(2020) Politique et stratégie nationales de souveraineté et sécurité alimentaires et de nutrition en Haïti (PSNSSANH), Volume II : politique et stratégie
Resume — Volume II de la politique nationale haïtienne de souveraineté et sécurité alimentaires et de nutrition, publié par la Primature le 25 septembre 2020. Là où le volume I pose la politique, celui-ci porte la stratégie : les axes d'intervention et les dispositions prévues pour la mettre en œuvre. Lu avec le volume I, il constitue le cadre national de référence en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
RÉPUBLIQUE D’HAÏTI
PRIMATURE
POLITIQUE ET STRATÉGIE NATIONALES DE SOUVERAINETÉ ET SÉCURITÉ
ALIMENTAIRES ET DE NUTRITION EN HAÏTI (PSNSSANH)
DOCUMENT DE POLITIQUE ET DE STRATÉGIE
VOLUME II
Port-au-Prince, 25 septembre 2020
i
ii
Toute politique publique pour Haïti qui fait sens, devrait
avoir comme objectif de rendre justice à l’agriculture
familiale pour tout ce qu’elle a apporté à la vie du pays,
depuis l’indépendance jusqu’à nos jours, au lieu de la
détruire. Toute politique agricole pertinente en Haïti doit
reconnaître l’agriculteur/agricultrice pratiquant l’agriculture
familiale comme citoyen/citoyenne à part entière qui
mérite respect et qui doit recevoir l’accompagnement de
l’Etat.
Déclaration de la société civile en faveur d’une politique publique
pour réformer et renforcer l’agriculture familiale paysanne en Haïti,
GREPAF, 2018.
iii
iv
AVANT PROPOS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
v
vi
AVANT PROPOS DU PREMIER MINISTRE
vii
viii
TABLE DES MATIÈRES
AVANT PROPOS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
v
AVANT PROPOS DU PREMIER MINISTRE
vii
ACRONYMES
xi
DÉFINITIONS
Sécurité alimentaire
Souveraineté alimentaire
Sécurité nutritionnelle
Sécurité alimentaire et nutrition
Droit à l’alimentation
xvii
xvii
xvii
xviii
xviii
xviii
RÉSUMÉ EXÉCUTIF
xix
1.
INTRODUCTION
1
2.
VISION, BUTS, OBJECTIFS GÉNÉRAUX ET OBJECTIFS SPÉCIFIQUES
2.1
Vision
2.2
Buts du document de PSNSSANH
2.3
Objectifs généraux
2.4
Objectifs spécifiques
2.5
Cibles d’impact
2.6
Mesures et Programmes Nationaux
4
4
4
5
6
8
10
3.
PRINCIPES DIRECTEURS
15
4.
ANALYSE DE CONTEXTE
4.1
Acte 1. Profonde crise de la production agricole
4.2
Acte 2. Migration urbaine et appauvrissement de l’alimentation
4.3
Acte 3. Manque de services de base et prévalence élevée de la malnutrition
4.4
Relations de causalité du cercle vicieux de la dépendance alimentaire, la
faim et la malnutrition
17
18
24
33
37
5.
CHOIX STRATÉGIQUES FONDAMENTAUX
5.1
Quatre décisions stratégiques
5.2
Agriculture et emploi
5.3
Positionnement des deux principaux acteurs clés des filières alimentaires
5.4
Dynamique vertueuse de la souveraineté, de la sécurité alimentaire et de la
nutrition
39
39
40
47
48
6.
HISTORIQUE DES INITIATIVES DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET NUTRITIONNELLE
50
7.
CADRES DE POLITIQUES SECTORIELLES
54
ix
8.
PRÉSENTATION DES
STRATÉGIQUE
AXE 1. Politique
PILIER 1.1
PILIER 1.2
PILIER 1.3
PILIER 1.4
PROGRAMMES ET MESURES PRIORITAIRES PAR AXE
Politiques commerciales et profil tarifaire
Politique budgétaire
Cadre légal et politiques sectorielles
Système de préparation aux urgences alimentaires et
nutritionnelles
AXE 2. Opérationnel.
PILIER 2.1. Production agricole, transformation et commercialisation
SECTION 1.
Potentiel de croissance de la production agricole
nationale ciblant le marché interne
SECTION 2.
Commercialisation et transformation des produits
locaux
SECTION 3.
Déterminants clés de l’augmentation de la
production
SECTION 4.
Thématiques transversales au pilier 2.1
PILIER 2.2
Accès aux produits alimentaires de base
PILIER 2.3
Services de base nécessaires à la sécurité sanitaire et
nutritionnelle
SECTION 1.
Nutrition
SECTION 2.
Eau et assainissement
SECTION 3.
Fécondité et planning familial
PILIER 2.4
Infrastructures routières et maritimes
AXE 3. Institutionnel.
PILIER 3.1
Architecture institutionnelle
PILIER 3.2
Coordination de l’aide externe
PILIER 3.3
Audit, contrôle et Suivi-Evaluation
PILIER 3.4
Communication autour de la PSNSSANH
PILIER 3.5
Renforcement des capacités
AXE 4. Thématiques transversales
PILIER 4.1
Capital humain
PILIER 4.2
Aménagement du territoire
PILIER 4.3
Genre et autres formes d’inégalités sociales
PILIER 4.4
Résilience
57
57
58
68
75
85
95
97
97
109
127
158
162
175
175
187
190
195
197
198
207
210
214
216
220
220
220
222
222
9.
MISE EN ŒUVRE ET PRINCIPAUX ÉCHÉANCIERS
224
10.
BIBLIOGRAPHIE
230
ANNEXE I -Membres des structures de gouvernance et de l’équipe de recherche pour la
mise à jour de la PSNSSANH
244
ANNEXE II – Texte légal créant l’Office National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
dont le sigle est ONASAN
246
ANNEXE III - Mesures et Programmes Nationaux par Ministère
250
x
ACRONYMES
AGD
ANEM
ANJE
ANJME
AKA
BAC
BACOZ
BCA
BHN
BID
BM
BME
BMPAD
BON
BRH
CAED
CAEPA
CAS
CASDA
CASEC
CARICOM
CBMT
CEC
CDES
CDMT
CEPAL
CFI
CIAT
CICDA
CISA
CISSAN
CNE
CNF
CNIGS
CNMP
CNSP
CNSA
COEH
COLFAM
CONASSAN
COPSSAN
Administration Générale des Douanes
Association Nationale des Exportateurs de Mangues
Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant
Alimentation du Nourrisson et du Jeune Enfant à l’Alimentation Maternelle
Agent de contrôle de l’abattage d’animaux
Bureau Agricole Communal
Bureau de Coordination et de Suivi des Accords de la CARICOM, de l’OMC
et de la ZLEA
Boucle Centre Artibonite
Bureau Haïtien de Normalisation
Banque Interaméricaine de Développement
Banque Mondiale
Bureau des Mines et de l’Energie
Bureau de Monétisation des programmes d’Aide au Développement
Bureau de l’Ordonnateur National (FED)
Banque de la République d’Haïti
Cadre de Coordination de l’Aide Externe au Développement d’Haïti
Comité d’Approvisionnement d’Eau Potable et d’Assainissement
Caisse d’Assistance Sociale
Cellule d’Appui Stratégique au Développement Agricole (Cellule de
pilotage de la caravane du changement)
Conseils d’Administrations des Sections Communales
Caribbean Community
Cadre Budgétaire à Moyen Terme
Coopératives d’Epargne et de Crédit
Conseil de Développement Economique et Social
Cadre de Dépenses à Moyen Terme
Commission Economique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes
Centre de Facilitation des Investissements
Comité Interministériel à l’Aménagement du Territoire
Comité Interministériel pour le Contrôle des Denrées Alimentaires
Comité Interministériel pour la Sécurité Alimentaire
Comité Interministériel de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de
Nutrition
Centre National d’Equipement
Comité National de Fortification
Centre National d’Informations Géo-Spatiales
Commission Nationale des Marchés Publics
Conseil National des Semences et Plants
Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire
Coordination Europe-Haïti
Commission Nationale de Lutte contre la Faim et la Malnutrition
Commission Nationale Stratégique de Souveraineté et Sécurité
Alimentaires et de Nutrition
Comité de Pilotage de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de
xi
COUN
CPS
CRH
CROSQ
CSCCA
DAAB
DCAONG
DCE
DCP
DD
DDA
DEE
DEELF
DES
DG
DGB
DGI
DINEPA
DIP
DPC
DPES
DRH
DSNCRP
DTP
DTS
EC
EDH
EIU
EMMUS
ENAF
ENAPP
FAES
FAO
FAOSTAT
FAP
FAS
FECCANO
FED
FENAPWOLA
FER
FGPC
FIOP
FMI
FNE
FPFH
GACI
Nutrition
Centre d’Opération d’Urgence Nationale
Centres de Protection Sanitaire
Croix-Rouge Haïtienne
Organisation régionale des normes et de la qualité de la CARICOM
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
Direction des Affaires Administratives et Budgétaires
Direction de Coordination des Actions des ONG
Direction de la Coopération Externe
Dispositif de Concentration de Poissons
Droit de Douane
Direction Départementale d’Agriculture
Direction des Etudes Economiques
Décret d’Elaboration et Exécution des Lois de Finances
Direction d’Evaluation et de Suivi
Directeur Général
Direction Générale du Budget
Direction Générale des Impôts
Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement
Direction de l’Investissement Public
Direction de la Protection Civile
Direction de la Programmation Economique et Sociale
Direction des Ressources Humaines
Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et pour la Réduction
de la Pauvreté
Direction des Travaux Publics
Droit de Tirages Spéciaux
Equivalents Céréales
Electricité d’Haïti
Economist Intelligence Unit
Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services
École Nationale d’Administration Financière
École Nationale d’Administration et de Politiques Publiques
Fonds d’Assistance Economique et Sociale
Food and Agriculture Organisation
Base de données Statistiques de la FAO
Femmes en Age de Procréer
Facilité d’Ajustements Structurels
Fédération des Coopératives Cacaoyères du Nord
Fonds Européen de Développement
Fédération Nationale des Producteurs de Lait Haïtiens
Fonds d’Entretien Routier
Fond de Garantie Partielle du Crédit
Fiches d’Identification Opérationnelle de Projets
Fonds Monétaire International
Fond National pour l’Education
Front Parlementaire contre la Faim en Haïti
Groupe d'Appui de la Coopération Internationale
xii
GAR
GREPAF
GTSAN
ha
HIEQ
HIMO
HTG
IA
ICCO
IDH
IFPRI
IGF
IHSI
IMC
INAGHEI
INARA
IPC
IRA
ISF
ISO
LEELF
LF
MAM
MARNDR
MAS
MAST
MELCC
MCFDF
MDE
MEF
MENFP
MFPA
MGAE
MICT
MJSP
MPCE
MSPP
MT
MTPTC
NFP
OAST
OCDE
OCHA
ODD
Gestion Axée sur les Résultats
Groupe de Réflexion et de Plaidoyer en faveur de l’Agriculture Familiale
paysanne
Groupe Technique Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
Hectare
Haute Intensité d’Equipements
Haute Intensité de Main d’Œuvre
Gourde haïtienne
Insécurité Alimentaire
Organisation Internationale du Cacao
Indice de Développement Humain
International Food Policy Research Institute
Inspection Générale des Finances
Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique
Indice de Masse Corporelle
Institut National d’Administration, de Gestion et des Hautes Etudes
Internationales
Institut National de Réforme Agraire
Integrated Phased Classification
Infection Respiratoire Aiguë
Indice Synthétique de Fécondité
Organisation Internationale de Normalisation
Loi sur l’Elaboration et l’Exécution de la Loi des Finances
Liste des Fréquences
Malnutrition Aiguë Modérée
Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement
Rural
Malnutrition Aiguë Sévère
Ministère des Affaires Sociales et du Travail
Ministère de l’Environnement et de la Lutte Contre les Changements
Climatiques
Ministère à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme
Ministère de l’Environnement
Ministère de l’Économie et des Finances
Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle
Microfinance pour la Production Agricole en Haïti
Module de Gestion de l’Aide Externe
Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales
Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique
Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
Ministère de la Santé Publique et de la Population
Ministère du Tourisme
Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications
Nation la Plus Favorisée
Organismes Autonomes Sous Tutelle
Organisation de Coopération et de Développement Economique
Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
Objectif de Développement Durable
xiii
OIT
ONASAN
ONASSAN
ONM
ONSA
OMRH
OMC
OMD
OMS
ONG
ONPES
OPA
OPDES
OREPA
PAM
PauP
PCRE
PF
PIB
PIP
PL-480
PME
PNCS
PNSAN
PDSAN
PDSSAN
PNUD
PRODEP
PSDH
PSNAS
PSNSSANH
PTF
PPTE
QI
RAP
RESEPAG
RGA
RPGAA
RUB
RUTF
SAC
SAEP
SAN
SAU
Organisation Internationale du Travail
Office Nationale de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
Office National de la Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de la
Nutrition
Office National de la Migration
Office Nationale de la Sécurité Alimentaire
Office de Management et des Ressources Humaines
Organisation Mondiale du Commerce
Objectifs du Millénaire pour le Développement
Organisation Mondiale de la Santé
Organisation Non Gouvernementale
Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale
Organisations Professionnelles Agricoles
Organisation Pré-Désastre et de Secours
Office Régional d’Eau Potable et d’Assainissement
Programme Alimentaire Mondial
Port-au-Prince
Programme Cadre de Réforme de l’Etat
Planning Familial
Produit Intérieur Brut
Programme d’Investissement Public
US Public Law 480
Petites et Moyennes Entreprises
Programme National de Cantine Scolaire
Plan National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
Plan Départemental de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
Plan Départemental de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de
Nutrition
Programme des Nations Unies pour le Développement
Projet de Développement Participatif
Plan Stratégique de Développement d’Haïti
Politique et Stratégie Nationales d’Alimentation Scolaire
Politique et Stratégie Nationales de Souveraineté et Sécurité Alimentaires
et de Nutrition en Haïti
Partenaire Technique et Financier
Pays Pauvres Très Endettés
Quotient Intellectuel
Réforme de l’Administration Publique
Renforcement des Services Publics Agricoles
Recensement Général de l’Agriculture
Ressources Phytogénétiques pour l’Agriculture et l’Alimentation
Registre Unique de Bénéficiaires
Aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (Ready to Use Thérapeutique
Food)
Stock Alimentaire de Contingence
Systèmes d’Adduction d’Eau Potable
Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
Surface Agricole Utile
xiv
SBC
SDE
SEMANAH
SG
SGP
SH
SNAP
SNAP-SAN
SNGRD
SNS
SPGRD
SMCRS
SSAN
SUN
SYFAAH
TEC
TCA
TOFE
UEH
UCDD
UE
UEP
UFAPAL
UGPN
ULCC
UNEP
UNAG
UNICEF
UniQ
USAID
USD
ZEE
ZLEA
State Building Contract
Section D’Enumération
Service Maritime et de Navigation d’Haïti
Secrétaire Général
Système Généralisé de Préférences
Système Harmonisé
Système d’Alerte Précoce
Système d’Alerte Précoce – Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
Système National de Gestion des Risques et des Désastres
Service National Semencier
Secrétariat Permanent de Gestion des Risques et des Désastres
Service Municipal de Collecte des Résidus Solides
Souveraineté et Sécurité Alimentaires et Nutrition
Scaling Up Nutrition
Système de Financement et d'Assurances Agricoles en Haïti
Tarifs Externes Communs
Taxe sur le Chiffre d’Affaire
Tableaux des Opérations Financières
Université d’Etat d’Haïti
Unité de Coordination des Directions Départementales
Union Européenne
Unité d’Etudes et de Programmation
Unité de Facilitation d’Achats de Produits Locaux
Unités de Gestion des Programmes Nationaux
Unité de Lutte Contre la Corruption
United Nation Environment Programm
Unité de Coordination Nationale ‘Aba Grangou’
United Nations Children’s Fund
Université Quisqueya
United States Agency for International Development
United States Dollar
Zone Economique Exclusive
Zone de Libre Echange des Amériques.
xv
xvi
DÉFINITIONS
Sécurité alimentaire
Le concept de la sécurité alimentaire a évolué dans le temps. Il y a été introduit pour la première fois
lors de la conférence mondiale sur l’alimentation de 1974, alors que de nombreuses régions dans le
monde souffraient d’insuffisance de production. La définition adoptée est la suivante :
« Capacité en tout temps d’approvisionner le monde en produits de base, pour soutenir une
croissance de la consommation alimentaire, tout en maîtrisant les fluctuations et les prix ».
Dans les années 1980, les définitions s’éloignent de la production pour incorporer également l’accès
des individus à la nourriture. En 1986, la Banque Mondiale souligne que l’autosuffisance n’est pas
une condition préalable à la sécurité alimentaire et propose une définition qui abandonne l’accent
sur l’approvisionnement alimentaire1 :
« La sécurité alimentaire est définie comme étant l’accès de chaque individu, en tout temps, à
suffisamment de nourriture permettant de mener une vie saine et active »2.
Dans les années 1990, plus d’attention est donnée à la nutrition et aux dimensions culturelles de la
sécurité alimentaire. Ainsi, en 1996, la définition adoptée au Sommet Mondial de l’Alimentation est
la suivante :
« La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la
possibilité physique, sociale3 et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et
nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener
une vie saine et active. La sécurité alimentaire a quatre piliers ; disponibilité, accès, utilisation
et stabilité ».
Cette définition de la sécurité alimentaire ne précise pas d’où la nourriture doit venir, ni comment
celle-ci devrait être produite. Selon la FAO, le silence sur ces questions signifie que la définition prône
le libre-échange et les systèmes alimentaires industriels4. Ainsi, la définition se base sur l’hypothèse
que la réalisation de la sécurité alimentaire par la production nationale est coûteuse et inefficace5.
Souveraineté alimentaire
L’émergence du concept de la souveraineté alimentaire, dès 1996 lors du Sommet Mondial de
l’Alimentation, est une réaction à cet ordre des choses. La souveraineté alimentaire est présentée
comme un droit international qui laisse la possibilité aux populations et aux Etats de mettre en place
les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu’elles puissent avoir un effet
négatif sur les populations d’autres pays. La souveraineté alimentaire est donc une rupture avec
l’organisation actuelle des marchés agricoles mis en place par l’OMC et les institutions financières
internationales6.
1
Banque Mondiale, 1986, p.49
Banque Mondiale, 1986, p.1
3
L’adjectif ‘sociale’ a été ajouté et reprise officiellement dans la Déclaration du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire
en 2009. Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale, 2012.
4
FAO, 2005b.
5
Otero, G. & All, 2013.
6
Une définition de la souveraineté alimentaire a été proposée lors du forum mondial sur la souveraineté alimentaire à
Sélingué en 2007 : «La souveraineté alimentaire est le droit des peuples de définir leurs propres politiques en matière
d’alimentation et d’agriculture, de protéger et de réglementer la production et le commerce agricoles intérieurs afin de
2
xvii
La présente politique, adopte la définition, légèrement adaptée, de la Souveraineté alimentaire telle
que présentée dans la proposition de loi sur la Souveraineté et la Sécurité alimentaire et
nutritionnelle en Haïti :
«Le droit des peuples à définir leurs propres politiques et stratégies durables pour la
production, la distribution et la consommation d'aliments et de réglementer la production et
le commerce agricoles intérieurs qui garantissent le droit à l'alimentation en faveur de toute
la population, en se basant sur la moyenne et la petite production, respectant leurs propres
cultures et la diversité des pratiques paysannes de production agricole, de commercialisation
et de gestion des espaces ruraux, dans lequel la femme joue un rôIe fondamental. La
souveraineté alimentaire garantit la sécurité alimentaire et nutritionnelle ».
Ainsi, la présente politique adopte la définition officielle de la sécurité alimentaire dans un contexte
de souveraineté en matière d’approvisionnement des aliments, du type de mode de production
agricole ainsi que de réglementation du commerce extérieur et des marchés agricoles. La politique
postule que la souveraineté alimentaire est un prérequis à la réalisation de la sécurité alimentaire et
nutritionnelle.
Sécurité nutritionnelle
La sécurité nutritionnelle se rapporte à la consommation alimentaire du ménage ou de l’individu et à
la manière dont les aliments sont utilisés par le corps. L’IFPRI a proposé la définition suivante (1995) :
« La sécurité nutritionnelle peut être définie comme un état nutritionnel adéquat, en termes
de protéines, d’énergie, de vitamines et de minéraux, de l’ensemble des membres du ménage,
et ce à tout moment ».
Sécurité alimentaire et nutrition
Le terme « sécurité alimentaire et nutrition » est utilisé afin de combiner les concepts de sécurité
alimentaire et de sécurité nutritionnelle décrits précédemment. Le terme souligne l’importance des
questions clés en matière de nutrition, telles que les pratiques de soins et d’alimentation, la santé
publique et les problèmes d’assainissement7.
A noter que les termes « sécurité alimentaire et nutrition » et « sécurité alimentaire et nutritionnelle
» ont la même définition et sont utilisés dans le document de façon interchangeable.
Droit à l’alimentation
Le droit à une alimentation adéquate en tant que droit fondamental de l’homme a été reconnu pour
la première fois dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, au titre du droit à un
niveau de vie suffisant (Art. 25) :
« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et
celui de sa famille, notamment pour l'alimentation... ».
Selon les instruments internationaux concernant les droits de l'homme, c’est aux États qu’il incombe
en premier lieu de concrétiser le droit à l’alimentation ; ces instruments identifient trois catégories
réaliser leurs objectifs de développement durable, de déterminer dans quelle mesure ils veulent être autonomes [et] de
limiter le dumping des produits sur leurs marchés». Forum Mondial sur la Souveraineté Alimentaire, 2007.
7
Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale, 2012.
xviii
d'obligations des États : les obligations de respecter, de protéger et de donner effet (faciliter et
appliquer)8.
8
FAO, 2005a; FAO, 2012a.
xix
RÉSUMÉ EXÉCUTIF
La vision d’Haïti est celle d’un pays économiquement émergent à l’horizon 2030 (PSDH)9. Pourtant, le
pays est confronté à une poignante réalité : la croissance économique reste résolument plombée par
une agriculture en régression depuis les années 1980 ainsi qu’une population dont le capital humain
s’érode en raison de la prévalence élevée de la pauvreté, la faim et la malnutrition. La définition
d’une Politique et Stratégie Nationales de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de Nutrition en
Haïti (PSNSSANH) est une condition sine qua non pour orienter la mise en œuvre d’interventions
(mesures et Programmes Nationaux) à même de déverrouiller le potentiel économique et humain de
la nation sur lesquels la vision d’un pays émergent pourra être atteinte. Le présent document de
PSNSSANH est le fruit de plusieurs années de travail consultatif. La finalisation a été accélérée par la
nécessité d’institutionnaliser les actions SSAN de la Caravane du Changement et d’aligner ces actions
sur les Objectifs de Développement Durables, en particulier l’ODD 2 « Faim Zéro ».
L’atteinte de la vision du PSDH nécessite une rupture avec les politiques commerciales, le profil
tarifaire et la politique budgétaire actuels qui sont les sources mêmes de la pauvreté, de la faim et de
la malnutrition affectant la majorité de la population du pays. La présente politique repose sur
quatre décisions stratégiques fondamentales :
A.
Rebalancer progressivement la dominance des politiques favorisant le commerce international
en faveur de politiques visant à atteindre la souveraineté et sécurité alimentaires et la nutrition.
B.
S’appuyer sur l’agriculture familiale et l’agro-industrie, comme secteur moteur de la relance de
l'économie haïtienne et de l’élimination de la faim et la malnutrition ;
C.
Investir dans les filets sociaux ainsi que la disponibilité et l’accès aux services de base de qualité
nécessaires à la sécurité nutritionnelle, afin que personne ne soit laissée de côté du
développement socio-économique de la nation ;
D.
Renforcer les capacités nationales nécessaires à la bonne mise en œuvre de la PSNSSANH et
spécifiquement d’un ‘budget programme SSAN’ conformément à la loi LEELF.
Les orientations de la PSNSSANH constituent un changement de paradigme en ce qui concerne les
acteurs clés des filières agricoles qui ont été écartés des politiques publiques, soit les exploitants
agricoles pratiquant l’agriculture familiale et les Madan Sara qui assurent la commercialisation et la
transformation des produits locaux. La PSNSSANH est construite autour de 4 axes stratégiques :
Axe 1. Politique. Le premier Axe traite des questions de l’environnement dans lequel évoluent la
souveraineté et sécurité alimentaires et la nutrition.
Axe 2. Opérationnel. Le deuxième Axe traite des biens et services dont la population a besoin, en
temps normal et en situation d’urgence suite à un choc, pour l’atteinte de la souveraineté et
sécurité alimentaires et la nutrition.
Axe 3. Institutionnel. Le troisième Axe traite du renforcement des institutions et des capacités
nationales nécessaire à la bonne mise en œuvre de la PSNSSANH et d’un budget programme
SSAN.
Axe 4. Transversal. Le quatrième Axe traite des questions transversales telles que
l’aménagement du territoire, le genre et la résilience.
D’un point de vue opérationnel, la PSNSSANH se traduit par 35 Mesures et 25 Programmes
Nationaux dont leur mise en œuvre de façon coordonnée et concertée sur l’ensemble du territoire,
par 11 Ministères et 12 organismes, constitue une précondition à l’atteinte des Objectifs du PSDH,
du Développement Durable (ODD), de la souveraineté et sécurité alimentaires et de la nutrition.
9
MPCE, 2012b.
xx
La PSNSSANH s’appuie sur plusieurs documents de politiques, de stratégies et de plans sectoriels du
Gouvernement, dont notamment dans les secteurs de l’agriculture, de la protection sociale, de la
santé et nutrition, de l’environnement, du transport, de l’énergie et de l’égalité des genres. La
PSNSSANH s’appuie également sur une riche littérature produite par le Gouvernement Haïtien, en
particulier la CNSA depuis 1996, ainsi que la société civile, les ONG et de nombreux instituts de
recherches.
En termes de souveraineté alimentaire, la mise en œuvre de la PSNSSANH permettra d’atteindre un
taux d’autosuffisance alimentaire de 88% pour les produits vivriers. Ainsi la grande majorité des
aliments consommés seront locaux. Pour atteindre cet objectif, la structure de la consommation
alimentaire, aujourd’hui excessivement basée sur le riz, est appelée à être modifiée. Les analyses et
projections économiques montrent qu’une recapture réaliste des marchés nationaux par la
production nationale permet de réaliser une croissance annuelle du PIB agricole de 6.7% d’ici à 2030.
En termes de création d’emplois, les effets de la croissance agricole sont massifs. Les projections
montrent que, par ses effets directs et multiplicateurs sur l’emploi, une croissance agricole accélérée
permet de créer durablement 3 millions d’emplois à l’horizon 2030.Cette création d’emplois est
suffisante pour remettre au travail la majorité des populations au chômage et inactives de la nation,
estimées à 4 millions à l’horizon 2030 (3.2 millions actuellement).A titre de comparaison, une
croissance de 10% du PIB annuel du secteur de la manufacture, ne créerait que 87,000 emplois à
l’horizon 2030, soit 2% des projections de chômeurs et inactifs.
Ainsi, le secteur agricole est le seul secteur en mesure de ‘nourrir’ la transformation de l’économie
haïtienne. Le secteur agricole est en mesure de libérer le potentiel de croissance économique de la
nation, de réduire les disparités de revenus entre les plus riches et les plus pauvres, de renverser les
tendances migratoires vers les zones rurales, de rééquilibrer les phénomènes d’urbanisation
incontrôlée, de stabiliser la Gourde face aux monnaies étrangères et de réduire l’inflation. L’impact
que l’on peut anticiper de cette création massive d’emplois sur la réduction de la pauvreté et de
l’insécurité alimentaire est majeur et se trouve au cœur de la stratégie de la PSNSSANH.
En lien avec l’Agenda global 2030, la PSNSSANH est alignée sur les Objectifs de Développement
Durables. La PSNSSANH est au cœur de l’ODD 2 ‘faim zéro’, qui agit ici comme le principal ODD
accélérateur en Haïti. Il contribue directement à la réalisation de l’ODD 1 ‘pas de pauvreté’, l’ODD 3
‘bonne santé et bien-être’, l’ODD 4 ‘éducation de qualité’, l’ODD 5 ‘égalité entre sexes’, l’ODD 8
‘travail décent et croissance économique’, l’ODD 9 ‘industrie, innovation et infrastructures’, l’ODD 10
‘inégalités réduites’, l’ODD 11 ‘villes et communautés durables’, l’ODD 15 ‘vie terrestre’ et l’ODD 16
‘paix, justice et institutions efficaces’.
Des ateliers de consultation, formels et informels, avec la société civile et le secteur privé ont été
réalisés durant toutes les étapes d’élaboration de la PSNSSANH. Les partenaires externes ont
participé étroitement à l’élaboration de la PSNSSANH. Plusieurs bailleurs de fonds (UE, USAID,
Canada, Suisse, Espagne) et 4 agences des Nations-Unies (PAM, FAO, UNICEF, OMS) ont activement
appuyé le Gouvernement vers la finalisation de la PSNSSANH en ligne avec les ODD. L’engagement de
toutes les parties prenantes est crucial vers la mise en œuvre de cette politique.
xxi
1.
INTRODUCTION
La vision d’Haïti est celle d’un pays
Encadré 1. Haïti, pays émergent (MPCE, 2012b)
économiquement émergent à l’horizon
10
Une synthèse des classifications existantes conduit à classer
2030 (PSDH) . Pourtant, le pays est
les pays du monde en 70 pays développés et 145 pays en
confronté à une poignante réalité : la
voie de développement, sur la base du revenu per capita.
croissance
économique
reste
À l’intérieur de ce dernier groupe, il y aurait :
résolument
plombée
par
une
20 pays émergents ;
30 pays frontières ; et
agriculture en régression depuis les
95 pays en voie de développement,
années 1980 ainsi qu’une population
dont Haïti.
dont le capital humain s’érode en
Haïti fait partie des 40 pays à bas revenus selon la
raison de la prévalence élevée de la
classification de la Banque Mondiale, avec un PIB per capita
pauvreté, la faim et la malnutrition. La
inférieur à 995 USD. La catégorie des pays à revenus moyens
définition d’une Politique et Stratégie
inférieurs va de 995 USD à 3945 USD et inclut 55 pays. Passer
dans cette catégorie et atteindre le revenu moyen per capita
Nationales de Souveraineté et Sécurité
de la catégorie, soit de 2310 USD, représenterait un progrès
Alimentaires et de Nutrition en Haïti
réel pour le pays. Cela nécessite de tripler le revenu moyen
(PSNSSANH) est une condition sine qua
per capita et, pour y arriver, la croissance annuelle de
non pour orienter les efforts sur la mise
l’économie doit être supérieure à 7%.
en œuvre d’interventions (Mesures et
Programmes Nationaux) à même de déverrouiller le potentiel économique et humain de la nation sur
lequel, la vision d’un pays émergent pourra être atteinte.
Le présent document de PSNSSANH est le fruit de plusieurs années de travail. Le processus a débuté
en 2012 lors de la création d’une Commission gouvernementale de stabilisation des prix alimentaires,
suites à l’ouragan Sandy, ayant pour mission de stabiliser les prix de 5 produits alimentaires de
base11. En 2013, la Commission a statué sur la nécessité d’élaborer un document de politique
publique ayant pour objectif de définir les dispositions à mettre en place pour éliminer,
progressivement, le déficit d’offre nationale des produits agricoles. Dans ce contexte, trois assises
régionales (nord, sud et ouest) ont été organisées entre mai et juin 2013. Ces assises ont permis
d’identifier un ensemble de mesures devant constituer le socle d’une politique publique de
souveraineté et de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Capitalisant sur les résultats de ces assises,
une consultation a été commanditée par le Conseil de Développement Economique et Social (CDES),
sous l’égide de la Primature, en vue de produire le document de politique. Dans ce cadre, une Task
Force, présidée par la Primature, a été mise en place afin de piloter une large consultation des
institutions nationales. Ces travaux ont dû être suspendus, durant une année, suite au passage de
l’ouragan Mathew, le 4 octobre 2016. Lors de cette première phase du processus, le CDES a toutefois
produit une première ébauche de document de politique12.
Vu la nécessité d’institutionnaliser les actions relevant de la Souveraineté et Sécurité Alimentaires et
de la Nutrition (SSAN) de la Caravane du Changement (encadré 3) pour le Gouvernement MoïseLafontant, le Secrétaire Général de la Primature a reconstitué et élargi, le 7 décembre 2017, la
Taskforce avec pour mandat de mettre à jour le document, en prenant en compte des évolutions du
secteur, en particulier :
L’engagement d’Haïti, en septembre 2015, sur la
réalisation des Objectifs de Développement
Durable, en particulier l’ODD 2 « Faim Zéro » ;
10
MPCE, 2012b.
Riz, huile, farine, maïs, haricot.
12
CDES, 2016.
11
Encadré 2. Objectifs de Développement
Durable,
ODD 2 « Faim Zéro »
Les 17 Objectifs de Développement Durables
(ODD), adoptés en septembre 2015 à New
York, sont un appel mondial à agir pour
éradiquer la pauvreté, protéger la planète et
faire en sorte que tous les êtres humains
vivent dans la paix et la prospérité.
1
Haïti est signataire des ODD.
Parmi ces Objectifs, l’ODD 2, dénommé ‘Faim
Zéro’, est lié à l’agriculture, la sécurité
alimentaire et la nutrition.
Les recommandations de l’audit organisationnel de la sécurité alimentaire et nutritionnelle
présentées par l’OMRH13 et validées par le gouvernement en novembre 2017, soulignant, en
particulier, la transversalité de la thématique SSAN14 ;
Les commentaires reçus lors des consultations sur la première ébauche de la politique et la
nécessité d’élargir systématiquement les consultations à la société civile, au secteur privé ainsi
qu’aux Partenaires Techniques et Financiers (PTF), dont l’Union Européenne assume le rôle de
chef de file ;
La nécessité de considérer les implications que peuvent avoir le changement climatique sur la
faim et la malnutrition ;
Le transfert du pilotage du processus pour la finalisation de la politique au niveau de la
Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA).
Les structures de gouvernance de la mise à jour de la PSNSSANH, soit la ‘Task Force’ présidée par le
Secrétaire Général (SG) de la Primature et le Secrétariat Technique co-présidé par le représentant du
SG et le Coordonnateur de la CNSA, se sont appuyées sur des points focaux nommés et représentant
11 Ministères, 6 organismes de l’Etat, 3 Universités (Annexe I) ainsi que des délégués de 4 agences
des Nations Unies (PAM, FAO, UNICEF, OMS).
Une équipe de recherche et de rédaction, composée d’experts nationaux et internationaux, a été
constituée pour la mise à jour du document de PSNSSANH. Ainsi, des experts de la Primature, de la
CNSA, du MPCE, du MEF, du MENFP, du secteur universitaires (UEH, UniQ) et du système des Nations
Unies (Annexe I) ont travaillé conjointement de janvier à mai 2018. Des ateliers se sont tenus à la
CNSA chaque semaine de janvier à avril 2018, permettant à l’équipe de recherche de présenter et
valider les orientations des travaux, les résultats des recherches et les textes rédigés pour les
différents chapitres de la PSNSSANH. Les bailleurs de fonds, dont l’UE, l’USAID, le Canada, la Suisse,
et l’Espagne ont participé, en tant qu’observateur, aux ateliers de travail tenus à la CNSA. Des ateliers
de consultation, formels et informels, avec la société civile et le secteur privé ont également été
entrepris durant toutes les étapes d’élaboration de la PSNSSANH. L’engagement de toutes les parties
prenantes est crucial vers la mise en œuvre de cette politique.
Documents de la politique et stratégie nationales de souveraineté, de sécurité alimentaires et de
nutrition en Haïti (PSNSSANH)
Encadré 3. Documents de PSNSSANH
La PSNSSANH est constituée de deux documents indissociables ; le premier volume, plus synthétique et
intitulé ‘Document de Politique’, est adressé principalement aux décideurs politiques alors que le
deuxième volume, plus détaillé et intitulé ‘Document de Politique et de Stratégie’, est principalement
adressé aux acteurs planifiant les interventions prévues par la PSNSSANH. L’ensemble du contenu de
l’un et l’autre des documents est reflété, mais avec des niveaux de détails différenciés.
13
Appuyé par un projet intitulé ‘State Building Contract (SBC)’ financé par l’Union Européenne, Volet réforme de
l’administration publique auprès de l’OMRH.
14
OMRH, 2017a.
2
Figure 1. Architecture du document de PSNSSANH
2. VISION, BUTS, OBJECTIFS GÉNÉRAUX ET OBJECTIFS SPÉCIFIQUES
2.1
Vision
La vision du Gouvernement, à travers 11
Ministères et 12organismes15, et avec l’appui de
la société civile et de la coopération
internationale, est de réduire la dépendance
alimentaire, la faim et la malnutrition à un
niveau proche de zéro afin qu’elles ne soient
plus une barrière au développement socioéconomique de la nation et d’un pays émergent
à l’horizon 2030.
2.2
Buts du document de PSNSSANH
Encadré 4. Définitions
‘MESURES’ et ‘PROGRAMMES NATIONAUX’
MESURES : Processus étatiques de nature
administrative, légale ou financière. Les
mesures peuvent, en principe, être mises en
place sur le budget de fonctionnement actuel
des structures gouvernementales.
PROGRAMMES NATIONAUX : Mécanismes
étatiques de livraison de biens et de services à
l’échelle nationale. La mise à l’échelle des
Programmes Nationaux nécessite des budgets
d’investissement et nécessite la création de
nouvelles lignes budgétaires (exemple :
Programme National de Cantine Scolaire). Les
Programmes Nationaux correspondent
administrativement aux ‘sous-programmes’ de
la Loi sur l’Elaboration et l’Exécution de la Loi
des Finances (LEELF).
Les buts du document de PSNSSANH sont d’une
part de donner des orientations générales
concernant la souveraineté et sécurité
alimentaires et la nutrition, et d’autre part de
mettre à l’échelle des ‘Mesures’ et des
‘Programmes Nationaux’(voir encadré 5)
priorisés selon l’impact démontré ou attendu
sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population, à travers une action concertée de
différents Ministères et organismes du gouvernement et avec la participation active de la société
civile, du secteur privé et de la coopération internationale. En particulier, la PSNSSANH vise à
15
Organismes autonomes, déconcentrés ou stratégiques du gouvernement.
3
institutionnaliser, élargir et systématiser les actions de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de
Nutrition (SSAN) entreprises dans le cadre de la Caravane du Changement.
Figure 2. Cadre stratégique de la PSNSSANH (3 Axes stratégiques et 13 Piliers)
2.3
Objectifs généraux
Créer un environnement favorable et protecteur de la souveraineté et sécurité alimentaires et la
nutrition et permettant aux différents secteurs pertinents à la SSAN de prospérer (Axe 1.
Politique).
Rendre disponibles les biens et les services nécessaires à l’atteinte de la souveraineté et sécurité
alimentaires et de la nutrition à l’ensemble de la population, en temps normal et en situation
d’urgence suite à un choc (Axe 2. Opérationnel).
Renforcer les institutions et les capacités nationales afin qu’elles soient en mesure de financer,
de coordonner et de gérer la mise en œuvre déconcentrée et décentralisée des mesures et
Programmes Nationaux prioritaires des différents secteurs de la SSAN avec des mécanismes
capables d’assurer la redevabilité des investissements (Axe 3. Institutionnel).
4
2.4
Objectifs spécifiques
Axe 1. Politique
Refonder les politiques commerciales et le profil tarifaire de la nation afin qu’ils priorisent les
intérêts de la souveraineté et sécurité alimentaires et de la nutrition sur les intérêts du
commerce international (pilier 1.1- Politique commerciale et profil tarifaire).
Aligner la politique budgétaire de la République d’Haïti sur les objectifs de souveraineté et
sécurité alimentaires et de nutrition (pilier 1.2- Politique budgétaire).
Réviser le cadre légal et formuler les politiques sectorielles afin que les différents secteurs
pertinents à la souveraineté et sécurité alimentaires et à la nutrition disposent d’orientations
claires et portées par des institutions stabilisées (pilier 1.3 - Cadre légal et politiques sectorielles).
Alerter à temps les institutions et la population en cas de chocs climatiques ou sur les prix des
aliments, permettant des réponses d’urgences alimentaires et nutritionnelles rapides et efficaces
grâce à des mécanismes opératoires prédéfinis et bien établis (pilier 1.4 - Système de préparation
aux urgences alimentaires & nutritionnelles).
Axe 2. Opérationnel
Investir dans la production familiale, la commercialisation et la transformation de produits
agricoles afin que le secteur fournisse durablement des aliments diversifiés en quantité et en
qualité suffisante sur des marchés approvisionnés par des aliments locaux de façon efficiente,
permettant ainsi à la population de se nourrir sainement et adéquatement (pilier 2.1 - Production
agricole, transformation et commercialisation).
Investir dans les filets sociaux et les mécanismes de réponse aux urgences afin que toute la
population ait accès à des produits alimentaires locaux de base leur permettant de se nourrir
adéquatement et de mener une vie saine et active et permettant en particulier aux ultra-pauvres
de sortir du cycle d’exclusion induit par la faim, en temps normal et suite à un choc (pilier 2.2 Accès aux produits alimentaires de base).
Investir dans les services de base prioritaires nécessaires à une bonne utilisation physiologique
des aliments locaux et permettant d’atteindre la sécurité sanitaire et nutritionnelle (pilier 2.3 Services nécessaires à la sécurité sanitaire et nutritionnelle).
Investir dans le réseau routier en milieu rural et le transport maritime de proximité permettant
de désenclaver toutes les zones du pays et de relier les producteurs aux marchés à des coûts de
transport compétitifs durant toute l’année (pilier 2.4 - Infrastructures routières et maritimes).
Axe 3. Institutionnel
Mettre en place une architecture institutionnelle de la SAN répondant à la nécessité de
promouvoir des formes de gouvernance appropriées à la complexité des enjeux, à la diversité
des acteurs concernés ainsi qu’à la multiplicité des politiques publiques sectorielles (Pilier 3.1 Architecture institutionnelle).
Renforcer la coordination de l’aide externe au niveau des secteurs concernés par la SSAN et au
niveau intersectoriel afin de maximiser les intégrations et les synergies de l’aide externe sur les
priorités et processus nationaux (Pilier 3.2 - Coordination de l’aide externe).
Mettre en place une culture de l’audit et du contrôle interne et externe ainsi qu’un système suivi
et évaluation apte à renforcer la transparence de la gestion et des résultats obtenus avec les
fonds du trésor public (pilier 3.3 - Audit, contrôle et Suivi-Evaluation).
5
Mettre en œuvre une stratégie de communication permettant aux différents secteurs de la
souveraineté, de la sécurité alimentaire et de la nutrition, ainsi que la population en général, de
comprendre, de souscrire et d’agir favorablement aux actions entreprises dans le cadre de la
PSNSSANH (Pilier 3.4 - Communication autour de la PSNSSANH).
Renforcer les capacités des acteurs de la PSNSSANH en matière d’administration, de gestion et
de finances publiques, afin que tous aient les compétences nécessaires pour exercer les missions
qui leurs sont dévolues (pilier 3.5 - Renforcement des capacités).
6
2.5
Cibles d’impact
Tableau 1. Cibles et indicateurs au niveau de la Vision, des Axes (objectifs généraux) et des Piliers (objectifs spécifiques)
VISION, AXES et PILIERS
VISION
AXE 1. POLITIQUE
1.1 - Politiques commerciales et
profil tarifaire
1.2 - Politique budgétaire
1.3 - Cadre légal et politiques
sectorielles
1.4 - Système de préparation aux
urgences
AXE 2. OPÉRATIONNEL
2.1 - Production agricole familiale,
transformation et
commercialisation
Cibles
4% de croissance annuelle du PIB
PIB/habitant de 1500 USD
Augmentation de 0.1 point de l’IDH
Taux de souveraineté alimentaire de 88% (autosuffisance)
Faim Zéro
Indicateurs
% de croissance du PIB
PIB/habitant
IDH
Taux de souveraineté alimentaire (autosuffisance)
Prévalence de la sous-nutrition
Prévalence de l’insécurité alimentaire modérée, basé
sur l’échelle de l’expérience d’insécurité alimentaire
Niveau de protection du secteur agricole au moins égal à celui
de la CARICOM
35% des investissements du trésor public destinés à l’agriculture
(15%), la protection sociale (5%), les services de base pour la
nutrition (15%), l’environnement et aux infrastructures de
transport
80% des lacunes légales de la thématique SSAN comblées par
des textes
80% du volume de stock de contingence réalisés
26 analyses IPC nationales réalisées
Niveau de protection du secteur agricole
% des investissements du trésor public destinés à
l’agriculture, à la protection sociale, aux services de
base, à l’environnement et aux infrastructures de
transport
% des lacunes légales comblées par des textes
Nombre de textes promulgués
% du volume de stock de contingence réalisé
Nombre d’analyses IPC nationales réalisées
Nombre de bulletins d’alerte précoce
6% de croissance annuelle du PIB agricole (inclus élevage et
pêche)
Tripler la productivité agricole et les revenus des exploitants
agricoles
500 ressources génétiques végétales agricoles conservées
30% des superficies agricoles semées/plantées avec des
semences/plants de bonne qualité des variétés adaptées
Réduction de 80% de l’insécurité alimentaire modérée des ultrapauvres
Réduction de 60% de la sous-nutrition chez les enfants scolarisés
2.2 - Accès aux produits
alimentaires de base
% de croissance du PIB agricole
Volume de production par unité de travail, par classe
de taille d’exploitant agricole
Revenus moyens des petits producteurs, selon le sexe
et le statut indigène
Nombre de ressources génétiques végétales agricoles
conservées
Quantité de semences/nombre de plants de qualité
produits et mis à la disposition des agriculteurs
% d’insécurité alimentaire des ultra-pauvres et les
enfants scolarisés
% de sous-nutrition chez les enfants scolarisés
7
2.3 - Services de base nécessaires à
la sécurité sanitaire et
nutritionnelle
2.4 - Infrastructures routières et
maritimes
AXE 3. INSTITUTIONNEL
3.1 - Architecture institutionnelle
3.2 - Coordination de l’aide externe
3.3 - Audit, contrôle et SuiviEvaluation
3.4 - Communication autour de la
PSNSSANH
3.5 - Renforcement des capacités
AXE 4. THÉMATIQUE TRANSVERSALE
4.1 - Capital humain
4.2 - Aménagement du territoire
4.3 - Genre et autres formes
d’inégalités sociales
4.4 – Résilience
80% des populations affectées par un choc ont leurs besoins
alimentaires couverts
40% de réduction du retard de croissance chez les enfants de
moins de 5 ans
50% de réduction de l’anémie ferriprive chez les femmes en âge
de procréer (15-49 ans)
Maintien de la prévalence de la malnutrition aigüe sous le seuil
de 5%
50% des femmes allaitant exclusivement
50% d’amélioration de l’accès à l’eau potable et l’assainissement
Amélioration de l’accès à la planification familiale
30% de réduction du coût de transport moyen
100% des structures institutionnelles en fonction
80% de l’aide externe de la thématique concernée est
coordonnée dans le cadre de la PSNSSANH
70% des audits, contrôles et suivi-évaluations prévus, effectués
70% de la population familière avec les objectifs et les
principales actions de la PSNSSANH
80% du personnel participants dans la mise en œuvre de la
PSNSSANH en mesure de réaliser leurs tâches avec satisfaction
Amélioration de 50% des niveaux d’instructions primaires,
secondaires et supérieures
Amélioration de 50% des niveaux d’instruction des filles en
milieu rural
80% des planifications de la PSNSSANH intégrée dans une
approche d’aménagement du territoire
Augmentation de 50% de la participation des femmes dans les
plateformes de planification et de concertations de la PSNSSANH
Augmentation de 50% du niveau de résilience des ménages, des
communautés à l’insécurité alimentaire et la malnutrition
% des populations affectées par un choc dont leurs
besoins alimentaires sont couverts
Prévalence du retard de croissance (taille pour l’âge <2 écart type) chez les enfants de moins de 5 ans
Prévalence de l’anémie (hémoglobine < 12 g/dl pour
femmes non enceintes et< 11 g/dl femmes enceintes)
chez les femmes en âge de procréer (15-49 ans)
Prévalence de la malnutrition aigüe (poids pour la
taille<-2 écart type) chez les enfants de moins de 5 ans
% des femmes allaitant exclusivement
% des femmes ayant accès aux services de PF
% de réduction du coût de transport moyen
% des structures institutionnelles en fonction
% de l’aide externe de la thématique concernée est
coordonnée dans le cadre de la PSNSSANH
% des audits, contrôles et suivi-évaluations prévus,
effectués
% de la population familière avec les objectifs et les
principales actions de la PSNSSANH
% du personnel participants dans la mise en œuvre de
la PSNSSANH en mesure de réaliser leurs tâches avec
satisfaction
% population ayant atteint un niveau d’instruction
primaire, secondaire et supérieur
% des filles en milieu rural ayant atteint un niveau
d’instruction primaire, secondaire et supérieur
% des planifications de la PSNSSANH intégrées dans
une approche d’aménagement du territoire
% participation des femmes dans les plateformes de
planification et de concertation de la PSNSSANH
Niveau de résilience des ménages, des communautés à
l’insécurité alimentaire et la malnutrition
8
2.6
Mesures et Programmes Nationaux
Tableau 2. Ancrage institutionnel, cibles et budget estimatif annuel des 35 MESURES de la PSNSSANH
Axe
Pilier
MESURES
MESURE 1.1.1
la CARICOM
Ancrage
institutionnel
Application graduelle des TEC de
Primature /
BACOZ
1.1 - Politiques
commerciales et
profil tarifaire
MESURE 1.1.2 Groupe de travail consultatif sur
les tarifs agricoles
MESURE 1.1.3 Renforcement de
l’administration douanière
Axe 1. POLITIQUE
MESURE 1.1.4 Création d’un volet exportation
et intelligence économique
1.2 - Politique
budgétaire
1.3 - Cadre légal et
politiques
sectorielles
MESURE 1.2.1 Comptabilité analytique dans le
cadre du budget programme SSAN
MESURE 1.2.2 Préparation des documents de
Programmes Nationaux
MESURE 1.2.3 Consolidation des actions intraministérielles autour des Programmes Nationaux
prioritaires de la PSNSSANH
MESURE 1.2.4 Accroissement de l’assiette
fiscale pour financer le développement du pays et
la PSNSSANH
MESURE 1.3.1 Groupe de travail sur le
renforcement du cadre légal et de politiques
sectorielles
MESURE 1.3.2 Mise à jour de la politique
nationale de développement agricole et de
Cibles
MCI
MEF /
Douane
MCI / CFI
MEF
ONASAN
ONASAN
Relèvement des tarifs agricoles à un niveau
moyen au minimum égal au TEC de la CARICOM
Relèvement des tarifs agricoles à un niveau
supérieur au TEC pour les produits alimentaires
nécessaire à l’atteinte de la souveraineté
alimentaire
15 mesures non-tarifaires proposées et mises
en œuvre
Réduction de 90% des traitements préférentiels
aux importateurs
Réduction de 50% du temps de traitement des
dossiers d’importations et d’exportations
Réduction de 50% des procédures nécessaires à
l’exportation
13 études intelligences économiques
pertinentes aux filières agricoles
% et montant de la SSAN dans les
investissements du Budget National
100% de documents nationaux préparés et
conformes aux FIOP
50% des budgets libérés par une gestion
consolidée et simplifiée autour des Programmes
Nationaux, par Ministère
Budget annuel
- HTG
0
11 millions
0
15 millions
1 million
160 millions
8 millions
MEF / DGI
20% du PIB
Primature
13 lois et 5 documents de politiques sectorielles
8 millions
MARNDR
Document de politique disponible
8 millions
0
9
Axe 2. OPÉRATIONNEL
1.4 - Système de
préparation aux
urgences
2.1 - Production
agricole familiale,
transformation et
commercialisation
Axe
3.
INSTI
TUTI
ONNE
L
2.3 - Services de
base nécessaires à
la sécurité sanitaire
et nutritionnelle
3.1 - Architecture
institutionnelle
sécurisation foncière
MESURE 1.3.3 Formulation d’une politique
nationale de sécurité sanitaire des aliments
MESURE 1.3.4 Formulation d’une politique
nationale de protection et promotion sociales
MESURE 1.3.5 Formulation d’une politique
nationale de l’environnement et du changement
climatique
MESURE 1.3.6 Formulation d’une politique
nationale de transport
MESURE 1.3.7 Formulation de la politique
nationale de l’énergie
MESURE 1.4.1 Stock alimentaire de contingence
(SAC)
MESURE 1.4.2 Système National d’Alerte
Précoce (SNAP)
MESURE 2.1.1 Centres d’achats institutionnels
de produits agricoles locaux
MESURE 2.1.2 Revalorisation du travail des
exploitants agricoles et des Madan Sara par des
concours
MESURE 2.1.3 Loi limitant la perte des plaines
fertiles et encourageant la mise en culture des
terres agricoles
MESURE 2.1.4 Création d’une unité stratégique
de développement rural et de politique agricole
MESURE 2.1.5 Création de Commissions
Nationales pour les groupes de filières prioritaires
MESURE 2.3.1 Mise en œuvre de la loi sur la
fortification
MESURE 2.3.2 Participation à la coordination
sectorielle et intersectorielle SSAN
MESURE 3.1.1 Créer un ‘budget programme
SSAN’
MESURE 3.1.2 Mise en place progressive de la
ONASAN/
CICDA
Document de politique disponible
8 millions
MAST
Document de politique disponible
8 millions
MDE
Document de politique disponible
8 millions
MTPTC
Document de politique disponible
8 millions
Primature
Document de politique disponible
8 millions
Disponibilité du stock de contingence dès le 1
juin de chaque année (graduel de juin à août
pour les produits locaux)
Nombre de jours de publication officielle d’une
alerte avant et après un choc
MEF /
BMPAD
MARNDR
215 millions
90 millions
MARNDR
Nombre de centres opérationnels mis en place
MARNDR
Nombre de bénéficiaires des concours
11 millions
MARNDR
Loi publiée dans le Moniteur
11 millions
Nombre d’études et d’analyses réalisées par
l’unité stratégique
Nombre de Commissions Nationales
fonctionnelles
90% des aliments commercialisés fortifiés
conformément à la loi
MARNDR
ONASAN
MSPP
MSPP
MEF
ONASAN
Présence du MSPP aux rencontres
Inscription d’un budget programme SSAN dès
2018/19
Nombre de structures de gouvernance en place
0
8 millions
8 millions
112 millions
0
0
100 millions
10
3.2 - Coordination
de l’aide externe
3.3 -Audit, contrôle
et Suivi-Evaluation
Axe 4. TRANSVERSAL
3.4 Communication
autour de la
PSNSSANH
4.1 - Capital
humain
4.2 - Aménagement
du territoire
4.3 - Genre et
autres formes
d’inégalités sociales
4.4 - Résilience
TOTAL
structure de gouvernance de la SSAN
Mesure 3.2.1
Mise en place de la Table
thématique SSAN et des groupes de concertation
Mesure 3.2.2
Actualisation des Plans
Départementaux SSAN
MESURE 3.3.1 Renforcement du système
d’audit, de contrôle, suivi-évaluation de
l’Administration publique pour la SSAN
MESURE 3.3.2 Harmonisation et mise en place
du système d’information SSAN
MESURE 3.4.1
Promotion du manje lokal
MESURE 4.1.1 Rationalisation du budget du
MENFP et inclusion de l’alimentation scolaire dans
le plan opérationnel
MESURE 4.2.1 Intégration de la PSNSSANH avec
les schémas d’aménagement du territoire et de
gestion des bassins versants
MESURE 4.3.1 Intégration du MCFDF et du
MAST à tous les niveaux de la planification des
actions réalisées dans le cadre de la PSNSSANH
MESURE 4.4.1 Intégration d’indicateurs de
résilience dans le système de suivi et évaluation de
la PSNSSANH
et opérationnelles
Table thématique SSAN fonctionnelle
10 Plans départementaux SSAN disponibles et
opérationnalisés
8 millions
Rapports d’audits, de contrôle et de suiviévaluation disponibles
160 millions
Système d’information de MEF en place pour le
budget programme SSAN
3 millions
Au moins 2 communications par semaine en
moyenne
23 millions
Alimentation scolaire financée par le FNE
0
Programmes SSAN pris en compte dans les
schémas d’aménagement du territoire
0
MCFDF,
MAST
Participation du MCFDCF du MAST aux ateliers
de planification
0
ONASAN
Indicateurs de résiliences identifiés et mesurés
0
ONASAN
ONASAN
MEF, MPCE
ONASAN
ONASAN
MENFP
MPCE
0
1 milliard
11
Tableau 3. Ancrage institutionnel, cibles et budget estimatif annuel des 25PROGRAMMES NATIONAUX de la PSNSSANH
Axe
Pilier
PROGRAMMES NATIONAUX
Ancrage
institutionnel
PROGRAMME NATIONAL 2.1.1
Crédit rural
pour la commercialisation et la transformation de
produits locaux et les services agricoles (PN-CR)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.2
aliments (PN-STOCK)
Stockage des
MARNDR
Axe 2. OPÉRATIONNEL
PROGRAMME NATIONAL 2.1.3
Construction
de marchés et de points d’abattage (PN-CMPA)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.4
Mise en place
de Micro-parcs (PN-MPARC)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.5
Réhabilitation
et construction de périmètres irrigués (PN-RCPI)
2.1 - Production
agricole familiale,
transformation et
commercialisation
PROGRAMME NATIONAL 2.1.6
Bons d’intrants
agricoles subventionnés pour les cultures
vivrières(PN-BIAS)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.7
Promotion de
l’arboriculture commerciale et de
l’horticulture (PN-PACH)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.8
Promotion de
l’élevage (PN-EL)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.9
Promotion de
la pêche et aquaculture (PN-PAQ)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.10
semences (PN-SEM)
MICT /
Mairies
MARNDR
MTPTC / CNE
MARNDR
MARNDR
MARNDR
MARNDR
Plants et
PROGRAMME NATIONAL 2.1.11 Lutte phyto et
zoo-sanitaires raisonnée (PN-LPZS)
16
BRH
MARNDR
MARNDR
Quelques indicateurs programmatiques
Budget annuel
16
- HTG
Nombre de bénéficiaires de crédit rural
Montant des crédits alloués aux Madan Sara, boutik
d’intrants, exploitants agricoles, etc.
Taux de remboursement
Nombre d’unité de stockage subventionnés
Nombre de bénéficiaires d’unité de stockage
Taux d’utilisation
Nombre de marchés construits
Nombre de marchands bénéficiant des infrastructures
Nombre de micro-parcs construits
Nombre d’utilisateurs
Nombre de périmètres réhabilités et construits
Nouvelles surfaces irriguées et augmentation de la
production
Nombre de bénéficiaires
Quantités d’intrants (désagrégés) subventionnés
Augmentation de la production vivrière
Nombre de bénéficiaires ayant établi des cultures
commerciales
Surface mises en culture fruitière
Augmentation de la production fruitière
Nombre d’animaux vacciné et traités
Nouvelles unités de production établies
Nombre d’unité de DCP subventionnées
Nombre d’unité de transformation
Augmentation des quantités pêchées/produites
Quantités semence/plants de qualité produites et vendues
Nombre de variétés testées
Nombre de variétés autorisées et inscrites
Nombre de solutions de lutte phyto et zoo-sanitaires
identifiées et vulgarisées
80 millions
18 millions
375 millions
100 millions
1.5 milliard
1.5 milliard
300 millions
200 millions
150 millions
230 millions
80 millions
Les estimations des budgets nécessaires correspondent aux coûts estimés lorsque chaque programme sera mis à l’échelle, couvrant l’ensemble des besoins au niveau national.
12
2.2 - Accès aux
produits
alimentaires de
base
2.3 - Services de
base nécessaires à
la sécurité sanitaire
et nutritionnelle
Axe 3
2.4 –
Infrastructures
routières et
maritimes
TOTAL
3.5 - Renforcement
des capacités
PROGRAMME NATIONAL 2.1.12 Promotion de
la mécanisation (PN-MEC)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.13 Jaden lakou
urbains et ruraux (PN-Lakou)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.14 Conservation
des ressources génétiques des plantes cultivées et
forestières (PN-ARBO)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.15 Recherche,
formation et innovation technologique (PN-RIT)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.16 Réhabilitation
des infrastructures rurales suite à un choc par des
travaux HIMO (PN-HIMO)
PROGRAMME NATIONAL 2.2.1. Cantine
scolaire basée exclusivement sur des produits
locaux (PN-CS)
PROGRAMME NATIONAL 2.2.2. Bons de
produits alimentaires locaux destinés aux ‘ultrapauvres’ et RUB (PN-BPAL)
PROGRAMME NATIONAL 2.2.3. Transferts
alimentaires d’urgence aux ménages fortement
affectés par un choc (PN-TAU)
PROGRAMME NATIONAL 2.3.1
Nutrition (PNNUT)
PROGRAMME NATIONAL 2.3.2
Eau et
Assainissement (PN-H2O)
PROGRAMME NATIONAL 2.3.3
Aide au
planning familial (PN-APF)
PROGRAMME NATIONAL 2.4.1
Extension et
entretien du réseau de routier (PN-ERR)
PROGRAMME NATIONAL 2.4.2
Amélioration
des infrastructures de cabotage (PN-AIC)
PROGRAMME NATIONAL 3.4.1
Renforcement
de capacités des acteurs de la PSNSSANH (PNCAPA)
MARNDR
MCFDF
MDE
MARNDR
MARNDR
MENFP /
PNCS
MAST
MICT / DPC
MSPP
MTPTC /
DINEPA
MCFDF
MTPTC / FER
Nombre de technologies introduites
Nombre d’entreprises de services après-vente établies
Nombre de bénéficiaires ayant établi un jaden lakou
(désagrégé par zones urbaine et rurale)
Nombre d’arboretum établis
Nombre de ressources génétiques conservées
Nombre d’innovations identifiées
Nombre d’innovations vulgarisées
Nombre d’infrastructures réhabilitées
Nombre de bénéficiaires de travaux HIMO
Nombre d’enfants bénéficiant de la cantine
Quantité de produits locaux achetés/acheminés aux écoles
% de produits locaux dans les menus
Nombre d’ultra-pauvres bénéficiant des bons alimentaires
Nombre de bénéficiaires dans le RUB
% de produits locaux
Nombre de bénéficiaires suite à un choc
Nombre de jours entre le choc et la réponse
Quantité et valeur des aliments distribués
Nombre de formation/sensibilisation de la nutrition
Nombre d’enfants pris en charge
Nombre d’intrants (désagrégés) distribués
Nombre d’infrastructures construites/réhabilitées
Nombre de bénéficiaires
Nombre de femmes et d’hommes bénéficiant d’une aide au
planning familiale
Nombre de km de route réhabilitée et construites
80 millions
100 millions
75 millions
537 millions
340 millions
11 milliards
2.7 milliards
120 millions
1 milliard
1 milliard
100 millions
22 milliards
MTPTC /
SEMANAH
Nombre d’infrastructure de cabotage réhabilitées et
construites
375 millions
Primature /
OMRH
Nombre de formation désagrégées par thème
Nombre de personnes ayant bénéficiés de formations
40 millions
44 milliards
13
3.
PRINCIPES DIRECTEURS
La mise en application de la présente politique nécessite de procéder à des choix fonctionnels et
opérationnels. Ces décisions peuvent s’appuyer sur un certain nombre de principes directeurs visant
à préserver l’esprit de la présente politique dans les actions sur le terrain.
Droits humains. L’alimentation, la sécurité sociale et la santé sont des droits humains fondamentaux
inscrits dans la Constitution haïtienne de 1987 (articles 19 et 22)17. La responsabilité première de
l’atteinte de ces droits revient aux familles et l’Etat répond par des interventions ciblées là où les
individus ou les groupes se trouvent, pour des raisons indépendantes de leur volonté, dans
l'impossibilité d'exercer leurs droits par les moyens dont ils disposent.
Équité. Le principe d’équité est central aux actions mises en œuvre dans le cadre de cette politique
et vise à éliminer les disparités concernant l’accès au droit à l’alimentation et l’accès aux services de
base nécessaires à la sécurité nutritionnelle.
Production nationale d’abord. Toutes les interventions, mesures et Programmes Nationaux, mis en
œuvre dans le cadre de la PSNSSANH doivent, avant tout, bénéficier à la production agricole
nationale. Ainsi, les politiques commerciale et tarifaire visent à encourager le développement des
économies locales. Les filets sociaux, et la protection sociale dans un sens plus large, utiliseront
systématiquement les produits locaux, lesquels sont priorisés sur les transferts monétaires
(transferts conditionnels et non conditionnels et alimentation scolaire). Les programmes
nutritionnels (prise en charge et prévention de la malnutrition) seront établis sur la base de produits
manufacturés en Haïti avec une prépondérance de produits agricoles locaux. Les politiques
sectorielles qui seront développées ou mises à jour en aval de la PSNSSANH prioriseront la
production agricole nationale sur le commerce externe.
DRAFT
Respect et encouragement des habitudes alimentaires. Toutes les interventions mises en œuvre
dans le cadre de cette politique respectent les habitudes et la diversité alimentaire traditionnelle du
pays. En particulier, les filets sociaux se mettent en œuvre dans le respect et la promotion des
habitudes alimentaires traditionnelles en vue de garantir un accès à de la nourriture saine, équilibrée
et socialement appropriée.
Coût-Efficacité. Pour être durable, les ressources nationales et internationales disponibles doivent
être utilisées aussi efficacement que possible, en fournissant des services de qualité au moindre coût
et dans les secteurs où les effets multiplicateurs sont le plus élevés. En même temps, au-delà de la
fourniture de services, chaque intervention mise en œuvre dans le cadre de cette politique vise à
générer des bénéfices multiplicateurs en faveur des économies locales et en particulier par
l’utilisation de produits cultivés ou manufacturés en Haïti. La solution la moins chère ne peut pas
toujours générer ces effets et ainsi, des solutions alternatives, même si cela implique des coûts plus
élevés, doivent être priorisées. Ainsi, pour les filets sociaux, une préférence est donnée aux bons
alimentaires de produits locaux par rapport aux transferts monétaires.
Autonomisation. Les programmes et mesures viseront à assurer, autant que possible la participation
active du secteur privé, afin d’obtenir des leviers durables sur les investissements. L’ancrage des
filets sociaux dans la production nationale est un élément central de sa durabilité et constitue le
meilleur moyen de réduire les effets de la dépendance des ménages par son effet positif sur les
économies locales. Les filets sociaux doivent être conçus comme un investissement dans le capital
humain ayant des retombées immédiates sur les économies locales, plutôt qu’une action créant de la
dépendance et un coût social élevé.
17
République d’Haïti, 1987.
14
Adaptation. La diversité agroécologique du pays ainsi que les contraintes d’accès de certaines zones
justifient des approches prenant en compte les spécificités locales. Cela signifie, par exemple, que le
paquet de services agricoles disponible aux agriculteurs (engrais, semences, itinéraires techniques)
ou encore la composition du panier alimentaire pour les actions de filets sociaux soient adaptés aux
différentes régions en fonction de la production locale et de la disponibilité des aliments sur les
marchés locaux.
Gouvernance inclusive. Conformément à la loi, les arrangements institutionnels s’organisent dans un
processus de déconcentration et de décentralisation et dans un esprit de collaboration entre les
différents niveaux de gouvernance. L’engagement des Collectivités, de la société civile et du secteur
privé est aussi une condition centrale du succès de la politique, non-seulement dans la mise en
œuvre des interventions mais dès la conception des activités au niveau des localités ainsi que comme
contributeur au financement des services. Avec le soutien des services déconcentrés, les
Collectivités, la société civile et le secteur privé sont appelés à faire des choix sur la conception et la
mise en œuvre des activités sur leur territoire. Les mécanismes de coordination transversale tant au
niveau central, interministériel, qu’au niveau des territoires et le rôle de coordination des politiques
nationales du délégué départemental, tables de concertation thématiques, visent à permettre un
effort concerté et cohérent de l’action gouvernementale appuyée par toutes les parties prenantes du
secteur.
Redevabilité. A tous les niveaux de la mise en œuvre de la politique, une chaîne de redevabilité claire
veille à ce que le gouvernement et le public aient accès à des comptes qui répondent aux normes les
plus strictes du service public. Les communautés participent activement au contrôle social des
interventions mises en œuvre, garantissant la provision de services agricoles, de filets sociaux et de
services de santé nutritionnelle efficaces et adéquats.
DRAFT
Genre. Chaque composante de la politique vise à promouvoir l’égalité des genres en vue d’améliorer
la participation équilibrée des femmes et des hommes, en terme quantitatif et qualitatif, à tous les
niveaux de planification et de mise en œuvre. Les mécanismes de suivi et évaluations sont sensibles à
la question du genre et permettent de réorienter les interventions en vue de favoriser l’égalité.
Environnement. Les modalités de mise en œuvre de la politique sont respectueuses de
l’environnement et alignées sur les normes nationales du secteur. Les mesures nécessaires sont
prises pour éviter ou réduire les éventuels risques environnementaux (déforestation, pollution, etc.).
15
4.
ANALYSE DE CONTEXTE
La géographie, le potentiel agricole, les ressources naturelles, la culture et l’histoire d’Haïti en font un
pays riche en possibilités. Haïti jouit de nombreux avantages comparatifs, y compris sa proximité et
son accès privilégié à des marchés importants, une population active et jeune, une diaspora
dynamique, et des richesses géographiques, historiques et culturelles non négligeables. Divers
secteurs de l'économie haïtienne présentent des possibilités de développement, en particulier
l’agriculture, l'agro-industrie, la petite industrie et le tourisme. Fort de ces perspectives, le
gouvernement haïtien a publié en mai 2012, le Plan de Développement Stratégique de
Développement d’Haïti (PSDH) qui vise à construire une économie émergente d’ici 203018. Pour
atteindre ces objectifs, Haïti devra réaliser une croissance économique ambitieuse de 10% ou plus.19
Pourtant, l’atteinte de cette noble vision est confrontée à une poignante réalité : la croissance
économique du pays reste résolument en dessous de la croissance démographique, en raison d’une
agriculture en régression depuis les années 1980 et une population dont le capital humain s’érode en
raison de la prévalence élevée de la pauvreté, la faim et la malnutrition. En 2016, avec un Indice de
Développement Humain (IDH) de 0.408, Haïti est classé 163ème sur 188 pays20, alors qu’en 2017, le
pays souffre de la prévalence de la sous-alimentation la plus élevée du monde21.
Graphique 1.
Malgré son riche potentiel
agricole, Haïti importe
aujourd’hui plus de la
moitié de sa nourriture et
83% du riz consommé dans
le pays. Pourtant, en 1985,
une
année
avant
l’application des réformes
structurelles
sur
les
marchés
agricoles,
seulement8% du riz et 35%
de toutes les céréales
(inclus le blé et ses
dérivés22)
étaient
importés23, alors que les
exportations agricoles étaient conséquentes24. Le taux d’autosuffisance25 en riz est aujourd’hui
d’environ 17% et de 58% pour l’ensemble des produits vivriers26.
DRAFT
L’analyse de contexte présente les différents actes qui ont conduit le pays à ne plus produire
suffisamment d’aliments pour nourrir sa population malgré son important potentiel agricole et
étudie les conséquences profondes de cet état de fait, notamment sur la pauvreté, l’insécurité
alimentaire et la malnutrition.
18
MPCE, 2012b.
Banque Mondiale, 2015a.
20
Indice de Développement Humain. PNUD, 2016.
21
FAO, 2017.
22
Le blé n’est pas produit en Haïti.
23
FAOSTAT
24
FAOSTAT, MARNDR, 2010a ; Bureau de la Présidence, 2012.
25
Taux d’autosuffisance = Production / (Production + Importation-Réexportation) x 100.
26
Ce taux est probablement sous-estimé étant donné les importations non-enregistrées de semoule de maïs de la
République Dominicaine. En 2011, ces importations informelles de semoule de maïs étaient estimées à 40,000 tonnes.
CNSA, 2011a.
19
16
4.1
ACTE 1. Profonde crise de la production agricole
L’application d’ajustements structurels sur les marchés agricoles …
La rupture a lieu lorsque deux vagues de réformes structurelles macro-économiques27, l’une en 1986
et l’autre immédiatement après l’embargo en 1995-96, ont redéfini les relations entre l’Etat, les
producteurs agricoles et le marché. Haïti a ainsi appliqué 4 Facilités d’Ajustements Structurels (FAS),
avec chacun leur prêt financier respectif du FMI28.Ces accords ont ensuite été renouvelés durant la
première décennie de 200029.Le 21 juillet 2010, suite au séisme de janvier 2010, le FMI a approuvé
l’annulation totale de la dette d’Haïti envers le FMI, qui avoisine 268 millions USD30.
Ces ajustements se sont accompagnés d’une libéralisation drastique des marchés, y compris des
marchés agricoles, éliminant les barrières tarifaires et non-tarifaires aux importations et aux
exportations ainsi que les subsides aux productions vivrières31. Les principales réductions tarifaires
sont les suivantes32 :
Riz et sucre33 : de 50 à 3%
Maïs : de 50 à 15%
Blé, sorgho et banane : de 50 à 0%
Porc et poulet : de 40 à 5%
Œuf et lait : de 40 à 0%
Cette opération poursuivait le double objectif de transformer Haïti en ; a) un fournisseur de la main
d’œuvre la moins chère de l’hémisphère occidental pour l’industrie de l’assemblage à la
réexportation, et b) l’un des plus grands importateurs de produits alimentaires dans les Caraïbes34 35.
La sécurité alimentaire devait alors être atteinte par le biais de l’importation de produits alimentaires
moins chers sur les marchés internationaux. Ces deux premiers objectifs sont largement atteints :
DRAFT
Haïti est non-seulement le pays avec le salaire minimum le plus bas de l’Amérique Latine et
des Caraïbes, mais l’un des plus bas du monde. Selon le rapport de l’Organisation
Internationale du Travail (OIT), sur 110 pays étudiés, seule la Fédération de Russie ou le
Tadjikistan ont un revenu minimum inférieur36 .
27
Réformes décidées dans le cadre de 4 accords d’ajustements structurels (FAS/FASR) redéfinissant les relations entre
l’Etat, les producteurs et le marché.
28
Le tableau ci-dessous présente les principaux prêts du FMI aux réformes économiques d’Haïti, Jacob S., 2008 :
Type d’accord
Période
Montant approuvé
(en millions de Droit de
Tirage Spéciaux (DTS)
Accord Facilité d’Ajustements Structurels (FAS)
1986-89
30.87
Accord de confirmation
1989-90
21
Accord de confirmation
1995-96
20
Accord Facilité d’Ajustements Structurels
1996-99
91.05
Renforcée (FASR)
29
Jacob S., 2008.
Soit 178 millions de Droits de Tirages Spéciaux (DTS) ; IMF, 2010.
31
MEF, 2016 ; BRH, 2017a ; USAID, 2000 ; IMF, 2001 ; OMC, 2015b ; BID, 2005d; Dupuy, A., 2012 ; Jacob S., 2008 ; McGuigan,
C., 2006; Steckley, M. &Shamsie Y., 2015 ; Schwartz, T., 2008.
32
IRAM et Groupe de Croissance, 1998.
33
Sucre : 0% en 2015. OMC, 2015b.
34
Dupuy, A., 2012.
35
Les réformes devaient amener à un redressement de l’économie, une réduction du déficit budgétaire et une baisse de
l’inflation. BRH, 2017a.
36
OIT, 2008.
30
17
Haïti est le deuxième importateur de riz des Etats-Unis, après le Mexique, et représente 15%
des ventes américaines.37
Par contre, l’impact de ces politiques sur la souveraineté et sécurité alimentaires et la nutrition a été
dévastateur. Très peu de pays dans le monde, si ce n’est quelques pays pétroliers, ont des tarifs
agricoles aussi peu élevés que ceux d’Haïti, qui pratique par ailleurs les tarifs les plus bas de la
CARICOM38.Les producteurs haïtiens se sont ainsi retrouvés, depuis 3 décennies, exposés à une
compétition directe avec les marchés internationaux approvisionnés par des agricultures des pays
industrialisés à la fois plus performantes et subventionnées.39
… engendre une profonde crise de la production agricole …
Graphique 2.
Cette libération soudaine de l’économie,
couplée
avec
une
aide
alimentaire
40
massive mise en place dès l’embargo de 1991,
entraîne une profonde crise de la production
agricole en raison de la vente, sur les marchés
nationaux, de produits alimentaires importés, à
des prix inférieurs aux coûts de production des
agriculteurs haïtiens. Les producteurs ont vu
leur source de revenus s’éroder rapidement.
Les prix des produits vivriers sur les marchés
nationaux s’effondrent alors que sur les
marchés internationaux, les prix du café et du cacao chutent également durant la même période.
Cela résulte en un démantèlement des principales filières agricoles vivrières et d’exportation. Les
exportations de café, de cacao et de sucre régressent à partir du milieu des année 80 (graphique 241).
DRAFT
Graphique 3.
La production agricole a chuté de 30%, en
42
termes réels, de 1980 à 2000 . Le Produit
Intérieur Brut (PIB) du secteur agricole est en
régression depuis 1986(graphique 343) et
représente, en 2015, 20% du PIB44. Selon les
données de l’IHSI, le PIB agricole a continué de
régresser de -4.5% les 10 dernières années
(2007-2016) et de -12% sur les 20 dernières
années (1997-2016). Le PIB total n’a progressé
que de 17% pour la décennie (2007-2016).
Même à 20% du PIB, la contre-performance du
secteur agricole est responsable de la stagnation de l’économie nationale (voir également section 5.2
traitant des interrelations entre l’agriculture et l’emploi).
37
38
39
Osiris, 2018.
IMF, 2001 ; FAO, 2014.
Même parmi les pays traditionnellement promoteurs et ardents défenseurs du libre-échange, l'agriculture est
restée fortement soutenue et les marchés agricoles protégés.
40
http://www.wfp.org/fais/
FAOSTAT.
42
MEF, 2016.
43
IHSI, 1997 à 2006, 2007a, 2008 et 2009, 2010a, 2011, 2014a et 2015a.
44
IHSI, 2016a
41
18
… qui est remplacée par une croissance exponentielle des importations commerciales et
humanitaires de riz et d’autres produits alimentaires ...
Graphique 4.
Par contre, l’élimination des barrières tarifaires
et non tarifaires aux importations est à
l’avantage des commerçants. Les importations
de riz augmentent d’un facteur de 60 en deux
décennies ; elles passent de 7,000 en 1985 à
207,000 tonnes en 1996 et à 425,000 tonnes en
2006 (graphique 4)45 En valeur commerciale, les
importations de riz représentaient 2.7 millions
USD en 1985, contre 278 millions en 2013, soit
une augmentation d’un facteur de 100.
L’importation de sucre raffiné est passée de 19,000 tonnes en 1986 à 193,000 tonnes en 2006
(graphique 4). Les importations de poulets, elles, explosent d’un facteur de 234 et passent de 300
tonnes en 1985 à plus de 70,000 tonnes en 2013 (graphique 5). Les importations de pois passent de
800 tonnes en 1985 à plus de 80,000 tonnes en 2010, soit un facteur de 100 (graphique 6)46.
Graphique 5.
Graphique 6.
DRAFT
Alors que les producteurs perdaient leurs revenus et étaient contraints à l’insécurité alimentaire
et à l’exode rural (voir plus loin), l’aide externe venait en aide à ces populations avec des dons de
nourriture et des projets financés par la monétisation de vivres à travers le PL-48047. Des dizaines
voire centaines de milliers de tonnes de vivres sont ainsi entrés annuellement sur le territoire
national et à des prix encore inférieurs aux prix des denrées importées commercialement. L’aide
alimentaire augmente fortement à partir de l’embargo de 1991. Cette aide aggrave la pression sur
la production agricole nationale exercée par les politiques commerciales et tarifaires appliquées
depuis 1986. Les effets perturbateurs de l’aide alimentaire sur la production nationale ont été
documentés dans plusieurs ouvrages 48.
45
FAOSTAT
FAOSTAT
47
US Public Law 480 (1954). Loi américaine sur le développement du commerce et de l’aide ayant établi le programme
‘food for peace’ (nourriture pour la paix), le principal programme américain d’aide alimentaire à l’étranger. Le bureau de
gestion du PL.480 a été créé en 1985 en Haïti pour la monétisation de l’aide alimentaire américaine. A l’achèvement de ce
programme, une modification du statut légal du PL-480, en 2008, a permis la création du Bureau de Monétisation des
programmes d’Aide au Développement (BMPAD). Aujourd’hui, cette entité étatique est responsable de monétiser tous
les dons et/ou prêts reçus en nature dans le cadre d’accords signés entre l’Etat haïtien et des bailleurs internationaux.
Le BMPAD monétise actuellement des dons alimentaires du Japon, et commercialise du riz acheté au Vietnam .En
novembre 2017, le BMPAD monétisait du riz vietnamien au prix de 800 gourdes/25 kg soit environ 500 USD par tonne
(novembre 2017). http://www.bmpad.gouv.ht/30-actualite-bmpad/387-avis-de-vente1.html
48
Richardson, L., 1997; DeWind, J. &Hinley, D., 1988; Oxfam. 2005; Schwartz, T., 2008.
46
19
En 2002, la CNSA souligne les avantages de la cantine scolaire sur la structuration de l’aide
alimentaire et le ciblage sur les enfants 49.La mise sur pied du Programme National de Cantine
Scolaire (PNCS) en 1997 a d’ailleurs constitué une tentative de l’Etat Haïtien de circonscrire l’aide
alimentaire au milieu institutionnel afin d’atténuer les effets de cette aide alimentaire sur la
production nationale, par le biais des marchés50. Plus de 80% des interventions dans le secteur de
l’alimentation scolaire, plutôt que de se baser sur la production locale, propose encore des menus
uniques basés sur des produits importés, modifiant ainsi durablement les habitudes alimentaires au
profit d’intérêts commerciaux externes51. Des efforts sont toutefois réalisés en vue de mettre à
l’échelle des modalités basées exclusivement sur des produits locaux52.
De plus, étant donné que les importations alimentaires commerciales ou de l’aide externe
concernent également les produits transformés, les politiques tarifaires soustraient toutes options
de sortie de la production agricole nationale vers la transformation agro-alimentaire. Cela
constitue un autre facteur majeur du manque de compétitivité de produits locaux tels que le maïs ou
le petit mil, le plus souvent transformé dans des petites unités artisanales de transformation livrant
des produits de qualité insuffisante.
… dans un contexte aggravé par des investissements extrêmement bas dans l’agriculture …
Les investissements dans le secteur agricole sont extrêmement faibles et reflètent les priorités
établies par une politique macro-économique favorable aux importations. Le budget du MARNDR
représente entre 5.7 et 9.7% du budget général de la République. Ce budget comprend les divers
projets mis en œuvre et financés par la coopération externe. Le tableau 4montre que le budget
agricole issu des ressources internes ne représente qu’entre 1.1 et 1.6% du budget général de la
République (soit 1.4 et 1.9 milliards de gourdes)53. En 2012-13, le MARNDR a pu exécuter le budget à
hauteur de 53% en fonction des ressources effectivement transférées (69% en 2013-14). En 2012-13,
86% du budget de l’agriculture était financé par la coopération externe, sous forme de plusieurs
projets disparates54. Dans ce contexte, aucun transfert de technologie valable n’est réalisé à l’échelle,
les semences de qualité, les engrais et les intrants nécessaires à la lutte contre les parasites et
maladies ne sont largement pas disponibles aux petits producteurs. A titre d’illustration, la
production nationale de sorgho s’est effondrée à partir de 2015 en raison d’attaques non-contrôlées
du puceron jaune (Melanaphissacchari)55.
DRAFT
Les investissements privés dans le secteur agricole sont minimes. Environ 40% des crédits formels
sont accordés aux secteurs du commerce et des services pour financer les importations, tandis que
l’agriculture en reçoit moins de 0.2%56.
La dérèglementation des marchés agricoles a démantelé un système autochtone de production
agricole et d’élevage. Du manque d’investissements et de politiques agricoles adaptés résulte une
faible productivité du secteur. L’agriculture en profonde crise est devenue une agriculture de
subsistance, caractérisée par une faible productivité et de très faibles investissements.
49
CNSA, 2002a et 2002b.
République d’Haïti, 1997.
51
Et ce en contradiction avec la Politique et Stratégie Nationales d’Alimentation Scolaire (PSNAS), MENFP, 2016.
52
Voir le Manuel d’Opération du PNCS ; MENFP & PNCS, 2016b.
53
MARNDR, 2013a ; MARNDR, 2014a.
54
MARNDR, 2013a.
