(2007) Report of the Ad Hoc Advisory Group on Haiti of the Economic and Social Council (E/2007/78)
Summary — Third ECOSOC Ad Hoc Advisory Group report, based on an April 2007 mission, covering Haiti's macroeconomic gains and chronic social indicators, growth sectors, weak state institutions, and development planning and aid coordination.
Key Findings
- Haiti's macroeconomic turnaround was real but fragile: growth reached 2.5 percent in fiscal 2006, inflation fell from 38 percent in 2003 to 8.6 percent in February 2007, and the country reached the HIPC decision point while the IDB announced debt cancellation. Social indicators remained dire, with per capita GDP of 450 dollars, 78 percent of the population living on under 2 dollars a day, under-five mortality of 120 per 1,000 and 97 percent deforestation. The state apparatus was extremely thin, with about 46,000 civil servants (0.7 percent of the population) and roughly 80 percent of education and health services delivered privately, while remittances of 1.65 billion dollars in 2006 were more than three times state spending. The Group identified tourism, agriculture and textiles as growth engines and pressed for civil service reform, justice reform and better-coordinated, nationally aligned aid.
Full Description
This third report of the Ad Hoc Advisory Group on Haiti presents conclusions from its mission to Haiti of 18 to 21 April 2007, including the first diplomatic visit to Cité Soleil after security operations and field visits to Ouanaminthe on the Dominican border. It contrasts encouraging macroeconomic results, growth of 2.5 percent in fiscal 2006, inflation cut from 38 percent in 2003 to 8.6 percent in February 2007, HIPC decision point and IDB debt cancellation, with chronically negative social indicators: per capita GDP of 450 dollars, 78 percent of the population below 2 dollars a day, the hemisphere's highest child and maternal mortality, and 97 percent deforestation. The report identifies tourism, agriculture including biofuels, and the textile and assembly industry as growth engines, analyzes the extreme weakness of public institutions, with only 46,000 civil servants, and its consequences for aid management, and reviews the transition from the Interim Cooperation Framework to the national growth and poverty reduction strategy. It concludes with recommendations to the Haitian authorities and international community on capacity building, aid alignment and coordination.
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Nations Unies E/2007/78
Conseil économique et social
Distr. générale
13 juin 2007
Français
Original : anglais
07-38167 (F) 280607 030707
*0738167*
Session de fond de 2007
Genève, 2-27 juillet 2007 Point 7 d) de l’ordre du jour provisoire*
Questions de coordination, questions relatives au programme et autres questions : programme à long terme d’aide à Haïti
Rapport du Groupe consultatif ad hoc
sur Haïti du Conseil économique et social
**
Résumé
Le présent rapport contient les conclusions du Groupe consultatif ad hoc sur
Haïti, fondées sur les rencontres qu’il a eues avec ses homologues haïtiens et
internationaux, et surtout sur la mission qu’il a effectuée en Haïti en avril 2007. Il
dépeint à grands traits la situation économique et sociale du pays, marquée par
certaines avancées positives et par plusieurs indicateurs chroniquement négatifs, et
commente en détail la nécessité d’un renforcement des capacités pour remédier aux
faiblesses des structures institutionnelles de la société haïtienne. Il analyse aussi les
questions essentielles touchant à la planification du développement et à la
coordination de l’aide à Haïti, une problématique globale d’une importance
primordiale pour un pays qui dépend fortement de l’assistance internationale. Sur ces
différents thèmes, le rapport conclut par des recommandations adressées aux
autorités haïtiennes et à la communauté internationale afin que les efforts de
développement dans le pays aient plus d’impact, compte tenu de la nécessité de lui
assurer un appui international cohérent et durable, dont le Conseil économique et
social a présenté les grandes lignes dans ses résolutions sur Haïti.
* E/2007/100 et Corr.1.
** Le présent rapport a tardé à être présenté pour que les informations recueillies lors de la mission
du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti, effectuée dans la seconde quinzaine d’avril 2007, puissent
y être consignées.
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Table des matières
Paragraphes Page
I. Introduction......................................................... 1–7 3
II.
Développement économique et social d’Haïti : situation et perspectives ........ 8–20 4
A.
Résultats macroéconomiques....................................... 9–11 4
B.
Persistance des indicateurs sociaux négatifs ........................... 12–15 5
C.
Perspectives de développement à long terme : les moteurs de la croissance. 16–20 7
III.
Nécessité de renforcer les capacités institutionnelles d’Haïti ................. 21–32 8
A.
Faiblesse des institutions publiques.................................. 22–27 9
B.
Conséquences pour la gestion et la fourniture de l’aide.................. 28–32 10
IV.
Mécanismes de planification du développement et coordination de l’aide....... 33–44 12
A.
Passage du Cadre de coopération intérimaire à la Stratégie nationale
pour la croissance et pour la réduction de la pauvreté
................... 34–37 12
B.
Cohérence et coordination du soutien international..................... 38–44 14
V.
Recommandations.................................................... 45–65 16
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I. Introduction
1. Le présent rapport est le troisième présenté par le Conseil économique et
social depuis que le Groupe consultatif ad hoc sur Haïti a été réactivé en 2004. À
l’époque, suite à une demande présentée par le Gouvernement haïtien, le Conseil a
décidé, dans sa résolution 2004/52, de réactiver le Groupe, créé en 1999 pour aider à
coordonner la mise en œuvre d’un programme d’assistance à long terme à ce pays.
En vertu de la décision 2004/322 du Conseil, le Groupe est composé des
Représentants permanents du Bénin, du Brésil, du Canada, du Chili, de l’Espagne,
d’Haïti et de Trinidad-et-Tobago auprès des Nations Unies. La Présidente du
Conseil économique et social et le Représentant spécial du Secrétaire général en
Haïti ont également été invités à participer aux réunions du Groupe. À sa première
réunion, le 23 novembre 2004, le Groupe a désigné comme Président le
Représentant permanent du Canada auprès des Nations Unies.
2. Dans sa résolution 2006/10, le Conseil a décidé de proroger le mandat du
Groupe jusqu’à sa session de fond de 2007 afin de suivre la situation de près et de
formuler des conseils concernant la stratégie de développement à long terme d’Haïti
en vue de contribuer au relèvement et à la stabilité sur les plans social et
économique, en accordant une attention particulière à la nécessité d’assurer un appui
international cohérent et durable à Haïti, compte tenu des priorités de
développement national à long terme, en faisant fond sur le Cadre de coopération
intérimaire et sur la prochaine stratégie de réduction de la pauvreté et en insistant
sur la nécessité d’éviter les chevauchements et les doubles emplois avec les
mécanismes existants. Dans la même résolution, le Conseil a prié le Groupe de lui
présenter un rapport sur ses travaux, accompagné de recommandations, s’il l’estime
nécessaire, à sa session de fond de 2007.
3. Il est rappelé que, dans son rapport au Conseil à sa session de fond de 2005
(E/2005/66), le Groupe a fait le point des objectifs du Millénaire pour le
développement en Haïti et du soutien international dont le pays bénéficie à l’heure
actuelle. Il a également défini les domaines prioritaires d’action et leurs incidences à
long terme sur le développement. Cette analyse est fondée sur une série de
rencontres que le Groupe a eues avec les principaux partenaires de développement
d’Haïti et sur une mission qu’il a effectuée en Haïti en même temps que la mission
du Conseil de sécurité, en avril 2005. En 2006, le rapport du Conseil (E/2006/69) a
fait le point du développement économique et social dans le pays et indiqué les
principaux défis que devait relever le nouveau Gouvernement, fraîchement issu des
urnes.
4. Il convient de lire le présent rapport conjointement avec les deux documents
précités. En effet, depuis lors, le Groupe a évalué les suites données à ses
précédentes recommandations sur les principales priorités de développement et sur
le partenariat qu’il convient de renforcer entre les autorités haïtiennes nouvellement
élues et les partenaires de développement. Ces questions étaient au centre de la
mission que le Groupe a effectuée en Haïti du 18 au 21 avril 2007, au cours de
laquelle il a rencontré une série d’homologues haïtiens et internationaux, et de la
rencontre qu’il avait eue auparavant à New York avec M. Jean-Max Bellerive,
Ministre de la planification et de la coopération extérieure d’Haïti. Le Groupe a saisi
cette occasion pour exprimer sa gratitude au Ministère des affaires économiques et
sociales, à la Mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti (MINUSTAH)
et à l’équipe de pays des Nations Unies pour avoir organisé sa mission en Haïti et
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facilité ses rencontres avec des fonctionnaires, des représentants de la société civile,
le corps diplomatique et la communauté des donateurs, aussi bien à Port-au-Prince
qu’à l’extérieur de la capitale.
