(2024-10) Rapid Assessment of the Impact of the Security Crisis in Haiti, October 2024
Summary — Rapid Assessment of the Impact of the Security Crisis in Haiti, October 2024. The document runs to 94 pages.
Key Findings
- A rapid assessment of what the security crisis has cost the country, across sectors.
- Prepared by the Government of Haiti with support from the European Union and the Inter-American Development Bank.
Full Description
Rapid Assessment of the Impact of the Security Crisis in Haiti, October 2024. The document runs to 94 pages. It carries a rapid assessment of what the security crisis has cost the country, across sectors. Prepared by the Government of Haiti with support from the European Union and the Inter-American Development Bank.
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OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
ÉVALUATION
RAPIDE DE
L’IMPACT
DE LA CRISE
SÉCURITAIRE
EN
HAÏTI
/OCTOBRE 2024/
Un rapport préparé par le Gouvernement de la République d’Haïti
avec l’appui de l’Union européenne, de la Banque interaméricaine de
développement, des Nations Unies et de la Banque mondiale.
RÉPUBLIQUE D’HAÏTI
1
2
Le présent rapport d’Évaluation rapide de l’impact de la crise sécuritaire (ERIC) à Haïti est le fruit d’une collaboration entre le Gouvernement
d’Haïti et les services de l’Union européenne, de la Banque interaméricaine de développement, des Nations Unies et de la Banque mondiale.
Compte tenu des différents mandats et domaines d’expertise de ces institutions, les résultats, conclusions et recommandations exprimés
dans l’ERIC ne constituent pas nécessairement les opinions ou les recommandations officielles de l’Union européenne, des Nations Unies, de
la Banque interaméricaine de développement ou de la Banque mondiale sur toutes les questions, et ne reflètent pas non plus les points de
vue des organes directeurs de ces institutions ou de leurs États membres.
Il est également établi qu’en raison de leurs différents mandats, toutes les institutions participantes ne partageront pas toutes les activités
énoncées ou proposées dans le rapport ou n’y interviendront pas, tout comme il est entendu que chaque institution mènera ces activités ou
n’y interviendra que conformément à son mandat et à ses politiques et procédures opérationnelles.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
ÉVALUATION
RAPIDE DE L’IMPACT
DE LA CRISE
SÉCURITAIRE
EN HAÏTI
/OCTOBRE 2024/
3
4
Communes couvertes par l’Évaluation
rapide de l’impact de la crise dans la
Zone métropolitaine de Port-au-Prince
Limite de l’arrondissement
Limite de la commune
Commune ciblée par l’ERIC
N
O
E
S
7,5
15 km
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Remerciements
L’Évaluation rapide de l’impact de la crise a été réalisée
conjointement par l’Union européenne, la Banque
interaméricaine de développement, les Nations Unies et la
Banque mondiale, sous la direction et avec la participation
du Gouvernement haïtien.
La contribution des hauts fonctionnaires a été essentielle,
notamment de ceux du ministère de l’Économie et des
Finances, du ministère du Plan et de la Coopération
extérieure, du ministère du Commerce et de l’Industrie,
du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation
professionnelle, du ministère de la Justice et de la Sécurité
publique, du ministère des Affaires sociales et du Travail,
du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales,
du ministère de la Santé publique et de la Population,
du ministère des Travaux publics, des Transports et des
Communications, ainsi que de divers autres organismes
gouvernementaux.
Les auteurs remercient les différentes parties prenantes
nationales pour leur soutien et leurs contributions qui
ont rendu cet effort possible, ainsi que les institutions
partenaires pour leur leadership et leurs contributions
techniques.
i
ii
Table
des matières
iii
Remerciements
Acronymes and abréviations
1
1
1
3
4
4
Résumé analytique
Méthodologie
Résumé de l’analyse d’impact
Besoins d’investissement (2024-2026)
Cadre de sortie de crise
Cadre institutionnel
6
7
7
7
9
I. Introduction
Contexte et justification
Objectifs de l’ERIC
Méthodologie d’évaluation
Structure du rapport
10
11
15
17
II. Contexte de la crise en Haïti
Contexte macroéconomique
Contexte de crise et de violence
Scénarios and risques
18
19
III. Aperçu de l’impact de la crise et des besoins prioritaires
Axe prioritaire 1
Reprise économique, appui à la diversification économique
Et renforcement de la gouvernance
Contexte
Agriculture
Industries
Services
Gouvernance
Transparence and responsabilité
Aperçu des besoins en matière de redressement
Axe prioritaire 2
Remise en état des infrastructures économiques
Et sociales et réduction des vulnérabilités aux chocs naturels et climatiques
Infrastructure de transport
Infrastructures électriques
Eau et assainissement
Télécommunications et infrastructures numériques
Habitat
Bâtiments publics
Aperçu des besoins en matière de relèvement et de reconstruction
20
21
21
22
25
28
28
31
31
32
32
32
33
34
34
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
iii
44
45
45
46
46
47
Axe prioritaire 3
Promotion de l’accès aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres services sociaux de base,
De l’inclusion sociale et de la sécurité alimentaire
Déplacements internes
Protection sociale
Infrastructures d’enseignement primaire et secondaire
Infrastructures d’enseignement supérieur
Sécurité alimentaire et nutrition
Infrastructure de santé
Aperçu des besoins de relèvement
Axe prioritaire 4
Renforcement de l’état de droit et de la sécurité publique
Système judiciaire
Violence sexuelle et fondée sur le genre
Police
Système pénitentiaire
Réduction de la violence communautaire
Aperçu des besoins de relèvement et de reconstruction
50
51
52
53
54
55
IV. Cadre de sortie de crise
Vision, objectifs stratégiques et principes fondamentaux de sortie de crise
Cadre programmatique de relèvement
Définition des priorités et séquencement
Questions transversales
Hypothèses, conditions préalables et risques
56
57
58
V. Dispositions institutionnelles
Cadre institutionnel
Modalités de suivi
59
60
62
VI. Plan d’investissement
Plan d’investissement
Plateforme de financement
64
Références
67
81
Appendix a : cadre programmatique de l’évaluation rapide de l’impact de la crise (2024–2026)
Appendix b : plan d’investissement de l’évaluation rapide de l’impact de la crise
36
37
37
38
39
40
41
42
44
3
Acronymes et
abréviations
ACLED
Données sur les lieux et les événements des conflits armés
BINUH
Bureau intégré des Nations Unies en Haïti
IPC
Indice des prix à la consommation
CPT
Conseil présidentiel de transition
CRF
Cadre de sortie de crise (Crisis recovery framework)
DAP
Direction de l’Administration pénitentiaire
DGI
Direction générale des Impôts
DINEPA
Direction nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement
VFG
Violence fondée sur le genre
PIB
Produit intérieur brut
PNH
Police nationale haïtienne
BID
Banque interaméricaine de développement
PDI
Personnes déplacées à l’intérieur de leur pays
IHSI
Institut haïtien de statistique et d’informatique
MEB
Panier de dépenses minimum
MEF
Ministère de l’Économie et des Finances
MSSM
Mission multinationale d’appui à la sécurité
GSO
Groupe de suivi opérationnel
PPA
Parité de pouvoir d’achat
GCR
Groupe de coordination du relèvement
ERIC
Évaluation rapide de l’impact de la crise
VSFG
Violence sexuelle et fondée sur le genre
SIMAST
Base de données du ministère des Affaires sociales
et du Travail
ZMPP
Zone métropolitaine de Port-au-Prince
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Résumé
analytique
Après avoir subi plusieurs crises multidimensionnelles
pendant des années, Haïti se trouve à un moment critique.
La Déclaration de Kingston du 11 mars 2024 a conclu les
négociations entre les différents acteurs haïtiens et a donné
lieu à l’Accord politique pour une transition pacifique et
ordonnée du 3 avril. L’accord a impliqué un large éventail de
parties prenantes haïtiennes et mis en place une architecture
institutionnelle de transition composée du Conseil
présidentiel de transition (CPT) et d’un Gouvernement de
transition chargé de superviser le processus de transition.
Cet accord a été formalisé dans le décret du 27mai qui
a établi l’organisation et le fonctionnement du CPT et
déterminé les cinq objectifs stratégiques pour la période de
transition (voir la section II). Après des années de crise, ce
processus de transition offre la possibilité de mettre fin au
cycle de la violence et de sortir de la fragilité.
Conscient qu’un redressement économique, social et
institutionnel concret doit accompagner les progrès de
la transition politique, le Gouvernement d’Haïti a lancé
l’Évaluation rapide de l’impact de la crise (ERIC) en mai 2024
sous la direction du ministère de l’Économie et des Finances
et avec l’appui de la Banque mondiale, des Nations Unies,
de l’Union européenne et de la Banque interaméricaine de
développement (BID). L’ERIC a été réalisée entre juillet et
octobre 2024 et comportait les trois objectifs suivants :
• Évaluer l’impact de la crise (2021-2024) dans les zones
les plus touchées par la crise sécuritaire, en particulier la
zone métropolitaine de Port-au-Prince (ZMPP, voir carte
ci-dessus), sur la population, l’économie et la pauvreté, les
infrastructures physiques, les services et institutions de
base. L’évaluation a, autant que possible, inclus d’autres
zones touchées, notamment le département de l’Artibonite.
• Définir un cadre de sortie de crise et un plan
d’investissement pour les exercices 2025 et 2026, et
déterminer –si possible– de premières réserves pour le
moyen terme (2026-2030) devant permettre de consolider
les gains en matière de relèvement et de développement.
• Renforcer la coordination des mesures et des interventions
entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers avec l’appui de l’Union européenne, de la BID, des Nations Unies et de la Banque mondiale.
Ce rapport résume les conclusions et les
recommandations de l’ERIC. Il évalue l’impact de la
crise de 2021-2024, et définit les priorités urgentes
de stabilisation et de relèvement, en complément des
efforts sécuritaires, politiques et humanitaires plus larges.
1
L’ERIC ayant eu lieu alors que la crise sécuritaire n’était
pas résolue, des évaluations futures viendront compléter
celle-ci. Pour faciliter ces évaluations futures, l’ERIC définit
un cadre de sortie de crise permettant une extension
progressive à d’autres parties du pays à mesure que les
conditions de sécurité s’améliorent.
Méthodologie
L’ERIC suit une méthodologie d’évaluation rapide qui
s’inspire des approches post-conflit et post-catastrophe.
Compte tenu des contraintes de temps et d’accès, l’ERIC
s’est appuyée sur des données et des analyses existantes
et sur des consultations avec un vaste réseau de parties
prenantes. Étant donné la nécessité de définir de toute urgence les besoins immédiats de relèvement, l’ERIC détermine et chiffre les dégâts et les besoins prioritaires à court
terme en se basant sur des méthodologies d’évaluation
rapide. Elle élabore ensuite un plan d’investissement pour
répondre aux priorités identifiées en s’appuyant sur les
programmes existants, dans la mesure du possible, et en
se basant sur les données d’expériences antérieures et sur
les capacités d’absorption. En conséquence, l’ERIC n’applique pas la méthodologie standard des évaluations des
besoins pour le relèvement et la consolidation de la paix
et des évaluations des besoins après une catastrophe,
mais élabore des critères de hiérarchisation standardisés
pour assurer une approche ciblée et sélective de la détermination des interventions critiques, des résultats et des
besoins d’investissement. Bien qu’elle reconnaisse que la
crise sécuritaire s’étend au-delà de la zone métropolitaine,
l’ERIC a privilégié la Zone métropolitaine de Port-au-Prince
(ZMPP) comme étant la plus touchée par la crise.
L’ERIC s’articule autour de quatre axes d’intervention
prioritaires, couvrant la reprise économique, la remise en
état des infrastructures, la sécurité et les services sociaux,
et l’État de droit. Ces axes prioritaires, et les secteurs et
sous-secteurs correspondants, ont été définis lors d’ateliers
conjoints sous la direction du Gouvernement d’Haïti et sont
alignés sur les objectifs stratégiques décrits dans le décret
du 27 mai portant organisation et fonctionnement du CPT.
Ils reflètent également les orientations reçues lors de la
réunion du CPT le 31 mai avec les quatre institutions visant
à présenter les paramètres de l’ERIC.
Résumé de
l’Analyse d’impact
La crise de 2021-2024 a eu des effets dévastateurs
sur Port-au-Prince et le pays dans son ensemble. Les
répercussions de cette crise ont été considérables,
touchant la majeure partie de la population de la zone
2
métropolitaine et entraînant des perturbations, des dégâts
et des pertes dans tous les secteurs, qu’il s’agisse de la
productivité économique, des infrastructures essentielles,
des services sociaux de base et de la capacité de l’État
à assumer des fonctions institutionnelles indispensables,
comme la sécurité et l’ordre publics. Bien que l’ERIC
se concentre sur les zones et les populations les plus
touchées de la ZMPP, la crise a eu des effets en cascade
dans tout le pays en raison des dépendances régionales
en matière commerciale, financière, de transport et autres.
Les principales conclusions de l’évaluation de l’impact
dans les quatre axes sont résumées ci-dessous :
AXE 1
REPRISE ÉCONOMIQUE, APPUI À LA DIVERSIFICATION
ÉCONOMIQUE ET RÉFORMES INSTITUTIONNELLES
POUR RENFORCER LA GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE
• Secteur privé : La crise sécuritaire a entraîné une baisse
considérable de l’activité économique et de l’emploi,
notamment en raison des pillages, des saccages et de la
perturbation des voies de transport. Les secteurs secondaire
(fabrication et industries) et tertiaire (services) ont subi les
pertes les plus importantes. Dans le secteur secondaire,
l’industrie manufacturière, le bâtiment et les services
publics de distribution (électricité et eau) ont vu leur activité
économique diminuer respectivement de 16 %, 23 et 43 %.
Dans le secteur de l’habillement, par exemple, qui représente
environ 90 % des exportations de produits manufacturés,
les exportations ont diminué de 20 % et environ 30 000
emplois (54 %) ont été perdus, 15 entreprises ayant cessé
leurs activités entre 2022 et 2024. Dans le secteur tertiaire,
le commerce formel et informel et l’industrie hôtelière ont
subi une baisse de l’activité économique de 26 % et 23 %.
• Gouvernance : La crise a aggravé les carences dans les
fonctions essentielles de gestion des ressources humaines.
Les emplois dans le secteur public sont passés de 112 631 en
septembre 2021 à 104 029 en juin 2024, soit une réduction
de 7,8 % des effectifs. Plus de la moitié des agents de la
fonction publique qui sont partis étaient des techniciens.
Cette situation a aussi affecté considérablement le personnel
des administrations locales dans les zones touchées, où
des dizaines d’employés sont aussi partis. Dans certains
endroits, comme à Gressier, les bureaux municipaux ont été
fermés et abandonnés
AXE 2
REMISE EN ÉTAT DES INFRASTRUCTURES
ÉCONOMIQUES ET SOCIALES ET RÉDUCTION
DE LA VULNÉRABILITÉ AUX CHOCS NATURELS
ET CLIMATIQUES
• Infrastructures de transport : Les infrastructures de
transport (routes, ports, aéroports) et les services connexes
(drainage, gestion des déchets, transport de personnes et
de biens) ont subi des dégâts évalués à 220 millions de
dollars, avec une perte de 15 millions de dollars pour le port
de Port-au-Prince et un coût supplémentaire de 6,5 millions
de dollars pour la sécurisation de l’aéroport international.
• Infrastructures électriques : Entre 2021 et 2024, six
postes et 20 lignes de distribution ont été endommagés par
la violence des gangs, mettant à mal 60 % de la clientèle
de la ZMPP. La fermeture du terminal de Martissant a réduit
la capacité de stockage d’énergie de 11 %, et le transport
d’hydrocarbures est devenu extrêmement difficile,
augmentant les prix de 15 à 20 %.
• Eau et assainissement : Depuis 2022, la violence des
gangs a encore réduit la couverture limitée en eau potable
disponible, 55 % des sites de la direction nationale de l’Eau
potable et de l’Assainissement ayant été endommagés par
son fait. Les dégâts sont estimés à 70 millions de dollars, la
perte de revenus s’élevant à 3,6 millions de dollars pour les
centres d’exploitation technique de la ZMPP et de la Croix
des Bouquets. La crise a aussi entraîné la perte de ressources
humaines et rendu inaccessible la seule décharge officielle,
ce qui a des conséquences négatives sur le ramassage des
déchets solides.
• Télécommunications et infrastructure numérique : Le
manque d’accès, les prix élevés et la mauvaise qualité des
réseaux à large bande sont des obstacles de taille à la
croissance du secteur numérique et au développement des
paiements numériques. Les groupes armés menacent les
infrastructures, entravant l’entretien et l’approvisionnement
en carburant. Entre septembre et novembre 2023, 85 %
des sites de Digicel (fournisseur de services de téléphonie
mobile) dans la capitale et 40 à 60 % dans les petites villes
étaient opérationnels, mais les sites ruraux étaient presque
tous hors service.
• Bâtiments publics : Les groupes armés ont pris pour
cible les bâtiments publics dans les zones de conflit,
les vandalisant et volant du matériel. Des bâtiments
communaux et nationaux ont été pillés et incendiés,
causant des dégâts se chiffrant au total à 9,2 millions de
dollars. Plusieurs entités ont dû délocaliser leurs activités.
• Habitat : Le secteur de l’habitat était défaillant avant la crise,
la plupart des transactions immobilières étant informelles et
les populations vulnérables vivant dans des zones à haut
risque. Depuis 2021, plus de 700 000 personnes ont quitté
leur domicile et 3,2 millions de personnes ont besoin d’un
abri. La crise a entraîné l’abandon de quartiers entiers, la
réduction du parc immobilier et une augmentation des
loyers allant jusqu’à 200 %.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
AXE 3
PROMOTION DE L’ACCÈS AUX SOINS DE SANTÉ,
À L’ÉDUCATION ET À D’AUTRES SERVICES DE BASE
DE L’INCLUSION SOCIALE, ET DE LA SÉCURITÉ
ALIMENTAIRE
• Sécurité alimentaire : La violence des gangs a entraîné
des niveaux de famine sans précédent. Rien que dans la
ZMPP, le nombre de personnes en phase 3 de l’IPC (crise)
ou plus est passé de 856 000 en 2019 à plus de 1 118 000
en 2023. Dans l’ensemble, l’IPC de septembre 2024 indique
une situation catastrophique dans tout le pays, 50 % de la
population analysée, soit 5,4 millions de personnes, étant en
situation d’insécurité alimentaire aiguë, ce qui correspond
à une augmentation de plus de 600 000 personnes depuis
août 2023 et de plus de 850 000 depuis l’assassinat du
Président Moïse en juillet 2021.
• Déplacements : La montée de la violence, en particulier à
Port-au-Prince et dans ses environs, a rendu des quartiers
entiers inhabitables. Une proportion importante de la
population déplacée provient uniquement de la ZMPP, de
nombreux résidents ayant fui vers des zones plus sûres de
la ville ou d’autres régions du pays. En septembre 2024,
l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a
recensé 702 973 personnes déplacées à l’intérieur du pays,
soit 22 % de plus que lors de l’évaluation précédente en juin.
• Accès aux services de base : La violence des gangs a endommagé ou détruit une grande partie des infrastructures
d’éducation et de soins de santé. Sur 93 établissements de
santé disposant de lits dans la ZMPP, 2 hôpitaux privés ont
été détruits, 11 hôpitaux ont été partiellement endommagés,
14 centres de santé disposant de lits ont été partiellement ou
totalement endommagés ou pillés, et 38 établissements de
santé ont été fermés. En ce qui concerne l’éducation, 233 des
6 774 établissements ont été vandalisés ou endommagés et
418 ont été fermés en raison de la violence des gangs dans
la ZMPP, ce qui a touché plus de 140 000 élèves.
3
• Violence sexuelle et fondée sur le genre (VSFG) : Le
niveau de violence a considérablement augmenté dans
la ZMPP depuis 2021. Les données de Kay Fanm, un
prestataire de services de lutte contre la VSFG basé à
Port-au-Prince, indiquent une augmentation de 340 % du
nombre de cas par an entre 2020 et 2023. Dans certains
quartiers, pas moins de 80 % des femmes et des jeunes
filles ont été victimes de VSFG. Les services de réponse à la
VSFG sont également touchés, confrontés à des difficultés
institutionnelles et systémiques qui limitent leur capacité à
s’attaquer au problème.
• Police nationale d’Haïti : Since Depuis 2021, la Police
nationale d’Haïti (PNH) a perdu un nombre important
d’employés : 86 policiers sont décédés, de nombreux
autres ont été blessés et plus de 1 000 ont quitté leur
poste. Les infrastructures ont également été lourdement
endommagées. Sur les 412 bâtiments de la PNH, 76 sont
hors d’usage et 146 nécessitent d’importants travaux de
remise en état. Rien qu’au cours des huit premiers mois de
2024, 81 attaques de gangs ont détruit 47 postes de police,
2 prisons et endommagé 13 autres bâtiments.
• Système pénitentiaire : Between Entre 2022 et 2024, la
direction de l’Administration pénitentiaire (DAP) a enregistré
une réduction de plus de 33 % de son personnel, qui est
passé de 1 224 à seulement 809 agents. Sur ces 809 agents,
787 sont disponibles pour des missions sur le terrain, mais
seulement 262 sont présents en même temps pour surveiller
11 273 détenus, soit un ratio de 43 détenus par agent. La
plupart des bâtiments sont d’ancienne casernes militaires
qui ne font pas des prisons convenables.
• Violence communautaire : Depuis 2023, les groupes armés
contrôlent environ 80 % de la ZMPP. Entre le 1er avril et le
30 juin 2024, le Service des droits de l’homme du Bureau
intégré des Nations Unies en Haïti a recensé 1 379 personnes
assassinées ou blessées et 428 autres kidnappées ; 88 %
des meurtres ont eu lieu à Port-au-Prince, souvent à la suite
d’attaques de gangs.
AXIS 4
ÉTAT DE DROIT, SÉCURITÉ PUBLIQUE
ET RÉFORMES INSTITUTIONNELLES
• État de droit et justice : La crise sécuritaire a affaibli le
système judiciaire, en particulier dans la ZMPP. Les tribunaux
ont été incendiés et pillés, et des gangs ont menacé et
tué des professionnels de la justice. De nombreux juges
ont quitté le pays et de nombreux tribunaux, notamment
les tribunaux de première instance de Port-au-Prince
et de Croix-des-Bouquets, ont dû être relogés dans des
locaux exigus et peu sûrs, ce qui nuit considérablement
au fonctionnement du système judiciaire. Selon le Tribunal
de première instance de Port-au-Prince, le volume des
affaires a diminué de 67 % depuis 2020.
Besoins
d’Investissement
(2024–2026)
L’ERIC indique des besoins d’investissement d’environ
1,34 milliard de dollars entre 2024 et 2026 : 450 millions
de dollars (34 %) pour les infrastructures, 388 millions (29 %)
pour la sécurité et l’État de droit, 386 millions (29 %) pour
la protection sociale (dont 150 millions pour les fonctions
essentielles de relèvement et de protection sociale et 118
millions pour l’accès aux services de base), et 114 millions (9 %)
pour la reprise économique et la gouvernance économique.
4
Lorsque cela est possible, l’ERIC prévoit des réserves
pour le moyen terme (2026-2030). L’évaluation reconnaît
que les investissements requis pour la période de transition
devront être complétés par d’autres investissements pour
consolider la reprise et réaliser des gains en matière
de développement. Pour 2026-2030, l’ERIC détermine
des besoins d’investissement provisoires se chiffrant à
2,3 milliards de dollars : 1,85 milliard pour les infrastructures,
270 millions pour la sécurité, 153 millions pour la protection
sociale et les services, et 24 millions pour la reprise
économique et la gouvernance.
Cadre de sortie
de crise
La mise en œuvre de l’ERIC sera fondée sur la vision
globale du relèvement telle qu’articulée dans l’Accord
politique d’avril 2024 pour une transition pacifique et
ordonnée “pour remettre Haïti sur la voie de la dignité,
de la légitimité démocratique, de la stabilité et de la
souveraineté et pour assurer le bon fonctionnement
des institutions de l’État” 1. Cette vision se fonde sur
une double approche du relèvement : faire face aux
conséquences immédiates de la crise tout en favorisant des
réformes à long terme et des transformations structurelles
qui s’attaquent aux causes profondes de l’instabilité et de
la fragilité. Pour les deux premières années de la mise en
œuvre de l’ERIC, l’objectif principal est d’accompagner le
relèvement des communautés les plus touchées par la
crise sécuritaire de 2021-2024.
Hiérarchisation et échelonnement : L’environnement pour
le déploiement des interventions de relèvement restera
difficile à court terme, des conditions favorables émergeant
progressivement au fur et à mesure des avancées dans
les domaines de la sécurité et de la politique. Il faudra
ainsi une méthode souple et adaptable pour coordonner
la mise en œuvre des initiatives dans le cadre des
objectifs stratégiques et des secteurs de l’ERIC. Une
approche en trois étapes concernant la hiérarchisation et
l’échelonnement de l’exécution du programme sera mise
au point pour étayer la coordination entre les secteurs :
la hiérarchisation et l’échelonnement géographiques et
temporels des interventions lorsque les conditions de
sécurité le permettent ; la mise en œuvre progressive
des interventions pour tenir compte des différences
dans les capacités et les délais d’exécution des projet ;
et la hiérarchisation des financements et de l’allocation
des ressources pour veiller à ce que les interventions
les plus urgentes et les plus essentielles reçoivent des
financements suffisants en temps voulu.
1
Article 16 de l’Accord politique pour une transition pacifique et ordonnée
Questions transversales : L’ERIC a suivi une approche
inclusive et participative comprenant des consultations
avec les autorités nationales et locales, les partenaires
internationaux, la société civile et le secteur privé. Des
facteurs comme le genre et l’âge ont grandement aidé à
comprendre les besoins et les capacités des individus ainsi
que les risques auxquels ils sont confrontés dans cette
crise. Chaque axe prioritaire couvre une série de questions
intersectorielles, notamment le genre, les enfants et les
jeunes, et le climat. La mise en œuvre des investissements
identifiés permettra de s’assurer que les mécanismes de
ciblage atteignent les populations les plus vulnérables.
Cadre
institutionnel
L’harmonisation des efforts nationaux et internationaux
dans la mise en œuvre des mesures de relèvement
post-crise demande des capacités institutionnelles
suffisantes pour la planification, la coordination et le
suivi du relèvement. En s’appuyant sur les meilleures
pratiques et expériences internationales, une structure à
trois niveaux est proposée pour le cadre institutionnel de
mise en œuvre des mesures de relèvement identifiées dans
l’ERIC. Cette architecture, qui sera affinée et approuvée
par le gouvernement et ses partenaires au début de la
mise en œuvre de l’ERIC, fournira également le cadre pour
la gestion des révisions, des mises à jour et de l’expansion
des efforts de relèvement à l’avenir, au fur et à mesure de
l’évolution des conditions. Ce cadre complétera, sans les
dupliquer, les dispositifs de coordination existants en Haïti,
y compris ceux liés à l’aide humanitaire et à la sécurité, et
leur sera associé en conséquence.
Il est proposé que le gouvernement prenne la tête
d’un dispositif institutionnel soutenu par un organisme
intergouvernemental spécialisé, responsable de la
coordination globale des efforts de relèvement. Le cadre
institutionnel proposé pour le relèvement post-crise se
compose des groupes suivants :
• Un comité de pilotage du relèvement, qui serait chargé
globalement des efforts de relèvement, y compris la
supervision stratégique et la prise de décision concernant
la mise en œuvre et le financement. Comme dans d’autres
pays, il est proposé que le chef du gouvernement dirige
ce comité, qui devrait être composé des ministères de
tutelle concernés, des quatre institutions partenaires et
des partenaires internationaux.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
• Un groupe de coordination du relèvement (GCR), qui
serait chargé de la coordination programmatique et
opérationnelle, de la mise en œuvre, du suivi, de l’examen
et de la mise à jour du cadre de sortie de crise. Il est
proposé que le chef d’un groupe de suivi opérationnel
(GSO) préside le GCR, qui comprendra des représentants
techniques des ministères concernés et des partenaires
internationaux. Le GCR constituera un forum pour assurer
la coordination entre les quatre axes prioritaires de l’ERIC.
• Des groupes thématiques, correspondant à chacun
des quatre objectifs stratégiques de l’ERIC, devraient être
établis et chargés de la coordination, de la mise en œuvre
et du suivi au niveau sectoriel.
Pour appuyer ce cadre institutionnel, le gouvernement
propose de mettre en place un groupe de suivi
opérationnel (GSO) pour assurer la coordination avec les
partenaires internationaux et permettre une mobilisation et
une allocation efficaces des financements internationaux.
Le GSO proposé accompagnera les ministères, les
organisations et les directions générales du gouvernement
dans la planification technique et financière, la mise en
œuvre et le suivi de l’ERIC. Il est proposé que la Banque
mondiale, les Nations Unies, l’Union européenne et la BID
appuient le GSO en lui fournissant des conseils techniques
et une aide pour le renforcement des capacités.
Modalités de suivi : Le cadre de suivi de l’ERIC sera fondé
sur le cadre de son programme et sera utilisé pour mesurer
les progrès au regard de trois aspects principaux de sa
mise en œuvre : les progrès accomplis dans la réalisation
des produits, des résultats et des effets programmatiques
pendant la mise en œuvre de l’ERIC; un ensemble de
jalons définissant les mesures qui serviront de tremplin
pour la réalisation des objectifs; et un suivi transparent des
flux d’aide (promesses, engagements, décaissements) et
des indicateurs pour renforcer l’efficacité de l’aide.
5
6
I. Introduction
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Contexte
et justification
1. Après avoir subi plusieurs crises multidimensionnelles
pendant des années, Haïti se trouve à un moment
critique. La Déclaration de Kingston du 11 mars 2024
a conclu les négociations entre les différents acteurs
haïtiens pour une transition politique inclusive et a abouti
à l’Accord politique pour une transition pacifique et
ordonnée du 3 avril, réunissant un large éventail de parties
prenantes haïtiennes et mettant en place une architecture
institutionnelle de transition qui comprend un exécutif
bicaméral formé d’un Conseil présidentiel de transition
et d’un Gouvernement de transition. Après des semaines
de consultations, le Conseil présidentiel de transition
a été officiellement établi le 25 avril 2024, un Premier
ministre de transition a été désigné le 28 mai 2024 et un
Gouvernement a été nommé pour mettre en œuvre un
programme visant à conclure le processus de transition
(voir section II). Après l’escalade de l’instabilité politique
et sociale depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse
en 2021, ce processus de transition offre la possibilité de
mettre fin au cycle de violence et d’ouvrir une porte de
sortie de la fragilité.
2. Conscient que l’amélioration des infrastructures et
des services doit accompagner les progrès du processus
politique, le gouvernement a demandé une aide pour
une évaluation rapide de l’impact de la crise (ERIC). En
mai 2024, le gouvernement a demandé l’aide de la Banque
mondiale, des Nations Unies, de l’Union européenne et de
la Banque interaméricaine de développement (BID) (les
institutions partenaires) pour évaluer l’impact de la crise
de 2021-2024 et élaborer un plan d’investissement visant
à répondre aux priorités immédiates de stabilisation et
de redressement. L’ERIC a été réalisée sous la direction
du ministère de l’Économie et des Finances avec la
participation des ministères concernés et des équipes
d’experts des quatre institutions partenaires. Elle a eu lieu
entre juillet et octobre 2024 sur la base de la Déclaration
commune de 2008 sur les évaluations des besoins après
une crise et la planification du relèvement2 et suit la
méthodologie établie et les pratiques mondiales qui ont
été utilisées pour aider les gouvernements dans le cadre
des évaluations et des planifications post-crise similaires.
3. Le présent rapport résume les conclusions et les
recommandations de l’ERIC. Il évalue l’impact de la crise
de 2021-2024 et définit les priorités urgentes de stabilisation et de relèvement, en complément des efforts sécuritaires, politiques et humanitaires entrepris plus largement.
Au vu de la nature dynamique de la situation, l’ERIC déter2
La Déclaration commune vise à mobiliser les ressources de la Commission
européenne, du Groupe des Nations Unies pour le développement et
de la Banque mondiale afin d’harmoniser et de coordonner les cadres de
réponse post-crise pour renforcer la résilience des pays face aux crises en
7
mine les interventions prioritaires de relèvement pour
2024-2026 en se concentrant sur la zone métropolitaine
de Port-au-Prince (ZMPP) et définit un cadre de sortie de
crise pour guider le déploiement des interventions dans
d’autres parties du pays à mesure que les conditions de
sécurité s’améliorent.
Objectifs
4. L’ERIC guidera les efforts visant à répondre aux
priorités immédiates en matière de stabilisation et de
relèvement. Ces priorités sont conçues pour créer les
conditions d’une trajectoire pacifique de développement
et de croissance à long terme. S’appuyant sur la vision de
la transition et du relèvement formulée dans l’accord du 3
avril, ainsi que sur la feuille de route du Gouvernement de
transition, l’ERIC a trois objectifs, consistant à :
• Évaluer l’impact de la crise (2021-2024) dans les régions
les plus touchées, en particulier la ZMPP, sur la population,
l’économie et la pauvreté, les infrastructures physiques,
les services et les institutions de base.
• Définir un cadre de sortie de crise et un plan d’investissement pour les exercices 25 et 26 alignés sur les priorités
énoncées dans la feuille de route du Premier ministre pour
la période de transition.
• Renforcer la coordination des mesures et des interventions
entre le gouvernement et les partenaires techniques et
financiers avec l’appui de la Banque mondiale, des Nations
Unies, de l’Union européenne et de la BID.
5. L’ERIC s’articule autour de quatre axes d’intervention
prioritaires : le redressement économique, la remise en
état des infrastructures, les services sociaux et l’État de
droit. Ces axes prioritaires, et les secteurs et sous-secteurs correspondants, ont été déterminés lors d’ateliers
conjoints sous la direction du Gouvernement d’Haïti et ils
illustrent les programmes et priorités du gouvernement
pour la période de transition (figure 1). Le ministère concerné et l’institution partenaire ont codirigé les travaux
pour chaque axe, en fonction de leur mandat et de leur
avantage comparatif.
Méthodologie
d’évaluation
6. La réalisation de l’ERIC a suivi une approche en trois
phases : une phase préparatoire initiale pour définir la
portée, les objectifs et les paramètres de l’évaluation ( juin/
répondant aux besoins de rétablissement des populations vulnérables et en
augmentant la capacité des institutions nationales à assurer une prévention,
une réponse et un relèvement efficaces.
8
FIGURE 1 :
Critères de hiérarchisation de l’ERIC
AXE PRIORITAIRE 1
AXE PRIORITAIRE 2
PRIORITYReprise
AXIS 1et diversification
AXE PRIORITAIRE 3
Remise en état
des infrastructures
et réduction des
vulnérabilités
de l’économie
et renforcement
Economic recovery
des institutions
and diversification
and
institutional
CHEFS
DE FILE :
strengthening
MEF GBM/UE
AXE PRIORITAIRE 4
Promotion de l’accès
aux services sociaux
de base, de l’inclusion
sociale et de la sécurité
alimentaire
CHEFS DE FILE :
MAST–BID/GBM
CHEFS DE FILE :
MTPTC - BID
État de droit,
sécurité publique
et réformes
institutionnelles
CHEFS DE FILE :
MTPTC–ONU
1
Secteur privé
1
Transport
1
Déplacement interne
1
Justice
2
Gouvernance
administrative
2
Électricité
2
Protection sociale
2
VSFG
3
Gouvernance
économique et
financière
3
Eau et
assainissement
3
Éducation
3
Police
4
Transparence
/responsabilité
4
Télécommunications
et numérique
4
Sécurité alimentaire
4
Prisons
5
Habitat
5
Santé
5
Réduction de
la violence au sein
des communautés
6
Bâtiments publics
juillet) ; une phase d’évaluation pour mener l’évaluation
de l’impact et des besoins (août) ; et une phase de
consolidation pour élaborer les rapports de l’ERIC, le
cadre de sortie de crise et le plan d’investissement (août/
septembre).
