(FY2024) Rapport sur la situation financière du pays et sur l'efficacité des dépenses publiques (RSFPEDP XI), exercice 2023-2024
Resume — Le 11e rapport constitutionnel annuel de la CSCCA sur les finances publiques et l'efficacité des dépenses de l'exercice 2023-2024, dans un contexte de sixième année consécutive de récession et de faible exécution des dépenses d'investissement.
Constats Cles
- Le PIB a chuté de 4,2 % en 2023-2024, la baisse la plus forte en six années consécutives de récession, avec une inflation moyenne de 25,8 % et une insécurité alimentaire touchant plus de 5,4 millions de personnes.
- Les ressources réalisées de 205,9 milliards de gourdes n'ont pas atteint l'objectif du budget rectificatif de 254,8 milliards (taux de réalisation de 80,8 %), tandis que les dépenses ont atteint 199,6 milliards de gourdes (78,3 %), générant un surplus de 6,4 milliards de gourdes que la Cour attribue à la sous-exécution des investissements et non à une amélioration des finances publiques.
- La dette publique a chuté de 32,5 % à 417,2 milliards de gourdes (73,4 % du PIB), presque entièrement en raison de l'annulation ponctuelle de la dette bilatérale PetroCaribe envers PDVSA, tandis que le service de la dette a augmenté de 2,1 % pour atteindre 184,5 milliards de gourdes, soit 32,5 % du PIB.
- La BRH détient 70,3 % de la dette publique totale, un risque de concentration pour l'indépendance de la politique monétaire, malgré une deuxième année consécutive de financement monétaire direct nul.
- Les dépenses d'investissement (programmes et projets) n'ont été exécutées qu'à 43,3 % du budget (38,6 milliards sur 89,0 milliards de gourdes prévus), confirmant des contraintes de capacité persistantes, en particulier hors de la région métropolitaine touchée par l'insécurité.
Description Complete
Ce rapport, soumis par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) en vertu de l'article 204 de la Constitution, analyse la situation financière du pays et l'efficacité des dépenses publiques pour l'exercice fiscal 2023-2024 (octobre 2023 à septembre 2024). Le PIB haïtien a chuté de 4,2 %, la baisse la plus marquée en six années consécutives de récession, sous l'effet de l'insécurité, de la violence des gangs, de la fermeture de l'aéroport international Toussaint Louverture et de la sécheresse. Le budget, initialement fixé à 320,6 milliards de gourdes, a été réduit de 20 % à 254,8 milliards de gourdes dans le budget rectificatif; les ressources réalisées ont atteint 205,9 milliards de gourdes (80,8 % de l'objectif) et les dépenses 199,6 milliards de gourdes (78,3 %), générant un surplus nominal de 6,4 milliards de gourdes que la Cour attribue à la sous-exécution des dépenses d'investissement plutôt qu'à une consolidation des finances publiques. La dette publique a chuté de 32,5 % à 417,2 milliards de gourdes (73,4 % du PIB), presque entièrement en raison de l'annulation ponctuelle de la dette bilatérale PetroCaribe envers PDVSA/Venezuela, tandis que le service de la dette a continué d'augmenter, atteignant 184,5 milliards de gourdes. Le rapport examine aussi l'efficacité institutionnelle de cinq ministères (Justice et Sécurité Publique, Commerce et Industrie, Éducation Nationale, Environnement, Jeunesse/Sports/Action Civique) et se conclut par des recommandations sur la stratégie de dépense publique, la capacité d'exécution régionale, la définition d'objectifs, le suivi de projets, la mobilisation des ressources domestiques et les règles budgétaires.
Texte Integral du Document
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1
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif
CSCCA
Rapport sur la situation financière du pays et sur
l’efficacité des dépenses publiques (RSFPEDP) pour
l’exercice 2023-2024
RSFPEDP XI
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TABLE DES MATIÈRES
SIGLES ET ABRÉVIATIONS ............................................................................................... 8
RAPPEL DES PRINCIPALES RECOMMANDATIONS DU RSFPEDP X ................................. 9
INTRODUCTION GÉNÉRALE .......................................................................................... 11
Rappel du cadre juridique du RSFPEDP .............................................................................. 11
Objectifs du rapport ............................................................................................................ 12
CADRE MÉTHODOLOGIQUE ........................................................................................ 14
Méthodologie de l’analyse de la situation financière ...................................................... 14
Méthodologie de l’analyse de l’efficacité des dépenses publiques .............................. 15
Données utilisées ................................................................................................................. 16
PREMIÈRE PARTIE .......................................................................................................... 17
DESCRIPTION DE LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE D’HAÏTI EN 2023 -
2024 .............................................................................................................................. 17
I. SITUATION DE L’ÉCONOMIE EN HAÏTI EN 2023-2024 ........................................... 18
1.1. UNE ÉCONOMIE MONDIALE GLOBALEMENT STABLE, MALGRÉ DES VULNÉRABILITÉS
PERSISTANTES ........................................................................................................................ 18
1.2. L’ÉCONOMIE HAÏTIENNE : UN BILAN DESASTREUX MARQUÉ PAR L’INSÉCURITÉ ET
UNE CRISE POLITIQUE PERSISTANTE ..................................................................................... 21
1.3. UNE SIXIÈME ANNÉE CONSÉCUTIVE DE RÉCESSION POUR L’ÉCONOMIE HAITIENNE
22
1.4. L’OFFRE ET LA DEMANDE GLOBALES ONT ENCORE CHUTÉ ....................................... 27
1.5. LES PRIX SONT DEMEURÉS ÉLEVÉS EN 2023-2024 ...................................................... 28
II. SITUATION FINANCIÈRE DU PAYS ...................................................................... 32
2.1. LE BUDGET 2023-2024 : CADRE GÉNÉRAL D’ÉLABORATION ..................................... 32
