Port-au-Prince Urban Baseline: Food Security and Livelihoods Assessment
Summary — A FEWS NET urban baseline for Port-au-Prince assessing food security and livelihoods, from fieldwork in April-May 2009 by Sam Dixon and Julius Holt.
Full Description
Prepared by Sam Dixon and Julius Holt under a FEWS NET contract with USAID, from fieldwork carried out in April and May 2009, this establishes the urban reference situation for Port-au-Prince through an assessment of food security and livelihoods. Urban livelihoods baselines are rare for Haiti, and this one has particular value for its timing: completed eight months before the January 2010 earthquake, it documents how the capital's households earned and spent immediately before the event that displaced much of the city. The corpus holds a good deal on post-earthquake Port-au-Prince and comparatively little on the city as it was before.
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SITUATION URBAINE
DE RÉFÉRENCE DE
PORT-AU-PRINCE
Évaluation de la sécurité alimentaire et
des moyens d’existence à Port-au-Prince
Avril-mai 2009
Cette publication a été préparée par Sam Dixon et Julius Holt dans le cadre d’un
contrat de clientèle (AFP-I-00-05-00027-00) du Réseau de systèmes d’alerte précoce
contre la famine (FEWS NET) de l'Agence des États-Unis pour le développement
international (USAID).
0
SITUATION URBAINE
DE RÉFÉRENCE DE
PORT-AU-PRINCE
Évaluation de la sécurité alimentaire et
des moyens d’existence à Port-au-Prince
1
Résumé
La situation urbaine de référence des moyens d’existence de Port-au-Prince contient
des informations détaillées et quantifiées sur le mode d'alimentation, la composition
du revenu et les habitudes de dépense des pauvres urbains. Cette évaluation a été
réalisée lors d'une période de stabilité des prix et de sécurité relative, entre avril et
mai 2009. Cette situation de référence donne donc une vue d'ensemble des pauvres
ruraux tels qu'ils étaient après les ouragans, les hausses de prix et les émeutes de la
faim de 2008. Conjointement aux données de surveillance, la situation de référence
est un puissant outil qui peut être utilisé pour l'analyse continue de la sécurité
alimentaire et des moyens d’existence dans les bidonvilles de Port-au-Prince. On
peut également l'utiliser pour évaluer l'efficacité des interventions destinées à réduire
la pauvreté urbaine.
Entreprise par FEWS NET en collaboration avec la CNSA, cette enquête a employé
l'Approche de l’économie du ménage (AEM). Dans la mesure où l'enquête portait
principalement sur les pauvres urbains, l'évaluation s'est déroulée uniquement dans
les bidonvilles de la capitale. Trois équipes d'enquêteurs ont effectué trente
entrevues auprès d'informateurs-clés communautaires et cent-dix entrevues de
groupe auprès de représentants de ménages des bidonvilles. Pendant les entrevues
de groupe, autour de cinq-cents ménages au total ont été représentés.
Même dans les bidonvilles, il existe de grands écarts de richesse entre les ménages.
La population de ces quartiers pauvres a donc été divisée en quatre groupes de
richesse, définis par des représentants de la communauté : très pauvre, pauvre,
moyen et mieux loti. Soixante-cinq pour cent des habitants des bidonvilles
appartiennent aux groupes très pauvre et pauvre. Les très pauvres (30 %) vivent aux
limites de la survie. Ils occupent des emplois non spécialisés, faiblement rémunérés,
comme colporteurs, journaliers et petit commerce. Non seulement les ménages très
pauvres ont les emplois les plus faiblement rémunérés, mais ils ont également le
rapport de dépendance le plus élevé (peu de soutiens de famille par rapport aux
personnes à charge). D'ordinaire, un ménage très pauvre consiste en sept
personnes dont deux travaillent, alors que les ménages pauvres sont constitués de
six personnes dont deux travaillent. Les pauvres ont des sources de revenus très
similaires aux très pauvres, mais occupent des emplois mieux rémunérés et font du
petit commerce/petit négoce sur une plus grande échelle. Les ménages moyens
gagnent encore plus grâce au travail qualifié, au petit commerce et à l'emploi salarié.
Pour les ménages mieux lotis, le commerce est la source de revenus la plus
courante avec l'emploi salarié. Les transferts - les envois d'argent des parents
travaillant ailleurs - contribuent au revenu de tous les groupes et augmentent en
quantité avec le niveau de revenus.
Les ménages de l'ensemble des groupes de richesse achètent la majorité de leur
nourriture sur le marché. Cependant, contrairement aux trois autres groupes, les très
pauvres ne couvrent pas cent pour cent de leurs besoins alimentaires minimaux.
Leur régime alimentaire se réduit à l'essentiel et se compose principalement de
produits de base avec très peu de viande/lait/ légumes. Les ménages pauvres,
moyens et mieux lotis peuvent se permettre d'augmenter la variété de leur
alimentation, mais celle-là demeure faible comparée aux personnes en mesure de
vivre dans les quartiers plus aisés à l'extérieur des bidonvilles.
La plus grande partie de l'argent des trois groupes les plus pauvres sert à couvrir
leurs besoins alimentaires de base. Il ne reste que peu d'argent aux très pauvres
pour quoi que ce soit d'autre et l'argent qui leur reste est consacré aux articles de
maison de base, à l'eau, au combustible, à la santé et à l'éducation. Les ménages
pauvres et moyens ont de plus hauts niveaux de revenus, mais leur pouvoir d'achat
est néanmoins très limité. Ce rapport met plus particulièrement l'accent sur le coût de
2
l'éducation à Port-au-Prince, où la majorité des écoles est privée. Un ensemble de
frais, comme les droits de scolarité, les uniformes, l'argent de poche, les fournitures
et le transport font de l'éducation une marchandise très onéreuse.
Les pauvres ruraux sont aussi très vulnérables à un certain nombre de chocs, en
particulier les très pauvres dont l'existence est déjà fragile. Les plus importants
d'entre eux sont l'insécurité politique, les catastrophes naturelles (par ex., les
ouragans) et les hausses de prix. Un éventail de stratégies d'adaptation peut être
employé pour y faire face ; cependant, à la vue d'une autre étude détaillée sur la
question réalisée par le PAM-VAM, les données collectées n'étaient pas très
poussées. L'outil de suivi décrit à la fin de ce rapport tient compte des fluctuations de
prix, des écarts du coût du travail et des stratégies d'adaptation des ménages afin de
fournir un cadre théorique à l'analyse continue de la sécurité alimentaire dans les
bidonvilles de Port-au-Prince.
3
Table des matières
Résumé
02
1.
Introduction
06
2.
2.1
2.2
2.3
2.4
2.5
2.6
2.7
2.8
2.9
2.10
Méthode
Cadre d'analyse
Étapes de l'évaluation
Participants
Calendrier de l'évaluation
Poids et mesures
Aliments vendus dans la rue
Saisonnalité
Mois de référence
Échantillonnage
Processus d'entrevue
08
08
09
09
10
10
10
10
11
12
15
3.
3.1
3.2
3.3.
3.4
3.5
16
16
18
21
22
3.6
3.7
3.8
3.9
3.10
3.11
3.12
Résultats
Répartition des niveaux de richesses
Revenu du travail
Emprunts et transferts d'argent
Consommation calorique
Qualité du régime alimentaire :
les « autres aliments » et le coût des calories
Dépenses : coût de la vie d'ensemble
Habitudes de dépenses
Dépenses en énergie
Dépenses en éducation
Autres services
Dangers et stratégies d'adaptation
Suivi
23
25
26
27
28
30
30
32
4.
Conclusion
37
4
Sigles :
AGVSA
CHF
CNSA
FEWS NET
IHSI
PAM
Analyse globale de la vulnérabilité et de la sécurité alimentaire
Cooperative Housing and Finance
Coordination nationale de la sécurité alimentaire
Réseaux de systèmes d'alerte précoce contre la famine (USAID)
Institut haïtien de statistique et d’informatique
Programme alimentaire mondial
Remerciements :
Les auteurs aimeraient remercier les personnes suivantes : Epitace Nobera,
représentant de FEWS NET en Haïti, et Gary Mathieu, coordinateur de la CNSA,
pour avoir lancé et jeté les bases de l'évaluation en Haïti ; Joseph Alix de FEWS
NET pour avoir contribué à coordonné les travaux sur le terrain ; et Pierre-Anthony
Garraud de la CNSA pour avoir fourni les cartes et les statistiques. Les travaux sur le
terrain n'auraient pas pu être menés à bien sans l'appui du CHF et de CONCERNE,
ainsi que d'une équipe d'enquêteurs dévoués. Enfin, ce sont surtout les
informateurs-clés et les membres de la communauté qui ont eu la patience de
répondre à nos questions qui ont rendu possible cette collecte d'informations. Cette
évaluation a été financée par l'USAID par le biais du projet FEWS NET.
CNSA
5
1.
Introduction
FEWS NET est un projet d'alerte précoce contre la famine et de suivi de la sécurité
alimentaire financé par l'USAID couvrant plus de vingt pays en Afrique, en Amérique
centrale et dans les Caraïbes et en Asie centrale. FEWS NET Haïti et ses
partenaires ont réalisé des progrès en appliquant une approche des moyens
d’existence en vue d'informer les programmes d'alerte précoce, d'évaluation de l'état
nutritionnel et de réduction de la pauvreté dans les régions rurales. En 2005, toutes
les régions rurales ont été divisées en zones de moyens d’existence (voir la figure
1.1 ci-dessous) ; une étude sur le terrain de la situation de référence a été accomplie
dans le cadre de l’Analyse de l'économie du ménage (AEM) (voir la prochaine
section) et des profils de moyens d’existence ont été rédigés. Toutefois, comme on
peut le voir sur la carte ci-dessous, si Port-au-Prince a été désignée une région
urbaine distincte, aucune évaluation des moyens d’existence similaire n'a été menée
à bien. L'objectif de la présente étude de la situation urbaine de référence des
moyens d’existence était de combler cette lacune et de fournir des renseignements
détaillés sur le revenu, les sources d'alimentation et les habitudes de dépenses des
ménages des quartiers les plus pauvres de la ville.
Cette étude urbaine est on ne peut plus d'actualité. La région métropolitaine de Portau-Prince abrite la population urbaine haïtienne la plus importante et celle qui
connaît la plus forte croissance, la majorité vivant dans des quartiers défavorisés
avec des niveaux élevés de pauvreté et un mauvais accès aux services essentiels.
La crise financière mondiale et les hausses des prix alimentaires ont eu un grave
impact sur Haïti, qui dépendant largement des importations. Des émeutes de la faim
se sont déroulées dans la capitale en avril 2008, lorsque les manifestants ont tenté
de pénétrer dans le palais présidentiel. Ces événements ont eu des répercussions
dans toute la ville alors que les émeutiers vandalisaient et pillaient les magasins.
