(FY2022) Rapport sur le Projet de Loi de Règlement (RPLR) de l'exercice fiscal 2021-2022
Resume — Ce rapport de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) analyse le Projet de Loi de Règlement (RPLR) pour l'exercice fiscal 2021-2022 en Haïti. Il met en évidence des irrégularités significatives et le non-respect des exigences légales, notamment l'absence de validation par le Conseil des Ministres et l'insuffisance des documents financiers justificatifs. La CSCCA conclut à un manque de transparence et de sincérité budgétaire.
Constats Cles
- Le décret établissant l'exécution du budget 2021-2022 n'était ni signé ni daté et n'a pas été validé préalablement par le Conseil des Ministres, violant les exigences légales.
- Des documents d'accompagnement essentiels, tels que les rapports annuels de performance par programme budgétaire et l'évaluation des engagements hors bilan de l'État, étaient manquants.
- Les états financiers présentés ne contenaient pas de données comparatives de l'exercice précédent, empêchant une analyse adéquate.
- Des dépassements budgétaires et des dépenses imprévues, dont 23,73 milliards de gourdes pour des paiements de produits pétroliers, ont été constatés sans justification suffisante.
- Des écarts significatifs ont été relevés entre les balances générales des comptes de clôture 2020-2021 et d'ouverture 2021-2022, ainsi qu'au sein des comptes spéciaux du Trésor, remettant en cause la sincérité budgétaire.
Description Complete
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) présente son rapport sur le Projet de Loi de Règlement (RPLR) de l'exercice fiscal 2021-2022 en Haïti, soulignant son rôle essentiel pour la transparence et la reddition des comptes dans la gestion des finances publiques. Le rapport identifie plusieurs problèmes critiques, notamment le fait que le décret établissant l'exécution du budget n'était ni signé ni daté, et n'avait pas été préalablement adopté par le Conseil des Ministres comme l'exige la loi. De plus, la CSCCA a constaté des lacunes importantes dans les documents d'accompagnement, tels que l'absence de rapports annuels de performance par programme budgétaire et d'une évaluation des engagements hors bilan de l'État.
L'analyse révèle également un manque de données comparatives dans les états financiers, ce qui entrave une évaluation adéquate. La Cour a noté des dépassements budgétaires substantiels et des dépenses imprévues, notamment 23,73 milliards de gourdes pour le paiement de produits pétroliers, qui n'ont pas été suffisamment justifiés par le Ministère de l'Économie et des Finances. Des écarts significatifs ont été observés entre les balances générales des comptes de clôture 2020-2021 et d'ouverture 2021-2022, ainsi qu'au sein des comptes spéciaux du Trésor, soulevant des doutes sur l'intangibilité du bilan d'ouverture. Le rapport conclut que le surplus budgétaire déclaré de 1,97 milliard de gourdes est trompeur en raison de dépenses non comptabilisées, comme celles du Fonds National de l'Éducation (FNE), violant ainsi le principe de sincérité budgétaire.
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Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux
Administratif
CSCCA
Rapport sur le Projet de Loi de Règlement (RPLR) de
l’exercice fiscal 2021-2022
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
TABLE DES MATIÈRES
TABLE DES MATIÈRES .................................................................................................................................... 2
LISTE DES ACRONYMES ................................................................................................................................ 4
PROPOS DU PRÉSIDENT ................................................................................................................................ 1
INTRODUCTION .............................................................................................................................................. 1
CADRE LÉGAL ENTOURANT LE PLR ........................................................................................................................ 1
PORTÉE DU RAPPORT SUR LE PLR .......................................................................................................................... 2
MÉTHODOLOGIE ET SOURCES DES DONNÉES ......................................................................................................... 4
I. PRÉSENTATION DU DÉCRET ÉTABLISSANT L’EXÉCUTION DU BUDGET ET DU COMPTE GÉNÉRAL
2021-2022 ...................................................................................................................................................... 5
1.1. DU PROJET DE LOI DE RÈGLEMENT (PLR) ................................................................................................. 5
1.1.1. Objet de la loi de règlement .................................................................................................. 5
1.1.2. Organisation du PLR de l’exercice 2021-2022 ................................................................... 6
1.2. DU COMPTE GÉNÉRAL DE L’ADMINISTRATION CENTRALE DE L’ÉTAT POUR L’EXERCICE 2021-2022 ........ 7
1.2.1. Documents accompagnant le Compte Général de l’État au regard de la loi ..... 7
1.2.2. Constitution du Compte Général selon la présentation du Gouvernement ........... 8
1.3. DU COMPTE DE GESTION ...................................................................................................................... 9
II. SYNTHÈSE DES PRINCIPALES OPÉRATIONS BUDGÉTAIRES DE L’EXERCICE 2021-2022 ............. 11
2.1. CONTEXTE DE L’EXÉCUTION DU BUDGET 2021-2022 ........................................................................... 11
2.2. LE BUDGET DE 2021-2022 EN HAUSSE NOMINALE DE 9.1% PAR RAPPORT À CELUI DE 2020-2021 ..... 13
2.3. DE L’EXÉCUTION BUDGÉTAIRE EN 2021-2022 ..................................................................................... 15
2.3.1. Réalisation des ressources publiques de l’exercice 2021-2022 .................................. 15
2.3.2. Exécution des dépenses publiques en 2021-2022 .......................................................... 16
2.4. DU RÉSULTAT DES OPÉRATIONS BUDGÉTAIRES EN 2021-2022 ............................................................... 19
2.5. LA DETTE PUBLIQUE EN 2021-2022 ..................................................................................................... 19
III. ANALYSE DE LA CONFORMITÉ DU PLR ET DU COMPTE GÉNÉRAL DE L’EXERCICE 2021-2022 21
3.1. LE DÉCRET ÉTABLISSANT L'EXÉCUTION DU BUDGET 2021-2022 : UN DOCUMENT NON VAL IDÉ EN CONSEIL
DES MINISTRES ................................................................................................................................................... 21
3.2. CARACTÈRE INSUFFISANT DES DOCUMENTS ACCOM PAGNANT LE DÉCRET ÉTABLISSANT L’EXÉCUTION DU
BUDGET 22
2.5.1. Au titre de comptabilité budgétaire ................................................................................. 22
2.5.2. Au titre de comptabilité générale ...................................................................................... 22
3.3. DE LA PRÉSENTATION DE L’INFORMATION FINANCIÈRE .......................................................................... 24
3.3.1. Présentation des États financiers ......................................................................................... 24
3.3.2. Dépassements enregistrés et dépenses non prévues exécutées .............................. 25
3.4. RAPPROCHEMENT ENTRE LES BALANCES GÉNÉRALES DE SORTIE À LA CLÔTURE DE LA GESTION 2020-2021
ET D’ENTRÉE À L’OUVERTURE DE LA GESTION 2021-2022 .................................................................................... 25
3.5. ÉTATS DES OPÉRATIONS PORTANT SUR LES COMPTES SPÉCIAUX DU TRÉSOR ............................................ 27
3.6. LE RÉSULTAT DES OPÉRATIONS BUDGÉTAIRES VIOLE LE PRINCIPE DE LA SINCÉRITÉ BUDGÉTAIRE ................. 29
PRINCIPAUX CONSTATS ET RECOMMANDATION .................................................................................. 31
ANNEXES ..................................................................................................................................................... 34
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
LISTE DES TABLEAUX
TABLEAU 1PRÉVISIONS BUDGÉTAIRES POUR L'EXERCICE 2021-2022 EN MILLIONS DE GOURDES .............................. 14
TABLEAU 2 LES RECETTES COURANTES RÉALISÉES AU COURS DE L'EXERCICE 2021-2022 PAR CHAMPS D'IMPÔTS EN
PRÉVISIONS ET EN EXÉCUTIONS EN MILLIONS DE GOURDES .............................................................................. 16
TABLEAU 3LES DÉPENSES RÉALISÉES AU COURS DE L'EXERCICE 2021-2022 EN PRÉVISIONS ET EN EXÉCUTIONS EN
MILLIONS DE GOURDES ................................................................................................................................. 17
TABLEAU 4: DÉPENSES PUBLIQUES RÉALISÉES AU COURS DE L'EXERCICE 2021-2022 EN PRÉVISION ET EN EXÉCUTION
PAR ENTITÉ ADMINISTRATIVE EN MILLIONS DE GOURDES .................................................................................. 18
TABLEAU 5 ENCOURS DE LA DETTE PUBLIQUE AU COURS DE L'EXERCICE 2021-2022 PAR RAPPORT À 2021-2022 EN
MILLIONS DE GOURDES ................................................................................................................................. 20
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
LISTE DES ACRONYMES
AAN
APN
BANDES
Autorité Aéroportuaire Nationale
Autorité Portuaire Nationale
Banque de Développement Économique et Social du Venezuela
CAS Caisse d’Assistance Sociale
CFGCT Contribution au Fonds de Gestion des Collectivités Territoriales
CGACE Compte Général de l’Administration Centrale de l’État
CSCCA Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif
CSTD
DGTCP
Compte Spécial du Trésor pour le Développement
Direction générale du Trésor et de la Comptabilité Publique
FDU Fonds d’Urgence
FGCT
FIDA
FMI
Fonds de Gestion des Collectivités Territoriales
Fonds International de Développement Agricole
Fonds Monétaire International
FNE Fonds National d'Éducation
LEELF Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances
MEF Ministère de l'Économie et des Finances
PCGE
PDVSA
Plan Comptable Général de l’État
Petróleos de Venezuela, S.A
PIB Produit Intérieur Brut
PLR Projet de Loi de Règlement
RGCP Règlement Général de la Comptabilité Publique
RPLR Rapport sur le Projet de Loi de Règlement
RSFPEDP Rapport Sur la Situation Financière du Pays et Sur l’Efficacité des
Dépenses Publiques
SEM Société d’Économie Mixte
UEH Université d’État d’Haïti
1
PROPOS DU PRÉSIDENT
Parallèlement au Rapport sur la Situation Financière du Pays et sur l’Efficacité
des Dépenses Publiques (RSFPEDP), élaboré sur une base annuelle, la Cour
Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) est tenue,
conformément aux dispositions de la Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois
de Finances (LEELF), de préparer un rapport sur le Projet de Loi de Règlement
(PLR) transmis par le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) afin
d’arrêter les résultats définitifs de l’exécution du budget de la République.