5. À son retour à New York, le Groupe a présenté un compte rendu oral de
mission à Rebecca Grynspan, Administratrice associée et Directrice du Bureau
régional de l’Amérique latine et des Caraïbes (BRALC) du PNUD, et à M. David
Harland, Directeur de la Section des pratiques optimales de maintien de la paix,
Département des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, que le Groupe
tient également à remercier.
6. Le programme riche et chargé du Groupe pendant sa visite en Haïti est joint en
tant qu’annexe I de manière à donner une description détaillée de l’interaction du
Groupe avec les acteurs concernés. On notera qu’au cours de sa visite, le Groupe a
rencontré une délégation du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard
des femmes qui se trouvait dans le pays pour y évaluer et planifier le soutien à
apporter pour l’élaboration d’un rapport de Haïti sur la mise en œuvre de la
Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des
femmes. Cette rencontre, au cours de laquelle le Groupe a recueilli de précieuses
informations concernant la situation des femmes en Haïti, a permis d’assurer la
cohérence institutionnelle aussi bien dans les travaux des Nations Unies que dans les
messages envoyés aux acteurs locaux, une pratique qui devrait, dans la mesure du
possible, se généraliser au sein de l’Organisation.
7. Le présent rapport, qui s’appuie sur les activités déployées par le Groupe au
cours des trois dernières années, est fondé essentiellement sur les conclusions qu’il
a tirées de sa visite d’avril 2007 en Haïti. Loin de prétendre traiter de manière
exhaustive la problématique du développement d’Haïti, il porte principalement sur
plusieurs défis qu’il estime essentiels pour faire progresser, en garantissant leur
qualité, les relations du pays avec ses partenaires de développement internationaux.
II. Développement économique et social d’Haïti :
situation actuelle et perspectives
8. La situation économique et sociale à Haïti reste une source de préoccupations
pour le Groupe. Le recul de divers indicateurs de base tels que le PNB par habitant
et le taux de mortalité maternelle montre que des problèmes structurels persistent
qui entravent le développement du pays. Néanmoins, on notera aussi que certains
progrès ont été accomplis depuis 2004, et le Groupe est d’avis que les perspectives
de développement à long terme dépendent des investissements dans les secteur clefs
et que ces investissements seront le moteur de la croissance et permettront de
traduire en avantages concrets pour la population la vision que le Gouvernement a
du développement national.
A. Résultats macroéconomiques
9. Haïti est sorti d’une période de croissance réelle négative de son produit
intérieur brut (PIB), également marquée par une forte inflation et un important
déficit des finances publiques. Le Groupe a constaté avec satisfaction les progrès
accomplis de manière soutenue dans ce domaine depuis la constitution, en 2004, du
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Gouvernement de transition, qui se sont traduits par un gain de croissance, à savoir
2,5 % pour l’exercice budgétaire 2006, et une baisse du taux d’inflation, ramené de
38 % en 2003 à 8,6 % en février 2007. Le déficit global du Gouvernement central a
également été considérablement réduit et devrait s’établir, en moyenne, à 2 % du
PNB. Ces chiffres positifs sont l’aboutissement d’importants efforts de réforme dans
le domaine de la gouvernance économique : amélioration des procédures
budgétaires et des pratiques d’attribution des marchés publics, création de
mécanismes anticorruption au sein des ministères, transparence accrue et gains
d’efficience dans la gestion des entreprises publiques. Ils témoignent de la capacité
des autorités politiques et de la fonction publique d’établir et de poursuivre une
politique économique saine de nature à améliorer la stabilité macroéconomique,
condition indispensable à de nouveaux progrès en matière de développement.
10. Haïti a commencé à recueillir les fruits de ses efforts, reconnus par la plupart
des donateurs à la Conférence internationale pour le développement économique et
social d’Haïti, organisée à Madrid en novembre 2006. En même temps, la Banque
mondiale et le Fonds monétaire international ont conclu qu’Haïti remplissait les
conditions pour bénéficier d’un allégement multilatéral de la dette dans le cadre de
l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) du fait que ce pays a
atteint le seuil de décision requis par ladite initiative pour bénéficier d’un
allégement provisoire de sa dette par certains créanciers, ce seuil de décision
ouvrant en outre la voie à un allégement total moyennant la mise en œuvre d’une
nouvelle série de réformes. En mars 2007, la Banque interaméricaine de
développement qui, avec un tiers de la dette extérieure d’Haïti, est le principal
créancier de ce pays, a annoncé l’annulation de sa dette, consistant en un allégement
à court terme et en la possibilité d’une annulation totale à moyen terme.
11. Cette situation ne doit toutefois pas occulter le fait qu’Haïti dispose de
structures de gouvernance économiques réduites, alimentant un budget lui aussi très
limité, que la Banque mondiale compare au budget de fonctionnement d’une
université européenne de taille moyenne. Le fait que le Gouvernement ait décaissé
moins d’argent qu’il n’aurait pu le faire l’an passé fait pointer le risque que
l’obligation de rigueur budgétaire et un manque éventuel de flexibilité dans la
gestion des finances de l’État, couplés à la faiblesse des structures administratives,
ne compliquent sérieusement l’action publique. Il convient également de prendre
garde à ce que l’action régulatrice de l’État ne soit davantage marginalisée dans une
économie où le dollar a déjà de plus en plus cours, et où les envois de fonds des
émigrants haïtiens ont atteint, d’après un rapport de la Banque interaméricaine de
développement, 1 milliard 650 millions de dollars en 2006, soit plus de trois fois les
dépenses de l’État haïtien au cours de la même année.
B. Persistance des indicateurs sociaux négatifs
12. Les indicateurs sociaux d’Haïti sont chroniquement faibles ou en baisse. Un
secteur particulièrement préoccupant est celui de la santé. On estime que seule la
moitié de la population a accès aux services de santé. Dans l’hémisphère occidental,
c’est Haïti qui a le taux le plus élevé de mortalité chez les moins de 5 ans (120 pour
1 000 en 2005) et de la mortalité maternelle (523 pour 1 000 en 1999/2000).
L’espérance de vie est de 52 ans en moyenne, à savoir 53 pour les femmes et 51
pour les hommes. On voit bien que la différence entre les hommes et des femmes
tend à se niveler vers le bas, ce qui témoigne d’une vulnérabilité accrue des femmes.
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Au cours des discussions que le Groupe a menées avec la délégation du Comité pour
l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, une préoccupation a été
exprimée au sujet de la suspension par le Ministère de la santé de la formation de
sages-femmes (matrones), qui a entraîné une diminution des soins aux femmes
enceintes, en particulier dans les zones rurales où il n’existe pas de clinique
prénatale.
13. La pauvreté reste endémique. Le PIB par habitant est de 450 dollars; 78 % de
la population vivent au-dessous du seuil de pauvreté de 2 dollars par jour, et 54 %
vivent dans des conditions d’extrême pauvreté (moins de 1 dollar par jour). Comme
le Groupe l’avait déjà indiqué dans ses rapports, Haïti n’est pas en mesure
d’atteindre un seul des objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015,
pas même l’objectif n
o
1 consistant à éradiquer l’extrême pauvreté et la faim.
L’engrenage de la pauvreté, décrit par le Groupe en 2005, est toujours présent (voir
E/2005/66, par. 18) et les inégalités crasses persistent. Par suite d’un exode rural
incessant, 40 % de la population vit désormais dans les villes. En 2006, Haïti a
perdu une place par rapport à l’année précédente dans le classement de l’indicateur
de développement humain établi par le PNUD; il occupe la 154
e
place sur 177 pays.
14. Au cours de sa visite de 2007, le Groupe a pu mesurer l’ampleur de la pauvreté
urbaine et rurale, en particulier dans le district de Cité Soleil, à Port-au-Prince, et
dans la ville de Ouanaminthe, située dans le département du Nord-Est, une région
essentiellement rurale à la frontière avec la République dominicaine. Le Groupe a
été la première mission diplomatique à se rendre à Cité Soleil, un complexe urbain
non réglementé de plus de 250 000 habitants vivant dans l’extrême pauvreté, après
que la Police nationale haïtienne et la MINUSTAH eurent repris le contrôle de cette
région dont la communauté avait vécu pendant des années sous la coupe de chefs de
bande. Le Programme de désarmement, démobilisation et réinsertion mis en place
par le Gouvernement haïtien, la MINUSTAH et le PNUD a également commencé à
porter ses fruits. Les perspectives d’une amélioration des conditions de vie dans
cette région sont réelles, grâce à la restauration de la stabilité et à la possibilité pour
les organisations internationales de reprendre leurs programmes d’assistance. À
Ouanaminthe, le Groupe a visité le marché binational dominicano-haïtien où, deux
fois par semaine, les Haïtiens importent des produits agricoles et autres pour les
vendre au détail. Cette visite a révélé au Groupe un autre aspect de la faiblesse de
l’économie rurale haïtienne, à savoir que l’ensemble du département du Nord-Est
est de plus en plus tributaire de l’économie dominicaine, ce qui représente une
menace pour la production alimentaire locale. En outre, le pont entre Ouanaminthe
et Dajabón, par lequel transitent la plupart des échanges commerciaux, nécessite de
toute urgence des travaux de réparation et de consolidation. Le 8 mai 2007, après la
visite du Groupe, ce pont a été de nouveau endommagé par une tornade, et il a fallu
le fermer.
