’une part, et de bandits en provenance des 400 Mawozo d’autre part, qui ont décidé
de se fusionner – ayant leur fief respectivement à Canaan et à la Croix-des-Bouquets.
15. Parallèlement à ce mécanisme mis en place par les bandits armés, plusieurs brigades
d’autodéfense ont été créées dans plusieurs villes du département, en vue de faire front aux
velléités des gangs armés. Ces brigades établissent aussi des stratégies de contrôle. Cette
situation occasionne souvent des affrontements entre gangs armés et brigades
d’autodéfense, provoquant des pertes humaines et matérielles énormes. Par exemple, l’une
des structures d’autodéfense devenue populaire dans le département de l’Artibonite est La
Coalition. Elle est composée de brigades issues de plusieurs zones différentes comme
2 Escalade de la violence dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite : Le RNDDH dénonce la complicité du
CSPN, - RNDDH – Rapport/A23/No7, 18 août 2023, 8 pages https://web.rnddh.org/wp-content/uploads/2023/08/7-RapMEscalade-de-violences-Carrefour-Feuilles-18Aout2023-FR.pdf
3
Idem
4 Massacre au Pont-Sondé
: Le RNDDH exige des autorités étatiques la protection immédiate de la population
haïtienne RNDDH - Com.P/A2024/No2, 4 octobre 2024, 4 pages https://web.rnddh.org/wp-content/uploads/2024/10/2-CPPont-Sonde-04Octobre2024.FR_.pdf
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Canaux, Chandelle, Labady, Liancourt et Jean-Denis etc. Honnie des bandits armés, La
Coalition est souvent prise pour cible par ces derniers.
16. De plus, aux côtés des policiers.ères déployés sur le terrain se retrouvent des soldats
des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) ainsi que des agents de la Mission Multinationale
d’Appui à la Sécurité (MMAS). C’est en leur présence que plusieurs des communes
susmentionnées sont tombées sous le joug des bandits armés qui y font la Loi depuis.
17. C’est donc dans ce contexte d’impunité et de déliquescence générale que la violence
armée a rampé jusqu’au département de l’Artibonite et s’y est établie, sous le regard
complice des autorités étatiques.
III.
METHODOLOGIE
18. Ce rapport couvre les événements sanglants survenus de janvier à septembre 2025
dans le département de l’Artibonite. Pour son élaboration, le RNDDH s’est entretenu avec :
•
•
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•
•
•
•
La Direction Départementale de l’Artibonite de la Police Nationale d’Haïti
(DDA /PNH) ;
Le commissariat de Gros-Morne ;
Le commissariat de L’Estère ;
Le commissariat de Marchand Dessalines ;
Le commissariat de Saint-Marc ;
Le parquet près le tribunal de première instance des Gonaïves ;
Le parquet près le tribunal de première instance de Saint - Marc ;
Le tribunal de paix de Désarmes ;
Le tribunal de paix de Gros-Morne ;
Le tribunal de paix de La Chapelle ;
Le tribunal de paix de L’Estère ;
Le tribunal de paix de Liancourt ;
Le tribunal de paix de Marchand Dessalines ;
Le tribunal de paix de Montrouis ;
Le tribunal de paix de Petite-Rivière de l’Artibonite ;
La vice-délégation de l’Arrondissement de Saint-Marc ;
L’Agent intérimaire de l’Exécutif de Gros-Morne ;
L’Agent intérimaire de l’Exécutif de Montrouis ;
Des membres de l’Association des Femmes pour le Développement de Petite-Rivière
de l’Artibonite (AFEDPRA) ;
Des membres de la Commission de Dialogue, de Réconciliation et de
Conscientisation pour Sauver l’Artibonite (CDRCA) ;
Des victimes et des proches de victimes ;
Des notables ;
Des riverains.
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IV.
PRESENTATION DU DEPARTEMENT DE L’ARTIBONITE
19. Avec une superficie de quatre-mille-neuf-cent-quatre-vingt-sept kilomètres carrés
(4,987 km2) divisée en cinq (5) arrondissements constitués de dix-sept (17) communes,
l'Artibonite est le plus grand des dix (10) départements géographiques du pays, en termes
de superficie. Il porte le nom du fleuve qui le traverse, le fleuve de l’Artibonite.
20. La chaine pénale dudit département compte dix-huit (18) commissariats, six (6)
Sous - commissariats, vingt-quatre (24) tribunaux de paix, deux (2) tribunaux de première
instance localisés à Saint-Marc et aux Gonaïves ; une (1) Cour d’appel, celle des Gonaïves
ainsi que deux (2) prisons rattachées aux deux (2) juridictions de première instance.
21. Le département de l’Artibonite est la principale zone de production de riz. Les terres
y sont très fertiles, d’où l’intensification des activités agricoles, ce qui lui a valu son nom de
grenier du pays. Par exemple, Gros-Morne, La Chapelle, L’Estère, Liancourt,
Marchand - Dessalines, Petite-Rivière de l’Artibonite et Verrettes cultivent, selon leurs
spécialités, le riz, la canne-à-sucre, le manioc, le maïs, la patate douce, le sorgho, plusieurs
variétés d’haricot, des oignons, des tomates, des poivrons, du café, du cacao, de la banane
ainsi que divers fruits tropicaux tels que le citron vert, des variétés de mangues, des avocats,
des chadèques et des corossols. De nombreuses plantes médicinales poussent aussi dans
différentes communes, principalement à La Chapelle. Et, à Montrouis, l’économie a pour
socle le tourisme, la pêche côtière, la petite agriculture et le commerce.
V.
ATTAQUES ENREGISTREES DANS LE DEPARTEMENT DE L’ARTIBONITE
22. De janvier à septembre 2025, au moins vingt-quatre (24) épisodes de violence ont été
enregistrés dans huit (8) communes du département de l’Artibonite.
a) Attaques armées à Gros-Morne
23. Dans la matinée du 18 janvier 2025, dans les localités Campêche et Grépin, commune
de Gros-Morne, au moins treize (13) personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées par
les bandits du gang armé de Ti Bwadòm dirigé alors par Grand Black ainsi connu. Ce
dernier a été tué le 16 septembre 2025, lors d’une opération policière.
24. Parallèlement, en date du 31 mai 2025, Elie LIMAGE, âgé de quatre-vingt-quatre (84)
ans, propriétaire de Le Beau Rivage Hôtel, a été enlevé chez lui. Le 9 juin 2025, son cadavre
a été retrouvé à Morne Marguerite, toujours dans la commune de Gros-Morne, après trois
(3) semaines de séquestration alors que trois-cent-mille (300,000) dollars américains ont été
versés et deux (2) véhicules ont été cédés aux bandits armés de la Base Kokorat San Ras.