Puis au mois d'août et de septembre de la même année, une série de tempêtes
tropicales et d'ouragans a frappé Haïti, provoquant des dégâts considérables. En
réponse à la situation des prix alimentaires, le PAM-VAM avec la CSNA a conduit
une enquête à Port-au-Prince en novembre 2008, qui a fourni toute une moisson de
renseignements sur les réponses de la population à la crise (WFP, 2008). Mais un
simple compte-rendu de la manière dont la population urbaine pauvre gère son
économique domestique (comment elle joint les deux bouts) n'existait pas.
Dans ce contexte, l'évaluation actuelle visait à développer une compréhension à jour
de la façon dont vivent les pauvres urbains. Les résultats attendus étaient les
suivants :
-
générer des renseignements de base sur les moyens d’existence
susceptibles d'être utilisés pour mieux comprendre la vulnérabilité dans les
régions urbaines et pour informer les systèmes d'alerte précoce et les futurs
programmes de développement.
-
mettre au point un cadre d'analyse commun pour le suivi de la sécurité
alimentaire et des moyens d’existence au sein des populations urbaines.
6
Figure 1.1 Carte des zones de moyens d’existence en Haïti 1
1 L'analyse de l'économie des ménages était autrefois appelée « analyse de l'économie
alimentaire » et les zones de moyens d’existence des « zones d'économie alimentaire » (cf.
la carte).
7
2.
Méthode
2.1
Cadre d'analyse
L'AEM a pour but de comprendre comment les personnes accèdent à ce dont elles
ont besoin pour survivre. Elle implique une analyse de la consommation par les
ménages des denrées alimentaires et non alimentaires et comment ils obtiennent
l'argent avec lequel ils achètent ce qu'ils ne produisent pas eux-mêmes. Ces
renseignements forment une base de référence qui peut être utilisée pour évaluer au
niveau des ménages l'impact probable d'un choc. Les données de surveillance
relatives au choc peuvent être utilisées conjointement avec la base de référence
pour produire une analyse continue de la situation actuelle et les besoins
d'intervention.
Le cadre d'analyse est applicable à des conditions rurales profondément différentes
ainsi qu'au milieu urbain. Toutefois, son application peut varier d'un contexte à l'autre
et il existe une différence d'orientation particulière entre les évaluations rurales et
urbaines. Dans les régions rurales des pays en développement, la population
participe très largement au secteur primaire, que ce soit les cultures vivrières, les
cultures marchandes ou l'élevage ; la terre et sa production sont donc la priorité
principale. On constate cependant une tendance de plus en plus marquée des
populations les plus pauvres à acheter une large proportion de leur nourriture, dans
la mesure où leurs terres ne produisent pas suffisamment pour satisfaire leurs
besoins. Ainsi la première question est-elle toujours de savoir quelle proportion de
leur nourriture essentielle elles produisent elles-mêmes et quelle proportion elles
achètent. La seconde question élémentaire est alors de savoir comment elles
obtiennent l'argent de leurs achats. Il y a généralement un répertoire limité
d'occupations et de taux de salaire ou de profit, dominé par le travail temporaire
réalisé pour d'autres fermiers qui ont considérablement plus de terres et d'autres
actifs qu'elles n'en ont.
Dans la ville, il y a d'ordinaire peu de gens capables de faire pousser des quantités
importantes de nourriture ou qui reçoivent des dons substantiels de proches ruraux ;
le marché est donc habituellement leur seule source de nourriture. D'un autre côté, la
gamme des métiers et les différences de rémunération sont bien plus grandes qu'à la
campagne. Tandis que les revenus tendent à être hétérogènes dans les contextes
urbains, les habitudes de dépenses ne le sont pas. Les familles pauvres tendent à
dépenser des pourcentages d'argent similaires pour des produits similaires et une
enquête sur les habitudes de dépenses est souvent le point d'entrée le plus utile
pour comprendre les moyens d’existence dans un contexte urbain.
La base de référence est le ménage, celui-ci étant l'unité économique de base,
partageant revenu et consommation. C'est encore vrai s'agissant des ménages
dirigés par une femme et même si un homme a de multiples « partenaires » et des
enfants dans différents ménages. L'une des caractéristiques de l'analyse AEM est de
réunir et de comparer des renseignements relatifs aux ménages à différents niveaux
de revenus, en répartissant habituellement la population cible en quatre groupes de
richesse : très pauvre, pauvre, moyen et mieux loti. Dans le contexte villageois, ceci
représente l'ensemble des ménages. Mais il convient de souligner qu'en ville la
population cible était celle qui vivait dans les quartiers bidonvilles ; la division entre
pauvreté et richesse est donc uniquement relative à ces populations. Il existe de
grands écarts de richesse autour de la ville, en particulier entre les habitants des
bidonvilles et les quartiers résidentiels de bien meilleure qualité au-delà. Ainsi, en
termes de revenu et de conditions de vie, le résident d'un ménage « mieux loti » d'un
bidonville n'arrive probablement qu'au niveau d'un ménage pauvre ou au mieux
8
médian des quartiers plus favorisés de la ville si on y opère la même division de la
richesse.
Dans les bidonvilles, il existe un certain nombre de ménages dont aucun membre ne
gagne sa vie et où l'ensemble du ménage dépend entièrement pour survivre de la
charité publique ou informelle ou des transferts d'argent par des proches. Ces
ménages ne faisaient pas partie de l'enquête, dans la mesure où l'AEM porte
principalement sur les ménages économiquement actifs, quel que soit leur niveau de
pauvreté. Ceux-ci dépendent dans une certaine mesure de l'activité caritative ou des
transferts d'argent, mais du moment que quelqu'un reçoit un revenu de son travail, le
ménage se range dans un des groupes de richesse étudiés. À l'autre bout de
l'échelle, un nombre assez important de commerces et de maisons locatives des
bidonvilles appartiennent à des propriétaires qui habitent dans d'autres parties de la
ville. Ces personnes n'ont pas été incluses dans l'enquête, mais leurs employés ou
leurs locataires l'ont été, le critère étant la résidence réelle dans les bidonvilles.
Bref, l'évaluation visait à répondre à des questions élémentaires telles que : Qui sont
les relativement pauvres et moins pauvres dans les bidonvilles ? Comment
accèdent-ils à la nourriture, au revenu et aux services de base ? Comment leurs
habitudes de consommation varient-elles d'un ménage à l'autre : c.-à-d., quelles sont
les différences de revenu et de dépense entre les ménages de différents niveaux de
richesse ? Quels mécanismes d'adaptation les ménages adoptent-ils contre les
chocs et quelles en sont les limites ?
2.2
Étapes de l'évaluation
L'étude comporte les étapes suivantes :
• Un examen des sources d'information secondaires
• Un examen des renseignements sur les chiffres et les densités de population
dans les quartiers de la ville afin d'identifier les secteurs d'enquête
• Un atelier de formation d'une semaine pour quatorze membres de l'équipe de
terrain (enquêteurs)
• Trente entrevues auprès des groupes d'informateurs-clés communautaires et
cent-dix entrevues de groupe auprès de représentants de ménages de ces
communautés
• Saisie des données sur un tableur de référence AEM ainsi que des analyses
intermédiaires et finales des données de terrain
• Compilation d'un tableau de référence et première étude d'un système de
suivi
Dans le secteur d'enquête choisi, deux niveaux d'entrevues ont été menés. Les
premières ont été réalisées auprès d'informateurs-clés de la communauté locale en
vue d'obtenir une vue d'ensemble des conditions sur place : environnement, emploi,
services et toute caractéristique locale particulière. Les secondes ont été réalisées
auprès de représentants des ménages, en formant des groupes de discussion
distincts pour chaque niveau de richesse, pour lesquels a été dressé un tableau
énumératif de l'économie d'un ménage type pour ce groupe de revenus. On trouvera
de plus amples renseignements sur ces procédures plus bas.
2.3
Participants
L'évaluation urbaine de Port-au-Prince a été entreprise avec la collaboration de la
Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA). FEWS NET a aussi reçu
l'assistance du CHF et de CONCERN, en utilisant leur expérience et leurs contacts
dans les bidonvilles pour faciliter l'organisation des entrevues au niveau
communautaire.
9
2.4
Calendrier de l'évaluation
La préparation initiale et l'examen des sources secondaires ont pris place au début
du mois d'avril 2009. Un atelier de formation et de préparation s'est ensuite tenu à
Port-au-Prince entre les 13 et 17 avril. Deux consultants étrangers, des
représentants de FEWS NET et de la CNSA et quatorze enquêteurs y participaient.
L'atelier comprenait : une discussion de la méthode urbaine de l'AEM, une révision
des formats d'entrevue de l'AEM pour les adapter à Port-au-Prince, et des
discussions sur l'échantillonnage par zones au sein de la ville. Le travail de terrain
proprement dit s'est déroulé du 23 avril au 8 mai. L'analyse finale s'est faite du 9 au
12 mai. Les principaux résultats ont été présentés le 13 mai à la CNSA, devant une
assemblée de près de trente personnes composée de FEWS NET, la CNSA, les
autorités haïtiennes et des ONG internationales.
2.5
Poids et mesures
Afin de calculer avec précision la quantité de nourriture consommée par les
ménages en termes de calorie, il est important de disposer de renseignements sur
les poids et mesures dans lesquels les articles ont été achetés. C'est
particulièrement vrai dans un contexte urbain, où la majeure partie de la nourriture
vient du marché. Trois visites de marché ont été conduites pendant l'évaluation afin
de collecter des informations sur le poids et le prix des mesures dans lesquelles la
nourriture est vendue. Par chance, les mesures les plus courantes (utilisées pour les
céréales, le sucre, les haricots, etc.) sont les plus simples : une « petite marmite »
équivaut à 0,5 kg et une « grande marmite » à 2,8 kg. En revanche, les lots dans
lesquels les fruits, les légumes et les pommes de terre se vendent varient en poids.
Toutefois, les lots d'un même produit coûtant le même prix tendent à avoir des poids
toujours identiques. Dans ces cas, le prix peut être utilisé pour calculer la quantité de
nourriture achetée (en kilos).
2.6
Aliments vendus dans la rue
À Port-au-Prince, la nourriture préparée et vendue dans la rue est une importante
source de calories pour les pauvres urbains. En examinant les sources secondaires
et en discutant avec FEWSNET, la CNSA et les organisations partenaires, aucune
information n'a été trouvée sur les valeurs caloriques des aliments vendues dans la
rue. Il est à noter que les « pâtés » (chaussons ou friands à base de farine de blé,
ordinairement fourrés d'une garniture salée et cuits en friteuse) et les « plats
chauds » (consistant en riz accompagné d'une sauce) étaient les types d'aliments
préparés dans les rues les plus courants et les plus importants en termes de calories
et de dépenses. Au début de l'évaluation, plusieurs étals ont été visités dans
différents quartiers pour peser les pâtés et les plats chauds à différents prix et
estimer leur valeur calorique. Un indice de prix simple a ensuite été créé pour
calculer les calories des pâtés et des plats chauds énumérés dans les entrevues
comme étant achetés habituellement.