7. L’ERIC suit une méthodologie d’évaluation rapide qui
s’inspire des approches post-conflit et post-catastrophe
et s’appuie sur les programmes gouvernementaux en
cours et la mobilisation de l’expertise locale par le biais
de projets et de partenaires pour l’estimation des dégâts
et des besoins devant servir de base à la hiérarchisation
des investissements dans l’optique du redressement
et de la reconstruction. Pour parvenir à ces estimations,
l’ERIC distingue les impacts directs des impacts indirects.
Les impacts directs sont les dégâts et les pertes de capital physique et humain (par exemple, la destruction des
infrastructures, les décès, les déplacements de population, les risques environnementaux). Les impacts indirects englobent des conséquences sociales et économiques plus larges (par exemple, les pertes d’accès aux
marchés, à l’éducation ou à l’emploi ; l’augmentation
de la malnutrition, de la mortalité et de la criminalité).
8. La méthodologie de l’ERIC s’appuie également sur les
leçons tirées de la mise en œuvre des programmes d’aide
d’urgence pour les crises post-conflit de 2004 et des initiatives liées aux évaluations des besoins post-catastrophes de 2010 et 2021. L’ERIC détermine les interventions
prioritaires, les résultats et les besoins d’investissement
et fournit la base de la planification du relèvement à long
terme pour assurer un appui durable à la sécurité, à la gouvernance, aux infrastructures et aux services sociaux.
9. En plus de l’analyse de l’impact de la crise et des besoins de relèvement connexes, l’ERIC comprend l’élaboration d’un cadre de sortie de crise qui définit un ensemble
de mesures prioritaires et un plan d’investissement connexe pour 2024-2026. Ce cadre de relèvement est conçu
pour aider à appliquer l’ERIC, faciliter l’alignement opérationnel entre les partenaires nationaux et internationaux,
et garantir l’allocation d’un financement suffisant. Les évaluations des dégâts et des besoins présentées dans ce rapport sont des estimations qui seront affinées au cours des
étapes de mise en œuvre, car la crise sécuritaire n’est toujours pas résolue au moment de la rédaction de ce rapport.
10. L’ERIC a été réalisée sur la base des paramètres indiqués ci-après.
• Approche en matière d’évaluation rapide: Reconnaissant
l’urgence de la situation, l’ERIC s’est appuyée sur des
données et des analyses existantes ainsi que sur des
consultations avec un vaste réseau de parties prenantes.
Compte tenu de la rareté des données primaires, des
évaluations ciblées sur le terrain et la collecte de données
primaires ont été réalisées lorsque des lacunes importantes
en matière d’information persistaient.
• Calendrier limité: L’ERIC détermine et chiffre les besoins
prioritaires à court terme pour la période de transition
(2024-2026), bien que l’exécution des projets connexes
puisse s’étendre au-delà des deux premières années. Dans
la mesure du possible, l’évaluation inclut des provisions
pour le moyen terme (2026-2030) afin de déterminer les
investissements nécessaires pour consolider les acquis en
matière de redressement et de développement.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
• Hiérarchisation des besoins : Étant donné la période de
planification des investissements de deux ans convenue
pour l’ERIC, un ensemble de critères de hiérarchisation
standardisés a été appliqué dans le cadre de l’évaluation
des besoins afin de garantir une approche ciblée et
sélective de la détermination des interventions prioritaires,
des résultats et des besoins d’investissement (voir
l’encadré 1).
• Concentration géographique : Tout en reconnaissant
que la crise sécuritaire s’étend au-delà de la ZMPP, l’ERIC
a donné la priorité aux communes que la crise a le plus
touchées (voir la carte ci-dessus et la section II). Dans la
mesure du possible, compte tenu des contraintes de temps
et d’accès, l’ERIC couvre effectivement le département de
l’Artibonite (notamment pour les Axes 2 et 3). Les résultats
et le cadre de relèvement connexe établissent la base
sur laquelle d’autres évaluations peuvent être menées, y
compris dans des zones en dehors de Port-au-Prince.
• Une coordination inclusive et souple : Le processus a été
mené par le gouvernement et les institutions partenaires,
impliquant des équipes techniques issues de tous les
ministères et secteurs concernés. Avec le gouvernement
à la tête du processus, l’ERIC a inclus des consultations
avec les autorités nationales et locales, les partenaires
internationaux, la société civile et le secteur privé.
• Complémentarité : Les programmes de l’ERIC complètent
(et ne reprennent pas) d’autres processus d’évaluation et
de planification comme le plan d’action humanitaire. La
mise en œuvre et les appels de fonds seront coordonnés
avec ces autres processus.
11. Contraintes et limites : L’ERIC a été menée en peu de
temps et dans un contexte de violence incessante dans
la ZMPP, les zones géographiques ciblées étant pratiquement inaccessibles. Cette situation a considérablement
limité le type, la quantité et la précision des données disponibles pour réaliser l’évaluation de l’impact et des besoins dans tout un ensemble de secteurs. Chaque fois que
cela était possible, les équipes ont utilisé les technologies
et la modélisation géospatiales pour compléter les données et les analyses existantes du gouvernement et des
institutions partenaires. En conséquence, les résultats
de l’ERIC sont des estimations qui doivent être encore affinées au fur et à mesure de l’amélioration de la disponibilité des données.
9
ENCADRÉ 1 :
Critères de hiérarchisation de l’ERIC
Critères obligatoires
• L’activité s’aligne sur les cinq domaines prioritaires définis dans
l’Accord du 3 avril 2024 et la feuille de route du Gouvernement
de transition.
• L’activité aura un impact immédiat et visible sur le redémarrage
de l’activité économique et des services publics.
• L’activité aura un impact immédiat et visible sur les groupes
ou les ménages les plus pauvres et les plus vulnérables de la
population.
• L’activité peut être exécutée dans les délais proposés, compte
tenu du contexte sécuritaire actuel, des capacités de mise en
œuvre disponibles et des contraintes financières.
Critères supplémentaires
• L’activité renforce la confiance et la dynamique de la transition
en rétablissant l’autorité et la présence de l’État, en améliorant
la sécurité, en réduisant la violence et en facilitant le retour des
populations déplacées.
• L’activité jette les bases d’investissements à long terme dans
le relèvement et le développement.
Structure
of the Report
12. Ce rapport comporte deux volets principaux. Le
premier (sections II et III) décrit le contexte et résume les
résultats de l’ERIC, et le second (sections IV à VI) présente
un cadre de sortie de crise et un plan d’investissement
pour mettre en œuvre l’ERIC et assurer une approche
structurée et cohérente en matière de coordination,
de mise en œuvre et de financement des interventions
prioritaires pour 2024-2026, tout en mettant en place un
processus visant à élargir les efforts de relèvement en
fonction de l’évolution de la situation.
10
• Inclusive, agile coordination:
The was conducted by government and partner institutions,
involving technical teams drawn from across all relevant
ministries and sectors. With the government leading the
process, the RCIA has included consultations with national
and local authorities, international partners, civil society, and
the private sector.
• Complementarity:
The RCIA programs complement and do not duplicate
other assessment and planning processes such as the
Humanitarian Action Plan. Implementation and funding
appeals will be coordinated with these other processes.
BOX 1:
RCIA Prioritization Criteria
II. Contexte
de la crise en Haïti
11. Constraints and limitations: The RCIA was conducted
within a short time-frame and in a context of ongoing violence
in the ZMPP, with virtually no access to the geographic areas
of focus. This placed significant constraints on the types,
amount, and accuracy of data available to conduct the
impact and needs assessment across a range of sectors.
Where possible, the teams used geospatial technologies and
modeling to complement existing data and analyses from the
government and the partner institutions. As such, the results
of the RCIA are estimates that require further development
as data availability improves.
Structure
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
13. La transition politique en Haïti offre la possibilité
de mettre fin au cycle de violence. Après la démission
du gouvernement du Premier ministre Ariel Henry en
mars 2024, les factions politiques sont parvenues à un
consensus sur les dispositions du processus de transition et
les modalités de prise de décision politique au cours de ce
processus, y compris un Conseil présidentiel de transition
et un Gouvernement de transition dirigé par un Premier
ministre. Le Conseil présidentiel de transition assume les
fonctions du président et comprend neuf représentants
de divers partis politiques et de la société civile (sept
membres avec droit de vote, deux observateurs). Le
Gouvernement de transition a été mis en place pour créer
les conditions nécessaires à l’amélioration de la sécurité
et à la préparation et la tenue des élections. Pendant
la période de transition, le maintien de l’intégrité du
gouvernement et du Conseil présidentiel restera essentiel
pour préserver la stabilité politique et assurer la réalisation
d’investissements essentiels.
14. Les autorités de transition se sont engagées à mettre en œuvre une feuille de route visant cinq objectifs:
la sécurité publique et nationale ; la reprise économique,
la remise en état des infrastructures, la sécurité alimentaire et sanitaire ; les questions constitutionnelles ; l’État
de droit et la justice ; et les élections pour le renouvellement du personnel politique. Le dernier pilier souligne que
les autorités se sont engagées à conclure la transition en
février 2026 en installant de nouveaux élus après des élections générales avec l’aide des partenaires internationaux.
15. Alors que les élections sont censées conclure la
période de transition, la brièveté de celle-ci exige
des mesures rapides pour améliorer les moyens de
subsistance des populations touchées par la violence.
Les dernières élections générales ayant eu lieu en 2015,
le parlement, le Sénat et de nombreuses administrations
locales ont épuisé leurs mandats politiques. Dans le
contexte actuel, l’organisation d’élections générales
nécessite un ensemble complexe d’amendements
constitutionnels et de préparations administratives.
Notamment, l’amélioration sensible des conditions de
sécurité demeure une condition préalable pour garantir
un environnement dans lequel les élections peuvent être
organisées et produire des résultats qui sont largement
acceptés par les partis politiques et qui ne seront pas
contestés par la suite. Les expériences passées montrent
que des gangs peuvent être utilisés pour obtenir des
votes en faveur de candidats, ce qui compromettrait la
crédibilité des résultats. L’amélioration de l’environnement
sécuritaire ne dépendra pas uniquement des progrès en
matière d’application de la loi, mais devra être complétée
par des progrès dans les processus politiques. Il y a
lieu d’améliorer rapidement les conditions de vie des
populations touchées par la violence, notamment dans les
zones où l’autorité de l’État est rétablie, afin de maintenir
11
le contrôle du gouvernement et de renforcer la capacité
de résistance des communautés locales face à l’infiltration
des gangs et à la violence.
16. L’aide internationale pour des investissements
supplémentaires dans les infrastructures sociales,
économiques et physiques d’Haïti sera essentielle pour
instaurer la confiance dans le processus de transition et
garantir l’amélioration de la prestation des services et des
possibilités économiques. Compte tenu de la contraction
de l’économie, le gouvernement de transition dispose
d’une marge de manœuvre budgétaire limitée pour réaliser
les investissements nécessaires. Le 19 août, le Conseil des
ministres a publié un décret budgétaire amendé pour l’exercice
24 qui a réduit le budget global disponible de 20,5 % en raison
de l’insuffisance des ressources prévues. De même, le taux
d’exécution des dépenses d’équipement demeure faible (voir
section III), ce qui montre que la crise multidimensionnelle
actuelle a encore réduit les capacités institutionnelles du fait
de l’exode des compétences provoqué par la recrudescence
de l’émigration. Compte tenu de ces difficultés et des dégâts
et pertes imputables à la crise, l’accroissement de l’aide
internationale pour le financement et la mise en œuvre des
priorités d’investissement reste indispensable pour assurer la
réussite de la période de transition.
Contexte
macroéconomique
17. L’économie haïtienne s’est contractée d’environ 8,5 %
au cours de la dernière décennie, les problèmes structurels de longue date ayant aggravé la vulnérabilité aux
chocs3. Ces problèmes comprennent l’accaparement de
l’État par des intérêts particuliers, un environnement peu
favorable aux entreprises, le sous-investissement dans
le capital humain et des infrastructures défaillantes. Des
marchés financiers peu développés et la faible contestabilité du marché entraînent une économie majoritairement
informelle, limitant la mobilisation des ressources nationales
et la marge de manœuvre budgétaire. Les systèmes de gestion des risques de catastrophe et de réponse à ceux-ci sont
inadaptés pour faire face à la vulnérabilité aux risques naturels et aux changements climatiques, qui touche les pauvres de manière disproportionnée. Dans ce contexte, Haïti a
été particulièrement vulnérable à une série de chocs importants depuis 2018, notamment la pandémie de COVID-19, la
flambée des prix internationaux des produits de base qui a
suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie, des tremblements
de terre et des tempêtes et, plus récemment, une escalade
de la violence et de l’instabilité politique.
18. L’environnement des affaires s’est progressivement
dégradé depuis 2018, puis plus fortement à partir de 2021
3
Contraction du PIB réel de 2015 à 2024, y compris les estimations pour
2023 et les prévisions pour 2024.
12
FIGURE 3:
Part de la population vivant sous les seuils de
pauvreté des pays à revenu intermédiaire, tranche
inférieure (3,65 dollars) et international (2,15 dollars)
FIGURE 2 :
Inflation, variation annuelle en pourcentage
80
70
60
60
50
40
%
20
40
30
20
0
mai
...
janv
20
iPC
sept
20
mai
...
janv
22
IPC–Produits Locaux
sept mai
22
...
janv
24
CPI–Produits Importés
Source:
L’Institut haïtien de statistique et d’informatique. “Indice des prix à
la consommation”.
https://ihsi.gouv.ht/publications/publications_regulieres.
Note : IPC = indice des prix à la consommation
en raison d’une série de perturbations sociopolitiques,
créant un environnement opérationnel difficile pour
les entreprises. Des troubles sociaux et des vagues de
violence, dont plusieurs épisodes de paralysie complète de
l’économie, ont marqué les années 2018 et 2019. En 2020,
la pandémie de COVID-19 a provoqué des chocs qui ont
entraîné une contraction de l’économie et des licenciements.
L’augmentation de la violence liée aux gangs à la fin de 2021
a perturbé les chaînes d’approvisionnement nationales,
notamment la distribution de carburant et de nourriture. Dans
le cas des entreprises, cela s’est traduit par une réduction
des activités de production et des bénéfices en raison de
la fermeture partielle ou permanente de sites de production
ou d’entreprises, de l’augmentation des coûts de la sécurité,
2012 2014 2016 2018 2020 2022 2024 2026
3,65 dollars en PPA de 2017
2,15 dollars en PPA de 2017
Source:
World Bank 2024a.
Note : PPA = parité de pouvoir d’achat.
des démissions du personnel du fait de l’émigration, et des
pillages ainsi que du vandalisme qui ont entraîné des pertes
et des dégâts au stock de capital (physique et humain).
19. L’inflation s’est accélérée en 2020 et a explosé en
2022, alors que le pays faisait face à des chocs et à des
perturbations logistiques. La forte dépréciation de la
gourde haïtienne en 2020 a entraîné une hausse des prix
des importations en monnaie nationale. L’intervention de
la banque centrale a brièvement ralenti l’inflation en 2021,
avant qu’un choc des prix des produits de base ne conduise
à la monétisation du déficit, affaiblissant la gourde. L’inflation
s’est accélérée à la fin de 2022 et au début de 2023 en raison de la flambée des prix des denrées alimentaires et des
FIGURE 4 :
Évolution de l’intensité lumineuse nocturne, 20182024, selon a) la zone urbaine et b) le département
INTENSITÉ LUMINEUSE NOCTURNE
a
b
3
Ouest –45,0 %
L’Artibonite
2
Port-au-Prince
–17,5 %
Centre
24,8 %
Sud-Est
29,9 %
Nord
40,5 %
Sud
1
91,2 %
Cap Hatien
Nord-Est
129,7 %
Autre
Nord-Ouest
137 %
0
167 %
Nippes
2018
2019
Source :
Román et al. 2024.
2020
2021
2022
2023
2024
–100 %
0%
100 %
Source :
Román et al. 2024.
200 %
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
carburants, à la suite de perturbations au port imputables
à la violence des gangs. L’inflation globale tend à diminuer, mais l’inflation des prix des denrées alimentaires reste
élevée, touchant surtout les ménages pauvres (figure 2). Les
niveaux de vie se sont détériorés, 36,4 % des Haïtiens vivant
dans l’extrême pauvreté en 2024 (moins de 2,15 dollars/
jour en parité de pouvoir d’achat de 2017), contre 29,9 %
en 2020 (figure 3).
20. Les changements de l’intensité lumineuse nocturne
reflètent la contraction économique prolongée d’Haïti,
illustrant l’impact particulièrement grave de l’insécurité à
Port-au-Prince. L’intensité lumineuse nocturne est étroitement
liée à l’activité économique et sert souvent à évaluer le PIB
(Beyer, Hu, and Yao, 2022 ; Henderson, Storeygard and Weil,
2012 ; Morris et Zhang, 2019 ; Pinkovskiy and Sala-i-Martin,
2016). L’intensité lumineuse nocturne en Haïti est la plus
élevée dans les centres urbains de Port-au-Prince et de Cap
Haïtien, où l’activité économique est concentrée. Les figures
4a et 4b illustrent la baisse considérable et persistante de
l’intensité lumineuse nocturne à Port-au-Prince, qui a diminué
d’environ 45,9 % entre janvier 2018 et août 2024.
21. Le déficit commercial d’Haïti s’est creusé, sous l’effet
d’une baisse des exportations depuis 2019. Comme dans
d’autres pays, la pandémie de COVID-19 a freiné la demande
d’exportations en 2020, en particulier dans le secteur de
l’habillement. Les exportations ont continué à diminuer en
dollars en 2023 et 2024, dans un contexte d’insécurité
généralisée et de perturbations des opérations portuaires
(figure 5). Les importations ont également diminué pendant
la pandémie, mais ont rapidement augmenté avec la hausse
des prix mondiaux des produits de base en 2021 et 2022. La
contraction persistante de l’économie et la dépréciation de
FIGURE 6 :
Recettes, dépenses et solde budgétaire
13
FIGURE 5 :
Balance commerciale et envois de fonds
des migrants
8
6
US$ BILLIONS
OCTOBRE /2024/
4
2
0
–2
–4
–6
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Exportations Importations Balance
commerciale
Envois
de fonds
Sources :
Ministère de l’Économie et des Finances, estimations et
prévisions de la Banque mondiale pour 2023 et 2024.
la gourde ont limité la demande d’importations. Les envois
de fonds des migrants ont constitué une importante source
extérieure de stabilité, contribuant à financer un déficit
commercial croissant. Les envois de fonds des migrants ont
augmenté avec l’accroissement du nombre de travailleurs
quittant le pays. La balance des comptes courants a oscillé
à cause des variations de la balance commerciale et des
envois de fonds des migrants, passant d’un déficit en 2019
à un excédent en 2020 du fait de la contraction des importations, avant de redevenir déficitaire avec la flambée
des prix internationaux des produits de base en 2022 et
2023, ce qui a entraîné une augmentation de la facture des
importations. L’augmentation des envois de fonds des migrants devrait permettre de réduire le déficit de la balance
courante à 0,2 % du PIB en 2024.
FIGURE 7 :
Recettes mensuelles de la taxe sur les ventes,
réalisées et selon le scénario contrefactuel, gros
contribuables, zone métropolitaine de Port-Au-Prince,
en millions de gourdes aux prix de 2018
POURCENTAGE DU PIB
1 200
1 000
11
800
5
600
400
1
200
-4
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024
Recettes
Dépenses
Envois de fonds
Sources :
MEF 2024 ; estimations et prévisions de la Banque mondiale pour
2023 et 2024
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023
Contrefactuel
TCA
Source :
D’après les données fournies par la Direction générale des impôts,
ministère de l’Économie et des Finances.
14
FIGURE 8 :
Estimation des pertes de produit intérieur brut (PIB),
130
Prévisions
de 2018
INDICE (2015 = 100)
125
Pertes rattachées à la période pandémique
-18,4 % du PIB en 2024, -4,6 milliards de dollars
120
115
Prévisions
de 2020
110
105
Pertes en 2021-2024
-20,7 % du PIB en 2024, -5,1 milliards de dollars
100
95
Réel
90
85
2015
2016 2017
2018
2019 2020 2021
2022 2023 2024
P O U R C E N TA G E D U P I B E N 2 0 2 4
MILLIARDS DE DOLLARS
2018–20
2021–24
TOTAL
2018-20
2021-24
TOTAL
TOTAL
-18,4
-20,7
-39,0
-4,6
-5,1
-9,7
Agriculture
-1,8
-4.5
-6,3
-0,5
-1,1
-1,6
Industrie
-9,3
-5,9
-15,2
-2,3
-1,5
-3,8
Services
-4,9
-11,8
-16,7
-1,2
-2,9
-4,2
Impôts Nets
sur la Production
-2,4
1,5
-0,9
-0,6
0,4
-0,2
Source :
Banque Mondiale 2018 ; 2020.
Note : Les estimations en dollars sont basées sur les taux de change de 2024.
22. Les contre-performances budgétaires et monétaires
rendent compte du contexte économique, politique et
sécuritaire difficile. Les recettes et les dépenses diminuent
en pourcentage du PIB depuis 2015 (figure 6). Étant donné
qu’Haïti perçoit plus de 50 % de ses recettes fiscales à la
frontière, la contraction du commerce réduit les recettes de
l’État. Le déficit budgétaire s’est considérablement creusé
pendant et après la pandémie. Une partie du déficit a été
monétisée, ce qui a contribué à la pression inflationniste et
a entraîné la dépréciation de la monnaie. Le ralentissement
de l’activité économique et l’affaiblissement des capacités
administratives réduisent les recettes de la taxe sur les
ventes. Les données de cette taxe (taxe sur la valeur ajoutée
sur les gros contribuables4 dans la ZMPP) montrent que
les pertes accumulées ont atteint 8,9 millions de gourdes
aux prix d’avril 2018 5 (équivalent à environ 67,7 millions de
dollars) par rapport à un scénario alternatif d’estimation des
recouvrements dans des conditions normalisées (figure 7).
Le recouvrement des recettes s’est modérément renforcé
en 2023 à la suite des réformes administratives des
douanes et de l’augmentation des recettes de la taxe sur
les carburants, tandis qu’une augmentation de la violence
a entravé l’exécution des projets d’équipement en 2024.
En conséquence, le déficit s’est réduit et, pour la première
fois depuis de nombreuses années, le financement
monétaire est resté dans les limites statutaires de 20 %
des recettes fiscales de l’exercice précédent.
23. La comparaison de la performance économique
d’Haïti avec les prévisions d’avant la crise peut fournir
un cadre permettant d’estimer les pertes économiques
totales. Les prévisions pour 2018 constituent une estimation haute de la trajectoire économique d’Haïti avant la
pandémie de COVID-19 et une période subséquente de
forte instabilité politique et de violence (figure 8). Une prévision pour la fin de 2020 fournit une estimation ajustée
de la croissance économique intégrant les répercussions
de la pandémie de COVID-19. La croissance économique
réelle est estimée à l’aide des comptes nationaux, complétés par des estimations récentes pour 2023 et une
prévision de croissance pour 2024. Cette méthode fournit
une estimation de la perte de production économique sur
deux périodes : 2018-2020 (la période de la pandémie) et
2021-2024 (correspondant à l’ERIC). Ces estimations permettent une première quantification des pertes et une analyse des secteurs économiques les plus touchés.
Dans la nomenclature des autorités fiscales haïtiennes, cette catégorie
comprend les contribuables dont le revenu annuel est égal ou supérieur
à 10 millions de gourdes (~75 000 dollars).
5
4
24. La perte totale de production depuis 2018 est estimée à 39 % du PIB de 2024 (9,7 milliards de dollars). Le
secteur des services a perdu le plus de production (16,7 %
du PIB de 2024), suivi par l’industrie (15,2 %) et l’agriculture
(6,3 %). La production totale perdue peut être décomposée
entre la période pandémique (18,4 % du PIB) et la période
2021-2024 (39,0 % du PIB). Les canaux de transmission
de la crise dans les différents sous-secteurs économiques
sont analysés plus en détail dans la section III.
Des résultats similaires sont obtenus en projetant l’évolution de la taxe sur
le chiffre d’affaires à l’aide de techniques économétriques utilisant le filtre
de Hodrick-Prescott et en pondérant la participation du secteur du
commerce dans l’activité économique totale.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Contexte de crise
et de violence
25. Le contexte sécuritaire s’est progressivement dégradé
depuis 2018 et reste instable. Depuis la démission de
l’ancien Premier ministre Ariel Henry le 25 avril, le nombre
d’événements violents et de décès demeure élevé et
supérieur à la moyenne à long terme. Selon les données
sur les lieux et les événements des conflits armés (Armed
Conflict Location and Event Data - ACLED), le nombre
d’événements violents est passé de 463 en 2018 à 1 623 en
2023 et à 1 449 au cours des huit premiers mois de 2024
(figure 9). Les données du Bureau intégré des Nations
Unies en Haïti (BINUH)6 indiquent une tendance à la baisse
au deuxième trimestre 2024, avec 2 113 meurtres liés à des
gangs de janvier à avril et 1 340 de mai à août. Depuis 2018,
les vagues de violence sont de plus en plus graves, l’écarttype du décompte de tous les événements violents d’une
année particulière passant de moins de 10 en 2018 à plus
de 60 en 2024 (figure 10). Dans le même temps, la part
des manifestations et des émeutes dans les événements
violents a diminué, l’instabilité se situant dans les
fourchettes précédentes malgré les risques considérables
de nouvelles périodes de troubles civils à grande échelle.
26. Bien que les rapports sur les décès dus à la violence des
gangs varient d’une source de données à l’autre, la létalité moyenne d’un événement violent semble avoir diminué
en 2024 par rapport aux années précédentes. De janvier à
août 2024, ACLED a dénombré 1 020 décès liés à des conflits
(soit une baisse de près de 44 % par rapport à la même période en 2023). Pour la même période, le BINUH a établi une
augmentation de 15 %, passant de 2 999 décès en 2023 à
3 456 en 2024, ce qui met en évidence les difficultés du suivi,
de la vérification et de la classification des événements violents dans le contexte d’Haïti7. Selon ACLED, le mois au cours
duquel les événements violents ont été les plus nombreux a
été en 2024, bien que le nombre moyen de décès soit resté
en grande partie largement inférieur à la moyenne de 2023
(figure 11). Tabarre, Gressier et Port-au-Prince apparaissent
comme des zones sensibles du point de vue de l’intensité
relative de la violence. Pour 100 000 habitants, Tabarre a enregistré plus de 76 décès en 2023 et 2024, Gressier 65 et
Port-au-Prince 54 (figure 12), ce qui est nettement supérieur à
la moyenne de nombreux autres pays touchés par des conflits ou des violences. Des zones comme Carrefour, Delmas et
Kenscoff sont en proie à la violence, mais ont enregistré moins
de décès par rapport à l’effectif de leur population. Dans le
même temps, les violations graves des droits de l’homme
restent très préoccupantes. Entre janvier et septembre, le
BINUH a recensé plus de 1 054 enlèvements contre rançon
et une augmentation sensible des cas de violence sexuelle
contre les femmes et les filles (BINUH 2024).
FIGURE 9 :
Nombre d’événements violents (axe de gauche)
et de décès (axe de droite), 2018-2024
FIGURE 10 :
Part (axe de gauche) et écart-type (ET) (axe de droite)
des événements violents, des manifestations et des
émeutes
700
300
100 %
50 %
70 %
60 %
400
40 %
50 %
150
300
100
30 %
0
Manifestations
et émeutes
0%
2018
Morts (axe droite)
Source:
Voir Armed Conflict Location & Event Data
(consulté le 1er septembre 2024), https://acleddata.com/.
Le nombre de décès rapportés diffère entre ACLED et le BINUH en raison
de méthodologies différentes. Alors qu’ACLED s’appuie essentiellement
sur des articles de journaux et des publications dans les médias sociaux,
le BINUH s’appuie sur des réseaux personnels au sein des communautés
touchées.
10 %
10
Janv Août Mars Oct Mai Déc Juil Févr Sept Avr Nov Juin
18 18 19 19
20 20 21 22 22 23 23 24
Événements
violents
20 %
20%
100
0
30 %
40 %
200
50
6
60 %
80 %
500
200
70 %
90 %
600
250
15
2019
2020
2021
2022
2023
0%
2024
Manifestations et émeutes
Événements violents
ET Événements violents
ET Manifestations et Émeutes
Source :
Voir Armed Conflict Location & Event Data
(consulté le 1er septembre 2024), https://acleddata.com/.
7
Différents facteurs peuvent agir sur la marge d’erreur des méthodologies
reposant sur l’analyse des médias, tels que la pénétration des téléphones
portables et la couverture de l’Internet (Dietrich and Eck, 2020).
16
27. La violence reste concentrée dans le département
de l’Ouest8. Les gangs cherchent à étendre leurs zones
d’influence en dehors de la ZMPP. Ils attaquent les
infrastructures publiques dans le sud de la ZMPP et dans le
centre de Port-au-Prince et ont pris le contrôle de toutes les
routes d’entrée et de sortie de Port-au-Prince, perturbant
les transports et entravant l’accès à l’aide humanitaire. Au
cours de l’été 2024, des gangs ont lancé des attaques
dans des communautés jusqu’alors largement épargnées
par la violence, comme Carrefour, Ganthier et Gressier,
et ont expulsé la PNH, causant de graves dégâts aux
infrastructures policières. Les gangs ont également tenté
de prendre le contrôle d’Arcahaie et de Cabaret, bien
que jusqu’en septembre 2024, leurs avancées aient été
freinées par la résistance des communautés locales et de
la PNH. Le département de l’Ouest a été le théâtre de plus
de 80 % de tous les événements violents entre 2018 et août
2024 (figure 13). L’Artibonite est le deuxième département
le plus touché et a connu la plus forte augmentation
relative de la violence entre 2022 et 2023, ce qui a limité
considérablement les activités économiques et agricoles
dans la région (BINUH 2023).
FIGURE 11 :
Nombre moyen de décès par mois des suites
d’événements violents, 2018-2024
FIGURE 12 :
Nombre de décès pour 100 000 habitants par
commune, de septembre 2023 à août 2024
20
100
10
0
0
0
100
200
300
Événements
violents
Morts 2024
Morts 2023
Linéaire (Événements violents)
Fonds Parisien
200
Kenscoff
30
Croix-des-Bouquets
300
Carrefour
40
Delmas
400
Ganthier
50
Pétion-Ville
500
Cité-Soleil
60
Thomazeau
600
Gressier
70
Port-au-Prince
700
Tabarre
MO RTS
80
Source :
Voir Armed Conflict Location & Event Data
(consulté le 1er septembre 2024), https://acleddata.com/.
Source :
Voir Armed Conflict Location & Event Data
(consulté le 1er septembre 2024), https://acleddata.com/.
FIGURE 13 :
Part des événements violents par département
100 %
90 %
80 %
70 %
60 %
50 %
234
344
527
699
1401
1958
860
40 %
30 %
20 %
10 %
0%
4
2018
59
52
26
135
283
68
2019
2020
2021
2022
2023
2024
Artibonite
Grande-Anse
Nord
Nord-Ouest
Sud
Ouest
Centre
Nippes
Nord-Est
Sud
Sud-Est
Source :
ACLED 2023.
ACLED peut sous-déclarer les événements violents dans les zones
situées en dehors de la ZMPP en raison du manque d’accès à Internet ou
aux médias, qui peuvent contribuer à une couverture plus complète des
événements à Port-au-Prince.
8
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Scénarios
et risques
28. L’amélioration de l’environnement sécuritaire de
Port-au-Prince dépendra à la fois de la réussite du processus de transition, du soutien à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MSSM) et de la PNH. La MSSM
est devenue opérationnelle au cours de l’été 2024 avec
le déploiement d’un contingent d’environ 400 agents (sur
les 2 500 agents initialement prévus).9 Lors des opérations initiales avec la PNH, la MSSM a contribué à sécuriser certaines infrastructures essentielles et a temporairement libéré, entre autres, le terminal de Varreux ainsi que
des corridors routiers du contrôle des gangs. La MSSM
coopère étroitement avec la PNH pour libérer des zones
du contrôle des gangs, un certain nombre d’opérations
ayant réussi dans un contexte de soutien continu du Kenya
à la MSSM et de promesses de déploiement supplémentaire de personnel de la part d’autres pays. Cependant, le
manque persistant de personnel, de ressources et d’équipements appropriés limite son efficacité opérationnelle
et sa capacité à maintenir le contrôle des zones libérées.
29. La plupart des grandes factions politiques se sont
alignées sur la priorité que constitue l’amélioration des
conditions de sécurité, y compris avec l’aide de forces de
sécurité extérieures. La MSSM est la dernière d’une série
de missions de soutien à la sécurité en Haïti, dont certaines
se sont heurtées à une résistance considérable à l’intervention extérieure. Bien que des divergences persistent, les
dirigeants politiques et la population haïtienne ont renforcé
leur soutien à la MSSM. S’il est vrai que le renouvellement du
mandat de la MSSM par le Conseil de sécurité des Nations
Unies jusqu’en octobre 2025 n’envisage pas sa transformation, le débat sur son avenir met en lumière la nécessité
de doter la mission de ressources et d’équipements suffisants pour lui permettre d’atteindre l’objectif de mettre en
place un environnement sûr pour les élections générales.
Il témoigne en même temps d’un large consensus autour
de la nécessité d’assurer un financement fiable et suffisant
de la MSSM, avec un horizon à long terme prévisible.
30. Trois grands scénarios sont envisageables, déterminant la mesure dans laquelle le plan d’investissement
de l’ERIC peut être mis en œuvre. Dans un scénario optimiste, la stabilité politique favorise l’expansion des opérations de la PNH, appuyée par la MSSM. Les préparatifs
législatifs et administratifs des élections sont achevés à
temps, grâce à l’amélioration progressive des conditions
de sécurité. Les élections se tiennent sans retard ou à peu
de chose près. Dans un tel scénario, les investissements
dans le capital social et les infrastructures physiques peuvent contribuer dans une mesure importante à améliorer
la cohésion sociale et la réduction de la violence. La pas9
Au moment de la rédaction du présent rapport, le soutien des pays des
Caraïbes reste bien en deçà des niveaux prévus, seuls 24 agents Jamaïcains
étant arrivés sur les 250 attendus des Bahamas, du Belize et de la Jamaïque
17
sation des marchés et l’exécution des projets, notamment
pour la remise en état des infrastructures, s’améliorent, et
l’accès des quartiers touchés à la protection sociale et aux
programmes d’emploi s’accroît. Les résultats des élections
étant largement acceptés, les projets pourront fonctionner et décaisser après la fin de la période de transition.
31. Dans un deuxième scénario, le consensus sur le processus de transition commence à s’effriter, ce qui menace la stabilité politique, alimente la violence et sape la
capacité des autorités à fonder leurs décisions politiques
sur un large consensus. Les allégations de corruption et
les remaniements gouvernementaux ou autres différends
de haut niveau peuvent compromettre la stabilité politique
et l’intégrité des institutions de la transition, détournant
l’attention des efforts de redressement et de stabilisation.
La MSSM continue d’opérer en soutien à la PNH, mais a
du mal à maintenir la sécurité dans les zones libérées,
car il n’existe pas de consensus politique ou ce consensus tarde à se former sur la manière d’étendre la fourniture de services et de traiter les membres actuels ou anciens des gangs. Des élections sont organisées, mais sont
contestées. Les conditions de sécurité s’améliorent et les
projets d’investissement se poursuivent, mais l’horizon
temporel est limité en raison du risque de troubles politiques et des activités des gangs, y compris les menaces
persistantes contre les ports et les aéroports nationaux.
32. Dans un scénario pessimiste, l’instabilité politique compromet les progrès réalisés par la PNH et
la MSSM et peut mettre en péril la durabilité des missions en raison de désaccords politiques sur l’aide extérieure. Comme les conditions de sécurité restent médiocres, peu d’investissements peuvent être réalisés, les
problèmes de passation de marchés et d’accès prévalant
pour tous les investissements prévus dans l’ERIC. La viabilité des projets entamés dépend de la possibilité d’organiser des élections à temps et de manière pacifique.