25. Quelques mois après, soit le 6 août 2025, dans la matinée, aux abords du Lycée
Jacques Roumain, localité Pay Kann, des individus lourdement armés de la Base Kokorat
San Ras ont attaqué le centre-ville de Gros-Morne, tuant au moins deux (2) personnes et
blessant grièvement une (1) autre. Parmi les victimes figure Balnave ainsi connu, détenteur
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d’une entreprise de matériaux de construction et résident du quartier Méderique à
Gros - Morne. Il a été assassiné vers 11 :00 heures.
26. Le 24 août 2025, des individus lourdement armés de la Base Kokorat San Ras ont
attaqué le centre-ville de Gros-Morne, tuant au moins six (6) personnes. Ils ont aussi enlevé
l’homme d’affaires et propriétaire de la Radio Union FM, Wedner GEDEON, qu’ils avaient
grièvement blessé par balles avant de l’emmener. Quelques jours plus tard, soit le 31 août
2025, Wedner GEDEON a été remis en liberté après que sa famille eut versé une rançon aux
bandits armés. Il a dû être emmené à l’hôpital pour être soigné.
27. Le RNDDH a reconstitué les circonstances dans lesquelles certaines parmi ces
victimes ont perdu la vie :
•
Pierrecilien JOSEPH, alias Tchotcho, âgé de soixante (60) ans et père de cinq (5)
enfants. Il se trouvait à Carrefour Merlec, devant les locaux de la caisse populaire
lorsqu’entre 14 :00 et 15 :00 heures, il a reçu plusieurs balles dont deux (2), au niveau
de son sternum et un (1), au bras. Son corps a été récupéré par sa famille et mis en
terre le 31 août 2025 ;
•
Johnny ACCILIEN, âgé de trente-quatre (34) ans et père d’un (1) enfant. Entre 14 :00
et 15 :00 heures, il se trouvait à la grand-rue de Gros-Morne lorsque les bandits
armés ont attaqué la commune. Il se précipitait chez lui lorsqu’il a reçu trois (3)
balles dont une (1) au cœur, une (1) au niveau de l’abdomen et l’autre, au bras
gauche. Son cadavre a été récupéré par des membres de sa famille qui l’ont enterré
le 28 août 2025 ;
•
Schneider MONES, né le 21 août 2000, âgé de vingt-cinq (25) ans, revenait de son
travail lorsqu’entre 14 :00 et 15 :00 heures, il a été criblé de balles. Il a en effet reçu
neuf (9) projectiles : ses poumons, ses pieds ainsi que ses reins ont été endommagés.
Il a été transporté à l’Hôpital Alma Mater (HAM) de Gros-Morne puis transféré vers
un autre centre hospitalier des Gonaïves. Il est décédé le même jour à 18 :00 heures.
Son cadavre a été récupéré le 23 août 2025, et ses funérailles ont été chantées le 5
septembre 2025 ;
•
Loubenson TIDE, né le 22 avril 1999, âgé de vingt-six (26) ans et père d’un enfant, se
trouvait dans l’enceinte du complexe où est située la station de Radio Union FM. Il
y rechargeait son téléphone lorsqu’il a reçu une balle à la tête. Son cadavre a été
récupéré vers 17 : 00 heures par sa famille. Il a été enterré le 28 août 2025 à
Gros - Morne.
b) Attaque armée à La Chapelle
28. Le 22 juin 2025, les Talibans - Mawozo, dirigés par Jeff LAROSE alias Jeff Gwo Lwa,
et Wilson JOSEPH, alias Lanmò San Jou, ont envahi la commune de La Chapelle. Lors de
cette attaque, ils ont incendié le sous - commissariat de la ville.
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29. Le lendemain, soit le 23 juin 2025, les bandits armés sont revenus et ont
complètement détruit ledit sous-commissariat à l’aide de masses et de marteaux. Depuis, la
population a fui la commune, désormais sous le contrôle total des bandits armés.
30. Le 24 juin 2025, la police de Saint-Marc a procédé à l’arrestation de l’inspecteur de
police Pierre JEAN PHILIPPE, alias Pipo, pour son implication dans l’attaque des
Talibans - Mawozo. Il était responsable du sous-commissariat de La Chapelle. Il lui est en
effet reproché d’avoir intentionnellement livré la ville aux bandits armés.
31. Le 26 juin 2025, Jeff LAROSE alias Jeff Gwo Lwa a publiquement revendiqué l’attaque
de La Chapelle et le contrôle subséquent de la commune.
32. Quelques jours plus tard, soit le 1er juillet 2025, Les Talibans - Mawozo ont enlevé
plusieurs personnes dans la commune de La Chapelle et les ont conduites comme otages
dans leur base à Canaan, dans le département de l’Ouest.
c) Attaques armées à L’Estère
33. Tôt dans la matinée du 19 juillet 2025, aux environs de 4 :00 heures, des bandits
armés de la Base Kokorat San Ras ont attaqué la localité de Kapenyen, dans la commune
de L’Estère. Au cours de ce raid, mené de manière simultanée sur au moins cinq (5) fronts,
sept (7) personnes ont été tuées et plus de dix (10) autres ont été blessées.
34.
Deux (2) mois plus tard, soit le 21 septembre 2025, vers 1 :00 heure, ces mêmes bandits
armés ont envahi encore une fois la localité de Kapenyen, incendiant plusieurs maisons, ainsi
qu’une église, et emportant le bétail trouvé sur place.
35.
A peine 24 heures de temps plus tard, soit le 22 septembre 2025 dans la matinée, ils
ont orchestré une nouvelle attaque dans la commune de L’Estère. Ils ont alors incendié au
moins une (1) dizaine de maisons, tué une (1) personne et blessé par balles plusieurs autres.
36.
Il convient de souligner qu’en raison de sa brigade d’autodéfense à la tête de laquelle
se trouve Wilguens SANON, la localité de Kapenyen est considérée comme l’un des bastions
de résistance contre des bandits armés opérant dans le département de l’Artibonite,
notamment la Base Kokorat San Ras.
d) Attaques armées à Liancourt
37. Le 22 juillet 2025, des bandits armés de la Base Gran Grif ont conduit une attaque
contre la commune de Liancourt, portant la population civile à s’enfuir, laissant derrière
elle un champ de bataille opposant policiers et bandits armés.
38. Lors des affrontements, un char blindé de la Police Nationale d’Haïti (PNH) est tombé
dans une embuscade au cours de laquelle il a été immobilisé puis incendié. A l’intérieur se
trouvaient au moins trois (3) policiers et deux (2) éclaireurs qui les accompagnaient. Ils ont
tous été tués. Les policiers victimes répondaient aux noms de Daniel JEAN LOUIS, Daniel
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DARIUS et Fegensly MERTUS. Ils étaient tous affectés à l’Unité Départementale de Maintien
d’Ordre (UDMO).
39. Quelques jours plus tard, soit le 11 août 2025, lors d’une opération policière à
Liancourt, les forces de l’ordre se sont affrontés aux membres de la Base Gran Grif de
Savien. L’agent Guy Rurley BATHALIEN a reçu une balle à la tête. Il a succombé à ses
blessures à l’hôpital.