2.7
Saisonnalité
L'économie rurale est régie par les saisons, mais tel n'est pas le cas à Port-auPrince, étant donné que la population urbaine n'est pas la productrice primaire de la
terre. Les prix alimentaires sont affectés par les temps de récolte de la production
locale des vivriers et des fruits et dans une certaine mesure des légumes cultivés
sans irrigation ; mais comme Haïti est essentiellement importateur de nourriture, les
effets de prix de la saisonnalité locale sont largement dilués. Cependant, une
saisonnalité différente agit effectivement sur les ménages locaux. À Port-au-Prince, il
y a trois moments importants de l'année. D'abord, l'année scolaire commence en
10
septembre, qui exige de la plupart des ménages un effort financier conséquent
pendant ce mois pour les droits de scolarité, les uniformes et autres fournitures (voir
la section sur l'éducation). Les transferts d'argent arrivent parfois chez les ménages
à cette époque de l'année spécifiquement pour aider à payer pour l'éducation.
Ensuite, Noël et le Nouvel An (et dans une moindre mesure Pâques) sont des
moments de dépenses supérieures à la normale, pour les cadeaux et les repas de
fête. Encore une fois, les transferts d'argent arrivent parfois pendant ces périodes.
Troisièmement, il y a la menace des ouragans pendant une période qui s'étale
grosso modo du 1er juin au 30 novembre. Les ouragans et les inondations, plus
fréquents pendant cette période de l'année, provoquent des dégâts aux
infrastructures (maisons, bâtiments, ponts), rendent les transports difficiles et
peuvent entraîner la maladie (et donc des dépenses médicales).
2.8
Mois de référence
Du fait de la saisonnalité très limitée dans un contexte urbain, le mode
d'alimentation, la composition du revenu et les habitudes de dépense sont
généralement réguliers et les données les concernant peuvent être énumérées par
mois plutôt que par année. Avril 2009 a été utilisé comme mois de référence pour
deux raisons principales. D'abord, après les hausses récentes, les prix semblent se
stabiliser à Port-au-Prince. La figure 2.1 indique que les prix alimentaires, malgré
leur évolution spectaculaire entre le milieu de 2007 et la fin de 2008, avaient peutêtre commencé à se stabiliser. Ensuite, les gens pensent plus facilement aux
dépenses et aux prix actuels et, pour une base de référence visant à dresser un
tableau actuel, il n'y avait en général pas de raison de leur demander d'essayer de
se souvenir précisément des fluctuations de prix des mois précédents.
Concernant les données touchant à l'alimentation, au revenu et aux dépenses,
surtout les dépenses d'éducation, les informations ont été énumérées sur une base
annuelle, en utilisant les douze mois entre avril 2008 et avril 2009 comme année de
référence.
Figure 2.1
Source : FEWS NET & CNSA
11
2.9
Échantillonnage
D’habitude l'AEM définit les zones géographiques des enquêtes, puis emploie une
technique d'échantillonnage à choix raisonné plutôt qu'aléatoire dans celles-ci. Cette
procédure a dû être adaptée aux conditions particulières, et aux informations
disponibles, en vigueur à Port-au-Prince. Le dernier recensement remonte à 2003.
Ce sont ces chiffres, fournis par l'Institut haïtien de statistique et d’informatique
(IHSI), qui ont été utilisés pour cette évaluation. Le total de la population des
sections communales, classées par l'IHSI comme urbaines, est juste au-dessous de
deux millions. Port-au-Prince couvre six régions métropolitaines (voir la figure 2.2).
Chaque région est divisée en sections communales, dont treize sont classées
comme urbaines par l'IHSI. Ces sections urbaines constituent la limite géographique
de l'évaluation actuelle. Comme l'enquête portait principalement sur les pauvres
urbains, il a été décidé de n'échantillonner que les bidonvilles à l'intérieur des
sections urbaines. Aucun des quartiers plus aisés de la ville n'a été étudié. Il convient
de remarquer que les régions périurbaines n'ont pas été incluses dans l'échantillon.
Aucune information officielle n'a pu être trouvée qui définisse et énumère différentes
parties de la ville en termes de différences de richesse ou d'occupation ou de
conditions de vie. Pendant l'atelier de formation initiale et lors des discussions avec
les partenaires et les représentants de la CNSA, il a été établi que les différences
entre les bidonvilles n'étaient pas suffisamment marquées ou spécifiques pour
mériter de diviser la ville en « zones de moyens d’existence » distinctes (comme
c'est le cas pour les enquêtes rurales d'AEM géographiquement étendues,
notamment celle réalisée en Haïti en 2005). On a préféré produire une base de
référence de l'économie des ménages pour l'ensemble des bidonvilles de la ville.
Figure 2.2 Les régions métropolitaines de Port-au-Prince
Carte fournie par la CNSA
12
L'étape suivante a consisté à sélectionner quelles sections communales visiter,
compte tenu du calendrier de l'enquête et des effectifs disponibles. Bien que ces
sections soient étendues, il s'agit de la plus petite division énumérée disponible à ce
stade de l'échantillonnage. D'un autre côté, l'IHSI ne dispose pas d'informations
démographiques subdivisées par bidonville et la division pour laquelle il existe des
données relatives à la population (la ‘section d’énumération’), consiste en unités de
quelques centaines de ménages seulement. Étant donné la nature raisonnée (plutôt
qu'aléatoire) de l'échantillonnage, il n'a pas été possible d'utiliser ces divisions.
En choisissant les sections à échantillonner, tant la densité démographique que la
part totale de la population de la ville représentée par une section ont été prises en
compte. La densité démographique est un indicateur substitutif essentiel de la
richesse relative d'un quartier et a reçu plus de considération que le total de la
population. Les figures 2.3 et 2.4 indiquent respectivement la densité démographique
de chaque section communale urbaine et le pourcentage de la population urbaine
dans chaque section. Les flèches indiquent quelles sections ont été échantillonnées.
Figure 2.3 Densité démographique par section communale dans la région
métropolitaine de Port-au-Prince (Les flèches indiquent les sections
échantillonnées.)
Nos calculs s'appuient sur les données de l'IHSI.
13
Figure 2.4 Pourcentage du total de la population urbaine par section
communale dans la région métropolitaine de Port-au-Prince (Les flèches
indiquent les sections échantillonnées.)
Nos calculs s'appuient sur les données de l'IHSI.
Comme on le voit, sept des sections les plus denses et les plus peuplées ont été
visitées. Deuxième Varreux, bien que moins dense et moins peuplée que les autres
sections, a été échantillonnée parce qu'elle constitue une partie de Cité Soleil,
bidonville le plus notoire de la ville. Une fois que les sections ont été choisies, on
s'est efforcé de répartir l'échantillon entre elles plus ou moins en proportion de la
population estimée (voir le tableau 2.1 ci-dessous). Il a été décidé de conduire un
nombre disproportionné d'entrevues dans Cité Soleil et Martissant pour les raisons
suivantes. Cité Soleil connaît une grande insécurité depuis ces dernières années et il
existe un manque relatif d'information à son sujet. Martissant est le bidonville le plus
densément peuplé de Port-au-Prince et connaissait un regain de tension au moment
de l'évaluation. Cette tension était liée à l'insécurité civile, les bandes de rues
essayant de se regrouper : le résultat a été des rivalités et un certain nombre de
victimes civiles. Au moment de la publication de ce rapport, la situation à Martissant
était heureusement revenue au calme.
14
Tableau 2.1
Section
Communale
Cité Soleil
Martissant
Morne L’Hôpital
St Martin
Thor
Turgeau
Total
% du total de la population des
sections échantillonnées
14 %
15 %
8%
22 %
13 %
28 %
100 %
% de l'échantillon
24 %
21 %
3%
23 %
13 %
16 %
100 %
N.B. Cité Soleil dans ce tableau fait référence à la région métropolitaine (voir la carte cidessus), qui comprend deux sections communales : Première et Deuxième Varreux. Elles
n'ont pas été subdivisées ici, parce que les équipes avaient parfois du mal à savoir
exactement dans laquelle de ces deux sections elles se trouvaient.
Le nombre d'entrevues par section a dépendu tant de la coopération des
représentants de la communauté que des conditions logistiques parfois imprévisibles
et des contraintes de temps. Par conséquent, l'échantillonnage par rapport aux
densités démographiques et aux totaux n'a pas toujours pu être complètement
respecté. À Turgeau, en particulier, la proportion des entrevues conduites a été
nettement inférieure à celle de la population échantillonnée qui y habite.
2.10
Processus d'entrevue
Ayant décidé de cibler les bidonvilles, l'étape suivante a été d'organiser des réunions
avec les organisations partenaires et leurs contacts qui l'un et l'autre connaissaient
très bien le bidonville dans une section donnée, où ils étaient actifs. Pendant ces
discussions, une série d'entrevues de représentants communautaires a été arrangée
pour différentes parties du bidonville.
Outre l'établissement d'un ensemble de données générales concernant les
conditions dans la région, l'objectif principal des entrevues des représentants
communautaires était aussi de définir les caractéristiques des différents groupes de
richesse dans la localité (sources du revenu, possession des actifs, accès aux
services, etc.) et le pourcentage des ménages de la communauté appartenant à
chaque groupe. Les participants à ces entrevues ont été sélectionnés par les
dirigeants communautaires en conjonction avec un représentant de FEWS NET et
les organisations partenaires. Ils ont été choisis sur la base de leur connaissance de
la région ciblée par l'enquête.
Les groupes de richesse ont été identifiés par les représentants communautaires en
fonction des conditions locales et des perceptions de la pauvreté. Comme il a été
mentionné plus haut, les groupes n'incluent que les personnes résidant à l'intérieur
des bidonvilles. Ainsi, bien que les ménages économiquement mieux lotis puissent
paraître aisés comparés à leurs voisins plus pauvres, ils vivent néanmoins dans la
pauvreté par rapport à d'autres quartiers de Port-au-Prince, sans même faire de
comparaison avec les villes des pays développés. À ce propos, il convient de noter
qu'à l'époque de la montée de la violence et de l'insécurité (autour de 2005-2007), de
nombreux résidents des bidonvilles sont partis pour des quartiers plus tranquilles, et
il est probable que les moins pauvres d'entre eux n'y sont jamais revenus.
Une fois établis les critères de répartition des richesses, il a été demandé aux
représentants communautaires de trouver des participants pour les entrevues de
groupe représentant les différents groupes de richesse suivants, c.-à-d., des
personnes appartenant à chacun des groupes de richesse. On a demandé aux
15
représentants communautaires de s'assurer que la moitié des participants aux
entrevues de groupe étaient des femmes. Ils y sont généralement parvenus.
L'objectif de ces entrevues de groupe était de collecter un ensemble d'informations
détaillées, quantifiées relatives aux sources de nourriture, aux sources de revenus et
aux habitudes de dépense d'un ménage typique à l'intérieur du groupe de revenus,
tel que l'avaient décrit les participants.