33. Les deuxième et troisième scénarios comportent des
risques importants. Les gangs pourraient renforcer leurs
réseaux criminels établis dans les quartiers qu’ils contrôlent et les étendre aux zones nouvellement infiltrées.
Forts d’un large contrôle territorial, les gangs risquent de
gagner en capital politique et social et en crédibilité en
affirmant que les élites politiques et économiques, ainsi
que la communauté internationale, resteraient incapables de protéger la population et de fournir des services.
Dans le même temps, les attaques contre la population
visant à consolider ou à étendre le contrôle territorial
pourraient augmenter, y compris dans les zones situées
en dehors de la ZMPP. L’économie illicite liée aux réseaux
internationaux de trafic illicite se développerait au fil de
l’augmentation de la capacité de violence des gangs,
sapant la confiance de la population dans la capacité
de l’État à protéger sa population et ses infrastructures.
18
III. Aperçu de l’impact
de la crise et des
besoins prioritaires
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
34. La crise de 2021-2024 a eu des effets dévastateurs sur
Port-au-Prince et sur le pays dans son ensemble. L’impact de
cette crise a été de très grande ampleur, touchant la plupart
des populations dans la zone métropolitaine et entraînant
des perturbations, des dégâts et des pertes dans tous les
secteurs, qu’il s’agisse de la productivité économique,
d’infrastructures cruciales, des services sociaux de base et
de la capacité de l’État à assurer les fonctions institutionnelles
essentielles, y compris la sécurité et l’ordre publics. Même si
l’ERIC se concentre sur les zones et les populations les plus
touchées de la ZMPP, la crise a eu des effets en cascade
dans tout le pays, compte tenu des dépendances régionales
en matière commerciale, financière, de transport et autres.
19
Axe prioritaire 1
REPRISE ÉCONOMIQUE, APPUI
À LA DIVERSIFICATION ÉCONOMIQUE
ET RENFORCEMENT DE
LA GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE
35. Cette section résume l’évaluation de l’impact et les
besoins correspondants pour stabiliser les différents
secteurs et faciliter la reprise économique et sociale. À court
terme (2024-2026), l’ERIC a déterminé des besoins se chiffrant
à 1,34 milliard de dollars. Ce montant comprend 450 millions de
dollars (34 %) pour les infrastructures, 388 millions de dollars
(29 %) pour la sécurité et l’État de droit, 386 millions de dollars
(29 %) pour la protection sociale (dont 150 millions de dollars
pour les programmes de protection sociale essentiels et
118 millions de dollars pour l’accès aux services de base), et
114 millions de dollars (9 %) pour la reprise économique et la
gouvernance (Figure 14).
37. La crise sécuritaire a eu des répercussions étendues
et persistantes sur tous les secteurs de l’économie.
Comme illustré dans la section 1, la comparaison de la performance économique d’Haïti avec les prévisions d’avant la
crise peut fournir un cadre pour estimer les pertes économiques totales. La perte totale de production depuis 2018 est
estimée à 39 % du PIB de 2024 (9,7 milliards de dollars),
ce qui comprend les pertes provenant de la période 20182020 (18,4 % du PIB de 2024) et de la période 2021-2024
(20,7 % du PIB de 2024). La baisse considérable de l’activité
économique est confirmée par l’analyse statistique de cette
activité, la diminution de l’intensité des lumières nocturnes
et la forte baisse du trafic portuaire. La crise sécuritaire
de 2021-2024 a entraîné une diminution considérable de
l’activité économique et de l’emploi, notamment en raison
des pillages, du saccage et de la perturbation des voies de
transport.
36. Les besoins en vue du relèvement pour 2024-2026 ont
été sélectionnés à l’aide d’un processus de hiérarchisation
rigoureux qui a permis de définir les programmes et les interventions prioritaires ainsi que les besoins d’investissement
connexes dans les quatre axes prioritaires et les secteurs
correspondants. Cette section résume les résultats de l’ERIC
et de la détermination des besoins pour les quatre axes prioritaires. Chaque fois que cela était possible, des estimations
des besoins de redressement à moyen terme (2026-2030)
ont été incluses, qui seront affinées dans les examens futurs
du cadre de sortie de crise et d’investissement de l’ERIC.
38. La crise sécuritaire a également exacerbé la faillite
des fonctions essentielles de la gouvernance économique aux niveaux national et local. Les emplois dans le
secteur public sont passés de 112 631 en septembre 2021
à 104 029 en juin 2024, soit une réduction de 7,8 % des
effectifs. Plus de la moitié des fonctionnaires qui sont partis étaient des techniciens. Cette situation a également affecté considérablement le personnel des administrations
locales dans les zones touchées, où des dizaines d’employés sont partis. Dans d’autres cas, comme à Gressier,
les bureaux municipaux ont été fermés et abandonnés.
FIGURE 14 :
Besoins de financement par axe, 2024-2026
US$
500 000 000
450 000 000
400 000 000
350 000 000
300 000 000
250 000 000
200 000 000
150 000 000
100 000 000
50 000 000
0
40 %
450,192,439
385,941,400
388,979,947
35 %
30 %
25 %
34 %
20 %
29 %
29 %
15 %
114,950,000
10 %
9%
5%
0%
AXE 1 :
Reprise économique,
appui à la diversification
économique et réformes
institutionnelles pour
renforcer la gouvernance
économique
AXE 2 :
Remise en état
des infrastructures
économiques et sociales
et réduction des
vulnérabilités aux chocs
naturels et climatiques
AXE 3 :
Promotion de l’accès à la
santé, à l’éducation et à
d’autres services de base,
de l’inclusion sociale et de
la sécurité alimentaire
AXE 4 :
État de droit, sécurité
publique et réformes
institutionnelles
20
CONTEXTE
de 26 % et 23 % respectivement. Les données relatives à
l’activité économique dans les médias sociaux confirment
39. L’environnement des affaires se dégrade progressivement les répercussions considérables sur des secteurs comme les
depuis 2018 et plus fortement depuis 2021, créant un environ- services d’utilité publique.
nement opérationnel extrêmement difficile pour les entreprises. La période 2018-2019 a été caractérisée par des troubles so- 41. La composition de l’emploi a changé radicalement au cours
ciaux, des vagues de violence et plusieurs épisodes de paralysie des quatre dernières années. Selon l’Enquête téléphonique à
complète de l’économie (« peyi lòk »). En 2020, la pandémie de haute fréquence d’Haïti, la part des personnes interrogées
COVID-19 a provoqué plusieurs chocs qui ont entraîné une con- occupant un emploi dans le commerce de détail - typiquement
traction de l’économie et des licenciements. L’augmentation de des activités commerciales à petite échelle - a augmenté de
la violence liée aux gangs à la fin de 2021 a perturbé les chaînes 27,8 % à 43,2 % entre 2020 et 2023. Dans le même temps, la
d’approvisionnement intérieures, y compris la distribution de part des personnes interrogées employées principalement dans
carburant et de nourriture. Pour les entreprises, cela s’est traduit l’administration publique et l’éducation–fonctions essentielles du
par une réduction des activités de production et une baisse des gouvernement–a chuté de 3,3 % en 2020 à 2,4 % en 2023, et
bénéfices en raison de la fermeture partielle ou permanente de la part des personnes essentiellement engagées dans l’industrie
sites de production ou d’entreprises, de l’augmentation des coûts manufacturière a presque diminué de moitié, passant de 5,2 %
de sécurité, de la démission du personnel du fait de l’émigration, à 2,9 %. Les niveaux élevés d’informalité prévalent, et le nonet des pillages ainsi que du vandalisme qui ont entraîné des paiement des cotisations de sécurité sociale est passé de 78,9 %
en 2021 à 85,8 % en 2023.
pertes et des dégâts au stock de capital (physique et humain).
42. Le marché du travail est de plus en plus caractérisé par
la pauvreté des travailleurs. L’Enquête téléphonique à haute
fréquence 2021-2023 montre que, malgré une baisse initiale
entre 2020 et 2021, la part des Haïtiens en âge de travailler
ayant un emploi a augmenté entre 2020 et 2023 d’environ
10,6 points de pourcentage. Dans le même temps, les progrès
marginaux dans la réduction de la pauvreté entre 2012 et 2018
ont été effacés au cours des trois dernières années sur fond de
dégradation plus poussée des niveaux de vie. Ces évolutions
semblent indiquer qu’une part croissante de la population reste
dans la pauvreté malgré l’emploi, recherchant des activités de
rechange pour maintenir leurs moyens de subsistance et survivre aux chocs sur les revenus.
FIGURE 15 :
Prévisions et croissance réelle de l’agriculture
FIGURE 16 :
Indicateur d’activité économique,
indexé au 1er trimestre 2019
Prévisions
de 2018
IN DICE (2 0 15 = 10 0)
120
115
–1,8 %
du PIB 2024
110
105
100
Prévisions
de 2020
95
90
85
80
–4,5 %
du PIB 2024
Réel
75
IN DICE (10 0 = T 1 20 19 )
40. Les indicateurs de l’activité économique laissent entrevoir
la poursuite du déclin. L’indicateur d’activité économique de
l’Institut haïtien de statistique et d’informatique est une mesure
générale de l’activité économique dans les secteurs primaire
(agriculture), secondaire (industrie) et tertiaire (services). Entre
le premier trimestre 2019 et le deuxième trimestre 2024,
l’indicateur d’activité économique a diminué de 17 %. Dans le
secteur secondaire, l’industrie manufacturière, le bâtiment et les
entreprises publiques de distribution (électricité et eau) ont été
gravement touchés, avec une baisse de l’activité économique
de 16 %, 23 % et 43 % respectivement. Dans le secteur tertiaire,
le commerce et l’industrie hôtelière (restaurants et hôtels)
ont subi les pertes les plus importantes, avec des baisses
145
135
125
115
105
95
85
75
65
2015
2017
2019 2021
2023
2019
2019
2021 2021
2022
2023 2023
Agriculture
Estimation des pertes par rapport aux prévisions
SECTEUR AGRICOLE
P O U R C E N TAG E D U P R O D U I T
INTÉRIEUR BRUT EN 2024
Agriculture
10
MILLIARDS DE DOLLARS
2018–2020
2021–2024
TOTAL
2018–2020
2021–2024
TOTAL
-1,8
-4,5
-6,3
-0,5
-1,1
-1,6
Grazzi, Llamas, Lotti et Peña (à paraître) utilisent l’activité des entreprises
sur Facebook et l’éclairage nocturne comme indicateurs de l’activité
économique et, à l’aide d’un modèle à effets fixes à deux voies, étudient
la manière dont l’activité économique peut être influencée par l’augmentation
des événements politiques (batailles, émeutes impliquant la violence
collective, explosions ou épisodes de violence à distance, violence contre les
civils) et des événements civils (explosions ou épisodes de violence à distance
ciblant les civils, épisodes généraux de violence contre les civils).
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
AGRICULTURE
43. L’insécurité a provoqué des ruptures dans la
chaîne d’approvisionnement, avec des conséquences
désastreuses pour des millions d’agriculteurs. La perte
totale de production dans le secteur agricole entre 2021 et
2024 est estimée à 4,5 % du PIB de 2024 (1,1 milliard de dollars)
(figures 15 et 16). Le secteur agricole constitue la principale
source de revenus du travail pour une grande partie de la
population. La dernière enquête auprès des ménages (2012)
a indiqué que l’agriculture représentait 39 % de l’emploi en
Haïti. Le secteur est également un contributeur important aux
recettes d’exportation. En 2021, les exportations agricoles
comprenaient l’huile essentielle de vétiver, qui représentait
4 % des exportations (46 millions de dollars), suivie par la pêche
et les crustacés (27 millions de dollars), les fruits tropicaux
(12 millions de dollars, essentiellement des mangues), et le
cacao (9 millions de dollars). Le contrôle par les gangs de
la route principale reliant la zone métropolitaine au Sud a
pratiquement coupé la circulation vers la péninsule australe,
où se trouve la majeure partie de la production de vétiver
et une partie de la production de cacao. Le contrôle par les
gangs des routes reliant Port-au-Prince aux départements du
nord a perturbé les exportations de mangues, et leur contrôle
de la route menant à l’Est à travers la Croix-des-Bouquets
menace le transport du café en provenance de Thiotte.
44. En raison de l’insécurité, les mangues ne peuvent
plus faire l’objet d’un contrôle préalable à l’exportation
vers les États-Unis, ce qui empêche l’accès au principal
marché d’exportation et réduit considérablement les
revenus des agriculteurs. Avant la crise, les exportations de
FIGURE 17 :
Prévisions et croissance industrielle réelle
Prévisions
de 2018
I N DICE (201 5 = 100 )
135
125
115
Prévisions
de 2020
105
95
85
–5,9 %
du PIB 2024
Réel
75
2015
2017
2019 2021
INDUSTRIES
45. La contraction du secteur industriel a commencé pendant la pandémie de COVID-19 et s’est aggravée au cours
de la crise sécuritaire de 2021-2024. La baisse de la croissance industrielle a été générale (Figure 17), l’indicateur
d’activité économique affichant un ralentissement dans le
secteur manufacturier, le bâtiment, l’électricité et de l’eau,
et l’exploitation minière (figure 18). La perte de production
du secteur industriel est estimée à 15,2 % du PIB de 2024, y
compris la période de pandémie (9,3 % du PIB de 2024) et la
période 2021-2024 (5,9 % du PIB). Cette baisse correspond
à de graves perturbations de l’approvisionnement en électricité, l’insécurité ayant réduit les livraisons de combustibles.
La baisse de l’activité dans le secteur du bâtiment illustre les
effets de l’insécurité sur l’investissement privé et les faibles
taux d’exécution des projets d’investissement public.
FIGURE 18 :
Indicateur d’activité économique,
indexé au 1er trimestre 2019
–9,3 %
du PIB 2024
140
120
100
80
80
40
mars nov
19
19
2023
Fabrication
juil
20
mars nov juil
21
21
22
mars nov
23
23
Électricité Construction Mines et
et eau
carrières
Estimation des pertes par rapport aux prévisions
SECTEUR INDUSTRIEL
P O U R C E N TAG E D U P R O D U I T
INTÉRIEUR BRUT EN 2024
Industry
21
mangues représentaient 12 millions de dollars par an, une
source essentielle de revenus pour des centaines de milliers
d’agriculteurs informels. Après une baisse de 48 % des
exportations de mangues en 2022 en raison de problèmes
liés au manque de sécurité, les exportations vers les ÉtatsUnis ont été interrompues en octobre 2022. Le ministère
de l’Agriculture des États-Unis a suspendu le programme
de contrôle préalable des services d’inspection de la santé
animale et végétale parce que la sécurité des inspecteurs
ne pouvait être garantie. Le programme de dédouanement
préalable a été officiellement fermé en janvier 2023 (Haïti
Libre, 2022) et n’a pas été rétabli, ce qui réduit les chances
d’une réouverture du marché américain aux agriculteurs
haïtiens pour la saison des mangues 2025.
I N DIC E (1 0 0 = T1 20 19)
OCTOBRE /2024/
MILLIARDS DE DOLLARS
2018–2020
2021–2024
TOTAL
2018–2020
2021–2024
TOTAL
-9,3
-5,9
-15,2
-2,3
-1,5
-3,8
22
1 000M
100M
500M
M OYEN N E M OBILE SUR 1 2 M OIS
VALEUR M EN SUELLE (DOLLARS)
FIGURE 19 :
Importations américaines de textiles et d’habillement en provenance d’Haïti
0M
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
Source :
Office of Textiles and Apparel Trade Data, U.S. Department of Commerce,
https://www.trade.gov/otexa-trade-data-page.
46. Dans le secteur manufacturier, le sous-secteur de
l’habillement a perdu plus de la moitié de ses emplois
formels depuis 2019, les pertes étant concentrées à Portau-Prince. L’habillement était la première exportation d’Haïti,
représentant 82 % des exportations totales et 90 % des
exportations de produits manufacturés en 2019. Le soussecteur a exporté pour 1,09 milliard de dollars dans le monde
entier et a employé près de 53 000 personnes en 2019 (Vijil,
Lewis-Bynoe and Amo, 2021). L’accès en franchise de droits
aux États-Unis11 et la rapidité d’accès au marché font partie des
avantages concurrentiels les plus importants d’Haïti (World
Bank, 2013). La pandémie de COVID-19 a limité les opérations
des usines et la capacité de production, et les commandes
américaines ont chuté précipitamment. L’aggravation des
conditions de sécurité a perturbé les voies de transport
et la disponibilité des produits de base, le secteur a perdu
environ 30 000 emplois (54 %), et 15 entreprises ont cessé
leurs activités entre 2022 et 2024. Environ 55 % des pertes
d’emplois ont eu lieu dans la ZMPP (16 594, soit 75 % de tous
les emplois de l’industrie de l’habillement dans la ZMPP)
au cours de la même période. En juin 2024, 18 entreprises
employait 25 694 travailleurs au niveau national, dont
seulement 5 396 étaient restés dans la ZMPP12. La diminution
des exportations d’habillement d’Haïti vers les États-Unis est
évidente dans les données sur les importations de textiles et
d’habillement (figure 19). La moyenne mobile sur 12 mois des
exportations vers les États-Unis a diminué de 1,0 milliard de
dollars en janvier 2019 à 0,7 milliard de dollars en 2024.
SERVICES
47. Le secteur des services représente la plus grande part de
la perte de production entre 2021 et 2024, estimée à 11,8 %
du PIB de 2024 (figures 20 et 21). Cela reflète la part importante
des services dans l’économie haïtienne et les conséquences
11
Grâce à la Loi sur les opportunités dans l’hémisphère haïtien par
l’encouragement du partenariat et le Programme de reprise économique
en Haïti (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership
Encouragement Act and Haiti Economic Lift Program).
profondes de la crise sécuritaire sur les transports, les restaurants et les hôtels, et le commerce, aggravant les pertes qui ont
commencé pendant la période de la pandémie.
TRANSPORTS
48. Les transports ont été gravement perturbés, comme
en témoigne la baisse du trafic portuaire à Port-au-Prince.
Depuis 2021, les gangs ont progressivement renforcé leur
contrôle sur les trois routes principales en provenance et à
destination de la ZMPP (au Nord via Tabarre et Canaan, au
Sud via Martissant, à l’Est via Croix des Bouquets), en établissant des points de contrôle et en menaçant les passagers
et les cargaisons en échange de pots-de-vin. Le contrôle de
ces principales artères d’entrée et de sortie de la capitale a
eu des effets dévastateurs sur le tourisme, l’agriculture, l’habillement et d’autres secteurs dont les activités nécessitent
le transport de personnes ou de biens. En outre, le port (La
Saline) et l’aéroport de Port-au-Prince font l’objet d’attaques
ou de saisies par des gangs, entraînant leur fermeture temporaire, avec de graves conséquences sur pratiquement
tous les aspects de l’approvisionnement et se traduisant par
une forte baisse des volumes d’importations et d’exportations à Port-au-Prince entre 2019 et 2024 (figures 21a et 21b).
SECTEUR FINANCIER
49. L’aggravation de la crise économique et la détérioration de l’environnement opérationnel des entreprises
privées ont profondément affecté le fonctionnement et les
résultats du système financier. Les activités de crédit dans
le secteur financier ont été gravement touchées. Le taux de
prêts non productifs a progressivement augmenté, passant
de 2,5 % des prêts en septembre 2018 à 6,7 % en 2022 et
12,7 % au 31 mars 2024 (BRH 202413). L’exposition du système
12
Données du programme Better Work Haïti de l’OIT.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
FIGURE 21 :
Indicateur d’activité économique indexé
au 1er trimestre 2019
FIGURE 20 :
Indicateur d’activité économique indexé
au 1er trimestre 2019
120
Prévisions
de 2018
125
–4,9 %
du PIB 2024
120
115
110
Prévisions
de 2020
105
–11, 8 %
du PIB 2024
100
95
Réel
IN DICE (10 0 = T 1 2 0 19 )
IN DICE (2 0 1 5 = 1 0 0 )
135
23
110
100
90
80
70
60
90
2015
2017
2019
2021
2023
mars
19
nov
19
juil
20
mars nov
21
21
juil
22
mars nov
23
23
Commerce
Restaurants
et hôtels
Transport
& Communications
Institutions
financières
Autres
services
Services non
commerciaux
Estimation des pertes par rapport aux prévisions
SECTEUR DES SERVICES
P O U R C E N TAG E D U P R O D U I T
INTÉRIEUR BRUT EN 2024
Services
MILLIARDS DE DOLLARS
2018–2020
2021–2024
TOTAL
2018–2020
2021–2024
TOTAL
-4,9 %
-11,8 %
-16,7 %
-1,2
-2,9
-4,2
financier au risque de crédit a fortement augmenté, passant
de 4,9 % en septembre 2023 à 12,8 % au 31 mars 2024. La
diminution des revenus des intérêts a entraîné une baisse
du rendement des actifs de 1,9 % en 2021 à 1,1 % en 2024.
Sur l’ensemble des prêts en difficulté, 68 % concernent le
secteur commercial et 17 % le secteur industriel. Les mêmes
tendances sont visibles dans le secteur de la microfinance.
Le taux de prêts non productifs des coopératives d’épargne
et de crédit est passé de 8,5 % en septembre 2021 à 11,1 %
en septembre 2023, et le taux de prêts non productifs des
institutions de microfinance non réglementées est passé
de 18,9 % en septembre 2021 à 30,7 % en septembre 2023
(BRH 2024). Les institutions financières ont également
été victimes de vandalisme et de violence. En septembre
2022, 41 agences bancaires à travers le pays avaient été
victimes d’agressions, de pillages ou d’incendies criminels,
entraînant leur fermeture. En mars 2024, 18 autres agences
bancaires avaient été vandalisées ou fermées dans la ZMPP.
FIGURE 22 :
Volume des (a) Importations et (b) Exportations
VOLUME ESTIMÉ
a
b
300K
200K
100K
0K
2019
2020
2021
2022
2023
2024
Port-au-Prince
2019
Cap Haïtien
2020
Saint-Marc
Sources :
Plateforme mondiale des Nations Unies, https://www.officialstatistics.org/ ; IMF PortWatch
https://portwatch.imf.org/pages/faqs.
13
Évaluation d’impacts et Programme d’appui aux institutions financières
et entreprises débitrices du système financier victimes de la crise
sociopolitique, Banque de la République d’Haïti, Juillet 2024.
2021
2022
2023
2024
24
FIGURE 24 :
Pourcentage de la population couverte
selon le type de réseau
COUVERTURE DU RÉSEAU 3G
10M
4G
3G
8M
COUVERTURE DU RÉSEAU 4G
NOMBRE DE CONNEXIONS MOBILES
FIGURE 23 :
Nombre de connexions mobiles
selon le type de réseau
6M
2G
4M
2M
0M
2003
2008
2013
2018
80 %
60 %
40 %
20 %
0%
80 %
60 %
40 %
20 %
0%
2023
Source :
GSMA Intelligence (base de données) (consultée en
Septembre 2024), https://www.gsmaintelligence.com/data/.
FIGURE 25 :
Consommation de données mobiles par connexion,
en mégaoctets par mois de données
2010
2015
2020
2025
Source :
GSMA Intelligence (base de données) (consultée en Septembre
2024), https://www.gsmaintelligence.com/data/.
FIGURE 26 :
Consommation de données par connexion
dans les pays voisins, en mégaoctets par mois
Haïti
Nicaragua
1 000
El Salvador
Jamaïque
Barbade
500
Guadeloupe
Honduras
République
dominicaine
0
2017
2019
2021
2023
Source :
GSMA Intelligence (base de données) (consultée en
septembre 2024), https://www.gsmaintelligence.com/data/.
TÉLÉCOMMUNICATIONS
50. Les opérateurs de télécommunications mobiles ont
remarquablement bien résisté aux conditions de sécurité
difficiles. Comme dans d’autres secteurs, les deux principaux opérateurs de télécommunications mobiles ont réussi à maintenir leurs services malgré les enlèvements, les
pénuries de carburant et les perturbations des voies de
communication. Fait remarquable, les données du secteur
indiquent une expansion continue des connexions mobiles,
atteignant près de 10 millions à la mi-2024, dont 6,2 millions d’abonnés uniques, car de nombreux utilisateurs possèdent plusieurs cartes SIM (figure 23). Le taux de pénétration des abonnés uniques est d’environ 52 % en Haïti, ce
0K
10K
20K
Source :
GSMA Intelligence (base de données) (consultée en
septembre 2024), https://www.gsmaintelligence.com/data/.
qui reste inférieur à d’autres pays de la région comme le
Salvador (74 %) et la République dominicaine (64 %). La
qualité de la connexion s’est progressivement améliorée
avec le déploiement de la 4G, qui représente désormais environ 69,6 % de toutes les connexions mobiles. L’insécurité
peut avoir limité l’extension de la couverture 4G à d’autres
régions du pays. Le réseau 3G couvre environ 95 % de la
population, tandis que la couverture 4G n’atteint que 72 %
(figure 24). La consommation de données mobiles a continué à augmenter de manière exponentielle, atteignant 1,4
gigaoctet par connexion et par mois à la mi-2024 (figure 25),
bien que ce chiffre soit nettement inférieur à celui d’autres
pays de la région (figure 26). Il sera essentiel de garantir l’efficacité des réseaux mobiles pour maintenir la connectivité
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
et mettre en œuvre les plans de relance afin de soutenir la
croissance du secteur des services en Haïti à moyen terme.
TOURISME
51. Le secteur du tourisme était déjà en récession en 2019,
mais l’aggravation des conditions a eu un effet dévastateur
sur les propriétaires d’entreprises, en particulier dans les enclaves touristiques comme la Côte des Arcadins et dans le
Sud. En 2019, la demande de services touristiques était en
hausse, en particulier pour l’hébergement. Les arrivées internationales augmentaient à un taux annuel moyen de plus de
6 % depuis 2012, avec des arrivées de visiteurs dépassant
1,2 million par an. Les investisseurs internationaux et les agences de tourisme mondiales manifestaient leur intérêt pour Haïti, et un réseau de maisons d’hôtes avait vu le jour pendant la
phase de reconstruction après le tremblement de terre pour
répondre à la demande croissante d’hébergement, mais l’augmentation de la criminalité, les troubles civils violents en 2018
et 2019, et la décision ultérieure des États-Unis de placer Haïti au niveau 4 de leur catégorie d’interdiction de voyager ont
provoqué une récession dans le secteur du tourisme (Vijil, Lewis-Bynoe et Amo, 2021). La pandémie de COVID-19 a aggravé
les difficultés de l’industrie touristique. L’occupation de la zone
de Martissant par les gangs a pratiquement coupé l’accès routier à la péninsule sud, ce qui a gravement perturbé le tourisme
dans cette région. En conséquence, de nombreuses entreprises du secteur touristique (par exemple, les voyagistes, les
transporteurs, les restaurants) ont profité d’un moratoire sur le
remboursement des prêts mis en place par la Banque centrale.
FIGURE 27 :
Gouvernance et qualité institutionnelle en Haïti,
2010-24
GOUVERNANCE
52. La crise sécuritaire a affaibli les institutions gouvernementales centrales et locales, limitant leur capacité à gérer
les ressources publiques et à fournir des services aux citoyens. L’instabilité politique et l’augmentation de la violence ont
contribué à l’affaiblissement systématique des institutions, qui
manquent de plus en plus de ressources, sont accaparées par
des intérêts particuliers et voient leur capacité à remplir des
fonctions publiques essentielles sérieusement réduite. Le manque de transparence et de responsabilité dans la gestion des
ressources publiques continue à limiter la fourniture de services
et à éroder la confiance des citoyens dans le gouvernement
(World Bank, 2022 ; 2023). En conséquence, les indicateurs de
la qualité institutionnelle se sont considérablement dégradés.
L’indice de transformation Bertelsmann souligne que la gouvernance démocratique et économique a considérablement
diminué depuis 2020 (figure 27). De même, les indicateurs
mondiaux de gouvernance montrent que l’efficacité du gouvernement et la qualité de la réglementation ont connu des
baisses particulièrement inquiétantes depuis 2019 (figure 28).
53. La crise a également entravé la capacité du gouvernement à collecter et à utiliser des données pour élaborer
et mettre en œuvre des politiques publiques. Des données fiables et opportunes sur les ménages, les entreprises et les services publics sont essentielles pour la réussite
des politiques. Le dernier recensement de la population haïtienne a eu lieu en 2003 et les données sur la fonction publique ne peuvent pas être systématiquement mises à jour.
FIGURE 28 :
Indicateurs de gouvernance dans le monde,
2010-22
-1.19
-1,19
4.5
-2,07
-2,23
4.0
-0,71
-0,75
Voix et
Responsabilité
-1,65
Efficacité du
gouvernement
-1,03
-1,32
-1,31
3.5
-1,38
3.0
-0,38
2.5
Qualité de la
Réglementation
État de droit
-0,98
-1,19
-1,35
-1,46
2.0
2020
2022
Status de la
Démocracie
Situation de
l’Économie
2024
Indice de
gouvernance
Source :
Indice de transformation Bertelsmann 2024 : Media Kit.
https://www.bti-project.org.
25
–2,5
–2
2010
–1,5
–1
2019
Contrôle
De la corruption
–0,5
0
2022
Source :
Indicateurs de gouvernance dans le monde 2024.
https://www.worldbank.org/en/publication/worldwide-governanceindicators.
26
GOUVERNANCE
ADMINISTRATIVE
nés ou vandalisés, les douanes et la direction générale
des Impôts (DGI) étant particulièrement touchées.
54. La fonction publique a perdu 7,8 % de ses agents
depuis septembre 2021, la plupart étant des cadres
techniques. Les données du gouvernement indiquent que
8 602 employés du secteur public ont quitté le pays, réduisant la main-d’œuvre totale de 112 631 en septembre 2021
à 104 029 en juin 2024 avec une tendance continue à la
baisse (DGB, 2024). Cette situation a également affecté
le personnel des administrations locales dans les zones
touchées par la violence, où de nombreux employés ont
quitté leur poste. Dans certains cas, comme dans la municipalité de Gressier, les bureaux sont fermés et abandonnés.
55. La perte de capacité de l’administration publique a
inversé la croissance de la main-d’œuvre employée dans
le secteur public jusqu’en 2021. De janvier 2008 à la fin
de 2021, l’effectif de la fonction publique est passé de
55 728 à 112 648 employés (102 %), puis a diminué d’environ 6,5 % de janvier 2022 à avril 2024 (figure 29). La taille
de la main-d’œuvre n’a pas changé de manière uniforme
dans les ministères et varie en fonction du secteur et du
type d’emploi. Les ministères comme ceux de la santé et
de la justice ont enregistré la plus forte baisse de leurs
effectifs, tandis que ceux de la défense ont légèrement
augmenté. La baisse n’a pas non plus été homogène entre
les différents types de personnel, le personnel technique
étant le plus susceptible de quitter la fonction publique.
Il est important de noter que les pertes enregistrées sont
probablement sous-estimées en raison du nombre élevé
d’employés “fantômes” qui ont cessé de travailler. De
nombreux bureaux du gouvernement ont été abandon-
56. La crise a exacerbé la faillite dans les fonctions essentielles de gestion des ressources humaines. L’absence d’un système intégré d’information sur la gestion
des ressources humaines aggrave encore la situation, alors que ce système est essentiel pour garantir l’efficacité
du recrutement, du suivi et de la gestion des salaires. En
outre, l’absence d’un cadre adéquat pour la gestion et le
contrôle du personnel et des emplois entrave l’élaboration des politiques nécessaires pour attirer et retenir des
fonctionnaires qualifiés et correctement rémunérés. La
rémunération de la fonction publique est faible, avec un
niveau élevé de compression salariale entre les salaires les
plus élevés et les plus bas, ce qui indique que les niveaux
de rémunération sont insuffisants pour retenir le personnel
hautement qualifié.
57. De nombreux projets et initiatives de réforme ont
été abandonnés, ont été mis en œuvre à un rythme
extrêmement lent ou continuent d’être retardés, comme
dans le cas du nouveau recensement de la population.
Par exemple, la situation sécuritaire continue de retarder
le Cinquième recensement général de la population et de
l’habitat, qui est essentiel pour l’élaboration et le ciblage
des politiques visant à améliorer les services publics. Il
a été formellement interrompu début 2023 en raison de
l’impossibilité de déployer les 18 000 agents de l’Institut
haïtien de statistique et d’informatique nécessaires au
comptage, notamment dans les départements de l’Ouest
et de l’Artibonite. En outre, du matériel de recensement
d’une valeur de 1,3 million de dollars a été déclaré perdu
en janvier 2022, tandis que les batteries des tablettes
FIGURE 29 :
Évolution de la main-d’oeuvre et de la masse salariale, de janvier 2008 à avril 2024
4 000
SALARIÉS
100 000
3 500
3 000
80 000
2 500
60 000
2 000
1 500
40 000
1 000
20 000
500
0
0
mars déc
19
08
nov
09
Effectifs
Source :
DGB (2024)
oct
10
sept
11
août juil
12
13
Masse Salariale
juin
14
mai
15
avr
16
mars fév
17
18
janv
19
déc
19
juil
21
fév
23
avr
24
Millions de Gourdes
4 500
120 000
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
et des ordinateurs portables nécessaires au travail de
dénombrement sur le terrain s’étaient détériorées.
GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE
ET FINANCIÈRE
58. La crise a eu des répercussions importantes sur
les recettes fiscales, qui restent très faibles, estimées
à 7,4 % du PIB pour l’exercice 202414. Entre 2014 et
2018, les recettes de la DGI ont augmenté en moyenne de
17 % par an et sont tombées à 2 % du PIB entre 2018 et
202015. De 2020 à 2023, les recettes ont stagné en raison
des difficultés liées au recouvrement des impôts et à la
récession économique. Les finances des communes de la
ZMPP ont connu les mêmes difficultés. Dans l’ensemble,
les 11 communes de cette zone ont enregistré une baisse
des recettes de 26 170 milliards de gourdes pour l’exercice
2018 à 15 369 milliards de gourdes pour l’exercice 2020.
Cité Soleil et Tabarre sont les communes les plus touchées,
avec des baisses de plus de 50 % en 2020. Compte tenu de
la détérioration du contexte sécuritaire, il est fort probable
que cette baisse des recettes se poursuivra au niveau
national et local (figure 30).
59. Les recettes douanières sont devenues la principale
source de revenus du gouvernement, mais la violence
des gangs compromet l’efficacité de l’administration
douanière. Les recettes recueillies par les douanes ont
considérablement augmenté en 2023, grâce à une meilleure valorisation des produits importés, malgré une baisse
de plus de 50 % du volume des conteneurs importés. Les
recettes douanières sont passées de 46,5 % des recettes
totales pour l’exercice 2022 à 60 % pour l’exercice 2023
27
(World Bank, 2024b), bien que les douanes continuent de
faire face à des problèmes importants, imputables essentiellement aux effets de l’insécurité sur le commerce international, à la présence et au contrôle limités des douanes, et
aux contraintes qui pèsent sur la capacité de l’administration douanière à lutter contre les pratiques frauduleuses.
Elle s’efforce de relever ces défis, notamment grâce à la
numérisation, mais il reste un certain nombre de réformes
prioritaires à mettre en œuvre pour renforcer les capacités
de collecte et améliorer les résultats.
60. Les réformes nécessaires pour assurer une gestion
efficace des fonds publics n’ont pas été mises en œuvre.
Depuis 2017, la direction générale du Budget s’efforce de
mettre en œuvre la réforme de la budgétisation axée sur
les résultats et de passer à la comptabilité d’exercice afin
de renforcer l’efficacité, la transparence et la responsabilité. Toutefois, la mise en œuvre de ces réformes indispensables, imposées par la loi depuis 2016, se fait attendre.
De même, la mise en œuvre du système intégré de gestion financière, conçu pour soutenir ces réformes, connaît
d’importants retards depuis 2022, malgré un démarrage
prometteur à la fin de 2021. Au 15 septembre 2024, seuls
21 des 30 ministères et institutions avaient mis en service
le système, et au moins 30 % des travaux de déploiement
de ce système doivent être refaits en raison de pertes considérables de personnel clé.