40.
Dans une nouvelle attaque des bandits armés dans la soirée du 14 septembre 2025,
le commissariat de Liancourt a été démoli puis incendié.
e) Attaques armées à Marchand-Dessalines
41. Le 2 mai 2025, vers 8 :00 heures, la localité Grand-Hatte, quatrième section
communale de Marchand - Dessalines, a été attaquée par les bandits armés de la Base Gran
Grif. Au moins trois (3) personnes ont été assassinées et plusieurs maisons ont été pillées
puis incendiées. Voici les circonstances dans lesquelles deux (2) des victimes ont été tuées :
•
Franel EPHRAÏM, âgé de vingt-cinq (25) ans, a reçu une (1) balle à la tête. Son corps
a été mis en terre le 3 mai 2025, par des membres de sa famille ;
•
Franklin NOEL, âgé de vingt-cinq (25) ans et père d’un (1) enfant, a été enlevé par
les bandits armés de la Base Gran Grif. Peu de temps après, il a reçu deux (2)
projectiles. Le même jour, dans la soirée, sa famille a récupéré son corps et l’a
enterré.
42. Plus de deux (2) mois après, soit le 17 juillet 2025, tôt dans la matinée, des individus
armés membres du gang Kokorat Sans Ras, ont attaqué la commune de
Marchand - Dessalines et ont mis feu au commissariat de la ville. Le matériel de bureau,
dont des classeurs métalliques, des chaises et des tiroirs – vidés de leurs dossiers qui ont
été éparpillés sur le sol – a été complètement détruit par les flammes. Trois (3) détenus se
trouvaient à la garde-à-vue. Ils ont tous été libérés. Ils étaient poursuivis respectivement
pour vol, voies de fait, et viol perpétré sur une mineure âgée de treize (13) ans.
43. Il a aussi été rapporté au RNDDH que plusieurs motocyclettes qui avaient été saisies
par le commissariat ainsi qu’une (1) autre qui appartenait à la PNH, ont été volées par les
bandits armés. Des armes et des munitions dont un (1) M1, douze (12) fusils de calibre 12,
une (1) caisse de cartouches de 5.56 millimètres et une demi-caisse de cartouches de calibre
12, ainsi que des effets personnels appartenant aux policiers.ères dont des cartes bancaires,
des bottes, des téléphones, ont aussi été emportés.
44. Et, après avoir minutieusement fouillé le bâtiment du commissariat de
Marchand - Dessalines en vue de voler tout ce qu’ils y convoitaient et après l’avoir vandalisé
et incendié, les bandits du gang armé Kokorat San Ras ont aussi mis feu à deux (2) véhicules
qui étaient stationnés à l’entrée du bâtiment.
Dégradation de la situation sécuritaire dans l’Artibonite : Le RNDDH exige des autorités
la protection de la population
RNDDH – Rapport/M/A25/No8-VF
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f) Attaques armées à Montrouis
45. Depuis 1990, un litige foncier ayant occasionné plusieurs morts au fil des ans, oppose
deux (2) localités de la deuxième section communale de Montrouis : Piatre et Délugé.
Cependant, au début de l’année 2025, la situation s’est aggravée.
46. En effet, le 12 février 2025, le chef de gang connu sous le nom de Ti Jera qui opérait à
Trou Sable, dans la zone Ti Gode et qui avait installé un poste de péage sur la Route
Nationale #1 afin de rançonner les véhicules, a été tué par la police. Dans la soirée, des
bandits armés ont attaqué le commissariat de la ville, tuant le policier Fils Emmanuel
THOMAS ainsi que le greffier ad hoc au tribunal de paix de Montrouis Elysée LOUIS pour la
seule raison que ce dernier avait assisté le juge qui avait procédé au constat du cadavre de
Ti Jera. La conjointe du greffier, gravement blessée, avait alors reçu une balle à la poitrine.
47. Plus de six (6) mois plus tard, soit dans la nuit du 29 au 30 août 2025, les bandits
armés ont attaqué la population de Délugé. Des agents de la PNH qui se trouvaient sur
place, ont tenté de les repousser, sans succès. Une (1) femme a été tuée et neuf (9) autres
personnes ont été blessées, dont trois (3) policiers. Feu a été mis à un (1) des véhicules de
l’institution policière.
48. Quelques jours plus tard, soit dans la nuit du 17 au 18 septembre 2025, vers 22 : 00
heures, le commissariat de la commune de Montrouis a été incendié, après que la police eut
tué, à Bois-Neuf, deux (2) chefs de gangs à savoir Wilguens DESTIN alias Tibab et Black
ainsi connu.
g) Attaques armées à Petite-Rivière de l’Artibonite
49. Le 15 mars 2025, lors d’une attaque perpétrée dans la localité de Haut Canal,
deuxième section communale de Petite Rivière de l’Artibonite, par des bandits armés de la
Base Gran Grif dirigée par Luckson ÉLAN, six (6) membres de la population ont été
assassinés. Parmi les victimes figure Anthony JOSEPH, âgé de soixante-trois (63) ans, père
de sept (7) enfants. En effet, ce matin-là, vers 7 :00 heures, Anthony JOSEPH se rendait au
jardin lorsqu’il a reçu deux (2) balles dont l’une à la poitrine, l’autre au niveau des côtes.
Après l’avoir abattu, les bandits armés ont jeté son corps dans le canal et sont partis. Le
jour même, le cadavre d’Anthony JOSEPH a été repêché par sa famille, qui l’a transféré à la
morgue. Il a été enterré le lendemain, soit le 16 mars 2025.
50. Le 25 mars 2025 dans l’après-midi, c’est-à-dire dix (10) jours plus tard, des bandits
armés de la Base Gran Grif ont attaqué la population de Kafou Lavil, commune de
Petite - Rivière de l’Artibonite. Un (1) policier kényan a été assassiné et trois (3) blindés de
la Police Nationale d’Haïti (PNH), pris dans une embuscade dans la zone Kafou Lavil, ont
été incendiés. Il s’agit de Benedict KABIRU. Cet assassinat porte à deux (2) le nombre
d’agents Kényans tués dans le département de l’Artibonite. En effet, le 23 février 2025,
l’agent Samuel Tompoi Kaetuai a été blessé par balle dans un affrontement avec les bandits
de la Base Gran Grif à Savien. Il a succombé à ses blessures après avoir été transporté à
l’hôpital.
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RNDDH – Rapport/M/A25/No8-VF
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51. Dans la nuit du 27 au 28 avril 2025, à Haut Fourneau, des bandits armés de la Base
Gran Grif ont incendié plus d’une vingtaine de maisons, dont celle de A.J., âgé de trente-etun (31) ans et père d’un (1) enfant. Ce dernier, ainsi que plusieurs autres victimes, se sont
réfugiés sur la Place Solidarité, à Petite-Rivière de l’Artibonite.
