(2018) Cartographie de l'industrie haïtienne de la musique
Resume — Cartographie de l'industrie musicale haïtienne, menée par l'association haïtienne des professionnels de la musique après avoir remporté en 2016 un appel à propositions du Fonds international pour la diversité culturelle de l'UNESCO. Fondée sur des enquêtes de terrain, des focus groups, des entretiens et une table ronde nationale, elle couvre l'environnement politique dont le Ministère de la Culture et son budget, puis la structure de la chaîne de production — métiers de la création, de la production (live et musique enregistrée), de la diffusion, de la promotion et de la formation — avec la distribution géographique de l'activité et une analyse de la valeur économique du secteur.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
CARTOGRAPHIE
DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE
DE LA MUSIQUE
Organisation
des Nations Unies
pour l’éducation,
la science et la culture
Diversité
des expressions
culturelles
Merci à tous les professionnels de la musique en Haïti et en diaspora qui
ont accepté de prendre part à cette enquête
et à tous ceux qui ont participé aux focus groups et à la table ronde.
Merci à toute l’équipe d’Ayiti Mizik, à Patricio Jeretic, Joel Widmaier,
Malaika Bécoulet, Mimerose Beaubrun, Ti Jo Zenny et à Jonathan Perry.
Merci au FIDC pour sa confiance et d’avoir cru à ce projet.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Cette étude est imprimée gracieusement
grâce à la Fondation Lucienne Deschamps.
2
Chambre de
Commerce t
d’Industrie
Textes :
Pascale Jaunay (Ayiti Mizik) | Isaac Marcelin (Ayiti Nexus) | Philippe Bécoulet (Leos)
Graphisme : Ricardo Mathieu, Joël Widmaier (couverture)
Editing: Ricardo Mathieu, Milena Sandler
Crédits photos couverture : Josué Azor, Joël Widmaier
Firme d’enquête et focus group : Ayiti Nexus
Tous droits réservés de reproduction des textes, photos et graphiques réservés pour tous pays
ISBN : 978-99970-4-697-0
Dépot Légal : 1707-465
Imprimé en Haïti
Organisation
des Nations Unies
pour l’éducation,
la science et la culture
Diversité
des expressions
culturelles
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
CARTOGRAPHIE
DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE
DE LA MUSIQUE
3
SOMMAIRE
I.INTRODUCTION 8
A. CONTEXTE DU PROJET 8
B. OBJECTIFS 8
C. JUSTIFICATION 9
D. MÉTHODOLOGIE 10
1. Enquêtes de terrain 10
2. Focus groups 13
3. Analyse des résultats 13
4. Interviews 14
5. Table-ronde nationale 14
II. CONTEXTE GÉNÉRAL 15
A. ENVIRONNEMENT POLITIQUE 15
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
1. Ministère de la Culture 16
2. Budget du Ministère de la Culture 18
a. Carnaval 19
b. Fêtes patronales et rara 21
c. Activités dans le secteur de la musique 21
4
B. ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE 21
1. Contexte macro-économique 21
2. Balance commerciale 22
3. Transfert d’argent 23
4. Indice des prix à la consommation 23
5. Monnaie 23
6. Emploi 24
C. DYNAMIQUE SOCIALE 25
D. TECHNOLOGIES 26
E. PERSPECTIVES DU PAYS 27
III. L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE 28
A. LES INDUSTRIES CRÉATIVES EN HAÏTI 28
B. PRATIQUES MUSICALES 29
C. PANORAMA DES GENRES MUSICAUX 30
1. Konpa 31
2. Musique racine / Mizik rasin 32
3. Musiques traditionnelles (vodou, rara)
32
4. Musiques urbaines (rap, reggae, rabòday, raga, électronique, rock) 33
5. Musique classique 35
6. Jazz 36
7. Musique évangélique / gospel 37
8. Chanson : Pop / variété
37
9. Troubadours
38
D. CARACTÉRISTIQUES DE LA CHAÎNE DE PRODUCTION 38
1. Métiers de la création 44
2. Métiers de la production 45
a. Live 45
b. Musique enregistrée 46
3. Métiers de la diffusion 48
4. Métiers de la promotion 49
5. Métiers de la formation 50
E. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE 51
F. ANALYSE DE LA VALEUR ÉCONOMIQUE 54
1. Profil des répondants 54
2. Statut professionnel des répondants 56
3. Revenus des répondants 57
4. Dépenses professionnelles 59
a. Infrastructures 60
b. Équipements 63
c. Dépenses de promotion 64
5. Financement des activités 66
G. DYNAMIQUE INTERNATIONALE 68
1. L’Etat 71
a. L’appareil d’Etat 71
b. Le cadre légal 74
c. Le droit d’auteur 76
d. Les politiques publiques 78
2. Institutions intervenant dans le secteur 79
a. Organisation des Nations Unies pour l’éducation,
la science et la culture (UNESCO) 79
b. Organisation des Nations Unies (ONU) 79
c. Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) 80
d. Communauté caribéenne (CARICOM) 81
e. Union européenne 81
f. Groupe des pays ACP 82
g. Caribbean Export Development Agency 82
h. Ambassade de France / Institut français à Paris /
Institut français en Haïti et réseau des Alliances françaises 82
i. Ambassade de Suisse en Haïti 83
j. Ambassade des Etats-Unis d’Amérique 84
k. Wallonie-Bruxelles International (WBI) 84
l. Fondation Konesans ak Libète / Connaissance et Liberté (FOKAL) 85
3. Organisations professionnelles 86
a. Association haïtienne des professionnels de la musique (Ayiti Mizik) 86
b. Sektè kiltirèl ayisyen pou Ayiti (SKAPA) 86
IV. FORCES ET FAIBLESSES DE L’INDUSTRIE
HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE 87
V. RECOMMANDATIONS 90
VI. CONCLUSION 94
Annexe 1 : Feuille de route du Ministère de la Culture et de la Communication
Annexe 2 : Questionnaire
97
100
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
H. ENCADREMENT DU SECTEUR 71
5
RESUME
L’association haïtienne des professionnels de la musique a gagné en 2016
l’appel à proposition du Fonds International pour la Diversité Culturelle
de l’UNESCO grâce auquel elle a pu, avec le soutien d’autres partenaires
financiers et opérationnels, lancer le projet de cartographie de l’industrie
haïtienne de la musique. Ce projet comprend une enquête de terrain auprès de 1520 professionnels de la musique, des focus groups et des interviews, qui offrent une base d’informations représentatives de l’industrie
musicale haïtienne, à partir de laquelle des considérations peuvent être
élaborées sur le secteur. Il inclut également une table ronde visant à établir
un consensus sur les recommandations à porter par les acteurs concernés.
L’industrie haïtienne de la musique évolue dans un contexte politique instable, où musique et politique sont de plus en plus imbriquées, même si le
budget accordé aux activités du Ministère de la Culture limite grandement
ses possibilités d’action structurelle.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
De son côté, le contexte économique est en dégradation continue avec
un PIB stagnant, une balance commerciale largement négative et une inflation forte depuis plus de vingt ans, qui diminue le pouvoir d’achat des
Haïtiens à mesure que la monnaie se déprécie. La pauvreté touche plus de
la moitié de la population, constituant un obstacle majeur à la construction d’une économie de loisirs. L’accès aux NTIC reste limité au regard des
autres pays de la région.
6
En dépit de ces circonstances, depuis plus d’un demi-siècle, Haïti fait
preuve de vigueur et de créativité dans presque tous les domaines artistiques et culturels. Le pays présente une variété importante de genres
musicaux. Même si le konpa reste la musique la mieux organisée sur le plan
commercial, la tendance générale de la dernière décennie est plutôt à la
diversification de la scène musicale haïtienne.
De son côté, la chaîne de production, telle qu’elle se laisse voir à travers les
réponses des professionnels du secteur enquêtés, est caractérisée par une
hypertrophie des métiers de la création comparés aux métiers de la production et de la diffusion, qui transforment la création en biens et services,
et qui permettent la mise en vente aux consommateurs.
La fragmentation de la chaîne de production est accentuée par une centralisation territoriale très forte et par la délocalisation d’offres de services
dans les territoires de la diaspora.
Les acteurs du secteur sont pour la majorité des individus contractuels
indépendants qui travaillent de manière informelle. Ils tirent leurs revenus
principalement des représentations live qui se jouent dans les espaces ouverts plutôt que dans le cadre plus conventionnel des bals et des concerts.
Toutefois, leurs revenus restent modestes et démontrent la difficulté à faire
face aux dépenses générales liées à l’exercice de leurs professions, notam-
ment aux coûts de production des représentations live qui sont la principale activité du secteur. Auto-producteurs de fait, les professionnels sont
contraints de financer eux-mêmes leurs activités, en l’absence de structuration administrative et de facilité de crédit bancaire. Le sponsoring est
la ressource la plus utilisée même si elle reste limitée, notamment par les
conditions économiques générales du pays.
L’absence de système efficace de gestion des droits d’auteur constitue
également un manque à gagner considérable pour les créateurs.
Toutefois, depuis quelques années, des compagnies étrangères ont décidé
d’investir dans la production d’artistes haïtiens. De son côté, la diaspora
offre une plateforme de visibilité et un marché plus rémunérateur, alors
que l’exportation des artistes haïtiens et de leurs productions est confrontée à des problèmes, parmi lesquels les difficultés de circulation (visa), le
coût des transports internationaux et l’absence de véritable support institutionnel.
Parallèlement, plus d’une douzaine d’institutions nationales et internationales interviennent dans le secteur, avec des missions spécifiques, qui ne
sont pas coordonnées.
En conclusion, l’industrie haïtienne de la musique présente plusieurs atouts,
parmi lesquels un héritage culturel vigoureux et original, un public extrêmement réceptif à la musique et la grande combativité de ses acteurs pour
pallier le manque de soutien et d’infrastructures. Toutefois, les faiblesses
inhérentes au secteur, notamment le manque de formation professionnelle
ainsi que le manque d’encadrement et d’infrastructures adaptées limitent
grandement son développement économique et social. Les conditions
économiques chaque fois plus difficiles, l’instabilité de l’Etat et sa faiblesse
constituent des obstacles majeurs qui pourraient être contrebalancés par
une stratégie misant sur la jeunesse de la population et l’existence d’une
diaspora active au niveau international.
Les recommandations finales, élaborées lors de la table ronde de concertation du 25 mai 2017, portent donc à la fois sur la reconnaissance légale des
professionnels et la réglementation encadrant leurs activités, le soutien à
la création, à la production et à la diffusion des œuvres en Haïti et à l’étranger, ainsi que sur la gestion efficace des droits d’auteur. Elles s’adressent à
l’Etat ainsi qu’aux acteurs du secteur dont la mobilisation est fondamentale pour le développement de l’industrie haïtienne de la musique.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
En effet, si l’appareil d’Etat dispose d’un nombre assez considérable d’organismes impliqués à divers titres dans le secteur, il ne possède pas de
législation adaptée ni de politique spécifique pour son renforcement et
son développement.
7
I. INTRODUCTION
A. CONTEXTE DU PROJET
L’association haïtienne des professionnels de la musique, Ayiti Mizik, a été fondée officiellement
en juillet 2010. Même si les discussions préexistaient à l’événement, sa constitution a été accélérée par le tremblement de terre majeur survenu en Haïti en janvier 2010. Cette catastrophe a
affecté immédiatement l’industrie haïtienne de la musique qui s’est vue privée d’activités pendant
de longs mois. Elle a mis en évidence son manque d’organisation, son caractère informel et l’absence de données et d’études préalables qui auraient pu être utiles dans les périodes à la fois
d’urgence et de reconstruction1.
Depuis sa création, Ayiti Mizik a donc inscrit à son ordre du jour la mise en œuvre d’une étude du
secteur de la musique, qui fournirait les données nécessaires à sa compréhension, pour mieux
atteindre l’objectif principal de l’association, qui est de promouvoir, développer et défendre les
intérêts de l’industrie haïtienne de la musique en général et de ses membres en particulier.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Dans cette perspective, Ayiti Mizik a bénéficié des travaux antérieurs de ses partenaires, en l’occurrence de l’association Caracoli qui, en 2009, avait esquissé une étude du secteur en collaboration avec la Fondation Haïti Jazz2.
8
Après plusieurs démarches infructueuses, elle a soumis le projet au Fonds International pour la
Diversité Culturelle de l’UNESCO, à l’occasion de l’appel à proposition de 2015. Elle a obtenu également le soutien financier de l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Ambassade de
Suisse en Haïti, la Fondation Konesans Ak Libète (FOKAL), la Fondation Lucienne Deschamps,
et l’appui opérationnel du Ministère de la Culture et de la Communication, du Ministère du Tourisme et des Industries créatives, de la Commission nationale de coopération avec l’UNESCO,
de l’Institut Français et du réseau des Alliances françaises en Haïti, du Centre de facilitation des
investissements (CFI), de la Chambre du Commerce et de l’Industrie (CCI) de l’Ouest, de Radio
Télé Métropole, et du Groupe Le Nouvelliste.
B. OBJECTIFS
L’objectif du présent projet est de cartographier l’industrie haïtienne de la musique à travers une
enquête menée dans plusieurs départements du territoire national, en collaboration avec une
équipe d’experts et d’acteurs compétents. L’industrie musicale peut être comprise comme l’ensemble des activités qui contribuent à l’offre commerciale de produits musicaux sous toutes leurs
formes, comme par exemple : la création d’œuvres musicales, les services de prestation live ou
de formation, les produits physiques ou dématérialisés de l’industrie discographique, etc. Pour
cette étude, le cadre du projet a été élargi à l’ensemble des professionnels dont tout ou partie des
revenus provenaient du secteur de la musique.
En plus de l’enquête, la démarche inclut la réunion d’acteurs et de partenaires du secteur pour
débattre des résultats, recueillir leurs recommandations et attirer l’attention de tous sur le potentiel
économique et social de l’industrie musicale. L’ensemble vise à contribuer au renforcement et au
développement durable de l’industrie musicale haïtienne en fournissant les données nécessaires
à l’élaboration d’une politique culturelle.