61. Divers facteurs continuent d’entraver la gestion
des investissements publics, notamment la crise
sécuritaire, qui influe directement sur la quantité et
la qualité des services publics fournis. Les dépenses
totales d’investissement public en Haïti représentaient
3,4 % du PIB en 2022–en dessous de la moyenne
FIGURE 30 :
Évolution des revenus des cinq plus grandes communes (en pourcentage, axe de gauche)
et des revenus de toutes les communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince (en milliards
de gourdes, axe de droite), 2015-2020
60 %
30 000
40 %
25 000
20 %
2018–2019
0%
- 20 %
2015–2016
2019–2020
15 000
2016–2017
10 000
2017–2018
- 40 %
20 000
- 60 %
5 000
- 80 %
Cité Soleil
Tabarre
Port-au-Prince
Pétion-Ville
Delmas
Recettes totales
des 11 communautés (rhs)
Source :
Sur la base des données reçues de la direction générale des Impôts.
14
World Bank, Macro Poverty Outlook, automne 2024.
15
16
Selon les données fournies par la DGI.
Voir la base de données des Perspectives de l’économie mondiale.
https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2024/April
(consultée le 1er septembre 2024)
28
régionale de 4,4 % (IMF, 2024)16. Le taux d’exécution des
dépenses d’équipement demeure faible, à 40,5 % pour
l’exercice 2023, reflétant la faible capacité des organismes
publics à exécuter des projets d’infrastructure. Les niveaux
de dépenses dans le secteur social sont stables, mais la
mise en œuvre reste difficile. Les investissements publics
n’ont pas donné lieu à des améliorations notables de
l’accès ou de la qualité des services publics. L’efficacité des
investissements publics en Haïti, définie comme la capacité
à augmenter le volume et à améliorer la qualité des actifs
d’infrastructure pour un niveau de dépenses donné, reste
l’une des plus faibles au monde (IMF, 2024)17. En partie à
cause de la crise sécuritaire, des faiblesses persistent dans
la planification, l’allocation et l’exécution des ressources
budgétaires, y compris : i) l’absence de règles budgétaires
permanentes et de préparation effective d’un cadre
budgétaire à moyen terme pour aligner la préparation du
budget sur la politique budgétaire ; ii) la quasi-absence
d’évaluation ex ante des projets publics malgré l’existence
d’un manuel de procédures décrivant la méthodologie ;
iii) l’insuffisance des critères de sélection des projets ;
iv) la non-application de la budgétisation pluriannuelle ;
v) la faiblesse du financement de la maintenance ; vi) la
difficulté à mobiliser des financements, et le mauvais suivi
des actifs (IMF 2022).
TRANSPARENCE ET
RESPONSABILITÉ
62. La crise a retardé les initiatives visant à renforcer les
institutions de contrôle interne et externe. Pratiquement
toutes les institutions de contrôle18 continuent à manquer
de capacités techniques et de cadre de réglementation
pour accroître la transparence et la responsabilité dans
la gestion des fonds publics. Les crises récentes ont encore affaibli le fonctionnement de ces organismes, avec
le départ d’un nombre important d’agents spécialisés. Par
exemple, l’Institution supérieure de contrôle des finances publiques a perdu 50 % du personnel qualifié formé
à la réalisation d’audits, et la Commission nationale des
marchés publics a perdu 16 % de son personnel et n’a pas
été en mesure de remplacer les auditeurs qui sont partis.
Par conséquent, les initiatives de renforcement des capacités n’ont pas donné lieu à des améliorations sensibles19.
APERÇU DES BESOINS
EN MATIÈRE DE
REDRESSEMENT
63. Pour 2024-2026, il faut un montant de 116,8 millions
de dollars pour la relance de l’économie et du secteur privé
17
Base de données des Perspectives de l’économie mondiale,
Fonds monétaire international.
https://www.imf.org/en/Publications/WEO/weo-database/2024/April.
(consultée le 1er septembre 2024).
et la gouvernance économique et administrative. Seuls
quelques besoins de financement à moyen terme ont pu
être déterminés en raison des incertitudes considérables
que l’environnement sécuritaire a engendrées. Les coûts
identifiés s’élèvent à un total partiel de 24 millions de
dollars (Tableau 1).
64. La crise sécuritaire a touché le secteur privé à travers
les quatre canaux de transmission des chocs et des
crises communément identifiés, à savoir les canaux de la
demande, de l’offre, de la finance et de l’incertitude. La
perturbation des chaînes d’approvisionnement a entraîné
des chocs de la demande imputables à la réduction des
dépenses de consommation en biens et services, des
ventes à d’autres entreprises et des exportations. Le choc
de l’offre a été provoqué par les fermetures d’entreprises
et la réduction de l’accès aux intrants importés, la
diminution des heures d’ouverture, l’absentéisme des
travailleurs et la réduction de la productivité de la maind’œuvre. Un resserrement des liquidités et l’incapacité des
entreprises à assurer le service de la dette ont entraîné un
choc financier dans un contexte d’incertitude importante
quant à la durée des crises. Des publications sur la reprise
après la crise, y compris après la pandémie de COVID-19,
soulignent le rôle central des petites et moyennes
entreprises en tant que moteurs de la croissance pour
s’attaquer aux causes profondes des conflits créés par
le manque d’emplois et de possibilités économiques.
Les leçons tirées des crises précédentes et le bilan des
interventions publiques pertinentes pour les entreprises
dans la phase de redressement indiquent qu’il est
nécessaire de : i) rétablir les flux de crédit pour stimuler
l’investissement ; ii) réactiver les flux commerciaux et la
participation à la chaîne de valeur ; et iii) mettre en œuvre
des programmes pour les petites et moyennes entreprises
afin de promouvoir la croissance des entreprises et de la
productivité.
65. Les interventions proposées en vue du redressement
sont estimées à 85 millions de dollars. L’ERIC est basée
sur les leçons tirées des crises précédentes et propose
des programmes qui s’attaquent aux canaux par lesquels la
crise a touché le secteur privé. Dans le cadre de la Mesure
prioritaire 1, l’ERIC propose un programme pour rétablir
l’accès au crédit pour les entreprises vandalisées et nonvandalisées (par exemple, ligne de crédit, garantie partielle
de crédit) et des services de soutien aux entreprises (par
exemple, formation et dons de contrepartie) pour les petites
et moyennes entreprises afin de promouvoir la croissance
de la productivité. L’aide aux institutions de microfinance
est également intégrée dans la Mesure prioritaire 1 pour
cibler les groupes vulnérables, en particulier les petites
entreprises informelles. L’aide fournie par l’intermédiaire
des institutions de microfinance apportera un soutien à
18
Commission nationale des marchés publics, Institution supérieure de
contrôle, Unité de lutte contre la corruption, Inspection générale des
finances.
19
Certaines mesures à appliquer pour accroître la transparence et la
responsabilité sont liées au secteur de la justice et sont abordées
dans l’Axe prioritaire 4.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
court terme au bilan pour leur permettre de résoudre les
problèmes de remboursement et de liquidité. La Mesure
prioritaire 2 vise à aider à réactiver les flux commerciaux
et la participation à la chaîne de valeur, en particulier
pour les secteurs de l’agriculture et de l’habillement
tournés vers l’exportation. La Mesure prioritaire 3 vise
à accompagner les réformes de l’environnement des
entreprises.
66. En ce qui concerne la gouvernance économique,
le plan d’investissement donne la priorité aux
interventions ayant un impact à court terme tout
en jetant les bases d’une stabilité à long terme. Les
interventions ont été déterminées à l’aide des critères
de hiérarchisation suivants : activités visant à renforcer
les fonctions gouvernementales de base pour permettre
le redémarrage de la fourniture de services de base
aux citoyens et aux entreprises et pour une gestion
efficace des ressources publiques ; interventions visant
à remédier au manque de capacité dans les principaux
organismes publics responsables de la conception et de
la mise en œuvre des politiques de renforcement de la
résilience ; activités visant à promouvoir la durabilité et
le suivi de l’élaboration des politiques ; et interventions
visant à revitaliser une culture gouvernementale de
transparence et de responsabilité afin de rétablir la
confiance des citoyens.
67. Les programmes proposés abordent les différentes
façons dont la crise a touché le secteur public. Dans
le cadre de la Mesure prioritaire 4, l’ERIC propose des
programmes pour augmenter la capacité de mobilisation
des revenus des douanes et de la DGI (des activités
complémentaires étant proposées dans le cadre de la
Mesure prioritaire 3), ce qui est essentiel pour créer la
marge de manœuvre budgétaire permettant de financer
les investissements nécessaires, la capacité statistique
pour produire et analyser les données nécessaires en
vue d’éclairer l’allocation des ressources publiques,
et la capacité sectorielle pour préparer et exécuter
les investissements prioritaires. Dans le cadre de la
Mesure prioritaire 5, l’ERIC propose des programmes
pour atténuer les pertes en ressources humaines
et pour retenir et attirer le personnel en renforçant
les fonctions essentielles de gestion des ressources
humaines et en améliorant les conditions de travail, et
pour soutenir la résilience des institutions essentielles
de gestion des finances publiques et de l’organisme
national de statistique en acquérant des solutions
basées sur l’informatique en nuage pour le stockage
et la gestion des données et en mettant en place des
environnements de travail virtuels sécurisés. Dans le
cadre de la Mesure prioritaire 6, l’ERIC propose des
programmes qui peuvent accroître la transparence et la
29
responsabilité en augmentant la capacité des institutions
de contrôle interne et externe et en publiant des données
essentielles sur la collecte et la dépense des ressources
publiques.
30
TABLE 1 :
Besoins pour la relance économique et la gouvernance administrative
Besoins à court
terme dollars
(2024-2026)
Besoins à moyen
terme dollars
(2024-2026)
Programme de relance des micro petites et moyennes entreprises: Soutenir le rétablissement des
entreprises et des institutions financières vandalisées et la relance des activités de production des
micro petites et moyennes entreprises.
70 000 000
À déterminer
Programme de soutien à la diversification
économique et appui aux secteurs de production
et aux industries : Soutenir les chaînes de valeur à
plus forte valeur ajoutée pour relancer les activités
de production soutenir le rétablissement des liens
de la chaîne d’approvisionnement élargir l’accès
aux marchés et aux possibilités d’investissement.
8 000 000
17 000 000
5 750 000
6 900 000
7 000 000
À déterminer
22 200 000
À déterminer
3 850 000
À déterminer
116 800 000
23 900 000
Mesure prioritaire
Programme
Relancer l’économie
par un soutien ciblé aux
investissements privés
générateurs de richesses
et d’emplois décents.
Soutenir le développement
des chaînes de valeur
dans les secteurs de la
transformation et de la
production.
Mettre en œuvre des
mesures à résultat
rapide pour améliorer
l’environnement des
entreprises.
Améliorer l’environnement des entreprises :
Soutenir la reprise des entreprises et
l’investissement en continuant à améliorer
l’environnement des entreprises par des réformes
de la réglementation spécifique aux secteurs et
portant sur l’ensemble de l’économie.
Programme de renforcement des douanes :
Renforcer les infrastructures douanières et
les capacités de surveillance par l’acquisition
d’équipements physiques et d’équipements de
protection individuelle.
Renforcer le cadre stratégique de la réforme des
finances publiques.
Renforcer les statistiques nationales.
Assurer la gouvernance
économique et financière.
Améliorer les résultats des administrations chargées
de la collecte (renforcement de l’administration et
des technologies de l’information).
Mettre en œuvre la réforme budgétaire et la gestion
des investissements publics.
Renforcer la direction générale de la Trésorerie et
de la Comptabilité publique.
Renforcer les ressources humaines (y compris au
niveau local) et mettre en place un système intégré
de gestion des ressources humaines.
Assurer la gouvernance
administrative.
Améliorer les conditions de travail (espaces et équipements).
Mettre en place une infrastructure de travail numérique sécurisée.
Implement fiscal reform
and public investment management.
Strengthen General Directorate of Treasury
and Public Accounting.
Accroître la transparence
et la responsabilité.
Renforcer les capacités des institutions de contrôle
et de lutte contre la corruption.
Accroître la transparence et la participation des
citoyens.
TOTAL
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Axe prioritaire 2
REMISE EN ÉTAT DES
INFRASTRUCTURES ÉCONOMIQUES
ET SOCIALES ET RÉDUCTION DES
VULNÉRABILITÉS AUX CHOCS
NATURELS ET CLIMATIQUES
68. La crise sécuritaire a gravement affecté les
infrastructures de transport (routes, ports, aéroports,
services connexes), causant des dégâts estimés à 235
millions de dollars pour les routes, 62 millions pour les ports et
2,9 millions pour les infrastructures maritimes. La
sécurisation de l’aéroport international a entraîné un coût
supplémentaire de 6,5 millions de dollars. Les effets combinés
des catastrophes naturelles et du manque d’entretien ont
aggravé les impacts des dégâts causés aux infrastructures,
isolant les régions pendant la saison des pluies et entravant
les activités socioéconomiques et la reprise économique
(Stokenberga et coll., 2023).
69. Pour le secteur de l’électricité, la violence des gangs
a endommagé cinq postes et 20 lignes de distribution,
affectant 60 % de la clientèle de la zone métropolitaine.
Avant la crise, Haïti avait déjà la plus faible consommation
d’électricité par habitant de la région (36 kWh/an). En 2020,
seuls 45 % des Haïtiens avaient accès à l’électricité, dont
seulement 12,5 % étaient légalement raccordés. Le taux
de recouvrement des factures était de 45 %, entraînant
un déficit annuel de 250 à 300 millions de dollars. La
fermeture du terminal de Martissant en 2021 a réduit la
capacité de stockage d’énergie de 11 %, et le transport
des hydrocarbures est devenu extrêmement difficile, ce
qui a entraîné une augmentation des prix de 15 à 20 %.
L’infrastructure du secteur est vieillissante et doit être
réparée de toute urgence, les pertes techniques et non
techniques contribuant aux coûts élevés et à l’inefficacité20.
70. Depuis 2022, la couverture en eau potable a diminué.
La violence des gangs a endommagé 55 % des sites de la
direction nationale de l’Eau potable et de l’Assainissement
(DINEPA), causant des dégâts estimés à 70 millions de dollars
et une perte de revenus de 3,6 millions de dollars pour les
centres d’exploitation technique de la ZMPP et de la Croix
des Bouquets. Les besoins en eau potable de la ZMPP sont
estimés à 320 000 m³/jour alors que la DINEPA ne fournissait
que 140 000 m³/jour en 2020. La crise a entraîné une perte
de ressources humaines et a rendu inaccessible le seul site
de décharge officiel, limitant ainsi les services de collecte
des déchets solides.
71. Les secteurs des télécommunications et de l’infrastructure numérique sont confrontés à des contraintes
importantes imputables aux groupes armés qui menacent
20
World Bank. 2021. Haïti– “Projet de reconstruction de l’infrastructure
électrique et d’expansion de l’accès à l’électricité”
Washington, DC Groupe de la Banque mondiale
31
les équipements, limitent la maintenance et interrompent
l’approvisionnement en carburant. Entre septembre et novembre 2023, 85 % des sites de Digicel dans la capitale et
40 à 60 % dans les petites villes étaient opérationnels, mais
les sites ruraux étaient presque tous hors service, ce qui a
perturbé la continuité des activités et retardé l’exécution du
budget public (Dorval, Verdeil and Prevost, 2023).
INFRASTRUCTURES DE
TRANSPORT
72. La crise sécuritaire a aggravé la détérioration des
infrastructures déjà insuffisantes, le vandalisme, la
violence armée et la négligence ayant endommagé les
routes, les ports et les aéroports. Les infrastructures de
transport comprennent les routes, les ports, les aéroports
et les services connexes comme le drainage, la gestion des
déchets et le transport des personnes et des biens. Avant la
crise, le réseau routier était déjà considérablement dégradé
en raison du manque d’entretien. Les infrastructures
portuaires et aéroportuaires sont insuffisantes et ne
répondent pas aux normes de la réglementation du trafic
international et aux besoins du trafic local. Le réseau de
drainage, insuffisant et bouché par les déchets, a également
contribué à la dégradation des ports.
73. Les dégâts aux infrastructures s’élèvent à plus de
307 millions de dollars, dont 235 millions de dollars pour
le seul secteur du transport routier (tableau 2) (World
Bank, 2021). La violence des gangs a entraîné des pertes
d’au moins 62,5 millions de dollars de revenus portuaires
et des dégâts directs aux trois principaux ports de Port-auPrince estimés à 2,9 millions de dollars. Le renforcement
des mesures de sécurité à l’aéroport international de
Port-au-Prince (périmètre de sécurité, miradors) a entraîné
un coût supplémentaire de 6,5 millions de dollars. Ces
dégâts estimés ne sont pas à la hauteur des besoins de
relèvement à court terme compte tenu de la dégradation
des infrastructures avant la crise de 2021.
TABLEAU 2 :
Dégâts aux infrastructures de transport,
2021-2024
Secteur
Montant (dollars)
Routes
235 027 524
Maritime
2 862 653
Port
62 437 500
Aéroport
6 500 000
TOTAL
306 827 678
https://documentsinternal.worldbank.org/search/33311180
32
INFRASTRUCTURES
ÉLECTRIQUES
74. Le secteur de l’électricité en Haïti était déjà confronté
à des défis importants avant la dernière crise. Au niveau
national, la consommation d’énergie par habitant est d’environ 36 kWh/an, soit la plus faible de la région. En 2020,
seuls 45 % des Haïtiens avaient accès à l’électricité, et seuls
12,5 % étaient légalement connectés au réseau. Le taux de
recouvrement des factures est estimé à 45 %. Ces conditions se traduisent par des tarifs élevés qui sont néanmoins
insuffisants pour couvrir les coûts opérationnels, entraînant
un déficit annuel de 250 à 300 millions de dollars (environ
1,5 % du PIB national).
75. L’insécurité a endommagé 5 postes et 20 lignes de
distribution, touchant 60 % de la clientèle de la ZMPP.
Les communes les plus touchées sont Arcahaie, Carrefour,
Croix des Bouquets, Croix des Missions, Martissant, Rivière
Froide, Toussaint Brave et Varreux.
• Production : Le site de Varreux ( jusqu’à 20 MW exploitables, mais généralement 10 MW disponibles) et les centrales
de Carrefour (généralement 60 MW disponibles + 15 MW
en fonction de l’approvisionnement en combustible) sont à
l’arrêt et ne sont pas entretenus. Les centrales provinciales
(Cayes, Jacmel, Jérémie, Petit Goave), qui dépendent de
l’approvisionnement en combustible de Port-au-Prince, sont
également touchées.
• Transports : Des projectiles ont endommagé plusieurs
conducteurs sur deux branches du réseau de transport à
69 kV (166,3 km en triphasé) reliant les 10 postes électriques
du réseau. La branche Nord, qui couvre environ 40 % du réseau à haute tension et qui est essentiellement située dans
les zones contrôlées par les gangs, et la branche Sud, qui
représente environ 60 % du réseau à haute tension, sont
toujours alimentées, mais sont instables et affaiblies par
les nombreuses réparations d’urgence. L’insécurité retarde
aussi considérablement les travaux de construction de nouvelles lignes à haute tension censées relier l’Arcahaie au
Nouveau Delmas et Varreux à Carrefour.
• Distribution : Cinq postes et 20 lignes de distribution moyenne et basse tension sont endommagés : Carrefour Feuille
(7,36 MW), Croix des Bouquets (16 MW), Croix des Missions
(16 MW), Martissant (16 MW) et Varreux (32 MW). Le contrôle
a été repris au poste de Rivière Froide (24 MW), qui est de
nouveau en service, mais les travaux de construction de son
extension restent suspendus. Les 5 postes fonctionnent
dans des conditions difficiles et à 70 % de leur capacité, les
équipes d’entretien n’y ayant que peu accès.
• Commercialisation : Le vol des équipements de raccordement qui met à mal le réseau de distribution et la fermeture
de cinq postes inaccessibles ont entraîné la déconnexion
d’environ 60 % des clients de la ZMPP. Ces pertes entraînent
également la perte totale du stock d’équipements et d’outils. De nouveaux raccordements de clients ont également
été endommagés.
• Hydrocarbures : La fermeture du terminal de Martissant
en juin 2021 a diminué la capacité de stockage d’énergie du
pays de 11 %. Le transport des hydrocarbures est extrêmement difficile sur les axes Carrefour-City Center et Carrefour-Leogâne. Les prix sont 15 à 20 % plus élevés que les
prix fixés par les autorités.
EAU ET ASSAINISSEMENT
76. La crise a affecté la distribution de l’eau potable dans
la ZMPP, car des gangs ont pris le contrôle des stations
de pompage et des sources de Carrefour et de la Plaine.
Les besoins en eau potable de la ZMPP sont estimés
à 320 000 m3 par jour. Avec 17 sources et 18 forages, la
DINEPA fournissait en moyenne 140 000 m3 par jour en
2020, soit moins de la moitié des besoins identifiés. Depuis 2022, l’approvisionnement en eau potable a encore diminué dans les zones ciblées, 55 % des 34 sites dotés d’infrastructures d’eau et d’assainissement de la DINEPA ayant
été endommagés. On estime que 10 sources et forages ont
été vandalisés, certaines infrastructures de protection étant
occupées par des squatters ; les stations de pompage des
forages et des réservoirs ont été sabotées avec vol d’équipement; et le seul centre de traitement des eaux usées a
été vandalisé.
77. La première estimation des besoins s’élève à 70 millions de dollars. On estime à 3,6 millions de dollars la perte
de revenus des centres techniques opérationnels de la
ZMPP et de la Croix des Bouquets en raison des défaillances dans le service et de réductions dans le recouvrement
des factures. En plus des pertes financières, les pertes en
ressources humaines comprennent le décès de trois employés et la démission de 65 cadres et techniciens de la
DINEPA. Cette crise a également affecté la collecte des
déchets solides assurée par le Service national de gestion
des résidus solides et les communes. En raison de la violence des gangs et de la pénurie de carburant, le ramassage
des déchets est sporadique et la seule décharge officielle
de la région n’est plus accessible.
TÉLÉCOMMUNICATIONS
ET INFRASTRUCTURES
NUMÉRIQUES
78. Le manque d’accès, les prix élevés et la mauvaise
qualité des réseaux à large bande freinent la croissance
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
du secteur numérique et la transformation numérique de
l’administration publique. Les opérateurs évoluent dans un
environnement difficile. La crise a entraîné plusieurs types
de dégâts : il est difficile d’accéder aux sites de télécommunications parce, soit des bandes armées les occupent, soit
ils sont inaccessibles; des équipements et des fournitures
(générateurs, panneaux solaires, carburant) ont été volés
dans les sites isolés; des équipements ont été vandalisés
pour soutirer de l’argent aux opérateurs; et les salles d’exposition des opérateurs ont été pillées. Entre septembre et
novembre 2023, Digicel a indiqué que 85 % des sites dans
la capitale et 40 à 60 % dans les petites villes étaient encore opérationnels, mais que les sites dans les zones rurales
et reculées étaient presque tous hors service. Malgré les
dégâts, les prix baissent plutôt qu’ils n’augmentent, bien que
les interruptions fréquentes du service et la diminution de la
qualité du réseau obligent les utilisateurs à dépenser plus
pour s’abonner à deux connexions ou augmenter leur bande
passante. Seul point positif, la crise et la détérioration de la
qualité du service ont favorisé l’entrée sur le marché de nouveaux acteurs, comme Starlink, qui offrent des solutions de
rechange compétitives pour un grand nombre d’utilisateurs.
79. Les activités des gangs empêchent les employés du
ministère de l’Économie et des Finances d’accéder aux
centres de données, et le bâtiment abritant le service des
pensions civiles a été endommagé. Cette situation a perturbé la
continuité des activités et l’intégrité des systèmes d’information
vitaux gérés par le ministère de l’Économie et des Finances,
33
notamment les systèmes de paiement, le système d’émission
de chèques, le système de paiement des salaires de la fonction
publique, le système de paiement des fournisseurs, le système
de dépenses et le système de pensions.
HABITAT
80. Avant la crise, le secteur de l’habitat était confronté
à de graves défaillances. La promotion immobilière et
les produits financiers ne sont accessibles qu’au centile
supérieur de la population. La plupart des transactions sur
le marché immobilier sont informelles. De plus, dans les
régions à forte pression démographique, les populations les
plus vulnérables se trouvent dans les zones à faible valeur
foncière et à des endroits à risque (berges, ravins, côtes) et
dans ceux dépourvus de services de base.
81. Une caractéristique frappante de cette crise est
l’abandon de quartiers entiers que les groupes armés ont
occupés ou pillés (Tableau 3). Entre janvier 2021 et avril
2024, la population de la ZMPP a diminué à un taux annuel
de 0,59 % (Fondation Flowminder, 2024). Les sections
communales ayant subi les plus fortes pertes de population
sont la première section de Turgeau (Port-au-Prince), la
dixième section de Thor (Carrefour) et la troisième section
de Bellevue (Tabarre). La crise a réduit le parc immobilier
et augmenté les coûts de location dans la ZMPP jusqu’à
200 %. La perte de revenus dans le secteur de l’habitat est
estimée à 200 millions de dollars.
TABLEAU 3 :
Liste partielle des quartiers abandonnés
Port-au-Prince
Delmas
Tabare
Pétion-Ville
Manigat City, Martissant 4,
New City, Sanatorium, Charity,
Carrefour Feuilles, Lelio,
Savanne Pistache, Bas-Peude-chose, Morne-à-Tuf Bel-air,
Fort National, Merchant Post,
Wireless
Cité Marc, Solino, Carrefour
Péan, Delmas 2, St. Martin
Torcelle,
Tecina Village
Pernier
TABLEAU 4 :
Dégâts Causés aux bâtiments publics
Quantité
Coût par unité, en
millions de dollars
Coût total, en
millions de dollars
Bâtiments publics abritant les mairies et les conseils
d’administration des bureaux des sections communales
partiellement ou totalement pillés ou vandalisés
9
0,2
1,8
Ministères partiellement ou totalement pillés et vandalisés
3
Organismes publics partiellement ou totalement pillés
et vandalisés
4
0,3
1,2
Organismes publics inaccessibles et relocalisés - perte
sur 3 ans
4
0,3
1,2
TOTAL
5,0
9,2
34
BÂTIMENTS PUBLICS
82. Des groupes armés ont vandalisé des bâtiments
publics dans des zones où règne l’insécurité. Des
équipements de bureau et de production d’électricité ont
été volés et des bâtiments vandalisés. Dans le département
de l’Ouest, les locaux des administrations municipales
de Cabaret, Croix-des-Bouquets, Ganthier, Gressier et
Thomazeau ont été partiellement ou totalement pillés.
De même, ont également été vandalisés les locaux des
élus des communes de l’Estère, Gros Morne, Liancourt
et Petite Rivière dans le département de l’Artibonite. Il en
est de même des locaux des administrations nationales.
Le bâtiment du ministère de l’Agriculture à Croix-desBouquets et les bâtiments du ministère de l’Intérieur
et du ministère de la Culture et de la Communication à
Port-au-Prince ont été vandalisés. Les bureaux de l’Office
d’assurance véhicule contre tiers, de la Société publique
de promotion de l’habitat social, de la Pension civile et une
annexe de l’Office national d’assurance vieillesse dans les
communes de Croix-de-Bouquets, Delmas, Port-au-Prince
et Tabarre ont été incendiés et pillés. D’autres entités ont
dû relocaliser leurs activités. Le bureau du Premier ministre
et d’autres services publics, comme ceux du Bureau de
monétisation des programmes d’aide au développement,
de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique et de
la compagnie d’électricité, ont été relocalisés. Les dégâts
sont estimés à 9,2 millions de dollars (tableau 4).
APERÇU DES BESOINS EN
MATIÈRE DE RELÈVEMENT
ET DE RECONSTRUCTION
83. Pour 2024-2026, les besoins en matière de
relèvement et de reconstruction s’élèvent à environ
444 millions de dollars. Pour 2026-2030, les besoins de
reconstruction sont plus élevés, dépassant 1,85 milliard de
dollars (tableau 5).
84. Transports. Un montant de 192 millions de dollars
d’investissements est nécessaire pour la période de
relèvement. Les besoins totaux en infrastructures de
transport dépassent largement les effets de la crise.
Cependant, dans le contexte sécuritaire actuel, les dégâts
liés à la violence des gangs au cours des deux dernières
années (307 millions de dollars) ne peuvent pas être
entièrement couverts. La série d’investissements suivante
pour 2024-2026 est proposée :
• Remise en état des infrastructures routières urbaines et
interurbaines prioritaires, par exemple (liste non exhaustive
et priorités à définir) : Route nationale n°1 (liaison RN1-RN3)
carrefour RN1 (Bon Repos)–carrefour Morne Cabri, Route
de Carrefour (Bizoton)–Gressier, Boulevard 15 Octobre,
route des rails à Carrefour, Rue Poupelard, Route de
Frères, Construction de trois ponts sur la Rivière Grise (un
dans chacune des localités suivantes : Pernier, Soisson et
Fleuriot), entretien des rues dans la ZMPP.
• Nettoyage des drains et des canaux d’irrigation (priorités
à définir).
• Remise en état et équipement de centres portuaires (port
de Port-au-Prince, ports côtiers de Wharf Jérémie, et dans
la commune de Carrefour).
• Achèvement de la sécurisation de l’aéroport international
de Port-au-Prince (projet en cours de construction).
85. Électricité. Pour la période de relèvement, les besoins
d’investissement sont estimés à 68,5 millions de dollars.
Tous les segments du secteur doivent être restaurés.
L’opérabilité du réseau et la reconnexion commerciale
des clients devront être prioritaires dès que les conditions
le permettront. La construction de nouvelles unités de
production et de nouvelles lignes de transport à haute
tension implique des procédures de remobilisation des
entrepreneurs ou de sélection de nouvelles entreprises
par le biais de procédures de passation de marchés
concurrentielles, ce qui nécessitera des investissements à
long terme.
86. Eau et assainissement. Pour la période de relèvement,
les besoins d’investissement pour la distribution d’eau
sont estimés à 35,8 millions de dollars, 60 millions de
dollars pour le drainage des eaux pluviales et les activités
d’irrigation et 18,9 millions de dollars pour la gestion des
déchets solides. Les besoins de relèvement comprennent
quatre types d’activités.
• Remise en état et construction du réseau : Effectuer des
tests sur le réseau (approvisionnement et distribution) pour
détecter les anomalies et effectuer les réparations, donner
la priorité aux quartiers défavorisés, effectuer tous les
travaux neufs et de réparation pour améliorer le service.
Interventions à programmer pour le stockage, le transfert
et la distribution, à mettre en œuvre progressivement au
fur et à mesure de la libération des quartiers.
• Restauration de la production (stations de pompage sur
forages et réservoirs), récupération des périmètres des
sources, et renforcement de la sécurité de ces zones en
tant que zones protégées.
• Récupération, remise en état, sécurisation et remise en
service de l’usine de traitement des déchets de Morne à
Cabri.
• Campagnes de changement de comportement avec
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
35
TABLEAU 5 :
Besoins prioritaires en infrastructures
Secteurs
Infrastructures de
transport
Électricité
Besoins à Court
Terme Dollars
(2024–26)
Besoins à Moyen
Terme Dollars
(2024–26)
Routes (remise en état des routes, revêtement ;
revêtements routiers ; travaux de nettoyage ;
réparation des ouvrages de drainage)
171 344 785
644 582 763
Transport maritime et aides à la navigation (phares
chenaux d’accès équipements ressources humaines)
2 862 654
À déterminer
Infrastructures portuaires
(Port-au-Prince Cap Haïtien ports côtiers)
8 325 000
407 925 000
Sécurité de l’aéroport de Port-au-Prince
6 500 000
À déterminer
Infrastructures aéroportuaires (aéroport Les Cayes)
3 000 000
47 000 000
Production
20 000 000
203 590 000
Transport
13 500 000
30 000 000
Distribution
20 000 000
60 000 000
Commercialisation
15 000 000
64 208 898
Programmes
Électrification rurale et hors réseau
(hors zone métropolitaine de Port-au-Prince)
Eau
et assainissement
Télécommunications
et infrastructures
numériques
Habitat
Bâtiments publics
5 000 0000
Distribution de l’eau et gestion des déchets
35 800 000
38 000 000
Drainage des eaux pluviales et irrigation
60 000 000
190 000 000
Gestion des déchets solides
18 860 000
132 000 000
Renforcement de l’infrastructure numérique
9 000 000
30 000 000
Déploiement de solutions numériques
12 400 000
À déterminer
Réparation des locaux
4 000 000
À déterminer
Subventions pour la réparation des logements des
ménages affectés
40 000 000
Formation des bénéficiaires aux réparations
3 200 000
Remise en état de bâtiments municipaux
(relocalisation ou réparation)
2 700 000
À déterminer
Remise en état des services des organismes publics
(relocalisation ou réparation)
1 600 000
À déterminer
Remise en état de bâtiments ministériels
(relocalisation ou réparation)
2 100 000
À déterminer
450 192 439
1 852 306 662
TOTAL
un programme de sensibilisation à l’économie d’eau à la
maison et un appui aux ressources humaines de la DINEPA.
Supervision des centres techniques opérationnels de
Croix de Bouquets, Gressier et de la ZMPP (recrutement,
formation du personnel, fourniture d’équipements et de
matériels).
À déterminer
• Drainage des eaux pluviales et travaux d’irrigation :
Drainage des canaux d’irrigation urbains et ruraux.
• Projets de gestion des déchets solides, y compris la
remise en état de six décharges dans la ZMPP.
36
87.
Télécommunications
et
infrastructures
numériques. Pour la période de relèvement, les besoins
d’investissement sont estimés à 25 millions de dollars. La
restauration des infrastructures de télécommunications
demeure la responsabilité des opérateurs privés.
Cependant, le gouvernement peut mettre en œuvre
des interventions pour accompagner ces efforts, tout en
restaurant et en améliorant son infrastructure numérique,
qui est actuellement décentralisée dans plusieurs
départements et ministères. Cela comprend la connectivité
intergouvernementale, les centres d’hébergement de
données et les serveurs. L’étape suivante consiste à
redéployer des solutions numériques partagées, comme
les centres d’hébergement de données, l’informatique en
nuage, les connexions intergouvernementales, la gestion
des documents numériques et les systèmes de signature
et de paiement électroniques.
à la location de bureaux est proposée pendant deux ans.
88. Habitat. Pour la période de relèvement, les besoins
d’investissement ont été estimés à 43,2 millions de dollars.
Les deux mesures prioritaires pour le secteur de l’habitat
sont une subvention aux familles pour les réparations des
logements et une aide pour les réparations effectuées
conformément aux normes de construction. Ce budget
inclut l’aide aux ménages du département de l’Artibonite.
Axe Prioritaire 3
• Mesure prioritaire 1 : Le programme offre une aide au
loyer de 50 000 gourdes par ménage, à laquelle peut
s’ajouter un montant de 12 000 à 18 500 gourdes pour
couvrir les frais d’électricité, d’eau et autres pendant un
an. Pour la remise en état des maisons endommagées par
les tremblements de terre et les cyclones, le programme
prévoit un montant de 72 369 gourdes (550 dollars). Pour
ce programme, un modeste programme de subvention
de 50 000 gourdes aux ménages déplacés nécessite un
investissement de 40 millions de dollars. Cette subvention
devra être affinée pour chaque groupe cible.
• Mesure prioritaire 2 : Formation des hommes et des
femmes aux techniques de construction et de réparation, en
particulier aux constructions résistantes aux tremblements
de terre et aux cyclones, et création d’une association de
professionnels de la construction, qui appuiera la création
d’emplois et la formalisation du secteur de la construction.
Cette intervention nécessite un montant de 3,2 millions de
dollars.
89. Bâtiments publics. Pour la période de relèvement, les
besoins d’investissement sont estimés à 6,4 millions de
dollars. Trois mesures prioritaires sont envisagées pour
rendre les bâtiments publics fonctionnels et permettre la
reprise des services publics et administratifs essentiels.