2.1.1. Les grandes orientations du budget 2023-2024 ............................................................. 33
2.1.2. Les objectifs macroéconomiques poursuivis à travers le budget ................................ 34
2.1.3. Des réformes pour améliorer le cadre de gestion des finances publiques ................ 35
2.2. EXPOSÉ DES PRÉVISIONS DE RECETTES ET DE DÉPENSES PUBLIQUES EN 2023-2024 36
2.2.1. Les Voies et Moyens en 2023-2024................................................................................... 36
2.2.2. Les prévisions de dépenses publiques en 2023-2024 ..................................................... 37
2.2.3. Cinq (5) postes ont constitué la part du lion du budget .............................................. 38
2.2.4. Prévisions sectorielles des dépenses publiques .............................................................. 39
2.3. PRÉVISIONS VERSUS RÉALISATIONS GLOBALES DE RESSOURCES BUDGÉTAIRES EN
2023-2024 ............................................................................................................................. 41
2.3.1. Des objectifs de réalisation de ressources non atteints, mais en hausse par rapport
à l’année fiscale précédente .......................................................................................................... 41
2.3.2. Des recettes courantes constituant la première source de financement du budget
……………………………………………………………………………………………………………………………………………………. 42
2.3.3. Des dons en hausse .......................................................................................................... 43
2.3.4. Le financement externe continue sa hausse ................................................................. 45
2.3.5. Des montants de financement interne en chute libre.................................................. 46
2.4. EXÉCUTION DES DÉPENSES PUBLIQUES EN 2023-2024 : DIFFICULTÉ À EXÉCUTER LES
INVESTISSEMENTS PRÉVUS .................................................................................................... 46
2.4.1. Des dépenses qui témoignent d’une incapacité à réaliser totalement les
déboursés ........................................................................................................................................... 46
2.4.2. Des Dépenses largement allouées au fonctionnement de l’État ............................... 47
2.4.3. Un exercice fiscal marqué par de sérieuses difficultés à réaliser les dépenses
d’investissement ................................................................................................................................ 48
2.4.4. L’exécution des dépenses par pouvoir de l’État révèle une prédominance du
pouvoir exécutif ................................................................................................................................. 52
2.5. RÉSULTATS BUDGÉTAIRES DE L’EXERCICE................................................................... 53
2.5.1. Un surplus budgétaire en 2023-2024 ................................................................................ 53
2.5.2. Explications du surplus budgétaire enregistré ................................................................ 54
DEUXIÈME PARTIE ......................................................................................................... 56
ANALYSE D’INDICATEURS ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS DE .................................. 56
L’EXERCICE FISCAL 2023-2024 .................................................................................... 56
I. MISE AU POINT SUR LES PRINCIPAUX INDICATEURS ÉCONOMIQUES ET
FINANCIERS EN 2023-2024 .......................................................................................... 57
1.1. LE PIB : UN INDICATEUR CLÉ EN DÉTÉRIORATION CONTINUE .................................... 57
1.2. LES IDE AMORCENT UNE REPRISE, MAIS DEMEURENT EXTREMEMENT FAIBLES .......... 58
1.3. BAISSE IMPORTANTE DE LA DETTE PUBLIQUE EN 2023-2024 ...................................... 60
1.4. LE RISQUE ASSOCIÉ À LA STRUCTURE DE LA DETTE PUBLIQUE S’EST AMELIORÉ ........ 61
1.5. LE SERVICE DE LA DETTE CONTINUE D’AUGMENTER .................................................. 63
1.6. FINANCEMENT MONÉTAIRE NUL, MAIS DETTE DÉTENUE PAR LA BRH DEMEURE TRÈS
ÉLEVÉE ................................................................................................................................... 65
1.7. LÉGÈRE HAUSSE DE LA MASSE MONÉTAIRE ............................................................... 66
1.8. LE SYSTÈME BANCAIRE RÉSISTE EN DÉPIT DES CHOCS INTÉRIEURS QUI SECOUENT
L’ÉCONOMIE ......................................................................................................................... 67
II. ANALYSE SUIVANT LES CRITÈRES DE VIABILITÉ, SOUPLESSE ET DE DURABILITÉ
FINANCIÈRES ................................................................................................................ 69
2.1. ANALYSE DE LA VIABILITÉ FINANCIÈRE DU PAYS EN 2023-2024 ............................... 69
2.1.1. Dette brute en pourcentage du PIB ............................................................................... 69
2.1.2. Recettes courantes plus dons en pourcentage des dépenses totales ...................... 71
2.1.3. Dépenses totales en pourcentage du PIB ...................................................................... 72
2.2. ANALYSE DE LA SOUPLESSE FINANCIÈRE DU PAYS ................................................... 73
2.2.1. Le service de la dette en pourcentage des recettes courantes ................................. 73
2.2.2. Recettes courantes en pourcentage du PIB nominal .................................................. 74
2.3. ANALYSE DE LA VULNÉRABILITÉ FINANCIÈRE DU PAYS ............................................. 76
TROISIÈME PARTIE ......................................................................................................... 78
ANALYSE DE L’EFFICACITÉ DES DÉPENSES PUBLIQUES DE L’EXERCICE FISCAL 2023-
2024 .............................................................................................................................. 78
I. EFFICACITÉ DES DÉPENSES PUBLIQUES PAR RAPPORT AUX OBJECTIFS
MACROÉCONOMIQUES DU GOUVERNEMENT ........................................................... 79