52. Du 28 au 30 avril 2025, des bandits armés de la Base Gran Grif ont attaqué de manière
simultanée cinq (5) localités de la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite :
Carrefour - Peigne, Haut Fourneau, Haut Canal, Quatorzième et Morne de la
Crête - à - Pierrot. Plusieurs membres de la population ont été assassinés et d’autres en sont
sortis blessés. Des maisons ont été incendiées, et des commerces, pillés et/ou incendiés. Des
membres de la population ont dû se réfugier sur la Place Solidarité, à Petite-Rivière de
l’Artibonite et sur la Place Philippe Guerrier de Saint-Marc.
53. Pendant les trois (3) jours susmentionnés, plusieurs victimes ont été recensées par le
RNDDH. Voici le récit de quelques-unes d’entre elles :
•
•
Le 28 avril 2025, il était aux environs de 17 :00 heures, lorsque les bandits armés
ont fait irruption dans les quartiers susmentionnés :
o
Alors qu’il tentait de s’enfuir, Rony SEANCE, âgé de dix-neuf (19) ans, a reçu
un projectile au dos. Celui-ci est ressorti par son thorax. Son cadavre a été
récupéré par des membres de sa famille le lendemain et il a été enterré ;
o
C.W., âgé de vingt-deux (22) ans courait, en compagnie de Rony SEANCE
lorsqu’il s’est fracturé le bras gauche ;
o
O. M. J., âgée de soixante-dix-huit (78) ans et mère de quatre (4) enfants vivait
à La Crête-à-Pierrot. Elle s’est enfuie lors de l’attaque armée. Le 30 avril 2025,
des membres de sa famille lui ont rapporté avoir constaté que sa maison avait
été vandalisée par les bandits armés.
Le 30 avril 2025, vers 3 :00 heures, les bandits armés de la Base Gran Grif se sont
introduits encore une fois dans la localité de la Crête-à-Pierrot, en passant par le
haut de la localité de Depèp. Ils y ont incendié plus d’une vingtaine de maisons, tout
en assassinant et en blessant plusieurs membres de la population, portant plusieurs
résidents.es à s’enfuir. Voici les informations relatives aux circonstances dans
lesquelles quelques-unes des victimes ont été touchées par cette attaque armée :
o
D.J., âgé de cinquante-trois (53) ans, père de quatre (4) enfants, s’est échappé
de justesse de sa maison à laquelle les bandits ont mis le feu. Il a aussi perdu
une boutique et son atelier d’ébénisterie ;
o
La maison de N.L., âgé de trente-deux (32) ans et père de deux (2) enfants, a
été pillée puis incendiée par les bandits armés ;
Dégradation de la situation sécuritaire dans l’Artibonite : Le RNDDH exige des autorités
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RNDDH – Rapport/M/A25/No8-VF
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o
Dans la localité de Haut Fourneau, vers 2 : 00 heures, la maison de B. N., âgé
de soixante-dix (70) ans, a été incendiée par des bandits armés. Il a réussi à
s’échapper et s’est réfugié sur la Place Solidarité à Petite-Rivière de
l’Artibonite ;
o
Vers 3 :00 heures, à La Crête-à-Pierrot, des bandits armés ont pillé puis
incendié la maison de D. E., âgée de cinquante-et-un (51) ans.
54. Le 26 mai 2025, les bandits armés de la Base Gran Grif de Savien ont attaqué les
localités Bwa Lavil, Pon Benwa et Dekòd, toujours dans la commune de Petite-Rivière de
l’Artibonite. Il s’agit selon plusieurs, de localités contrôlées par La Coalition. Deux (2) jours
plus tard, soit le 28 mai 2025, aux alentours de 5 : 00 heures, la Base Grand Grif a envahi
la localité de Jean Denis. Lors de cette incursion, plusieurs residents.es ont été tués et des
dizaines de maison ont été incendiées. La statue d’une tête bœuf sacrée, située au carrefour
de Jean Denis, a été arrachée par les bandits armés puis emportée à Savien.
55.
Le 20 mai 2025, une attaque armée d’envergure a été perpétrée à Préval.
56. La localité de Préval, première section communale Bas-Cousin 1, commune de PetiteRivière de l’Artibonite, est située non-loin de Savien fief de la Base Gran Grif dirigée par
Lucson ELAN et à proximité de Jean Denis, localité maintenue étanche aux bandits armés
par la brigade d’autodéfense La Coalition.
57. Bien que la Base Gran Grif n’eût encore jamais attaqué la localité de Préval, pour des
questions de sécurité en raison notamment de sa juxtaposition au fief de ce gang armé, des
tensions persistantes entre les localités de Savien et de Jean Denis et en raison des rumeurs
de préparation d’attaques armées imminentes, plusieurs résidents.es dont des
agriculteurs.trices et des commerçants.es avaient pris l’habitude de vaquer, en cours de
journée, à leurs occupations à Préval et de se rendre ailleurs le soir, pour dormir. Cette
technique de survie leur permettait de continuer avec leurs activités commerciales et
journalières.
58. Parallèlement, selon plusieurs riverains, la brigade La Coalition a toujours reproché
à la population de Préval et à sa diaspora de ne jamais participer aux dépenses liées aux
activités de ladite brigade et de ne jamais contribuer à l’achat de munitions. A titre
d’exemple, les cultivateurs.trices de riz de Préval partent souvent vendre leur production à
Pont-Sondé et sont alors systématiquement harcelés par des membres de La Coalition qui
leur reprochent d’avoir beaucoup d’argent mais de refuser de participer aux efforts de
préservation et de protection de la localité de Préval. Or, prise entre la Base Gran Grif et
La Coalition, la population de cette zone, particulièrement les cultivateurs.trices - qui ont
déjà du mal à s’en sortir - est saignée à blanc car, elle est régulièrement rançonnée par les
deux (2) groupes.
59. De plus, selon d’autres riverains, trois (3) semaines environ, avant l’attaque armée
perpétrée le 20 mai 2025, deux (2) membres de La Coalition qui circulaient à Préval, à bord
Dégradation de la situation sécuritaire dans l’Artibonite : Le RNDDH exige des autorités
la protection de la population
RNDDH – Rapport/M/A25/No8-VF
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d’une motocyclette de marque Cross, ont tiré plusieurs coups de feu en direction de la
population, semant la panique.
60. C’est ainsi que le 20 mai 2025, tôt dans la matinée, à proximité de la localité Jean
Denis, un (1) membre de la brigade La Coalition, Hudlert CHARLES, a été tué par balle par
des bandits armés de la Base Gran Grif. En représailles, entre 13 :00 et 14 : 00 heures,
plusieurs membres de ladite brigade, faisant partie de la branche basée à Jean Denis,
dirigés par Francky PIERRE alias Ti Mepri et Jean Baptiste MERCIDIEU, ont attaqué la
population de Préval. Avec en leur possession des armes à feu, des couteaux, des machettes,
des haches et des poignards, ils ont conduit une expédition aveugle, faisant preuve d’une
violence extrême vis-à-vis de la population.
