(2017) Haïti : Enquête de sécurité alimentaire d'urgence post-"Matthew" - EFSA Phase 1 (zones les plus affectées), janvier 2017
Resume — Enquête de sécurité alimentaire d'urgence (EFSA) Phase 1 menée par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) d'Haïti avec la FAO, le PAM et leurs partenaires, couvrant les zones les plus touchées par l'ouragan Matthew après deux années consécutives de sécheresse. Elle rapporte 61 pour cent des ménages enquêtés directement touchés par l'ouragan, plus de la moitié avec une consommation alimentaire inacceptable ou limite.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
APRÈS
DEUX ANNÉES
CONSÉCUTIVES
DE SÉCHERESSE
LES ZONES LES PLUS
PRODUCTIVES EN
HAÏTI ONT ÉTÉ
FRAPPÉES PAR UN
OURAGAN DE NIVEAU
LE 3-4 OCTOBRE 2016
UNE GRANDE PARTIE
DE LA POPULATION
NE POURRAIT PAS
SOUTENIR SON BIENÊTRE D’ICI À JUIN
2017
61% DES
MÉNAGES
ONT ÉTÉ
DIRECTEMENT
TOUCHÉS
PLUS DE 50% DES
MENAGES ONT UNE
CONSOMMATION
ALIMENTAIRE INACCEPTABLE
Points saillants
moyens d’existence dans les zones les plus affectées deux
mois après l’ouragan Matthew.
Plus de 60% des ménages ont été directement affectés par
Matthew, surtout en termes de dégâts sur les maisons, stocks
et parcelles cultivées; 6% des ménages enquêtés sont encore
déplacés ou accueillent des déplacés.
Environ 38% de la population dans ces zones sont en
insécurité alimentaire (environ 1.5 millions de personnes),
dont 5% en insécurité alimentaire sévère (280.000
personnes). La partie occidentale du Nord-Ouest, la GrandAnse, les Nippes, La Gonâve et le littoral sec de l’Artibonite
présentent plus que 50% de la population en insécurité
alimentaire. Les zones couvertes par la réponse humanitaire
post-Matthew présentent une situation meilleure.
gourdes (environ 66 USD) par mois, soit 48% des dépenses
mensuelles. Ce chiffre est en-dessous du coût du panier
alimentaire minimal pour un ménage de 5 personnes (5,537
Gourdes); dans le Nord-Ouest HT01, ces dépenses sont endessous de 3,000 gourdes.
En décembre la proportion des ménages dans les quartiles de
l’indice de richesse les plus pauvres et pauvres a augmenté de
8% – avec des pics dans les départements de la Grand-Anse
et du Sud – par rapport à la période avant-Matthew.
Après le passage de Matthew, on observe une réduction
significative des activités productives telles que le commerce,
l’élevage et l’agriculture. Les ménages ont eu recours à des
sources de revenus moins durables, telles que les dons,
donations ou la production de charbon de bois (chacune a
augmenté de 6%). Un ménage sur quatre a perdu une ou
deux sources de revenu.
Environ 63% des ménages ont adopté des stratégies
d'adaptation affectant négativement leurs moyens de
subsistance : 21% ont adopté des stratégies de crise (vente
d’avoirs productifs ou consommation stocks de semences)
et 17% des stratégies d’urgence (vente de maison, de
parcelles ou des derniers animaux femelles, mendicité).
2 EXPLOITANTS SUR 3
ONT EU LES PARCELLES
ENDOMMAGEES ET ONT
PERDU LES 3/4 DES
STOCKS OU PLUS
En moyenne, un ménage dépense pour son alimentation 4,300
Plus d’un ménage sur deux a une consommation alimentaire
pauvre ou limite (53%); une augmentation importante de la
population ayant une consommation acceptable a été
observée dans les zones de la Grand-Anse, du Sud et dans
les Nippes suite à l’assistance alimentaire d’urgence postMatthew.
MATTHEW A CAUSÉ
UNE RÉDUCTION
SIGNIFICATIVE DES
SOURCES DE REVENU
L’adoption des stratégies d’adaptation ayant un impact
sur les stocks de semences et les pertes d’animaux
suggèrent qu’une proportion importante de ménages
éleveurs et agriculteurs ne sera pas auto-suffisante au
moins jusqu’à juin 2017. Un début de la saison de soudure
anticipé par rapport à la normale (avril 2017) est projeté
dans les zones couvertes par cette étude.