Le projet vise également à :
• Constituer le début d’une base de données nationale en augmentant la base de données initiale
de l’association ;
1
2
Cf. JAUNAY Pascale, « Dopo il sisma : le industrie musicali 2010-2011 », in L’Isola magica. Haiti, Ricordi, 2011, pp.145-153
Etude de la filière musique en Haïti, pré-rapport commandé par ATA, 2009, inédit
• Collecter des données sur l’ensemble du territoire national, en collaboration avec une équipe
d’experts et d’acteurs compétents ;
• Donner à voir, sous forme de carte(s), les différentes composantes du secteur sur (presque)
toute l’étendue du territoire national ;
• Décrire la chaîne de valeur de l’industrie musicale de la production à la mise en marché, en
identifiant les acteurs les plus significatifs ;
• Evaluer les méthodes de vente et les canaux de distribution avec leurs forces et leurs faiblesses ;
• Définir des caractéristiques d’une industrie musicale prospère (dynamiques institutionnelles,
innovation technologique, marketing etc.) ;
• Identifier les défis du secteur incluant la production locale, les droits d’auteurs, le piratage, les
quotas, l’accès au financement, etc. ;
• Présenter les différents acteurs institutionnels évoluant dans le secteur ;
• Présenter la législation existante dans le secteur ;
• Réunir les acteurs et partenaires pour débattre des résultats et les sensibiliser à la démarche sur
la valeur et le potentiel économique et social de l’industrie musicale ;
• Emettre des recommandations en matière de politique et de législation pour le secteur au niveau
national et international.
C. JUSTIFICATION
Le secteur de la musique est probablement le secteur le plus vigoureux. Sa taille est estimée à
plus d’un tiers du secteur culturel dans son ensemble4. Sa vitalité est reconnue par le Ministère de
la Culture qui l’a classé parmi les secteurs « économiquement viables » lors d’un projet d’étude
antérieur en 20125. Enfin, son rayonnement embrasse des expressions très diverses, originales
et plurielles, fortement inspirées par les savoirs traditionnels.
Le secteur de la musique génère une économie importante reposant sur un marché potentiel de
presque 11 millions de personnes auxquels s’ajoutent les 2 millions d’Haïtiens de la diaspora. Toutefois, le caractère grandement informel de cette économie et la disparité de ce marché limitent le
libre-échange et la libre circulation des biens et des services constitutifs ainsi que l’accroissement
du marché au-delà des zones d’influence historique (Antilles françaises et diaspora nord-américaine).
L’absence de vision globale, de données chiffrées et d’analyse de la chaîne de production sur l’ensemble du territoire d’un pays très fortement centralisé, constitue également une entrave à l’élaboration de mesures adéquates visant à la fois au développement du secteur et à l’amélioration
de la condition des artistes et des professionnels impliqués. Une étude cartographique incluant
une base de données permet à ces derniers de prendre conscience de leur appartenance à un
secteur à part entière, au potentiel à la fois national, régional et international, et de participer plus
activement à une action concertée avec l’ensemble des acteurs concernés, publics et privés.
3
4
5
Forum UNESCO sur Haïti « reconstituer le tissu social, culturel et intellectuel d’Haïti » du 24 Mars 2010 ; cf. www.unesco.org/new/fr/
media-services/single-view/news/unesco_forum_on_haiti/back/18256
Très peu de temps après le tremblement de terre de 2010, la fondation Konèsans e Libète (FOKAL) a effectué un état des lieux du
secteur culturel. Les résultats de cette enquête, menée dans une situation d’urgence extrême, restent partiels. Ils permettent toutefois d’évaluer l’étendue du secteur de la musique, dans la mesure où, sur les 365 entités enquêtées, 35,89% - soit plus d’un tiers, se
déclarent appartenir à ce secteur culturel, en tant que disquaires, musiciens, producteurs, propriétaires de studio d’enregistrement
ou de centre d’enseignement, ou encore techniciens du son.
Les résultats de l’enquête sont résumés sur le site : www.fokalnews.blogspot.com/2010/05/etat-des-lieux-du-secteurculturel-le.html
www.haitilibre.com/article-6524-haiti-culture-projet-d-etude-sur-les-filieres-culturelles-economiquement-viables-+-discours.html
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Si Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain, il est aussi connu pour la richesse de
sa culture et l’UNESCO a d’ailleurs insisté sur le rôle de la « culture comme ciment de la cohésion
sociale et moteur de développement » dans la « refondation » du pays après le tremblement de
terre de 20103.
9
D. MÉTHODOLOGIE
Ayiti Mizik a d’abord constitué un comité de pilotage réunissant les institutions partenaires du projet ainsi que des représentants du secteur de la musique :
• Ayiti Mizik, association haïtienne des professionnels de la musique
• Bureau national de l’UNESCO pour Haïti
• Ministère de la Culture et de la Communication
• Ministère du Tourisme et des Industries créatives
• Commission Nationale de Coopération avec l’UNESCO
• Centre de Facilitation des Investissements (Ministère du Commerce)
• Organisation Internationale de la Francophonie
• Ambassade de Suisse en Haïti
• Institut Français en Haïti
• Délégation des Alliances françaises en Haïti
• Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Ouest
• Groupe Le Nouvelliste
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Depuis le début du projet, le comité de pilotage s’est réuni une fois par mois pour garantir l’implication des différentes institutions et veiller à :
10
• S’assurer que le projet s’articule autour de la promotion de la convention de l’Unesco de 2005
sur la protection et la promotion de la diversité culturelle ;
• Formuler des orientations et apporter les modifications qui s’imposent, le cas échéant ;
• Faciliter la mise en œuvre du projet notamment la liaison avec les institutions concernées ;
• Garantir les bonnes pratiques de mise en œuvre du projet ;
• Garantir la bonne exécution du projet ;
• Valider les rapports financiers avant soumission au bailleur ;
• Valider les rapports narratifs avant soumission au bailleur ;
• Tout mettre en œuvre pour le suivi des recommandations émises ;
• Participer à la diffusion des résultats du projet.
D’autre part, Ayiti Mizik a chargé une équipe d’experts de la mise en œuvre du projet. Elle a confié
à la firme Ayiti Nexus la conception et la mise en œuvre d’enquêtes de terrain et de groupes de
discussion (focus groups) pour obtenir des données quantitatives et qualitatives. L’étude s’appuie
donc sur les informations obtenues auprès de 1520 professionnels de la musique ayant participé
à l’enquête de terrain ou à sa version en ligne (pour 185 d’entre eux).
1. ENQUÊTES DE TERRAIN
Pour des raisons budgétaires, l’enquête a été limitée à six départements du pays, auxquels ont
été attribués un nombre d’enquêteurs et des objectifs proportionnels à la population estimée en
2015, à savoir :
• Département de l’Artibonite : 19% > 3 enquêteurs > 237,5 questionnaires visés
• Département du Centre : 8% > 2 enquêteurs > 100 questionnaires visés
• Département du Nord : 12% > 2 enquêteurs > 150 questionnaires visés
• Département de l’Ouest : 45% > 8 enquêteurs > 562,5 questionnaires visés
• Département du Sud : 9% > 2 enquêteurs > 112,5 questionnaires visés
• Département du Sud-Est : 7% > 1 enquêteur > 87,5 questionnaires visés
• Total : 18 enquêteurs > 1250 questionnaires visés
Les résultats ont été les suivants :
• Département de l’Artibonite : 220 enquêtés > 14,47%
• Département du Centre : 171 enquêtés > 11,25%
• Département du Nord : 226 enquêtés > 14,86%
• Département de l’Ouest : 589 enquêtés > 38,75%
• Département du Sud : 77 enquêtés > 5,06%
• Département du Sud-Est : 162 enquêtés > 10,65%
• Questionnaire non renseigné / hors départements : 75 > 4,93%
• Total : 1520 enquêtés
NORD
14,86%
RÉPARTITION RÉELLE
DES ENQUÊTÉS
ARTIBONITE
14,47%
SANS RÉPONSE
5%
NON PRÉCISÉ
0,26%
CENTRE
11,25%
DIASPORA
2,61%
OUEST
SUD
5,06%
SUD EST
10,65%
Toutefois, les variations enregistrées ne peuvent pas prêter à conclusion quant à la taille de l’industrie de la musique dans les départements concernés, dans la mesure où elles peuvent être
dues aussi bien à la réalité du terrain qu’à l’efficacité des enquêteurs ou à la taille de leurs réseaux
respectifs.
En effet, en l’absence de données antérieures, les contacts des professionnels de la musique à
enquêter ont été fournis à la fois par l’association Ayiti Mizik et ses partenaires (Ministère de la
Culture et de la Communication, Institut Français et Alliances françaises en Haïti, Caracoli, Fondation Haïti Jazz) et par les enquêteurs, qui ont été recrutés en raison de leur expérience professionnelle et de leur connaissance du secteur de la musique. Chacun d’entre eux a donc eu pour
mission d’augmenter empiriquement la base de données fournie par Ayiti Mizik. La définition la
plus large a été appliquée, à savoir : toute personne gagnant tout ou partie de ses revenus dans le
secteur de la musique, quel que soit son corps de métier, a été considérée comme professionnel
de la musique et a pu répondre à l’enquête à ce titre.
D’une manière plus générale, l’absence de base de données nationale préalable a constitué un
défi important pour la conception et la mise en œuvre de l’enquête. Dans la pratique, chacun des
enquêteurs a recensé les acteurs de son réseau, c’est-à-dire ceux qui se sont avérés les plus
faciles d’accès pour lui. On note, par exemple, que les enquêtés en sections rurales sont sous-re-
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
38,75%
11
présentés6, sans que l’on puisse déterminer s’il s’agit d’une situation de fait, ou s’ils ont simplement été moins touchés par l’enquête en raison des difficultés d’accès. De même, la participation
de la diaspora a été sans aucun doute bien moindre que sa contribution réelle au secteur.
En complément des enquêtes de terrain, les professionnels des autres départements et de la
diaspora ont pu participer à l’enquête en ligne. 75 d’entre eux l’ont fait depuis la Grande Anse, le
Nord-Est, le Nord-Ouest d’Haïti, le Canada, les Etats-Unis, la France et la République Dominicaine ou encore l’Equateur, les Philippines et la Suisse.
Un questionnaire détaillé (en français et en créole) a été conçu conjointement par Ayiti Mizik et Ayiti
Nexus (cf. document en annexe). Les contraintes budgétaires ont limité ce questionnaire à une
seule version : il n’a pas pu être décliné en fonction de la profession ou du statut de l’enquêté (personne physique ou morale) ; il s’adresse uniquement aux personnes physiques.
Il a regroupé un ensemble de 77 questions séparées en 7 sections, la dernière étant facultative :
• Profil du répondant
• Métier dans le secteur musical
• Sources de revenu dans le secteur musical
• Infrastructures et équipements (utilisés)
• Activités de promotion
• Financement / retombées
• Production enregistrée
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Une campagne médiatique a précédé le lancement des enquêtes de terrain pour inciter les professionnels à se faire connaître et à participer. Des chanteurs connus de différents genres musicaux
ont prêté leur voix dans des spots radio qui ont été diffusés dans les six départements concernés,
après la conférence de presse qui a eu lieu le mardi 26 juillet. A titre d’incitatif, le journal Le Nouvelliste a publié, dans son supplément Ticket Magazine, des portraits choisis au hasard parmi les
enquêtés7.
12
6
7
Les enquêtés se situent dans les communes rurales pour environ 26,84%, contre 66,97% en zone urbaine (6,19% étant sans précision
sur ce point), alors que la population rurale en Haïti est estimée à 41% en 2015 selon la Banque Mondiale (donnees.banquemondiale.
org/indicateur/SP.RUR.TOTL.ZS)
A date, les portraits suivants ont été publiés : Adolphe Joseph Réal, producteur du Sud (http://lenouvelliste.com/article/171479/
adolphe-joseph-real-une-vie-dediee-a-la-production-musicale), Lucien Macome, directeur d’école de musique du Sud (http://lenouvelliste.com/article/171335/et-lubien-macome-crea-othello-bayard), Charleston Kervens, manager de l’Artibonite (http://lenouvelliste.com/article/171371/charleston-kervens-lhomme-derriere-les-destiny-girls)
La contribution des enquêtés s’est faite de façon bénévole, sans frais ni rémunération. A l’exception de l’identité et des coordonnées des participants, aucune réponse n’était obligatoire
pour les répondants afin qu’ils soient plus à l’aise, notamment avec les questions relatives aux
finances. Les données ont été recueillies de manière déclarative.
L’absence d’autres sources d’information, notamment officielles (déclaration de revenus, patentes délivrées par la Direction Générale des Impôts, statistiques des Ministères ou de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique, etc.) empêche de croiser les réponses et introduit
dans les résultats une marge d’erreur éventuelle (que l’enquêté ait minimisé ou maximisé ses
réponses), redoublée par le fait que le questionnaire lui-même pouvait prêter à des erreurs d’interprétation dans un secteur où la terminologie n’est pas fixée.
Les enquêtes ont duré du 22 août au 29 août 2016. Elles ont été complétées du 30 août au 4
septembre dans les départements où les quotas d’enquêtés n’avaient pas été atteints dans les
temps impartis. Le questionnaire bilingue français-créole a été mis en ligne du 30 août au 28
septembre 2016.
Les questionnaires ont été traités par la firme Diagnostic & Development Group (DDG). Les
données transmises à Ayiti Nexus ont été vérifiées pour exclure les cas aberrants et assurer la
validité des informations. Un ensemble de questions ont pu être traitées de manière quantitative
en utilisant le logiciel SPSS.
2. FOCUS GROUPS
6 focus groups ont eu lieu dans les départements visés par l’enquête de terrain, soit 1 aux Gonaïves (Artibonite), 1 à Hinche (Centre), 1 au Cap-Haïtien (Nord), 2 à Port-au-Prince (Ouest)8 et 1
à Jacmel (Sud-Est). Les participants ont été sélectionnés selon la technique de l’échantillonnage
aléatoire par choix raisonné, intégrant les 34 métiers recensés dans le secteur, le genre, l’âge et
l’ancienneté ainsi que le niveau de revenus des répondants. Au total, un échantillon représentatif
de 48 professionnels a alimenté les discussions, dont 36 hommes et 12 femmes, représentant 18
métiers différents de l’industrie musicale.