Le tableau ci-dessous résume le nombre d'entrevues réalisées au niveau
communautaire pendant l'évaluation. Comme l'évaluation portait principalement sur
les pauvres urbains, il a été décidé de se concentrer sur les trois groupes les plus
pauvres et de conduire moins d'entrevues de groupe auprès des mieux lotis. En
outre, dans la mesure où les mieux lotis gagnent bien plus d'argent que les autres
groupes et peuvent donc dépenser cet argent de façon beaucoup plus complexe et
que, de surcroît, ils tendent à être moins disposés à fournir des renseignements
détaillés que les groupes plus pauvres, il a parfois été difficile de collecter des
informations précises sur leurs dépenses totales. De ce fait, pour certains
graphiques des dépenses ci-dessous, seuls trois groupes de richesse ont été
représentés.
Table 2.2 Nombre d'entrevues conduites au niveau communautaire
Représentants
communautaires
Groupes cibles
Très
pauvres
Pauvres
Moyens
Mieux
lotis
Total
28
32
31
19
110
30
Une moyenne de quatre à six représentants de ménage ont participé dans les
entrevues de groupe pour les groupes très pauvres, pauvres et moyens, et une
moyenne de deux représentants de ménage ont participé dans les entrevues pour
les mieux lotis. Un total d'approximativement cinq-cents représentants de ménage
ont donc participé dans les entrevues.
3.
RÉSULTATS
3.1
Répartition des richesses
La figure 3.1 ci-dessous illustre la répartition des richesses pour les bidonvilles de
Port-au-Prince, ainsi que les niveaux de revenus pour chaque groupe. (40 gourdes
haïtiennes = 1 USD)
16
Figure 3.12
N.B. Chaque pourcentage représente le point milieu d'un intervalle. Les groupes de richesse
n'incluent que les ménages économiquement actifs et n'incluent pas ceux qui sont sans
ressources.
Compte tenu du fait que les bidonvilles se trouvent là où vit la plus grande partie des
plus pauvres de la ville, il n'est pas surprenant d'y trouver une telle proportion de la
population constituant les groupes très pauvres et pauvres, même en utilisant la
définition locale. Le tableau 3.1 ci-dessous illustre d'autres distinctions importantes
entre les groupes de richesse. Bien que la taille des ménages soit typiquement plus
grande chez les pauvres que chez les mieux lotis, le nombre moyen d'actifs par
ménage ne l'est pas. Autrement dit, les ménages plus pauvres ont un rapport de
dépendance plus élevé (peu de soutiens de famille par rapport aux personnes à
charge) que les ménages mieux lotis.
On constate une différence importante entre groupes de richesse dans la qualité et
la taille du logement. Le plus souvent, les ménages moyens et mieux lotis vivent
dans des maisons construites en béton, y compris la toiture, et disposent de
beaucoup plus de place que leurs voisins plus pauvres. Les maisons des très
pauvres et des pauvres ont souvent des murs faits de panneaux durs et un toit en
tôles ondulées. Ceci rend ces groupes plus vulnérables aux destructions provoquées
par les tempêtes tropicales et les ouragans.
Il est aussi à noter que les très pauvres, par opposition aux trois autres groupes, ne
possèdent aucun actif productif. Ainsi, tandis qu'un ménage moyen peut être en
mesure d'opérer une moto taxi et qu'un ménage pauvre peut posséder une brouette,
ce qui est important pour gagner de l'argent dans le portage, ces options sont moins
accessibles aux très pauvres. De plus, le groupe des très pauvres n'a pas d'argent
ou très peu pour louer des actifs, par ex., une brouette.
2
Remarque : les chiffres figurant sur ces graphiques, comme pour nombre ce ceux
présentés dans ce rapport, représentent le point milieu d’un intervalle.
17
Tableau 3.1 Informations sur la répartition des richesses
N.B. Tous les ménages dans chaque groupe de revenus ne possèdent pas les actifs
énumérés.
Taille des
ménages
7
Nombre
d'actifs
2
Maison louée
ou propriété ?
Location
Nbre de pièces
dans la maison
1
Pauvres
6
2
Location
2
Brouette, vélo
Moyens
6
2
Les deux
3
Mieux lotis
5
2
Propriété
5
Moto, vélo
Voiture, camion,
camionnette, moto, vélo
Très pauvres
3.2
Véhicules possédés
Aucun
Revenu du travail
Il existe six sources de revenus de base pour la plupart des ménages dans les
bidonvilles de Port-au-Prince : le colportage de rue, le travail temporaire, l'emploi
salarié, le petit commerce, le commerce plus établi et les transferts d'argent. Tous
les groupes de richesse reçoivent généralement des transferts d'argent (voir la
section ci-dessous). Le colportage de rue est la chasse gardée des très pauvres et
des pauvres. Par contraste, l'emploi salarié et la plus grande garantie d'emploi qu'il
offre sont surtout associés aux groupes moyens et mieux lotis. Le travail temporaire
est courant chez tous les groupes à l'exception des mieux lotis, mais le terme
recouvre des niveaux de rémunération très différents, traduisant ainsi la différence
entre travail qualifié et non qualifié et parfois la fourniture de l'équipement par le
travailleur. Le travail qualifié du groupe moyen leur assure un revenu bien plus élevé
qu'aux deux autres groupes ; à leur tour, les pauvres occupent des emplois mieux
rémunérés que les très pauvres.
Pour tous les groupes de richesse, une forme de commerce ou une autre est
courante. On a classé celle-ci de « petit commerce » pour les très pauvres, les
pauvres et les moyens, mais de « commerce » pour les mieux lotis afin d'indiquer
l'échelle relativement plus grande de ces activités, bien qu'elles soient bien loin
d'atteindre celle des entreprises des plus gros exploitants commerciaux de Port-auPrince. La figure 3.2 illustre ces différences. Tandis que les moyens ne reçoivent
qu'un tout petit peu plus que les pauvres pour le petit commerce, le commerce en
tant que source de revenus est nettement plus important et plus lucratif pour les
mieux lotis.
18
Figure 3.2
La figure 3.3 ci-dessous donne une idée de la fréquence des différentes sources de
revenus d'un groupe à l'autre. Cela ne veut dire nécessairement que les ménages
individuels d'un groupe de revenus donné reçoivent des revenus de toutes les
sources indiquées, mais plutôt que, par exemple, le groupe pauvre dans son
ensemble dépend plus du petit commerce que les très pauvres ou les moyens.
Figure 3.3
Le colportage de rue, comme on pouvait s'y attendre, est plus important pour les très
pauvres que pour les pauvres. La même chose est vraie du travail. Sans les
19
compétences nécessaires pour s'assurer un revenu plus élevé du travail, les
ménages pauvres se consacrent davantage au petit commerce. Les ménages
moyens, comme on l'a mentionné plus haut, peuvent obtenir de meilleurs salaires
pour le travail qualifié, ce qui explique pourquoi il est plus important pour eux. Pour
les ménages moyens, il est très probable que l'importance des transferts d'argent a
été sous-estimée (voir la section sur transferts d'argent ci-dessous)
Le tableau 3.2 résume les différentes sources de revenus par groupe de revenus.
Tableau 3.2 Sources de revenus par groupe de revenus
Type de ménages
Revenu mensuel
(gourdes)
Types d'emploi
Petit commerce : vente de nourriture (par ex.,
mangues, légumes, pâtés), charbon de bois.
Très pauvres
9 500 - 12 500
Travail temporaire : ouvrier du bâtiment, ouvrier
d'usine, lavage, porteur.
Colportage de rue : vente de pistaches,
bonbons, savonnettes ; lavage de voitures
Transferts d'argent
Petit commerce : vente de nourriture, d'articles
de toilette, de vêtements, de charbon de bois, de
chocolat chaud ; vendeur d'aliments préparés
dans les rues ; soins de beauté.
Pauvres
12 500 - 17 500
Travail temporaire : ouvrier de la construction,
conducteur de moto
Colportage de rue : vente de savonnettes, de
nourriture, de cartes téléphoniques, de pistaches
Transferts d'argent
Petit commerce : petit magasin ou étal (par ex.,
vente de vêtements, de nourriture, de produits de
beauté), vendeur d'aliments préparés dans les
rues, moto taxi, artiste
Moyens
17 500 - 25 000
Salarié : enseignant, technicien.
Emploi temporaire qualifié : contremaître,
mécanicien, maçon.
Transferts d'argent
Commerce : propriétaire de magasin/restaurant,
grossiste, transport, usurier, directeur d'école,
entrepreneur de pompes funèbres, propriétaire
d'une maison/d'un véhicule.
Mieux lotis
25 000 - 45 000
Salarié : fonctionnaires, employés de la
compagnie de téléphonie mobile Digicel ou
d'autres
Transferts d'argent
20
L'écart trois à cinq fois plus important entre les revenus des très pauvres et ceux des
mieux lotis semble être à peu près le même que dans les régions rurales selon les
conclusions de l'enquête rurale PAM-ACV CFSVA/CSNA de 2007 (déduction faite à
partir de leurs graphiques). Mais il s'agit de communautés rurales entières, alors que
les communautés de la présente enquête urbaine se situent ensemble parmi les
classes de richesse les plus pauvres (bidonville) de toute la ville. À n'en pas douter,
un ménage ailleurs à Port-au-Prince n'aurait pas besoin d'être exceptionnellement
riche pour gagner vingt fois le revenu d'un ménage très pauvre de bidonville.
Si l'on prend en compte le coût de la vie, les trois groupes du bas de l'échelle de
richesse sont tous nettement pauvres par rapport aux normes internationales et
même les « mieux lotis » des bidonvilles arrivent à peine à un niveau médiocre
comparativement à ces normes. Mais il existe des différences importantes entre ces
groupes : par exemple, les pauvres gagnent en moyenne près de 100 USD de plus
par ménage et par mois que les très pauvres. Malgré cela, la feuille de paie
mensuelle moyenne ne peut rendre pleinement compte de la situation. Il y a la
question de la sécurité du revenu et là où l'épargne est minimale, la possibilité de
changer ses dépenses, si petite soit la marge, pour répondre à un revers spécifique,
qu'il s'agisse de la maladie, d'une tempête destructrice ou des hausses de prix. Il y a
aussi des différences dans la simple énergie physique nécessaire pour différents
emplois, et même dans leur attrait, en termes d'hygiène ou d'autres facteurs. Il s'agit
là de nuances, qui ne peuvent être représentées dans une courte étude initiale ;
mais la question de l'insécurité du revenu parmi les plus pauvres exige de plus
amples considérations ; car elle touche notamment au suivi de la sécurité
alimentaire.
3.3.
Emprunts et transferts d'argent
Les emprunts importants ne sont pas suffisamment courants pour être considérés
comme typiques d'aucun groupe de richesse. Toutefois, certaines des personnes
interrogées ont indiqué avoir souscrit des emprunts, fait plus fréquent parmi les
pauvres et les très pauvres. Les personnes appartenant à ces groupes n'ont
généralement aucun actif pouvant être utilisé comme garantie en vue de l'obtention
d'un prêt bancaire. Au lieu de cela, elles se voient prêter de l'argent par des
créanciers du domaine privé, à des taux d'intérêt bien plus élevés.