La restauration des locaux vandalisés passe par la
réparation des bâtiments, le remplacement du mobilier et
de l’infrastructure informatique. Lorsque la réparation n’est
pas possible, la relocalisation est envisagée et une aide
• Mesure prioritaire 1 : Réparation des bâtiments
municipaux. Les besoins de réparation ou de relocalisation
des administrations municipales sont estimés à 300 000
dollars par bâtiment.
• Mesure prioritaire 2 : Remise en état des organismes
publics. Les besoins de réparation des organismes publics
à Port-au-Prince sont estimés à 400 000 dollars par
organisme.
• Mesure prioritaire 3 : Remise en état des ministères.
Les besoins de réparation des ministères vandalisés sont
estimés à 1 600 000 dollars.
PROMOTION DE L’ACCÈS AUX SOINS
DE SANTÉ, À L’ÉDUCATION ET À
D’AUTRES SERVICES SOCIAUX DE
BASE, DE L’INCLUSION SOCIALE ET DE
LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
90. La crise sécuritaire a entraîné un recul sans
précédent de la protection humanitaire à tous les
niveaux. Le plus grave, c’est que la violence a engendré
une famine sans précédent. Selon les résultats du Cadre
intégré de classification de la sécurité alimentaire pour la
période de mars à juin 2024, la situation serait dramatique:
50 % de la population analysée, soit près de 5 millions de
personnes, seraient en situation d’insécurité alimentaire
et nutritionnelle aiguë. Il s’agit là de la proportion la plus
élevée de personnes en situation d’insécurité alimentaire
jamais enregistrée en Haïti, et qui fait du pays l’un des plus
touchés par l’insécurité alimentaire au monde, en troisième
position juste après Gaza et le Soudan du Sud. Elle marque
une augmentation du nombre de personnes en insécurité
alimentaire de plus de 600 000 depuis août 2023 et de
plus de 850 000 depuis l’assassinat du président Moïse
en juillet 2021.
91. La montée de la violence a également rendu plusieurs
quartiers entiers inhabitables. La ZMPP compte à elle
seule un nombre important de personnes déplacées,
de nombreux habitants ayant fui vers des quartiers
plus sûrs de la ville ou vers d’autres régions du pays.
En septembre 2024, le nombre de personnes déplacées à
l’intérieur du pays avait atteint 702 973, soit 22 % de plus
que le chiffre indiqué dans l’évaluation réalisée en juin.
L’augmentation est directement liée à la détérioration de
la situation sécuritaire, en particulier dans la ZMPP, où la
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
violence des gangs a forcé des milliers de familles à partir.
Dans les sites de personnes déplacées, l’Organisation
internationale pour les migrations a relevé de graves
problèmes de protection (surpeuplement, non-séparation
des toilettes des femmes et des hommes, manque
d’intimité, manque d’éclairage des sites, ce qui accroît les
risques de violence à l’égard des femmes et des jeunes
filles).
92. La crise sécuritaire a gravement dégradé, voire
détruit, une bonne partie des infrastructures d’éducation
et de soins de santé. Sur les 93 établissements de santé
équipés de lits recensés dans la ZMPP, seuls 37 % sont
pleinement opérationnels. La crise sécuritaire a également
aggravé les conditions d’apprentissage, avec environ
1,2 million d’enfants (soit 90 % des enfants des sites
étudiés) dans l’impossibilité de fréquenter régulièrement
une école en 2024. Les fermetures d’écoles exposent les
enfants aux échecs scolaires et au risque de recrutement
par les groupes armés. Les écoles privées font état d’un
taux de déperdition pouvant aller jusqu’à 60 %, qui met
en péril leur viabilité opérationnelle. Et si l’offre d’enseignement supérieur était déjà insuffisante et largement
dominée par le privé avant la crise, de nombreux établissements d’enseignement supérieur de la ZMPP ont subi de
plein fouet les conséquences de la violence. L’interruption
du fonctionnement des universités a eu un impact direct
sur plus de 66 000 étudiants.
DÉPLACEMENTS
INTERNES
93. La crise sécuritaire a provoqué une hausse spectaculaire des déplacements internes. En septembre 2024, le
nombre de personnes déplacées s’élevait à 703 000, soit
une augmentation de 20 % par rapport à la dernière évaluation faite en juin. Cette augmentation est directement due
à la détérioration de la situation sécuritaire, en particulier
dans la ZMPP, où la violence des gangs a forcé des milliers
de familles à fuir leurs domiciles. Les personnes déplacées
sont en majorité des femmes et des jeunes filles (54 %) qui
ont cherché refuge dans des provinces hors de la ZMPP
(68 %), où elles sont souvent hébergées par des familles
d’accueil. Environ 32 % des personnes déplacées résident
encore dans la ZMPP, dans des sites surpeuplés et insalubres (96 sites recensés dans la ZMPP abritent 112 851 personnes déplacées). Les conditions de vie dans ces sites,
qui sont souvent des écoles, des églises et d’autres espaces communautaires, sont très difficiles, avec un accès
limité aux services de base comme l’eau potable, les soins
de santé et l’assainissement.
94. La crise des déplacements a gravement nui à
l’activité économique. Les personnes déplacées, dont
beaucoup étaient jusque-là économiquement actives, se
21
Il s’agit probablement là d’une estimation prudente, dans la mesure où
la croissance (ou la baisse) du PIB est appliquée de manière uniforme à
l’ensemble de la population dans le Macro Poverty Outlook. En réalité, les
conditions de vie se sont dégradées davantage à Port-au-Prince que dans
le reste d’Haïti (voir section II).
37
trouvent désormais confrontées à de sérieux obstacles
à l’emploi et à la création de revenus. Cette perte de
moyens de subsistance entraîne un déclin économique
plus important dans les régions fortement éprouvées par
les déplacements, et accentue la pauvreté. Le tissu social
des communautés est également mis à rude épreuve par
l’arrivée massive de personnes déplacées, qui exercent
une pression supplémentaire sur des ressources et des
services publics déjà très limités. Dans des provinces
comme le Grand Sud, les personnes déplacées
représentent près de 47 % de la population locale et
soumettent les communautés et les autorités locales à une
énorme pression.
95. La crise des déplacements a également entraîné
de lourdes charges financières pour les personnes
déplacées. Le loyer annuel d’une chambre individuelle
dans la ZMPP varie entre 25 000 et 150 000 gourdes (le
loyer moyen étant d’environ 44 363 gourdes et le loyer
médian de 40 000 gourdes). Ces sommes représentent une charge financière importante pour les familles
déplacées, en particulier lorsqu’elles doivent s’ajouter à
d’autres dépenses de subsistance. Pour la plupart, les personnes déplacées viennent de Port-au-Prince, ce qui explique que l’essentiel de leurs besoins soit de se reloger et
de se nourrir. Au total, 32 % des locataires ont dû faire face
à une augmentation de loyer depuis leur installation dans
leur résidence actuelle, et payer en moyenne 200 % de
plus qu’auparavant. Cette forte augmentation des loyers
pèse sur les ressources financières des familles déplacées
et contribue plus largement aux difficultés économiques
que rencontrent les personnes déplacées.
PROTECTION
SOCIALE
96. L’escalade de la violence des gangs depuis 2021 a
accentué la dégradation des conditions socioéconomiques d’une bonne partie de la population de la ZMPP.
On estime que les progrès mineurs réalisés entre 2012 et
2018 en matière de réduction de la pauvreté ont été annulés ces trois dernières années (voir section II). Le nombre de personnes vulnérables nécessitant une protection
sociale serait ainsi en nette augmentation.
97. Au regard des multiples chocs économiques qui ont
marqué ces dernières années, il faudrait plus de 0,5
milliard de dollars par an pour éradiquer la pauvreté
à Port-au-Prince. Les données de l’Enquête sur les
conditions de vie des ménages après le séisme réalisée
en 2012 (Obama, 2014) et les projections de l’évolution
démographique et de l’évolution de la pauvreté à Port-auPrince ont permis de calculer l’écart de pauvreté dans le
Macro Poverty Outlook (Perspectives macroéconomiques
de la pauvreté) 2024.21 Selon cette approche, l’élimination
de l’extrême pauvreté — calculée à partir du seuil national
38
inférieur de pauvreté — devrait coûter 40 millions de dollars
par an, et celle de la pauvreté globale — calculée à partir
du seuil national supérieur de pauvreté — pas moins de
572,9 millions de dollars par an. L’estimation se fait en calculant
le ratio d’écart de pauvreté et en le multipliant par le nombre
d’habitants et par le seuil de pauvreté. Un pourcentage
supplémentaire de 25 % est ajouté pour prendre en compte
les coûts de ciblage et d’enregistrement des bénéficiaires,
les commissions de distribution des transferts d’argent, ainsi
que l’administration et l’évaluation du programme. S’il est peu
probable que ces scénarios soient réalisables parce qu’ils
reposent sur le versement aux pauvres d’une somme tout
juste suffisante pour atteindre le seuil de pauvreté (chaque
personne recevant donc un montant différent), il n’en reste pas
moins qu’ils permettent de comparer les options présentées
ci-après.
98. Différents scénarios de coûts pourraient être utilisés
pour mettre en place un programme d’aide sociale dans la
ZMPP, suivant la taille de la population cible et la prestation
d’aide sociale. On envisage quatre scénarios. Le premier et le
deuxième représentent le nombre de personnes vivant dans
la ZMPP en dessous du seuil national inférieur de pauvreté
(environ 220 000 personnes) et en dessous du seuil national
supérieur de pauvreté (environ 1,1 million de personnes) selon
les projections du Macro Poverty Outlook. Un troisième
scénario, qui repose sur le rapport Cash in the City, utilise
des données sur les ménages et des données géospatiales
pour évaluer la vulnérabilité à Port-au-Prince, et recense une
population vulnérable d’environ 360 000 personnes (D’Oust
et al., 2022). Dans un quatrième scénario, tiré du bulletin
d’analyse et de cartographie de la vulnérabilité du Programme
alimentaire mondial d’avril 2024, on estime qu’à Port-au-Prince,
1,75 million de personnes ne mangeraient pas suffisamment à
leur faim (WFP 2024).
99. Les montants des prestations sont calculés en
pourcentage du panier de dépenses minimum (MEB)
dont a besoin un ménage pour subvenir à ses besoins
alimentaires et non alimentaires essentiels. Ils sont
calculés en fonction du MEB des besoins alimentaires
essentiels et du MEB total (besoins alimentaires et non
alimentaires) mentionnés dans le bulletin d’analyse et de
cartographie de la vulnérabilité du Programme alimentaire
mondial de juillet 2024, qui s’appuie sur les données
les plus récentes des prix des produits alimentaires et
non alimentaires essentiels. Le MEB des seuls produits
alimentaires serait de 29 108 gourdes par mois pour une
famille de cinq personnes, soit 1,43 dollar (courant) par
personne et par jour22,23. Le MEB total devrait lui s’élever à
54 743 gourdes par mois pour une famille de cinq personnes, soit 2,76 dollars (courants) par personne et par
jour, soit à peu près à mi-chemin entre les seuils nationaux supérieur et inférieur de pauvreté24,25. Cette prise
en compte des produits non alimentaires peut aider à
déterminer les montants nécessaires pour un programme
général de transfert monétaire différent d’un programme
cherchant à couvrir uniquement les besoins de consommation alimentaire minimale. Les montants des prestations
correspondent au transfert de 20 % de la nourriture et du
total des MEB à chaque personne pendant 12 mois ou à un
transfert unique de 70 % des MEB. Ce montant unique est le
type de transfert qui serait effectué pour lisser la consommation et favoriser le relèvement afin d’aider les ménages
à faire face à un choc ou à une crise humanitaire. Il est peu
probable que ce type de paiement unique permette autant
que les transferts réguliers de petites sommes d’améliorer
les moyens de subsistance des ménages.
100. La forte variation des coûts annuels de ces scénarios montre qu’il importe de bien définir les objectifs de
toute intervention et de recueillir des informations plus
détaillées sur les ménages. Selon la taille de la population cible et du montant des prestations, le coût annuel de
l’aide sociale varie de 8,5 à 434,9 millions de dollars par
an (tableau 6). Les besoins de relèvement sont évalués en
fonction d’un scénario de paiement de 20 % du MEB aux
ménages vivant en dessous du seuil inférieur de pauvreté
pendant deux ans. Le choix de ce scénario témoigne des
difficultés opérationnelles rencontrées actuellement, notamment pour ce qui est du nombre de dossiers à traiter et
des conditions de sécurité.
INFRASTRUCTURES
D’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
ET SECONDAIRE
101. La détérioration de l’environnement sécuritaire a
aggravé les conditions d’apprentissage. En 2024, près
de 1,2 million d’enfants, dont 200 000 déplacés internes,
n’ont pas pu aller régulièrement à l’école. En 2022 et
2023, les manifestations organisées contre la décision de
supprimer la subvention aux produits pétroliers ont entraîné plus de 40 jours de fermeture d’école. Toutefois, le
coût de l’éducation (frais de scolarité, fournitures scolaires,
transport, nourriture) reste l’un des plus grands obstacles à
l’éducation, 85 % des établissements scolaires étant privés
22
Le Groupe de travail sur le cash en Haïti a calculé les composantes
alimentaires et non alimentaires des MEB en mars 2024. De plus amples
détails sont disponibles sur le tableau de bord de l’Initiative conjointe
de suivi des marchés à l’adresse
https://dashboards.impact-initiatives.org/hti/icsm2023/.
23
Le MEB est calculé en équivalents adultes, mais pour les estimations
individuelles qui suivent, on le divise simplement par cinq. Toutes les
estimations sont faites à l’échelle de l’individu de sorte qu’elles puissent
être comparées au ratio d’écart de pauvreté.
24
MEB est calculé à partir de données nationales. Les dépenses minimales
en produits alimentaires et non alimentaires pour Port-au-Prince peuvent
être plus élevées, si l’on prend en compte les effets de la crise sécurtaire
sur les marchés locaux.
25
Ces calculs sont faits en dollars courants des États-Unis plutôt qu’en
dollars PPA de 2017, normalement utilisés pour les calculs internationaux
de la pauvreté, pour déterminer les coûts actuels de la protection
sociale en Haïti.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
39
TABLEAU 6 :
Coûts Estimatifs des options d’aide sociale
à Port-au-Prince
Options de ciblage
Bénéficiaires
individuels (n)
Budget annuel (dollars courants)
MEB alimentaire uniquement
20 % Versés
mensuellement
70 % en
versement Unique
MEB total
20 % Versés
mensuellement
70 % en
versement unique
En dessous du seuil
inférieur de pauvreté de
2024
1 083 081
29 232 827
8 526 241
54 977 761
16 035 180
En dessous du seuil
supérieur de pauvreté
de 2024
1 083 081
143 117 145
41 742 501
269 158 371
78 504 525
Cash in the City (2020)
356 907
47 161 303
13 755 380
88 695 589
25 869 547
Analyse et cartographie
de la vulnérabilité,
avril 2024
1 750 000
231 243 096
67 445 903
434 895 589
126 844 547
Sources :
Obama (2014); D’Aoust et al. (2022); WFP (2024).
TABLEAU 7 :
Dégâts subis par les infrastructures éducatives
Zone métropolitaine de Portau-Prince
Artibonite
Écoles
6 774
2 472
Écoles vandalisées
ou dégradées
233
51
Écoles complètement
fermées
418
97
Écoles partiellement
fermées
398
6
Élèves touchés par
l’Interruption des
services scolaires
140 352
15 347
Infrastructure
Note :
Le panier de dépenses minimum (MEB) alimentaire uniquement est
estimé à 29 108 gourdes par mois pour une famille de cinq personnes.
Le MEB total, y compris les produits non alimentaires est, quant à lui,
estimé à 54 743 gourdes par mois pour une famille de cinq personnes.
la plupart des écoles ne sont plus opérationnelles et certaines servent à héberger des personnes déplacées.
103. Les communes de Delmas, de Liancourt, de Portau-Prince et de Tabarre ont subi le plus de dégâts. Dans
la ZMPP, 233 sur 6 774 écoles ont été touchées, dont 233
vandalisées ou dégradées (tableau 7). Dans le département
de l’Artibonite, 51 sur 2 472 écoles ont été touchées, dont
21 vandalisées et 30 dégradées. Cette situation a touché
140 352 élèves dans la ZMPP et 15 347 dans l’Artibonite.
Les coûts de remplacement du mobilier et du matériel
(bancs, bureaux, tables, chaises, bibliothèques et appareils
informatiques) se montent à 710 000 dollars. De plus, des
écoles privées ont signalé avoir subi des pertes dans les
frais de scolarité en raison d’un taux d’abandon de 60 %.
INFRASTRUCTURES
et 77 % des élèves fréquentant des écoles non publiques. D’ENSEIGNEMENT
Au cours de l’année scolaire 2022-2023, 39 % des enfants
SUPÉRIEUR
d’âge scolaire ne sont pas allés à l’école pour des raisons
de coûts, qui représentent en moyenne 140 dollars par an
et par élève dans l’enseignement de base.
102. Les fermetures d’école pour des raisons de sécurité
exposent les enfants non seulement à des échecs et à
des pertes scolaires, mais aussi au risque d’être recrutés
par des groupes armés. Selon une évaluation rapide de la
situation en matière de genre menée par l’ONU-Femmes
en juin 2024 sur les sites de déplacés internes de Portau-Prince, 90 % des enfants vivant sur les sites étudiés
avaient cessé d’aller à l’école. Outre les obstacles récurrents comme le coût et l’insuffisance des infrastructures,
104. Plus de 20 % des établissements d’enseignement
supérieur ont été complètement ou partiellement
dégradés, touchant plus de 66 000 étudiants. Trois
quarts des établissements d’enseignement supérieur se
trouvent dans le département de l’Ouest. La direction de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique
du ministère de I’Éducation nationale a recensé 158
établissements d’enseignement supérieur privés en août
2024. Les établissements d’enseignement supérieur
publics comprennent 10 universités publiques régionales, 8
centres ou écoles de formation rattachés à des ministères,
dont 4 ont dû délocaliser leurs activités, et les 23 facultés
40
TABLEAU 8:
Établissements d’enseignement ayant subi des dégâts
Publics
TOTAL
Privés
Ministères
Conférence des
recteurs, présidents et
dirigeants d’universités
et d’institutions
Autres
10
8
30
128
8
0
3
9
19
Facultés complètement
fermées
8
0
2
3
12
Facultés partiellement fermées
4
0
0
5
9
30 000
11 682
–
25 000
66 682
Université
d’État d’Haïti
Université
publique
régionale
Universités
23
Facultés vandalisées ou
dégradées
Étudiants touchés par
l’interruption des services
universitaires
de l’Université d’État d’Haïti, institution publique autonome,
dont 8 ont été pillées (tableau 8). Sur les 30 universités
privées membres de la Conférence des recteurs, présidents
d’université et directeurs d’institutions d’enseignement
supérieur d’Haïti, 9 ont été pillées, les dégâts se chiffrant à
plus de 7 millions de dollars. Trois campus rénovés ces sept
dernières années ont été pillés, y compris des laboratoires
techniques de recherche et d’enseignement spécialisé en
médecine, agriculture, dentisterie, ingénierie et sciences.
Ces dégâts mettent en péril l’accréditation internationale
de nombreux programmes d’enseignement et risquent
de compromettre leur capacité de fonctionnement. Les
universités privées auraient perdu plus de 5,2 millions de
dollars de revenus (frais de scolarité), et enregistreraient
un taux d’abandon de 70 à 97,5 %, concernant plus de 66
600 étudiants. Ce sont les établissements d’enseignement
supérieur de Port-au-Prince qui ont subi le plus de dégâts
et qui ont le plus besoin d’être remis rapidement en état
(tableau 9). Les deux universités publiques régionales du
département de l’Artibonite n’ont subi aucun dégât.
SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
ET NUTRITION
105. La crise sécuritaire a porté la faim à des niveaux sans
précédent. Rien que dans la ZMPP, la sécurité alimentaire
globale des ménages s’est détériorée ces quatre dernières années. En 2019, environ 856 000 personnes étaient
au moins en phase 3 (crise) de la classification intégrée des
phases de sécurité alimentaire (IPC), chiffre passé à 980
000 en 2021 puis à 1 114 000 en 2022 et qui devrait avoir
dépassé 1 118 000 en 2023. Le nombre de personnes se
trouvant au moins en phase 4 (urgence) du Cadre intégré
de classification de la sécurité alimentaire a plus que doublé,
198
TABLE 9:
Dégâts et besoins dans les communautés les plus
touchées (en dollars)
Commune
Dégâts
Besoins
U.S. dollars
Cabaret
665 400
510 000
Croix-des-Bouquets
1 000 872
7 476 339
Delmas
70 000
180 000
Port-au-Prince
4 729 231
23 476 219
Tabarre
2 350 000
3 831 250
TOTAL
8 805 503
35 475 808
de 227 660 en 2019 à 480 262 en 2023, ce qui représente
désormais près de 21 % des ménages examinés. Plus des
deux tiers des personnes en phase 4 de l’IPC (environ 326
000 personnes) vivent pour la plupart dans les quartiers pauvres et très pauvres de Cité Soleil et de Port-au-Prince.
106. Par ailleurs, la détérioration de la situation sécuritaire et la recrudescence des conflits armés ont entraîné
une hausse des taux de malnutrition. Selon l’analyse du
Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire
de la malnutrition aiguë sur la période de décembre 2023
à mai 2024, la commune de Croix-des-Bouquets est en
phase 4 (critique), avec la prévalence la plus élevée de malnutrition aiguë (19,2 %), établie sur la base d’une récente
enquête SMART menée de janvier à mars 2023 (tableau
10). La situation devrait encore se dégrader durant la saison des cyclones et d’autres conditions météorologiques
difficiles. Le mauvais état nutritionnel s’explique par le
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
TABLEAU 10 :
Situation d’insécurité alimentaire Aiguë par commune
(Projections Mars-Juin 2024)
Commune
Phase 3+ du
cadre intégré
de classification
de la sécurité
alimentaire
Insécurité
alimentaire aiguë
en pourcentage
de la population
totale
Carrefour
154 497
45
Cité-Soleil
230 475
60
Croix-des-Bouquets
46 803
60
Delmas
160 977
45
Fonds Parisien
Données non
disponibles
Ganthier
Données non disponibles
Gressier
Données non disponibles
Kenscoff
Données non disponibles
Pétion-Ville
76 004
45
Port-au-Prince
573 276
60
Tabarre
17 355
55
Thomazeau
Données non disponibles
TOTAL
1 260 000
54
manque de diversité et la faible fréquence des repas, ainsi
que par les taux élevés de morbidité, en particulier dus aux
infections respiratoires, à la diarrhée et au paludisme chez
les enfants.
107. Le niveau actuel de l’inflation a entamé le pouvoir
d’achat des ménages. Plus de 33 % des ménages ont
déclaré avoir subi un choc économique (hausse des prix
des produits essentiels ou du carburant, perte d’emploi,
baisse d’activité) depuis le début du mois d’avril, ce qui les
empêche de supporter le coût du MEB; 94 % des ménages
n’ont pas de stocks alimentaires et doivent s’approvisionner au jour le jour.
INFRASTRUCTURES
DE SANTÉ
108. Les infrastructures de santé subissent de nombreux
dégâts depuis 2021, ce qui réduit fortement leur
fonctionnement. Le nombre de lits d’hôpitaux disponibles
(6,4 lits pour 10 000 habitants) est bien en deçà de ce
que recommande l’Organisation mondiale de la Santé (25
lits). L’insécurité et le manque de ressources humaines,
de médicaments et de matériel médical ont contraint de
nombreux établissements de santé à réduire ou à cesser
41
TABLEAU 11 :
Dégâts subis par les établissements publics
de santé
Zone métropolitaine de
Port-au-Prince
Artibonite
93
25
Hôpitaux détruits
2 (privés)
0
Hôpitaux partiellement
dégradés
11
(6 publics,
5 privés)
0
Centres de santé dotés
de lits partiellement ou
complètement dégradés
ou pillés
14
(6 publics,
8 privés)
0
Hôpitaux et centres
de santé avec lits dont
les matériels ont été
partiellement ou totalement
dégradés ou pillés
33
Établissements
de santé fermés
38
Établissements
Établissements de santé
dotés de lits
6
leurs activités, exposant ainsi femmes enceintes et enfants
à de gros risques. Nombre d’établissements de santé
manquent de matériel élémentaire, comme l’eau courante,
l’électricité, les installations sanitaires et de traitement
des déchets. Les unités néonatales, pédiatriques et
nutritionnelles qui fonctionnent encore sont débordées,
et les quelques unités qui sont encore présentes dans les
zones contrôlées par les groupes armés ne disposent pas
de ressources humaines suffisantes.
109. Seuls 5 % des établissements de santé dotés de lits
d’hospitalisation continuent de fonctionner normalement.
Selon une étude de l’Organisation panaméricaine de la
santé, 94,6 % des 93 établissements de santé de la ZMPP
dotés de lits d’hospitalisation n’étaient pas opérationnels
ou ne l’étaient que partiellement en raison de l’insécurité,
du manque de ressources humaines, de fournitures, de
médicaments, de financement et d’autres causes ; 42 %
étaient partiellement fonctionnels, 37 % pleinement
fonctionnels et 18 % non fonctionnels (tableau 11). Les
soins de santé sont dispensés à près de 80 % dans des
établissements privés. Sur 93 établissements, seuls 19 sont
publics et offrent des services aux populations les plus
défavorisées, et seuls 2 parmi eux peuvent assurer tous
les services attendus sans interruption. Les communes
les plus durement touchées, où les infrastructures de
42
TABLEAU 12 :
Besoins d’investissement dans La sécurité sociale
Mesures prioritaires
Besoins à court
terme (2024–2026)
Programmes
Besoins à moyen
terme (2024–2026)
en dollars
Appui aux populations déplacées
à l’intérieur du pays.
Aide à la réinstallation ou au retour des
personnes déplacées dans leurs foyers
19 756 250
À déterminer
Création d’emplois et de revenus
d’urgence pour les jeunes, en particulier
les femmes, dans les zones en proie
à la violence.
Formation professionnelle et intermédiation
15 500 000
À déterminer
108 975 808
153 000 000
77 214 254
À déterminer
45 000 000
À déterminer
118 790 438
À déterminer
385 941 400
153 000 000
Remise en état et mise à disposition
des infrastructures éducatives pour
la rentrée scolaire.
Renforcement des mécanismes
de réponse aux chocs au moyen
de transferts monétaires aux ménages
vulnérables.
Retour à l’école en octobre dans les
écoles publiques et privées des départements de l’Ouest et de l’Artibonite
Reprise des activités dans les universités touchées
Filets de sécurité sociale pour les
ménages les plus vulnérables
Élargissement et modernisation du
registre social du ministère des Affaires
sociales et du Travail
Amélioration de la sécurité alimentaire
et nutritionnelle.
Mise en place de cantines scolaires, reposant sur un approvisionnement local
Garantie de l’accès aux services sociaux
de base, surtout dans les zones défavorisées en proie à la violence, avec une
attention particulière pour les personnes
handicapées et dans le respect de l’égalité
de genre.
Garantie de l’accès aux infrastructures
de santé dans les zones vulnérables en
proie à la violence
Centres communautaires pour personnes âgées
Centres de la petite enfance
TOTAL
santé ne fonctionnent pas ou fonctionnent partiellement,
sont Carrefour, Cité Soleil, Croix-Des-Bouquets, Delmas,
Kenscoff, Pétion-Ville, Port-au-Prince, et Tabarre. Les
établissements non équipés de lits d’hospitalisation
(niveau 1 du système de santé) n’ont pas été pris en
compte dans l’évaluation pour des raisons d’indisponibilité
des données.
110. La pénurie de professionnels de la santé est un
autre grand problème. D’octobre 2021 à décembre
2023, les effectifs du ministère de la Santé publique
et de la Population ont baissé de 17 %, passant de 13
800 à 11 500 employés. Au niveau national, on compte
7,3 membres du personnel essentiel pour 10 000 habitants,
ce qui est en deçà de ce que recommandent l’Organisation
panaméricaine de la santé et l’Organisation mondiale de
la Santé, à savoir 25 pour 10 000 habitants. Le personnel
médical disponible, qui bien souvent ne peut se rendre
au travail pour des raisons de sécurité, est également en
baisse. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance
(2024), environ 40 % des prestataires de soins de santé
auraient récemment quitté le pays “ en raison des niveaux
extrêmes d’insécurité “.
APERÇU DES BESOINS
DE RELÈVEMENT
111. Pour la période de relèvement, il faudra 386 millions
de dollars pour couvrir les services sociaux, les filets de
sécurité sociale et la sécurité alimentaire (tableau 12). Il
faudra aussi des données supplémentaires et des évaluations
contextuelles pour pouvoir déterminer les besoins à moyen
terme. Rien que pour le secteur de l’éducation, les besoins
se chiffrent à 153 millions de dollars.
112. Déplacements internes. Les programmes de court
terme devraient permettre aux personnes déplacées de
se réinstaller et de subvenir à leurs besoins essentiels. À
partir d’une évaluation détaillée du marché et d’une analyse
des coûts, le coût mensuel des transferts devrait se situer
par ménage entre 299 dollars (dans un scénario de crise
prolongée) et 358 dollars (dans un scénario d’urgence).
Ces chiffres correspondent aux dépenses minimales qu’un
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
ménage doit faire pour subvenir à ses besoins essentiels
(nourriture, abri et autres biens de première nécessité)
pendant son déplacement. En raison du nombre de
personnes déplacées au sein des populations locales, on
peut comprendre combien il importe qu’un système de
soutien durable puisse être mis en place pour maintenir la
cohésion sociale. Les pertes subies par les municipalités et
les services du lieu d’accueil des personnes déplacées n’ont
fait l’objet d’aucune évaluation autre que celle réalisée au
titre de l’axe prioritaire 1, la plupart des personnes déplacées
résidant hors de la ZMPP et n’étant donc pas prises en
compte dans l’ERIC.
113. Emplois d’urgence. Face aux pertes d’emplois et de
moyens de subsistance (axe prioritaire 1), les programmes de
création d’emplois deviendront une priorité immédiate, en
particulier dans les zones fraîchement libérées. Les projets
de construction et de remise en état à forte intensité de
main-d’œuvre ont en effet un énorme potentiel de création
d’emplois pour les jeunes hommes et les jeunes femmes, y
compris les personnes déplacées, et devraient largement
favoriser l’inclusion et le relèvement socioéconomiques
durables ainsi que la réduction de la pauvreté. En intégrant
les principes d’un emploi décent dans ce type de projet
d’investissement, on peut s’attaquer aux causes profondes
des conflits dus au manque d’emplois et de perspectives
économiques. Outre les programmes de remise en état
prévus au titre de l’axe 2, les programmes relevant de l’axe
3 comprendront des programmes d’apprentissage et de
formation professionnelle axés sur les besoins des marchés.
Un programme de formation professionnelle visant la mise
TABLEAU 13 :
Besoins d’aide sociale par commune
Commune
Besoins (en dollars)a
Carrefour
9 566 419
Cité-Soleil
4 959 063
Croix-des-Bouquets
4 670 123
Delmas
7 394 652
Ganthier
1 169 921
Gressier
681 969
Kenscoff
1 074 496
Pétion-Ville
7 049 908
Port-au-Prince
18 470 920
Tabarre
2 437 378
Thomazeau
990 799
TOTAL
58 465 654
a. Les besoins par commune sont évalués par pondération du total des
besoins avec la population de la commune concernée.
43
en place d’un réseau de travailleurs sociaux et de gardes
d’enfants, et un programme de renforcement des services
publics de l’emploi, notamment de numérisation des
services d’intermédiation, seront également mis en place.
114. Éducation. Il faut 73,5 millions de dollars pour
répondre aux besoins immédiats de relèvement sur quatre
fronts : adaptation des infrastructures scolaires pour
répondre aux besoins de tous les enfants, y compris les
enfants handicapés; appui pour assurer la continuité des
services scolaires ; soutien psychosocial ; et renforcement
institutionnel. Ces interventions sont programmées sur une
période de 24 mois, répartie en phases de court, moyen
et long termes. Dans le court terme, les efforts porteront
sur la rénovation des écoles que fréquentent les personnes
déplacées, la création d’espaces d’enseignement
temporaires, la distribution de matériel scolaire, le soutien
aux familles pauvres pour accroître le nombre d’inscriptions,
la fourniture de repas scolaires, l’offre de cours de rattrapage
et la mise en place d’un soutien psychosocial pour les
élèves et les enseignants. À moyen terme, l’accent est mis
sur la construction et la remise en état des infrastructures
scolaires, avec une attention particulière sur la sécurité,
la résilience aux catastrophes climatiques et la formation
des enseignants à la gestion des risques. À long terme, les
programmes scolaires devront être réformés et intégrer la
résilience aux catastrophes et la gestion des risques, et une
politique ainsi qu’une stratégie nationales d’éducation en
situation de crise et d’urgence devront être élaborées.
115. Enseignement supérieur. Une enveloppe de 35,5 millions
de dollars est nécessaire et doit être consacrée à quatre
mesures prioritaires. Au titre de la mesure prioritaire 1, il s’agira
de remettre en état les structures qui ont subi des dégâts et
de procéder au remplacement des sources d’énergie. Pour
la mesure prioritaire 2, il est prévu de remettre en état les
laboratoires spécialisés, les équipements et le mobilier. Dans
le cadre de la mesure prioritaire 3, un soutien psychosocial
sera apporté aux étudiants et aux enseignants. La mesure
prioritaire 4 portera sur le renforcement des capacités
d’enseignement à distance, notamment par l’acquisition du
matériel nécessaire. La Conférence des recteurs, présidents
d’universités et dirigeants d’institutions d’enseignement
supérieur haïtiennes a proposé une stratégie de financement
des universités privées consistant à subventionner les frais
de scolarité des étudiants pour permettre aux institutions
concernées de compenser leurs pertes.
116. Protection sociale. Selon les estimations, il faudrait
un montant de 58 millions de dollars pour répondre aux
besoins immédiats des programmes d’aide sociale des
ménages très vulnérables. À court terme, la priorité sera
donnée à la mise en œuvre d’un programme de transferts
monétaires devant permettre aux ménages vivant en dessous du seuil inférieur de pauvreté de subvenir à leurs
besoins les plus urgents. Le programme prévoit, sur une
44
période de 24 mois, des transferts mensuels non conditionnels de 20 % du MEB aux ménages pauvres recensés
(tableau 13)26. Si les conditions de sécurité le permettent,
ce programme pourra très rapidement être généralisé.
117. Pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, il convient d’aligner les priorités de relèvement
rapide sur la feuille de route du gouvernement relative
aux systèmes alimentaires à l’horizon 2030 et sur sa
politique nationale de protection sociale. Les principales
actions à mener sont les suivantes : appui à la demande
de produits alimentaires locaux par la généralisation dans
toutes les écoles de la ZMPP du programme de repas scolaires préparés avec des produits locaux, élargissement
de l’aide sociale aux ménages les plus vulnérables pour
lutter contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition, et
mise en œuvre de réformes fiscales et tarifaires visant la
transformation des systèmes alimentaires. À moyen terme,
il faudra, entre autres, soutenir la demande de produits
alimentaires locaux par la généralisation dans toutes les
écoles de la ZMPP du programme de repas scolaires et la
mise en œuvre de réformes fiscales et tarifaires visant la
transformation des systèmes alimentaires.