15. Outre les difficultés déjà identifiées par le Groupe, certaines tendances
socioéconomiques en Haïti auront des conséquences à long terme sur la capacité du
pays à sortir de cette situation de pauvreté omniprésente, en particulier :
a) L’incessante croissance démographique d’Haïti, dont la population
devrait atteindre 12 millions d’habitants d’ici à 2030 (8,5 millions aujourd’hui),
avec un taux d’urbanisation élevé;
b) Les conditions de vie des enfants et des jeunes : 50 % de la population a
moins de 20 ans, selon le recensement national de 2006; le pourcentage d’enfants
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ayant terminé l’école primaire a diminué pour s’établir à 35,5 % en 2002, et le taux
de chômage des jeunes est, avec 47 %, le plus fort de la région de l’Amérique latine
et des Caraïbes;
c) La féminisation de la pauvreté, caractérisée par le chômage des femmes
et leur participation à des activités précaires dans le secteur informel, et par les
incidences négatives de cette situation sur les perspectives de développement des
ménages, souvent dirigés par des femmes;
d) L’augmentation de la violence et du crime organisé;
e) La dégradation continuelle de l’environnement, avec un taux de
déforestation de 97 % et une vulnérabilité accrue aux catastrophes naturelles.
C. Perspectives de développement à long terme :
les moteurs de la croissance
16. Compte tenu de l’amélioration des résultats macroéconomiques et des
faiblesses des structures socioéconomiques, il est de la plus haute importance de
définir les secteurs aptes à relancer la croissance économique, à créer des emplois et
à permettre à la population haïtienne de tirer profit de la stabilité politique. À la
suite des discussions menées avec divers acteurs, le Groupe a identifié trois secteurs
présentant un potentiel tel que le Gouvernement est disposé à les promouvoir : le
tourisme, l’agriculture, y compris les biocombustibles, et l’industrie textile et
d’assemblage.
17. La situation géographique d’Haïti en fait une destination naturelle pour le
tourisme de masse, un secteur qui a décliné au fil des années du fait des troubles
politiques qui se sont succédé et de la dégradation des infrastructures de tourisme
qui en a résulté. Le Ministre du tourisme a souligné au cours de son entretien avec le
Groupe que la stratégie du pays dans le secteur du tourisme devait consister à
promouvoir non pas Haïti en tant que tel, qui souffre encore d’une réputation
d’instabilité, mais des lieux ou sites touristiques que les grands opérateurs peuvent
vendre pour leur attrait historique ou naturel, en extension le plus souvent des
séjours en République dominicaine ou en Jamaïque ou dans le cadre de croisières à
escales multiples dans les Caraïbes. Une liste de produits touristiques « bancables »
est en cours d’élaboration. Les retombées des investissements dans ce secteur sont
multiples : infrastructures de transport, bâtiments (le pays ne compte actuellement
que 800 chambres de standing international), agriculture (achat de produits locaux
pour nourrir les touristes), aménagement et gestion de l’environnement, valorisation
du patrimoine, etc. Le tourisme présente aussi l’avantage d’être rapidement créateur
d’emplois.
18. Haïti étant un pays majoritairement agricole, la valorisation de ce secteur est
une étape obligée de son développement. Comme on l’a vu plus haut dans le
document, le Groupe a pu constater la vulnérabilité du monde rural haïtien à
Ouanaminthe, où l’agriculture haïtienne est vivement concurrencée par la
production dominicaine, à l’évidence plus compétitive. Dans ce contexte, et comme
l’a dit le Premier Ministre Alexis, un ensemble de mesures doit être mis en œuvre
pour la modernisation et la transformation d’une agriculture essentiellement de
subsistance en une agriculture d’entreprenariat, dans une approche de
développement rural intégré. Cette problématique, déjà ancienne, se double
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aujourd’hui de la question du potentiel haïtien dans le domaine des biocarburants.
Le Ministre des affaires étrangères a fait état des liens actuellement tissés avec
plusieurs pays de la région pour intégrer Haïti au processus de production de ces
énergies alternatives au pétrole.
19. Dans le secteur de l’industrie, il existe en Haïti un potentiel de développement
lié à la faiblesse des coûts de main-d’œuvre et potentiellement générateur d’un
grand nombre d’emplois. Le Groupe en a été témoin lors de sa visite de la zone
franche de Ouanaminthe, dans le département du Nord-Est du pays, où sur un terrain
loué par l’État haïtien, une compagnie de développement industriel spécialisée dans
le textile exploite deux unités de transformation de production de pantalons (jeans)
et de T-shirts. Près de 2 000 employés, très majoritairement haïtiens, travaillent sur
ce site, encadrés par un personnel dominicain; l’installation de nouvelles unités de
production est en projet. Si les conditions de travail et la rémunération des ouvriers
méritent un suivi attentif par des structures extérieures à cette compagnie, la
croissance de ce type d’activités est souhaitable car elle constitue la première
alternative d’une certaine ampleur à l’activité agricole dans la région, offrant un
salaire limité mais régulier aux employés, hommes et femmes. Il faut souhaiter que
la décision prise en décembre 2006 par le Congrès des États-Unis d’Amérique
d’assurer un traitement préférentiel aux produits haïtiens dans certains secteurs au
titre de la loi sur les opportunités hémisphériques de Haïti par l’encouragement au
partenariat (loi HOPE), permette la multiplication de ces dispositifs dans le pays.
20. Dans une étude qu’il a réalisée pour le compte de la Commission économique
pour l’Amérique latine et les Caraïbes (LC/MEX/L.683), M. Gert Rosenthal, ancien
Président du Conseil économique et social, a souligné que des opportunités du
même ordre devraient être exploitées dans les domaines de l’électronique, des jouets
et des centres d’appel à destination des pays francophones. Il a également souligné
l’apport de la formalisation des avoirs et titres de propriété dans un secteur
jusqu’alors informel, afin d’accroître la productivité des nombreuses
microentreprises existant dans le pays. Ces éléments, tout comme d’autres, doivent
continuer à être pris en compte dans cette réflexion fondamentale pour le devenir du
tissu économique haïtien et, au-delà, pour la capacité du pays à trouver sa place
dans l’ensemble économique régional et dans l’économie mondiale, un objectif dont
dépend également le renforcement de la capacité institutionnelle du pays à mener à
bien des actions d’envergure dans les domaines examinés.
III. Nécessité de renforcer les capacités institutionnelles
d’Haïti
21. Au cours de sa récente visite, le Groupe a constaté la faiblesse de l’appareil
d’État haïtien, qui explique certains problèmes chroniques du pays et qui pèse
notablement sur la capacité de l’aide au développement de contribuer à leur
solution. Le Groupe a effectué sa visite dans un contexte marqué par l’amélioration
de la situation sur le plan de la sécurité, qui met en évidence et renforce la capacité
des institutions responsables de l’application des lois, avec le soutien international,
de s’acquitter de leurs tâches.
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A. Faiblesse des institutions publiques
22. Le secteur public haïtien a cette particularité de ne compter qu’un nombre
modeste d’agents de la fonction publique, de surcroît concentrés dans la capitale,
Port-au-Prince. D’après la Banque mondiale, en 2004, l’administration publique
employait 46 000 personnes (dont 41 % de femmes), soit 0,7 % de la population. Par
comparaison, le chiffre correspondant est de 2 % en Afrique et de 7,7 % dans les
pays développés à économie de marché. Dans ce contexte, la capacité des ministères
et des administrations centrales à initier, mettre en œuvre et encadrer une politique
publique est très limitée. De ce fait, d’autres acteurs ont pris l’initiative d’occuper
ce créneau délaissé par l’État. Près de 80 % des services d’éducation et de santé sont
assurés par des institutions privées. Le manque de commis intermédiaires (personnel
de soutien à l’administration) est un obstacle à l’opérationnalisation des activités
des ministères, comme d’ailleurs l’insuffisance des ressources allouées aux
délégations départementales, qui sont notoirement en sous-effectif et sous-équipées
pour atteindre les objectifs de l’État dans les provinces. Ce problème est devenu
particulièrement aigu dans les municipalités, appelées à jouer un rôle important pour
aider à traduire dans la pratique les décisions des assemblées locales nouvellement
élues.