Chaque réunion a été animée à partir d’un guide de discussion qui a permis de centrer les
échanges sur les sujets importants de la cartographie, tout en laissant l’opportunité aux participants de détailler les aspects qui leur semblaient essentiels. Les informations collectées ont été
regroupées en 3 parties :
• Morphologie de l’industrie de la musique ;
• Avantages et inconvénients des métiers de la musique et leurs attributs socioéconomiques ;
• Défis auxquels fait face le secteur (sur les plans artistique et économique).
3. ANALYSE DES RÉSULTATS
La mise en œuvre de cette méthodologie a concentré les efforts de Ayiti Mizik et Ayiti Nexus pendant neuf mois, de juin 2016 à février 2017. Les rapports de Ayiti Nexus ont été remis en février.
Toutefois, après analyse des résultats, Ayiti Mizik a choisi de compléter la démarche.
Un rapport additionnel a été fourni par la compagnie Leos comportant une analyse plus détaillée
des données chiffrées.
8
Le passage du cyclone Matthew dans le Sud d’Haïti au mois d’octobre 2016 a conduit les organisateurs à annuler le focus group
prévu dans ce département et à inviter les professionnels du Sud à participer à un second focus groupe programmé à Port-auPrince.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
En complément, des groupes de discussion ou focus groups ont été organisés par Ayiti Nexus
auprès d’un nombre restreint d’enquêtés afin d’obtenir des données qualitatives sur le secteur.
13
D’autre part, un septième focus group a été réalisé le 24 avril 2017 par Ayiti Mizik à Port-au-Prince,
réunissant 12 professionnels reconnus pour leur expérience dans des métiers et des genres musicaux différents, afin d’avoir un examen plus poussé des forces et des faiblesses du secteur.
4. INTERVIEWS
En parallèle, 15 interviews ont été réalisées avec des personnes ressources du secteur de la
musique, dont plusieurs assument ou ont assumé des responsabilités au sein de l’Etat. Il faut préciser, sur ce point, que très peu d’informations du domaine public sont archivées et accessibles à
tous, notamment en ligne. Le Ministère de la Culture n’a pas de site internet actif.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Les personnes interrogées ont été les suivantes :
14
• Jean-Marc Apollon, PDG de Radio One, 23-09-2016
• Muriel Augustin, Lionel Benjamin, Fred Lizaire, Harry Luc, Joseph Zenny, membres de SKAPA
(Sektè Kiltirèl Ayisyen pou Ayiti), 23-08-2016
• Elsa Baussan, conseillère culture auprès du Président Martelly, 20-09-2016
• Pierre-Rigaud Chéry, directeur de l’INAMUH, 22-05-2017
• Robert Denis, Président du Conseil des Arts de la Scène, 4-08-2016
• Philippe Dodart, directeur de l’Ecole Nationale des Arts (ENARTS), 11-08-2016
• Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste/Ticket Magazine, 22-08-2016
• Erol Josué, directeur du Bureau National d’Ethnologie (BNE), 11-08-2016
• Jean-Michel Lapin, directeur général du Ministère de la Culture, 19-09-2016
• Michèle Lemoine, responsable du département Art et culture de la Fondation Konesans ak Libète (FOKAL), 21-09-2016
• Loren Lilavois, directeur du département marketing de la Brasserie Nationale, 19-01-2017
• Jean Mathiot, directeur exécutif de l’Institut Français en Haïti, 23-09-2016
• Lubonheur Lorédant, directeur-adjoint à la Direction Générale des Impôts (DGI), 12-04-2017
• Ronald Paul, spécialiste en politique culturelle, ex-cadre du Ministère de la Culture, 4-08-2016
• Richard Widmaier, PDG de Radio Télé Métropole, 22-09-2016
5. TABLE-RONDE NATIONALE
En vue d’assurer une plus grande représentativité du projet, une table ronde nationale a été organisée le jeudi 25 mai 2017 avec une cinquantaine de professionnels provenant des six départements enquêtés afin de leur présenter les résultats et les conclusions préliminaires de l’étude
et de réunir leurs recommandations sur différents points. Plus précisément, des ateliers de travail
ont permis de réfléchir sur les problématiques suivantes :
• Le statut légal des professionnels et notamment les conditions fiscales de l’exercice de leurs
métiers,
• La création et les dispositifs permettant de soutenir la culture traditionnelle, de renforcer le talent
des créateurs et d’améliorer leurs conditions de travail,
• La production et la diffusion des œuvres que ce soit live ou enregistrées en Haïti et à l’étranger,
• Le respect effectif du droit d’auteur et l’augmentation des revenus des créateurs,
• La mobilisation continue du secteur pour que l’ensemble des recommandations soient effectivement mises en œuvre à court, moyen et long terme.
En conclusion, la méthodologie adoptée a fait en sorte de garantir la plus grande représentativité
du secteur et son implication active dans le projet, du comité de pilotage jusqu’à la table ronde de
concertation, en passant par les interviews, les focus groups et les enquêtes de terrain. En ce qui
concerne ces dernières, qui sont au centre de la démarche, les professionnels ont été identifiés
de manière aléatoire dans le réseau de Ayiti Mizik et de ses partenaires. Toutefois, l’absence de
données préliminaires provenant d’une institution extérieure prive l’enquête de références pour
déterminer son niveau d’exhaustivité, et de possibilités de croiser les résultats pour garantir la
qualité des données. D’une manière générale, le niveau d’exigence du projet s’est heurté au
manque de ressources humaines en économie de la culture (depuis l’élaboration du questionnaire jusqu’à l’analyse finale des données recueillies) et à la relative indolence des acteurs et
institutions concernés, en raison peut-être du caractère novateur de la démarche en Haïti. Dans
ces conditions, les résultats des 1520 questionnaires validés ne permettent pas de produire avec
précision les données chiffrées valables pour l’ensemble de l’industrie haïtienne de la musique.
Ils permettent néanmoins d’illustrer ses grandes tendances et autorisent un certain nombre de
considérations qui demanderont à être approfondies par des travaux ultérieurs.
II. CONTEXTE GÉNÉRAL
A. ENVIRONNEMENT POLITIQUE
Au début du XIXème siècle, Haïti était à l’avant-garde de l’Histoire : Haïti est le premier pays au
monde à abolir l’esclavage et la seconde colonie du continent américain à prendre son indépendance, en 1804, après les Etats-Unis d’Amérique.
Les périodes de troubles politiques se sont succédées jusqu’au premier mandat complet d’un
président élu au suffrage universel (René Préval, 1996-2001). Depuis lors, hormis deux épisodes de présidence provisoire (après le départ de Jean-Bertrand Aristide, en 2004, et à la fin
du mandat de Michel Martelly, en 2016), le pouvoir a été tenu par des Présidents élus, même
si les élections ont parfois été contestées dans leur déroulement et leurs résultats.
D’autre part, l’instabilité qui caractérise l’environnement politique, est associée à une très
forte personnalisation du pouvoir.
Celle-ci se ressent dans le secteur de la musique. Les présidents de la République imprègnent
ainsi leur mandat de leurs préférences musicales. Jean-Bertrand Aristide était connu pour favoriser les bandes à pied et les groupes de mizik rasin qui avaient accompagné son arrivée au
pouvoir. De son côté, René Préval, président mélomane, a financé la renaissance du « Jazz
des Jeunes », groupe mythique des années 40-50, et un ambitieux projet d’une école de musique par commune, sur le modèle de celle qu’il avait fondée à Marmelade en 2003.
René Préval a aussi introduit un ensemble de musiciens au cœur même de la vie politique.
Pour la première fois, en 2006, il a utilisé une caravane de musiciens pour le suivre dans sa
campagne électorale. A partir de cette date, l’implication des musiciens dans la vie politique
prend une autre tournure : ils deviennent acteurs à part entière de la scène politique jusqu’à
briguer eux-mêmes un mandat.
« (…) On l’oublie peut-être, mais la musique a toujours été un des grands accompagnateurs
des leaders politiques. Pendant la campagne et après. De la simple bande de rara payée
quelques gourdes dans une obscure ville de province à la mégastar qui écrit une musique
partisane ou endosse une candidature, la musique est l’âme qui anime les foules. Le tournant
des artistes dans la politique date de 2006 quand René Préval permet à des chanteurs de
prendre le pas sur les slogans et son programme, lors de sa campagne à la présidence. Dix
ans plus tard, les principaux porte-voix du candidat de Lespwa de l’époque sont des élus :
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Toutefois, depuis lors, son histoire a été marquée par l’instabilité politique. Après l’occupation armée des Etats-Unis (1915-1934) et la dictature de François et Jean-Claude Duvalier
(1957-1986), Haïti s’est doté en 1987 d’une Constitution dite Républicaine qui consacre la
séparation des pouvoirs, l’élection au suffrage universel du Président de la République et des
parlementaires des deux chambres.
15
Gracia Delva, le premier, pour un poste de député, a compris qu’il pouvait convertir sa popularité en vote. Jakito et Don Kato ont suivi et sont aujourd’hui d’honorables sénateurs. Gracia,
depuis le succès de ses compagnons de la campagne de René Préval, brigue le suffrage
de son département pour devenir sénateur à son tour. Si Azor n’était pas mort, qui sait quel
poste il occuperait aujourd’hui. Si on peut servir un autre, on peut se servir soi-même, ont vite
compris les artistes. En Haïti, la chanson mène à tout. »9
Aux côtés des parlementaires Antonio Cheramy « Don Kato », Gracia Delva, Jacques Sauveur Jean « Jakito » et de l’animateur Carel Desrameaux, l’exemple le plus abouti est celui de
Michel Joseph Martelly, passé de la « présidence du konpa » au sein du groupe Sweet Micky
à la présidence de la République (2011-2016).
Son accession à la magistrature suprême pose ainsi la question générale des rapports entre
musique et pouvoir en Haïti, question qui peut être entendue à la fois comme l’instrumentalisation de la musique par le monde politique que ce soit dans les manifestations, les fêtes populaires ou les Carnavals, mais aussi, désormais, comme l’entrée de plus en plus manifeste
des musiciens sur la scène politique.
En ce qui concerne le mandat présidentiel de Michel Martelly, hormis la création d’un second
Carnaval (le Carnaval des Fleurs, ressuscité des années 197010), du Conseil des Arts de la
Scène et de l’Institut National de Musique Haïtienne (INAMUH), le Président musicien n’a pas
accordé une attention particulière aux différents sujets qui préoccupent les professionnels du
secteur de la musique.
1. MINISTÈRE DE LA CULTURE
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Le Ministère de la Culture (parfois sous la forme de Secrétariat d’Etat, seul ou associé au Ministère de la Communication), existe officiellement depuis 1995 (décret du 28 janvier 1995).
16
Au cours de son histoire, il a produit des déclarations d’intention et des plans d’action, mais plus
de vingt ans après sa fondation, il ne possède pas de loi-cadre définissant ses objectifs et ses
engagements.
Cette situation favorise le caractère arbitraire des décisions et le manque de continuité des politiques qui se succèdent au rythme des changements de gouvernement. Le Ministère a connu en
moyenne un ministre par année, soit 20 titulaires depuis sa fondation.
PRÉSIDENTS DE LA RÉPUBLIQUE ET MINISTRES DE LA CULTURE DEPUIS 1996
PRÉSIDENT
DÉBUT
DU MANDAT
Jean-Bertrand
12 octobre 1994
Aristide
René Préval
9
7 février 1996
MINISTRES DE LA CULTURE
(OU SECRÉTAIRES D’ETAT)
FIN
DU MANDAT
7 février 1996
7 février 2001
1. Jean-Claude Bajeux (1994-1996)
2.
3.
4.
5.
Raoul Peck (février 1996-juin 1997)
Jacques-Edouard Alexis (1997-1999)
Paul Antoine Bien Aimé
Jean-Robert Vaval (mars 1999-février
2001)
Frantz Duval, Le Nouvelliste, 29 août 2016 : http://lenouvelliste.com/lenouvelliste/article/162578/La-campagne-electorale-est-un-spectacle
10 Selon le site Haïti-Référence, le premier Carnaval des Fleurs fut organisé sous le président Sudre Dartiguenave en 1916. L’idée fut
reprise sous le gouvernement du président Dumarsais Estimé, durant l’exposition du Bicentenaire de Port-au-Prince (1949), puis
par Jean-Claude Duvalier jusqu’en 1973. (www.haiti-reference.com/pages/plan/sports-et-loisirs/musique/carnaval/#3)
PRÉSIDENT
DÉBUT
DU MANDAT
FIN
DU MANDAT
MINISTRES DE LA CULTURE
(OU SECRÉTAIRES D’ETAT)
Jean-Bertrand
Aristide
7 février 2001
29 février 2004
6. Guy Paul (mars 2001-janvier 2002)
7. Lilas Desquiron (janvier 2002-février
2004)
Boniface
Alexandre
29 février 2004
7 février 2017
8. Magali Comeau Denis (mars 2004-mai
2006)
14 mai 2011
9. Daniel Elie (juin 2006- juillet 2007)
10. Eddy Lubin (septembre 2007-2008)
11. Olsen Jean Julien (septembre
2008-octobre 2009)
12. Marie-Laurence Jocelyn Lassègue
(novembre 2009-mai 2011)
14 mai 2011
7 février 2016
13. Choiseul Henriquez (novembre 2011)
14. Pierre Raymond Dumas (décembre
2011-février 2012)
15. Mario Dupuy (mai 2012-janvier 2013)
16. Josette Darguste (janvier 2013-avril
2014)
17. Monique Rocourt (avril 2014-janvier
2015)
18. Dithny Joan Raton (janvier
2015-février 2016)
14 février 2016
7 février 2017
19. Marc Aurèle Garcia (février
2016-février 2017)
7 février 2017
En fonction
20. Limond Toussaint (mars 2017)
René Préval
Michel
Martelly
Jocelerme
Privert
Jovenel Moïse
14 mai 2006
D’autre part, le Ministère est caractérisé également par une administration de taille considérable.