Le rapport de la CSCCA sur le PLR doit accompagner ce dernier lors de son
dépôt au Parlement le 10 juin de l’exercice fiscal qui suit celui sur lequel porte
le rapport, conformément aux dispositions de l’article 56 de la LEELF.
Cependant, pour l’heure, les conditions réunies ne permettent, dans une
certaine mesure, que sa préparation tardive.
Le présent rapport porte sur l’exercice fiscal 2021-2022. À l’instar de celui qui le
précède, il n’aboutira pas au Parlement en raison de la persistance de la crise
institutionnelle. Il faut souligner qu’il s’agit, encore une fois, d’une occasion
manquée pour le Parlement de porter un jugement sur la gestion des finances
publiques.
Les observations faites dans ce rapport sont pratiquement identiques à celles
soulevées dans le rapport sur le PLR 2020-2021 relativement à la présentation
et la qualité de l’information financière. Il s’agit notamment des manquements
aux obligations de produire des documents précis, et de respecter strictement
les délais ainsi que des procédures établies. Il conviendrait, en conséquence,
d’insister davantage sur la nécessité d’y remédier pour mettre de l’ordre dans
la gestion des finances publiques.
La CSCCA reste convaincue que le Rapport sur le Projet de Loi de Règlement
(RPLR) constitue un outil essentiel pour assurer la transparence et la reddition
des comptes dans la gestion des finances publiques. C’est pourquoi elle
renouvelle son engagement à l’élaborer avec rigueur et régularité, dans le
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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strict respect des exigences légales et dans l’intérêt supérieur de la
République.
Je vous remercie.
Me Rogavil BOISGUENE
Président
1
INTRODUCTION
La Loi du 04 mai 2016 remplaçant le Décret du 16 février 2005 sur le processus
d’Élaboration et d’Exécution des Lois de Finances (LEELF) fait obligation au
Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) de rendre compte, au nom du
Gouvernement, de l’exécution de la loi de finances de chaque exercice fiscal
écoulé en soumettant au Parlement le Projet de Loi de Règlement (PLR) de
l’exercice.
L’article 57 de la LEELF exige que le Projet de Loi de Règlement (PLR), au
moment de sa transmission au Parlement, soit accompagné d’un rapport de
la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) sur
l’exécution de la loi de finances, de son avis sur les rapports annuels de
performances des responsables de programmes et de son avis de conformité
entre les comptes des ordonnateurs et ceux des comptables publics.
La CSCCA satisfait aux exigences constitutionnelles et légales en produisant le
présent rapport qui traite du PLR de l'exercice fiscal 2021-2022, tel que présenté
par le Ministère de l'Économie et des Finances. Elle analyse le décret relatif à
l'exécution du budget de cet exercice, ainsi que le compte général de
l’Administration de l’État (CGAE), qui fait office de Projet de Loi de Règlement
conformément à l'esprit de l'article 57 de la Loi sur l'Élaboration et l'Exécution
des Lois de Finances.
Cadre légal entourant le PLR
Le présent rapport s’inscrit dans un cadre constitutionnel, légal et
réglementaire matérialisé à travers la Constitution, la LEELF, le décret du 23
novembre 2005 établissant l’organisation et le fonctionnement de la CSCCA,
et l’arrêté du 16 février 2005 portant Règlement Général de la Comptabilité
Publique.
La Constitution de 1987 établit les directives en prescrivant, en son article 200,
que la CSCCA est chargée du contrôle administratif et juridictionnel des
recettes et des dépenses de l'État, de la vérification de la comptabilité des
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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Entreprises de l'État ainsi que de celle des collectivités territoriales. L’article 200-
4, de son côté, précise que la Cour participe à l’élaboration du budget et doit
être consultée sur toutes les questions relatives à la législation sur les finances
publiques.
La Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances (LEELF), quant à elle,
définit, en son article 57, les documents qui doivent accompagner le dépôt
du projet de loi de règlement au Parlement. Il s'agit notamment d'un rapport
de la Cour sur le Projet de Loi de Règlement (PLR) et le Compte Général de
l’Administration Centrale de l’État (CGACE).
La Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances (LEELF), en son article
86, exige que la Cour soumette au Parlement toutes les informations et
rapports nécessaires à l’analyse et à l’évaluation des projets de loi de finances
– qu'ils soient initiaux, rectificatifs ou de règlement – qui lui sont présentés par
le Gouvernement par l’intermédiaire du Ministère de l’Économie et des
Finances.
S’agissant de l’Arrêté du 16 février 2005 portant Règlement Général de la
Comptabilité Publique (RGCP), il précise, en son article 8, q « [a]u vu du
compte de gestion du comptable principal de l'État, du compte général de
l'Administration des Finances et de la comptabilité administrative tenue au
Ministère de l'Économie et des Finances […], le Juge des comptes rend une
déclaration générale de conformité. »
Le Décret du 23 novembre 2005 établissant l’organisation et le fonctionnement
de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif constitue
une autre référence. Selon les dispositions de l’article 48 c, l’une des
attributions du Conseil de la Cour est : « d’arrêter le texte de la déclaration de
conformité des Comptes Généraux de l’Administration Centrale. »
Portée du Rapport sur le PLR
Au vu du cadre légal et des documents disponibles, le Rapport sur le Projet de
Loi de Règlement (RPLR) et le Compte Général de l’Administration Centrale
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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de l’État (CGACE) consistent en un rapport de conformité de l’exécution de
la loi de finances de l’exercice fiscal 2021-2022.
En effet,
d’un côté, il n’y a pas lieu pour la Cour d’émettre son avis sur les rapports
annuels de performances d es responsables de programmes
(ordonnateurs) étant donné que, contrairement aux prescrits de la loi,
ces rapports ne lui sont jamais acheminés par le Gouvernement qui ne
les produit d’ailleurs pas. Par conséquent, il convient de souligner qu’il
est difficile de mesurer la performance des programmes présentés par
le Gouvernement dans les différentes lois de finances vu que les
programmes ne sont jamais assortis d’indicateurs clairs de suivis en dépit
de diverses recommandations de la Cour dans ses différents Rapports
sur la Situation Financière du Pays et sur l’Efficacité des Dépenses
Publiques (RSFPEDP).
d’un autre côté, la CSCCA ne peut pas se prononcer sur la conformité
entre les comptes des ordonnateurs et ceux des comptables publics
dans ce rapport, car les comptes des comptables publics pour
l’exercice 2019-2020 ne sont pas produits au niveau du MEF
1
. Ce rapport
de la Cour ne procède donc pas à la certification des comptes.
En outre, les documents justificatifs des transactions effectuées dans le
cadre de la mise en œuvre du budget n’ont pas été analysés dans le
présent rapport, ce qui empêche la Cour de se prononcer sur la sincérité
des comptes produits.
En conséquence, la mission qui est dévolue à la Cour dans le cadre du présent
rapport consiste essentiellement en la vérification de la cohérence interne des
documents établis par le MEF pour rendre compte de l’exécution du budget
1
Les modalités et conditions de production et de présentation des comptes des
comptables publics n’ont été établies par arrêté pris qu’au mois de septembre 2023.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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conformément aux lois de la République. Autrement dit, il s’agit d’un rapport
de conformité de l’exécution de la loi de finances de l’exercice 2021-2022.
Méthodologie et sources des données
La Cour procède par une étude approfondie des documents qui lui sont
transmis par le MEF en ayant pour référentiel le cadre légal présenté
précédemment. Aussi la revue documentaire est-elle l’approche privilégiée
par la CSCCA dans son analyse du PLR.
Spécifiquement, comme indiqué dans la section qui présente la portée du
document, ce rapport consiste en une analyse de la cohérence interne des
documents établis par le MEF pour rendre compte de l’exécution du budget
conformément aux lois de la République.
Les données utilisées dans ce rapport sont produites et présentées dans le PLR
et le compte général. Ces documents sont transmis à la Cour par le MEF qui
est garant de leur qualité et de leur sincérité. La Cour s’en tient à celles-ci
considérant qu’elles proviennent de sources officielles et qu’elles sont censées
avoir été vérifiées et validées par les autorités compétentes.
Le rapport est structuré en trois (3) parties :
La première partie présente le PLR ainsi que le Compte Général de
l’Administration Centrale de l’État (CGACE) l’accompagnant.
Dans la deuxième partie, la Cour résume les principales opérations
relatives à l’exécution de la loi de finances rapportées dans le PLR et le
CGACE.