Les transferts d'argent, en particulier de membres de la famille travaillant aux ÉtatsUnis et au Canada, sont essentiels à l'économie haïtienne, et constituent la base des
importations de nourriture et d'autres. Les chiffres officiels ne sauraient rendre
compte de l'ampleur exacte des transferts, dans la mesure où il est difficile de
quantifier ceux qui parviennent par le biais de moyens informels. Mais il est clair que
la population haïtienne dans son ensemble reçoit aujourd'hui bien plus qu'un milliard
de dollars américains annuellement. Cependant, il existe très peu de sources
d'information officielle indiquant quelles parties de la population (rurales ou urbaines,
plus riches ou moins riches) reçoivent quel pourcentage de tous ces transferts
d'argent. Il est à prévoir qu'une large portion aille aux ménages ruraux qui forment la
majorité de la population du pays. D'après l'enquête rurale PAM-ACV CFSVA/CSNA
de 2007, globalement, parmi la population rurale près de seize pour cent du revenu
monétaire proviennent des transferts d'argent, dans une très grande majorité de
membres de la famille vivant à l'étranger. Cependant, le phénomène est relativement
concentré sur le quintile au plus haut revenu de la population. L'enquête de 2005 sur
les moyens d’existence ruraux de FEWS NET a conclu que les ménages moyens et
mieux lotis de différentes zones de subsistance tendaient à tirer environ cinq pour
cent de leur revenu monétaire annuel des transferts. Mais les ménages les plus
pauvres étaient définis en partie par le fait qu'ils ne recevaient pas de transferts.
21
Pour les bidonvilles de la présente enquête, il a aussi été difficile de quantifier le
revenu de ces transferts. Pendant les entrevues de groupe, de nombreux
participants ont montré de la réticence à révéler combien ils recevaient devant
d'autres membres de la communauté, problème apparemment rencontré dans
d'autres enquêtes, tant rurales qu'urbaines (voir Fagen, 2006). Les représentants
communautaires étaient plus ouverts sur la question. Ils ont signalé que les
transferts étaient courants dans la majorité des régions, et que leur fréquence et leur
montant augmentaient avec le niveau de richesse. Les données indiquent
effectivement une contribution non négligeable des transferts d'argent au revenu,
mais il est probable que leur montant s'agissant des ménages moyens au moins est
sous-estimé. Les chiffres de l'Enquête sur les conditions de vie des ménages
(ECVM) réalisée par l'IHSI en 1999-2000 (cités dans Lamaute-Brisson, 2005)
suggèrent que les transferts représentent neuf à onze pour cent du revenu des
ménages très pauvres et pauvres dans l'ensemble de la population urbaine.
Selon l'enquête de novembre 2008 du PAM sur l'effet des hausses des prix
alimentaires dans les bidonvilles de Port-au-Prince, près de dix pour cent des
ménages signalent une baisse des transferts due à la crise financière en Amérique
du nord et ailleurs. D'un autre côté, il est probable qu'une large proportion de la
valeur totale des transferts arrivant dans la ville sont reçus par des ménages mieux
lotis au-delà des bidonvilles.
3.4
Consommation calorique
Dans les bidonvilles de Port-au-Prince, le marché est pratiquement la seule source
de nourriture pour les ménages de chacun des quatre groupes de richesse. Les dons
de nourriture des ménages les mieux lotis en faveur des plus pauvres sont peu
communs. L'élevage de troupeaux de quelques bêtes à peine concerne un petit
nombre de ménages. L'élevage du bétail aussi bien que les travaux des champs
peuvent être considérés comme très peu représentatifs des populations des
bidonvilles de la ville proprement dite. 3
Le graphique montre le pourcentage du total des besoins alimentaires en termes de
calories achetées par chaque groupe de richesse ainsi que comme types de
nourriture achetés. Compte tenu de l'importance des quantités consommées, le pain,
l'huile et le sucre doivent compter comme des aliments de base pour tous les
groupes de richesse. Ils ont été séparés ici pour illustrer leur importance. Comme on
peut s'y attendre, l'accès à la nourriture augmente avec le revenu. Ce qui est plus
frappant c'est que, tandis que les groupes pauvres, moyens et mieux lotis peuvent
acheter plus de cent pour cent de leurs besoins alimentaires minimums, les très
pauvres ne peuvent se permettre que quatre-vingt-quinze pour cent de leurs besoins
alimentaires. La sécurité alimentaire des très pauvres est précaire, ce qui les rend
vulnérables aux futurs chocs, en particulier aux nouvelles hausses de prix.
3 Le contraire est le cas, bien entendu, par rapport aux régions rurales d'Haïti. Les profiles de
2005 de FEWS NET montrent une forte consommation de leurs propres récoltes et une
production animale importante parmi les ménages mieux lotis. Néanmoins, même dans les
régions rurales, la majeure partie de la nourriture est achetée, lorsqu'on prend les populations
villageoises comme un tout.
22
Figure 3.4
N.B. Le calcul du pourcentage de satisfaction des besoins s'appuie sur le besoin minimum
moyen de 2 100 kcal par personne par jour, tel qu'accepté par la CNSA et le PAM.
3.5
Qualité du régime alimentaire : les « autres aliments » et le coût des
calories
La qualité du régime alimentaire augmente aussi clairement avec le revenu. La figure
3.5 détaille la catégorie « autres aliments » du tableau ci-dessus pour l'illustrer. Les
moyens et les mieux lotis peuvent se permettre d'acheter des produits alimentaires
plus coûteux, comme le beurre, le lait et la viande, et les consomment en plus
grandes quantités que les très pauvres et les pauvres. Il est intéressant de noter que
ce sont les très pauvres qui dépensent le plus en hareng séché, du fait qu'il s'agit
d'une protéine animale relativement bon marché et qui donne du goût aux mets.
D'ordinaire, les mieux lotis n'achètent pas de hareng séché, mais sont en mesure
d'acheter des protéines animales de meilleure qualité, comme du poisson frais et de
la viande. Remarquons également les différences entre les très pauvres et les
pauvres. Bien qu'ils consomment des produits animaux en quantité modeste par
comparaison avec leurs voisins plus aisés, les pauvres peuvent se permettre
nettement plus de beurre, de lait et de poulet que les très pauvres, et sont en mesure
de manger une petite quantité de viande de boucherie.
23
Figure 3.5
Le plus frappant peut-être concernant les habitudes de consommation alimentaire
est le pourcentage élevé de calories provenant de l'huile et du sucre, y compris chez
les pauvres, voire les très pauvres, phénomène inhabituel au sein des populations
urbaines pauvres de la majorité des pays en développement. La figure 3.6 cidessous montre le coût des calories de différents produits alimentaires ; on
s'explique immédiatement la raison pour laquelle tant d'huile et de sucre sont
consommés : en termes monétaires, ce sont les sources de calories les moins
chères disponibles. Ceci reflète les prix d'importation dans ce qui est
fondamentalement une économie d'importations ; par exemple, on constate une
consommation similaire d'huile et de sucre à Djibouti, sur la côte africaine de la mer
Rouge, autre économie d'importations.
Figure 3.6
24
Les calories provenant de la farine de blé et de maïs sont également bon marché et
il n'est donc pas surprenant que les très pauvres en consomment davantage que les
mieux lotis (voir le tableau 3.3). En revanche, les spaghettis et les haricots sont deux
des produits de base les plus coûteux et sont consommés en plus grandes quantités
par les moyens et les mieux lotis. Les protéines animales, comme le poulet et le lait,
comptent parmi les produits les plus chers en termes caloriques. Les oignons sont
aussi très onéreux à cet égard, mais on peut presque les considérer comme un
condiment universel, utilisé dans la plupart des plats préparés, mais en quantités
limitées.
Table 3.3 Besoins alimentaires (% kcal) obtenus d'un choix d'aliments.
En revanche, il est remarquable que les pauvres et les très pauvres tirent onze pour
cent de leurs calories du pain, qui fait presque jeu égal avec les spaghetti et autres
pâtes comme la plus coûteuse des sources de calories provenant de céréales. Fait
encore plus remarquable, les ménages pauvres et très pauvres tirent neuf à onze
pour cent de leurs calories des aliments préparés dans les rues, qui en termes
calorie-coût sont trois à quatre fois plus chers que le riz, le maïs ou la farine de blé
non cuits. Une enquête limitée a permis de suggérer de possibles explications.
D'abord, il est tout simplement dans la « culture » des gens de la ville de manger
fréquemment de la nourriture préparée dans la rue. De manière plus pratique, il est
certain que les membres de nombreux ménages, sinon de la plupart passent leurs
journées de travail hors de chez eux, ce qui rend plus facile (ou nécessaire) de
manger dans la rue au moins le midi. Mais il y a un troisième facteur possible. Les
mets achetés dans les rues peuvent aussi représenter une meilleure valeur que
immédiatement apparente. Faire cuire chez soi un plat à base de riz exige du
combustible et une garniture comme des haricots ou une sauce pour rendre le plat
agréable au goût. Ces dépenses sont incluses dans le prix d'un plat de riz en sauce
acheté dans la rue.
Si l'on ajoute à cela le fait que la manière dont vivent les ménages plus pauvres
implique très souvent que les membres de la famille ne se retrouvent pas tous
ensemble même pour le repas du soir, le coût en temps ainsi qu'en combustible pour
préparer un repas chaud à la maison peut parfois être considéré comme non
rentable. Malheureusement, le temps a manqué pour confirmer comme il se devait
ces explications sur le terrain.
3.6
Dépenses : coût de la vie d'ensemble
Comme on pouvait s'y attendre, les dépenses absolues sur la majorité des articles
augmentent avec le revenu (voir la figure 3.7). Dans le graphique ci-dessous, le coût
de fonctionnement d'un ménage inclut les dépenses de loyer, de combustible, d'eau,
de vêtements et d'articles de maison comme le savon, la lessive et les allumettes. La
catégorie des services inclut l'argent dépensé pour l'éducation, la santé et le
transport, tandis que la catégorie « autre » prend compte des dépenses de
communications (par ex., les cartes téléphoniques), les fêtes (surtout Noël), les
célébrations (par ex., anniversaires, première communion et fin des études) et les
articles de « luxe » comme l'alcool.
25
Les très pauvres dépensent le strict minimum nécessaire à la survie. La nourriture
représente la majeure partie de leurs dépenses et, comme on l'a vu plus haut, cela
ne suffit pas pour garantir l'accès à cent pour cent de leurs besoins alimentaires
minimums. Le reste de l'argent dépensé pour la gestion du ménage et les services
suffit à peine. Presque aucune dépense n'est consacrée aux fêtes ou aux produits de
luxe, même pour, par exemple, de petites quantités de tabac ou d'alcool.
Pour que les très pauvres survivent à ce niveau, il faut à peu près 1,35 USD par
personne par jour. Les dépenses des pauvres se situent à un niveau un peu plus
acceptable : elles sont suffisantes pour couvrir les besoins alimentaires minimums et
laissent plus d'argent pour la tenue du ménage et les services. Ceci coûte environ
2 USD par personne par jour. Dans de nombreux pays en développement, de telles
dépenses seraient suffisantes pour assurer à un ménage un niveau de vie bien plus
élevé. Toutefois, à Port-au-Prince, on pourrait dire qu'être pauvre coûte cher.