Ce document présente l’état de la sécurité alimentaire et des
Janvier 2017
WFP/Lorene DIDIER
WFP/Lorene DIDIER
Enquête de sécurité alimentaire d’urgence post“Matthew” - EFSA Phase 1 (zones les plus affectées*)
Deux ménages agricoles sur trois ont perdu au moins 75% de
*Grand’ Anse, Sud, Nippes, Sud-Est, Nord Ouest HT01, La Gonave, Artibonite (HT01)
leurs stocks de la saison printemps/été 2016, la superficie
cultivée pour la saison d’hiver a diminue de 1/3 . Les éleveurs
ont perdu ou vendu 2/3 de leurs animaux.
Décembre 2016
HAITI — Situation de la Sécurité Alimentaire,
Janvier 2017
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Impact sur la Sécurité Alimentaire
Janvier 2017
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Méthodologie
Immédiatement après le passage du cyclone le 4 octobre 2016, une
évaluation rapide de la situation alimentaire a été conduite dans les zones
les plus touchées. Cette enquête a permis d'évaluer l'ampleur des dégâts
sur la production et les moyens d'existence, ainsi que les besoins
humanitaires des ménages. En décembre, il s'est avéré nécessaire de
lancer une enquête nationale approfondie sur la situation de la sécurité
alimentaire en vue de mieux cibler la population affectée et orienter les
interventions.
C'est dans ce contexte que la Coordination Nationale de la Sécurité
Alimentaire (CNSA), en partenariat avec le PAM, la FAO, FEWSNET, et avec
l’appui de l’Union Européenne, ECHO, DFID, USAID, Solidarité
Internationale, CARE, COOPI, World Vision, CONCERN WW, KORELAVI a
conduit une enquête post-Matthew dans les zones affectées et dans le reste
du pays.
Un échantillon de 6,420 ménages a été conçu pour donner des
estimations représentatives dans chacune des 23 strates au niveau des 10
départements du pays, avec une plus grande précision dans ceux les plus
sévèrement affectés.
La méthodologie CARI du PAM a été utilisée dans l'estimation de l'indice de
sécurité alimentaire de la population. Cet indice combine des indicateurs
tels que le Score de Consommation Alimentaire (SCA), la proportion des
dépenses alimentaires mensuelles et les stratégies de survie affectant les
moyens d’existence des ménages.
Cette évaluation a été réalisée en deux phases. La première a couvert
3,828 ménages dans les départements directement affectés (GrandAnse, Sud, Nippes, Sud-Est, Nord-Ouest HT01, Artibonite & Ile de la
Gonâve HT01) du 2 au 20 décembre. La deuxième phase couvrira le reste
du pays.
Réduction vente/demande d’achat (commerçants)
8%
Perte de revenu
8%
Maladie d’un membre de la famille
18%
Dégâts biens/avoirs dȗs aux inondations
18%
Autres dégâts Ouragan
Destruction/endommagement des parcelles cultivées
Inflation/hausse des prix des denrées alimentaires
Destruction/dégâts maisons
*en orange les chocs directement liés à Matthew
32%
39%
43%
62%
Chocs les plus fréquents
Janvier 2017
PRINCIPAUX
CHOCS
Impact de “Matthew”
Sévérité des stratégies adoptées
Aucune
stratégie
Les ménages n’ont adopté
aucune stratégie
Vendre des biens do-
mestiques
Stratégies d’adaptation
par strate
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Stratégies d’adaptation
Acheter de la nourriture
Stratégies
de ‘Stress’
à crédit ou l’emprunter
Emprunter de l’argent
Envoyer un ou plus
membres du ménage
manger ailleurs
Vendre des biens pro-
Stratégies de
‘Crise’
ductifs ou des moyens
de transport
Retirer les enfants de
l’école
Consommer les stocks
de semences dédiés à la
saison d’hiver 2016/17
Vendre la maison ou
Stratégies
d’’Urgence’
parcelle
Mendier
Vendre les derniers
animaux femelles.