En ce qui concerne la troisième partie, elle évalue la conformité des
deux (2) documents au regard des prescrits de la loi. L’analyse
considère la forme ainsi que le fond des deux (2) documents.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
5
I. PRÉSENTATION DU DÉCRET ÉTABLISSANT L’EXÉCUTION
DU BUDGET ET DU COMPTE GÉNÉRAL 2021-2022
Le décret établissant l’exécution du budget de l’exercice 2021 -2022 –
accompagné du Compte Général de l’Administration Centrale de l’État, du
Compte de Gestion et des Documents Annexes – fait office de Projet de Loi
de Règlement (PLR) conformément à l'esprit de l'article 57 de la Loi sur
l'Élaboration et l'Exécution des Lois de Finances (LEELF).
La LEELF précise l'objet du PLR, définit le contenu des documents devant
l'accompagner et établit le calendrier de sa préparation et de son examen.
1.1. Du projet de loi de règlement (PLR)
1.1.1. Objet de la loi de règlement
L’objet de la loi de règlement est défini au niveau de l’article 55 de la LEELF. Il
s’agit :
d’arrêter le montant définitif des recettes et des dépenses de
l'exercice auquel elle se rapporte et le résultat budgétaire qui en
découle aux termes de la comptabilité budgétaire ;
d’arrêter également le montant des ressources et des charges de
trésorerie ayant concouru à l'équilibre financier de l'exercice (tableau
de financement) ;
d’approuver et aussi d’affecter le résultat de l'exercice (compte de
résultat) ;
de ratifier les ouvertures de crédits supplémentaires décidées par
décret d'avances depuis la dernière loi de finances, et de régulariser,
le cas échéant, les dépassements de crédits constatés résultant de
circonstances de force majeure ;
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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de procéder à l'annulation des crédits non consommés et non reportés
durant l’exercice ;
de rendre compte de la gestion et des résultats des programmes
budgétaires.
1.1.2. Organisation du PLR de l’exercice 2021-2022
Le PLR sur l’exécution du budget de l’exercice 2021-2022 soumis par le
Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) est organisé suivant quatre (4)
titres et douze (12) articles.
Le titre premier rappelle les prévisions de ressources et de charges de
l’exercice 2021-2022. Deux (2) chapitres sont présentés dans ce titre. Le
premier chapitre porte sur les dispositions relatives aux prévisions des
ressources et le deuxième sur les dispositions relatives aux prévisions des
charges.
Le deuxième titre du projet de loi de règlement présente l’état des
ressources réalisées et des charges exécutées pour l’exercice 2021-2022.
Ce titre compte également deux (2) chapitres.
Le premier chapitre traite des dispositions relatives à la réalisation des
ressources alors que le deuxième s’intéresse aux dispositions relatives à
l’exécution des dépenses publiques.
En ce qui concerne le troisième titre du PLR, il s’intéresse aux comptes
spéciaux du Trésor. Selon l’article 8 du PLR, les Comptes Spéciaux du
Trésor sont au nombre de Six (6) :
o Le Compte Spécial du Trésor pour le Développement (CSTD) ;
o la Caisse d’Assistance Sociale (CAS) ;
o le Fonds d’Urgence (FDU) ;
o la Pension Civile ;
o le Fonds Fidéi Commis ;
o la Contribution au Fonds de Gestion des Collectivités Territoriales
(CFGDCT).
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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Finalement, le quatrième titre présente les dispositions relatives aux
résultats de l’exercice.
1.2. Du Compte Général de l’Administration Centrale de
l’État pour l’exercice 2021-2022
1.2.1. Documents accompagnant le Compte Général de
l’État au regard de la loi
La loi établit aussi la liste des documents devant accompagner le projet de loi
de règlement. Selon les dispositions de l’article 56 de la LEELF, les documents
prescrits sont prévus à la fois au titre de la comptabilité budgétaire et de la
comptabilité générale.
Au titre de la comptabilité budgétaire :
Synthèse de l’exécution de la loi de finances (synthèse de la
comptabilité administrative des ordonnateurs) établie par le Ministre
chargé des Finances;
État comparatif des recett es prévisionnelles et des recettes
effectivement réalisées;
État comparatif des crédits budgétaires et des dépenses effectivement
réalisées (en engagement et paiement) arrêté par programme, budget
annexe et comptes spéciaux du Trésor;
Rapports annuels de performance par programme budgétaire mettant
en évidence les écarts entre prévisions et réalisations;
Rapport explicatif sur les mouvements de crédit et le cas échéant les
dépassements;
Tableau faisant apparaitre l’évolution de la situation de la dette
publique au cours de l’exercice;
Annexes explicatives des états financiers issus de la comptabilité
générale de l’État.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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Au titre de la comptabilité générale :
La balance générale des comptes de l'État ;
Le compte de résultat ;
Le bilan et ses annexes, à défaut d’un état des actifs et passifs financiers
de l’exercice ;
Un tableau des flux de trésorerie ;
Un état de développement des recettes et des dépenses budgétaires ;
Une évaluation des engagements hors bilan de l'État.
1.2.2. Constitution du Compte Général selon la présentation
du Gouvernement
Le Compte Général de l’Administration Centrale de l’État tel que présenté par
le Gouvernement est constitué d’un ensemble de tableaux et de rapports
spécifiques à travers lesquels des informations relatives à l’exécution du
budget sont présentées. On note les tableaux et rapports suivants :
Tableau des Voies et Moyens du Budget ;
Tableau de synthèse de l’exécution du Budget ;
Tableau comparatif des ressources prévisionnelles et réelles pour la
Direction Générale de l’Impôt (DGI) ;
Tableau comparatif des ressources prévisionnelles et réelles pour
l’Administration Générale des Douanes (AGD) ;
Tableau comparatif des autres ressources prévisionnelles et réelles ;
Tableau comparatif des ressources prévisionnelles et réelles pour les
postes comptables ;
Tableau du total des ressources prévisionnelles et réelles ;
Tableau comparatif des crédits et des dépenses réalisées par institution ;
Tableau des décaissements par lettre de virement par institution ;
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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Dépenses exécutées sur interventions publiques par lettres de
virement ;
Tableau des opérations aux Comptes Spéciaux du Trésor ;
Tableau de ventilation mensuelle des versements aux comptes Spéciaux
du Trésor ;
État des opérations des rentrées et des dépenses du compte Fonds
d’Urgence ;
État des opérations des rentrées et des dépenses du compte Pension
Civile ;
État des opérations des rentrées et des dépenses du compte Fonds en
Fidei Commi ;
État des opérations des rentrées et des dépenses du compte de la CAS ;
Tableau des ressources et des décaissements de l’exercice ;
Tableau de l’encours de la Dette Publique ;
Service de la Dette Publique ;
Ressources collectées par la BRH pour le compte du FNE et reversement
PSUGO ;
Rapport explicatif du dépassement et du déficit budgétaire.
1.3. Du Compte de Gestion
Le décret soumis par le Gouvernement inclut le Compte de Gestion de
l'exercice 2021-2022. Celui-ci présente des documents justifiant et résumant les
opérations exécutées par la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité
Publique (DGTCP). Spécifiquement, le Compte de Gestion contient la balance
générale des comptes au 30 septembre 2022, les états financiers (l'état des
actifs et des passifs financiers et le compte des résultats) et les annexes.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
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La balance générale des comptes fournit un récapitulatif des soldes des
différents comptes gérés par l'État au 30 septembre 2022, avant les
écritures de clôture.
Les états financiers présentent les recettes et les dépenses de l'État pour
l’exercice. L'état des actifs et des passifs financiers incorporés dans les
états financiers présentent des informations sur les obligations financières
et des biens de l'État à la fin de l'exercice. L’état des résultats, faisant
également partie des états financiers, permet pour sa part de comparer
les recettes et les dépenses de l’exercice, afin d’arriver au solde
budgétaire.
Les annexes rassemblent d es tableaux et de documents
complémentaires qui permettent d'approfondir l'analyse de l'exécution
budgétaire et de la gestion des finances publiques pour l’exercice.
Elles incluent des tableaux comparatifs des crédits et des dépenses,
ventilés par titre de dépenses et nature de financement. Un tableau de
régularisation des immobilisations est également fourni, offrant une vue
sur les acquisitions de biens et services et leur intégration dans le
patrimoine de l'État.
En outre, la CSCCA note des tableaux de ventilation des décaissements
effectués selon les modalités de paiement et selon la natur e des
dépenses, des tableaux qui détaillent les sources de financement
interne et externe y compris les dons et les emprunts, et des tableaux sur
les effectifs dans la fonction publique.
SYNT
HÈSE DES PR
INCIPALES OPÉRATION
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
11
II. SYNTHÈSE DES PRINCIPALES OPÉRATIONS BUDGÉTAIRES
DE L’EXERCICE 2021-2022
2.1. Contexte de l’exécution du budget 2021-2022
Comme expliqué par la Cour dans le Rapport sur la Situation Financière du
Pays et sur l’Efficacité des Dépenses Publiques (RSFPEDP) 2021-2022, le budget
2021-2022 a été élaboré et exécuté dans un contexte caractérisé par une
situation sécuritaire délétère.
En 2022, l’insécurité physique s’est manifestée sous diverses formes dans le pays
dont des homicides, des cas fréquents d’enlèvement contre rançons
perpétrés par des gangs armés et des blocages systématiques d’axes routiers
parmi les plus importants du pays.