Figure 3.7
N.B. Les mieux lotis ne sont pas représentés dans certains des graphiques de dépenses du
fait de la quantité limitée d'information collectée sur les dépenses de ce groupe (voir la
section portant sur la méthode ci-dessus).
3.7
Habitudes de dépenses
La figure 3.8 fournit un aperçu plus détaillé des habitudes de dépenses parmi les
trois groupes de richesse les plus bas. L'alimentation est de loin le poste de dépense
le plus important des trois groupes, signe immédiat de leur pauvreté, étant donné
qu'en outre, comme nous l'avons vu, il ne s'agit aucunement de régimes alimentaires
somptueux. À mesure qu'augmente les revenus, des postes comme l'éducation, le
transport, les vêtements, les cérémonies et les célébrations se voient allouer plus de
dépenses réelles, mais représentent en outre une plus grande proportion des
dépenses. La part des dépenses de santé reste relativement stable parmi ces
groupes, bien que ce soit le type de dépenses qui est peut-être le plus sujet à
fluctuer, dans la mesure où ces dépenses ne sont pas consacrées à des articles
réguliers comme des suppléments vitaminiques ou des visites médicales, mais plutôt
des cas de maladie aiguë. Néanmoins, en termes de dépenses « typiques », cela
vaut la peine de se souvenir que le groupe médian, s'il est nettement plus aisé que
les très pauvres, fait partie des communautés les plus pauvres de la ville (les
26
bidonvilles) et n'est pas suffisamment riche pour pouvoir éviter les choix difficiles
entre dépenses de santé et autres produits de base.
Figure 3.8
La figure 3.9 (à gauche) permet
d'illustrer les différences de niveau
de vie entre les groupes les plus
pauvres. Même pour un article de
maison essentiel comme le savon,
les très pauvres dépensent quarante
pour cent de moins que les pauvres.
3.8
Dépenses en énergie
Le charbon de bois est de loin la
forme d'énergie la plus importante
pour laquelle les trois groupes de
richesse dépensent de l'argent et
représente cinq pour cent du total
des dépenses pour chaque groupe. Il est meilleur marché que le gaz pour faire la
cuisine. Le courant électrique est bien plus utilisé pour l'éclairage et d'autres
fonctions que pour la cuisine.
Dans les bidonvilles de Port-au-Prince, la majorité de l'électricité est fournie de
manière « informelle » par « prise clandestine », c'est-à-dire, que certaines
personnes la « siphonnent » de la ligne principale pour la revendre à leurs voisins.
Même les deux groupes de richesse supérieurs achètent leur électricité de cette
manière, à un tarif variant de cinquante à cent gourdes par mois ; dans quelques
quartiers seulement, les mieux lotis avaient des compteurs électriques. Il faut encore
souligner que dans certains quartiers, les très pauvres et les pauvres n'avaient
aucun accès à l'électricité. Cependant, dans l'ensemble, les dépenses en électricité
27
étaient suffisamment courantes parmi ces groupes pour constituer une petite
dépense mensuelle devant être considérée comme typique. Mais les bougies sont
aussi utilisées pour l'éclairage.
Figure 3.10
3.9
Dépenses en éducation
Seuls dix à quinze pour cent des écoles de Port-au-Prince sont publics : les quatrevingt-cinq à quatre-vingt-dix pour cent restants sont privées, ce qui est un énorme
pourcentage, même par rapport aux pays en développement. Après l'alimentation,
l'éducation est la plus grande source de dépenses pour tous les groupes de
richesse. De plus, à mesure qu'augmente le revenu le montant absolu consacré à
l'éducation augmente lui aussi, ainsi que la proportion du revenu d'un ménage
pouvant être consacrée à l'éducation. La figure 3.12 ci-dessous en apporte
l'illustration pour les quatre groupes de richesse.
Les dépenses d'éducation peuvent se diviser en cinq catégories : droits de scolarité,
livres et cahiers, uniformes, argent de poche et transport. Les droits sont
généralement payés une fois dans l'année à la rentrée des classes en septembre.
Les droits, tant pour l'enseignement primaire que secondaire, varient entre deuxcents et cinq-cents gourdes à peu près par année et par élève. Les droits de
scolarité dans le privé varient considérablement en fonction de l'établissement, mais
sont souvent beaucoup plus élevés que dans le public.
28
Figure 3.11
L'argent de poche est donné aux enfants tout au long de l'année pour acheter à
manger le midi et auprès des vendeurs devant les écoles ; pour tous les groupes de
richesse, cet argent représente la plus grande portion des dépenses d'éducation
(voir la figure 3.13 ci-dessous). Il n'est pas surprenant que les moyens et les mieux
lotis puissent se permettre de dépenser beaucoup plus pour les droits de scolarité et
les livres de leurs enfants. En effet, seuls les moyens et les mieux lotis dépensent
couramment de l'argent pour le transport jusqu'à l'école ; ceci peut refléter la
capacité des groupes plus aisés à envoyer leurs enfants dans de meilleures écoles
situées en dehors du quartier immédiat, surtout au niveau du secondaire.
La figure 3.12 ci-dessous compare les dépenses d'éducation parmi les groupes de
richesse avec le total des dépenses annuelles des très pauvres. Toutefois, il faut
souligner que dans la mesure où envoyer son enfant à l'école est une dépense
optionnelle, la proportion du revenu que les ménages très pauvres y consacrent est
impressionnante. Il s'agit de personnes qui vivent aux limites de la survie acceptable
et les ménages très pauvres ne peuvent même pas d'ordinaire satisfaire entièrement
leurs besoins alimentaires de base, puisqu'ils les couvrent à quatre-vingt-quinze pour
cent. Mais la réalité est qu'ils ne peuvent pas satisfaire leurs besoins alimentaires
minimums s'ils choisissent d'éduquer leurs enfants. Et c'est le choix qu'ils font, parce
qu'ils considèrent ce sacrifice comme le meilleur espoir, peut-être le seul espoir, d'un
avenir. C'est aussi la raison pour laquelle la famille transfert de l'argent
spécifiquement destiné aux frais scolaires.
Il est possible de faire la triste énumération des désavantages auxquels sont
confrontés les très pauvres. S'ils devaient réduire leurs dépenses alimentaires pour
consacrer le même argent à l'éducation que les pauvres, ils ne seraient en mesure
de ne consommer que quatre-vingt-quatre pour cent de leurs besoins alimentaires.
S'ils devaient faire de même pour consacrer le même argent à l'éducation que les
mieux lotis, ils ne seraient en mesure de ne consommer que trente-six pour cent de
leurs besoins alimentaires. D'un autre côté, en faisant le contraire et en réduisant
leurs dépenses d'éducation, les très pauvres pourraient accéder à cent pour cent de
29
leurs besoins alimentaires minimums. Le « droit » à une éducation de base est un
bien très varié dans les bidonvilles.
Figure 3.12
3.10
Autres services
Ramassage des ordures ménagères : Dans les bidonvilles de Port-au-Prince, la
majeure partie des ordures ménagères est jetée dans les rues ou les canaux. Le
ramassage public n'existe pas ; les tas d'ordures sont l'une des premières choses
que remarquent les visiteurs. Les ordures sont brûlées petit à petit et recyclées de
façon informelle.
Eau : La consommation d'eau à Port-au-Prince augmente avec le revenu, élément
de différence dans le niveau de vie et même l'état de santé. Contrairement à la
plupart des régions rurales, l'eau en milieu urbain est surtout achetée. À Port-auPrince, l'eau peut provenir des canalisations publiques ou on peut l'acheter auprès
des personnes qui ont l'eau courante, un réservoir ou un camion-citerne. Dans
certains cas, les ménages mieux lotis achètent tout un réservoir, puis revendent l'eau
dont ils n'ont pas besoin aux voisins plus pauvres pour gagner de l'argent. Seule une
minorité de ménages a l'eau courante. La qualité de l'eau consommée augmente
aussi avec le revenu, comme les moyens et les mieux lotis sont plus souvent en
mesure d'acheter de l'eau purifiée.
3.11
Dangers et stratégies d'adaptation
La présente enquête s'est fixé pour priorité de fournir renseignements de base sur
les moyens d’existence plutôt qu'une analyse spécifique de la réponse aux chocs,
sujet récemment abondamment couvert en relation avec les hausses de prix par
PAM-ACV (2007). Les informations limitées collectées dans cette enquête sont
présentées ci-dessous.
30
Dangers
Les pauvres urbains sont vulnérables à un certain nombre de dangers. Les plus
couramment signalés dans les entrevues auprès des communautés étaient :
Catastrophes naturelles : Elles incluent les inondations, les tempêtes tropicales et
les ouragans, dont les exemples le plus récents sont ceux d'août-septembre 2008.
Les effets de ces catastrophes naturelles sont aggravés par le mauvais état des
infrastructures et du logement dans les bidonvilles.
Hausses des prix : Les pauvres de Port-au-Prince sont très vulnérables aux
hausses de prix, en particulier du fait de la dépendance quasi exclusive au marché
en milieu urbain. Les hausses du prix des produits alimentaires, de l'eau, du
combustible, de l'éducation, du transport et du loyer peuvent avoir un impact non
négligeable sur la sécurité alimentaire des ménages. La crise financière mondiale et
la hausse concomitante des prix alimentaires internationaux ont été durement
ressenties en Haïti, qui dépend de manière importante des importations.
Conflit/insécurité politique : Il s'agit d'un problème qui s'est souvent posé dans le
passé récent d'Haïti et qui demeure manifestement un possible choc dans l'avenir.
Les luttes politiques entourant et suivant le départ d'Aristide en 2004 ont été citées
par de nombreux représentants communautaires comme préjudiciables aux
ménages de leurs régions. Un conflit de moins grande échelle persiste dans certains
bidonvilles.
Stratégies d'adaptation
Afin de faire face aux dangers, les pauvres urbains peuvent recourir à un éventail de
stratégies.
Les ménages peuvent changer leurs habitudes de dépenses, par exemple en
réduisant les dépenses pour les célébrations, les fêtes et les articles de « luxe »
comme le tabac et l'alcool afin d'augmenter leurs dépenses alimentaires. De plus, les
dépenses en produits alimentaires coûteux, comme la viande et le lait, peuvent être
réduites afin d'augmenter les dépenses pour les aliments de base moins chers. Les
ménages peuvent aussi réduire l'ensemble de leurs dépenses en éliminant les
articles non essentiels.
Ces stratégies ne sont pas à la disposition des très pauvres. Comme la quasitotalité de leurs achats est essentielle, les très pauvres n'ont aucune marge de
manœuvre s'agissant de limiter encore leurs dépenses.
Augmenter le nombre des jours de travail : cette stratégie dépend manifestement
de la disponibilité des offres d'emploi. En outre, certains ménages travaillent déjà un
nombre maximum de jours par mois.