61. Ils se sont rendus dans les champs où ils ont assassiné des cultivateurs.trices qui y
travaillaient. Ils ont aussi abattu plusieurs personnes rencontrées sur leur passage, dont
certaines qui tentaient de fuir la zone. Certaines victimes ont été décapitées et leurs têtes
jetées à la rivière en cru, en raison des récentes pluies qui avait été alors enregistrées. Au
moins vingt-quatre (24) personnes ont été ce jour-là assassinées. De plus, plusieurs maisons
ont été incendiées. Les biens des cultivateurs.trices dont leur riz qui se trouvait stocké dans
les moulins ainsi que leurs motocyclettes ont été emportés. Voici l’identité de quelques-unes
des victimes, ainsi que le récit des circonstances dans lesquelles elles ont perdu la vie lors
de cette virulente attaque :
•
Le 20 mai 2025, vers 14 :00 heures, des membres de La Coalition ont pénétré l’Eglise
Baptiste Maranatha - affiliée à la Mission Union Évangélique Baptiste d’Haïti
(UEBH) - où ils ont froidement exécuté le pasteur Jean Jacques BRUTUS ainsi que
treize (13) fidèles qui participaient à un service de prière. Né le 19 avril 1939, le
pasteur Jean Jacques BRUTUS était une figure respectée dans la communauté. Il a
été décapité à l’intérieur même de l’église. Son corps a été récupéré par sa famille et
ses funérailles ont été célébrées le 23 mai 2025, à l’Eglise Eben-Ezer de Saint-Marc.
Il était père d’un (1) enfant.
•
Le 20 mai 2025, Kervenson CHARLES, né le 20 avril 1991, âgé de trente-quatre (34) ans
et père de deux (2) enfants, rentrait à Préval après un passage à Pont-Sondé
lorsqu’arrivé vers 14 : 00 heures, à Daquin Renald, une localité située dans la
première section communale de Petite-Rivière de l’Artibonite, il a été abattu de
deux (2) balles à la tête, tirées par des membres de La Coalition. Son cadavre a été
retrouvé par sa famille quatre (4) jours plus tard. Il a été enterré ce jour-là ;
•
Ramy CHARLES, né le 6 janvier 1974, âgé de cinquante et un (51) ans et père de
trois (3) enfants, avait quitté Préval et se rendait à Pont-Sondé afin de rencontrer un
proche. Aux environs de 14 : 00 heures, à Daquin Renald, il a été intercepté par des
membres de La Coalition. Ces derniers l’ont exécuté de deux (2) balles : une (1) à la
tête et l’autre au dos. Le jour-même, sa famille a récupéré son cadavre puis l’a enterré
à Saint-Marc ;
Dégradation de la situation sécuritaire dans l’Artibonite : Le RNDDH exige des autorités
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14
•
Marc Edeline MERITIL était âgé de cinquante-cinq (55) ans et père de deux (2) enfants.
Cultivateur de riz à Préval, il se trouvait à l’Église Baptiste Maranatha de la Mission
Union Évangélique Baptiste d’Haïti (UEBH) lorsqu’il a été exécuté d’une (1) balle à la
tête par des membres de La Coalition ; Le lendemain, soit le 21 mai 2025, sa famille
a récupéré son cadavre. Ses funérailles ont été chantées le 27 mai 2025 ;
•
Elga PAUL, né le 26 avril 1965, âgé de soixante (60) ans, était père de quatre (4)
enfants. Il vivait à Préval où il cultivait du riz. Le 20 mai 2025, entre 13 : 00 heures
et 14 :15 heures, il se rendait à Pont-Sondé à vélo, accompagné de plusieurs personnes,
lorsqu’il a été intercepté en chemin, par des membres de La Coalition. Selon les
déclarations de ses proches, il a été conduit à Dutrèjet, où il a été interrogé avant d’être
mutilé à l’aide d’une machette. Il présente en effet une profonde entaille au ventre
ainsi que trois (3) autres blessures au bras droit. Son cadavre a été récupéré le 21 mai
2025 puis a été mis en terre huit (8) jours après ;
•
Roselène CHARLES, âgée de trente-trois (33) ans et mère de trois (3) enfants ;
•
Ilius CHARLES ;
•
Marlène CLAUDE, mère de quatre (4) enfants ;
•
Francilène JACQUES, âgée d’une vingtaine d’années. Elle était mère d’un (1) enfant et
en attendait un autre lorsqu’elle a été tuée ;
•
Reha JEAN BAPTISTE ;
•
Wilfrid MONDESIR ;
•
Méranta MEDIUS ;
•
Emanie ROMEUS, mère d’un (1) enfant ;
•
Vieux Coq THALES ;
•
Kiki connu dans la zone comme présentant des troubles mentaux ;
62. Il a aussi été rapporté au RNDDH que trois (3) cadavres non identifiés ont été dévorés
par des chiens.
63. Quelques jours plus tard, soit le 21 juin 2025, dans la même commune de Petite Rivière
de l’Artibonite, des membres de la Base Gran Grif ont assassiné au moins deux (2)
personnes, blessant plusieurs autres et enlevant des civils, dont des mineurs.res.
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h) Attaque armée à Verrettes
64. Le 30 juin 2025, les bandits armés des Talibans et des 400 Mawozo, les
Talibans - Mawozo ont orchestré une attaque armée dans la localité de Désarmes, 4ème
section communale de la commune de Verrettes. Cependant, ils ont été repoussés grâce à la
résistance des brigadiers locaux et des agents de la Police Nationale d’Haïti (PNH), qui ont
réussi à les empêcher d’entrer dans ladite commune.
VI.
BILAN DE CES ATTAQUES ARMEES
65. De janvier à septembre 2025, au moins vingt-quatre (24) épisodes de violence ont été
enregistrés dans vingt-cinq (25) villes et localités distinctes du département de l’Artibonite,
occasionnant des pertes humaines et matérielles énormes ainsi que de nombreuses
blessures par balles et à l’arme blanche. Tel que démontré dans le tableau suivant, plusieurs
de ces zones ont subi plus d’une attaque armée et de nombreuses attaques ont été menées
de manière simultanée :
Communes
Dates
18 janvier 2025
1.
Gros-Morne
2.
La Chapelle
3.
L’Estère
4.
Liancourt
5.
Marchand Dessalines
6.