23. Le Président et le Gouvernement, avec le soutien du PNUD et d’autres acteurs
internationaux, ont créé des mécanismes pour lancer une réforme de la fonction
publique, améliorer la gestion des ressources humaines dans le secteur public et
harmoniser les méthodes de travail entre les ministères. Ce processus de réforme,
qui a également une composante décentralisation, a été ralenti par le long processus
électoral qu’a connu Haïti. Cependant, le Groupe souscrit au point de vue exprimé
par plusieurs interlocuteurs, à savoir que la dynamique politique induite par le
succès de ce processus électoral ouvre un champ de possibilités pour engager un
processus de réforme. Le coût de cette réforme a été estimé à 14 millions de dollars
des États-Unis, un montant que les partenaires du développement devraient être
encouragés à financer en partie.
24. Parmi les institutions publiques, celles qui sont chargées de l’application de la
loi tout en faisant respecter le principe de la primauté du droit méritent une attention
particulière. Ainsi qu’il était indiqué avec force détails dans la documentation
soumise au Conseil de sécurité (voir notamment le document S/2006/1003), la
MINUSTAH apporte un soutien vital à la Police nationale haïtienne, qui ne compte
aujourd’hui que 6 000 agents. Les forces de police, le corps judiciaire et les
établissements pénitentiaires sont très modestes par rapport à la population totale
(8,5 millions d’habitants) et au territoire à couvrir. De même, les agents du fisc et de
douane sont peu nombreux et vulnérables aux pressions et aux agressions dans
l’exercice de leurs fonctions. D’où la nécessité d’adapter le mandat et l’objectif de
la présence internationale dans le pays de manière à garantir soutien et protection
aux agents de la fonction publique qui assument des tâches indispensables à la
pérennité des institutions publiques et à l’exercice d’activités telles que la collecte
d’impôts.
25. Le renforcement des institutions responsables de l’application des lois doit
aller de pair avec une amélioration du système de justice qui n’a pas bénéficié du
même niveau de soutien que les services de la police de la part de la communauté
internationale. Le Gouvernement et ses partenaires de développement reconnaissent
aujourd’hui qu’il importe au plus haut point d’engager une réforme du système
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judiciaire et de s’attaquer à des problèmes connexes tels que la détention provisoire
prolongée, les capacités insuffisantes de l’administration pénitentiaire et
l’indépendance du corps judiciaire, comme condition préalable pour garantir la
crédibilité et l’autorité des magistrats au sein de la population. Le Ministère de la
justice a élaboré des textes législatifs sur le Conseil supérieur de la magistrature,
l’École de la magistrature et les garanties statutaires des magistrats, qui méritent un
examen dans les meilleurs délais si l’on veut conférer une dimension concrète à la
réforme judiciaire. Il conviendra de conclure cette dernière par un long processus de
consultation sur la réforme du Code civil et du Code pénal.
26. Le Parlement, qui a été dûment élu l’année dernière, doit jouer un rôle
déterminant dans le processus de réforme institutionnelle qui nécessite une
législation nouvelle. Cependant, de nombreux interlocuteurs ont souligné le fait que
les parlementaires ne sont pas bien équipés pour mener cette tâche à bien, et insisté
sur la nécessité d’une formation et d’un renforcement des capacités, jugés
indispensables pour permettre aux Chambres d’accomplir le travail de fond dont un
Parlement doit normalement s’acquitter, notamment l’examen et l’évaluation des
mesures législatives que lui soumet le Gouvernement. Au moment de la visite du
Groupe, très peu de textes de loi avaient été adoptés par le Parlement. Pour illustrer
ces difficultés, il n’est que de citer les obstacles rencontrés pour engager des travaux
au niveau interministériel en vue de promouvoir la condition de la femme, y
compris pour préparer le rapport national sur la mise en œuvre de la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Haïti a
ratifié cet instrument en 1981, mais n’a jamais présenté de rapport sur son
application. Les efforts louables déployés par le Ministère à la condition féminine et
aux droits de la femme pour promouvoir ces questions méritent d’être suivis par un
réseau opérationnel de coordonnateurs pour les questions sexospécifiques au sein
des différents ministères, qui veilleraient à ce que la discrimination fondée sur le
sexe soit correctement traitée. Dans le même ordre d’idées, il importe que le
Parlement examine le projet de législation préparé par le Gouvernement sur des
questions clefs concernant la condition des femmes, y compris les lois sur la
reconnaissance des unions informelles (plaçage), la reconnaissance juridique de la
déclaration de naissance faite par le père ou la mère, et la protection sociale des
femmes et des filles travaillant comme domestiques. D’une manière générale, le
Gouvernement et le Parlement devraient considérer comme importante et traiter en
urgence la question de savoir si ce projet de loi est conforme à la Constitution
haïtienne de 1987 et aux instruments internationaux tels que la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.
27. Aussi le Groupe soutient-il l’idée que le Parlement doit recevoir un soutien
approprié de la part des partenaires de développement, notamment par le
renforcement d’une « unité parlementaire » au sein de la MINUSTAH.
B. Conséquences pour la gestio n et la fourniture de l’aide
28. Depuis 2004, les partenaires internationaux du développement sont revenus en
force en Haïti, conscients du fait que la stabilité politique et le développement sont
étroitement liés et que la situation du pays restera précaire aussi longtemps que les
préoccupations en matière de développement socioéconomique n’auront pas été
dûment prises en considération. La capacité des institutions publiques d’absorber
l’aide au développement est donc cruciale pour garantir l’impact de tous les efforts
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1107-38167
internationaux sur le front de la sécurité et sur celui du développement. C’est donc
une condition indispensable pour permettre à Haïti d’avancer de manière
indépendante sur une voie s’inscrivant dans le long terme.
29. Compte tenu de la capacité limitée d’absorption de l’État haïtien, il importe de
définir les mesures à prendre pour l’immédiat ainsi que pour les court, moyen et
long termes et de commencer par des objectifs faciles à atteindre. Il convient
d’organiser les activités en séquences appropriées pour adapter les programmes de
soutien à la capacité réelle d’absorption de ces institutions. Les projets à impact
rapide exécutés par la MINUSTAH sont un bon exemple de soutien immédiat,
bénéficiant souvent aux municipalités. Le fait de soutenir la réforme de la fonction
publique en améliorant et en uniformisant les procédures de recrutement, les cursus
de formation et la gestion des carrières et en consentant des investissements à court
et moyen terme dans le fonctionnement des ministères devrait améliorer la capacité
d’absorption des institutions. Il est important de renforcer le soutien et la formation
non seulement à l’intention de la Police nationale haïtienne mais aussi des
fonctionnaires responsables de l’application de la loi tels que les gardes-côtes et les
agents de douane dans l’optique de la lutte contre le trafic de drogue et le crime
organisé. C’est dans cet esprit que le concept d’une MINUSTAH évolutive, de plus
en plus axée sur le renforcement des capacités institutionnelles, a été présenté au
Groupe.
30. L’une des conséquences les plus visibles de la faiblesse des institutions
publiques est le grand nombre d’organisations non gouvernementales actives en
Haïti. Nombre d’entre elles bénéficient de donations privées tandis que d’autres
reçoivent, de la part de donateurs bilatéraux et multilatéraux, des moyens de
financement pour l’exécution de projets d’assistance. Le Groupe a été informé que
les ONG mettent en œuvre environ 70 % de l’aide au développement attribuée à
Haïti. Les donateurs et les organisations internationales ont expliqué qu’ils se
trouvaient devant un dilemme : d’une part, la pression pour obtenir un impact rapide
sur le développement et intervenir par l’intermédiaire d’ONG flexibles et
opérationnelles et, d’autre part, la nécessité de renforcer les capacités
institutionnelles de l’État haïtien et de lui donner les moyens d’assurer les services à
la population. Il en résulte une certaine compétition entre le Gouvernement et les
ONG pour obtenir des ressources. Le Gouvernement, tout en reconnaissant le rôle
joué par les ONG non haïtiennes, s’inquiète de ne pas avoir de vue globale
concernant leur nombre ainsi que la nature et la portée de leurs activités, et de ne
pas savoir si ces activités concordent avec les priorités sectorielles d’Haïti. L’équipe
de pays des Nations Unies a exprimé des préoccupations similaires devant la
nécessité de coordonner ses activités avec d’autres organismes dans ce domaine. Ces
préoccupations sont aggravées par le fait que certaines ONG ont un budget pour
Haïti plus important que celui de certaines entités des Nations Unies. La
communauté des donateurs pourrait aider le Gouvernement à coordonner les
informations sur les activités des ONG en Haïti.