1.1. EFFICACITÉ DES DÉPENSES PUBLIQUES EN LIEN AUX OBJECTIFS DE CROISSANCE
ÉCONOMIQUE DU GOUVERNEMENT ................................................................................... 80
1.2. OBJECTIFS DE DÉPENSES D’INVESTISSEMENT ............................................................. 82
1.3. EFFICACITÉ EN MATIÈRE DE MAITRISE DE L’INFLATION .............................................. 83
1.4. L’OBJECTIF DE DIMINUTION DU FINANCEMENT MONÉTAIRE ATTEINT ....................... 85
1.5. L’OBJECTIF DE RÉDUCTION DU DÉFICIT ATTEINT, MAIS DE FAÇON NON
SOUTENABLE ......................................................................................................................... 85
1.6. ORIENTATION DES DÉPENSES PUBLIQUES VERS LA RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ À
TRAVERS PLUS DE DÉPENSES SOCIALES ................................................................................ 86
II. EFFICACITÉ AU NIVEAU INSTITUTIONNEL ........................................................... 89
2.1. LE MINISTÈRE DE LA JUSTICE ET DE LA SÉCURITÉ PUBLIQUE ....................................... 90
2.1.1. Éléments de présentation du MJSP ................................................................................. 90
2.1.2. Objectifs poursuivis par le MJSP et ressources allouées ................................................ 91
2.1.3. Crédits budgétaires alloués au MJSP et dépenses effectivement exécutées ........... 92
2.1.4. Conclusions de la Cour sur l’appréciation de l’efficacité des dépenses du MJSP .... 93
2.2. LE MINISTÈRE DU COMMERCE ET DE L’INDUSTRIE ...................................................... 95
2.2.1. Éléments de présentation du MCI ................................................................................... 95
2.2.2. Objectifs poursuivis par le MCI et ressources allouées .................................................. 95
2.2.3. Crédits budgétaires alloués au MCI et dépenses effectivement exécutées ............. 96
2.2.4. Conclusions de la Cour sur l’appréciation de l’efficacité des dépenses du MCI ...... 98
2.3. LE MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE ET DE LA FORMATION
PROFESSIONNELLE (MENFP) ................................................................................................. 99
2.3.1. Éléments de présentation du MENFP .............................................................................. 99
2.3.2. Objectifs poursuivis par le MENFP et ressources allouées ............................................. 99
2.3.3. Crédits budgétaires alloués au MENFP et dépenses effectivement exécutées ...... 101
2.3.4. Conclusions de la Cour sur l’appréciation de l’efficacité des dépenses du MENFP
…………………………………………………………………………………………………………………………………………………. 102
2.4. LE MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT ....................................................................... 104
2.4.1. Éléments de présentation du MDE ................................................................................ 104
2.4.2. Objectifs poursuivis par le MDE et ressources allouées ............................................... 104
2.4.3. Crédits budgétaires alloués au MDE et dépenses effectivement exécutées .......... 106
2.4.4. Conclusions de la Cour sur l’appréciation de l’efficacité des dépenses du MDE . 107
2.5. LE MINISTÈRE DE LA JEUNESSSE, DES SPORTS ET DE L’ACTION CIVIQUE ................. 108
2.5.1. Éléments de présentation du MJSAC ............................................................................ 108
2.5.2. Objectifs poursuivis par le MJSAC et ressources allouées ........................................... 108
2.5.3. Crédits budgétaires alloués au MJSAC et dépenses effectivement exécutées ....... 109
2.5.4. Conclusions de la Cour sur l’appréciation de l’efficacité des dépenses du MJSAC
…………………………………………………………………………………………………………………………………………………. 111
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS .................................................................. 112
Annexes ...................................................................................................................... 116
TABLEAUX ET FIGURES
FIGURE 1 : ÉVOLUTION DE L'INFLATION AU NIVEAU MONDIAL (2019-2024) ............................................................ 21
FIGURE 2 : ÉVOLUTION DU TAUX DE CROISSANCE DU PIB DE 2019-2020 A 2023-2024 ............................................ 23
FIGURE 3 : ÉVOLUTION DE LA SITUATION DE LA BALANCE COMMERCIALE (EN MILLIARDS DE GOURDES CONSTANTES) DE
2019-2020 A 2023-2024 ....................................................................................................................... 28
FIGURE 4 : ÉVOLUTION DE L’INFLATION DE FIN DE PERIODE (EN GLISSEMENT ANNUEL) DE 2019-2020 A 2023-2024 ..... 31
FIGURE 5 : ÉVOLUTION DU TAUX DE CHANGE MOYEN DE 2019-2020 A 2023-2024 ................................................ 31
FIGURE 6 : BUDGETS DE LA REPUBLIQUE D’HAÏTI EN MILLIARDS DE GOURDES : 2022-2023 VS 2023-2024 ................... 32
FIGURE 7 : PREVISIONS DE RESSOURCES SELON LES SOURCES DE FINANCEMENT EN 2023-2024 .................................. 37
FIGURE 8 : REPARTITION DES PREVISIONS DE DEPENSES COURANTES ET DE CAPITAL EN 2023-2024 ............................. 38
FIGURE 9 : PREVISIONS VERSUS REALISATIONS DE RESSOURCES EN 2023-2024 (EN MILLIARDS DE GOURDES) ................ 41
FIGURE 10 : ÉVOLUTION DES RESSOURCES PUBLIQUES REELLES (EN MILLIARDS DE GOURDES) ....................................... 42
FIGURE 11 : ÉVOLUTION DES RECETTES COURANTES (EN MILLIARDS DE GOURDES) ..................................................... 43
FIGURE 12 : ÉVOLUTION DES DONS REÇUS (EN MILLIARDS DE GOURDES) ................................................................. 44
FIGURE 13 : ÉVOLUTION DE L’EXECUTION DES DEPENSES DE FONCTIONNEMENT ET D’INVESTISSEMENT EN 2022-2023 ET
2023-2024 (EN MILLIARDS DE GOURDES) .................................................................................................. 48
FIGURE 14 : REPARTITION DES DEPENSES EFFECTUEES PAR POUVOIR DE L’ÉTAT ET AUTRES ADMINISTRATIONS ................. 52
FIGURE 15 : DECELERATION DE LA CROISSANCE DU PIB ENTRE 2019-2020 ET 2023-2024 ....................................... 58