Les Bureaux centraux et départementaux comportent un total de 175 à 180 employés auxquels
s’additionnent ceux des neuf organismes autonomes qui lui sont liés.
Le Ministère est constitué par son bureau central de Port-au-Prince et par trois directions départementales pour le Centre, le Nord et le Sud-Est, auxquels il est prévu d’ajouter des directions pour
les départements de l’Artibonite et du Sud. Ces Bureaux ont les mêmes activités que la Direction
de la Création artistique et littéraire au bureau central, c’est-à-dire qu’ils ont pour mission d’encadrer les créateurs, de les inciter à la création, de travailler sur le contenu artistique en liaison
avec les organismes autonomes du Ministère. Les bureaux départementaux sont en principe
autonomes dans leur décision, mais ils n’ont pas de budget propre.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
PRÉSIDENTS DE LA RÉPUBLIQUE ET MINISTRES DE LA CULTURE DEPUIS 1996
17
ORGANIGRAMME DU MINISTÈRE DE LA CULTURE RECONSTITUÉ
D’APRÈS LES INFORMATIONS OBTENUES EN INTERVIEWS
Direction de la Création
Artistique et Littéraire
Direction du
Développement culturel
Cabinet technique
Unité d’étude
et de programmation
Direction du Patrimoine
Ministre
de la Culture
Bureau
du Ministre
Direction des
Ressources Humaines
Direction de la
Communication
Direction Administrative
et du Budget
Unité de coordination avec
les bureaux départementaux
Direction Générale +
Directeur Général Adjoint
Direction Départementale
du Nord
Direction Départementale
du Sud-Est
Direction Départementale
du Centre
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
D’autre part, le Ministère est complété par neuf organismes autonomes :
18
• Archives Nationales
• Bibliothèque Nationale
• Bureau Haïtien du Droit d’auteur
• Bureau National d’Ethnologie
• Direction Nationale du Livre
• Ecole Nationale des Arts
• Institut de Sauvegarde du Patrimoine National
• Musée du Panthéon National
• Théâtre National
2. BUDGET DU MINISTÈRE DE LA CULTURE
En dépit de cette armature, la volonté de l’Etat ne se transcrit pas en termes budgétaires.
Le Ministère de la Culture bénéficie d’un budget de 1 296 818 515 HTG selon la Loi des finances
2015-2016, soit 1,06% du budget national (19 951 054,10 USD au taux de 65HTG/1USD qui est
le taux de référence utilisé pour la période).
CODE
1412
TITRE I
Crédits de
Crédits
fonctionnement
d’investissement
TOTAL
65 836 000 000
MINISTERE DE LA
CULTURE
INSTITUTION
Dépenses
de Personnel
Total des crédits
Pourcentage
56 843 830 801
122 679 830 801
100%
1 072 818 515
224 000 000
1 296 818 515
1,06%
447 792 279
0
447 792 279
34,53%
CODE
TITRE II
TITRE III
TITRE IV
TITRE V
INSTITUTION
Dépenses de
Bien et Services
Dépenses
d’immobilisation
Dépenses
de transferts
Autres dépenses
publiques
Crédits de
Crédits
fonctionnement
d’investissement
458 518 395
Total des crédits
Pourcentage
50 000 000
508 518 395
39,21%
14 266 572
174 000 000
188 266 572
14,52%
26 217 431
0
26 217 431
2,02%
126 023 838
0
126 023 838
9,72%
CODE
INSTITUTION
Total des crédits
Pourcentage
1412
MINISTERE DE LA CULTURE
1 296 818 515
100,00%
1412-1-11
BUREAU DU MINISTRE
91 228 192
7,03%
1412-1-12
DIRECTION GENERALE DES SERVICES INTERNES
540 662 872
41,69%
1412-1-13
ECOLE NATIONALE DES ARTS
47 754 753
3,68%
64 901 603
5,00%
1412-1-14
INSTITUT DE SAUVEGARDE
DU PATRIMOINE NATIONAL
1412-1-15
THEATRE NATIONAL
38 184 122
2,94%
1412-1-16
MUSEE DU PANTHEON NATIONAL
38 733 956
2,99%
1412-1-17
BUREAU NATIONAL D’ETHNOLOGIE
20 747 883
1,60%
1412-1-18
BIBLIOTHEQUE NATIONALE
44 974 487
3,47%
1412-1-19
ARCHIVES NATIONALES
119 397 133
9,21%
1412-1-23
ACTIVITES CULTURELLES
269 263 000
20,76%
1412-1-24
DIRECTION NATIONALE DU LIVRE
53 398 878
4,12%
1412-1-25
BUREAU HAITIEN DU DROIT D’AUTEUR
38 134 274
2,94%
La rubrique « activités culturelles » est ensuite répartie pour moitié entre les activités régulières
comme le Carnaval et les fêtes traditionnelles (fêtes patronales, rara), et les festivals, foires et
autres manifestations culturelles.
a. Carnaval
Le Carnaval est probablement l’activité principale du Ministère de la Culture dans le secteur. Elle
représente également un moment important de l’année pour celui-ci, où plusieurs centaines de
méringues (musiques de Carnaval) sont composées, enregistrées et diffusées tandis que les
fêtes et bals viennent compléter les animations de DJ et les parades de rue, qui commencent dès
après le premier dimanche faisant suite au 10 janvier.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Parmi ces dépenses, seules 269 263 000 HTG (4 142 507,69 USD), soit 20,76%, sont consacrées
aux activités culturelles, le reste ayant à voir avec le fonctionnement même du Ministère et de
ses organismes autonomes, notamment les dépenses de personnel qui représentent un total de
34,53%.
19
Le Carnaval mériterait à lui seul une étude à part entière.
Ces dernières années, il est caractérisé par une implication chaque fois plus importante de la
politique dans la programmation artistique et la gestion financière.
Avant la présidence de Michel Martelly, le Ministère de la Culture, qui organisait l’événement
avec les municipalités, laissait une marge d’action plus importante au secteur privé, qui était libre
de financer les groupes, les stands et les activités de son choix. A partir de 2012, en l’absence
de maires élus, l’Etat établit une mainmise sur la gestion du Carnaval : en plus du budget public
dédié, il reçoit directement le sponsoring du secteur privé et redistribue les fonds aux différents
acteurs selon des tarifs fixés par lui-même, le tout dans un objectif déclaré de rationalisation et de
rentabilité. La mise en œuvre est confiée à un comité de gestion associant Etat et secteur privé.
S’il est indéniable que la période du Carnaval suscite une activité économique plus intense qu’à
l’ordinaire pour l’industrie haïtienne de la musique et d’autres secteurs connexes (hôtellerie, petit
commerce, etc.), les résultats économiques de ce nouveau dispositif n’ont pas encore été clairement établis.
La communication officielle sur le budget du Carnaval se fait en amont et les bilans ne sont pas
divulgués11. Le tableau ci-dessous combine les chiffres diffusés par la presse. 1213141516171819
BUDGET DU CARNAVAL DE 2011 A 2017 (sources combinées)
2011
2012
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
2013
20
2014
2015
2016
90 millions de gourdes
(plusieurs villes) 12
150 millions de gourdes
pour les Cayes13
174 millions de gourdes
pour le Cap Haïtien14
Dont 50 millions de l’Etat
Dont 50 millions de l’Etat
120 millions de gourdes
pour Gonaïves15
143 millions de gourdes
pour Port-au-Prince16
Dont 28,6 millions de l’Etat (20%)
90 millions de gourdes
pour Port-au-Prince17
240 millions de gourdes
2017
Dont 40 millions de gourdes du MC
pour les Cayes18 + 80 millions
pour Port-au-Prince19
Dont 50 millions du Ministère de la Culture
(pour les Cayes)
A ce budget, il faut ajouter celui des Carnavals de province, notamment celui de Jacmel, mais
aussi de nombreuses villes qui réclament désormais leur Carnaval.
11 La presse s’est réjouie de recevoir le bilan du Carnaval 2017 : www.lenational.org/enfin-rapport-carnaval-national-cayes/. Toutefois
les informations communiquées posent encore question.
12 www.haitilibre.com/article-2318-haiti-carnaval-2011-le-gouvernement-s-engage-pour-1-millions-de-dollars.html
13 www.alterpresse.org/article12255
14 www.hpnhaiti.com/site/index.php/art-a-spectacle/8519-haiti-carnaval-174-millions-de-gdes-prevues-dans-le-budget-pour-le-caphaitien
15 www.scoopfmhaiti.com/3383/haiti-carnaval-2014-le-budget-est-enfin-pret/
16 www.alterpresse.org/spip.php?article17739
17 www.hpnhaiti.com/site/index.php/societe/17781-culture-le-comite-organisateur-du-carnaval-2016-officiellement-constitue
18 www.loophaiti.com/content/le-budget-du-carnaval-national-est-enfin-connu
19 www.lenouvelliste.com/article/168749/port-au-prince-aura-son-carnaval-avec-un-budget-de-80-millions-de-gourdes
En effet, parallèlement à ce nouveau système de gestion, la Présidence de Michel Martelly a
également introduit la décentralisation du Carnaval National, aux Cayes (2012), au Cap Haïtien
(2013), puis aux Gonaïves (2014), tandis qu’elle recréait le Carnaval des Fleurs à Port-au-Prince,
au mois de juillet. La multiplication des Carnavals a continué après le départ de Michel Martelly. En
plus du Carnaval de Jacmel, l’année 2017 a vu se tenir un Carnaval aux Cayes (géré par l’Etat) et
un autre simultané à Port-au-Prince (au budget estimé à 80 millions de gourdes, géré par la Mairie),
qui marquaient des divisions politiques, le Maire de Port-au-Prince, ex-manager du groupe de rap
Barikad Crew, ayant accédé à la Mairie sous la bannière d’un parti d’opposition, en l’occurrence la
Ligue Alternative pour le Progrès et l’Emancipation Haïtienne (LAPEH).
En avril 2017, les Sénateurs ont voté une loi pour l’institutionnalisation du comité de Carnaval, à
travers la création d’un Comité permanent du Carnaval nommé pour deux deux ans20.
b. Fêtes patronales et rara
Sur toute l’étendue du territoire national, le calendrier haïtien est ponctué par de nombreuses fêtes
traditionnelles, notamment les fêtes patronales ou fêtes champêtres21 qui, à une date précise, célèbrent le saint patron de chaque localité, et les rara qui, tout au long du Carême jusqu’à Pâques,
impliquent, entre autres, des orchestres déambulatoires du même nom.
Il n’existe aucune donnée officielle accessible sur le financement complet de ces activités. La contribution du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales est souvent citée, en plus de celle
du Ministère de la Culture. En 2017, la presse a révélé l’existence de chèques attribués aux parlementaires à l’occasion des fêtes de Pâques : 350 000 gourdes pour chacun des 116 députés (soit
5 000 USD au taux de 70 HTG pour 1 USD) et 1 million de gourdes (environ 14 285 USD) pour
chacun des 28 sénateurs, soit un total de 68 600 000 gourdes (980 000 USD), ce qui laisse voir à
la fois l’importance des montants mis à la disposition des élus et la liberté de décaissement qui leur
est laissée22.
c. Activités dans le secteur de la musique
Enfin, le Ministère de la Culture intervient en soutien à des projets ponctuels et à des manifestations
du secteur, telles que le Festival International de Jazz de Port-au-Prince, le Festival de musiques et
danses traditionnelles « Destination Aquin » ou encore le Festival rara de Paillant. Ces manifestations n’étant pas inscrites dans le budget du Ministère, les organisateurs doivent ré-introduire des
demandes chaque année. Le Ministère réalise aussi ses propres activités, soit directement, soit
par l’intermédiaire d’opérateurs privés.
B. ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE23
1. CONTEXTE MACRO-ÉCONOMIQUE24
Le produit intérieur brut haïtien par habitant (en PPA) stagne depuis des années (Figure 1) : il est
de US$ 1 658 en 2015, et celui de République Dominicaine (RD) voisine est 8 fois plus élevé :
USD 13 375.
20
21
22
23
www.haitilibre.com/article-20740-haiti-culture-vote-de-la-proposition-de-loi-relative-a-l-aide-aux-artistes-haitiens.html
www.haiti-reference.com/pages/plan/sports-et-loisirs/fetes-champetres
www.lenouvelliste.com/article/170132/fete-de-paques-76-millions-pour-le-hareng-saur-et-lhuile-dolive-de-nos-elus
Le rapport de Ayiti Nexus rédigé par Isaac Marcelin et complété par Philippe Bécoulet pour le compte de Leos-Essentielle est cité
sur une trame bleue. Les citations originales et les notes sont conservées. Les numérotations des figures et tableaux ont été modifiées pour faciliter la lecture.
24 Sauf indication contraire, les chiffres du chapitre sont extraits de : Haïti. Investir dans l’humain pour combattre la pauvreté,
MPCE/ONPES/BM, 2014.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Le financement de ces fêtes traditionnelles se fait en partie à partir de l’enveloppe « activités culturelles » du Ministère de la Culture, à travers des subventions versées aux autorités locales, et dans
une moindre mesure, à des associations légalement enregistrées.
21
Figure 1
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Haïti occupe la 161e place sur 186 pays dans le classement de l’Indice de développement humain
du Programme des Nations Unies pour le Développement. 59% de la population vit en-dessous
du seuil de pauvreté, et près de 10% est exposée au risque de tomber dans la pauvreté. Seulement 2% de la population consomme l’équivalent d’au moins USD 10 par jour qui représente le
seuil de revenu identifiant la classe moyenne dans la région Amérique Latine & Caraïbes (ALC).