31. Étant donné les fonctions limitées de redistribution de l’État, la diaspora
haïtienne joue un rôle important dans le maintien des moyens de subsistance de
nombreuses personnes. Ses envois de fonds servent plus à satisfaire les besoins
immédiats qu’à investir dans des projets de développement. Cependant, ils
pourraient servir à des activités économiques si les conditions étaient réunies pour
des investissements sécurisés. La diaspora haïtienne est également riche en
personnes talentueuses et compétentes. On estime que 80 % des Haïtiens ayant reçu
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une éducation supérieure vivent à l’étranger. Ceci explique que certains secteurs
manquent de personnel qualifié. Ainsi, le Groupe a été informé du nombre très
insuffisant de chirurgiens vétérinaires, ce qui entrave les efforts du Ministère de
l’agriculture et des organisations internationales actives dans le domaine de la santé
animale. Dans ce contexte, le Groupe s’est dit préoccupé par une décision prise par
le Parlement pendant sa visite, décision qui consistait à refuser un programme de
prêts par la Banque interaméricaine de développement destiné à financer le
recrutement d’experts de la diaspora haïtienne dans les ministères, comme moyen de
renforcer leurs capacités. On espère qu’un dialogue approfondi entre les institutions
haïtiennes et les partenaires de développement permettra de prendre des décisions
constructives et d’assurer la bonne exécution des programmes d’appui.
32. Il est essentiel de continuer à investir dans le renforcement des capacités des
institutions haïtiennes. Cela vaut pour les trois branches du pouvoir (exécutif,
législatif et judiciaire) et pour les divers échelons du Gouvernement (central,
déconcentré et décentralisé). La capacité d’autorégulation de la société haïtienne, si
grande soit-elle, ne peut permettre à Haïti de « décoller » de manière à susciter des
investissements et à s’engager sérieusement sur la voie de la réduction de la
pauvreté et du développement durable. La faiblesse des institutions publiques risque
d’induire une démobilisation des donateurs, dont Haïti a déjà fait l’expérience par le
passé. Compte tenu des progrès réalisés dans certains domaines, les partenaires de
développement devraient rester mobilisés et faire fond sur ces acquis afin
d’accroître leur soutien dans d’autres domaines. Pour ce faire, il convient
d’améliorer les outils nécessaires à un tel processus, à savoir les mécanismes de
planification et de coordination du développement.
IV. Mécanismes de planification du développement
et coordination de l’aide
33. Haïti se trouve à une étape critique dans ses relations avec ses partenaires de
développement. Le Cadre de coopération intérimaire, institué pour assurer la
cohérence et l’efficacité de l’aide fournie au Gouvernement de transition, a été
prorogé jusqu’en septembre 2007. De nouvelles initiatives ont été prises pour
apporter un appui concerté aux autorités démocratiquement élues afin d’optimiser
l’efficacité de l’aide apportée au pays.
A. Passage du Cadre de coopération intérimaire
à la Stratégie nationale pour la croissance
et pour la réduction de la pauvreté
34. Le Cadre de coopération intérimaire était un outil pour le court terme qui a
apporté une certaine coordination entre les institutions donatrices et les pays
donateurs à un moment où l’aide au développement augmentait très rapidement.
Cependant, comme le Ministère de la planification l’a expliqué au Groupe, le
Gouvernement haïtien s’est trouvé à l’étroit dans ce processus en partie parce qu’il
lui manquait une vision du développement du pays pendant cette période de
transition. Alors que certaines unités sectorielles mises en place dans les ministères
pour assurer un soutien cohérent dans des domaines spécifiques ont permis d’obtenir
des résultats satisfaisants, l’actuel Gouvernement n’a pas continué à jouer un rôle
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central dans la coordination du soutien international apporté par le biais du Cadre de
coopération intérimaire. Ceci explique que si on a une vue générale de qui fait quoi
et des enveloppes financières globales, en revanche on ne dispose pas de documents
renseignant de manière précise sur les activités déployées ou les projets soutenus
par les partenaires de développement, sans parler d’avoir un système de suivi des
décaissements. Les informations les plus récentes sur les décaissements effectués au
titre de projets du Cadre de coopération intérimaire, par bailleur et par domaine, en
date du 30 septembre 2006, sont jointes en tant qu’annexe II.
35. En septembre 2006, le Gouvernement a parachevé l’élaboration du Document
intérimaire de stratégie pour la réduction de la pauvreté. Cette stratégie vise des
actions pouvant être financées et mises en œuvre à court terme afin de s’articuler
avec le Cadre de coopération intérimaire et le Programme d’apaisement social
présenté par le Président Préval au début de son mandat, sans empiéter sur
l’application du document définitif. Elle identifie les axes prioritaires d’intervention
pour une croissance favorable aux pauvres (secteurs économiques, gouvernance,
services sociaux) et comprend une stratégie et un calendrier d’élaboration du
Document. Le Groupe note que ce travail a facilité l’obtention par Haïti des mesures
d’allégement partiel de la dette par les institutions financières et la reconnaissance
du fait que le « seuil de décision » au titre de l’Initiative en faveur des PPTE était
atteint.
36. Étape suivante de ce processus, en mars 2007, les autorités haïtiennes ont mis
en place la Commission chargée d’élaborer la Stratégie nationale pour la croissance
et pour la réduction de la pauvreté, qui constituera le document haïtien de stratégie
pour la réduction de la pauvreté. Le Groupe a rencontré à Port-au-Prince le
Directeur du Secrétariat technique de cette commission, composée de cinq ministres
(plan, économie, affaires sociales, jeunesse et sports, et condition féminine) et de
cinq représentants issus de la société civile (chambre de commerce, syndicats,
université, etc.). La Commission s’attachera à interagir avec les autorités
départementales et communales dans le diagnostic de la pauvreté qu’elle dressera, et
des tables de concertation mobilisant tous les acteurs compétents seront mises en
place, une démarche importante pour assurer le caractère participatif du processus.
Le Groupe a appris également que des axes stratégiques d’intervention seraient
dégagés en fonction des spécificités du pays, tels que la problématique frontalière,
la politique maritime, jusque-là pour ainsi dire inexistante en Haïti, ou la
vulnérabilité vis-à-vis des catastrophes naturelles.
37. Si la démarche semble complète et ambitieuse, le calendrier de préparation de
la Stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté est
particulièrement serré, puisque le processus est censé être terminé en juillet 2007.
Même si l’échéance est reportée à septembre, date à laquelle le Cadre de
coopération intérimaire doit prendre fin, la Commission aura très peu de temps pour
mener à bien cette tache exigeante tant sur le fond (ampleur du champ thématique à
couvrir) qu’au plan de la méthode, nécessairement ouverte et participative. Un
consensus politique national découlant d’un processus consultatif est en effet
essentiel afin d’assurer la fonctionnalité et la viabilité du Document de stratégie
pour la réduction de la pauvreté. En conséquence, il est peu probable que la
Stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté influence le Plan
d’investissement public pour 2007-2008, et on s’attend à un décalage entre la fin du
Cadre de coopération intérimaire et la finalisation du Document de stratégie pour la
réduction de la pauvreté. Le Groupe est d’avis que ce décalage prévisible ne devrait
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pas avoir pour conséquence une diminution du soutien apporté au Gouvernement,
qui compte dans une large mesure sur le soutien international pour ses activités
(70 %) et ses dépenses d’équipement (100 %).
B. Cohérence et coordinati on du soutien international
38. L’aide internationale au développement est indispensable au fonctionnement
de l’État haïtien; elle l’est aussi pour générer les dividendes de la paix qui aideront
le pays à se stabiliser. Ces derniers mois, d’importants bailleurs ont annoncé des
contributions substantielles à Haïti : les États-Unis ont indiqué qu’une enveloppe de
200 millions de dollars était disponible pour l’année budgétaire 2007; l’Union
européenne a accordé une aide de 233 millions d’euros pour la période 2007-2012;
et le Canada a annoncé qu’il verserait 520 millions de dollars canadiens pendant la
durée du mandat du Gouvernement haïtien récemment élu. Le Gouvernement
bénéficiera également d’un soutien accru des institutions financières internationales
lorsque la Stratégie nationale pour la croissance et pour la réduction de la pauvreté
sera finalisée. Dans un tel contexte, il importe en particulier de garantir l’efficacité
de l’aide.
39. Pour qu’un pays ait la haute main sur ses stratégies de développement, il
importe au plus haut point qu’il ait une vision claire de son développement à long
terme. Dans son premier rapport au Conseil (E/2005/66), le Groupe a indiqué que
l’absence d’une telle vision à Haïti a soulevé des questions fondamentales
concernant l’identité de la société et sa capacité à se projeter, questions auxquelles
seuls les Haïtiens sont capables d’apporter une réponse appropriée et pertinente. Le
Groupe se réjouit qu’une telle approche soit actuellement examinée en Haïti. Le
Président Préval a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité d’avoir une vision
pour les 25 prochaines années, tandis que l’unité de planification stratégique créée
au sein du Ministère de la planification et de la coopération extérieure est censée
formaliser les orientations à long terme. Cela étant, il importe de maintenir la
cohérence entre les divers niveaux de planification (court, moyen et long termes)
avec les liens qui les relient, de sorte que les travaux effectués à un échelon
complètent et/ou inspirent les tâches qui sont accomplies à un autre échelon.