FIGURE 16 : FLUX D'IDE EN HAÏTI DE 2017-2018 A 2023-2024 (EN MILLIONS DE DOLLARS AMERICAINS) ................... 59
FIGURE 17 : ENCOURS DE LA DETTE PUBLIQUE (EN MILLIARDS DE GOURDES) ............................................................ 61
FIGURE 18 : ÉVOLUTION DU FINANCEMENT MONETAIRE (EN MILLIARDS DE GOURDES) ............................................... 66
FIGURE 19 : ÉVOLUTION DU POIDS DE LA DETTE PUBLIQUE EN POURCENTAGE DU PIB ................................................. 70
FIGURE 20 : RATIO DES RESSOURCES COURANTES PLUS LES DONS TOTAUX SUR LES DEPENSES TOTALES .......................... 71
FIGURE 21 : RATIO DES DEPENSES PUBLIQUES SUR PIB ........................................................................................... 72
FIGURE 22 : RATIO DE L’AMORTISSEMENT DE LA DETTE EN POURCENTAGE DES RECETTES COURANTES PLUS LES DONS ...... 74
FIGURE 23 : RECETTES COURANTES EN POURCENTAGE DU PIB NOMINAL ................................................................. 75
FIGURE 24 : ÉVOLUTION DU RATIO AIDE INTERNATIONALE SUR LES RECETTES COURANTES ........................................... 77
FIGURE 25 : ÉVOLUTION DE LA PART DES DEPENSES EN PROGRAMMES ET PROJETS DES DEPENSES TOTALES DE 2018-2018
A 2023-2024 ......................................................................................................................................... 83
TABLEAU 1 : VARIATION DU PIB REEL EN 2023-2024 AU NIVEAU MONDIAL (EN POURCENTAGE) ................................ 20
TABLEAU 2 : VALEUR AJOUTEE PAR BRANCHE D’ACTIVITES (EN MILLIONS DE GOURDES) DE 2019-2020 A 2023-2024 26
TABLEAU 3 : ÉVOLUTION DE LA SITUATION DE L’INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION (IPC) ................................... 30
TABLEAU 4 : LES CINQ (5) POSTES LES PLUS IMPORTANTS DU BUDGET EN 2023-2024 ................................................ 39
TABLEAU 5 : REPARTITION SECTORIELLE DES PREVISIONS DE DEPENSES EN 2023-2024 ................................................ 40
TABLEAU 6 : RESSOURCES DE FINANCEMENT DU BUDGET EN 2023-2024 ................................................................. 46
TABLEAU 7 : REPARTITION DES RESSOURCES DOMESTIQUES PAR CHAMPS D'IMPOTS.................................................... 50
TABLEAU 8 : DEPENSES DE L'EXERCICE 2023-2024 PAR CATEGORIE EN PREVISIONS ET EN REALISATIONS ...................... 50
TABLEAU 9 : RESSOURCES ET DEPENSES EFFECTIVES EN 2023-2024 (EN MILLIARDS DE GOURDES) ................................ 53
TABLEAU 10 : ÉVOLUTION DU DEFICIT BUDGETAIRE ............................................................................................... 55
TABLEAU 11 : ENCOURS DE LA DETTE PUBLIQUE EN FONCTION DES CREDITEURS ........................................................ 63
TABLEAU 12 : SERVICE DE LA DETTE PUBLIQUE POUR LES EXERCICES 2022-2023 ET 2023-2024 (EN MILLIONS DE
GOURDES) .............................................................................................................................................. 64
TABLEAU 13 : POIDS DES INSTITUTIONS DE L'ECHANTILLON ..................................................................................... 89
TABLEAU 14 : PREVISIONS ET EXECUTIONS DES DEPENSES DU MJSP EN 2023-2024 .................................................. 92
TABLEAU 15 : PREVISIONS ET EXECUTIONS DES DEPENSES DU MJSP POUR L’EXERCICE 2023-2024 .............................. 93
TABLEAU 16 : PREVISIONS ET EXECUTIONS DES DEPENSES DU MCI EN 2023-2024 .................................................... 97
TABLEAU 17 : CREDITS ALLOUES AU MCI ET DEPENSES EFFECTIVES POUR L'EXERCICE 2023-2024 ................................ 98
TABLEAU 18 : PREVISIONS ET EXECUTIONS DES DEPENSES DU MENFP EN 2023-2024 ............................................. 101
TABLEAU 19 : CREDITS ALLOUES AU MENFP ET DEPENSES EFFECTIVES POUR L'EXERCICE 2023-2024 ........................ 102
TABLEAU 20 : PREVISIONS ET EXECUTIONS DES DEPENSES DU MDE EN 2023-2024 ................................................. 106
TABLEAU 21 : CREDITS ALLOUES AU MDE ET DEPENSES EFFECTIVES POUR L'EXERCICE 2023-2024 ............................ 107
TABLEAU 22 : PREVISIONS ET EXECUTIONS DES DEPENSES DU MJSAC EN 2023-2024 ............................................. 110
TABLEAU 23 : CREDITS ALLOUES AU MJSAC ET DEPENSES EFFECTIVES POUR L'EXERCICE 2023-2024 ........................ 110
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
AGD : Administration Générale des Douanes
BRH : Banque de la République d’Haïti
CNUCED : Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le
Développement
CSCCA : Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
FMI : Fonds Monétaire International
FNE : Fonds National de l’Éducation
IDE : Investissement Direct Étranger
IGF : Inspection Générale des Finances
IHSI : Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique
IPC : Indice des Prix à la Consommation
LEELF : Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances
MDE : Ministère de l’Environnement
MEF : Ministère de l’Économie et des Finances
MJSAC : Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique
MJSP : Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique
MENFP : Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle
MCI : Ministère du Commerce et de l’Industrie
PIB : Produit Intérieur Brut
PIP : Programme d’Investissement Public
PNB : Produit Net Bancaire
PREPOC : Plan de Relance Économique Post-Covid-19
RSFPEDP : Rapport Sur la Situation Financière du Pays et Sur l’Efficacité des
Dépenses Publiques
RAPPEL DES PRINCIPALES RECOMMANDATIONS DU RSFPEDP X
Le dixième (10ᵉ) RSFPEDP s’accompagnait d’un ensemble de recommandations
visant à améliorer l’efficacité des dépenses publiques et à renforcer la résilience
économique du pays. Ces recommandations portaient notamment sur :
• La promotion de la transparence dans les dépenses publiques : La Cour
recommandait l’adoption d’un Cadre de transparence forçant toutes les
entités à transmettre un état complet, fidèle et précis de leur gestion
respective au Gouvernement à la fin de chaque exercice fiscal et l’octroi
de moyens aux précepteurs de l’État en vue de faire respecter le Cadre.