22
Après une contraction de 5,5% du PIB en 2010 en raison du tremblement de terre, Haïti a eu un
taux de croissance moyen du PIB de 3,4% entre 2011 et 2015, stimulé en partie par des niveaux
élevés d’aide à la reconstruction et les envois de fonds. Le PIB en 2012 était de 14 407 millions
de gourdes, dont 62,6% pour le seul secteur tertiaire (services). 25 De 2010 à 2012, les investissements directs étrangers s’élevaient à USD 170 millions en moyenne annuelle, soit 2,36% du PIB,
vs 42% en République Dominicaine (2012).
Haïti est le pays le plus pauvre et le plus inégalitaire du continent américain : les 20% les plus
riches détiennent plus de 64% du revenu total du pays, alors que les 20% les plus pauvres en détiennent à peine 1%. Le coefficient de Gini est de 0,64, l’un des plus élevés au monde (ECVMAS
2012, 134). Plus de la moitié de la population (51,1%) en 2014 gagne moins de HTG 1 000 par
mois, un revenu inférieur au taux d’extrême pauvreté (PSDH/ONPES).
2. BALANCE COMMERCIALE
La balance commerciale haïtienne est négative. Le déficit variait de 20 à 30% en pourcentage
de PIB jusqu’en 2010 (Figure 2), et il a fallu 5 ans pour revenir à ce niveau après le tremblement
de terre. En 2015, les importations totalisaient 4,38 milliards de dollars contre 1,43 pour les exportations26. Outre la suppression des barrières douanières en 1986 et 1996 (Plans d’ajustement
structurel du FMI) qui a affecté la production agricole à la baisse et par voie de conséquence l’autosuffisance alimentaire du pays, le déficit chronique de la balance commerciale suggère une trop
faible croissance de la production de biens et de services dans un contexte de forte croissance
démographique.
25 Les comptes économiques en 2013, IHSI/DSE
26 Perspective monde, Université de Sherbrooke, perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/HTI/fr.html
Figure 2
3. TRANSFERT D’ARGENT
Le transfert d’argent en provenance de la diaspora (10% de la population environ) joue un rôle
majeur dans l’économie haïtienne : il est passé de 8,8% en pourcentage de PIB en 1998 à 25%
en 201527. À titre de comparaison, le transfert d’argent est aussi important que la contribution de
la production agricole au PIB.
L’inflation des prix à la consommation (aliments, logement, habillement, transport, loisir) est forte
depuis plus de 20 ans. Les prix ont augmenté de 8% en moyenne entre 2010 et 2014, et de 11,5%
en 2015 (indice = 100 en 2010).
5. MONNAIE
La gourde, monnaie nationale, avait une parité fixe par rapport au dollar américain de 5/1 jusqu’en
1991, date à partir de laquelle elle va commencer à se déprécier28. La parité était de 50,7/1 en
2015, et elle est de 65/1 lors de l’enquête en octobre 2016. Les élections et l’instabilité politique
accentuent la dépréciation de la gourde sans doper les exportations par manque d’investissements. Les salaires par contre ne suivent pas, et le pouvoir d’achat des Haïtiens diminue.
27 donnees.banquemondiale.org/indicateur/BX.TRF.PWKR.DT.GD.ZS?locations=HT
28 Le FMI jugeait la gourde surévaluée par rapport au dollar. Sur le marché des changes, la parité entre 2 monnaies dépend de
plusieurs variables : le solde des investissements étrangers dans le pays et des investissements du pays à l’étranger, la production
nationale rapportée à son volume d’heures de travail (productivité), le rapport des prix à l’exportation aux prix à l’importation, les
différences d’inflation, les écarts de taux d’intérêt (de l’argent), la balance des opérations courantes, etc.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
4. INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION
23
Figure 3
6. EMPLOI
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
De 1990 à 2000, l’emploi dans le secteur primaire (agriculture) est passé de 65 à 50% en pourcentage de l’emploi total, tandis que dans le secteur tertiaire – celui des services comprenant les
industries culturelles et créatives notamment, il a augmenté de 23 à 40%. Il est resté constant
autour de 10% dans le secteur secondaire (industries).
24
Haïti a le plus faible taux d’activité économique de la région ALC : 60% des personnes en âge
de travailler (15-64) sont sur le marché du travail, vs 70% en RD. L’agriculture emploie 47% des
actifs, le secteur informel non agricole 45,1%, le secteur privé formel 4,5%, et le secteur public
3,4%.29
En milieu urbain, les femmes travaillent massivement dans le secteur du petit commerce (70,5%)
et représentent 45% des travailleurs. Elles gagnent en moyenne 36% de moins que les hommes.30
Seulement un tiers des actifs occupés des deux sexes sont satisfaits ou très satisfaits de leur emploi.31
Le chômage au sens large touche 40% des actifs en milieu urbain, et au niveau national 38% des
femmes et 35% des jeunes.32
Le taux de chômage en zone urbaine est plus élevé de 80% qu’en zone rurale pour un taux d’activité similaire (66-63%), sauf que le revenu horaire moyen de la main-d’œuvre, secteurs formel et
informel confondus, y est de 2 à 4 fois plus élevé.
29 Herrera, J., Lamaute-Brisson, N., Milbin, D., Roubaud, F., Saint-Macary, C., Torelli, C., Zanuso, C. L’Evolution des conditions de vie en
Haïti entre 2007 et 2012. La réplique sociale du séisme, IHSI, DIAL, Paris, Port-au-Prince, 2014, p.125.
30 Ibid. p.248.
31 Ibid. p.120
32 Ibid. p.148.
Tableau 1
Répartition de l’emploi en milieu urbain
Secteur
Travailleurs
Femmes
Agriculture
8.3
12.8
Construction
13.0
11.6
Commerce
38.9
70.5
Transport
5.0
0.3
Education/Santé
8.5
46.0
Autres services
26.2
42.8
99.9
45.2*
(*) Moyenne pondérée
Source : MPCE/ONPES/BM (2014), 98.
C. DYNAMIQUE SOCIALE
Haïti est le troisième pays le plus peuplé de la Caraïbe, après Cuba et la République Dominicaine, avec 10 911 819 habitants en 201533.
La jeunesse de la population en général pourrait constituer un atout pour l’industrie haïtienne
de la musique, dans la mesure où les jeunes générations, notamment les 15-24 ans, sont
souvent les plus gros consommateurs de musique.
Toutefois, cet avantage est réduit par le pouvoir d’achat de la population en général, et de
ces générations en particulier. En effet, le niveau de vie de la population limite grandement la
taille du marché intérieur. Il constitue sans doute le premier handicap pour le développement
du secteur.
« La pauvreté en Haïti demeure un phénomène endémique (…) Une personne est dans une
situation de pauvreté si elle vit dans un ménage où le ménage n’arrive pas à satisfaire à l’ensemble de ses besoins essentiels. Le seuil de pauvreté définissant cette forme de pauvreté
est égal à une consommation par tête de 81,7 HTG par jour (soit 2 dollars américains de
2012). Une personne est dans une situation de pauvreté extrême si elle vit dans un ménage
où le ménage n’arrive pas à satisfaire à ses besoins alimentaires, le seuil de pauvreté extrême est de 41,6 HTG (1 dollar américain de 2012). Les taux de pauvreté de Haïti indiquent
qu’environ 6,3 millions d’Haïtiens ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins de base et
près de 2,5 millions n’ont pas les moyens de se nourrir de façon adéquate. »34
Dans ces conditions, les dépenses liées à la culture et aux loisirs sont bien évidemment réduites. On le constate, par exemple, dans l’accès aux équipements cités par l’IHSI en 2003,
radio-cassette, télévision ou encore téléphone cellulaire.
33 Institut Haïtien de Statistiques et d’Informatique : www.ihsi.ht/
34 IHSI, Pauvreté en Haïti. Eléments méthodologiques, juillet 2014, p.18 (www.ihsi.ht/pdf/ecvmas/ecvmas_seuil/METHO_1_Seuils%20
de%20pauvret+¬.pdf)
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
La population est particulièrement jeune : plus de la moitié a moins de 21 ans. Les moins de
15 ans représentent plus d’un tiers (36,5% de la population), tandis que les plus de 65 ans
sont à peine 5,1%. La population d’âge actif (de 15 à 64 ans) regroupe 58,3% de l’ensemble.
25
« L’accès aux biens ou aux services de base (ou nécessaires) est loin d’être universel. 66%
des ménages déclarent pouvoir aller chez le médecin, 63,4% peuvent scolariser leurs enfants, 15,6% peuvent acheter des meubles, 24% peuvent acheter des vêtements neufs ou
d’occasion, 18,4% peuvent consommer de la viande ou du poisson au moins trois fois par
semaine. Dans tous les cas, l’accès dépend fortement du niveau de revenu du ménage. (…)
Les principaux biens durables possédés par les ménages sont, par ordre décroissant, le lit
(81,4%), la lampe à gaz blanc (69,3%), le réveille-matin (40,9%), la radio-cassette (38,4%), la
télévision (21,2%), le ventilateur (18,9%).
Mais certains biens durables sont caractéristiques de l’Aire Métropolitaine de Port-au-Prince :
la télévision (69,2% contre 5,1% en milieu rural), le « blender » (45,3%), la radio (69,4% contre
26,5% en milieu rural), le réfrigérateur (37,5%), le téléphone cellulaire (10,5% contre 0,3% en
milieu rural), les véhicules (10,1%), le magnétoscope (20,2%). Plus généralement, le taux d’équipement correspondant à chaque bien durable augmente avec le niveau de revenu du ménage. »35
Le pourcentage des dépenses réservées au secteur de la culture et des loisirs en général reste
assez faible, même lorsqu’il est associé à celles de l’éducation.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Poids de l’éducation de la culture et des loisirs dans le budget des ménages36
26
Années
Poste du budget des ménages
En % du budget
EBCM 1987-1988
Éducation et loisirs
5,30
1990
Loisirs, spectacles, enseignement et culture
7,19
EBCM 1999-2000
Loisirs et culture
0,20
2004
Loisirs, spectacles, enseignement et culture
5.84
A titre de comparaison, en 2015, les seules dépenses « loisirs et culture » des Français représentent 6,3% du budget des ménages, plus 7,1% pour36l’éducation37.
Indépendamment de ce budget, on note également que les habitudes de consommation divergent parfois du modèle commercial. Ainsi, un ensemble de propositions, notamment les musiques traditionnelles (vodou, rara) ne suivent pas le schéma de mise en vente d’un droit d’accès au public, qui est habitué, au contraire, à jouir de ces musiques librement. Le financement
est généralement à la charge des responsables des groupes ou des activités - producteurs de
fait - qui démontrent par là leur pouvoir économique et social. Il s’ensuit une culture de la gratuité que l’on retrouve à plusieurs niveaux dans le secteur et qui, pour certains, est préjudiciable à
la construction d’un marché de la musique.
D. TECHNOLOGIES
Avant même d’évoquer les technologies propres au secteur et l’accès aux NTIC (Nouvelles
Technologies de l’Information et de la Communication), la question est d’abord, en Haïti, celle
de l’accès à l’énergie électrique.
« L’approvisionnement électrique pose un problème particulier. Le réseau de distribution ne
couvre qu’une petite partie du territoire et les zones rurales sont particulièrement mal desservies. Trente-cinq pour cent des Haïtiens seulement ont accès à l’électricité (11 % dans les zones
rurales). De plus, la fourniture des services d’électricité est instable, et les problèmes de pannes
35 IHSI, Enquête sur les conditions de vie en Haïti, chapitre 7, Economie des ménages, 2003, p.420 (www.ihsi.ht/pdf/ecvh/ECVHVolumeI/economie_menages.pdf). On notera que le taux des abonnements à la téléphonie mobile a évolué depuis 2003 et qu’il est de
69% en 2015 (donnees.banquemondiale.org/indicateur/IT.CEL.SETS.P2)
36 Tableau extrait de Frédéric Gérald Chéry, Etude sur les filières culturelles économiquement viables, document inédit,
sd, p.10
37 Consommation effective des ménages en 2015 : www.insee.fr/fr/statistiques/2830276
et de surtensions qui risquent de causer de lourds dommages aux équipements industriels sont
fréquents. Les propriétaires d’entreprises considèrent que le manque de fiabilité des services
d’électricité est le problème qui nuit le plus au développement du secteur privé haïtien. Malgré la
mauvaise qualité du service, le coût de l’électricité à Haïti est parmi les plus élevés de la région. »38
Dans l’industrie haïtienne de la musique plus spécifiquement, les difficultés d’accès à l’énergie
électrique et les variations enregistrées dans la qualité de l’électricité fournie par Electricité
d’Haïti (EDH), justifient en partie le surcoût des dépenses techniques : soit que le recours aux
sources alternatives, notamment la location de génératrices, s’avère indispensable, soit que
les propriétaires de matériel de sonorisation et d’éclairage facturent le risque subi par leurs appareils, les dépenses liées à la technique sont toujours élevées. De manière significative, pour
chaque char de Carnaval, l’Etat accorde aux compagnies de son une enveloppe de 20% supérieure à celle des groupes musicaux chargés de l’animation (soit 60 000 USD pour la compagnie
de son, et 40 000 USD pour le groupe, pour les trois Jours Gras, en 2015).
Concernant l’accès aux NTIC, le site de Internet World Stat donne les statistiques suivantes
pour 201639 : à partir d’une population totale estimée à 10 228 410 habitants, il y aurait 1 308 290
utilisateurs d’internet (soit 12,8%) et 1 300 000 inscrits sur Facebook (soit 12,7%). Cela représente
le taux de pénétration le plus faible de la région caribéenne, dont le taux moyen est de 43,7%.
Dans ce contexte, les services proposés en ligne sont encore restreints, même si on note une
multiplication des sites d’information consacrées tout ou partie à la musique.
Le 7 février 2017, Jovenel Moïse a été investi en tant que 58ème Président de la République
après avoir remporté les élections dès le premier tour, avec 55,67 % des suffrages. Malgré
le fait que le processus électoral a duré plus de 18 mois, l’élection a eu lieu sans encombre,
même si la participation a été relativement basse (moins de 21%). Les élections parlementaires
et municipales ont eu lieu en même temps, ce qui devrait assurer une nouvelle légitimité aux
institutions haïtiennes pour les années à venir.