40. Le système des Nations Unies est, tous organismes confondus, un acteur et un
donateur important en Haïti (pour avoir une idée des dépenses consenties par le
système des Nations Unies en Haïti, voir l’annexe II). Les fonds et programmes des
Nations Unies ont des responsabilités importantes dans le pays. Le Programme
alimentaire mondial apporte une aide alimentaire à 10 % de la population,
notamment par le biais d’un programme d’alimentation scolaire dont bénéficient
300 000 enfants, avec un budget total de 75,9 millions de dollars des États-Unis. Le
PNUD gère un budget de 37,4 millions de dollars des États-Unis, destiné à soutenir
les principaux domaines de gouvernance, le développement des institutions et les
efforts de réduction de la pauvreté. Alors que le Fonds des Nations Unies pour
l’enfance est très actif dans le domaine de la santé/nutrition, de l’éducation et de la
protection des enfants et qu’il joue un rôle de premier plan dans celui de la
vaccination, le Fonds des Nations Unies pour la population, quant à lui, consacre
une grande partie de ses activités à améliorer la situation des femmes et à assurer
leur participation au processus de développement. Plusieurs institutions spécialisées
ont un bureau dans le pays (FAO, OMS/PHO, UNESCO). La FAO y est
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1507-38167
particulièrement présente dans le domaine de l’agriculture et de la préservation des
écosystèmes, avec un budget de 26,9 millions de dollars des États-Unis.
41. Pour optimiser l’efficacité de leurs activités, les institutions des Nations Unies
et la MINUSTAH sont censées collaborer étroitement avec le coordonnateur
résident, qui est aussi le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général et exerce,
à cet égard, des fonctions utiles. Même si le cadre institutionnel pour une telle
coopération semble satisfaisant, cela reste une tâche difficile que de gérer les
organismes avec un budget, des pratiques administratives et une « culture » à part. Il
convient de saluer les efforts déployés conjointement par la MINUSTAH et le
PNUD dans les districts classés « zones rouges » de Port-au-Prince, et par la
MINUSTAH et le FNUAP sur la promotion de l’égalité des sexes et des droits des
femmes. Le Groupe considère également que Haïti est un pays où le concept « Une
seule ONU » devrait trouver son application une fois que la mission intégrée
touchera à sa fin.
42. Le Groupe a observé une multiplication d’initiatives parallèles et un problème
de compréhension du concept de division du travail et de répartition des domaines
d’intervention entre les donateurs. Plusieurs interlocuteurs de haut niveau ont insisté
sur le fait que ni l’État haïtien ni les donateurs eux-mêmes n’avaient trouvé le
moyen d’assurer une coordination efficace. Le Groupe estime nécessaire de réfléchir
à la manière d’utiliser au mieux la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide
dans le contexte haïtien. La Déclaration de Paris est fondée sur un constat, à savoir
que l’aide est plus efficace quand les politiques de développement des pays
bénéficiaires sont mises en œuvre sous une direction forte. Elle appelle en outre à
une solide prise en mains par ces pays. Il n’est certes pas facile de répondre à cet
appel dans le processus à court et à moyen terme engagé en Haïti, compte tenu des
faiblesses des institutions publiques, comme on l’a vu plus haut dans le présent
rapport, même si le Gouvernement est de plus en plus déterminé à jouer un rôle
moteur s’agissant d’identifier les actions prioritaires et de solliciter la communauté
internationale en conséquence.
43. Des activités spécifiques pourraient viser à appliquer les indicateurs de progrès
inscrits dans la Déclaration, dans le contexte des cibles fixées pour 2010. Ainsi, le
Groupe encourage le Gouvernement haïtien et les donateurs à évaluer conjointement
les progrès mutuels accomplis pour tenir les engagements sur l’efficacité de l’aide
en faisant le meilleur usage possible des mécanismes locaux. Le coordonnateur
résident des Nations Unies en Haïti pourrait apporter son concours à un tel exercice.
Les récentes initiatives visant à restructurer la coordination au sein de l’équipe de
pays des Nations Unies elle-même devraient doter cette équipe d’une capacité
d’analyse et de mise en œuvre améliorée grâce à une coordination plus étroite et à
une vision plus large du développement et des questions humanitaires. C’est
reconnaître que la règle du « train-train habituel » ne saurait prévaloir plus
longtemps en Haïti en ce qui concerne les Nations Unies ou la communauté
internationale au sens large.
44. Il est d’autant plus important, au vu de ce qui précède, d’accroître et de mieux
coordonner le soutien international dans le domaine du renforcement des capacités
institutionnelles. C’est pour cette raison qu’ont été prises récemment un certain
nombre d’initiatives visant à renforcer la coordination au sein de la communauté des
donateurs et à garantir la multiplication des analyses conjointes ainsi qu’un suivi
concerté et cohérent avec le Gouvernement. Deuxièmement, on s’applique aussi à
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intensifier le dialogue et à renforcer la coordination entre la communauté
internationale et le Gouvernement en instituant des consultations régulières entre les
responsables de la communauté internationale, d’une part, et le Président, le Premier
Ministre et le Ministre de la planification et de la coopération extérieure, d’autre
part. Il va sans dire que le Groupe nourrit de grands espoirs en ce qui concerne les
résultats des récentes initiatives.
V. Recommandations
45. Le Groupe se félicite de l’évolution de la situation, en particulier dans le
domaine de la sécurité, et engage vivement tous les acteurs nationaux à poursuivre
les réformes pour le développement à long terme du pays.
46. Le Groupe appelle également les acteurs internationaux à garder le cap et à
envisager d’accroître leur soutien à Haïti. Il se félicite de la diversification des
partenaires, y compris dans le cadre de la coopération Sud-Sud.
47. Il importe donc au plus haut point de maintenir Haïti au centre des
préoccupations de la communauté internationale, notamment en assurant une forte
présence des Nations Unies sur son territoire par l’intermédiaire de la MINUSTAH.
Le Groupe soutient fermement toute nouvelle prorogation de son mandat pour des
périodes plus longues afin d’assurer et de renforcer la stabilité et la sécurité en
Haïti.
48. Le Groupe attend avec intérêt de travailler avec le Gouvernement haïtien en
suivant à la lettre ses recommandations et en le conseillant sur le développement
dont il a besoin de toute urgence pour se stabiliser davantage. En particulier, le
Groupe souhaite faire les recommandations suivantes à l’intention des autorités
haïtiennes, du système des Nations Unies et des donateurs, qui visent à améliorer la
situation économique et sociale en Haïti et à renforcer l’impact de l’aide au
développement.
A. Planification du développem ent et coordination de l’aide
Recommandation I
49. Maintenant que le pays s’est doté d’un gouvernement dûment élu, le
Groupe félicite le Gouvernement haïtien pour ses travaux sur le Document de
stratégie pour la réduction de la pauvreté. Il insiste sur la nécessité de rédiger
un document haïtien de stratégie pour la réduction de la pauvreté, avec des
priorités bien définies pour l’immédiat et pour les court, moyen et long termes,
et d’organiser les activités et les indicateurs de résultats, qui devraient être
ventilés par sexe
.
Recommandation 2
50. Le Groupe estime essentiel que le Document de stratégie pour la réduction
de la pauvreté résulte d’un processus participatif comprenant des consultations
publiques avec un large éventail d’acteurs nationaux, notamment des
associations féminines, entrepreneurs, milieux scientifiques, syndicats, petits
exploitants agricoles et autres segments de la société civile, en particulier dans
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les régions en dehors de Port-au-Prince. Pour que le Document de stratégie
pour la réduction de la pauvreté puisse s’inscrire dans la durée, il doit refléter
un consensus politique et populaire en Haïti afin de mobiliser tous les acteurs
de la société et tous les acteurs internationaux participant à sa mise en œuvre.
En outre, un vaste processus consultatif contribuerait à renforcer le leadership
du Gouvernement haïtien et l’appropriation par la société haïtienne.
Recommandation 3
51. Le Groupe observe que les succès obtenus dans les districts classés « zones
rouges » sont dus à un changement significatif survenu dans l’exécution des
programmes du PNUD et d’autres donateurs. Il apprécie cette flexibilité
d’approche, un exemple dont pourraient s’inspirer d’autres donateurs et
d’autres institutions, fonds et programmes des Nations Unies pour repenser
l’exécution des programmes de manière à apporter une contribution réaliste au
développement d’Haïti. Il considère que, devant l’aggravation de la situation en
Haïti au cours des dernières décennies, les acteurs internationaux doivent
s’interroger en profondeur sur leur façon de procéder en Haïti s’ils veulent que
des progrès soient possibles
.