118. Pour le secteur de la santé, il faut prévoir plus de
55 millions de dollars. Les programmes porteront en
priorité sur six interventions visant à assurer la sécurité
des établissements, des patients et du personnel : garantir
l’accès aux services de santé (y compris par la réouverture
des établissements des communes les plus touchées)
et doter les établissements de santé des ressources
nécessaires (personnel, fournitures) ; reconstruire et
remettre les hôpitaux en état (coût estimatif de 910 000
dollars par établissement), reconstruire et remettre en état
les centres de santé avec lits (coût estimatif de 300 000
dollars par centre) ; acquérir du matériel et des fournitures
médicales pour les établissements de santé (coût estimatif
de 7 000 000 de dollars) ; installer des systèmes d’énergie
(distribution et production) pour faire fonctionner les centres
et les hôpitaux (coût estimatif : 22 000 000 de dollars) ;
doter le Centre national des ambulances d’ambulances bien
équipées, de pièces détachées et du matériel nécessaire
(coût estimatif de 4 000 000 de dollars); constituer un stock
initial de matériel devant permettre aux établissements
remis en état d’être opérationnels les premiers mois, les
dépenses de personnel étant prises en charge par le budget
national. Ces besoins ne couvrent pas la reconstruction des
hôpitaux privés et ne concernent que les établissements
publics, pour autant que les conditions de sécurité dans
les zones touchées soient assurées. Les ressources
opérationnelles (personnel et fournitures) seront évaluées
après établissement d’un ordre de priorité concernant les
infrastructures à remettre en état, puis inscrites au budget
national.
26
Les détails des calculs peuvent être obtenus sur demande
Axe Prioritaire 4
RENFORCEMENT DE L’ÉTAT DE DROIT
ET DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE
119. La crise sécuritaire a accentué la violence
communautaire et fortement ébranlé les secteurs de
la justice et de la sécurité, et l’État de droit. Le système
judiciaire a subi de lourdes pertes : des tribunaux ont été
incendiés et pillés, et 57 % des juges du Tribunal de première
instance de Port-au-Prince ont abandonné leurs postes.
Neuf tribunaux, dont plusieurs tribunaux de paix, ont subi
des dégâts ou ont été délocalisés, tandis que l’École de la
magistrature ne parvient pas à former de nouveaux juges
depuis deux ans, et que, de ce fait, le nombre de juristes en
activité est en chute libre.
120. La violence fondée sur le genre (VFG) a considérablement
augmenté dans la ZMPP, le nombre de cas signalés entre
2020 et 2023 ayant crû de 340 %. En 2024, près de 3 949
incidents de VFG ont été signalés, dont 72 % de violences
sexuelles. Au moins 7 centres de protection des femmes ont
été fermés ou dégradés, ce qui n’a pas permis aux victimes
d’accéder aux services essentiels.
121. Pour ce qui est de la sécurité publique, la crise a
aggravé le manque de matériel et de personnel de la PNH
que l’on connaissait déjà. Sur les 12 870 policiers recensés,
seuls 11 335 étaient en activité au 30 septembre 2024, soit
un ratio de 1,02 policier pour 1 000 habitants. Depuis 2021,
ce sont 174 policiers qui ont été tués, et environ 2 500 qui
ont abandonné leurs postes. Rien qu’en 2024, les gangs ont
détruit plus de 50 postes de police et 3 prisons, occasionnant
des pertes d’infrastructures et d’équipements de l’ordre de
39,1 millions de dollars.
SYSTÈME JUDICIAIRE
122. Depuis 2021, Haïti vit une grave crise politique et
sécuritaire qui a considérablement affaibli son système
judiciaire. La crise a donné lieu à des incendies et à des
pillages de tribunaux, ainsi qu’à des menaces et à des
assassinats visant des acteurs judiciaires, ce qui a provoqué
le départ de 57 % des juges du Tribunal de première instance
de Port-au-Prince. Le volume des affaires a ainsi chuté de
67 % depuis 2020. En dépit de l’évasion massive de plus de
4 000 détenus en mars 2024, le taux de détention préventive
reste très alarmant (83 %).
123. Ces deux dernières années, parce qu’elle se trouve
dans une zone à haut risque, l’École de la magistrature
n’a pas pu assurer de formations de base, bien qu’elle
ait réussi, grâce à l’aide internationale, à organiser des
formations sur la criminalité financière27. L’assistance
27
Selon une étude réalisée en 2017, Haïti compterait 62 institutions
d’enseignement du droit, avec seulement 3 % d’enseignants titulaires d’un
PhD, et certaines facultés ne disposeraient que de quatre professeurs
pour 10 matières.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
juridique, que financent les bailleurs de fonds depuis
25 ans, a permis de mettre en place en 2018 un Conseil
national de l’assistance juridique, qui a ouvert 13 bureaux
dans 18 juridictions. Toutefois, en raison de l’insécurité, ces
bureaux n’ont jamais pu ouvrir leurs portes dans certaines
régions, et le Conseil a de ce fait perdu 15 employés.
124. La crise a aussi fortement réduit le nombre d’avocats,
de 4 430 à 2 200, dont seulement 110 femmes. Nombreux
sont ceux ou celles qui ont quitté la profession ou cherché
d’autres sources de revenus en raison du dysfonctionnement
des cours et des tribunaux. La délocalisation de la Cour
pénale internationale a perturbé les activités de l’Ordre
des avocats de Port-au-Prince. Le traitement des affaires
en cours et la lutte contre les détentions préventives trop
longues constituent d’importants défis à relever.
125. L’infrastructure judiciaire a subi des dégâts
importants. Le Tribunal de première instance, deux
tribunaux de paix (Nord et Sud) et un tribunal pour enfants
ont été sérieusement dégradés, et les tribunaux de Port-auPrince et de Croix-des-Bouquets ont été réinstallés dans
des locaux exigus et peu sûrs, qui ont considérablement
entamé leur capacité de traitement de dossiers. Cette
réinstallation a entraîné une diminution de 66 % dans le
traitement des affaires pénales et de 33 % dans celui des
affaires civiles. Les autres zones touchées sont Carrefour,
Delmas, Gressier, Pétion-Ville et Thomazeau, où plusieurs
tribunaux de paix ont également été dégradés. Pour
chaque tribunal dégradé, le coût estimatif de la remise
en état oscillerait entre 200 000 et 500 000 dollars, soit
un coût total estimatif de 1,8 à 4,5 millions de dollars pour
les neuf tribunaux recensés. Cette charge financière vient
grever davantage les ressources déjà limitées du système
judiciaire, et rendre encore plus difficile le retour à un
fonctionnement normal28.
VIOLENCE SEXUELLE
ET FONDÉE SUR LE GENRE
126. Depuis 2021, la violence fondée sur le genre (VFG),
en particulier la violence sexuelle, a nettement augmenté
dans la ZMPP. Les actes de violence sont commis aussi
bien pendant les attaques des groupes armés qu’en
dehors de ces attaques. Dans certains quartiers, près de
80 % des femmes et des filles ont été victimes de VFG.
Selon les données de Kay Fanm, organisme de prise en
charge des victimes de VFG à Port-au-Prince, le nombre
de cas aurait augmenté de 340 % entre 2020 et 2023.
Dans les sites de déplacés, l’Organisation internationale
pour les migrations a relevé de graves problèmes de
protection, notamment l’absence d’intimité et l’insuffisance
d’éclairage, qui accroissent le risque de violence à l’égard
des femmes et des filles.
28
Cette étude comporte des limites, notamment l’impossibilité d’accéder
aux tribunaux à cause des risques que présente l’entrée dans ces lieux,
ce qui a rendu difficile la collecte de données. De nombreuses affaires
restent inaccessibles parce que les dossiers concernés se trouvent dans
des zones occupées par des gangs et qu’il n’existe pas de statistiques
fiables ni de système national opérationnel.
45
127. De janvier à mai 2024, 3 949 cas de VFG ont été
signalés, dont 72 % de cas de violence sexuelle. Le
nombre de cas de VFG signalés n’a cessé d’augmenter,
les cas signalés étant près de cinq fois plus nombreux en
mars 2024 qu’en janvier et février de la même année, soit
de 250 à 1 543. Entre mars et mai 2024, le nombre de
nouveaux cas a augmenté d’environ 40 %, de 1 543 à 2 156.
La plupart des cas sont survenus dans les départements
de l’Ouest (70 %) et de l’Artibonite (26 %). Les victimes sont
principalement des femmes (75 %) et des filles (20 %), dont
61 % sont des personnes déplacées (43 %) vivant au sein
de communautés et 18 % dans des sites de déplacés.
128. Malgré une légère amélioration, de 25 % en mars à 27 %
en mai 2024, l’accès aux services sous 72 heures après
un viol reste limité. Le manque de structures adéquates
d’assistance, les fermetures forcées de différents centres,
l’insuffisance de personnel qualifié et la situation sécuritaire
du pays constituent des obstacles majeurs. Il n’existe guère
de mécanisme d’orientation pour les victimes, et les espaces
sûrs ou abris d’urgence temporaires qui leur sont destinés
sont précaires et insuffisants. Les conséquences de la VFG
se ressentent dans toute la zone métropolitaine, avec des
cas signalés principalement à Port-au-Prince (44 %), Cité
Soleil (11 %), Delmas (8 %) et Croix-des-Bouquets (2 %).
129. L’impact de la violence fondée sur le genre ne se
limite pas aux victimes, mais touche également leurs
familles, leurs communautés et la société dans son
ensemble, avec des séquelles physiques, psychologiques,
économiques, sociales et comportementales. Les effets
secondaires sont non seulement d’ordre intergénérationnel,
mais se traduisent aussi par des conflits communautaires et
des pressions sur les institutions et les services. La violence
des gangs a donné lieu à la fermeture ou à la dégradation
de cinq à sept centres de protection des femmes dont les
coûts de remise en état oscillent entre 200 000 et 500 000
dollars par centre, soit un montant total de 1 million à 3,5
millions de dollars. Leur fermeture a entraîné la perte de 50
à 105 emplois de professionnels (psychologues, travailleurs
sociaux et conseillers juridiques), soit une perte économique
d’environ 400 000 à 1,575 million de dollars par an29.
POLICE
130. La crise ayant entraîné une forte hausse des
homicides (voir section II), les forces de sécurité essuient
de lourdes pertes. La PNH30 emploie actuellement 12
870 agents de police, dont 1 561 femmes seulement
(12 %), soit un ratio de 1,02 agent pour 1 000 habitants,
29
Les limites de l’étude sont, entre autres, l’accès aux municipalités
occupées par les gangs, le manque de contact direct avec les victimes
de VFG, le manque de contact avec les associations locales susceptibles
de détenir des données et l’absence d’une base de données fiable en
raison de la sous-déclaration des cas.
30
La sécurité publique relève du ministère de la Justice et de la Sécurité
publique qui élabore les politiques de sécurité, du Secrétariat d’État à la
Sécurité publique qui veille à leur mise en œuvre et de la Police nationale
d’Haïti (PNH) qui est chargée de la protection des citoyens.
46
nettement inférieur à la norme régionale de 2,2 agents
pour 1 000 habitants. Entre janvier 2021 et le 31 août 2024,
174 policiers ont été tués et environ 2 500 ont quitté leurs
postes pour diverses raisons: précarité des conditions
de travail, émigration, abandon de poste, licenciements
ou décès. Au cours du seul premier semestre 2024,
23 policiers ont été tués et 48 autres blessés.
131. Les infrastructures et les équipements ont été
les principales cibles des attaques des gangs. Sur les
412 locaux de la PNH30, 76 ne sont plus en service, 146
nécessitent d’importants travaux de remise en état et 57
viennent d’être détruits. Entre 2021 et 2024, 81 attaques
de gangs ont détruit 47 postes de police et deux prisons
et vandalisé 13 autres bâtiments, 40 véhicules légers et
11 véhicules blindés de la police. La PNH doit faire face à
la circulation d’un grand nombre d’armes illégales et ne
dispose que de peu d’équipements et de personnel à cet
effet. L’unité de lutte contre les enlèvements, réactivée en
2021, n’a pas été en mesure de freiner l’augmentation des
enlèvements, qui ont doublé chaque année depuis 2020,
passant de 124 cas répertoriés en 2020 à 1 418 cas signalés
les huit premiers mois de 2024. La destruction des prisons
et la libération fréquente de violeurs et autres criminels
présumés accroissent les risques pour les victimes de
VFG. En raison des pertes d’équipement et du manque
de véhicules (1 pour 15 agents), la PNH connaît aussi des
délais d’intervention trop longs. La mise en œuvre de la
police de proximité progresse lentement, malgré un nouvel
engagement pris en 2022 de renforcer la coopération
avec tous les acteurs locaux. Une unité spécialisée dans
la lutte contre la VFG existe, mais manque de ressources.
132. Les pertes subies par le secteur de la sécurité se
chiffrent à 39,1 millions de dollars. Dans tout le pays,
sur un total de 412 locaux de police, 74 ne sont plus en
service, soit 49 dans le département de l’Ouest et 7 dans
le département de l’Artibonite. À Port-au-Prince, 21 postes
de police ont été dégradés ou détruits, dont Martissant,
Delmas 2/la Direction centrale de la police routière et le
garage central de la PNH, ce qui a entraîné des pertes de
l’ordre de 21,2 millions de dollars. À Croix-des-Bouquets,
9 postes de police, dont celui de Bon Repos, ont subi des
pertes estimées à 4,4 millions de dollars. Dans d’autres
localités comme Cabaret, Carrefour, Ganthier, Gressier et
Thomassin, les pertes s’élèvent à environ 8 millions de
dollars. En outre, le garage central de la PNH a subi des
pertes liées à l’entretien du matériel et des infrastructures
(40 véhicules garés pour réparation ou brûlés), évaluées
à 4,5 millions de dollars. Les pertes liées au matériel
perdu ou dégradé (radios, armes, gilets pare-balles et
ordinateurs) atteignent 1 million de dollars.
SYSTÈME PÉNITENTIAIRE
133. Le système pénitentiaire était déjà une source de
préoccupation majeure avant la crise sécuritaire. La direction de l’Administration pénitentiaire (DAP) gère 16
des 20 établissements en service, dont 2 établissements
correctionnels pour hommes (Fort-Liberté II et Arcahaie),
une prison pour femmes à Cabaret — actuellement hors
service en raison d’agressions répétées des gangs — et
une maison d’arrêt pour mineurs à Delmas 33. En 2024,
la DAP emploie 809 agents, dont 128 femmes, soit une
baisse sensible par rapport aux 1 224 agents de 2022, et
une réduction de 33 % due aux décès, aux démissions et
aux départs du pays. Sur ces 809 agents, 787 sont affectés
à des missions sur le terrain. Toutefois, seuls 262 sont
en service à tout moment pour surveiller une population
carcérale d’environ 7 500 détenus, ce qui se traduit par
un ratio extrêmement faible de 29 détenus par agent. La
détention illégale reste un problème majeur, environ 85 %
des détenus étant en détention provisoire et nombre d’entre eux dans des cellules de garde à vue non conformes.
134. La plupart des infrastructures sont des bâtiments
militaires vétustes et inadaptés. Les infrastructures sont
en majorité des bâtiments militaires vétustes et inadaptés.
L’espace moyen de 0,44 m² par détenu est loin des 4,5
m² réglementaires. La surpopulation carcérale a été accentuée par les failles observées à la prison civile de Portau-Prince et à la prison de la Croix des Bouquets, qui ont
considérablement réduit la capacité d’accueil du système
pénitentiaire. Le Centre de réinsertion des mineurs en conflit avec la loi, conçu à l’origine pour 93 mineurs, accueille
aujourd’hui 400 détenus en moyenne, dont 133 femmes
transférées de la prison de Cabaret et 140 hommes adultes en raison du manque actuel d’établissements pénitentiaires pour hommes adultes dans la ZMPP. Cette forte
surpopulation, conjuguée aux mauvaises conditions de
détention, met en péril la santé physique et mentale des
détenus et rend toute activité de réinsertion illusoire. De
plus, la présence de différentes catégories de détenus au
sein d’un même établissement augmente le risque de violence dans un environnement déjà très précaire.
RÉDUCTION DE
LA VIOLENCE
COMMUNAUTAIRE
135. Quatre-vingt-huit pour cent des meurtres ont
été enregistrés à Port-au-Prince, souvent suite aux
attaques de gangs, les groupes armés contrôlant,
selon les estimations, 80 % de la ZMPP. La violence
communautaire reste élevée, malgré une baisse de
20,3 % des enlèvements observée au premier semestre
2024 en glissement annuel. Les lynchages perpétrés
par des groupes d’autodéfense, appelés “ justiciers ”, se
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
sont multipliés, avec la mort d’au moins 160 personnes
prétendument liées aux gangs au premier semestre 2024,
comme indiqué par le BINUH. Une étude du Groupe sur la
sécurité climatique met en évidence la corrélation entre
climat et sécurité humaine, et notamment les difficultés
d’accès à l’eau et à l’assainissement dans les zones
urbaines surpeuplées. Les gangs contrôlent souvent
l’accès à l’eau, ce qui contribue à exacerber la violence
communautaire. Les enfants et les jeunes Haïtiens sont
particulièrement vulnérables à ces risques, y compris les
jeunes femmes exposées à la violence fondée sur le genre
lorsqu’elles sont en quête de ressources.
136. Outre ses effets directs que sont la destruction
des infrastructures, les blessures et les décès, la
violence urbaine a des effets indirects, parmi lesquels
des traumatismes physiques et des troubles de santé
mentale. Les effets secondaires ont des répercussions
plus larges comme la transmission du cycle de la violence,
la normalisation de la violence, la pression sur les services,
l’érosion de la cohésion sociale et la dégradation de la
légitimité des autorités31. De plus, un grand nombre des
membres des gangs sont des mineurs, ce qui confère à la
violence communautaire un caractère intergénérationnel
et fait de la réinsertion des mineurs et des jeunes dans la
société un enjeu crucial pour toute stabilité future.
APERÇU DES BESOINS
DE RELÈVEMENT ET DE
RECONSTRUCTION
137. Pour 2024-2026, il faudra 389 millions de dollars
pour le relèvement et la reconstruction, et pour 20262030, 271 millions de dollars (tableau 14).
138. Toute intervention directe dans le système judiciaire
haïtien doit privilégier les programmes qui visent à
apporter des réponses aux besoins essentiels que
sont la réactivation des tribunaux et la réduction des
détentions préventives. L’essentiel des efforts doit porter
sur l’amélioration de la qualité de vie des citoyens par la
réduction des délais judiciaires et un meilleur accès à une
justice équitable. Les projets qui permettent de lever les
obstacles à la justice, en particulier pour les populations
vulnérables, sont essentiels. Le renforcement des
capacités institutionnelles par la formation, les réformes
juridiques et une gouvernance transparente revêt une
importance cruciale. Les programmes doivent également
promouvoir l’inclusion et l’équité, et garantir aux femmes
et aux groupes vulnérables un accès à la justice sans
compromettre la viabilité financière et la durabilité sur le
31
La présente étude décrit des limites principalement liées à l’impossibilité
de se rendre dans les municipalités touchées par la crise à cause
du contrôle qu’y exercent les gangs, et qui ne permet pas de faire des
évaluations sur le terrain. En outre, l’inefficacité de l’administration publique
47
long terme.
139. Pour revitaliser le système judiciaire haïtien, il
faudra environ 33 millions de dollars. Au nombre des initiatives clés à mettre en œuvre figurent les programmes
de responsabilisation des acteurs judiciaires, la recherche
d’espaces sécurisés où réimplanter les tribunaux, la remise
en état des infrastructures et l’amélioration des services
de l’Office national d’identification. Il faudra investir dans
les programmes de tribunaux spécialisés, les cellules de
renseignement financier et les inspections judiciaires. La
mise en œuvre du nouveau Code pénal comprend l’élaboration de lois d’application, l’organisation de séminaires de
formation et la formulation de recommandations relatives
à la mise en place des infrastructures. Des investissements
s’imposeront également dans les programmes de formation et de protection des magistrats et dans la construction de bureaux d’assistance juridique. Les mécanismes de
justice informelle et les projets d’infrastructure, y compris
leur remise en état, leur reconstruction et leur équipement,
sont prioritaires aussi.
140. Pour répondre aux besoins de relèvement liés à la
violence sexuelle et fondée sur le genre (VSFG), des interventions intégrées s’imposent et doivent prendre en
compte les effets immédiats et à long terme de cette violence dans toute la ZMPP en proie à la crise. Le cadre
d’investissement présente un plan global de lutte contre
la violence fondée sur le genre, doté d’un budget total de
7 070 000 dollars. Le programme de prévention est axé
sur l’éducation et la sensibilisation, la formation des responsables communautaires et religieux, les concertations
communautaires et les campagnes médiatiques visant à
réduire la tolérance sociale à l’égard de la violence fondée
sur le genre et à promouvoir l’égalité entre femmes et
hommes, et il a un budget combiné de 819 999 dollars.
Le programme de réponse couvre les mécanismes de
surveillance communautaire, les organisations féminines
de la société civile, les services d’appui multisectoriels,
la formation professionnelle sur la réponse à la violence
fondée sur le genre et la mise en place d’espaces sûrs,
pour un budget total de 10 494 488 dollars. Le programme
de renforcement institutionnel vise à établir des réseaux et
des mécanismes de coordination entre différentes institutions pour assurer une réponse intégrée à la VFG, avec un
budget de 300 000 dollars.
141. En raison de la prévalence de la violence, il est indispensable de mettre en place un programme d’aide
sociale pour accompagner les victimes. Ce programme
viendra compléter les services de soins médicaux et psychosociaux par une aide financière aux victimes de violence fondée sur le genre. La prestation proposée sera
équivalente à six mois de salaire minimum (versée sous
forme de transferts monétaires mensuels ou en paiement
dans ces municipalités fait que les bases de données ne sont pas fiables et
que l’accès à des informations précises et actualisées est limité. Par ailleurs,
les associations locales étant peu disponibles, la collecte de données est
plus compliquée et rend difficile l’élaboration d’un tableau complet des
besoins et des incidences de la crise.
48
TABLEAU 14 :
Besoins de relèvement du secteur de la sécurité
Sous-secteur
Justice
Violence sexuelle et
fondée sur le genre
Besoins à court
terme (2024–2026)
Besoins à moyen
terme (2024–2030)
Programme de remise en état des cours et tribunaux
13 088 993
13 411 008
Programme de responsabilisation des acteurs judiciaires
9 289 286
5 289 286
Mise en œuvre du nouveau Code pénal et du nouveau Code
de procédure pénale
1 000 000
3 600 000
Programme de tribunaux spécialisés
4 233 169
6 766 832
Programme de promotion de mécanismes de justice informelle
2 000 000
3 000 000
Programme d’infrastructures
3 250 000
6 250 000
Prévention
820 000
2 180 000
Réponse
5 950 000
9 950 000
300 000
700 000
Cadre juridique, institutionnel, de commandement et de contrôle
4 800 000
300 000
Ressources humaines, fonctions, conditions de travail
29 696 000
29 660 000
Administration et communication
8 000 000
4 600 000
Sécurité publique et police judiciaire
161 000 000
80 500 000
Cadre infrastructurel
40 600 000
60 200 000
842 500
187 500
Ressources humaines, fonctions, conditions de travail
5 285 000
1 295 000
Capacité institutionnelle de la Direction de l’Administration
pénitentiaire
1 500 000
500 000
Sécurité dans les prisons
15 875 000
5 685 000
Cadre infrastructurel
35 000 000
12 010 000
Amélioration des conditions de détention
2 000 000
1 000 000
Gestion des armes et des munitions
4 100 000
1 800 000
Reprise économique et renforcement des capacités
communautaires
31 500 000
18 000 000
Mobilisation sociale et communautaire et participation citoyenne
2 600 000
1 300 000
Protection
6 250 000
2 650 000
388 979 947
270 834 625
Programme
Renforcement institutionnel (sectoriel)
Sécurité publique :
police
Cadre juridique, institutionnel, de commandement et de contrôle
Sécurité publique :
prisons
Réduction de la
violence communautaire
TOTAL
unique), et sera déterminée en fonction d’une analyse au
cas par cas et de la situation économique. Le ministère de
la Condition féminine et des Droits de la femme et l’Institut
du bien-être social et de la recherche du ministère des Affaires sociales et du Travail seront chargés de la mise en
œuvre du programme.
142. Les critères d’établissement des priorités mettent
l’accent sur la rapidité d’intervention, la réduction
de la violence, la protection des femmes et l’aide
socioéconomique. Les programmes qui apportent
une réponse immédiate, comme la mise en place de
mécanismes de surveillance communautaire et d’espaces
sûrs, ont priorité pour ce qui est d’assurer une protection
rapide aux victimes. Les activités qui présentent un fort
potentiel de réduction de la violence fondée sur le genre,
comme les campagnes médiatiques et les concertations
communautaires qui permettent de faire évoluer
les normes sociales, sont prioritaires. Les initiatives
qui améliorent directement la sécurité des femmes,
notamment par la mise en place d’espaces sûrs et le
renforcement des organisations féminines de la société
civile, sont privilégiées. Les programmes qui apportent
une aide durable aux victimes, comme les services d’appui
multisectoriels et la formation professionnelle des acteurs
de la lutte contre la violence fondée sur le genre, sont
encouragés.
143. Les besoins des secteurs de la sécurité et du
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
système pénitentiaire ont été clairement définis selon
les cinq axes stratégiques du Plan stratégique de
développement 2017-2021 de la PNH. Les interventions
devraient se conformer aux cinq critères de priorité ciaprès :
• Amélioration rapide de la sécurité communautaire
: Les initiatives doivent être conçues pour améliorer la
sécurité communautaire et faire reculer la criminalité dans
l’immédiat.
• Amélioration de l’État de droit : Les interventions
doivent renforcer la confiance du public dans l’institution
judiciaire et garantir une application équitable de la loi.
• Protection des populations vulnérables : Il importe de
mettre en œuvre des mesures pour protéger les groupes
à risque, notamment les femmes, les enfants et les
minorités.
• Amélioration des conditions de détention : Les
efforts doivent porter avant tout sur la réhabilitation des
prisonniers et la garantie de conditions de vie décentes.
• Prévention de la violence fondée sur le genre : Les
programmes doivent être axés sur la protection des
femmes et des jeunes filles et sur la mise en place de
services d’aide appropriés.
144. Les besoins en matière de réduction de la violence
communautaire ont été définis selon les quatre axes de la
Stratégie nationale de désarmement, démobilisation et
réintégration — réduction de la violence communautaire
2021-2030, signée en juin 2021. Par ailleurs, ces besoins
prennent en compte les conclusions des concertations
locales sur la réduction de la violence communautaire
menées dans les dix départements en 2023 par le Groupe
de travail sur le désarmement, la démobilisation et la
réintégration et la réduction de la violence communautaire,
avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le
développement et du BINUH. Les interventions devraient
se conformer aux critères de priorité ci-après :
• Actions prioritaires des groupes de travail : Les groupes
de travail concernés devraient définir les priorités des
initiatives pour assurer la coordination entre les institutions
et les programmes.
• Impact immédiat sur la sécurité physique : Les actions
doivent permettre de renforcer rapidement la sécurité
communautaire et de répondre aux besoins urgents de
protection.
• Dimension communautaire : Les initiatives doivent
encourager la participation active des membres de
la communauté, pour renforcer le tissu social et les
49
solidarités locales.
• Promotion d’une paix durable : Les interventions doivent
contribuer à jeter les bases d’une paix durable au niveau
local par la réduction des tensions et la promotion d’un
dialogue entre les parties.
50
IV. Cadre de sortie
de crise
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
145. La présente section décrit un cadre de sortie de
crise (Crisis Recovery Framework ou CRF) sous la forme
d’un plan de mise en œuvre stratégique et dynamique et
d’un cadre de coordination pour l’opérationnalisation des
principales activités de relèvement et de stabilisation. Le
CRF devrait jouer un rôle primordial dans la mise en œuvre
coordonnée et prioritaire des interventions de relèvement
prévues par l’ERIC. Dans un contexte marqué par des
incertitudes et des risques importants, le CRF adoptera
une approche flexible et pragmatique et proposera des
modalités institutionnelles, de financement et de gestion de
programme pour le relèvement à long terme du pays après la
crise, pour autant que les conditions le permettent. Il servira
de plateforme publique au gouvernement, aux partenaires
de développement et aux autres parties prenantes pour
les évaluations à venir, la planification et la programmation,
et permettra d’assurer l’efficacité de l’aide internationale
comme complément à la planification budgétaire nationale
et aux investissements du secteur privé.
146. Le CRF vise à renforcer la synergie entre
l’humanitaire, la paix et le développement. L’ERIC ne
propose qu’une hiérarchisation géographique et sectorielle
initiale des investissements destinés à la stabilisation et
au relèvement d’une crise en cours et, par conséquent,
vient davantage compléter que remplacer les activités
de coordination et de planification des investissements,
des réformes et des projets de développement durable
conformes au Plan stratégique de développement d’Haïti
2012 et à d’autres politiques, cadres de planification et
programmes en cours et à venir dans les domaines de
l’aide humanitaire, de la sécurité et du développement.
VISION, OBJECTIFS
STRATÉGIQUES ET PRINCIPES FONDAMENTAUX DE
SORTIE DE CRISE
147. Vision de sortie de crise. La mise en œuvre de l’ERIC
à travers le CRF repose, d’une part, sur la vision globale
du relèvement énoncée dans l’Accord politique pour une
transition pacifique et ordonnée d’avril 2024 (“ remettre
Haïti sur la voie de la dignité, de la légitimité démocratique,
de la stabilité et de la souveraineté et assurer le bon fonction
nement des institutions de l’État ”)32, d’autre part, sur les
cinq grandes priorités de la période de transition et sur le
décret du 27 mai portant organisation et fonctionnement
du CPT. La vision précise que le relèvement après la crise
repose sur une double approche, qui consiste à répondre
aux effets immédiats de la crise et à mettre parallèlement
en œuvre des réformes et des changements structurels à
plus long terme qui visent à éradiquer les causes profondes
de l’instabilité et de la fragilité.
32
Accord politique pour une transition pacifique et ordonnée, article 16.
51
148. Objectifs stratégiques. Pour les deux premières
années de mise en œuvre de l’ERIC, l’objectif global
est d’aider au relèvement des communautés haïtiennes
touchées par la crise de 2021-2024, en mettant l’accent
non seulement sur la réduction de la vulnérabilité extrême
et le rétablissement de la stabilité économique et sociale,
mais aussi sur la présence des institutions de l’État et de
leurs services. Ces objectifs stratégiques seront mis à
jour, révisés et renforcés dans le cadre d’un processus
d’examen permanent et de futurs exercices d’évaluation
et de planification. Pour la période initiale de 2024-2026,
les objectifs stratégiques de relèvement sont les suivants :
• Rétablir les moyens de subsistance, l’activité
économique et les fonctions essentielles de gouvernance
(axe prioritaire 1) : Faciliter la reprise économique en
recapitalisant les entreprises du secteur privé, en améliorant
l’accès des entreprises aux financements et aux services de
conseil, en optimisant l’environnement des entreprises et
en renforçant les capacités institutionnelles essentielles de
l’État dans les domaines de la gouvernance économique et
fiscale, de l’administration publique, de la transparence et
de la responsabilisation.
• Rétablir les infrastructures et les services publics
essentiels (axe prioritaire 2): Favoriser le relèvement
socioéconomique en rétablissant les infrastructures
et les services publics essentiels par la réparation et
la remise en état des infrastructures de transport, de
télécommunications, d’électricité et d’eau ; par l’accès à
des logements d’un coût abordable et la rénovation des
logements ; et la remise en état des installations et des
infrastructures publiques essentielles.
• Rétablir les services sociaux essentiels pour les
ménages et les communautés touchés par la crise, en
mettant l’accent sur la réduction de la vulnérabilité
extrême (axe prioritaire 3) : Rétablir l’accès aux services et
infrastructures de santé et d’éducation et renforcer les filets
de sécurité sociale pour les plus vulnérables (y compris les
personnes déplacées) par des transferts monétaires ciblés
et l’amélioration de la sécurité alimentaire.
149. Principes fondamentaux. Pour répondre aux besoins
urgents de stabilisation et de relèvement en Haïti dans
un processus de transition fragile et un contexte marqué
par des incertitudes et une instabilité persistantes, une
approche bien coordonnée, souple et efficace de mise
en œuvre s’impose. Les principes fondamentaux suivants
qui s’appuient sur les enseignements tirés de précédentes
évaluations post-crise et post-catastrophe en Haïti et dans
d’autres pays sous-tendront la mise en œuvre du CRF.
• Appropriation nationale et locale. La mise en œuvre de
l’ERIC sera pilotée par le Gouvernement haïtien, appuyé
par la Banque mondiale, l’Organisation des Nations Un-
52
ies, l’Union européenne et la Banque interaméricaine de
développement (BID). Le plan de relèvement et le cadre
d’investissement de l’ERIC s’appuient sur les programmes
et initiatives en cours pour en assurer l’alignement et la viabilité. L’ERIC sera mis en œuvre de manière inclusive et
participative, en consultation permanente avec les autorités
nationales et locales, les partenaires internationaux, la société civile et le secteur privé.
• Réponse intégrée et globale. En raison de l’impact de
la crise sur tous les domaines de l’activité économique et
sociale, une réponse intégrée et multisectorielle s’impose
pour assurer l’efficacité et la durabilité des activités de
relèvement. Il faudra aussi assurer une coordination solide
aux niveaux sectoriel et intersectoriel dans la mise en
œuvre de l’ERIC.
• Ciblage des plus vulnérables. Dans le cadre de la mise
en œuvre de l’ERIC, la priorité sera donnée aux populations
les plus touchées par la crise, notamment les plus pauvres
et les plus vulnérables, les personnes déplacées et les
groupes sociaux touchés de manière disproportionnée par
la crise, notamment les femmes, les jeunes, les enfants et
les personnes âgées.
• Recherche d’un équilibre entre besoins urgents et
objectifs à moyen terme. S’il est vrai que la mise en oeuvre
de l’ERIC entre 2024 et 2026 sera principalement axée
sur les priorités urgentes de relèvement à court terme, il
n’en reste pas moins que les interventions seront conçues,
autant que possible, selon les principes de « reconstruire
en mieux », pour traiter dysfonctionnements et contraintes
structurelles.
• Approche de mise en œuvre prioritaire, souple et
adaptative. La coordination, la planification et la mise en
œuvre des interventions prévues dans l’ERIC devront
prendre en compte la dynamique et l’évolution du contexte
opérationnel et donner la priorité à une conception de
projet souple et à des modalités opérationnelles de nature à
favoriser une approche programmatique adaptative, souple
et réactive dans tous les secteurs.
• Transparence et responsabilisation. À travers un
cadre commun de programmation, d’investissement et
d’établissement de rapports, l’ERIC mettra en place un
processus transparent de prise de décision stratégique en
matière de programmation, et de responsabilisation fondée
sur un contrôle régulier et la diffusion au public des résultats
et des progrès accomplis.
• Synergie entre l’humanitaire, le développement et la
paix. L’ERIC viendra compléter et contribuer directement
aux efforts menés plus largement dans les domaines de
l’humanitaire, du développement et de la sécurité, pour
favoriser une transition sans heurt des interventions
d’urgence aux activités de relèvement durable.
• Équité de genre et inclusion sociale. L’ERIC reconnaît que,
dans le contexte actuel de crise, les questions de handicap,
de genre et d’âge sont essentielles, d’une part, pour
comprendre les besoins et les capacités des populations,
ainsi que les risques auxquels elles sont exposées, d’autre
part, pour apporter des réponses adaptées et efficaces à leur
relèvement. Les interventions prévues au titre de l’ERIC dans
les différents objectifs stratégiques et secteurs prendront en
compte cette approche différenciée et ciblée et couvriront
à cet effet toute une série de questions intersectorielles,
comme les déplacements internes, le genre et les jeunes.
• Sensibilité aux conflits. Toutes les interventions et tous
les programmes élaborés dans le cadre de l’ERIC auront
pour objectif de renforcer la cohésion sociale, d’accroître la
résilience, de favoriser la consolidation de la paix au niveau
local et de veiller à ce qu’ils ne viennent pas aggraver ni
créer des tensions, des frustrations et de la violence.
CADRE PROGRAMMATIQUE
DE RELÈVEMENT
150. Le cadre programmatique de relèvement pour Haïti
donne une vue d’ensemble des interventions prioritaires,
des résultats, des impacts et des financements
nécessaires pour atteindre les objectifs de relèvement
de la crise dans le cadre d’une approche cohérente et
coordonnée de la mise en œuvre entre partenaires
nationaux et internationaux. Il sera aussi un outil de
gestion pour la planification stratégique, la définition de
priorités opérationnelles, le suivi de la mise en œuvre,
la transparence et la responsabilisation. Les indicateurs
programmatiques seront axés sur des résultats réalisables
à court terme, mais resteront liés à des objectifs de
relèvement à moyen et à long termes.