En revanche, la situation économique se détériore régulièrement : « Dans son rapport sur les
perspectives économiques mondiales pour 2017, (…) la Banque Mondiale concernant l’économie d’Haïti, estime maintenant que la croissance économique d’Haïti sera négative pour s’établir à -0,6%. (…)
Selon le Fonds Monétaire International, l’instabilité et les incertitudes politiques en 2016 ont
découragé les investisseurs et freiné les dépenses d’investissement dans plusieurs pays, notamment en Argentine, au Brésil, en Haïti, en Bolivie et au Venezuela. De plus, le manque d’infrastructures, leurs piètres qualités combinés aux faibles compétences de la main d’œuvre, ont
été quelques-uns des obstacles à la croissance de la productivité dans ces pays. »40
Haïti est un pays extrêmement musical où la musique est chargée de dimensions sociales et politiques, qui se laissent percevoir de manière de plus en plus évidente à travers l’entrée directe
des musiciens sur la scène politique. Depuis plus de vingt ans, le pays possède un Ministère de
la Culture dont la tâche est d’encadrer et de développer le secteur culturel dans son ensemble.
Néanmoins, le budget qui lui est accordé reste modeste et sa distribution ne permet pas d’entreprendre de réelles actions structurelles. En parallèle, le contexte économique du pays limite
la construction d’une économie de loisirs. La jeunesse de la population pourrait constituer un
atout considérable, mais la pauvreté générale est un handicap majeur que l’instabilité politique
aggrave régulièrement.
38 Rapport du Groupe de la Banque Mondiale, « Haïti : Des opportunités pour tous – Diagnostic-pays systématique », mai 2015, p.XIV
39 www.internetworldstats.com/carib.htm
40 www.haitilibre.com/article-19794-haiti-flash-mauvaise-nouvelle-pour-le-president-jovenel-moise.html
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
E. PERSPECTIVES DU PAYS
27
III. L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
A. LES INDUSTRIES CRÉATIVES EN HAÏTI
Les différentes définitions du concept d’industries culturelles, élargies aux industries créatives,
s’accordent à considérer qu’il s’agit de secteurs qui, selon l’UNESCO, ont pour « objet principal la création, le développement, la production, la reproduction, la promotion, la diffusion ou la
commercialisation de biens, de services et activités qui ont un contenu culturel, artistique et/ou
patrimonial. »41
Dans ce contexte, le cadre de l’UNESCO pour les statistiques culturelles, révisé en 2009, délimite
six domaines culturels :
• Héritage culturel et naturel
• Arts de la scène et festivités
• Arts visuels et artisanat
• Livre et presse
• Audiovisuel et médias interactifs
• Design et services créatifs
Dans la plupart de ces domaines, Haïti fait preuve de vigueur et de créativité.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
« Depuis la fin des années 40, la production culturelle a connu globalement, malgré des aléas, une
évolution positive en termes de quantité et de qualité.
28
• L’industrie de l’artisanat d’art et décorative, bien que très lentement, se formalise de plus en plus.
C’est de tous les biens culturels haïtiens le premier à l’exportation en termes de volume. Après
un pic à l’exportation vers les USA en 2010 on assiste à une nouvelle remontée. Au niveau de la
Caraïbe, cet artisanat tend même à remplacer la production « indigène » au point que pour se
protéger, il est parfois présenté comme une production locale.
• L’art haïtien (peinture et sculpture) continue de jouir d’une excellente réputation au niveau international. Cependant ce secteur fait face à des problèmes cruciaux de promotion. Comme pour
l’artisanat l’accessibilité des intrants, les lieux d’exposition, la formation technique, le piratage et la
rareté des touristes plombent la création et la production.
• Le livre haïtien s’exporte très peu et de façon informelle le plus souvent. L’imprimé, d’un côté,
avec les succès des écrivains haïtiens à l’étranger, les foires du livre, la subvention publique au
livre scolaire et d’un autre côté avec le développement de la publicité sur affiches, et à travers des
revues de consommateur, progresse de façon intéressante.
• Les studios d’enregistrement sont en nombre et connaissent un pic de travail pendant la saison
des fêtes de fin d’année et du carnaval. Cependant ils fournissent peu à l’industrie du disque (cd
et dvd) dont l’unité de duplication est délocalisée.
• La situation du spectacle est contrastée pour la danse et le théâtre ; il souffre du manque d’infrastructure. La musique, le bal en particulier, après une période de baisse due à l’insécurité reprend et s’exporte assez bien aux USA et dans la Caraïbe notamment vers la diaspora.
• Le patrimoine architectural tributaire du tourisme a encore beaucoup à faire pour attirer son public
mais une meilleure conscience de son importance est de plus en plus manifeste. Il reste notamment à retravailler l’image du pays à l’extérieur, à exploiter rationnellement les visites de sites et la
production des dérivés.
Aujourd’hui les entreprises de diffusion sont en nombre impressionnant ; près de 200 stations de
radio, plus de quatre-vingt stations de télévision. Près de la moitié de l’ensemble diffuse aussi via
internet. Pour des raisons qui tiennent aux investissements dans le secteur et à la professionnalisa41 www.unesco.org/new/fr/culture/themes/cultural-diversity/diversity-of-cultural expressions/tools/policy-guide/como-usar-esta-guia/sobre-definiciones-que-se-entiende-por-industrias-culturales-y-creativas/
tion des acteurs, le secteur audiovisuel haïtien demeure en dessous de ses potentialités. Cependant
la production audiovisuelle est en nette augmentation. Si la publicité, à cause du nombre de medias
électroniques, trouve un canal privilégié de diffusion les autres productions souffrent du piratage
et d’un manque de soutien des producteurs/diffuseurs. Pour les mêmes raisons, le cinéma malgré
des succès épisodiques, est encore loin d’atteindre des standards qui permettraient son exploitation
sur des marchés étrangers. De plus, le manque de salle et des contraintes à sa diffusion dans les
télévisions le dirigent vers l’exploitation sur support cd, ce qui n’est pas sans des problèmes graves
de piratage. Depuis une quinzaine d’années, le secteur audiovisuel et cinéma bénéficie d’une structure de formation de premier plan avec le Cine Institute de Jacmel qui assure la formation dans les
différents métiers du cinéma. »42
Ce rapport insiste aussi sur différents points faibles des industries créatives haïtiennes, tels que :
l’inorganisation des structures de production, la faiblesse des capacités managériales, la fragmentation de la chaîne de production, le non-respect des normes de commerce international, le déficit d’accès aux informations concernant les démarches administratives et les opportunités, le
manque de disponibilité des matières premières et des équipements ainsi que la difficulté d’accès
au crédit.
B. PRATIQUES MUSICALES
D’un point de vue socio-économique, on peut établir une première division entre musiques commerciales et musiques non commerciales. Bien qu’elles impliquent une circulation financière,
ces dernières ne suivent pas le modèle commercial de mise en vente dans un but lucratif. Les
activités sont proposées au public à titre gracieux, le financement étant à la charge des producteurs de fait. Les acteurs peuvent être rétribués, mais le plus souvent, ils exercent une autre
activité plus rémunératrice.
En Haïti, les musiques non commerciales regroupent les musiques traditionnelles liées au vodou, et les musiques confessionnelles des cultes catholique et protestants principalement, l’ensemble étant important à la fois par la taille et par l’empreinte laissée sur la création artistique.
Ces musiques peuvent aussi se donner dans un cadre marchand. C’est le cas notamment
pour le secteur évangélique qui développe un ensemble d’activités commerciales à proprement
parler. On trouve désormais des événements (soirées, festivals), des groupes et des individus
qui se consacrent de manière professionnelle à la production commerciale de musique évangélique, comme en témoigne le récent concert de la vedette nord-américaine Kirk Francklin
(concert organisé le 12 janvier 2017 à l’initiative de Superior Seven Groupe, Giving Heart with
Love et la Radio Télévision Caraïbe).
Dans le cadre de l’enquête de terrain, même si elles n’entrent pas exactement dans la définition
de ce que serait l’industrie de la musique, par nature commerciale, le choix a été fait d’inclure
ces musiques dans le questionnaire (catégorie « musique évangélique » et « musiques traditionnelles – vodou, rara »). Celui-ci n’était pas forcément adapté à leurs spécificités, et les
acteurs concernés étaient probablement peu familiarisés avec la démarche. Toutefois 299 personnes, soit 19,67%, déclarent évoluer principalement dans ces catégories ; parmi lesquelles
166 (55,52%) précisent que le secteur de la musique n’est pas leur source de revenus principale. Néanmoins, étant donné que ce chiffre est approximativement le même que pour le reste
des genres musicaux (49,44%), il est difficile d’affirmer que les personnes interrogées relèvent
du secteur non-commercial.
42 Ronald Paul, Etude diagnostique sur l’intégration du commerce, Groupe Banque Mondiale, 2013, pp.186-187
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
En Haïti, la musique accompagne tous les types d’activités, privées et publiques, tous les âges de
la vie et toutes les saisons de l’année. L’industrie de la musique prend donc appui sur une culture
populaire très forte englobant des pratiques musicales multiples.
29
C. PANORAMA DES GENRES MUSICAUX
Parallèlement aux deux catégories socio-économiques – musiques commerciales et musiques
non commerciales, les musiques haïtiennes peuvent se subdiviser en différents genres artistiques.
Pour l’enquête, la classification suivante a été proposée :
• Konpa
• Musique racine
• Musiques traditionnelles (vodou, rara)
• Musiques urbaines (rap, reggae, raboday, raga, électronique, rock)
• Musique classique
• Jazz
• Musique évangélique / gospel
• Chanson : Pop / variété
• Troubadours
Il a été demandé aux professionnels de préciser, lorsque cela était approprié, dans quel genre
musical ils évoluaient, de manière principale ou secondaire, quel que soit leur corps de métier.
Selon les réponses des enquêtés, la répartition par genres se présente de la sorte :
RÉPARTITION PAR GENRE
Sans réponse
17%
Konpa
14%
Troubadours
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
2%
30
Musique racine
2%
Chanson
(pop/variété)
Musiques traditionnelles
(vodou, rara)
5%
7%
Musique
(évangélique/gospel)
13%
Jazz
4%
Musiques urbaines (rap, reggae,
rabòday, ragga, électronique, rock)
Musique classique
29%
7%
Ces chiffres mettent à mal l’idée que le konpa serait « la » musique haïtienne, même s’il reste
probablement la musique qui est la mieux organisée sur le plan commercial, qui bénéficie de plus
de production et de diffusion, à la fois live et enregistrée43.
43 Le pourcentage des professionnels œuvrant dans le konpa passe de 14,08% à 17,01%, si l’on considère l’ensemble des réponses, les
enquêtés étant libres de citer plusieurs genres musicaux. Plus précisément, les producteurs de konpa représentent 16% de l’ensemble des producteurs, soit le même nombre de producteurs que pour les musiques urbaines alors que celles-ci regroupent au
moins deux fois plus d’artistes. Les animateurs et propriétaires de media sont plus nombreux à se consacrer au konpa (23,07%)
par rapport aux musiques urbaines (15,38%), même si la majorité des répondants pour cette catégorie n’a pas mentionné de genre
spécifique.
On note surtout un éclatement du panorama musical, où se détache l’ensemble des musiques
urbaines, d’autant plus important qu’il englobe différents sous-secteurs. Cette tendance suit probablement l’évolution de la population haïtienne, son rajeunissement continu et son urbanisation
croissante44. Elle accompagne également les changements de consommation où la pratique de
la danse en couple perd du terrain. Enfin, elle coïncide aussi avec la diminution des musiques
traditionnelles, qui sont liées davantage au contexte rural. Le reste des genres est relativement
équilibré (de 4 à 13%), si on omet le déclin de la musique racine et des troubadours. Autrement
dit, la tendance générale serait à la diversification de la scène musicale haïtienne.
Ces genres sont repris ici, en suivant l’ordre du questionnaire, pour être présentés plus en détail.
1. KONPA
Depuis plus d’un demi-siècle, en Haïti, le konpa est la musique de danse urbaine par excellence.
« Le konpa est un rythme et un genre : c’est un rythme qui est dansé et joué d’une manière particulière. Il est caractérisé par le jeu spécifique des cymbales, du floor tom et du tambour qui font
une séquence rythmique caractéristique à quatre temps où le troisième temps est le plus fort, sur
laquelle s’ajoute une cow bell (cloche). »45
Aux grands orchestres de la première époque, suivent les mini-djaz des années 60-70 qui proposent une version réduite du djaz (nom donné aux groupes de musique dansante) et intègrent
les guitares électriques et le rock international dans son interprétation du style yéyé français. La
musique des mini-djaz se répand avec succès non seulement dans les Antilles françaises, mais
aussi dans la Caraïbe anglophone, en Afrique et, dans une moindre mesure, en France.
La génération suivante réduit encore la taille des formations avec le konpa digital des synthétiseurs et boîtes à rythme (années 80-90), tandis que, de nos jours, on revient à un format plus
large appelé full band, de huit à dix musiciens.
De la première époque, subsistent les deux doyens de la musique haïtienne : l’Orchestre Septentrional d’Haïti (1948) et son alter ego l’Orchestre Tropicana (1960), deux institutions établies au
Cap Haïtien, qui maintiennent leurs activités à travers le temps, grâce à un calendrier régulier de
fêtes patronales et de tournées bi-annuelles dans la communauté haïtienne d’Amérique du Nord
(Etats-Unis et Canada).
L’orchestre emblématique de la seconde époque du konpa est sans aucun doute Tabou Combo,
mini-djaz fondé en 1968, établi à New York depuis 1970, et qui n’a cessé de rencontrer le succès
en Haïti et dans le monde, avec 67 disques recensés par le site www.konpa.info. En 1975, il a
vendu plus d’un million d’albums en Europe alors que le morceau « New York City » atteignait le
premier rang des hit-parades français, mais son succès reste malgré tout relativement circonscrit
à la Caraïbe, y compris sa diaspora, et à l’Afrique de l’Ouest.