Recommandation 4
52. La Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide a créé un modèle
d’efficacité de l’aide et de partenariat propre à encourager des partenaires tels
que le Gouvernement haïtien et les donateurs à instituer des mécanismes de
responsabilisation mutuelle et de suivi des engagements pris. Dans le contexte
du Cadre de coopération intérimaire, les tables sectorielles ont servi de
mécanismes de responsabilisation. Le Groupe estime qu’il est urgent de mettre
en place un mécanisme permanent de consultation avec les organisations non
gouvernementales actives en Haïti
.
Recommandation 5
53. Le Groupe reconnaît qu’une telle coordination sera plus facile une fois
que le Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté sera finalisé, car
on en saura dès lors davantage sur les priorités haïtiennes. En attendant, les
donateurs et le Gouvernement haïtien doivent faire fond sur les travaux
accomplis dans le passé par le Cadre de coopération intérimaire, sur les neuf
grandes priorités définies par le Gouvernement haïtien à la Conférence
internationale pour le développement économique et social d’Haïti, tenue à
Port-au-Prince en juillet 2006, et sur le renforcement de la coordination et de la
gestion de l’aide extérieure, exposé par le Gouvernement à la conférence de
suivi de Madrid en novembre 2006
.
Recommandation 6
54. Le Groupe prend également note de la nécessité d’inclure de toute urgence
un mécanisme permettant de suivre les décaissements des contributions
annoncées. Il convient également de s’entendre sur un « vocabulaire commun »
applicable aux institutions des Nations Unies, aux donateurs, aux institutions de
Bretton Woods et au Gouvernement haïtien de manière à faciliter la
coopération internationale
.
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Recommandation 7
55. Même si le développement des capacités relève du Gouvernement haïtien
et que celui-ci devra les intégrer dans ses stratégies de développement national
et dans sa vision à long terme, le Groupe encourage les donateurs à aligner leur
soutien sur les objectifs et stratégies d’Haïti et à harmoniser leur appui au
développement des capacités. Le Groupe invite aussi les bailleurs à envisager
un transfert graduel des fonds qui sont actuellement versés à des ONG vers les
principaux ministères haïtiens à mesure que leurs capacités augmentent
.
B. Renforcement des capacités institutionnelles
Recommandation 8
56. Le Groupe salue la détermination avec laquelle les membres du
Gouvernement haïtien œuvrent pour la stabilisation, la démocratisation et le
développement du pays. Il souligne en outre la nécessité de développer plus
avant les institutions parlementaires en Haïti et de réaliser le consensus
nécessaire notamment sur les diverses réformes institutionnelles et sur la
Stratégie nationale contre la pauvreté et toutes ses mesures connexes
.
Recommandation 9
57. Le Groupe souligne la nécessité de réformer au plus vite le secteur
judiciaire et d’autres institutions garantes de l’État de droit de manière à avoir,
entre autres effets positifs, un environnement propice à la normalisation des
flux d’investissements privés. Une telle réforme est indispensable pour créer le
climat de confiance nécessaire à la croissance économique, à l’intégration
sociale et à l’équité. Le Groupe demande instamment aux autorités et aux
parlementaires haïtiens d’adopter une législation permettant de progresser sur
cette question. Il les engage également à veiller à ce que cette législation soit
conforme à la Constitution haïtienne de 1987 et aux instruments
internationaux, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes
de discrimination à l’égard des femmes
.
Recommandation 10
58. Par ailleurs, le Groupe insiste que, pour formaliser l’économie haïtienne,
il faut sérieusement s’attaquer à la corruption, qui fait obstacle au
renforcement des institutions publiques, et parce que c’est une condition
indispensable pour améliorer les services de base fournis à la population
.
Recommandation 11
59. Le Groupe appelle les Nations Unies et les donateurs à renforcer leur
soutien et à garantir la protection des agents de la fonction publique dont la
tâche est essentielle pour assurer la pérennité des institutions publiques et
d’activités telles que la collecte d’impôts par les administrations fiscale et
douanière
.
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C. Les leviers haïtiens et internationaux du développement
économique et social
Recommandation 12
60. Le Groupe a pu se rendre compte de la vitalité de l’économie informelle en
Haïti, de sorte qu’une croissance économique durable passe nécessairement par
une « formalisation » de l’économie. Le Groupe souligne que l’enregistrement
des Haïtiens à l’état civil est l’une des conditions nécessaires pour accomplir un
progrès notable dans ce processus de formalisation, estimant qu’ainsi les
Haïtiens seront mieux parés dans la perspective d’une économie fondée
notamment sur un emploi stable, des services sociaux et une épargne
consolidée
.
Recommandation 13
61. Le Groupe demande instamment aux autorités haïtiennes d’intégrer la
dimension sexospécifique dans toutes les politiques de développement
économique et social d’Haïti. Il félicite le Ministère à la condition féminine et
aux droits des femmes de son action et de son dévouement et souligne la
nécessité pour les autres ministères de tenir compte des aspects sexospécifiques
.
Recommandation 14
62. Du fait que ses activités s’inscrivent dans la durée, le Groupe recommande
que l’équipe de pays des Nations Unies prévoie un poste pour assurer la liaison
avec le conseiller de la MINUSTAH sur les questions sexospécifiques. Que ce
soit pour les questions de propriété foncière, les programmes de santé ou les
microcrédits, la prise en compte des aspects sexospécifiques permet d’améliorer
l’assistance apportée aux Haïtiens
.
Recommandation 15
63. Le Groupe insiste sur la contribution que la diaspora haïtienne pourrait
éventuellement apporter au développement d’Haïti et souligne la nécessité de
rechercher les moyens d’attirer des Haïtiens qualifiés vivant hors du pays. Il se
demande toutefois si ces propositions différeraient beaucoup de ce qui est
requis pour attirer les investisseurs privés en Haïti, quelle qu’en soit l’origine
.
Recommandation 16
64. Le Groupe souhaite mettre en exergue les succès déjà obtenus à Cité Soleil
et espère que ces bons résultats s’étendront à l’ensemble du territoire haïtien,
démontrant ainsi les effets de synergie entre la pacification par la restauration
de la puissance publique et la mise en œuvre simultanée de projets de
développement social de nature à consolider les organes locaux
.
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Recommandation 17
65. Le Groupe encourage le Gouvernement haïtien à poursuivre ses travaux
en vue de l’élaboration de stratégies commerciales dans les domaines du
tourisme, de l’agriculture et des industries d’assemblage, qui sont les moteurs
potentiels de la croissance. En même temps, le Groupe considère que ces
stratégies ainsi que les initiatives génératrices d’emplois devraient prendre en
considération les normes relatives au travail décent. À cet égard, le Groupe
propose de demander conseil à l’Organisation internationale du Travail sur la
situation en Haïti
.