Entre novembre et décembre 2016, presque deux ménages sur trois (64%) ont eu recours à des stratégies
d’adaptation ayant un impact négatif sur leurs moyens d’existence; 29% d’entre eux ont adopté des stratégies
‘sévères’ (de Crise ou d’Urgence) qui sont extrêmement difficiles à redresser.
La situation demeure très grave dans le Sud et le Nord-Ouest HT01 où respectivement 41% et 35% des
ménages ont eu recours à des stratégies d’urgence.
L’assistance alimentaire d’urgence dans les départements de la Grand-Anse, des Nippes et du Sud est à la base
de la réduction d’environ 60% de la proportion des ménages adoptant des stratégies ‘sévères’; en particulier,
cette proportion a baissé entre mi-octobre et mi-décembre de 74% dans le département du Sud, de 58% dans la
Grand-Anse et de 54% dans les Nippes.
Parmi les stratégies les plus communes, 16% des ménages ont consommé les semences consacrées à la
prochaine saison et 11% ont vendu leurs animaux reproductifs. Presque 7% ont mendié avec des valeurs
importantes surtout dans la zone côtière HT08 de la Grand-Anse.
La vente des derniers animaux reproductifs – qui représente en Haïti une stratégie de dernier recours – est
particulièrement fréquente dans le Nord-Ouest, zone pastorale HT01 (30%). Dans cette zone, une proportion
élevée des ménages a également vendu sa maison ou une parcelle de terrain (15%). Malheureusement, la
dégradation des moyens d’existence et le fort niveau d’endettement (concernant 50% des ménages, dont 35%
en espèces) n’ont pas été suffisants vu que la zone enregistre les taux les plus élevés de consommation
alimentaire inadéquate.
A l’exception des Nippes et de la Grand-Anse HT07, les zones avec le plus haut niveau d’adoption de stratégies
d’urgence ont également enregistré les taux les plus élevés de ménages qui ont contracté des dettes, ce qui est
symptomatique de la situation de difficulté à laquelle les populations des zones couvertes sont confrontées
depuis le passage de l’ouragan.
Malgré l’adoption de stratégies de
survie, une forte convergence entre
l’impact direct de l’ouragan et le
taux d’endettement est observée,
notamment dans le Nord-Ouest
HT01 et dans le département du
Sud.
Janvier 2017
Environ 87% des ménages dans le
Nord-Ouest HT01 ont été
directement affectés par ‘Matthew’.
Bien que plus de 55% des ménages
aient eu recours à des stratégies de
crise ou d’urgence, 49% des
m é n ag e s o n t é g a le m e nt d û
s’endetter pour acheter de la
nourriture.
Quant aux mécanismes d’adaptation alimentaires, la vaste majorité des ménages adopte une ou plusieurs
stratégies telles que la consommation d’aliments moins préférés ou moins chers (77%), la réduction des portions
du repas (73%), et la réduction du nombre de repas (74%).
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Marchés et dépenses alimentaires
Proportion des dépenses
alimentaires (par catégorie
& en valeurs absolues)
Coȗt du panier
alimentaire minimal
Dans l’ensemble des zones couvertes par cette première phase de l’EFSA, un ménage dépense en moyenne un
peu plus de 4300 gourdes par mois pour son alimentation, soit environ 66 USD (équivalent à 0,44 USD/personne/
jour) ce qui représente 48% des dépenses totales du ménage.
Dans chacune des 13 strates ou zones d’analyse, les dépenses alimentaires sont en-dessous du coût moyen du
panier alimentaire minimum de 5537 gourdes* (prix septembre-novembre 2016) pour un ménage de cinq
personnes.
Malgré le déploiement de ressources importantes dans la réponse humanitaire et le niveau élevé d’importations
au cours des deux derniers mois, les prix des denrées sont soutenus par une disponibilité alimentaire faible et par
la forte dépréciation de la monnaie locale par rapport au dollar américain. Bien que les marchés continuent à être
approvisionnés par les importations externes, les prix des denrées alimentaires pourraient augmenter
prochainement si la tendance observée sur le marché de change ne se renverse pas et si les productions agricoles
de la saison d’hiver 2016/17 sont confirmées en-dessous de la moyenne, comme indiqué par les projections
actuelles.