Les homicides ont été en effet en forte hausse pour l’année 2022 et ont
impliqué les couches les plus vulnérables de la population dont des femmes et
des filles. En effet, selon les statistiques publiées par les Nations Unies, le nombre
d'homicides signalés pour l’année 2022 en Haïti a augmenté de 35,2 % par
rapport à 2021, avec 2 183 victimes signalées (dont 163 femmes et 22 filles),
contre 1 615 (dont 93 femmes et 19 filles) en 2021
2
.
En ce qui concerne les enlèvements contre rançons, le nombre est demeuré
important en 2022 en dépit du fait qu’une baisse a été observée par rapport
à l’année précédente. Les données du Centre d’Analyse et de Recherche en
Droits de l’Homme (CARDH)
3
font état de 857 cas d’enlèvements contre 1 009
en 2021, soit une baisse d’environ 15%. Toutefois, les enlèvements contre
rançons enregistrés un peu partout dans le pays ont été en hausse par rapport
à 2020 durant laquelle ils avaient atteint le chiffre de 796.
L’insécurité, et les violences qui l’accompagnent, o nt provoqué des
déplacements internes importants. En 2022, une évaluation de l’Organisation
Internationale pour les Migrations (OIM) a recensé plus de 113 000 déplacés
2
United Office Integrated Office in Haiti, Security Council, Report of the Secretary-General,
January 17, 2023.
3
CARD, Kidnapping: bulletin du dernier trimestre 2022 et bilan annuel #10, Janvier 2023.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
12
internes en Haïti. Parmi eux, 96 000 individus ont fui l'insécurité dans la capitale, due
à la violence entre gangs et aux troubles sociaux
4
. Les déplacés se sont
particulièrement rendus dans le Grand Sud et le Grand Nord du pays en dépit des
installations des gangs armés sur les principales voies menant à ces régions.
L’insécurité en 2022 s’est greffée sur des problèmes sociopolitiques déjà
profonds. En effet, depuis l’assassinat du Président de la République, SEM
Jovenel Moïse en juillet 2021, des mouvements de protestation aux motivations
diverses ont été enregistrés dans le pays. Les mouvements allaient prendre un
nouveau tournant en septembre à la suite de la décision Gouvernementale
de procéder à des ajustements à la hausse des prix des produits pétroliers sur
le marché local. Pour mémoire, à la suite de la décision du Gouvernement, le
gallon de la gazoline était passé de 250 gourdes à 570 gourdes, une
augmentation substantielle de 128% ; celui du diesel de 353 gourdes à 670
gourdes, soit une hausse de 89,8% ; et celui du kérosène de 352 gourdes à 665
gourdes, une augmentation de 88,92%.
Dans ce contexte, sur le plan économique, les priorités du Gouvernement
tournaient autour de la stabilisation macroéconomique et de celle des
finances publiques. Entre autres, le Gouvernement visait à atteindre une
croissance de 0,3% en 2022, limiter l'inflation à 27,3 % en glissement annuel,
réduire le financement monétaire de la Banque de la République d'Haïti (BRH)
à 40,3 milliards de gourdes en lieu et place des 49,2 milliards de l'exercice
précédent.
Au 30 septembre 2022, les résultats n’étaient pas tout à fait au rendez-vous. Si
le financement monétaire a été relativement maitrisé et a atteint 43.04
milliards de gourdes, les autres indicateurs ont pour leur part dégradé. Entre
autres, une quatrième année consécutive de croissance négative (-1,7%) et
une inflation de 37.8% ont été enregistrées.
4
OIM, 96 000 Haïtiens déplacés par les récentes violences des bandes organisées dans la capitale, Octobre 2022.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
13
2.2. Le budget de 2021-2022 en hausse nominale de 9.1% par
rapport à celui de 2020-2021
Les prévisions budgétaires de l’exercice fiscal 2021-2022 étaient établies à
210.588 milliards de gourdes, en hausse nominale de 9.1% par rapport au
budget 2020-2021 dont l’enveloppe était de 193 milliards de gourdes.
Les recettes courantes totales prévues pour 2021-2022 étaient estimées à
120.135 milliards de gourdes, soit une augmentation significative de 24.6% par
rapport aux 96.438 milliards de gourdes prévues pour 2020-2021. Cette
croissance s’explique principalement par une augmentation prévue des
recettes internes et douanières. En effet, il était prévu que les recettes internes
augmentent de 21,6 %, passant de 73,927 milliards à 89,914 milliards de
gourdes, et que les recettes douanières s’accroissent de 19,9 %, atteignant
26,985 milliards de gourdes contre 22,510 milliards l’année précédente.
Les dons prévus pour 2021-2022 s'élevaient à 24.324 milliards de gourdes,
marquant une légère augmentation de 1.9% par rapport aux 23.882 milliards
de gourdes de 2020-2021. Cette hausse est principalement attribuable à
l'augmentation de 19.9% des dons au titre d'appui budgétaire global, passant
de 3.905 milliards à 4.681 milliards de gourdes. En revanche, les dons prévus
pour les dépenses de projets ont légèrement diminué de 1.7%, passant de
19.976 milliards à 19.643 milliards de gourdes.
Le financement total prévu pour 2021-2022 est en baisse de 9% par rapport à
l'année précédente, passant de 72.679 milliards de gourdes à 66.128 milliards
de gourdes. Cette diminution s’explique notamment par une réduction de
57.6% des prévisions de tirages sur emprunt qui sont passés de 8.137 milliards à
3.450 milliards de gourdes. De plus, les prévisions pour les « autres financements
internes des projets » ont chuté de 31.3%, s'établissant à 3.725 milliards de
gourdes contre 5.426 milliards en 2020-2021. En revanche, les prévisions
consistant à mobiliser des ressources à travers les bons du Trésor ont
légèrement augmenté de 4 %, passant de 12 milliards à 12.483 milliards de
gourdes.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
14
Du côté des dépenses, des augmentations ont été également prévues. Les
prévisions de dépenses courantes ont augmenté de 17.2%, atteignant 141.959
milliards de gourdes contre 121.141 milliards de gourdes en 2020-2021. Les
prévisions de « salaires et traitements » ont enregistré une hausse de 11.8%, et
les transferts et subventions, une hausse significative de 79.1%. En revanche, les
prévisions de dépenses en biens et services ont diminué de 7.4 %.
Concernant les prévisions de dépenses de capital, une diminution de 4.5 % a
été observée, passant de 71.858 milliards de gourdes à 68.628 milliards de
gourdes en 2021-2022. Les programmes et projets ont subi une baisse de 14.9%,
passant de 45.140 milliards à 38.418 milliards de gourdes. Les dépenses
d'immobilisation ont, en ce qui les concerne, diminué de 14.8%.
Tableau 1: Prévisions budgétaires pour l'exercice 2021-2022 en millions de gourdes
LIGNES BUDGÉTAIRES
BUDGET RECTIFICATIF
2020-2021
BUDGET
2021-2022
VARIATION
A-RECETTES COURANTES 96,438.05 120,135.26 24.6%
Recettes internes 73,927.38 89,914.26 21.6%
Recettes douanières 22,510.67 26,985.74 19.9%
Autres ressources domestiques - 3,235.26
B-DONS 23,882.11 24,324.65 1.9%
Appui budgétaire global 3,905.61 4,681.65 19.9%
Aide projets 19,976.50 19,643.00 -1.7%
C-FINANCEMENT 72,679.85 66,128.09 -9.0%
Tirages sur emprunt 8,137.50 3,450.00 -57.6%
Bons du trésor 12,000.00 12,483.09 4.0%
Autres financements internes des projets 5,426.00 3,725.00 -31.3%
Emprunt BRH 47,116.35 46,470.00 -1.4%
TOTAL DES VOIES ET MOYENS 193,000.00 210,588.00 9.1%
A-DÉPENSES COURANTES 121,141.46 141,959.67 17.2%
Salaires et traitements 59,734.45 66,802.24 11.8%
Biens et services 37,263.11 34,494.33 -7.4%
Transferts et subventions 20,242.28 36,261.99 79.1%
Intérêts 3,901.63 4,401.11 12.8%
B-DÉPENSES DE CAPITAL 71,858.54 68,628.33 -4.5%
Immobilisation 1,425.29 1,213.92 -14.8%
Programmes et projets 45,140.00 38,418.00 -14.9%
Amortissement de la dette 2,529,325.28 28,996.41 -98.9%
TOTAL DES CRÉDITS 193,000.00 210,588.00 9.1%
Source : Compte Général de l’Administration Centrale de l’État en 2021-2022
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
15
2.3. De l’exécution budgétaire en 2021-2022
Les recettes effectivement collectées pour l’exercice fiscal 2021-2022 ont
atteint 92,65 % des prévisions budgétaires, tandis que les dépenses réalisées
ont représenté 91,71 % des attentes. En d’autres termes, les recettes se sont
élevées à 195,11 milliards de gourdes et les dépenses à 193,14 milliards de
gourdes. Par conséquent, l’article 12 du décret établissant l’exécution du
budget de l’exercice 2021-2022 stipule que l’exercice « s’est achevé sur un
résultat excédentaire d’un milliard neuf cent soixante-sept millions deux cent
soixante-douze mille six cent soixante-six et 67/100 (1 967 272 666,67) ».
Cette section examine la réalisation des ressources et l'exécution des
dépenses pour l’année fiscale 2021-2022.
2.3.1. Réalisation des ressources publiques de l’exercice 2021-2022
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif constate que
les performances en matière de mobilisation des ressources publiques ont été
globalement inférieures aux attentes en 2021-2022.