Montrouis
06 août 2025
24 août 2025
22 - 23 juin 2025
19 juillet 2025
21 septembre 2025
22 septembre 2025
22 juillet 2025
11 août 2025
14 septembre 2025
3 mai 2025
17 juillet 2025
12 février 2025
29 au 30 août 2025
17 – 18 septembre 2025
15 mars 2025
25 mars 2025
27 au 28 avril 2025
Zones / Localités attaquées
Campêche
Grépin
Pay Kann
Centre-ville de Gros-Morne
La Chapelle
Kapenyen
Kapenyen
Centre-ville de L’Estère
Liancourt
Liancourt
Liancourt
Grand Hatte
Marchand Dessalines
Centre-ville de Montrouis
Délugé
Centre-ville de Montrouis
Haut Canal
Kafou lavil
Haut Fourneau
Carrefour - Peigne
28 au 30 avril 2025
7.
Petite Rivière de l’Artibonite
20 mai 2025
26 mai 2025
8.
Verettes
28 mai 2025
21 juin 2025
30 juin 2025
Haut Fourneau
Haut Canal
Quatorzième
Morne de la Crête-à-Pierrot
Préval
Bwa Lavil
Pon Benwa
Dekòd
Jean Denis
Petite Rivière de l’Artibonite
Désarmes
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66. Des dizaines de personnes ont été assassinées dans le département de l’Artibonite, si
l’on tient compte des informations partagées par les autorités rencontrées, les organisations
de la société civile évoluant dans l’Artibonite, les victimes ainsi que les proches de victimes.
Quatre-vingt-quatre (84) parmi les personnes ayant perdu la vie ont été recensées par le
RNDDH, dont quatre (4) agents de la PNH et deux (2) agents de la Mission Multinationale
d’Appui à la Sécurité (MMAS).
67. Au moins six (6) institutions étatiques ont été vandalisées et / ou incendiées. Il s’agit
de trois (3) commissariats, un (1) sous-commissariat et de deux (2) tribunaux de paix :
•
Des commissariats de Liancourt, Marchand - Dessalines et Montrouis ; et le souscommissariat de La Chapelle ;
•
Des tribunaux de paix de Liancourt et La Chapelle.
68. Des centaines de maison ont été pillées et/ou incendiées ; De nombreux véhicules dont
quatre (4) blindés et deux (2) voitures dont l’une (1) appartenait à la PNH, ont été incendiés.
De plus, plusieurs motocyclettes qui appartenaient soit à l’institution policière, soit à des
particuliers.ères ainsi que d’autres véhicules roulants ont été volés.
69. Au moins trois (3) prévenus ont été remis en liberté lorsque les bandits armés
prenaient d’assaut le commissariat de Marchand-Dessalines.
VII.
REACTIONS DES AUTORITES JUDICIAIRES
70. Les commissaires du gouvernement de Saint-Marc et des Gonaïves, avec lesquels le
RNDDH s’est entretenu à plusieurs reprises dans le cadre de cette enquête, ont confirmé la
tenue des différents épisodes de violence susmentionnés. S’ils n’ont pu fournir un bilan
exhaustif de ces attaques armées perpétrées à l’encontre de la population de l’Artibonite, ils
reconnaissent que les pertes humaines et matérielles restent extrêmement lourdes.
71. Selon le magistrat Venson FRANÇOIS, des démarches ont été entreprises par le
Parquet de Saint-Marc en vue de mettre l’action publique en mouvement à l’encontre des
bandits impliqués dans les attaques armées enregistrées dans les communes de cette
juridiction. Par exemple, pour le massacre perpétré dans la localité de Préval le 20 mai 2025,
une correspondance a été adressée le 23 mai 2025, à la Direction Départementale de la Police
de l’Artibonite, avec copie conforme au juge de paix de Petite-Rivière de l’Artibonite,
sollicitant l’accompagnement du juge, aux fins de procéder aux constats nécessaires à la
constitution d’un dossier à transférer ultérieurement au Cabinet d’instruction, en attendant
les plaintes qui seront déposées par les familles des victimes.
72. Un mandat a été émis à l’encontre du chef de gang de la Base Gran Grif, Lucson ELAN,
ce qui n’est pas le cas, selon toute vraisemblance, pour les responsables de La Coalition
opérant à Jean Denis, Francky PIERRE alias Ti Mepri ou encore Jean Baptiste MERCIDIEU,
alors que de nombreuses personnes ont pointé du doigt La Coalition pour son implication
dans le massacre de Préval.
Dégradation de la situation sécuritaire dans l’Artibonite : Le RNDDH exige des autorités
la protection de la population
RNDDH – Rapport/M/A25/No8-VF
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73. Le suppléant juge du tribunal de paix de Petite-Rivière de l’Artibonite, Pergame
NORELUS n’a pu, selon ses dires, procéder aux constats des épisodes de violence dans sa
juridiction, en raison des difficultés d’accès aux différentes zones concernées. Tel est le cas,
par exemple de la localité Préval.
74. Selon Vilar MERIS et Hubert CENEAC, respectivement greffier au tribunal de paix de
Gros-Morne et agent intérimaire de l’Exécutif pour la commune en question, le tribunal, qui
ne compte que deux (2) juges – Dieubon SUPERIEUR et Marie Claude ALFRED MICHEL – ne
fonctionne pas. Aucun constat suite aux actes de violence enregistrés dans la commune, n’a
été effectué.
75. Le suppléant juge du tribunal de paix de Marchand-Dessalines Maître Karl-Berny
JEAN a affirmé que le 26 juillet 2025, entre 8 : 30 et 10 : 00 heures, sur réquisition verbale
du vice - délégué de l’arrondissement de Marchand-Dessalines, Dunelson DUVAL, et de
l’inspecteur de police Williamson PIERRE, lui-même et son greffier se sont rendus au
commissariat de la ville en vue de constater les dégâts qui y ont été enregistrés. Et, selon le
procès-verbal, le commissariat a été partiellement incendié. À l’intérieur, le matériel de
bureau a été détruit par les flammes et des dossiers jonchaient le sol. Toujours selon le
procès-verbal de constat, les trois (3) salles de garde-à-vue étaient vides, ce qui corrobore
l’information selon laquelle les trois (3) détenus qui étaient incarcérés se sont évadés au
moment de l’assaut des bandits armés.
76. Selon le magistrat Norélus PERGAME, le tribunal de paix de L’Estère n’est absolument
pas fonctionnel depuis l’enlèvement en date du 12 mai 2024, de l’ancien juge titulaire, le
magistrat Verto VERTILUS. Ce dernier ainsi que Maître John Wesley ALERTE, un avocat qui
l’accompagnait, ont été kidnappés alors qu’ils rentraient à Marchand-Dessalines. Depuis,
personne ne sait ce qu’il est advenu d’eux. Le magistrat Norelus PERGAME, auparavant
affecté à Petite-Rivière de l’Artibonite et transféré à L’Estère en tant que juge titulaire, n’a
jusqu’à présent toujours pas pu prendre fonction. Par conséquent, rien n’a été fait par le
tribunal de paix de L’Estère vis-à-vis des attaques armées enregistrées dans la commune.