• L’encadrement et le suivi des objectifs du Gouvernement et des entités
administratives : La Cour invitait le Gouvernement à mettre en place des
mesures pour s’assurer que les objectifs sont indépendants, clairs,
réalistes, mesurables et incluent des cibles chiffrées et que les seuils contre
lesquels le succès sera mesuré pour chaque objectif sont clairement
définis.
• La définition d’objectifs pluriannuels : La Cour invitait le Gouvernement à
encourager les entités administratives à définir des objectifs pluriannuels
avec des cibles annuelles à atteindre, tout en notant que certains
objectifs sont impossibles à atteindre en une seule année.
• L’orientation des dépenses de l’État vers la croissance: La Cour invitait le
Gouvernement à orienter les dépenses de l’État vers des secteurs
générateurs de croissance tels que les investissements dans la sécurité,
l’agriculture, les infrastructures et les dépenses dans l’éducation et la
santé.
• L’amélioration de la mobilisation des ressources : La Cour exhortait le
Gouvernement à supporter la mobilisation des recettes de l’État pour
diminuer la proportion des dons dans les ressources de l’État.
• La définition des objectifs dans l’espace : La Cour invitait le
Gouvernement à encourager les entités à définir leurs objectifs dans
l’espace. Bien qu’il soit clair que la situation sécuritaire dans la région
métropolitaine ait empêché l’exécution des dépenses d’investissements
de beaucoup d’entités administratives, cet argument ne saurait justifier
la sous-exécution dans d’autres régions du pays.
• La réalisation de diagnostic des entraves à l’exécution des projets : La
Cour recommandait au Gouvernement d’effectuer un audit pour
déterminer les entraves à l’exécution des projets et programmes de
développement et adresser les lacunes pour renforcer les capacités de
ces entités dans l’exécution de projets publics.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Conformément aux dispositions de la Constitution de la République d’Haïti, la
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) est tenue
de soumettre au Parlement le Rapport sur la Situation Financière du Pays et sur
l’Efficacité des Dépenses Publiques (RSFPEDP).
La présente édition dudit rapport, onzième publication de cette catégorie,
s’inscrit dans le cadre de cette obligation constitutionnelle. Elle vise à éclairer les
pouvoirs publics, au moyen d’une analyse rigoureuse de la situation des finances
publiques, tout en proposant une évaluation critique de l’efficacité de
l’exécution du Décret budgétaire afférent à l’exercice fiscal 2023-2024.
Rappel du cadre juridique du RSFPEDP
Le RSFPEDP s’appuie sur un ensemble de textes législatifs et règlementaires visant
à renforcer la transparence, la reddition de comptes et l’efficacité dans la
gestion des finances publiques. Ces textes sont principalement :
• La Loi Constitutionnelle de 2011 portant amendement de la Constitution
de la République d’Haïti du 29 mars 1987 qui, en son article 204, stipule
que « la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif fait
parvenir chaque année au Corps législatif dans les trente (30) jours qui
suivent l'ouverture de la Première Session législative, un rapport complet
sur la situation financière du Pays et sur l'efficacité des dépenses
publiques » ;
• La Loi du 04 mai 2016 remplaçant le Décret du 16 février 2005 sur le
processus d’Élaboration et d’Exécution des Lois de Finances (LEELF) ;
• La Loi du 10 juin 2009 fixant les règles générales relatives aux marchés
publics et aux conventions de concession d’ouvrage de service public ;
• Le Décret du 23 novembre 2005 portant organisation et fonctionnement de
la CSCCA ;
• Le Décret du 04 octobre 1984 créant le Fonds d’Investissement Public (FIP)
;
• L’Arrêté du 25 mai 2012 fixant les seuils de passation de marchés publics
et les seuils d'intervention de la Commission Nationale des Marchés
Publics (CNMP) suivant la nature des marchés ;
• L’Arrêté du 16 février 2005 portant règlement général de la Comptabilité
publique (CP) ;
• Le Décret du 06 janvier 2016 établissant les procédures et les modalités
nécessaires pour la reformulation et la gestion du Programme
d’Investissements Publics (PIP).
Objectifs du rapport
Le RSFPEDP a pour objectif d’informer le Parlement et l’ensemble des pouvoirs
publics sur l’état des finances publiques ainsi que sur l’efficacité de l’utilisation des
ressources engagées par l’État. Par cette analyse, le rapport contribue à
renforcer la transparence budgétaire, à soutenir l’amélioration continue de la
gestion des finances publiques et à éclairer la prise de décision.
En effet, d’un côté le RSFPEDP XI vise à analyser et à évaluer la situation financière
du pays pour l’exercice 2023-2024 :
• En analysant l’exécution budgétaire par rapport aux prévisions de
recettes et autorisations de dépenses tout en faisant ressortir le résultat de
l’exercice ;
• En considérant les principaux mouvements budgétaires de l’exercice
(recettes, dépenses, dettes contractées au titre de financement interne
ou externe) par rapport aux orientations générales du budget ;
• En examinant tout autre paramètre ou actif financier pertinent capable
d’aider à exprimer une opinion raisonnable sur la situation financière
globale du pays pour l’exercice 2023-2024.
D’un autre côté, le RSFPEDP apprécie l’efficacité des dépenses publiques en
2023-2024 :
• En évaluant les dépenses publiques réelles, comprenant les volets
fonctionnement et investissement, par rapport aux projets, programmes
et/ou politiques publiques exécutés sur la période ;
• En examinant le degré d’achèvement des programmes et projets publics
par rapport aux décaissements réellement consentis et spécifiquement
imputés à l’exercice concerné ;
• En appréciant la pertinence des allocations budgétaires de
l’Administration Centrale en rapport aux stratégies de développement
du Gouvernement, établies dans les différents documents de politiques
publiques (PREPOC, PSDH, etc.) ;
• En appréciant l’évolution des dépenses publiques ainsi que l’évolution de
leurs principales composantes – de fonctionnement et d’investissement –
par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB) ;
• En identifiant et en analysant les dépenses publiques, notamment celles
susceptibles d’avoir un effet multiplicateur sur la croissance économique,
dans la perspective de formuler des recommandations visant un meilleur
ciblage des dépenses publiques dans leur dimension de fonctionnement
et d’investissement.