Les recettes courantes n'ont pas atteint les niveaux escomptés, principalement
en raison de la sous-performance des recettes fiscales et non fiscales. Elles ont
atteint 110,5 milliards de gourdes, soit environ 92% des 120.14 milliards de
gourdes initialement prévus, indiquant une mobilisation de fonds inférieure aux
attentes. Les recettes fiscales n'ont atteint que 93.7% des prévisions, avec des
champs tels que les impôts sur le revenu et les taxes sur les biens et services
n'atteignant respectivement que 91.8% et 84% des montants anticipés. Les
recettes non fiscales ont également sous-performé, atteignant seulement
69.9% des prévisions, avec des catégories comme les revenus des domaines
et de l'entreprise réalisant seulement 24.4% des montants attendus.
Les dons ont montré des résultats contrastés. Les dons en appui budgétaire
global ont été particulièrement décevants, n'atteignant que 5% des montants
prévus. En revanche, les dons destinés aux projets ont largement dépassé les
prévisions, avec une réalisation de 126.5 %.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
16
Les produits de financements ont été exclusivement de source interne. Ils ont
également été inférieurs aux prévisions avec un taux de réalisation de 90.1%.
La BRH a joué un rôle crucial dans le financement du budget en atteignant
92.62% des montants prévus. Les emprunts extérieurs prévus n'ont pas été
réalisés, reflétant un manque de confiance des prêteurs internationaux.
Tableau 2: Les recettes courantes réalisées au cours de l'exercice 2021-2022 par champs
d'impôts en prévisions et en exécutions en millions de gourdes
RECETTES COURANTES PRÉVISIONS RÉALISATIONS
TAUX DE
RÉALISATION
Recettes fiscales 111,356.07 104,351.18 93.7%
Impôts sur le revenu 34,244.99 31,439.44 91.8%
Taxes sur salaire 1,282.68 981.10 76.5%
Impôts sur la propriété 1,024.73 580.84 56.7%
Taxes sur les biens et services 45,428.17 38,180.47 84.0%
Impôt sur le commerce extérieur 26,985.74 26,645.12 98.7%
Autres recettes fiscales 2,389.77 2,819.02 118.0%
Recettes des provinces (Hors Cap) - 3,705.19
Recettes non fiscales 8,779.19 6,140.35 69.9%
Revenus des domaines et de l'entreprise 3,264.07 796.97 24.4%
Droit et frais administratif, ventes non industrielles 2,137.87 2,902.60 135.8%
Amendes et sanctions 1,264.84 40.58 3.2%
Autres recettes non fiscales 2,112.41 526.70 24.9%
Recettes diverses - 1,873.50
Recettes en capital - 11.22
Ventes d'immobilisation corporelles - 11.22
Total – Recettes courantes (1) 120,135.26 110,502.75 92.0%
Dons en appui budgétaire global 4,681.65 233.327 5%
Dons en aide aux projets 19,643.00 24,853.88 126.5%
Total – Dons (2) 24,324.65 25,087.20 103.13%
Emprunts intérieurs 62,678.09 59,521.49 90.01%
Financement Banque Centrale 46,470.00 43,041.28 92.62%
Emprunts auprès d'autres institutions financières 3,080.16 - 0.00%
Souscription de bons du Trésor 12,483.09 11,496.00 92.09%
Autres emprunts internes 644.84 4,984.21 772.94%
Emprunts extérieurs 3,450.00 - 0.00%
Total – Emprunts (3) 66,128.09 59,521.49 90.01%
RESSOURCES (1+2+3) 210,588.00 195,111.44 92.65%
Source : Compte Général de l’Administration Centrale de l’État en 2021-2022
2.3.2. Exécution des dépenses publiques en 2021-2022
L'exécution des dépenses publiques au cours de l'exercice 2021-2022 révèle
un taux global de réalisation de 91.72% par rapport aux prévisions.
Comme le montre le tableau ci-contre, les dépenses de fonctionnement,
incluant les dépenses courantes, les dépenses d'immobilisation et
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
17
l'amortissement de la dette, ont atteint un taux de réalisation de 94.10%. Les
dépenses de programmes et projets, représentant les investissements, ont, en
ce qui les concerne, atteint un taux de réalisation de 81.05%.
Tableau 3: Les dépenses réalisées au cours de l'exercice 2021-2022 en prévisions et en
exécutions en millions de gourdes
DÉPENSES PRÉVISIONS RÉALISATIONS
TAUX DE
RÉALISATION
DÉPENSES DE FONCTIONNEMENT 172,170.00 162,004.90 94.10%
Dépenses courantes 141,959.67 141,939.73 99.99%
Dépenses d’immobilisation 1,213.92 884.61 72.87%
Amortissement de la dette 28,996.41 19,180.55 66.15%
DÉPENSES DE PROGRAMMES ET PROJETS 38,418.00 31,139.26 81.05%
Financement interne 15,325.00 6,627.90 43.25%
Financement externe 23,093.00 24,511.36 106.14%
TOTAL 210,588.00 193,144.16 91.72%
Source : Compte Général de l’Administration Centrale de l’État en 2021-2022
Une répartition des dépenses selon les pouvoir s de l’État montre des
différences parfois importantes entre prévisions et exécutions. Le pouvoir
exécutif, qui disposait d’un budget de 201.55 milliards de gourdes, n'a exécuté
que 133.41 milliards, ce qui laisse un écart important de 68.15 milliards de
gourdes. Cet écart est principalement dû à une sous-exécution importante
des dépenses d'investissement. En effet, seulement 6.58 milliards de gourdes
ont été dépensées sur les 38.30 milliards prévues.
Les institutions des pouvoirs législatif et judiciaire, bien qu'ayant des budgets
plus modestes, n'ont pas non plus réussi à exécuter pleinement leurs crédits.
Les organismes indépendants ont connu aussi une sous-exécution marquée,
avec 2,82 milliards de gourdes réalisés sur les 3,27 milliards prévus, révélant un
écart de 45 millions de gourdes.
Un aspect particulièrement préoccupant des dépenses publiques est
l'apparition de dépenses non prévues, telles que les paiements effectués par
le BMPAD pour les factures de produits pétroliers qui se sont élevés à 23,73
milliards de gourdes. Ces dépenses, bien qu'essentielles pour maintenir
l'approvisionnement en carburant, montrent un manque de prévision et de
planification dans le budget initial. De plus, des programmes et projets
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
18
financés par l'extérieur, totalisant 24,51 milliards de gourdes, n'avaient pas été
inclus ou prévus dans le budget, ce qui souligne rait un manque de
coordination dans la planification budgétaire.
Tableau 4: Dépenses publiques réalisées au cours de l'exercice 2021-2022 en prévision et en
exécution par entité administrative en millions de gourdes
ENTITÉS ADMINISTRATIVES
PRÉVISIONS EXÉCUTION
FONCT. INV. TOTAL FONCT. INV. TOTAL
Pouvoir exécutif 163,252.99 38,301.66 201,554.65 126,830.18 6,578.03 133,408.21
MPCE 1,488.72 3,954.81 5,443.54 1,471.88 1,430.10 2,901.99
MEF 7,744.18 1,572.16 9,316.33 7,298.74 1,053.97 8,352.71
MARNDR 1,904.11 3,372.59 5,276.69 1,721.89 - 1,721.89
MTPTC 1,720.24 15,150.29 16,870.53 1,634.18 1,300.38 2,934.56
MCI 829.47 60.87 890.33 771.94 46.49 818.43
MDE 1,731.47 752.55 2,484.02 1,542.84 19.21 1,562.05
Ministère du Tourisme 248.89 212.00 460.89 325.01 - 325.01
MJSP 18,175.15 1,679.46 19,854.61 17,415.28 200.00 17,615.28
MHAVE 148.79 5.00 153.79 146.32 - 146.32
MAE 4,607.51 10.00 4,617.51 4,467.42 - 4,467.42
La Présidence 1,520.96 - 1,520.96 1,418.22 - 1,418.22
La Primature 2,145.15 50.00 2,195.15 2,071.14 - 2,071.14
MICT 3,084.52 590.30 3,674.82 3,067.46 551.70 3,619.16
Ministère de la Défense 1,314.22 150.00 1,464.22 1,108.55 - 1,108.55
MENFP 22,946.87 4,690.79 27,637.66 20,446.27 - 20,446.27
MAST 1,520.89 3,371.26 4,892.15 1,454.65 1,976.18 3,430.82
MSPP 6,983.30 1,830.77 8,814.07 6,277.02 - 6,277.02
MCFDF 244.93 10.00 254.93 216.30 - 216.30
MJSAC 790.74 49.50 840.24 704.66 - 704.66
Ministère des Cultes 286.95 - 286.95 248.65 - 248.65
Ministère de la Culture 1,574.29 784.30 2,358.59 1,465.24 - 1,465.24
Ministère de la
Communication
465.61 5.00 470.61 434.72 - 434.72
Autres Administrations 81,776.05 - 81,776.05 51,121.80 - 51,121.80
Interventions publiques 20,778.38 - 20,778.38 23,954.17 - 23,954.17
Dette publique 33,397.52 - 33,397.52 21,351.14 - 21,351.14
Dotation spéciale 27,600.16 - 27,600.16 5,816.49 - 5,816.49
Pouvoir législatif 3,442.14 24.67 3,466.80 3,255.03 - 3,255.03
Sénat de la République 1,793.39 24.67 1,818.05 1,637.58 - 1,637.58
Chambre des Députés 1,648.75 - 1,648.75 1,617.45 - 1,617.45
Pouvoir judiciaire 2,293.93 4.28 2,298.21 2,232.87 4.28 2,237.15
CSPJ 2,293.93 4.28 2,298.21 2,232.87 4.28 4.28
Organismes indépendants 3,180.94 87.40 3,268.34 2,770.89 45.60 2,816.48
CSCCA 1,015.91 28.32 1,044.22 742.32 13.12 755.44
Conseil électoral 436.77 - 436.77 399.89 - 399.89
OPC 197.04 - 197.04 138.57 - 138.57
UEH 1,486.25 54.08 1,540.33 1,463.21 32.47 1,495.68
AKA 44.98 5.00 49.98 26.91 - 26.91
Autres - - - 26,915.93 - 26,915.93
Frais financiers - 3,185.08 - 3,185.08
Paiement facture / BMPAD - - 23,730.85 - 23,730.85
Autres programmes et projets
financés par l’extérieur
- - 24,511.36 24,511.36
Autres progr. et financés par
l'ext.