55
Cuevas, H. and All, 2016; Favre, R., 2016; https://www.radiotelevisioncaraibes.com/nouvelles/haiti/la-production-demillet_en-peril.html
56
Banque Mondiale, 2015a.
50
20
Tableau 4. Proportion du budget de l’agriculture par rapport au budget général de la République
Budget MARNDR - ressources internes
et externes
Budget MARNDR - ressources
58
internes
Budget MARNDR - décaissement
ressources internes
57
2012-13
2013-14
2014-15
2015-16
2016-17
2017-18
7.5%
5.8%
6.1%
9.7%
5.7%
6.9%
1.1%
1.6%
n/d
n/d
n/d
n/d
0.6%
1.3%
n/d
n/d
n/d
n/d
n/d : données non disponibles
… et la répétition de graves catastrophes naturelles …
A ce contexte structurel défavorable, s’ajoute la répétition des graves chocs naturels (tremblements
de terre, ouragans, inondations, sécheresses59) dont les impacts affectent le PIB à l’échelle nationale.
Haïti est l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles dans le monde60. En 2008, les
tempêtes tropicales et les ouragans ont entraîné des pertes évaluées à 15% du PIB. Le tremblement
de terre de 2010a engendré la mort de 220,000 personnes ainsi que des dégâts dans l’économie et
les infrastructures, estimés à 120% du PIB61, alors que l’ouragan Matthew a affecté la croissance
économique du pays en 2017, avec une perte estimée à 32% du PIB62, et compromis la production
agricole de la Grande Anse et d’une partie du Sud pour plusieurs années. Les données historiques
disponibles conduisent globalement à conclure que les catastrophes liées aux conditions
météorologiques auraient entraîné des dommages et des pertes annuels estimés à environ 2% du PIB
de 1975 à 201263. La dégradation de l’environnement, causée par la déforestation et l’érosion des
sols, et le manque d’infrastructures exacerbent l’impact de ces chocs.
… résultant en un environnement fortement dégradé
DRAFT
La dégradation de l’environnement et la déforestation en Haïti sont médiatisées64, mais pas
systématiquement documentées. Les estimations de couverture forestière actuelle fluctuent
fortement selon les sources et vont de 1.44% à 32.3%65. Il est néanmoins indéniable que la
couverture forestière s’est considérablement détériorée ces dernières décennies (60% en 1923). Cela
est l’une des causes de la dégradation des sols, de la perte de biodiversité et des inondations
récurrentes. Le coupable le plus souvent pointé du doigt est la consommation de charbon de bois,
57
Le Moniteur, 2012b ; Le Moniteur, 2013 ; Le Moniteur, 2014 ; Le Moniteur, 2015 ; Le Moniteur, 2016.
MARNDR, 2013a ; MARNDR, 2014a.
59
En 2004, les inondations ont aggravé la crise politique en cours, causant à l’économie des pertes estimées à 5.5% du PIB.
En 2008, Haïti fut frappé par quatre ouragans, provoquant une contraction de la production agricole de plus de 7 points de
pourcentage et une hausse nationale des prix des denrées alimentaires. En 2009, l’ouragan Thomas a causé des pertes
importantes dans le Sud et la Grande-Anse. Le séisme de 2010 fut destructeur provoquant des déplacements et
d’importantes pertes humaines, ainsi que des dégâts pour les infrastructures, les logements, et, dans une moindre mesure,
les emplois. En 2012, le pays a été frappé par deux ouragans (Isaac et Sandy) et une sécheresse. De 2013 jusqu’à 2015, une
situation de sécheresse (El Nino) a continué d’affecter la production agricole. En 2016, l’Ouragan Matthew a dévasté la
péninsule du Sud et en 2017, Haïti s’est retrouvé de justesse hors de la trajectoire de 2 ouragans de catégories 5 (Irma et
Maria), causant toutefois quelques inondations dans le Nord-Est. MPCE, 2014.
60
Banque Mondiale, 2015a.
61
MPCE, 2014.
62
République d’Haïti, 2016.
63
Banque mondiale, 2015a.
64
La question de la déforestation en Haïti est soulevée par exemple dans le fameux documentaire intitulé ‘An Inconvenient
Truth’ (2006) de l’ancien vice-président américain Al Gore.
65
Churches, C. & All, 2014 (32.3%); Churches, C. & All, 2014 (29.4%); MCD12Q1 (21.1%); Globalcover, 2009 (26.9%); CNIGS,
2008 (19.5%), FAO, 2005c (4%), GLC2000, 2003 database (7.0%), ME & ESMAP, 2007 (1.44%).
58
21
qu’il conviendrait alors de remplacer par du gaz propane importé66. Cependant, cela déséquilibrerait
encore plus la balance commerciale.
Le fait est que les forêts haïtiennes fournissent 72% des besoins énergétiques par le bois de feu
(60%) et le charbon (12%)67. La consommation annuelle de bois pour l’énergie aurait dépassé les 4
millions de tonnes, dont 1/3 est convertis en charbon, dont le rendement est très faible (10-15%)68.
Les produits pétroliers importés couvrent les 25% restants de la demande69. Pour la cuisson, la
consommation annuelle de gaz propane (LPG)reste faible à environ 15,000 tonnes/année, soit 53 fois
moins qu’en République dominicaine70.La très grande majorité des ménages du milieu urbain (80%)
utilise du charbon de bois, alors que les ménages du milieu rural, utilisent pour la plupart (73%) le
bois ainsi que les résidus de récoltes. Les combustibles modernes, comme le gaz ou le kérosène sont
utilisés par une faible proportion (4%), même dans l’Aire Métropolitaine (13%)71.
La production de charbon représente une source conséquente de revenus en milieu rural (16% des
revenus) et constitue une importante source d’emplois, estimé à 200,000, à divers niveaux de la
chaîne de valeur72. Les enquêtes de la CNSA montrent systématiquement que les activités liées à la
production du charbon constituent l’un des principaux mécanismes de survie des ménages ruraux
vivant en insécurité alimentaire. Il s’agit donc ici d’une économie de survie73.
Le coût de l’énergie du charbon et du gaz propane est similaire. Par contre, le coût de cuisson avec
des petits fourneaux améliorés est généralement moins cher avec le charbon que le gaz propane,
avec toutefois des variations selon le type de fourneaux74. Ce faible coût du charbon s’explique par
l’économie de survie des ménages ruraux, incapables de sortir de l’extrême pauvreté par
l’agriculture.
Ainsi, la déforestation et la dégradation des bassins versants sont liées à la crise du secteur agricole
et l’extrême pauvreté des producteurs agricoles en sont les moteurs. Ainsi, trois mécanismes sont à
l’œuvre ; a) les stratégies de survie liées à l’extrême pauvreté et l’insécurité alimentaire ; b) la très
faible productivité de l’agriculture sur les meilleures terres (surface agricoles utiles) et ainsi
l’extension des surfaces cultivées dans les mornes pour y pratiquer une agriculture de subsistance
sur de très fortes pentes75 et c) la rareté induite des engrais par les pratiques de subventionnement
des intrants agricoles du MARNDR, empêchant les agriculteurs de maintenir la fertilité de leur terre
et les contraignant ainsi à pratiquer la jachère extensive et même l’agriculture sur brûlis (voir pilier
2.1, section 3 sur les déterminants clés de l’augmentation de la production agricole).
DRAFT
66
USAID, 2011.
Pour réaliser cet apport, il est probable que la couverture forestière réelle se situe plutôt dans la tranche la plus élevée
des estimations.
68
ME & ESMAP, 2012.
69
ME & ESMAP, 2012 ; MTPTC, BME & EDH, 2010 ; USAID, 2011.
70
Données
sur
les
importations
de
gaz
propane
(LPG)
en
République
Dominicaine
:
http://www.indexmundi.com/energy.aspx?country=do&product=lpg&graph=imports
71
MSPP, 2013a.
72
ME & ESMAP, 2012.
73
C’est en partie grâce à l’économie du charbon que la population de la Grande Anse a pu survivre suite aux ravages causés
par l’ouragan Matthew.
74
USAID, 2011. ‘Assessment of Haiti Alternative Cooking Technologies Program. Final Report’.
75
Cette corrélation a été établie par des récentes recherches. Tarter, 2015.
67
22
4.2
ACTE 2. Migration urbaine et appauvrissement de l’alimentation
Privés de leurs revenus, les producteurs migrent en masse vers les centres urbains ...
Graphique 7.
Dans ce contexte, les agriculteurs
haïtiens se sont retrouvés dans une
situation de grande difficulté. La perte
de revenus a engendré une explosion
de l’exode vers les zones urbaines (villes
régionales, l’aire métropolitaine de
Port-au-Prince) ou à l’étranger7677.
L’exode est devenu la voie privilégiée
pour accéder à une vie meilleure.78
Selon l’IHSI, le revenu moyen du secteur
informel urbain vaut 1.35 fois celui d’un
actif de l’agriculture79.
En 1982, peu avant les ajustements tarifaires, Haïti ne comptait que 21% de population urbaine (1.3
millions, dont 58% dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince sur 5 millions d’habitants)80. Le taux
d’urbanisation est alors passé de 41%81en 2003 et à 52% en 2015 (graphique 7). En chiffres réels, la
population urbaine est passée de 1.3 millions en 1982 à 5.7 millions en 2015 (x4.4), pour une
population totale de 10.9 millions. L’Aire métropolitaine de Port-au-Prince est passée, elle, de 720
000 habitants en 1982 à 3.4 millions de personnes (x4.7) durant la même période 82. Les projections
montrent qu’à l’horizon 2030, sans modification des fondamentaux socio-économiques, 62% de la
population vivra en milieu urbain, soit 8.3 millions de personnes sur 13.3 millions83.Aujourd’hui, 1/4
de la population (24%) vit ailleurs que dans son lieu de naissance84.
DRAFT
Ces profonds changements ont pour corollaire une stagnation de la population des zones rurales. En
1982, la population rurale était de 3.7 millions, en 2003, elle atteint les 5 millions (x1.3)85alors que les
projections prévoient une stabilité (5 millions) jusqu’à l’horizon 203086.
Cette situation engendre une urbanisation incontrôlée sur les terres les plus fertiles du pays telles
que la plaine du Cul-de-Sac, la plaine des Cayes et la plaine du Nord ainsi qu’un accroissement de la
bidonvilisation particulièrement à Port-au-Prince, aux Gonaïves, au Cap-Haïtien et aux Cayes. En
zones rurales, cet exode entraîne une modification de la structure par âge de la population avec la
prédominance des enfants et des vieillards87 réduisant la main d’œuvre active pour les travaux
76
Le nombre de résidence légales délivrées aux Etats-Unis pour les ressortissants haïtiens est passé d’une moyenne de
5,500/année au début des années 80 à plus de 20,000/année dès les années 2000. US Homeland Security, 2016.
77
Une analyse du MPCE montre que les dividendes de la migration intérieure et extérieure sont élevés. Un ménage qui
compte un migrant perd environ 5,000 gourdes du fait que ce migrant ne travaille pas sur son lieu d’origine, mais ce
migrant peut espérer en revanche gagner 16,000 gourdes à son lieu de destination (dont 4,000 feront l’objet d’un envoi de
fonds). Bien que ces chiffres puissent paraître similaires, le migrant et son ménage d’origine sont plus aisés car le migrant
reçoit un meilleur revenu du travail, le ménage partage ce revenu avec moins de personnes et de surcroît, il bénéficie d’un
transfert de fonds. MPCE, 2014.
78
OCDE, 2017
79
IHSI, 2010b.
80
IHSI, 1983.
81
IHSI, 2003.
82
IHSI, 2015.
83
IHSI, 2007b.
84
Banque Mondiale, 2015a.
85
IHSI, 2003.
86
IHSI, 2007b.
87
MSPP, 2013a. Cela est observables en particulier dans les zones rurales plus reculées.
23
agricoles. Cela engendre une diminution progressive des surfaces emblavées qui est aggravée en
raison des propriétaires abandonnant leurs terres à leur départ alors que les occupants sans titres ne
sont pas enclins à investir. La carte 13 présente la proportion d’exploitants agricoles âgés de plus de
60 ans par Commune. Cette carte donne une information sur les zones les plus touchées par l’exode
rural ainsi que la disponibilité de main d’œuvre pour le travail agricole. La pauvreté extrême et la
faim encouragent le vol sur les plantations contribuant ainsi à décourager les producteurs restants88.
Les infrastructures agricoles dépérissent. Ces changements structuraux ont des conséquences
profondes sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population.
… où ils dépendent des produits importés, entraînant une balance commerciale fortement
déficitaire …
Le déclin de l’économie agricole, l’exode rural et les importations alimentaires engendrent une
balance commerciale fortement déséquilibrée. Au début des années 80, la valeur des importations
et des exportations agricoles était plus ou moins équilibrée. Pour l’année 2016, les exportations
représentent 100 milliards de gourdes alors que les importations ont une valeur 2.5 fois plus élevée,
soit 249 milliards de gourdes, laissant un déficit commercial de 149 milliards de gourdes89, soit
environ USD 2.5 milliards90. Les produits alimentaires représentent près du 1/4(24%) de la valeur des
importations et 12% des exportations en 201691.En faisant abstraction du secteur de la manufacture,
la situation est encore plus criante ; les importations ont une valeur 12 fois plus élevée que les
exportations et les produits agricoles représentent 68% de la valeur des exportations92. On note
cependant, une amélioration du déficit commercial en part du PIB entre 2010-11 et 2015-16
(tableau5).
93
Tableau 5. Balance commerciale en milliards de gourdes courantes (source : IHSI )
PIB
Importations
Exportations
Balance commerciale
Déficit commercial en
% du PIB
2010-2011
2011-2012
302.854
178.605
52.848
-125.757
41.5
328.061
174.400
55.466
-118.934
36.3
DRAFT
2012-2013
2013-2014
2014-2015
364.517
190.609
66.544
-124.065
34.0
392.315
211.858
74.264
-137.594
35.1
425.619
215.310
85.100
-130.210
30.6
2015-2016
94
484.351
249.091
99.716
-149.375
30.8
Cette forte dépendance des importations rend Haïti extrêmement fragile aux chocs extérieurs, tels
que la crise des prix alimentaires de 2008 ayant provoqué les émeutes de la faim et la chute du
Gouvernement.
88
MEF, 2016.
IHSI, 2016a.
90
Taux de change de 50 HTG/USD. BRH, taux de change. http://www.brh.net/evolutiontauxdechange.html
91
Base de données sur le commerce extérieur de la BRH.
Les huiles essentielles représentent près de la moitié de la valeur des exportations de produits agricoles (5.6% en 2016).
92
Par ordre de grandeur ; ½ huiles essentielles, 1/6 pour le cacao, les mangues et les fruits de mer respectivement.
L’exportation du café est marginale.
93
IHSI, 2016a.
94
IHSI, 2016b.
89
24
… financée par les transferts de fonds de la diaspora et l’aide externe, créant ainsi une économie de
rente et en courroie de transmission vers l’extérieur …
Graphique 8.
Le déficit commercial est financé par
l’envoi de fonds des travailleurs de la
diaspora, qui se chiffre à USD 2.0
milliards en 2016/1795 ainsi qu’à l’aide
externe. Les transferts de fonds
augmentent de façon exponentielle à
partir de 1995 (graphique 896). En
2015, les fonds des travailleurs de la
diaspora représentent 1/4du PIB. En
2015, les dons officiels de l’aide
externe représentaient USD 0.5
milliards. Ainsi, les transferts de fonds
de la diaspora et l’aide externe
représentent près de 1/3 (32%) du PIB97. 1/3 des ménages bénéficient directement de transferts de
fonds de l’étranger, à travers les banques de transferts qui ont ouvert des guichets à travers tout le
territoire national98. Ces transferts de l’étranger sont plus conséquents et profitent davantage à la
population urbaine (plus de 35% des ménages urbains sont bénéficiaires, contre 20% des ménages
ruraux)99.
Les transferts monétaires sont
principalement (53%) utilisés pour
couvrir
les
dépenses
100
alimentaires .Certaines banques
de transferts proposent d’ailleurs
la livraison de kits alimentaires de
produits aux bénéficiaires des
transferts101.2/3 des ménages
(69%) reçoivent des transferts
privés,
nationaux
et
102
internationaux .Ainsi, une part
considérable
de
l’économie
haïtienne est essentiellement
devenue une économie de
rente103.
Graphique 9.
DRAFT
95
BRH, base de données sur les transferts de fonds sans contreparties par les banques (maisons) de transferts.
A noter que la BRH fournit un chiffre plus élevé sur les transferts dans son calcul de la balance des paiements d’Haïti,
prenant en compte une estimation des flux par les voyageurs de la diaspora vers Haïti, depuis la République Dominicaine et
les aéroports. Les estimations totales sont de 2.2 milliards pour 2015, 2.35 pour 2016 et 2.72 pour 2017.
96
BRH, base de données sur les transferts de fonds sans contreparties par les banques (maisons) de transferts.
97
Pour l’année 2015, si on inclut les 0.5 milliards de dons officiels de l’aide externe (BRH, balance des paiements 20132017), les transferts plus les dons représentent près de 1/3 (32%) du PIB (BRH, base de données sur les transferts de fonds).
98
Unitransfer compte plus de 300 guichets couvrant quasiment toutes les communes du pays.
99
Banque Mondiale, 2015a.
100
MPCE, 2014.
101
http://www.unitransfer.com/services/food-and-items-transfer/
102
MPCE, 2014.
103
Parmi la population en âge de travailler, 20% sont au chômage (personne en âge de travailler et à la recherche active
d’un emploi), soit 1.4 millions de personnes et 26% sont inactifs (personne en âge de travailler mais ne recherche pas
25
De plus, comme la consommation d’aliments et d’autres biens de consommation courante (habits,
médicaments, etc.) est orientée vers les produits importés, l’argent injecté dans l’économie par les
transferts monétaires ou l’aide internationale repart immédiatement à l’extérieur du pays (d’où le
terme de courroie de transmission) pour financer les importations, limitant ainsi les effets
multiplicateurs de ces transferts sur l’économie nationale.
L’analyse des fluctuations mensuelles des transferts de fonds (graphique 9) sans contrepartie montre
qu’il y a trois périodes au cours de l’année où les montants sont plus élevés ; a) décembre
correspondant aux fêtes de fin d’année, b) mars, correspondant aux semis de la campagne de
printemps et c) août à octobre, correspondant à la préparation/réouverture des classes.
… alors que les prix des produits alimentaires de base sont devenus les plus élevés de la Région …
Selon une analyse de la Banque Mondiale, plusieurs des principaux produits alimentaires dont
dépendent les consommateurs haïtiens sont vendus sur des marchés concentrés, à des prix en
moyenne de 30 à 77% plus élevés que dans les autres pays de la région de l’Amérique latine et des
Caraïbes104.
Graphique 10.
Les prix du riz et du maïs105 sont
plus élevés en Haïti qu’au
Panama106, alors que ce dernier
perçoit 90% de tarifs à l’importation
sur le riz et 40% sur le maïs107
(graphiques 10 et 11108). Le
différentiel de prix entre le prix à
l’export aux Etats-Unis et le prix au
consommateur en Haïti est
d’environ 500 USD/tonne, soit plus
du double du prix d’exportation
(graphique 11).
DRAFT
Graphique 11.
Cette situation est due à un degré élevé de concentration du secteur privé et du milieu des
importateurs.109 Le marché de
l’importation
des
produits
alimentaires de base est fortement
concentré110 :
d’emploi), soit 1.8 millions (Banque Mondiale, 2015a). L’enquête de l’IHSI de l’emploi de 2010, indique que parmi les
inactifs volontaires, 76% estiment qu’ils ne sont pas en âge de travailler alors que 21% d’entre eux sont inactifs soit parce
103
qu’ils n’ont pas envie ou pas besoin de travailler ou alors qu’ils font des démarches pour émigrer . 96% des inactifs et 77%
des chômeurs sont pris en charge par le ménage. (IHSI, 2010b)
104
Banque Mondiale, 2016.
Le graphique présente le prix du maïs local en Haïti qui est moins cher que le maïs importé, principalement en raison de
la qualité de la mouture.
106
Le Panama cultive près de 100,000 ha de riz pour une production variant entre 250 et 300,000 tonnes/année. Il importe
entre 40 et 90,000 tonnes de riz par année. Les exportations sont négligeables (15 tonnes en 2012). FAOSTAT.
107
MEFP Panama, 2013. ‘Arancel de importaciòn de la Repùblica de Panamà’, comisiòn arancelaria.
108
CNSA, WFP, http://dataviz.vam.wfp.org/economic_explorer/prices; FAO, http://www.fao.org/giews/foodprices/tool/public/#/dataset/international; BRH, taux de change, http://www.brh.net/tableaux/tauxdechange_chrono.pdf.
109
Banque Mondiale, 2016.
110
Les économistes considèrent qu’un marché est inefficace lorsque les 4 principales firmes d’un secteur contrôlent plus de
40% du marchés. Murphy & All, 2012.
105
26
Riz : 3 importateurs se partagent plus de 70% du marché111 et 10 grossistes se partagent la
distribution112.
Semoule de maïs : 3 importateurs se partagent 70% du marché113.
Huile de palme : 2 groupes se partagent 93% du marché.
Pain, pâtisserie, gâteaux, biscuits et autres produits de boulangerie : 1 groupe occupe 49% du
marché.114
Dans cette situation oligopolistique, les prix, la disponibilité et la qualité des biens et des services
sont ainsi déterminés par une poignée de très grosses entreprises plutôt que par les mécanismes du
marché, et ces entreprises ne semblent faire face qu'à peu de concurrence de la part des nouveaux
entrants115. De plus, ces importateurs vendent le riz à seulement une dizaine de grossistes. La marge
de ces acteurs (importateurs et grossistes) est la plus élevée le long de la chaîne de distribution,
suggérant qu’ils ont la capacité et les motivations de spéculer sur les marchés116.
Les leçons tirées du subventionnement du riz par le Gouvernement en 2008 (avril à septembre), pour
faire face à la crise sur les prix alimentaires, par le biais de transferts monétaires aux importateurs,
sont intéressantes à cet égard. Les montants transférés ont représenté une enveloppe totale de 17
millions USD. L’évaluation du subventionnement a montré qu’à moyen terme, les prix du riz ont
monté (et non pas diminué) de 10%. Les raisons identifiées sont les suivantes ; a) les décisions sur les
prix ont pu être plus consultatives entre importateurs suite au subventionnement et b) les politiques
d'interventions du gouvernement sur le marché du riz ont été prises en compte dans les marges
bénéficiaires des importateurs et / ou des distributeurs de riz.117
Ainsi, les ajustements structurels, dérégulant drastiquement un marché fortement concentré ont eu,
sur le long terme, pour effet des prix des produits alimentaires plus élevés que dans la région de
l’Amérique latine et des Caraïbes, malgré les grandes différences tarifaires. Cette augmentation des
prix semble avoir eu lieu dès que les importateurs ont réussi à commander une part dominante de la
consommation interne avec des produits importés.
DRAFT
… et que la population, surtout rurale, est devenue l’une des plus pauvres du monde avec des
disparités extrêmes entre riches et pauvres …
Tout au long de ce processus, la
population s’est appauvrie et les
disparités entre les riches et les pauvres
se sont aggravées, faisant aujourd’hui
d’Haïti l’un des pays le plus pauvre et le
plus inégalitaire au monde118. Alors que la
croissance moyenne du PIB entre 1986 et
Graphique 12.
111
USAID, 2010 ; USAID, 2013.
USAID, 2010.
113
Ce marché est toutefois plus compétitif en raison des importations informelles de la République Dominicaine.
114
Banque Mondiale, 2016.
115
Banque Mondiale, 2016.
116
Banque Mondiale, 2016;USAID, 2010 ; USAID, 2013.
117
Banque Mondiale, 2010.
118
PNUD, 2016.
112
27
2015 a été de0.6%119, la population a, elle, augmenté de 2.2% en moyenne120 (graphique 12). Le PIB
per capita a ainsi diminué annuellement de -2% entre 1975 et 1999121 et de -0.7% entre 2000 et
2015122. La pauvreté s’est ainsi approfondie en Haïti. Selon la BRH, l´examen du rapport entre
croissance économique et croissance démographique sur les 25 dernières années conduit au constat
de la stagnation du PIB réel par tête, notamment depuis 1994 (graphique 13).123
Graphique 13. Evolution du PIB réel per capita (base 1987)
Le graphique 14 montre que
depuis 1985, rares ont été les
périodes où le PIB s’est accru à
un rythme légèrement plus élevé
que
la
croissance
démographique (1995-99, 200607 et 2011-14).
Graphique 14.
Selon l’enquête de pauvreté de
2012, 59% des Haïtiens restaient
pauvres et près du quart (24%)
vivaient dans une extrême
pauvreté. Autrement dit, près de
6.3 millions d'Haïtiens sont
incapables de subvenir à leurs
besoins fondamentaux, et 2.5 millions ne mangent pas à leur faim. Les taux de pauvreté et de
pauvreté extrême sont beaucoup plus élevés en zones rurales. En effet, plus de 80% des Haïtiens
vivant dans la pauvreté se trouvent en zones rurales, alors que 38% de ces populations ne sont pas
en mesure de manger à leur faim, contre 12% dans les zones urbaines et 5% dans l’aire
métropolitaines. Sans surprise, les ménages qui dépendent exclusivement de l’agriculture sont les
plus pauvres parmi les pauvres124.
DRAFT
Cependant, la pauvreté a sensiblement diminué entre 2000 et 2012. Au niveau national, le taux
d’extrême pauvreté a reculé de 31 à 24% entre 2000 et 2012. Les améliorations dans la zone urbaine
ont fortement contribué à cette baisse. En effet, le taux d’extrême pauvreté a chuté de 21 à 12%
dans les zones urbaines et de 20 à 5%dans l’aire métropolitaine, alors qu’il a stagné à 38% dans les
zones rurales. Cependant, ces améliorations peuvent être considérées comme un phénomène
119
BRH, 2017b ; IHSI, 1985, 1990, 1997 à 2002, 2003a, 2004 à 2006, 2007a, 2008 et 2009, 2010a, 2011 à2013, 2014a et
2015a.
120
IHSI, 2007b.
121
PNUD, 2001.
122
IHSI, 2001, 2002, 2003a, 2004 à 2006, 2007a, 2007b, 2008 et 2009, 2010a, 2011 à 2013, 2014a, 2015a et 2015b.
123
BRH, 2017.
124
Banque Mondiale, 2015a.
28
conjoncturel, en raison de l’afflux massif de l’aide à la suite au séisme du 12 janvier 2010. En 2012,
50% des ménages, à l’échelle nationale, ont déclaré avoir été/être bénéficiaire d’un programme
d’assistance matérielle (nourriture, santé, éducation, logement, etc…)125. Cette assistance matérielle
a été concentrée dans l’air métropolitaine.
En corollaire à l’approfondissement de la pauvreté, les richesses produites se sont concentrées dans
le quintile le plus riche de la population dépendant du secteur des importations. En effet, l’indice de
Gini des revenus, exprimant les inégalités monétaires, s’est aggravé. Il est passé de 0.59 en 2006126
à 0.61 en 2012127. Dans les zones rurales, les inégalités ont augmenté plus rapidement, passant de
0.50 à 0.56 durant la même période. Ainsi, aujourd’hui, les 20% les plus riches détiennent plus de
64% de la richesse nationale, alors que les 20% les plus pauvres en détiennent à peine 1%128. Le 1%
de la tranche supérieure de la population dispose d’un budget 50 fois supérieur à celui des 10% de la
tranche inférieure de la population. Dans le monde, seule l’Afrique du Sud connait plus de
disparités (Gini de 63.4), mais pour un revenu moyen 7 foisplusélevé129.
... ce qui a engendré une prévalence élevée de la faim et de l’insécurité alimentaire …
Trente ans plus tard, le constat des grandes décisions de politiques commerciale et tarifaire est le
suivant : une part très importante de la population souffre de la faim. Les dernières enquêtes de la
CNSA de décembre 2016 montrent que, en zones rurales,77% des ménages130déclarent avoir passé
au moins un jour et une nuit entière sans manger durant le dernier mois alors qu’en zones urbaines,
51% des ménages131 se trouvent dans cette situation.
Les aliments et les boissons constituent une dépense très lourde pour les ménages, soit 50% du
panier de la ménagère132. Selon la CNSA, les revenus de près de la moitié de la population (44%) ne
sont pas suffisants pour leur permettre de se nourrir de façon adéquate et régulière et ainsi mener
une vie saine et active :
DRAFT
Environ 15% de la population est en insécurité alimentaire chronique sévère, correspondant
à une situation dans laquelle les ménages souffrent de déficits saisonniers durant plus de 4
mois de l'année. Ils n’ont pas un régime alimentaire de qualité et sont susceptibles d'avoir
des enfants présentant des retards de croissance sévères.
Environ29%de la population est en insécurité alimentaire chronique modérée, correspondant
à une situation dans laquelle les ménages souffrent de déficits saisonniers durant 2 à 4 mois
de l'année. Ils n'ont pas un régime alimentaire de qualité et sont susceptibles d'avoir des
enfants présentant des retards de croissance modérés.
La situation s’aggrave après un choc, tel qu’un cyclone ou une sécheresse, et ainsi plus de 50% de la
population des zones affectées n’est plus en mesure de se nourrir adéquatement (graphique 15133).
Les mesures de la consommation alimentaire montrent également des chiffres plus élevés en 2015 et
2017 qu’auparavant, suggérant une détérioration de la situation.
125
IHSI, 2014a.
PNUD, 2006.
127
MPCE, 2014.
128
MPCE, 2014.
129
PNB/habitant de USD 12,087 pour l’Afrique du Sud et USD 1,657 pour Haïti ; PNUD, 2016.
130
CNSA, 2016b.
131
CNSA, 2016a.
132
IHSI, 2016c.
133
CNSA, 2017, 2016a, 2016b, 2016c, 2013a, 2012a, 2012c, 2011b, 2008, 2007, 2001 ; Base de données de la CNSA (2012) ;
et WFP, 2005.
126
29
Tableau 6 – Indices globaux de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et classement d’Haïti
2009
2012
137
2017
Proportion de personnes
sous-alimentées (FAO)
Prévalence
Classement
46.8
71 (sur 74)
44.5
71 (sur 74)
138
46.8
200 (sur 200)
Indice mondial de la faim
(IFPRI)
135
Indice
Classement
28.2
76 (sur 84)
30.8
77 (sur 79)
139
34.2
109 (sur 119)
134
Indice mondial de la
sécurité alimentaire (EIU)
136
Indice
Classement
24.5
29.1
102 (sur 105)
140
107 (sur 113)
Au niveau global, trois indicateurs de la sécurité alimentaire et nutritionnelle sont mesurés
permettant des comparaisons entre pays ; la prévalence des personnes sous-alimentées (FAO),
l’indice mondial de la faim (IFPRI) et l’indice mondial de la sécurité alimentaire (EIU). En 2017, selon
la FAO, Haïti est devenu le pays où la prévalence des personnes sous-alimentées est la plus élevée au
monde. L’indice mondial de la faim s’est détérioré entre 2009 et 2017, passant de 28.2 à 34.2, ce qui
correspond à une situation ‘extrêmement alarmante’ selon l’IFPRI (tableau 6).
Graphique 15.
%
DRAFT
134
FAO, 2009, 2012 et 2017 ; IFPRI, 2009a, 2012 et 2017 ; EIU, 2012 et 2017.
Echelle de 0 à 100 points. 0-10 : faim faible à modérée ; 10-20 : faim sérieuse ; 20-30 : faim alarmante ; 30-40 faim
extrêmement alarmante. IFRI, 2006.
136
Score de 0 à 100. 100 = conditions les plus favorables.
137
2014-2016 pour la proportion de personnes sous-alimentées.
138
Précédé par la Zambie et le Zimbabwe.
139
Précédé par le Zimbabwe et l’Afghanistan et suivi par le Timor-est, le Niger, Le Libéria, le Soudan, le Yemen, La Zambie,
Madagascar, Le Sierra Leone et la République Centre Africaine. IFRI, 2017.
140
Précédé par le Malawi et le Niger et suivi par le Yemen, le Sierra Leone, le Chad, Madagascar, le Congo et le Burundi.
135
30
… et un appauvrissement des habitudes alimentaires vers des produits importés peu nutritifs
La diminution de la disponibilité de produits alimentaires locaux sur les marchés nationaux,
remplacés par des produits alimentaires importés, a entrainé une diminution de la qualité/diversité
de la consommation alimentaire. En effet, les nombreux produits alimentaires locaux utilisés dans les
recettes traditionnelles sont remplacés par des produits importés, tels que le riz ou le blé, réduisant
la qualité et la diversité de l’alimentation. Les études ont montré que les produits alimentaires locaux
sont systématiquement plus riches en micronutriments que les produits importés141. Le riz a pris une
place prépondérante dans l’alimentation autant en zones urbaines que rurales. Le riz importé
représente aujourd’hui plus de 50% de la consommation de céréales et 38% de tous les féculents
consommés lorsque les bananes et les tubercules sont pris en compte142. Le riz importé a ainsi pris
une place disproportionnée dans la diète alimentaire. L’ubiquité du riz importé, et son réseau de
commerçants, est visible dans toutes les structures de marchés à travers toutes les artères du
territoire national.
Les enquêtes montrent que l’alimentation est essentiellement basée sur les céréales importées,
l’huile, le sucre et dans une moindre mesure les légumineuses. Les fruits et légumes ne sont
consommés que de 2.7 à 1.4 fois par semaine respectivement143. Les analyses montrent que le
niveau de richesse est déterminant dans la qualité de l’alimentation. En effet, 13% du quintile le plus
riche ont une consommation inadéquate, alors que ce ratio est de 71% pour le quintile le plus
pauvre.144
En milieu urbain, on observe un déplacement de la consommation de riz importé vers des snacks
industriels à très faibles valeurs nutritives ainsi que des boissons énergétiques145. Ceci est dû, d’une
part au temps passé hors du lieu de résidence pour le travail informel et, d’autre part, aux conditions
dans lesquelles ce travail se déroule. Selon le IHSI, 71% de l’emploi informel se fait dans des
établissements sans local, sur la voie publique ou sur un terrain vide. L’occupation de la voie publique
est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes ; en effet, 3/4 des travailleurs travaillant
sur la voie publique sont des femmes.146Cette situation est aggravée par l’état délabré des
infrastructures urbaines, les blocus sur les routes et les inefficiences des services publiques. Dans ce
contexte, les travailleurs n’ont pas la possibilité de se restaurer adéquatement durant la journée.
Ainsi, des snacks et boissons énergétiques sont consommés directement sur la voie publique pour
étancher le sentiment de faim, en lieu et place de repas nutritifs. La toxicité d’additifs ajoutés à ces
snacks pour permettre leur préservation, dans les conditions de commercialisation existantes, a
également été soulignée147.La consommation de ces snacks et boissons énergétiques est de plus en
plus visible en milieu rural, notamment sur les étalages de petites marchandes aux alentours des
écoles.
DRAFT
Pour les repas chauds, on observe également un déplacement du riz vers les spaghettis/macaronis,
plus rapide à la cuisson que le riz (économie de temps et de combustible pour la cuisson). Les
spaghettis/macaronis et les snacks commerciaux sont essentiellement basés sur des produits
alimentaires importés.
141
PARM, 2014.
CNSA, 2011a.
143
CNSA, 2016b.
144
CNSA, 2016b
145
Schwartz, T., 2015. Ces snacks incluent les produits soufflés (Cheetos, Chiritos), boissons énergétiques (Red Bull, Toro,
Ciclon, Robusto, Ragaman, etc…), biscuits, etc…
146
IHSI, 2010b.
147
Schwartz, T., 2015.
142
31
Les produits alimentaires locaux et les délicieuses recettes traditionnelles sont délaissées au profit de
produits importés peu nutritifs, et pour certains, dangereux pour la santé.
4.3
ACTE 3. Manque de services de base et prévalence élevée de la malnutrition
La dérèglementation tarifaire s’est traduite par des pertes de revenus considérables pour l’Etat …
Les pertes de revenus pour l’Etat sont considérables. Tout d’abord, les effets directs de la
dérégulation tarifaire148, ensuite, la décroissance du secteur agricole a plombé le PIB national alors
que les autres secteurs ne sont pas en mesure de combler le déficit, résultant en des pertes de
recettes pour l’Etat.
Avec l’explosion des importations qui s’en est suivie, plus de la moitié des recettes de l’Etat
proviennent aujourd’hui du commerce international (55% en 2017, tableau 7), basé sur l’un des
régimes tarifaires les plus libéraux du monde et sur un marché contrôlé par de très grosses
entreprises. De plus, les estimations de la Banque Mondiale basées sur les données d'importation de
la Direction Générale des Impôts (DGI) suggèrent que certains groupes d’entreprises bénéficient de
traitements préférentiels de droits de douane pour un grand nombre de produits importés. Cinq
groupes économiques opérant dans des marchés très concentrés ont ainsi bénéficié de droits de
douane inférieurs de 13% en moyenne, par rapport aux tarifs officiels, avec des réductions allant de 5
à 22%149.
En conséquence, l’Etat Haïtien est un état pauvre et perçoit un peu plus d’un milliard de dollars par
année fiscale (tableau 7). Haïti a le taux de perception de recette fiscale, en proportion du PIB, le plus
bas de l'Amérique latine et des Caraïbes (15.9% en 2016, tableau 7)150.
Tableau 7. Part de l’impôt indirect et du commerce international dans les recettes totales de l’Etat (en
milliards de gourdes courantes). Sources : Lois de finances 2013-14 à 2016-17, le Moniteur ; IHSI, 2016b.
DRAFT
PIB
Recettes totales
Recettes totales en % du PIB
Commerce extérieur (y/c taxes perçues à l’entrée)
et produits pétroliers
Commerce extérieur (y/c taxes perçues à l’entrée)
et produits pétroliers en % des recettes totales
2013-2014
392.32
50.9
13.0%
26.9
2014-2015
425.62
60.9
14.3%
33.8
2015-2016
484.35
77.2
15.9%
39.0
2016-2017
53%
56%
51%
55%
76.6
42.1
Ainsi, la politique de dérèglementation tarifaire s’est traduite sur le long terme par une capture des
dividendes que l’Etat percevait à travers les tarifs à l’importation au profit des grandes entreprises
d’importateurs et des principaux grossistes. De plus, l’ouverture de l’économie haïtienne permet aux
entreprises d’exporter les bénéfices vers l’étranger. En 2017, les transferts sans contrepartie d’Haïti
vers l’étranger représentent près de 300 millions USD151.
Le déficit commercial et la perte de revenus de l’Etat s’accompagnent d’une double dépendance de
l’extérieur pour le budget et les biens alimentaires. En effet, 40% du budget de l’Etat dépend de
148
Les réformes douanières ont abouti à une baisse de 2% des prélèvements obligatoires de l’Etat en pourcentage du PIB.
Parallèlement, des économies substantielles ont été effectuées suite à la fermeture d’entreprises publiques déficitaires. A
partir de 1988, l’aide externe en appui au budget a été considérablement réduite et les réformes initiées en 1986 n’ont pas
pu être consolidées. Les banques commerciales à capitaux publics et privés ont été mises à contribution pour assurer le
financement du secteur public. L’embargo commercial a ensuite réduit à néant les recettes fiscales reposant sur les
échanges extérieurs en raison de l’isolement d’Haïti sur le plan international. BRH, 2017a.
149
Banque Mondiale, 2016.
150
Banque Mondiale, 2015a.
151
BRH, balance des paiements.
32
l’aide extérieure152et plus de 50% des besoins alimentaires sont assurés par des importations153. Les
risques économiques et sociaux de cette dépendance sont conséquents pour la nation.
… qui n’est ainsi pas en mesure de fournir les services de base nécessaires à la sécurité
nutritionnelle …
Le budget alloué à l’agriculture, à la protection sociale et à la santé (inclus les projets de la
coopération externe) ne représente que 11.5% du budget national en 2017 (tableau 8). De plus, le
budget d’investissement reste limité et aggravé en raison de retards de décaissement. Le budget
rectificatif 2016-17 montre que le budget d’investissement est financé à hauteur de 74% par des
dons et emprunts (voir pilier 2.2). A titre d’illustration, pour le secteur agricole, le budget
d’investissement du MARNDR en 2014 était de 1.1 milliards de gourdes alors que les dépenses ont
été de 780 millions de gourdes, soit un taux d’exécution de 69% (tableau 8). Les dépenses
d’investissement ne représentent que la moitié des dépenses du MARNDR ; les salaires et dépenses
courantes du Ministère en constituent l’autre moitié. Ces niveaux d’investissements ne permettent
pas à l’Etat de fournir les services nécessaires pour atteindre les objectifs de sécurité alimentaire et
nutritionnelle et limitent l'aptitude de l'État à offrir des chances égales à tous les habitants154.
Tableau 8. Répartition du budget 2016-2017
En millions de
gourdes courantes
121945
7000
1502
5513
14015
Budget général
Budget Agriculture
Budget Protection sociale
Budget Santé publique
MARNDR, MAST, MSPP
Pourcentages
%
100
5.7
1.2
4.5
11.5
DRAFT
Tableau 9. Répartition du budget et des dépenses du MARNDR pour l’exercice fiscal 2013-2014
Répartition du budget du MARNDR
Fonctionnement
Investissement
Total
Montant en millions
de gourdes
779
1123
1902
Répartition
%
41
59
100
Exécution du budget
(Dépenses)
Montant en millions Répartition
de gourdes
%
769
50
780
50
1549
100
Taux
d’exécution
Pourcentage
%
99
69
81
... alors que des prestataires privés et des ONG ont pris la relève mais de façon fragmentée et
inéquitable …
Réagissant aux manques des services publics, le secteur privé et la coopération externe à travers des
ONG ont commencé à fournir un large éventail de services. Ainsi, environ 50% du total des dépenses
de santé sont assurées par des ONG et sont consacrées pour l'essentiel aux services de soins de santé
primaires155. Dans le secteur de l’agriculture, 86% du budget du MARNDR était assuré par la
coopération externe (2012-13)156. Dans le secteur de l’éducation, 89% des établissements scolaires,
152
Banque Mondiale, 2015a.
CNSA, 2011b.
154
En même temps, plusieurs dépenses publiques importantes comme les subventions aux carburants profitent clairement
aux mieux nantis.
155
Banque Mondiale, 2015a.
156
MARNDR, 2013a.
153
33
du préscolaire au secondaire, sont gérés par le secteur non-public (privé, religieux, ONG) et 80% des
élèves fréquentent des établissements non publics157.
Ces intervenants non publics sont largement dissociés du système public et fragmentés, ce qui
conduit à de grandes inégalités dans la couverture et la qualité de prestation des services. De plus,
avec une dépendance aussi élevée du secteur non public pour la fourniture de services, les ménages
se voient contraints d'assumer une charge financière très lourde pour obtenir ces services, et leur
accès, ainsi que leur qualité restent donc étroitement dépendants de leur niveau de revenu. L’accès
aux services de base demeure ainsi très inéquitable. Par exemple, le coût est le motif principal
invoqué pour garder les enfants d'âge scolaire à la maison ou pour négliger de consulter un médecin
en cas de maladie dans 83 et 49% des cas respectivement158.
… résultant en une prévalence élevée de la malnutrition, de la mortalité ainsi que d’une faible
espérance de vie …
Graphiques16 à 18.
La malnutrition chronique et aiguë a
diminué entre 1995 et 2017 mais reste
à des niveaux inquiétants (graphique
16159). La prévalence des enfants
souffrant d’un retard de croissance est
passée de 31 à 22%. Environ 300,000
enfants sont affectés aujourd’hui. On
note une stagnation du niveau de la
malnutrition chronique depuis 2000. La
malnutrition est aussi inégalitaire ; le
nombre d’enfants souffrant de retard
de croissance est 4 fois plus élevé dans
le quintile le plus pauvre que dans le
quintile le plus riche160. La prévalence de
la malnutrition chronique est également
plus élevée en milieu rural qu’en milieu
urbain mais la tendance tend à diminuer
depuis 2000(graphique 17).
DRAFT
La malnutrition aiguë est passée de 7.8 à
3.7%. Des pics sont enregistrés
régulièrement dans les enquêtes
nutritionnelles et en 2006, elle atteint 9.1% au niveau national161. Cela souligne la fragilité de l’état
de santé nutritionnelle des enfants face
à un changement de l’environnement,
par exemple suite à des chocs
climatiques.
Les carences en micronutriments sont
très élevées et au-dessus des seuils
157
MENFP, 2015.
Banque Mondiale, 2015a.
159
IHE, 1995 ; MSPP, 2000, 2007 et 2013.
160
MSPP, 2003.
161
IHE, 1995 ; MSPP, 2000, 2007 et 2013.
158
34
d’alerte ; 66% des enfants de moins de 5 ans et 49% des femmes de 15 à 49 ans souffrent
d’anémie162alors que 32% des enfants souffrent de carences en vitamine A. La carence en iode
touche 72% des enfants de 6-12 ans en milieu rural et 52% d’entre eux en ville163. Seuls 18% des
ménages utilisent du sel iodé (au moins de 15 ppm). Le pourcentage de ménages disposant de sel
iodé est deux fois plus élevé en milieu urbain (26%) qu’en milieu rural (13%)164.
Graphique 19.
La mortalité infanto-juvénile s’est
sensiblement améliorée, reflétant une
modeste amélioration de l’accès aux
services de base, passant de 119 en 2000
à 81 en 2017 (graphique 19). Ainsi, sur
1000 enfants nés vivants, 81 décèdent
avant de fêter leur cinquième
anniversaire, alors que la moyenne
régionale en Amérique latine et dans les
Caraïbes est de 15 décès. La mortalité
infantile n’est pas égalitaire ; elle est
de62 pour 1,000 naissances vivantes
dans le quintile de bien-être le plus élevé, alors qu’il était de 104 dans le quintile de revenu le plus
bas. La mortalité du quintile le plus riche en Haïti est ainsi deux fois plus élevée que le quintile le plus
pauvre de la Région de l’Amérique latine et des Caraïbes (34‰)165.
L’espérance de vie à la naissance est de 62 ans, ce qui correspond au niveau d’autres pays à faibles
revenus, mais est nettement inférieur tant à la moyenne régionale (76) que mondiale (70).
… compromettant les opportunités de croissance économique future du pays166
DRAFT
Selon le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), tout enfant en insuffisance
pondérale, souffrant d’anémie ou de carence en iode peut avoir une diminution du Quotient
Intellectuel (QI) respectivement de 5%, 8% et 10-15%167. Le coût de la malnutrition est très élevé
pour la nation en termes de perte de productivité. Selon une étude de la Commission Economique
pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL), la malnutrition chronique et l’anémie coûtent à
l’économie haïtienne près de 1.26 milliards USD entre 2013 et 2020, soit une perte de 16% du PIB168.
162
MSPP, 2013a.
MSPP & UNICEF, 2006.
164
MSPP, 2013a.
165
UNICEF, 2016.
166
Une amélioration de l’espérance de vie et de la santé des enfants peut être largement bénéfique pour le développement
économique et la réduction de la pauvreté. Tous les 10% d’augmentation de l’espérance de vie à la naissance sont associés
à une progression de la croissance économique d’au moins 0.3 à 0.4 point de pourcentage par an, en maintenant constants
les autres facteurs de croissance. Sachs, J. D. 2001.
L’augmentation de l’espérance de vie d’une population d’un an contribuait à une augmentation de 4% de la production
économique, en tenant compte d’autres facteurs structurels et d’autres facteurs liés au capital humain comme l’éducation
et l’expérience professionnelle. Bloom, D & All D. Canning. 2004.
167
MSPP & Aba Grangou, 2012.
168
Malnutrition chronique: 959 millions USD ; anémie: 206 millions USD et carence en iode: 99 millions USD. CEPAL, 2010;
Bureau de la Présidence, 2012 ; MSPP, USAID, FANTA-II & FHI360, 2014 ; et MSPP & Aba Grangou, 2012.
163
35
4.4
Relations de causalité du cercle vicieux de la dépendance alimentaire, la faim et la
malnutrition
L’analyse de contexte montre que le pays est en proie à un puissant engrenage produisant de la
dépendance alimentaire, de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition. La figure
3illustre les liens de causalité des différents actes de cet engrenage.
Acte 1. Production agricole en crise : La dérèglementation tarifaire accompagnée de politiques
budgétaires et agricoles défavorables → faibles investissements publics et privés dans l’agriculture →
faible productivité agricole → production agricole familiale en crise → augmentation exponentielle
des importations → diminution de la disponibilité de produits alimentaires locaux → incapacité du
pays à nourrir la population malgré un fort potentiel agricole => tout cela aboutit à la DÉPENDANCE
ALIMENTAIRE(crise de l’offre).
Acte 2. Appauvrissement de l’alimentation : Pertes de revenus des producteurs et faibles revenus
en milieu urbain → augmentation de la pauvreté → migration et urbanisation (bidonvilisation) →
concentration des revenus dans le secteur des importations → prix élevés des aliments sur les
marchés → diminution de la consommation alimentaire vers des produits importés et des snacks peu
nutritifs =>tout cela aboutit à la FAIM (crise de la demande).
Acte 3. Manque de services de base nécessaires à la sécurité nutritionnelle : Baisse de revenus de
l’Etat → dépendance de l’aide externe → réduction de la capacité de fournir les services de base →
manque d’accès aux services de base nécessaires à la sécurité nutritionnelle de la population →
utilisation inadéquate des aliments disponibles => tout cela aboutit à la MALNUTRITION (crise des
services).
DRAFT
La baisse des revenus de l’Etat engendre également une diminution des investissements publics dans
le secteur agricole, bouclant ainsi la dynamique circulaire. Cette spirale descendante est entretenue
par un environnement instable, une gouvernance faible, la récurrence de chocs externes (fluctuation
des prix) et de catastrophes naturelles ainsi que le maintien de politiques budgétaires et
commerciales (tarifaires)fortement défavorables.
36
Figure 3. Cercle vicieux de la dépendance alimentaire, la faim et la malnutrition
DRAFT
37
5.
CHOIX STRATÉGIQUES FONDAMENTAUX
5.1
Quatre décisions stratégiques
L’atteinte de la vision du PSDH169, ‘Haïti : pays émergent en 2030’, nécessite une rupture avec les
politiques commerciales, le profil tarifaire et la politique budgétaire actuels qui sont les sources
mêmes de la pauvreté, de la faim et de la malnutrition affectant la majorité de la population du pays.
Les mêmes causes produiront les mêmes effets, et ainsi les conditions de vie pourraient continuer à
se dégrader, quelles que soient les politiques sectorielles ou les mesures d’accompagnement.
Ainsi, la présente politique repose sur quatre décisions stratégiques fondamentales :
A. Rebalancer progressivement la dominance des politiques favorisant le commerce international
en faveur de politiques visant à atteindre la souveraineté et sécurité alimentaires et la
nutrition. Les fondamentaux économiques doivent alors être rééquilibrés pour répondre aux
besoins de base de la majorité de la population de la nation. Cela comporte une redéfinition des
relations entre l’Etat, les importateurs, les producteurs et le marché ;
B. S’appuyer sur l’agriculture familiale et l’agro-industrie, comme secteurs moteurs de la relance
de l'économie haïtienne et de l’élimination de la faim et la malnutrition ;
C. Investir dans les filets sociaux ainsi que la disponibilité et l’accès aux services de base de
qualité nécessaires à la sécurité nutritionnelle, afin que personne ne soit laissée de côté du
développement socio-économique de la nation ;
D. Renforcer les capacités nationales (ressources humaines) nécessaires à la bonne mise en œuvre
de la PSNSSANH.
Ces choix sont accompagnés de promotion et d’éducation sur la valeur nutritive des produits locaux
(tubercules, maïs, sorgho, banane plantain, légumes, feuilles, etc…) et les recettes traditionnelles
pour encourager la demande locale et l’atteinte d’une meilleure nutrition. Ces choix sont
accompagnés de promotion et d’éducation sur la valeur nutritive des produits locaux (tubercules,
maïs, sorgho, banane plantain, légumes, feuilles, etc…) et les recettes traditionnelles pour
encourager la demande locale et l’atteinte d’une meilleure nutrition. Ces choix sont soutenus par des
politiques budgétaires cohérentes dans leurs objectifs, leurs moyens et leurs stratégies, facilitant une
convergence sur la présente politique.
DRAFT
Le choix de l’agriculture et de l’agro-industrie est retenu essentiellement en raison des
considérations suivantes :
Fort potentiel de croissance : Le très faible niveau de productivité de l’agriculture, avec des
rendements des céréales moyens de l’ordre de 1.0 tonne/ha pour le maïs et le sorgho et 0.6
tonne/ha pour le haricot170 et la prévalence des jachères en raison de la faible disponibilité
des engrais sur les marchés, offre un potentiel actionnable pour atteindre une croissance
rapide du secteur.
Effets sur le développement industriel : Les produits agricoles offrent de nombreuses
opportunités pour le développement de l’agro-industrie en vue de la substitution d’aliments
transformés importés (semoule de maïs, biscuits, puffs, etc…). Les sous-produits de l’agroindustrie offrent, à leur tour, des opportunités pour le développement de l’élevage et la
pisciculture.
169
170
MPCE, 2012b.
CNSA, 2012b, et 2013b.
38
Effets multiplicateurs sur le PIB : Malgré sa très faible productivité, l’agriculture constitue
aujourd’hui encore le secteur productif le plus important, représentant 20% du PIB en
2015171. Ce sont les exploitants agricoles qui peuvent propulser la croissance économique
rurale. Les effets multiplicateurs de l’agriculture sont 3 fois supérieurs à ceux de la croissance
non-agricole172, autrement dit l’impact bénéfique d’une croissance dans le secteur agricole
sur l’ensemble de l’économie est de loin plus important que dans le cas de tout autre secteur
(section suivante et encadré6).
Effets sur la stabilisation de la Gourde : Seule la croissance économique basée sur la
production nationale est en mesure de réduire le déficit budgétaire et ainsi de stabiliser la
monnaie nationale ou encore de contrôler l’inflation.
Effets sur l’emploi et la sécurité alimentaire : Le secteur agricole emploie aujourd’hui 39% de
la main d’œuvre totale173 et d’environ 55% lorsque la transformation et la commercialisation
des produits agricoles sont pris en compte. Les études montrent que pour chaque
pourcentage d’augmentation du PIB agricole, l’effet sur l’emploi est proche de 2%(voir
section suivante).Ce sont les dépenses des revenus de l’agriculture qui ont le plus grand
potentiel de création d’emploi, de réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire
dans le secteur non agricole à forte intensité de main d’œuvre174.
Effets sur l’exode rural : La vaste majorité des populations rurales continue d'émigrer
aujourd'hui parce qu'elle est incapable d’obtenir un revenu lui permettant de sortir de
l’extrême pauvreté parses activités agricoles. La croissance accélérée du PIB agricole est en
mesure de créer une majorité d’emplois dans les zones rurales et sur les marchés de
proximité et, en faisant des zones rurales des lieux de prospérité, elle fixe les populations
dans leurs lieux de naissance.
Effets sur la sécurité nutritionnelle : Les produits agricoles locaux permettent d’atteindre une
meilleure diversité dans le régime alimentaire. De plus, les produits alimentaires locaux sont
systématiquement plus riches en micro-nutriments que les produits importés175. La réduction
de la consommation d’aliments transformés et emballés (snacks) importés en faveur des
produits locaux est en mesure d’améliorer la sécurité nutritionnelle.
Réduction des risques liés à une dépendance accrue aux marchés extérieurs : Les risques sur
les prix des aliments et des intrants agricoles sont très élevés en raison de la concentration
accrue des entreprises d’importation et de distributions d’aliments ainsi que la forte
dépendance aux produits alimentaires de base importés. Un renforcement de la
souveraineté alimentaire par l’agriculture est en mesure de réduire considérablement les
risques liés aux fluctuations des prix sur les marchés internationaux.
DRAFT
5.2
Agriculture et emploi
Mécanismes en jeu
Les études sur le rôle de l’agriculture dans l’économie, menées principalement l’Université de
Cornell, montrent que la croissance agricole dans des contextes similaires à celui d’Haïti, a un effet
doublement proportionnel sur l’emploi. L’agriculture emploie de la main d’œuvre directement pour
la réalisation des tâches agricoles dans les champs. L’élasticité de l’emploi par rapport à la croissance
171
En comparaison, le secteur de la manufacture ne représentait que 15% du PIB (IHSI, 2016a).
MEF, 2016.
173
MEF, 2015 ; Banque Mondiale, 2015a.
174
Le secteur non-agricole est dynamique et financé en partie par les transferts de la diaspora. Pour une description du
dynamisme du secteur non-agricole, voir Schwartz, T. 2011.
175
PARM, 2014.
172
39
du secteur agricole est typiquement de 0.6176. Cela veut dire que pour chaque augmentation du PIB
agricole, l’emploi direct dans le secteur agricole augmente de 0.6%. Par contre, la croissance agricole,
par son effet multiplicateur a, elle, un effet massif sur l’emploi car le revenu supplémentaire des
producteurs est dépensé plus que proportionnellement dans le secteur non agricole. L’élasticité du
revenu de la demande pour les produits du secteur rural non-agricole est généralement de l’ordre de
1.5. Ainsi, pour chaque pourcentage de croissance du PIB agricole, le secteur non agricole augmente
de 1.5%.
L’élasticité de l’emploi par rapport à la croissance dans les secteurs non agricoles stimulés par
l’agriculture est plus élevée que pour le secteur agricole et proche de 1. Ceci est dû au fait que
comme très peu de capital et de terre sont employés dans ce secteur, pratiquement tout le revenu
brut est le retour du travail. Ainsi, avec une élasticité du revenu de la demande pour les produits du
secteur non-agricole de 1.5 et une élasticité de l’emploi de 0.9, l’emploi augmente à un taux de
1.35% annuellement pour chaque pourcentage d’augmentation du taux de croissance du revenu
agricole. Ainsi, pour chaque augmentation du PIB agricole, l’emploi total double (1.95% soit
0.6+1.35). Ceci constitue le point clé de l’impact de la croissance agricole sur la réduction de la
pauvreté et de l’insécurité alimentaire dans les économies où le PIB agricole est supérieur à 1520%177.
Ainsi, la croissance agricole est en mesure de générer une croissance rapide de l’emploi qui constitue
un élément essentiel de la réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. Cependant, cela se
fait par des mécanismes relativement complexes dont les effets indirects sont plus importants que
les effets directs. L’effet initial de la croissance agricole tend à concentrer les revenus sur les
planteurs de taille moyenne. Mais comme c’est la croissance des revenus qui alimente le processus,
même si l’effet initial est concentré entre les mains des planteurs les plus dynamiques de taille
moyenne, plutôt que les plus pauvres, ces derniers bénéficient au prochain tour et ils en bénéficient
massivement, pas marginalement178. La complexité de ces processus a détourné l’attention de
l’importance de l’agriculture dans la réduction de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire.
DRAFT
Dépendance du secteur informel non agricole à l’agriculture
Pour les personnes pauvres qui ne bénéficient que de peu d’instructions et qui sont sous-employées,
le secteur informel non agricole de petite échelle, en particulier en zone urbaine, est la voie pour
sortir de la pauvreté (mis à part la migration externe). Le secteur informel représente 47% du marché
du travail179. L’expérience dans le secteur informel les prépare à passer ensuite à des emplois mieux
rémunérés du secteur formel. Ce secteur reste cependant de petite envergure et ne représente que
176
Dans les économies disposant d’un secteur informel non agricole différentiés que l’on retrouve en Haïti.
Mellor, J., 2001, 1995 et 1966.
178
Le secteur informel non-agricole de petite échelle est la voie pour sortir de la pauvreté pour les personnes qui ne
bénéficient que de peu d’instruction et qui sont sous-employés. L’expérience dans le secteur informel les prépare à passer
ensuite à des emplois mieux rémunérés du secteur formel. Ainsi, le secteur informel non-agricole n’est pas seulement
important économiquement, mais il constitue également une zone de transition. Le développement est un processus qui se
déroule étape par étape et chaque étape du processus ne peut être ignorée sans un impact néfaste sur les pauvres.
L’importance accordées aux micro-entreprises et au micro-crédit dans les programmes d’aide externe reflètent une
reconnaissance de ce l’importance de ce processus. Par contre, ce qui n’est généralement pas reconnu, c’est que sans
croissance des revenus agricoles, la croissance de ce secteur n’augmente que lors que les transferts des migrants prennent,
bien plus tard, de l’ampleur. Ainsi, les efforts pour augmenter l’accès de certains au secteur informel non-agricole se fait
largement au détriment des autres déjà dans le secteur. Le secteur agricole en est le moteur et joue un rôle central sur la
pauvreté et la sécurité alimentaire. Mellor, J., 2001 et 1995.
179
Banque Mondiale, 2015a. Ce chiffre de la Banque Mondiale semble être la somme des emplois suivant (voir figure 4) ;
0.8 millions de travailleurs indépendants non agricoles + 0.2 millions de propriétaires d’entreprises non agricoles + 0.4
millions des travailleurs salariés non-agricoles du secteur informel, soit 1.4 millions de personnes.
177
40
12% du marché du travail180. Un taux aussi bas atteste de l’incapacité des établissements formels à
créer de l’emploi depuis des décennies. Ainsi, le secteur informel non agricole n’est pas seulement
important économiquement, mais il constitue également une zone de transition pour les étapes
futures du développement d’Haïti. De plus, le secteur informel apparaît comme le secteur de
prédilection des femmes occupées, avec 75% d’entre-elles qui y travaillent. Deux secteurs
institutionnels se distinguent nettement ; celui des ménages et du commerce. Les hommes se
partagent l’agriculture et les établissements formels181.
Il convient également de souligner une spécificité du contexte Haïtien ; 52% du secteur informel non
agricole concerne le commerce et surtout le commerce de détail (47%), avec une forte concentration
sur le commerce de produits alimentaires non transformés (produits agricoles bruts) ou
manufacturés. En effet, la commercialisation de produits alimentaires représente 62% de l’emploi du
commerce informel en milieu rural et 39% en milieu urbain (moyenne de 51%)182. Près de la moitié
des produits alimentaires secs sont importés alors que la majorité des aliments frais (tubercules,
plantains, fruits et légumes) sont produits localement. La commercialisation des produits agricoles
locaux crée toutefois la grande majorité d’emplois du secteur informel183. L’emploi informel
directement attribuable à la commercialisation de produits agricoles locaux fournirait aujourd’hui
près de 1/4 (24%) du marché du travail informel non-agricole et 11% de l’ensemble du marché du
travail184. A cela s’ajoute la création d’emplois pour la transformation des produits agricoles bruts.
Les revenus de la commercialisation de produits agricoles locaux sont tirés d’un gâteau en
décroissance depuis une trentaine d’années. L’enquête sur l’emploi de l’IHSI montre un phénomène
d’entassement dans le commerce de détail avec davantage de concurrents sur le marché dont la
taille n’augmente pas assez vite185. La croissance du secteur informel des dernières décennies s’est
traduite essentiellement par des logiques d’allongement des filières de commercialisation de
produits importés, au-delà du réseau formel de komèsan. Cette croissance a été essentiellement
financée par les transferts de fonds de la diaspora (voir analyse de contexte). Ainsi, une croissance
soutenue du secteur informel reste, aujourd’hui encore, intimement liée à la croissance agricole.
DRAFT
Le développement est un processus qui se déroule étape par étape et chaque échelon du processus
ne peut être ignoré sans un impact néfaste sur les pauvres. En effet, aucun pays n’a réussi à se
propulser d’une économie essentiellement rurale directement à l’ère industrielle, par la promotion
du secteur formel non-agricole uniquement186. L’importance accordée aux micro-entreprises et au
micro-crédit dans les programmes d’aide externe, et plus récemment du secteur des affaires
haïtiens187, reflète une reconnaissance de l’importance de étapes de ce processus188. Par contre, ce
qui est généralement insuffisamment reconnu, c’est que sans croissance des revenus agricoles, la
croissance du secteur informel non agricole189ne peut tout simplement pas augmenter. Ou alors, elle
180
Banque Mondiale, 2015a.
IHSI, 2010b.
182
IHSI, 2010b.
183
La commercialisation des produits importés dépend du secteur formel et créé ainsi comparativement peu d’emploi dans
le secteur informel, sauf en bout de chaine, au-delà du réseau de komèsan.
184
Le secteur informel offre 47% de l’emploi ; 52% de l’emploi informel lié au commerce, dont 51% pour le commerce de
produit alimentaires alors que 80% du réseau informel de commercialisation est spécialisé sur les produits alimentaires
locaux (bien que ces derniers ne représentent qu’environ 65% seraient de produits locaux). 52% * 51% * 90% = 24% ; 47% *
52% * 51% * 90% = 11%
185
IHSI, 2010.
186
Voir la déclaration du Président Clinton à ce sujet : https://www.democracynow.org/2010/4/1/clinton_rice
187
Forum économique du secteur privé, 2016.
188
Les pratiques usuraires du micro-crédit en Haïti ne permettent pas aux emprunteurs de participer au développement du
secteur informel.
189
A noter que les exploitations agricoles à compte propre sont exonérées de la patente. C’est-à-dire que les emplois
correspondants sont en dehors du clivage ‘formel-informel’. Sont exonéré de la patente ‘les agriculteurs, les éleveurs et les
181
41
augmente bien plus tard, lorsque les transferts monétaires des migrants qui ont été forcés de laisser
les campagnes prennent de l’ampleur (voir analyse de contexte).190Mais lorsque l’économie est
tournée vers la consommation de masse de produits importés (aliments, habillement, produits
ménagers191, médicaments, etc.), l’argent injecté dans l’économie par les transferts monétaires ou
l’aide internationale repart immédiatement à l’extérieur du pays pour financer ces importations.
Dans ce contexte, l’effet multiplicateur de cette injection d’argent sur l’économie nationale et la
création d’emplois dans le secteur informel restent non-seulement limité mais il favorise la
concentration de revenus et donc l’approfondissement des inégalités. Ainsi, le secteur agricole est le
seul secteur en mesure de ‘nourrir’ la transformation de l’économie vers l’ère industrielle et en
premier lieu l’industrie agro-alimentaire. De plus, tout au long de ce processus, l’agriculture joue un
rôle majeur sur la réduction de la pauvreté et de la sécurité alimentaire. La souveraineté alimentaire
est ainsi un prérequis à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et au développement économique et
social de la nation, tel qu’envisagé par la PSNSSANH.
Projections des effets de la croissance agricole sur l’emploi
Adaptation du modèle au contexte haïtien
L’application du model de l’Université de Cornell192, pertinent aux effets de la croissance agricole sur
l’emploi, dans le contexte haïtien pose des défis particuliers liés à la profondeur de la pauvreté dans
laquelle se trouvent aujourd’hui les populations rurales. L’analyse de contexte a montré que 80% des
Haïtiens vivant dans la pauvreté se trouvent en zones rurales et que les ménages qui dépendent
exclusivement de l’agriculture sont les plus pauvres parmi les pauvres193. Ainsi, les politiques
commerciales des 30 dernières années ont recallé les exploitants agricoles, soit les acteurs
économiques du pays qui ont le potentiel de générer le plus d’emplois, dans une situation d’extrême
pauvreté. La volonté de ces acteurs économiques de sortir de cette situation de pauvreté est très
grande et à même de stimuler la croissance économique. Cependant, l’augmentation des revenus
DRAFT
Encadré 5. Manufacture et Emploi
En 2015, le secteur de la manufacture employait 36,000 personnes (OMC, 2015b), soit 0.5% de la
population en âge de travailler (6.7 millions) et 1% des travailleurs rémunérés (total de 3.1 millions ;
Banque Mondiale, 2015a). Plus de 75% des travailleurs de la manufacture sont à Port-au-Prince. Pourtant
ème
le secteur est l’un des principaux fournisseurs de vêtements aux Etats-Unis (le 9 en 2009).
Dans sa structure actuelle, le secteur de la manufacture ne peut pas contribuer au développement d’autres
secteurs industriels, non seulement parce que le secteur importe toutes les matières premières et est
orienté vers la réexportation avec peu de valeur ajoutée, mais aussi en raison des salaires bas des
travailleurs qui ne stimulent pas l’économie locale. Haïti pratique les salaires minima parmi les plus bas au
monde (OIT, 2008 et 2010 ; MEF, 2015 ; Schwartz, T., 2012 ; Steckley, M. &Shamsie, 2015). La manufacture
n’a ainsi que peu d’effets multiplicateurs sur l’économie haïtienne.
Une croissance de 10% du PIB annuel du secteur de la manufacture, n’ajouterait que 3,600 emplois la
première année, 4300 la deuxième, 4700 la troisième, etc. sur le marché du travail. A l’horizon 2030, un
total de 87,000 emplois auront été créé, soit 2% des projections de chômeurs et inactifs (4 millions). Une
croissance annuelle de 10% du PIB à l’horizon 2030 signifie une augmentation de 3.5 fois des revenus de la
manufacture et implique plusieurs centaines de millions de dollars d’investissements pour relativement
peu qui
d’emplois
créés.
Ainsi,
secteur
manufacture
peut pasDécret
contribuer
création
suffisante
pêcheurs
ne vendent
que
les le
produits
non de la
transformés
de leur ne
exploitation.
du 28 à la
septembre
1987, Loi
du 10
d’emplois
même
réduire la pauvreté, l’insécurité alimentaire ou encore les migrations et
juin 1996,
articleà4. Cité
par de
IHSI, 2010b.
190
Ainsi, dans
un jeu à somme nulle, les efforts de l’aide externe pour augmenter l’accès de certains au secteur informel
l’urbanisation.
non agricole se fait largement au détriment des autres déjà dans le secteur.
191
Même
improbable
augmentation
rapide
de ceet de
secteur
ne pourra
pas
absorber
part importante
Dont
uneune
large partie
est constituée
du recyclage
d’habits
produits
ménagers
usagés
des une
Etats-Unis.
192
Travaux
dirigés
John W.
Mellor,
texte qui
ci-dessus
présente
section.
des
46%
de lapar le Dr
population
en âge
devoir
travailler
se de la
trouvent
soit au
chômage, soit inactifs (graphique 23)
193
Banque
Mondiale,
2015a.
(Banque
Mondiale,
2015a, MEF, 2015). Pourtant les politiques commerciales et tarifaires en place sont
spécifiquement conçues pour favoriser le secteur de la manufacture.
42
des exploitants agricoles générée par une croissance accélérée de l’agriculture, sera, durant les
premières années, absorbée par l’amélioration de leurs besoins vitaux, soit prioritairement
l’alimentation, l’accès aux soins de santé et l’éducation. L’investissement des revenus additionnels
générés par la croissance du secteur agricole dans la couverture de ces besoins de base résultera en
une amélioration rapide des conditions de vie et du capital humain de ces populations. Cependant,
ces investissements, bien qu’essentiels, ne sont pas à même de stimuler immédiatement une forte
croissance de l’emploi dans le secteur informel non-agricole. Ainsi, dans le contexte haïtien, on peut
estimer que les effets multiplicateurs de la croissance agricole sur l’emploi, tels que modélisés par
l’Université de Cornell, entreront progressivement en force avec un différentiel temporel de 5 ans.
Projections à l’horizon 2030
L’agriculture haïtienne emploie aujourd’hui 39% des travailleurs rémunérés, soit 1.2 millions de
personnes (sur un total de 3.1 millions d’emplois rémunérés). La figure 4 présente la structure de la
population haïtienne en fonction du statut d’emploi 194. Une croissance annuelle du PIB agricole de
5% par année, issue des petits producteurs, a le potentiel de créer une croissance de l’emploi de
9.75% et ainsi de créer durablement 1.9 million d’emplois sur le marché du travail à l’horizon
2030(graphique 21). La création d’emploi est massive et permet de fournir suffisant d’emploi pour
tous les chômeurs, mais insuffisante pour absorber les personnes inactives.
Les projections montrent qu’une croissance agricole de 10% permet de créer plus de 4 millions
d’emplois à l’horizon 2030 (soit l’équivalent des chômeurs et inactifs) et ainsi clore la différence
entre les travailleurs rémunérés (3.1 millions en 2012195 et 4 millions en 2030) et les personnes en
âge de travailler (6.7 millions en 2012196 et 3.9 millions en 2030) (graphique 23197). Une telle
croissance agricole est en mesure de renverser les tendances migratoires vers les zones rurales. Ainsi,
l’impact que l’on peut anticiper de cette création d’emplois additionnels sur la réduction de la
pauvreté et de l’insécurité alimentaire est majeur et se trouve au cœur de la stratégie de la
PSNSSANH. Le pilier 2.1 présente un diagnostic du secteur agricole et des voies et moyens pour créer
une telle croissance à l’horizon 2030.
DRAFT
Les projections à 5 et 10% de croissance agricole (graphiques 21 et 22), montrent que les effets
massifs sur l’emploi apparaissent dès la 6 et 7ème année de croissance agricole. Ce différentiel
temporel, dû à la situation d’extrême pauvreté prévalente en milieu rural, peut comporter un ‘coût’
politique qui pourra être compensé par une bonne communication.
194
Banque Mondiale, 2015a.
Banque Mondiale, 2015a.
196
Banque Mondiale, 2015a.
197
Les paramètres utilisés pour les graphiques 20 à 23sont :
Croissance démographique annuelle de 1.36% à l’horizon 2030, selon les projections de l’IHSI, 2007b et 2015b.
Emplois : figure 4, extraite de Banque Mondiale, 2015a.
195
43
Figure 4. Ventilation de la population haïtienne en fonction du statut de l’emploi
198
DRAFT
198
Banque Mondiale, 2015a, p. 26.
44
Graphiques 20 à 23. Effet sur l’emploi de la croissance du PIB agricole et de la manufacture
DRAFT
45
5.3
Positionnement des deux principaux acteurs clés des filières alimentaires
Les deux premières décisions stratégiques fondamentales sur lesquelles la présente politique se
repose, soit : a) le choix de la souveraineté, de la sécurité alimentaire et de la nutrition, en priorité
sur le commerce international et b) le choix de l’agriculture familiale comme moteur de l’économie,
impliquent une redéfinition des relations de l’Etat avec les importateurs et les producteurs opérant
sur le marché agricole. Ainsi, la présente politique entrevoit un repositionnement graduel de deux
secteurs clés des filières alimentaires, soit :
Secteur de la commercialisation : Les importateurs et les distributeurs d’aliments sont appelés à
devenir des agents contributeurs clés du développement des filières agricoles locales. En ce sens, ils
fonctionnent dans un environnement compétitif et investissent dans les filières agricoles locales, en
particulier au niveau de la production et de la transformation. Leurs réseaux d’approvisionnement et
de distribution d’aliments leurs permettent de faciliter la commercialisation des produits locaux avec
des coûts de transactions efficients, soit sur les marchés nationaux, soit internationaux. Les
importateurs ont un avantage compétitif vers les exportations de produits agricoles, moyennant
toutefois des investissements dans la production et transformation de produits à potentiel élevé.
De plus, la croissance de la production agricole nationale créera un accroissement des revenus dans
le pays (PIB) qui résultera un élargissement de la demande de produits importés non-alimentaires,
mais également des produits non-alimentaires manufacturés en Haïti. Les secteurs de l’importation,
de l’agro-industrie et de la manufacture bénéficieront ainsi directement de la croissance économique
du pays.
Les acteurs de la chaîne de distribution de produits locaux, soit les Madan Sara, ont un avantage
compétitif dans la transformation et la commercialisation de ces produits. Elles sont appelées à se
professionnaliser, grâce à des lignes de crédits adaptés à leurs opérations et le transfert de
technologies, afin que la transformation et la commercialisation fournissent des produits locaux de
qualité compétitive sur les marchés.
Secteur de la production : Les producteurs agricoles pratiquant l’agriculture familiale sont appelés à
devenir de véritables‘ entrepreneurs agricoles’, que l’on dénomme dans la PSNSSANH les exploitants
agricoles. En ce sens, ils suivent des stratégies d’intensification pour répondre à la demande des
marchés agricoles. Ils achètent les semences de qualité, les engrais et les équipements sur des
marchés ouverts, dynamiques et compétitifs et améliorent ainsi la productivité du secteur. Ils
vendent leurs produits à un réseau de distribution suffisamment financé, réduisant ainsi les risques
de mévente que connait le secteur aujourd’hui.
A travers la présente politique, l’Etat Haïtien met en œuvre divers instruments, soit des mesures et
des Programmes Nationaux, ayant pour objectif d’apporter les incitatifs nécessaires en vue d’un
repositionnement des acteurs clés des filières alimentaires.
46
5.4
Dynamique vertueuse de la souveraineté et sécurité alimentaires et de la nutrition
Les choix fondamentaux de la PSNSSANH constituent la base incontournable de la création d’une
dynamique vertueuse de la souveraineté alimentaire, de la sécurité alimentaire et de la nutrition au
bénéfice de l’ensemble de la population haïtienne.
Les différents actes de cette dynamique idéale sont les suivants :
Acte 1. Rapide croissance de la production agricole familiale : Rééquilibrage tarifaire progressif et
politiques budgétaire et agricole favorables → augmentation des investissements publics et privés
dans l’agriculture → augmentation de la productivité agricole familiale → augmentation de la
disponibilité de produits alimentaires locaux → diminution des importations et de la dépendance
externe → capacité du pays à nourrir la population =>tout cela conduit à la SOUVERAINETÉ
ALIMENTAIRE.
Acte 2. Amélioration de l’alimentation : Amélioration des revenus des producteurs → création
d’emplois dans le secteur non-agricole → diminution de la pauvreté → stabilisation des populations
→ redistribution des revenus → marchés plus compétitifs → stabilisation des prix des aliments sur les
marchés → amélioration de la consommation alimentaire vers les produits locaux=>tout cela conduit
à la SÉCURITÉ ALIMENTAIRE.
Acte 3. Amélioration de la disponibilité et de l’accès aux services de base : Augmentation des
revenus de l’Etat199→ diminution de la dépendance à l’aide externe → augmentation des
investissements à partir des ressources nationales → amélioration de la fourniture des services de
base de qualité → amélioration de l’accès aux services de base nécessaires à la sécurité nutritionnelle
→ meilleure utilisation des aliments disponibles =>tout cela conduit à la SÉCURITÉ NUTRITIONNELLE.
L’accroissement des revenus de l’Etat engendre une augmentation des investissements publics dans
le secteur agricole, bouclant ainsi la dynamique circulaire. L’agriculture familiale est ainsi le ‘moteur
économique’ de cette dynamique vertueuse. Cette spirale ascendante idéale est protégée par un
environnement stable caractérisé par un solide mécanisme de réponse aux chocs, un cadre légal et
de politiques sectorielles adaptés, de bonnes infrastructures ainsi que des politiques budgétaire,
commerciale et tarifaire favorables.
Ce cercle vertueux rappelle également qu’aucune intervention réalisée de façon isolée ne peut
répondre au problème de la faim et encore moins assurer une bonne nutrition de la population. Une
bonne gouvernance accompagnée d’une approche transversale coordonnée est nécessaire afin de
consolider les composantes de la dynamique. Un seul maillon faible le long de la chaîne peut
compromettre l’ensemble de la dynamique.
La présente politique vise à générer cette dynamique vertueuse qui est indispensable pour
déverrouiller le potentiel économique et humain du pays.
199
Le rapport annuel du MEF 2013-2014 souligne l’augmentation sur les recettes de l’Etat, la balance commerciale, et
l’économie que le pays bénéficierait avec un alignement des tarifs sur la CARICOM. MEF, 2015.
47
Figure 5. Cercle vertueux de la souveraineté et sécurité alimentaires et de la nutrition
48
6.
HISTORIQUE DES INITIATIVES DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET NUTRITIONNELLE
En décembre 1992, se tenait la Conférence Internationale sur la Nutrition à Rome au cours de
laquelle, 159 nations, dont Haïti, ont pris l’engagement formel d’agir de manière solidaire pour faire
en sorte que la lutte contre la faim devienne une réalité’200. Faisant référence à la conférence
internationale, le Premier Ministre nomme, par une lettre du 25 Janvier 1996, le premier
Coordonnateur National pour le Suivi des Politiques de Sécurité Alimentaire.
Quatre ans plus tard, au Sommet mondial de la FAO à Rome les 13-17 novembre 1996, les Chefs
d’Etats et de Gouvernements (185 pays) ont fait une déclaration solennelle dans laquelle ils ont pris 7
engagements en vue d’éradiquer la faim dans le monde. Le quatrième engagement porte
spécifiquement sur les politiques commerciales de denrées alimentaires et agricoles afin qu’elles
‘contribuent à la sécurité alimentaire pour tous’. Ces engagements devaient se traduire en un plan
visant à doter les pays des mécanismes nécessaires pour formuler une politique de la Sécurité
Alimentaire et de Nutrition (SAN), élaborer des plans d’action, au niveau national, régional et local,
les mettre en œuvre, avec des financements adéquats et des ressources humaines qualifiées, et d’en
suivre l’exécution pour veiller à la bonne gouvernance du système et la bonne utilisation des
moyens.201Le Président de la République a signé la déclaration de Rome au nom d’Haïti,
paradoxalement, au moment où la deuxième vague de dérégulation des marchés agricoles était
appliquée par le Gouvernement (voir analyse de contexte). Néanmoins, quelques mécanismes
politiques et techniques ont été entrepris au niveau central.
Un jour avant le Sommet mondial de la FAO de 1996, le 12 novembre 1996, une décision du Conseil
des Ministres a formé le Conseil Interministériel pour la Sécurité Alimentaire (CISA), présidé par le
MARNDR et composé de4 membres ; le MSPP, le MCI, le MPCE et le MEF. La première attribution du
CISA est de ‘renforcer l’Etat dans ses fonctions de définition d’un cadre macro-économique favorable
au renforcement de la sécurité alimentaire et de contrôle de son application’202. Le CISA est dotée
d’un secrétariat technique, qui est ensuite devenu la Coordination Nationale de la Sécurité
Alimentaire (CNSA) et qui a pour mission essentielle d’assurer le suivi des décisions de la
Commission.
Le texte légal portant création du CISA n’ayant pas été publié, la CNSA a alors été placée sous la
tutelle du Ministère de l’agriculture et avec le mandat d’appuyer le Gouvernement dans l’élaboration
d’un plan national de la sécurité alimentaire et de veiller à son application203. Le premier plan
national de la sécurité alimentaire et nutritionnelle a été élaboré la même année, en 1996204 et mis à
jour, 14 ans plus tard, en 2010205, 2 mois après le tremblement de terre. La mise à jour a pris en
compte des évolutions importantes de la thématique, notamment ; l’adoption du Document de
Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté2008-2010 (DSNCRP) en 2008206,
l’engagement d’Haïti, en 2006, à l’initiative ‘Amérique Latine et Caraïbes Sans Faim’ à l’horizon 2025
et, en 2000, aux Objectifs de Développement du Millénaires (OMD) à l’horizon 2015 ainsi que
l’aggravation de la situation après le grave séisme de janvier 2010.
Ces deux plans nationaux de sécurité alimentaire et nutritionnelle traitent d’une thématique
transversale nécessitant la participation de nombreux Ministères et organismes autonomes. Ainsi, le
200
FAO, 1992.
http://www.fao.org/docrep/003/w3613f/w3613f00.htm
202
Compte-rendu de la réunion du Conseil des Ministres du 12 novembre 1996.
203
CNSA, 2015c.
204
CNSA, 1996.
205
CNSA & CISA, 2010.
206
République d’Haïti, 2007.
201
49
plan mis à jour en 2010 attribue des tâches de pilotage à 14 entités du gouvernement (Ministères et
organismes autonomes) pour adresser l’ensemble des défis identifiés. Cependant, la CNSA, placée
sous la tutelle d’un Ministère technique (le MARNDR), ne dispose pas des leviers nécessaires pour
coordonner la mise en œuvre intersectorielle de ces plans. Ces documents sont ainsi restés
largement en marge des décisions budgétaires et opérationnelles des différents Gouvernements. De
plus, la coordination des partenaires externes autour de la sécurité alimentaire a été placée en
dehors de la CNSA. En effet, le MARNDR a constitué un sous-groupe technique ‘Sécurité Alimentaire’
de la Table Sectorielle ‘Agriculture’ dont il assure la présidence.