CADRE MÉTHODOLOGIQUE
Ce rapport est structuré en trois (3) parties étroitement liées entre elles.
• La première partie présente de manière exhaustive la situation économique
et financière du pays en 2023-2024.
• La deuxième partie présente une analyse de la situation économique et
financière du pays à travers les critères standards de viabilité, de
vulnérabilité et de souplesse financières.
• Finalement, la troisième partie est consacrée à l’évaluation de l’efficacité
des dépenses publiques tant sur le plan global qu’au niveau institutionnel.
Méthodologie de l’analyse de la situation financière
La situation économique et financière d’Haïti en 2023-2024 est globalement
présentée en deux (2) sections.
La première section traite du contexte économique international et national qui
prévalait durant la période sous étude. La prise en compte de l’économie
internationale trouve son fondement dans le fait que l’économie haïtienne est
ouverte et, par conséquent, est soumise aux influences du reste du monde. Quant
à la deuxième section, elle expose de façon détaillée la situation économique
nationale d’Haïti pour l’année fiscale sous analyse. L’exercice de présentation est
réalisé en considérant les évènements socio -politiques qui ont impacté
l’environnement économique et d’autres variables exogènes qui ont influé d’une
façon ou d’une autre sur l’économie nationale.
Les deux (2) sections constitutives de la première partie du rapport sont traitées
suivant une méthodologie principalement descriptive, puisqu’il est avant tout
question d’exposer la conjoncture économique et financière du pays pour
l’année fiscale 2023-2024. La Cour, dans ses considérations, fait principalement
usage des principaux agrégats macroéconomiques annuellement publiés par
l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI) et d’autres institutions
nationales et internationales spécialisées.
Quant à la seconde partie du rapport, elle est analysée par la Cour Supérieure
des Comptes et du Contentieux Administratif suivant le modèle d’analyse
proposé en 1997 par l'Institut Canadien des Comptables Agréés (ICCA). Cette
méthodologie propose une appréciation à partir des critères de viabilité, de
souplesse et de vulnérabilité financières.
Les critères proposés par l’ICCA sont accompagnés d’un ensemble d’indicateurs
présentés et analysés par la Cour, tout en introduisant d’autres jugés pertinents. Il
convient toutefois de rappeler que les indicateurs considérés ne disposent pas de
valeurs de référence ; mais constituent avant tout des ratios destinés à l’analyse
des tendances. Ils n’intègrent pas non plus les facteurs sociopolitiques, mais
demeurent des outils robustes permettant d’établir un diagnostic éclairé de la
situation.
Les analyses sont menées en considérant le budget de l’État comme boussole
principale indiquant les objectifs de court et de long terme du Gouvernement.
Les données relatives aux réalisations proviennent du Compte général de
l’Administration Centrale de l’État, élaboré pour l’exercice considéré.
Méthodologie de l’analyse de l’efficacité des dépenses publiques
Par souci de comparabilité, la Cour maintient, pour l’essentiel, la méthodologie
utilisée dans le dixième (10ᵉ) RSFPEDP. Suivant cette méthodologie, l’efficacité
des dépenses publiques est analysée à deux (2) niveaux, étant donné les limites
déjà évoquées dans le précédent rapport.
Dans un premier temps, elle est appréciée en analysant l’atteinte des objectifs
macroéconomiques fixés par le Gouvernement dans le budget de l’exercice aux
résultats atteints. Cette première approche assume que les dépenses du
Gouvernement sont alignées avec ses objectifs et contribuent à leur réalisation.
Cette première étape porte notamment sur l’analyse d’agrégats économiques
jugés pertinents dans le contexte de l’économie haïtienne, y compris la
production, l’inflation, la balance commerciale et le taux de change.
En deuxième lieu, la CSCCA réalise une évaluation d’efficacité basée sur
l’exécution des dépenses par un échantillon de cinq (5) entités administratives.
Les entités et postes budgétaires considérés sont les suivants : le ministère de la
Justice et de la Sécurité publique (MJSP), le ministère du Commerce et de
l’Industrie (MCI), le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation
professionnelle (MENFP), le ministère de l’Environnement (MDE) et le ministère de
la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC).
Données utilisées
Le budget de l’exercice fiscal 2023 -2024 constitue la principale source
d’informations mobilisée pour l’élaboration du présent rapport.
Les indicateurs économiques et financiers présentés reposent sur l’exploitation
des données issues des projets de Loi de Règlement et des Comptes généraux
des exercices 2018-2019 à 2023-2024, produits par le ministère de l’Économie et
des Finances (MEF) à travers la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité
publique.
Les données macroéconomiques proviennent essentiellement des publications
officielles de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI) et de la
Banque de la République d’Haïti (BRH), qui constituent les sources nationales de
référence en matière de statistiques économiques.
PREMIÈRE PARTIE
DESCRIPTION DE LA SITUATION ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
D’HAÏTI EN 2023-2024
1.1. UNE ÉCONOMIE MONDIALE GLOBALEMENT STABLE, MALGRÉ
DES VULNÉRABILITÉS PERSISTANTES
En 2023-2024, l’économie mondiale a poursuivi son processus de stabilisation,
après les fortes perturbations provoquées par la pandémie de la Covid-19. Cette
amélioration s’explique principalement par la vigueur de l’économie américaine,
ainsi que par la croissance soutenue de plusieurs économies émergentes.
La reprise du commerce international a également soutenu l’activité, en
particulier grâce à une normalisation progressive des chaînes logistiques et à un
regain d’activités dans les échanges de biens. Toutefois, les perspectives
commerciales demeurent entourées d’incertitudes. L’intensification des tensions
géopolitiques et la multiplication des mesures protectionnistes constituent des
facteurs susceptibles de freiner la circulation des biens et de limiter les gains de
productivité associés au commerce mondial.