- - - 24,511.36 24,511.36
TOTAL
172,170.00 38,418.00 210,588.00 162,004.90 31,139.26 193,144.16
Source : Compte Général de l’Administration Centrale de l’État en 2021-2022
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
19
2.4. Du résultat des opérations budgétaires en 2021-2022
Selon les données communiquées par le MEF, les opérations budgétaires de
l’exercice 2021-2022 se sont soldées par un excédent de 1.97 milliard de
gourdes. En effet, des 195.11 milliards de gourdes collectées en termes de
ressources publiques, 193.14 milliards ont été dépensées selon les données
fournies par le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF).
La CSCCA fournit son appréciation du résultat budgétaire dans le chapitre
traitant de la conformité du Projet de Loi de Règlement et du Compte Général
de l’Administration Centrale de l’État.
2.5. La dette publique en 2021-2022
L'exercice fiscal 2021-2022 s’est clôturé sur une augmentation relativement
importante de l'endettement et un alourdissement du service de la dette. Il
s’agit, selon la Cour, d’une situation devenant de plus en plus préoccupante.
L'encours de la dette publique a augmenté de 14.44%, passant de 458.57
milliards de gourdes au 1ᵉʳ octobre 2021 à 524.80 milliards de gourdes au 30
septembre 2022.
La hausse de la dette publique est principalement attribuée à l'augmentation
de la dette interne, qui a progressé de 29,93 %, atteignant 333,16 milliards de
gourdes. Pour l’année 2022, on observe des hausses notables des créances de
certaines institutions, dont l’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN), l’Office
d'Assurance Véhicules Contre-Tiers (OAVCT) et l’Autorité Portuaire Nationale
(APN). Les augmentations respectives des créances s'élèvent à 184,96 %,
528,69 % et 170,51 %.
La dette externe, en revanche, a diminué de 5.20%, passant de 202.146
milliards de gourdes à 191.64 milliards de gourdes. Cette réduction s'explique
principalement par une baisse de la dette multilatérale, qui a chuté de 81,28%
en raison de l'annulation de certaines créances de la part du FMI et du FIDA.
Cependant, la dette bilatérale a légèrement augmenté de 5.55 %, avec des
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
20
hausses notables des créances de PDVSA et de BANDES, bien que celles de la
Chine-Taiwan aient diminué de manière significative.
Le service de la dette, qui comprend le remboursement du principal et le
paiement des intérêts, a également augmenté au cours de l'exercice 2021-
2022, atteignant 176.26 milliards de gourdes, soit une hausse de 11% par
rapport à l'exercice précédent. Cette augmentation est en grande partie due
à la progression du service de la dette interne qui a crû de 10% et du service
de la dette externe qui a augmenté de 24%.
Tableau 5: Encours de la dette publique au cours de l'exercice 2021-2022 par rapport à 2021-
2022 en millions de gourdes
CATÉGORIE DE DETTE
1ᵉʳ OCT.
2021
30 SEPT.
2022
VARIATION
DETTE INTERNE 256,418.80 333,160.00 29.93%
Banque de la République d'Haïti (BRH) 200,968.15 269,884.13 34.29%
Autres institutions financières (AIF) 45,589.80 54,771.59 20.14%
Banque Nationale de Crédit (BNC) 5,809.61 682.99 -88.24%
Souscripteurs aux bons du Trésor 35,800.00 47,196.00 31.83%
Office National d'Assurance Vieillesse (ONA) 1,685.92 2,030.82 20.46%
Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN) 483.57 1,377.96 184.96%
Office National de l'Aviation Civile (OFNAC) 791.03 927.91 17.30%
Office d'Assurance Véhicules Contre-Tiers (OAVCT) 98.61 619.95 528.69%
Autorité Portuaire Nationale (APN) 921.96 2,493.95 170.51%
Autres 9,860.85 8,504.29 -13.76%
Pension civile 9,072.93 8,228.62 -9.31%
Divers fournisseurs 787.91 275.66 -65.01%
DETTE EXTERNE 202,146.43 191,639.20 -5.20%
Dette multilatérale 25,030.46 4,685.82 -81.28%
OPEC 4,054.62 4,685.82 15.57%
FMI 15,883.49 - -
FIDA 5,087.78 - -
BID/Minoterie 456.86 - -
Dette bilatérale 177,115.97 186,953.37 5.55%
BANDES 2,547.20 3,154.49 23.84%
PDVSA 143,922.14 164,316.75 14.17%
Chine-Taiwan 30,646.62 19,482.15 -36.43%
DETTE TOTALE 458,565.23 524,799.20 14.44%
Source : Compte Général de l’Administration Centrale de l’État en 2021-2022
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
21
III. ANALYSE DE LA CONFORMITÉ DU PLR ET DU COMPTE
GÉNÉRAL DE L’EXERCICE 2021-2022
3.1. Le décret établissant l'exécution du budget 2021-2022 : un
document non validé en Conseil des Ministres
La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) a
examiné, selon les procédures ordinaires, le décret transmis par le Ministre de
l’Économie et des Finances.
Le décret, comme préalablement indiqué, est introduit par un exposé des
motifs suivi d’un préambule et comporte douze (12) articles traitant des
différentes dispositions relatives à la prévision des ressources, la prévision des
charges, la réalisation des ressources, l’exécution des dépenses, aux comptes
Spéciaux du Trésor et au résultat de l’exercice fiscal.
La Cour estime que le décret, tel que présenté, répond au vœu de l’article 55
de la LEELF, qui définit les objectifs assignés à la Loi de Règlement.
Cependant, s’agissant de l’adoption du décret établissant l’exécution du
budget de l’exercice 2021-2022 en Conseil des Ministres comme étape
préalable à son examen, la Cour n’en a pas obtenu l’assurance . La date
d'adoption et les signatures des ministres ne figurent pas dans le document.
La non validation du Projet de Loi de Règlement (PLR) en Conseil des Ministres
constitue un manquement grave aux dispositions de l'article 58 de la LEELF qui
exige l’approbation du document au plus tard le troisième vendredi d’avril de
l’exercice suivant.
À l’avis la Cour, le non-respect du principe de validation du Projet de Loi de
Règlement par le Conseil des Ministres soulève des doutes quant à la
transparence du processus budgétaire.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
22
3.2. Caractère insuffisant des documents accompagnant le
décret établissant l’exécution du budget
2.5.1. Au titre de comptabilité budgétaire
L’inventaire des documents produits par le MEF accuse un document
manquant suivant la liste établie au niveau de l’article 56 de la LEELF : il s’agit
des « Rapports annuels de performance par programme budgétaire mettant
en évidence les écarts entre prévisions et réalisations. »
La Cour a constaté qu'aucune note jointe ne justifie la non-production des
rapports de performance susmentionnés. Il semblerait que des difficultés
rencontrées dans la mise en œuvre de la réforme des finances publiques aient,
jusqu'à présent, empêché l'application des dispositions relatives aux «
programmes budgétaires », conformément à l'article 112 de la LEELF.
Aujourd'hui, le Gouvernement se trouve à un carrefour décisif dans la mise en
application des dispositions fondamentales de la LEELF. Sept (7) ans après la
promulgation de cette loi, la CSCCA croit qu’il est impératif que des
informations sur son application soient fournies. C'est à juste titre que le
législateur, au niveau de l’article 116, a prévu l'établissement, à l'initiative du
Ministre des Finances, de deux (2) rapports d'avancement, respectivement
après deux (2) et quatre ans (4).
Le Ministre chargé des finances est donc dans l’impérieuse obligation de se
conformer aux dispositions de la loi.
2.5.2. Au titre de comptabilité générale
Parmi les six (6) documents prescrits au titre de la comptabilité générale, la
Cour note que seule l’évaluation des engagements hors bilan de l’État n’a pas
été produite. Il en résulte qu’aucune information n’a été communiquée
adéquatement sur le montant global du passif éventuel résultant du litige
commercial opposant le BMPAD et la firme Preble Rich. Les informations
disponibles au cours de l’exercice permettaient de situer ce passif évalué à
plusieurs millions de dollars américains.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
23
Les rapports antérieurs dressés par la Cour sur l’exécution budgétaire insistent
sur l’obligation légale de procéder à la comptabilisation des passifs éventuels,
qui est une émanation de la LEELF. L’enjeu est donc de recenser et de
comptabiliser les obligations susceptibles d’avoir un impact significatif sur la
soutenabilité de la situation financière de l’État.