Dans l’impossibilité de réaliser son mandat de coordination, la CNSA s’est focalisée sur la mise en
place d’un système d’alerte précoce avec l’appui de partenaires externes. Les premiers observatoires
de la sécurité alimentaire et nutritionnelle ont été établis en 2006 et la première enquête
d’évaluation de la sécurité alimentaire à l’échelle nationale a été réalisée en 2007. C’est à partir de
2010, que le système d’alerte précoce a été renforcé par la réalisation d’enquêtes nationales de
sécurité alimentaire et nutritionnelle régulières (2010 à 2013), la réalisation d’enquêtes
prévisionnelles des récoltes (2010 à 2014), la pérennisation des observatoires sur des financements
du Trésor Public à travers l’initiative ‘Aba Grangou’ et la mise en place des analyses selon le cadre
standardisé de l’IPC207dès 2013. Pour le partage des informations produites par le système d’alerte
précoce renforcé, la CNSA a mis en place le Groupe Technique Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
(GTSAN) en 2013.Ces avancées ont été synthétisées dans un plan pluriannuel de collectes de
données et de publications, basé essentiellement sur une mise en commun des ressources du service
de statistique du MARNDR pour les enquêtes agricoles, du MSPP pour la nutrition et de la CNSA pour
la sécurité alimentaire. A nouveau, dans l’impossibilité de réaliser son mandat de coordination, la
CNSA n’a pas pu réaliser cette mise en commun des systèmes d’information liés à la SAN.
Impulsé par la planification du 11ème FED de l’UE, la CNSA a réactivé, en 2015, les travaux de mise à
jour d’un plan national de la SAN, mais cette fois en suivant une approche partant des besoins
identifiés à la base, afin de contourner les blocages institutionnels au niveau central. Ainsi, des plans
Communaux SAN de 5 ans ont été élaborés dans le Département du Nord-Ouest et agrégés en un
plan départemental. Le budget nécessaire pour mettre en œuvre les plan SAN 2017-2022 du NordOuest (et de l’arrondissement du Gros-Morne – Haut Artibonite) est de 600 millions USD208. Une
partie de ces besoins sont financés par le 11ème FED du l’UE.
A partir de 2008, la sécurité alimentaire et nutritionnelle prend une dimension hautement politique
avec les émeutes de la faim qui ont provoqué la chute du Gouvernement (en avril). Les
manifestations contre la faim et la vie chère sont, dès-lors, devenues récurrentes dans tout le pays.
En 2012, la problématique de la faim et la malnutrition a été reprise en main directement par le
Président de la République. En février 2012, un groupe de travail a été constitué au bureau de la
Présidence afin d’élaborer une stratégie nationale de lutte contre la faim et la malnutrition, appelée
‘Aba Grangou’209. La stratégie s’inscrivait explicitement dans les Objectifs de Développement du
Millénaire, devenus en 2015 les Objectifs du Développement Durable (ODD). La stratégie ‘Aba
Grangou’ se décline en 21 programmes priorisés pour leurs effets attendus sur la faim et la
malnutrition et mis en œuvre par 11 Ministères et 7 organismes autonomes. Le lancement de cette
stratégie, en janvier 2012 a marqué la constitution d’une plateforme de coordination
interministérielle, la Commission Nationale de Lutte contre la Faim et la Malnutrition (COLFAM)210. La
207
Integrated Phased Classification. FAO, 2012c.
CNSA & UE, 2017.
209
République d’Haïti, 2012.
210
Publiée dans le Moniteur du 24 janvier 2012.
208
50
COLFAM, présidée par la Première Dame211, a été créée avec un mandat de 2 ans disposant d’une
autonomie complète pour définir son mode d’organisation et de fonctionnement en vue d’une
intégration de la stratégie au sein du Gouvernement. La COLFAM était appuyée par une Unité
d’Exécution de projet appelée Unité de Coordination Nationale ‘Aba Grangou’ (UNAG). Sur la base
d’un plan d’actions212, les moyens financiers (budget d’investissement) ont été mis à disposition de la
Commission pour les actions d’Aba Grangou’ mises en œuvre à travers les Ministères et organismes
autonomes. A son terme, le mandat de la COLFAM n’a pas été renouvelé, ayant été dans
l’impossibilité d’intégrer la stratégie de lutte contre la faim et la malnutrition au sein du
Gouvernement. Parmi les principales réalisations, la COLFAM a permis l’adhésion d’Haïti au
mouvement Scaling Up Nutrition (SUN)213, la finalisation de la politique nationale de nutrition214, la
tenue des Etats-Généraux de la nutrition, la création d’une ligne budgétaire ‘nutrition’ au MSPP, la
formulation de la loi sur la fortification des aliments215, le renforcement du système d’alerte précoce
de la CNSA, la réalisation de travaux d’infrastructures à haute intensité de main d’œuvre par le
MTPTC et la formulation du programme de bons alimentaires ciblant les ménages les plus
défavorisés, appelé ‘KoreLavi’ mis en œuvre par le MAST, avec l’appui financier de l’USAID et
technique d’un consortium constitué de CARE et du PAM.
En parallèle à l’initiative Présidentielle ‘Aba Grangou’, la Primature a, d’une part, lancé en 2012 le
programme ‘Ede Pèp’ comme une stratégie nationale d’assistance sociale216et, d’autre part, constitué
la Commission gouvernementale de stabilisation des prix alimentaires, suite à l’ouragan Sandy217. Les
actions phares de ‘Ede Pèp’ont été ‘Ti manman chéri’, un projet de transferts monétaires, lancé en
mai 2012 et destinés aux mères d’enfants enregistrés dans les écoles publiques ainsi que les
‘Restoran Kominotè’ distribuant des plats chauds non-ciblés218. En 2017, le FAES a réinitié les actions
de ‘Ti manman chéri’et des‘Restoran Kominotè’, sous l’ombrelle d’une initiative nommée ‘KorePèp’.
La Commission Nationale de Stabilisation des Prix a eu un effet plus structurant dans le sens où, cette
commission a mandaté le CDES pour l’élaboration d’un document de Politique Nationale de
Souveraineté et de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle, dont une ébauche a été livrée en juillet
2016219. L’abrogation du CDES, en janvier 2016, a entravé la finalisation du document de politique. Le
processus a été repris en 2017, par le Secrétaire Général de la Primature avec un mandat attribué à
la CNSA pour la conduite des consultations techniques nécessaires à la finalisation du document de
politique. Ce processus a abouti à la présente politique.
Les parlementaires se sont également intéressés à la thématique de la sécurité alimentaire et
nutritionnelle. Entre 2014 et 2016, deux propositions de loi portant sur la souveraineté et la sécurité
alimentaire et nutritionnelle ont été élaborées220. Cette proposition de loi a été développée sur la
base de projets de lois portant création de l’Office Nationale de la Sécurité Alimentaire (ONSA),
renommé dans une version ultérieure l’Office Nationale de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
211
La légalité de ce choix a été remis en question par le pouvoir judiciaire.
UNAG, 2012.
213
La Vision des membres du mouvement SUN est de voir, d’ici 2030, un monde exempt de malnutrition sous toutes ses
formes. Dirigées par des gouvernements, soutenues par des organisations et des individus, les actions collectives
permettent à chaque enfant, adolescent, mère et famille de réaliser son droit à l’alimentation et à la nutrition, d’atteindre
son plein potentiel et de façonner des sociétés durables et prospères.
214
MSPP & Aba Grangou, 2012.
215
La loi a été publiée par le Moniteur le 2 février 2017, dans les mêmes termes que le texte soumis en 2012 par Aba
Grangou. Le Moniteur, 2017a.
216
FAES, 2013.
217
L’ouragan Sandy a frappé Haïti du 24 au 26 octobre 2012.
218
Lamauthe-Brisson, N., 2015.
219
CDES, 2016.
220
Sénat, 2014 et Chambre des Députés, 2016.
212
51
(ONASAN)221, visant la consolidation juridique de la CNSA. En 2017, les parlementaires se sont
organisés autour de la thématique de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et ont créé le Front
Parlementaire contre la Faim en Haïti (FPFH), ‘chargé de discuter toutes les questions relatives à la
jouissance et la protection du Droit à l’alimentation et la lutte contre la faim et la malnutrition’222.
La dimension de ‘souveraineté alimentaire’, bien qu’elle ne soit pas nommée explicitement, est
présente à travers la stratégie ‘Aba Grangou’223. Cependant, c’est dans les premières ébauches de la
PSNSSANH, produite par le CDES, que la souveraineté alimentaire est explicitement mentionnée. La
question de la souveraineté alimentaire sera ensuite reprise dans les travaux des Parlementaires sur
la proposition de loi.
Une revue des principaux faits historiques de la thématique SAN en Haïti ne peut se passer de
souligner la trajectoire des institutions et programme suivants ; le Bureau de Monétisation et des
Programmes d’Aide au Développement (BMPAD), le Programme National de Cantines Scolaire
(PNCS), la Direction de la Protection Civile (DPC) et la Croix-Rouge :
BMPAD. Le bureau de gestion du PL-480224 en Haïti a été créé, en 1985, pour la gestion de l’aide
alimentaire américaine. Grâce à sa performance, ce bureau s’est vu confier la gestion de fonds
d’autres bailleurs dont le Canada, l’Espagne, l’Italie, la France et le Japon. Entre 2006 et 2016, le
bureau a géré le Projet de Développement Participatif (PRODEP, PRODEPUR, PREKAD) de la
Banque Mondiale, où il remplissait le rôle d’Agence Nationale d’Exécution. En 2008, une
modification du statut légal du PL-480 a permis la création du BMPAD avec une mission plus
étendue. Il met par ailleurs en œuvre l’accord Petro Caribe pour l’acquisition des produits
pétroliers du Venezuela.
PNCS. En juillet 1997, le Président de la République a lancé le PNCS, posant ainsi les bases de la
transition vers une appropriation du programme de cantines par le gouvernement. Le PNCS a été
mis en place en vue de réorienter, dans un premier temps, les programmes d’aide alimentaire
d’urgence autour de la cantine scolaire afin de bénéficier d’effets plus structurants de l’aide
alimentaire225 et, dans un deuxième temps, d’ancrer cette aide dans la production nationale226.
DPC et CRH. Fondée le 29 mai 1932 en tant qu’auxiliaire des pouvoirs publics, la Croix-Rouge
Haïtienne (CRH) a été la première institution officiellement reconnue par le gouvernement de la
République d'Haïti comme société de secours ayant pour objectif de porter assistance à la population
en situation de catastrophe. En appui à cette institution, un comité ad hoc a été créé au plus haut
niveau de l'Etat pour gérer chaque situation de désastre de grande ampleur. Cinquante ans plus tard
seulement, en 1983, ce comité est institutionnalisé en une structure permanente responsable des
opérations d'interventions en cas de catastrophe : l'Organisation Pré-Désastre et de Secours
(OPDES). Par un décret du 31 mai 1986, l'OPDES est placée sous la tutelle du ministère de l’Intérieur.
Toutefois, comme l'OPDES, à l'instar de la CRH, était surtout une instance de réaction, le
gouvernement a établi en 1997, au sein du MICT, la DPC avec pour mission de coordonner toutes les
221
ONSA, 2000 et MARNDR & CNSA, 2012.
Chambre des Députés, 2017.
223
La question des politiques économiques et fiscales est traitée par le premier des 21 programmes d’Aba Grangou’
(Bureau de la Présidence, 2012). Le plan d’action ‘Aba Grangou’ propose, dès la première année de mise en œuvre, de
travailler sur les politiques tarifaires (UNAG, 2012).
224
US Public Law 480 (1954). Loi américaine sur le développement du commerce et de l’aide ayant établi le programme
‘food for peace’ (nourriture pour la paix), le principal programme américain d’aide alimentaire à l’étranger. Le bureau de
gestion du PL.480 a été créé en 1985 en Haïti pour la monétisation de l’aide alimentaire américaine.
225
République d’Haïti, 1997.
226
MENFP & PNCS, 2016.
222
52
opérations d'intervention en matière de réponse aux désastres et de promouvoir des activités de
gestion des risques dans l'objectif de diminuer l'impact des catastrophes227.
La CNSA, la DPC et le PNCS ont pour point commun de n’avoir aucune existence juridique. Malgré de
nombreux efforts de consolidation juridique, ces structures existent de-facto.
7.
CADRES DE POLITIQUES SECTORIELLES
La PSNSSANH s’inscrit dans le Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH) qui offre une vision
d’un pays émergent à l’horizon 2030228. Elle constitue une opérationnalisation stratégique du PSDH,
car les thématiques traitées dans ce document de politique constituent des passages obligatoires si
la vision du PSDH à l’horizon 2030, et au-delà, doit être atteinte. En d’autres termes, la PSNSSANH
identifie les actions prioritaires, sous forme de mesures et de Programmes Nationaux229,pertinents à
3 des 4 Grands Chantiers du PSDH, soit la refondation économique, la refondation sociale et la
refondation institutionnelle. .
Concernant la dimension de ‘souveraineté alimentaire’, dans sa déclaration de politique générale, le
Premier Ministre Lafontant place l’agriculture, l’agro-business et la révision des tarifs à l’importation
au centre du développement économique de la nation et écrit ce qui suit ; ‘Je suis persuadé que vous
souhaitez voir notre Pays avancer progressivement vers l’autosuffisance alimentaire’.230 La PSNSSANH
constitue également une opérationnalisation de cette vision.
La PSNSSANH s’est construite en capitalisant sur les leçons apprises d’initiatives antérieures, dont
notamment :
Le Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté DSNCRP
(2008-2010).231
Le Plan National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (PNSAN), élaboré par la CNSA en 1996
et mis à jour en 2010.232
La stratégie nationale de lutte contre la faim et la malnutrition, appelée Aba Grangou, lancée par
la Présidence le 12 janvier 2012.233
La stratégie nationale d’assistance sociale, appelée Ede Pèp, initiée en 2012 par la Primature et
mise en œuvre par le FAES.234
L’ébauche de Politique Nationale de Souveraineté et de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle,
produite par le CDES en juillet 2016.235
Les propositions de lois portant sur la souveraineté et la sécurité alimentaire et nutritionnelle par
les Parlementaires élaborées entre mai 2014 et août 2016.236
La PSNSSANH s’appuie sur plusieurs documents de politiques, de stratégies et de plans sectoriels du
Gouvernement, dont notamment :
Agriculture : La Politique de Développement Agricole 2010-2015237, le programme triennal de
relance agricole 2013-2016238, la proposition de stratégie nationale d’achats de produits agricoles
227
http://www.protectioncivilehaiti.gouv.ht/
MPCE, 2012b.
229
Voir définition au chapitre 2.
230
République d’Haïti, 2017.
231
République d’Haïti, 2007.
232
CNSA & CISA, 2010.
233
Bureau de la Présidence, 2012.
234
FAES, 2013.
235
CDES, 2016.
236
Sénat, 2014 et Chambre des Députés, 2016.
228
53
locaux en Haïti239, l’avant-projet de Politique Semencière Nationale240 et le compendium
technique sur les bonnes pratiques agricoles et environnementales241 du MARNDR.
Protection sociale : La Politique et Stratégie Nationale d’Alimentation Scolaire242 du MENFP
assorti d’un plan d’action243 ainsi que d’un manuel d’opération du Programme National de
Cantine Scolaire (PNCS)244. Les réflexions en cours au MAST sur l’élaboration d’un document
cadre de protection et de promotion sociale pour une politique nationale.245
Santé et nutrition : La Politique Nationale de Santé du MSPP246 et la Politique Nationale de
Nutrition qui en découle247. Dans le secteur de la nutrition, plusieurs plans et stratégies ont été
élaborés par le MSPP, dont ; le plan stratégique de nutrition 2013-2018248, la stratégie d’appui
nutritionnel dans la prise en charge du VIH et de la tuberculose249, le plan du plaidoyer en faveur
de la nutrition250 et le plan de communication pour la nutrition251.
Environnement et énergie : Le plan national d’adaptation aux changements climatiques du
MDE252, l’avant-projet de Politique Energétique de la République d’Haïti du MTPTC253 et la
stratégie pour l’allègement de la pression sur les ressources ligneuses nationales pour la
demande en combustible du MDE254.
Sécurité alimentaire et nutritionnelle : le plan départemental de sécurité alimentaire et
nutritionnelle du Nord-Ouest255.
Genre : La politique égalité homme-femme du MCFDF256.
Coordination : Le Cadre de Coordination de l’Aide Externe au Développement d’Haïti (CAED)257.
Pour sa formulation, la PSNSSANH s’appuie également sur une riche littérature produite par le
Gouvernement Haïtien et ses partenaires ainsi que la société civile, les ONG et de nombreux instituts
de recherches (voir bibliographie).
En lien avec l’Agenda global 2030, la PSNSSANH est alignée sur les Objectifs de Développement
Durable. La PSNSSANH est au cœur de l’ODD 2 ‘faim zéro’, qui agit ici comme le principal ODD
accélérateur en Haïti car il contribue directement à la réalisation de l’ODD 1 ‘pas de pauvreté’, l’ODD
3 ‘bonne santé et bien-être’, l’ODD 4 ‘éducation de qualité’, l’ODD 5 ‘égalité entre sexes’, l’ODD 8
‘travail décent et croissance économique’, l’ODD 9 ‘industrie, innovation et infrastructures’, l’ODD 10
‘inégalités réduites’, l’ODD 11 ‘villes et communautés durables’, l’ODD 15 ‘vie terrestre’ et l’ODD 16
‘paix, justice et institutions efficaces’.
237
MARNDR, 2011b.
MARNDR, 2013b.
239
MARNDR, 2015a.
240
MARNDR, 2016.
241
MARNDR & FAO, 2017.
242
MENFP & PNCS, 2016a.
243
MENFP & PNCS, 2016b.
244
MENFP & PNCS, 2017a.
245
Lamaute-Brisson, N., 2018a et 2018b.
246
MSPP, 2012a.
247
MSPP & Aba Grangou, 2012.
248
MSPP, 2013b.
249
MSPP, 2014b.
250
MSPP, 2014a.
251
MSPP, 2013c.
252
MDE, 2017.
253
MTPTC, 2012.
254
MDE, 2007.
255
CNSA & UE, 2017.
256
MCFDF, 2017.
257
MPCE, 2012a.
238
54
En d’autres termes, au-delà de réduire la faim et la malnutrition, la croissance agricole et de l’agroindustrie recherchée par la PSNSSANH permet également de réduire la pauvreté, de créer
massivement des emplois, de stimuler la croissance économique du pays, de stimuler les
investissements dans l’industrie agro-alimentaire et de créer des communautés durables. De
meilleurs revenus dans le secteur agricole permettent également de réduire la pression sur les forêts
pour la demande en combustibles et de réduire la mise en culture de terres marginales (fortes
pentes, forêts, etc.). De plus, en conjonction avec les filets sociaux, les mécanismes de réponse aux
urgences alimentaires et le renforcement des institutions nationales, la PSNSSANH permettent de
réduire les inégalités de revenus, d’investir dans le capital humain des enfants, de diminuer les
inégalités de genre et de favoriser l’émergence d’institutions plus efficaces, afin que personne ne soit
laissée de côté. La figure 6 illustre les relations entre la PSNSSANH et les ODD.
Figure 6. La PSNSSANH et les Objectifs de Développement Durable
55
8.
PRÉSENTATION DES PROGRAMMES ET MESURES PRIORITAIRES PAR AXE STRATÉGIQUE
AXE 1. POLITIQUE.
Objectif général. Créer un environnement favorable et protecteur de la souveraineté et sécurité
alimentaires et la nutrition et permettant aux différents secteurs pertinents à la SSAN de prospérer.
Figure 7. Architecture de l’Axe 1 de la PSNSSANH
56
Pilier 1.1 – Politiques commerciales et profil tarifaire.
Objectif spécifique. Refonder les politiques commerciales et le profil tarifaire de la nation afin qu’ils
priorisent les intérêts de la souveraineté et sécurité alimentaires et de la nutrition sur les intérêts du
commerce international.
A. Priorisation
Constats macro-économiques
Encadré 6. Définition
Dans un pays fortement ouvert vers le
‘POLITIQUES COMMERCIALES’
commerce extérieur et dont la
Les politiques commerciales, appelées également
compétitivité de son économie interne
politiques du commerce extérieur, sont constituées de
est
très
faible,
les
politiques
l'ensemble des moyens dont dispose un État pour orienter
commerciales et le profil tarifaire sont au
les flux d'échanges d'un pays avec l'étranger. Dans la
cœur du dispositif de pilotage du
panoplie des instruments utilisables, on distingue les droits
de douane des autres obstacles non-tarifaires. En principe,
développement
des
différentes
dès lors que le pays fait partie de l'Organisation Mondiale
industries et filières économiques de la
du Commerce (OMC), les mêmes droits sont appliqués à
nation. L’analyse de contexte a établi
tous les partenaires et résultent d'accords négociés
que le choix de politiques commerciales
multilatéralement. Il s’agit de l’application du traitement
et de profil tarifaire, à partir de 1986, a
de la Nation la Plus Favorisée (NFP) à tous les partenaires
fortement déséquilibré la compétitivité
commerciaux. Néanmoins, des dispositions spécifiques
du secteur agricole en faveur du
protectrices, appelées mesures de contingentes, peuvent
commerce externe. Cela a eu des
être adoptées.
conséquences politiques, économiques
et sociales profondes pour la nation. Les mécanismes en jeu ont été présentés (voir analyse de
contexte) et le besoin d’une rupture avec les politiques existantes a été posé (voir chapitre 5 sur les
choix stratégiques fondamentaux). En 2015, l’OMC a réalisé un examen des politiques commerciales
de la nation258. Les principaux constats de l’analyse de contexte et de l’examen de l’OMC sont les
suivants :
Balance commerciale. La balance commerciale de la nation présente un important déficit depuis
plusieurs années. En raison du déclin du secteur agricole, les produits alimentaires occupent une
place prépondérante dans la structure des importations haïtiennes (24%). Les envois de fonds de
travailleurs haïtiens résidant à l'étranger et l’aide externe constituent les sources principales de
devises de l'économie haïtienne. En 2015, ils constituaient respectivement 25 et 7% du PIB. Dans le
secteur des importations alimentaires, la dérégulation des marchés agricoles a provoqué l’apparition
de deux produits ayant pris une place prédominante sur les marchés nationaux ; le riz dont les
importations ont augmenté de 100 fois en valeur monétaires depuis 1986 et la viande de poulet qui a
augmenté de 234 fois sur la même période. De nombreux autres produits alimentaires se sont
engouffrés dans la brèche avec des taux de croissance néanmoins inférieur. Les États-Unis et la
République dominicaine sont les principaux partenaires commerciaux. Les principaux produits
exportés par Haïti sont issus des industries textiles de réexportation opérant en off-shore.
Déficit fiscal. Le déficit fiscal financé en grande partie par des dons externes, pose un problème
considérable de la soutenabilité des dépenses publiques à moyen terme. À leur niveau actuel (2015),
les revenus fiscaux ne sont pas en mesure de soutenir les dépenses publiques qui ont atteint 30% du
PIB, dont 60% dépendent de financements externes. Face à cette situation, le Gouvernement haïtien
a mis en place un ensemble de mesures dans le but d'augmenter les recettes et de réduire le niveau
258
OMC, 2015a et 2015b.
57
des dépenses. Entre 2009 et 2011, Haïti s'est vu accorder un allègement de sa dette extérieure dans
le cadre de l'initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).
Taux de change. Le taux de change de la Gourde est déterminé par le marché mais la dollarisation de
l'économie est forte. Des progrès sont réalisés vers la dédollarisation de l’économie259.La stabilisation
de la gourde passera par une croissance économique, dont le secteur agricole en détient les clés.
Accords plurilatéraux. Haïti n'est signataire d'aucun accord plurilatéral, mais, dans le cadre de l’OMC,
accorde le traitement de la Nation la Plus Favorisée (NPF) à tous ses partenaires commerciaux. Haïti
est membre de la Communauté et marché commun de la Caraïbe (CARICOM) – dont le traité révisé a
été ratifié mais n'est pas encore en vigueur. Dans le cadre du Système Généralisé de Préférences
(SGP), Haïti bénéficie d’un traitement préférentiel non-réciproque de la part de plusieurs pays
développés.
La politique commerciale du Gouvernement haïtien se place dans le cadre général de sa politique
économique et sociale, dont l'objectif est la réduction de la pauvreté et la création d'emplois. La
présente PSNSSANH clarifie les stratégies du Gouvernement en vue de créer des emplois, de réduire
la pauvreté, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition et elle appelle à une réorientation des
politiques commerciales.
La conception, la mise en application et l'évaluation de politiques commerciales et industrielles
relèvent du MCI. Le Bureau de la Coordination et de Suivi des Accords de la CARICOM, de l’OMC et de
la ZLEA260 (BACOZ) a été créé en 2002 en tant qu’organisme déconcentré de la Primature pour la
négociation et le suivi des accords commerciaux. La République d’Haïti a été admise à l’OMC le 30
janvier 1996, lors de la deuxième vague de dérégulation tarifaire. La mission première de l’OMC est
le garant des règles et accords de commerce international. Dès lors, toute révision des tarifs doit
faire l’objet d’une demande formelle à l’OMC. Les parties membres de l’OMC peuvent s’y opposer et
ainsi engager un processus de négociation bilatérale.
Profil tarifaire
Etant donné l’environnement institutionnel, le tarif reste l’un des principaux instruments de politique
commerciale en Haïti261, en plus d'être une source importante de revenus (les recettes douanières
contribuent environ à un tiers des recettes fiscales chaque année).Le tarif appliqué est basé sur la
version 2007 du Système Harmonisé (SH). La nomenclature de base est celle du SH à six chiffres,
même si le tarif est désagrégé à huit chiffres. Il est ad valorem sur toutes les lignes à l'exception
d'une ligne tarifaire (sujette à un taux spécifique). Les taux ad valorem varient de 0% (44.3% de lignes
tarifaires) à 40% (applicable à une douzaine de lignes tarifaires). En 2015, la moyenne arithmétique
des taux appliqués est parmi les plus basses au monde, soit de 4.9%262.
259
Le Moniteur, 2018.
Zone de Libre Echange des Amériques.
261
Le type de politique choisi et la nature des moyens mis en œuvre dépendent d'une organisation institutionnelle qui
diffère selon les pays. Même si les théories de l'échange international mettent en avant les avantages du libre-échange
intégral pour tous les partenaires, les pouvoirs publics ne renoncent jamais complètement à protéger leurs activités
nationales, ni à aider les industries d'exportation. Ces interventions étatiques trouvent des justifications dans certaines
analyses économiques. Celles-ci mettent en lumière les gains que peut percevoir un pays placé dans des situations
différentes de celle que supposent les théories du libre-échange. De fait, les politiques commerciales d'un pays résultent
bien souvent de stratégies de compromis entre la volonté d'isoler certaines activités nationales des effets de la concurrence
externe et la nécessité de tempérer les velléités interventionnistes des partenaires commerciaux.
262
OMC, 2015a.
260
58
Depuis 2012, considérant le déficit commercial de la nation, un travail de fond essentiel a été réalisé
pour revoir le profil tarifaire à l’OMC. Ainsi, une révision des tarifs consolidés (tarifs maximums) a été
soumis auprès de l’OMC. La République dominicaine s’y est opposée et il s’en est suivi 3 cycles de
négociations bilatérales. Dans le cadre de ces négociations, le BACOZ prépare un projet de tarifs
consolidés révisés pour certains produits263. Au moment de la rédaction de la PSNSSANH, ces
négociations bilatérales ne sont pas encore conclues.
Le tableau 10 compare, à titre d’illustration, les tarifs appliqués, les tarifs maximums consolidés à
l’OMC et les tarifs extérieurs communs de la CARICOM pour quelques commodités parmi les plus
concernées par l’importation d’aliments. Les tarifs consolidés de l’OMC constituent l’accord ‘mère’ et
tout autre accord, dont le Tarifs Externes Communs (TEC) de la CARICOM, doit y être conforme. Le
tableau 10 relève quelques éléments fondamentaux sur les filières agricoles :
Pour le riz, les tarifs consolidés transmis à l’OMC constituent une étape très importante vers une
meilleure protection du secteur agricole. Le relèvement des tarifs sur le riz permettra un
rééquilibrage de la compétitivité de l’agriculture haïtienne pour tous les produits vivriers cultivés
pour leurs féculents (céréales, tubercules, plantain et arbre véritable) étant donné leur élasticité
dans le régime alimentaire.
263
Par contre, pour le riz en paille, l’application du TEC de la CARICOM résultera en une diminution
des tarifs. Cela est en mesure de stimuler les investissements dans l’industrie de transformation
(décorticage et blanchissement) du riz au niveau national mais aussi en une compétition
potentiellement plus féroce encore avec la production nationale. On peut toutefois s’attendre à
des effets positifs sur la transformation agro-alimentaire, mais aussi à une concentration
excessive de ces structures de transformation qui seraient, à termes, néfastes sur la distribution
des revenus pour les acteurs de la filière.
Pour le maïs et le sorgho, les tarifs consolidés à l’OMC permettront une protection adéquate de
ces filières. Par contre, le TEC de la CARICOM pour ces produits est de 0%. Ainsi, la protection de
ces filières nécessitera des dispositions particulières dans le cadre de l’application du TEC de la
CARICOM.
Pour les légumineuses, les tarifs consolidés à l’OMC et de la CARICOM permettront une
meilleure protection de ces filières dont la marge de compétitivité de la production nationale sur
les produits importés est aujourd’hui relativement élevée.
Pour le blé et les farines de blés, les tarifs consolidés à l’OMC ne spécifient pas ces numéros de
tarifs. Les tarifs appliqués et le TEC de la CARICOM sont de 0%. Etant donné la faible élasticité de
la consommation de céréales (féculents), l’importation de blé est directement en compétition
avec la production nationale (substitution entre féculents). L’application d’un taux réduit sur
l’importation de farine de blé aurait des conséquences négatives sur les investissements
pionniers dans les minoteries du pays.
Pour la volaille, les tarifs consolidés à l’OMC se traduisent en une diminution de la protection
pour la viande et les abats de volaille, avec potentiellement des importations à des tarifs très bas
des pays membres de la CARICOM. Dans le cadre du de développement de la filière de la viande
de volaille et des œufs défini par la PSNSSANH, des ajustements de ces tarifs sont nécessaires.
Pour le sucre et le rhum, les tarifs consolidés à l’OMC permettront une meilleure protection de
l’industrie de raffinerie du sucre et une légère amélioration de la protection de la production.
Cela pourrait se traduire surtout en de nouveaux investissements dans les raffineries du pays
mais aussi une augmentation des importations de sucre brut au détriment de la production
nationale. Par contre, pour le rhum, les tarifs consolidés à l’OMC impliquent une diminution de la
Ce projet de tarifs consolidés n’est pas à disposition de l’équipe de recherche de la présente politique.
59
protection des distilleries nationales. Les taux soumis à l’OMC sont en-dessous des tarifs
appliqués ainsi que du TEC de la CARICOM.
Pour les semences et autres intrants agricoles, l’adhésion au TEC de la CARICOM permettrait de
réduire les taux à 0% et d’éliminer les contradictions sur les tarifs appliqués et consolidés (par
exemple, pour certaines cultures des tarifs à l’importation de semences sont maintenus).
Tableau 10. Comparaison des tarifs appliqués, des tarifs consolidés transmis à l’OMC et des tarifs extérieurs
communs de la CARICOM pour quelques commodités les plus concernées par l’importation de nourriture
RIZ
Riz en paille (riz paddy)
Riz décortiqué
Riz semi-blanchi ou blanchi
Riz en brisure
MAÏS ET SORGHO
Maïs en grain
Gruaux et semoule de maïs
Sorgho (grain ou autre)
Millet
BLÉ
Blé (grain)
Farine de blé – durum
Farine de blé – autre
Boulgour
Semoule ou gruaux de blé
Couscous
LÉGUMINEUSES
Pois (Pisumsativum)
Haricot en grain
Haricot (Vignaspp, Phaseolus)
Haricot des espèces vigna mungo
Haricot ‘petits rouges’
Haricot commun (Phaseolus vulgaris)
VIANDE DE VOLAILLE ET ŒUFS
Viande et abat de volaille de l’espèce
Gallus domesticus (poule), nondécoupé ou découpé, frais ou réfrigérés
Œufs en coque frais, préservé ou cuit
SUCRE ET RHUM
Sucre brut
Sucre raffiné
Pulpes de betteraves, bagasses de
cannes à sucre et autres déchets de
sucrerie
Rhum
Tarifs
264
appliqués
OMC
265
Consolidé
CARICOM TEC
3%
3%
3%
3%
40%
40%
40%
40%
0%
25%
25%
25%
20%
20%
15%
15%
50%
50%
50%
50%
0%
0%
0%
0%
0%
15%
15%
10%
0%
20%
266
0%
0%
25%
20%
20%
20%
20%
20%
5%
5%
15%
4%
4%
4%
5-20%
40%
40%
40%
40%
40%
40%
25%
20%*
10%
20%*
4%
4%
4%
10%
40%
0%
40%
40%
40%
40%
30%
45%
5-20%
5-20%
5-20%
TEC : 40%
Pays de la
267
CARICOM : 0-40%
TEC : 40%
Pays de la
268
CARICOM : 0-40%
264
MCI, 2017.
Droit
consolidé
d’Haïti
au
niveau
des
sous-positions
à
6
chiffres
du
SH,
OMC,
https://www.wto.org/french/thewto_f/countries_f/haiti_f.htm
266
CARICOM, 2013.
267
Belize, Guyane, Jamaïque, Saint Lucie, Trinité-et-Tobago : 40% ; Antigua et Barbuda, Grenade : 30% ; Dominicanie : 0% ;
Autres : 5-15%.
268
Suriname : 40% ; Barbades, Dominicaine, Grenade, Guyane : 30% ; Antigua et Barbuda, Grenade : 20% ; Autres : 0-5%.
265
60
* Sur la base du numéro de tarif 0407 ‘Produits comestibles d'origine animale, non dénommés ni compris ailleurs’. Les
numéros de tarifs pour les viandes & abats de volaille et les œufs n’apparaissant pas dans les tarifs consolidés soumis à
l’OMC.
Autres droits et impositions
Pendant le Cycle d'Uruguay, Haïti a consolidé les droits d'entrée sur tous les produits agricoles
(définition de l'OMC) et sur quelques produits non-agricoles. Les autres droits et charges ont été
consolidés à un taux généralement de 16% pour les produits concernés par la PSNSSANH. Les taxes
intérieures incluent : la taxe sur le chiffre d'affaires (prélevée au taux unique de 10% du chiffre
d'affaires ou de la valeur c.a.f. des importations), les droits d'accises (perçus à des taux plus élevés
sur les importations de certaines boissons alcoolisées), l'acompte au titre de l'impôt sur les sociétés,
et la contribution au fonds de gestion des collectivités territoriales.
Il existe de nombreux avantages incitatifs sur les investissements du secteur ‘formel’ réalisés dans les
secteurs agriculture, artisanat, industrie, tourisme et services associés, et zones franches pour les
opérations tournées vers les réexportations. De façon similaire, des avantages incitatifs ‘indirects’
seront mis en place pour les exploitants agricoles, en dehors du clivage ‘formel-informel’269, mais
représentant les principaux investisseurs dans l’agriculture. Ainsi, pour les importations d’intrants
agricoles destinés aux exploitants agricoles, tels que semences, engrais, équipements agricoles ou
encore les aliments pour le bétail, la volaille ou le poisson, une exonération de la Taxe sur le Chiffre
d’Affaire (TCA) de 10%, par le biais de la loi des finances, permettrait de renforcer la compétitivité du
secteur agricole.
Réussir le relèvement des tarifs agricoles à l’importation
Cette analyse partielle et sommaire des tarifs sur quelques produits alimentaires indique que les
tarifs négociés au sein de l’OMC et les TEC de la CARICOM permettent la mise en application d’un
relèvement du profil tarifaire et un rééquilibrage, bien qu’incomplet et déséquilibré, de la
compétition du secteur agricole. Etant donné la nécessité d’une application graduelle d’un
relèvement du profil tarifaire, le statut des négociations dans le cadre de l’OMC et de la CARICOM
rend le relèvement des tarifs possible et d’une applicabilité immédiate. La présidence du bureau de
la CARICOM attribuée à Haïti pour l’année 2018 constitue une opportunité sans précédent à saisir
pour la mise en vigueur des TEC de la CARICOM. La présente politique apporte un argumentaire fort
en faveur d’un passage à l’acte. Le MEF a la charge d’inclure les révisions de tarifs, dans le cadre des
accords avec l’OMC, la CARICOM et le ZLEA, dans la loi des finances.
La réussite de la hausse des tarifs agricoles doit s’appuyer sur une stratégie à 4 piliers :
a) Mise en vigueur des TEC de la CARICOM ;
b) Relèvement graduel des tarifs afin de ne pas perturber les marchés ;
c) Mise en place d’un groupe de travail élargi sur les tarifs agricoles, réunissant les Ministères
concernés, mais également le secteur privé et la société civile en vue de, a) définir les
niveaux et le calendrier de relèvement des tarifs et,b) de réaliser une vaste consultation des
forces vives du pays en vue de créer un consensus sur les grandes orientations politiques de
la nation autour de profils tarifaires révisés ;
d) Stratégie de communication basée sur le ‘manje lokal’ telle que décrite dans le pilier 3.4 de la
présente politique.
269
Selon le décret du 28 septembre 1987 et la loi du 10 juin 1996, les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs sont exonérés
de la patente. Ils sortent ainsi ‘officiellement’ du clivage ‘formel-informel’, sans toutefois préciser leur statut. Cité par IHSI,
2010b.
61
Exportations
Les procédures à suivre pour exercer l'activité d'exportateur sont nombreuses. La déclaration en
douane est exigible pour les opérations d'exportation en simple sortie, le ravitaillement, ou
l'exportation temporaire. Requise en trois exemplaires, la déclaration en douane doit être
accompagnée notamment : du permis d'exportation, délivré par le MCI ; de l'attestation
d'exportation, visée par la banque centrale ; du quitus fiscal et de tout autre document requis en
vertu de la législation en vigueur. Les certificats d'origine sont, en règle générale, émis par le MCI.
Ceux relatifs aux exportations de café et de cacao sont émis par l'Administration Générale des
Douanes (AGD). Ces nombreuses exigences documentaires peuvent constituer un handicap à la
compétitivité du secteur des exportations. Selon le rapport Doing Business de la Banque mondiale270,
les formalités liées à l'exportation d'un conteneur standard à partir de la capitale nécessitent en
moyenne 8 documents. Elles peuvent prendre quatre semaines dont l'essentiel est passé à préparer
la documentation (17 jours) et à accomplir les formalités douanières et d'inspection (4 jours). Ces
exigences peuvent se traduire en des coûts substantiels pour les entreprises, surtout les micros,
petites et moyennes entreprises. Leur simplification pourrait contribuer à améliorer la compétitivité
de certaines entreprises tournées vers l'exportation.
Les opérations d'exportation sont exonérées de la taxe sur le chiffre d'affaires. L'absence d'un taux
zéro pourrait cependant pénaliser les Petites et Moyennes Entreprises (PME) tournées vers
l'exportation des produits transformés localement, car il n'y a pas de remboursement de la TCA
perçue sur les intrants dans ce cas.
Dans le secteur de l’agro-industrie, Haïti dispose de 2 industries capables d’exporter au niveau de la
CARICOM et de la Région de l’Amérique Latine et des Caraïbes ; les minoteries et les usines de
production de spaghettis. Ces deux industries utilisent le blé tendre ou le blé dur (durum) importés,
dont ni l’un ni l’autre ne sont produits sur le territoire national. Cependant, étant donné la faible
élasticité de la consommation de féculents, l’importation à bas prix de blé dur (pour le pain) et de blé
tendre (pour les spaghettis) déplace la consommation de produits locaux tels que les céréales, les
tubercules et les plantains. Ainsi, afin de permettre à cette industrie de développer son marché
régional, sans nuire à la production agricole nationale, il convient de mettre en place des mesures
tarifaires et de facilitation de l’exportation. Ainsi, les tarifs à l’importation de blé (grains ou farines)
doivent être élevés mais couplés à un mécanisme de ristourne de la totalité des tarifs prélevables
lors de la réexportation. Cela permettrait de ménager ‘la chèvre et le chou’ ; soit les besoins de
l’industrie d’exportation et ceux de la production nationale.
L’analyse de quelques filières d’exportations montre que la connaissance des acteurs des filières est
limitée (voir pilier 2.1). Les exportateurs ne sont pas informés des opportunités des filières au-delà
des marchés d’exportations traditionnels et ne connaissent par les technologies de transformation
des produits exportés qui permettraient d’ajouter de la valeur dans le pays. Cela résulte à un
figement, voire une contraction des filières d’exportation. Ainsi, la coordination des filières
d’exportations par des chambres économiques inclusives, réunissant les représentants des différents
acteurs le long des chaînes de valeur, permettrait d’adresser certains goulots d’étranglements et
d’améliorer la compétitivité des filières d’exportation. Aussi, l’appropriation d’une plus grande valeur
ajoutée au niveau national des exportations existantes et l’identification de nouvelles opportunités
économiques nécessitent une meilleure compréhension de ces industries, au niveau local et global.
De plus, la faiblesse des systèmes nationaux de contrôle sanitaire des aliments, non seulement limite
270
Banque Mondiale, 2014.
62
les opportunités d’exportation, mais justifie également l’importation d’aliments par le secteur privé
et les acteurs financés par l’aide externe. A titre d’illustration, la question de l’Aflatoxine sur les
arachides et le maïs en particulier est mise en avant pour justifier les importations au détriment du
développement des filières locales (encadré 8). Cette situation nécessite la création d’un volet
d’intelligence économique, en appui aux chambres économiques, au Centre de Facilitation des
Encadré 7. Aflatoxines
Les aflatoxines sont des métabolites secondaires cancérigènes des moisissures Aspergillus flavus et
Aspergillus parasiticus qui peuvent contaminer les céréales et les oléagineuses dans les latitudes où le
climat est favorable à la croissance et la production de ces toxines. Ainsi, les aflatoxines sont répandues
dans les pays chauds et humides, en particulier là où les mesures d’innocuité alimentaire sont limitées au
niveau de la production et la transformation des aliments. Le maïs et l’arachide sont particulièrement
susceptibles à ces contaminations. Pour la Drug and Food Administration des Etats-Unis, la limite de
contamination des Aflatoxines pour les aliments est de (20 μg/kg). Le Codex Alimentarius place cette limite
à (15μg/kg).
Les contaminations d’aflatoxines sont régulièrement prises comme justificatifs lors de l’importation
d’arachides ou de maïs (ou de substituts tels que le riz ou le blé) par les agences d’aide externe, au lieu de
s’approvisionner localement (par exemple les importations d’arachides par la USDA en 2016 pour les
cantines scolaires). Pourtant relativement peu d’analyses systématiques ont été effectuées sur les
contaminations d’aflatoxines en Haïti. La dissertation doctorale de Schartzbord (2015) présente des
données fortes intéressantes à ce sujet :
Aflatoxines
(μg/kg)
Médian
Range
Arachides crues – PauP,
2012
Beurres d’arachide –
PauP, 2012
Beurres d’arachide –
Cap Haïtien, 2013
Gruau de maïs – PauP,
2012
Maïs, Dprt. Nord, 2013
(tous les échantillons)
Maïs en grains, Dprt.
Nord, 2013
Gruau de maïs, Dprt.
Nord, 2013
Maïs pour bétail, en
grain et moulu, Dprt.
Nord, 2013
* Limite de détection.
Nombre d’échantillons pour chaque intervalle
de concentration d’aflatoxines
<LDD
< 20
20-100 100-1000 >1000
*
(μg/kg) (μg/kg)
(μg/kg) (μg/kg)
Nombre total
d’échantillons
<2.0
<2.0-787
18
0
2
1
0
21
137
<2.0-2720
1
1
3
4
2
11
335
28-1850
0
0
2
17
2
21
<5.9
<5.9
10
0
0
0
0
10
<5.9
<5.9-7.8
14
5
1
0
0
20
2.9
<5.9-7.8
8
2
1
0
0
11
<5.9
<5.9-9.9
4
1
0
0
0
5
7.0
<5.9-10.7
2
2
0
0
0
4
Maïs :Sur 30 échantillons prélevés en 2012 et 2013, un seul dépasse les normes américaines et du Codex
Alimentarius. Tous les autres respectaient les normes internationales en vigueur. Cet échantillon était du
maïs en grain. Pour le maïs en grain, si les grains ne sont pas brisés, les aflatoxines contaminent le
tégument externe qui est retiré lors de la mouture, soit mécaniquement par les équipements lorsqu’ils
sont disponibles (e.g. Moulin d’Haïti), soit par le vannage manuel effectué par les Madan Sara. Le taux de
contamination de cet échantillon était de 78 μg /kg. Il est fort probable qu’après mouture et vannage, la
semoule de maïs serait conforme aux normes internationales. Selon les techniciens des Moulins d’Haïti, le
taux de brisure du maïs haïtien est nettement inférieur à toutes les qualités de maïs importés d’Argentine
et des Etats-Unis et cela augmente le taux de réduction d’aflatoxine à la mouture. Ces données montrent
que l’aflatoxine ne semble pas être un problème pour le maïs haïtien et ne peut être utilisée comme
justificatif d’importation au détriment de la production nationale.
63
Investissements (CFI).
Encadré 7. Aflatoxines, suite …
Arachides : Pour les arachides crues, 18 échantillons sur 21 respectent les normes américaines et du Codex
Alimentarius, alors que pour le beurre d’arachide, sur 33 échantillons, un seul échantillon est conforme aux
normes américaines et du Codex Alimentarius. Pour la préparation du beurre d’arachide, ou mamba, on
utilise également les rejets de triage d’arachides qui ne peuvent pas être vendus comme snack (arachides
grillées). Ce sont les grains trop petits, abimés, brisés, flétris, etc… qui, justement, sont ceux contaminés
par les aflatoxines. Ainsi, le plus souvent, le beurre d’arachide ne respecte pas les normes internationales.
Filbert et Brown (2012) ont montré que le triage manuel réduit la concentration des aflatoxines de 97.72%.
Ce triage devrait être effectué avant le stockage et à nouveau avant d’être transformé en d’autres produits
alimentaires. Le problème de l’aflatoxine pour le beurre d’arachide haïtien est lié à la pauvreté des acteurs
de la filière opérant sur des marges minimes (voir pilier 2.1) et ainsi, aucune opportunité de vente ne peut
être gaspillée.
Les données sur les arachides crues montrent que la plupart des échantillons respectent les normes
américaines et du Codex Alimentarius. Les données montrent également qu’un simple triage manuel
permettrait à tous les échantillons de respecter les normes internationales. Ainsi, dans le cadre de l’aide
externe, il est tout-à-fait possible d’acheter des arachides crues sur les marchés d’agrégations de produits
agricoles, de les trier et de les transformer pour obtenir des produits (mamba, snack et huiles) de standards
internationaux.
B.
Mesures prioritaires
La réorientation des politiques commerciales en faveur de l’atteinte de la souveraineté alimentaire et
sécurité alimentaires et de la nutrition est réalisée à travers quatre mesures :
1. Application graduelle des TEC de la CARICOM ;
2. Mise en place d’un groupe de travail consultatif sur les tarifs agricoles réunissant les Ministères
concernés, mais également le secteur privé et la société civile ;
3. Renforcement de l’administration douanière ;
4. La création d’un bureau ‘one stop shop’ et d’intelligence économique.
MESURE 1.1.1
Destinataires
L’ensemble de la
population
Application graduelle des TEC de la CARICOM
Nombre de
bénéficiaires
13.4 millions
Modalité
Mise en application du TEC
de la CARICOM et
négociés au sein de l’OMC
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
0 HTG
Ancrage
institutionnel
Primature /
BACOZ
La République d’Haïti en tant que membre à part entière de la CARICOM devra saisir certaines
opportunités pour passer à l’acte vers un relèvement nécessaire des tarifs agricoles, notamment
quand elle aura à assurer la présidence. Etant donnée la nécessité d’un relèvement graduel afin
d’éviter des perturbations des marchés nationaux, un calendrier d’application par phase du TEC doit
être négocié au sein de la CARICOM. Certains tarifs négociés à l’OMC sont en deçà du TEC de la
CARICOM (par exemple les légumineuses, la viande de volaille ou les œufs). Cela nécessitera
d’intégrer le relèvement de ces tarifs auprès de l’OMC à l’intérieur du calendrier d’application
graduelle des TEC de la CARICOM afin d’éviter des éléments de blocage. Enfin, comme la CARICOM
crée un espace commun sans tarifs, la question des risques d’exportations et/ou de réexportations
64
des territoires de la CARICOM vers le marché haïtien, pour des produits stratégiques tels que le riz,
nécessite la négociation de dispositions spécifiques, également à intégrer dans le calendrier.
MESURE 1.1.2
Groupe de travail consultatif sur les tarifs agricoles
Destinataires
L’ensemble de
la population
Nombre de
bénéficiaires
13.4 millions
Modalité
Concertation sur le rééquilibrage
des tarifs agricoles et de
l’utilisation d’autres instruments
non-tarifaires
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
11 millions HTG
MCI
Le groupe de travail consultatif sur les tarifs agricoles est présidé par le MCI et a pour tâches
principales d’une part d’analyser les filières économiques et de proposer les niveaux des tarifs
agricoles et le calendrier de mise en œuvre, et d’autre part d’organiser une large consultation des
forces vives de la nation en vue de créer un consensus sur le profil tarifaire. Le groupe de travail sera
composé de personnalités influentes et assurera l’accompagnement du développement des filières
agricoles prioritaires (voir pilier 2.1). Le groupe de travail analysera également les mesures nontarifaires à disposition, tout en considérant le contexte institutionnel. Parmi les instruments nontarifaires à disposition, on peut citer les suivants :
Interdiction d’importations : La Constitution (article 251)271 interdit, sauf en cas de force majeure,
l'importation des denrées agricoles et de leurs dérivés produits localement en quantité
suffisante. Cet article est immédiatement applicable sur des filières tels que les arachides ou le
pois (légumineuses).
Mesures sanitaires : Le Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du développement
rural (Direction de la quarantaine) est le point d'information au titre de l'Accord sur les mesures
sanitaires et phytosanitaires.272
A titre d’illustration, on peut citer les interdictions
d’importations en 2013 sur une base sanitaire pour le salami et les produits avicoles de la
République dominicaine, le porc en raison de la diarrhée épidémique porcine, la grippe aviaire
ainsi que 27 fruits et 4 légumes de la République Dominicaine.273
Contingentement : Des dispositions de contingentement permettent d’appliquer des
interdictions d’importation ou des niveaux de tarifs différenciés à partir de seuils établis de
volumes importés ou de saisonnalité en lien avec le calendrier agricole national.
Anti-dumping : Les pratiques de dumping de produits alimentaires font régulièrement apparition
suite à des investissements et l’arrivée de nouveaux intrants sur le marché. Haïti ne dispose pas
de lois ni de réglementations en matière de mesures antidumping ou compensatoires. Le pays ne
dispose également pas d'autorité compétente pour ouvrir et mener des enquêtes antidumping.
Le groupe de travail se positionnera sur ces importantes questions.
Pour les besoins du travail de vulgarisation, les numéros de tarifs pour les produits alimentaires
seront classés en trois catégories (produits agricoles non-transformés, produits alimentaires
transformés et produits alimentaires ultra-transformés) selon les orientations du pilier 2.1 (chapitre
intitulé ‘Implications sur les politiques tarifaires’). Une catégorie ‘intrants agricoles’ est également
nécessaire, en particulier pour établir une liste d’intrants exemptés de la TCA. Le groupe pourra
271
République d’Haïti, 1987.
A ce titre, il serait intéressant de s’intéresser aux additifs ajoutés au gruaux de maïs importé dont la longévité sur les
marchés est surprenante pour un produit de nature fragile ne résistant normalement pas plus de 1.5 mois dans des
conditions de stockage tels qu’en Haïti.
273
OMC, 2015a.
272
65
recruter des experts pour réaliser des études spécifiques ou contractualiser directement le CFI
(mesure 1.1.3 ci-dessous).
MESURE 1.1.3
Renforcement de l’administration douanière
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Révision et
renforcement de
l’application des
procédures douanières
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
0 HTG
MEF
L’application de tarifs relevés va sans doute augmenter la pression sur l’administration douanière.
Les analyses des données actuelles d'importation de la DGI suggèrent que certains groupes
d’entreprises bénéficient de traitements préférentiels de droits de douane pour un grand nombre de
produits importés. Cinq groupes économiques opérant dans des marchés très concentrés ont ainsi
bénéficié de droits de douane inférieurs de 13% en moyenne, par rapport aux tarifs officiels, avec des
réductions allant de 5 à 22%274.Un renforcement de l’administration douanière en vue d’améliorer sa
gouvernance est nécessaire.Le renforcement se concentrera sur des mesures visant à améliorer les
indicateurs de performance, notamment en termes d’augmentation du niveau de collecte des droits
de douane et de perception de l'équité du système tarifaire.
MESURE 1.1.4
Destinataires
Investisseurs et
tous les acteurs
des filières
d’exportation
Création d’un volet exportation et intelligence économique
Nombre de
bénéficiaires
À définir
Modalité
Facilitation des
processus d’exportation
et intelligence
économique
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
15 millions HTG
MCI / CFI
Le Centre de Facilitation des Investissements (CFI) est un organisme autonome de l’État haïtien placé
sous la tutelle du Ministère du Commerce et de l’Industrie. Le CFI est issu d’un partenariat entre le
secteur privé et le secteur public. Le principal souci d'un investisseur désireux de monter une
entreprise dans le pays est le délai d'acquisition des papiers nécessaires et le coût de l’opération. Le
CFI, à travers son guichet unique, apporte des améliorations dans ce domaine permettant aux
investisseurs de remplir toutes les formalités en un seul lieu (un guichet unique).
Le secteur de l’exportation nécessite un accompagnement supplémentaire qui aujourd’hui n’existe
pas. La commercialisation vers l’étranger est un processus complexe, couteux, risqué, et qui
éventuellement aurait une marge de profit considérable si les opportunités d’exportations sont
efficacement exploitées. Les procédures nationales d’exportations doivent être simplifiées pour
faciliter ce secteur. Une intelligence économique des filières dont Haïti a un avantage comparatif est
indispensable à la promotion des exportations. Des études d’intelligence économique sur des filières
clés, au niveau local et global, seront entreprises en appui aux chambres économiques.
274
Banque Mondiale, 2016.
66
Pilier 1.2 – Politique budgétaire.
Objectif spécifique. Aligner la politique budgétaire de la République d’Haïti sur les objectifs de
souveraineté et sécurité alimentaires et de nutrition.
La plupart des démocraties modernes utilisent les recettes fiscales pour financer l'État, réglementer
les activités du secteur privé et redistribuer la richesse. On attend en retour de l'État qu'il assure la
prestation des services de base à la population et mette en place des mesures visant à fixer des
règles du jeu équitables pour permettre au secteur privé de prospérer. En Haïti, les deux parties de
ce contrat sont très fragiles : les particuliers ou les entreprises ne payent qu’une petite partie de
leurs impôts, et l'État peine à assurer la prestation des services publics et à mettre en œuvre une
réglementation adéquate.
La prise en compte dès l’exercice fiscal 2018-2019 de la PSNSSANH nécessite une concertation au
sein de l’exécutif, du législatif, du secteur des affaires et de la société civile. Il y a lieu d’insister sur les
mécanismes d’arbitrage et tout en faisant un plaidoyer pour un accroissement du budget alloué aux
secteurs sociaux et plus particulièrement pour une meilleure intégration de la problématique de la
SSAN dans les prochains plans triennaux budgétaires du pays.
A. Priorisation
Constats
L’environnement socio-économique récent des trois dernières années a été fortement affecté par les
anticipations pessimistes liées aux incidences négatives des élections présidentielles non validées
d’automne 2015, et de la mise en place, par la suite d’un gouvernement de transition jusqu’au 7
février 2017. De plus, l’installation du nouveau Président élu à partir de cette dernière date s’est
produite dans un contexte d’incertitude doublé d’une série de manifestations anti-gouvernementales
s’attaquant, entre autres, au document de budget élaboré par le Gouvernement pour l’exercice
2017-2018. Les fortes vagues migratoires de jeunes à destination du Brésil puis du Chili ont traduit la
morosité de cet environnement socio-économique et les faibles retombées des politiques
économiques mises en vigueur durant cette période sur les emplois et la consommation des
ménages.
Les résultats macroéconomiques ont affiché ces trois dernières années un taux de croissance moyen
de 1.1% selon les statistiques de l’Institut Haïtien des Statistiques et d’Informatique (IHSI), taux
nettement inférieur au taux de croissance annuelle d’environ 1.3% de la population, ce qui traduit
une réduction du PIB par tête, et qui prolonge la situation de trappe de sous-développement dans
laquelle se débat le pays depuis une trentaine d’années. Ce faible taux de croissance est nettement
insuffisant pour augmenter l’emploi et permettre au pays de sortir du cercle vicieux de la pauvreté.
Ces mauvais résultats s’expliquent en grande partie par la faiblesse de la production agricole, des
industries manufacturières et du secteur tertiaire.
La loi de finances 2017-2018 a également mentionné que le taux de chômage estimé à 35% en
moyenne et à 42% en milieu urbain représentait d’une part une source de grande préoccupation et
d’autre part que le nombre de jeunes en chômage et sans métier est une menace pour la stabilité. Ce
constat s’explique par l’incapacité des politiques publiques à prendre suffisamment en compte les
vulnérabilités sociales, politiques, économiques, environnementales et climatiques.
De plus, cette Loi de Finances relate la faiblesse du ratio fiscal d’environ 13%, lequel ratio traduit
d’une part les difficultés structurelles dans la capacité de recouvrer l’impôt et d’autre part le niveau
67
plus important des recettes douanières par rapport à l’impôt sur le revenu. Le Tableau des
Opérations Financières de l’Etat montre la faible progression des recettes effectives.
Cette nette insuffisance des ressources propres de l’Etat ne lui permet pas de faire face
convenablement à ses dépenses, et en particulier à une hausse régulière des dépenses
d’investissement public, indispensables à une revalorisation du tissu productif Haïtien.
Tableau 11. PIB en millions de gourdes à prix constant de 2012-13 à 2016-17
Branches d'Activité
A-Secteur Primaire
AGRICULTURE, SYLVICULTURE, ELEVAGE,
PECHE
2012-13
2013-14
2014-15*
2015-16**
2016-17***
3378
3,330
3,151
3,247
3,275
3360
3,311
3,131
3,227
3,254
INDUSTRIESEXTRACTIVES
18
19
20
20
21
B-Secteur Secondaire
2714
2863
2952
1698
1713
B,1-Industries Manufacturières
FABRICATION DE PRODUITS ALIMENTAIRES ET
DE BOISSONS
1175
1264
1261
1280
1293
551
590
627
642
660
FABRICATION DE PRODUITS A BASE DE TABAC
FABRICATION DES TEXTILES, D'HABILLEMENT
ET CUIRS
OUVRAGES EN BOIS, OUVRAGES EN LIEGE ET
OUVRAGES DE SPARTERIE
FABRICATION DE PAPIER, DE CARTON ET
D’ARTICLES EN PAPIER
FABRICATION DE PRODUITS CHIMIQUES ET
D'ARTICLES EN CAOUTCHOUC
FABRICATION DE PRODUITS MINERAUX NON
METALLIQUES
FABRICATION DE PRODUITS
METALLURGIQUES DE BASE
FABRICATION D'OUVRAGES EN METAUX (SAUF
MACHINES ET MATERIELS)
32
34
35
36
37
240
208
216
214
210
56
56
56
57
58
53
59
60
62
62
76
83
86
86
84
26
26
26
26
26
20
22
22
23
23
8
9
9
9
9
113
120
123
124
124
FABRICATION DE MEUBLES
ELECTRICITE, GAZ ET EAU
69
70
70
72
73
CONSTRUCTION
1470
1586
1622
1625
1639
C- Secteur Tertiaire
7718
7998
8227
8329
8432
COMMERCE
3338
3475
3578
3600
3649
HOTELS, RESTAURANTS
809
848
863
874
875
TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS
1117
1158
1189
1194
1205
AUTRES SERVICES MARCHANDS
1692
1779
1817
1865
1894
SERVICES NON MARCHANDS
1671
1705
1761
1788
1803
BRANCHE FICTIVE
-910
13810
-967
-981
-992
-994
VALEUR AJOUTEE BRUTE TOTALE
13817
14191
14331
14553
14711
(+) Impôts moins subventions sur les produits
1209
1248
1295
1300
1327
(=) Produit Intérieur Brut
Taux de Croissance en %
15026
15439
15625
15853
16039
4.3
2.8
1.2
1.5
1.2
INTERMEDIATION FINANCIERE
Source: IHSI / DSE
Notes: * Semi-définitifs-**Provisoires-***Estimations
68
69
Tableau 12. Recettes courantes de l’Etat (en milliards de gourdes). Source : TOFE-MEF
Rubriques
2014-2015
2015-2016
2016-2017
Impôts sur le revenu
13,213
15,194
20,487
Droits d’accise
3,585
4,140
1,985
TCA
14,230
17,245
19,849
Autres taxes(P-au-P)
4,620
4,980
6,461
Recettes douanières
17,577
20,420
21,654
Autres (provinces et autres recettes fiscales)
3,569
4,279
4,535
Totales recettes courantes
56,794
66,078
74,972
Tableau 13. Dépenses courantes de l’Etat (en milliards de gourdes). Source : TOFE-MEF
Rubriques
2014-2015
2015-2016
2016-2017
Traitements et salaires
27,632
31,243
33,746
Fonctionnement
14,922
19,158
21,132
Versement d’intérêts
865
1,308
1,717
Subventions et autres transferts courants
4,737
5,724
7,328
275
Investissement
6,220
5,931
5,956
Dépenses totales
54,377
63,365
69,880
La contribution du Trésor Public haïtien au budget d’investissement est d’environ 6 milliards de
gourdes pour les trois dernières années, ce qui continue de traduire la forte dépendance par rapport
au financement étranger dans le domaine des investissements publics. Le budget rectificatif 20162017 montre que le budget d’investissement est financé à hauteur de 74% par des dons et emprunts
(tableau 15). Il faut aussi souligner le faible rendement des investissements publics (toutes
provenances confondues) et leurs insuffisantes incidences sur la croissance économique, la création
d’emplois et la lutte contre la pauvreté, expliquées par le niveau et surtout par la qualité peu
contributive à la croissance de ces investissements.
Enfin, il convient de souligner un ensemble d’éléments de constats qui doivent faire l’objet d’une
attention spéciale de la part des autorités étatiques aux fins de s’assurer d’une mise en œuvre
efficace de la PSNSSANH (voir analyse de contexte) :
Du faible niveau des exportations nationales, des fortes barrières à l’entrée pour les produits
nationaux vers des pays voisins ;
Du poids élevé des recettes liées aux importations, des recettes douanières dans les recettes
totales traduisant une sous-production structurelle ;
Du Code d’investissement pas assez favorable aux PME nationales en regard des exonérations
accordées à des multinationales et à certaines branches nationales (énergie par exemple);
Du niveau insuffisant de capitalisation et des chiffres d’affaires des entreprises nationales ;
Du faible niveau de développement de la branche agro-alimentaire et de l’insuffisance de la
valeur ajoutée des industries en opération dans cette branche compte tenu de leur
approvisionnement par l’importation des intrants ;
Du sous-financement de l’agriculture et l’agro-transformation276;
De la consommation nationale financée en grande partie par les transferts de la diaspora
haïtienne et satisfaite par des importations croissantes et de mauvaise qualité avec un impact
direct sur la réduction de l’espérance de vie de la population ;
275
La source de ces investissements provient du Trésor Public dont les fonds de Petro caribe et l’appui budgétaire de l’UE.
Les dons sont gérés hors du Trésor public.
276
Selon Lazard, Les secteurs de la production (agriculture, manufacture, etc..) et les infrastructures sont sous-financés en
Haiti, cf. Création d’un fonds d’investissement en Haïti (Rapport de fin de la première étape), p.1.
70
De la cherté du coût des aliments en Haïti par rapport aux autres pays de la région ;
De la fragilité de l’économie nationale, du taux élevé de chômage et de la dépendance
alimentaire du pays ;
La sous-utilisation du système bancaire qui est obligé de geler une partie importante des dépôts
faute d’un environnement favorable à l’investissement ;
Analyse du cadre budgétaire des trois dernières années (2015-2016, 2016-2017, 2017-2018)
La lettre de cadrage du budget 2015-2016 a constaté que des besoins de financement non comblés
et des retards enregistrés dans la mise en œuvre des réformes économiques et des finances
publiques expliquaient la faible performance enregistrée durant la période antérieure. Des
dispositions ont été prises les années d’après pour accélérer ces réformes, avec, entre autres, les
efforts d’intégration de la programmation pluriannuelle et du cadre de dépenses à moyen terme
ainsi que la gestion axée sur les résultats. La stabilité macroéconomique est poursuivie à travers la
recherche de l’accroissement des recettes fiscales et la rationalisation des dépenses. De plus, pour
ces trois dernières années, la relance de la production nationale, plus particulièrement de
l’agriculture, a été au centre des préoccupations des différents gouvernements. Cela a toutefois été
pensé sans prévoir les budgets d’investissements nécessaires.
La loi de finances 2017-2018 a maintenu et renforcé la politique budgétaire des années antérieures,
défavorables à l’agriculture, par la mise en œuvre de mesures de gestion tant au niveau des recettes
qu’au niveau des dépenses. Les orientations en matière de dépenses ont mis l’emphase sur la
nécessité : de lever les principales contraintes liées au développement du secteur agricole,
d’accompagner le développement des chaînes de valeurs ; de construire et de réhabiliter les
infrastructures agricoles et hydrauliques, et d’appuyer le développement du tourisme, de l’éducation
et de la santé.
D’un autre côté, en se référant aux trois dernières lois de finances (2015-2016, 2016-2017, 20172018 ainsi qu’aux lois de finances rectificatives dont la dernière de 2016-2017277 et leur niveau
d’exécution constaté à travers les Tableaux des Opérations Financières (TOFE), il apparaît une
volonté manifeste d’asseoir la base fiscale du pays sur la croissance de la production nationale. Il y a
lieu de constater que les investissements publics à partir des ressources internes ne dépassent pas 6
milliards de gourdes au cours des deux derniers exercices (2015-2016 et 2016-2017) alors qu’elles
ont atteint 13 milliards de gourdes en 2012-2013.Le constat fondamental est que les ressources
disponibles dans le budget dépendent beaucoup plus de sources externes dont les dons et les
emprunts (Petrocaribe comme fonds le plus important) que des recettes douanières et des taxes et
impôts collectés. Environ 74% des investissements publics proviennent d’une source externe.
De plus, le montant des 6.5 milliards de gourdes en provenance du Trésor public prévu pour les
dépenses d’investissement n’a pas pu être totalement décaissé en considérant le TOFE 2016-2017.
Tableau 15. La structure de financement des dépenses d’investissement (2016-2017)
Programmes et projets
Trésor public
Annulation dette FMI
Autres financements
Dons et emprunts
Total
Montant en gourdes
6,583,848,240
1,621,768,564
3,057,444,367
31,387,069,479
42,650,130,650
278
Pourcentage
15.4
3.80
7.2
73.6
100
277
http://www.mef.gouv.ht/docs/16_17_projet_de_loi_de_finances_rectificative.pdf
Budget rectificatif 2016-2017, MEF, http://www.mef.gouv.ht/docs/16_17_projet_de_loi_de_finances_rectificative.pdf
278
71
On ne dispose pas des données globales sur le taux d’exécution des financements issus des dons et
emprunts mais il est observé que les unités techniques d’exécution des programmes/projets localisés
dans les ministères assurent leur gestion et qu’elles sont appuyées par les structures de gestion des
fonds (dons et emprunts) au niveau des PTF.
Tableau 14. Voies et moyens du budget rectificatif 2016-2017 (Milliards de gourdes). Source : MEF, Loi de
finances rectificative de l’exercice 2016-2017
Total des voies et moyens
Ressources
Recettes courantes
Recettes fiscales
Recettes non fiscales
118.58
103.88
69.53
1.88
Autres ressources
Dons
32.48
100.00%
71.42
58.64%
1.59%
32.48
27.28%
(BM, BID, FIDA, PAM, UE et
Allemagne, Canada, Espagne, France,
Japon, USA, Taiwan)
Financement
Emprunts externes (Petro caribe)
Autres financements
Financement
institutions
financières
14.69
3.60
8.28
2.80
3.04%
6.99%
2.36%
Dans le budget rectificatif 2016-2017, on a observé des changements notables dans les prévisions
des recettes et les réallocations des dépenses. La baisse de 3.3 milliards de gourdes observée dans
ce budget révisé est liée à la perte de 9.2 milliards de gourdes sur les recettes de l’importation des
produits pétroliers. D’où des ajustements à la hausse sur les prévisions des taxes sur la production
locale (+8.3%), le commerce extérieur (+6.2%), les autres taxes domestiques (+8.6%), une
augmentation des dons (+6.0%279). Le financement interne net a augmenté de 1.5 milliard pour
arriver à équilibrer l’ensemble et le poste ‘emprunt institution financière’ a été créé dans le budget
rectificatif avec un montant de 2.8 milliards de gourdes.
Ce panorama permet de considérer, d’une part, la complexité de la structure du budget national et
ses limites et d’autre part, la faible capacité contributive de la production locale dans la génération
de revenus pour l’Etat. D’où une fois de plus la pertinence de la PSNSSANH pour apporter les
changements attendus dans l’amélioration de la politique budgétaire en faveur de la SSAN.
Financement de la PSNSSANH
La poursuite de la réforme du cadre de gestion des finances publiques dans toutes ses composantes,
notamment la fiscalité, la budgétisation, la planification, le contrôle, la trésorerie, la comptabilité
publique et la gestion des marchés publics est indispensable.
En particulier, la mise en place de ‘budget programme’ dans le cadre de la Loi du 4 mai 2016 sur
l’Elaboration et l’Exécution de la Loi des Finances (LEELF)280 apporte une opportunité unique pour
positionner la politique publique PSNSSANH. La structuration du budget en programme et la gestion
budgétaire sur la base de programme visent à renforcer le lien entre le budget et les politiques
publiques, à fournir un cadre pour le suivi de la performance et à renforcer la redevabilité à l’égard
du Parlement et des citoyens. La mise en œuvre de la LEELF implique un processus ‘pilote’, étant
279
L’appui budgétaire global évalué à 2.87 milliards est passé à 4.68 milliards de gourdes dans le budget rectificatif 20162017, soit une hausse de 64.1%.
280
Le Moniteur, 2017b.
72
donné la complexité de la budgétisation sur la base de ‘résultats’ (budget programme avec des
résultats attendus), plutôt que la programmation actuelle sur les ‘moyens’ (budget attribué aux
structures). La LEELF constitue une opportunité pour rénover la gestion financière et optimiser les
opportunités offertes par les PTF. Cette opportunité est saisie par la PSNSSANH.
La mise en place d’un ‘budget programme SSAN’, ventilé en Programmes Nationaux de la PSNSSANH
(dénommé ‘sous-programmes’ dans le cadre de la LEELF), permet les arbitrages nécessaires pour le
financement des actions priorisées par la politique. La mise en place d’un fond spécial pour la SSAN
n’est donc pas nécessaire.
Les bailleurs de fonds peuvent se rattacher au financement de la PSNSSANH à trois niveaux :
Le MEF, pour ce qui concerne l’appui budgétaire avec une labélisation ‘SSAN’ ;
L’Office National de la Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de la Nutrition (ONASSAN)281,
pour ce qui concerne l’appui technique et financier au ‘budget programme SSAN’ ;
Les Unités de Gestion des Programmes Nationaux (UGPN)282, pour ce qui concerne l’appui
technique et financier aux ‘Programmes Nationaux’ priorisés.
B.
Mesures prioritaires
La mise en œuvre d’une politique budgétaire alignée sur les priorités de la PSNSSNAH passe par5
mesures prioritaires :
1. Mise en œuvre d’un ‘budget programme SSAN’. Etant donné la dimension structurante de cette
mesure, elle est traitée dans l’Axe 3 de la PSNSSANH ;
2. Réalisation d’une comptabilité analytique dans le cadre du budget programme SSAN ;
3. Préparation des documents de Programmes Nationaux ;
4. Consolidation des actions intra-ministérielles autour des Programmes Nationaux prioritaires de la
PSNSSANH ;
5. Accroissement de l’assiette fiscale pour financer le développement du pays et la PSNSSANH.
MESURE 1.2.1
Comptabilité analytique dans le cadre du budget programme SSAN
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Identification des lignes
budgétaires entrant dans la
SSAN
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
1 million HTG
MEF
La première année après l’inscription de la publication d’un ‘budget programme SSAN’ est consacrée
aux préparatifs pour que les Ministères et organismes du gouvernement soient en mesure de
planifier leurs activités. Un enjeu central dans la réussite de la mise en œuvre d’un ‘budget
programme SSAN’ est de connaître les investissements qui entrent déjà dans la SSAN. La PSNSSANH
permet de délimiter ce que la SSAN signifie en Haïti. Ainsi, une comptabilité analytique SSAN permet
de mesurer ce que la SSAN représente déjà au niveau du budget national et en matière d’aide
externe. En termes de visibilité, l’exercice permet de flécher et ensuite de labeliser toutes les
interventions en cours sous la dénomination SSAN.
281
282
Voir Axe 3.
Voir Axe 3.
73
MESURE 1.2.2
Préparation des documents de Programmes Nationaux
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Formulation des
Programmes
Nationaux
Coût total par
programme (inclus
coûts opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
ONASAN
La mise en œuvre de la PSNSSANH nécessite une mobilisation de toutes les compétences disponibles
au sein de chaque Ministère concerné par la politique pour la formulation/rédaction des
25Programmes Nationaux priorisés. Les Ministres seront tenus de constituer des groupes de travail
pour la formulation des Programmes Nationaux et de rechercher des partenariats avec les acteurs de
l’aide externe. Lorsque cela est possible, la formulation se basera sur des programmes existants
réalisés en partenariat avec les acteurs externes. Un canevas de rédaction sera utilisé prenant en
compte les besoins pour la formulation de Fiches d’Identification Opérationnelle de Projets (FIOP),
mais également dans le cadre d’une programmation pluriannuelle répondant aux exigences d’un
budget programme.
MESURE 1.2.3
Consolidation des actions intra-ministérielles autour des Programmes
Nationaux prioritaires de la PSNSSANH
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
L’ensemble de
la population
13.4 millions
(2030)
Formulation des
Programmes Nationaux
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
ONASAN
La formulation des Programmes Nationaux au sein des Ministères nécessitera une consolidation de
multitudes de petits projets vers une gestion consolidée et simplifiée autour des 25Programmes
Nationaux prioritaires. Cette consolidation permettra une rationalisation des dépenses et un
renforcement de la gestion des opérations. Une économie, estimée à 50% des budgets est possible et
ainsi le financement des Programmes Nationaux priorisés peut démarrer à budget constant, pour
autant que la proportion du budget de fonctionnement et d’investissement puisse être ajustée en
maintenant le montant total. Cette mesure facilitera le travail du MPCE car ils auront moins de FIOP à
traiter et, à termes, ces FIOP deviendront pluriannuelles dans le cadre du budget programme.
MESURE 1.2.4
Accroissement de l’assiette fiscale pour financer le développement du pays
et la PSNSSANH
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Renforcement de la
pression fiscale
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
0 HTG
MEF / DGI
L’élargissement de l’assiette fiscale, le renforcement de l’équité fiscale et l’augmentation progressive
de la pression fiscale jusqu’à 20% du PIB sur les 5 prochaines années et jusqu’à 25% en 2030 est
indispensable. Ces dispositions seront capables de générer, entre autres, des ressources pour le
financement de Programmes Nationaux priorisés dans le cadre de la mise en œuvre de la PSNSSANH
et d’autres thématiques indispensables au développement de la nation.
74
Pilier 1.3 – Cadre légal et politiques sectorielles.
Objectif spécifique. Réviser le cadre légal et formuler les politiques sectorielles afin que les différents
secteurs pertinents à la souveraineté et sécurité alimentaires et à la nutrition disposent d’orientations
claires et portées par des institutions stabilisées.
A.
Priorisation
Constats sur le cadre légal
Le premier constat est que les lois organiques des différents Ministères ou organismes de l’Etat
prenant part à la PSNSSANH remontent presque toutes aux années 80 et 90. Certaines datent
d’avant la nouvelle Constitution de 1987 et la plupart ont été promulguées sous forme de décret de
l’exécutif en l’absence d’un Parlement opérationnel. Ces lois ont été élaborées lorsque les concepts
de souveraineté alimentaire, de sécurité alimentaire et de nutrition n’avaient pas encore trouvé leur
affirmation et ainsi ne figurent donc pas dans ces textes anciens. Cependant, le texte plus récent du
MSPP consacre la place de la nutrition dans le schéma organique du Ministère. La plupart des lois
organiques sont obsolètes d’un point de vue organisationnel et doivent être revues à la lumière du
décret du 17 mai 2005 (modifié) portant organisation de l’administration de l’Etat, qui a fortement
modernisé l’architecture des Ministères. Sous la direction de l’OMRH, il importe de lancer une
réflexion de fond sur toutes les lois organiques des Ministères concernés par la thématique de la
SSAN afin de l’introduire de façon explicite dans de nouvelles lois et dans le schéma
organisationnel.283 L’analyse organisationnelle de la souveraineté et sécurité alimentaires et de la
nutrition indique que les faiblesses juridiques, au niveau des lois organiques, ne constituent pas
nécessairement un facteur de blocage immédiat au renforcement du rôle de régulateur des
Ministères. Par contre, ce contexte juridique devient plus handicapant lorsque des actions doivent
être posées en termes de livraison de biens et de services.
Le deuxième constat est que plusieurs entités clés de la souveraineté et sécurité alimentaires et de la
nutrition ne disposent d’aucune existence juridique. Ces structures existent de-facto, malgré de
nombreux efforts de consolidation juridique durant les 2 dernières décennies. Ainsi, 2 OAST284 clés
dans la mise en œuvre de la PSNSSANH ne disposent pas de lois organiques ; soit la CNSA et le PNCS.
La DPC, une Direction du MICT, se trouve également dans cette même situation. Cet état des lieux
est dommageable sur la capacité de gestion des financements publics pour la livraison de biens et de
services nécessaires à l’atteinte de la SSAN.
Le troisième constat est, qu’à date, une seule loi traitant de l’une des thématiques techniques
abordées par la PSNSSANH est en vigueur. Il s’agit de la loi sur la fortification des aliments, publiée
dans Le Moniteur le 2 février 2017285et dont les textes d’applications ne sont pas promulgués286.Les
propositions de loi portant sur la Souveraineté, la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle, élaborées
par le Parlement,287constituent une étape importante. Cependant, en raison du caractère
inconstitutionnel de ces propositions et le manque de consultation avec l’Exécutif, l’OMRH
recommande que le texte soit retravaillé par l’Exécutif et soumis au Parlement. La reprise de ces
travaux devrait permettre de donner force légale aux orientations les plus importantes de la
283
OMRH, 2017a et 2017b.
La CNSA, le PNCS, BMPAD et la CAS.
285
Le Moniteur, 2017a.
286
MSPP, 2012b et 2013c.
287
Sénat, 2014 et Chambre des Députés, 2016.
284
75
PSNSSANH ainsi que des politiques sectorielles développées par les Ministères288, telles que la
Politique et Stratégie Nationales d’Alimentation Scolaire (PSNAS)289.
De plus, certaines lois, qui ne sont à priori pas directement liés à la SSAN, font défaut bien qu’elles
permettraient de lever d’importants goulots d’étranglements de la thématique. La proposition de loi
sur le leasing entre dans cette catégorie. Selon la Banque Mondiale, 80% des entreprises en Haïti
n’ont pas accès au crédit. Le crédit-bail (leasing) est le moyen le plus simple pour un entrepreneur de
disposer immédiatement d’un équipement et de le payer sous forme d’un loyer avec une possibilité
d’achat s’il le désire à la fin du bail ou de renouveler cet équipement par un neuf, avec un nouveau
crédit-bail. Cela permettrait notamment aux entreprises d’investir dans les équipements agricoles
indispensables à moderniser l’agriculture. Cependant, pour que les institutions financières puissent
développer le crédit-bail en Haïti, il est impératif de s’appuyer sur un cadre légal.
Le quatrième constat est que le statut des acteurs clés des filières agricoles locales n’est pas défini,
notamment pour les exploitants agricoles pratiquant l’agriculture familiale et les marchandes, soit les
Madan Sara, qui assurent le lien commercial entre les producteurs et les consommateurs290.Selon le
décret du 28 septembre 1987 et la loi du 10 juin 1996, les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs
sont exonérés de la patente. Ils sortent ainsi ‘officiellement’ du clivage ‘formel-informel’, sans
toutefois préciser leur statut291. Le MARNDR a élaboré un avant-projet de loi pour clarifier le statut
de l’exploitant agricole292 pour adresser ces questions. Pour les Madan Sara, un cadre légal
permettant d’officialiser leur statut dans leur mode de fonctionnement actuel leur permettrait
d’avoir accès à des crédits et ainsi de renforcer la capacité de commercialisation de volumes de
produits alimentaires locaux plus élevés, en particulier durant la période des récoltes. Cela limiterait
ainsi les activités de spéculation sur les marchés agricoles, durant les périodes de récoltes par les
‘voltijè293’(voir pilier 2.1, section 2 sur la commercialisation des produits locaux).
Le même constat est fait concernant les organisations représentant les exploitants agricoles. Selon le
MARNDR, indépendamment de leur statut, les Organisations Professionnelles Agricoles (OPA) sont,
pour la plupart, insuffisamment structurées pour entrer valablement sur le marché de la vente de
produits locaux et soutenir la concurrence avec les firmes commerciales.294 L’Unité de Facilitation
d’Achats de Produits Locaux (UFAPAL) du MARNDR a le mandat de renforcer les OPA. Contrairement
aux sociétés coopératives qui sont régies depuis 1939 par un corpus législatif et règlementaire qui
leur accorde des privilèges et des exonérations fiscales et douanières, les OPA naissent et
fonctionnent sans une loi ou quelques autres dispositions légales les concernant295. Leur
reconnaissance soit par le Ministère des Affaires sociales, soit par les mairies ne relève que de
certaines pratiques administratives acceptées, par défaut.
288
OMRH, 2017a et 2017b.
MENFP & PNCS, 2016a.
290
Voir à cet effet le pilier 2.1 sur l’analyse des goulots d’étranglement de la commercialisation des produits locaux.
291
Cité par IHSI, 2010b.
292
MARNDR, 2014b.
293
Voir le pilier 2.1 sur l’analyse des goulots d’étranglement de la commercialisation des produits locaux. Parfois, des
spéculateurs viennent depuis la République Dominicaine pour acheter les produits agricoles haïtiens que les acteurs du
pays ne sont pas en mesure d’acheter par manque d’accès au crédit.
294
MARNDR, 2011a.
295
Dans le Département des Nippes, 95% des associations de producteurs ont leurs documents de reconnaissance légale
périmée. MARNDR & PAM, 2015.
289
76
Constats sur les politiques sectorielles
La PSNSSANH comble une lacune importante pour la thématique de la souveraineté et sécurité
alimentaires et de la nutrition. Elle définit les grandes orientations et chantiers prioritaires par la
définition de mesures et de Programmes Nationaux qui ont le plus de potentiel sur la réduction de la
dépendance alimentaire, de la faim et de la malnutrition. Etant donné, la nécessité, d’une part de
créer des cadres d’actions structurants et, d’autre part, de répondre au temps court du politique par
des actions concrètes et visibles, les documents de politiques sectorielles doivent, pour être mises en
œuvre, contenir des éléments de stratégies et définir des mesures et programmes prioritaires
budgétisés et rapidement bancables.
A titre d’illustration, l’alimentation scolaire est aujourd’hui le secteur des filets sociaux le mieux
équipé en termes de cadre politique et stratégique, de plan d’action allant jusqu’au niveau d’un
manuel d’opération296établissant les procédures et standards de qualité pour la mise en œuvre d’un
programme immédiatement bancable et basé sur des produits alimentaires exclusivement locaux. Le
principal facteur de blocage dans la mise en œuvre de ce programme est directement lié au manque
de capacités des acteurs. Ainsi, le renforcement des capacités est incontournable et doit être inscrit
dans chaque document de politique sectoriel (voir aussi pilier 3.5).
Parmi les politiques sectorielles qui contribuent directement à la PSNSSANH, certaines sont
manquantes et nécessitent d’être formulées :
Politique de développement agricole et de sécurisation du foncier. La politique de développement
agricole du MARNDR 2010-2015297est solide. Toutefois, la mise à jour de cet important document est
nécessaire afin de prendre en considération les éléments suivants :
Les orientations de la PSNSSANH, notamment sur certaines analyses de fond relevant la nécessité
des changements de paradigme, notamment en ce qui concerne les acteurs clés des filières
agricoles qui ont été écartés des politiques publiques, soit les exploitants agricoles pratiquant
l’agriculture familiale et les Madan Sara qui assurent la commercialisation et la transformation
des produits locaux. Ces acteurs doivent être placés au centre des stratégies de développement
agricole.