Sur le plan des politiques économiques, plusieurs économies avancées ont
adopté une orientation budgétaire plus expansionniste, après une phase de
consolidation post-pandémique. Cette relance budgétaire a permis de soutenir
la demande interne et d’atténuer les effets du resserrement monétaire mis en
place depuis 2022 pour lutter contre l’inflation. Parallèlement, la décélération
progressive de l’inflation mondiale a contribué à améliorer les conditions
financières internationales. Cette baisse des tensions inflationnistes s’explique
notamment par la diminution des prix de l’énergie et des matières premières, ainsi
que par l’amélioration des conditions d’approvisionnement au niveau global.
En dépit des améliorations, la croissance mondiale est restée stable à 2,8 % en
2024, un niveau identique à celui de l’année précédente. Cette stabilité masque
toutefois des disparités importantes. Les économies avancées ont affiché une
croissance moyenne de 1,7 %, largement soutenue par les États-Unis, dont
I. SITUATION DE L’ÉCONOMIE EN HAÏTI EN 2023-2024
l’activité a progressé de 2,9 %. À l’inverse, la zone euro et le Japon ont enregistré
des performances plus modestes, de respectivement 0,9 % et 0,2 %, reflétant un
environnement de demande atone et une inflation encore persistante dans
certains segments de leurs économies.
Dans les économies émergentes et en développement, la croissance a
légèrement reculé, passant de 4,4 % en 2023 à 4,2 % en 2024. Ce ralentissement
est attribuable à la décélération observée en Chine, où la croissance a atteint
5,0 % en 2024 contre 5,4 % en 2023, dans un contexte marqué par la faible
dynamique de la demande intérieure, la correction du marché immobilier et un
déclin du rythme d’investissement. Par ailleurs, selon la Banque mondiale, un pays
émergent sur quatre demeurait, fin 2024, plus pauvre qu’avant la pandémie, ce
qui remet en question la trajectoire de convergence attendue à long terme entre
pays à faible revenu et pays à revenu plus élevé.
La croissance mondiale est également demeurée hétérogène selon les régions.
En Amérique latine et dans les Caraïbes, elle s’est établie à 2,3 % en 2024, en léger
recul par rapport à 2,4 % en 2023, pénalisée par une faible dynamique
d’investissement et par une récession profonde en Argentine (–1,8 %). À l’inverse,
la région Afrique subsaharienne a enregistré une amélioration notable, avec un
taux de 3,5 % en 2024 contre 2,9 % en 2023, soutenue par une reprise agricole et
par une normalisation progressive des conditions internes dans plusieurs pays.
Toutefois, cette croissance demeure insuffisante pour compenser les effets d’une
démographie très dynamique dans plusieurs économies de la région.
Ainsi, bien que l’économie mondiale affiche une stabilisation appréciable, les
vulnérabilités demeurent nombreuses. Les risques liés à l’endettement public
élevé, aux tensions géopolitiques persistantes, à la fragmentation des échanges
et aux chocs climatiques alimentent une incertitude généralisée et pourraient
peser sur les perspectives économiques mondiales au cours des prochaines
années.
Tableau 1 : Variation du PIB réel en 2023-2024 au niveau mondial (en pourcentage)
ZONE GÉOGRAPHIQUE 2023 2024e 2025f
Monde 2.8 2.8 2.3
Économies avancées 1.7 1.7 1.2
États-Unis 2.5 2.9 2.8
Zone euro 0.4 0.9 0.7
Japon 1.4 0.2 0.7
Économies de marché émergentes et en
développement 4.4 4.2 3.8
Asie de l'Est et Pacifique 5.2 5.0 4.5
Chine 5.4 5.0 4.4
Indonésie 5.0 5.0 4.7
Thaïlande 2.0 2.5 1.8
Europe et Asie centrale 3.6 3.6 2.4
Fédération de Russie 4.1 4.3 1.4
Turquie 5.1 3.2 3.1
Pologne 0.2 2.9 3.2
Amérique latine et Caraïbes 2.4 2.3 2.3
Brésil 3.2 3.4 2.4
Mexique 3.3 1.5 0.2
Argentine -1.6 -1.8 5.5
Moyen-Orient et Afrique du Nord 1.6 1.9 2.7
Arabie Saoudite -0.8 1.3 2.8
Iran (République Islamique d') 5.0 3.0 -0.5
Égypte 3.8 2.4 3.8
Asie du Sud 7.4 6.0 5.8
Inde 9.2 6.5 6.3
Bangladesh 5.8 4.2 3.3
Pakistan -0.2 2.5 2.7
Afrique subsaharienne 2.9 3.5 3.7
Nigéria 2.9 3.4 3.6
Afrique du Sud 0.8 0.5 0.7
Angola 1.0 4.4 2.7
Source : Banque mondiale, Global Economic Prospects, juin 2025
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112
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
L’exercice fiscal 2023-2024 confirme la gravité de la situation économique.
L’économie haïtienne a enregistré une récession de 4,2 % sur l’exercice,
marquant ainsi une sixième année consécutive de croissance négative, un
phénomène qui n’a pas d’équivalent récent dans la région Amérique Latine et
Caraïbe (LAC). Cette contraction persistante, combinée à une inflation moyenne
de 25,8 % et à une aggravation de l’insécurité alimentaire touchant désormais
plus de 5,4 millions de personnes, met en évidence une fragilisation généralisée
du tissu socioéconomique et des capacités de résilience du pays.
Au niveau des finances publiques, la situation n’a pas été plus favorable. Le
budget initialement fixé à 320,6 milliards de gourdes a dû être ramené à 254,8
milliards de gourdes dans le budget rectificatif, en raison de perspectives de
mobilisation de ressources insuffisantes dans un contexte économique
particulièrement contraignant. Les recettes effectivement mobilisées se sont
élevées à 205,9 milliards de gourdes, tandis que les dépenses exécutées ont
atteint 199,6 milliards de gourdes, générant ainsi un surplus budgétaire de 6,4
milliards de gourdes. Toutefois, la Cour souligne que cet excédent ne traduit
aucune consolidation des finances publiques : il découle principalement d’une
sous-exécution persistante des dépenses d’investissement, révélatrice de la
difficulté de l’appareil public à orienter de manière cohérente les ressources vers
le renforcement du tissu productif du pays.