Il ne fait donc aucun doute que le tableau de synthèse des engagements hors
bilan participe au renforcement de l’information non seulement de la Cour
mais aussi et surtout du Parlement, qui autorise et contrôle l’emploi des fonds
publics. En vertu de ce nouveau paramètre, l’organisation administrative est
appelée à évoluer et l’édiction de règles comptables appropriées devrait être
aussi envisagée.
Par ailleurs, les comptables publics ont la responsabilité d'assurer la tenue de
la comptabilité qui leur incombe. L’article 62 de la LEELF précise entre autres
que : « Les comptables publics tiennent en outre la comptabilité générale de
l’État, selon les prescrits du règlement général de la comptabilité publique.
Celle-ci a pour objet de décrire le patrimoine de l’État et sa situation
financière. Elle est tenue en partie double et en droits constatés. La
comptabilité est tenue pour l’exercice fiscal. Elle dispose d’une période d’un
mois pour assurer les opérations de régularisation. »
Au vu de cet article et au constat des états produits ou de l’information
financière communiquée sur l’exécution du budget 2021 -2022,
l’enregistrement des opérations en « droits constatés » (charges à payer -
produits à recevoir), ne constitue pas encore tout-à-fait une réalité. La Cour
note ainsi l’absence de toute information sur les créances fiscales ou encore
les restes à recouvrer au titre de la gestion des exercices passés.
La question de la comptabilisation des créances fiscales de l’État resterait
donc posée dans la mesure où aucune écriture ne semble constater les
montants dus, si bien que les comptes appropriés prévus par le PCGE ne sont
pas utilisés. Or il est un fait que les recettes prévisionnelles ne sont pas toujours
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
24
réalisées dans leur intégralité et peuvent être recouvrées plusieurs années
après l’expiration de l’exercice en question.
Dans les conditions définies à l’article 62 de la LEELF, la tenue de la
comptabilité générale de l’État devrait évoluer vers l’utilisation des comptes
de restes à recouvrer déjà prévus par le PCGE. Il s’agirait de prendre les
dispositions pour enregistrer les montants dus qui sont matérialisés par un rôle,
une déclaration, etc.
Les opérations faites pour l’État par les comptables publics doivent être
centralisées par le Comptable principal de l’État. Il s’avère que les comptes
de gestion des comptables publics doivent être mis en état d’examen par la
Cour, qui en est le principal destinataire (Article 28 de l’ARGCP), et qui a la
mission de les juger (Article 86 de la LEELF).
Au regard de la documentation fournie jusque-là sur l’exécution du budget
2021-2022, la Cour note que le Compte Général des Comptables de l’État
(CGCE) n’a pas été transmis. Il en résulte qu’aucun rapprochement ne soit
encore possible avec le Compte Général de l’Administration des Finances
(CGAF).
À ce sujet, il est utile de rappeler que les modalités et conditions de production
et de présentation des comptes des comptables publics n’ont été établies par
arrêté pris qu’au mois de septembre 2023.
3.3. De la présentation de l’information financière
3.3.1. Présentation des États financiers
Pour ce qui est de la présentation des états financiers, la Cour note qu’elle
s’écarte des règles comptables générales portant sur les données
comparatives.
En effet, les états financiers présentés ne sont pas accompagnés des chiffres
de l’exercice précédent afin de permettre des comparaisons, tel qu’il est
recommandé dans le Plan de la Comptabilité Générale de l’État (PCGE).
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
25
3.3.2. Dépassements enregistrés et dépenses non prévues exécutées
D'une part, la Cour a noté des dépassements dans les dépenses pour
interventions publiques. En effet, par rapport à des prévisions de 20,778 milliards
de gourdes, un total de 23,954 milliards de gourdes a été dépensé, soit un
dépassement de l'ordre de 3,175 milliards de gourdes.
D'autre part, certaines dépenses n'étaient pas prévues dans le décret
établissant le budget de la République d'Haïti pour l'exercice 2021-2022, mais
ont tout de même été exéc utées. C'est notamment le cas des dépenses
évaluées à 23,73 milliards de gourdes pour le paiement de factures de produits
pétroliers pour le compte du Bureau de Monétisation des Programmes d'Aide
au Développement (BMPAD).
La Cour estime que le Compte génér al devrait fournir un maximum
d'informations justifiant les dépenses susmentionnées. Tel n'est pas le cas avec
le tableau consacré à la présentation des dépenses y relatives. Cette situation
devra être examinée de plus près afin de fournir les informations nécessaires à
la compréhension des opérations effectuées.
3.4. Rapprochement entre les balances générales de sortie à la
clôture de la gestion 2020-2021 et d’entrée à l’ouverture de
la gestion 2021-2022
3.4.1. Rapprochement entre balance générale des comptes de
sortie 2020-2021 et balance générale d’entrée 2021-2022
La Balance Générale des Comptes (BGC)est un état prescrit au titre de la
comptabilité générale de l’État. Il s'avère que des écarts significatifs ou des
anomalies, résultant notamment des modifications de la balance d'entrée ou
susceptibles de remettre en cause l'intangibilité du bilan d'ouverture, ont été
constatés.
À la sortie de l’exercice fiscal 2020-2021, le montant global inscrit en débit et
en crédit dans le tableau intitulé Balance Générale des Comptes était arrêté
à 914 523 697 734,66 gourdes. Ce montant s’est révélé exact après pointage
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
26
des différents comptes inscrits dans la balance des comptes. Il en est de
même pour la balance d’ouverture du BGC de 2021-2022 dont le montant
global en débit et en crédit est arrêté à 798 160 432 646,41 gourdes.
Cependant, après avoir repris et calculé les soldes par classe de comptes, la
Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) a
constaté des discordances.
En effet, en faisant le rapprochement entre la balance générale de sortie de
la gestion 2020-2021 et la balance générale d’entrée de la gestion 2021-2022,
la Cour a noté une différence de 116 363 365 088,25 gourdes. Cela s’explique
par le fait que les balances de sortie pour certaines classes, en l’occurrence
classes 3, 5 et 7, ne sont pas égales à celles d’entrée en débit et en crédit.
Autrement dit, un problème d’exactitude des comptes se pose.
Le tableau suivant décrit les différents écarts constatés.
Tableau 6: Rapprochement entre balance générale des comptes de sortie 2020-2021 et
balance générale d’entrée 2021-2022
Sources : Comptes Généraux de l’Administration Centrale de l’État en2020-2021 et 2021-2022
1.1.1. Incohérences dans les balances des Comptes Spéciaux du
Trésor
Trois (3) écarts ont été constatés au niveau des Comptes spéciaux du Trésor
entre les soldes à la clôture 2020-2021 et à l’entrée 2021-2022.
Concernant la CAS, un écart positif de 75 000,00 gourdes a été relevé.
Si le solde à la clôture de l'exercice fiscal 2020-2021 était de 37 502 870,62
gourdes, à la sortie le montant s'élevait à 37 427 870,62 gourdes.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
27
En ce qui concerne les comptes « Pension civile » et CFGDCT, les
montants indiqués pour les sorties dépassent ceux des entrées, comme
l'illustre le tableau 7.
Selon la Cour, il s'agit d'irrégularités significatives en matière de comptabilité
publique.
Tableau 7: Rapprochement des balances d’entrée et sortie des comptes spéciaux
Comptes spéciaux
du Trésor
Solde au 30
septembre 2021
(A)
Solde au 1er
octobre 2021 (B)
Écart
(A-B)
Compte spécial du Trésor pour le
développement (CSTD)
256 534 306.81
256 534 306.81
-
Caisse d’Assistance sociale (CAS) 37 502 870.62 37 427 870.62 75 000.00
Fonds d’urgence (FDU) 792 172 327.64 792 172 327.64 -
Pension civile 6 567 278 568.99 6 638 535 058.39 (71 256 489.40)
Fonds en Fidei Commis 124 162 541.63 124 162 541.63 -
CFGDCT 451 757 350.64 478 757 350.64 (27 000 000.00)
Source : Compte Général de l’Administration Centrale de l’État en 2021-2022
3.5. États des opérations portant sur les Comptes Spéciaux du
Trésor
3.5.1. Situation du Compte Spécial du Trésor pour le Développement
(CSTD)
Jusqu’à la clôture de l’exercice 2020-2021, le MEF gérait six (6) comptes
spéciaux, dont le CSTD. Ce dernier n’apparait cependant pas dans le compte
général de l’exercice 2021-2022, alors qu’il avait un solde créditeur à la fin de
l’exercice antérieur.
Le MEF explique que le CSTP n’était plus opérationnel depuis la création du
Compte Unique du Trésor (CUT) au cours de l’exercice fiscal 2015-2016. Il s’en
suit que les dépenses d’investissement se font directement sur le Compte
central du Trésor.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
28
3.5.2. Mouvements de fonds au niveau des comptes CAS, FDU et
CFGDCT
Le « Tableau des opérations aux Comptes Spéciaux du Trésor » résume les
opérations en termes d’encaissements et de décaissements effectués sur
lesdits comptes au cours de l’exercice 2021-2022.
La Cour a noté que des dispositions ont été prises, en juin et décembre 2022,
en vue de procéder à la fermeture des comptes bancaires adossés à la Caisse
d’Assistance Sociale (CAS), au Fonds d’Urgence (FDU) et aux Contributions au
Fonds de gestion des Collectivités Territoriales (CFGDCT). Le MEF soutient aussi
qu’un compte unique dénommé Compte Escrow (CEAS), numéroté 11297762,
a été ouvert parallèlement pour les encaissements reliés à ces comptes
spéciaux. Le solde de clôture de ce compte unique n’est pas indiqué au 30
septembre 2022.