La politique agricole se doit d’opérationnaliser la Constitution de 1987, en particulier en ce qui
concerne l’article 247 qui stipule que ‘l’agriculture, source de la richesse nationale, est garante
du bien-être des populations et du progrès socio-économique de la nation, et sur le plan
commercial, l’article 251 qui détermine que ‘l’importation de denrées agricoles et de leurs
dérivés produits en quantité suffisante sur le territoire national est interdite sauf en cas de force
majeure’. La politique agricole mise à jour se doit d’opérationnaliser ces éléments fondamentaux
de la constitution pour le secteur.
Les mécanismes de subventionnement à l’offre du Ministère ont systématiquement laminé le
développement des marchés et du secteur privé. La situation des intrants agricoles, notamment
des engrais, des semences, des équipements agricoles et du crédit rural est grave. L’accès des
exploitants agricoles à ces intrants est le fondement même de la croissance du secteur agricole.
Le retrait des politiques interventionnistes du MARDRN sur l’offre d’intrants (inclus le crédit
rural) doit être clairement stipulé dans un document de politique agricole mis à jour (voir pilier
2.1, section 3).
La politique agricole doit prendre en compte la question de l’assurance agricole. Les politiques
commerciales et budgétaires défavorables à l’agriculture, les aléas naturels, le morcèlement des
296
MENFP & PNCS, 2016a, 2016b et 2017.
MARNDR, 2011b.
297
77
espaces de production, l’insécurité foncière, le manque d’accès aux intrants et aux innovations
technologiques rendent l’intensification des systèmes de production agricole risqués. De plus, le
manque de connaissances du secteur agricole par le secteur bancaire ne facilite pas l’octroi de
crédit aux exploitants agricoles, aux Madan sara commercialisant les produits locaux ou aux
multiples services d’appuis à l’agriculture. Le financement de la commercialisation de produits
locaux et des services d’appui est bien moins risqué que le financement de la production ellemême (voir Programme National 1.1.1 sur le crédit rural). Les exploitants agricoles évaluent
également les risques associés à une intensification des systèmes de production (voir pilier 2.1,
section 2). L’assurance agricole se pose en termes de réduction des risques nécessaires à
l’intensification pour les exploitants pratiquant l’agriculture familiale. L’intensification nécessite
une plus grande utilisation des intrants agricoles (semences de qualité, engrais, équipements,
etc…) qui ne sont pas disponibles actuellement en raison essentiellement des mécanismes de
subventionnement du MARNDR (voir pilier 2.1, section 3).
La politique agricole doit définir des stratégies permettant d’adresser le problème du foncier,
notamment la perte des plaines fertiles du pays au profit de constructions anarchiques et la
sécurisation du foncier pour les exploitants agricoles. La sécurité foncière est un problème
majeur pour l’investissement agricole, notamment en ce qui concerne les cultures pérennes
(cultures fruitières et agroforesterie) et l’application de méthodes de protection contre l’érosion
des sols. L’organisation défectueuse de la propriété foncière est également la cause de désordres
et trouble civiles dont la nation a fait face à travers son histoire. Le Recensement Général de
l’Agriculture (RGA)298 a identifié le foncier comme la première cause de conflit au niveau des
Sections communales. Plusieurs tentatives et initiatives gouvernementales et privées cherchant à
résoudre ce problème chronique ont échoué, du fait de ses ramifications sociologiques,
historiques et culturelles dans le milieu Haïtien.
Politique de protection et de promotion sociales. L’analyse de contexte de la PSNSSANH présente
l’évolution des indicateurs économiques et sociaux au cours des 30 dernières années. Dans un tel
contexte, il semble bien que le pays puisse difficilement faire l´économie d´un système de protection
et de promotion sociales qui donne d´abord aux plus pauvres et aux plus vulnérables les moyens de
faire face aux risques, de satisfaire leurs besoins de base et de construire des moyens d´existence
durable, voire de dynamiser les économies locales. Les mécanismes étatiques des filets sociaux sont
disparates avec des initiatives qui restent à très petite échelle, à l’exception de l’alimentation scolaire
(PNCS299). Les mécanismes les plus importants sont financés en grande partie par l’aide externe. Le
MAST est le Ministère de référence pour la protection et la promotion sociales. Il ne dispose pas
d’une politique nationale pour ce secteur. Cependant, la PSNSSANH remplit un vide important dans
le secteur de la protection et promotion sociales, notamment en ce qui concerne les filets sociaux
(pilier 2.2). Les orientations de la PSNSSANH sont suffisantes pour orienter les opérations de filets
sociaux, en particulier les transferts non contributifs, pour les 5 à 10 prochaines années. Par contre,
la promotion sociale doit être développée, en particulier concernant la promotion des métiers et de
renforcement du capital humain. Tout effort de formulation d’une politique de protection et de
promotion sociales devra respecter l’esprit’ de la PSNSSANH et en particulier le principe directeur
intitulé ‘production nationale d’abord’ (voir chapitre 3).
Environnement et changement climatique. Les accords internationaux récents, notamment sur les
changements climatiques, avec la COP21 et les Accords de Paris, ont conféré une légitimité de
premier plan au Ministère de l’Environnement (MDE) qui le place dans une position cruciale en
298
299
MARNDR, 2009a.
A noter que le PNCS pourrait bénéficier du Fond National pour l’Education (FNE) qui n’est plus mobilisé pour le PSUGO.
78
matière de sécurité alimentaire et de nutrition. Afin de doter le Ministère d’une loi lui permettant de
renforcer son action, le Parlement a rédigé une proposition de loi organique300. Le texte de loi est
fort bien construit. Il propose une restructuration de l’organisation et du fonctionnement du
Ministère, renommé Ministère de l’Environnement et de la Lutte Contre les Changements
Climatiques (MELCC). En plus de l’architecture du MELCC et de son mode de fonctionnement, le texte
contient les bases d’une politique pour ce secteur ainsi qu’une ébauche de code de l’environnement.
Le texte est charpenté en 88 articles incluant des descriptions très précises et un glossaire précisant
les concepts et définitions. La formulation d’une politique de l’environnement permettrait à
l’exécutif de s’approprier des orientations de la loi, de la transcrire dans un document de politique et
de l’enrichir à travers un processus consultatif.
Transport. Le MTPTC ne dispose pas de politique nationale de transport. Il dispose toutefois d’un
document de stratégie nationale de l’entretien routier rédigé en 2009301. Le réseau routier est défini
en fonction des priorités établies dans la stratégie nationale d’entretien routier et les propositions du
Conseil d'Administration du Fond d’Entretien des Routes (FER). Les interventions sur le réseau
interurbain ont la priorité sur celles relatives au réseau urbain et rural. Le réseau éligible peut être
révisé tous les deux (2) ans et l'entretien des routes n'entrant pas dans le réseau routier éligible sera
supporté par le budget du MTPTC ou par celui des Collectivités territoriales302.En l’absence d’une
véritable politique de décentralisation, les mairies jouent actuellement un rôle marginal dans la
définition et la mise en œuvre de la politique de transport en Haïti.
Le réseau de transport maritime, est largement ignoré des investissements dans le transport, bien
que moins cher et plus efficace que le réseau routier pour une partie importante du territoire
national. Cela devrait être amené à évoluer, au travers des dispositions de planification qui seront
mises en œuvre sur la base d’une ‘politique nationale du transport’ à définir.
Politique de sécurité sanitaire des aliments. Le pays ne dispose toujours pas de législation spécifique
aux normes, essais, homologations et certifications. Des normes internationales (notamment celles
de l'ISO303, de l'OMS et de la FAO) sont utilisées comme référence mais elles n'ont pas fait l'objet
d'une adoption officielle. Un programme de vérification de la conformité des produits est en place
depuis 2012.Le Bureau Haïtien de Normalisation (BHN) a été mis en place en décembre 2012 avec
pour mission d'organiser et de gérer les activités de normalisation, de certification, de métrologie
industrielle, et de promotion de la qualité. Le BHN serait le point d'information en ce qui concerne
l'Accord de l'OMC sur les obstacles techniques au commerce. Aucune notification n'a été faite dans
ce sens. Le BHN représente le pays dans les instances régionales et internationales, notamment
l'Organisation régionale des normes et de la qualité de la CARICOM (CROSQ) et le Codex
Alimentarius.
En 2012, le MCI et le Ministère de la santé publique et de la population ont émis un avis énonçant
des obligations relatives aux produits alimentaires et pharmaceutiques. Les prescriptions couvrent
également les étiquetages. Le Ministère de l'agriculture, des ressources naturelles et du
développement rural et en particulier la Directions de la quarantaine et la Direction de l’innocuité
alimentaire sont en charge de l’inspection sanitaire et phytosanitaire des aliments. La Direction de la
quarantaine est le point d'information au titre de l'Accord sur les mesures sanitaires et
phytosanitaires. Le niveau de partenariat avec les instances policières est faible et se traduit par une
non application des normes existantes, notamment en ce qui a trait aux produits phytosanitaires
300
Parlement, 2016.
MTPCT, 2009.
302
Le Moniteur, 2003; cité par OMRH, 2017.
303
Organisation Internationale de Normalisation.
301
79
dangereux non-contrôlés. Le Comité Interministériel pour le Contrôle des Denrées Alimentaires
(CICDA) a pour mission d’assurer la cohérence des actions entre les différentes entités
gouvernementales impliquées dans l’inspection et le contrôle des aliments.
Energie. Le pays ne dispose pas d’une politique énergétique. Pourtant l’énergie constitue la première
dépense publique sectorielle de la nation. Le développement d’une politique énergétique doit se
faire en lien avec la politique environnementale. En particulier, la politique énergétique se basera sur
le principe directeur de ‘la production nationale d’abord’, traversant tous les aspects de la PSNSSANH
(voir chapitre 3).
B.
Mesures prioritaires
Pour le renforcement du cadre légal et des politiques sectorielles pertinentes à la SSAN, 7 mesures
prioritaires sont retenues :
1. Groupe de travail sur le renforcement du cadre légal et de politiques sectorielles ;
2. Mise à jour de la politique nationale de développement agricole et de sécurisation du foncier ;
3. Formulation d’une politique nationale de sécurité sanitaire des aliments ;
4. Formulation d’une politique nationale de protection sociale ;
5. Formulation d’une politique nationale de l’environnement ;
6. Formulation d’une politique nationale de transport.
7. Formulation d’une politique nationale de l’énergie.
MESURE 1.3.1
Destinataires
L’ensemble de la
population
Groupe de travail sur le renforcement du cadre légal et de politiques
sectorielles
Modalité
Consultation des secteurs et appui
juridique pour la rédaction de
textes de lois et de politiques
sectorielles prioritaires
Coût total / année
Ancrage institutionnel
8 millions HTG
CISSAN
Un groupe de travail est mis en place au niveau de la Primature, avec l’appui de son service juridique.
Le groupe entreprend des consultations des secteurs au niveau des Ministères et des organismes du
gouvernement, de la société civile et du secteur privé pour la rédaction et/ou la révision de textes de
lois et de politiques sectorielles prioritaires. Ce groupe de travail est présidé par le Secrétariat du
Comité Interministériel de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de Nutrition (CISSAN)304et
rapporte directement au Premier Ministre. Il bénéficie de l’appui de consultants juridiques et en
formulation de politique de haut niveau.
MESURE 1.3.2
Mise à jour de la politique nationale de développement agricole et de
sécurisation foncière
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
304
Modalité
Formulation d’un
document de politique à
travers un processus
consultatif
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
MARNDR
Voir Axe 3.
80
Le MARNDR mobilisera toutes les ressources nationales et recherchera l’adhésion de ces partenaires
techniques et financiers pour la mise à jour de la politique nationale de développement agricole. La
mise à jour se basera sur les orientations de la Constitution de 1987, de la PSNSSANH et des
expériences passées, notamment en ce qui concerne les subventionnements à l’offre des intrants
agricoles. La mise à jour de la politique de développement agricole sera plus effective lorsque le
budget programme SSAN aura orienté les structures du Ministère vers une gestion axée sur les
résultats.
La politique agricole traitera des questions de crédit et d’assurance agricole et en particulier
capitalisera sur les expériences du programme d’incitation aux secteurs productifs de la BRH, du
portefeuille du Fonds de Développement Industriel d’Haïti (FDI), du projet SYFAAH (Système de
Financement et d'Assurances Agricoles en Haïti -2011- 2019), du partenariat entre TechnoServe avec
le Fonds Clinton Bush Haïti pour la mise en place d’une garantie partielle et du programme de
Microfinance pour la Production Agricole en Haïti (MFPA).
La sécurisation du foncier adressera en particulier les questions de la formalisation du marché foncier
rural et péri-urbain et l’entreprenariat agricole. Les analyses se baseront en particulier sur les travaux
de l’Institut National de Réforme Agraire (INARA) et des acteurs engagés dans la thématique autour
de l’aménagement du territoire. En particulier, les leçons des différentes études et initiatives sur le
foncier ainsi que le projet de sécurisation foncière en milieu rural réalisé par le CIAT seront prises en
compte.
MESURE 1.3.3
Destinataires
L’ensemble de la
population
Formulation d’une politique nationale de sécurité sanitaire des aliments
Nombre de
bénéficiaires
13.4 millions
(2030)
Modalité
Formulation d’un
document de politique à
travers un processus
consultatif
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
8 millions HTG
Ancrage
institutionnel
Primature /
CICDA
La formulation d’une politique nationale de sécurité sanitaire des aliments se basera sur une mise en
commun des travaux réalisés par les différentes entités gouvernementales impliquées dans
l’inspection et le contrôle des aliments. La politique permettra de constituer une vision commune, de
fédérer les efforts et de réactiver les mécanismes de concertation des actions à travers le Comité
Interministériel pour le Contrôle des Denrées Alimentaires (CICDA). Le processus sera réinitié à
travers le CICDA qui identifiera la structure qui pilotera au quotidien l’exercice de formulation. Entre
autres, les participants à la formulation de cette politique nationale analyseront la pertinence de :
Mettre en place un bureau national d’inspection des aliments (produits alimentaires bruts et
transformés) piloté par le MARNDR.305
Elaborer un code d’hygiène appliqué à la sécurité publique et l’hygiène alimentaire.
Mettre en place un service de surveillance en sécurité sanitaire pour générer des données
statistiques sur les bonnes pratiques d’hygiène, les bonnes pratiques de manipulation et les
procédures normalisées.
Créer un « corps d’inspectorat » professionnalisé pour l’innocuité des aliments.
305
Les ministères les plus concernés sont : MCI, MARNDR, MSPP, MICT, MEF, MDE, MTPTC, MJSP, en vue d’un système
unique de contrôle d’innocuité des produits alimentaires.
81
MESURE 1.3.4
Formulation d’une politique nationale de protection et de promotion
sociales
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Formulation d’un
document de politique à
travers un processus
consultatif
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
MAST
A partir de 2012, de nombreuses réflexions et initiatives ont été mises en place pour définir des
orientations stratégiques en termes de protection sociale. On notera les initiatives suivantes ; Aba
Grangou, Ede Pèp, Kore Fanmi et KoreLavi. Des leçons apprises peuvent être tirées de ces initiatives
pour informer des orientations pour une politique nationale de protection et de promotion sociale.
Aucune de ces louables initiatives n’est mise à l’échelle. Les exercices de cartographie des
interventions des acteurs non étatiques (ONG principalement) montrent une multitude
d’interventions dont la couverture est plus élevée que les mécanismes étatiques mais où institutions,
idées et intérêts déterminent la juxtaposition de modèles, en deçà d’une logique unificatrice. Ainsi, la
formulation d’une politique nationale de protection et de promotion sociale pourra se baser sur une
mise en commun de ces diverses initiatives et consolider le tout vers une vision et stratégie
communes. Un accent particulier sera porté sur la promotion sociale, et en particulier sur le
renforcement du capital humain et de promotion des métiers. Un travail de mise en commun a été
réalisé en collaboration avec le MAST et constitue une référence de travail indispensable pour
engager les consultations306. Le MAST créera un Groupe de Travail, constitué des principales parties
prenantes, pour la formulation du document de politique qui rapportera directement au Ministre des
Affaires Sociales et du Travail.
MESURE 1.3.5
Formulation d’une politique nationale de l’environnement et du
changement climatique
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Formulation d’un
document de politique à
travers un processus
consultatif
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
MDE
La formulation d’une politique de l’environnement permettrait à l’exécutif de s’approprier des
orientations de la proposition de loi organique du Ministère307 et de la transcrire dans un document
de politique à travers un processus consultatif. La politique de l’environnement pourra se baser sur
les principales structures proposées dans le MELCC, soit :
Changement climatique : Promouvoir la prise en compte des préoccupations liées aux
changements climatiques dans les autres secteurs clés de la vie nationale tels l’agriculture et la
sécurité alimentaire, les zones côtières, l’énergie, le transport, la santé et l’eau.
Gestion des forêts et énergie : Élaborer et mettre en œuvre des politiques sur les questions de
reforestation, de lutte contre la désertification du pays et de promotion d’énergies alternatives
de substitution au bois-énergie et au charbon de bois.
306
Lamaute-Brisson, N., 2018a et 2018b.
Parlement, 2016.
307
82
Gestion intégrée des ressources en eaux, des bassins versants et des zones côtières : Proposer un
cadre d’orientations et d’actions holistiques et intégrateur de la gestion de l’eau, des terres et
des écosystèmes qui tiennent compte des besoins socio-économiques et environnementaux et
reflétant les enjeux de conservation des écosystèmes et paysages terrestres, côtiers/marins
naturels dans une optique de développement durable des communautés humaines qui y puisent
leurs moyens de subsistance.
Cadre de vie et assainissement : Réarticulerles rapports de l’Haïtien avec l’espace où il vit et
contrôler les pollutions et nuisances de manière intégrée en vue d’établir les conditions de base
d’un environnement sain en milieu urbain et rural. Améliorer le cadre de vie et valoriser l’identité
patrimoniale des quartiers en soutien à la cohésion sociale et au développement durable.
Inspection, investigation et surveillance environnementale : Préserver l’intérêt collectif et des
biens communs constitués par les milieux naturels et bâtis dans lesquels les personnes vivent et
exercent leurs activités au travers de mesures de prévention et de répression des atteintes à
l’environnement, de suivi et de contrôle des activités réglementées.
Contrôle de la qualité des sols, de l’eau et de l’air : Conduire des recherches sur les
concentrations d’un certain nombre de contaminants potentiels en vue de déterminer la qualité
des sols, de l’eau et de l’air en fonction de leur conformité par rapport à des normes limites et de
référence de qualité dans une optique de préservation de l’environnement, de garantie de la
qualité des ressources et de contribution à la sauvegarde de la santé de la population.
Gouvernance : Organiser la société de manière à pouvoir prendre des décisions et les mettre en
œuvre à travers des mécanismes participatifs favorisant des accords et actions pris en commun.
MESURE 1.3.6
Formulation d’une politique nationale de transport
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Formulation d’un
document de politique à
travers un processus
consultatif
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
MTPTC
La formulation d’une politique du transport pourra se baser sur la stratégie nationale de l’entretien
routier. L’exercice permettrait de conduire des analyses intégrant la nécessité, d’une part, de mettre
à disposition les infrastructures de transport à la croissance agricole et, d’autre part, de conduire des
analyses économiques sur les différents modes de transports. Actuellement, aucun des trois modes
de transport, routier, maritime et aérien, n'est en mesure de répondre de manière adéquate aux
besoins élémentaires des populations, encore moins de conforter un développement durable de
l'économie du pays308 :
Le réseau routier, initialement structuré autour d'un maillage national, départemental et
communal, est aujourd'hui, en grande partie, dégradé, constitué d'infrastructures pour
l'essentiel en état de détérioration extrême, après avoir perdu près de 30% de son extension au
cours des 15 dernières années. On relève une absence de schémas régionaux d’aménagement
(sauf dans le département du Nord depuis 2006), une absence de schéma de cohérence
territoriale et un manque de données de base telles que les trafics et les inventaires routiers
etc. Il est, dans ces conditions, difficile de mettre en œuvre un réseau routier structuré.
Le transport maritime est rachitique et peu efficace, tant du fait de la concentration des
308
OMRH, 2017d, 2017e, 2017f.
83
activités maritimes autour de quelques centres portuaires, dont les infrastructures et les
équipements sont très largement dégradés, que de la désorganisation de la gestion des
opérations maritimes et portuaires et de l’inadéquation aux standards internationaux. Pourtant
le transport maritime, surtout pour les Départements réunis autour de la baie de Port-au-Prince
(Nord-ouest, Artibonite, Ouest, Nippes et Grande-Anse) bénéficient d’une configuration
géographique très favorable au transport maritime à des coûts bien moindres que le réseau
routier, en particulier pour le transport des aliments.
Le transport aérien est aujourd'hui en grande partie cantonné à l'aéroport de Port-au-Prince.
Son importance pour la souveraineté et sécurité alimentaires et la nutrition est moins cruciale.
MESURE 1.3.7
Formulation de la politique nationale de l’énergie
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Formulation d’un
document de politique à
travers un processus
consultatif
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
Primature
Etant donné la complexité des enjeux, la Primature mobilisera les forces vives de la nation autour de
la formulation d’une politique nationale de l’énergie, se basant sur les travaux réalisés par le CDES.
84
Pilier 1.4 - Système de préparation aux urgences alimentaires et nutritionnelles.
Objectif spécifique. Alerter à temps les institutions et la population en cas de chocs climatiques ou sur
les prix des aliments, permettant des réponses d’urgences alimentaires et nutritionnelles rapides et
efficaces grâce à des mécanismes opératoires prédéfinis et bien établis.
A.
Priorisation
Un pays fortement exposé aux chocs
Haïti est l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles dans le monde309. Le tableau 16
présente les principaux chocs naturels des 10 dernières années. Durant cette période, plus de 8
millions de personnes ont été directement touchées par des catastrophes naturelles.
Tableau 16. Résumé des principales catastrophes naturelles sur les 10 dernières années. Sources : PDNA posttremblement de terre et post-Matthew, DPC, enquêtes CNSA et infographiques OCHA.
Année
2008
Evènements
Nombre
de morts
Ouragans Fay, Gustav, Hanna et Ike
Nombre de
personnes
affectées
1,000,000
Tremblement de terre
2,000,000
>200,000
1,140,000
<100
73
2,000,000
-
Ouragan Matthew
2,100,000
674
11 évènements majeurs
8,240,000
>200,000
800
2010
2012
20142016
2016
TOTAL
Ouragan Thomas
Sécheresse dans certaines parties
du pays, tempête tropicale
Isaac,ouragan Sandy
Sécheresse
Nombre personnes
en Insécurité
Alimentaire (IA)
1.0 million en IA
sévère*
1.3 million en IA
sévère*
Pertes
en % du
PIB
15%
120%
6.7 millions en IA et
1.5 en IA sévère*
6 millions en IA et
1.2 en IA sévère*
3.2 millions en IA et
1.4 en IA sévère*
31%
* Nécessitant une aide alimentaire
Catégorisation des chocs et plan de contingence
Une catégorisation des chocs affectant le pays permet de déterminer les besoins en termes de plan
de contingence et de système d’alerte précoce. En 2014, le Centre National d’Information GéoSpatiale (CNIGS) a identifié 5 principaux aléas naturels affectant Haïti (périodes de sécheresse,
ouragans, inondations, glissements de terrain et tremblements de terre) et catégorisé chacune des
Communes et Sections communales en fonction des risques qu’elles encourent vis-à-vis de chacun de
ces chocs (cartes 1 à 10)310. A cela s’ajoutent les chocs sur les prix des denrées alimentaires sur les
marchés internationaux311. Ces chocs se déclenchent soit lentement, typiquement les périodes de
sécheresse, soit rapidement, typiquement une inondation.
D’un point de vue intersectoriel, les chocs à déclenchement rapide touchent un ensemble de
secteurs, dont la sécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi les infrastructures, le logement,
l’éducation, l’eau et l’assainissement, la santé, etc. Les chocs à déclenchement lent affectent surtout,
mais pas exclusivement, l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition.
309
Banque Mondiale, 2015a.
CNIGS, 2014a et 2014b.
311
Tels que la hausse des prix en 2008.
310
85
Cartes 1 et 2. Tremblement de terre(modélisation et catégorisation des sections communales)
312
Carte 3 et 4. Inondations (modélisation et catégorisation des sections communales)
Cartes 5 et 6. Tempêtes et ouragans (modélisation et catégorisation des sections communales)
312
CNIGS, 2014a et 2014b.
86
Cartes 7 et 8. Glissements de terrain (modélisation et catégorisation des sections communales)
Carte 9 et 10. Sécheresse (modélisation et catégorisation des sections communales)
Figure 8 – Périodes des contingences de la DPC et pour la sécheresse
313
313
Le calendrier agricole est tiré de CNSA, 2013c.
87
Le système d’alerte précoce de la DPC couvre les chocs à déclenchement rapide alors que le Système
d’Alerte Précoce (SNAP) de la CNSA couvre les chocs à déclenchement lent (tableau 17). Le plan de
contingence annuelle du Système de Gestion des Désastres de la DPC est orienté sur la saison
cyclonique allant du premier juin au 30 novembre. Le plan est basé sur les pronostics annuels de la
saison cyclonique réalisés conjointement par l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) et l’Université du
Colorado (USA) ainsi que les données de la DPC sur l’impact des chocs durant la dernière décennie.
La figure 8 présente les périodes de contingences de la DPC et pour la sécheresse et le tableau
17présente le type de chocs couverts par le système d’alerte et le plan de contingence de la DPC.
Tableau 17.
Chocs couverts par les systèmes d’alerte de la CNSA et de la DPC et le plan de contingence de la DPC
Type de chocs
Chocs
Déclenchement
lent
- Périodes de sécheresse
- Hausses des prix
- Ouragans
- Inondations
- Glissements de terrain
- Tremblements de terre
Déclenchement
rapide
Couvert par le plan
de contingence de
la DPC
Non
Oui
Oui
Oui
Non
Secteurs les plus touchés
Système
d’alerte
- Agriculture, sécurité
alimentaire et nutritionnelle
- Agriculture, sécurité
alimentaire et nutritionnelle
- Infrastructures
- Logement
- Éducation
- Eau et assainissement
- Santé
- Protection de l’enfance
CNSA /
MSPP
DPC
Renforcement des mécanismes d’alerte et de réponse aux urgences alimentaires et nutritionnelles
Les mécanismes étatiques pour l’alerte et les réponses aux urgences alimentaires et nutritionnelles
sont renforcés dans le cadre de la PSNSSANH. Actuellement, six mécanismes de réponse alimentaire
aux chocs se superposent :
a) Les stocks disponibles au PNCS sont le plus souvent utilisés pour les distributions alimentaires
suite à une catastrophe naturelle majeure, ce qui pénalise les enfants des écoles bénéficiaires du
programme des cantines scolaires. Les stocks alimentaires du PNCS ont été utilisés 2 fois durant
la dernière décennie pour les réponses d’urgence ; soit suite au tremblement de terre de janvier
2010 et suite à l’ouragan Matthew le 4 octobre 2016314.
b) L’expansion des activités de la Croix-Rouge Haïtienne avec l’appui de la Fédération Internationale
des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge ainsi que des Croix-Rouges nationales
étrangères suite à un choc majeur.
c) Le stock de contingence du PAM pour les distributions alimentaires immédiatement suite à une
catastrophe.
d) Le stock de contingence de l’UNICEF pour la prise en charge de la malnutrition aiguë sévère
(MAS).
e) L’expansion des programmes de filets sociaux tels que les programmes multi-annuels du bureau
de ‘food for peace’ (KoreLavi) suite à un choc.315
f)
L’entrée ad hoc d’ONG et des églises pour les réponses alimentaires et non-alimentaires suite à
un choc.
314
78 tonnes de riz, 1.8 tonnes de maïs moulu, 21 tonnes de haricot, 10 tonnes de sardines en conserve, 7 tonnes d’huile
végétale et 3 tonnes de sel des entrepôts du PNCS ont été distribué.
315
Les filets sociaux réactifs aux chocs bénéficient de visibilité actuellement au niveau global et plusieurs consultations ont
eu lieu sur le programme de filet social KoreLavi mis en œuvre par le MAST ; WFP, 2016 ; WFP & OPM, ‘2017 et WFP, 2017.
88
Pour la gestion des urgences et des crises, la Direction de la Protection Civile (DPC) du Ministère de
l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT) assure une mission générale. La DPC fait fonction
d'organe d'exécution du Système National de Gestion des Risques et des Désastres (SNGRD). Elle
coordonne le Secrétariat permanent de gestion des risques et des désastres (SPGRD) ainsi que les
entités relevant de cette structure dont les comités départementaux, communaux et locaux de
protection civile.
Le Gouvernement entend s’organiser autour de mécanismes de long terme de préparation et de
réponses aux urgences alimentaires et nutritionnelles, d’une part avec la création d’un stock
alimentaire de contingence et d’autre part avec un Système Nationale d’Alerte Précoce (SNAP) pour
l’opérationnalisation de ce stock. Les mécanismes de réponses aux urgences alimentaires et
nutritionnelles sont traités dans le pilier 2.2 ci-dessous.
B.
Mesures prioritaires
Afin de poser les bases de la transition, le renforcement de la préparation aux urgences alimentaires
et nutritionnelles passe par 2 mesures clés :
1. La création d’un stock alimentaire de contingence ;
2. Le Système National d’Alerte Précoce-SAN (SNAP-SAN).
MESURE1.4.1
Destinataires
Stock alimentaire de contingence (SAC)
Nombre
de
ménages
Modalité
Stock
d’aliments
L’ensemble
de la
population
Variable
Stock de
RUTF*
Valeur des transferts
/ distribution par
ménage ou enfant**
3375HTG / ménage
(675HTG / personne)
3675HTG / enfant
MAS
1350 HTG / enfant
MAM
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
- Si stock entièrement
utilisé : 200 millions HTG (0
HTGsi stock monétisé)
- RUTF :15 millions HTG
Ancrage
institution.
MEF/BMPAD
MSPP
* Aliments prêts à l’emploi pour le traitement de la malnutrition : PlumpyNut et Plumpy Sup
** MAS : malnutrition aiguë sévère ; MAM : malnutrition aiguë modérée
Le BMPAD achète sur les marchés locaux et/ou internationaux les aliments nécessaires pour la
constitution d’un stock de contingence. Un effort particulier sera réalisé pour les achats et le
stockage de produits alimentaires locaux. Le stock alimentaire de contingence de produits locaux
sera constitué graduellement entre juin et août de chaque année, en préparation à la saison
cyclonique. Une première partie du stock non utilisé pour les réponses d’urgence est monétisée à
partir de fin novembre (fin de la saison cyclonique) alors qu’une deuxième partie de ce stock est
conservée jusqu’à fin février pour les contingences liées à la sécheresse ou d’éventuelles hausses des
prix alimentaires sur les marchés. La prise de décision est basée sur les bulletins et alertes de la
CNSA.
89
Tableau 18. Paramètres pour la constitution du stock alimentaire de contingence
Contingences
Population ciblée
Urgences
alimentaire
Population affectée
par un choc :
60,000 ménages
Urgences
nutritionnelles
Enfants MAS* :
2,800
Enfants MAM*:
4,000
Période
couverte
3 mois
1 mois
1 mois
Ratio alimentaire
Quantité en tonnes
- Céréales : 50 kg/mois (1 sac)
- Pois : 13.5 kg/mois (6 marmites)
- Huile végétale : 9lt/mois (2
316
gallons)
- Equivalent à 2000 Kcal/jour et
par personne
- PlumpyNut : 150 sachets de 92g
sur 10 semaines de traitement
- Plumpy Sup : 75 sachets de 92g
sur 10 semaines de traitement
- Céréales : 9000
- Pois : 2400
- Huile végétale :
1600
- TOTAL : 13,000
- PlumpyNut : 39
- PlumpySup : 28
* MAS : malnutrition aiguë sévère ; MAM : malnutrition aiguë modérée ; 80% de dépistage et pour une période de 1
317
mois .
Le stock d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (RUTF) pour le traitement de la MAS et de la
MAM est constitué par le MSPP et est disponible tout au long de l’année. Un accord entre le MSPP et
le secteur privé318 opérationnalise la constitution de ce stock.
Le calibrage du stock de contingence est réévalué annuellement dans le cadre de la préparation du
Plan de Contingence National par la DPC319 et des résultats de l’enquête nationale agricole et de
sécurité alimentaire et nutritionnelle320. Le plan de contingence couvre typiquement 300,000
individus, soit 60,000 ménages pour les urgences alimentaires et 6,800 enfants pour les urgences
nutritionnelles. Le tableau 18 résume les paramètres pris en compte pour la constitution annuelle du
stock alimentaire de contingence.
MESURE 1.4.2
Destinataires
L’ensemble de la
population
Système National d’Alerte Précoce-SAN (SNAP)
Modalité
Collecte et analyse des données et
publication d’alertes
Coût total / année
Ancrage institutionnel
90 millions HTG
CNSA
La raison d’être d’un SNAP est d’informer les décideurs en charge de déclencher des mécanismes de
réponses rapides à la mesure des problèmes d’insécurité alimentaire et nutritionnelles identifiés.
Pour se faire, le SNAP utilise un ensemble de protocoles (outils et procédures) standardisés, appelé
IPC321, permettant de classifier les populations et les communes selon la sévérité de l’insécurité
alimentaire en différentes phases. L’IPC permet de consolider des analyses complexes de la sécurité
alimentaire et nutritionnelle pour la prise de décisions fondées sur des preuves. Ces preuves sont
obtenues grâce à :
a) une cohorte d’enquêtes réalisées régulièrement ;
316
Equivalent à 2000 Kcal/mois pour un ménage moyen de 5 personnes.
Sur la base du document de réponse nutritionnelle d’urgence du MSPP. MSPP, 2016.
318
Meds&Foods for Kits (MFK), établie au Cap Haïtien, opère la seule unité de production d’aliments prêt à l’emploi (RUTF)
de standard international pour le traitement de la MAS et MAM dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes.
319
DPC, 2017.
320
Voir Mesure 1.4.2.
321
L’IPC, ou Integrated Phased Classification, regroupe un vaste éventail d’indications relatives aux personnes vivant en
insécurité alimentaire dans le but de répondre aux questions suivantes : Quel est le degré de sévérité de la situation ?
Quelles sont les zones touchées par l’insécurité alimentaire ? Combien de personnes sont en ’insécurité alimentaire ? Qui
sont ces personnes en termes de caractéristiques socio-économiques ? Pourquoi ces personnes vivent-elles dans
l’insécurité alimentaire ? L’IPC a quatre fonctions : 1) former un consensus technique ; 2) classifier sévérité et causes ; 3)
communiquer pour l’action ; et 4) assurer qualité. Chaque fonction comprend des protocoles permettant d’orienter le
travail des analystes de la sécurité alimentaire. FAO, 2012c.
317
90
b) aux observations de terrain par les Observatoires et les données des centres de santé322 ;
c) aux alertes de la DPC sur les chocs à déclenchement rapide, et
d) aux données sur les interventions en cours323.
La réalisation d’enquêtes agricoles, de sécurité alimentaire et de nutrition nécessite une mise en
commun technique et financière, sur une même base de sondage324, des enquêtes agricoles du
MARNDR, de sécurité alimentaire de la CNSA et de nutrition du MSPP325. Les analyses de
classification IPC du SNAP sont conduites par le Groupe Technique de Travail constitué des principaux
partenaires du Gouvernement travaillant sur le SNAP.
Cohorte d’enquêtes du SNAP-SAN : Le tableau 19 présente la cohorte d’enquêtes du SNAP
permettant le suivi de la situation après chaque type de choc ainsi que les institutions responsables.
Cinq principaux instruments sont utilisés pour la mise en œuvre du SNAP :
a) Enquête nationale agricole et sécurité alimentaire et nutritionnelle : Cette enquête statistique de
couverture nationale est réalisée annuellement. Les données collectées permettent de mettre à
jour les indicateurs nationaux de production agricole, de sécurité alimentaire et de nutrition pour
les besoins des secteurs et des comptes nationaux. Cette enquête met en commun les ressources
techniques et financières du MARNDR pour la partie agricole, de la CNSA pour la partie sécurité
alimentaire et du MSPP pour la partie nutrition. Sur le plan technique, l’utilisation des sections
d’énumérations de l’IHSI (SDE) pour la base de sondage permet cette mise en commun.
b) Enquête prévisionnelle des campagnes agricoles : Cette enquête qualitative est réalisée par des
experts en deux temps pour couvrir la campagne agricole de printemps et la campagne agricole
d’été/automne. L’enquête mobilise les Bureaux Agricoles Communaux (BAC) du MARNDR pour
remonter les informations d’une évaluation qualitative d’experts sur l’évolution des campagnes
agricoles. Cette enquête permet d’identifier tôt dans la saison, les zones affectées par des
sécheresses, des infestations d’insectes, etc. et d’y remédier. Elle classifie les Communes et les
Sections-communales en fonction des résultats attendus des campagnes agricoles.
c) Suivi des prix alimentaires sur les marchés : les prix aux producteurs et de détails sont collectés
hebdomadairement sur les principaux marchés urbains et ruraux du pays par le MARNDR, la
CNSA et l’IHSI. Ce suivi permet une alerte sur les éventuelles hausses des prix sur les marchés en
raison de facteurs internes et/ou externes. Une mise en commun de ces efforts permettra
d’optimiser le suivi sur les prix.
d) Evaluation post-désastres : cette enquête est mise en œuvre, sous la coordination de la DPC,
immédiatement après un choc. Elle couvre les indicateurs essentiels afin de permettre une
réponse d’urgence rapide durant le premier mois après le choc.
e) Enquête de sécurité alimentaire et nutritionnelle d’urgence : Cette enquête est mise en œuvre au
plus tard 10 jours après un choc et sa couverture se limite aux zones affectées par ce dernier. Les
résultats de cette enquête permettent de planifier la réponse d’urgence et de réhabilitation du
deuxième au sixième mois après un choc.
A ces enquêtes, s’ajoute le suivi de la situation nutritionnelle par le MSPP qui contribue également au
SNAP-SAN. Cependant, le système d’alerte précoce doit être en mesure de détecter les crises
alimentaires avant que la situation nutritionnelle ne se détériore et en ce sens le suivi de la situation
nutritionnelle ne constitue pas une alerte ‘précoce’. Le suivi de la situation nutritionnelle comprend
322
Une ébauche d’amélioration de la collecte d’information par les Observatoires a été proposée. CNSA & WFP, 2016.
En utilisant la matrice ‘3W’ du Qui fait Quoi et Où.
324
Les sections d’énumérations (SDE) établies par le IHSI.
325
Voir plan de mise en œuvre.
323
91
l’agrégation régulière des données de suivi de la croissance des enfants mesurées dans les centres de
santé. Les analyses IPC, et les données des diverses enquêtes, donnent lieu à des bulletins d’analyse
SSAN publiés chaque trimestre ainsi que des bulletins d’alerte ad hoc suite à un choc. La figure 10
présente le calendrier d’activités du SNAP-SAN tout au long de l’année.
Tableau19. Cohorte d’enquêtes et instruments du SNAP pour chaque type d’aléa
Type de chocs
Déclenchement
lent
Chocs
- Périodes de
sécheresse
- Hausses des prix
Déclenchement
rapide
C.
- Ouragans
- Inondations
- Glissements de
terrain
- Tremblements
de terre
Instruments du système d’alerte précoce
a)
Enquête nationale agricole et sécurité
alimentaire et nutritionnelle
b) Enquête prévisionnelle des campagnes agricoles
c) Suivi des prix alimentaires sur les marchés
a) Enquête nationale agricole et sécurité
alimentaire et nutritionnelle
d) Evaluation post-désastres
Suivi de :
e) Enquête de sécurité alimentaire et nutritionnelle
d’urgence
Institutions
responsables
MARNDR /
CNSA &
MSPP
MARNDR /
CNSA & IHSI
DPC
CNSA
Mécanismes de déclenchement
En appliquant le protocole IPC, l’insécurité alimentaire et nutritionnelle est classifiée en 5 phases
allant de la phase d’insécurité alimentaire minimale (phase 1) à une situation de famine (phase 5).
Les mécanismes de déclenchement sont basés sur les scénarios suivants :
Phases 1 (minimal) : Les programmes et mesures prioritaires de la PSNSSANH se mettent en
œuvre conformément au plan de mise en œuvre.
Phase 2 (stress) et 3 (crise) : La mise en œuvre des programmes de l’Axe 2 de la PSNSSANH est
accélérée dans les zones catégorisées en phase 3, à l’exception de la réponse d’urgence.
Phases 4 (urgence) et 5 (famine) : La réponse d’urgence alimentaire et nutritionnelle est
déclenchée et les stocks de contingence sont utilisés pour répondre aux besoins alimentaires de
la population. Selon l’envergure du choc, le Président de la République sollicite l’appui de la
coopération externe pour appuyer la réponse nationale.
Le mécanisme de déclenchement d’une réponse d’urgence suit les canaux suivants :
Dans le cas de chocs majeurs à déclenchement rapide, le déclenchement se fait en deux
temps :
o Immédiatement après le choc, la DPC coordonne l’évaluation post-désastre et les
résultats de l’enquête déclenchent une éventuelle réponse. La CNSA transmet les
recommandations directement au Centre d’Opération d’Urgence National (COUN),
activé immédiatement après un choc et présidé par le Ministre de l’Intérieur.
o Un mois après le choc, les résultats de l’enquête de sécurité alimentaire et
nutritionnelle d’urgence mise en œuvre par la CNSA sont analysés en suivant le cadre
de l’IPC. La CNSA transmet les recommandations directement au COUN pour les
actions de relèvement326.
Dans le cas de chocs à déclenchement lent ou de chocs à déclenchement rapide à portée
limitée327, les évaluations post-désastre et les rapports d’analyse IPC sont remis au
326
327
Lorsque le COUN est désactivé, les rapports sont transmis au Secrétaire Exécutif du CISSAN.
Dans ce cas, le COUN n’est pas activé.
92
Secrétariat du Comité Interministériel de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de
Nutrition (CISSAN).
93
Figure 9. Classification des communes selon le protocole IPC. Adapté de FAO, 2012c.
Phase 1
Minimal
Au moins
quatre
ménages sur
cinq sont
capables de
couvrir leurs
besoins
alimentaires et
non
alimentaires
sans recourir à
des stratégies
d’adaptation
inhabituelles, ni
dépendre de
filets sociaux.
Phase 2
Stress
Même avec les filets
sociaux et les autres
interventions en
cours, au moins un
ménage sur cinq
dans la zone se
trouve dans la
situation suivante ou
pire :
Une consommation
alimentaire réduite
et d’adéquation
minimale mais
incapacité de se
permettre certaines
dépenses non
alimentaires
essentielles sans
s’engager dans des
stratégies
d’adaptation
irréversibles.
Phase 3
Crise
Même avec les filets
sociaux et les autres
interventions en cours, au
moins un ménage sur cinq
dans la zone se trouve
dans la situation suivante
ou pire : des déficits
alimentaires considérables
et malnutrition aiguë à des
taux élevés ou supérieurs
à la normale ;
OU
Marginalement capable de
couvrir le minimum de ses
besoins alimentaires en
épuisant les avoirs relatifs
aux moyens d’existence,
ce qui conduira à des
déficits de consommation
alimentaire.
Phase 4
Urgence
Même avec les filets sociaux
et les autres interventions
en cours, au moins un
ménage sur cinq dans la
zone se trouve dans la
situation suivante oupire :
Des déficits alimentaires
extrêmes, ce qui résulte en
une malnutrition aiguë très
élevée ou une mortalité
excessive ;
OU
une perte extrêmedes avoirs
relatifs auxmoyens
d’existence,ce qui
entraînerades déficits
deconsommationalimentaire
à courtterme.
Phase 5
Famine
Même avec les
filets sociaux et
les autres
interventions
en cours, dont
la réponse
d’urgence, au
moins un
ménage sur
cinq dans la
zone a un
déficit complet
en alimentation
et/ou autres
besoins de base
et est
clairement
exposé à
l’inanition, au
dénuement ou
à la mort.
94
Figure 10. Calendrier des enquêtes et des analyses du Système National d’Alerte Précoce (SNAP)
328
328
Le calendrier agricole est tiré de CNSA, 2013c.
95
Axe 2. OPÉRATIONNEL
Objectif général. Rendre disponibles les biens et les services nécessaires à l’atteinte de la souveraineté
et sécurité alimentaires et de la nutrition à l’ensemble de la population, en temps normal et en
situation d’urgence suite à un choc.
Figures11 et 12. Architecture de l’Axe 2 de la PSNSSANH
96
97
Pilier 2.1 - Production agricole familiale, transformation et commercialisation.
Objectif spécifique. Investir dans la production familiale, la commercialisation et la transformation de
produits agricoles afin que le secteur fournisse durablement des aliments diversifiés en quantité et en
qualité suffisante sur des marchés approvisionnés par des aliments locaux de façon efficiente,
permettant ainsi à la population de se nourrir sainement et adéquatement.
L’analyse de contexte apporte quelques bonnes nouvelles pour l’agriculture haïtienne. Tout d’abord,
la structure des prix des produits alimentaires, plus élevée en Haïti que dans les pays de l’Amérique
Latine et des Caraïbes329, n’est certainement pas favorable aux consommateurs, mais suggère qu’il
devrait être rentable d’investir dans la production agricole nationale. Les producteurs haïtiens
disposent également d’un vaste marché interne, bien que contrôlé aujourd’hui par les acteurs de
l’importation. De plus, une croissance agricole élevée et soutenue, de l’ordre de 10% par année, peut
créer massivement de l’emploi à même de renverser les dynamiques migratoires et d’influencer
favorablement la croissance du PIB de la nation. Le développement du secteur agricole est ainsi
stratégique pour la nation et la stabilisation de la Gourde. Cependant, une croissance annuelle de
10% du PIB agricole correspond à une augmentation de la production de près de3.5 fois à l’horizon
2030 en faisant l’hypothèse que les prix sur les marchés restent au niveau actuel. L’analyse présentée
dans cette section vise, entre autres, à vérifier si une croissance agricole de l’ordre de 10% est
possible ou sinon quel taux de croissance peut-on attendre et, ensuite, de définir les mesures et
Programmes Nationaux pour y parvenir.
SECTION 1. Potentiel de croissance de la production agricole nationale ciblant le marché interne
Le marché interne est le plus accessible pour les exploitants agricoles pratiquant l’agriculture
familiale en vue de générer une croissance rapide du secteur agricole. Le marché interne ne
nécessite pas de transformation profonde des structures de production, de mécanismes de contrôle
de qualité sanitaire et de modalités de commercialisation pour répondre aux exigences des
consommateurs. Par contre, les infrastructures de transformation constituent un goulot
d’étranglement majeur pour les produits vivriers (riz, maïs et sorgho plus spécifiquement) ainsi que
pour les produits d’élevage et de la pêche (lait, viande et produits de la pêche). En contraste, les
marchés internationaux restent inaccessibles pour la grande majorité des producteurs haïtiens,
principalement en raison des standards de qualité nécessitant des réformes profondes de la
production, du conditionnement et des mécanismes de contrôle stricts doivent permettre une
traçabilité jusqu’aux champs.
Bilan vivrier actuel et projections à l’horizon 2030
Le bilan vivrier actuel330(tableau 20) montre que le riz est prédominant dans la diète alimentaire et
représente 58% des céréales consommées. Le bilan montre également qu’en année normale
329
Malgré un important différentiel de niveau de protection tarifaire.
Le bilan vivrier est basé sur les données et hypothèses suivantes :
Population : 10,911,000 (IHSI, 2015b ; projection pour 2015).
Production : basé sur une année favorable ; 2011 (CNSA, 2011).
Equivalents céréaliers : 1/3 pour la banane plantain et 1/3.5 pour les tubercules.
Consommation alimentaire : tableau 22.
Consommation animale : 61,000 tonnes de céréales (essentiellement du sorgho et une petite quantité de maïs) et
40,000 tonnes de tubercules (du manioc essentiellement)
Pertes post-récoltes et autres usages : 22% céréales, 17% légumineuses et 19% tubercules
Importations : basées sur les données de l’Administration Générale des Douanes (AGD) + estimations pour le maïs, les
légumineuses et la banane plantain importée de la République Dominicaine.
Réexportations : estimées à 10 000 tonnes de céréales et 30 000 tonnes de légumineuses.
330
98
(dernière décennie), le pays importe près de la moitié (42%) des produits vivriers utilisés. Ainsi,
contrairement à la perception générale, plus de la moitié des produits vivriers consommés en Haïti
sont toujours produits dans le pays. Le bilan montre également que les importations de produits
vivriers avoisinent 0.83 million de tonnes en Equivalents Céréales (EC). Ainsi, les producteurs
agricoles disposent potentiellement d’un marché national important à reconquérir du secteur de
l’importation. Ce marché à reconquérir est estimé actuellement à USD 700 millions au prix du
consommateur.
Les projections du bilan vivrier à l’horizon 2030 permettent de déterminer le potentiel de croissance
du secteur vivrier offert par le marché national mais aussi d’anticiper la situation dans le cas où rien
n’est entrepris pour redresser le secteur agricole. Deux scénarios sont ainsi présentés :
Le premier est le statuquo, projetant ainsi une croissance agricole de 0% (tableau 20).
Le deuxième explore la croissance maximum de la production vivrière, par une reconquête
‘réaliste’ du marché national (tableau 23).
Selon les projections de l’IHSI, la population augmentera de 22.5% à l’horizon 2030. Ainsi, le marché
interne pour les produits vivriers accroitra dans la même proportion.
Dans le scénario du statuquo, la production agricole et la diète alimentaire ne changent pas. Le riz
reste prédominant et représente 61% des céréales consommées. Les projections à l’horizon 2030
(tableau 21) montrent que les importations atteindront près de 1.3 millions de tonnes en EC (0.83
actuellement, soit une augmentation de 59%) dont le riz représentera 0.8 millions de tonnes (0.59
actuellement). Le taux d’autosuffisance alimentaire en produit vivrier diminuera à 46.6% (57.8%
actuellement) et la majorité des produits vivriers consommés seront alors importés (tableau 24). Les
indicateurs présentés dans l’analyse de contexte continueront de s’aggraver, notamment la balance
commerciale. L’aide humanitaire devra être multipliée par 5 pour couvrir les besoins alimentaires.
Dans le scénario d’une croissance agricole accélérée des produits vivriers, la structure de la
consommation alimentaire, aujourd’hui excessivement basée sur le riz, est appelée à être modifiée.
L’analyse de contexte a montré que le riz est en train d’être déplacé par d’autres aliments,
notamment les snacks commerciaux et les boissons énergétiques, dont l’impact nutritionnel sur la
population est néfaste. La part de consommation du riz est appelée à diminuer. La MESURE 1.5.1
Promotion du manje lokal’ de la PSNSSANH vise, entre autres, à renouer avec une alimentation
traditionnelle et diversifiée. Le tableau 22 présente les changements anticipés de la consommation
alimentaire. Ces changements sont également accompagnés par les politiques commerciales et
tarifaires reflétant les orientations de la PSNSSANH (voir pilier 1.1). Ainsi, le premier constat est
qu’une croissance accélérée de la production vivrière orientée sur les marchés nationaux nécessite
une diminution significative de la consommation de riz dans la diète alimentaire, en faveur des
produits traditionnellement consommés, tels que le maïs, le sorgho et les tubercules. Dans ce
scénario, la part du riz représente 30% des céréales consommées à l’horizon 2030 (58%
actuellement). Le sorgho est une culture particulièrement favorable, étant donné son adaptation aux
zones de production plus sèches (par rapport au maïs), des recettes culinaires (nécessitant des
infrastructures de transformation adéquates) dont la présentation peut rappeler celle du riz ainsi que
de son utilisation pour la préparation de bière et de boissons énergétiques à base de malt. Les farines
de maïs et de sorgho peuvent également être mélangées, dans une certaine proportion, aux farines
de blé importées pour la préparation de pain, de biscuits et autres snacks. La production de maïs et
de sorgho pourra également répondre aux besoins de croissance du secteur de l’élevage et de la
pêche.
99
Tableau 20. Bilan vivrier actuel (en millier de tonnes)
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Semences
Alimentation animale
Pertes et autres usages
Exportations et réexportations
Importations
Importations commerciales
Aide humanitaire
331
.Source : adapté de CNSA, 2011a
Blé
Mais
Sorgho
Riz
0
109
109
0
0
0
0
109
109
0
349
410
306
7
20
77
0
61
55
6
138
138
65
1
41
30
0
0
0
0
120
706
655
5
0
26
20
586
560
26
Légumineuses
186
263
218
7
0
32
5
76
67
9
Céréales +
Légumin.
794
1,625
1,353
21
61
166
25
832
791
41
Plantains
(EC)
77
77
65
0
12
0
0
0
0
Tubercules
(EC)
271
271
164
16
40
51
0
0
0
0
Total
(EC)
1,142
1,974
1,582
37
101
229
25
832
791
41
332
Tableau 21. Bilan vivrier projeté 2030-31, sur la base d’une croissance agricole de 0% (en millier de tonnes) .Source : adapté de CNSA, 2011a
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Semences
Alimentation animale
Pertes et autres usages
Exportations et réexportations
Importations
Importations commerciales
Aide humanitaire
Blé
Mais
Sorgho
Riz
0
160
160
0
0
0
0
160
160
0
349
438
334
7
20
77
0
89
61
28
138
153
80
1
41
30
0
15
15
0
120
923
882
5
0
26
10
803
675
128
Légumineuses
186
350
281
7
0
32
30
164
117
47
Céréales +
Légumin.
794
2,025
1,738
21
61
165
40
1,231
1,028
203
Plantains(EC)
77
105
94
0
12
0
28
28
0
Tubercules
(EC)
271
323
214
16
41
51
0
52
52
0
Total
(EC)
1,142
2,452
2,045
37
102
228
40
1,311
1,107
203
331
Sur la base des estimations de population de l’IHSI pour l’année 2015 (10.9 millions).
Le bilan vivrier inclus les produits agricoles suivants : légumineuses (haricots, pois congo, pois inconnus et arachide), bananes (plantain) et tubercules (patate douce, manioc, igname, malanga,
mazombel et pomme de terre).
332
Sur la base des estimations de population de l’IHSI pour l’année 2030 (10.9 millions).
100
Tableau 22. Evolution de la consommation alimentaire (cibles) à l’horizon 2030 dans le scénario d’une croissance agricole accélérée
CIBLES Changements
2017→2030
Situation
actuelle
Kg/année per
capita
CIBLES Situation 2030
Kg/année per
capita
Riz
60
30
-50
Blé
10
12
20
Maïs
28
40
43
Sorgho
6
17*
183
Légumineuses
20
25
25
Plantains- Equivalents Céréales
6
12
100
Tubercule - Equivalents Céréales
15
22
47
Equivalents Céréales
145
158
9
Apport Nutritionnel journalier en Kcal
1410
1537
Pourcent d'un apport journalier de 2200 Kcal
0.64
0.70
Produits vivriers
%
* Inclus l’utilisation de sorgho pour la fabrication de boisson (bière et boissons énergétiques à base de malt).
333
Tableau 23. Bilan vivrier projeté 2030-31, sur la base d’une croissance agricole maximum de 7.3% (en millier de tonnes) .Source : adapté de CNSA, 2011a
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Semences
Alimentation animale
Pertes et autres usages
Exportations et réexportations
Importations
333
Blé
Mais
Sorgho
Riz
0
160
160
0
0
0
0
160
977
977
535
47
200
195
0
0
345
345
227
8
34
76
0
0
241
483
401
19
0
53
10
243
Légumineuses
559
528
334
67
0
95
63
0
Céréales +
Légumin.
2,121
2,494
1,657
141
234
419
73
403
Plantains(EC)
193
193
160
0
29
4
0
Tubercules
(EC)
542
542
294
65
80
103
0
0
Total
(EC)
2,857
3,229
2,112
206
314
551
77
403
Sur la base des estimations de population de l’IHSI pour l’année 2030 (13.4 million).
101
Les projections à l’horizon 2030 (tableau 23) montrent que le marché national peut soutenir une
croissance de la production vivrière de 7.3% par année. Les cibles de croissance sont différentiées
selon les cultures :
Maïs : multiplication par 2.8 de la production (8.3% de croissance annuelle) ;
Sorgho : multiplication par 3 de la production (10.1% de croissance annuelle) ;
Riz : multiplication par 2 de la production (5.5% de croissance annuelle) ;
Légumineuses : multiplication par 3 de la production (10.1% de croissance annuelle) ;
Bananes : multiplication par 2.5 de la production (7.3% de croissance annuelle) ;
Tubercules : multiplication par 2 de la production (5.5% de croissance annuelle).
Dans ce scénario, les importations de produits vivriers diminueront de plus de la moitié, passant de
0.83 million de tonnes à 0.4millions en 2030 et le riz de 0,59 à 0.24 million de tonnes. Le taux
d’autosuffisance alimentaire en produits vivriers s’améliorera pour atteindre 87.6% (57.8%
actuellement) et ainsi la majorité des produits vivriers consommés seront locaux. La production de
maïs et de sorgho répond aux besoins d’une croissance rapide de l’élevage (voir section suivante).Les
premières exportations de légumineuses pourront être envisagées (pois congo, pois noir). Par contre,
la moitié du riz consommé restera importée avec un taux d’autosuffisance projeté à près de 50%
(tableau 24). Dans ce scénario, les objectifs de souveraineté alimentaire pour les produits vivriers
sont atteints. La consommation des produits vivriers s’améliorera de 9%, réduisant ainsi la sousalimentation. Par contre, l’impact sur l’emploi reste insuffisant et nécessite une croissance accélérée
des autres sous-secteurs de l’agriculture, y compris pour les marchés d’exportation.
Tableau 24. Taux d’autosuffisance alimentaire en produits vivriers (souveraineté alimentaire) des deux
scénarios par rapport à la situation actuelle
Situation actuelle
2030 – 0% de croissance
agricole
2030 – 7.3% de croissance
agricole
EC
57.8
46.6
Maïs
87.5
79.6
Sorgho
100
90.3
Riz
17.0
13.0
Pois
70.9
53.3
Plantains
100
73.5
Tubercules
100
84.0
87.6
100
100
49.8
100
100
100
Bilan des produits d’origine animale et projections à l’horizon 2030
Le cheptel national des principaux mammifères domestiques (bovins, porcins, ovins, caprins et
équins) est estimé à un près de 4.9 millions de têtes, et à 8.6 millions de têtes pour les volailles, dont
88% de poules. Environ 3 millions de mammifères et 14 millions de volaille sont abattus chaque
année représentant une valeur monétaire de plus de 20 milliards de gourde, soit environ USD 267
millions (tableau 25).
Le bilan des produits d’origine animale (tableau 27) montre qu’en en année normale, le pays importe
actuellement 49%de la viande consommée334, 71% des œufs, 54% des produits de la pêche et
aquaculture et 76% des produits laitiers.
La contribution au PIB agricole de la production locale des protéines d’origine animale est de l’ordre
de USD 400millions (350 millions pour les viandes, œufs et produits laitiers, et 50 millions de USD
pour les produits de la pêche et aquaculture). La valeur des importations pour l’ensemble de ces
produits est de l’ordre de USD 240 millions. Ainsi, les producteurs et les pêcheurs occupent toujours
334
Dans la dénomination ‘viande’, on considère la viande désossée ainsi que les abats riches en protéines.
102
une partie importante du marché et disposent potentiellement d’une part importante de marché à
reconquérir.
Tableau 25. Cheptel, abattage, équivalent en viande et valeur monétaire.
Espèces
Abattus
Viande(tonnes)
Bovins
244,000
30,000
Valeur
(millions HTG)
6,000
Porcs
400,000
15,000
3,200
Caprins et
ovins
Equins
2,375,000
31,000
8,200
22,000
3,000
400
Volaille
14,000,000
17,041,000
9,500
88,500
2,500
20,300
Sources : RGA (MARNDR, 2009a); FAOSTAT, UniQ, 2018a et 2018b.
Les projections du bilan des produits d’origine animale à l’horizon 2030 permettent de déterminer le
potentiel de croissance du secteur élevage offert par le marché national mais aussi d’anticiper la
situation dans le cas où rien n’est entrepris pour appuyer ces secteurs de production.
Deux scénarios sont ainsi présentés :
Le premier est le statuquo, projetant ainsi une croissance de 0% (tableaux 28).
Le deuxième explore la croissance maximum de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture,
par une reconquête ‘réaliste’ du marché national (tableau 29).
Selon les projections de l’IHSI, la population augmentera de 22.5% à l’horizon 2030. Le marché
interne pour les produits d’origine animale accroitra dans la même proportion. Dans le scénario du
statuquo (tableau 26), la diète en protéines animales ne change pas, les importations de viande
passeront à 54% (49% actuellement), d’œufs à 77% (71% actuellement) et des produits de la pêche
et aquaculture à 63% (54% actuellement).
Dans le scénario d’une croissance accélérée du secteur, la structure de la consommation du type de
protéines d’origine animale n’est également pas appelée à être modifiée, sauf pour la viande de porc
et la viande de lapin (tableau 30). L’augmentation de la consommation de produits de l’aquaculture
constitue une substitution aux importations des produits de la pêche (même groupe alimentaire).
Cependant, la production nationale sera appelée à récupérer une grande part du marché national,
principalement pour la production d’œufs, de viande de poule, de porc et de poissons. Une
importante récupération du marché des produits d’origine animale transformés tels que les saucisses
et produits similaires, ainsi que des produits laitiers est anticipée. Des investissements dans la
transformation des produits agricoles est nécessaire pour absorber l'augmentation de la production.
Les projections à l’horizon 2030 (tableau 29) montrent que le marché national peut soutenir une
croissance de la production en protéines d’origines animales globale de 7.2% par année. Les cibles de
croissance sont différenciées selon les filières :
Viande de bœuf : multiplication par 1.23 de la production (croissance 1.6% annuelle) ;
Viande de porc : multiplication par 2 de la production (5.5% croissance annuelle) ;
Viande de caprin et d’ovin : multiplication par 1.25 de la production (croissance 1.8%
annuelle);
Poulet intensif : multiplication par 17 de la production (24.4% croissance annuelle) ;
Poulet traditionnel et autres volailles : multiplication par 1.25 de la production (croissance
1.8% annuelle) ;
103
Viande d’équin : multiplication par 1.25 de la production (croissance 1.8 annuelle) ;
Viande de lapin : multiplication par 7 de la production (croissance 16.2% annuelle) ;
Œufs intensifs : multiplication par 5.2 de la production (13.6% croissance annuelle) ;
Œufs traditionnels : multiplication par 1.28 de la production (croissance 2% annuelle) ;
Produits laitiers : multiplication par 2.5 de la production (croissance 7.3% annuelle) ;
Produits de la pêche maritime : multiplication par 2 de la production (croissance 5.5%
annuelle) ;
Produits de la pêche continentale et aquaculture (eaux douces) : multiplication par 7 de la
production (croissance annuelle de 16.2%).
Dans ce scénario, le taux d’autosuffisance passera pour la viande à 87% (55% actuellement), pour les
œufs à 89% (29% actuellement), pour les produits de la pêche et aquaculture à 78% (46%
actuellement) et pour les produits laitiers à 49% (24% actuellement). Les objectifs de souveraineté
alimentaire pour les protéines d’origine animale sont largement atteints. La consommation per
capita en protéines animale augmente de 9% passe d’environ de 12.5 à 13.3 grammes par jour
(tableau 30). De plus, la contribution au PIB agricole de la production locale des protéines d’origine
animale passerait de USD 400 millions à près de 800 millions (de 352 à 702 millions pour les viandes,
les œufs et les produits laitiers, et de 50 millions à près de USD 100 millions pour les produits de la
pêche et aquaculture). La valeur des importations pour l’ensemble de ces produits baisse de près de
USD 80 millions, passant de USD 242 millions à 160 millions.
Tableau 26. Taux d’autosuffisance alimentaire en produits d’origine animale (souveraineté alimentaire) des
deux scénarios par rapport à la situation actuelle
Situation actuelle
2030 – 0% de
croissance agricole
2030 – 6.0% de
croissance agricole
Situation actuelle
2030 – 0% de
croissance agricole
2030 – 6.0% de
croissance agricole
Viandes
total
54.9
45.9
Bœufs
Porcs
Poulet
intensif
5.7
4.4
Volailles
traditionnelles
100
100
Equins
Lapins
75.0
60.0
Caprins/
ovins
100
100
96.8
79.0
75.0
75.0
100
100
87.4
97.4
85.7
100
76.7
100
78.9
100
Œufs
total
28.7
23.5
Œufs
intensifs
25.0
20.2
Œufs
traditionnels
100
100
Pêche
total
46.3
37.4
Pêche
maritime
42.3
34.8
Pêche eaux
douces
93.0
75.9
Produits
laitiers
24.0
19.6
89.4
88.9
100
78.5
71.3
100
48.9
104
Tableau 27. Bilan des produits d’origine animale(en millier de tonnes, chiffres arrondis)
Production
30
15
Caprin/
Ovin
31
Utilisation totale
31
20
31
70
5
Consommation alimentaire
31
20
31
70
Exportations et réexportations
0
0
0
Importations commerciales
1
5
0
VIANDES (poids désossé)
OEUFS
335
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
PODUITS LAITIERS
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
Bœuf
Porc
Œufs
intensifs
7
29
29
0
22
Œuf
trad.
Poule
intensive
Autres
volailles
1
Equin
Total
viandes
Lapin
3
0.4
89
1
4
0.4
162
5
1
4
0.4
162
0
0
0
0
0
0
66
0
0
1
0
73
Total
2
2
2
0
0
Poule
traditionnelle
4
5
MIEL
9
31
31
0
22
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
35
146
146
0
111
PRODUITS DE LA PÊCHE ET
AQUACULTURE
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
Total
(Equivalent lait)
Total
0.4
0.4
0.4
0
0
Maritime
Eaux douces
15
35
35
2
2
2
0
0
0.4
20
Total
17
37
37
0
20
335
60 g pour un œuf importé ou issu de la production intensive locale ; 40 g pour un œuf
issu de la production traditionnelle.
Voir : http://www.fao.org/docrep/009/y5169f/y5169f09.htm;
http://oeuf.ca/intervenants/classification/
105
106
Tableau 28. Bilan des produits d’origine animale projeté 2030-31, sur la base d’une croissance agricole de 0%(en millier de tonnes, chiffres arrondis)
VIANDES(poids désossé)
Bœuf
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
OEUFS
30
38
38
0
8
Œufs
intensifs
7
35
35
0
28
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
PODUITS LAITIERS
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
Porc
Caprin/
Poule
Ovin
intensive
15
31
4
25
31
90
25
31
90
0
0
0
10
0
86
Œuf
Total
trad.
2
9
2
37
2
37
0
0
0
28
Total
(Equivalent lait)
35
179
179
0
144
Poule
Autres
Traditionnelle
volailles
5
1
5
1
5
1
0
0
0
0
MIEL
Equin
Lapin
3
4
4
0
1
Total
0.4
0.4
0.4
0
0
89
194
194
0
105
Total
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
PRODUITS DE LA PÊCHE ET
AQUACULTURE
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
0.4
0.5
0.5
0
0.1
Maritime
Eaux douces
Total
15
43
43
2
3
3
0
1
17
46
46
0
29
0.4
28
107
Tableau 29. Evolution de la consommation alimentaire (cibles) à l’horizon 2030 dans le scénario sur la base d’une croissance agricole maximum de 6.0%(en millier de
tonnes, chiffres arrondis)
VIANDES(poids désossé)
Boeuf
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
OEUFS
37
38
38
0
1
Œufs
intensifs
33
37
37
0
4
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
PODUITS LAITIERS
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
Porc
Caprin/
Poule
Ovin
intensive
30
39
69
35
39
89
35
39
89
0
0
0
5
0
20
Œuf
Total
trad.
2
35
2
39
2
39
0
0
0
4
Total
(Equivalent lait)
88
179
179
0
91
Poule
Tradittionnelle
6
6
6
0
0
MIEL
Autres
volailles
1
1
1
0
0
Equin
Lapin
4
5
5
0
1
Total
3
3
3
0
0
Total
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
PRODUITS DE LA PÊCHE ET
AQUACULTURE
Production
Utilisation totale
Consommation alimentaire
Exportations et réexportations
Importations commerciales
188
215
215
36
2
2
2
0
0
Maritime
Eaux douces
Total
30
43
42
1
13
14
14
14
0
0
44
57
56
1
13
108
Tableau 30. Evolution de la consommation des produits d’origine animale (cibles) à l’horizon 2030 dans le scénario d’une croissance agricole accélérée(chiffres arrondis)
Produits d’origine animale
Situation actuelle 2017
Kg/année
per capita
Viandes bœuf
Viandes porc
Viandes ovin et caprin
Viandes poulet intensif
Viandes poulet traditionnel
Viandes autres volailles
Viandes équin
Viandes lapin
Total viandes
Œufs intensifs
Œufs traditionnels
Total œufs
Produits pêche maritime
Produits pêche continentale et aquaculture
Total produits de la pêche
Produits laitiers (Equivalent lait)
Total produits laitiers
Apport Nutritionnel journalier (gramme/capita)
Pourcent de l’apport journalier minimum
338
recommandé en protéines, soit 48 g/personne
2.8
1.8
2.8
6.4
0.4
0.1
0.4
0.0
14.8
2.6
0.1
2.7
3.2
0.2
3.4
13.4
13.4
Kg de
336
protéines /année
per capita
0.6
0.3
0.6
1.3
0.1
0.0
0.0
0.0
3.0
0.3
0.0
0.3
0.7
0.0
0.7
0.5
0.5
12.5
26%
Changements
2017→2030
CIBLES - Situation 2030
%
Protéines
Kg/année
per capita
13
7
13
29
2
0
2
0
2.8
2.6
2.9
6.7
0.4
0.1
0.4
0.2
16.1
2.8
0.1
2.9
3.2
1.0
4.2
13.4
13.4
7
0
16
0
11
100
Kg de
337
protéines /année
per capita
0.6
0.5
0.6
1.3
0.1
0.0
0.0
0.1
3.2
0.3
0.0
0.3
0.6
0.2
0.8
0.5
0.5
13.3
28%
%
Protéines
13
10
13
27
2
0
0
2
6
0
13
4
10
100
%
0
31
1
5
0
0
0
700
7
7
0
7
-5
432
0
0
9
336
Afin de pouvoir comparer l’apport en protéines des différents produits d’origine animale, la quantité de protéines a été déterminée en utilisant un coefficient propre à chaque type de
produits (INRA, 2015). Pour la viande fraiche, selon l’espèce animale, le coefficient de protéines varie entre 18% et 22%, selon les morceaux. Un coefficient moyen de 20% a été utilisé (INRA,
2012). Pour les autres produits, les coefficients utilisés sont de 3,5% pour le lait liquide, 35% pour le lait en poudre, 12% pour les œufs de 12% (INRA, 2012), pour le poisson frais, 18%, pour le
poisson fumé salé type hareng le coefficient utilisé a été de 22% (IRZC, 2006).
337
Idem.
338
Selon la Direction de Nutrition du MSPP.
109
Taux de croissance du secteur agricole libéré par une recapture des marchés nationaux
Les projections des bilans vivriers et des produits d’origine animale montrent qu’une recapture des
marchés nationaux par la production locale permet de libérer une croissance annuelle de 7.3% du
secteur vivrier et de 6.0% du secteur de la production animale et de la pêche. Le taux de croissance
annuelle du PIB agricole libéré par ce potentiel est de 6.7%.
En termes de création d’emplois, les effets sont massifs. Les projections montrent que, par ses effets
directs et multiplicateurs sur l’emploi, une croissance agricole accélérée de 6.7% annuellement
permet de créer durablement 3 millions d’emplois à l’horizon 2030 (graphique 24). Cette création
d’emplois est suffisante pour remettre au travail la majorité des populations au chômage et inactives
de la nation, estimées à 4 millions à l’horizon 2030 (3.2 millions actuellement). Le chapitre 5 de la
PSNSSANH339 présente les fondamentaux de création d’emplois générés par la croissance agricole. A
titre de comparaison, une croissance improbable de 10% du PIB annuel du secteur de la
manufacture, ne créerait que 87,000 emplois à l’horizon 2030, soit 2% des projections de chômeurs
et inactifs.
Ainsi, le secteur agricole est le seul secteur en mesure de ‘nourrir’ la transformation de l’économie
haïtienne. Le secteur agricole est en mesure de libérer le potentiel de croissance économique de la
nation, de réduire les disparités de revenus entre les plus riches et les plus pauvres, de renverser les
tendances migratoires vers les zones rurales, de rééquilibrer les phénomènes d’urbanisation
incontrôlée, de stabiliser la Gourde face aux monnaies étrangères et de réduire l’inflation. L’impact
que l’on peut anticiper de cette création massive d’emplois sur la réduction de la pauvreté et de
l’insécurité alimentaire est majeur et se trouve au cœur de la stratégie de la PSNSSANH.
Les sections suivantes déterminent les mesures et Programmes Nationaux nécessaires pour parvenir
à générer une croissance agricole annuelle de 6.7%. Les efforts et les investissements à consentir
sont conséquents.
DRAFT
Graphique 24. Effet sur l’emploi de la croissance du PIB agricole et de la manufacture
339
Chapitre sur les choix stratégiques fondamentaux.
110
SECTION 2. Commercialisation et transformation des produits locaux
A. Priorisation
Division urbaine et rurale
En 1982, peu avant les ajustements tarifaires, Haïti ne comptait que 21% de population urbaine et
79% de population rurale. L’exode rural massif qui a suivi la dérèglementation des marchés agricoles
a profondément modifié la structure de l’habitat haïtien. En 2015, 52% de la population vivait en
zone urbaine alors que les projections à l’horizon 2030 indiquent que 62% de la population vivra en
zone urbaine, si la PSNSSANH n’est pas mise en œuvre (graphique 7, analyse de contexte). Ainsi,
durant les années 80, près de 80% des consommateurs étaient localisés directement dans les zones
de production alors qu’aujourd’hui, plus de la moitié des consommateurs se trouvent en ville, loin
des zones de production agricole. Le bon fonctionnement de la chaine de commercialisation des
produits agricoles locaux est aujourd’hui un élément essentiel de la croissance du secteur agricole.
Du producteur au consommateur : les Madan Sara
Les Madan Sara sont les principaux acteurs assurant la commercialisation de la production agricole
de 1 million de petits producteurs. Il n’existe pas d’estimation du nombre de Madan Sara opérant sur
le territoire national, mais on peut l’évaluer à environ 100,000. Ce nombre varie selon la période de
l’année340 ; les Madan Sara sont plus nombreuses durant les principales saisons de récolteet moins
nombreuses durant l’entre-saison341. Les Madan Sara se spécialisent dans la commercialisation de
produits agricoles locaux et le plus souvent travaillent dans leur zone d’origine. En zones rurales, de
nombreuses familles ont un membre actif en tant que Madan Sara. Elles sont les potomitan de
l’économie rurale. Elles travaillent durement, récoltant céréales, tubercules, plantains, fruits,
légumes, etc… sur les champs des producteurs et transportant ces aliments pour qu’ils arrivent,
encore frais, sur la table des consommateurs, principalement citadins. Elles assurent le transport des
produits agricoles des zones de surplus vers les zones de déficits. Ainsi, les Madan Sara assurent
l’agrégation des produits alimentaires au niveau de la production et les transportent jusqu’aux
marchés de consommation. Là, elles fragmentent leur cargaison pour revendre leurs produits à des
machann qui transportent les produits alimentaires à proximité des consommateurs pour la vente au
détail (figure 13). De plus, certaines Madan Sara se chargent de la transformation des aliments, en
louant les services de petits ateliers de mouture et réalisent, elles-mêmes, le travail fastidieux de
vannage et de nettoyage. Elles écoulent ensuite, sur le marché local, les différents sous-produits
obtenus. Après une rude journée de labeur, le soir venu, le plus souvent c’est directement aux cotés
de leur cargaison qu’elles passent la nuit, à la merci de l’insécurité, des intempéries et de
l’insalubrité. Les infrastructures de logement ne sont souvent pas disponibles à proximité des
marchés.
DRAFT
Une Madan Sara typique vit avec moins de USD 2 dollars/jour342 et fait donc partie des 59% des
pauvres du pays. Elles s’engagent alors dans ces activités pour subvenir aux besoins de base de leur
340
Voir CNSA, 2013c.pour le calendrier agricole.
La majorité des Madan Sara ont entre 30 et 65 ans, bien qu’occasionnellement, certaines d’entre-elles peuvent être plus
jeune. Selon le IHSI, la population de cette tranche d’âge est de 1.6 millions de personnes (2015), soit 0.8 millions en milieu
rural. Considérant que 10% des femmes rurales de cette tranche d’âge est sont engagées dans des activités, cela nous
donne une estimation de 80,000 Madan Sara rurales. A cela s’ajoute quelques milliers de Madan Sara urbaines.
342
Stam, 2012.
341
111
famille343. C’est ce qui explique qu’elles acceptent les risques et les difficultés qu’elles rencontrent
surtout durant leurs déplacements. Elles sont ainsi les héroïnes de l’économie haïtienne.
Le volume d’opération d’une Madan Sara dépend de sa capacité à financer les transactions. Sur les
marchés régionaux, elles disposent d’un fond de roulement de 2,000 (ti-Madan Sara) à 1 million de
Gourdes (gran-Madan Sara). Tant la compétition est grande entre elles, afin de garantir leur
approvisionnement, elles remontent jusqu’aux producteurs et achètent les produits alimentaires
directement sur les champs. Les contacts entre le producteur et les Madan Sara se font par
téléphone quelques jours avant la récolte. Parfois, pour se réserver des parts de marché, elles paient
des avances aux exploitants agricoles quelques semaines avant la récolte.
Figure 13. Illustration simplifiée des2 chaînesde commercialisation des produits alimentaires locaux et
importés, en compétition et évoluant dans des directions opposées
DRAFT
Chaînes de valeurs axées sur l’offre de produits vivriers locaux
Les exploitants agricoles ont plusieurs options de commercialisation de leurs produits :
En période de creux : La préférence des exploitants agricoles est de vendre eux-mêmes leur
production, par petites quantités aux Madan Sara (ou au détail) directement sur les marchés de
proximité. La vente directe sur les marchés permet aux exploitants agricoles d’obtenir les
meilleurs prix.
En période de récolte : Les exploitants agricoles vendent directement la récolte sur leur champ
aux Madan Sara locales et régionales344. Une fois le prix convenu, ces dernières s’occupent de la
récolte et recrutent la main d’œuvre localement pour le faire. Les exploitants agricoles se
réservent une partie du champ afin de continuer la vente, par petites quantités, sur les marchés
de proximité. Cependant, la majorité de la production agricole est vendue directement du champ
du producteur aux Madan Sara345.
343
MPCE, 2014, Banque Mondiale, 2015a.
Ces dernières sont le plus souvent des Madan Sara urbaines.
345
2 options de ventes sont généralement observées :
Achat de la récolte sur pied : La négociation du prix est réalisée avant la récolte entre le producteur et la Madan
Sara et l’unité de vente est le champ (ou la butte d’igname, la ligne de patate, etc…).
Achat par sac ou ‘marmit’ de vivres récoltés : La négociation du prix est réalisée avant la récolte et l’unité de vente
est le sac.
344
112
En période de pic des récoltes (surtout en année favorable) : Par manque de financement, les
Madan Sara ne sont plus en mesure d’acheter toute la production qui arrive à maturité. Les prix
des produits agricoles chutent. Les producteurs récoltent alors eux-mêmes et mettent en vente
leur production en sac au bord de la route. Les spekilatè interviennent alors sur le marché. Le
plus souvent, il s’agit d’agents de commerçants, de l’industrie de transformations (moulins)
généralement orientée vers la transformation de produits importés ou de grandes Madan Sara
de Port-au-Prince ayant eu vent de l’opportunité. On rapporte également la présence de
Dominicains sur le marché de spéculation durant ces périodes.
Le comportement des acteurs de la chaîne de valeurs des produits vivriers est ainsi conditionné par
l’offre et non pas par la demande des consommateurs, contrairement à la chaîne de distribution des
produits importés. Dans les chaînes de valeurs axées sur l’offre, le pouvoir de négociation se situe en
amont de la filière. Dans les chaînes de valeur axées sur la demande, le pouvoir de négociation tend à
se déplacer vers l’aval de la filière ; soit les distributeurs et les gros détaillants (supermarchés et
boutik).
Implications sur la compétitivité des produits vivriers locaux et la distribution des valeurs ajoutées
Cette situation a de nombreuses implications sur la compétitivité des produits vivriers locaux, en
termes de parts de marché, de distribution des valeurs ajoutées, de stratégies d’investissement des
exploitants agricoles et des revenus des exploitants agricoles.
Part de marché
La chaîne de commercialisation informelle des Madan Sara et des machann opère avec des coûts de
transactions très bas et donc compétitifs. Ceci explique leur faible revenu, mais cela leur a aussi
permis de maintenir une part dominante de la commercialisation des biens alimentaires et nonalimentaires dans tout le pays. En effet, 80% de tous les produits commercialisés et près de 100% des
produits locaux sont commercialisés sur les marchés informels, plutôt que dans des boutik où des
supermarchés (secteur formel)346.
DRAFT
Distribution des valeurs ajoutées
Les producteurs sont généralement en position de force pour négocier les prix vendus à une
multitude de Madan Sara en compétition entre elles. La connaissance des prix des marchés de
référence347 est indispensable dans les négociations. Ainsi, l’utilisation de la téléphonie mobile et
l’activation des réseaux familiaux avec les membres ayant migré en ville sont essentiels pour les
producteurs. Les analyses des chaînes de valeurs montrent (graphiques 25 à 30 et tableau 31) que les
exploitants agricoles capturent entre 50 et 70%348 du prix de détail pour les produits agricoles
nécessitant une transformation agro-industrielle (riz, maïs, sorgho, arachide) et proche de 80% pour
les produits ne nécessitant pas de transformation du producteur au consommateur (haricot, banane
plantain). Ceci compare favorablement avec les producteurs des pays industrialisés qui ne capturent,
au mieux, qu’entre 8 et 13% du prix de détail (tableau 31)349.
346
Schwartz, 2015.
Le marché de référence influençant les prix des produits locaux est le marché de Croix des Bossales à Port-au-Prince. Sur
ce marché opère les Madan Sara les plus influentes, qui achète des stocks sur les marchés les plus accessibles pour les
vendre dans les principaux centres de consommation tels que Port-au-Prince, Cap Haïtien, Gonaïves, etc… Ces
intermédiaires sont les pivots du commerce agricole haïtien. USAID, 2010.
348
= (coût de production + marge du producteur) / prix de détail * 100.
349
MENFP & PNCS, 2017b.
347
113
DRAFT
114
Graphiques 25 et 26. Chaine de valeurs du maïs (septembre et décembre 2016). Source : BID, 2005c
Graphiques 27 et 30. Chaine de valeurs du riz, du sorgho, du haricot et de la banane plantain (2005). Source : BID, 2005c
DRAFT
115
Par contre, lors de pics de production (Graphique 25), les prix s’effondrent, parfois même en-dessous
des coûts de production, car les acteurs du marché, soit les Madan Sara ne sont pas en mesure de
mobiliser suffisamment de crédit pour acheter l’ensemble de la récolte aux producteurs. Par ailleurs,
les producteurs ne disposent généralement pas d’infrastructures adéquates pour le ‘stockage des
vivres’, limitant la possibilité de différer les ventes.
Stratégie d’investissement des exploitants agricoles
Ainsi, le revenu de l’exploitant agricole par hectare varie considérablement (tableau 31) et est, entre
autres, lié à la capacité d’achat des principaux acteurs du marché. Le volume de production de
chaque zone est déterminant sur les prix. Etant donné le déficit de financement de la
commercialisation, la production agricole locale peut rapidement dépasser la capacité d’achat des
acteurs du marché. Dans ce contexte, l’exploitant agricole, en tant qu’entrepreneur, se trouve dans
une situation délicate. En effet, il est contraint de prendre en compte le risque qu’une augmentation
de la production résulte en une chute des prix, compromettant la rentabilité de ces investissements,
et ce, non pas parce que les marchés n’existent pas, mais parce que les acheteurs des filières locales
ne sont pas suffisamment financés. A cela s’ajoute, bien entendu, les risques météorologiques
(sécheresses, tempêtes, inondations).