77. Selon le juge titulaire Daniel ALTENOR, le tribunal de paix de Liancourt loge dans une
maison privée au centre-ville. Depuis la prise de la commune par les bandits armés, dans
la nuit du 14 au 15 septembre 2025, au cours de laquelle, ils ont incendié les locaux du
tribunal, celui-ci ne fonctionne pas. Par conséquent, rien n’a été réalisé par la Justice de
paix, en réponse aux attaques armées subies par la commune de Liancourt.
78. Lorsqu’en date du 22 juin 2025, les bandits armés ont pris le contrôle de la commune
de La Chapelle et pillé les locaux du tribunal de paix, celui-ci a fermé ses portes. Aucun
suivi n’a été fait par la Justice de paix, en réponse aux attaques armées qui ont été
perpétrées à La Chapelle.
79. Le tribunal de paix de Montrouis ne compte qu’un (1) juge et un (1) greffier. Il
fonctionne au ralenti. Et, depuis l’attaque du 18 septembre 2025 au cours de laquelle le
commissariat de la ville a été incendié, le magistrat et son greffier ne travaillent qu’au
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centre-ville de Montrouis. Par conséquent, aucun suivi n’a été réalisé par ledit tribunal suite
aux épisodes de violence enregistrés à Délugé et à Piatre.
VIII. REACTIONS DES AUTORITES POLICIERES
80. La Direction Départementale de l’Artibonite de la Police Nationale d’Haïti (DDA/ PNH)
a indiqué être quotidiennement en contact avec l’appareil judicaire et que des policiers du
département sont toujours disponibles pour accompagner les juges dans le cadre de leur
travail. De plus, depuis l’intensification des activités des bandits armés, les effectifs
départementaux de l’Unité Départementale de Maintien de l’Ordre (UDMO) ont été
renforcés. Cependant, la Direction estime que l’effectif révisé des agents.es ne permet pas
de répondre efficacement aux nombreux défis rencontrés, en termes d’actes attentatoires
aux vies et aux biens des citoyens.nes ; et l’institution policière continue de faire face, dans
le département, à un manque de matériels et d’équipements policiers.
81. Le Commissaire principal de Saint-Marc, Jean Jude CHERY, avec qui le RNDDH s’est
entretenu, a déclaré que le commissariat de Désarmes, commune de Verrettes, est
opérationnel. Depuis le 29 septembre 2025, l’Unité Temporaire Anti-Gang (UTAG) y est
déployée, contribuant au maintien de l’ordre dans ladite localité. Il estime cependant que
de manière générale, même si des blindés sont déployés dans certaines zones en vue de
permettre une gestion stratégique et d’empêcher la progression des bandits, il est impératif
d’augmenter l’effectif des policiers dans l’arrondissement de Saint-Marc et de mettre à leur
disposition des matériels et équipements policiers. C’est alors qu’ils pourront garantir avec
efficacité la sécurité de la population.
82. Suite à l’attaque armée du 24 août 2025, le responsable du commissariat de
Gros - Morne Levelt GEDEON, a été révoqué. Son remplaçant, l’inspecteur divisionnaire
Jean Morose ROOSEVELT, entré en poste le 26 août 2025, et avec lequel le RNDDH s’est
entretenu, estime qu’il s’agissait d’une attaque commanditée. De plus, en raison des
persistantes rumeurs de planifications, par des groupes criminels, de nouvelles attaques
armées, la DDA/PNH a renforcé la Brigade d’Intervention (BI) ainsi que l’UDMO, qui
avaient été déployées en appui aux forces locales.
83. Le 24 juin 2025, soit deux (2) jours après l’attaque enregistrée à La Chapelle le 22 juin
2025, l’inspecteur de police qui était à la tête du commissariat de la ville Pierre JEAN
PHILLIPE a été interpellé à Saint-Marc, en raison de ses présumés liens avec les bandits
armés ayant envahi la commune en date du 22 juin 2025. Conséquemment, à la publication
du présent document, aucune présence policière n’est signalée dans ladite commune.
84. Le responsable du commissariat de L’Estère, Hervé Jean JOSEPH, affirme que le
déploiement des agents de la Brigade d’Intervention Motorisée (BIM) permet audit poste de
police de continuer à fonctionner malgré les nombreuses difficultés liées notamment au
manque de matériels et équipements pouvant permettre aux policiers de se colleter aux
bandits armés de Kokorat San Ras. Cette situation les empêche de lancer des opérations
offensives tout en continuant à défendre leurs positions.
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85. L’inspecteur
Williamson
PIERRE,
responsable
du
commissariat
de
Marchand - Dessalines a affirmé au RNDDH que lors de l’attaque du gang armé Kokorat
Sans Ras survenue le 17 juillet 2025, quatre (4) policiers se trouvaient en poste. Ils ont tenté
de repousser l’assaut des bandits armés. Cependant, après environ deux (2) heures
d’échange de tirs, et faute de renforts malgré leurs demandes pressantes, ils ont été
contraints de se désengager. Ce jour-là, un (1) agent a été blessé au pied. Des munitions,
des uniformes ainsi que des effets personnels des policiers ont été emportés. Plusieurs
motocyclettes dont une (1) appartenait à la PNH, ont été volées. Les matériels et meubles
de bureau ont été incendiés. Deux (2) voitures qui étaient en stationnement devant
l’enceinte du commissariat, ont été partiellement incendiées. L’une (1) d’entre elles
appartenait à l’institution et était hors service.
86. Selon le commissariat principal Jean Jude CHERY, le commissariat de Petite-Rivière
de l’Artibonite a été temporairement placé sous la responsabilité de Saint-Marc. Depuis la
prise de cette décision par la Direction départementale de l’Artibonite de la Police Nationale
d’Haïti (DDA/ PNH), des unités spécialisées y ont été déployées.
87. Le commissariat de Liancourt ayant été incendié et son personnel ne se trouvant plus
sur place, le RNDDH n’a pu s’entretenir avec le responsable, avant la publication de ce
rapport.
IX.
REACTIONS DES AUTORITES LOCALES ET MUNICIPALES
88. Le vice-délégué de l’arrondissement de Saint-Marc, Perez CASSEUS reconnaît que la
situation est extrêmement difficile dans l’arrondissement, notamment dans les communes
de La Chapelle, de Montrouis et de Verettes. Toutefois, il affirme que d’importantes
dispositions ont été adoptées en vue de combattre les gangs armés, comme à Désarmes où
des policiers d’unités spécialisées sont déployés.
89. De son côté, l’agent intérimaire de l’Exécutif de Gros-Morne, Hubert CENEAC avec
lequel le RNDDH s’est entretenu dans le cadre de cette enquête, a affirmé que les bandits
du gang armé Kokorat San Ras ont semé la terreur dans la commune, le 24 août 2025, sans
rencontrer la moindre résistance, les agents de l’institution policière ne s’étant contentés
que de sécuriser les locaux du commissariat de la ville. Cependant, si effectivement suite
aux rumeurs d’un possible retour des bandits dans la zone, la PNH avait dépêché sur les
lieux des agents d’unités spécialisées, ces derniers ne sont restés sur place que jusqu’au soir
puis, sont revenus les 25 et 29 août 2025. Ceci n’a pas été suffisant pour gagner la confiance
de la population ni pour mettre en déroute les bandits armés.