L’analyse sectorielle montre des écarts importants entre les objectifs définis et les
moyens rendus disponibles. Les dépenses de fonctionnement représentent près
de 70 % du budget exécuté, limitant la part consacrée à l’investissement. La Cour
souligne que cette situation n’est pas nouvelle : elle avait déjà été documentée
dans son rapport Finances publiques en Haïti : diagnostic des 15 dernières années,
enseignements et pistes pour l’action (2025), lequel mettait en évidence une
récurrence de mandats non alignés sur les capacités financières, techniques et
113
humaines des entités administratives. En 2023-2024, ces constats persistent. De
plus, les objectifs, en majorité, ne sont pas accompagnés d’indicateurs chiffrés,
ce qui complique toute démarche d’évaluation.
En matière d’exécution, les dépenses de personnels présentent un taux supérieur
à 95 %, alors que les dépenses d’immobilisations, de biens et services et
d’investissement sont souvent exécutées à moins de 35 %, et parfois à moins de
10 %. Cette situation est liée à un manque de préparation des projets, à des
contraintes opérationnelles dans la région métropolitaine affectée par
l’insécurité, et à l’absence de dispositifs de suivi adaptés.
L’ensemble de ces éléments conduit à un constat d’efficacité limitée de la
dépense publique. La structure du budget, les faibles capacités d’exécution,
l’absence de programmation pluriannuelle et l’insuffisance des mécanismes de
suivi réduisent la capacité du Gouvernement à atteindre ses objectifs
économiques et sectoriels. Les résultats obtenus en 2023-2024 montrent que la
dépense publique contribue faiblement à la croissance, à l’amélioration des
services publics et à la situation sociale du pays.
Au terme de ses analyses, la Cour estime que la mise en œuvre de réformes
structurelles est indispensable. Comme elle l’a déjà recommandé dans son
rapport spécial couvrant les quinze dernières années de finances publiques, il est
nécessaire d’appliquer les réformes envisagées à travers la Stratégie de Réforme
des Finances Publiques (SRFP) et la Loi sur l’élaboration et l’exécution des lois de
finances (LEELF). En dehors de la mise en application de ces réformes, la dépense
publique restera peu efficace, mal alignée sur les priorités nationales et
incapable de produire les résultats attendus en matière de développement
économique et social.
En ce sens, la CSCCA formule les recommandations suivantes, qui sont pour la
plupart alignées avec son dernier rapport intitulé Finances publiques en Haïti :
diagnostic des 15 dernières années, enseignements et pistes pour l’action :
114
1. Mettre en place une stratégie nationale d’efficacité de la dépense
publique. En cohérence avec les constats de long terme exposés dans le
rapport portant sur les 15 dernières années, la Cour recommande
d’engager un processus structuré d’évaluation de la dépense publique
afin d’identifier les programmes à faible rendement et de réorienter
progressivement les ressources vers les interventions prioritaires et capables
de générer des effets multiplicateurs dans l’économie. Cette démarche
permettrait de corriger la prédominance actuelle des charges courantes
et de renforcer la contribution du budget au développement.
2. Développer les capacités d’exécution au niveau régional et
départemental. Les différents constats de la Cour soulignent les limites
structurelles de la centralisation administrative. La Cour recommande de
renforcer les équipes régionales afin de faciliter l’exécution des projets hors
de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Cette action contribuerait à
limiter l’effet des contraintes sécuritaires et d’instabilité, et à assurer une
meilleure répartition territoriale des investissements.
3. Normaliser la formulation des objectifs publics et renforcer la cohérence
entre mandats et moyens. La Cour rappelle que l’absence de priorisation
et de cibles mesurables avait déjà été mise en évidence dans plusieurs de
ses rapports. Elle recommande que les ministères adoptent une méthode
uniforme pour la définition de leurs objectifs et veillent à ce que ceux-ci
soient compatibles avec leurs ressources financières, humaines et
techniques. Cette normalisation améliorerait la lisibilité et la performance
de l’action publique.
4. Mettre en place un dispositif interne de suivi périodique de l’exécution des
projets. Dans le prolongement des faiblesses structurelles relevées sur
plusieurs années, la Cour recommande que les ministères instaurent un
115
système de suivi régulier documentant l’avancement physique et financier
des projets. Les retards d’exécution observés en 2023-2024 montrent que
ce dispositif est indispensable pour détecter les obstacles et ajuster les
interventions.
5. Renforcer la mobilisation des ressources internes pour améliorer la
soutenabilité budgétaire. La Cour recommande d’élargir l’assiette fiscale
et de moderniser les administrations financières, comme déjà souligné dans
ses analyses de moyen et long terme. Une mobilisation plus stable et plus
prévisible des recettes est nécessaire pour financer les priorités nationales
et réduire la dépendance extérieure.
6. Instaurer un cadre de règles fiscales adapté aux contraintes du pays.
La Cour recommande l’adoption d’un mécanisme de discipline budgétaire
incluant un plafond de déficit et une cible minimale d’investissement. Cette piste
d’action est cohérente avec les orientations structurelles généralement dictées
par la Cour visant à améliorer la prévisibilité et la crédibilité des finances publiques.
116
Annexes
1. Projet de Loi de Règlement et Compte Général de
l’Administration Centrale de l’État en 2023-2024.
2. Projet de Loi de Règlement et Compte Général de
l’Administration Centrale de l’État en 2022-2023.
3. Décret établissant le Budget de la République d’Haïti de
l’exercice fiscal 2023-2024.
4. Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances (LEELF).
5. Loi sur la Modernisation des Entreprises Publiques.
6. Plan de Comptabilité Générale de l’État (PCGE).
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