En conséquence, les exploitants agricoles rationnellement privilégient des stratégies
d’extensification, de diversification et d’échelonnement de la production, plutôt que des stratégies
d’intensification qui sont trop risquées car elles impliquent des coûts plus élevés à l’hectare. Les
facteurs défavorables à l’intensification sont conséquents. Divers projets menés par des acteurs
nationaux et internationaux, y compris le secteur privé, ont œuvré pour accroître la productivité
agricole, mais ont tous eu des résultats mitigés.350
DRAFT
Tableau 31. Comparaison des marges des producteurs par rapport au prix de détail en Haïti et aux Etats-Unis
Produits vivriers
Prix au bord du
Prix de gros / prix détail
Marge des
champ/prix détail
–
Intermédiaires / prix de
- % (Haïti)
% (USA)
détail - % (Haïti)
Produits nécessitant une transformation agro-alimentaire avant la vente au détail
Riz (2005)
62%
13% (360/2780*)
16%
Maïs (2005)
51%
8% (151/1870*)
28%
Maïs (2016)
65-71%
8% (151/1870*)
17%
Maïs (2016)
51
Sorgho (2005)
55%
27%
Produits ne nécessitant pas de transformation agro-alimentaire avant la vente au détail
Haricot local (2005)
78%
16%
Banane Plantain (2005)
76%
11% (agrumes)
12%
351
11% (Pamplemousse)
* prix USD/tonne
352
350
FEWS-NET, 2018 ; FAO 2015; Molnar & al., 2015; PAPYRUS, 2016.
https://www.ers.usda.gov/data-products/price-spreads-from-farm-to-consumer/interactive-chart-price-spreads-andfood-markets/
352
Prix
de
gros :
http://www.worldbank.org/en/research/commodity-markets;
et
http://www.indexmundi.com/commodities/?commodity=peanuts ;
Prix
de
détail(Wallmart)
http://grocery.walmart.com/usd-estore/m/product-listing.jsp?query=yellow%20corn%20meal
351
116
Revenus de l’exploitant agricole
Contraints de choisir des stratégies d’extensification, la productivité agricole reste très faible. En
conséquence les revenus des exploitants agricoles sont très bas, atteignant 300 USD/ha dans les
meilleures conditions et le plus souvent oscillant entre 100 et 200 USD (tableau 32). Une étude
récente du GRET indique que les revenus bruts des producteurs varient entre 40 et 200 USD/ha pour
le maïs pluvial et entre -30 et 350 USD/ pour le maïs irrigué plus intensif353. Ce dernier chiffre
souligne les risques plus élevés de pertes avec l’intensification354. Avec une moyenne de 0.95 ha par
exploitation agricole355, ces revenus sont insuffisants pour sortir de l’extrême pauvreté (1.25
USD/jour et par personne), ni de stimuler l’économie locale et la création de nouveaux emplois.
Tableau 32. Estimation du revenu des producteurs pour différentes cultures
356
Culture
Marge du
producteur
(HTG/marmite)
Taux de change
(HTG pour 1
358
USD)
Rendement
moyen
(tonnes/ha)
Revenu du
producteur
(USD/ha)
Remarques
Riz (2005)
Maïs (2005)
Maïs (Septembre 2016)
19
7
2
40
40
62.5
1.8
1
1
320
65
12
Shella/Shelda
Maïs (Décembre 2016)
55
67
1
300
Sorgho (2005)
Haricot (2005)
14
36
40
40
1
0.6
100
200
357
359
Période de pic
de production
Période
de
creux
Sous-financement de la chaîne de commercialisation et de transformation des produits locaux
DRAFT
Les Madan Sara, opérant dans l’informel, ont difficilement accès à des lignes de crédit formel du
secteur bancaire haïtien. A l’inverse, le réseau d’importation et de distribution de produits importés
(figure 13), avec qui elles sont en compétition, est très bien financé, de l’importateur jusqu’au
komèsan présents dans toutes les principales localités du pays. Pour financer leurs transactions, les
Madan Sara font d’abord appel à leur famille, la diaspora, le voisinage, un ami, etc.360 Lorsque cela
est insuffisant, elles sollicitent le secteur de crédit informel pratiquant des taux usuriers (>20% par
mois) ou contactent un komèsan. Plutôt que du cash, ce dernier remet des sacs de vivres importés
(surtout du riz) à crédit aux Madan Sara qui s’empressent aussitôt de les revendre, à un prix inférieur
au marché, afin de pouvoir financer immédiatement leurs transactions (achat, transformation et
commercialisation) de produits locaux. La semaine suivante, elles sont contraintes de renouveler
l’opération pour maintenir leur ligne de crédit. 8% des Madan Sara obtiennent des crédits de la
sorte361. Dans ce processus, la commercialisation de produits locaux subsidie directement la
commercialisation des produits importés qui occupent alors une place de plus en plus importante sur
les marchés.
353
GRET, 2017.
L’étude note le risque observé d’obtenir des rendements mauvais, plus sensible dans les systèmes plus intensifs, tire
vers le bas le rendement économique des systèmes plus coûteux.
355
MARNDR, 2009a.
356
BID, 2005c et visites de terrain.
357
Graphiques 24 à 29et BID, 2005c.
358
BRH, taux de change. http://www.brh.net/evolutiontauxdechange.html
359
CNSA & MARNDR, 2012.
360
Stam, 2012.
361
Schwartz, 2015 et https://timothyschwartzhaiti.com/subsidizing-self-destruction-madam-sara-vs-komesan/
354
117
Le sous-financement de la commercialisation des produits locaux constitue l’un des principaux
goulots d’étranglements de la croissance du secteur agricole. Nulle part dans le monde, la
commercialisation de produits agricoles de petites exploitations agricoles à l’échelle nationale ne
s’est développée sans système de crédit rural.
Ainsi, le maintien de la production agricole à 20% du PIB national malgré les politiques commerciales,
tarifaires et budgétaires défavorables au secteur et le sous-financement par le secteur privé formel,
est absolument remarquable. En 2015, le PIB de la production agricole se chiffrait à environ 85
milliards de Gourdes, soit environ 1.7 milliard de dollars362. Ainsi, la commercialisation des produits
agricoles locaux nécessite la mobilisation de plusieurs centaines de millions de dollars durant les
périodes de récoltes. De façon remarquable, cela est réalisé quasi entièrement en-dehors du secteur
financier formel.
La commercialisation d’une production vivrière 2 à 3 fois supérieure à l’horizon 2030 par rapport au
niveau de production actuelle (cibles de la PSNSSANH présentées dans la section précédente)
nécessite la mise en place progressive de lignes de crédit pour des montants se chiffrant à plusieurs
dizaines de millions de dollars aux principaux acteurs de la commercialisation, les Madan Sara. Ces
dernières pourront alors investir dans la professionnalisation de la commercialisation et de la
transformation des produits agricoles locaux.
Organisation des marchés et achats institutionnels
Les marchés constituent les points d’intersection des réseaux d’approvisionnement, à travers
lesquels la majeure partie des produits alimentaires, locaux et importés, sont commercialisés. Nous
l’avons vu, près de 80% des biens sont commercialisés sur les marchés363. Les boutik sont beaucoup
moins importantes que les marchés, même dans les grandes villes. Il existe plusieurs niveaux de
marchés haïtiens, des grands marchés urbains de consommations, ouverts tous les jours, jusqu’aux
petits marchés ruraux de proximité, ouverts une fois par semaine. Les marchés régionaux
d’agrégation et de redistribution, ouverts deux fois par semaine, jouent le rôle de liaison entre ces
marchés, autant pour les produits locaux que les produits importés (figure 13). Un système
hebdomadaire de rotation des marchés est en place, permettant aux Madan Sara de se déplacer
d’un marché à l’autre, selon une fréquence régulière. Les marchés utilisent des unités de mesures
locales, habituellement la marmit de 6 livres (2.7 kg). Ces unités de mesures sont relativement
standardisées364 et ne constituent pas un obstacle au fonctionnement des marchés informels365. Les
marchés sont relativement bien intégrés et, en situation normale, la transmission des prix s’effectue
d’un marché à l’autre. Le système est généralement efficient, mis à part, la question des
financements en période de pic de production.
DRAFT
Par contre, par manque d’infrastructures et en raison du nombre élevé de Madan Sara et de
machann opérant sur les marchés (des centaines sur chaque marché) avec peu de capital, ces
derniers sont chaotiques et congestionnés. De plus, l’organisation des marchés ne distingue pas les
marchés d’agrégation et de redistribution (marchés de gros), des marchés de consommation
(marchés de détail). Les deux activités, soit le commerce de gros et de détail, se réalisent sur un
même point, ce qui amplifie la congestion des marchés de gros. Le plus souvent, les marchés
s’étendent le long des axes routiers et engorgent le trafic alors que les produits alimentaires pour le
362
Taux de change : 50. Selon les données chronologiques du taux de change de la BRH.
Schwartz, 2015.
364
Bien que le fond de la marmit est généralement incurve vers l’extérieur pour les achats et l’intérieur pour les ventes.
365
USAID, 2010.
363
118
commerce de détail sont placés à même le sol, sur une simple natte, dans des conditions
d’insalubrité parfois indescriptibles.
Cette situation limite les possibilités
Encadré 8. OPA et commercialisation (GRET, 2011)
pour
les
achats
institutionnels
En termes de commercialisation, les OPA doivent permettre
nécessitant de pouvoir réaliser les
de créer des débouchés pour leur production agricole avec
transactions
sur
des
marchés
une meilleure marge que la vente directe individuelle
d’agrégation et de redistribution
(activité collective de commercialisation et partage du
(marchés
de
gros)
dans
un
bénéfice ou de la plus-value dégagée). Mais les OPA ne le
environnement salubre et sur la base
font pas, ou très peu. Ainsi, les exploitants agricoles
continueront
à vendre directement sur le marché local, aux
d’unités de mesures métriques. De
Madan Sara.
plus, selon la loi sur la passation de
Lorsque les OPA commercialisent des volumes significatifs,
marchés366, les Organisations de
l’activité commerciale n’est pas considérée comme une
Professionnels Agricoles (OPA) ne
activité collective, car une partie des achats sont réalisés
peuvent pas participer à des marchés
auprès de Madan Sara et pas uniquement auprès des
publics. Cela exclut les organisations de
membres. De plus, comme les OPA ne sont généralement
producteurs les plus fréquentes de
financées que par quelques membres qui investissent dans
participer à ces marchés367, bien que le
l’activité de commercialisation, ces derniers se partagent les
plus souvent leur mode d’organisation
bénéfices.
ne leur permet pas de le faire (voir
aussi encadré 9). Ainsi, dans l’incapacité de s’approvisionner directement sur les marchés ou à
travers des mécanismes de passations de marchés, les achats institutionnels restent orientés sur les
produits alimentaires importés. Cela prive la production nationale de marchés importants, tels que
les cantines scolaires, les hôpitaux, la police nationale, les hôtels, les supermarchés, etc…
DRAFT
Afin de permettre aux institutions de s’approvisionner en produits locaux, créant ainsi de nouveaux
débouchés pour la production nationale, la création de centres d’achats de produits agricoles locaux,
à proximité des marchés existants est nécessaire. Afin d’améliorer les conditions sanitaires dans
lesquelles s’effectuent les transactions de produits alimentaires sur les marchés locaux, la priorité est
mise sur la construction de marchés publics, adéquatement dimensionnés, sur l’ensemble du
territoire.
Commercialisation des produits d’origine animale et de la pêche
Pour l’éleveur, la commercialisation des animaux est déterminée par le caractère ‘non périssable’ des
animaux qui sont vendus vivants, permettant à l'éleveur de retarder sa vente et ainsi d'obtenir un
bon prix pour son animal, car, à moins d’une urgence, il n'a pas de pression saisonnière ou
d’alimentation pour vendre à un prix qui ne convient pas. Ainsi, les éleveurs arrivent à capter
environ 60 à 70% du prix de détail. Pour les autres acteurs et intermédiaires de la filière, la
commercialisation est déterminée par la nécessité de revendre aussi rapidement que possible, soit
les animaux vivants, soit les produits d’origine animale. Ainsi, les négociants qui font le lien entre les
marchés de regroupements, les marchés de consommation et les bouchers doivent raccourcir le
circuit de commercialisation au maximum. Le transit des animaux vivants nécessite des frais
d'entretien évalués à 0.02% de la valeur marchande du bétail par jour368. Les produits d’origine
animale (viande, œufs, lait) sont eux très périssables.
366
Le Moniteur, 2009a.
MARNDR, 2011a.
368
Enquête sur la chaine des valeurs des filaires d'élevage FVI/UniQ 2017
367
119
Les négociants et voltijè sont les acteurs déterminants dans la commercialisation des animaux. Ils
achètent les animaux en particulier bovin, caprin et équin sur les marchés de regroupement pour les
acheminer vers les marchés de consommation. Ces derniers arrivent à dégager une marge nette
variant entre 25 à 30% en 4 à 5 jours. Les Madan Sara, elles, contrôlent la commercialisation des
volailles et dégagent des marges plus élevées, estimées entre 35 à 45%. Elles font toutefois face à
des risques plus élevés étant donné la fragilité des volailles aux aléas de la commercialisation et
opèrent avec des fonds de roulement moins importants. Les négociants sont, pour leur part, éligibles
aux crédits formels, plus avantageux. La figure 14 présente les acteurs du circuit de
commercialisation des produits d’origine animale.
Figure 14. Circuit de commercialisation des produits d’origine animale
La commercialisation des produits halieutiques frais est, quant à elle, caractérisée d’une part, par
leur caractère ultra-périssable et d’autre part par leur approvisionnement relativement constant
durant l’année. Ainsi, le principal goulot d’étranglement de la commercialisation est lié à la nécessité
d’une chaîne de froid. Le contrôle de la chaîne de froid offre un avantage comparatif aux
commerçants (ou agences), grossistes et supermarchés. Néanmoins, la chaîne de froid est
rudimentaire et basée sur un système d’usine de production de glace et de glacières d’une capacité
de 100 à 150 litres. Ces dernières permettent de conserver les produits entre le lieu de la pêche et le
premier point de vente, soit les commerçants, soit les marchés de consommateurs. Le principal
facteur limitatif de la commercialisation des produits halieutiques reste les faibles volumes de
production (voir pilier 2.1, section 3).
DRAFT
Les orientations des dernières décennies priorisent sur les infrastructures pour le transport routier,
par rapport aux infrastructures de cabotage (voir pilier 2.4), fait qu’aujourd’hui de nombreuses
communautés de pêcheurs sont pratiquement enclavées et ne peuvent pas commercialiser
directement les produits de la pêche (en frais). Dans ce contexte, les Madan Saraassurent la
commercialisation des produits frais de la pêche sur les circuits courts, en s’appuyant sur la
technologie rudimentaire des glacières. Elles se diversifient également dans la transformation et la
commercialisation de produits séchés-salés, utilisant des techniques de séchage traditionnel.
120
Goulot d’étranglement de la transformation
Très peu d’investissements dans l’industrie de transformation agro-alimentaire ont été réalisés dans
le pays durant les 30 dernières années. Cela constitue l’un des principaux facteurs de manque de
compétitivité de la production nationale par rapport aux aliments importés. A titre d’illustration, les
infrastructures de transformation des ateliers de mouture de maïs et sorgho sont rudimentaires et
ne permettent pas d’atteindre la qualité de présentation obtenue par l’industrie agro-alimentaire sur
les produits importés.
Structure des prix et choix des acteurs le long de la filière
Comme souligné plus haut, la structure de marché en Haïti est caractérisée par des dizaines de
milliers de Madan Sara en compétition entre elles opérant avec de très petites marges. Cela favorise,
en situation normale, une transmission d’une part substantielle du prix de vente au détail des
aliments en faveur des exploitants agricoles. Les producteurs des filières de produits importés, basés
sur l’agro-industrie, capturent, eux, une proportion nettement inférieure du prix de détail (tableau
31).Sur les marchés locaux, le prix de détail des céréales importées, et le riz en premier lieu,
détermine le prix des produits locaux :
La semoule de maïs (mayimoulen) locale est vendue à un prix légèrement moins cher que la
semoule de maïs importée (Graphique 33). La principale raison est que la semoule de maïs locale
présente des impuretés (paille, cailloux, germes, etc…), absent dans la semoule importée. Par
contre, d’un point de vue gustatif, les consommateurs préfèrent la semoule de maïs locale.
Cependant, elle nécessite un travail fastidieux de nettoyage par les ménagères afin d’obtenir un
produit de consommation adéquat.
Le riz local TCS-10 (ou diri Soley) est vendu plus ou moins au même prix (parfois légèrement plus
et parfois moins cher) que le riz importé (Graphique 31). Par contre, le riz local échaudé (Shella,
Shelda, Madan gougous) est vendu environ le double du prix du riz importé (Graphique 32), et
cela, malgré un pourcentage de brisures et d’impuretés plus élevé. Le nettoyage du riz local est
également nécessaire par les ménagères, mais ce travail est moins fastidieux que pour le maïs.
DRAFT
Pour le sorgho, le pays n’importe pas de sorgho pour la vente au détail. Par contre, le sorgho
local concassé est en compétition avec le riz importé.
Ainsi, alors que le prix des céréales importées et locales se rejoignent sur les marchés de
consommateurs, la structure des prix en amont des filières varie drastiquement. Cela influence le
choix des principaux acteurs :
Pour le consommateur, c’est la comparaison des prix de détail et la qualité de présentation entre
les produits locaux et importés qui influence ses choix (Graphiques 31 à 33).
Pour le transformateur industriel ayant installé son usine à proximité des infrastructures
portuaires de l’aire métropolitaine, c’est la comparaison entre les prix des produits importés en
gros avec les prix des exploitants agricoles ou des Madan Sara qui guide ses choix (Graphique
34369). A titre d’illustration, en mars 2018, le prix du maïs en grain importé en gros, rendu à un
entrepôt de Port-au-Prince revient à environ 300 USD/tonne à l’importateur, soit entre 1/3
jusqu’au double du prix du maïs en grain local (405 à 575 USD/tonne). Dans ce contexte, le choix
du transformateur industriel s’oriente naturellement vers l’importation, alors que les éventuels
achats de produits locaux ne peuvent se faire que ponctuellement durant les pics de production,
369
Maïs fob Argentina : http://www.commodity3.com/chain/YCO0UR/corn-yellow-argentina-upriver; Maïs fob US:
https://www.quandl.com/data/COM/PMAIZMT_USD-Maize-corn-U-S-No-2-Yellow-FOB-Gulf-of-Mexico-U-S-price-US-permetric-ton. Coût de transport maritime et logistique : estimé à 85 USD/tonne. Coût de taxes à l’importation : 20% DD, 6%
frais vérification et 10% de TCA.
121
lorsque les prix chutent (voir sections précédentes). Les politiques commerciales et le profil
tarifaire peuvent contribuer à renverser cette tendance.
Pour les Madan Sara transformatrices, l’option de l’importation n’est pas faisable. Elles réalisent
alors leur opération de transformation et de commercialisation en maximisant au mieux les
petites marges qu’elle partage avec la détaillante (tableau 31). Ainsi, autant que possible, elles
intègrent verticalement leur action sur la filière, en réalisant elles-mêmes toutes les activités
depuis le champ du producteur jusqu’à la vente sur les marchés.
Ainsi, pour le transformateur industriel (primaire, encadré 10), l’achat de produits agricoles locaux,
au-delà d’achats ponctuels, n’est pas viable économiquement. Ceci constitue la barrière la plus
importante de l’entrée de la transformation industrielle sur le marché des filières locales
(considérant le niveau actuel des tarifs à l’importation).
Une option pour les acteurs de cette industrie souhaitant développer les filières locales durables est
d’établir une relation contractuelle avec un réseau d’exploitants agricoles, et de leurs fournir les
intrants à crédit ainsi que l’appui technique nécessaire pour atteindre une augmentation drastique
de leur productivité au champ. Cette augmentation de productivité, permettrait alors au producteur
de vendre à des prix plus bas aux industriels que sur les marchés locaux. Le défi est énorme et une
seule firme privée tente cette expérience sur les filières vivrières locales.
Encadré 9. Transformation agro-industrielle
On distingue 2 niveaux de transformation agro-industrielle :
Transformation primaire : il s’agit de la transformation des produits
agricoles en aliments transformés utilisables par les ménagères. Cette
catégorie inclut les décortiqueurs et les moulins (riz blanchi, pistaches
décortiquées, farines, semoules ou gruaux, etc.), les abattoirs ou encore
les usines de conditionnement et d’iodation du sel. L’industrie de
transformation primaire s’approvisionne en produits agricoles nontransformés (locaux ou importés), soit des exploitants agricoles, soit
d’intermédiaires.
DRAFT
Transformation secondaire : il s’agit de la transformation d’aliments
générés par l’industrie primaire en produits ultra-transformés, tels que les
snacks industriels (biscuits, céréales soufflées, chips, etc.), les corn-flakes,
le pain, les saucisses, le lait reconstitué, les gazeuses, les boissons
énergétiques, les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (RUTF), etc.
L’industrie de transformation secondaire s’approvisionne en aliments
transformés (locaux ou importés) par l’industrie de transformation
primaire.
122
Graphiques 31 et 32. Prix au détail du riz importé et du riz local (TCS et Sheila). Source : base de données de la CNSA
Graphiques 33. Prix au détail du maïs importé et local. Source : base de données de la CNSA
DRAFT
Graphiques 34. Prix de gros du maïs importé et au producteur du maïs local
123
Les ateliers de mouture
Les ateliers de moutures de céréales (riz, maïs et sorgho) appartiennent à des fournisseurs de
services privés, des OPA (voir encadré 9) ou des Coopératives. Le plus souvent, les moulins
appartiennent à des OPA ou Coopératives lorsqu’ils ont été installés par un projet d’ONG ou un don
à travers le MARNDR (surtout pour le riz). Dans le Sud, plus de 50% des ateliers sont relativement
récents, soit entre 3 et 10 ans. Ils sont équipés de moulins à marteaux dont la majorité est fabriquée
par les artisans liés à l’École de Camp-Perrin dont les modèles proviennent du Danemark (moulins
Skol). Ces moulins sont également importés et vendus sur les marchés.370
Généralement, ces ateliers fournissent le service de mouture aux Madan Sara transformatrice et aux
producteurs. Cependant, par manque d’équipements adéquats, le travail de séparation (par
vannage) des sous-produits de la mouture est une activité pénible réalisée manuellement. Les
Madan Sara ont l’habitude de travailler ensemble, en utilisant les mêmes services de transport et de
mouture, tout en gardant une gestion individuelle de l’activité économique. Ainsi, ces
commerçantes, dont la transformation artisanale est l’activité principale, sont à même de créer des
organisations, entre elles et/ou avec les propriétaires des ateliers, pour réaliser les investissements
nécessaires à l’amélioration de la productivité et de la qualité des produits transformés. L’enquête
du GRET montre que toutes les Madan Sara se disent prêtes à payer une prestation supplémentaire
pour la séparation des sous-produits de la mouture. Elles peuvent également investir ensemble dans
de nouvelles structures de transformation et migrer vers l’agro-industrie.371
La croissance du secteur agricole, nécessitera de multiplier les infrastructures de transformation de
maïs/sorgho par 3 et d’augmenter la capacité de transformation du riz, avec des équipements
adaptés, permettant la séparation des produits du maïs et la réduction des brisures du riz. Cela
nécessite de lignes de crédits commerciaux et un appui à l’introduction de nouvelles technologies.
DRAFT
Transformation des produits issus de l’élevage
Certains produits agricoles sont ‘ultra’ périssables. En tête de liste nous avons les produits d’origine
animale ; le lait, les produits de la pêche et aquaculture, et la viande. Pour ne pas perdre ces
produits, s'ils ne sont pas immédiatement cuits pour être consommés, ils doivent être transformés
ou bénéficier d’une chaîne de froid ininterrompue.
A titre d’exemple, la plus grande partie de la production de lait local est actuellement consommée
sous forme de lait frais (lait cru bouilli à la maison). Le lait local est peu transformé (3 à 4%). La
production annuelle de lait local est estimée à 45,500 tonnes en 2003372, alors qu’elle pourrait,
potentiellement atteindre 145,000 tonnes sur une meilleure utilisation du cheptel actuel. Par
manque de débouchés pour vendre le lait, les producteurs ne traient pas le cheptel existant. La
production potentielle non valorisée est donc estimée à 100,000 tonnes. La commercialisation de
plus de lait passera obligatoirement par des infrastructures de transformation. Ces infrastructures
constituent le principal goulot d’étranglement de la filière. Il existe cependant certaines activités de
transformation. Parmi les plus importantes on retrouve :
Des petites unités formelles de transformation de lait en yaourt et lait stérilisé aromatisé.
Les fabricants de douces et de crémas, AK100 et autres produits contenant du lait.
370
GRET, 2017.
GRET, 2017.
372
Damais G., 2003.
371
124
L’expérience du programme Lèt Agogo semble assez concluante en ce sens, en assurant le contrôle
de qualité et la vente du lait local sous une forme capable d’être conservé facilement (yaourt, lait
stérilisé). Même vendu plus cher que le prix actuel du lait local vendu cru et frais, ces produits sont
compétitifs par rapport aux produits équivalents importés.
Implications sur les politiques tarifaires
Les comportements des acteurs de la production, de la transformation primaire et secondaire et de
l’importation sont drastiquement différents, principalement en ce qui concerne les Droits de Douane
(DD, tableau 33). Naturellement, les acteurs souhaitent une protection élevée sur les produits
importés pour lesquels ils sont en compétition. D’une part, les producteurs sont en compétition avec
tous les produits importés, et de l’autre les importateurs sont en compétition avec la production
nationale. L’industrie de transformation a des intérêts divergents selon qu’elle transforme des
produits agricoles (primaire), ou des aliments transformés (secondaire). Le secteur de la
transformation primaire est en compétition avec l’importation de produits alimentaires transformés
et le secteur de la transformation secondaire est en compétition avec l’importation de produits
ultra-transformés.
Cette situation nécessite un arbitrage du Gouvernement, en ligne avec les orientations de la
PSNSSANH. Le tableau 34 présente le gradient de tarifs pour les Droits de Douanes révisés. Une
distinction est faite sur les tarifs des aliments qui ne sont pas produits en Haïti, tels que les huiles
végétales ainsi que le blé et ses produits dérivés.
Tableau 33. Droit de Douane (DD) souhaités par les principaux acteurs des filières agricoles
Acteurs des filières agricoles
Producteurs
Transformateurs - Primaire
Transformateurs - Secondaire
Importateurs
Droits de Douane (DD) souhaités
Produits agricoles,
Produits alimentaires Produits alimentaires
importation
transformés,
ultra-transformés,
importation
importation
Le
plus
ÉLEVÉ Le
plus
ÉLEVÉ Le plus ÉLEVÉ possible
possible
possible
Le plus BAS possible
Le
plus
ÉLEVÉ
possible
Le plus BAS possible
Le plus ÉLEVÉ possible
Le plus BAS possible
Le plus BAS possible
Le plus BAS possible
DRAFT
Tableau 34. Gradients de Droit de Douane (DD) révisés par type de produits alimentaires et selon qu’ils sont
produits ou non en Haïti
Acteurs des filières agricoles
Aliments produits en Haïti (riz,
maïs, etc…)
Aliments que le pays ne produits
pas (huile, etc…)
Droits de Douane (DD) révisés
Produits agricoles,
Produits alimentaires
importation
transformés,
importation
ÉLEVÉ : +++
ÉLEVÉ : +++
MODÉRÉ : ++
ÉLEVÉ : +++
Produits alimentaires
ultra-transformés,
importation
TRÈS ÉLEVÉ : ++++
TRÈS ÉLEVÉ : ++++
125
Infrastructures de stockage des aliments
Dans le scénario d’une croissance agricole accélérée, la commercialisation différée des récoltes est
indispensable pour permettre d’étaler la vente de produits locaux sur les marchés. En raison de
l’insuffisance des infrastructures de séchage et de stockage des grains, des pertes de récoltes de 35 à
40% sont ordinairement enregistrées, selon la culture. Les exploitants disposent de structures de
stockage inadéquates et dans certains cas, ils ne disposent même pas des structures permettant de
stocker momentanément les produits en attendant une éventuelle appréciation des prix.
La plupart des exploitants agricoles utilisent typiquement le stockage en goane (sur les palmiers) ou
leurs maisons d’habitation pour entreposer les denrées en sacs ou dans des drums métalliques. Dans
ces conditions, les grains stockés sont exposés aux mauvaises conditions d’humidité et de
température. Ils sont souvent attaqués par les pestes (rongeurs, moisissures, insectes, …). Les grains
stockés peuvent nuire aux résidents de la maison en raison de l’espace contiguë de l’habitat. Etant
donné le risque de pertes post-récoltes élevées et le besoin de cash dans un contexte rural asséché
de crédit, la vente immédiate à la récolte est la pratique la plus courante.
Diverses technologies de stockage ont été introduites dans le pays par la Coopération Externe. Les
silos métalliques offrent une solution alternative intéressante aux méthodes de stockage pratiquées
actuellement. Au niveau familial et communautaire, les silos permettent de conserver des graines
dans de bonnes conditions durant plusieurs mois en les maintenant à l’abri des ravageurs, tels que
les rongeurs, les insectes et les oiseaux.
B.
Mesures et Programmes Nationaux prioritaires
Afin de corriger les disfonctionnements de la commercialisation des produits alimentaires locaux et
de libérer le potentiel de croissance du secteur agricole, la PSNSSANH priorise 1 mesure et 3
Programme Nationaux :
DRAFT
1. La mise en place de centres d’achats institutionnels de produits agricoles locaux ;
2. Le crédit rural pour les services agricoles, la commercialisation et la transformation de produits
agricoles locaux ainsi que les services d’appui à la production ;
3. Le stockage des aliments au niveau des exploitants agricoles, des OPA et des Coopératives ;
4. La construction d’infrastructures de marchés ;
5. La création de micro-parcs à vocation agro-industrielle.
MESURE 2.1.1
Destinataires
Producteurs
Centres d’achats institutionnels de produits agricoles locaux
Nombre de
bénéficiaires
Jusqu’à
1,000,000
Modalité
Coûts
Achats de
produits
agricoles locaux
Achats : 0 HTG
(Budgétisé dans le
PROGRAMME 2.2.1
Alimentation Scolaire
Coût total
par année
Ancrage
institution.
0 HTG
MARNDR
Le principal marché institutionnel est la cantine scolaire, représentant aujourd’hui un marché
d’environ 646,000 enfants scolarisés prenant un repas 100 à 150 jours par année scolaire.
L’expérience du PAM dans les Nippes a montré que la disponibilité de produits locaux n’est pas une
contrainte à l’approvisionnement des écoles (actuellement 15,000 élèves) et que, lorsqu’un marché
captif est garanti, les producteurs peuvent répondre. Les producteurs approvisionnant les deux
126
principaux marchés fournisseurs des Nippes, soit Fond des Nègres et Paillant373, sont en mesure de
fournir les aliments nécessaires pour des effectifs jusqu’à 10 fois plus élevés sans influencer les prix
du marché. Afin de stimuler les achats institutionnels, le MARNDR mettra à disposition des
opérateurs de la cantine scolaire intéressés, des espaces pour la constitution de centres d’achats de
produits agricoles locaux. Les opérateurs intéressés, mettront en place durant les 5 premières
années les infrastructures nécessaires pour réaliser les achats locaux dans de bonnes conditions
sanitaires. Les modalités d’opération d’achats d’un tel centre sont décrites dans le Manuel
d’Opération du Programme National de Cantine Scolaire.374
PROGRAMMENATIONAL 2.1.1 Crédit rural pour la commercialisation et la transformation de
produits locaux et les services agricoles (PN-CR)
Destinataires
Priorité aux
Madan Sara
et machann
Nombre de
bénéficiaires
100,000
Modalités
Montant
des crédits
Crédit à taux
d’intérêt favorable,
inclus le crédit
‘location-vente’
Coût total par
année
0 HTG
(opération autofinancée)
Ancrage
institution.
BRH
7,500 à 1.5
million HTG
Appui technique à la
transformation des
aliments
80 millions HTG
- MCI
- MARDNR
Le crédit à l’agriculture est risqué pour le secteur bancaire. Cependant, une partie importante de la
demande de crédit se situe en amont et en aval de la production, la commercialisation et la
transformation de produits locaux (Madan Sara et autres acteurs) et les services agricoles
(importateurs d’engrais, boutiques d’intrants, équipements agricoles, etc.). Ces secteurs sont
beaucoup moins risqués et permettent de débloquer une partie importante du potentiel des
exploitants agricoles qui sont au cœur de la stratégie de la PSNSSANH.
DRAFT
De plus, le système bancaire haïtien dispose de liquidités oisives conséquentes, estimées à 1.5
milliards de dollars mobilisables. De manière générale, pour exploiter cette liquidité oisive (ou
potentiellement oisive), le secteur bancaire doit être mis en état de prêter au potentiel productif,
quelques soit le secteur. Un important bassin de potentiel productif existe dans les filières agricoles
locales. Pour se faire, un certain nombre d’actions, du ressort de la BRH, sont nécessaires :
Former les officiers de banque dans le crédit à la commercialisation, la transformation et aux
services d’appuis à l’agricultures tels que les importateurs/distributeurs et revendeurs
(boutiques) d’intrants (engrais, semences améliorées, pesticides et autres), d’équipements
agricoles et d’unités de transformation agro-alimentaire.
Création d’un Fond de Garantie Partielle du Crédit (FGPC) permettant un effet de levier en
diminuant les risques liés au crédit rural.
Combiner les capacités de financement des banques à la proximité des Coopératives
d’Epargne et de Crédit (CEC) pour offrir des prêts syndiqués aux acteurs du secteur agricole.
Prioriser les crédits moins risqués aux services en amont et en aval à la production agricole,
notamment le stockage, la commercialisation (Madan Sara), la transformation (secteur
privé, inclus plateforme de Madan Sara) et les services d’appuis (importateurs, distributeurs
& boutiques d’intrants et d’équipements agricoles, ainsi que les services d’entretien).
373
374
Marché de Mussot.
MENFP & PNCS, 2017.
127
Ce système de crédit rural est accompagné par des appuis techniques au stockage et à la
transformation des produits alimentaires orientés vers les clients du système de crédit. Le
financement des entreprises agro-alimentaires développant des produits de substitution aux
importations constitue également une opportunité intéressante. Investir dans des entreprises de
substitution utilisant les matières premières locales, par exemple pour la production de couscous ;
pain avec farine de maïs ou de sorgho ; macaroni sans gluten ; snacks, gâteaux et biscuits ; spiritueux
; jus de fruits ; huileries & huiles essentielles ; savonneries & industrie cosmétique ; fermes d’élevage
moderne (poulets, œufs, porc, lapin, apiculture); industrie de la saucisse et du salami (viande et
protéagineux) ; produits laitiers ; céréales (barres, préparation et boissons) pour tous les âges à base
de céréales et protéagineux produits localement ; chocolateries ; etc…Ces entreprises ont besoin
non-seulement de financement pour les équipements, mais surtout pour constituer des stocks de
matières premières constitués de produits agricoles périssables et saisonniers. Le caractère
saisonnier impose très souvent à ces entreprises de fabriquer des stocks importants au moment de
la disponibilité de la matière première, mais dont les produits finis ne seront vendus que
progressivement. Elles doivent pouvoir financer ses « campagnes » d’achat et la longue période de
stockage des produits finis (ex, jus de fruits, l’affinage du fromage, etc.). Cette approche de
financement des acteurs de la commercialisation (entreprises privées, intermédiaires entre les
producteurs agricoles et les agroindustrielles) et des entreprises de la transformation permet le
partage des risques systémiques entre l’entrepreneur prestataire de services et les opérateurs de
crédit.
PROGRAMME NATIONALE 2.1.2
Destinataires
Priorités aux
exploitants agricoles
Nombre de
bénéficiaires
200,000
Stockage des aliments (PN-STOCK)
Modalité
DRAFT
Construction et ventes
subventionnées de
silos
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
18 millions Gourdes
Ancrage
institution.
MARNDR /
DDA
L’État haïtien à travers le MARNDR/DDA appuie des ateliers de construction de silos métalliques
pour le stockage au niveau des exploitants agricoles ainsi que de petits centres de stockage collectif
au niveau des OPA et des Coopératives. Les travaux de construction de silos sont confiés à des
ateliers locaux spécialisés dans la fabrication de silos et la formation des utilisateurs sur les
techniques de stockage comme le CODDE, Atelier de Camp Perrin, EMDH à Hinche, etc. Dans
l’attribution des contrats de services spécifiques aux entreprises de fabrication, l’obligation
d’intégrer des jeunes comme stagiaire est une condition nécessaire. Cela permet d’acquérir de
nouvelles compétences pour élargir des ateliers de fabrication de silos sur tout le territoire. Les
exploitants agricoles intéressés à l’achat de silos peuvent bénéficier d’une formation en technique
de stockage relative à l’utilisation de silos métalliques ainsi que dans la gestion des silos. Une
formation en renforcement de capacités des associations est également nécessaire. Le programme
établira des liens avec les institutions de crédit rural.
128
PROGRAMME NATIONAL 2.1.3 Construction de marchés et de points d’abattage (PN-CMPA)
Destinataires
Madan Sara
et machann
Nombre de
bénéficiaires
100,000
Modalité
Coûts
Construction
d’infrastructures
Prix du marché
(budgétisé dans le
PROGRAMME 2.2.1
Alimentation Scolaire
Coût total par
année
Ancrage
institution.
375 millions
HTG
MICT / Mairies
La priorité est portée sur les marchés les plus engorgés, soit les marchés urbains de consommation
et les marchés de gros (fournisseurs et redistributeurs). Les marchés de gros doivent sortir du milieu
urbain, pour des raisons sanitaires et d’urbanisation. Des nombreux petits marchés de
consommation urbains de proximité sont développés afin de limiter la vente le long des routes. Les
marchés incluent nécessairement des points d’abattage, surtout sur les marchés de consommation.
Plus de 250 points d’abattage publics situés à proximité des marchés ruraux et communaux
fonctionnent dans de très mauvaises conditions sanitaires375. Les entrepreneurs privés qui ont
investi dans des abattoirs seront soutenus par un accès au crédit. Le secteur privé sera invité à
développer des ententes avec les collectivités territoriales pour la gestion des abattoirs publics qui
se trouvent pratiquement tous dans un état de délabrement. Les mairies sont responsables de la
planification et de la gestion des marchés qui constituent par ailleurs une source potentielle de
revenus. Avec un appui technique du MARNDR, elles élaboreront un plan intégré de construction et
de gestion des marchés par zone. Le CIAT a réalisé une étude de modélisation et de normes pour la
construction de marchés.376 La Direction des Collectivités Territoriales du MICT met à disposition des
Mairies des fonds catalytiques pour réaliser les ouvrages.
PROGRAMME NATIONAL 2.1.4 Mise en place de Micro-parcs (PN-MPARC)
DRAFT
Destinataires
Entreprises de
transformation
de produits
agricoles
Nombre de
bénéficiaires
300,000
Modalité
Construction
d’espaces sécurisés
et équipés
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
100 millions HTG
MCI
Sur la base d’études de marchés et de consultations avec les acteurs des chaînes de valeur des
filières porteuses, 10 micro-parcs seront construits pour diminuer les besoins d’immobilisation pour
les services de base (eau, électricité, sécurité, etc.), avec possibilité de mutualisation de certains
services. La construction de micro-parcs sera réalisée dans le cadre de partenariats public-privés,
pour le financement et la gestion subséquente des micro-parcs. Des entrepreneurs pourront,
moyennant un contrat de location ou de gestion, louer et valoriser ces espaces qui pourront
accueillir des équipements soit pour la production, soit pour le stockage, l’entreposage, la
transformation et/ou le conditionnement des produits agricoles, de l’élevage et de la pêche (des
équipements qui pourraient être acquis sur la base de location-vente ou « leasing ». Tous comme les
acteurs des filières de la pêche, du café ou du cacao, les acteurs de la filière lait font partie des
secteurs qui pourraient valoriser des infrastructures des micro-parcs.
375
Une étude récente du MARNDR sur “l’offre de la viande et les conditions d’amélioration de la situation sanitaire de
l’abattage, propose des orientations concernant le mode de gestion à préconiser pour ces points d’abattage publics.
376
CIAT, 2018.
129
SECTION 3. Déterminants clés de l’augmentation de la production
A.
Priorisation
Zones agroécologiques et systèmes agraires
La République d’Haïti est un pays tropical traversé par trois grandes chaînes de montagnes
d’orientation est-ouest, soit transversalement par rapport à la direction des alizés. Cette disposition
du relief entraîne une grande diversité climatique permettant une diversification des systèmes de
production agricole. La pluviométrie varie de 400 à 3,000 mm par année, ce qui conditionne une
grande variabilité de la période de croissance des végétaux, allant de 100 à 360 jours. Cette
configuration permet également
une
grande
diversité de
Carte11. Zones Agroécologiques dominantes par Section communale
systèmes agraires et de cultures
possibles sur le territoire national.
Les zones agroécologiques
sont typiquement classées
selon 3 types de relief ; les
plaines, les plateaux et les
montagnes/mornes
et
3
niveaux d’hygrométrie ; les
zones sèches, les zones semihumides
et
les
zones
humides/très humides. A cela
s’ajoutent les périmètres
irrigués et les zones urbaines.
Une classification du territoire
en 11 zones agroécologiques
(carte 11) est ainsi obtenue.
DRAFT
Selon
les
zones
agroécologiques, on distingue
jusqu’à
trois
campagnes
principales (figure 15) :
La campagne de printemps dont la récolte a normalement lieu de mi-mars (haricots) à la mi-août
(50+% de la production) ;
La campagne d’été dont la récolte a lieu entre la fin août et novembre (25-30% de la
production). Pour la production de riz, la principale campagne agricole est la saison d’été avec
plus de 50% du riz récolté durant cette période377.
La campagne d’automne/hiver dont la récolte a lieu de décembre à début mars (<25% de la
production).
Près de 95% des surfaces cultivées se trouvent en zones pluviales. L’accès aux intrants agricoles tels
que semences de qualité, fertilisants, pesticides, produits vétérinaires, aliments pour le bétail, outils,
machinerie, etc. est très limité. La pluviométrie reste le principal facteur de production et ainsi les
variations annuelles de production peuvent être importantes. Les associations de cultures occupent
68% des surfaces cultivées, constituées essentiellement du maïs associé aux haricots, aux pois et à la
patate douce, mais aussi l’agroforesterie dans les zones humides (jaden kreyol). Ces pratiques
377
CNSA, 2013c.
130
permettent aux producteurs d’utiliser au mieux la faible fertilité des sols et de diminuer les risques
liés soit à un manque ou un excès de pluies.
DRAFT
131
Figure 15: Calendrieragricole
378
DRAFT
Tableau 35. Surfaces Agricoles Utiles (SAU) et systèmes agraires par zone, selon le nombre de saisons agricoles
378
CNSA, 2013c.
132
Zonage–
Selon le nombre de
saisons agricoles
SAU
379
ha
SAU
%
1 saisons
290,000
29
Principaux systèmes agraires
Cultures associées : maïs + patate douce et
maïs + pois congo
Monoculture : sorgho, maïs, arachide
Principales contraintes
agronomiques
2 saisons
418,000
42
Cultures associées : maïs + patate douce et
maïs + pois congo
Monoculture : maïs, sorgho, canne à sucre
8
Irrigué
Monoculture : riz, légume ou maïs (en
rotation), banane
211,000
21
Non-Irrigué
Cultures associées :
- Agroforesterie (jaden kreyol) : tubercules
(igname, patate douce, taro) + arbres
fruitiers (arbre véritable, avocat, café,
cacao, etc…) et forestiers
- Maïs + haricots/pois
Monoculture : légumes (inclus pomme de
terre), haricots/pois, maïs, canne-à-sucre
998,000
100
80,000
Eau (dépendant de la
pluviométrie)
Engrais
Engrais (maintien de la fertilité
des sols et productivité)
Semences
Eau (dépendant de la
pluviométrie)
Infrastructure
Gestion de l’eau
Engrais (productivité)
Semences
Erosion (forte pente)
Plantules d’espèces agroforestières
Engrais (maintien de la fertilité
des sols et productivité pour les
cultures sarclées)
Principales opportunités
d’augmentation des surfaces
cultivées
Petits-périmètres irrigués +
pompes d’irrigation (eau de
nappe)
Equipements agricoles pour le
labourage des terres
Utilisation de engrais
Petits-périmètres irrigués +
pompes d’irrigation (eau de
nappe)
Maintien des infrastructures
d’irrigation
Gestion de l’eau et maintien des
canaux tertiaires par les
utilisateurs
Expansion de l’agroforesterie
Cultures fruitières intensives
Utilisation de engrais
DRAFT
3 saisons
Total
379
Ces données ont été produites par le croisement des données du RGA sur les Surfaces Agricoles Utiles (SAU) par section communale et les données géoréférencées sur le zonage par
nombre de saisons agricoles (carte 2).
133
Les monocultures ne représentent que 14% de l’occupation des sols et les cultures pérennes 10%. Le
maïs est essentiellement cultivé en association avec des légumineuses (haricot) sur 92% des surfaces.
Seul 8% du maïs est cultivé en monoculture. Le sorgho est cultivé en association principale sur 55%
des surfaces. Le riz est exploité
en
monoculture
Carte 12. Nombre de saisons agricoles par Section Communale
essentiellement
dans
les
périmètres irrigués.380
Le croisement entre la carte
agroécologique
et
les
calendriers agricoles régionaux
du MARNDR a permis de
générer une carte du nombre
de saisons agricoles (carte 12).
Les zones ne bénéficiant que
d’une seule saison agricole
correspondent à la campagne
agricole de printemps. Les
zones
bénéficiant
de 2
campagnes agricoles peuvent
correspondre
soit
aux
campagnes de printemps et d’été (Centre et Grand Sud), soit de printemps et d’automne/hiver
(Grand Nord).381
Profil des exploitations agricoles pratiquant l’agriculture familiale
DRAFT
Nombre d’exploitants agricoles et surfaces cultivées
Le Recensement Général de l’Agriculture (RGA)382 a identifié 1 million d’exploitations agricoles sur
l’ensemble du territoire pour une Surface Agricole Utile (SAU) de 768,000 carreaux383. Ces
exploitations sont de petite taille et cultivent en moyenne 0.77 carreaux (1.0 ha) réparties sur une
moyenne de 1.8 parcelle. La moitié des exploitations agricoles exploitent moins de 0.5 carreaux
(tableau 36) et ne sont pas rentables sur le long terme. 98.6% des exploitations agricoles sont gérées
directement par l’exploitant lui-même et 1.4% sont en main d’un gérant. La croissance du secteur
agricole proviendra des exploitants agricoles pratiquant l’agriculture familiale et en particulier de la
frange des exploitations agricoles cultivant le plus de surface et ayant les moyens d’investir dans
l’intensification de l’agriculture. Ainsi, ce sont les 52% des exploitants agricoles ayant plus de 0.5
carreaux (0.65 ha) qui sont les moteurs de la croissance agricole. Ces exploitations sont également
celles qui sont orientées vers le marché, alors que les plus petites exploitations sont orientées vers
l’autoconsommation. Le RGA estime que 40% des exploitations agricoles sont orientées vers
l’autoconsommation et 60% vers le marché (vente de la production).384
380
MARDNR, 2009a.
CNSA, 2013c.
382
MARNDR, 2009a.
383
L’unité de mesure de surface utilisée par les exploitants est généralement le carreau et le centième de carreau.
Cependant, dans certaines zones, d’autres unités de surfaces sont pratiquées, tels que le pas qui équivaut à 0.01 carreau et
l’hectare qui correspond à 0.77 carreau.
384
MARNDR, 2009a.
381
134
385
Tableau 36. Nombre d’exploitations agricoles par taille de SAU (RGA ).
Classe taille SAU
Exploitation prise en
Exploitation prise en
Total des
(en carreaux)
main par l'exploitant
main par un gérant
exploitations
Moins de 0.05
0.05 - 0.1
0.1 - 0.2
0.2 - 0.3
0.3 - 0.5
0.5 - 1.0
1.0 - 2.0
2.0 - 3.0
3.0 - 4.0
4.0 - 5.0
5.0 - 10.0
10.0 et plus
Pas de SAU
Total
Total
10,763
31,735
81,480
135,188
180,326
302,514
166,845
34,550
9,776
3,717
3,755
386
43,291
1,004,326
%
1.1
3.2
8.1
13.5
18.0
30.1
16.6
3.4
1.0
0.4
0.4
0.0
4.3
Total
285
760
1,520
2,347
2,414
3,754
1,987
424
125
44
65
22
878
14,625
%
1.9
5.2
10.4
16.0
16.5
25.7
13.6
2.9
0.9
0.3
0.4
0.2
6.0
Total
11,048
32,495
83,000
137,535
182,740
306,268
168,832
34,974
9,901
3,761
3,820
408
44,169
1,018,951
%
1.1
3.2
8.1
13.5
17.9
30.1
16.6
3.4
1.0
0.4
0.4
0.0
4.3
Âge et niveau d’éducation
En moyenne, au niveau national, 68% des exploitants agricoles ont entre 25 et 55 ans et se trouvent
à la force de l’âge. 1/4 des exploitants agricoles ont plus de 55 ans alors que leur force de travail est
considérablement diminuée. La carte 13386présente la proportion d’exploitants agricoles âgés de plus
de 60 ans par Commune. Cette carte donne une information sur les zones les plus touchées par
l’exode rural ainsi que la disponibilité de main d’œuvre pour le travail agricole.
DRAFT
Le niveau d’éducation des
exploitants agricoles est très
bas. 52% des exploitants
agricoles ne savent ni lire, ni
écrire et 39% rapportent
savoir lire et écrire ou avoir
atteint
le
niveau
du
fondamental. Seuls 8% des
exploitants ont atteint le
niveau secondaire. Pourtant,
les exploitants agricoles
connaissent bien leur métier
de producteur ainsi que le
fonctionnement
des
marchés. Cependant, le
faible niveau d’éducation
limite les possibilités de
participation active dans la
385
386
Carte 13. Proportion d’exploitants âgés de plus de 60 ans par Commune
MARNDR, 2009a.
MARNDR, 2009c.
135
gestion en commun de ressources, par exemple dans le cadre de regroupement de producteurs en
associations (OPA, Coopérative) pour l’achat d’intrants ou la vente des produits agricoles.
Statut juridique et mode de faire-valoir des parcelles
Selon le RGA387, le statut juridique de la majorité des parcelles cultivées, soit 52.8%, l’est par titre
d’achat, alors que seulement 38.6% des parcelles sont obtenues par héritage388. Le 8.6% des terres
restantes sont soit cultivées en commun, soit elles appartiennent à l’Etat ou à l’église.
82% des parcelles sont cultivées par les exploitations agricoles, directement par le propriétaire. 8%
des parcelles sont cultivées sans frais d’accès à la terre, soit 2.4% sans contrepartie et 6.2% sans
autorisation préalable du propriétaire de la terre, le plus souvent en raison d’un exode forcé. Le
métayage, le plus souvent de type ‘moitié-moitié’, concerne seulement 8.2% des parcelles cultivées.
Ces données suggèrent une situation particulière de grande mobilité intergénérationnelle des
exploitations agricoles qui est corroborée par les observations de terrain. Tout semble se passer
comme si les exploitants agricoles accumulaient de la terre des achats lorsqu’ils sont à la force de
l’âge. Ensuite, ces terres sont mises progressivement en métayage lorsque la force de travail de
l’exploitant agricole diminue avec l’âge et au moment où la migration des enfants devenus adultes
vers les villes réduit la force de travail du ménage. Finalement, plus tard encore, les terres sont
vendues dans une proportion plus grande que cédées par héritage.
Exploitant agricole typique en tant que ‘moteur’ de la croissance agricole
Ainsi, l’exploitant agricole typique au centre de la stratégie de croissance agricole de la PSNSSANH
est caractérisé comme suit :
DRAFT
Il possède entre 0.5 et 3 carreaux ;
Il élève typiquement une vache ou un cochon, 2 caprins et 13 poules ou autre volaille ;
Il est âgé de 25 et 55 ans ;
Il cultive ses parcelles lui-même et, au besoin, augmente quelque peu ses surfaces par
métayage ou en cultivant, sans autorisation ou contrepartie, les parcelles de propriétaires
absents ;
Il cultive des parcelles dont il a obtenu la majorité par des achats ;
Il est dynamique et commercialise la majeure partie de sa production ;
Mais il ne dispose pas d’un niveau d’éducation élevé, limitant la gestion en commun de
ressources à travers le milieu associatif ou coopératif.
Il représente une classe sociale exclue et peu considérée par les classes de populations plus aisées.
Pourtant, ils constituent la force motrice du plus important secteur économique productif de la
nation ; le secteur agricole.
Une croissance rapide du secteur agricole nécessite de travailler sur le changement de perception
afin de revaloriser le travail des exploitants agricoles, ainsi que des Madan Sara, et d’en faire des
professions reconnues légalement et valorisées par la nation.
387
388
MARNDR, 2009a.
Avec ou sans titre.
136
Priorisation des filières
L’analyse de priorisation des filières agricoles est basée sur une analyse des opportunités, combinant
le revenu actuel estimé pour chaque filière et le potentiel de commercialisation à l’horizon 2030, soit
les opportunités de croissance offertes par les marchés. Le potentiel de commercialisation est estimé
sur la base des projections du bilan vivrier et des produits d’origine animale à l’horizon 2030
(tableaux23 et 29). Pour les produits d’exportation, les informations disponibles sur les marchés
internationaux ont été prises en compte. L’analyse permet de distinguer 4 groupes de
filières vivrières :
A. Filières à revenus élevés et à fort potentiel de croissance ;
B. Filières à revenus moins élevés et à fort potentiel de croissance ;
C. Filières à revenus élevés et à potentiel de croissance modéré ;
D. Filières à revenus moins élevés et à potentiel de croissance modéré.
Les filières A et B sont stratégiques pour la promotion de la croissance du secteur agricole et
nécessitent des actions spécifiques. Les filières de groupe C sont importantes, mais étant donné le
potentiel moins important de croissance, elles font l’objet d’approches visant à maintenir l’existant.
Les filières du groupe D sont ‘non-stratégiques’. Une amélioration de l’environnement général du
secteur agricole dans le cadre de la mise en œuvre de la PSNSSANH permet néanmoins une
croissance modérée des filières des groupes C et D.
Pour les besoins de l’analyse de priorisation, les filières agricoles sont assemblées en 3 groupes a)
produits vivriers ; b) produits issus de l’élevage et de la pêche et c) produits d’exportation.
Produits vivriers : Le graphique 35 illustre l’analyse d’opportunités des principaux produits vivriers.
Le PIB de l’ensemble des produits agricoles pris en compte dans le bilan vivrier (tableau 20) est
estimé à HTG 75 milliards (USD 1.0 milliard)389 (axe horizontal du graphique 35). L’analyse montre
que les filières prioritaires sont :
DRAFT
Dans le groupe A, 2 produits agricoles : haricot et maïs.
Dans le groupe B, 8 produits agricoles : riz, plantain, pois congo, manioc, arachide, sorgho,
patate douce et pomme de terre.
Produits d’origine animale : Le graphique 36 illustre l’analyse d’opportunités des principaux produits
d’origine animale. Le PIB de l’ensemble des produits d’origine animale pris en compte dans le bilan
(tableau 27) est estimé à HTG 30 milliards (USD 400 millions)390 (axe horizontal du graphique 36).
L’analyse montre que les filières prioritaires sont :
Aucun produit ne se situe dans le groupe A : Le potentiel de croissance des produits d’origine
animale générant les plus grands revenus est limité (groupe C).
Dans le groupe B, 7 produits : poulet intensif, œufs intensifs, lapins, produits laitiers, le porc,
l’aquaculture et la pêche maritime.
Produits d’exportation : Le graphique 37 illustre l’analyse d’opportunités des 5 principaux produits
agricoles exportés. La valeur totale des exportations agricoles est d’environ HTG 4.1 milliards (USD 55
millions)391 (axe horizontal du graphique 37). L’analyse montre que le potentiel de croissance des 5
principaux produits exportés sur les marchés internationaux n’a pas de limites par rapport à la
capacité de production nationale (voir ci-dessous).
389
Estimations de productions (MARNDR et CNSA) et prix aux producteurs (base de données du MARNDR).
Estimations de productions (MARNDR et UniQ) et prix aux producteurs (données collectées par l’UniQ).
391
Valeurs des exportations, données compilées par la BRH.
390
137
Graphique 35. Analyse d’opportunités des produits vivriers
Pot
ent
iel
de
co
m
me
rcia
lisa
tio
nà
l’h
oriz
on
203
0
B
A
D
C
Valeur en millions USD
Graphique 36. Analyse d’opportunités des produits d’origine animale
DRAFT
x
Pot
ent
iel
de
co
m
me
rcia
lisa
tio
nà
l’h
oriz
on
203
0
B
A
D
C
Valeur en millions USD
138
Graphique 37. Analyse d’opportunités des produits d’exportations
x
Pot
ent
iel
de
co
m
me
rcia
lisa
tio
nà
l’h
oriz
on
203
0
B
A
D
C
Valeur en millions USD
Synthèse
DRAFT
Les analyses d’opportunités relèvent que le potentiel de croissance le plus élevé ciblant les marchés
nationaux se situent sur les filières suivantes :
Maïs et haricot en particulier, ainsi que sorgho, plantain, tubercules et autres légumineuses ;
Poulet intensif pour la viande et les œufs, ainsi que le porc, la pêche maritime et
l’aquaculture.
Les analyses soulignent le potentiel exceptionnel du cluster maïs ou sorgho en intercalaire avec les
haricots et cela en lien avec la production de poulets intensifs pour la viande et les œufs. Les sousproduits de la mouture du maïs et du sorgho constituent des intrants indispensables à l’élevage du
poulet (et le porc). Le principal défi des filières animales qui ont le plus de potentiel est qu’elles
partent d’une base très étroite actuellement.
En prenant en compte les zonages par nombres de saisons agricoles possibles, nous avons les
clusters des filières suivantes par zone du nombre de saisons agricoles (carte 12) :
2 et 3 saisons par année : maïs et sorgho en intercalaire avec le haricot (ou pois congo dans
les zones moins humides en automne) en association avec l’élevage de poulets (viande et
œufs) ; patate douce et manioc ;
3 saisons par année, non irrigué : plantain, igname et patate douce (et autres espèces du
jaden kreyol) et élevage du porc (ainsi que dans les zones suburbaines) ;
3 saisons par année, irrigué : riz et maïs en intercalaire avec le haricot ou les légumes.
1 saison par année : sorgho, arachide et manioc en monoculture ou cultures associées.
139
Augmentation des surfaces
Les observations de terrain suggèrent qu’une partie non-négligeable des terres agricoles ne sont pas
mises en culture. Le tableau 35 présente les principales opportunités permettant d’augmenter les
surfaces cultivées et/ou le nombre de cultures par année. On notera en particulier :
L’augmentation de l’utilisation des engrais, permettant non seulement d’augmenter la
productivité, mais également, au minimum, de maintenir la fertilité des sols et ainsi de
réduire les surfaces en jachères392 ;
L’augmentation des surfaces irriguées, en particulier les petits-périmètres irrigués. Pour les
grands périmètres, la gestion de l’eau et le maintien des canaux tertiaires par les comités
d’utilisateurs sont importants ;
L’extension des systèmes agro-forestiers dans les zones de pentes (mieux à même de
protéger les sols) ;
Le manque de capital/crédit pour l’utilisation de machines agricoles pour le labourage des
terres et recruter la main d’œuvre agricole ;
L’amélioration de l’accès à la terre des propriétaires absents par les exploitants agricoles.
Les possibilités d’augmentation des surfaces cultivées sont plus importantes dans les zones
permettant 2 à 3 cultures par année. Dans les zones plus sèches ne permettant qu’une seule récolte
par année, l’eau (pluviométrie) est le facteur limitant. Cependant, la disponibilité de machines
agricoles pour le labourage permettrait de cultiver plus de terre, en particulier les années où la
pluviométrie est favorable.
Les bases de données existantes (RGA393 et autres) ne permettent pas d’avoir de bonnes estimations
des surfaces non-cultivées, incluant la mise en jachère. La PSNSSANH estime qu’une augmentation
de 1/3 des surfaces cultivées (jachères et terres non-valorisées) et/ou du nombre de cultures par
année sur les surfaces existantes, à l’horizon 2030 est possible. Cela nécessite, entre autres, un
encouragement de la mise en culture des terres non-utilisées par les propriétaires absents.
Cependant, il convient de noter qu’une partie des terres mises en culture est réalisée sur de fortes
pentes, augmentant ainsi le risque d’érosion des sols et de dégradation de bassins versants (voir
pilier 4.2, aménagement du territoire).
DRAFT
392
En raison du manque d’accès aux fertilisants, les producteurs ne sont pas en mesure de maintenir la fertilité des sols et
incluent ainsi la jachère ou au repos du sol, généralement entre 1 et 3 ans, dans un système de rotation.
393
MARNDR, 2009a, 2009b et 2009c.
140
Augmentation de la productivité des produits vivriers
Engrais
Graphique 11.
Selon le MARNDR, 85% des
bassins versants sont fortement
dégradés ou en voie de
dégradation
accélérée394.Les
sols
appauvris
d’Haïti,
nécessitent des fertilisants
organiques issus de l’élevage,
mais aussi industriels, pour
augmenter la productivité des
cultures et maintenir la fertilité
des sols. En 2016-17, les
producteurs haïtiens ont utilisé
en moyenne 3.8 kg d’engrais par
hectare cultivé395, alors que dans les pays de la région de l’Amérique Latine et des Caraïbes, où la
productivité moyenne est plus du triple, les producteurs en appliquent plus de cent kilos en
moyenne. Le pays utilise aujourd’hui plus de 4 fois moins d’engrais qu’en 1986-87 et 2.6 fois moins
qu’en 1995-96 (25,000 tonnes en 1986396, 15,000 tonnes en 1996 et 5,900 tonnes en 2016-17397), soit
une année avant que le programme de subventionnement des engrais du MARNDR ait débuté398.
Entre 1997 et 2017, le niveau de subventionnement fixé par le MARNDR a varié entre 80% et 33% du
prix à l’importation.
Ces chiffres soulignent les effets défavorables que peuvent avoir les programmes de
subventionnements d’engrais sur le long terme, lorsque ces derniers créent des distorsions sur les
marchés. Durant la dernière décennie, le subventionnement a été réalisé sur l’offre d’engrais, soit
par des importations directes du MARNDR, soit par des attributions de parts de marchés aux
importateurs et dont les importations sont financées par le MARNDR. La tentation des acteurs de la
distribution de capitaliser sur les subventionnements est grande. Une enquête en 2001 a révélé que
les prix des engrais sur les marchés étaient jusqu’à 40% plus élevés que si le marché était
entièrement libéralisé399. De nombreuses études dans le monde ont montré que le
subventionnement de fertilisants à la demande, par des bons délivrés aux producteurs, offre de
meilleurs résultats et crée moins de distorsions que le subventionnement à l’offre400.
DRAFT
Si l’on considère un retour à l’application d’engrais moyen de 1 à 7401, l’atteinte de la cible pour la
production vivrière de 2.86 millions de tonnes à l’horizon 2030 (tableau 23), l’utilisation annuelle de
l’engrais devrait être de l’ordre de 120,000 tonnes402. Ainsi, pour l’atteinte de cette cible, les
394
MARNDR, 2013b.
1.21 millions de carreaux sont cultivés annuellement selon le RGA, soit 1.57 millions d’hectares. 7,117 tonnes d’engrais
ont été utilisés en 2016.
396
Quantités importées par une seule firme ; Agricultural Services S.A. Communication personnelle.
397
Données du MARNDR.
398
Ce programme de subventionnement a été interrompu entre 2004 et 2007, pour être repris en 2008.
399
CNSA, 2011a.
400
GrowAfric, 2014; Shively G. & Ricker-Gilbert, J. 2013; FAO, 2012d; Ministry of Foreign Affairs of Denmark, 2012. IFPRI,
2009b.
401
En général, ce coefficient varie entre 5 et 8, le coefficient le plus élevé s’applique aux contextes ou l’utilisation d’engrais
est faible.
402
2.86 (en 2030) – 1.14 (actuellement) = 1.18 millions tonnes EC d’augmentation de production. Considérant que 60% de
cette croissance est déterminée par l’utilisation d’engrais (en conjonction avec des semences de qualité), nous avons : 1.18
395
141
importations d’engrais devront être multipliées par 20 par rapport à 2017. Durant les 5 dernières
années, mis à part des donations de la coopération internationale, la totalité des importations de
fertilisants sont issus de la République Dominicaine.
Une réforme du programme de subventionnement de l’offre d’engrais du MARNDR permettant au
secteur privé d’importer librement et de répondre aux besoins des exploitants agricoles est
nécessaire. Le programme du MARNDR est ainsi réorienté vers un programme de subventionnement
à la demande à travers des coupons, répondant au double objectif, d’une part, de développer le
marché national de l’engrais et, d’autre part, d’apporter un appui aux exploitants agricoles qui
comptent parmi les plus pauvres de la nation (équité).
Encadré 10. Subvention de la consommation vs subventionnement de la production
80% des populations rurales vivent dans la pauvreté et les ménages dépendant exclusivement de l’agriculture
sont les plus pauvres parmi les pauvres (BM, 2015a). Le pilier 2.2 de la PSNSSANH propose 2 programmes de
subventionnement de la consommation, soit l’alimentation scolaire destiné aux plus pauvres et les coupons
d’aliments locaux destinés aux ultra-pauvres.
Les bons alimentaires (programme 2.2.1) sont orientés vers les populations n’ayant pas la capacité de
s’engager dans la production agricole ; les ultra-pauvres. Les bons alimentaires sont reconnus pour améliorer
rapidement la consommation alimentaire des bénéficiaires. Cependant, au niveau micro-économique
(ménage) les transferts d’aliments peuvent être dissuasifs sur l’engagement de la force de travail du ménage
dans la production d’aliments.
Ainsi, pour les populations en mesure de produire, les exploitants agricoles, le transfert de coupons pour
améliorer leur accès aux engrais et aux semences améliorées est priorisé. Le prix de l’engrais CIF Port-auPrince est moitié moins cher que la tonne du mayi moulen ou du riz, local ou importé (données du MARNDR).
Par contre, chaque unité d’engrais utilisée par les exploitants agricoles génère plusieurs unités de produits
alimentaires. Ainsi, les transferts d’engrais permettent d’augmenter la production, de créer des effets
multiplicateurs sur l’économie et d’améliorer la sécurité alimentaire des ménages bénéficiaires (IFPRI, 2011). Au
niveau micro-économique, le transfert de fertilisants et de semences par des bons stimule l’engagement de la
force de travail du ménage dans la production. Ainsi, le subventionnement à la production bien défini permet
d’obtenir un meilleur retour sur l’investissement que le subventionnement à la consommation.
DRAFT
Semences
Les semences constituent un facteur de production essentiel de la croissance agricole car elles
conditionnent directement le rendement des cultures. Les semences contribuent à près de 30% de la
productivité des cultures et se situent ainsi au centre des débats sur la croissance du secteur.
La faible disponibilité des semences de qualité et l’absence d’une organisation claire au sein du
système semencier constituent les deux principales contraintes à l’intensification durable de la
production agricole. Ce sous-secteur semencier est caractérisé par de faibles interactions entre le
secteur public et le secteur privé, le manque de visibilité et de ressources humaines et financières
pour les quelques centres de production de semences élites (pré-base et base), la faible connaissance
par les acteurs de la législation semencière, le faible niveau de technicité des agriculteurs
multiplicateurs, l’absence d’entreprises commerciales semencières, l’absence d’un cadre de
programmation et de coordination des différentes activités semencières dans le pays, la faiblesse des
investissements de l’État dans le développement du sous-secteur semencier et la prédominance d’un
système informel de production et de commercialisation de semences qui fournit plus de 90% des
besoins nationaux en semences de qualité douteuse. La vulgarisation des normes de production de
* 0,6 / 7 = 0.1 millions de tonnes d’engrais. A cela s’ajoute environ 20,000 tonnes d’engrais pour couvrir les besoins des
autres production agricoles (légumes et autres).
142
semences, de qualité, la mise en œuvre du plan d’action déjà élaboré pour l’application de la
politique de développement des semences et la promotion des entreprises commerciales
semencières contribueraient au renforcement des capacités des acteurs et, par conséquent, au
développement d’un sous-secteur efficace et durable des semences en Haïti.
Aussi, il est nécessaire d’agir sur la filière des semences en Haïti par des interventions ou des
orientations stratégiques portant sur les 4 thématiques soit ; a) la gouvernance de la filière
semencière ; b) la structuration de l’offre et de la demande, c) le dispositif de ressources disponibles
sur les semences et d) les politiques et cadres structurants.
Maladies phyto et zoo-sanitaires
La propagation non-contrôlée de différentes maladies animales et ravageurs exotiques comme la
peste porcine classique, la maladie de Teschen et des maladies végétales tels que la paille noire du
riz, la rouille orangée du café, le jaunissement létal du cocotier, ou encore le puceron jaune sur le
sorgho sont responsables en partie de mauvaises performances des sous-secteurs de l’agriculture.
Parallèlement, les maladies animales telles que la rage canine, le charbon bactéridien, la maladie de
Newcastle, ainsi que les parasitoses internes et externes, qui sévissent aujourd’hui à l’état
endémique dans le pays. Les maladies végétales comme le mildiou de la pomme de terre, la
cercosporiose noire du bananier ou la rouille orangée du caféier n’ont pu à date être contrôlées. Ces
maladies, parasites et ravageurs causent des pertes économiques conséquentes pour la nation et
peuvent poser des risques de santé publique.
Tableau 37. Maladies et ravageurs prioritaires pour les végétaux
Maladies et ravageurs
Puceron jaune/pichon
Paille noire
Plantes
Sorgho
Riz
Charbon du mais
Mosaïque commune
(BCMV)
Mosaïque jaune (BYMV)
Mosaïque dorée (BGMV)
Fusariose
Sigatoka noire
Mal de panama
Charençons de la patate
douce
Anthracnose de l'igname
Tache bactérienne
Charbon de la canne
Scolyte
Rouille
Monilose
Jaunissement létal
Citrus Greening
ouHuanglongbing
Mouche des fruits
Fourmis envahissantes
Maïs
Haricot
Agents pathogènes
Melanaphissacchari
Steneotarsonemusspinki et Sarocladiumoryzae (complexe
acarien et champignon)
Ustilagomaydis
Genre Potyvirus, BCMV, Bean commonmosaic virus
Haricot
Haricot
Haricot
Banane
Banane
Patate
Genre Potyvirus, Bean yellow mosaic virus (BYMV)
Genre Begomovirus, Bean golden mosaic virus (BGMV)
Fusarium solani, f. Sp phaseoli
Mycosphaerellafijiensis
Fusarium oxysporum
Cylasformicarius
Igname
Manioc
Canne à sucre
Café
Café
Cacao
Cocotiers
Citrus
Meloidogyneincognita/vers blanc du charançon
Xanthomonas axonopodispvmanihotis
Ustilagoscitaminea
Hypothenemushampei
Hemileiavastatrix et Hemileiacoffeicola
Moniliophthoraroreri
Palm lethalyellowingphytoplasma
Psylle (bactérie)
Mangue
Toutes
Nombreuses *
Anastrepha (A. obliqua et A. suspensa)
DRAFT
Paratrechinalongicornis
Cochenille de l'hibiscus
Maconellicoccushirsutus
* Plantes préférées : hibiscus et corossoliers ; mais s'attaque à beaucoup de plantes telles que lesagrumes, les avocatiers,
les manguiers, les goyaviers, les pommes-cannelles, la canne-à-sucre, les cultures maraîchères (choux, concombres, salades,
poivrons, tomates...).
143
Tableau 38. Maladies et parasites prioritaires pour les animaux, dont certains représentent un danger pour
l’homme
Maladies et parasites
Parasitoses internes et
externes
Charbon bactéridien
Peste Porcine Classique
Maladie de Teschen
Maladie de Newcastle
Grippe Aviaire
Rage
Varroase
Espèces
Toutes
Agents pathogènes
Multiples, dont plusieurs sont transmissibles à l’homme
Herbivores
Porcs
Porcs
Volailles,
principalement
les poules
Volailles
Bacillus anthracis (bactérie), transmissible à l’homme
Virus de la famille des flaviviridés
Entérovirus de la famille des picornaviridés
Paramyxovirus de type 1
Chiens
principalement
Abeilles
Différents types de Virus de l’influenza spécifiques aux
oiseaux, peut représenter un danger pour l’homme
Rhabdovirus, transmissible à l’homme
Ectoparasite : Varroa jacobsoni ou Varroa
Le MARNDR estime à plus de USD 50 millions, les pertes annuelles directes causées par les
principales maladies sur le cheptel animal. Pour l’année 1997-1998, les pertes provoquées en Haïti
par la peste porcine classique ont été estimées à environ USD 8 millions. Selon une étude réalisée par
la FAO et le MARNDR, les pertes annuelles occasionnées par la lucilie bouchère du nouveau monde
s’élèvent à plus de USD 19 millions.403 Aucune estimation compréhensive des pertes des maladies,
ravageurs et parasites n’a été réalisée.
Les estimations existantes considèrent les effets directs ou à court termes sur les résultats d'élevage
ou des récoltes. Cependant, l’impact économique à plus long terme est exponentiel sur les résultats
du secteur agricole. En effet, la pression de certaines maladies et ravageurs met en péril, non
seulement la possibilité de croissance, mais la survie même de certaines filières telles que le sorgho,
la banane, le café, le cocotier, le citronnier ou encore certains tubercules. De plus, dans le cas de
zoonoses majeures et de pandémies ayant une dimension de santé publique. La faiblesse des
mécanismes de contrôle constitue une menace pour le reste du monde (panzootie).
DRAFT
Machines et équipements agricoles
Tous les travaux agricoles principaux tels que labour, désherbage, récolte, battage et vannage, se
font typiquement à la main. On note toutefois que la mécanisation est relativement importante dans
la plaine irriguée de l’Artibonite (pour le riz) alors que les labours se font le plus souvent avec des
bœufs dans le plateau central et la plaine des Cayes. Les travaux agricoles créent de nombreuses
opportunités d’emplois directement ainsi que par ses effets multiplicateurs (voir 5.2 ‘agriculture et
emploi’).
Le parc actuel de tracteurs est évalué à environ 500 unités, dont 400 appartiennent aux DDA et OPA.
Environ 240 unités ne sont plus en état de fonctionnement (60%) par manque d’entretien. 100 unités
(20%) appartiennent au secteur privé et sont opérationnelles. Les motoculteurs sont principalement
utilisés pour la riziculture. On estime le parc de motoculteurs à 250 unités, dont 100 appartiennent à
des opérateurs privés. En 2012, le MARNDR a distribué 400 motoculteurs dans la plaine de
l’Artibonite aux OPA. La majorité n’est plus opérationnelle. La gestion d’équipements agricoles par
les DDA et les OPA ne donne pas de résultats. Au contraire, cela limite les investissements du secteur
privé de développer le marché de vente et de service d’entretien durable et adapté aux besoins des
403
Organisation de la nouvelle UPS/MARNDR, aout 2015.
144
exploitants agricoles. Ces politiques ont conduit à l’existence d’un parc d’équipement agricole nonfonctionnel et ne répondant qu’à une toute petite fraction de la demande des exploitants agricoles.
La culture attelée est, elle, entièrement la propriété du secteur privé. Il y aurait environ 1000
attelages disponibles dans le pays. Un attelage peut travailler 2000 m2 par jour, soit 5 jours pour 1
hectare. Le coût d’un attelage est de 100,000 HTG. Le coût du labour est de 4 à 5,000 HTG par
hectare. Le développement de la culture attelée est limité par la topographie accidentée du pays.
De façon générale, le développement de la mécanisation est entravé par les politiques de
subventionnement à l’offre du MARNDR ainsi que la faible rentabilité des exploitations agricoles. Les
ajustements des politiques tarifaires (pilier 1.1) et la mise à jour de la politique de développement
agricole (pilier 1.3) devraient améliorer la situation. Un appui du secteur public pour une accélération
de la mécanisation agricole est toutefois nécessaire.
Augmentation de la production et de l’exportation de fruits et de plantes aromatiques
La proximité d’Haïti et son accès privilégié à des marchés importants des Caraïbes et de l’Amérique
Latine signifie que le potentiel d’exportation est considérable. En 2010, le Groupe de Travail sur la
compétitivité a souligné l’avantage comparatif de la production de fruits et de tubercules pour
l’exportation404.A ces denrées, le forum économique y ajoute les produits frais tels que les légumes
de contre-saison pour le marché des Etats-Unis405. Ces groupes de réflexions des principaux acteurs
de l’économie haïtienne mettent l’emphase, d’une part sur les opportunités d’investissements dans
l’agriculture commerciale (serres, etc…) et, d’autre part, la nécessité de mise en place de produits
financiers à des taux d’intérêts favorables, incluant les donations et l’assistance technique pour les
investissements initiaux. Depuis 2010, mis à part quelques initiatives bénéficiant de projets de l’aide
externe, ces investissements dans l’agriculture commerciale des principaux acteurs de l’économie
haïtienne n’ont pas vu le jour. Encore plus troublant est le fait que ces réflexions stratégiques sur le
développement économique de la nation sont réalisées quasi exclusivement dans le cadre de
conférences de bailleurs de fonds externes. A titre d’illustration des problématiques du secteur de
l’exportation des produits agricoles, les secteurs de la mangue, du vétiver et du cacao sont
brièvement discutés.
DRAFT
Mangue
Les barrières à l’exportation de produits agricoles frais sont importantes. L’absence d’un système de
contrôle de qualité sanitaire capable de répondre aux attentes des marchés d’exportation constitue
un goulot d’étranglement majeur. A titre d’illustration, pour la filière mangue, ce sont les agents de
la USDA qui réalisent le contrôle sanitaire pour les exportations de mangues aux Etats-Unis, et ce,
dans le cadre d’un programme d’aide au développement.
La filière de la mangue est intéressante en termes d’équité car elle constitue l’une des rares
opportunités d’exportations pour des micro-producteurs. En effet, 90% du volume de mangue
exportées, d’une valeur de HTG 900 millions (USD 12 millions) en 2017, provient d’exploitants
agricoles qui possèdent en moyenne 3 arbres. Cette situation est unique en termes d’équité et de
redistribution des revenus. Le projet ‘Haïti Hope’ estime que 200,000 exploitants agricoles
fournissent de la mangue pour l’exportation. Haïti était le premier exportateur de mangues aux
Etats-Unis dans les années 1990. Seule la variété ‘Francisque’ est exportée en raison de sa résistance
à la chaleur lors du traitement obligatoire contre la mouche méditerranéenne. Selon une étude du
404
405
République d’Haïti, 2010b.
Forum économique du secteur privé, 2010.
145
projet Haïti-Hope, l’exportation de la mangue est contrôlée par 8 exportateurs organisés en cartel,
l’Association Nationale des Exportateurs de Mangues (ANEM). Ce cartel est rendu possible par le
MARNDR et l’USDA qui fournit son service de contrôle sanitaire directement en Haïti et permettant
ainsi l’exportation des fruits. Les membres de l’ANEM dépendent de technologies de
conditionnement des mangues inefficaces et aucun nouvel investissement significatif n’a été réalisé
depuis les années 1990. L’exportation de la mangue haïtienne est limitée à 3 marchés américains ;
Miami, Atlanta et Hunts Point à New York City. Le reste du marché américain, sans parler des autres
marchés de la région et dans le monde, ne sont pas explorés. Malgré, des opportunités de marchés
exceptionnelles qui devaient permettre une augmentation des participants à l’industrie de
l’exportation, les membres de l’ANEM sont au contraire en constante réduction depuis sa création
(17 en 1974, 13 en 2008, 10 en 2010 et 8 en 2015). Le volume d’exportation dépend ainsi des
infrastructures existantes, non-renouvelées, d’un groupe de plus en plus restreint d’exportateurs.
Ainsi, l’accès de 200,000 producteurs haïtiens au marché américain dépend aujourd’hui entièrement
de la disposition, des compétences et des ressources de 8 maisons d’exportations de mangue.406
La République dominicaine voisine, qui s’est lancée dans l’exportation de mangues depuis le début
des années 1990, exporte pour près de USD 60 millions à 24 pays dans le monde, dont plus de 70%
en Europe qui n’exige pas de traitement des mangues par la chaleur contre la mouche
méditerranéenne. Les exportations dominicaines incluent la mangue francisque, mais aussi les
variétés Keitt, Kent, Palmer, Tommy Atkins et Haden. Le développement de l’industrie d’exportation
de mangues dominicaines a même bénéficié de la ‘réexportation’ de mangues haïtiennes.407
L’industrie est en pleine croissance et les exportations dominicaines ont plus que doublé durant les 4
dernières années408. Dans la structuration actuelle de la filière, il est peu probable que l’industrie
haïtienne survive à la compétition dominicaine, d’autant plus que la République dominicaine investit
actuellement dans les bassins de traitement en vue de capturer des parts du marché américain.409
DRAFT
Vétiver
Le vétiver est la seule filière d’exportation qui a toutefois réussi à se maintenir et progresser durant
les 30 dernières années. Selon certaines estimations, le marché mondial de l’huile essentielle de
vétiver serait de 250 tonnes. Haïti est aujourd’hui le premier producteur d’huile essentielle de vétiver
dans le monde avec une production de l’ordre de 100 tonnes par année (400 drums). L’huile de
vétiver est essentiellement utilisée dans la parfumerie. Ainsi, Haïti parfume le monde ! Selon la
compagnie Givaudan, l’un des plus grands groupes de production de parfum, ‘le vétiver le plus exquis
du monde est cultivé sur l’île d’Haïti’410. L’industrie emploie entre 30,000411 et 60,000412 producteurs,
principalement dans le Département du Sud. Le vétiver est planté dans les mornes, souvent dans des
terrains peu fertiles. L’impact environnemental de la culture du vétiver, en particulier en lien avec les
méthodes de récoltes des racines, pose la question de la durabilité de la filière.
La chaîne de valeur de la filière du vétiver est très fortement en faveur aux acteurs en aval de la
chaîne. Le prix de racines payé au producteur pour réaliser un kilo d’huile essentielle est d’environ
USD 65 alors que le prix sur les marchés internationaux de l’huile essentielle de vétiver haïtienne
était de USD 450 durant le premier trimestre de 2018413. De plus, la valeur du vétiver dans les
406
Haiti Hope Project, 2015.
Haiti Hope Project, 2015.
408
www.trademap.org/tradestat/Country_SelProductCountry_TS.aspx?nvpm=2|214||||0804|||4|1|1|2|2|1|2|1|1
409
Haiti Hope Project, 2015.
410
https://www.givaudan.com/sustainability/sourcing-for-shared-value/working-together/haiti-vetiver
411
UNEP, 2010.
412
BID, 2005e.
413
https://www.berjeinc.com/2018/03/01/vetiver-oil-haiti-4/
407
146
parfums vendus au détail varie de USD 5,000 à plus de 50,000 par kilo selon les marques. En d’autres
termes, seulement de 0.9 à 9% de la valeur de la filière du vétiver est réalisée en Haïti (la fraction la
moins élevée pour les marques de parfums les plus chers). De cette valeur, les producteurs de vétiver
haïtien en reçoivent 0.1 à 1%. La firme Givaudan a certifié une partie de son approvisionnement en
‘fair trade’ après avoir organisé 260 producteurs de vétiver en association et en garantissant un prix
minimum414. Le graphique 38 illustre la chaîne de valeur du vétiver.
Pourtant, le vétiver est la culture qui génère le plus de revenus pour les producteurs du Sud. Selon
une étude de l’UNEP, les producteurs de vétiver réaliseraient un revenu moyen de USD 1035 par
hectare, pour une récolte chaque 2 ans (soit un peu plus de USD 500 par année). Ces revenus se
comparent favorablement avec le revenu moyen des cultures vivrières variant généralement entre
USD 100 et 200, occasionnellement 300 par hectare (voir tableau 32 ci-dessus).
Graphique 38. Illustration de la chaîne de valeur internationale du vétiver haïtien
DRAFT
Café
La production nationale de café est en crise. Entre 2014 et 2015, 80% de la production a été anéantie
par des attaques non-contrôlées de la rouille orangée, le scolyte et la sécheresse. Alors que les
exportations de café représentaient USD 4 millions en 2014, elles ont chuté à moins de 1
million415.La production annuelle en temps normal avoisinait les 9,000 tonnes et contribuait à
hauteur de USD 28 millions au PIB. Aujourd’hui, la production représente 1/5 de ces volumes. Les
compagnies haïtiennes de torréfaction Selecto et Rebo, ont obtenu un permis d'importation de
20,000 sacs de 60 kilos en provenance de l'Ouganda et du Vietnam, faute de pouvoir acheter des
quantités suffisantes de café sur le marché local. Cette importation est indispensable pour leur
survie, selon ces compagnies.416
200,000 familles rurales dépendent de la filière du café. Le café est l'une des boissons les plus
consommées par toutes les couches sociales. Avant la chute de production, 65% de la production de
café était consommée localement. Le café est associé à d'autres cultures vivrières (igname, banane,
tarot). Son rôle dans la protection de l’environnement est un atout dans un pays essentiellement
414
https://www.givaudan.com/sustainability/sourcing-for-shared-value/working-together/haiti-vetiver. Le prix payé au
producteur n’est toutefois pas mentionné.