Dépendance accrue envers les transferts d'argent de l'étranger : Tous les effets
de la crise financière mondiale sur les transferts d'argent vers Haïti sont encore à
être étudiés.
Mise en gage : Les ménages peuvent gager leurs actifs.
Emprunts : Les ménages peuvent souscrire des emprunts, mais pour les groupes
les plus pauvres, les taux d'intérêt sont extrêmement élevés.
31
Réduction temporaire de la consommation alimentaire (impossible pour les
très pauvres) : cette stratégie d'adaptation est généralement considérée comme
inacceptable y compris dans les rapports d'AEM. Toutefois, dans de nombreuses
entrevues à Port-au-Prince, elle a été citée comme une stratégie à court terme pour
traverser des périodes difficiles. Le récent rapport du PAM, réalisé pendant les
ouragans de 2008, arrive aux mêmes conclusions.
Surtout, ce n'est pas une stratégie que les très pauvres peuvent employer sans
danger, dans la mesure où ils n'ont déjà pas accès à cent pour cent de leurs besoins
alimentaires minimums. Pourtant, il est possible que les autres groupes, ayant accès
à plus de cent pour cent de leurs besoins alimentaires minimums, puissent réduire
légèrement leur consommation pendant quelques semaines difficiles, afin d'éviter
d'autres stratégies, comme la mise en gage de leurs biens ou la souscription d'un
emprunt.
3.12
Suivi
L'une des raisons qui ont motivé la conduite de cette enquête urbaine des moyens
d’existence à Port-au-Prince était de fournir une base à partir de laquelle améliorer
les systèmes de suivi dans la ville. Lorsque les données de référence sont
combinées avec des données de suivi, il devient possible de continuer à analyser
régulièrement la sécurité alimentaire et des moyens d’existence des pauvres
urbains. Un outil de suivi a été mis au point pour faciliter cette tâche.
Afin de développer cet outil de suivi, il a été nécessaire de définir un ensemble de
« paniers » de dépenses minimums pour servir de seuils ; on trouvera de plus
amples explications sur ce sujet plus bas. Toutefois pour commencer, il a fallu
décider s'il convenait d'utiliser comme base de ces paniers les renseignements
concernant les dépenses des « très pauvres » ou celles des « pauvres ».
Finalement, c'est l'information sur les pauvres qui a été retenue. La raison en est
qu'on a jugé que les « très pauvres » vivaient déjà sous un niveau acceptable,
n'ayant même pas accès à leurs besoins alimentaires minimums, par exemple.
L'étape suivante a consisté à diviser les renseignements de base sur les dépenses
des « pauvres » en quatre catégories ou paniers : aliments de survie, produits non
alimentaires de survie, protection des moyens d’existence et autre. Pour définir ce
panier de dépenses, nous avons essentiellement fixé deux seuils. Le seuil de survie
inclut le panier des aliments de survie et celui des produits non alimentaires de
survie ; il s'agit du seuil d'apport calorique minimum acceptable et des moyens
minimums de faire la cuisine et maintenir l'hygiène. Le seuil de protection des
moyens d’existence combine les deux paniers de survie et le panier de protection
des moyens d’existence ; il s'agit du seuil en dessous duquel les stratégies et les
actifs de subsistance existants ne peuvent être maintenus. Ces deux seuils sont
mesurés en termes monétaires.
Paniers des dépenses
Aliments de survie : Montant d'argent nécessaire pour acheter cent pour cent des
kilocalories tirées de produits alimentaires de base pendant une période donnée.
Produits non alimentaires de survie : Montant d'argent nécessaire pour couvrir les
frais engagés pour préparer et consommer les aliments plus toute dépense
monétaire pour l'eau d'alimentation et le loyer. Le panier non alimentaire de survie
inclut des articles de base comme le sel, le savon, le charbon de bois pour la
cuisson, etc.
32
Protection des moyens d’existence : Montant d'argent nécessaire pour les articles
qui sont essentiels en termes de i) maintien de l'accès aux services de base (par ex.,
frais médicaux réguliers et de scolarité), ii) de maintien des moyens d’existence dans
le long ou moyen terme (par ex., frais de transport pour aller au travail, etc.) ou iii) de
maintien d'un niveau de vie minimum acceptable (par ex, achat de vêtement de
base, de café, de dentifrice, d'une petite quantité de produits alimentaires non
essentiels, etc.).
Autre : Montant d'argent restant pour acheter des articles non essentiels ou
discrétionnaires, comme les célébrations, les fêtes, une quantité de viande ou de
légumes au-delà du minimum, de l'alcool, des cigarettes, etc.
Définir le contenu de ces « paniers » n'est pas un processus qui va de soi et dépend
des conditions sur place. Ce qui suit doit donc être perçu comme préliminaire plutôt
que définitif, offert dans le premier cas pour nourrir la discussion avec FEWS NET et
la CNSA.
En termes de consommation des aliments de base, il existe le besoin énergétique
minimum accepté au plan international que l'on peut utiliser pour définir le contenu
du panier alimentaire de survie : une moyenne de deux-mille-cent kilocalories par
personne par jour. Le coût de ces calories peut se calculer de deux façons. Il est
possible soit d'utiliser le prix d'un produit alimentaire de base le moins élevé soit de
combiner les prix d'un éventail de produits alimentaires de base. À Port-au-Prince,
les pauvres consomment couramment plusieurs produits de base, notamment de la
farine de maïs, du riz, de l'huile et du sucre ; nous avons donc décidé de prendre en
compte tous les produits de base en calculant le prix de cent pour cent des
kilocalories dans les proportions identifiées pour leur mode de vie de référence. C'est
ce qu'indique le tableau 3.4 ci-dessous.
Tableau 3.4 Contenu suggéré du panier alimentaire de survie
Panier alimentaire de survie
Taille du ménage : 6 membres
Article
Quantité
Riz
Maïs
Pain
Spaghetti
Farine de blé
Haricots
Huile
Sucre
Total
48 petites marmites
19 petites marmites
88,9 sachets de 0,18 kg
22,9 paquets de 0,35 kg
10 petites marmites
24 petites marmites
4,5 litres
20 petites marmites
% kcal
22 %
9%
11 %
7%
5%
11 %
11 %
10 %
85 %
Coût par mois
(gourdes)
1 200
380
889
572
180
960
314
400
4894
Coût 100 % kcal = 100/85*4 894 = 5 758 gourdes par mois
Nous avons défini le panier non alimentaire de survie conformément aux
précédentes évaluations AEM réalisées ailleurs. Il contient cent pour cent des
dépenses des pauvres en sel, allumettes, savon, lessive, eau et charbon de bois, qui
sont toutes nécessaires pour la survie élémentaire. Le loyer est déjà inclus dans ce
panier pour la raison que, d'ordinaire, les ménages pauvres de Port-au-Prince en
33
paient un et que dans un contexte urbain, il est nécessaire à la survie. Le tableau 3.5
ci-dessous montre le contenu du panier non alimentaire de survie.
Tableau 3.5 Contenu suggéré du panier non alimentaire de survie
Panier non alimentaire de survie
Article
Quantité par mois
Sel
Allumettes
Savon
Lessive
Eau
Charbon de bois
Loyer
Total
1 grande marmite @ 45 gourdes
1 boîte @ 12 gourdes
72 sceaux @ 5 gourdes
32 marmites @ 25 gourdes
Coût par mois
(gourdes)
45
12
140
280
360
800
708
2 345
Le panier le plus difficile à définir est sans doute le panier de protection des moyens
d’existence. Encore une fois, nous avons utilisé les précédentes évaluations AEM
réalisées ailleurs pour nous servir de guide et nous avons inclus des articles propres
au contexte urbain haïtien. La plupart des produits alimentaires non essentiels n'ont
pas été inclus. Les exceptions sont le lait, les légumes et les aliments à base de riz
et les pâtés vendus dans les rues. Étant donné son importance, en particulier pour
les enfants, cent pour cent des dépenses des pauvres en lait ont été inclus. En
revanche, seuls vingt-cinq pour cent des dépenses des pauvres en oignons et en
tomates et cinquante pour cent de leurs dépenses en aliments préparés dans la rue
ont été inclus dans le panier. La raison en est que les pauvres réduisent leurs
dépenses en ce type d'articles dans le cadre de leurs stratégies d'adaptation. Vingtcinq pour cent des dépenses en oignons et tomates demeurent pour permettre
l'achat d'une partie de ces articles, qui donnent du goût aux mets. En effet, on peut
considérer les oignons comme un condiment universel et les tomates comme une
partie importante des sauces, que l'on mange avec les aliments de base. Cinquante
pour cent des aliments préparés dans la rue demeurent parce qu'ils peuvent être un
achat nécessaire pour certains ménages pauvres, en particulier lorsqu'un des
membres du ménage travaille loin de la maison et a besoin d'acheter son déjeuner.
Le panier de protection des moyens d’existence inclut également cent pour cent des
dépenses de référence des pauvres pour la santé, l'éducation, le transport au travail,
d'autres articles ménagers (surtout les bougies), le café, les épices, le gaz et
l'électricité. Cinquante gourdes de dépenses pour les articles de toilette ont été
incluses pour permettre l'achat de dentifrice, mais excluent les articles de « luxe »
comme le parfum. Cinquante pour cent des dépenses de communications (surtout
les cartes téléphoniques) ont été inclus, dans la mesure où les transferts d'argent
sont parfois organisés par téléphone. Enfin, vingt-cinq pour cent des dépenses de
vêtements ont été inclus, dans la mesure où ce poste peut être réduit dans une
stratégie d'adaptation. Le tableau 3.6 ci-dessous montre le contenu du panier de
protection des moyens d’existence. Toutes les autres dépenses appartiennent à la
catégorie des produits non essentiels « autre ».
34
Tableau 3.6 Contenu suggéré du panier de protection des moyens d’existence
PANIER DE PROTECTION DES MOYENS D’EXISTENCE
Article
Quantité
Légumes - oignons
Légumes - tomates
Lait
1,5 kg
0,75 kg
12 sachets de 0,17 kg
10 repas vendus dans la rue @
35 gourdes
16,5 pâtés @ 15 gourdes
20 sachets de café @ 10
gourdes
40 unités d'épices @ 5 gourdes
Aliments vendus dans la rue
Pâtés vendus dans la rue
Café
Épices
Gaz
Électricité
Dentifrice
Autres articles ménagers
(bougies)
Vêtements
Santé
Éducation (droits de scolarité,
uniformes, cahiers, etc.)
Éducation : Argent de poche
Communications
Transport au travail
Total
0%
0%
1%
Coût par mois
(gourdes)
60
23
204
2%
350
2%
248
% kcal
200
200
50
50
50
2 pâtes dentifrices
40
92
184
775
5%
800
83
575
3 984
Une fois que ces paniers auront été définis, le coût des paniers de produits
alimentaires de survie, des produits non alimentaires de survie et de protection des
moyens d’existence devra être suivi en recueillant des informations régulières sur les
prix des articles composant ces paniers. Cela veut dire essentiellement que nous
suivons le coût de la vie mensuel pour un ménage pauvre de six personnes typique ;
l'une des sources de préoccupation peut être si ce coût augmente de manière
importante. Cependant, toute hausse de prix doit être envisagée par rapport au
revenu du ménage ; celui-ci doit donc être suivi aussi. Les sources de revenus les
plus répandues pour les pauvres sont le travail temporaire et le petit commerce ;
étant donné la difficulté de suivre le revenu, nous suggérons de suivre soit le tarif du
travail temporaire soit le profit journalier tiré du petit commerce.