151. Le cadre programmatique porte sur un horizon de
planification de deux ans (2024-2026) fixé en fonction
des quatre objectifs stratégiques énoncés précédemment
et s’appuie sur les résultats de l’évaluation et les besoins
jugés prioritaires. Il met l’accent sur les interventions qui
devraient être menées et produire des résultats au cours
de la période et pour lesquelles les institutions publiques
disposent de capacités de mise en œuvre suffisantes. Ce
sera un cadre dynamique qui pourra être révisé, mis à jour
et renforcé à la lumière d’évaluations futures et d’exercices
de planification du relèvement. Le tableau 15 ci-après
donne une vue d’ensemble du cadre programmatique de
relèvement pour 2024-2026. On trouvera plus de détails
à l’annexe A.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
53
TABLEAU 15 :
Aperçu des priorités stratégiques et
programmatiques de l’ERIC (2024-2026)
OBJECTIF STRATÉGIQUE 1
OBJECTIF STRATÉGIQUE 2
Rétablir l’activité économique
et les fonctions essentielles de gouvernance
rétablir les infrastructures
et les services publics essentiels
1. Relancer l’économie par un appui ciblé à l’investissement
privé, pour créer de la richesse et des emplois décents.
1. Remettre en état les infrastructures de transport, d’eau
et d’assainissement, d’électricité et de télécommunications
dans les zones métropolitaines, le département de
l’Artibonite et d’autres zones où sévit la violence des gangs.
2. Favoriser le développement de chaînes de valeur
dans les secteurs de la transformation et de la
production.
3. Mettre en œuvre des mesures à résultats rapides
pour améliorer l’environnement des entreprises.
2. Mettre en œuvre des projets d’assainissement et
d’hygiène à forte intensité de main-d’œuvre et des
activités génératrices de revenus en collaboration avec
des petites et moyennes entreprises et avec l’appui
des municipalités.
4. Renforcer la gouvernance économique et financière.
5. Renforcer l’administration publique.
6. Renforcer le cadre de responsabilisation et de
transparence et les mesures de lutte contre la corruption
3. Mettre en œuvre un plan stratégique de transport aérien
et moderniser les principaux aéroports destinés à
accueillir des vols internationaux.
4. Remettre en état les habitations et les quartiers des
zones métropolitaines, du département de l’Artibonite
et d’autres zones où sévit la violence des gangs.
5. Rénover et rééquiper les bâtiments publics.
OBJECTIF STRATÉGIQUE 3
OBJECTIF STRATÉGIQUE 4
Améliorer l’accès aux services sociaux de base, réduire la
vulnérabilité extrême et améliorer la sécurité alimentaire
Contribuer à rétablir la sécurité publique et l’État de droit
et à réduire la violence
1. Aider les personnes déplacées (réinstallation et retour).
1. Garantir le bon fonctionnement des institutions judiciaires
et lutter contre l’impunité
2. Faciliter la création d’emplois et de revenus d’urgence
pour les jeunes, en particulier les femmes, dans les zones
touchées par la violence
2. Renforcer la prévention et les mesures de lutte
contre la VSFG.
3. Remettre en état les infrastructures éducatives et
préparer les écoles pour le début de l’année scolaire.
3. Rétablir la sécurité publique en renforçant la police
et le système pénitentiaire.
4. Renforcer les mécanismes de réaction aux chocs par des
transferts monétaires en faveur des ménages vulnérables.
4. Lutter contre les facteurs socioéconomiques
de la violence en réduisant la violence communautaire.
5. Améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
6. Garantir l’accès aux services sociaux de base,
en particulier dans les zones défavorisées touchées
par la violence, en accordant une attention particulière
aux personnes handicapées et aux questions de genre.
DÉFINITION DES PRIORITÉS
ET SÉQUENCEMENTT
152. L’environnement dans lequel les interventions de
relèvement seront mises en œuvre ne sera pas toujours
facile à court terme. Il faudra donc appliquer une approche
souple et adaptative pour coordonner les efforts entrepris
afin d’atteindre les objectifs stratégiques dans les différents
secteurs du CRF. Une approche en trois étapes allant de
la définition des priorités au séquencement de la mise en
œuvre des programmes sera élaborée comme base de coordination entre les secteurs du CRF et en leur sein.
153. Priorités spatiales et temporelles et séquencement
des interventions. Dans tous les secteurs, il conviendra
de mettre en œuvre une approche coordonnée, qui permette de s’adapter au fur et à mesure à l’émergence de
conditions favorables (sécurité, accès, etc.) pour mener
des interventions de relèvement dans toute la ZMPP. Cette démarche pourrait se traduire par la mise en place de
plans de relèvement par zone (au niveau de la commune
54
ou à un niveau plus élevé) en fonction des interventions
définies dans le cadre programmatique de l’ERIC. Les plans
de relèvement regrouperont les interventions des secteurs
concernés de l’ERIC en un corpus d’interventions à mettre
en œuvre dans les zones ciblées lorsque les conditions
favorables (sécurité, l’accès) auront été réunies.
154. Phases opérationnelles des interventions. Les
interventions devront être organisées par ordre de priorité
et par séquence selon les exigences relatives à la mise en
œuvre, les capacités d’exécution disponibles et les délais
dans lesquels certains projets doivent produire des résultats
(par exemple, projets d’infrastructure dont les cycles de mise
en œuvre sont longs par opposition aux interventions de
création d’emplois à court terme). Ces éléments doivent être
pris en compte dans la planification opérationnelle détaillée à
élaborer dans chaque secteur et ils doivent permettre d’établir
un séquencement nominal des interventions à partir des délais
et des exigences de la mise en œuvre.
155. Priorités en matière de financement et de mobilisation
des ressources. Pendant les deux premières années de
la période de relèvement, il sera probablement très difficile
de disposer de fonds suffisants pour mettre en œuvre les
interventions de relèvement. Aussi faudra-t-il établir un ordre
de priorité rigoureux pour déterminer ce qui doit être financé
en premier avec les fonds disponibles et mettre en place un
mécanisme efficace pour faire de ces priorités les éléments
qui guideront les processus de mobilisation et d’affectation
des fonds.
156. Compte tenu des incertitudes liées à la transition,
il conviendra sans doute d’envisager une approche
par scénario pour la mise en œuvre de l’ERIC, afin de
circonscrire dès le départ la coordination opérationnelle des
efforts en fonction des hypothèses les plus courantes sur
l’évolution probable de la situation dans toute la ZMPP. Il
pourrait s’agir d’un scénario prudent comportant en amont des
plans de relèvement de zone limités au centre (centre-ville) de
Port-au-Prince et prévoyant à terme une extension possible
à d’autres communes plus lourdement touchées (Cité Soleil,
Martissant par exemple) ou d’un scénario plus optimiste qui
prévoit une mise en œuvre simultanée dans presque toutes
les communes de la ZMPP, mais selon un séquencement bien
précis par catégorie d’intervention dans le cadre du processus
(en commençant par exemple par les transferts d’argent ou la
création d’emplois dans toute la ville, puis en poursuivant avec
la remise en état des infrastructures).
QUESTIONS
TRANSVERSALES
157. L’ERIC a été menée selon une approche inclusive
et participative qui a donné lieu à des consultations
avec les autorités nationales et locales, les partenaires
internationaux, la société civile et le secteur privé. La prise
en compte de facteurs comme le genre et l’âge a permis
dans une large mesure de comprendre les besoins et les
capacités des populations, ainsi que les risques auxquels
la crise les expose. Chaque axe prioritaire de l’ERIC reflète
tout une série de questions intersectorielles, dont le
genre, les jeunes et le climat. Pour la mise en œuvre des
investissements prévus, il faudra accorder une attention
particulière aux mécanismes de ciblage qui permettront
d’atteindre en priorité les populations les plus vulnérables.
• Genre. La crise sécuritaire en Haïti a gravement
compromis la sécurité publique, et touché plus
particulièrement les femmes et les filles. Les incendies de
marchés (par exemple, l’incendie du marché de fer en 2018,
l’incendie du marché de Delmas 29 en 2023) et le manque
d’accessibilité aux marchés ont eu de graves incidences
sur les activités des Madan Sara, qui représentent une
part importante du marché du travail informel en Haïti
et constituent la principale source de revenus pour la
plupart des femmes et de leurs familles. Plus de 54 %
des personnes déplacées par la crise qui vivent dans des
conditions difficiles par manque de produits de première
nécessité sont des femmes. La hausse vertigineuse des
violences sexuelles constitue un sujet de préoccupation
majeure (voir axe prioritaire 4). En raison de la pauvreté et
du chômage, les femmes et les jeunes filles sont souvent
encouragées par leur propre famille ou leurs amis à nouer
des « relations » avec des membres de groupes armés pour
subvenir à leurs besoins essentiels. Tout en reconnaissant
qu’il importe que les activités de relèvement économique
et social prennent en compte les questions de genre,
l’ERIC met un accent tout particulier sur la VSFG dans son
axe prioritaire 4, avec des activités d’appui prévues dans
l’axe prioritaire 3.
• Enfants et jeunes. Jusqu’en mai 2024, les chiffres
indiquent que plus de 500 000 enfants haïtiens vivent
dans des zones sous la coupe de gangs armés, ce qui les
expose davantage au risque d’être recrutés ou de subir des
actes de violence. Le recrutement et l’utilisation d’enfants,
en particulier de jeunes garçons, par des groupes armés,
constituent une grave violation de leurs droits. Il faut
également noter que la violence des groupes armés a
entraîné des fermetures et des déplacements d’écoles
(voir axe prioritaire 3). L’ERIC, dans son axe prioritaire 3,
met l’accent sur la nécessité d’inscrire comme priorité
la réouverture des écoles et la reprise des programmes
d’enseignement, du jardin d’enfants à l’enseignement
supérieur. L’analyse d’impact prévue dans l’axe prioritaire
4 prend également en considération les besoins et les
problèmes particuliers des jeunes dans les domaines de
l’État de droit et de la justice en Haïti.
• Climat. Le plan d’investissement de l’ERIC permettra
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
de générer des investissements supplémentaires et de
s’engager sur la voie du développement durable. Avec
pour objectif de reconstruire en mieux, l’ERIC s’attachera
principalement à créer des conditions favorables à la
mobilisation de financements verts, qui jouent un rôle
clé dans le relèvement durable. La jeunesse haïtienne
est particulièrement exposée aux risques de sécurité liés
aux changements climatiques. Dans ce contexte, il est
recommandé dans l’ERIC que les financements verts soient
une des principales sources de financement du relèvement
durable et qu’un cadre politique soit mis en place pour
mobiliser des fonds internationaux pour l’environnement
(climat, nature et pollution). Pour réussir à établir un cadre
politique national qui assure une mise en œuvre efficace
des financements verts, la volonté politique des autorités
haïtiennes est indispensable.
HYPOTHÈSES, CONDITIONS
PRÉALABLES ET RISQUES
158. L’ERIC sera mis en œuvre dans un environnement
qui devrait rester instable, complexe et plein de risques.
Les décisions concernant les orientations stratégiques de
l’ERIC ainsi que ses programmes, ses opérations et son
financement devront reposer sur une bonne appréhension
des risques, dont les suivants :
• Sécurité et ordre public. La sécurité et l’accessibilité
sont indispensables à la mise en œuvre des projets
de développement. L’hypothèse de base est que le
rétablissement de la sécurité et de l’accessibilité dans
toute la zone de Port-au-Prince devra être progressif et
graduel, et se traduire par une approche ordonnée de
la mise en œuvre des interventions. Quelle que soit la
manière dont la sécurité est rétablie, les risques liés à la
violence et à l’insécurité devraient rester élevés pendant
toute la période. D’importantes mesures de sécurité
opérationnelle devront dès lors être prises, notamment
sous forme de mise en œuvre d’approches alternatives,
de contrôles par des tiers et de sécurisation des sites et
du personnel.
• Processus de transition politique. L’enregistrement de
progrès constants dans la transition politique haïtienne,
notamment dans l’organisation d’élections, la mise
en œuvre de grandes réformes de gouvernance et le
renforcement institutionnel constitue une condition
préalable essentielle à la réalisation des interventions
prévues dans le cadre de l’ERIC, étant donné que ces
interventions sont censées contribuer à renforcer les
capacités institutionnelles nécessaires à la mise en œuvre
des efforts de relèvement et à l’établissement de relations
plus constructives et plus fructueuses entre les autorités
publiques, le secteur privé et la société civile. Les risques
55
liés à l’absence de progrès dans la transition politique
pourraient entraver ou limiter la portée, la rapidité et
l’efficacité des efforts de relèvement.
• Capacités de mise en œuvre. Pour diverses raisons,
l’environnement opérationnel de la ZMPP devrait rester
difficile tout au long de la période de mise en œuvre de
l’ERIC. Il faudra donc pouvoir compter sur des capacités de
mise en œuvre et des modalités adaptées de supervision,
de suivi, de passation de marchés, de dotation en effectifs
et d’autres aspects opérationnels. Les principaux risques
à prévoir sont le manque de capacités suffisantes et
spécialisées dans l’administration publique, la société
civile et les organismes internationaux de mise en œuvre,
qui pourrait faire monter les coûts du projet et entraîner
des retards. Les principales mesures d’atténuation qui
pourraient alors être envisagées consisteraient à procéder
en amont à des évaluations des capacités nécessaires et
disponibles, et à prévoir diverses modalités de mise en
œuvre.
• Disponibilité du financement. La réalisation à court
terme des objectifs de relèvement et de stabilisation passe
par la disponibilité d’un financement suffisant et régulier
dans tous les secteurs. Les retards ou l’insuffisance de
financement dans tel ou tel secteur pourraient avoir des
incidences sur d’autres aspects du cadre de sortie de crise
de l’ERIC. Les principaux risques à cet égard incluent la
possibilité que les ressources du budget national, de la
communauté internationale et du secteur privé soient en
deçà du total des estimations des besoins prévus dans
le plan d’investissement de l’ERIC, ce qui aurait pour
conséquence d’entraver les progrès vers la réalisation des
principaux objectifs et cibles de relèvement. Pour atténuer
ces risques, il faudra établir des priorités et un échéancier
précis pour les investissements, que les partenaires
financiers actuels acceptent d’aligner leurs ressources
disponibles sur les priorités d’investissement de l’ERIC et
que toutes les parties prenantes s’engagent résolument à
mobiliser des ressources financières supplémentaires en
Haïti et à l’extérieur.
56
V. Dispositions
institutionnelles
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
159. Au regard du contexte institutionnel et financier
difficile, pour que la mise en œuvre du cadre et du plan
d’investissement de l’ERIC soit couronnée de succès,
il faudra des résultats rapides et tangibles bénéfiques
pour les communautés touchées. Ces résultats devront
également contribuer à la transition politique et aux efforts
de rétablissement de la sécurité et de l’ordre public. Il
devra en résulter un renforcement notable des politiques
nationales, des programmes, du budget, des capacités
fiduciaires et de coordination, ainsi qu’un partenariat et
une coordination stratégiques et opérationnels solides
entre les autorités et les partenaires internationaux,
l’objectif étant de veiller à ce que l’effort de relèvement
soit cohérent et puisse disposer de ressources suffisantes.
CADRE
INSTITUTIONNEL
160. Le 9 septembre 2024, le Premier ministre a
demandé à tous les fonctionnaires de l’administration
publique de veiller à ce que le budget 2024-2025
prenne en compte les besoins prioritaires définis dans
le plan d’investissement de l’ERIC, qui s’articule autour
des cinq grandes priorités énoncées dans l’Accord du 3
avril 2024. Le MEF et le ministère de la Planification et de
la Coopération extérieure ont par ailleurs été chargés de
faciliter la mobilisation de l’aide internationale et de veiller
à ce qu’elle soit alignée sur les priorités du Gouvernement
et le budget national. L’ERIC et le CRF sont également
alignés sur d’autres cadres politiques et stratégiques, dont
la feuille de route de la transition définie dans l’Accord du
3 avril 2024, et les accords et cadres de coopération de
différentes institutions, comme le Cadre des Nations Unies
pour le développement durable 2023-2027 et le prochain
Cadre de partenariat-pays de la Banque mondiale.
161. Pour que les efforts nationaux et internationaux
restent en phase avec la mise en œuvre des activités
de relèvement post-crise, des capacités institutionnelles
adéquates de planification, de coordination et de suivi
doivent être mises en place. Il est ainsi proposé, à la
lumière des meilleures pratiques et données d’expérience
internationales, de mettre en place une structure à trois
niveaux pour la mise en œuvre des activités de relèvement
prévues dans l’ERIC. Cette architecture, qui sera élaborée
plus avant et approuvée par le gouvernement et ses
partenaires au début de la mise en œuvre de l’ERIC, servira
également de cadre de gestion de futures révisions, mises
à jour et autres modifications des efforts de relèvement
dictées par l’évolution de la situation. Sans les reproduire,
ce cadre viendra en appoint aux accords de coordination
déjà en vigueur en Haïti, y compris ceux relatifs à l’aide
humanitaire et à la sécurité, et sera ainsi mis en relation
avec eux.
57
162. Le gouvernement pilotera la mise en œuvre
du cadre institutionnel, avec l’appui d’un organe
intergouvernemental spécial qui sera chargé de la
coordination globale des efforts de relèvement. Il propose
de mettre en place un groupe de suivi opérationnel (GSO)
dont la mission sera d’appuyer les ministères responsables
de la mise en œuvre des projets du plan d’investissement
et de fournir aux autorités compétentes des informations
permettant d’en assurer la gestion stratégique. Cette
unité sera rattachée au [cabinet du Premier ministre ou
du ministre de l’Économie et des Finances], assurera
la coordination avec les partenaires internationaux et
veillera à la mobilisation et à l’allocation efficaces des
financements internationaux en fonction des orientations
économiques et financières définies par le gouvernement.
Plus précisément, le GSO apportera son appui aux
ministères sectoriels, aux organisations et aux directions
générales dans la planification technique et financière, la
mise en œuvre et le suivi de l’ERIC. La Banque mondiale,
l’Organisation des Nations Unies, l’Union européenne et la
BID soutiendront le GSO par des conseils techniques et le
renforcement de ses capacités.
163. Conformément aux pratiques internationales et
aux données d’expérience en matière de coordination
de projets complexes multipartites et multisectoriels de
relèvement, un dispositif institutionnel à trois niveaux est
proposé pour le CRF. Ce dispositif institutionnel repose sur
les principes ci-après qui visent à assurer une coordination
efficace et cohérente des efforts de relèvement :
• Promouvoir une véritable appropriation nationale, une
direction et des capacités institutionnelles pour mettre en
œuvre les priorités de l’ERIC et coordonner les efforts des
parties prenantes nationales et internationales ;
• Intégrer les priorités de l’ERIC dans les programmes
nationaux et les opérations des différentes institutions
des parties prenantes internationales, y compris les quatre
institutions partenaires et plus largement, la communauté
de l’aide ;
• Permettre une coordination efficace et inclusive des
efforts des parties prenantes nationales et internationales ;
• Faciliter un suivi harmonisé et l’établissement de rapports
sur la mise en œuvre de l’ERIC pour évaluer les progrès et
éclairer la prise de décision.
164. Ainsi, le cadre institutionnel de base ci-après
de relèvement post-crise est proposé pour que le
gouvernement et ses partenaires internationaux
l’examinent et l’élaborent plus avant après le lancement
de l’ERIC:
58
• Il est proposé de mettre en place un comité de pilotage
du relèvement qui aura la responsabilité générale des
efforts de relèvement, y compris de la prise de décision
sur la mise en œuvre et le financement. Cet organe
devra être présidé par le chef du gouvernement ou son
représentant. Le comité de pilotage devra comprendre
des représentants des ministères compétents, des quatre
institutions partenaires et des partenaires internationaux.
• Il est proposé de créer un groupe de coordination du
relèvement (GCR) qui sera chargé de la coordination
opérationnelle, de la mise en œuvre, du suivi, de l’examen
et de la mise à jour du CRF. Le chef du GSO présidera
le GCR, qui réunira des représentants techniques des
ministères compétents et des partenaires internationaux.
Le GCR sera un forum de coordination des quatre axes
prioritaires du CRF.
• Il est proposé de créer des groupes thématiques
correspondant à chacun des quatre axes stratégiques de
l’ERIC, avec pour responsabilité la coordination, la mise en
œuvre et le suivi au niveau sectoriel.
165. Le CRF pourrait également encourager la constitution de comités spéciaux, pour mobiliser les communautés,
le secteur privé et les parties prenantes locales dans le suivi
des activités et la définition des priorités, ainsi que dans la
validation de l’impact et des plans prévus dans l’ERIC.
MODALITÉS DE SUIVI
166. Le cadre de suivi est un élément essentiel du cadre
de sortie de crise de l’ERIC, qui permet de mesurer les progrès de la mise en œuvre, d’éclairer la prise de décision et
de faire connaître les résultats aux citoyens. Il reposera sur
le cadre de programme de l’ERIC et permettra de mesurer
les progrès accomplis dans les trois principaux aspects suivants de sa mise en œuvre.
• Progrès accomplis dans la réalisation des produits, des
résultats et des aboutissements de la mise en œuvre de
l’ERIC
• Établissement d’un ensemble de jalons permettant de
mettre en œuvre des actions concrètes qui serviront de
tremplin à la réalisation des objectifs
• Suivi transparent des flux d’aide (annonces de contributions,
engagements, décaissements) et des indicateurs de mesure
de l’efficacité de l’aide
167. Un rapport d’activité sera produit chaque année pour
faire connaître les résultats aux citoyens, aux parties
prenantes et aux partenaires, et un tableau de bord sera
élaboré pour présenter des informations sur les résultats
de développement tangibles (nombre d’écoles en activité,
couverture du réseau de téléphonie mobile, disponibilité des
moyens de transport, par exemple) et rendre compte plus
régulièrement de la manière dont les citoyens perçoivent
ces résultats (sécurité, confiance, amélioration de leur qualité de vie, par exemple), pour éclairer la prise de décision.
168. Le tableau de bord s’appuiera sur des statistiques
disponibles attestant de résultats tangibles aux yeux des
citoyens, ainsi que sur des indicateurs mesurant leurs impressions dans ce domaine. Ces indicateurs seront mesurés
régulièrement au cours de la mise en œuvre pour dégager
des tendances dans le temps et, autant que possible, ils seront alignés sur les indicateurs des objectifs de développement durable de manière à éviter une prolifération de cadres
de suivi.
169. Le mécanisme de suivi sera réexaminé après deux
ans de mise en œuvre et pourra être reconduit pour couvrir des besoins de relèvement à plus long terme.
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ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
VI. Plan
d’investissement
59
60
170. Le plan d’investissement de l’ERIC indique les ressources nécessaires à la mise en œuvre des interventions
de relèvement qui y sont jugées prioritaires pour 20242026. Si les ressources publiques, privées et de développement international déjà disponibles devraient couvrir une partie des besoins d’investissement de 2024-2026 (266 millions
de dollars), le déficit de 989 millions de dollars qui subsiste
devra être comblé rapidement pour garantir la mise en œuvre
des interventions de relèvement les plus importantes dans les
délais impartis. Cette section présente le plan d’investissement de l’ERIC et les éléments essentiels d’une proposition
de plateforme de financement destinée à combler le déficit
par la recherche, les allocations et la gestion efficaces des
fonds de relèvement du budget national, du secteur privé et
des partenaires de développement internationaux.
171. Lors de l’élaboration du plan d’investissement de l’ERIC, une attention particulière a été accordée à la définition
des besoins prioritaires d’investissement à court terme qui
ne sont pas déjà couverts par d’autres cadres de planification et d’investissement. Les besoins d’investissement dans
les axes prioritaires 1 et 3, par exemple, ont été établis pour
compléter, et non reproduire, les besoins d’assistance humanitaire prévus dans le prochain Plan de réponse humanitaire. De même, les investissements de l’axe 4 se veulent
liés aux priorités d’amélioration de la sécurité publique et au
renforcement des capacités de l’État de droit dans la ZMPP
dans un avenir immédiat. Ainsi, ils ont vocation à compléter
les besoins d’investissement relatifs à la MSSM et à servir de
base à l’alignement de l’aide actuelle et future des donateurs
en faveur du secteur de la sécurité.
Plan
d’investissement
172. Le plan d’investissement a été élaboré comme
partie intégrante de l’ERIC à partir de l’évaluation des
besoins et du cadre programmatique correspondant qui
définit les interventions prioritaires et les ressources
qui leur sont consacrées. Il fait une ventilation détaillée
des besoins d’investissement par objectif stratégique,
secteur, programme, type d’investissement, ainsi que par
date chronologique et par zone géographique. Il détaille
également les sources de financement, et indique les
ressources disponibles du budget national, du secteur privé
et des partenaires de développement internationaux. Le
tableau 16 et les figures 31 et 32 présentent un résumé du
plan d’investissement selon ces ventilations, et l’Annexe B
le plan d’investissement dans son intégralité.
TABLEAU 16 :
Sources de financement et déficit de financement
AXE
PRIORITAIRE
BUDGET
(2024–2026)
SOURCES
Budget
National
Resources
Internationales
Resources du
secteur privé
Ressources à
mobiliser
Budget
à moyen terme
(2026–2030)
1
116 800 000
–
32 750 000
–
84 050 000
23 900 000
2
450 192 439
–
63 900 000
16 400 000
369 892 439
1 852 306 662
3
385 941 400
25 887 985
32 279 000
–
327 774 415
153 000 000
4
388 979 947
45 000 000
136 816 000
–
207 163 947
270 834 625
TOTAL
1 341 913 786
70 887 985
265 745 000
16 400 000
988 880 801
2 300 041 287
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
FIGURE 31:
AXE PRIORITAIRE 1
AXE PRIORITAIRE 2
8 000 000
1. Remettre en état les infrastructures
de transport, d’eau et d’assainissement, d’électricité et de télécommunications dans les zones
métropolitaines, le département
de l’Artibonite et d’autres zones où
sévit la violence des gangs.
5 750 000
2. Mettre en œuvre des projets d’assainissement et d’hygiène à forte
intensité de main-d’œuvre et des
activités génératrices de revenus
en collaboration avec des petites
et moyennes entreprises et avec
l’appui des municipalités.
1. Relancer l’économie
par un appui ciblé à
l’investissement privé, pour
créer de la richesse et des
emplois décents.
70 000 000
2. Favoriser le développement
de chaînes de valeur
dans les secteurs de la
transformation et de la
production.
3. Mettre en œuvre des
mesures à résultats
rapides pour améliorer
l’environnement des
entreprises.
4. Renforcer la gouvernance
économique et financière.
3. Remettre en état les
infrastructures éducatives et
préparer les écoles pour le
début de l’année scolaire.
4. Renforcer les mécanismes
de réaction aux chocs par
des transferts monétaires
en faveur des ménages
vulnérables.
5. Améliorer la sécurité
alimentaire et nutritionnelle
6. Garantir l’accès aux services
sociaux de base, en
particulier dans les zones
défavorisées touchées par la
violence, en accordant une
attention particulière aux
personnes handicapées et
aux questions de genre.
-
43 200 000
6 400 000
-
40 000 000 80 000 000
AXE PRIORITAIRE 3
2. Faciliter la création
d’emplois et de revenus
d’urgence pour les jeunes,
en particulier les femmes,
dans les zones touchées par
la violence.
9 500 000
5. Rénover et rééquiper
les bâtiments publics
3 850 000
1. Aider les personnes
déplacées (réinstallation
et retour).
78 860 00
4. Remettre en état les habitations
et les quartiers des zones métropolitaines, du département de
l’Artibonite et d’autres zones où
sévit la violence des gangs.
22 200 000
-
312 232 439
3. Mettre en œuvre un plan
stratégique de transport aérien
et moderniser les principaux aéroports destinés à accueillir des vols
internationaux.
7 000 000
5. Renforcer l’administration
publique.
6. Renforcer le cadre de
responsabilisation et
de transparence et les
mesures de lutte contre
la corruption.
61
200 000 000 400 000 000
AXE PRIORITAIRE 4
19 756 250
1. Garantir le bon
fonctionnement des
institutions judiciaires et
lutter contre l’impunité.
32 861 447
2. Renforcer la prévention
et les mesures de lutte
contre la VSFG.
7 070 000
15 500 000
108 975 808
3. Rétablir la sécurité publique
en renforçant la police.
244 096 000
77 918 904
4. Rétablir la sécurité
publique en renforçant le
système pénitentiaire.
45 000 000
118 790 438
100,000,000
60 502 500
5. Lutter contre les facteurs
socioéconomiques de la
violence en réduisant la
violence communautaire.
44 450 000
-
200,000,000
62
FIGURE 32:
Budget total, financement disponible et déficit
de financement pour la période de transition (2024-2026)
$-
$988 880 801
$1 341 913 786
$ 200,000,000
$ 400,000,000
$ 600,000,000
$ 800,000,000
$265 745 000
$ 1,000,000,000
$ 1,200,000,000
$16 400 000
$70 887 985
$ 1,400,000,000
Besoins d’investissement
(2024-2026)
Budget
national
Plateforme
de financement
173. La situation actuelle, marquée par une insécurité
permanente, une présence limitée de partenaires de
développement et de bailleurs de fonds internationaux,
ainsi que par la faiblesse des capacités institutionnelles
des pouvoirs publics, présente des défis pour la
mobilisation et l’allocation rapides des ressources.
Pour y faire face, il est proposé de mettre en place une
plateforme de financement du relèvement devant faciliter
l’alignement des financements et des instruments de
financement nationaux, internationaux et du secteur privé
avec le plan d’investissement de l’ERIC et réaliser ses
quatre objectifs stratégiques, favoriser la mise en place
d’une approche cohérente et stratégiquement prioritaire
pour répondre aux besoins de relèvement, et pallier les
déficits de financement importants et le sous-financement
de certaines priorités.
174. La plateforme de financement du relèvement
proposée doit être directement intégrée au cadre
institutionnel plus large de mise en œuvre de l’ERIC,
comme indiqué dans la section précédente. Il pourrait
s’agir de superviser et de coordonner la répartition des
ressources (y compris par l’intermédiaire d’un sous-groupe
spécial chargé des financements, le cas échéant). À cet
égard, le GCR aurait les principales fonctions suivantes :
• Faciliter les concertations entre le gouvernement et
ses partenaires sur les réponses à apporter aux besoins
d’investissement de l’ERIC de manière rapide et adaptée
Financement
disponible
Ressources
du secteur privé
Ressources
à mobiliser
• Garantir la mise en œuvre d’une approche cohérente et
coordonnée de la définition des priorités, de l’allocation et
du suivi des dotations financières du plan d’investissement
de l’ERIC, conformément aux principes internationaux
d’efficacité de l’aide.
• Favoriser la mise en œuvre d’une approche proactive de
la coordination de l’aide pour garantir des financements et
des décaissements rapides et souples qui tiennent compte
de l’évolution des besoins et des priorités.
• Mettre en place un mécanisme permettant de prolonger
la durée des financements pour faire face aux besoins à
venir dans un contexte d’élargissement possible du cadre
de sortie de crise de l’ERIC au-delà de Port-au-Prince ou
d’extension de sa portée pour y inclure des besoins de
relèvement et de réforme à plus long terme.
• Faciliter le rapprochement avec d’autres parties prenantes
qui ont un intérêt potentiel à apporter leur contribution au
plan d’investissement de l’ERIC, notamment le secteur
privé, les organisations caritatives privées et d’autres
partenaires internationaux.
175. En fonction des intérêts et des besoins que le
gouvernement et ses partenaires internationaux
auront déterminés, une stratégie de financement plus
large du relèvement de l’ERIC pourrait être élaborée.
Conformément à la pratique internationale dans d’autres
pays, les éléments suivants pourraient être considérés
comme partie intégrante de cet éventuel cadre plus large.
• Modalités de révision et d’ajustement réguliers du plan
d’investissement en fonction de nouveaux besoins et de
nouvelles priorités.
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
• Évaluation du contexte financier du relèvement en Haïti,
et notamment des risques, des capacités de mise en
œuvre de potentiels partenaires et de la détermination
des principales contraintes opérationnelles et fiduciaires.
• Cartographie du paysage des financements et des
bailleurs de fonds, notamment la présence de donateurs
dans le pays, les programmes et les instruments de
financement connexes, ainsi que les flux d’aide actuels et
leur insuffisance par rapport aux priorités de l’ERIC.
• Évaluation des capacités institutionnelles nationales de
gestion et d’exécution fiduciaires, y compris du budget
national et des mécanismes financiers publics locaux et
nationaux.
63
64
Références
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OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
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OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
ANNEXE A
67
CADRE PROGRAMMATIQUE DE L’ÉVALUATION RAPIDE
DE L’IMPACT DE LA CRISE (2024–2026)
68
Axe Prioritaire 1
REPRISE ÉCONOMIQUE, APPUI À LA DIVERSIFICATION ÉCONOMIQUE
ET RENFORCEMENT DE LA GOUVERNANCE ÉCONOMIQUE
Actions prioritaires Programmes
Relancer
l’économie par
un appui ciblé à
l’investissement
privé, pour créer
de la richesse
et des emplois
décents
Relancer
l’économie par
un appui ciblé à
l’investissement
privé, pour créer de
la richesse et des
emplois décents
Programme
de relance des
microentreprises
et des petites
et moyennes
entreprises
Programme
d’appui à la
diversification
économique,
aux industries
et secteurs
productifs et au
climat des affaires
Amélioration de
l’environnement
des affaires
Mettre en œuvre
des mesures à
résultats rapides
pour améliorer
l’environnement
des entreprises
Sous-programmes
Indicateurs
Ligne de crédit spéciale
réservée aux entreprises
vandalisées, avec ou sans prêt
bancaire ou non bancaire
Entreprises vandalisées recevant des prêts
restructurés ou de nouveaux prêts pour
redémarrer leurs activités productives
Fonds réservés aux
microentreprises et petites
entreprises des secteurs semiformel ou informel ayant des
prêts auprès d’institutions de
microfinance non mutualistes et
de fonds d’épargne et de crédit
Entreprises et entrepreneurs des secteurs
semi-formel ou informel bénéficiant
de prêts restructurés ou de nouveaux
prêts pour redémarrer leurs activités
productives
Fonds de garantie partielle de
crédit et ligne de crédit
Prêts injectés dans le fonds par les
institutions financières participantes
Services de développement aux
entreprises et aux jeunes
(y compris dons de contrepartie)
Entreprises ou jeunes entrepreneurs
formés ou bénéficiaires de dons de
contrepartie
Appui au développement de
chaînes de valeur agricoles
Nombre de coopératives ou d’entreprises
capables de reconstituer des chaînes
de valeur et d’établir des liens avec
des marchés à plus forte valeur ajoutée
comme celui de Port-au-Prince ou les
marchés d’exportation
Appui au secteur du textile et
de l’habillement (mise à niveau
et renforcement des normes
environnementales et sociales
dans une perspective de
décarbonisation)
70 000 000
8 000 000
Nombre d’emplois créés dans le secteur
du textile et de l’habillement
Investissements réalisés par des
entreprises ou des gestionnaires de parcs
ou de zones industriels pour améliorer les
normes environnementales et sociales
Réformes sectorielles de l’environnement
des entreprises
Réforme du climat des affaires
Appui à la modernisation
des douanes
Programme
de renforcement
des douanes
Augmentation du nombre d’entreprises
de l’habillement
Budget, dollars
(2024-2026)
Remise en état des bureaux
de douane ayant été pris pour
cibles (postes frontaliers)
Renforcement des capacités
de surveillance douanière
par l’acquisition de matériels
(scanners, radios, GPS) et
d’équipements de protection
individuelle (voir axe prioritaire 4)
Réformes économiques de l’environnement
des entreprises, pilotées par le Groupe de
travail sur le climat des affaires
Simplification des procédures douanières
et ouverture d’un guichet unique au port
de Port-au-Prince
Pourcentage de droits de douane acquittés
en ligne
Nombre de bureaux de douane remis
en état
Nombre de bureaux de douane remis
en état
Nombre de scanners acquis
Nombre de bureaux de douane équipés
5 750 000
OCTOBRE /2024/
Actions prioritaires Programmes
Renforcement du
cadre stratégique
de la réforme
des finances
publiques
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Sous-programmes
Indicateurs
Élaboration de stratégies
sectorielles
Élaboration et approbation de la stratégie
de chaque ministère
Mise en œuvre de cadres
sectoriels de dépenses à
moyen terme
Nombre d’institutions dotées d’un cadre
de dépenses à moyen terme
Facilitation de la passation
de marchés publics par une
solution de passation de
marchés en ligne
Pourcentage de marchés publics
attribués en ligne
Amélioration de la collecte
et du traitement de données
économiques et financières
Renforcement de
la statistique
Renforcer la
gouvernance
économique et
financière
Production de données mensuelles sur la
performance des douanes et de la DGI
Mise en œuvre effective de l’interface
entre le système de gestion des recettes,
le système douanier informatisé, le
système de trésorerie de la Banque
centrale et le système intégré de gestion
financière
Installation d’un système de
gestion des recettes dans tous
les sites utilisant actuellement
Tax Solution ou DLVR
Nombre de sites où un système de
gestion des recettes est installé et
fonctionne
Mise en place du paiement en
ligne de la DGI
Nombre de postes de travail où un
système douanier informatisé est installé
et fonctionne
Pourcentage de paiements effectués
en ligne
Passage à la budgétisation axée Nombre d’institutions ayant établi leur
sur la performance
budget sous forme de programme
Réforme
budgétaire
Renforcement
de la direction
générale du
Trésor et de la
Comptabilité
publique
Opérationnalisation du système
intégré de gestion financière
Nombre d’institutions dotées d’un
système intégré de gestion financière
installé et opérationnel
Sélection et réalisation de
projets d’investissement public
Pourcentage de projets enregistrés
ayant satisfait aux critères de sélection
énumérés dans le manuel sur la GIP
Renforcement institutionnel de
la direction générale du Trésor
et de la Comptabilité publique
Développement d’un cadre de gestion
des comptables publics
Fonctionnement effectif du
compte unique du Trésor
Extension du réseau de
comptables publics du Trésor
dans tout le pays
Budget, dollars
(2024-2026)
Mise en place d’unités d’analyse
statistique
Harmonisation des données
relatives aux recettes
des administrations de
recouvrement
Amélioration de
la gestion du
Installation d’un système
recouvrement des douanier informatisé dans les
recettes
postes de douane
69
Pourcentage de recettes déposées sur le
compte unique du Trésor
Pourcentage de dépenses transitant par
le compte unique du Trésor
Nombre de nouveaux postes de
comptables créés et opérationnels
7 000 000
70
Actions prioritaires Programmes
Renforcement
des ressources
humaines
Sous-programmes
Indicateurs
Réaffectation des ressources
humaines
Pourcentage d’employés réaffectés et
promus en fonction des besoins
Remplacement des employés
disparus
Pourcentage d’employés remplacés
Systématisation du travail à
distance
Personnel d’institutions de gouvernance
économique et financière ayant accès à
des outils de travail à distance (Internet,
ordinateurs, etc.)