415
BRH, tableau de balance des paiements.
416
INCAH 2017.
147
montagneux (2/3 du territoire, et plus de 50% des terres avec des pentes de 40%417), les régions
caféières constituent une partie importante des zones encore boisées du pays. La relance de la
culture du café constitue donc l'un des leviers majeurs de la réhabilitation de l'environnement pour
la reconquête d'une bonne partie de 420,000 hectares de terres marginales mise en culture sarclée.
Cacao
En Haïti, la production de cacao est assurée par environ 20,000 exploitations familiales cultivant un
total de 15 à 20,000 hectares, principalement en agroforesterie dans des zones humides et reculées
des Départements du Nord et de la Grande Anse. La production a connu une régression sévère au
cours des 30 dernières années avec la baisse des cours mondiaux du cacao. La production annuelle
de cacao oscille entre 5 et 7,500 tonnes418.
Les variétés de cacaoyer que l’on trouve en Haïti font partie principalement des groupes Criollos et
Trinitarios, variétés très recherchées sur les marchés mondiaux, car fines et aromatiques. Elles sont
notamment utilisées pour la fabrication de chocolats haut de gamme. Pourtant, Haïti n’est pas
reconnue par l’Organisation internationale du Cacao (ICCO) comme étant l’un des exportateurs de
cacao fins et aromatiques419. Cela est dû au fait que la qualité des variétés de cacao haïtien n’est pas
valorisée ; seule 5 à 8% des fèves sont fermentées420 et le patrimoine génétique n’est pas maitrisé. La
fermentation du cacao est une étape cruciale qui permet le développement des précurseurs des
arômes du chocolat recherchés par les marchés exigeants, notamment en Europe. L’exportation des
fèves non fermentées de cacao haïtien, simplement séchées au soleil, est ainsi destinée au marché
de bas de gamme. Les prix du cacao haïtien vendu sur les marchés internationaux sont parmi les plus
bas au monde421. L’absence de connaissances et d’infrastructures minimales nécessaires à la
fermentation des fèves de cacao constitue un goulot d’étranglement majeur pour la compétitivité de
la filière sur les marchés internationaux.422
DRAFT
De plus, le marché d’exportation a été caractérisé comme monopolistique423, plaçant les producteurs
de cacao en situation de désavantage. La création de la Fédération des Coopératives Cacaoyères du
Nord (FECCANO), produisant et exportant du cacao fermenté a permis une marge plus élevée des
producteurs, mais également une augmentation des exportations. Selon la FAO, la fermentation du
cacao haïtien permet une augmentation de 45% du prix de vente sur les marchés internationaux et
permet de tripler le prix de vente du producteur ainsi que de multiplier par 2 fois et demi la marge de
l’opérateur de transformation424. Le cacao produit par FENACCO et d’autres coopératives récemment
créées pourrait en être prochainement reconnues par ICCO. De plus, le cacao haïtien de FENACCO a
reçu 2 prix prestigieux internationaux en 2015 ; le London Gold Award et le Cocoa Award.425
Au niveau de la production, le rendement du cacaoyer d’Haïti reste très faible, en moyenne 250 kg à
l’hectare comparé à d’autres pays de la région où le rendement atteint jusqu’à 3000 kg per
hectare.426 Cela est dû à l’absence générale de référentiels techniques pour la gestion des systèmes
agro-forestiers favorable au cacaoyer.
417
Plan national d'Investissement agricole 2010.
www.acted.org/fr/cacao-en-ha-ti-une-richesse-valoriser
419
https://www.icco.org/about-us/membership-of-the-icco.html
420
http://www.lenational.org/cacao-dhaiti-entre-filiere-porteuse-absence-de-politiques-publiques/ et ICCO, 2015.
421
BID, 2005g.
422
FAO, 2016, ICCO, 2015; Chery, W., 2015; BID, 2005g.
423
Chery, W., 2015.
424
FAO, 2016.
425
ICCO, 2015.
426
Jean, Ch., 2014.
418
148
Diversité variétale des fruits et marché national
L’arboriculture fruitière représente l’un des éléments de potentiel les plus importants du pays. La
quasi-totalité des gorges et fonds des vallées sont couverts d’espèces arborées parmi lesquelles les
arbres fruitiers sont dominants. On les retrouve à tous les étages écologiques, même s’il y a une
valence écologique différentielle qui détermine leur distribution spatiale. Ainsi, l’arbre véritable et le
cocotier se retrouvent plus dans les altitudes inférieures à 600 m alors que les citrus, en particulier le
chadéquier, et l’avocatier dominent dans les altitudes supérieures à 500 mètres.
L’un des importants avantages comparatifs de la production fruitière en Haïti est la grande qualité de
ces fruits et la diversité des variétés. Malheureusement, il n’existe pas d’inventaire et de
conservation de ce patrimoine national. Ce manque de connaissances et de conservation, limite nonseulement les investissements commerciaux car il est difficile de trouver le matériel végétal
nécessaire pour réaliser des investissements. Sans conservation et registre des ressources fruitières,
les pépinières et germoplasmes existants multiplient du matériel dont la signature variétale et les
performances ne sont pas connues.
La production de fruits est fortement saisonnière. Il en résulte des variations importantes des prix
aux producteurs ainsi que sur les marchés de consommation. La disponibilité, ainsi que la qualité, des
fruits sur les marchés locaux varient considérablement durant l’année. Cela constitue l’un des
principaux goulots d’étranglement de l’augmentation de la production de fruits pour le marché
national. En conséquence, l’importation de fruits de la République dominicaine est en augmentation.
La diversité des variétés existantes permettrait, si elle était adéquatement exploitée, de mieux étaler
les périodes de production durant l’année et s’adapter à la demande des marchés.
DRAFT
Synthèse
La première caractéristique commune de toutes les filières d’exportation est leur caractère ‘secret’
dans le sens où les acteurs en amont des filières ne disposent que de très peu d’informations sur
l’organisation, la chaîne de valeur, les goulots d’étranglements ou encore les opportunités en aval.
Ainsi, les producteurs ne sont pas au courant des prix pratiqués par les unités de transformation ou
les maisons/firmes d’exportations. Les exportateurs ne sont pas informés des opportunités des
filières au-delà des marchés d’exportations traditionnels et ne connaissent par les technologies de
transformation des produits exportés qui permettraient d’ajouter de la valeur dans le pays. Il en
résulte un figement, voir une contraction des filières d’exportation, avec l’apparition de stratégies
orientées vers l’accaparement de part de marchés existants. Cela limite les synergies entre acteurs
en vue d’une croissance générale de l’ensemble des filières d’exportations, en capitalisant sur les
importantes opportunités offertes par les marchés externes. Cette situation contraste drastiquement
par rapport aux filières orientées vers les marchés locaux (voir section 2 ci-dessus sur la
commercialisation).
La deuxième caractéristique des filières exportation est qu’elle ne bénéficie d’aucun encadrement
technique des services d’agriculture. Tout comme la filière du sorgho, la filière du café est en
profonde crise en raison de maladies et insectes non-contrôlés.
Pour le secteur fruitier, la mise en place d’arboretum et de pépinières de multiplication de plantules
de variétés de fruits permettrait de relancer durablement la production. Les mesures permettant de
lever les goulots d’étranglements des filières d’exportations sont présentées dans le pilier 1.1 sur les
politiques commerciales.
149
Production animale
Plus de 90% de la viande produite en Haïti provient de petites exploitations agricoles familiales427. La
faible disponibilité en grain et fourrage, particulièrement durant la saison sèche, rend le coût de
l’élevage commercial prohibitif. Par conséquent, les unités d’élevage intensifs se sont très peu
développées. Etant donné que l’élevage familiale est prédominant, la population animale a connu
une croissance constante depuis 1961, suivant plus ou moins la courbe de croissance de la
population humaine rurale. A partir des années 2000, le cheptel animal semble plafonner.428 Il existe
une synergie traditionnelle entre les productions animales et végétales. Pour l’élevage bovin, il s’agit
d’une production mixte de viande et de lait. L’élevage bovin est pratiqué sur environ 450,000
exploitations agricoles et l’élevage de caprins et ovins sur 600,000 exploitations. Le tableau 25 (pilier
2.1, section 1) présente le cheptel actuel des principaux animaux d’élevage.
Cette production extensive satisfait l’essentiel de la demande en volailles dites rustiques, en viande
bovine, et en viande de petits ruminants, et permet l’exportation annuelle de cinquante mille caprins
vers la République Dominicaine, ainsi que des centaines de bovins et des milliers de volailles
rustiques. Par contre, cette production ne peut pas satisfaire la demande nationale en produits
laitiers, en œufs et en découpes de viande de volaille industrielle429.
L’un des principaux goulots d’étranglement de l’élevage est dû au manque de fourrage en saison
sèche et de grains, en raison du déclin du secteur vivrier au cours des 30 dernières années. Ainsi, les
systèmes de production extensifs ont été favorisés par rapport aux systèmes de production plus
intensifs.430 La croissance du sous-secteur de l’élevage passera par une intensification des modèles
de production pour certains types d’animaux (poulet et porc principalement) et les synergies avec la
croissance de la production vivrière (couple poulet-maïs/sorgho et porc/tubercules, autres produits
vivriers ainsi que fruits et légumes)431. L’intensification de l’élevage sera essentiellement poursuivie
par les exploitants agricoles. Cependant, pour les filières dont le développement initial dépendra en
partie de l’importation d’aliments, l’implication de firmes déjà actives dans le secteur pourra stimuler
les filières pour autant que de bons mécanismes d’encadrement soient mis en place.
DRAFT
Bœuf, chèvre et mouton
Pour les filières du bœuf, de la chèvre du mouton, le potentiel de croissance est limité. Le mode
d’élevage est extensif et met à profit, par la pâture libre, l’utilisation des ressources fourragères
naturelles le long des champs, des chemins et des routes, sur les zones arborées (telle que pour la
production de charbon), sur les terres en jachère et les terres dégradées non-cultivées. L’utilisation
des sous-produits et résidus de récoltes jouent également un rôle essentiel pour ces filières.
Cependant, l’intensification de la production vivrière va générer une augmentation de la disponibilité
de sous-produits pour l’alimentation animale. Une croissance de l’élevage est ainsi anticipée par
l’accroissement de système de production semi-intensif basé sur l’utilisation des sous-produits de la
production vivrière.
Une amélioration dans la gouvernance de ces filières, par une plus grande coordination entre le
secteur public, les collectivités territoriales et les associations de producteurs, notamment pour
endiguer les phénomènes du vol de bétail, devrait permettre de libérer une partie du potentiel de
croissance de ces filières.
427
MARNDR, 2018b.
UniQ, 2018.
429
MARNDR, 2010a et MARNDR, 2018b.
430
BID, 2005; MARNDR, 2010a et MARNDR, 2009d.
431
Voir section sur la priorisation des filières.
428
150
Aviculture
Œufs. La consommation des œufs a beaucoup augmenté ces dernières années en Haïti. Cette
augmentation de la consommation est très notable dans les milieux urbains. Les œufs font partie du
petit déjeuner populaire en raison de la rapidité de préparation et de son apport en protéines. La
demande nationale en œufs provenant de l’élevage intensif est estimée à 30-40 millions d’œufs par
mois432. Aujourd’hui, l’importation couvre 71% de ces besoins et la production national 29% (tableau
26). Cependant, les restrictions sanitaires mises sur l’importation des œufs dominicains et les
changements apportés à la politique tarifaire par le gouvernement haïtien depuis 2011, ont créé un
momentum favorable pour la relance de l’aviculture haïtienne et la récupération progressive du
marché local par des entrepreneurs. Cependant, les orientations dans le cadre des négociations des
tarifs consolidés à l’OMC et le TEC de la CARICOM risquent de perdre ces acquis (voir pilier 1.1). Cela
a permis l’augmentation des dernières années grâce aux importants investissements privés faits dans
le secteur (environ 10 millions de dollars américains ; fermes de production, couvoirs, usines
d’aliments, abattoirs de volailles, etc.). La production nationale d’œuf est alors passée de 1 millions à
plus de 10 millions d’œufs par mois.433
En analysant les progrès réalisés au cours des 6 dernières années, la satisfaction de la demande à
environ 80% est réalisable. Pour y parvenir, un appui à la production de poulet de chair et d’œufs est
nécessaire pour encourager l’installation des plusieurs centaines de nouvelles unités semi-intensives
familiale de 500 à 5,000 poulets de chair ou pondeuses chacune. Ce modèle de production nécessite,
en amont, l’élevage de poulettes prêtes à pondre par des entreprises spécialisées et dont les
poussins sont issus d’œufs fertiles importés. Le développement de cette filière nécessitera la
coopération du secteur industriel avec les exploitants agricoles pratiquant l’agriculture familiale
disposés à investir.
DRAFT
Poulet de chair. Pour la production de viande de poulet, l’élevage intensif utilise d’autres races de
poules. Les souches de volaille de chair sont optimisées pour atteindre le poids d'abattage en 42
jours. Ainsi, l’éleveur peut réaliser jusqu'à cinq cycles de production en un an. Ce modèle de
production est disponible et bien maitrisé par des milliers de exploitants agricoles à travers le pays.
Ces éleveurs avaient été contraints d’abandonner leurs activités n’étant plus compétitif en raison des
politiques commerciales et tarifaires. Le secteur est en mesure de reprendre la production dès que
les conditions du marché le permettront et que les crédits bancaires sont disponibles.
L’approvisionnement en aliments de volaille constitue la principale dépense de la production de
poulet de chair (75%)434. Ainsi, le développement de l’aviculture se réalise en synergie avec la
production vivrière et en particulier les filières du maïs et du sorgho.
Porc
La production porcine, qui traditionnellement était la filière la plus dynamique et lucrative, offre de
nouvelles perspectives intéressantes de développement, tant en système de production traditionnel
que semi-intensif. Le porc traditionnel haïtien qui a été décimé et exterminé entre 1978 et 1982 par
la peste porcine africaine et son programme d’éradication, a été remplacé au cours des dernières
décennies par des races hybrides qui se sont progressivement réadaptées à l’environnement haïtien.
Mais encore une fois, des problèmes de maladies réintroduites (peste porcine classique en 1996) et
une nouvelle maladie (maladie de Teschen en 2009)435ont grandement affecté les investissements et
432
MARNDR, 2016b.
MARNDR 2015b et 2016b.
434
MARNDR, 2016b.
435
MARNDR 2010a et 2016c.
433
151
la production. Cependant, le contrôle de ces problèmes sanitaires du porc est désormais possible par
la vaccination. De plus, le porc bénéficiera de l’augmentation de la disponibilité des sous-produits de
récoltes et de l’agro-industrie céréalière. Cela est à même de stimuler les investissements dans cette
filière. Les différents modèles technologiques semi-intensifs (élevage en claustration, avec
maternités et aire d’engraissement) existent déjà dans le pays, et seront vulgarisés à travers des
formations.
Vol de bétail et coordination des filières de l’élevage
Pour le développement des filières animales, tous les acteurs des chaînes de valeur devront travailler
conjointement pour atteindre un meilleur niveau de dialogue et de coordination. Les Programmes
Nationaux du MARNDR joueront un rôle de facilitateur en mobilisant des techniciens pour animer
des commissions nationales de concertation permanentes pour chacune de ces filières de façon à
identifier les freins et contraintes, et trouver les modalités pour les lever. En particulier, le vol du
bétail et l’abattage anarchique sont deux phénomènes associés l’un à l’autre qui se sont accentués
au cours des deux dernières décennies et constituent un goulot d’étranglement de la croissance du
secteur. Le renforcement de l’application des dispositions relatives au contrôle du déplacement des
animaux les 3 dernières années a toutefois permis d’améliorer la situation.436La résolution de ce type
de défis des filières animales de façon durable nécessite d’institutionaliser les actions concertées de
toutes les parties prenantes.
Depuis 2013 le MARNDR a mis sur pied un système d’identification des bovins. L’identification
des bœufs par des boucles d’oreille et un carnet de vaccination a permis de diminuer drastiquement
le vol des bovins et de jeter les bases d’un système de traçabilité. Ce système est autofinancé par
les cotisations des éleveurs qui mobilisent plus de 1000 agents vétérinaires communautaires. Avec le
MICT et la Fédération Nationale des CASECS, le système des « laissez-passer » pour le contrôle du
mouvement des animaux a été unifié. Le MARNDR a mis en place un système de contrôle sanitaire de
base qui couvre 75% des 300 points d’abattage de bovin du pays. Des dispositions ont été prises avec
le Ministère du Commerce pour l’adoption d’un certificat sur l’origine de la viande de façon à
imposer aux commerçants l’obligation de s’approvisionner uniquement auprès de fournisseurs
s’étant eux même approvisionnés dans des abattoirs ou points d’abattage contrôlés. Ces dernières
dispositions sur le contrôle de l’abattage sont en construction. Ce qui signifie que bien que le vol des
bovins ait fortement diminué les autres espèces sont toujours en danger et les pertes des éleveurs se
situent autour de 30% à cause seulement de ce phénomène.
DRAFT
Pêche et aquaculture
Pêche maritime
Haïti possède 1,535 km de côtes437 et un plateau continental438 qui couvre une superficie de 5,900
km2439, le pays compte plus de 20,000 hectares de plans d’eau naturels et artificiels et près de 800
hectares de plan d’eau temporaires qui se remplissent à la saison des pluies440. Haïti possède une
Zone Economique Exclusive (ZEE) de 86,398 km2, soit plus de 3 fois la superficie du pays. Cette zone
pourrait être une zone de pêche de haute mer importante que le pays a le droit d’exploiter.441
436
MARNDR 2018b et 2015e et UniQ, 2018.
MARNDR, 2018a.
438
Surface de fond marin proche de la côte ne dépassant pas 200 mètres de profondeur.
439
MARNDR, 2007.
440
MARNDR, 2010b.
441
FAO, 2005d.
437
152
Pourtant, malgré ce potentiel économique, les techniques de pêche en Haïti restent le plus souvent
artisanales.
De plus, ni les ressources halieutiques du pays, ni les résultats de la pêche n’ont fait l’objet d’une
évaluation systématique au niveau national442. Cependant, cette lacune est en phase d’être
partiellement comblée grâce au recensement de certaines zones de pêche, en cours de réalisation
par le MARNDR443. Les prises de la pêche peuvent être globalement estimées à 17,000 tonnes
métriques dont 15,000 tonnes pour la pêche maritime444 et 2,000 tonnes pour la pêche continentale
et l’aquaculture445. Entre 53,000 et 72,000 familles de pêcheurs dépendent de ces activités et environ
30,000 marchandes pour la transformation et la commercialisation des produits de la pêche446.
Environ 95% des pêcheurs haïtiens peuvent être catégorisés comme pratiquant de la pêche
artisanale. Au cours des trente dernières années, le nombres de pêcheurs artisanaux a augmenté de
500%, passant de 11,000 en 1980 à 50,000 en 2010447. Ces pêcheurs dépendent de technologies
simples non-mécanisées et de matériaux locaux ou importés peu coûteux. Ils sont liés à des
marchandes utilisant des techniques traditionnelles pour le séchage et le conditionnement des
poissons et pour leur commercialisation, soit frais ou séchés. La pêche traditionnelle assure la
majorité de l’approvisionnement sur les marchés locaux et fournit également les produits
d’exportation (juvéniles d’anguilles, langoustes et chair de lambi et de poulpe). Elle permet
également à de nombreux ménages d’intégrer verticalement la chaine de valeur au niveau local ;
pêche, transformation et vente directe sur les marchés. Par contre, la pêche artisanale se concentre
sur la zone récifale côtière. Les prises sont constituées essentiellement de poissons juvéniles qui
n’ont pas eu le temps d’atteindre le stade de maturité voire de reproduction. Cette situation affecte
également les fruits de mer tels que la langouste, le lambi, l’écrevisse etc. Cela entraine une
diminution graduelle des prises par unité de pêche ainsi qu’une réduction de la taille des espèces
capturées. L’organisation Reef Check a classé Haïti comme le pays ou le système récifale est le plus
surexploité au monde448.
DRAFT
Environ 5% des pêcheurs sont en mesure de pêcher au large grâce à l’utilisation d’équipements
modernes, de bateaux en fibres de verre motorisés, des lignes mono-filaments résistantes, des
leurres, des GPS et des Dispositifs de Concentration des Poissons (DCP). Le MARNDR estime que 2000
pêcheurs pratiquent la pêche continentale449. Ainsi, les ressources côtières sont surexploitées tandis
que les ressources pélagiques profondes sont sous-exploitées par manque d’encadrement technique
et d’investissement dans les matériels et équipements adaptés.
Le MARNDR encourage la pêche artisanale améliorée en haut mer, par l’utilisation des DCP. Les DCP
sont des radeaux artificiels constitués de deux parties essentielles : une partie flottante et un
élément d’ancrage appelé lest ou corps mort placé à 300 mètres ou plus de profondeur. Les deux
parties sont reliées par une ligne de mouillage, des bâches sont fixées sur une partie des cinquante
premiers mètres. La superstructure et la ligne de mouillage du DCP sont colonisées par des algues qui
attirent des bancs de petits poissons. Toute une chaine alimentaire se développe autour du DCP
favorable pour l’alimentation des grands poissons prédateurs. Ainsi, le DCP attirent et retiennent des
442
MARNDR, 2010b.
MARNDR, 2018a.
444
13,800 tonnes poissons, 900 tonnes crustacés et 300 tonnes d’autres produits de mer (chair de lambi).
445
MARNDR, 2010b.
446
MARNDR, 2018a.
447
Schwartz, T, 2013 et MARNDR, 2018a. Le nombre de pêcheurs artisanaux est passé de 11,000 en 1985 à 30,000 en 2001
et 50,000 en 2010.
448
Reef Check, 2011.
Des constats similaires ont été faits par le MDE en 2009 et Mateo & Haughton en 2003.
449
MARNDR, 2010b.
443
153
bancs de poissons particulièrement les grands poissons pélagiques migrateurs, qui, peuvent alors
être pêchés à la ligne de façon artisanale. Ce modèle de pêche artisanale améliorée constitue une
innovation dans le système de pêche à même d’assurer la croissance du secteur.
Par contre, ce modèle requiert l’utilisation d’embarcations et de moteurs de qualité et des
équipements adaptés pour la navigation en haute mer. L’installation d’une chaine de froid ainsi que
de technologies de conditionnement du poisson est également nécessaire. L’adoption de ce modèle
par les pêcheurs artisanaux est dépendante, d’une part du regroupement des pêcheurs en
association ou coopérative et d’autre part de l’accès à des crédits commerciaux permettant le
financement de ces installations. Des alliances commerciales peuvent se développer entre pêcheurs
et commerçants, tant pour le marché local que pour l’exportation.
Plusieurs projets de développement de la pêche ont été financés et exécutés ces dernières décennies
dans le pays. De nombreuses ONG sont intervenues pour tenter d’améliorer la performance du
secteur. Des investissements ont été réalisés en matériels (dont la pose d’une cinquantaine de DPC
dans différentes zones du pays), embarcations, formation de pêcheurs, infrastructures de
transformation et appui à la commercialisation. Les débarquements de thons, dorades et autres
espèces pélagiques ont considérablement augmenté.
Aquaculture
La superficie totale des eaux continentales d’Haïti est estimée à environ 22,000 hectares. Plus de 2/3
(69%) de cette superficie est constitué des trois principaux lacs, soit le Lac Azuei (11,300 hectares), le
lac artificiel de Péligre (2,750 hectares) et les Etangs de Miragoâne (1,130 hectares) ainsi qu’une
multitude de petits plans d’eau (71) totalisant environ 2,700 hectares. Le pays compte, entre-autre,
31 cours d’eau plus ou moins permanents. A ce total, il faut ajouter environ 300 ha de retenues
collinaires artificielles construits dans le Plateau Central, l’Artibonite et dans le Nord-est, l’Ouest, le
Sud-est et qui représentent 1% de la superficie totale des eaux continentales.450
DRAFT
L’aquaculture a connu un essor cours des 10 dernières années, passant d’une production annuelle de
200 tonnes451 en 2009 à 700 tonnes en 2017452. La reproduction des poissons d’élevage est assurée
par 5 écloseries dont 2 sont gérées directement par le MARNDR et 3 sont issus de partenariats entre
ONG et entreprises privées. Cela a permis à de petites unités familiales d’élevage de se développer,
surtout dans les Départements du Centre, de l’Ouest et du Sud. Ces unités de production sont basées
sur des technologies simples de micro bassins familiaux de quelques dizaines de mètres carrés ou de
petites entreprises individuelles ou collectives. Les basins sont creusés dans les terres argileuses
capables de retenir l’eau. Les poissons sont engraissés avec des aliments composés sur place
directement par les producteurs ou achetés sur les marchés. En 2012, le nombre de petits bassins
familiaux était estimé à 1200453.
L’élevage en cage, pratiqué essentiellement sur les lacs Azuei, Péligre et Miragoane, a également
contribué à la croissance du secteur. Dans ce modèle de production, les poissons sont confinés dans
des cages flottantes artisanales ou industrielles et nourris sur place par le producteur, généralement
avec un aliment concentré commercial. Les écloseries peuvent assurer la production de larves de
poisson jusqu’à un poids de 0.3 à 0.5 grammes, la croissance de ces larves pour arriver au stade
d’alevin de 2.5 à 3 grammes utilisés par les fermes d’élevage demande de plus grands espaces de
production dont ne disposent pas les écloseries existantes. Des investissements supplémentaires du
450
Direction de la Pêche et aquaculture, MARNDR
MARNDR, 2010d.
452
MARNDR, Direction de la pêche et aquaculture.
453
MARNDR, 2012b.
451
154
secteur privé sont nécessaires. Cette contrainte, ainsi que la dépendance aux aliments importés,
constituent les principaux goulots d’étranglement de cette filière.
La gestion des lacs naturels et artificiels (Péligre), nécessite une régulation environnementale. Cette
régulation qui impliquera tant les autorités locales que les organisations de pêcheurs et/ou
d’éleveurs, permettra de fixer et contrôler notamment des tailles de captures.
B.
Mesures et Programmes Nationaux prioritaires
Afin de stimuler la croissance de la production agricole, la PSNSSANH priorise 2 mesures et 8
Programmes Nationaux :
1. La revalorisation du travail des exploitants agricoles et des Madan Sara par des concours
annuels ;
2. La loi limitant la perte des plaines fertiles et encourageant la mise en culture des terres
agricoles ;
3. La réhabilitation et la construction de périmètres irrigués ;
4. Les bons d’intrants agricoles subventionnés pour les cultures vivrières ;
5. Le leasing sur les machines agricoles ;
6. La promotion de l’arboriculture fruitière commerciale et de l’horticulture ;
7. La promotion de l’élevage ;
8. La promotion de la pêche et de l’aquaculture ;
9. Les plants et semences ;
10. La promotion de la mécanisation agricole.
DRAFT
MESURE 2.1.2
Destinataires
Exploitants
agricoles et
Madan Sara
Revalorisation du travail des exploitants agricoles et des Madan Sara par
des concours annuels
Nombre de
ménages
100 / année
Modalité
Concours pour
encourager un
investissement
Valeur des prix
/ destinataire
par année
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
75,000 HTG
11 millions HTG
Ancrage
institution.
MARNDR /
Cabinet du
Ministre
Le MARNDR, à travers les Directions Départementales, identifie 5 exploitants agricoles et 5 Madan
Sara modèles dans chaque Département sur la base de travaux pionniers qu’ils réalisent dans leurs
domaines respectifs. Les prix consistent en un transfert d’argent de 75,000 HTG par exploitant
agricole ou Madan Sara, destiné à encourager les initiatives pionnières de ces acteurs clés du secteur
agricole. Une couverture médiatique est donnée sur ces activités ayant pour objectif de présenter sur
un angle favorable la contribution de ces acteurs à l’économie nationale. La gestion de cette mesure
est assurée directement par le Ministre de l’Agriculture.
155
MESURE 2.1.3
Destinataires
Exploitants
agricoles
Loi limitant la perte des plaines fertiles et encourageant la mise en culture
des terres agricoles
Nombre de
bénéficiaires
À définir
Modalité
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Rédaction d’une loi
permettant la mise en
culture des terres nonutilisées
11 millions HTG
Ancrage
institution.
MARNDR / Cabinet
du Ministre
Une loi visant à endiguer l’hémorragie des terres agricoles dans les plaines les plus fertiles du pays,
notamment la plaine du Cul-de-Sac, la plaine des Cayes et la plaine du Nord est indispensable à
l’atteinte des objectifs de la PSNSSANH. La protection des terres agricoles est indispensable afin de
permettre au secteur agricole de jouer pleinement son rôle sur le long terme. La loi prendra
également en compte les considérations nécessaires en termes d’aménagement du territoire. Aussi,
afin d’encourager les investissements agricoles et de limiter les terres non-utilisées par les
propriétaires absents, un chapitre de cette loi intitulée ‘la terre à celui qui la cultive’ sera rédigée.
Cette loi doit constituer le résultat d’un effort conjoint de l’exécutif et du législatif, sur la base d’une
large consultation nationale.
PROGRAMME NATIONAL 2.1.5 Réhabilitation et construction de périmètres irrigués (PN-RCPI)
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
Exploitants
agricoles
100,000 exploitants
agricoles
Curage et création
de périmètres
irrigués
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
1.5 milliard HTG
MTPTC / CNE
DRAFT
La superficie aménagée actuelle est estimée à environ 90,000 hectares, dont 80,000 sont irrigués au
moyen de 250 systèmes d’irrigation. A travers ce programme, le MARNDR réhabilite et construit
120,000 ha de périmètres irrigués. Ce programme est mis en œuvre en conjonction avec des actions
de protection des bassins versants dans le cadre des activités prévues par les mesures transversales
de la PSNSSANH (voir mesure 4.2.1).
PROGRAMME NATIONAL 2.1.6 Bons d’intrants agricoles subventionnés pour les cultures vivrières
(PN-BIAS)
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
Exploitants
agricoles entre
0.5 et 3 carreaux
100,000
exploitants
agricoles
Bons
engrais et
semences
Coût transferts /
destinataire par
année
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
7500 HTG
750 millions HTG
MARNDR
En capitalisant sur l’infrastructure de mise en œuvre du projet RESEPAG, le MARNDR distribue des
bons pour l’achats d’engrais, de semences de qualité déclarées et autres intrants aux exploitations
agricoles cultivant entre 0.5 et 3 carreaux de terre. La valeur des bons est estimée à HTG7500 par
exploitant agricole. Chaque exploitant agricole est éligible pour une période minimale de 3 ans. Les
bons peuvent être retirés dans un réseau de boutiques agricoles enregistrées par le MARNDR.
156
PROGRAMME NATIONAL 2.1.7 Promotion de l’arboriculture commerciale et de l’horticulture (PNPACH)
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Investisseurs et
exploitants
agricoles
1,000,000
exploitants
agricoles
Modalité
Etablissement de
pépinières pour la
promotion de vergers
commerciaux et de
l’horticulture
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
300 millions HTG
Ancrage
institution.
MDE
MARNDR
Le MDE met en place 4 centres de germoplasmes et de pépinières susceptibles de produire près 16
millions de plantules d’espèces fruitières par année destinées à la promotion de l’arboriculture
commerciale (inclus café et cacao). Ainsi, les scions d’arbres fruitiers seront distribués à des
exploitants agricoles en mesure de mettre en culture au minimum 1000 m2 et au maximum 5
hectares de terre en culture. Le MARNDR met à disposition gratuitement les scions d’arbres fruitiers
aux exploitants agricoles qui s’engagent à planter le minimum de surfaces requises. En plus des
scions, le MARNDR apporte une assistance technique aux exploitants agricoles investissant dans la
mise en place des cultures arboricoles commerciales. Avec une moyenne estimée de 800 scions par
hectare454, le programme vise à établir 20,000 hectares de culture arboricole commerciale par année,
soit environ 200,000 hectares à l’horizon 2030. Les variétés multipliées dans les germoplasmes
seront identifiées en collaboration avec le programme 2.1.4 de mise en place d’arboretum de
conservations des variétés de fruits. Le choix des espèces de fruitiers multipliées dans les
germoplasmes et pépinières est basé sur les préférences exprimées par les exploitants agricoles de
différentes zones agro écologiques du pays.
DRAFT
PROGRAMME NATIONAL 2.1.8 Promotion de l’élevage (PN-EL)
Destinataires
Exploitants
agricoles
Nombre de
bénéficiaires
1,000,000
exploitants
agricoles
Modalité
Programme de
vulgarisation et
d’étude et
coordination des
actions
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
200 millions HTG
MARNDR
Le programme de promotion de l’élevage (PN-EL) est mis en œuvre par le MARNDR. Les modèles de
production animale intensifs et semi-intensifs étant connus par de nombreux acteurs des sousfilières, le développement pourra se faire sur une base commerciale, avec un encadrement de type
organisationnelle et de transfert de compétences par le PN-EL. Le programme facilitera les
investissements en développant des modèles standardisés (innovations technologiques) de
production et des plans d’affaires qui permettront de faciliter les financements commerciaux des
exploitants agricoles intéressés d’investir. Le PN-EL comprendra notamment :
La coordination entre les secteurs publics, les collectivités territoriales et les associations de
producteurs pour l’application des dispositions pour endiguer les phénomènes du vol de bétail ;
La mise en place des commissions départementales de santé animale et d’innocuité des aliments
au niveau de la table sectorielle de concertation agricole ;
454
Variations importantes selon les espèces.
157
La prise en charge par l’État (ou par le système d’identification) des frais de terrain des Agents de
Contrôle de l’abattage (AKA) ;
Appuyer les investisseurs privés en leur assurant un accès au crédit et des avantages fiscaux avec
des modalités de location-vente ou « leasing » d’équipements ;
La réorganisation de la vulgarisation d’élevage dans le pays (voir mesure Recherche, innovation
et vulgarisation).
DRAFT
158
PROGRAMME NATIONAL 2.1.9 Promotion de la pêche et aquaculture (PN-PAQ)
Destinataires
Exploitants
agricoles
Nombre de
bénéficiaires
100,000 Pêcheurs
et marchandes
Modalité
Formation et
vulgarisation
Commission
nationale
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
150 millions HTG
MARNDR
Le programme de promotion de la pêche et aquaculture (PN-PAQ) est mis en œuvre par le MARNDR.
Il capitalisera sur les réflexions conduites dans le cadre du programme national de développement de
la pêche maritime en Haïti455 et de l’étude du MARNDR de 2007456. Pour la pêche maritime, la
technologie des DPC étant maintenant introduite dans différentes parties du pays, le développement
de la filière pourra se faire sur une base commerciale, avec un encadrement de type
organisationnelle par le MARNDR. Le PN-PAQ facilitera les investissements en développant des
modèles d’utilisation standardisées de DPC et des plans d’affaires qui permettront de faciliter les
financements commerciaux des exploitants agricoles intéressés d’investir. Le PN-PAQ comprendra
notamment les actions suivantes :
Programme de formation et d’appui technique à la structuration des organisations de pêcheurs
et d’échange d’expériences entre organisations de diverses zones du pays ;
Etablissement de partenariat publics-privés avec des banques commerciales ;
Préparation de plans d’affaires pour les organisations de pêcheurs en vue de financements
commerciaux de leurs investissements (inclus le leasing) ;
Appui technique pour la mise en place de plusieurs centaines de DPC pour les prises de masse ;
Développement/intensification de la pêche des produits de haut de gamme (langoustes, lambi et
anguilles) d’exportation ;
Appuyer les investisseurs privés en leur assurant un accès au crédit et des avantages fiscaux pour
les équipements de conservation, de transformation et de commercialisation ;
Promotion des investissements dans la pisciculture intensive en cage dans les principaux lacs et
étangs.
DRAFT
Pour l’aquaculture, le MARNDR appuiera le développement d’unités de production standardisées et
adaptées aux différentes catégories d’exploitants déjà développées dans plusieurs régions du pays,
utilisant des espèces de poissons omnivores et herbivores (tilapia, carpes, pangasius).
Le PN-PAQ facilitera les investissements en développant des modèles de production standardisées et
des plans d’affaires qui permettront de faciliter les financements commerciaux des exploitants
agricoles intéressé d’investir (5000 d’ici 2030). Les modèles de production suivant seront promus :
Les fermes intermédiaires de préparation d’alevins ;
L’élevage en bassin creusés dans les terres argileuses capables de retenir l’eau.
L’élevage en cage développés principalement aux lacs Azuei, Péligre et Miragoane.
La gestion environnementale des lacs naturels et artificiels.
455
456
MARNDR, 2010c.
MARNDR, 2007.
159
PROGRAMME NATIONAL 2.1.10
Destinataires
Exploitants
agricoles
Plants et semences (PN-SEM)
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
1,000,000
exploitants
agricoles
Mise en œuvre de
la politique
semencière
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
230 millions HTG
MARNDR
Le programme plants et semences (PN-SEM) est mis en œuvre par le MARANDR. La priorité sera
donnée dans un premier temps à huit (8) cultures vivrières importantes pour la sécurité alimentaire
en Haïti. Il s’agit du riz, sorgho, maïs, haricot, pois de souche, manioc, igname et patate douce. On
peut viser une augmentation du taux d’utilisation des semences et plants de qualité de 4% à 30%
entre 2018 et 2022 pour atteindre 50 à 60% en 2030. Plus spécifiquement, le programme semencier
adressera les activités suivantes :
Création d’un Conseil National des Semences et Plants (CNSP) en tant qu'organe consultatif pour
la supervision, coordination et conseil de l'industrie semencière ;
Ratification de l’avant-projet de loi sur le secteur semencier ;
Formulation d’un projet de loi sur la protection des obtentions végétales, dans le but de favoriser
l’investissement dans la recherche et le développement de nouvelles variétés ;
Contrôle de la qualité, catalogue, régulation secteur ;
Mise en place d’une unité de sauvegarde des Ressources Phytogénétiques pour l’Agriculture et
l’Alimentation (RPGAA) ;
Restructuration et renforcement des capacités du Service National Semencier (SNS) pour assurer
le contrôle de la qualité et la certification des semences, la formation des producteurs et la
coordination du sous-secteur semencier.
DRAFT
Obligation faite aux vendeurs à avoir un catalogue qui inclut les semences des filières prioritaires
(disponibilité) ;
Réhabilitation des fermes semencières et des centres de multiplication des semences pour la
production des semences de prébase et base, en partenariat avec le secteur universitaire et
secteur privé ;
Conception et financement d’actions de vulgarisation sur les méthodes artisanales de production
et de conservation de semences ;
Renforcement des capacités opérationnelles des acteurs privés et des structures associatives
pour le développement d’entreprises semencières ayant la capacité d’assurer un
approvisionnement efficace des agriculteurs en semences de qualité.
PROGRAMME NATIONAL 2.1.11
Destinataires
Exploitants
agricoles
Nombre de
bénéficiaires
1 millions
d’exploitants
agricoles
Lutte phyto et zoo-sanitaires raisonnée (PN-LPZS)
Modalité
Recherche-action
et extension sur la
lutte phyto et zoosanitaires
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
150 millions HTG
MARNDR
Le programme de lutte phyto et zoo-sanitaires raisonnée vise à combler les déficiences des services
compétents du MARNDR. Le manque de ressources humaines, de moyens matériels et financiers des
160
services vétérinaires et phytosanitaires du MARNDR n’ont pas permis de contrôler les pressions zoo
et phytosanitaires. Le pays n’est pas suffisamment protégé contre les pestes et maladies animales
exotiques, faute de bonnes structures de quarantaine et de mécanismes d’intervention rapide sur le
terrain. La majorité des ports ouverts au commerce extérieur ne disposent pas encore d’un poste de
quarantaine externe fonctionnel et il n’existe non plus aucun poste de contrôle du mouvement
interne des animaux en dépit des investissements qui ont été faits au cours des cinq (5) dernières
années dans la mise en place des infrastructures de quarantaine.457 Le programme mis en œuvre par
le MARNDR établira des partenariats entre les acteurs clés des filières, soit les producteurs/éleveurs,
les universités, les réseaux d'agents vétérinaires, les boutiques d’intrants, la société civile et les
acteurs de la transformation. Le partenariat conclu avec un groupe d’organisations de la société
civile, la « Fédération Nationale des Producteurs de Lait Haïtiens - FENAPWOLA », pour la gestion des
cotisations des éleveurs constitue un modèle qui sera répliqué pour les autres filières. La
FENAPWOLA garantit le réapprovisionnement en intrants pour l’identification du bétail.
Le programme renforce le réseau de médecins vétérinaires (70) et d’agents vétérinaires
communautaires reconnus (1565 agents, dont environ 1000 sont reconnus). Les agents vétérinaires
communautaires sont payés par les éleveurs eux-mêmes.
Le programme s’articule autour des axes opérationnels suivants :
Finalisation et adoption des projets de lois préparés par le MARNDR pour la définition d’un cadre
légal actualisé pour la protection sanitaire ;
Réorganisation des structures étatiques de quarantaine de contrôle et de surveillance
épidémiologique ;
Restructuration des services vétérinaires et phytosanitaires à travers une déconcentration des
appuis aux producteurs et cadres de santé animale et végétale à travers les Centres de
Protection Sanitaire (CPS) chargé d'accompagner et de former les éleveurs ;
Mise en place des commissions départementales de santé animale et de protection des végétaux
et d’innocuité des aliments au niveau de la table sectorielle agricole ;
Recherche-action, en collaboration avec les universités, sur les principales maladies animales et
végétales ;
Mise en place d'un système d’inspection sanitaire d’un réseau d'abattoirs et de points d'abattage
moderne respectant les standards en termes d'abattage des animaux.
DRAFT
PROGRAMME NATIONAL 2.1.12
Destinataires
Exploitants
agricoles
Nombre de
bénéficiaires
130,000 exploitants
des périmètres
irrigués et 300,000
des plaines et
plateaux
Promotion de la mécanisation (PN-MEC)
Modalité
Introduction de
technologie et
promotion de
l’entreprenariat
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
80 millions
MARNDR
Le MARNDR met en œuvre le programme de promotion de la mécanisation ayant pour objectif
l’introduction de technologies adaptées et le développement du marché de la vente et des services
de maintien des équipements agricoles. L’accent sera mis sur les opérations de préparation de sol, de
semi, de sarclage, de récolte et de post récolte. Les équipements agricoles doivent être adaptés aux
457
Organisation de la nouvelle UPS/MARNDR, aout 2015.
161
différents agro-systèmes, caractérisés par le petit parcellaire. Le programme sera orienté sur les
lignes d’actions suivantes :
Introduction d’innovations sur la mécanisation agricole pour définir un système adapté aux
besoins (recherche), et la formation des entrepreneurs et opérateurs devant mettre en
œuvre le programme sur le terrain (formation/action).
Allègement de la pression fiscale sur les entreprises impliquées dans la mécanisation par la
détaxation de la machinerie, des pièces de rechanges, des matériaux rentrant dans la
fabrication des attelages pour rendre l'offre de service accessible au plus grand nombre.
Définition de produits de crédit et d'assurance adaptés aux entreprises/entrepreneurs de
services de mécanisation en gestation et en promotion et favoriser les modalités de locationvente « Leasing » d’équipement.
PROGRAMME NATIONAL 2.1.13
Destinataires
Exploitants
agricoles et
ménages urbains
Nombre de
bénéficiaires
300,000 exploitants
agricoles et
500,000 ménages
urbains
Jaden lakou urbains et ruraux (PN-Lakou)
Modalité
Promotion de la
culture de plantes à
hautes valeurs
nutritionnelles à
proximité de l’habitat
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
100 millions
MCFDF
Le MCFDF met en œuvre le programme Jaden lakou avec l’appui technique du MARNDR et du MSPP.
Jadenlakou fait la promotion de la culture de plantes à hautes valeurs nutritionnelles à proximité de
l’habitat, autant en zones urbaines que rurales. En zones urbaines, les Jaden lakou seront établis sur
les espaces non-construits ainsi que sur les toitures des maisons dans les quartiers à haute densité de
construction. De nombreuses plantes à haute valeur nutritionnelle sont disponibles en Haïti ;
zepinapeyi, koupye, moringa, fèyzegwi, wowoli, joumou, patat (fèypatat), lalo, panzou, pour en
nommer quelques-unes.458Le programme réalisera la promotion des Jaden lakou par les actions
suivantes :
DRAFT
a) Etablissement de Jaden lakoude démonstration ;
b) Production de semences de plantes à haute valeur nutritionnelle et de compost à travers le
réseau des associations de femmes ;
c) Distribution des semences à travers les réseaux de boutik en zones urbaines et de boutik
d’intrants en zones rurales ;
d) Développement de modèles de production sur les toitures en zones urbaines, recyclant les
eaux ménagères ;
e) Production et distribution subventionnées des matériels pour les modèles de productions en
zones urbaines.
458
Rouzier et al, 2018.
162
SECTION 4. Thématiques transversales au pilier 2.1
A.
Priorisation
Création d’une unité d’économie rurale et de politique agricole
La formulation du présent pilier 2.1 de la PSNSSANH a fait face à de nombreux défis ; notamment :
Le manque de données statistiques fiables pour les principales filières agricoles ;
L’absence de recherche sur le développement agricole, et de façon plus large le
développement rural, permettant de définir les grandes orientations de développement de la
nation ;
L’absence d’évaluations rigoureuses des divers projets et programmes mis en œuvre pour
mesurer l’impact des différents instruments et modalités visant l’amélioration de la
souveraineté et sécurité alimentaires et de la nutrition.
Tous les acteurs impliqués dans le développement de filières agricoles locales font face à ces défis.
Ainsi, l’équipe de formulation du présent pilier 2.1 de la PSNSSANH a travaillé par croisement de
données et analyses existantes ainsi que par une large consultation d’experts. Les acteurs du secteur
agricole ne bénéficient pas nécessairement des données et analyses nécessaires pour aboutir à des
formulations de projets/programmes satisfaisants. Ceci limite l’impact que l’on peut attendre de ces
importantes initiatives. La création d’une unité stratégique d’économie rurale et de politique agricole
est nécessaire au MARNDR.
Coordination des principales filières agricoles
Pour atteindre les objectifs de développement des filières considérées comme prioritaires et
stratégiques pour la souveraineté et sécurité alimentaires et la nutrition, il est indispensable
d’institutionnaliser des espaces permanents de dialogue, concertation et coordination de tous les
acteurs de la chaîne de valeur par groupe de filières. Le dialogue public-privé, privé-privé et publicpublic, permettra aux principaux acteurs d’identifier ensemble les contraintes et mécanismes qui
freinent le développement de ces filières, et de préciser périodiquement des objectifs spécifiques à
atteindre. Pour chaque groupe de filières, il est indispensable d’arriver à mobiliser les acteurs de
toute la chaîne de valeur ; intrants, financements, services connexes, transformation et
commercialisation et ainsi maintenir un bon niveau de partage d’informations, d’affiner et
d’actualiser le diagnostic sur la situation de chacune des filières. Le MARNDR, sur délégation du
Comité Interministérielle de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de Nutrition (CISSAN),
instaurera donc plusieurs commissions nationales thématiques. Afin de ne pas multiplier le nombre
de commissions, certains regroupements seront effectués. Par contre, pour être plus efficaces, les
membres de ces mêmes commissions pourront instaurer des groupes de travail plus spécifiques sur
des chaînes de valeur précises.
DRAFT
Recherche, formation, innovation technologique et vulgarisation
Le développement des filières agricoles stratégiques passe nécessairement par l’application de
paquets techniques bien ficelés susceptibles d'apporter d’une part aux producteurs une productivité
optimum, d’autre part de faciliter le développement de l’agro-transformation. Cependant pour
arriver à proposer des solutions au problème des filières agricoles, le pays doit investir dans la
recherche, la formation, l’innovation technologique et la vulgarisation.
En sciences agronomiques, les travaux de recherche au cours de cinq dernières années se limitent à
163
un nombre relativement faible d’acteurs locaux (MARNDR, FAMV, UEH, Chibas-UniQ, ORE, CRS, Agroservices) et internationaux (Université de Floride, Université de Géorgie, Université Laval,
Coopération Taïwanaise). Les enseignants-chercheurs sont rares au sein des universités Haïtiennes.
Les cours sont en règle générale donnés par des enseignants (ou chargés de cours) qui ne sont pas
rattachés à un laboratoire de recherche (et qui n’ont pas de programme de recherche).
Au total moins d’une vingtaine de cadres de ces institutions sont impliqués en Haïti dans des travaux
de recherche (y compris la recherche d’adaptation/adoption de paquets techniques développés en
dehors d’Haïti). La recherche agronomique en Haïti est donc faible à la fois sur le plan quantitatif (pas
assez de chercheurs) et qualitatif (pas de publications dans des revues internationales).
La majorité des données qu'on utilise en Haïti sont des données indicatives, approximatives issues
d'extrapolation, de projection, souvent subjectives. On doit faire appel à des « experts » étrangers
car il n’y a trop souvent pas de candidats haïtiens formés. Le manque de données signifie que les
rapports répètent des assertions jamais vérifiées.
Dans le cadre de la réalisation du présent document, le manque de données a été fortement
ressenti. Il y a donc un besoin fondamental d’accompagner le processus de développement avec des
sujets de recherche qui peuvent contribuer à la produc on de données qui aient été obtenues de
façon méthodique, rigoureuse et objective. Pour y arriver, il est nécessaire d'investir de façon
conséquente dans la recherche agronomique pour permettre aux universités de se renforcer. Ces
dernières doivent être en mesure de recruter des enseignants-chercheurs de qualité, afin de
répondre aux enjeux et besoins de la société (État, entreprises, agriculteurs, autres acteurs de la vie
économique). Les investissements en matière d'éducation de manière globale, et plus
spécifiquement universitaire, sont un prérequis pour une recherche de qualité qui pourra permettre
la proposition de modèles de développement adaptés (voir pilier 4.2).
DRAFT
B.
Mesures et Programmes Nationaux prioritaires
Les thématiques transversales prioritaires du pilier 2.1 de la PSNSSANH nécessite la mise en œuvre
de2 mesures et 3Programmes Nationaux :
1. La création d’une unité stratégique d’économie rurale et de politique agricole au MARNDR ;
2. La création de Commissions Nationales pour les groupes de filières prioritaires ;
3. La conservation des ressources génétiques des plantes cultivées ;
4. La recherche et innovation technologique ;
5. La réhabilitation des infrastructures rurales suite à un choc par des travaux HIMO.
MESURE 2.1.4
Création d’une unité stratégique de développement rural et de politique
agricole au MARNDR
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Exploitants
agricoles
1,000,000 exploitants
agricoles
Modalité
Recherche et évaluations
pour orienter les politiques
et stratégies
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
8 millions HTG
Ancrage
institution.
MARNDR /
UEP
Le MARNDR créera une unité stratégique de développement rural et de politique agricole, chargée
de conduire des travaux de recherche et des évaluations de terrain. Les priorités en termes de
recherches sont d’évaluer et d’orienter les différentes mesures et programmes du pilier 2.1 de la
164
PSNSSANH ainsi que de prospecter des marchés pour la production nationale. Les questions des
économies sociales et solidaires seront également traitées. Ces recherches complèteront les
mécanismes de suivi et d’évaluation de la politique par des travaux stratégiques destinés à affiner les
orientations du pilier 2.1. L’unité est rattachée à l’Unité d’Etude et de Programmation (UEP) du
MARNDR et travaille étroitement avec l’unité statistique. Cette unité est appelée à détenir les
compétences de référence permettant d’orienter les actions de tous les partenaires externes du
MARNDR. Des partenariats avec la FAO et des instituts de recherche tels que l’IFPRI seront
développés.
MESURE 2.1.5
Destinataires
Acteurs des
principales
filières
agricoles
Création de Commissions Nationales pour les groupes de filières
prioritaires
Nombre de
bénéficiaires
1,000,000
Modalité
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Concertation en vue de
lever les goulots
d’étranglements des filières
8 millions HTG
Ancrage
institution.
Primature /
ONASSAN
L’ONASSAN instaurera plusieurs commissions nationales thématiques en étroite collaboration avec
les Coordonnateurs de Programmes Nationaux du MARNDR. Il aura la responsabilité d’assurer
l’animation en permanence et le suivi au sein de chacune de ces commissions. Le secrétariat de ces
Commission sera assuré par le MANDR. Des représentants des secteurs non-étatiques seront invités
à intégrer la commission. 6 commissions par groupe de filières serons mises en place :
1. Commission nationale sur les céréales et les légumineuses ;
DRAFT
2. Commission nationale sur les tubercules et la banane plantain ;
3. Commission nationale sur les cultures fruitières, le café et le cacao ;
4. Commission nationale sur les plantes aromatiques ;
5. Commission nationale sur la viande, le lait, la sécurité du bétail, la santé animale et
l’innocuité des aliments d’origine animale ;
6. Commission nationale sur l’aviculture et la porciculture ;
7. Commission nationale sur la pêche et l’aquaculture.
PROGRAMME NATIONAL 2.1.14
Destinataires
L’ensemble de la
population
Nombre de
bénéficiaires
13.4 millions
de personnes
Conservation des ressources génétiques des plantes
cultivées et forestières (PN-ARBO)
Modalité
Arboretum de conservation
des variétés de fruits, de
tubercules et de plantes
vivrières dans différentes
zones agroécologiques
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
75 millions HTG
MDE
Le MARNDR établira un partenariat Public-Privé pour l’établissement de 5 arboretums dans
différentes zones agroécologiques du pays pour la sélection, l’amélioration et la conservation de
variétés fruitières, de tubercules et d’autres plantes vivrières ainsi que d’espèces forestières. Les
arboretums constituent un réservoir pour la production et la vente de greffons. Pour les fruitiers, la
165
gamme d’espèces et de variété existantes dans le pays est très large. Sans faire une liste exhaustive,
les principaux fruitiers sont l’arbre véritable, le cocotier, l’avocatier, le manguier, l’oranger, l’oranger
amer, le citronnier, le chadéquier, le grenadia, le papayer, le goyavier, le corossolier, l’anacardier, le
grenadier, le quenêpier, l’ananas, l’abricotier, le cerisier, le café, le cacaotier, etc. Pour chacune des
espèces, le pays dispose d’un riche patrimoine génétique. Pour les essences forestières, le pays est
dominé par le pin, le cèdre, le saman, la dame marie, le sucrin, la sacristie, la noix d’acajou, le chêne,
l’acajou, etc. La réserve forestière de Macaya et d’autres châteaux d’eau ainsi que les couverts
arborés des plateaux successifs dans tous les versants du pays sont sous forte pression avec le
commerce du charbon et du bois de chauffe vers la zone métropolitaine. Cette pression est
également exercée sur les zones de mangroves.
PROGRAMME NATIONAL 2.1.15
RFIT)
Destinataires
Exploitants
agricoles
Nombre de
bénéficiaires
1 million
Recherche, formation et innovation technologique (PNModalité
Appui à la
recherche agricole
universitaire
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
537 millions HTG
Ancrage
institution.
MARNDR
Le programme de promotion de recherche, formation et innovation technologique (PN-RIT) est mis
en œuvre par le MARNDR, en partenariat avec les centres universitaires. Il est basé sur deux axes :
Recherche/développement (ou recherche-action) : Recherche appliquée permettant d'améliorer
la productivité en agriculture et l’agro-transformation ; pouvant proposer des paquets
techniques éprouvés par une dynamique de recherche-action efficiente et efficace, adaptés aux
différentes zones agroécologiques du pays.
DRAFT
Formation/Vulgarisation : Conception de module de formation complémentaires destinés aux
agro-professionnels, techniciens et vulgarisateurs professionnels (agro-vulgarisateurs ou
exploitant agricole-vulgarisateurs), en vue de créer un pool d’expertise formé à la diffusion
intelligente des paquets techniques auprès des producteurs.
La recherche et l'innovation devront se concentrer dans les domaines divers et fondamentaux tels
que l'amélioration de l'outillage rudimentaire traditionnel, et promotion de la mécanisation agricole
pour toutes les opérations techniques, de la production à la commercialisation, les techniques
modernes adaptées de transformation/conservation des produits agricoles, la biotechnologie et en
particulier l’application de rhizobium (et autres biofertilisants). Des projets conjoints d’entreprisesuniversités seront établis dans le but de développer des produits transformés ou ultra-transformés
locaux.
Les actions suivantes sont considérées afin de permettre la mise en place d’un programme de
recherche-formation :
Renforcement du CRDA/MARNDR avec les réseaux de centre de formation disséminés dans les
différents agro systèmes pour la mise en place des essais ;
Conception et réalisation par les universités et centre de formation de modules de formation
spécifiques destinés à compléter la formation d’agro-professionnels, techniciens et agents de
vulgarisateurs professionnels sur des paquets technologiques spécifiques et aussi destinés aux
jeunes agro-entrepreneurs intéressés à investir dans leur propre formation ou celle de leurs
employés.
166
Mise sur pied d’une organisation type "chambre d’agriculture" au niveau de chaque commune
ou arrondissement du pays et mise en place d'un programme de formation pour les agrovulgarisateurs et les paysans vulgarisateurs (exploitations modèles), pour la mise en place de
modèles expérimentaux in situ ;
Financement de programmes d’incubation au sein des universités Haïtienne et programme
d’entreprenariat au sein des universités (financements sur la base des résultats).
PROGRAMME NATIONAL 2.1.16
Réhabilitation des infrastructures rurales suite à un choc
par des travaux HIMO (PN-HIMO)
Destinataires
Nombre
de
ménages
Modalité
Tonnage
d’aliments
Exploitants
agricolesfort
ement
affectéspar
des chocs
Variable
Transferts de
nourriture ou
de cash
conditionné à
du travail
(HIMO)
Variable
13,000
(stock de
contingence)
Coût
logistique
jusqu’au
point de
distribution
9000HTG /
tonne
Coût total par
année (inclus
coûts
opérationnels)
Ancrage
institution
.
340 millions HTG
(1/3 dispatch du
stock de
contingence et 2/3
intrants pour les
infrastructures et
frais de gestion)
CISSAN
Le pilier 1.4 présente les différents aléas affectant Haïti ainsi que les mécanismes d’alerte précoce. En
cas d’incidence d’un choc à déclanchement rapide (inondations, glissement de terrain, ouragans,
etc.), les infrastructures rurales sont susceptibles d’encourir d’importants dégâts. Après un choc, le
MARNDR évalue les dégâts sur les infrastructures agricoles en coordination avec la DPC. Pour les
infrastructures légères, la réhabilitation est effectuée à travers la mise en œuvre de travaux à Haute
Intensité de Main d’œuvre (HIMO), permettant de créer des emplois et des transferts de revenus aux
populations affectées. Le MARNDR a élaboré un manuel pour la mise en œuvre des travaux HIMO 459.
La coordination des activités de réhabilitation des infrastructures, tels que le choix des
infrastructures à réhabiliter, est réalisée par la Table Sectorielle Agriculture, au niveau central et
départemental.
DRAFT
459
MARNDR, 2012a.
167
Pilier 2.2 Accès aux produits alimentaires de base.
Objectif spécifique. Investir dans les filets sociaux et les mécanismes de réponse aux urgences afin que
toute la population ait accès à des produits alimentaires locaux de base leur permettant de se nourrir
adéquatement et de mener une vie saine et active et permettant en particulier aux ultra-pauvres de
sortir du cycle d’exclusion induit par la faim, en temps normal et suite à un choc.
Le pilier 2.2 traite des questions des ménages et
individus qui n’ont pas accès à des aliments de
qualité et qui souffrent de la faim. La
responsabilité première de l’atteinte du droit à
l’alimentation revient à l’Etat. ‘Le droit à une
nourriture suffisante est réalisé lorsque chaque
homme, chaque femme et chaque enfant, seul
ou en communauté avec d'autres, a
physiquement et économiquement accès à tout
moment à une nourriture suffisante ou aux
moyens de se la procurer’460. L’Etat crée les
conditions
juridiques,
politiques
et
institutionnelles, nécessaires à la réalisation de
ce droit. De plus, il répond par des interventions
ciblées là où les individus ou les groupes se
trouvent, pour des raisons indépendantes de
leur volonté, dans l'impossibilité d'exercer leurs
droits par les moyens dont ils disposent.
Encadré 11. La faim et la pauvreté
L’insécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi que
la pauvreté sont différentes mais elles sont
intimement liées.
Une personne qui a faim ne peut pas apprendre et
produire comme une personne en bonne santé.
Elle se retrouve alors exclue des activités socioéconomiques de la nation. Ainsi, la perpétuation de
la faim entraîne les populations dans un cycle
vicieux d’exclusion.
A l’inverse, une personne bien alimentée peut être
pauvre, mais elle peut toujours participer
activement à tous les aspects de la vie économique
et sociale du pays. Ainsi, elle a de meilleures
chances d’améliorer ses conditions de vie.
La faim est plus grave et plus profonde que la
pauvreté.
DRAFT
A.
Priorisation
Accès à l’alimentation des ultra-pauvres
Près de 1/4 de la population haïtienne vit dans une extrême pauvreté. Autrement dit, 2.5 millions de
personnes ne mangent pas à leur faim461.Les taux de pauvreté et de pauvreté extrême sont
beaucoup plus élevés en zones rurales. En effet,
Encadré 12 Définition
plus de 80% des Haïtiens vivant dans la pauvreté
‘LES ULTRA-PAUVRES’
se trouvent en zones rurales. De plus, 38% de
Les ultra-pauvres correspondent à la couche la plus
ces populations vivent dans la pauvreté extrême
pauvre et la plus en difficulté de la population en
et ne sont pas en mesure de manger à leur faim,
situation d’extrême pauvreté. Ils vivent bien encontre 12% dans les zones urbaines et 5% dans
dessous du seuil de l’extrême pauvreté de 1,23
USD par jour.
l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Les
ménages qui dépendent exclusivement de
Les ultras-pauvres souffrent d’insécurité
alimentaire chronique sévère, sont extrêmement
l’agriculture sont les plus pauvres parmi les
vulnérables aux chocs externes et généralement
pauvres462.
L’une des options possibles pour permettre aux
2.5 millions de personnes de manger à leur faim
est d’apporter une assistance directe. Le coût de
la mise en œuvre d’un filet social par des
dépourvus des compétences et du capital
nécessaires pour se sortir eux-mêmes de la
pauvreté, de la faim et de la vulnérabilité. Leur
pauvreté est tellement profonde que leur vie est
véritablement en danger.
460
Comité des droits économiques, sociaux et culturels. Observation générale 12, Le droit à une nourriture suffisante.
E/C.12/1999, cite par FAO, 2012a.
461
MPCE, 2015 et Banque Mondiale, 2015a.
462
Banque Mondiale, 2015a.
168
transferts directs à l’ensemble des personnes n’étant pas en mesure de manger à leur faim, soit
500,000 ménages, est estimée à 13.5 milliards HTG par année (tableau 39). Dans le cadre du
programme KoreLavi, le MAST a défini une catégorie d’ultra-pauvres correspondant à la couche la
plus pauvre et la plus en difficulté de la population en situation d’extrême pauvreté et représentant
entre 7 et 10% de la population rurale et des quartiers populaires défavorisés (encadré 13)463. Le coût
d’un filet social à l’échelle ciblant les ultra-pauvres, soit environ 5% de la population totale, est de 2.7
milliards HTG par année464. Etant donné la participation financière actuelle de la coopération
internationale, ce coût est réaliste à l’horizon 2030.
Les filets sociaux, à travers des transferts non contributifs et non conditionnels, sont ainsi priorisés
vers les ultra-pauvres. Cet arbitrage est nécessaire au vu des ressources disponibles. Les autres
ménages vivant également en situation d’extrême pauvreté (20% de la population) pourront
bénéficier des effets multiplicateurs de la croissance du secteur agricole notamment sur l’emploi
(voir chapitre 5).Par ailleurs des bons d’intrants agricoles seront mis à disposition des exploitants
agricoles pratiquants l’agriculture familiale (pilier 2.1, encadré 11).La Politique Nationale de
Protection Sociale en cours d’élaboration au MAST définit les sous-catégories de populations qui
bénéficieront de mesures d’accompagnement supplémentaires aux transferts non-contributifs465,
ainsi que les catégories nécessitant d’autres formes de protection ou d’appuis en termes de
promotion sociale.
Tableau 39 – Modélisation du coût d’un filet social destiné aux plus pauvres n’étant pas en mesure de
manger à leur faim
Catégorie
% de la
Nombre
Montant
Montant
Coûts
Coûts totaux
population
de
transferts
annuel des
opérationnels
annuels
ménages
par mois
transferts en
(20%) en
estimés en
HTG
milliards HTG
milliards HTG
millions HTG
Pauvres
25%
500,000
1500
11.2
2.2
13.5
Ultra-pauvres
5%
100,000
1875
2.2
0.5
2.7
DRAFT
Impact de l’exode rural sur les enfants
Le démantèlement des filières agricoles et la décroissance de ce secteur agricole au cours des 30
dernières années ont été la cause de migrations massives des zones rurales vers les centres urbains
et l’étranger. Les études montrent que ces migrants sont typiquement les jeunes adultes en âge de
travailler, qui sont mieux qualifiés ou éduqués que le reste de leur communauté et dont leur famille
occupe des positions sociales clés.466467 En conséquence, cet exode entraîne une modification de la
structure par âge de la population en milieu rural avec la prédominance des enfants et des
vieillards468.Cela réduit considérablement la force de travail disponible, impactant non seulement la
capacité de réaliser les travaux agricoles, mais aussi les travaux domestiques. Une plus forte
463
Pour une définition de l’ultra-pauvreté, voir Dharmadassa& All, 2016 et l’Encadré 13.
Les ultra-pauvres se retrouvent dans les quartiers les plus défavorisés dans les zones urbaines et ainsi la proportion de la
population urbaine totale ultra-pauvre est moins élevée.
465
Parmi les ultra-pauvres, on distingue également ceux qui disposent d´une force de travail et ceux qui n´en ont pas
(ménages constitués de vieillards avec ou sans enfants par exemple). Les ultra-pauvres sans force de travail constituent la
première cible prioritaire pour l´assistance alimentaire. Sans force de travail, ils ne peuvent pas sortir de l’extrême
pauvreté. Les autres constituent une cible à la fois pour l´assistance alimentaire comme telle et pour la promotion sociale
dans le cadre de l´approche visant à construire des moyens d´existences soutenables. Celle-ci combine transferts
monétaires, transfert d´actifs productifs, construction de compétences et « coaching ».
466
Schwartz, T., 1992.
467
Les études montrent également que la migration à l’étranger concerne essentiellement la main d’œuvre qualifiée. OCDE,
2017.
468
MSPP, 2013a.
464
169
présence féminine est notée dans les flux migratoires internes en Haïti469. La carte 13(pilier 2.1)
illustre les communes où la proportion d’exploitants âgés de plus de 60 ans est la plus élevée.
En raison de ces flux migratoires, les familles se retrouvent éclatées et de nombreux jeunes Haïtiens
sont nés dans des familles centrées autour d’une mère sans conjoint. Les femmes sont ainsi
devenues encore plus importantes comme le ‘potomitan’, ou pilier central, du ménage, mais aussi
plus pauvres et vulnérables aux chocs, avec la soustraction d’un ou plusieurs parents actifs.470Selon le
MSPP471, 41% des ménages ont à leur tête, une femme. Cette proportion est de 46% dans les zones
urbaines et 37% dans les zones rurales. De plus, lorsque le chef de ménage est rapporté comme
étant un homme, cela ne signifie pas forcément une présence continue de ce dernier.
Tableau 40. Indicateurs clés du régimes enfant-ressource versus enfant-investissement
Milieu de
résidence
PortZones
aururales
Prince
Sexe
472
Indice de richesse Ensemble
Hommes Femmes
Q1 (le
plus
pauvre)
Q5 (le
plus
riche)
Travail des enfants (enfant-ressource)
Proportion d'enfants de 5 à 11 ans qui
travaillent (au moins 1h dans l'activité
économique et 28 heures et plus dans les
tâches domestiques)
Proportion d´enfants de 12-14 ans qui
travaillent (14 heures et plus dans l´activité
économique et 28 heures et plus dans les
tâches domestiques)
30,8
76,8
65,2
65,4
83,9
31,4
65,3
6,9
24,7
19,9
16,3
30,7
5,1
18,1
72,7
76,7
77,7
65,5
92,0
77,2
15,6
21,6
29,1
6,5
52,9
25,4
Éducation des enfants (enfant-investissement)
Taux net de scolarisation dans le cycle primaire
(6 à 11 ans)
Taux net de scolarisation dans le cycle
secondaire (12 à 17 ans)
86,3
43,4
DRAFT
La soustraction d’adultes dans la force de l’âge, dans une société rurale appauvrie, augmente le désir
d’avoir une progéniture productive en exigeant davantage de travail des enfants473. Selon le MSPP,
une femme donne naissance, en moyenne, à 3.0 enfants et les femmes en milieu rural donnent
naissance, en moyenne à 2.1 enfants de plus (3.9) qu’en milieu urbain (1.8)474. Le travail des enfants,
surtout en milieu rural, est mis à contribution pour la réalisation de nombreuses tâches au niveau des
ménages telles que la collecte de l’eau, le nettoyage de la maison, la lessive, la préparation des repas,
le gardiennage du petit bétail, la collecte du bois de feu, etc. Lorsque ces tâches ne sont pas réalisées
par les enfants475, le ménage ne peut tout simplement pas fonctionner476. ‘Timoun se richès’. Ces
tâches sont d’autant plus importantes que les services de base (éducation, santé, accès à l’eau,
marché, etc…) sont éloignés du lieu de résidence du ménage. La situation est aggravée dans les
ménages tenus par une mère célibataire dont la force de travail d’un adulte a été soustraite. A titre
d’exemple, les femmes rurales trouvent une partie non négligeable de leurs revenus dans la
commercialisation de produits agricoles et le petit commerce où elles passent des journées entières
469
Duval, C., 2005.
James, E., 2010 ; Schwartz, 1992.
471
MSPP, 2013a.
472
MSPP, 2012a.
473
Schwartz, 2011.
474
MSPP, 2017.
475
Les enfants du ménage où ceux ‘placés’ ou ‘confiés’ communément appelés ‘restavek’.
476
Schwartz, 2011.
470
170
hors de la maison, en particulier les jours de marché477. Sans enfants pour réaliser les corvées
domestiques, elles ne pourraient tout simplement pas réaliser ces activités génératrices de revenus.
La vie des enfants dans une famille rurale typique est dure478 et la situation est aggravée lors de
sécheresses puisqu’il faut alors se déplacer à pied des heures durant pour collecter l’eau nécessaire
au ménage.
Les enquêtes montrent que 77% des enfants de 5 à 11 ans en zones rurales travaillent dans des
activités économiques et domestiques (tableau 40). Les données montrent que la mobilisation des 511 ans du milieu rural et du quintile le plus pauvre de la population est particulièrement élevée. La
mobilisation diminue sensiblement dans la tranche d’âge supérieure. C’est précisément au cours de
cette période (après celle de 0-5 ans) qu’il convient de prioriser. Par contre moins d´enfants sont
mobilisés en milieu urbain.
Les enquêtes montrent également que l’investissement dans l’éducation des enfants est plus élevé
en milieu urbain avec un taux net de scolarisation dans le cycle primaire (enfants de 6 à 11 ans) de
86.3%, contre 72.7% en milieu rural. De plus, cet investissement est très inégalitaire, surtout pour le
cycle secondaire (enfants de 12 à 17 ans). Le taux net de scolarisation des enfants du secondaire est
de 52.9% pour le quintile le plus riche, contre 6.5% pour le quintile le plus pauvre. De plus, les
principaux défis de l’éducation ne sont pas tant l’inscription à l’école, mais d’y rester et d’y
apprendre quelque chose. Le parcours d’un enfant scolarisé en Haïti est caractérisé par des
redoublements, des abandons et des réinscriptions à tous les niveaux du système479. La gestion des
écoles et les pratiques pédagogiques couplées aux privations associées à la pauvreté, la faim et la
malnutrition ressortent comme les facteurs les plus significatifs aux faibles résultats scolaires480.
Dans ce contexte, l’enfant devient une ressource essentielle à la survie du ménage rural où, par son
travail, il participe à l’activité économique du ménage, alors que plus tard, les filles surtout,
deviennent le ‘bâton de vieillesse’ lorsqu’elles sont en mesure d’envoyer un peu d’argent depuis leur
lieu d’émigration. On est bien loin d’un régime de l’enfant-investissement, que promeut la protection
sociale, où le travail des enfants serait marginal, où l’investissement dans l’éducation serait régulier,
de qualité et rentable et où la prise en charge des personnes âgées serait collective481.
DRAFT
Ainsi, les premières victimes des politiques commerciales et tarifaires libérales sont les enfants qui,
en raison de l’appauvrissement de la population et de l’exode rural massif, se voient confier des
tâches productives, voire des corvées, nécessaires à la survie des ménages. Cet état des choses a un
effet direct sur la sécurité nutritionnelle des enfants et compromet l’avenir du développement
d’Haïti, car il retire toute possibilité d’investissement valable dans le capital humain, en particulier
pour les enfants de la tranche d’âge de 5 à 11 ans vivant en milieu rural.
Ainsi, la priorité des filets sociaux, à travers des transferts non contributifs, est d’investir dans le
capital humain des enfants (alimentation scolaire) et d’assurer une prise en charge collective des
ménages les plus pauvres parmi les pauvres (ultra-pauvres).
477
Déplacements à pied inclus.
Cela est la raison pour laquelle, lors d’une enquête sur les orphelinats, 70% des enfants ayant au moins un parent ne
souhaitaient pas retourner chez eux et 100% d’entre eux ne souhaitent pas être placés dans une famille d’accueil. Schwartz,
T., 2017.
479
MENFP, 2010 ; Banque Mondiale, 2015b
480
MENFP, 2010, Banque Mondiale, 2015c et USAID, 2001.
481
Lamaute-Brisson, N. 2018a et 2018b.
478
171
Impact de l’exode rural sur les structures sociales locales
En raison de l’effondrement de l’économie agricole, l’élite rurale investit de plus en plus, non pas
dans l’économie locale, mais dans les voies et moyens d’échapper eux-mêmes, et leurs enfants, à
leur zone d’origine. A titre d’illustration, dans le Nord-Ouest, sur 8 leaders communautaires vivant
dans la région au début des années 90, aucun de leurs enfants n’était resté dans le Département. Ces
leaders ont eu 44 enfants de plus de 18 ans ; 19 d’entre eux vivaient à Port-au-Prince alors que les 25
restants, eux, étaient aux Etats-Unis ou au Canada482.
Ces changements comportent également des profondes implications économiques et politiques.
L’investissement dans la migration a créé un vide économique dans un contexte où l’agrégation de
produits agricoles locaux483 ne se faisait plus en quantités importantes. Dans ce vide, se sont
engouffrés les ONG, les missionnaires, les églises, les orphelinats, les écoles, les cliniques, etc. qui ont
tous en commun leur base économique dans des dons de l’étranger.
Par conséquent, pour la population rurale, l’opportunité entrepreneuriale la plus rentable est
devenue l’accès à ces entités chargées de guider l’aide internationale. Ainsi, qu’il s’agisse de prêtre,
de propriétaire d’orphelinats, de propriétaire de cliniques, de directeur d’associations, d’écoles ou de
quelques entreprises non charitables, comme les marchands, les armateurs, les propriétaires terriens
ou les politiciens déterminés à garder un ancrage dans leur lieu d’origine ont déménagé leur famille à
Port-au-Prince, aux Etats-Unis, au Canada, tout en gardant une base économique dans l’industrie
rurale haïtienne de la charité et de la migration. La situation a été aggravée par l’émergence
simultanée de trafics illicites en tant qu’industrie de choix pour ce qui est devenu l’élite provinciale la
plus puissante du pays484.
En conséquence, les zones rurales ont vu un renversement des notables traditionnels (‘notab’, ‘gran
nèg’), encore en place au début des années 80, dont la source de richesses était ancrée dans les
filières agricoles locales et dont leur famille vivait dans la zone. Ces ‘notab’ étaient ainsi ancrés dans
la société locale et, en conséquence, tenus à un certain degré de redevabilité vis-à-vis des
populations locales. Ils ont été remplacés par une nouvelle élite, le plus souvent résidant à cheval
entre le rural et les centres urbains régionaux, qui s’est spécialisée dans la capture des ressources
externes et organisée autour de groupes d’intérêts. Typiquement, leur famille ne vit plus dans la
zone. Cette nouvelle élite, ou nouveau ‘notab’, n’est ainsi tenue que par une très faible redevabilité
vis-à-vis des populations locales. Elle se caractérise également par une instabilité des alliances
politiques ainsi qu’une rotation relativement rapide des personnalités. Dans ce processus, les
populations rurales dépendant de l’agriculture n’ont pas de représentants et sont marginalisées. Les
figures 16 et 17 illustrent le processus qui s’est opéré à partir des années 1980 jusqu’à nos jours.
DRAFT
Ainsi, l’exode rural, causé par la dérégulation des marchés agricoles, a laissé les producteurs les plus
pauvres (ceux que l’enquête de pauvreté a identifié485), marginalisés jusque dans les espaces de
décision. Cette situation renforce encore le cycle de la migration. Le niveau moyen et supérieur de la
paysannerie ne voit aucun avenir dans ce contexte socio-économique et fait le choix de l’exode.
Ainsi, cette population ne participe pas aux changements nécessaires dans les zones rurales486. Les
implications politiques, économiques et sociales de cet état des choses sont profondes pour la
nation. Pour les filets sociaux, l’implication principale est que les personnes les plus démunies se
482
Schwartz, ,1992.
Pour le marché local et l’exportation.
484
CNSA, 2015a.
485
MPCE, 2014 et Banque Mondiale, 2015a.
486
Schwartz, 1992.
483
172
retrouvent sans voix et que les transferts et services destinés aux communautés et aux familles les
plus pauvres sont siphonnés par l’élite487.
Ainsi, la priorité opérationnelle dans la mise en place de filets sociaux est de définir une
méthodologie de ciblage des ultra-pauvres, adaptée à un contexte particulier, afin de s’assurer que
les dépenses atteignent les personnes qui en ont le plus besoin.
Figure 16. Structuration des zones rurales – pré-1980 (adaptation de CNSA, 2015a)
Figure 17. Structuration des zones rurales aujourd’hui(adaptation de CNSA, 2015a)
DRAFT
487
Le siphonnage a toujours existé, mais les tendances se sont accentuées aujourd’hui en raison des changements illustrés
dans cette section.
173
Ciblage
L’une des contraintes du contexte est que le ciblage ne peut pas s’appuyer sur les élites locales pour
identifier les ultra-pauvres. Une enquête dans le Nord-Ouest, indique que 2/3 (67%) de la population
rurale pensent que les personnes qui sont réellement dans le besoin ne sont pas celles qui reçoivent
l’aide488. Les méthodologies de ciblage traditionnellement employées en Haïti ne permettent pas
d’atteindre les destinataires prévus par les programmes sociaux 489. Cela est probablement l’un des
nombreux facteurs qui a contribué au fait que les disparités de richesses se sont aggravées en 2012,
surtout en milieu rural, malgré les milliards investis dans le pays suite au tremblement de terre de
janvier 2010 (voir analyse de contexte).
Ciblage en situation ‘normale’
En 2014 et 2015, la CNSA et le MAST, dans le cadre du programme
KoreLavi, ont entrepris des travaux sur le ciblage qui ont été suivis
de leçons apprises de terrain490. 3 exigences sont typiquement
retenues pour le choix d’une méthodologie de ciblage, soit a) la
précision et la rigueur, b) la flexibilité et l’adéquation et c)
l’efficience491. Deux méthodologies de ciblage ont donné les
meilleurs résultats en termes de ‘précision et rigueur’492 :
Rigueur &
Précision
Efficience
Flexibilité,
Adéquation
i.
Le recensement des ménages par des enquêteurs effectuant un porte-à-porte pour
l’administration d’une enquête socio-économique493, et
ii.
Les listes de fréquences en deux étapes, établies par des enquêteurs pour identifier les
‘notab’ locaux les plus respectés et honnêtes et, ensuite, par ces ‘notab’ sélectionnés pour
établir des listes de ménages ultra-pauvres dont la fréquence est ensuite analysée494.
DRAFT
Une méthodologie hybride est proposée et qui regroupe la liste de fréquences, suivie d’une enquête
socio-économique ‘porte à porte’ uniquement pour les ménages identifiés495.
Les différences de coûts de mise en œuvre sont conséquentes entre méthodologies, variant d’un
facteur de 10 à 14 (tableau 41). Le recensement ‘porte-à-porte’ est cher, particulièrement pour des
488
CNSA, 2015a.
Le plus souvent les méthodologies suivantes sont employées : ciblage communautaire, ciblage (liste préparée) par des
agents communautaires et ciblage (liste préparée) par les élus locaux (maires, etc…) ou l’auto-ciblage. Le plus souvent,
lorsque les méthodologies de ciblage sont définies à Port-au-Prince, au niveau des sièges des agences humanitaires ou de
développement, elles ne sont ensuite pas strictement appliquées par les opérateurs sur le terrain. CNSA, 2015a.
490
CNSA, 2015a et 2015b ; Diaz, 2014 et KoreLavi, 2016 et 2018.
D’autres études ont également été conduites en dehors des structures gouvernementales : Scheider, M. 2016a and 2016b
ainsi que Rios, V., 2016.
491
L’enjeu du ciblage s’articule toujours dans une tension autour de trois exigences de qualité, qui peuvent apparaître
comme antinomiques, mais qui doivent en réalité être complémentaires (KoreLavi, 2018) :
Une exigence de précision et de rigueur : n’identifier que les personnes ou les ménages qui sont réellement les plus
démunis, donc répondant à un certain seuil de pauvreté multidimensionnelle et/ou éligibles selon le type de service
que l’on souhaite proposer. Ne pas exclure certain(e)s personnes ou ménages qui devraient avoir droit à ces services.
Une exigence de flexibilité et d’adéquation : s’adapter au moyens et mandats existants (acteurs, ministères), prendre
en compte les différentes situations possibles (urgence, post-urgence/redressement, développement), respecter tant
que faire se peut la manière dont on conçoit les notions de pauvreté et de vulnérabilité en Haïti.
Une exigence d’efficience : atteindre son but avec une utilisation optimale des moyens à disposition (humains,
matériels et financiers).
492
Les méthodes d’auto-sélection par la mise en place de guichets d’enregistrement et d’auto-ciblage n’ont pas été retenus
en raison du manque de mécanismes d’auto-régulation dans le milieu social, autant en zones urbaines que rurales.
493
KoreLavi, 2016.
494
CNSA, 2015a et 2015b. La méthodologie demandera à être affinée lors de son application à grande échelle.
495
KoreLavi, 2018.
489
174
filets sociaux ciblant au plus 10% de la population des zones enquêtées. Pour le ciblage en situation
‘normale’, et considérant les ressources financières disponibles, les méthodologies retenues sont
ainsi ; a) la liste des fréquences, et b) la méthode hybride pour les situations où le profil socioéconomique de tous les ménages sont évalués lors de l’enrôlement de ces derniers dans un filet
social de long terme.
Tableau 41. Coût des méthodologies de ciblage de ménages ultras-pauvres
(7-10% de la population des zones enquêtées)
Méthodologie
Recensement porte à porte
Liste des fréquences (LF)
Hybride (LF + ‘porte à porte’)
Coût par ménage
bénéficiaire sélectionné
9,000-12,750HTG
900 HTG
3,000HTG
Ciblage pour les réponses d’urgence suite à un choc
Suite à un choc, le critère ‘flexibilité et adéquation’ est essentiel étant donné que les délais sont
cruciaux dans la mise en œuvre d’une réponse d’urgence. Les chocs affectant le pays se déclenchent
soit lentement, typiquement les périodes de sécheresse, soit rapidement, typiquement une
inondation (tableau 42). La situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle, mais aussi le niveau de
pauvreté des populations affectées change drastiquement suite à un choc qui se déclenche
rapidement. Les bases de données socio-économiques des bénéficiaires des filets sociaux sont ainsi
d’une utilité limitée pour le ciblage des réponses à de tels chocs. Ces bases de données peuvent
toutefois être utiles dans le cas de chocs à déclenchement lents et lorsque la portée de ces chocs
reste limitée496.