En utilisant ces deux informations (coût de la vie par mois et revenu journalier), il est
possible de créer un indice de suivi : nombre de jours de travail requis chaque mois
pour acheter les trois paniers de dépenses mentionnés plus haut. Celui-ci peut être
calculé en divisant le coût de la vie pour un mois donné par le revenu journalier (voir
plus bas).
Indice de suivi des moyens d’existence urbains (nombre de jours de travail
requis pour acheter les paniers de produits alimentaires de survie, de produits non
alimentaires de survie et de protection des moyens d’existence) =
Coût du panier de protection des moyens d’existence ÷ Tarif du travail
journalier
35
Après avoir calculé le nombre de jours de travail requis pour acheter ces paniers, il
importe manifestement de fixer un seuil, au-delà duquel les ménages pauvres n'ont
pas les moyens d'acheter ces paniers (c.-à-d., leurs frais de subsistance de base).
Ce seuil doit être le nombre maximum de jours qu'il est possible pour les ménages
pauvres de travailler en un mois. Comme la composition des paniers de dépenses
minimums, la fixation de ce seuil est subjective à bien des égards et doit être
finalisée lors de discussions avec FEWS NET et la CNSA.
Finalement, il faut remarquer que cet outil de suivi tient compte des stratégies
d'adaptation, telles que celles qui sont énumérées dans la section 3.11 ci-dessus. En
incluant cent pour cent des calories des produits alimentaires de base dans le panier
alimentaire de survie et seulement un minimum de produits alimentaires non
essentiels dans le panier de protection des moyens d’existence, on part de
l'hypothèse que les ménages pauvres modifieront leurs habitudes de consommation
alimentaire en réponse à ces dangers. En outre, le revenu tiré des transferts d'argent
peut être inclus en le soustrayant du coût des paniers de dépenses minimums, avant
de calculer l'indice. Enfin, en fixant le seuil, il est possible d'inclure le nombre
maximum de jours où un ménage pauvre peut travailler par mois, en prenant ainsi en
compte le fait que, lorsqu'ils rencontrent des difficultés, les ménages s'efforcent
d'augmenter leur nombre de jours de travail. La figure 3.13 ci-dessous montre
comment l'outil de suivi fonctionnerait, après plusieurs mois d'opération. Lorsque
l'indice franchit le seuil, de plus amples informations sont nécessaires et peut-être
une intervention. Les données figurant dans le graphique sont uniquement à titre
indicatif et ne s'appuient sur aucune information collectée pendant l'enquête.
Figure 3.13
36
4.
Conclusion
Cette enquête établit des renseignements de référence sur les moyens d’existence
des pauvres urbains à Port-au-Prince et suggère un cadre de suivi, qui peut
contribuer à l'analyse continue de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence
dans la ville. Elle propose de répondre aux questions élémentaires sur la nature de
la pauvreté urbaine, en particulier concernant la manière dont les ménages accèdent
à la nourriture, au revenu et aux services de base et comment la composition du
revenu et les habitudes de dépenses diffèrent entre ménages à différents niveaux de
richesse. Ce qui suit rassemble les principales conclusions, met l'accent sur les
points les plus importants et identifie les domaines à étudier plus avant.
Les résultats de cette évaluation montrent que la majorité de la population des
bidonvilles est pauvre même par rapport aux normes des bidonvilles eux-mêmes,
avec soixante-cinq pour cent de la population appartenant aux deux groupes les plus
bas de la division en quatre (très pauvres, pauvres, moyens, mieux lotis). Après les
émeutes, les tempêtes et les hausses de prix de 2008, les très pauvres (trente pour
cent) sont juste capables de survivre, mais à un niveau acceptable à la rigueur. Ils
vivent avec 1,35 USD environ par personne par jour. Ceci peut ne pas paraître
particulièrement bas par comparaison avec d'autres pays en développement en
termes absolus, mais le coût de la vie à Port-au-Prince est comparativement élevé,
reflet d'une économie d'importation. Dans la ville, être pauvre coûte cher.
Une analyse du mode d'alimentation, de la composition du revenu et des habitudes
de dépense révèle des écarts non négligeables dans la pauvreté globale. Les
ménages les plus pauvres se distinguent par un rapport de dépendance très élevé
(peu de soutiens de famille par rapport aux personnes à charge), un manque d'accès
aux actifs productifs et des emplois mal rémunérés. À mesure qu'augmente le
revenu, le niveau de la paie augmente et la nature du travail change, de sorte que
les moyens et les mieux lotis tendent à occuper des emplois plus qualifiés et mieux
rémunérés, et participent davantage à des activités commerciales lucratives.
L'évaluation montre que les transferts d'argent étaient importants pour tous les
groupes de richesse, mais il reste difficile de les quantifier avec exactitude tant au
niveau des ménages qu'au niveau national.
Du fait de la faiblesse de leurs revenus, les ménages des deux groupes les plus bas
doivent dépenser la majorité de leur argent en alimentation, simplement pour
satisfaire leurs besoins alimentaires minimums. En effet, les très pauvres n'y
parviennent même pas ; ils ne consomment que quatre-vingt-quinze pour cent du
minimum requis en termes de calories. Les groupes plus pauvres achètent surtout
des produits alimentaires de base. Les protéines animales ne s'achètent qu'en
petites quantités ; en effet, les très pauvres ne peuvent acheter de la viande de
boeuf ou de chèvre et dépensent le peu qu'ils ont en protéines animales meilleur
marché, comme du hareng séché ou du poulet surgelé. Par contraste, les « mieux
lotis » (qui toutefois ne sont pas suffisamment riches pour quitter les bidonvilles)
peuvent dépenser quatre fois plus que les très pauvres en protéines animales,
notamment du poisson frais, et consomment plus de haricots et de légumes. Dans
ce contexte, il est intéressant de constater que les très pauvres et les pauvres
achètent de grandes quantités de nourriture préparée dans les rues, qui est
relativement onéreuse en termes de coût des calories. Plusieurs raisons ont été
suggérées pour cela, notamment le besoin des travailleurs de manger en dehors de
chez eux et le coût du combustible pour la cuisson. Toutefois, d'autres études sont
nécessaires pour comprendre la raison pour laquelle les pauvres dépensent leur
argent de cette manière.
37
Les ménages des deux groupes les plus pauvres dépensent la majeure partie du
reste de leur argent en produits de base nécessaire à la survie, surtout du charbon
de bois, de l'eau, du savon et le loyer. Même pour des articles aussi élémentaires, il
existe d'importants écarts manifestes entre le niveau des pauvres et celui des très
pauvres. Par exemple, pour une taille de ménage similaire, les très pauvres
dépensent quarante pour cent de savon en moins que les pauvres, ce qui indique
des différences dans la qualité de la vie, voire de la santé.
En termes absolus, les ménages pauvres peuvent aussi se permettre de dépenser
plus que les très pauvres en eau, en charbon de bois pour la cuisine et en loyer, ce
qui leur garantit un logement plus grand et d'une qualité un peu meilleure. Tout bien
considéré, le niveau des dépenses des ménages très pauvres a été jugé bas à un
point inacceptable et celui des pauvres a été utilisé à la place comme base minimum
pour fixer les seuils de suivi.
Du peu d'argent qui reste aux groupes les plus pauvres après les dépenses
essentielles pour le ménage, la plupart sont consacrées à l'éducation. Bien que la
même chose soit vraie pour le groupe médian, ces ménages ont nettement plus
d'argent à dépenser en « produits de luxe » comme les célébrations, le tabac et
l'alcool. Les ménages très pauvres ne dépensent typiquement presque rien en
produits de ce genre. En effet, les dépenses des très pauvres en éducation sont
particulièrement impressionnantes. S'ils ne payaient pas pour l'éducation, ils
pourraient facilement couvrir cent pour cent de leurs besoins alimentaires minimums.
Toutefois, ils ne sont pas en mesure de le faire s'ils choisissent d'éduquer leurs
enfants, ce qu'ils font typiquement.
Parmi les différentes dépenses d'éducation (droits de scolarité, uniformes, cahiers,
transport, argent de poche), c'est l'argent de poche que les élèves utilisent pour leur
déjeuner et leur goûter qui est la plus importante pour tous les groupes de richesse.
Cela semblerait indiquer qu'un programme de cantine scolaire soulagerait
considérablement la pression sur les groupes les plus pauvres. Cependant, nous
devons remarquer que pendant l'évaluation AEM de Djibouti, en Afrique orientale, on
a constaté que l'argent de poche avait une importance similaire, et que le fait de ne
pas avoir d'argent de poche pouvait faire paraître l'enfant comme différent et même
le conduire à abandonner l'école. Une meilleure compréhension du rôle joué par
l'argent de poche à Port-au-Prince est nécessaire.
Finalement, cette évaluation a aussi mis en lumière la vulnérabilité des groupes les
plus pauvres à un éventail de chocs notamment l'insécurité politique, les
catastrophes naturelles et les hausses des prix alimentaires. L'outil de suivi proposé
est conçu pour fournir une information continue sur la capacité des pauvres à
acheter la nourriture minimum et les produits non alimentaires nécessaires ainsi que
l'accès aux services comme la santé et l'éducation. On doit espérer qu'une fois que
les discussions avec FEWS NET et la CNSA seront achevées, cet outil sera utilisé
pour améliorer la qualité des données concernant l'alimentation et la sécurité des
moyens d’existence pour Port-au-Prince.
38
Références/Documents consultés :
Fagen, P. (2006) Remittances in crises: A Haiti case study, Overseas Development
Institute (ODI), London.
FEWS NET (2005) Profils de Modes de Vie en Haiti, Port-au-Prince.
IHSI (2005) Recensement Général de la Population et de l’Habitat 2003 (RGPH
2003), Port-au-Prince.
Lamaute-Brisson, Nathalie (2005) Emploi et Pauvreté en milieu urbain en Haiti,
Commission Economique pour l’Amerique Latine et les Caraïbes (CEPALC).
Verner, Dorte (2008a) Labor Markets in Rural and Urban Haiti, World Bank, Policy
Research Working Paper 4574.
Verner, Dorte (2008b) Making Poor Haitians Count: Poverty in Rural and Urban Haiti,
World Bank, Policy Research Working Paper 4571.
WFP (2008) Haiti, Impact de la crise alimentaire sur les populations urbaines de
Port-au-Prince.
WFP-VAM CFSVA/CNSA (2007) Analyse Compréhensive de la Securité Alimentaire
et de la Vulnerabilité (CFSVA) en Milieu Rural Haïtien, Port-au-Prince.
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