Dans l’ensemble, près du quart (23,3%) des ménages consacrent plus de 65% de leurs dépenses à l’alimentation,
signe d’une vulnérabilité économique importante. Les ménages en situation de sécurité alimentaire consacrent
une moindre partie de leurs dépenses à l’alimentation (44% contre 54% pour ceux en insécurité alimentaire). Ce
ratio s’élève à 64% et à 62% respectivement dans la Grand-Anse HT08 et le Sud-Est HT07 reflétant le niveau de
fragilité de la structure économique des ménages dans ces zones.
Janvier 2017
U ne r é d uc ti o n i mp or t a nte d e s
dépenses alimentaires dans les
départements de la Grand-Anse , des
Nippes et du Sud a été observée
depuis mi-octobre suite à l’impact
positif de l’assistance alimentaire
d’urgence dans ces zones.
On observe en outre que dans la Grand
-Anse HT08, le Sud HT01, le Sud-Est
HT07, les ménages auraient des
niveaux de dépenses alimentaires
moyennes mensuelles plus ou moins
proches, soit plus de 5000 gourdes;
tandis que dans le Nord-Ouest HT01,
ces dépenses sont en-dessous de 3000 gourdes. Les autres strates démontrent des dépenses alimentaires
mensuelles de 3000 à moins de 5000 gourdes par mois.
*Le calcul du coȗt du panier mensuel minimum se base sur la moyenne des prix mensuels (septembre-novembre 2016) des produits les plus consommés dans les princi-
paux marchés au détail de référence d’Haiti.
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Consommation Alimentaire
53% ALIMENTAIRE INADEQUATE
CONSOMMATION
Des ménages
20% ALIMENTAIRE PAUVRE
CONSOMMATION
Des ménages
SCA = Score de Consommation Alimentaire
Environ 75% des ménages dans le département du NordOuest HT01 n’ont pas d’accès à un régime alimentaire
acceptable et plus de 36% ont un Score de Consommation
Alimentaire (SCA) pauvre.
Dans les zones les plus affectées, les populations
consomment par jour environ 4.93 groupes alimentaires
différents . Toutefois, 14% des ménages dans la ville de
Jérémie et 10% dans le département du Nord-Ouest HT01
consomment seulement une ou deux groupes: céréales
(ou tubercules) et de l’huile.
L’impact de Matthew sur les productions de haricots et de bananes a affecté l’accès physique à la nourriture dans les
zones de la Grand-Anse et des Nippes HT01. Dans le Nord-Ouest HT01, l’impact de Matthew a amplifié les contraintes à
l’accès aux produits alimentaires d’origine animale, déjà affectés par la sécheresse des deux dernières années.
Environ 12% des ménages
déplacés par l’ouragan ne
consomment aucun aliment
riche en vitamine A contre
seulement 3% des ménages
non-déplacés. Une différence
similaire est observée pour la
consommation
d’aliments
riches en protéines.
Quant aux aliments riches en
fer, seulement 13% des
ménages non-déplacés et 8%
des ménages déplacés en
consomment tous les jours.
Consommation d'aliments
riches en Fer/Vit A par zone
d'analyse
Janvier 2017
Dans les zones les plus
affectées, environ 21% des
ménages
consomment
seulement
trois
groupes
d ’ a l i m e nt s
( no t a m m e nt
céréales, huile, sucre ou,
moins
fréquemment,
légumineuses, viande/poisson
ou œufs).
Bien que la proportion des
ménages avec une
consommation
alimentaire
i na d éq ua te
s o it
assez
homogène, la consommation
d’aliments riches en
micronutriments (tels que la
vitamine A ou le fer) varie
significativement dans les
différentes zones enquêtées.
La Gonave/Artibonite HT01,
le Sud HT07 et les Nippes
enregistrent la proportion la
plus élevée de ménages qui
ne consomment aucun aliment riche en fer et en vitamine A, ou qui y ont rarement accès.
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Tendances de la consommation
alimentaire inadéquate
(pauvre+ limite)
1M
PAR
L’ASSISTANCE
HUMANITAIRE
DE PERSONNES ATTEINTES
Dans les trois départements les plus affectés
(Grand-Anse, Sud et Nippes), l’augmentation
des distributions alimentaires et autres
interventions, qui a touché plus d’un million
de bénéficiaires depuis le 14 octobre, a
permis de réduire significativement la
proportion
de
ménages
ayant
une
consommation
alimentaire
inadéquate
pendant la période de référence.