De nos jours, les ténors du konpa sont les groupes Carimi (qui a mis fin en 2016 à sa carrière
de 15 ans), Disip, Djakout #1, Harmonik, Klass, Kreyol la, Nu Look, Maestro, Mas Konpa, Mizik
Mizik, Sweet Micky, T-Vice, Zenglen, etc., dont la majeure partie réside hors du territoire national (principalement aux Etats-Unis, à New York et à Miami).
Historiquement lié à la constitution de l’industrie haïtienne de la musique, le genre reste important en tant que musique de danse, mais il observe un léger déclin en raison des difficultés
44 Selon les données de la Banque Mondiale, la population rurale haïtienne est passée de 84% (1960) à 41% (2015). Les données ouvertes de la Banque Mondiale : donnees.banquemondiale.org/indicateur/SP.RUR.TOTL.ZS
45 Ralph Boncy, « historique du konpa », rapport de la table-ronde consacrée au konpa, Ayiti Mizik, 2015, inédit
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Créé en 1955 par Nemours Jean Baptiste, facile à danser et à exécuter, le konpa dirèk ou konpa
s’imprègne des modes étrangères et s’adapte au goût des générations successives : celles-ci
en produisent des versions de plus en plus légères, qui mettent à profit les innovations technologiques pour réduire les coûts et atteindre de nouveaux marchés, notamment dans la Caraïbe.
31
propres au marché – surtout depuis le tremblement de terre, du changement des pratiques
sociales, de l’instabilité des groupes mêmes et, éventuellement, de leur manque de renouvellement artistique.
2. MUSIQUE RACINE / MIZIK RASIN
De son côté, la musique dite mizik rasin a pris naissance à la fin des années 70, en proposant
une fusion des musiques traditionnelles vodou et des musiques modernes à la mode, jazz, rock
ou reggae.
Au sein du mouvement rasin, deux périodes peuvent être distinguées entre la chute de JeanClaude Duvalier, en 1986, et l’avènement du premier président démocratiquement élu, JeanBertrand Aristide, en 1991 : la première période est celle des pionniers qui créent une musique
rasin expérimentale (les groupes Ça, Foula, Sanba yo) tandis que leurs successeurs développent une version plus commerciale de ces musiques. Ceux-ci ancrent leur production dans
la vague de la world music naissante qui, en Occident, signe l’intérêt artistique et économique
pour les musiques venant du Sud. La nomination aux Grammy Award, en 1991, du premier
album de Boukman Eksperyans, Vodou Adjae (sorti chez le mythique label Island Records
de Chris Blackwell, producteur de Bob Marley) et la première partie de la tournée des Rolling
Stones réalisée par le groupe RAM en 1994 restent les plus grands succès de la période, qui
marquent l’inscription de ces musiques sur la scène internationale.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
A partir de la fin des années 80, et durant toutes les années 1990-2000, la musique rasin est
portée, par une pléiade de groupes tels que : Bobèch, Boukan Ginen, Boukman Eksperyans,
John Steve Brunache & Tom tom, Kanpèch, Koudjay avec le chanteur Jean Samuel Lubin
« Kessy », RAM, Tokay, etc.
32
En parallèle, se dessine une autre tendance des musiques rasin qui amplifie sur scène les
chants petwo issus de la tradition ou servant de base à des compositions nouvelles. Cette
tendance est parfois appelée rasin sèch, car elle est dépourvue d’instruments modernes, si
on omet le remplacement du ogan par une boîte à rythme. Elle est incarnée par de nombreux
groupes construits sur le modèle des fondateurs : Racine Kanga de Jacques Fortere « Wawa »
et Racine Mapou de Lenord Fortuné « Azor ».
Après le décès de figures vedettes, dont Azor en 2011, et plus récemment Kessy, en 2016, le
mouvement rasin n’a pas vu émerger une seconde génération à proprement parler, et sa survie est liée à celle de ses fondateurs, notamment Boukman Eksperyans et RAM, qui se maintiennent actifs. On peut toutefois mentionner les efforts de Paul Beaubrun aux Etats-Unis (fils des
fondateurs de Boukman Eksperyans) et des groupes Chouk Bwa Libète et Lakou Mizik en Haïti.
3. MUSIQUES TRADITIONNELLES (VODOU, RARA)
Les musiques traditionnelles (vodou, rara) diffèrent des précédentes au sens où elles se maintiennent dans leur contexte traditionnel. Les groupes qui élaborent une proposition commerciale
à partir de la musique traditionnelle appartiennent davantage aux musiques rasin, comme c’est
le cas de la tendance rasin sèch.
Comme indiqué plus haut, du point de vue de la production, l’économie des musiques traditionnelles diffère de celle des musiques commerciales, car leur objectif premier n’est pas lucratif,
même si les musiciens, ici comme ailleurs, cherchent à être rétribués pour leurs services. Ces
musiques sont liées au monde rural, qui ne regroupe plus que la moitié de la population haïtienne, à mesure que les changements des dernières années, la surpopulation et l’exode rural
modifient profondément la physionomie du pays.
Parmi les musiques traditionnelles, on peut distinguer :
• les musiques liées au culte vodou à proprement parler, qui elles-mêmes diffèrent dans l’espace national, selon les régions, les rites et les saisons ;
• les musiques liées au travail collectif (koumbit) ;
• les musiques de réjouissance (contredanse, etc.)
• les musiques du rara qui offrent aussi une variété relative sur le territoire national ;
D’une manière générale, ces musiques sont la réélaboration d’éléments majoritairement africains provenant de différentes régions du continent, associés localement à des éléments amérindiens et européens de moindre ampleur.
Parmi les éléments africains, on note la prédominance de trois grands ensembles : soudanais,
guinéen et bantou.
A elles seules, les musiques du rituel vodou mériteraient une bibliographie qui n’a pourtant été
qu’à peine esquissée. Dans l’état actuel des recherches, il n’existe pas non plus d’inventaire
systématique de l’ensemble de ces pratiques musicales. Il est donc périlleux d’en produire une
description globale tant sont nombreuses les variantes régionales et lexicales qui empêchent la
systématisation, d’autant plus que le vodou lui-même, exempt de dogme unique, repose sur des
pratiques singulières, réalisées en famille, dans le cadre de temples ou de sanctuaires lignagers.
Enfin, une catégorie particulière est constituée par le rara qui, par son originalité et les formes
diverses qu’il a prises en Haïti et dans les pays limitrophes, Cuba et République dominicaine, constitue un genre à part entière. Le terme rara désigne à la fois une musique, un type
d›orchestre et une période de l’année. Du mercredi des Cendres jusqu’au week-end de Pâques,
les groupes de musiciens sillonnent la campagne portant les instruments caractéristiques du
genre. L’orchestre de base comporte généralement des tambours à cordes suivis d’un minimum
de trois bambous ou vaksin, quelques cornets en fer-blanc, plusieurs rangs de percussions
mineures (maracas, racloirs, cloches, etc.) et un chœur de chanteurs. Il peut être précédé
d’un porte-drapeau, d’un colonel pourvu d’un fouet, d’un maître-jonc (maniant un bâton avec
adresse), des danseurs de la troupe, et suivi du public qu’il rallie à son passage. En ce qui
concerne la musique, le rara varie dans sa constitution depuis la formule la plus simple (voix et
battements rythmiques des pieds) jusqu’à la plus complexe, proche de la fanfare (instruments à
vent artisanaux et importés), comme c’est le cas à Léogane.
Dans les zones urbaines, les bandes à pied dupliquent les groupes rara. Leur ancrage dans la
religion est moins forte, tandis qu’ils s’adaptent davantage au modèle commercial.
Le groupe le plus connu est sans doute Raram No Limit, qui a produit les plus grands tubes carnavalesques des années 2000. Son cas reste toutefois une exception par rapport aux centaines
de bandes qui évoluent dans le pays, dans l’anonymat et sans réelle couverture médiatique.
4. MUSIQUES URBAINES (RAP, REGGAE, RABÒDAY, RAGA, ÉLECTRONIQUE,
ROCK)
La catégorie des « musiques urbaines » regroupe un ensemble divers de musiques qui sont apparues assez récemment en Haïti. Elles ont comme point commun d’être issues des milieux urbains
et de s’aligner sur les modes internationales. On peut se référer à une des définitions qui ont été
produites sur le genre : « (…) Il semblerait que la particularité de ces musiques, dont la définition
reste assez floue, consiste en l’appropriation des musiques populaires noires américaines par des
artistes du monde entier issus des classes populaires. Qu’elles soient catégorisées reggae, hip-hop,
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Aux côtés des musiques rituelles, on peut signaler l’existence de musiques de travail, qui accompagnent les travaux agricoles, par exemple, réalisés le plus souvent de manière collective.
D’autre part, on trouve des musiques de divertissement dans les bals appelés menuet, kwaze
lewuit, annavan kat dont les noms font référence aux figures scandées par un commandeur
auquel obéissent les couples de danseurs, à la manière de la contredanse.
33
soul, electro ou même musiques improvisées (…), ces musiques sont englobées dans la catégorie
« urbaine » si elles respectent plusieurs conditions. Du point de vue musicologique, ces musiques
sont jouées dans le cadre de concerts et leur apprentissage se fait en partie par tradition orale. (…)
Par ailleurs, ces musiques s’inspirent largement des musiques noires américaines (soul, hiphop, jazz, blues), se fondent sur le mélange des genres ou des techniques, et intègrent des
technologies liées à l’industrialisation. »46
Dans notre enquête, on note que 445 professionnels (29,27%) ont revendiqué le genre « musiques urbaines », ce qui en fait le genre le plus important en taille. Bien que le détail des
sous-catégories ne soit pas donné, il est fort probable que le rap soit le genre le plus représenté.
Accessible aux jeunes sans qu’ils aient nécessairement de connaissances académiques de la
musique ni de moyens techniques à leur disposition, le rap leur permet d’exprimer leur réalité
tout en s’inscrivant dans un courant global à la mode.
Le rap haïtien est fortement inspiré du modèle américain, notamment du gangsta rap et des
stars américaines d’origine haïtienne, réelle ou supposée47. Il est marqué également par la
figure titulaire de Wyclef Jean, ex-membre des Fugees, qui a remporté trois Grammy Awards.
Le rap est apparu en Haïti dans le courant des années 80 avec Georges Lys Hérard « Master Dji » qui s’impose en 1984 avec le hit « Tan’n pou tan’n » et gagne ensuite une envergure
internationale avec la seconde place du concours Découvertes de RFI, en 1987. Suivent des
groupes qui, dans les années 90, mêlent parfois le rap au ragga comme Original Rap Staff, King
Posse, Shaka Dreams, Masters ou encore Moses Supa Deno au sein de Haïti Rap & Ragga.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Dans les années 2000, une autre étape est franchie avec la création des groupes Barikad Crew
(2002) et Rockfam (2004), qui vont révéler l’emprise du genre sur la jeunesse haïtienne.
34
Créé en 2002 dans le quartier populaire de Bas-Peu-de-Chose (Port-au-Prince), Barikad Crew
se fait connaître d’abord avec la participation au concours Chante Nwèl de la chaîne de télévision Telemax, puis avec sa méringue à succès « Trip nan trip », en 2005. Il crée la sensation
en 2007 en écoulant, en une seule journée, plus de 5000 copies de son premier CD « Goumen
pou sa ou kwè », à la foire Musique en Folie. Toutefois, c’est la disparition de trois musiciens
dans un accident de la route, en juin 2008, et la mobilisation populaire qu’elle déclenche, qui
font prendre conscience de l’importance du groupe et du mouvement rap en général dans la jeunesse haïtienne. Frappé également par le tremblement de terre de 2010, Barikad Crew continue
sa course en permettant à certains de ses membres, désormais stars, de mener en parallèle
leur carrière solo, comme Jean Léonard Tout-Puissant « Izolan » et Daniel Darinus « Fantom ».
Les deux ténors du mouvement rap, Barikad Crew et Rockfanm, cachent aussi une myriade de
groupes de moindre renom, à l’existence parfois fugace, et une foule d’artistes individuels qui
espèrent trouver leur place (presque la moitié des répondants dans ce genre – 45,39% - sont
des chanteurs).
De son côté, le rabòday est la dernière version locale des musiques urbaines, qui emprunte son
nom à un rythme du rara traditionnel. Les pionniers du genre se reconnaissent d’ailleurs comme
les dépositaires d’une tradition musicale qu’ils s’approprient en produisant leur propre version,
électronique et accélérée, rappelant le kuduro ou l’afro-house africain, en phase avec leur vie
urbaine et un air du temps mondialisé. Le rabòday ouvre aussi la voie aux DJ qui ont envahi le
pays avec la mode des ti sourit, discothèques populaires informelles, dédiées généralement à
un public très jeune.
La star des DJ est sans doute Tony Mahotière, plus connu sous le nom de « Tonymix ». Il s’est
fait un nom d’abord dans les soirées de son quartier de Côte Plage 18 (Carrefour) avant de s’imposer avec les tubes « Anba dekonb » (2010), puis le polémique « Fè Wana mache » (2012),
reprise de « Mosanto ».
46 Régis Meyran, «Les musiques urbaines, ou la subversion des codes esthétiques occidentaux.», EspacesTemps.net, Travaux,
27.01.2014 : www.espacestemps.net/articles/les-musiques-urbaines-ou-la-subversion-des-codes-esthetiques-occidentaux/
47 www.tropicalizer.com/2010/01/22/home/news/stars-dorigine-haitienne-wyclef-jean-jay-z-beyonce-50-cent-p-diddy-snoop-doggusher-will-smith-denzel-washington-eddy-murphy.html
Si Tonymix réussit à tirer son épingle du jeu – il a même été nommé Ambassadeur culturel de la
commune de Carrefour par le nouveau maire élu en 2016, comme pour le rap, de nombreux
artistes du rabòday peinent à s’inscrire dans la durée, au-delà du succès éphémère d’un tube
diffusé librement par les radios et les media sociaux, dont le titre reste souvent plus célèbre que
son auteur, comme c’est le cas pour « Ti-Mamoun » de Evens Joseph « J-Vens » ou « Madan
Papa » de Jean-Philippe Maçon « Marinad 007 ».