Formation continue et
développement des
compétences
Réouverture des écoles nationales
d’administration publique, évaluation des
besoins et élaboration de documents de
référence sur la formation
Audit des fiches de paie et mise
en place d’un système intégré
de gestion des ressources
humaines
Budget, dollars
(2024-2026)
Intégration des données du MEF, de la
DGI (données d’émission des paiements
et numéro d’identification fiscale) et de
l’Office national d’identification (numéro
d’identification national) Intégration des
systèmes d’émission des paiements du MEF
et des systèmes de gestion des ressources
humaines des ministères sectoriels
Interface entre le système intégré de gestion
financière et les systèmes d’émission des
paiements du MEF
Recensement et réduction du nombre
d’employés absents à leur poste
Paiement effectif des traitements
Amélioration du système de paie
Renforcer
l’administration
publique
Amélioration
des conditions
de travail
Amélioration des politiques de
ressources humaines
Augmentation de l’offre de formations
Octroi d’incitations (primes de risque et de
performance, certificat de performance,
reconnaissance publique)
Amélioration et réaménagement
des espaces de travail
(relocalisation d’institutions :
DGI, IHSI, Douanes)
Nombre d’institutions remises en état
ou délocalisées
Équipement de travail
Équipement et nombre d’ordinateurs
par employé
Équipement des structures en
sources d’énergie alternatives
Nombre de structures équipées de
sources d’énergie alternatives
Dotation de véhicules pour
diverses institutions (MEF, ministère
du Plan et de la Coopération
extérieure, ministère de l’Intérieur,
Remplacement des véhicules détruits
DGI, Douanes, IHSI, Commission
pendant la crise
nationale des marchés publics,
Institution supérieure de contrôle
des finances publiques)
Renforcement institutionnel de
l’IHSI
Numérisation
et technologie
numérique
Mise en place d’une infrastructure
numérique pour la centralisation des
données administratives produites par les
entités publiques
Renforcement numérique du MEF
Reprise des activités du centre de
et du ministère de la Planification
données
et de la Coopération extérieure
Élaboration et adoption d’un plan
directeur des technologies de
l’information
Construction d’une infrastructure
numérique sécurisée pour
accroître la résilience aux crises.
Augmentation des paiements par virement
bancaire
Plan directeur validé
Nombre de serveurs et d’applications
fonctionnant sur le nuage
Nombre d’institutions dotées de bureaux
virtuels fonctionnels
22 200 000
OCTOBRE /2024/
Actions prioritaires Programmes
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Sous-programmes
Indicateurs
Renforcement de l’unité de lutte
contre la corruption
Validation de l’avant-projet de loi portant
organisation et fonctionnement de
l’institution pour sa transformation en
Office (Office national de lutte contre la
corruption)
71
Budget, dollars
(2024-2026)
Élaboration d’une nouvelle stratégie de
lutte contre la corruption
Renforcement
des capacités
des institutions
de contrôle et
de lutte contre la
corruption
Renforcer
le cadre de
responsabilisation
et de transparence
et les mesures
de lutte contre la
corruption
Renforcement de l’institution
suprême d’audit
Validation du plan stratégique et du plan
opérationnel de l’Institution suprême
d’audit
Audits des comptes publics
Renforcement des capacités
d’audit interne de l’Inspection
générale des finances
Renforcement de la Commission
nationale des marchés publics
Mise en œuvre de la Charte nationale de
l’audit interne
Nombre d’audits axés sur les risques
Publication des rapports d’audit de la
Commission nationale des marchés
publics
Publication de rapports quantitatifs sur la
performance de la DGI et des douanes
Promotion de la transparence
Transparency
and citizen
participation
Présentation à la Cour des comptes, dans
les délais impartis, des états financiers
annuels produits en utilisant le système
intégré de gestion financière
Publication de rapports sur l’exécution du
budget au niveau municipal
Établissement et diffusion d’un budget
citoyen
Participation des citoyens
à la gouvernance locale
Note :
DGI, direction générale des Impôts ; IHSI, Institut haïtien de statistique
et d’informatique ; MEF, ministère de l’Économie et des Finances.
Nombre de municipalités ayant élaboré
des plans locaux de développement de
manière participative
22 200 000
72
Axe Prioritaire 2
REMISE EN ÉTAT DES INFRASTRUCTURES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES ET
RÉDUCTION DES VULNÉRABILITÉS AUX CHOCS NATURELS ET CLIMATIQUES
Action prioritaire Secteur
Eau et assainissement
Remettre en état
les infrastructures
de transport,
d’eau et
d’assainissement,
et d’électricité
dans les zones
métropolitaines,
le département
de l’Artibonite et
d’autres zones où
sévit la violence
des gangs
Électricité
Transport
routier
et ports
Programme
Sous-programme
Indicateur
Remise en état et
construction de réseaux
Nombre cumulé d’abonnés
enregistrés après la reprise
des services dans les
zones touchées (réintégration et nouveaux abonnés)
Pourcentage de sites de production remis en état (sites
de forage, stations relais
fonctionnelles, périmètres de
sources contrôlées)
Remise en état de l’usine
de traitement de déchets
Volume de boues fécales
reçues par jour à la station
d’épuration de Morne-àCabri
À définir
Reprise de la production
dans la ZMPP
Nombre de zones de
protection de sources et
de captages restaurées et
protégées
Station opérationnelle
Services et impact humain
(changement de comportement, ressources
humaines)
Nombre de ménages
non raccordés dans les
quartiers ayant accès à un
programme de traitement
et de conservation d’eau à
domicile
Nombre de centres d’opérations techniques ou de comités d’approvisionnement en
eau potable et d’assainissement
Production
Remise en état et poursuite de la construction
de centrales électriques
Production mensuelle moyenne assurée sur le réseau
Transport
Construction de lignes de Lignes achevées et mises en
transport
service
Distribution
Remise en service et construction de sous-stations
et du réseau MT/BT
Sous-stations achevées et
mises en service
Lignes MT/BT achevées et
mises en service
Commercialisation
Installation d’équipements Connexions rétablies pour
de connexion et réduction les anciens clients
de pertes techniques et
non techniques
Nouveaux raccordements
Électrification rurale
et hors réseau, concessions de partenariats
public-privé
Électrification rurale
et hors réseau, concessions de partenariats
public-privé
Nombre de concessions de
partenariats public-privé
Électrification rurale
et mise en service de trois
centrales électriques dans
le Nord-est
Mise en service des
centrales de Capotille,
Mont-Organisé et Vallière
d’une capacité cumulée
d’environ 1 MW
Nombre de raccordements
aux trois sites
Routes (remise en état des
routes, revêtement des
routes, assainissement,
réparation des ouvrages
d’évacuation des eaux)
Routes (remise en état des
routes, revêtement des
Pourcentage de décaisseroutes, assainissement,
ment
réparation des ouvrages
d’évacuation des eaux)
Transport maritime et
aide à la navigation
(phares, chenal d’accès,
équipement, ressources
humaines)
Transport maritime et
aide à la navigation
(phares, chenal d’accès,
équipement, ressources
humaines)
Pourcentage de progression
des décaissements
Infrastructures portuaires
(Port-au-Prince,
Cap-Haïtien, ports côtiers)
Infrastructures portuaires
(Port-au-Prince,
Cap Haïtien, ports côtiers)
Pourcentage de décaissement
Budget, dollars
(2024-2026)
312 232 439
OCTOBRE /2024/
Action prioritaire Secteur
Télécommunications et
infrastructures numériques
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Programme
Sous-programme
Indicateur
Renforcement des infrastructures numériques
Rétablissement de la
connectivité interdépartementale et des services
d’hébergement de bases
de données
Nombre d’institutions
publiques connectées aux
réseaux
Déploiement de solutions
numériques
Mise à jour de système
Mise à jour du système
SYSCHECK
Mise à jour du système
SYSDEP
Mise à jour du système
SYSPAY
SYSCOMPTE
Entretien des locaux
Entretien des locaux
Drainage urbain
Drainage urbain
Mettre en œuvre
des projets
d’assainissement
et d’hygiène à
forte intensité de
main-d’œuvre
et des activités
génératrices
de revenus en
collaboration
avec des petites
et moyennes
entreprises et
avec l’appui des
municipalités
Mettre en
œuvre un plan
stratégique de
transport aérien
et moderniser les
principaux aéroports destinés à
accueillir des vols
internationaux
Remettre en état
les habitations
et les quartiers
des zones
métropolitaines,
du département
de l’Artibonite et
d’autres zones où
sévit la violence
des gangs
Drainage
des eaux
pluviales et
irrigation
Gestion des
déchets
solides
Infrastructures aéroportuaires
Habitations
Infrastructures pub-
Budget, dollars
(2024-2026)
Mètres de drains nettoyés
Drainage rural (réparation
de canaux et construction
de réservoirs)
Drainage rural (réparation
de canaux et construction
de réservoirs)
Mètres de drains nettoyés
Irrigation (nettoyage des
drains, nettoyage des
canaux, équipement)
Irrigation (nettoyage des
drains, nettoyage des
canaux, équipement)
Mètres de drains nettoyés
Infrastructures (remise en
état de 6 sites d’enfouissement)
Modernisation de la
décharge de Truitier,
aménagement de huit
points de collecte, acquisition de matériel de
collecte
Nombre de décharges remises en état
Délégation de services
Délégation de services
À déterminer
Ressources humaines et
matériel
Ressources humaines
et matériel
À préciser (nombre de personnes, quantité de matériel)
Sécurisation de l’aéroport
de Port-au-Prince
Sécurisation de l’aéroport
de Port-au-Prince
Kilomètres de clôture
construits
Infrastructures aéroportuaires (aéroport des Cayes)
Infrastructures aéroportuaires (aéroport des Cayes)
Pourcentage d’aéroport
remis en état
Subventionnement de
ménages vulnérables
Octroi de dons aux
personnes déplacées
Habitations remises en état
pour leur retour dans leurs
foyers
78 860 000
9 500 000
Formation des bénéficiaires aux techniques
de construction et de
rénovation répondant aux
normes parasismiques et
cycloniques
Remise en état de bâtiments municipaux (délocalisation ou rénovation)
Rénover les
73
Rétablissement des
services d’organismes
publics (délocalisation ou
43 200 000
Programme de formation
Nombre de ménages formés
Rénovation de bâtiments
Mètres carrés rénovés
Achat de mobilier et de
matériel informatique
Nombre de bureaux et d’ordinateurs achetés
Restauration de l’énergie,
de l’assainissement et
d’autres services
Kilowatts en service
Rénovation de bâtiments
Square meters repaired
Achat de mobilier et de
matériel informatique
Nombre de bureaux et d’ordinateurs achetés
6,400,000
74
Action prioritaire Secteur
Programme
Remise en état de bâtiments municipaux (délocalisation ou rénovation)
InfrastrucRénover les
tures
bâtiments publics
publiques
Rétablissement des
services d’organismes
publics (délocalisation ou
rénovation)
Remise en état de
ministères (délocalisation
ou rénovation)
Sous-programme
Indicateur
Rénovation de bâtiments
Mètres carrés rénovés
Achat de mobilier et de
matériel informatique
Nombre de bureaux et
d’ordinateurs achetés
Restauration de l’énergie,
de l’assainissement et
d’autres services
Kilowatts en service
Rénovation de bâtiments
Mètres carrés rénovés
Achat de mobilier et de
matériel informatique
Nombre de bureaux et
d’ordinateurs achetés
Restauration de l’énergie,
de l’assainissement et
d’autres services
Kilowatts en service
Rénovation de bâtiments
Mètres carrés rénovés
Achat de mobilier et de
matériel informatique
Nombre de bureaux et d’ordinateurs achetés
Restauration de l’énergie,
de l’assainissement et
d’autres services
Kilowatts en service
Budget, dollars
(2024-2026)
6 400 000
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
75
Axe Prioritaire 3
PROMOTION DE L’ACCÈS AUX SOINS DE SANTÉ, À L’ÉDUCATION
ET À D’AUTRES SERVICES SOCIAUX DE BASE, DE L’INCLUSION SOCIALE
ET DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
Secteur
Programmes
Sous-programme
Indicateur
Aider les
personnes
déplacées
Aide à la réinstallation ou au
retour des personnes déplacées
Transferts monétaires conditionnels pour faciliter la réinstallation ou le retour des personnes
déplacées (1 000 dollars par
ménage)
Nombre de ménages de personnes
déplacées recevant des transferts
monétaires
Formation professionnelle pour
la mise en place d’un réseau de
travailleurs sociaux et d’éducateurs d’enfants
Nombre de personnes formées
Formation professionnelle dans
des secteurs porteurs (voir axe 1)
Nombre de personnes formées
Créer des emplois
et des revenus
d’urgence pour
les jeunes, en
particulier les
femmes, dans les
zones touchées
par la violence
Formation et
intermédiation
professionnelles
Renforcement des services
publics de l’emploi par la mise
en adéquation de l’offre et de la
demande d’emploi, y compris la
numérisation des services d’intermédiation professionnelle
Nombre de demandeurs d’emploi enregistrés par les services d’intermédiation
Budget, dollars
(2024-2026)
19 756 250
15 500 000
Nombre de demandeurs d’emploi recrutés
par l’intermédiaire des services d’intermédiation
Programme pilote d’apprentissages de qualité, selon les besoins
Jeunes participant au programme
du marché du travail (public et
d’apprentissage
privé)
Remettre en état
les infrastructures
éducatives et
préparer les
écoles pour le
début de l’année
scolaire
Renforcer les
mécanismes de
réaction aux chocs
par des transferts
monétaires
en faveur
des ménages
vulnérables
Retour en classe
dans les écoles
publiques et
privées des
départements de
l’Artibonite et de
l’Ouest
Rétablissement
des services
des universités
touchées
Remise en état des infrastructures Nombre d’écoles remises en état
Appui à la continuité des services
Aide psychosociale
Nombre de participants aux programmes
psychosociaux (par genre et par âge)
Renforcement institutionnel à
court terme
À déterminer
Remise en état des bâtiments de
l’enseignement supérieur
Nombre de bâtiments remis en état
Amélioration de l’enseignement
à distance
Remplacement des équipements,
des laboratoires et du mobilier
Nombre d’équipements réparés
Aide psychosociale aux étudiants
et aux enseignants
Nombre d’étudiants et d’enseignants
recevant une aide psychosociale
Transferts monétaires mensuels
inconditionnels pendant 24 mois
pour les ménages en situation
d’extrême pauvreté
Filet de sécurité
sociale pour les
ménages les plus
vulnérables
108 975 808
Nombre de personnes bénéficiant des
transferts monétaires
Pourcentage de femmes bénéficiant
directement des transferts monétaires
Mesures d’accompagnement
supplémentaires pour les bénéficiaires (formation et sensibilisation à
la santé et à la nutrition, inclusion
financière numérique, prévention
de la VFG)
Nombre de bénéficiaires des mesures d’accompagnement
Transferts monétaires
aux victimes de la VFG
Nombre de bénéficiaires de transferts
monétaires
77 214 254
76
Secteur
Renforcer les
mécanismes de
réaction aux chocs
par des transferts
monétaires en
faveur des ménages
vulnérables
Améliorer
la sécurité
alimentaire et
nutritionnelle
Programmes
Sous-programme
Indicateur
Inscription de 250 000 ménages
du département de l’ouest dans
la SIMAST
Nombre de nouveaux ménages enregistrés
dans la SIMAST
Mise en place de guichets d’enregistrement de la SIMAST dans
les municipalités de l’ouest
Nombre de guichets mis en place
Nombre de demandes d’enregistrement
déposées
Mise en place de guichets d’enregistrement et de mise à jour
de la SIMAST dans neuf autres
départements
Nombre de guichets mis en place
Nombre de demandes d’enregistrement
déposées
Formation du personnel administratif et des agents de service
à la SIMAST et à la collecte des
données sur les ménages
Nombre de fonctionnaires formés à la
SIMAST et à la collecte de données
Cantines scolaires
reposant sur un
Assurer la couverture des canapprovisionnetines scolaires, en achetant les
ment en denrées
aliments produits localement
alimentaires
locales
Nombre d’enfants recevant des repas
scolaires
Extension et
modernisation
du registre social
SIMAST
Exemption du paiement des
soins de santé maternelle
et infantile, des services de
santé sexuelle et reproductive
pour les ménages vulnérables
comprenant des femmes
enceintes ou allaitantes et des
personnes handicapées
Budget, dollars
(2024-2026)
45 000 000
Nombre de personnes recevant
gratuitement des soins essentiels
Reconstruction ou remise en état Nombre d’hôpitaux remis en état ou
d’hôpitaux
reconstruits
Garantir l’accès
aux services
sociaux de base,
en particulier
dans les zones
défavorisées
touchées par
la violence,
en accordant
une attention
particulière
aux personnes
handicapées et
aux questions de
genre
Garantir
l’accès aux
infrastructures
de santé dans
les zones
vulnérables
touchées par la
violence
Reconstruction ou remise en état
de centres de soins de santé
Nombre de centres reconstruits
avec lits
Achat d’équipement et de
matériel pour les infrastructures
de santé (hôpitaux et centres de
santé)
Quantité de matériel pour les hôpitaux
Assurer la couverture électrique
des centres et des hôpitaux
Nombre de kWh d’électricité fournis
Appui aux centres restés ouverts
Nombre de centres de santé bénéficiant
et confrontés à l’afflux massif de
d’un appui
patients
Équipement des centres
ambulanciers nationaux
(ambulances équipées, pièces
détachées, matériels)
Nombre de véhicules fonctionnels
Mettre à disposition des stocks
d’intrants de démarrage
Nombre de centres recevant un stock de
(dépenses de personnel prises
démarrage
en charge sur le budget national)
Ouverture de
centres pour
personnes âgées
Ouverture de centres
communautaires pour personnes
âgées d’au moins 65 ans
Number of centers established
Ouverture de
centres de la
petite enfance
Ouverture de centres de la petite
enfance (accueil d’enfants de
moins de quatre ans)
Nombre de centres de la petite enfance
ouverts
Note :
VFG, violence fondée sur le genre ; SIMAST, base de données du ministère
des Affaires sociales et du Travail.
118 790 438
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
77
Axe Prioritaire 4
RENFORCEMENT DE L’ÉTAT DE DROIT
ET DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE
Secteur
Programmes
Programme de
rétablissement
des cours et des
tribunaux
Programme de
responsabilisation des acteurs
judiciaires
Garantir le bon
fonctionnement de
Mise en œuvre
la justice et lutter
du nouveau
contre l’impunité
Code pénal et du
nouveau Code de
procédure pénale
Sous-programme
Indicateur
Programme de responsabilisation
des acteurs judiciaires
Pourcentage d’acteurs judiciaires formés aux
mécanismes de responsabilisation
Recherche d’espaces suffisamment
sûrs et grands pour accueillir les
deux tribunaux de première instance
Nombre d’espaces sécurisés et adaptés
trouvés
Remise en état des
infrastructures
Nombre de bâtiments judiciaires
remis en état
Renforcer l’Office national
d’identification
Pourcentage de la population en possession
d’une pièce d’identité officielle délivrée par
l’Office national d’identification
Programme de tribunaux spécialisés
Nombre de tribunaux spécialisés opérationnels
Renforcement de la cellule centrale
de renseignement financier
Pourcentage d’augmentation des enquêtes
financières menées par la cellule centrale de
renseignement financier
Renforcement de l’inspection judiciaire du ministère de la Justice et de
Nombre d’inspections effectuées dans les
la Sécurité publique et du Conseil
tribunaux
supérieur du pouvoir judiciaire de la
Commission technique de certification
Mise en place de mécanismes de
contrôle interne dans les tribunaux
et relance du programme de gestion
informatisée des affaires judiciaires
Nombre de tribunaux ayant mis en place des
mécanismes de contrôle interne et un programme fonctionnel de gestion informatisée
des affaires judiciaires
Élaboration de projets de loi complémentaires des codes
Nombre de projets de loi élaborés
Participation aux séminaires de
formation
Nombre de séminaires de formation organisés
Formulation de recommandations
concernant les infrastructures et
organisation d’une campagne de
vulgarisation
Nombre de recommandations proposées et
de campagnes menées
28 861 447
Programmes de formation destinés aux
Nombre de magistrats formés
magistrats
Programme
de tribunaux
spécialisés
Programme
relatif aux
infrastructures
Budget, dollars
(2024-2026)
Programmes de protection des
victimes et des témoins destinés aux
magistrats
Nombre de programmes de protection
en place
Dix-huit juridictions (18) ont un bureau
d’assistance juridique. Construction
de six nouveaux bureaux d’assistance
juridique
Nombre de juridictions ayant un bureau d’assistance juridique et de nouveaux bureaux d’assistance juridique construits
Renforcement du Conseil national de
l’assistance juridique dans le cadre de
son plan stratégique 2021-2026
Nombre de mesures prises par le Conseil national de l’assistance juridique
Normalisation des programmes d’assistance juridique offerts par d’autres
organisations, y compris des organisations non gouvernementales
Nombre de programmes normalisés
Remise en état
Nombre de bâtiments remis en état
Reconstruction
Nombre de bâtiments reconstruits
Équipement
Quantité d’équipement mis à disposition
78
Secteur
Programmes
Prévention de la
VSFG
Renforcer la
prévention et la
lutte contre la
VSFG
Lutte contre la
VSFG
Cadre juridique,
institutionnel, de
commandement
et de contrôle
Ressources
humaines et
conditions de
travail
Administration et
communication
Police
Sous-programme
Indicateur
Éducation et sensibilisation
Nombre de campagnes de sensibilisation
menées
Formation de responsables
communautaires et religieux
Nombre de responsables formés
Dialogue communautaire
Nombre de dialogues communautaires
organisés
Campagnes médiatiques
Nombre de campagnes médiatiques
diffusées
Mécanismes communautaires de
suivi
Nombre de mécanismes de suivi en place
Services multisectoriels
d’assistance
Nombre de personnes bénéficiant de
services multisectoriels d’assistance
Formation de professionnels
Nombre de professionnels formés
Espaces sécurisés
Nombre d’espaces sécurisés mis en place
Consolidation du cadre juridique,
institutionnel et structurel de la
PNH
Nombre de cadres juridiques et
institutionnels consolidés
Renforcement de la politique
du genre au sein de la PNH et
mise à disposition d’instruments
juridiques pour lutter contre la
violence fondée sur le genre
Nombre de politiques du genre renforcées
Mise en place de mécanismes de
contrôle interne au sein de la PNH
Nombre de mécanismes de contrôle interne
mis en place
Renforcement des capacités de
formation de la PNH (projet en
cours)
Nombre de projets de formation lancés
Développement du capital humain
Nombre de programmes de développement
du capital humain mis en œuvre
Renforcement des capacités
institutionnelles de la PNH
À déterminer
Amélioration des conditions de
travail par la mise à disposition
de matériel et d’équipement de
travail
Quantité de matériel et d’équipement mis à
disposition
Consolidation des moyens de
communication de la PNH
Niveau d’amélioration des compétences en
communication
Renforcement des capacités
opérationnelles des unités
d’intervention
Nombre d’unités d’intervention renforcées
Amélioration du renseignement et
des capacités de renseignement
de la PNH
Niveau d’amélioration du renseignement et
des capacités de renseignement
Renforcement des capacités
opérationnelles de la PNH dans
les contrôles aux frontières
Nombre d’unités de contrôle frontalières
renforcées
Sécurité publique
et police
Renforcement des capacités
judiciaire
opérationnelles de la PNH dans la
lutte contre la criminalité maritime
Cadre des
infrastructures
Nombre d’opérations de lutte contre la
criminalité maritime menées
Renforcement des capacités
opérationnelles de la PNH dans
la lutte contre la traite des êtres
humains
Nombre d’opérations de lutte contre la
traite des êtres humains menées
Renforcement des capacités
d’enquête de la PNH
Nombre d’enquêtes ouvertes par la PNH
Amélioration de l’accessibilité à
la PNH
À déterminer
Amélioration des infrastructures
de la PNH par la construction,
la délocalisation et la remise en
état (sur le long terme)
Nombre de projets de construction,
de délocalisation et de remise en état
achevés
Budget, dollars
(2024-2026)
7 070 000
138 960 000
OCTOBRE /2024/
Secteur
Programmes
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
Sous-programme
Indicateur
Consolidation du cadre juridique,
institutionnel et structurel de la
PNH
Nombre de cadres juridiques et
institutionnels consolidés
Renforcement de la politique du
genre au sein de la DAP et des
mécanismes de lutte contre la
violence fondée sur le genre
Nombre de politiques du genre renforcées
Renforcement des mécanismes
de contrôle interne de la DAP
Nombre de mécanismes de contrôle interne
mis en place
Renforcement de l’autonomie
administrative et opérationnelle
de la DAP
Niveau d’autonomie administrative atteint
Augmentation des effectifs de
la DAP
Nombre de personnes recrutées
Renforcement des capacités
institutionnelles de la DAP par la
formation continue
Nombre de cours de formation continue
organisés
Amélioration des conditions de
travail
À déterminer
Amélioration des capacités de
communication de la DAP
Niveau d’amélioration des compétences en
communication
Élaboration d’une politique de
gestion et de sécurité des prisons
Nombre de politiques de gestion mises en
œuvre
Achat de matériel et
d’équipement de surveillance
dans les prisons
Nombre d’équipements de surveillance
achetés
Renforcement des capacités
opérationnelles de l’équipe
d’intervention et d’escorte
Nombre d’équipes opérationnelles
renforcées
Cadre des
infrastructures
Renforcement des capacités
infrastructurelles de la DAP par la
construction et la remise en état
de prisons
Nombre de projets de construction et de
remise en état achevés
Amélioration des
conditions de
détention
Amélioration de la vie en prison
Nombre de mesures mises en œuvre
Cadre normatif,
institutionnel, de
commandement
et de contrôle
Ressources
humaines et
conditions de
travail
Système
pénitentiaire
Renforcement
des capacités
institutionnelles
de la DAP
Amélioration de
la sécurité dans
les prisons
79
Budget, dollars
(2024-2026)
7 070 000
80
Secteur
Programmes
Gestion des
armes et des
munitions
Sous-programme
Indicateur
Mécanismes de contrôle des
points d’entrée
Nombre de mécanismes de contrôle mis en
œuvre ou renforcés
Renforcement des mécanismes
juridiques
Nombre de mécanismes juridiques modifiés
Élaboration de la Stratégie
nationale pour le désarmement,
le démantèlement des groupes
armés et la réinsertion des individus désarmés, et réduction de la
violence communautaire
Plan d’action de la Stratégie nationale
pour le désarmement, le démantèlement
des groupes armés et la réinsertion des
individus désarmés, et de la réduction de la
violence communautaire élaboré
Renforcement institutionnel et
opérationnel
Niveau de renforcement institutionnel et
opérationnel
Budget, dollars
(2024-2026)
Mécanismes locaux de dialogue
Reprise
économique et
renforcement
des capacités
communautaires
Réduction de
la violence
communautaire
Mobilisation
communautaire
et participation
citoyenne
Activités génératrices de revenus
Pourcentage de bénéficiaires se déclarant
satisfaits des initiatives d’autonomisation
économique et entrepreneuriale d’ici 2026
Projets communautaires
Nombre de projets communautaires mis en
œuvre qui contribuent au rétablissement
des services sociaux de base
Mécanismes communautaires de
sécurité
Nombre de mécanismes de sécurité
mis en œuvre
Formation des jeunes
Pourcentage de personnes formées par
le projet qui mènent des activités visant
à promouvoir la paix et à faire évoluer les
comportements en faveur de structures de
cohésion sociale d’ici 2026
Mécanismes locaux de prévention des conflits
Pourcentage de mécanismes locaux de
règlement et de prévention des conflits
recensés ou créés qui auront bénéficié d’un
appui technique et matériel d’ici 2026
Campagne de promotion de la
protection
Pourcentage de personnes dans les zones
d’intervention du projet qui estiment avoir
été sensibilisées à la protection grâce à la
campagne
Formation
Nombre de facilitateurs de la protection
communautaire formés aux premiers
secours par les institutions publiques de
protection
Aide aux victimes
Nombre de victimes aidées
Renforcement institutionnel et
opérationnel
Niveau de renforcement institutionnel et
opérationnel
Protection
Note:
DAP, Direction de l’Administration pénitentiaire ; PNH, Police nationale haïtienne ;
VSFG, violence sexuelle et fondée sur le genre.
44 450 000
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
ANNEXE B
PLAN D’INVESTISSEMENT DE L’ÉVALUATION RAPIDE
DE L’IMPACT DE LA CRISE
81
82
SOURCES DE FINANCEMENT
AXE 1
Budget
(2024–2026)
Budget
national
Ressources
internationales
Ressources du
secteur privé
Ressources à
mobiliser
EN DOLLARS
Relancer l’économie par un appui
ciblé à l’investissement privé, pour
créer de la richesse et des emplois
décents
70 000 000
–
15 000 000
–
55 000 000
Favoriser le développement de
chaînes de valeur dans les secteurs
de la transformation et de la
production
8 000 000
–
1 500 000
–
6 500 000
Mettre en œuvre des mesures à
résultats rapides pour améliorer
l’environnement des entreprises
5 750 000
–
5 550 000
–
200 000
Renforcer la réforme des finances
publiques
7 000 000
–
6 850 000
–
150 000
Poursuivre la réforme de
l’administration publique
22 200 000
–
-
–
22 200 000
Renforcer le cadre de
responsabilisation et de transparence
et les mesures de lutte contre la
corruption
3 850 000
–
3 850 000
–
-
TOTAL
116 800 000
–
32 750 000
–
84 050 000
SOURCES DE FINANCEMENT
AXE 2
Budget
(2024–2026)
Budget
national
Ressources
internationales
Ressources du
secteur privé
Ressources à
mobiliser
EN DOLLARS
Remettre en état les infrastructures
de transport, d’eau et
d’assainissement, et d’électricité
dans les zones métropolitaines,
le département de l’Artibonite et
d’autres zones où sévit la violence
des gangs
312 232 439
–
54 000 000
16 400 000
241 832 439
Mettre en œuvre des projets
d’assainissement et d’hygiène à forte
intensité de main-d’œuvre et des
activités génératrices de revenus
en collaboration avec des petites
et moyennes entreprises et avec
l’appui des municipalités (projets
d’assainissement et d’hygiène pour
créer des emplois publics temporaires)
78 860 000
–
–
–
78 860 000
Mettre en œuvre un plan stratégique
de transport aérien et moderniser
les principaux aéroports destinés à
accueillir des vols internationaux
9 500 000
–
9 500 000
–
–
Remettre en état les habitations et les
quartiers des zones métropolitaines,
du département de l’Artibonite et
d’autres zones où sévit la violence
des gangs
43 200 000
–
-
–
43 200 000
Rendre les bâtiments publics
fonctionnels
6 400 000
–
400 000
–
6 000 000
TOTAL
450 192 439
–
63 900 000
16 400 000
369 892 439
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
83
SOURCES DE FINANCEMENT
Budget
(2024–2026)
AXE 3
Budget
national
Ressources
internationales
Ressources du
secteur privé
Ressources à
mobiliser
EN DOLLARS
Prendre des mesures urgentes pour
aider les personnes déplacées
19 756 250
-
-
-
19 756 240
Faciliter la création d’emplois et de
revenus d’urgence pour les jeunes,
en particulier les femmes, dans les
zones touchées par la violence
15 500 000
-
-
-
15 500 000
Offrir la gratuité de l’enseignement
dès le début de l’année scolaire
108 975 808
25 887 985
21 279 000
-
61 808 823
Renforcer les mécanismes de
réaction aux chocs par des transferts
monétaires en faveur des ménages
vulnérables
77 918 904
-
-
-
77 918 904
Améliorer la sécurité alimentaire et
nutritionnelle
45 000 000
-
10 000 000
-
35 000 000
Garantir l’accès aux services
sociaux de base, en particulier dans
les zones défavorisées touchées
par la violence, en accordant une
attention particulière aux personnes
handicapées et aux questions de
genre
118 790 438
-
1 000 000
-
117 790 438
TOTAL
385 941 400
25 887 985
32 279 000
-
342 018 165
SOURCES DE FINANCEMENT
Budget
(2024–2026)
AXE 4
Budget
national
Ressources
internationales
Ressources du
secteur privé
Ressources à
mobiliser
EN DOLLARS
Garantir le bon fonctionnement de
la justice et lutter contre l’impunité
32 861 447
-
5 550 000
-
27 311 447
Violence sexuelle et fondée sur le
genre
7 070 000
-
-
-
7 070 000
Police
244 096 000
35 000 000
109 636 000
-
99 460 000
Système pénitentiaire
60 502 500
10 000 000
21 630 000
-
28 872 500
Réduction de la violence
communautaire
44 450 000
-
-
-
44 450 000
388 979 947
45 000 000
136 816 000
-
207 163 947
TOTAL
OCTOBRE /2024/
ÉVALUATION RAPIDE DE L’IMPACT DE LA CRISE SÉCURITAIRE EN HAÏTI
86