Dans le Nord-Ouest, environ 75% des
ménages
avaient
une
consommation
inadéquate
en
décembre.
Ici,
les
contraintes structurelles liées à la faible
disponibilité et accessibilité à la nourriture
ont été aggravées par l’effet de l’ouragan
et par une réponse humanitaire limitée.
INDICE DE RICHESSE
L’Indice multidimensionnel de richesse (IR) résume la mesure relative de la richesse du ménage. Cet indicateur se base sur le niveau des
biens et avoirs au sein du ménage, sur les caractéristiques de l’habitat et sur l’accès à des sources d’eau et aux services sanitaires de base
améliorés. La classification des ménages est présentée en quatre groupes de dimensions uniformes : riches, revenu moyen, pauvres et les
plus pauvres.
Aucune latrine/toilette dans la maison
Les Plus Pauvres
Accès limité aux services de base (électricité, eau, etc)
Maisons bâties avec des matériels non-durables
Nombre limité de biens et avoirs.
Pauvres
Accès à seulement certains biens/services & meilleure
qualité des matériaux de construction de la maison
Accès satisfaisant aux services de base, possession de
Moyens
téléphones mobiles, radios, fer à repasser
Eau du robinet et toilettes internes dans la maison;
Les Plus Riches
accès à tous les services de base; maison en dur; la
plupart possède des téléphones mobiles, radios, fer
Variation de la proportion des
ménages dans les quartiles les
plus pauvres et pauvres depuis
‘Matthew’
Janvier 2017
électrique, moto.
En utilisant des seuils fixes (post-Matthew en comparaison
avec les seuils pré-Matthew), l’analyse de pauvreté montre
que l’ouragan a eu un impact surtout sur les ménages
ayant un niveau de revenu moyen, qui ont basculé vers les
quartiles les plus pauvres (+5%) et pauvres (+3%).
Le niveau de richesse des ménages a été affecté de
façon importante surtout dans la Grand’Anse où presque
un ménage sur trois a vu se détériorer son niveau vers le
quartile ‘très pauvre’ après l’ouragan.
Dans les zones Sud HT07 et HT08, les ménages ayant un
revenu moyen ont été également affectés avec une forte
réduction d’environ 25%
au profit des quartiles
pauvres et les plus pauvres. Une tendance similaire est observée également dans la zone des
Nippes HT07.
La variation limitée dans le
Nord-Ouest HT01 - la
strate la plus exposée à
l’insécurité alimentaire –
pourrait s’expliquer par la
pauvreté structurelle qui a
limité les diminutions marginales de l’indice de
richesse.
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
L’ouragan a affecté principalement la richesse des ménages déplacés à revenu moyen, dont le nombre a diminué de
22%, ce qui a causé une hausse des ménages pauvres et très pauvres (+16% et +11% respectivement).
Dans les zones montagneuses de la Grand-Anse, on trouve les ménages qui ont été les plus affectés par l’ouragan
(-16% des ménages à revenu moyen et une augmentation de 23% des ménages les plus pauvres). On a observé le
même phénomène parmi les ménages à revenu moyen qui se trouvent dans les zones côtières du Sud HT01(-10%
avec une augmentation de 9% des ménages dans les quartiles les plus pauvres). Dans la ville de Jérémie, les
ménages les plus affectés sont les plus riches (-11%) ce qui correspond à une augmentation de 13% des ménages
pauvres).
Dans les zones côtières du Nord-Ouest, les ménages pauvres et très pauvres dont les principaux moyens
d’existence sont la production de charbon et de maïs ont atteint le niveau d’insécurité alimentaire le plus élevé
avant l’ouragan. La proportion n’a pas changé après Matthew (54%).
Les villes des Cayes et de Jérémie ont été les strates avec le plus faible niveau d'insécurité alimentaire parmi les
ménages pauvres et très pauvres (avant et après Matthew).
Dans la Grand-Anse HT08, les ménages dont la première source de revenu est la cueillette et la production de maïs
ont été les plus affectés par Matthew. Dans ces zones, le nombre de ménages en insécurité alimentaire et très
pauvres a augmenté de 18% après l'ouragan.