Table 42. Méthodologies de ciblage pour les réponses d’urgence, ventilées par type de chocs
DRAFT
Type de chocs
Déclenchement
lent
Déclenchement
rapide
Chocs
- Périodes de
sécheresse
- Hausses des prix
- Ouragans
- Inondations
- Glissements de
terrain
- Tremblements de
terre
Zones
Rural
Portée
Limité à
Large
Large
Urbain
Large
Rural
Limitée à
large
Urbain
Limitée à
large
Rural
Méthodologie de ciblage
- Liste des fréquences
- Liste des fréquences
- À déterminer (plus d’analyses
nécessaires)
- Listes de bénéficiaires préparées en
collaboration avec la DPC et les élus
locaux pour les réponses d’urgence
immédiatement après le choc
- Listes des fréquences pour les
interventions de relèvement
- Listes de bénéficiaires préparées en
collaboration avec la DPC et les élus
locaux pour les réponses d’urgence
immédiatement après le choc
- À déterminer (plus d’analyses
nécessaires) pour les interventions de
relèvement
La liste des fréquences est applicable pour les réponses d’urgence suite à un choc à déclenchement
lent étant donné la rapidité de mise en œuvre et les coûts relativement bas de la méthodologie. Par
496
Dans tous les cas, l’utilité de telles bases de données reste limitée pour la réponse aux chocs lorsque les filets sociaux
ciblent les ultra-pauvres (7-10% de la population des zones rurales et des quartiers urbains défavorisés). Elles permettent
toutefois d’augmenter le montant des transferts afin que les ménages ultra-pauvres puissent faire face aux chocs. Pour le
reste de la population, le tableau 39 présente les méthodologies par type de chocs.
175
contre, immédiatement après un choc à déclenchement rapide, les interventions nécessaires pour
sauver des vies ne peuvent pas attendre une méthodologie de ciblage trop élaborée et ainsi les listes
sont préparées en collaboration avec la DPC et les élus locaux. Par contre, les interventions de
relèvement doivent être ciblées en utilisant la liste des fréquences ou la méthodologie hybride. Le
tableau 42 présente les méthodologies de ciblage par type de chocs. Les interventions d’assistance
sociale non-ciblées sont contraires à la présente politique.
Registre Unique de Bénéficiaires (RUB)
L’application des méthodes de ciblage est une priorité pour s’assurer que les ressources allouées aux
programmes sociaux parviennent réellement aux populations qui en ont le plus besoin. Le maintien
d’un RUB, soit une base de données intégrées des bénéficiaires des transferts aux ultra-pauvres, est
nécessaire afin d’opérationnaliser l’intégration d’autres services vers les ménages les plus pauvres,
tels que la promotion sociale promue par la Politique Nationale de Protection Sociale du MAST497. Les
bénéficiaires inclus dans le RUB sont nécessairement sélectionnés par la mise en œuvre rigoureuse
de l’une des méthodologies de ciblage retenues dans la PSNSSANH498. Le RUB est géré par le MAST et
permet ainsi de renforcer les mécanismes de coordination des interventions d’assistance sociale499.
Priorité sur les transferts de produits alimentaires
locaux
Encadré 13. Définition
‘PRODUITS ALIMENTAIRES LOCAUX‘
Les filets sociaux doivent être conçus comme un
Les produits alimentaires locaux se
investissement dans le capital humain ayant des
réfèrent aux aliments issus de la
retombées immédiates sur les économies locales.
production agricole réalisée sur le
L’alimentation scolaire a montré que lorsque les aliments
territoire national. Pour les aliments
sont achetés aux producteurs ou sur les marchés à
qui ne peuvent pas être produits sous
proximité des écoles, 2/3 des financements de la cantine
les latitudes d’Haïti, ils se réfèrent
sont investis au niveau local où se trouvent les écoles. Cet
alors aux produits transformés et
argent se retrouve, en grande partie, dans la poche des
enrichis dans le pays.
producteurs ou des acteurs des marchés locaux. Cela crée
des effets multiplicateurs favorables aux économies locales. Par contre, lorsque les produits
alimentaires sont achetés à l’étranger, par des passations de marchés internationales, 2/3 des
financements de la cantine sont investis hors du pays et seulement 1% l’est au niveau local où se
trouvent les écoles.500
DRAFT
Ainsi, les filets sociaux utiliseront systématiquement les produits locaux, lesquels sont priorisés sur
les transferts monétaires (transferts conditionnels et non conditionnels et alimentation scolaire).
Pour les filets sociaux de long terme, les aliments importés doivent progressivement diminuer à 0% à
l’horizon 2025 au plus tard, conformément à la PSNAS501.L’utilisation exclusive de produits
alimentaires locaux permet de créer des marchés captifs pour la production agricole nationale.
L’ancrage des filets sociaux dans la production nationale est un élément central de leur durabilité. De
plus, afin d’améliorer la diversité alimentaire et la cible de réduction de la part du riz dans le régime
alimentaire, les filets sociaux incluront des rations de riz ne couvrant qu’au maximum les besoins de
2 jours par semaine (30% des céréales au maximum pour des rations hebdomadaires ; 40% pour les
menus de la cantine scolaire).
497
En cours de formulation.
En dehors des programmes d’urgence.
499
Se référer à la Politique Nationale de Protection Sociale en cours d’élaboration.
500
MENFP & PNCS, 2017a.
501
MENFP & PNCS, 2016.
498
176
B.
Programmes Nationaux prioritaires
Sur la base des priorités établies pour les filets sociaux, à travers des transferts non-contributifs, 3
Programmes Nationaux sont retenus pour une mise à l’échelle :
1. L’alimentation scolaire basée exclusivement sur des produits locaux ;
2. Les bons de produits alimentaires locaux destinés aux ‘ultra-pauvres’ et le RUB (environ 7-10% de
la population des zones rurales et des quartiers urbains défavorisés) ;
3. Les transferts alimentaires aux ménages fortement affectés par un choc (urgence et relèvement).
Ces priorités ne limitent pas d’autres types d’interventions, pour autant qu’elles s’alignent sur les
principes directeurs et les orientations de la présente politique. Néanmoins, en termes de filets
sociaux, la priorité est donnée sur la mise à l’échelle de ces 3 programmes prioritaires à l’horizon
2030, considérant les ressources financières limitées. Les transferts de nourritures non-ciblés ou
ciblés sur des populations peu vulnérables sont contraires à l’esprit de la présente politique.
PROGRAMME NATIONAL 2.2.1. Cantine scolaire basée exclusivement sur des produits locaux
(PN-CS)
Destinataires
Enfants
scolarisés du
fondamental
Nombre
d’élèves
1.4
millions
Modalité
Snack + repas
chaud sur la
base de
produits locaux
Valeur des
transferts
par élève /
jour
Coût
transferts /
élève par
année scolaire
Coût total par
année (inclus
coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
45 HTG
4000 HTG
11 milliards
HTG
MENFP /
PNCS
DRAFT
L’alimentation scolaire est le programme priorisé car il permet d’adresser spécifiquement le
problème clé de l’exploitation des enfants par l’économie de survie dans les ménages, surtout en
zones rurales et pour la tranche d’âge des 5 à 12 ans (3 cycles du fondamentale) qui est la plus
mobilisée pour le travail productif des ménages. Le transfert d’aliments complémentaires nutritifs
aux enfants scolarisés, tels que défini par la Politique et Stratégie Nationales d’Alimentation Scolaire
(PSNAS), permet d’améliorer la rétention scolaire, la santé nutritionnelle des enfants ainsi que leur
capacité cognitive durant les heures de classe. Pour atteindre ces résultats, il est indispensable que la
valeur nutritionnelle des repas soit au minimum de 1040 kcal par jour et qu’un snack le matin et un
repas chaud à midi soient servi502. La valeur des repas offerts à l’école doit être suffisamment élevée
par rapport au coût-opportunité de garder les enfants à la maison503. Durant l’année scolaire
2017/18, seuls 22,000 élèves (3.4%) sur 646,000 bénéficient des rations recommandées par la
politique d’alimentation scolaire.
Depuis la création du PNCS, la cantine scolaire est le filet social mis en œuvre à plus grande échelle
dans le pays (tableau 43). En 2017-18, environ 1/4 des enfants scolarisés du fondamental bénéficient
de la cantine de façon plus ou moins régulière504. La cantine constitue également le filet social le plus
structuré. En effet, le secteur bénéficie d’une structure administrative dédiée spécifiquement au
Programme National de Cantine Scolaire505, d’une Politique et Stratégie Nationales d’Alimentation
502
MENFP & PNCS, 2016.
A noter que le régime scolaire en Haïti est d’une demi-journée.
504
Groupe d’Appui Alimentation Scolaire, 2017. 818,600 élèves moins 172,000 qui n’ont pas pu être couverts par le projet
Education Pour Tous (EPT).
505
Bien que le PNCS ne jouit toujours pas d’existence légale, mais d’une existence de fait.
503
177
Scolaire (PSNAS)506 ainsi que d’un Manuel d’Opérations du PNCS507, définissant et standardisant les
procédures et modalités opérationnelles, étape par étape, de la mise en œuvre d’un programme
exclusivement basé sur des produits locaux.
PROGRAMME NATIONAL 2.2.2. Bons de produits alimentaires locaux destinés aux ‘ultra-pauvres’
et RUB (PN-BPAL)
Destinataires
Ménages
ultra-pauvres
Nombre de
bénéficiaires
100,000
Modalité
Bons
alimentaires
produits
locaux
Valeur des
transferts
mensuels
Coût
transferts /
ménage par
année
Coût total par
année (inclus
coûts
opérationnels)
1500-1875
HTG
18,000–
22,500 HTG
2.7 milliards
HTG
Ancrage
institution.
MAST / CAS
Le MAST met actuellement en œuvre, dans 16 communes du Nord-Ouest, du Centre, du Sud-Est et
de l’île de la Gonâve, un programme de bons alimentaires basé sur des produits locaux destinés aux
‘ultra-pauvres’. Le programme est nommé KoreLavi et touche 18,200 ménages bénéficiant d’un bon
alimentaire d’une valeur de 1875 HTG/mois, dont 1200HTG pour les produits secs et 675HTGpour les
produits frais508. En 2017-18, les financements proviennent essentiellement de l’USAID. Le
programme doit être orienté vers les acteurs commercialisant exclusivement des produits locaux,
soit des plateformes de Madan Sara, afin de diminuer les intermédiaires (plutôt qu’un réseau de
vandè spécialisé dans la commercialisation de produits importés). Les bénéficiaires des bons
alimentaires, soit les ménages en situation d’ultra-pauvreté identifié par un ciblage rigoureux, sont
enregistrés dans une base de données unique ; le RUB.
DRAFT
PROGRAMME NATIONAL 2.2.3. Transferts alimentaires d’urgence aux ménages fortement affectés
par un choc (PN-TAU)
Destinataires
Nombre
de
ménages
Modalité
Tonnage
d’aliments
Ménages
fortement
affectés par
des chocs
Variable
Transferts
de
nourriture
Variable
13,000 (stock de
contingence)
RUTF
Variable
67 (stock de
contingence)
Coût
logistique
jusqu’au
point de
distribution
9000 HTG /
tonne
1500HTG /
box
Coût total par
année (inclus
coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
112millionsHTG
(dispatch du
stock de
contingence)
BMPAD
7.5 millions HTG
(dispatch du
stock)
MSPP
Sur la base des instructions du Secrétaire Exécutif de l’ONASSAN, le BMPAD distribue les quantités de
vivres requises pour les distributions alimentaires à partir de son stock de contingence. Les plans de
distribution sont préparés par la CNSA et les distributions sont effectuées par la DPC, avec le
concours de la Croix-Rouge Haïtienne et des autorités locales, et en appliquant les méthodes de
ciblage spécifiées par la PSNSSANH (tableau 42). Un protocole est élaboré entre le BMPAD et la DPC
pour les réponses d’urgence et de relèvement. Le BMPAD signe également des accords-cadres avec
506
MENFP & PNCS, 2016.
MENFP & PNCS, 2017a.
508
KoreLavi en chiffres au 30 mars 2017.
507
178
les entreprises de transporteurs en prévision d’éventuelles urgences509.Pour les urgences
nutritionnelles, le stock de contingence est mis à disposition du réseau de prise en charge de la
malnutrition aiguë globale, conformément aux orientations du protocole national du MSPP510.
C.
Arbitrages
Le tableau 43 montre que les mécanismes étatiques des filets sociaux sont disparates avec des
initiatives qui restent à très petite échelle, à l’exception de l’alimentation scolaire (PNCS). Les
mécanismes les plus importants sont financés en grande partie par l’aide externe. L’alignement des
interventions sur les orientations de la politique nécessite des arbitrages, en particulier au niveau des
restaurants communautaires non ciblés et des transferts monétaires aux mères d’enfants déjà
scolarisés. Les exercices de cartographie des interventions des acteurs non étatiques montrent une
multitude d’interventions dont la couverture est plus élevée que les mécanismes étatiques mais où
institutions, idées et intérêts déterminent la juxtaposition de modèles, en deçà d’une logique
unificatrice. Ces acteurs non étatiques dépendent pour une large part de financements externes de
court terme. 511
Tableau 43. Principaux mécanismes étatiques des filets sociaux (adapté de Lamaute-Brisson, N., 2018a).
Institution /
Principales fonctions
programme
Ministère des Affaires Sociales et du Travail
1) Transferts monétaires
CAS (Caisse
pour les personnes âgées
d´Assistance
2) Restaurants
Sociale)
communautaires
Accueil migrants rapatriés
ONM (Office
et personnes déportées
National de la
(transferts monétaires,
Migration)
hébergement)
Programme
KoreLavi
Coupons alimentaires
Destinataires
1) Personnes âgées
allocations 6000, et
subventions 2681
Couverture
Financement
%
Impôt sur la
masse
salariale
déclarée
Variable
Trésor public
DRAFT
Migrants rapatriés et
personnes déportées
(centres d´accueil)
18,200 ménages
vulnérables
Ministère de l’Economie et des Finances
KorePèp *:
1) Ti Manman Cheri :
1) Mères avec enfants
FAES (Fonds
transferts monétaires
en âge de scolarisation
d´Assistance
pour l´éducation ;
Economique et
2) Populations
2) Panye Solidarite :
Sociale
vulnérables
transferts de biens de
consommation
Ministère de l’Education et de la Formation Professionnelle
PNCS
Elèves du fondamental
Transferts de nourriture
(Programme
Couverture
(repas) dans les écoles du
National de
totale :816,000 élèves
Cantines
fondamental
en 2017-2018
Scolaires)
3.6%
(18,200 sur
500,000 ménages
ultra-pauvres)
-
USAID
1) Aide
externe
2) Trésor
public
23%
(0.65 millions sur
2.8 millions)
Trésor
public +
bailleurs
*Annonce de la reprise de quelques programmes de la Stratégie Nationale d´Assistance Sociale
509
En conformité avec les règles générales relatives aux marchés publics définie par la loi. Le Moniteur, 2009a.
MSPP, 2010.
511
UNICEF&OXFAM, 2012; Lamaute-Brisson, 2015.
510
179
Pilier 2.3 - Services de base nécessaires à la sécurité sanitaire et nutritionnelle.
Objectif spécifique. Investir dans l’accès et la disponibilité des services de base prioritaires nécessaires
à une bonne utilisation physiologique des aliments locaux et permettant d’atteindre la sécurité
sanitaire et nutritionnelle.
SECTION 1.
Nutrition
L’utilisation des aliments porte sur la façon dont le corps optimise les différents nutriments présents
dans les aliments. De bonnes pratiques de soins et d’alimentation, de préparation des aliments, de
diversité du régime alimentaire, et de distribution des aliments à l’intérieur du ménage ont pour
résultat un apport adéquat d’énergie et de nutriments. Ceci s’ajoute à une bonne utilisation
biologique des aliments consommés, qui dépend de l’état de santé des individus et détermine leur
état nutritionnel. Le ‘cycle de vie’ à savoir toutes les tranches d’âge de la population sont pris en
compte.
Les différentes formes de la malnutrition sont présentées par ordre d’importance, selon les
prévalences mesurées, en situation normale : malnutrition chronique, carences en micronutriments,
insuffisance pondérale à la naissance, surcharge pondérale et malnutrition aiguë.
A.
Priorisation
Malnutrition chronique
La forme la plus répandue de malnutrition en Haïti est le retard de croissance (déficit en taille par
rapport à l’âge) avec une prévalence de 22% (EMMUS 2017) chez les enfants de 5 ans, soit un enfant
sur cinq512. Ce niveau est resté inchangé depuis 2012 et a, en moyenne, diminué de 0,4 point
pourcentage par an depuis le début des années 2000. Ce taux annuel restera insuffisant pour qu’Haïti
atteigne la cible globale513 de réduction du retard de croissance de 40% d’ici 2025 soit une
prévalence de 13%. De plus, il existe de grandes disparités dans la répartition du retard de croissance
au sein de la population haïtienne, comme montré dans le graphique 39.
DRAFT
Graphique 39. La malnutrition chronique chez les enfants de 0-5ans (EMMUS 2017)
40%
34%
35%
32%
30%
25%
20%
15%
10%
24%
22%
18%
24%
23%
18% 17%
14%
9%
8%
5%
0%
512
A noter que dans une population de référence bien nourri et en bonne santé, 2.3% des enfants sont classés comme
malnutris, Haiti se trouve donc 20% au-dessus de cette valeur. (Reference: WHO Global Database on Child Growth and
Malnutrition, Mercedes de Onis and Monika Blössner, WHO.)
513
OMS, 2015.
180
Les principaux déterminants du retard de croissance sont le niveau socio-économique et le niveau
d’instruction de la mère. La malnutrition chronique est environ 4 fois plus élevée chez les plus
pauvres (34%) que chez les plus aisés (9%) et chez les enfants avec mères sans aucune instruction
(32%) que chez ceux avec mères avec niveau secondaire ou plus (8%). Ainsi, les actions pour la
prévention et la réduction de la malnutrition chronique doivent tenir compte de sa distribution au
sein de la population et cibler les couches les plus défavorisées en utilisant le prisme de l’équité. Elle
doit également prioriser les politiques pro-pauvres pour réduire les inégalités socio-économiques
face à la malnutrition.
D’autre part, le retard de croissance est un phénomène qui s’installe tôt dans la vie, dès la
conception, et qui atteint un plateau vers l’âge de 2 ans avec une prévalence de 30% pour la tranche
d’âge 18-23 mois. Cette forme de malnutrition est considérée comme reflétant le passé nutritionnel
de l’enfant car elle s’installe sur le long terme suite à des apports nutritionnels inadéquats prolongés
et/ou des épisodes infectieux répétés. Cette malnutrition précoce a des conséquences souvent
irréversibles pour les enfants, notamment sur le cerveau avec un développement intellectuel
diminué, des capacités d’apprentissage et des performances scolaire limitées, et est associé à une
perte de capital humain, de productivité et de croissance économique à l’échelle du pays.
La période de la vie s’étendant du début de la grossesse à l’âge de 2
ans, appelée la période des 1000 jours, est considérée comme la
meilleure fenêtre d’opportunité pour la prévention du retard de
croissance afin que chaque enfant atteigne son potentiel de
développement intellectuel et physique. Investir en faveur des
jeunes enfants est donc un impératif moral, économique et social,
les actions préventives précoces produisent aussi un meilleur
retour sur investissement que les actions curatives tardives.
L’investissement dans la réduction de la malnutrition ne sera pas
seulement bénéfique à la santé et au bien-être des enfants d’aujourd’hui, il influencera aussi la
stabilité et la prospérité de la nation de demain.
DRAFT
Carence en fer
Enfants moins de 5 ans
Les carences en micronutriments sont également largement répandues en Haïti. Néanmoins,
l’anémie ferriprive représente le problème le plus grave avec une prévalence nationale de 66% chez
les enfants de moins de 5 ans soit 2 enfants sur trois (EMMUS 2017).
La situation est encore plus préoccupante chez les jeunes enfants avec une prévalence de 79% dans
le groupe d’âge 6-23 mois. Ces niveaux n’ont quasiment pas changé depuis le début des années 2000
et représente, selon la classification de l’OMS, un problème de santé publique grave (prévalence de
l’anémie supérieure à 40%). Il est à noter que l’anémie ferriprive touche toutes les catégories de la
population infantile que ce soit les enfants vivant en milieu urbain (67%) ou rural (65%), ou les
enfants les pauvres (66%) et les plus aisés (60%).
181
Graphique 40. L’anémie chez les enfants de 0-5ans
Femmes en âge de procréer (15 – 49 ans)
L’anémie ferriprive cher les femmes en âge de procréer (FAP) représente également un problème de
santé publique grave selon la classification de l’OMS avec une prévalence nationale de 48%, soit une
femme sur deux (EMMUS 2017). Cette prévalence de l’anémie chez les FAP n’a quasiment pas
changé depuis le début des années 2000 et ce manque de progrès compromet l’atteinte de la cible
de 24% soit 50% de réduction de l’anémie chez les FAP d’ici 2025514. Comme pour la population
infantile, toutes les catégories de femmes en âge de procréer sont touchées que ce soit les plus
pauvres (45%) ou les plus aisées (50%) ou celles vivant en milieu rural (46%) ou urbain (52%).
DRAFT
Graphique 41. L’anémie chez les femmes de 15-49ans
Enfants 5-14 ans
Il existe très peu de données nutritionnelles sur les enfants de 5-14ans, car les enquêtes EMMUS ou
SMART ne renseignent pas sur la situation nutritionnelle de cette tranche d’âge qui n’est pas
considérée comme la plus vulnérable à la malnutrition et l’essentiel des efforts et investissements en
514
OMS, 2015.
182
nutrition sont mis sur les enfants de 0-5 ans. Il existe, néanmoins quelques études isolées réalisées
soit dans le cadre des cantines scolaires ou dans la recherche menée par des universités. Ainsi, une
étude de base réalisée en janvier 2017 par Nutrition Internationale (NI) sur un échantillon de 960
élèves issus de 18 écoles fournissant des repas composés d’aliments fortifiés (huile enrichie en
vitamine A, sel iodé, farine enrichie en fer) a révélé que 46% des élèves souffraient d’anémie avec
45% chez les filles et 47% chez les garçons (résultats préliminaires)515.
Une autre étude réalisée sur 1,047 élèves au Cap Haïtien516, a observé chez les enfants d'âge scolaire
des prévalences d’anémie de 71% (2,6% cas sévères) culminant à 81% pour les 12-13 ans. Ces
résultats indiquent que la nutrition des élèves haïtiens est très précaire et que la situation est
préoccupante pour les enfants de la même tranche d’âge non scolarisés qui n’ont pas accès aux
aliments fortifiées via les cantines scolaires.
Comme montré ci-dessus, l’anémie touche toutes les catégories socio-économiques et se retrouve
aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. La cause principale de l’anémie est la carence en fer. Il
est estimé que 50% des anémies sont attribuables à la carence en fer dans les pays en voie de
développement et que toute la population souffre d’un certain degré de carence en fer lorsque la
prévalence de l’anémie dépasse 40%517. De nombreuses infections associées au manque d'hygiène et
d'assainissement et à la mauvaise qualité de l'eau contribuent également à l'anémie en diminuant
l’utilisation du fer alimentaire. La lutte contre l’anémie ferriprive vise à augmenter l’apport
alimentaire en fer grâce à la diversification alimentaire, la fortification des aliments en fer et la
supplémentation en fer, et à améliorer son utilisation en luttant contre les infections telles que le
paludisme et les vers intestinaux.
L’anémie est une cause sous-jacente de mauvaise santé chronique, de morbidité et mortalité
maternelle et périnatale élevée, de retard de développement cognitif, et de diminution des capacités
physiques. Ne pas réduire l’anémie équivaut à condamner des millions de femmes à vivre avec une
qualité de vie médiocre et des générations d’enfants à être intellectuellement et physiquement
diminués. C’est pourquoi il est impératif de définir et de mettre à l’échelle des stratégies efficaces
pour la prévention, le contrôle et le traitement de l’anémie.
DRAFT
Carence en Iode
Bien qu’il n’existe pas de données récentes sur le statut en iode de la population haïtienne518, il est
important de poursuivre les efforts en cours pour atteindre l’élimination durable de la carence en
iode, qui a des effets dévastateurs aux premiers stades de la grossesse et dans la petite enfance.
Parmi ses manifestations les plus graves figurent le crétinisme, la mortalité périnatale et une
réduction considérable des capacités d'apprentissage, estimée à environ 13,5 points du quotient
intellectuel à l’échelle d’une population519. C’est la cause d’arriération mentale évitable la plus
répandue mais aussi la carence la plus facile à éliminer avec une technique simple, peu coûteuse et
durable qui garantit un apport suffisant en iode à tous : l’iodation universelle du sel alimentaire.
515
Nutrition Internationale, 2017.
Iannotti et al., 2015.
517
WHO, UNICEF et UNU, 2001.
518
Dernière enquête conduite par le MSPP en 2016, préparation d’une nouvelle enquête en cours pour 2018
519
Bleichrodt, N., et M. P. Born, 1994.
516
183
Insuffisance pondérale à la naissance
Cet indicateur rend compte de la malnutrition intra-utérine et est caractérisé par le petit poids du
bébé à la naissance c’est-à-dire un poids inférieur à 2500g. Selon l’EMMUS 2012, 17% des bébés
souffraient d’une insuffisance pondérale à la naissance, prévalence inférieure au seuil d’alerte de
l’OMS de 20%. Néanmoins pour atteindre d’ici 2025 la cible globale de 12% de l’ODD2 (réduire de
30% l’insuffisance pondérale à la naissance) des efforts considérables doivent être faits pour obtenir
une réduction moyenne annuelle de 0.4 point de pourcentage depuis 2012.
Surcharge pondérale
Enfants de 0-5 ans
La malnutrition ne se limite pas seulement à la sous-nutrition mais inclut aussi la surnutrition et ses
corollaires le surpoids et l’obésité, qui ont des conséquences graves sur la longévité el la qualité de la
vie. De 2012 à 2017, la prévalence de la surcharge pondérale est restée quasiment identique chez les
enfants de moins de 5 ans avec 4% d’entre eux ayant un poids trop élevé par rapport à leur taille. La
cible globale pour cet indicateur 520est de maintenir le même niveau jusqu’à 2025, il est donc
nécessaire de s’assurer qu’il n’y ait pas d’augmentation de la surcharge pondérale infantile dans les
12 années à venir.
Femmes en âge de procréer (15-49 ans)
Les dernières données disponibles (EMMUS 2012) sur l’état nutritionnel des femmes en âge de
procréer montrent que la prévalence du surpoids/obésité de 25% (IMC>25) est deux fois plus élevée
que le déficit énergétique chronique de 13% (IMC<18.5) et que cette situation est restée la même
depuis 2000. La proportion de femmes souffrant de surcharge pondérale varie en fonction des
caractéristiques sociodémographiques et des zones de résidence. Le surpoids et l’obésité en Haïti se
retrouvaient plus fréquemment en milieu urbain (30%) qu’en milieu rural (20%), et étaient 2 fois et
demi plus élevés en zone métropolitaine (34%) qu’à la Grande Anse (14%). D’autre part, le surpoids
et l’obésité étaient presque quatre fois plus élevés chez les femmes les plus aisés (38%) que chez les
plus pauvres (10%). Par contre, il existait peu de différence entre les femmes les plus instruites (29%)
et les femmes sans instruction (24%). On note également une augmentation du surpoids et de
l’obésité au fur à mesure que l’âge avance avec une prévalence de 23% chez les femmes de 20 à 29
ans et de 39% chez les femmes de 30 à 49 ans soit presque deux fois plus. Ces statistiques indiquent
que la lutte contre cette forme de malnutrition doit se focaliser sur les zones urbaines et cibler
prioritairement les classes socio-économiques les plus aisées.
DRAFT
520
OMS, 2015.
184
Graphique 42. La surcharge pondérale chez la femme en âge de procréer 15-49ans
45%
32%
35%
30%
39% 39%
38%
40%
28%
25%
25%
24%
23%
20%
20%
15%
15%
11%
10%
6%
5%
0%
Malnutrition aigüe
L’émaciation ou malnutrition aigüe (déficit de poids par rapport à la taille) fluctue sur des courtes
périodes dues aux variations saisonnières « normales » de la sécurité alimentaire et des maladies
infectieuse et celles liées aux aléas climatiques. La prévalence nationale était estimée à 3,7% en 2017
soit un enfant sur vingt-cinq mais elle avait atteint les 10.1%, 11 ans plus tôt, en 2006 se situant audessus du seuil d’alerte de 10% selon la classification de l’OMS. Selon EMMUS VI pour la première
fois depuis plus de 20 ans, la prévalence de la malnutrition aigüe est passée sous le niveau des 5% et
le pays est sur la bonne voie pour atteindre la cible mondiale521 qui consiste à réduire et maintenir
l’émaciation au-dessous de 5%. Vu le caractère conjoncturel de cet indicateur, il est nécessaire de
poursuivre les efforts visant à combattre et traiter cette forme de malnutrition.
DRAFT
Synthèse et éléments de stratégie
Les causes de la malnutrition infantile sont multiples, ce qui explique la nécessite d’une approche
multisectorielle pour éliminer la malnutrition de façon efficace et durable.
Les facteurs directs de la malnutrition infantile sont la mauvaise nutrition maternelle, les pratiques
inadéquates d’alimentation des nourrissons et des jeunes enfants et les infections. L’état nutritionnel
de la mère avant et pendant la grossesse conditionne le bon développement du fœtus. Il est estimé
que le retard de croissance intra-utérine compte pour 20% du retard de croissance infantile522. En
2012, 19% des nouveau-nés présentaient un petit poids à la naissance (<2,5 kg) en Haïti. Les autres
contributeurs maternels sont la stature de la mère (cycle intergénérationnelle du retard de
croissance), l’espacement insuffisant des naissances, et les grossesses précoces. En 2012 le taux de
fécondité en Haïti était de 3,0 enfants par femmes, celui-ci étant presque deux fois plus élevé en
milieu rural (3,9) qu’en milieu urbain (2,1). Le taux de grossesse chez les adolescentes était de 16%
et plus d’une femme sur cinq (21%) avaient donné naissance avant l’âge de 20 ans avec une disparité
importante entre les adolescentes sans instruction (27%) et celles ayant une éducation secondaire ou
plus (6%) (EMMUS 2017).
521
OMS, 2015.
Black RE et al., 2013 (Lancet).
522
185
Les mauvaises pratiques alimentaires, qui ne sont pas adéquation avec les recommandations
spécifiques à l’âge, contribuent à l’augmentation rapide de la malnutrition après la naissance. Le taux
d’allaitement maternel exclusif, qui donne le meilleur départ dans la vie, est resté inchangé depuis
2006 et stagne à 40% chez les nourrissons de 6 mois (EMMUS 2017). La cible mondiale qui
recommande une augmentation de 50% d’ici 2025523, est loin d’être atteinte et des efforts
considérables devront être faits pour amener ce taux national à 60% d’ici 2025. L’alimentation
complémentaire en plus du lait maternel est inadéquate chez les 6-23 mois en termes de qualité et
de quantité pour répondre à leurs besoins nutritionnels. En 2012524, seulement 29% et 44% des
enfants 6-23 mois bénéficiaient d’une diversité alimentaire minimum (au moins 4 groupes
alimentaires) et d’une fréquence minimale des repas spécifiques pour leur âge. En moyenne
seulement 14% des enfants 6-23 mois étaient nourris en suivant les pratiques d’alimentation
minimum acceptables.
Les maladies infectieuses produisent un effet délétère sur l'état nutritionnel en modifiant l'équilibre
entre apports et besoins. Les enfants malnutris en retour offrent une résistance moindre aux
infections. L'organisme entre alors dans un cycle vicieux de maladies récurrentes et de retard de
croissance, véritable spirale morbide expliquant le taux élevé de mortalité liée au couple
“malnutrition-infection”. D’après l’EMMUS 2017, 34%, 21% et 10% des enfants de moins de 5 ans
avaient eu, respectivement, la fièvre, au moins un épisode de diarrhée ou des symptômes d’Infection
Respiratoire Aiguë (IRA) au cours des 2 semaines ayant précédé l’enquête.
Les facteurs indirects de la malnutrition sont la pauvreté et l’insécurité alimentaire des ménages,
l'insuffisance des services de santé, le manque d'accès à l'eau potable et l'insalubrité de
l’environnement qui favorise la propagation des maladies infectieuses (diarrhée et vers intestinaux)
et le développement d’entéropathie chronique. Les interventions tombant dans ces domaines
réfèrent aux actions dites sensibles à la nutrition ou pro-nutrition525 et doivent venir en appui aux
actions spécifiques de nutrition afin de garantir une réduction durable de la malnutrition.
DRAFT
Le cadre d’optimisation de la nutrition et du développement chez le fœtus et l’enfant526 ci-dessous
(figure 18) présente un ensemble d’interventions spécifiques ou non à la nutrition répondant aux
déterminants directs et indirects de la malnutrition.
Il existe peu d’études se penchant sur l’analyse causale de la malnutrition en Haïti afin de mesurer la
contribution de chaque déterminant de la malnutrition et d’identifier les interventions les plus
pertinentes pour son élimination. Une étude527 à petite échelle basée sur la méthode participative
pour l’analyse causale de la malnutrition a permis d’identifier 20 facteurs de risque comme ayant
potentiellement un impact sur l’incidence de la sous-nutrition dans l’arrondissement de Belle Anse
dans le Sud Est. Parmi ceux-ci, 7 facteurs ont été catégorisés comme ayant un impact majeur
notamment un accès insuffisant aux soins de santé et à l’eau potable, une productivité agricole
faible, une insuffisance des ressources financières au travers des activités génératrices de revenus,
une surcharge de travail des femmes, des mauvaises pratiques d’alimentation et de soins du
nourrisson et du jeune enfant, et 9 autres facteurs ayant un impact important, une très faible
utilisation de la planification familiale, une faible diversification alimentaire du ménage, un niveau de
stress maternel élevé, un allaitement maternel mixte avant 6 mois, des pratiques d’hygiène et
d’assainissement inadéquates, une forte dépendance à l’approvisionnement des aliments sur le
marché, un petit poids à la naissance et la migration.
523
OMS, 2015.
Les résultats préliminaires de l’EMMUS 2017 ne sont pas encore disponibles pour ces indicateurs.
525
Interventions hors secteur nutrition qui ont le potentiel de contribuer à la réduction de la malnutrition.
526
Synthèse de la série d’études de la revue The Lancet sur la nutrition maternelle et infantile.www.thelancet.com
527
Rapport Link NCA, Arrondissement Belle Anse, Aout 2016-Mars 2017, MSPP et ACF.
524
186
Figure 18. Cadre d’optimisation de la nutrition et du développement chez le fœtus et l’enfant
Néanmoins, il existe un volume important de données dans d’autres pays du monde qui ont permis
de réaliser des méta-analyses au niveau global et d’identifier les actions qui, si mises à l’échelle ont le
potentiel de réduire toutes les formes de malnutrition. La série d’articles sur la nutrition infantile et
maternelle publiés en 2013 dans la revue médical, the Lancet, propose un paquet d’interventions
ciblées, prouvées efficaces et spécifiques à la nutrition, qui pourraient réduire considérablement le
taux de mortalité, de même que la morbidité et les handicaps liés à la malnutrition, si elles sont
mises en œuvre à grande échelle pendant la période opportune c’est à dire de la conception à l’âge
de 24 mois528. Ce paquet intégré d’actions porte sur 7 domaines principaux : la nutrition maternelle
et le petit poids à la naissance, l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant, la prévention et le
traitement des carences en micronutriments, la prévention et le traitement de la malnutrition aigüe,
la promotion des bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement et d’accès à l’eau potable, et la
promotion des bonnes pratiques de santé et de l’utilisation des services de santé. Bien que la
majorité de ces actions soient déjà mises en œuvre en Haïti, leur couverture reste insuffisante et
elles ne sont pas accessibles à tous les groupes de populations de façon équitable.
DRAFT
Bien qu’il n’existe pas de données nationales sur les maladies chroniques liées à l’alimentation,
l’augmentation de la prévalence du surpoids/obésité (IMC>25)529 chez les femmes en âge de
procréer, qui est passée de 11.4% en 1995 à 25% en 2012, indique qu’Haïti est entré dans une
transition nutritionnelle. Cette dernière s’inscrit dans un phénomène plus large appelé « transition
épidémiologique » où les maladies infectieuses contagieuses (maladies diarrhéiques, pneumonies,
rougeole etc.) et la sous-nutrition sont progressivement remplacées par les maladies chroniques non
transmissibles (diabètes, hypertension artérielle, maladies cardio-vasculaires) et la surnutrition. Cette
transition est due à un changement des modes de vie, de comportements et de modèles alimentaires
notamment lié à l’urbanisation croissante et l’intégration dans les marchés internationaux
528
Zulfiqar A. Bhutta et al., 2013.(The Lancet).
Indice de Masse Corporelle
529
187
augmentant la consommation de produits transformés à haute teneur en sucre, sel et matières
grasses aux dépens des aliments traditionnels préparés à base de céréales, légumineuses et légumes
frais. Haïti est confronté au paradoxe nutritionnel avec un double fardeau où se côtoient la sousnutrition et la surnutrition, qui tous deux contribuent à augmenter l’incidence des maladies nontransmissibles avec des implications importantes à court et moyen terme sur le système de santé
pour leur prise en charge. Un bébé avec un faible poids à la naissance, qui présente un retard de
croissance dans la petite enfance et prends rapidement du poids dans les années suivantes de sa vie,
représente le pire des scénarios pour l’incidence des maladies métaboliques et cardiovasculaires530.
B.
Mesures et Programmes Nationaux prioritaires
Afin de réduire la prévalence des principales formes de malnutrition, la PSNSSANH priorise 2 mesures
et 1 Programme National :
1. Mise en œuvre la loi sur la fortification ;
2. Participation à la coordination sectorielle et intersectorielles de la souveraineté et sécurité
alimentaires et de nutrition (SSAN) ;
3. Mise en place d’un Programme National de Nutrition (PN-N).
MESURE 2.3.1 Mise en œuvre de la loi sur la fortification
Destinataires
Ensemble de la
population
Nombre de
bénéficiaires
13.4 millions
Modalité
Mise en œuvre de la loi et
contrôle de son
application
DRAFT
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
112 millions HTG
MSPP
La loi sur la fortification des aliments en micro-nutriments a été promulgée le 2 février 2017531 et
traite de la fortification des aliments suivants; a) le sel fortifié en iode, b) les farines de blé fortifiées
en fer, acide folique, zinc et vitamines B; et c) les huiles fortifiées en vitamine A. Les textes
nécessaires à l’application de la loi comprennent a) l’Arrêté portant crétaion du Comité National de
Fortification (CNF) et b) l’Arrêté précisant la proportion pour la fortification des aliments en
micronutriments.Ces textes doivent être promulgués par le MSPP. En lien avec les politiques
commerciales (pilier 1.1), il convient de détaxer l’importation des fortifiants adéquats. Parmi les
actions requises pour l’opérationnalisation de la loi, il est nécessaire de :
Vulgariser et disséminer la loi sur la fortification alimentaire auprès du secteur public, du secteur
privé et des consommateurs ;
Développer les procédures opérationnelles standards pour l’application de cette loi et équiper
les inspecteurs avec les connaissances et les outils nécessaires pour le contrôle des normes de
fortification ;
Mettre en place le système de contrôle de qualité pour tous les sels pour la consommation
humaine, développer une base de données et disséminer les résultats.
530
Cesar, V. et al., 2008.
Le Moniteur, 2017a.
531
188
MESURE 2.3.2 Participation à la coordination sectorielle et intersectorielle SSAN
Destinataires
Ensemble de
la population
Nombre de
bénéficiaires
13.4 millions
Modalité
Participation à la coordination
intersectorielle en vue de
l’intégration d’intervention
sensibles à la nutrition par les
secteurs intégrés à la SSAN
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
0 HTG
MSPP
Le secteur de la nutrition participe activement aux mécanismes de coordination sectorielle et
intersectorielle SSAN avec l’objectif de s’assurer de l’intégration des aspects nutritionnels dans les
différents programmes prioritaires de la PSNSSANH. La coordination sectorielle inclut l’agriculture, la
santé, l’eau et l’assainissement et la protection sociale. Les efforts de coordination s’orientent autour
de 3 composantes clés
Composante 1 : Améliorer l’accès aux services de santé, d’eau, d’hygiène et d’assainissement
pour rompre le cercle vicieux entre infections et malnutrition notamment :
Intégrer la nutrition dans la prévention et la prise en charge des maladies infectieuses ;
Renforcer l’utilisation des algorithmes élaborés pour la prise en charge intégrée des maladies de
l’enfant (PCIME) au niveau institutionnel et élargir la prise en charge communautaire intégrée du
paludisme, de la diarrhée, de la pneumonie, de l’anémie et de la malnutrition aiguë ;
Renforcer la prévention du paludisme avec l’utilisation des moustiquaires imprégnées
d’insecticide, le traitement préventif intermittent et l’élimination des vecteurs ;
Sensibiliser les ménages aux stratégies de prévention des maladies infectieuses et à l’utilisation
des soins de santé lors des épisodes infectieux ;
Promouvoir les bonnes pratiques d’hygiène corporelle notamment le lavage des mains avec du
savon aux 5 moments clés (après la défécation, après nettoyage des matières fécales de l’enfant,
avant de préparer la nourriture, avant de nourrir l’enfant, avant de manger);
Promouvoir les bonnes pratiques d’hygiène pour la conservation, la manipulation et la
préparation des aliments.
Promouvoir l’utilisation des latrines en éliminant la défécation en plein air à travers l’approche
communautaire pour l’assainissement total ;
Créer des barrières physiques pour éviter que les petits enfants n’aient accès aux
environnements sales et aux excréments d’animaux ;
Promouvoir la consommation d’eau potable notamment en utilisant le traitement au chlore ;
DRAFT
Composante 2 : Assurer la protection sociale et la mise en place de filets sociaux pour les
populations vulnérables à la malnutrition notamment :
Cibler les familles avec femmes enceintes et enfants de moins de 2 ans pour les transferts
monétaires assortis ou non de conditions ;
Promouvoir les transferts conditionnels avec participation à des séances de sensibilisation sur les
bonnes pratiques familiales, et recours aux services de santé (visites anténatales et post-natales,
vaccination, suivi de la croissance) ;
Intégrer la nutrition dans la protection sociale en ayant un objectif explicite de réduction de la
malnutrition dans la politique nationale de protection sociale ;
Faciliter l’accès des femmes aux micro-crédits et aux activités génératrices de revenus ;
Promouvoir les interventions qui réduisent la charge de travail des femmes notamment.
189
Composante 3 : Prévenir l’obésité et les maladies non-transmissibles liées à l'alimentation dans
la population générale en s’attaquant à la fois aux déterminants comportementaux et
environnementaux notamment :
Développer une politique nationale de lutte contre l’obésité et les maladies non transmissibles
liées au régime alimentaire ;
Elaborer et implanter des campagnes de communication sur le changement de comportements
pour promouvoir la consommation d'aliments sains et des modes de vie sains y compris l’activité
physique ;
Renforcer la capacité du système de santé à fournir des services de conseils aux familles sur la
consommation d’aliments sains et les modes de vie sains ;
Règlementer et encadrer la publicité faisant la promotion d’aliments transformés riches en
sucres, matières grasses et calories et des boissons type soda ;
PROGRAMME NATIONAL 2.3.1 Nutrition (PN-N)
Destinataires
Enfants et
Femmes en Age
de Procréer
Nombre de
bénéficiaires
4.8 millions
Modalité
Livraison d’un paquet de
services spécifiques à la
nutrition
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
1 milliard HTG
MSPP
Le Programme National de Nutrition (PN-N) est mis à l’échelle par le MSPP. Le PNN fournit un paquet
de services ciblés, prouvés efficaces et spécifiques à la nutrition avec un focus, non-exclusif, sur la
période des 1000 premiers jours de la vie. Le PNN comprend 3 composantes opérationnelles :
Composante 1 : Prévenir et traiter la malnutrition chronique et aigue chez les enfants par la
mise à l’échelle des interventions de nutrition à coût-efficacité élevé avec un focus sur la
période des 1000 premiers jours de la vie notamment :
Promouvoir l'initiation précoce de l'allaitement maternel chez les femmes accouchant à l’hôpital
ou à la maison ;
Promouvoir, protéger et soutenir l'allaitement maternel exclusif et créer un environnement
favorable qui comprendra l'adoption et l’application du Code sur la commercialisation des
substituts du lait maternel532 et des mesures de soutien sur le congé de maternité533 ;
Promouvoir la consommation d’une alimentation complémentaire adéquate en quantité et
qualité chez les enfants de 6 à 23 mois ;
Intégrer la fortification à domicile avec les poudres de micronutriments dans les activités de
promotion des bonnes pratiques alimentaire ;
Elargir la promotion des bonnes pratiques Alimentaires du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE)
à l’Alimentation Maternelle (ANJME) et développer les matériels didactiques requis ;
Intégrer une composante « stimulation intellectuelle, sociale et affective » dans le paquet
existant de bonnes pratiques familiales ;
Supplémenter les enfants de 6 à 59 mois avec des doses élevées de vitamine A ;
Supplémenter les femmes enceintes et post-partum avec du fer et de l’acide folique et identifier
des solutions pour améliorer la couverture (approche communautaire) et l’observance du
traitement (alternative aux comprimés) ;
DRAFT
532
Haiti n’a pas encore adopté le Code International sur la commercialisation des substituts du lait maternel, qui protège
l’allaitement maternel en encadrant les pratiques de promotion commerciale des substituts.
533
Le congé de maternité est inclus dans le Code du Travail, il va de 45 jours pour un accouchement normal à 90 jours en
cas de césarienne.
190
Déparasiter les enfants de 12 à 59 mois contre les infestations à vers intestinaux ;
Prendre en charge de la malnutrition aigüe sévère et modérée à travers l’approche
communautaire ;
Traiter la diarrhée par l’association de sels de réhydratation à faible osmolarité et suppléments
en zinc ;
Garantir l’intégration des interventions nutritionnelles listées ci-dessus dans les services existants
de santé maternelle et infantile au niveau institutionnelle et communautaire.
Composante 2 : Prévenir et lutter contre les carences en micronutriments dans la population
générale en augmentant la disponibilité et la consommation d’aliments riches en vitamines et
minéraux notamment :
Promouvoir la consommation d’aliments fortifiés et décourager la consommation d’aliments
caloriques pauvres en micronutriments auprès de la population générale et des consommateurs
en utilisant notamment les mass médias ;
Promouvoir la diversification de la consommation alimentaire en développant une « agriculture
dite de santé publique » notamment en intégrant un objectif de nutrition dans la politique
agricole nationale, en augmentant la production d’aliments nutritifs (jardins potagers, petit
bétail) au niveau des ménages, et en utilisation les réseaux agricoles pour sensibiliser la
population sur la nutrition ;
Promouvoir la conservation et transformation des aliments nutritifs pour diversifier
l’alimentation tout au long de l’année.
Composante 3 : Améliorer la nutrition des adolescentes en leur fournissant les informations,
les compétences et les services adaptés à leurs besoins spécifiques notamment :
Promouvoir l’intégration des interventions nutritionnelles dans les services existants de santé,
notamment ceux de la santé reproductive et du planning familial ;
Développer un modèle adapté aux jeunes pour augmenter l’accès au planning familial et à son
utilisation par exemple club de jeunes, éducation par des pairs, et médias sociaux ;
Actualiser le programme de nutrition et de santé scolaire et le mettre à l’échelle ;
Intégrer l’éducation à la nutrition dans les programmes scolaires ;
Promouvoir l’utilisation de produits nutritifs locaux et d’aliments fortifiés en micronutriments
dans l’alimentation scolaire ;
Promouvoir la mise en place de programmes permettant l’acquisition de compétences pratiques
(life skills) notamment pour les jeunes filles déscolarisées.
DRAFT
La mise à l’échelle du PNN sera basé sur une approche en plusieurs phases avec augmentation
graduelle de la couverture chaque année et une stratégie de priorisation des aires géographiques les
plus affectées par la malnutrition.
191
SECTION 2.
A.
Eau et assainissement
Priorisation
L'approvisionnement en eau potable ainsi que des moyens d'assainissement de base sont essentiels
pour assurer la santé. Beaucoup de vies pourraient être épargnées et la malnutrition réduite en
améliorant l'accès à l'eau potable, l'hygiène et l'assainissement. L'eau dans la nature contient des
germes pathogènes et des organismes parasites et les risques sanitaires liés à ces micro-organismes
sont importants. De même, la proximité avec les eaux usées peut engendrer des maladies à
transmission fécale-orale (diarrhée, typhoïde, hépatites, choléra) ou liées à un vecteur (paludisme,
filariose, dengue).
L'accès à des moyens d'assainissement, par exemple à des latrines améliorées ou le lavage des mains,
permet d'éviter la contamination fécale et de réduire le nombre d'infections. Les résultats de
l’EMMUS réalisées en 2012 sur l’ensemble du territoire renseignent sur l’accès à l’eau de boisson
propre à la consommation, l’utilisation de toilette améliorée ainsi que le lavage des mains :
Eau de boisson. Plus d’un tiers des ménages (35%), soit près de 4 millions de personnes,
s’approvisionnent en eau de boisson à une source non-améliorée, c’est-à-dire inadéquate pour la
consommation. Un écart énorme existe entre les zones urbaines et les zones rurales : dans les
zones rurales, plus de la moitié des ménages (51%, soit 2.5 millions de personnes)
s’approvisionnent en eau de boisson d’une source non-améliorée, contre 12% en ville. Alors que
dans les villes, l’achat d’eau en bouteille constitue la première source d’approvisionnement en
eau de boisson des ménages (47%), dans les zones rurales les ménages s’approvisionnent en
premier lieu à des sources et puits non protégés (47%).
Pour ce qui est de la proximité des points d’eau des logements, seulement 7% des ménages
disposent de l’eau sur place. 6.4 millions de personnes, soit six ménages sur dix (58%) doivent se
déplacer moins de 30 minutes pour s’approvisionner en eau et 3.8 millions de personnes (34%
des ménages) plus de 30 minutes. La différence entre les villes et les zones rurales est frappante :
alors qu’en milieu urbain 18% des ménages ne trouvent pas d’eau à boire soit sur place, soit à
moins de 30 minutes de leur résidence, cette proportion concerne près de la moitié des ménages
(48%) des zones rurales.
DRAFT
Toilettes améliorées. Globalement, près de 5 millions de personnes (44% des ménages) ne
disposent pas de toilettes améliorées. Les différences entre les milieux de résidence sont très
marquées : 63% des ménages en zone rurales ne disposent pas de toilettes améliorées contre
17% en zones urbaine. 25% des ménages ruraux ne disposent que de fosses d’aisances sans dalle
ou de trous ouverts et 38% ne disposent d’aucun type de toilettes et font leurs besoins dans la
nature, ce qui risque d’augmenter la vulnérabilité de la population aux épidémies telles que le
choléra. Cette dernière situation ne touche que 7% des ménages urbains. Au total, 2.4 millions de
personnes ne disposent d’aucun type de toilette.
Lavage des mains. Le lavage des mains constitue l’un des gestes les plus simples pour éviter la
transmission de germes. 4.2 millions de personnes (38%) ne réservent pas d’espace de leur
habitat pour se laver les mains. En milieu urbain, cette proportion est de 33%, alors qu’elle est de
41% en milieu rural. Parmi les ménages ayant réservé un endroit pour se laver les mains, l’eau et
le savon ne sont le plus souvent pas disponibles (au moment des enquêtes). En effet, la
disponibilité a été de 44% en milieu urbain et de 28% en milieu rural lors de l’EMMUS de 2012.
Par ailleurs, alors que la proportion de ménages disposant d’endroit pour se laver les mains et
192
disposant de savon et de l’eau à cet endroit sont de 13% parmi les ménages du quintile de bienêtre économique le plus bas et de 41% parmi ceux du quintile le plus élevé.
Ces constats indiquent qu’une partie importante de la population n’a pas accès aux services et
connaissances minimum en termes d’eau, d’hygiène et d’assainissement. En zones rurales, la
majorité de la population souffrent de ces privations.
B.
Mesure prioritaire
Afin d’améliorer l’accès à l’eau potable, d’assainir l’habitat et d’améliorer l’hygiène individuelle, la
PSNSSANH priorise 1 Programme National :
1. Renforcement d’un Programme National Eau et Assainissement.
PROGRAMME NATIONAL 2.3.2 Eau et Assainissement (PN-H2O)
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Exploitants
agricoles
5 millions de
personnes
Modalité
Livraison de
services d’eau,
d’hygiène et
d’assainissement
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
1 milliard HTG
MTPTC / DINEPA
L’orientation générale de la DINEPA est d’assurer sa fonction de régulation du secteur ‘eau potable et
assainissement’ et de rendre effective l'accès à l'eau potable et à l'assainissement de toute la
population haïtienne a cent pour cent (100%) d'ici 2010. Pour y arriver, la décentralisation technique
et financière au niveau des Office Régionaux d’Eau Potable et d’Assainissement (OREPA),de 2019 à
2030 sera effectuée. L’accès aux services d’eau534et d’assainissementdoit être garanti de manière
équitable entre les zones urbaines et rurales. Etant donné les disparités entre ces milieux de
résidence, la priorité sera mise sur les zones rurales. Les interventions nécessaires seront réalisées
dans une logique de non subvention de l’assainissement individuel.
DRAFT
Le programme d’Eau et Assainissement (PN-H20) relèvera les grands défis du secteur, soit :
a) L’accès à l’eau potable pour 4 millions de personnes ;
b) Les toilettes améliorées pour 5 millions de personnes, dont 2.4 millions ne disposent d’aucun
type de toilette ;
c) L’inadéquation des systèmes d'hygiène individuelle, notamment le lavage des mains ;
d) Le rejet des eaux usées et des boues de vidange sans traitement préalable des infrastructures
sanitaires.
Les principales activités prévues par le programme PN-H2O sont :
La construction d’infrastructures et de Système d’Adduction d’Eau Potable (SAEP), en particulier
dans les zones rurales ;
L’approvisionnement de matériaux pour la construction de toilettes améliorées en vue d’éliminer
la défécation à l'air libre ;
534
L’accès au service de base : population utilisant une source d’eau potable améliorée dont la collecte nécessite un allerretour de 30 minutes ou moins, l’attente à la source comprise.
193
Les campagnes de sensibilisation par :
o L’animation des fêtes champêtres dans les villes ;
o La reproduction et diffusion de matériels de communication.
Par ailleurs, en préparation d'une gestion performante des réseaux et infrastructures d’eau potable
et d’assainissement pour lesquels les travaux sont en cours ou planifiés pour la période, la DINEPA
entend mobiliser les opérateurs privés potentiels à manifester leur intérêt à la gestion des SAEP. En
ce sens, elle prévoit la réalisation d’ateliers de vulgarisation des modèles de gestion possibles à
travers un plaidoyer auprès des autorités et de la société civile.
Le partenariat entre l'environnement, l'agriculture, la DINEPA et les mairies est essentiel vu le degré
de dégradation des bassins versants et l'augmentation des besoins dans les principales villes du
pays. Les sources d’eau de la zone métropolitaine sont menacées par l'urbanisation non-contrôlée et
l’accaparation des ressources principales par certains groupes (par exemple à Grande Ravine).
DRAFT
194
SECTION 3.
A.
Fécondité et planning familial
Priorisation
Tendance à la baisse de la fécondité
Durant les 30 dernières années, l´indice synthétique de la fécondité (actuelle) a baissé, passant de
6.8 en 1987 à 3 enfants par femme en 2016, soit une réduction de plus de moitié de la fécondité
(56%) en 30 ans. Les rythmes de baisse sont fortement différenciés entre les milieux de résidence
rural et urbain. La fécondité des femmes rurales est toujours plus élevée que celle des femmes
urbaines. En milieu urbain, la fécondité est passée de 3.3 à 2.1 entre 2000 et 2016. Si la tendance se
poursuit, la fécondité en milieu urbain sera en dessous du seuil permettant le strict remplacement
des générations en 2018 (hormis les migrations).
Graphique 43. Evolution de l´Indice Synthétique de Fécondité (ISF) actuelle 1977 – 2016
8.0
7.0
6.0
5.0
4.0
3.0
2.0
1.0
0.0
6.6
7.6
6.5
5.7
6.2
535
5.9
6.8
5.8
5.0
4.8
3.3
4.7
3.3
4.0
3.5
2.8
2.5
4.4
Ensemble pays
3.9
3.0
Rural
Urbain
2.1
1977 1983 1987 1995 2000 2006 2012 2016
DRAFT
Demande d’enfants
Le processus de baisse est plus lent en Haïti que dans d´autres pays de la Caraïbe ou d´Amérique
Latine. En 2012, l´Indice Synthétique de Fécondité (ISF) en Haïti se rapproche des niveaux déjà
atteints par la République dominicaine en 2002 (3.2), le Nicaragua en 2001 (3.6) ou le Brésil en 1996
(2.5).536
En Haïti, la demande d´enfants est encore forte dans un milieu rural affichant une incidence élevée
de l´extrême pauvreté, où le travail des enfants revêt une importance cruciale pour les activités
agricoles et pour les activités domestiques dans un contexte de faible disponibilité des services
sociaux de base, de mobilité des femmes pour leur activité économique (le travail des enfants libère
le temps des femmes), de besoin en main-d´œuvre domestique pour les personnes âgées (voir pilier
2.2). Les EMMUS 2006 et 2012537 donnent des éléments sur le travail des enfants, quoique selon des
mesures distinctes (tableau 40). De plus, en milieu rural, l’accès des femmes en union au contrôle (et
non à la propriété) de la terre et des résidences dépend des enfants issus des unions538.
Dans une perspective similaire, l´accès aux ressources financières des hommes passe par les enfants,
d´où une succession d´unions monogamiques chez les femmes pauvres539. Par ailleurs, les enfants
sont considérés à la fois comme de futurs prestataires de soins et comme le bâton de vieillesse
535
Chahnazarian (1992); IHE, 1995; MSPP, 1995, 2001, 2007, 2013a, 2016 (EMMUS).
Bidegain, 2013.
537
MSPP, 2007 et 2013a.
538
Vieux, 1989 ; Schwartz 2011.
539
Schwartz, 2011; Maternowska, 1996.
536
195
Figure 2 . Comparaison de la f écondité des
homm es et des f emm es dans 14 6 pays vers 2 0 10
Figure 3 . Taux de f écondité par âge des homm es
et des f emm es dans trois pays
Nombre moyen d'enfants par homme
14
Nombre d’enfants par an
Niger
Tchad
12
Sénégal
10
Sénégal (2011)
0,40
0,35
Burkina Faso
0,30
RD Congo
Hommes
(timoun yo se kanèbank mwen), non sans intérioriser
une logique de loterie quant à la réussite à
0,25
Femmes
Malawi
l´école, la réussite de la migration, déterminants pour0,20
la génération et le transfert de revenus.
8
6
Ghana
Irak
0,15
Nepal
De la fécondité ‘naturelle’ à la limitation des
Israël
naissances : de lents progrès
4
2
0,10
0,05
Graphique
44. Prévalence contraceptive (femmes
0,00
en union), 2000-2017 (MSPP, 2016)
Qatar
40-44
45-49
50-54
55-59
60-64
65-69
40-44
45-49
50-54
55-59
60-64
65-69
75-79
35-39
35-39
75-79
30-34
30-34
70-74
25-29
25-29
70-74
20-24
20-24
2
15-19
0
15-19
Cette 4 rationalité
économique
de l´enfant6
8
10
12
14
Graphique 3 Prévalence contraceptive (femmes en
Nombre moyen d'enfants par femme
ressources s´articule à un « complexe parental
union) 2000-2017
Groupes d'âges
socio-culturel nataliste »540 constitué par un
Pourcentage
Nombre
par an
ensemble d’attitudes, de coutumes, de lois et
35 d’enfants
34
France (2012)
0,40 32
31 32
de croyances. Ce complexe valorise le fait
28
0,35
25
subsaharienne,
les des
différences
hommes-femmes
sontcoup
22
d’avoir
enfants et
stigmatise du même
0,30
moins prononcées, comme l’illustrent les situations
ceux
qui (n’en
ont
assigne
femmes,
d’Haïti et de la
France
gure
3), pas.
maisIlpartout
la aux
fécondité
Hommes
0,25
6 7
deshommeses
t plus
que celle
femmes. Parmi
dans
la tardive
formation
desdes
couples,
l’obligation
3 3
Femmes
0,20
les 146 paysd’avoir
considérés
ici, l’âge
la paternité
est en des
des enfants
et àorganise
le contrôle
0,15
moyennede33,6 ans, contre28,0 anspour l’âgeàlamaterUne méthode
Une méthode
Une méthode
hommes
le corps
des40 ans
femmes
nité. L’âge moyen
à la sur
paternité
dépasse
dans et
uneleur
0,10
quelconque
moderne
traditionnelle
vingtaine de pays
, tous en
Afrique.sur le refus de la
sexualité
fondée
0,05
EMMUS-III 2000
EMMUS-IV 2005-2006
contraception.
Ce
contrôle détermine la
Une convergence
des
fécondités
0,00EMMUS-V 2012
EMMUS-VI 2016-2017
féminines et
masculines ?
prédominance
d´une fécondité “naturelle” par
Dans les pays en
début àou
cours de
transition
de
la
opposition
la en
limitation
des
naissances.
Sur le
45. Taux moderne
de fécondité
parselon
âge
des
Groupes
d'âges les caractéristiqu
L’utilisation
deGraphique
la contraception
varie
toutes
fécondité, celle des hommes est plus élevée que celle des
hommes
et
des
femmes
en
Haïti
(2010*)
plan socio-culturel, le complexe
nataliste
sociodémographiques.
femmes, alors qu’elles sont comparables en n de transiNombre d’enfants par an
détermine
une
fécondité
masculine
plus
tion.Desdonnéeshistoriquesdansquelquespaysmontreélevée
nt
Par rapport0,40
au nombre d’enfants vivants, on constate que la prévalence contracept
aussi que la fécondité
des30
hommes
, supérieure
à celle
des en
à partir de
ans que
celle des
femmes
0,35
femmesencoursdetransition, adiminuéplusrapidementest faible (11 %) parmi les femmes n’ayant aucun enfant et qu’elle environ trois f
articulation avec la pratique d´unions plus
avecélevée0,30
dès que les femmes ont 1-2 enfants (34 %).
pour converger avec celle desfemmes[3, 5]. Danslespays
écarts
d´âge
entre
conjoints.
du Sud, on peut donc s’attendre à des changements de
0,25
0
DRAFT
fécondité plus rapides chez les hommes que chez lesPour ce qui est de l’âge, la prévalence contraceptive moderne est à son niveau le p
rationalité
économique
et sociobas parmi 0,20
les 15-19 ans (25 %) et augmente ensuite pourFemmes
atteindre le pourcentage
femmes. OnCette
le voitdouble
au Ghana
par exemple
: la fécondité
0,15
masculine y a
diminué de
12 à 7 enfants
par la
homme
entreplus
culturelle
genrée
expliquerait
persistance
duélevé dans le groupe d’âge 25-29 ans (38 %) ; ce pourcentage reste à un nive
1980 et 2010,fait
et cette
– concentrée
au-delà
del´ensemble
35 ansélevé jusqu’à
0,1039 ans, puis diminue régulièrement pour atteindre 16 % chez les femm
quebais
lesse
femmes
déclarent,
sur
–s’est accompagnéed’un rajeunissement sensibledel’âgede 45-49 ans.
0,05
des EMMUS,
un nombre
idéal
moyen à la paternité.
Si la fécondité
féminine
a elled´enfants
aussi
0,00
diminué, lesinférieurs
changements
ont été
moinsactuelle
prononcés
. C’es
tLa la
à la
fécondité
ainsi
que
prévalence
est légèrement plus élevée en milieu urbain (33 %) qu’en milieu ru
doncbienàdlenteur
estransitio
n
s
d
e
fé
c
o
n
d
ité
d
i
é
re
nte
s
q
ue
l’o
n
des progrès dans l´utilisation (31
des%).
assiste, avec une convergence progressive des niveaux et,
Groupes d'âges
méthodes
contraceptives
(graphique
44).OnDeestgrandes variations sont notées dans les départements : le Reste de l’Ouest accu
dans une moindre
mesure,
des calendriers
de fécondité.
Cette convergence
nedu
signi
e pas pour autant
que lesle où
ainsi loin
“malthusianisme
de pauvreté”
pourcentage le plus bas (24 %) et le Nord-Est (39 %) et le Centre (38 %) les p
déterminants de fécondité seront les mêmes pour les
les familles les plus pauvres contrôlent leurs
élevés.
hommeset lesfemmes.EnGrècepar exemple, leshommes
naissances
les moins instruits
ont la sous
plus la
faible pression
fécondité, de
alorsla
quecrise
75-79
70-74
65-69
60-64
55-59
50-54
45-49
40-44
35-39
30-34
25-29
20-24
15-19
Hommes
Les femmes n’ayant aucun niveau d’instruction (28 %) et, curieusement, celles ay
économique et sociale comme observé dansunplusieurs
pays d´Amérique Latine, avec notamment une
niveau supérieur (27 %) sont celles qui utilisent le moins fréquemment
extension de l´offre de contraception viacontraception
des programmes
de contraceptive
planificationvarie
familiale
modernenationaux
; la prévalence
peu
autourie de 333 % chez
w w w . ined. f r
num éro 5 4 8 • oct obre 2 0 17 • Popul at ion & Sociét és •
541
(tableau 44).
femmes d s autres ’n veaux d instruction.
En fait, dans le cas haïtien, la rareté des
ressources
conduit
plutôt
ajustement
ex les
post de la
taille les plus faibles
En
ce qui
concerne
le à un
bien-être
économique,
pourcentages
femmesou encore
utilisatricesle de
méthodes
%)familles
concernent les premier
des familles à travers la circulation des enfants
confiage
desmodernes
enfants à(28
des
cinquième quintiles
tandis que la prévalence
la plus
élevée (37 %) correspond a
susceptibles de les prendre en charge en contrepartie
de leur contribution
aux activités
domestiques
femmes du quintile moyen.
(ou économiques) du ménage. Une étude signale à cet égard une augmentation du nombre des
542
enfants travailleurs domestiques entre 2001Le
et 2014
Un fournit
autre ajustement
doublé
d´un principe
de non union m
tableau .10
également le
pourcentage
de femmes
sexuellementuactives qi utilisent lan contraception. O c onstate
’u qe lut’ il isation d u
méthode quelconque (34 %) et d’une méthode moderne (31 %) est pratiquement
540
même que chez les femmes en union (respectivement 34 % et 32 %). La se
Schwartz, 2000.
541
Cosio-Zavala, M-E. &Lopez-Gareri, V., 2004. ‘D’une
fécondité
naturelle
à la
limitation des
naissances’,
chapitre
différence
notable
entre
ces deux
populations
concerne le
type3.de méthode utilisé
https://journals.openedition.org/cal/7762#tocto1n5
542
Sommerfelt, 2015.
23
196
génération et de transfert de revenus est la migration et tout particulièrement l´émigration. Une telle
stratégie de survie ne résout pas grand-chose lorsqu´elle se “généralise” au point que les ménages
d´accueil sont eux-mêmes de plus en plus des ménages pauvres (même s´ils le sont moins que les
ménages qui confient leurs enfants).
Tableau 44. Proportion d’utilisatrices de méthodes contraceptives selon la méthode (pour 100 femmes en
union de 15-49 ans, circa 2005.
Région / Pays
Amérique Latin
Caraïbes
Haïti
Cuba
République dominicaine
Jamaïque
Puerto Rico
Amérique centrale
Amérique du Sud
Toutes méthodes
71
62
27
73
70
66
78
64
75
Méthodes modernes
62
58
21
72
66
63
68
55
65
Planning familial
Les dynamiques économiques et les politiques publiques sont premières dans l´explication de la
pauvreté et des inégalités en Haïti (voir analyse de contexte543). La baisse de la fécondité a fortement
contribué à la décroissance du rapport de dépendance démographique (nombre de personnes
susceptibles d'être, compte tenu de leur âge, économiquement dépendantes pour100 personnes en
âge de travailler). Pour autant, l´économie haïtienne n´a pas été en mesure d´absorber la population
en âge de travailler comme en atteste le taux de chômage élargi (28.4% à l´échelle nationale en
2012)544.
DRAFT
Graphique 46. Evolution du rapport de dépendance en Haïti. Estimations et projections
545
Ceci étant, les comportements de fécondité sont à la fois rationnels et contre-productifs dans un
contexte de changements économiques, plus précisément du déclin de la petite agriculture familiale
543
Voir également Montas, 2005 et 2013 ; Cadet, 2014.
Herrera et al., 2014.
545
Alexis, R., 2014.
544
197
dont les solutions de survie546sont aujourd´hui épuisées. Ils sont contre-productifs puisque la
nécessité de plus en plus claire d´investir dans l´éducation des enfants, filles et garçons, fait que les
ménages se retrouvent aujourd´hui entre le marteau et l´enclume547. Le marteau ou le coût des
enfants (notamment le coût de l´éducation des enfants dans un système éducatif principalement
non-public et payant et le coût des aliments) est en augmentation en regard de revenus nominaux
non indexés sur l´inflation. L´enclume : les besoins en travail des enfants. Ceci pourrait expliquer que
les enquêtes démographiques et de santé mesurent des préférences en matière de fécondité allant
vers un nombre réduit d´enfants. Ainsi, en 2012 et 2016, 6 femmes sur 10 ayant déjà 2 enfants ne
souhaitaient pas avoir d´autres enfants548, et le nombre idéal d´enfants déclarés était 2,8 à l´échelle
nationale, 2.9 en milieu rural et 3.3 dans les ménages les plus pauvres contre 2.5 dans les ménages
les plus riches549.
Compte tenu de la ‘croissance économique végétative’550, alimentée par la décroissance du secteur
agricole (voir analyse de contexte)et déterminée par le déploiement d´une économie rentière
centrée sur les monopoles d´importations, sans changement des fondamentaux économiques et en
particulier les politiques commerciales et budgétaires (voir section sur les ‘choix stratégiques
fondamentaux), les perspectives de croissance économique permettant de surcompenser la
croissance démographique ne pourront pas être atteintes.
Les données sur la fécondité montrent une importante ‘dichotomie’ entre le milieu urbain et rural.
En milieu urbain, on aurait atteint, toutes choses égales par ailleurs (hors migrations), le niveau de
fécondité permettant le strict remplacement des générations a été atteint (2.1 enfants par femme en
2026-17). En milieu rural, la fécondité diminue mais reste élevée. Etant donné que, en milieu rural,
les besoins en travail des enfants dans l´agriculture et surtout pour le travail domestique sont
d’autant plus importants que les services de base (éducation, santé, accès à l’eau, marché, etc…) sont
éloignés du lieu de résidence du ménage ou sont de mauvaise qualité lorsqu´ils se trouvent à
proximité. Ainsi, tout semble se passer comme si la réduction de la fécondité est plus rapide dans le
milieu rural péri-urbain, plus proche des services de base, avec une population de femmes en âge de
procréer relativement plus instruite.
DRAFT
La maîtrise de la fécondité serait bienvenue, tant à l’échelle micro-économique qu’à l’échelle macroéconomique, d´autant qu´elle permettrait, a priori, d´obtenir un dividende démographique plus
important, c´est-à-dire, une réduction plus grande du rapport de dépendance, permettant ainsi de
“réduire” l´investissement des ménages et de l’Etat en éducation et en santé (par rapport au cas où
le rapport de dépendance est plus élevé). Ceci étant, la maîtrise de la fécondité ne saurait être
réduite à la planification familiale.
Pour se faire, il convient d’agir (directement) sur la fécondité selon deux voies principales :
l´aide à la planification familiale ;
et l´augmentation de la disponibilité et de la desserte des services sociaux de base (afin de
réduire les besoins en main-d´œuvre domestique).
Les actions sont à prioriser dans les zones rurales et doivent partir des relations de genre. En plus de
l´accès aux services de planification familiale pertinents et aux services sociaux de base, des
546
Murray, 1980.
Lamaute-Brisson 2012.
548
MSPP 2013a et 2016.
Voir aussi : Cayemittes, M. et al, 2013 ;MSPP, 2013a et 2016 ; IHEet ICF, 2017.
549
Il ne faut pas perdre de vue que les préférences en tant que “souhait” sont distinctes de la demande réelle d´enfants
(observée via la fécondité).
550
Cadet, 2014.
547
198
politiques économiques et de promotion sociale sont indispensables pour permettre aux ultrapauvres et aux extrêmement pauvres de construire des moyens d´existences durables. Ainsi, toutes
les actions structurantes entreprises dans le cadre de la PSNSSANH contribuent à la maîtrise de la
fécondité.
DRAFT
199
B.
Programme prioritaire
PROGRAMME NATIONAL 2.3.3 Aide au planning familiale (PN-APF)
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
Ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Livraison d’un paquet de
services spécifiques au
planning familial
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
100 millions HTG
MCFDF
La planification familiale doit partir des rationalités économiques et socio-culturelles à l´œuvre, sans
quoi elle échouera comme les multiples programmes de planification depuis les années 1970. La
planification familiale doit s´adresser aux hommes et aux femmes, adolescentes comprises, et
travailler sur la persistance de ce complexe à partir de l´approche par les droits. En outre, l´accès à
une planification familiale pertinente et aux services sociaux de base doit intervenir en articulation
avec les politiques économiques et de promotion sociale pour la construction de moyens d´existence
soutenable en priorité pour les ultra-pauvres et les extrêmement pauvres.
La planification familiale doit tenir compte des relations de genre dont trois axes sont déterminants ;
(i) la responsabilité des soins et du travail domestique assignée aux femmes est pour partie déléguée
aux enfants et aux filles; (ii) les enfants constituent ou sont perçus comme des portes d´accès aux
ressources des hommes, surtout dans les milieux pauvres; (iii) il se déploie un complexe socio-culturel
nataliste qui détermine une fécondité masculine plus élevée que celle des femmes à partir de 30 ans
en raison de la pratique d´unions avec écarts d´âge entre conjoints. Autrement dit, la planification
familiale doit s´adresser et aux hommes et aux femmes, adolescents(es) compris(es), et travailler sur
la persistance de ce complexe à partir de l´approche par les droits. Ceci requiert la sensibilisation de
la population en âge de procréer, la disponibilité et l´accessibilité financière des moyens
contraceptifs, l´éducation des jeunes, écoliers et écolières, à la santé de la reproduction.
DRAFT
200
Pilier 2.4 – Infrastructures routières et maritimes.
Objectif spécifique. Investir dans le réseau routier en milieu rural et le transport maritime de
proximité permettant de désenclaver toutes les zones du pays et de relier les producteurs aux
marchés à des coûts de transport compétitifs durant toute l’année.
A.
Priorisation
La commercialisation de produits agricoles issus de exploitants agricoles ainsi que l’export de
produits tels que la mangue nécessite un réseau routier praticable toute l’année. Avec la levée de
blocages de nature macro-économiques, tels que les tarifs à l’importation, le financement de la
commercialisation, la croissance agricole peut démarrer immédiatement le long des corridors des
routes existantes. Mais cette croissance ne pourra se maintenir que si un accroissement rapide du
réseau routier est réalisé. La construction et/ou l’amélioration du réseau routier est coûteuse et
domine les dépenses nécessaires à la croissance agricole. Cependant, l’expansion du réseau routier
crée de larges dividendes, notamment en permettant aux investissements dans le domaine de la
santé et de l’éducation en zone rurale de devenir bien plus effectif.
De larges portions du territoire national sont toujours mal desservies. Le transport routier est le
principal moyen de transport de marchandises et de personnes. Le réseau de route primaire est
d’environ 700 km et seul 24% du réseau est asphalté551. Les réseaux secondaires et tertiaires
couvrent approximativement 3,600 km, dont une grande partie se trouve en mauvais état et n’est
ainsi pas praticable toute l’année. Les réseaux routiers secondaires et tertiaires sont constitués de
latérite ou de gravier compacté. Les ouragans, les inondations et le séisme de 2010 ont également
endommagé des infrastructures de transport déjà très peu développées. Selon la Banque Mondiale,
la proportion d’habitants des zones rurales ayant accès à des routes praticables en toutes saisons ne
dépasse pas 40%552. De plus, les services de transport et de logistique sont fréquemment
indisponibles et les deux saisons des pluies du pays rendent souvent les routes impraticables.
DRAFT
Le développement du réseau routier primaire s’est orienté sur la connexion des grandes villes
haïtiennes sur le réseau Dominicain, facilitant ainsi l’importation. La construction du réseau n’a pas
priorisé la connectivité des villes du pays entre elles. Ainsi, à date, Port-de-Paix n’est toujours par
relié au reste du pays par une route asphaltée. Cette situation reflète l’orientation des politiques
commerciales et tarifaires qui ont prédominé les politiques macro-économiques durant les 30
dernières années. De plus, la fermeture de nombreux ports de province a renforcé la centralisation
économique, politique et administrative de Port-au-Prince et provoqué un grand déséquilibre
territorial. Dans ce contexte, les populations rurales n’ont pas été desservies et se retrouvent
largement enclavées.
La croissance agricole nécessite un changement radical de paradigme dans le développement du
réseau routier qui devra être reflété dans la politique nationale de transport (voir pilier 1.3). En effet,
afin de rendre l’expansion du réseau routier utile au secteur agricole, il est essentiel de prioriser les
développements des infrastructures vers ces pôles de croissance et de poursuivre rapidement vers le
désenclavement du reste du territoire. Le système de cabotage offre également une alternative
importante et moins coûteuse pour le transport des produits agricoles. Cependant, des
infrastructures minimums sont nécessaires pour permettre la navigation.
551
552
Banque Mondiale, 2016.
Banque Mondiale, 2015a.
201
B.
Programmes Nationaux prioritaires
L’amélioration des infrastructures routières et maritimes de la nation nécessaire à la croissance du
secteur agricole est réalisée à travers 2ProgrammesNationaux :
1. Extension et entretien du réseau de routes rurales par la réhabilitation et la construction de
nouvelles infrastructures ;
2. Amélioration des infrastructures et de gestion de cabotage afin de rendre le transport maritime
de proximité plus compétitif.
PROGRAMME NATIONAL 2.4.1 Extension et entretien du réseau routier (PN-ERR)
Destinataires
L’ensemble de la
population
Nombre de
bénéficiaires
13.4 millions
Modalité
Construction et
entretien du réseau
routier
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institution.
22 milliards HTG
FER
Les routes, sur lesquelles la PSNSSANH mettra l’emphase, sont de type intercommunale ou
secondaire et intersection communale ou tertiaire. Il sera aussi procédé à de nouvelles percées, en
particulier au niveau des routes interdépartementales. La méthode qui sera utilisée est la Haute
Intensité d’Equipements (HIEQ). Néanmoins, certaines routes tertiaires seront réalisées par la
population avec la méthode Haute Intensité de Main d’Œuvre (HIMO) combinée avec la HIEQ en vue
d’accéder à des zones de production agricole, de commercialisation des produits agricoles (marchés
ruraux, marchés communaux et sites historiques). La priorité est donc accordée aux routes ayant une
importance économique ou sociale comme celles débouchant sur les zones de production agricole.
La cible est de créer 4500 km de routes à l’horizon 2030, soit 350 km route par Département.
DRAFT
PROGRAMME NATIONAL 2.4.2 Amélioration des infrastructures de cabotage (PN-AIC)
Destinataires
Service de
transport
maritime et
Madan Sara /
machann
Nombre de
bénéficiaires
À déterminer
Modalité
Réhabilitation des
infrastructures de
cabotage et gestion
du système
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
375 millions HTG
Ancrage
institutionnel
MTPTC /
SEMANAH
Le transport maritimepermettrait de dynamiser le commerce des 40 villes ou agglomérations qui
sont localisées sur le littoral qui s’étend sur plus de 1700 km. Les coûts du transport maritime sont
nettement moins élevés que les coûts de transport terrestre. Cependant, les risques maritimes sont
plus élevés et en général liés à l’incurie observée dans la gestion de l’entretien des transporteurs.
L’observation stricte des normes en matière de navigation maritime est de nature à limiter les
accidents et les pannes. Le cabotage est une opportunité pour approvisionner les villes et les zones
environnantes à moindre coût. Pour assurer l’efficacité de fonctionnement du cabotage, le Service
Maritime et Navigation d’Haïti (SEMANAH) doit renforcer les infrastructures des warfs et des phares
de navigation et renforcer le contrôle maritime.
202
Axe 3. INSTITUTIONNEL.
Objectif général. Renforcer les institutions et les capacités nationales afin qu’elles soient en mesure
de mobiliser des financements, de coordonner et de gérer la mise en œuvre déconcentrée et
décentralisée des mesures et Programmes Nationaux prioritaires des différents secteurs de la SSAN
avec des mécanismes capables d’assurer la redevabilité des investissements.
Figure 19. Architecture de l’Axe 3 de la PSNSSANH
DRAFT
203
Pilier 3.1 - Architecture institutionnelle
Objectif spécifique. Mettre en place une architecture institutionnelle de la SSAN répondant à la
nécessité de promouvoir des formes de gouvernance appropriées à la complexité des enjeux, à la
diversité des acteurs concernés ainsi qu’à la multiplicité des politiques publiques sectorielles.
La mise en œuvre de la politique sera assurée par l’ONASAN qui est un organisme autonome sous
tutelle à caractère administratif. En ce sens, il y aura deux niveaux d’actions :
Niveau politique et stratégique
Il s’agit du Conseil d’Administration de l’ONASAN composé de trois Ministres : MARNDR, MSPP et
MAST avec le Ministre de l’Agriculture comme Président.
Afin de permettre au Ministre de l’Agriculture en tant que Président du Conseil d’Administration de
l’ONASAN de garantir la participation de tous les secteurs intervenant dans le domaine de la sécurité
alimentaire et nutritionnelle, un Conseil Consultatif est mis en place à son initiative. Il sera constitué
exclusivement d’institutions œuvrant dans le domaine.
Niveau administratif et opérationnel
C’est la Direction Général de l’ONASAN dans ses attributions techniques et administratives.
DRAFT
A.
Priorisation
Gouvernance de la SSAN553
L’architecture institutionnelle de la SSAN répond à
la nécessité de promouvoir une forme de
gouvernance appropriée à la complexité des
enjeux, à la diversité des acteurs concernés ainsi
qu’à la multiplicité des politiques publiques
sectorielles, mais avec une bonne faisabilité
organisationnelle. La PSNSSANH est transversale
par nature, à la fois verticale et horizontale, et
s’exerce sur tout le territoire, à tous les niveaux et
dans presque tous les secteurs de la vie. La
gouvernance de la SSAN couvre quatre niveaux de
prise de décision : politique, stratégique,
Encadré 14. Définition
‘GOUVERNANCE’
La gouvernance se définit comme la manière
dont une société s’organise afin de prendre des
décisions et de les mettre en œuvre, mettant en
place un accord et une action commune. Elle
comprend les mécanismes et les procédures
permettant aux citoyens et aux groupes
d’articuler leurs intérêts, d’arbitrer leurs
différences et d’exercer leurs droits et
obligations. La Gouvernance se rapporte aux
questions : qui décide et qui détient le pouvoir,
qui exerce l’autorité et la responsabilité ? La
553
recouvre
est mis en
branle
L’architecture institutionnelle SSAN s’inspire de trois organismes gestion
construits selon
des ce qui
modalités
comparables
: pour
atteindreavec
les son
objectifs
fixés.
Cela son
inclut les
Le Système national de gestion des risques et des désastres (SNGRD)
comité
national,
secrétariat
Mesures &communaux
Programmes
Nationaux
priorisés,
permanent, ses comités thématiques et des comités départementaux,
et locaux,
ainsi que
sesles
deux
groupes d’appui, le Groupe d'Appui de la Coopération Internationale
(GACI) et
le Groupe
d'appui
de la
société
civile,
ressources
humaines
et
financières
ainsi
que
les
553
système mis en place au début des années 2000
partenariats mobilisés à cet effet.
Le Comité Interministériel de l’Aménagement du Territoire (CIAT) avec son secrétariat permanent, créé en décembre
2009 par un arrêté du Premier Ministre.
Le Bureau de l’Ordonnateur National (BON), créé en Juillet 1999 pour mettre en application la Convention de LOME IV
entre l’Union Européenne (UE) et les pays ACP pour gérer le Fonds Européen de Développement (FED).
204
administratif et opérationnel, tant au niveau central qu’au niveau des territoires. Une structure
autonome à caractère administratif et technique peut bien remplir la mission moyennant un conseil
d’administration
Niveaux politique et stratégique
Le niveau politique et stratégique est le niveau où se définissent l’orientation générale et les
stratégies de mise en œuvre de la PSNSSANH. Compte tenu des enjeux et de la nécessité d’une
articulation entre les politiques publiques en général et la PSNSSANH, le Conseil d’Administration de
l’ONASAN composé de Titulaires des ministères les plus impliqués dans le domaine en vue d’assurer
la prise en compte les niveaux politique et stratégique en termes de grandes orientations.