90. Selon l’agent intérimaire de l’Exécutif basé à la commune de Montrouis, Élysée
BLAISE, le commissariat de Montrouis a été incendié dans la nuit 17 au 18 septembre 2025.
Depuis, il n’y a aucune présence policière dans la ville car, au moment de l’attaque, l‘effectif
réel du commissariat n’était que de trois (3) agents. Cet abandon de la commune par les
forces de l’ordre a permis aux bandits d’installer des postes de péage sur la route nationale
numéro 1 entre Carriès et Saint-Benoît.
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X.
COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS
91. La description factuelle des attaques armées perpétrées dans le département de
l’Artibonite de janvier à septembre 2025 prouve que la violence s’y est indubitablement
installée. En effet, huit (8) des dix-sept (17) communes du département en question ont subi,
pour la période considérée, vingt-quatre (24) massacres et attaques armées. Certains de ces
épisodes de violence ont été perpétrés dans des villes alors que d’autres ont été enregistrés
dans des localités. Les communes affectées par cette violence armée sont celles de
Gros - Morne, La Chapelle, L’Estère, Liancourt, Marchand-Dessalines, Montrouis,
Petite - Rivière de l’Artibonite et Verrettes. Il s’agit, pour le RNDDH, d’une situation
alarmante contre laquelle des actions doivent être rapidement entreprises, en vue d’éviter
l’aggravation de la situation, et l’extension de la violence armée dans les neuf (9) communes
restantes du département.
92. Au cours de ces épisodes de violence, des dizaines de personnes ont été assassinées,
parmi lesquelles le RNDDH a recensé quatre-vingt-quatre (84) dont quatre (4) agents de la
PNH et deux (2) agents de la MMAS. Ce bilan est loin d’être exhaustif.
93. Au moins six (6) institutions étatiques, dont trois (3) commissariats, un (1)
sous - commissariat, deux (2) tribunaux de paix, ont été vandalisées et/ou incendiées. Des
centaines de maisons ont été pillées et/ou incendiées. Plusieurs véhicules dont quatre (4)
blindés et une (1) voiture de l’institution policière ont été incendiés, en plus des dizaines de
motocyclettes qui ont été volées ou carbonisées et dont plusieurs appartenaient aussi à
l’institution policière ou encore à des policiers. Trois (3) prévenus qui se trouvaient au
commissariat de Marchand-Dessalines se sont évadés à la faveur de l’attaque de cette
commune.
94. Avec huit (8) attaques armées enregistrées de janvier à septembre 2025, Petite-Rivière
de l’Artibonite est la commune la plus exposée aux actes attentatoires aux vies et aux biens,
et fait figure de la commune la plus convoitée par les bandits armés. Toutefois, il convient
de souligner que l’attaque armée du 24 mai 2025 à Préval, une localité de ladite commune,
a été orchestrée et perpétrée par des membres de La Coalition, une brigade d’autodéfense
elle-même composée de brigades des localités de Canaux, Chandelle, Labady, Liancourt et
de Jean-Denis.
95. Une autre situation atypique est celle de la commune de Montrouis où deux (2)
localités de la deuxième section communale, à savoir Piatre et Délugé s’affrontent depuis
1990, dans un conflit terrien qui n’en finit pas et dans lequel l’Etat n’a jamais pensé à
intervenir. Et, depuis quelque temps, ce conflit terrien s’est transformé en une guerre des
gangs au détriment de la population de ces deux (2) localités.
96. Les impacts de cette violence armée sur la population de l’Artibonite sont énormes :
des milliers de personnes ont dû abandonner leur foyer. Des champs entiers ont été
abandonnés par les agriculteurs.trices ou dévastés par les bandits armés. Des moulins
comme ceux de Bèlanje, une localité de L’Estère, ont été incendiés. Les activités financières
et commerciales ont drastiquement baissé. La peur s’est installée au sein de la population
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car les bandits ainsi que certains membres de brigades d’autodéfense rançonnent les
cultivateurs.trices et exigent que leurs produits soient partagés avec eux.
97. Les différentes autorités locales, judiciaires et policières avec lesquelles le RNDDH
s’est entretenu dans le cadre de ce travail d’investigation, ont toutes reconnu que la
situation sécuritaire de l’Artibonite est déjà très alarmante et qu’elle a tendance à
s’aggraver. Si la vice - délégation avance que des mesures ont été adoptées en vue du
contrôle de la situation, les agents intérimaires de l’Exécutif regrettent de leur côté la
facilité avec laquelle les attaques sont menées par les bandits armés contre la population,
sans résistance effective des agents de l’institution policière.
98. En écho, plusieurs riverains estiment qu’aucune mesure n’a effectivement été adoptée
par la PNH en vue de prévenir la perpétration des actes de violence dans le département de
l’Artibonite. Et, pour corroborer cette affirmation, l’institution policière elle-même
reconnait et déplore son état de dénuement total qui oblige ses agents à se cantonner dans
les postes de police du département, et à se défendre des attaques armées des bandits contre
les fiefs desquels ils ne peuvent ni préparer ni lancer des offensives.
99. Les différents tribunaux de paix des localités en proie à la violence armée n’ont à date,
rien pu faire de concret pour aider à la manifestation de la vérité et au jugement des bandits
armés qui sèment le deuil et la terreur dans le département de l’Artibonite. Les parquets
près les tribunaux de première instance des Gonaïves et de Saint-Marc de leur côté, n’ont
encore rien entrepris, qui pourrait donner à croire que l’action publique a été mise en
mouvement contre tous les bandits armés impliqués dans les crimes de masse et les
violations des Droits Humains enregistrés dans le département.
100. Fort de ce qui précède, le RNDDH exige des autorités étatiques l’adoption de mesures
immédiates visant à protéger la population de l’Artibonite ; et leur recommande de :
•
Fournir à l’institution policière, les ressources nécessaires en vue de reprendre le
contrôle de tout le territoire du département de l’Artibonite ;
•
Rétablir les conditions minimales de sécurité dans le département de l’Artibonite, en
vue de faciliter le retour des personnes déplacées et de leur permettre de vaquer à
leurs occupations ;
•
Fournir, selon leurs besoins médicaux, financiers, psychologiques, assistance aux
victimes et proches de victimes des actes attentatoires aux vies et aux biens
enregistrés dans le département de l’Artibonite de janvier à septembre 2025 ;
•
Mettre à la disposition des forces de l’ordre, le montant total des frais d’intelligence
pour qu’elles puissent s’enquérir des activités des gangs armés sur le territoire
national et éviter que tout le pays ne tombe sous le joug des bandits armés.
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