Impact sur les moyens d’existence
Les secteurs économiques les plus touchés ont
été le commerce (-19%), l’élevage (-6%) et
l'agriculture (-5%). Pourtant, ces secteurs
représentent encore plus que 50% du revenu
moyen des zones les plus affectées.
Suite à l’ouragan, les ménages ont dȗ compter
sur des sources moins durables et rentables
comme les dons ou la production de charbon
de bois (toutes augmentées de 6 %).
Janvier 2017
Environ 25% des ménages ont perdu une ou
deux sources de revenu.
En général, il n’y a pas de différences
importantes
entre
le
taux
d’insécurité
alimentaire des ménages dirigés par une
femme et ceux dirigés par un homme qui
dépendent des mêmes sources de revenus.
Seules exceptions, la pêche (35% d’insécurité
alimentaire auprès des ménages de pêcheurs
femmes contre 19 des pêcheurs hommes);
l’artisanat (40% contre 24%); et l’agriculture
vivrière (55% contre 49%).
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Les départements où Matthew a affecté le plus les activités productives ont été le Sud, où 28 % de la population a
perdu au moins une source de revenu, et la Grand-Anse. Environ 26 % ont subi une réduction du nombre moyen de
sources de revenu par ménage et seulement 5 % peuvent compter sur une source de revenu supplémentaire. De
plus, dans le Nord-ouest 20% de la population totale a perdu au moins une source de revenu et seulement 7% ont
été capables de trouver une source temporaire supplémentaire.
L'ouragan a affecté sévèrement les productions agricoles et réduit la production potentielle de la saison d'hiver 201617. En moyenne, la surface cultivée a diminué d’un tiers, avec des réductions plus significatives observées dans le
Sud, la Grand-Anse et dans les Nippes, qui sont parmi les zones les plus productives du pays.
Les semences en stock ont été utilisées pour la consommation comme mécanisme d’adaptation par des agriculteurs
des zones cultivées affectées. Les petits fermiers possédant des parcelles de moins de 0.5 hectares ont recouru plus
souvent à la consommation de stocks de semences. La surface moyenne de terre appartenant à ceux qui ont
consommé des semences est de 1.4 Ha contre 1.9 Ha parmi ceux qui n'en ont pas consommées. En conséquence,
une réduction marginale de 35 % de la terre cultivée a été observée chez les exploitants consommant des stocks de
semences contre moins de 32% parmi les autres.
En moyenne, une réduction
de 2/3 du stock animal –
calculé par les unités de
bétail Tropical (TLU) - a été
observée
depuis
que
l’ouragan s’est produit. Ceci
concorde avec les résultats
sur l’adoption élevée des
mécanismes d’adaptation,
notamment la vente des
derniers
animaux
reproductifs.
La réduction plus importante
a été observée dans la
Grand’Anse HT07 (2,1 UBT)
et dans le Sud HT08 (1,9
UBT).
Conclusions
Janvier 2017
Matthew a affecté significativement la sécurité
alimentaire et les moyens de subsistance des
populations couvertes par la présente enquête EFSA–
Phase1. Presque 2 ménages sur 5 sont en insécurité
alimentaire avec un tiers à risque de basculer dans
l’insécurité alimentaire sévère d’ici juin 2017 en cas de
soutien extérieur insuffisant. Autour de 25 % des
ménages ont perdu une source de revenu en raison de
l'impact direct de l'ouragan. Les activités les plus
affectées sont le commerce, les productions agricoles et
animales.
Les interventions humanitaires ont permis de réduire et
de limiter l'insécurité alimentaire dans les départements
de Grand-Anse, du Sud et de Nippes. Cependant, des
niveaux extrêmement élevés d'insécurité alimentaires
ont été observés dans le Nord-Ouest et, dans une
moindre mesure, dans les zones côtières de l’Artibonite
de l’Ile de la Gonâve où l'impact de Matthew et la
réponse humanitaire limitée ont amplifié l’insécurité
alimentaire structurelle préexistante.
Ainsi, 64% des ménages ont eu recours à des stratégies
d'adaptation négatives affectant leurs moyens de
subsistance entre novembre et décembre, y compris 29 %
qui ont adopté des stratégies d’adaptation de crise ou
d’urgence qui sont extrêmement difficiles à inverser.