Niveaux administratifs et opérationnel
Le niveau administratif et opérationnel est
assuré par l’ONASAN à travers la Direction
Générale appuyée par les directions
techniques et administratives. C’est le
siège de planification et de la mise en
œuvre de la PSNSSANH et en particulier du
suivi des mesures et Programmes
Nationaux priorisés. Le niveau administratif
détermine les priorités, les budgets
nécessaires à la matérialisation des
orientations stratégiques dégagées par le
Conseil d’Administration et des modalités
de contrôle, de suivi et d’évaluation.
Encadré 15. Liens institutionnels avec la Caravane du
Changement
Le lien institutionnel entre la PSNSSANH et la Caravane
du Changement s’articule autour du ‘budget programme
SSAN’. La Caravane du Changement inclut des actions
SSAN mais aussi des actions thématiques et sectorielles
en dehors du cadre de la SSAN (voir encadré 3). La
Caravane du Changement évolue vers des modalités
permettant une mise en œuvre simultanée et concertée
d’actions prioritaires sur l’ensemble du territoire. Pour
se faire, une délégation de la gestion de certaines
composantes de la Caravane du Changement permettra
de multiplier la capacité opérationnelle. Le ‘budget
programme SSAN’ et la structure institutionnelle qui le
gère, constituent une institutionnalisation des actions
SSAN de la Caravane du Changement. D’autres ‘budgets
programmes’ sont envisagés, notamment pour le
secteur de la santé, de l’éducation ou des
infrastructures.
DRAFT
205
Figure 20. Structures de gouvernance de la SSAN
Structures de gouvernance
CONSEIL
D’ADMINISTRATION de la SAN
Instance
responsable
Ministres
membres du
CA
Membres
Secrétariat
Principales attributions
Fréquence
- Définition des grandes
orientations stratégiques
Les Ministres
DC des Ministres
- Rapport au Gouvernement
avec une large consultation des
forces vives de la nation
Echéanciers
2020-2021
2
rencontres/an
(Conseillers
dès 2020)
- Mise en œuvre de la
PSNSSANH
Directeur
Général
Direction ONASAN
Direction Technique et
Administrative de
l’ONASAN
DRAFT
ONASAN
ONASAN
- Harmonisation des actions du
Gouvernement en matière de
SSAN
En
permanence
2020
- Gouvernance du ‘budget
programme SSAN’
206
Gestion du budget programme SSAN
Budget programme SSAN et Programmes Nationaux
Le système de programmation de la
PSNSSANH part du PSDH qui constitue le
cadre stratégique et programmatique de
base dans lequel s'inscrit l'ensemble des
activités de développement d’Haïti. En
termes programmatiques, la PSNSSANH
identifie les actions prioritaires pertinents
à 2 des 4 Grands Chantiers du PSDH, soit
la refondation économique et la
refondation sociale. Le cadre de la mise
en œuvre du PSDH a retenu 32
programmes et quelque 150 sousprogrammes
qui
devaient
être
opérationnalisés à travers le plan triennal
d’investissement.
Encadré 16. Définition
‘BUDGET PRORAMME’
Un programme budgétaire regroupe les crédits destinés à
mettre en œuvre une action ou un ensemble cohérent
d'actions représentatif d'une politique publique
clairement définie dans une perspective de moyen terme.
À ces programmes budgétaires sont accordés des objectifs
précis, arrêtés en fonction de finalités d'intérêt général et
les résultats attendus. Ces résultats, mesurés notamment
par des indicateurs de performance auxquels sont
assignées des cibles, font l'objet d'évaluations régulières
et donnent lieu à un rapport de performance élaboré en
fin d'exercice par les ministères et les institutions
concernées.
Les programmes budgétaires peuvent être déclinés en
Ainsi, pour la mise en œuvre de la
sous-programmes budgétaires relevant d'entités
PSNSSANH, il est mis en place un ‘budget
administratives de second rang dépendant d'entités
programme SSAN’ par voie de la loi des
administratives de premier rang. Ils peuvent également
finances. Selon la terminologie utilisée par
être communs à plusieurs entités administratives de
premier rang, auquel cas l'entité la mieux dotée
la LEELF en date du 4 mai 2016 (article
budgétairement
assure la coordination entre les entités
31), un ‘budget programme’ se décline en
concernées, sauf décision contraire du Premier ministre.
‘sous-programmes’, appelés ‘Programmes
Nationaux’ dans le cadre de la PSNSSANH.
Chaque entité administrative de premier rang dispose au
La PSNSSANH priorise initialement 25Programmes
Nationaux.Le
budget-programme
sera géré
minimum
d'un programme
budgétaire SSAN
degouvernance
selon les modalités nationales définies par le MEF. générale qui encadre ses fonctions de pilotage et
DRAFT
d'administration (article 31 de la LEELF).
A chaque Programme National sont associés des objectifs, au maximum 3 par programme. Ces
objectifs spécifiques sont des déclinaisons des objectifs spécifiques définis dans chacun des piliers de
la PSNSSANH. Les objectifs d’un Programme National tiennent également compte des perspectives
d’amélioration de la qualité du service rendu et de l’efficience. Ces objectifs sont imputables au
Programme National et leur réalisation devra dépendre essentiellement de l’action du programme,
plutôt que de facteurs externes à ce programme. A ces objectifs seront associés des résultats
attendus et des indicateurs de performance, conformément aux indicateurs retenus dans la
PSNSSANH. Chaque Programme National devra développer son ‘Manuel d’Opération du Programme
National’, sur le modèle du ‘manuel d’opération du PN-CS’.554
Pour éviter une gestion lourde et une trop grande dispersion des responsabilités et des ressources, le
nombre de programmes doit être relativement réduit dans chacun des Ministères. Par souci de
transparence et de simplicité, il convient d’écarter l’usage de clefs de répartition dans l’établissement
de la structure des programmes, notamment pour les dépenses de personnel. Une personne doit
être affectée à un Programme National et un seul. La ventilation des dépenses de personnel par
programme opérationnel s’impose.
554
MENFP, 2017a.
207
En ce qui concerne les structures programmatiques, il convient de noter, qu’elles ne recouvrent pas
nécessairement la structure administrative au sein des ministères. Le degré de déconnexion entre la
structure administrative d’un ministère/d’un organisme du gouvernement et sa structure
programmatique dépend de la manière dont le ministère est organisé. Cette déconnexion est
difficilement évitable pour les services déconcentrés des ministères qui auront à mettre en œuvre
plusieurs programmes. En ce qui concerne les services centraux, une révision des organigrammes
peut être souhaitable pour développer de manière plus efficace les Programmes Nationaux.
Toutefois, les révisions des organigrammes demandent du temps. Ainsi, elles ne peuvent pas être un
préalable au développement des Programmes Nationaux priorisés.
Répartition des responsabilités
Le responsable de la ‘politique SSAN’. L’ONASSAN est le responsable du ‘programme SSAN’. Il est
l’ordonnateur du programme et est responsable de l’élaboration et de la mise en œuvre de la
‘politique SSAN’, qui est ventilé en 25 Programmes Nationaux au début. Il approuve les FIOP
pluriannuelles pertinentes aux Programmes Nationaux de la PSNSSANH ainsi que les rapports
d’activités
Les responsables des ‘Programmes Nationaux’. Les services concernés des ministères et autres
organismes autonomes sont les responsables des 25 Programmes Nationaux priorisés par la
PSNSSANH. Ils sont les ordonnateurs délégués du ‘programme SSAN’ et sont responsables de la mise
en œuvre des Programmes Nationaux et, dans ce cadre, ils rendent compte aux Ministres de tutelle
pendant que l’ONASSAN assure la coordination, l’harmonisation et l’évaluation d’impacts des
interventions. Les Coordonnateurs des ‘Programmes Nationaux’ ont besoin des services de support
pour mettre en œuvre leurs activités
DRAFT
Unité de Gestion de Programmes Nationaux (UGPN)
Les UGPN mettent en œuvre les Programmes Nationaux. Les UGPN sont placées sous la
responsabilité d’un cadre qui a le titre de Coordonnateur général. Les Coordonnateurs généraux des
Programmes Nationaux de la PSNSSANH sont ordonnateurs secondaires donc bénéficiaires du
pouvoir d’ordonnancement afin de leur permettre une exécution fluide du budget. Selon les
dispositions de l’article 18 du Règlement Général sur la comptabilité publique, les ministres et
présidents d’institutions sont tous ordonnateurs de leurs budgets. Selon le décret du 17 mai 2005 sur
l’organisation de l’administration centrale de l’état, la délégation de pouvoir d’ordonnancement des
Ministres aux Coordonnateurs de Programmes Nationaux se donne sous forme d’instruction.
La structuration des UGPN suivra un modèle standardisé (figure 22). Les UGPN offrent des
opportunités de partenariat technique et financier avec la coopération externe. Chaque UGPN
dispose d’un service de passation de marchés équipé de ressources humaines qualifiées dans ce
domaine. Les Termes de Références types pour chaque position sont disponibles dans le Manuel
d’Opération du PN-CS555.
555
MENFP, 2017a.
208
Figure 22. Organigramme type d’une UGPN, sans le personnel d’appui
DRAFT
209
B.
MESURES PRIORITAIRES
La mise en place d’une architecture institutionnelle adaptée à une bonne gouvernance de la SSAN
prendra plusieurs années et passe par 2 mesures prioritaires :
1. Créer un ‘budget programme SSAN’ ;
2. Mettre en place la structure de gouvernance de la SSAN.
MESURE 3.1.1
Créer un ‘budget programme SSAN’
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de
la population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Publication d’un budget programme
SSAN dans la loi des finances 201819 et planification triennale
Coût total par
année (inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
0 HTG
MEF
En application de la Loi d’Elaboration et d’Exécution des Lois de Finances (LEELF), article 31, afin de
renforcer le lien entre le budget et la politiques publique PSNSSANH, fournir un cadre pour le suivi de
la performance et renforcer la redevabilité à l’égard du Parlement et des citoyens, un budget
programme SSAN sera mis en place et sera inscrit à la Loi de Finances, dès 2021-2022. L’article de
création du budget programme est comme suit : ‘il est créé un budget programme de Souveraineté
et Sécurité Alimentaires et de Nutrition’. Le budget programme SSAN se décline en sous-programmes
budgétaires qui seront inscrits à mesure que les ‘Programmes Nationaux’ de la PSNSSANH seront
formulés. La planification des budget programme est triennal. Ainsi, des plans d’actions triennaux
seront préparés pour la mise en œuvre du ‘budget programme SSAN’.
DRAFT
210
MESURE 3.1.2
Mise en place progressive de la structure de gouvernance de la SSAN
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Publication d’un budget
programme SSAN dans la loi
des finances 2018-19
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
100 millions HTG
ONASAN
Par ordre chronologique, les structures de gouvernance suivantes doivent être mises en place
progressivement afin de permettre la mise en œuvre de la PSNSSANH :
Création de l’ONASAN et la mise en place d’un Conseil d’Administration pour assurer la mise en
œuvre de la politique.. Ces structures sont créées par des textes légaux pris par les instances
habilitées . La création et la dotation de l’ONASAN est urgente afin de permettre la continuité
des travaux entrepris pour la formulation de la PSNSSANH.
L’ensemble du système SSAN fera l’objet, plus tard, de loi-cadre détaillant son architecture, son
organisation, la composition de ses institutions, ses modes de fonctionnement et de financement
ainsi que ses missions et détaillant les mêmes éléments pour le secrétariat exécutif
Pilier 3.2 – Coordination de l’aide externe
Objectif spécifique. Renforcer la coordination de l’aide externe au niveau des secteurs concernés par
la SSAN et au niveau intersectoriel afin de maximiser les intégrations et les synergies de l’aide externe
sur les priorités et processus nationaux.
A.
Priorisation
DRAFT
Les bailleurs de fonds et les partenaires techniques peuvent appuyer directement la mise en œuvre
de la PSNSSANH à partir de 4 modalités :
Alignement des modalités de mise en œuvre des opérations des partenaires. Les partenaires
techniques, agences techniques et les ONG alignent leurs opérations sur les modalités
opérationnelles de chaque Programme National. A titre d’illustration, pour le Programme
National de cantine scolaire (PN-CS), les partenaires du programme et les opérateurs, alignent
leurs opérations sur le Manuel d’Opération du PNCS.556
Appui technique et financier aux ‘Programmes Nationaux’. Les Unités de Gestion des
Programmes Nationaux (UGPN)557, détenant le pouvoir d’ordonnancement pour la mise en
œuvre des Programmes Nationaux, peuvent recevoir les contributions financières et techniques
des partenaires.
Appui technique et financier au ‘budget programme SSAN’. L’ONASSAN, détenant le pouvoir
d’ordonnancement du budget SSAN, peut recevoir la contribution de l’aide externe en appui au
‘budget programme SSAN’ et les attribue aux ‘Programmes Nationaux’ éligibles.
Appui budgétaire avec une labélisation ‘SSAN’. Les contributions se font à travers le MEF et les
mécanismes du ‘budget programme SSAN’, le CISSAN et la COPSSAN assurent la coordination
interne sur l’utilisation des ressources financières.
Afin de permettre l’opérationnalisation de l’une ou l’autre des modalités, les bailleurs de fonds
aligneront leurs financements sur les orientations fixées par la PSNSSANH. Pour chaque modalité
556
557
MENFP, 2017a.
Voir Axe 3.
211
d’appui direct à la mise en œuvre de la PSNSSANH, des mécanismes de coordination seront mis en
place (tableau 45). Le tableau 46 présente les liens entre les différents mécanismes de coordination.
Tableau 45. Vue synthétique des mécanismes de coordination pour chaque modalité d’appui direct des
partenaires à la mise en œuvre de la PSNSSANH
Modalité d’appui à la
PSNSSANH
Alignement des modalités
de mise en œuvre des
opérations des partenaires
Appui
technique
et
financier aux ‘Programmes
Nationaux’
Appui
technique
et
financier
au
‘budget
programme SSAN’
Appui budgétaire avec une
labélisation ‘SSAN’
Mécanismes de coordination
Niveau central
Niveau départemental
Groupes
de
concertation
des
‘Programmes
Nationaux’
et/ou Tables sectorielles
Tables sectorielles
départementales
Tables sectorielles
Table thématique
Comité d’efficacité de
l’aide
Niveau communal
Tables de
concertations
Tables de
concertations
Figure 23. Schéma de coordination de la PSNSSANH au niveau central
Groupe de
concertation ‘PN
1’
Groupe de
concertation ‘PN
2’
Groupe de
concertation ‘PN
3’
Groupe de
concertation ‘PN
4’
Groupe de
concertation ‘PN
5’
DRAFT
Table sectorielle
1
Table sectorielle
2
Table
thématique
SSAN
Comité
d’efficacité de
l’aide
La traduction ‘territoriale’ de la mise en œuvre de la PSNSSANH se concrétisera par la préparation de
plans départementaux de la SSAN (PDSSAN). Les partenaires techniques et financiers participeront
activement à la rédaction des PDSSAN.
B.
Mesures prioritaires
Pour la mise en place d’une coordination effective de l’aide externe dans le cadre de la mise en
œuvre de la PSNSSANH, 2 mesures sont priorisées :
1. La mise en place de la Table Thématique SSAN et des groupes de concertations ;
212
2. La préparation des Plans Départementaux SSAN (PDSSAN).
Mesure 3.2.1
Mise en place de la Table thématique SSAN et des groupes de
concertations
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Coordination de l’aide
externe
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
0 HTG
Ancrage
institutionnel
Primature /
ONASSAN
L’ONASAN, dès sa création, mettra en place la Table thématique (espace consultatif et d’échange) de
Souveraineté et Sécurité Alimentaires et de Nutrition. La Table thématique est le forum formel de
concertation entre le Gouvernement et les partenaires techniques et financiers, mais aussi les
organisations de la société civile, les organisations non gouvernementales et le secteur privé. Elle
constitue la plateforme par laquelle l’ONASAN, les 11 Ministères et les 12 organismes assurent
l’harmonisation des actions et des voies et moyens pour un développement concerté de la SSAN. La
table thématique s’appuie sur les tables sectorielles pertinentes dont, pour les Tables sectorielles
existantes ; ‘agriculture’, ‘santé’, ‘protection sociale’, ‘éducation’, ‘environnement’ et les Tables à
créer ; ‘emploi’, ‘énergie’ et ‘risques et désastres’558. Au niveau de chaque ‘Programme National’, un
groupe de concertation sera créé qui a la fonction de coordonner et harmoniser les interventions des
partenaires de chaque sous-secteur. Toutes les structures mises en place et renforcées par la
PSNSSANH entrent dans le Cadre de Coordination de l’Aide Externe au Développement d’Haïti
(CAED)559.
Mesure 3.2.2
Actualisation des Plans Départementaux SSAN
DRAFT
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Coordination de l’aide
externe
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
8 millions HTG
ONASAN
L’ONASAN initiera la préparation des Plans Départementaux SAN. L’exécution des PDSAN est sous la
responsabilité des Délégués, avec l’appui de leur conseiller SAN et les directions départementales.
L’ONASSAN fournira un appui technique et financier aux Délégations pour la réalisation des
documents de PDSSAN. Les PDSSAN s’appuieront sur des plans communaux de développement, dans
lesquels la SSAN sera prise en compte. Les PDSSAN constitueront la base sur laquelle la coordination
territoriale de la mise en œuvre de la SSAN pourra se réaliser.
Un PDSAN a été réalisé dans le Département du Nord-Ouest. Ce plan constitue la base d’exécution
d’un projet européen orienté sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle de 40 millions d’euros,
financé sur le XIème FED. L’équipe d’appui technique est basée à Port-de-Paix, le régisseur du
programme sera basé entre Port-de-Paix et Port-au-Prince et des ONG assureront la mise en œuvre
de certains programmes. Ce projet permettra de mettre en œuvre les mécanismes de coordination
et de gouvernance au niveau des territoires d’actions SSAN.
558
559
MPCE, 2012.
MPCE, 2012.
213
Pilier 3.3 - Audit, contrôle et Suivi-Evaluation
Objectif spécifique. Mettre en place une culture de l’audit et du contrôle interne et externe ainsi qu’un
système de suivi et évaluation apte à renforcer la transparence de la gestion et des résultats obtenus
avec les fonds du trésor public.
A.
Priorisation
La situation actuelle : les mécanismes et le bilan
Le cadre global de contrôle, du suivi et de l’évaluation des politiques publiques en Haïti implique
l’intervention particulière du MEF, du MPCE, de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif (CSCCA)560. Elles sont les entités qui sont les plus impliquées dans la préparation,
l’exécution, le contrôle, le suivi et l’évaluation des recettes et des dépenses publiques561. L’Institut
Haïtien de Statistiques et d’Informatique (IHSI) est un organisme déconcentré du MEF qui collecte les
données à travers des enquêtes et auprès de tous les ministères et institutions pour la publication
des statistiques nationales. Au niveau du MEF, la Direction Générale du Budget (DGB)562, la Direction
des Etudes Economiques (DEE), le Secrétariat d’Etat aux Finances préparent le budget national,
assurent les décaissements, analysent le cycle des recettes et des dépenses publiques. L’Inspection
Générale des finances (IGF)563 a le mandat de l’audit technique et financier564de l’ensemble de
l’administration publique. La Direction du Contrôle du Budget de la Direction générale du Budget
assure le contrôle interne des décaissements du budget. L’ensemble du travail au niveau du MEF se
fait en coordination avec les directions techniques du MPCE, à savoir, la Direction de Planification
Economique et Sociale (DPES) qui est la porte d’entrée du cycle de formulation de la politique
publique en coordonnant le travail de toutes les UEP des ministères, la Direction des Investissements
Publics (DIP) qui gère le portefeuille d’investissements disponibles au niveau du trésor public, la
Direction de la Coopération Externe (DCE) qui gère les relations avec les partenaires techniques et
financiers, la Direction de Coordination des Actions des ONG (DCAONG) qui assure le suivi des actions
DRAFT
560
La Constitution de 1987 amendée prévoit dans son Article 200-4: La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
administratif participe à l’élaboration du Budget et est consultée sur toutes les questions relatives à la législation sur les
Finances Publiques et sur tous les Projets de Contrats, Accords et Conventions à caractère financier et commercial auxquels
l’Etat est partie. Elle a le droit de réaliser les audits dans toutes administrations publiques.
561
Le budget national concerne l’administration centrale de l’Etat comprenant les organes du pouvoir exécutif (Présidence,
Primature, Conseil des Ministres, les Ministères), le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire, les Collectivités Territoriales. Les
partenaires techniques et financiers du gouvernement sont des entités externes qui participent également dans la
planification, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques publiques. La composante Contrôle, suivi et évaluation
est assurée par le travail combiné de plusieurs ministères et entités autonomes ou indépendantes.
562
la Direction des Etudes Economiques (DEE), l’UEP du MEF interviennent dans la préparation du budget national. La DEE
établit le Tableau Opérationnel des Finances Publiques (TOFE) qui indique le niveau des dépenses publiques.
563
Selon le décret du 25 mai 2006 portant sur créant au Ministère de l'Économie et des Finances (MEF) un Service
Technique Déconcentré dénommé : "Inspection Générale des Finances" (IGF) L'IGF a pour missions: vérifier, contrôler,
assurer l'audit technique, administratif, financier et comptable à priori et à posteriori sur l'ensemble de l'Administration
Publique Nationale; d'étudier toutes questions, d'exécuter toute mission relative aux finances publiques, à la comptabilité
publique, aux programmes d'investissement public, aux marchés publics, aux patrimoines de l'État et des Collectivités
Locales ainsi que celles liées à la discipline budgétaire et financière.
564
Article 2 :
L'IGF a pour missions :
• de vérifier, contrôler, assurer l'audit technique, administratif, financier et comptable à priori et à posteriori sur
l'ensemble de l'Administration Publique Nationale ;
• d'étudier toutes questions, d'exécuter toute mission relative aux finances publiques, à la comptabilité publique, aux
programmes d'investissement public, aux marchés publics, aux patrimoines de l'État et des Collectivités Locales ainsi que
celles liées à la discipline budgétaire et financière.
Décret créant au Ministère de l'Économie et des Finances (MEF) un Service Technique Déconcentré dénommé : "Inspection
Générale des Finances" (IGF), 17 mars 2006, Journal Officiel "Le Moniteur" No. 47 du 25 mai 2006, pp. 1-12
214
des ONG565 en exigeant le dépôt d’un rapport trimestriel et d’un rapport annuel pour assurer le suivi
de leur action sur le territoire et l’octroi des droits et privilèges qui y sont associés, la direction du
Suivi Evaluation des Investissements Publics (DSEIP ou DSE) qui vérifie les livrables, autorise la
poursuite des décaissements, se charge de l’évaluation technique et de la clôture des projets. Ces
entités travaillent de commun accord tout en respectant leur mandat respectif. L’Unité de Lutte
Contre la Corruption (ULCC) est sollicitée pour vérifier les transactions lorsqu’il y a soupçon de
fraude. La Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP) intervient sur l’analyse des offres de
marchés lancées par l’administration centrale de l’Etat et des Collectivités Territoriales.
L’un des enjeux majeurs du système de contrôle, de suivi et d’évaluation du budget national, c’est
que la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) la DGB, l’IGF, la DPES,
la DIP et la DSEIP n’interviennent pas sur les transactions liées aux dons et emprunts qui ne sont pas
versés dans le Trésor Public. Soit plus de 70% de l’ensemble des dépenses d’investissements publics.
Ces montants sont gérés directement par différentes structures ad hoc mises en place à travers les
ministères ou les agences elles-mêmes.
C’est un système complexe avec toutes ces institutions avec un niveau de chevauchement et certains
conflits de mandat. La performance du système dépend de toutes ces entités mais également des
contraintes inhérentes à l’ensemble du système. La faible performance observée au cours des deux
dernières années avec des dépenses d’investissement inférieures à 6 milliards de gourdes par an est
autant expliquée par des contraintes techniques que par des insuffisances des recettes publiques qui
ont conduit à des budgets rectificatifs au milieu de l’exercice fiscal mais aussi par le fractionnement
du budget car l’aide externe est gérée directement par les partenaires techniques et financiers qui
ordonnent directement les décaissements. La non-intégration du budget national constitue un
handicap de gestion holistique du budget. En tant que responsable du suivi et de l’audit technique
des investissement publics, la DSEIP n’a pas les moyens pour administrer un gros volume de travail et
n’a pas de moyens logistiques pour réaliser des missions de terrain de vérification. Tout
accroissement du budget des investissements publics demandera des ressources conséquentes pour
la DSEIP et les autres entités qui travaillent en synergie.
DRAFT
Déterminants de la performance du système de contrôle, de suivi et d’exécution du budget
Avec les directions concernées du MEF, du MPCE et de la CSCCA, il y a lieu de souligner les facteurs
déterminants garantissant la performance du système de contrôle, de suivi, et d’évaluation des
investissements publics :
1. L’efficacité faible de certaines dépenses publiques qui ne produisent pas les effets escomptés ;
2. Il y a des dépenses qui devraient être mieux agencées à d’autres pouvant permettre une
rationalisation des dépenses et des résultats plus probants ;
3. Il y a aussi la capacité limitée d’une entité ou ministère à utiliser le crédit prévu pour l’année ;
4. Le manque de personnel qualifié au sein des Ministères/entités peut être à l’origine de la qualité
limité des FIOP préparés, de leur révision et du non-respect des délais. Ce qui fait perdre du
temps et des ressources aux entités bénéficiaires ;
5. Le peu de maitrise des procédures administratives par certaines UEP est une grande contrainte ;
6. La non existence d’un système d’information capable d’assurer le suivi de toutes les transactions
et des indicateurs ;
7. Les fonds ne sont pas toujours disponibles pour approvisionner les comptes des projets ;
565
Les ONG reçoivent des subventions de l’aide externe pour financer les projets mis en œuvre.
215
8. Le sous-financement des projets qui aboutit souvent à des surcoûts car le projet prend trop de
temps pour être exécuté ;
9. Il n’y a pas la maîtrise du niveau d’exécution et de performance des fonds externes en dépit du
Module de Gestion de l’Aide Externe (MGAE) ;
10. Les actions de sécurité alimentaire et de nutrition ne sont pas suffisamment coordonnées au sein
de l’Etat.
B.
Mesures prioritaires
Afin de renforcer les mécanismes d’audit, de contrôle interne et de suivi-évaluation, 2 mesures sont
priorisées :
1. Le renforcement du système d’audit, de contrôle, suivi et évaluation de l’Administration publique
pour la SSAN ;
2. L’harmonisation et mise en place du système d’information SSAN.
MESURE 3.3.1
Renforcement du système d’audit, de contrôle, suivi-évaluation de
l’Administration publique pour la SSAN
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Renforcement de la
gestion des mécanismes
d’audit, de contrôle et
de suivi-évaluation
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
160 millions HTG
MEF, MPCE
DRAFT
Le MEF mettra en œuvre les actions suivantes afin de renforcer le système d’audit, de contrôle
interne et externe et d’évaluation de l’administration publique avec un accent particulier sur le
budget programme SAN:
Améliorer le Module de Gestion de l’Aide Externe (MGAE) avec une maitrise effective de
l’exécution des budgets issus des dons et des prêts ;
Renforcer les UEP sectoriels dans la maîtrise des procédures en vue de leur permettre de
produire les FIOP dès le mois d’octobre, premier mois de l’exercice fiscal ;
Mettre en place un système intégré d’information permettant de faire le suivi en temps réel des
projets sectoriels ;
Harmoniser le travail des différentes entités afin de produire plus de résultats et des
opportunités d’apprentissage ;
Planifier la disponibilité des fonds pour entamer le financement des investissements dès le mois
d’octobre, au début de l’exercice ;
Doter la DSEIP progressivement des moyens humains, logistiques et de fonctionnement en
fonction de l’évolution de la charge travail.
216
MESURE 3.3.2
Harmonisation et mise en place du système d’information SSAN
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Gestion du système
d’information
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
3 millions HTG
Ancrage
institutionnel
Primature /
ONASSAN
Il existe des microsystèmes non harmonisés d’information sur la SSAN. Il faudra mettre un système
global permettant à tous les UEP, les directions et les institutions d’alimenter la base de données et
de fournir des informations à l’ONASAN et aux entités impliquées dans la SSAN566.Des liens avec les
outils en cours de développement par le programme du 11ème FED dans le Nord-ouest seront établis.
Une base de données unique où sont inscrit tous les financements, internes et externes est
nécessaire. Cette base de données unique sera construite sur la base de celle en préparation au MEF
pour les budgets programmes.
DRAFT
566
Pour assurer une bonne coordination de la PSNSSANH, il faudra mettre en place un Comité interministériel pour le
pilotage de la SAN et un secrétariat technique pour la coordination technique entre les entités concernées.
217
Pilier 3.4 – Communication autour de la PSNSSANH
Objectif spécifique. Mettre en œuvre une stratégie de communication permettant aux différents
secteurs de la souveraineté, de la sécurité alimentaires et de la nutrition, ainsi que la population en
général, de comprendre, de souscrire et d’agir favorablement aux actions entreprises dans le cadre de
la PSNSSANH.
A.
Priorisation
La communication autour de la PSNSSANH est essentielle à la réussite des transitions entreprises
dans plusieurs secteurs à travers la mise en œuvre des mesures et Programmes Nationaux
prioritaires. Une stratégie de communication, pour être efficace doit faire le choix de messages clairs
et mobilisateurs et de les communiquer de façon constante sur le moyen terme. A travers cette
stratégie de communication, le Gouvernement se fait le champion des intérêts nationaux par la
promotion de la production nationale, qu’elle soit alimentaire, culturelle, agro-industrielle ou autre.
En particulier, le choix de la thématique du manje lokal est porteur dans le sens où, autour de cette
thématique d’intérêt national, cela permet d’appréhender une communication claire, simple et
compréhensible pour l’ensemble de la population autour du bien-fondé de tous les mesures et
Programmes Nationaux mis en œuvre par la PSNSSANH. Les bénéfices du manje lokal sont
nombreux, autant au niveau individuel, des économies locales ainsi qu’au niveau social. L’analyse de
contexte montre comment les habitudes alimentaires ont évolué durant les dernières décennies,
dans un premier temps vers le riz importé, puis vers les spaghettis et plus récemment vers les snacks
et boissons énergétiques industriels. La diversité et la qualité de l’alimentation se sont fortement
détériorées avec un impact négatif sur la nutrition (voir analyse de contexte). Les études ont montré
que les produits alimentaires locaux sont systématiquement plus riches en micro-nutriments que les
produits importés567. De plus, le pays est riche en aliments locaux très nutritifs en mesure
d’améliorer la santé nutritionnelle de la population (moringa, lalo, cresson, amarante, pourpier,
divers fruits, etc.) s’ils peuvent retrouver une place plus importante dans la diète alimentaire. Manje
lokal permet également de renouer avec les délicieuses recettes culinaires traditionnelles et les
bonnes pratiques nutritionnelles ainsi que d’améliorer les liens d’insertion dans la communauté
haïtienne. D’un point de vue social, manje lokal signifie un renforcement des connections entre le
consommateur et les producteurs, en passant par la machann ou Madan sara qui vous nourrit. D’un
point de vue économique, manje lokal permet : a) un effet multiplicateur des dépenses des ménages
stimulant les économies locales ; b) de revaloriser l’agriculture traditionnelle de la nation et c) de
réduire la pollution causée par le transport des aliments produits par une agriculture hyper-intensive
des pays industrialisés.
DRAFT
B.
Mesures prioritaires
La stratégie de communication autour de la mise en œuvre de la PSNSSANH est réalisée à travers une
mesure :
1. Promotion du manje lokal
567
PARM, 2014.
218
MESURE 3.4.1 Promotion du manje lokal
Destinataires
L’ensemble de la
population
Modalité
Communication de la Présidence,
de la Primature et des Ministères
et organisme à travers tous les
plateformes et médias disponibles
Coût total / année
Ancrage institution.
23 millions HTG
Primature
A travers une stratégie de communication vigoureuse et constante sur le moyen terme autour de la
thématique du manje lokal, la population en général et les secteurs, comprennent et souscrivent au
bien-fondé de la PSNSSANH et agissent favorablement aux mesures et Programmes Nationaux
priorisés de la présente politique. La stratégie de communication est pilotée par la Primature et mise
en œuvre également à travers les 11 Ministères et 12 organismes568 participants à la PSNSSANH ainsi
que les éléments de la société civile les plus actifs dans la promotion des produits alimentaires
locaux. Tous les réseaux de communication, les médias et plateformes d’échanges sont utilisés, au
niveau central et décentralisé (inclus les radios communautaires) pour les activités de
communication.
La stratégie de communication inclut également des diffusions sur la nutrition afin de promouvoir les
bonnes pratiques nutritionnelles et d’hygiène. Des démonstrations sur les pratiques d’Alimentation
du Nourrisson et du Jeune Enfant (ANJE) ainsi que la préparation de délicieuses recettes culinaires
traditionnelles feront partie des diffusions.
Pilier 3.5. Renforcement des capacités
Objectif spécifique. Renforcer les capacités des acteurs de la PSNSSANH en matière d’administration,
de gestion et de finances publiques, afin que tous aient les compétences nécessaires pour exercer les
missions qui leurs sont dévolues.
DRAFT
A.
Priorisation
Les programmes de réforme de l’administration, la gestion et les finances publiques vont
profondément changer les modes de fonctionnement de l’administration publique. La complexité de
la thématique SSAN, transversale, multi-niveaux et présente sur tout le territoire national et la mise
en place à terme d’un budget programme, conduisent à prévoir dans la PSNSSANH un important
pilier de renforcement de capacité de toutes les parties prenantes de la PSNSSANH en matière
d’administration, de gestion et de finances publiques.
Une administration publique en pleine évolution sous-entend une nécessaire formation continue des
fonctionnaires. Constatant que les nombreuses parties prenantes de la SSAN n’ont pas forcément les
connaissances et compétences nécessaires pour assurer dans les meilleures conditions la gestion de
la SSAN. De plus, la thématique SSAN est complexifiée par l’addition de sources multiples de
financements externes par des bailleurs de fonds et par une gestion parfois effectuée par des
équipes de toutes nationalités, une grande campagne de mise à jour des connaissances sera lancée
avec le lancement officiel de la PSNSSANH.
En matière de réforme de l’Etat, le Programme Cadre de Réforme de l’Etat (PCRE) (2012-2017) a
produit des avancées, sans parvenir à concrétiser les dernières étapes des différents axes. Huit audits
organisationnels ont été menés pour l’OMRH sur financement UE afin d’aider à la refonte des lois
organiques des ministères – toutes remontant à la fin des années 80 et au début des années 90. Seul
le MPCE a mené à bien sa révision. Les projets de décrets révisés relatifs aux délégués et vice568
Organismes autonomes, déconcentré ou stratégique du gouvernement.
219
délégués et aux délégations sont encore en cours de validation auprès du Ministère de l’Intérieur et
des Collectivités Territoriales (MICT). La Charte Nationale de Déconcentration, fruit du travail d’un
groupe interministériel assidu pendant près de deux ans, est, elle aussi, encore en cours de
validation. Par son caractère transversal et pluri-niveaux, la SSAN pourrait être incluse dans le PCRE 3
(2018-2023) comme expérimentation d’innovation administrative.
Par ailleurs, l’alignement progressif sur les standards internationaux en termes de gestion
budgétaire, règlementation des marchés publics, transparence, audit interne et externe, contrôle
interne et externe et lutte anti-corruption. De ce fait, la culture administrative évolue et a tendance à
s’uniformiser dans le monde. Le corps des administrateurs d’Etat a été créé en 2017 et les soixante
jeunes fonctionnaires sélectionnés sont depuis début 2018 en formation à l’Ecole Nationale
d’Administration et des Politiques Publiques (ENAPP). La Gestion Axée sur les Résultats (GAR) et les
mécanismes de suivi-évaluation, avec tableaux de bord, indicateurs objectivement vérifiables, dates
limite etc. sont aussi en cours d’introduction voire de généralisation. La PSNSSANH est choisie
comme pilote pour la GAR et pour la mise en place de mécanismes de suivi-évaluation.
En matière de finances publiques, la réforme a conduit à la mise en place d’une commission de
réforme et à l’élaboration d’une stratégie validée en 2014. Les budgets programmes ont été
introduits dans le Décret d’Elaboration et Exécution des Lois de Finances (DEELF), en 2015 et
confirmés dans la LEELF, Loi d’Elaboration et Exécution des Lois de Finances, en 2016.
En raison d’une capacité administrative insuffisante et d’un système d’information encore au stade
de l’appel d’offres, la LEELF n’a pas pu être mise en œuvre comme espéré. Dans ce contexte, un
grand chantier de sensibilisation, information et formation sera lancé au plan national sur la LEELF,
notamment les budgets-programmes.
Pour le budget 2018-2019 la Direction du Budget va faire une expérimentation avec un ministère, le
Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) et peut-être avec le MARNDR et le
MENFEP. La SSAN sera également être considérée. Il s’agira de tester la mise en œuvre grandeur
réelle d’un budget ministériel présenté selon les modalités et procédures des budgets programmes.
Une réécriture « cosmétique » à visée pédagogique, avec le budget par titres et directions continuant
d’être écrit « normalement ». Cet exercice de « traduction » dans une autre langue budgétaire
devrait permettre d’identifier les difficultés et de former les cadres d’un voire de deux ou trois
ministères. Les leçons apprises pourront être valorisées par tous et le futur budget programme SSAN
en bénéficiera, d’autant plus que les trois ministères sont parties-prenantes de la SSAN. Ces
ministères ont été choisis parce qu’ils sont un peu avancés en matière de Cadres de Dépenses à
Moyen Terme (CDMT), même s’il n’y a pas encore de Cadre Budgétaire à Moyen Terme (CBMT) et
pas encore de CDMT général, qui permettrait aux différents ministères de suivre un modèle.
DRAFT
Les CDMT sont le point d’entrée pour la création d’un budget-programme. La campagne de
formation à l’élaboration d’un Cadre Budgétaire à Moyen Terme (CBMT) et d’un Cadre de Dépenses
à Moyen Terme (CDMT) sectoriel pour la SSAN sera articulée avec la démarche de formation portée
par le MEF dans le cadre de la stratégie de mise en œuvre des dispositions de la LEELF.
Une préparation assidue à une phase 2 de « formation pratique » aura lieu dès le démarrage du cycle
budgétaire en Janvier 2019 pour la loi des finances2019-20 car il faudra préparer le basculement d’un
type de budget à l’autre. Pour y parvenir, beaucoup de sensibilisation, information et formations
seront dispensées. Afin de pouvoir basculer vers le budget-programme, le système informatique
devra être opérationnel. En avril 2018, l’appel d’offres pour le système informatique venait d’être
lancé. Les utilisateurs du système informatique seront formés à son utilisation.
220
Toutes les réformes arrivant en même temps pour le fonctionnaire et l’employé public,
administration publique, gestion, informatique et finances publiques, une analyse assez
individualisée des besoins de formation sera effectuée auprès de tous les gestionnaires voire les
acteurs de la SSAN pour identifier les lacunes et les compétences à faire acquérir en urgence. Les
responsables de la PSNSSANH s’appuieront sur les résultats de cette campagne d’analyse des besoins
de formation pour constituer des modules de base dans les trois matières.
Toute réforme se heurte à des résistances au changement, des freins voire des blocages, la plupart
issus de l’ignorance du contenu de la réforme et de la peur de l’inconnu. Pour la mise en œuvre de la
PSNSSANH, politique transversale par essence, multi-acteurs, la réussite sera conditionnée par
l’appropriation par les acteurs à tous les niveaux, décideurs, gestionnaires, utilisateurs et
bénéficiaires, à Port-au-Prince et dans les départements.
Le renforcement de capacités, la sensibilisation, l’information et la formation seront les outils de la
réussite, les méthodes pourront s’appuyer sur toute la gamme possible : campagnes nationales de
« publicité » institutionnelle (TV, presse écrite, radio etc.), conférences, séminaires, ateliers, visites
d’études, modules de formation diplômante à l’université, cours par internet ou MOOC569, platesformes d’échanges, blogs etc. Enfin, sur le terrain, l’organisation de rencontres avec les citoyens, les
professionnels, les associations et la société civile seront nécessaires.
B.
Programme Prioritaire
Le renforcement des capacités nécessaires à la mise en place d’un budget programme SSAN passe
par un programme de renforcement des capacités à tous les acteurs de la SSAN et à tous les niveaux
de la mise en œuvre.
DRAFT
PROGRAMME 3.4.1
Destinataires
Administrateurs
et gestionnaires
de la PSNSSANH
Renforcement de capacités des acteurs de la PSNSSANH (PN-CAPA)
Nombre de
bénéficiaires
À définir
Modalité
Programme de formation en
administration et gestion
des finances publiques
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
40 millions
Ancrage
institutionnel
Primature /
OMRH
Le Programme National de renforcement des capacités sera divisé en 4 modules de base :
1. Administration publique
2. Gestion publique
3. Finances publiques
4. Langues étrangères dans un contexte souvent internationalisé où le créole et le français
peuvent croiser l’anglais et l’espagnol, ou d’autres langues.
Ces modules de base seront utilisables en présentiel ou à distance afin de constituer une sorte de
vadémécum de base. La stratégie de mise en œuvre des budgets programmes, préparée par l’OMRH
dans le cadre du programme européen ‘State Building Contract’ (SBC), prévoit de la formation pour
les cadres et agents du Ministère de l’Economie et des Finances et plus largement pour les
responsables de sous-programmes dans les ministères sectoriels, en plus du MPCE associé à toute la
démarche comme en Haïti il est chargé de l’exécution du budget. Les Parlementaires et les décideurs
569
'Massive Open Online Course' ou Formation qui vise un grand nombre de personnes et se réalise à distance via Internet.
221
sont aussi inclus dans ce projet de campagne de renforcement de capacités. Afin de favoriser une
synergie des efforts, la campagne SSAN de renforcement de capacité sera articulée avec celle des
budgets-programmes.
La démarche du budget programme est une démarche nouvelle. Il conviendra donc de préparer et
diffuser des guides sur les principaux aspects de la mise en place du budget programme. Ces guides
devraient comprendre un guide sur la nomenclature programmatique et les CDMT-PauP.
Parallèlement à la confection de ces guides, des actions de formation et sensibilisation doivent être
conduites à l’intention des principaux acteurs :
Un comité CDMT doit être institué et ses membres renforcés pour être à même d’analyser et
discuter avec les ministères sectoriels les CDMT-P-au-P et de Réforme de l’Administration
Publique (RAP). Ils doivent fournir à ces ministères des conseils appropriés pour la mise en place
de la nomenclature programmatique dans le budget et les CDMT-Pau-P.
Les cadres des ministères sectoriels seront responsables de l’élaboration et de la mise en œuvre
des programmes. Des actions de formation sont nécessaires à l’intention non seulement des
DAAB et des UEP, mais aussi des directions techniques des ministères sectoriels, qui seront
chargés de la mise en œuvre des programmes et du suivi de la performance.
Comme les CDMT-P-au-P et RAP sont produits à l’intention du Parlement, il conviendra de
s’assurer que les Parlementaires disposent des capacités et de l’assistance nécessaire pour
analyser ces documents.
Des actions de sensibilisation à l’égard des décideurs sont aussi nécessaires. Un conseil
interministériel sur la réforme serait une occasion pour relever le niveau de portage de la feuille de la
stratégie de mise en œuvre de la LEELF.
La stratégie prévoit de nombreux manuels d’utilisation, guides, livrets d’instruction, plaquettes
d’information etc. Tout ce matériel pédagogique sera mutualisé et utilisé dans le cadre du
renforcement de capacité SSAN. Au niveau des écoles et universités, l’ENAF pour les finances,
l’ENAPP pour l’administration publique et l’Institut National d’Administration, de Gestion et des
Hautes Etudes (INAGHEI) pour la gestion publique seront inclus dans la préparation et la mise en
œuvre des formations. Les universités participeront à cet effort national en introduisant tous les
nouveaux concepts dès la formation initiale et en offrant des modules de formation continu pour de
la remise à niveau dans les trois matières et en langues étrangères.
DRAFT
Le contenu des curricula sera établi après des analyses de besoins de formation lors du démarrage de
la mise en œuvre du plan d’action de la politique. Il pourra aussi être anticipé pour soutenir la
démarche de création du budget programme SSAN.
222
AXE 4. THÉMATIQUES TRANSVERSALES
PILIER 4.1
Capital humain
Haïti a construit son économie sur la stratégie d’une main-d’œuvre abondante et à bon marché
malgré que le monde soit passé d’une économie industrielle à une économie du savoir, du commerce
et des technologies de l’information et de la communication. En 2015, 52% de la population est
rurale570 vivent sur les 20%571 de PIB que produit le secteur agricole. La majorité de la population
urbaine (48% de la population totale du pays) vit dans des conditions difficiles. En produisant un PIB
per capita de moins de 1000 USD, Haïti a besoin de se réinventer et se mettre sur la route des savoirs
pour occuper la position de pays émergent comme il a été prévu dans le PSDH. Il va falloir faire des
réformes avancées dans le système de formation et permettre l’accès de tous à une éducation de
qualité.
MESURE 4.1.1
Rationalisation du budget du MENFP et inclusion de l’alimentation
scolaire dans le plan opérationnel
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
Modalité
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Coordination intraministérielle
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
0 HTG
MEF
Il y a lieu de fédérer les efforts tant publics que privés pour mettre à la disposition de la population
une formation de qualité et accessible à toutes les classes sociales. Une augmentation progressive
du budget du MENFP associée à sa rationalisation devrait constituer des moyens additionnels pour
offrir une éducation de qualité mais aussi une formation professionnelle d’un bon niveau pour
permettre leur insertion sur le marché du travail. Au niveau de l’Université, il y a lieu de poursuivre
les efforts de doter le pays d’un système universitaire capable d’éponger la forte demande.
DRAFT
L’utilisation des fonds du FNE (Fonds National pour l’Education) est essentielle pour le MENFP et en
particulier l’alimentation scolaire qui lie ce Ministère à la PSNSSANH. L’alimentation scolaire doit être
incluse dans le Plan Opérationnel du MENFP. Toute la documentation nécessaire est disponible pour
ce secteur (politique et plan d’action budgétisé).
PILIER 4.2
Aménagement du territoire
Selon le MARNDR, 85% des bassins versants sont fortement dégradés ou en voie de dégradation
accélérée572.Cela est la cause de fréquentes inondations provoquant la destruction de biens et
d’infrastructures tels que les routes, les ponts, les habitations, les terres agricoles, les canaux
d’irrigation, etc. dans les parties basses des bassins versants. L’analyse de contexte de la PSNSSANH
présente les mécanismes en œuvre en lien avec la déforestation et la dégradation des bassins
versants. La gestion des bassins versants nécessite des approches concertées, regroupant toutes les
parties prenantes, afin d’identifier, planifier et réaliser les actions nécessaires à la préservation de
biens communs.
570
IHSI, 2015, la population rurale est estimée à 5,244,133 personnes, la population des quartiers à 419, 982 personnes et
la population urbaine à 5,247,704 personnes. Les quartiers sont des agglomérations dans le milieu rural et sont inclus dans
la population rurale
571
https://lenouvelliste.com/article/180219/bref-etat-des-lieux-du-secteur-agricole-haitien-et-perspectives
572
MARNDR, 2013b.
223
L’aménagement du territoire a connu un autre tournant depuis le séisme de 2010.Plusieurs
programmes d’aménagement du territoire ont vu le jour. La Boucle Centre Artibonite (BCA) réunit
une vingtaine de communes localisées dans les départements de l’Artibonite, du Centre et du Nord
avec un programme d’investissement aménageant les espaces urbains autour des principales routes.
La mise en place des corridors de développement Nord/Nord-est et la péninsule du Grand Sud (4
Départements : Nippes, sud-est, sud, Grand-Anse), le développement territorial de la région des
Palmes (4 communes : Gressier, Léogane, Grand-Goave, Petit-Goave) constituent des initiatives
importantes. Le MPCE entame aussi le processus de développement de la zone frontalière.
MESURE 4.2.1
Intégration de la PSNSSANH avec les schémas d’aménagement du
territoire et de gestion des bassins versants
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Coordination et
mécanismes de
concertation locale
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Ancrage
institutionnel
0 HTG
MPCE
Théoriquement des schémas d’aménagement des territoires existent et devraient permettre de
piloter les politiques publiques. La direction en charge de cette tâche structurante et essentielle pour
le développement harmonieux et efficace du pays n’a pas les moyens d’exercer ses attributions. Le
projet de loi d’aménagement du territoire n’a pas été voté. Le Comité Interministériel pour
l’Aménagement du Territoire (CIAT), créé en 2009 par arrêté du Premier ministre, s’est montré
beaucoup plus actif par son secrétariat permanent et a su attirer les financements externes. Le MPCE
s’assurera de l’intégration de la planification des actions dans le cadre de la PSNSSANH avec les
schémas d’aménagement du territoire.
DRAFT
La PSNSSANH favorisera la création de plateformes de concertation de bassins versants (en relation
avec les principaux châteaux d’eau du pays) par les Mairies, avec l’appui des instances en charge de
l’aménagement du territoire. Ces plateformes regrouperont toutes les parties prenantes locales de
chaque bassin versant ; Notab, organisation professionnelles agricoles, associations des fabricants de
charbon de bois, associations de villageois, associations de quartiers urbains, représentant des
quartiers défavorisés, représentant des Comités d’Approvisionnement en Eau Portable et
d’Assainissement (CAEPA), représentant des Office Régionaux d’Eau Potable et d’Assainissement
(OREPA),membres de la société civile, représentant du secteur privé et les experts locaux, etc.La
priorité sera mise sur les bassins versants des principaux systèmes hydrauliques avec un potentiel
d’irrigation ; la Grande Rivière du Nord, la Rivière de Saint Raphael, la Rivière du Limbé, la Rivière
Grise, la plaine de Maribaroux, la plaine de la Quinte, la plaine de l’Artibonite, la plaine de Saint
Marc/Cabaret, la plaine de Léogane, la plaine de Cavaillon et la plaine des Cayes.
224
PILIER 4.3
Genre et autres formes d’inégalités sociales
La reproduction sociale des inégalités est endémique à Haïti. Les statistiques révèlent la féminisation
de la pauvreté. Les femmes ont moins de chance que les hommes en Haïti d’avoir le même statut
professionnel, revenu et position dans la hiérarchie politique, les institutions et les entreprises. En
priorité, il faut cibler les 40% de femmes cheffes de familles monoparentales.
Les autres formes de discrimination se présentent sur plusieurs formes : les populations du milieu
rural sont fortement discriminées par le peu de services, d’activités et d’opportunités existants dans
ces parties du pays. La pauvreté y reflète plusieurs dimensions (matérielle/monétaire, culturelle et
sociale) et s’exprime par un niveau très élevé d’exclusion sociale. La pauvreté a pris une autre
dimension dans les bidonvilles où se concentre la majorité de la population urbaine. L’insécurité et la
violence sont des émanations directes d’un tel cadre de vie. Les questions de couleur et de race
constituent aussi des critères d’attribution des droits en Haïti.
MESURE 4.3.1
Intégration du MCFDF et du MAST à tous les niveaux de la
planification des actions réalisées dans le cadre de la PSNSSANH
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Coordination
0 HTG
Ancrage
institutionnel
MDFDF
MAST
Afin de s’assurer que la planification des actions entreprises dans le cadre de la PSNSSANH prennent
en compte toutes les inégalités sociales, dont le genre, la participation active du MCFDF et du MAST
est indispensable. La participation de ces Ministères dans les forums de planification intra et
interministérielle dans le cadre de la PSNSSANH se réalise sur la base de droits ; soit les droits de la
femme et le droit à l’égalité des chances pour l’ensemble de la population.
DRAFT
PILIER 4.4
Résilience
La résilience est un concept qui n’a pas encore de définition standard au niveau global et de
nombreuses agences de développement ont chacune retenu une définition qui correspond à leur
mandat respectif. La définition retenue dans le cadre de la PSNSSANH est la suivante :
‘La capacité des personnes, des ménages, des communautés, des institutions et des systèmes
à atténuer, s’adapter et se relever des chocs et des tensions de manière à réduire la
vulnérabilité chronique et les conséquences négatives durables sur le développement ainsi
qu’à favoriser une croissance inclusive’.573
Haïti est l’un des pays les plus exposés aux catastrophes naturelles dans le monde574. A cela
s’ajoutent les chocs sur les prix (2008) et les chocs d’origine politique. Les capacités à tous les
niveaux sont insuffisantes pour faire face à ces catastrophes naturelles et autres chocs. La PSNSSANH
contribue à renforcer la résilience à tous les niveaux : a) ‘personnes et des ménages’ à travers les
actions de l’Axe 2, b) ‘communautés’ à travers les actions de l’Axe 2 et 3, et c) ‘institutions et
système’ à travers les actions de l’Axe 3. Les actions entreprises dans le cadre de la PSNSSANH ne
sont pas labélisées ‘résilience’ mais toutes y concourent.
573
574
FSIN, 2015 ; USAID, 2012.
Banque Mondiale, 2015a.
225
MESURE 4.4.1
Intégration d’indicateurs de résilience dans le système de suivi et
évaluation de la PSNSSANH
Destinataires
Nombre de
bénéficiaires
L’ensemble de la
population
13.4 millions
(2030)
Modalité
Coût total par année
(inclus coûts
opérationnels)
Suivi et évaluation
0 HTG
Ancrage
institutionnel
Primature /
ONASSAN
Afin de permettre de mesurer l’impact des interventions de la PSNSSANH à différents niveaux de la
résilience, le système de suivi et évaluation du MPCE prendra en compte des indicateurs de
résilience.
DRAFT
226
9.
MISE EN ŒUVRE ET PRINCIPAUX ÉCHÉANCIERS
Le démarrage de la mise en œuvre de la PSNSSANH est crucial. Certains jalons doivent être
immédiatement posés dès l’approbation du document, autant au niveau institutionnel que sectoriel.
La mise en œuvre sera structurée en plans triennaux, en tenant compte de la planification des
actions de la Caravane du Changement. Ainsi, 4 plans triennaux couvriront la mise en œuvre de la
PSNSSANH à l’horizon 2030. Les deux premières années de mise en œuvre, d’ici 2020, sont
déterminantes pour le succès des réformes engagées et l’atteinte des cibles. La section ci-dessous
présente des éléments de stratégie de mise en œuvre de la PSNSSANH ainsi que les principaux
échéanciers à l’horizon 2030.
Actions institutionnelles prioritaires
D’un point de vue institutionnel, les jalons suivants sont indispensables au démarrage de la mise en
œuvre de la PSNSSANH :
A. Inscription du ‘budget programme SSAN’ dès l’année budgétaire 2021-2022 (MESURE 3.1.1 –
Créer un ‘budget programme SSAN’). La première année de l’inscription du ‘budget programme
SSAN’ est ‘expérimentale’ dans le sens où elle n’a pas d’effets sur les budgets des Ministères. Par
contre, une comptabilité analytique du budget de la République est nécessaire pour
identifier/flécher les actions financées existantes qui font partie de la SSAN (MESURE 1.2.1 Comptabilité analytique dans le cadre du budget programme SSAN). Cela permet d’identifier les
ressources pertinentes à la SSAN des différents Ministères concernés par la PSNSSANH et
d’orienter la préparation des documents/FIOP pluriannuels des Programmes Nationaux (MESURE
1.2.2 - Préparation des documents de Programmes Nationaux). Une priorisation dans le
séquençage de préparation et mise en œuvre des 25 Programmes Nationaux est présenté dans le
tableau 46 ci-dessous. Un rythme de formulation et de démarrage d’au minimum5 Programmes
Nationaux par année fiscale, est nécessaire pour le succès de la PSNSSANH.
DRAFT
B. Création de l’ONASAN pour donner l’ancrage institutionnel à la PSNSSANH (MESURE 3.1.2 Mise
en place progressive de la structure de gouvernance de la SSAN). L’ONASAN est créé par un texte
légal.
C. Formation intensive de cadres aux niveaux centralisé et déconcentré des 11 Ministères et 12
organismes (PROGRAMME 3.4.1 - Renforcement de capacités des acteurs de la PSNSSANH (PNCAPA). Des cours formels, de plusieurs semaines à plusieurs mois, porteront sur les thématiques
de l’administration et la gestion des finances publiques, la formulation de programmes nationaux
avec des cibles vérifiables et la gestion axée sur les résultats (GAR). Ces formations doivent
permettre la création d’un pool d’expertises indispensable à la mise en œuvre du budget
programme SSAN. Ces formations seront réalisées dans un premier temps sur la base de
ressources existantes, mais prendront la forme d’un Programme National de long terme de
renforcement des capacités.
227
Actions sectorielles prioritaires
D’un point de vue sectoriel, les actions prioritaires de la mise en œuvre de la PSNSSANH doivent être
posées de façon simultanée et concertée, sous l’égide de l’ONASAN, car chaque action se renforce
mutuellement. Dans le cas contraire, la transition ne pourra pas réussir car une action réalisée
individuellement ne pourra pas permettre les changements nécessaires. Ainsi, le relèvement des
tarifs à l’importation agricole ne peut pas réussir sans investissements effectifs permettant
d’augmenter la production agricole. L’augmentation des tarifs peut causer la hausse des prix sur les
marchés. Pourtant, c’est la production agricole qui permettra de faire baisser le prix de la nourriture.
‘Se pwodiksyon manjeki kafè bese primanje’. De même, les investissements dans le secteur agricole
ne pourront pas réussir si les tarifs à l’importation agricole ne sont pas relevés afin de rééquilibrer les
fondamentaux économiques de la compétition. L’Annexe III présente les mesures et Programmes
Nationaux par Ministère et organisme du Gouvernement. Les actions prioritaires sont les suivantes :
A. Relèvement progressif des tarifs à l’importation des produits agricoles (MESURE 1.1.1 Application graduelle des TEC de la CARICOM). Le relèvement des tarifs doit s’accompagner
d’autres mesures visant à améliorer la compétitivité de la production agricole nationale. Par
exemple, la réduction des coûts d’importations des intrants agricoles et la mise en place d’autres
barrières de protection non-tarifaires des filières nationales sont nécessaires. Ces mesures seront
définies de façon concertée à travers un groupe de travail consultatif (MESURE 1.1.2 - Groupe de
travail consultatif sur les tarifs agricoles). De plus, l’application de tarifs relevés va sans doute
augmenter la pression par certains groupes d’entreprises sur l’administration douanière. Un
renforcement de l’administration douanière en vue d’améliorer sa gouvernance est donc
indispensable (MESURE 1.1.3 - Renforcement de l’administration douanière).
B. Investissements dans la production agricole familiale et le commerce des produits locaux. La
stratégie de croissance agricole de la PSNSSANH vise, dans un premier temps, à recapturer les
parts de marchés nationaux perdus face à l’importation. Ainsi, les mesures macro-économiques
de protection du secteur, doivent, en parallèle, s’accompagner d’interventions visant à lever les
goulots d’étranglement du secteur et à augmenter les investissements publics et privés dans
l’agriculture familiale. L’agriculture familiale est appelée à devenir le moteur de la croissance
économique de la nation, ainsi que le secteur garant de la stabilité de la Gourde face au Dollar.
Les actions prioritaires pour lever les goulots d’étranglements du secteur sont :
DRAFT
Fourniture de crédit rural orienté principalement aux Madan Sara et aux acteurs de la
transformation de produits agricoles ainsi que les services d’appui à l’agriculture tels que les
importateurs, distributeurs & revendeurs (boutik) d’intrants et d’équipements agricoles)
(PROGRAMME NATIONAL 2.1.1 – Crédit rural pour la commercialisation et la transformation
de produits locaux et les services agricoles (PN-CR) ;
Libéralisation du marché des intrants agricoles (engrais, semences, équipements) et réforme
des programmes de subventionnements à l’offre du MARNDR afin de permettre au secteur
privé de se développer. (PROGRAMME NATIONAL 2.1.6 - Bons d’intrants agricoles
subventionnés pour les cultures vivrières (PN-BIAS) ;
Création de centres d’achats institutionnels pour sécuriser les marchés de la production
nationale. (MESURE 2.1.1 - Centres d’achats institutionnels de produits agricoles locaux). Ces
marchés comprennent les filets sociaux tels que la cantine scolaire (PN-CS) ou les bons
alimentaires (PN-BPAL) ainsi que les besoins des services traiteurs d’institutions telles que la
police nationale, les hôpitaux oules orphelinats ;
Encadrement de la production et distribution de plants et semences améliorées de qualité
(PROGRAMME NATIONAL 2.1.10 - Plants et semences (PN-SEM) ;
228
Construction et réhabilitation de routes et d’infrastructures de cabotage visant à désenclaver
les zones de production agricole et de réduire le coût de commercialisation des produits
locaux (PROGRAMME NATIONAL 2.4.1 - Extension et entretien du réseau routier (PN-ERR),
ainsi que des infrastructures d’irrigation (PROGRAMME NATIONAL 2.1.5 - Réhabilitation et
construction de périmètres irrigués (PN-RCPI).
Mise en place de programmes de recherches appliquées indispensables au maintien de la
croissance agricole (amélioration de la productivité) et de cursus de formations destinés à
compléter la formation d’agro-professionnels, techniciens et agents de vulgarisateurs
professionnels sur des paquets technologiques spécifiques et destinés aux jeunes agroentrepreneurs intéressés à investir dans le secteur (PROGRAMME NATIONAL 2.1.15 Recherche, formation et innovation technologique (PN-RFIT).
C. Investir dans les filets sociaux et la nutrition. La PSNSSANH ne laissera personne de côté du
développement socio-économique de la nation. Ainsi, la priorité dans la mise en œuvre portera
sur les actions suivantes :
Mise à l’échelle des modalités de cantines scolaires basées exclusivement sur des produits
locaux (PROGRAMME NATIONAL 2.2.1 - Cantine scolaire basée exclusivement sur des
produits locaux (PN-CS) ;
Mise en place du Programme National de bons de produits alimentaires (PROGRAMME
NATIONAL 2.2.2 - Bons de produits alimentaires locaux destinés aux ‘ultra-pauvres’ et RUB
(PN-BPAL) ;
Mise en place du Programme National de nutrition avec un focus sur la période des 1000
premiers jours de la vie (PROGRAMME NATIONAL 2.3.1 - Nutrition (PN-NUT) et mise en
œuvre de la loi sur la fortification promulguée le 2 février 2017, rendant obligatoire la
fortification ; a) du sel fortifié en iode, b) des farines de blé fortifiées en fer, acide folique,
zinc et vitamines B; et c) des huiles végétales fortifiées en vitamine A.
DRAFT
D. Préparation et réponses aux urgences. La PSNSSANH posera des actions dès son démarrage afin
de se préparer aux urgences. En particulier, la priorité portera sur les actions suivantes :
Création d’un stock alimentaire de contingence au BMPAD (MESURE 1.4.1 -Stock alimentaire
de contingence (SAC) ;
Renforcement du Système National d’Alerte Précoce (SNAP) pour la sécurité alimentaire et la
nutrition (MESURE 1.4.2 - Système National d’Alerte Précoce (SNAP) ;
Mise en place des mécanismes de réponse aux urgences, en particulier pour faire face aux
besoins alimentaires suite à un choc à travers des transferts de vivres (PROGRAMME
NATIONAL 2.2.3 - Transferts alimentaires d’urgence aux ménages fortement affectés par un
choc (PN-TAU), ainsi que la réhabilitation des infrastructures agricoles endommagées après
un choc climatique (PROGRAMME NATIONAL 2.1.16 - Réhabilitation des infrastructures
rurales suite à un choc par des travaux HIMO (PN-HIMO).
E. Campagnes de communication autour de la mise en œuvre de la PSNSSANH (MESURE 3.4.1 Promotion du manje lokal). Une stratégie de communication soutenue est essentielle à la
réussite des transitions entreprises dans plusieurs secteurs à travers la mise en œuvre des
mesures et Programmes Nationaux prioritaires. Le choix de la thématique du manje lokal est
gagnante dans le sens où, autour de cette thématique d’intérêt national, cela permet
d’appréhender une communication claire, simple et compréhensible pour l’ensemble de la
population autour du bien-fondé de tous les mesures et Programmes Nationaux mis en œuvre
par la PSNSSANH.
229
DRAFT
230
Principaux échéanciers
Tableau 46. Principaux échéanciers de mise en œuvre de la PSNSSANH
2018
2020
2025
2030
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AXE 1. POLITIQUE
1.1 - Politiques commerciales et profil tarifaire
MESURE 1.1.1 Application graduelle des TEC de la CARICOM
MESURE 1.1.2 Groupe de travail consultatif sur les tarifs agricoles
MESURE 1.1.3 Renforcement de l’administration douanière
MESURE 1.1.4 Création d’un volet exportation et intelligence
économique
1.2 - Politique budgétaire
MESURE 1.2.1 Comptabilité analytique dans le cadre du ‘budget
programme SSAN’
MESURE 1.2.2 Préparation des documents de Programmes Nationaux
(5/année)
MESURE 1.2.3 Consolidation des actions intra-ministérielles autour des
Programmes Nationaux prioritaires de la PSNSSANH
MESURE 1.2.4 Accroissement de l’assiette fiscale pour financer le
développement du pays et la PSNSSANH
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1.3 - Cadre légal et politiques sectorielles
MESURE 1.3.1 Groupe de travail sur le renforcement du cadre légal et de
politiques sectorielles
MESURE 1.3.2 Mise à jour de la politique nationale de développement
agricole et de sécurisation foncière
MESURE 1.3.3 Formulation d’une politique nationale de sécurité
sanitaire des aliments
MESURE 1.3.4 Formulation d’une politique nationale de protection et
promotion sociales
MESURE 1.3.5 Formulation d’une politique nationale de
l’environnement et du changement climatique
MESURE 1.3.6 Formulation d’une politique nationale de transport
MESURE 1.3.7 Formulation de la politique nationale de l’énergie et du
changement climatique
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1.4 - Système de préparation aux urgences
MESURE 1.4.1 Stock alimentaire de contingence (SAC)
MESURE 1.4.2
Système National d’Alerte Précoce (SNAP)
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AXE 2. OPÉRATIONNEL
2.1 - Production agricole familiale, transformation et commercialisation
MESURE 2.1.1 Centres d’achats institutionnels de produits agricoles
locaux
MESURE 2.1.2 Revalorisation du travail des exploitants agricoles et des
Madan Sara par des concours
MESURE 2.1.3 Loi limitant la perte des plaines fertiles et encourageant la
mise en culture des terres agricoles
MESURE 2.1.4 Création d’une unité stratégique de développement rural
et de politique agricole
MESURE 2.1.5 Création de Commissions Nationales pour les groupes de
filières prioritaires
PROG. NAT. 2.1.1Crédit rural pour la commercialisation et la
X
231
transformation de produits locaux et les services agricoles (PN-CR)
PROG. NAT. 2.1.2Stockage des aliments (PN-STOCK)
PROG. NAT. 2.1.3Construction de marchés et de points d’abattage (PNCMPA)
PROG. NAT. 2.1.4Mise en place de Micro-parcs (PN-MPARC)
PROG. NAT. 2.1.5Réhabilitation et construction de périmètres irrigués (PNRCPI)
PROG. NAT. 2.1.6Bons d’intrants agricoles subventionnés pour les cultures
vivrières (PN-BIAS)
PROG. NAT. 2.1.7Promotion de l’arboriculture commerciale et de
l’horticulture (PN-PACH)
PROG. NAT. 2.1.8Promotion de l’élevage (PN-EL)
PROG. NAT. 2.1.9Promotion de la pêche et aquaculture (PN-PAQ)
PROG. NAT. 2.1.10Plants et semences (PN-SEM)
PROG. NAT. 2.1.11Lutte phyto et zoo-sanitaires raisonnée (PN-LPZS)
PROG. NAT. 2.1.12Promotion de la mécanisation (PN-MEC)
PROG. NAT. 2.1.13Jadenlakou urbains et ruraux (PN-Lakou)
PROG. NAT. 2.1.14Conservation des ressources génétiques des plantes
cultivées et forestières (PN-ARBO)
PROG. NAT. 2.1.15Recherche, formation et innovation technologique (PNRIT)
PROG. NAT. 2.1.16Réhabilitation des infrastructures rurales suite à un choc
par des travaux HIMO (PN-HIMO)
2.2 - Accès aux produits alimentaires de base
PROG. NAT. 2.2.1. Cantine scolaire basée exclusivement sur des produits
locaux (PN-CS)
PROG. NAT. 2.2.2. Bons de produits alimentaires locaux destinés aux ‘ultrapauvres’ et RUB (PN-BPAL)
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PROG. NAT. 2.2.3. Transferts alimentaires d’urgence aux ménages
fortement affectés par un choc (PN-TAU)
2.3 - Services de base nécessaires à la sécurité sanitaire et nutritionnelle
MESURE 2.3.1 Mise en œuvre de la loi sur la fortification
MESURE 2.3.2 Participation à la coordination sectorielle et
intersectorielle SSAN
PROG. NAT. 2.3.1 Nutrition (PN-NUT)
PROG. NAT. 2.3.2 Eau et Assainissement (PN-H2O)
PROG. NAT. 2.3.3 Aide au planning familial (PN-APF)
X
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X
2.4 - Infrastructures routières et maritimes
PROG. NAT. 2.4.1Extension et entretien du réseau de routier (PN-ERR)
PROG. NAT. 2.4.2Amélioration des infrastructures de cabotage (PN-AIC)
AXE 3. INSTITUTIONNEL ET RENFORCEMENT DES CAPACITÉS NATIONALES
3.1 - Architecture institutionnelle
MESURE 3.1.1 Créer un ‘budget programme SSAN’, comprenant des
plans triennaux de mise en œuvre
MESURE 3.1.2 Mise en place progressive de la structure de gouvernance
de la SSAN
3.2 - Coordination de l’aide externe
Mesure 3.2.1
Mise en place de la Table thématique SSAN et des
groupes de concertation
Mesure 3.2.2
Actualisation des Plans Départementaux SSAN
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3.3 -Audit, contrôle et Suivi-Evaluation
MESURE 3.3.1 Renforcement du système d’audit, de contrôle, suiviévaluation de l’Administration publique pour la SSAN
MESURE 3.3.2 Harmonisation et mise en place du système d’information
SSAN
3.4 - Communication autour de la PSNSSANH
MESURE 3.4.1 Promotion du manje lokal
3.5 - Renforcement des capacités
PROG. NAT. 3.4.1Renforcement de capacités des acteurs de la PSNSSANH
(PN-CAPA)
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AXE 4. TRANSVERSAL
4.1 - Capital humain
MESURE 4.1.1 Rationalisation du budget du MENFP et inclusion de
l’alimentation scolaire dans le plan opérationnel
4.2 - Aménagement du territoire
MESURE 4.2.1 Intégration de la PSNSSANH avec les schémas
d’aménagement du territoire et de gestion des bassins versants
4.3 - Genre et autres formes d’inégalités sociales
MESURE 4.3.1 Intégration du MCFDF et du MAST à tous les niveaux de la
planification des actions réalisées dans le cadre de la PSNSSANH
4.4 - Résilience
MESURE 4.4.1 Intégration d’indicateurs de résilience dans le système de
suivi et évaluation de la PSNSSANH
DRAFT
233
10.
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ANNEXE I – Membres des structures de gouvernance et de l’équipe de recherche pour la mise à
jour de la PSNSSANH
Tableau 47. Membres des structures de gouvernance, soit la Task Force et le Secrétariat Technique. Le
Secrétariat Technique inclus les représentants de 4 agences des Nations Unies.
#
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31
32
33
34
35
36
37
38
39
40
41
42
43
Prénom et NOM
Hugues JOSEPH
Jean-Ronny MERISIER
Héléna LAFLEUR
Harmel CAZEAU
Thomas JACQUES
Jean-Robert JEAN-NOEL
Hervé PHILIPPE
Max Roberto CADET
Dr. Haim JOSEPH CORVIL
Pascal BIENAIMÉ
Hilaire JEAN ULYSSE
Raymond BORGES
Paul Max DURE
Dr Jocelyne MARHONE
Donald ROZEFORT
Gary TIAS
James JOSEPH
Harold NARCISSE
Narcisse FIÈVRE
Fénol METELUS
Jean Faubert BENOIT
Joseph Emmanuel PHILIPPE
Gerty ADAM
Kesner JEAN-LOUIS
Nélio LÉONARD
Ely THELOT
Gérald JOSEPH
Guerline PIERRE
Sam Beausoleil
Gilbert BUTO
Henri BOUCICAUT
Predner DUVIVIER
Jean Fénel FÉLIX
Marilisse ROUZIER
Solange KOBI-JACKSON
Maximilien FUNDI
Nathanael HISHAMUNDA
Aloys NIZIGIYIMANA
Koku AMOUZOU
Dominique BRUNET
Emmanuela DURANDISSE BLAIN
Ronald TRAN BA HUI
Raphy FAVRE
DRAFT
Institution
Primature
Primature
Primature
MARNDR/CNSA
Présidence/Caravane du Changement
Présidence/Caravane du Changement
BON
BON
MARNDR
MARNDR
MARNDR/CNSA
MARNDR/CNSA
MARNDR/CNSA
MSPP
MAST
MAST
MCI
MENFP
MENFP
MENFP
MTPTC/DINEPA
MDE
MCFDF
MEF
MPCE
MICT
MICT/DPC
BMPAD
BACOZ
FAES
OMRH
UEH
UEH
UEH
OPS/OMS
OPS/OMS
FAO
FAO
UNICEF
UNICEF
PAM
PAM
248
Tableau 48. Bailleurs de fonds observateurs des travaux du Secrétariat technique
#
1
2
3
4
5
6
7
8
9
Prénom et NOM
Karel LIZEROT
Marie-Laure ROBERT
Pierre NORZERON
Dana STINSON
Eddy LEBELON
Marc Josué
Stefano BERTI
Claude PHANORD
Carlos DIEZ GALINDO
Institution
UE
UE
UE
USAID
USAID
Canada
Coopération Suisse
Coopération Suisse
CoopérationEspagnole
Tableau 49. Membres de l’équipe de recherche de la PSNSSANH
#
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
Prénom et NOM
Raphy FAVRE
Jean-Ronny MERISIER
Harmel CAZEAU
Gary PAUL
Narcisse FIÈVRE
Fénol METELUS
Natalie LAMAUTE-BRISSON
Jean Fénel FÉLIX
Marilisse ROUZIER
Michel CHANCY
Patrick JOSEPH
Jean Emile RIGAUD
Gaël PRESSOIR
Jude DIMANCHE
Raymond BORGES
Paul Max DURE
Aloys NIZIGIYIMANA
Dominique BRUNET
Anne AZAM-PRADEILLES
El Hassan TOU
Charles CASTEL
Institution
PAM
Primature
MARNDR/CNSA
MPCE
MENFP
MENFP
PAM
UEH
UEH
UniQ
UniQ
UniQ
UniQ
MARNDR/CNSA
MARNDR/CNSA
MARNDR/CNSA
FAO
UNICEF
PAM
PAM
PAM
DRAFT
Email
raphyfavre@gmail.com
jeanronny@yahoo.com
hcazeau06@gmail.com
gapakejo@yahoo.fr
nfiev@hotmail.com
fmetellus@hotmail.com
lamaute.brisson@gmail.com
jffelix@hotmail.com
marylou_rouzier@yahoo.fr
michelchancy@gmail.com
patrickjoseph09@yahoo.com
jeanemilerigaud@yahoo.com
gael.pressoir@uniq.edu
agronomejude@gmail.com
fritzbergborges@yahoo.fr
dpaulmax2101@yahoo.fr
Aloys.Nizigiyimana@fao.org
dbrunet@unicef.org
anne.azampradeilles@gmail.com
elhassane.tou@wfp.org
jmcharlescastel@gmail.com
249
ANNEXE II – Projet de décret créant l’Office National de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle dont
le sigle est ONASAN
La structure de mise en œuvre de la politique de Souveraineté, de Sécurité Alimentaires et
Nutritionnelles sera l’ONASAN, un organisme autonome à caractère administratif placé sous la
tutelle du MARNDR avec pour mission l’orientation, la coordination et l’harmonisation des
actions.
Un décret sera élaboré pour procéder à la création de cette structure.
DRAFT
250
ANNEXE III – Mesures et Programmes Nationaux par Ministère
Institution
ONASAN
Mesures et Programmes nationaux
MESURE 1.1.1 Application graduelle des TEC de la
CARICOM
MESURE 1.2.2 Préparation
des
documents
de
Programmes Nationaux
MESURE 1.2.3 Consolidation des actions intraministérielles autour des Programmes Nationaux
prioritaires de la PSNSSANH
MESURE 1.3.1 Groupe de travail sur le renforcement
du cadre légal et de politiques sectorielles
MESURE 1.3.3 Formulation d’une politique nationale
de sécurité sanitaire des aliments
MESURE 1.3.7 Formulation de la politique nationale de
l’énergie
MESURE 2.1.5 Création de Commissions Nationales
pour les groupes de filières prioritaires
MESURE 3.1.2 Mise en place progressive de la
structure d’appui à la gouvernance de la SSAN
Mesure 3.2.1
Mise en place de la Table thématique
SSAN et des groupes de concertation
Mesure 3.2.2
Actualisation des Plans Départementaux
SSAN
MESURE 3.3.2 Harmonisation et mise en place du
système d’information SSAN
MESURE 3.4.1 Promotion du manje lokal
MESURE 4.4.1 Intégration d’indicateurs de résilience
dans le système de suivi et évaluation de la PSNSSANH
PROGRAMME NATIONAL 3.4.1
Renforcement
de
capacités des acteurs de la PSNSSANH (PN-CAPA)
Ancrage
institutionnel
Primature /
BACOZ
Budget annuel HTG
0
ONASAN
160 millions
ONASAN
8 millions
Primature
8 millions
Primature /
CICDA
8 millions
Primature
8 millions
ONASAN
8 millions
ONASAN
100 millions
ONASAN
0
ONASAN
8 millions
ONASAN
3 millions
Primature
23 millions
ONASAN
0
DRAFT
MARNDR
MESURE 1.3.2 Mise à jour de la politique nationale de
développement agricoleet de sécurisation foncière
MESURE 1.4.2 Système National d’Alerte Précoce
(SNAP)
MESURE 2.1.1 Centres d’achats institutionnels de
produits agricoles locaux
MESURE 2.1.2 Revalorisation du travail des exploitants
agricoles et des Madan Sara par des concours
MESURE 2.1.3 Loi limitant la perte des plaines fertiles
et encourageant la mise en culture des terres agricoles
MESURE 2.1.4 Création d’une unité stratégique de
développement rural et de politique agricole
PROGRAMME NATIONAL 2.1.2
Stockage des aliments
(PN-STOCK)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.4
Mise en place de
Micro-parcs (PN-MPARC)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.6
Bons
d’intrants
agricoles subventionnés pour les cultures vivrières (PNBIAS)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.7
Promotion
de
l’arboriculture commerciale et de l’horticulture (PN-PACH)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.8
Promotion
de
Primature /
OMRH
TOTAL
374 millions
MARNDR
8 millions
MARNDR
90 millions
MARNDR
0
MARNDR
11 millions
MARNDR
11 millions
MARNDR
8 millions
MARNDR
18 millions
MARNDR
100 millions
MARNDR
1.5 milliard
MARNDR
300 millions
MARNDR
200 millions
40 millions
251
l’élevage (PN-EL)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.9
Promotion de la pêche
et aquaculture (PN-PAQ)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.10 Plants et semences
(PN-SEM)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.11 Lutte phyto et zoosanitaires raisonnée (PN-LPZS)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.12 Promotion
de
la
mécanisation (PN-MEC)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.15 Recherche, formation
et innovation technologique (PN-RIT)
PROGRAMME NATIONAL 2.1.16 Réhabilitation
des
infrastructures rurales suite à un choc par des travaux
HIMO (PN-HIMO)
MARNDR
150 millions
MARNDR
230 millions
MARNDR
80 millions
MARNDR
80 millions
MARNDR
537 millions
MARNDR
340 millions
TOTAL
MSPP
MAST
MESURE 2.3.1 Mise en œuvre de la loi sur la
fortification
MESURE 2.3.2 Participation
à
la
coordination
sectorielle et intersectorielle SSAN
PROGRAMME NATIONAL 2.3.1
Nutrition (PN-NUT)
MESURE 1.3.4 Formulation d’une politique nationale
de protection et promotion sociales
MESURE 4.3.1 Intégration du MCFDF et du MAST à
tous les niveaux de la planification des actions réalisées
dans le cadre de la PSNSSANH
PROGRAMME NATIONAL 2.2.2. Bons de produits
alimentaires locaux destinés aux ‘ultra-pauvres’ et RUB
(PN-BPAL)
3.663milliards
MSPP
112 millions
MSPP
0
MSPP
TOTAL
1 milliard
1.112 milliards
MAST
8 millions
MAST
0
MAST
2.7 milliards
DRAFT
TOTAL
MCI
MESURE 1.1.2 Groupe de travail consultatif sur les
tarifs agricoles
MESURE 1.1.4 Création d’un volet exportation et
intelligence économique
MCI
11 millions
MCI / CFI
15 millions
TOTAL
MENFP
MTPTC
MDE
MESURE 4.1.1 Rationalisation du budget du MENFP et
inclusion de l’alimentation scolaire dans le plan
opérationnel
PROGRAMME NATIONAL 2.2.1. Cantine scolaire basée
exclusivement sur des produits locaux (PN-CS)
MESURE 1.3.6 Formulation d’une politique nationale
de transport
PROGRAMME NATIONAL 2.1.5
Réhabilitation
et
construction de périmètres irrigués (PN-RCPI)
PROGRAMME NATIONAL 2.2.3. Transferts
alimentaires d’urgence aux ménages fortement affectés
par un choc (PN-TAU)
PROGRAMME NATIONAL 2.3.2
Eau et Assainissement
(PN-H2O)
PROGRAMME NATIONAL 2.4.1
Extension et entretien
du réseau de routier (PN-ERR)
PROGRAMME NATIONAL 2.4.2
Amélioration
des
infrastructures de cabotage (PN-AIC)
MESURE 1.3.5
Formulation d’une politique nationale
2.708 milliards
MENFP
26 millions
0
MENFP / PNCS
11 milliards
TOTAL
11 milliards
MTPTC
8 millions
MTPTC / CNE
1.5 milliard
MICT / DPC
120 millions
MTPTC /
DINEPA
1 milliard
MTPTC / FER
22 milliards
MTPTC /
SEMANAH
TOTAL
MDE
375 millions
25 milliards
8 millions
252
de l’environnement et du changement climatique
PROGRAMME NATIONAL 2.1.14 Conservation
des
ressources génétiques des plantes cultivées et forestières
(PN-ARBO)
MDE
TOTAL
MCFDF
MEF
MESURE 4.3.1 Intégration du MCFDF et du MAST à
tous les niveaux de la planification des actions réalisées
dans le cadre de la PSNSSANH
PROGRAMME NATIONAL 2.1.13 Jadenlakou urbains et
ruraux (PN-Lakou)
PROGRAMME NATIONAL 2.3.3
Aide
au
planning
familial (PN-APF)
MESURE 1.1.3 Renforcement de l’administration
douanière
MESURE 1.2.1 Comptabilité analytique dans le cadre
du budget programme SSAN
MESURE 1.2.4 Accroissement de l’assiette fiscale pour
financer le développement du pays et la PSNSSANH
MESURE 1.4.1 Stock alimentaire de contingence (SAC)
MESURE 3.1.1 Créer un ‘budget programme SSAN’
MESURE 3.3.1 Renforcement du système d’audit, de
contrôle, suivi-évaluation de l’Administration publique
pour la SSAN
MPCE
MICT
BRH
83 millions
MCFDF
0
MCFDF
100 millions
MCFDF
100 millions
TOTAL
200 millions
MEF / Douane
0
MEF
MEF / DGI
1 million
0
MEF / BMPAD
MEF
215 millions
0
MEF
80 millions
TOTAL
MESURE 4.2.1 Intégration de la PSNSSANH avec les
schémas d’aménagement du territoire et de gestion des
bassins versants
MESURE 3.3.1 Renforcement du système d’audit, de
contrôle, suivi-évaluation de l’Administration publique
pour la SSAN
75 millions
296 millions
MPCE
0
MPCE
80 millions
DRAFT
PROGRAMME NATIONAL 2.1.3
Construction
marchés et de points d’abattage (PN-CMPA)
de
PROGRAMME NATIONAL 2.1.1
Crédit rural pour la
commercialisation et la transformation de produits locaux
et les services agricoles (PN-CR)
TOTAL
80 millions
MICT / Mairies
375 millions
TOTAL
375 millions
BRH
80 millions
TOTAL
GRAND TOTAL
80 millions
45 milliards
253
DRAFT
254
DRAFT
255