Tel qu’il est établi dans les rapports dressés antérieurement par la Cour, les
CFGDCT, prévues comme un complément de recettes, con tinuent d’être
gérées isolément du Fonds de Gestion des Collectivités territoriales (FGDCT).
Parallèlement aux différents comptes prévus pour les CFGDCT dans le Plan
Comptable Général de l’État (PCGE), il est prévu aussi le compte "131
Collectivités territoriales - Fonds de Gestion″ et le compte "1374 Fonds de
Gestion des Collectivités Territoriales - FDGCT″ respectivement dans la classe
des créances à court terme et dans celle des avances aux comptes spéciaux,
sans aucune référence aux CFGDCT.
La loi du 26 septembre 1996 sur la Modernisation des Entreprises Publiques a
établi une nouvelle contribution au FGDCT. Conformément aux dispositions
de l’article 34 de cette loi, les dividendes résultant de la participation de l’État
aux Sociétés d’Économie Mixte (SEMs) ainsi que des redevances locatives
provenant des concessions sont affectés spécialement à hauteur de 85% au
FGDCT et de 15% à un Fonds de protection de la sécurité sociale (FPSS).
Il s’avère que les dividendes versés au cours de l’exercice 2021-2022 par Les
Moulins d’Haïti (G 164 400 000.00), par exemple, sont comptabilisés comme
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
29
des autres ressources libres de toute affectation. En vertu des dispositions de
l’article 34 précité, et des articles 12 et 14 de la LEELF sur les Comptes Spéciaux
du Trésor, le problème de comptabilisation touchant les dividendes ainsi que
les redevances locatives des SEMs devrait être regardé de plus près.
Partant de ces considérations, il y a lieu de noter que le projet de loi de
règlement 2021-2022 a visé seulement, mais aussi à bon droit, la loi du 26 juin
1996 sur le FGDCT. Les lois du 20 aout 1996 et du 26 septembre 1996
respectivement sur les CFGDCT et sur la Modernisation des Entreprises
Publiques devraient l’être tout autant.
La Cour croit utile d’attirer l’attention du Parlement sur le problème posé par
la pratique de comptabilisation entre autres des dividendes issus de la
participation de l’État aux Sociétés d’Économie Mixte d’autant que ce
problème concerne l’affectation directe des recettes publiques déterminées
pour l’exécution de dépenses ou d’opérations particulières. Aussi est -il
susceptible d’avoir un impact significatif non seulement sur les résultats de
plusieurs exercices antérieurs y compris l’exercice 2021-2022, mais aussi sur la
mise en œuvre de politiques publiques ciblées par les Ministères sectoriels
concernés.
À l’inverse de ces remarques, il ne ressort aucun écart traduisant des
découverts du rapprochement entre les disponibilités mensuelles et les
décaissements mensuels présentés, s’agissant des opérations effectuées sur les
trois Comptes Spéciaux du Trésor.
3.6. Le résultat des opérations budgétaires viole le principe de
la sincérité budgétaire
Le principe de sincérité budgétaire est un pilier fondamental des finances
publiques. Il vise à assurer la transparence, l'exactitude et la fiabilité des
documents budgétaires d'un État.
La sincérité budgétaire exige plus loin que les crédits budgétaires alloués soient
exécutés en accord avec les prévisions, sans dissimulation de dépenses futures
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
30
ou de passifs potentiels. L'objectif est d'éviter toute manipulation ou
surestimation des chiffres susceptibles d'induire en erreur les décideurs publics,
les partenaires internationaux et les citoyens.
Dans le cadre des opérations budgétaires de l'exercice 2021-2022, il apparaît
que ce principe a été violé. L'article 12 du décret sur l'exécution du budget
présente un excédent de 1,97 milliard de gourdes, basé sur des ressources
totales de 195,11 milliards de gourdes et des dépenses de 193,14 milliards de
gourdes. Cependant, cette présentation ne reflète pas fidèlement la réalité
budgétaire.
D'abord, les recettes du Fonds National de l'Éducation (FNE) collectées par la
Banque de la République d'Haïti (BRH) sont incluses dans les ressources de
l’État, tandis que les dépenses correspondantes ne sont pas comptabilisées,
créant un déséquilibre artificiel entre les recettes et les dépenses.
Ensuite, des dépenses courantes s'élevant à 11.86 milliards de gourdes,
exécutées par des postes comptables, ne sont pas incluses dans les tableaux
principaux des dépenses, mais seulement mentionnées en annexe. L'omission
de ces dépenses participerait également à fausser le résultat budgétaire.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
31
PRINCIPAUX CONSTATS ET RECOMM ANDATION
La CSCCA répond à des exigences constitutionnelles et légales en produisant
le Rapport sur le Projet de Loi de Règlement de l’exercice fiscal 2021-2022
(RPLR 2021-2022). Le RPLR 2021-2022 est produit à partir d’une analyse de
cohérence interne du PLR et du Compte Général de l’Administration Centrale
de l’État (CGACE) soumis par le MEF, dans l’objectif de rendre compte de
l’exécution du budget 2021-2022 conformément aux lois de la République.
Les considérations de la CSCCA ne portent pas sur les rapports annuels de
performances des responsables de pro grammes, étant donné que ces
rapports ne sont pas préparés par le MEF, ni sur la conformité entre les comptes
des ordonnateurs et ceux des comptables publics, car les comptes des
comptables publics pour l’exercice sous analyse ne sont pas produits.
La Cour conclut que le PLR n’est globalement pas conforme aux exigences
de la loi du 4 mai 2016 remplaçant le Décret du 16 février 2005 sur le processus
d’Élaboration et d’Exécution des Lois de Finances (LEELF).
En effet, le document est entaché d’irrégularités et renferme des insuffisances
que la Cour qualifie de graves.
Le décret établissant l’exécution du budget et le CGACE 2021-2022
soumis à la Cour n’est ni signé ni daté, alors que l’article 58 de la LEELF
prescrit qu’il soit adopté en Conseil des Ministres avant son examen par
l’institution de contrôle.
L’inventaire des documents produits par le MEF a été établi au regard
de l’article 56 du LEELF. Des manquements tant au titre de la
comptabilité générale qu’au titre de la comptabilité budgétaire ont été
constatés. En particulier, les Rapports annuels de performance par
programme budgétaire mettant en évidence les écarts entre prévisions
et réalisations ne sont pas présentés. Il en est de même de l’Évaluation
des engagements hors bilan de l’État exigée par la loi.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
32
Concernant la présentation des états financiers, la Cour observe une
déviation par rapport aux normes comptables habituelles en matière de
données comparatives. En effet, les états financiers fournis ne sont pas
accompagnés des chiffres de l'exercice précédent, ce qui empêche
d'effectuer des comparaisons, comme le prévoit le Plan de
Comptabilité Générale de l’État (PCGE).
Des dépassements budgétaires et des dépenses imprévues ont été
constatés, mais ils n’ont pas été suffisamment justifiés. Par exemple, un
dépassement de 3,175 milliards de gourdes a été enregistré dans les
dépenses liées aux interventions publiques. De plus, des dépenses non
prévues, évaluées à 23,73 milliards de gourdes, ont été effectuées pour
le paiement de factures de produits pétroliers au nom du Bureau de
Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD).
Cependant, le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) n’a pas
fourni d’informations suffisantes pour justifier ces dépenses.
Des écarts significatifs entre la balance générale des comptes à la sortie
de l’exercice fiscal 2020-2021 et celle à l’entrée de l’exercice fiscal 2021-
2022 ont été notés.
Des discordances ont été également constatées entre les balances des
Comptes Spéciaux du Trésor.
Selon la Cour, il s’agit d’anomalies susceptibles de remettre en cause
l'intangibilité du bilan d'ouverture.
L’article 12 du décret stipule que l’exercice fiscal 2021-2022 s’est achevé
sur un résultat excédentaire de 1.967 milliard de gourdes.
Il en ressort que ce résultat est assorti d’engagements importants, dont
la prise en compte risque d’altérer son caractère excédentaire. C’est
le cas, par exemple, des dépenses exécutées sur le Fonds National de
l’Éducation (FNE), qui n’ont pas été rendues disponibles pour être
comptabilisées à l’instar des recettes dudit Fonds, par négligence de
l’Ordonnateur.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
33
Au vu des éléments mentionnés, la Cour invite le Ministère de l’Économie et
des Finances à se conformer aux dispositions de la Loi sur l'Élaboration et
l'Exécution des Lois de Finances (LEELF), au Plan de Comptabilité Générale de
l’État (PCGE), ainsi qu'aux principes de sincérité budgétaire.
Rapport sur l’exécution du budget| 2021-2022
34
Annexes
1. Projet de Loi de Règlement et Compte Général de
l’Administration Centrale de l’État en 2021-2022.
2. Projet de Loi de Règlement et Compte Général de
l’Administration Centrale de l’État en 2020-2021.
3. Décret établissant le Budget de la République d’Haïti de
l’exercice fiscal 2021-2022.
4. Loi sur l’Élaboration et l’Exécution des Lois de Finances (LEELF).
5. Loi sur la Modernisation des Entreprises Publiques.
6. Plan de Comptabilité Générale de l’État (PCGE).