Perspectives: L’ouragan a affecté sévèrement les
productions agricoles réduisant ainsi le potentiel
productif de la campagne d’hiver 2016/17. En moyenne, la surface cultivée a baissé de 33%. Par
conséquent, l'insécurité alimentaire est susceptible d'augmenter d’ici juin 2017 en l’absence d’un
soutien externe adéquat. Un début de la saison de
soudure anticipé par rapport à la normale (avril
2017) est projeté dans la grande majorité des
zones de production agricole et animale affectées
par l'ouragan.
Haïti—EFSA Post-Matthew - Phase 1
Recommandations
Lancer une assistance alimentaire d'urgence jusqu’à juin 2017 dans le Nord-Ouest HT01, La Gonâve et
Artibonite HT01 et continuer le soutien dans la région du Grand Sud ciblant les groupes les plus vulnérables selon les critères suivants :
Enfants sous-alimentés, enfants dans les écoles, femmes enceintes et allaitantes dans les zones les
plus affectées;
Ménages avec des membres handicapés ou ayant des maladies chroniques;
Ménages déplacés ou ménages qui hébergent des déplacés;
Ménages ayant un chef illettré ou n'ayant aucune éducation;
Les ménages engagés dans la production de bétail, donnant la priorité au Nord-Ouest HT01, Sud-Est
HT07, Nippes HT01 et Sud HT01;
Ménages comptant seulement sur des sources de revenu non-durables (dons, donations et assistance);
Ménages comptant sur l’agriculture et l’élevage, particulièrement dans Nord-Ouest HT01, Sud-Est
HT07, Grand-Anse HT08 et La Gonâve ;
Zones rurales.
Des transferts monétaires pourraient être mis en œuvre dans les zones ayant des marchés fonctionnels afin
de soutenir les besoins alimentaires aïgus des bénéficiaires, at d’appuyer en même temps les activités agricoles
et l’élevage pour les saisons productives futures aussi bien que le petit commerce et la pêche.
Distribution de semences et d’intrants agricoles dans les strates les plus affectées. Il sera particulièrement
important de distribuer des semences à cycle court de maïs, haricots dans les zones rurales et de réhabiliter les
cultures pluriannuelles fortement endommagées par Matthew.
Le ciblage géographique des activités de soutien aux agriculteurs devra suivre des critères donnant la
priorité aux zones avec plus de 50% d’exploitants en insécurité alimentaire (voir les strates mentionnées cidessus). Si nécessaire, la distribution de semences devrait cibler les petits cultivateurs (moins de 1.5 Ha, ou en
cas de contraintes financières importantes de moins de 0.5 Ha).
Support pour la recapitalisation des ménages les plus affectés par l’ouragan principalement dépendant du
petit commerce, de la pêche et du bétail.
Explorer l'opportunité d'intégrer les activités de distribution de la nourriture en nature ou cash dans le
cadre des activités proposées pour la réhabilitation des zones productives dans l’Évaluation des besoins postcatastrophe (PDNA) du Ministère de l'Agriculture. En particulier, en ce qui concerne les interventions de construction ou de réhabilitation de routes et des périmètres irrigués, la gestion de l’eau et des activités de consolidation des cultures pluriannuelles (café, cacao, noix de coco, mangue, avocat, agrumes etc.) qui ont été les
plus affectées par l'ouragan .
Il est important de synchroniser la chronologie d'interventions de court, moyen et long terme avec les saisons productives en 2017. En outre, il sera important d'éviter la compétition pour la main d’œuvre entre les activités de réhabilitation et des activités agricoles normales.
Des critères de ciblage affinés seront fournis dans le rapport EFSA final.
Contacts
Janvier 2017
Programme Alimentaire Mondial
(PAM), Bureau de pays-Haïti /Siège
wfp.haiti@wfp.org
ronald.tranbahuy@wfp.org
cedric.charpentier@wfp.org
sergio.regi@wfp.org
Coordination Nationale de la
Sécurité Alimentaire (CNSA), Haïti:
cnsa@cnsahaiti.org
hcazeau06@gmail.com
FAO Bureau de pays-Haïti:
nathanael.Hishamunda@fao.org
kokou.amouzou@fao.org
FEWSNET Bureau de pays-Haïti/
Siège:
gjuarez@fews.net
thoffine@fews.net
Janvier 2017
WFP/Lorene DIDIER
Haïti— Post-Matthew EFSA – Phase 1