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Annexe I
Programme de la mission du Groupe consultatif
ad hoc sur Haïti du Conseil économique et social,
18-21 avril 2007
Mercredi 18 avril 2007
12 h 45 Arrivée à l’aéroport Toussaint Louverture
13 heures Réunion de bienvenue avec Rénald Clérismé, Ministre des affaires
étrangères, et Jean-Max Bellerive, Ministre de la planification et de la
coopération extérieure – examen du programme
(Aéroport Toussaint Louverture)
Transfert à l’Hôtel Montana
14 h 30 Présentation du programme et léger dîner
(Hôtel Montana)
16 heures Réunion avec Jean-Max Bellerive, Ministre de la planification et de la
coopération extérieure; le Directeur général du Ministère des affaires
étrangères; N. Toussaint, Directeur aux affaires économiques, Ministère
des affaires étrangères; Paul Émile Simon, Rémi Montas et Gabriel
Vérette, membres du Service de la planification stratégique; Hérard
Jadotte, Directeur de la Commission sur l’élaboration de la stratégie
nationale pour la croissance et pour la réduction de la pauvreté; et
Randolph Gilbert, coordonnateur et chargé de liaison pour Haïti,
Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et
les Caraïbes
(Ministère des affaires étrangères)
18 h 30 Réunion avec Mulet, Représentant spécial du Secrétaire général; da
Costa, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général; et Boutroue,
Représentant spécial adjoint du Secrétaire général
(Siège de la MINUSTAH)
20 heures Dîner avec la mission chargée de l’application de la Convention sur
l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des
femmes, comprenant notamment Françoise Gaspard, Vice-Présidente du
Comité sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes,
Regina Tavares da Silva, membre du Comité, et Arlette Gautier,
professeur de sociologie
(Hôtel Montana)
Jeudi 19 avril 2007
7 h 45 Visite à Cité Soleil
[Réunions avec Wilson Louis, maire de Cité Soleil, et les conseillers
municipaux; Ralph Stanley Jean-Brice, Directeur départemental de la
Police nationale haïtienne; le colonel Magno Barosso, commandant du
bataillon brésilien; et avec des policiers et du personnel civil de la
MINUSTAH]
E/2007/78
07-3816722
11 h 30 Réunion avec René Garcia Préval, Président de la République; Jacques
Édouard Alexis, Premier Ministre; Daniel Magloire, Ministre de la
justice; Daniel Dorsainvil, Ministre de l’économie et des finances; Jean-
Max Bellerive, Ministre de la planification et de la coopération
extérieure; Gérald Germain, Ministre des affaires sociales; Patrick
Delatour, Ministre du tourisme; Maguy Durce, Ministre du commerce et
de l’industrie; Daniel Jean, Secrétaire d’État à la Justice, Joseph Luc
Eucher, Secrétaire d’État à la sécurité publique; et Gabriel Verett,
Conseiller économique du Président
(Palais national)
13 h 30 Réunion avec Daniel Magloire, Ministre de la justice, Jean-Max
Bellerive, Ministre de la planification et de la coopération extérieure, et
Patrick Delatour, Ministre du tourisme
(Palais national)
16 heures Réunion avec l’équipe de pays des Nations Unies [présidée par le
Représentant spécial adjoint du Secrétaire général/coordonnateur
résident; institutions représentées : PNUD, UNICEF, FNUAP, PAM,
FAO, OMS/PHO, UNESCO, CEPAL]
(Salle de conférence du PNUD)
19 heures Réception offerte par la MINUSTAH
(Résidence du Représentant spécial du Secrétaire général)
Vendredi 20 avril 2007
8 heures Visite à Ouanaminthe (march é binational dominicano-haïtien et pont
international entre les deux pays; zone de libre échange où deux usines
textiles fabriquent des vêtements pour des sociétés internationales et
emploient près de 1 900 Haïtiens; rencontre avec la maire de
Ouanaminthe]
16 heures Réunion avec des donateurs b ilatéraux et multilatéraux : Francesco
Gosetti, Commission européenne; Edgard Rosemond, économiste,
ONUSIDA; Rosa Beltrán, Coordonnateur général, Agence espagnole de
coopération internationale; Ronald Cardoso, Conseiller, ambassade du
Brésil; Zadalinda Gonzalez, Ambassadrice du Mexique; Enrique Gómez,
Chef de Chancellerie, ambassade du Mexique; Claudio di Gregorio,
Ministre, Chargé d’affaires, ambassade d’Argentine; Ugo Fabano,
représentant résident, Fonds monétaire international; Mathurin
Gbembouo, représentant résident, Banque mondiale; Anna Cecilia
McInnis, représentante résidente, Banque interaméricaine de
développement; Joël Boutroue, Représentant spécial adjoint du
Secrétaire général et coordonnateur résident
(Siège de la MINUSTAH)
18 h 30 Réception offerte par l’ambassade du Canada en Haïti
E/2007/78
2307-38167
Samedi 21 avril 2007
8 h 30 Petit déjeuner de travail sur l’évol ution de la situation politique et la
gouvernance, avec du personnel de la MINUSTAH et du PNUD
(Hôtel Montana)
10 heures Petit déjeuner de travail sur l’é volution de la situation politique et la
gouvernance, avec du personnel de la MINUSTAH et du PNUD
(Hôtel Montana)
11 h 30 Conférence de presse
(aéroport Toussaint Louverture)
13 h 30 Départ pour New York
E/2007/78
24 07-38167
Annexe II
Tableau des décaissements au 30 septembre 2006
Ministère de la planification et de la coopération externe
Appui à la mise en œuvre du Cadre de coopération intérimaire Rapport des décaissements des projets du Cadre de coopération intérimaire par axe et par bailleur au 30 septembre 2006
Axe Secteur Allemagne
Banque
mondialeBID Canada Espagne France
a
Japon
Nations
Unies –
Instructions
a
Union
européenne
États-Unis
d’Amérique
To t a l
Axe 1 1.1 Sécurité, police et
DDR
29 365 619 363 327 4 147 334 52 011 525
85 887 805
1.2 Justice, prisons et
droits humains
18 834 110 933 577 3 102 790 1 040 638 17 750 000
41 661 114
1.3 Processus électoral
et dialogue national
32 098 261 518 551 1 065 725 20 970 735 40 163 283 24 400 000
119 216 554
Total (axe 1)
80 297 990 518 551 1 296 904 1 065 725 28 220 859 41 203 921 94 161 525 246 765 474
Axe 2 2.1 Gouvernance
économique
62 600 000 50 096 000 3 101 082 219 553 – 1 416 398 440 000
117 873 033
2.2 Renforcement des
capacités
institutionnelles
– 103 908 418 103 721 243 286 2 657 930 1 788 465 22 136 330
130 838 150
2.3 Aménagement du
territoire
22 775 000 841 909 3 250 581 2 000 000
28 867 490
2.4 Développement
local
– 15 571 623 352 774 87 187 701 693 2 000 000
18 713 277
2.5 Décentralisation
15 600 2 000 000
2 015 600
Total (axe 2)
– 62 600 000 72 871 000 119 480 042 3 116 682 1 517 957 330 473 7 324 909 2 490 158 28 576 330 298 307 551
Axe 3 3.1 Stabilité
macroéconomique
– –
3.2 Électricité
– – 2 948 482 2 853 326 – 62 163 23 982 000
29 845 970
3.3 Création rapide
d’emplois et microfinance
3 039 000 1 000 000 12 312 176 2 100 000 1 148 187 611 750 74 935 117
95 146 230
E/2007/78
07-38167 25
Axe Secteur Allemagne
Banque
mondialeBID Canada Espagne France
a
Japon
Nations
Unies –
Instructions
a
Union
européenne
États-Unis
d’Amérique
To t a l
3.4 Développement du
secteur
privé/PME/PMI
161 075 – 345 281 4 200 000
4 706 356
3.5 Agriculture
14 910 000 95 652 1 238 317 3 169 771 436 364 900 000 33 964 014 14 002 521
68 716 640
3.6 Routes et transport
23 380 000 311 208 23 182 747 450 000
47 323 955
3.7 Protection et
réhabilitation de
l’environnement
518 400 2 889 000 451 000 1 252 174 640 500 76 299 1 587 021 2 580 000
9 994 394
3.8 Multisectoriel
6 025 000
6 025 000
Total (axe 3)
3 557 400 9 914 000 38 741 000 16 608 483 3 978 817 7 408 658 436 364 3 409 979 57 554 205 120 149 638 261 758 544
Axe 4 4.1 Aide humanitaire
d’urgence
7 697 636 2 882 200 611 231 20 350 000 12 846 618
44 387 685
4.10 Multisectoriel
855 000 8 177 000 7 812 765 242 219 –
17 086 984
4.2 Eau et
assainissement
8 278 000 945 000 7 341 814 798 041 4 214 103 500 000
22 076 958
4.3 Santé et nutrition
2 100 000 4 405 000 29 091 683 301 273 3 234 571 4 296 571 30 763 886 337 191 129 630 000
204 160 175
4.4 Éducation, jeunesse
et sports
1 407 540 8 435 000 17 802 453 671 644 3 529 932 751 015 22 763 840 18 586 083 9 075 100
83 022 608
4.5 Culture, médias et
communication
150 000 1 211 094 963 123 –
2 324 217
4.6 Sécurité alimentaire
– 5 454 544 6 058 588 63 154 280
74 667 412
4.7 Gestion des déchets
solides
180 000 97 952 – 4 800 000
5 077 952
4.8 Amélioration des
bidonvilles
5 596 000 100 000
5 696 000
4.9 Filets de sécurité et
protection sociale
3 768 596
3 768 596
Total (axe 4)
4 692 540 34 891 000 62 404 537 4 800 117 15 657 582 11 113 361 85 566 074 35 983 995 207 159 380 462 268 586
Axe 5 5.0 Autres
885 000
885 000
5.1 Apurement des
arriérés
11 947 070
11 947 070
5.2 Multisectoriel
24 341 030
24 341 030
E/2007/78
26 07-38167
Axe Secteur Allemagne
Banque
mondialeBID Canada Espagne France
a
Japon
Nations
Unies –
Instructions
a
Union
européenne
États-Unis
d’Amérique
To t a l
5.3 Infrastructures
économiques de
base
–
–
Assistance technique
1 360 000 – 7 000 000
8 360 000
Aide externe
9 600 000
9 600 000
Total (axe 5)
36 288 100 2 245 000 9 600 000 7 000 000 55 133 100
Total général
3 557 400 77 206 540 146 503 000 315 079 152 12 414 167 25 881 101 12 945 923 126 766 821 146 832 278 457 046 873 1 324 233 254