Indépendamment du rabòday, les musiques électroniques sont assez rares. Des soirées DJ
ont lieu dans des clubs précis ou à des périodes déterminées de l’année (été ou fin d’année),
parfois avec des DJ étrangers invités pour l’occasion. Toutefois, la scène locale n’est pas trop
influencée par cette tendance, hormis DJ Gardy qui s’est lancé dans la production de version
haïtienne de la house (rara tech, konpa tech) ou Michael Brun, évoluant aux Etats-Unis, qui
aime à rappeler ses origines haïtiennes.
D’autre part, alors que les groupes qui s’y consacrent exclusivement sont plutôt rares, le reggae
est présent dans la culture musicale du pays et imprime la création, notamment dans les compositions des jeunes auteurs-compositeurs de chanson.
Enfin, le rock est quasi inexistant, si ce n’est dans le solo guitare de la mizik rasin et parfois du
konpa. On note toutefois la sortie des albums « Ayiti Men Rock » et « Ayiti Rock » de Yohann Doré.
D’une manière plus générale, l’apparition des musiques urbaines signe la fin du binôme konpa-mizik rasin qui avait marqué les décennies antérieures. Depuis le début des années 2000,
le panorama des musiques populaires haïtiennes est redessiné au profit d’une plus grande
variété, où la chanson et le jazz trouvent aussi leur place, à côté du renouveau de la musique
classique.
La musique classique haïtienne est un genre à part entière, même si elle est relativement peu
connue en Haïti même. On se réfèrera aux travaux de Claude Dauphin, notamment aux chapitres
de 7 – 10 de l’Histoire du style musical d’Haïti48. L’auteur retrace la naissance du genre et ses
différentes composantes depuis la période coloniale jusqu’à nos jours, en passant par l’âge d’or
du début du XXème siècle avec les compositeurs Franck Lassègue, Justin Elie, Ludovic Lamothe,
Werner Jaegerhuber, Frantz Casséus ou encore Carmen Brouard.
De nos jours, la musique classique se perpétue avec des compositeurs établis en Haïti ou dans
la diaspora, très jeunes pour certains d’entre eux, tels que : Jacques Anderson Bernier, David Bontemps, Amos Coulanges, Claude Dauphin, Jacques Christopher Ducasse, Guy Frantz
« Gifrants », Sydney Guillaume, Jean Jean Pierre, Pierre Leroy, Rudy Perrault, Dickens Princivil,
Julio Racine, Daniel-Bernard Roumain, ou encore Mackelder Saintilus, etc.
Sur le territoire national, en plus des personnalités de renom Nicole Saint Victor, Alzire Rocourt
ou Micheline Laudun Denis, par exemple, la musique classique est portée principalement par
les écoles de musique, notamment l’école de musique de Sainte Trinité49, vieille de plus de 60
ans, qui associe l’enseignement à la représentation avec l’Orchestre Philarmonique, le Petit
Orchestre de Chambre, les Petits Chanteurs, la Schola Cantorum, le programme pour jeunes
guitaristes Frantz Casséus, etc.D’autres écoles de musique sont apparues plus récemment dans
le pays, comme l’école de musique Dessaix Baptiste50 de Jacmel ou le CEMUCHCA51 au Cap Haïtien. Certaines d’entre elles sont regroupées dans l’association nationale des écoles de musique
d’Haïti (ADADEMH)52.
48
49
50
51
52
Claude Dauphin, Histoire du style musical d’Haïti, Editions Mémoire d’Encrier, Montréal, 2014, 372p.
saintetrinitemusique.wixsite.com/
web.facebook.com/ecole.dessaixbaptiste/
web.facebook.com/Cemuchca/
web.facebook.com/anademh.haiti/
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
5. MUSIQUE CLASSIQUE
35
De son côté, l’Etat haïtien a lancé en 2013 l’Institut National de Musique Haïtienne (INAMUH) qui
a pour mission de former à l’échelle nationale des ressources compétentes en matière musicale à
titre de musicien, de contribuer au développement et à la propagation du savoir musical en Haïti et
de préparer un programme d’initiation à l’histoire de la musique et à la lecture musicale optionnelle
sur tout le territoire national.
6. JAZZ
Si la naissance du jazz à la Nouvelle Orléans a à voir avec la musique haïtienne (ou plus exactement la musique saint-dominguoise des colons ayant fui la colonie avec leurs esclaves)53, ce n’est
qu’au début du XXème siècle que le jazz se fait entendre sur le territoire national, alors que les
troupes nord-américaines occupent le pays (de 1915 à 1934) et que la mode du jazz se répand dans
le monde entier.
Les premières influences prennent forme avec le vodou jazz qui réunit la tradition musicale haïtienne, méringue et musique vodou, l’influence cubaine et des éléments de swing et de be bop dans
un format de type big bang avec les lignes de cuivres caractéristiques. Parmi les groupes les plus
connus de vodou jazz, on trouve l’Orchestre de Issa El Saieh, fondée en 1942, qui collabore avec
le cubain Bebo Valdés à La Havane et avec les musiciens nord-américains, le saxofoniste Budd
Johnson et le pianiste Billy Taylor, qui visitent Haïti dans les années 50.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Après les années 60 avec les Starlettes de Herby Widmaïer, on retrouve l’influence du jazz dans
les années 70-90, avec deux tendances principales de la musique haïtienne, ouvrant la voie au
kreyòl jazz : quelques acteurs se proposent d’élaborer une musique de danse plus sophistiquée
(Ibo Combo, Caribbean Sextet) pendant que d’autres approfondissent leur expérimentation avec la
musique traditionnelle (Ça, Foula, Gérald Merceron, Ayizan à New York).
36
Dans les dernières décennies, est apparue une nouvelle génération de musiciens qui ont commencé à parler de kreyòl jazz : celui-ci serait un jazz créé à partir de la tradition musicale créole (en l’occurrence haïtienne), et non plus seulement une influence portée sur différents genres de la musique
haïtienne.
Beaucoup des membres de cette jeune génération résident aux Etats-Unis. Toutefois, le kreyòl jazz
touche aussi des musiciens établis en Haïti, dès lors qu’ils se réfèrent à la musique haïtienne dans
leur création.
On peut citer, dans la diaspora : Buyu Ambroise (sax.) avec le groupe Blues in Red Band depuis
2004 ; le groupe Mozayik du guitariste Eddy Bourjolly à partir de 2000, ou plus récemment le saxophoniste Godwin Louis, la chanteuse Pauline Jean, le trompettiste Jean Caze, le guitariste Alexis
Monvelyno à New York, le saxophoniste Jowee Omicil à Paris ou encore le pianiste David Bontemps
avec Makaya à Montréal. La chanteuse Cecil McLorin Salvant nominée pour le Grammy 2014 dans
la catégorie du Meilleur Album de Jazz Vocal est également d’origine haïtienne par son père.
En Haïti, parmi les plus anciens, on trouve le guitariste Claude Carré, le pianiste Réginald Policard,
les frères Joël et Mushy Widmaier, le saxophoniste Thurgot Théodat, et pour les plus jeunes, le
guitariste Junior Dorcelus, les pianistes Axon Fanfan et Josué Alexis ou encore le batteur John
Bern Thomas et son projet Haiti Jazz Promo.
Depuis une dizaine d’années, le jazz trouve un nouvel élan grâce aux efforts continus de la Fondation Haïti Jazz54, avec la production du Festival International de jazz de Port-au-Prince depuis
2007 et des concerts réguliers, à l’occasion de la Journée Internationale du jazz notamment.
53 On se réfèrera notamment à l’essai de Neb Sublette, The World that Made New Orleans, from Spanish Silver to Congo Square, Lawrence Hill Books, Chicago, 2009, 360p.
54 papjazzhaiti.org/
7. MUSIQUE ÉVANGÉLIQUE / GOSPEL
Si la place des musiques confessionnelles est fondamentale en Haïti, la musique évangélique a
pris une importance particulière depuis au moins une décennie. Le genre se développe principalement en milieu urbain, à partir des églises protestantes, dont beaucoup possèdent à la fois une
chorale et un orchestre. C’est à travers ceux-ci que la majorité des jeunes musiciens, en l’absence
d’écoles de musique constituées, trouvent la possibilité de se former à la pratique musicale. Il
s’ensuit une influence notable sur la création que l’on peut mesurer, par exemple, à travers l’empreinte du gospel sur la technique vocale des plus jeunes générations.
En parallèle, se développe à la fois, en Haïti et dans la diaspora, un réseau professionnel et commercial de productions discographiques, spectacles et festivals dédiés à ce genre musical, ainsi
qu’une presse spécialisée, notamment émissions de radio et télévision.
Au milieu des innombrables chorales liées aux églises, se distinguent certains groupes qui mènent
carrière, tels Alabanza, fondé par Carly Joseph en 1987, Gospel Vision, Gospel Kreyòl, Révélation Mizik, et des chanteurs de renom, comme Lochard Remy ou Delly Benson.
Des succès du genre dépassent parfois le cercle évangélique comme le fameux « Pran kontròl
mechan yo » du pasteur Jean-Claude Dérisier dit « Zoom ».
8. CHANSON : POP / VARIÉTÉ
Lointaine héritière des ritournelles françaises, la chanson haïtienne se voit renforcée au début du
XXème siècle, lorsque surgissent les premières vedettes du chant accompagnant les grands orchestres, comme les chanteuses Martha Jean-Claude et Emerante de Pradines et les chanteurs
Joe Trouillot, Guy Durosier, Gérard Dupervil et Rodolphe Legros, dont certains empruntent par la
suite une carrière solo.
En parallèle, des chanteurs développent leur carrière en Haïti ou dans la diaspora (Toto Bissainthe, Mano Charlemagne, Farah Juste,) avec un répertoire engagé qui faisait écho à la culture
populaire et aux vicissitudes du pays.
Dans les années 90, le concours American Airlines favorise l’émergence d’une nouvelle génération de chanteurs, dont Emeline Michel et Beethova Obas.
De nos jours, la chanson bénéficie d’un engouement considérable, alimenté notamment par les
concours comme Digicel Stars, bâtis sur le modèle de « The Voice » ou « America’s got talents ».
Belo (prix RFI-musique 2009), Jean Jean Roosevelt (prix de la Francophonie 2013), BIC ou encore Michael Benjamin « Mikaben », et pour les voix féminines, Tamara Suffren, Stéphanie Séjour «
Tifane », Renette Désir, Darline Desca, ou plus récemment Rutshelle Guillaume et Donaldzie Théodore, se détachent de la multitude de jeunes chanteurs qui aspirent à se faire un nom et une carrière
dans ce genre musical, en empruntant souvent des formules musicales similaires, influencées par la
rythmique du reggae et du dancehall jamaïquains et les techniques du chant gospel.
En Amérique du Nord ou en Europe, la chanson haïtienne est représentée par une jeune génération émigrée ou née à l’étranger, qui commence à se faire connaître dans les réseaux de diffusion
internationaux, comme Wesli au Canada, Leyla McCalla aux Etats-Unis, Mélissa Laveaux, Moonlight Benjamin ou Carlton Rara en France.
A noter que c’est dans cette catégorie musicale, ainsi que dans la musique évangélique, que l’on
trouve le plus de femmes, avec 18,3% et 18,5% respectivement.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
La génération suivante subit l’influence de la variété française, dite chansonnette française, qui
conserve encore de nos jours une renommée sans pareil.
37
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
9. TROUBADOURS
38
En Haïti, le terme « troubadours » peut renvoyer à des réalités musicales distinctes, mais dans
son usage indéterminé, il désigne d’ordinaire des groupes acoustiques, originaires souvent de
la campagne haïtienne, qui se caractérisent par une instrumentation spécifique, éventuellement
de fabrication artisanale : autour d’un ou plusieurs instruments à corde, guitare ou banjo, on
trouve généralement une voix principale assistée par le chœur des musiciens et accompagnée de tambour, tchatcha (maracas), manouba ou contrebasse, parfois graj (racloir), tibwa ou
kaskayèt (claves), flûte ou accordéon. Même si la tradition semble plus forte et renommée dans
le département du Sud, ce format se retrouve dans l’ensemble du territoire haïtien.
Le genre a été remis à la mode au début des années 2000 avec le succès du projet « Haiti twoubadou » mené par les musiciens-producteurs Fabrice Rouzier et Clément Bélizaire. Toutefois,
il est mis à mal par la concurrence de la musique enregistrée et surtout des DJ. Aux côtés de
quelques vedettes du genre, Ti Coca & Wanga Nègès, Frères Dodo ou Makaya, on continue de
trouver des troubadours sur les plages, dans les hôtels et restaurants, où ils rencontrent une
clientèle plus à même de répondre à leurs besoins.
A partir d’une pratique variée de la musique au quotidien et d’une culture populaire forte, l’industrie haïtienne de la musique a développé et professionnalisé différents genres qui évoluent
à mesure que se modifie la société haïtienne. L’enquête réalisée auprès des professionnels
donne à voir une reconfiguration de la scène musicale haïtienne où se détache la diversification
croissante des genres musicaux et la prédominance des musiques urbaines.
D. CARACTÉRISTIQUES DE LA CHAÎNE DE PRODUCTION
A partir de ce riche matériau musical, avec des propositions et des méthodes diverses, les professionnels de la musique aspirent à organiser une production commerciale. La chaîne de production se donne à voir à travers les résultats conjoints des enquêtes de terrain et des focus
groups réalisés à partir d’un échantillon de 1520 professionnels opérant en Haïti et à l’étranger.
Pour les besoins de l’enquête, il a été demandé aux 1520 enquêtés de déclarer quelle est leur
principale occupation parmi 35 métiers identifiés, qui ont été préalablement regroupés en fonction de leur rôle dans la chaîne de production : métiers de la création et de l’encadrement ; métiers de la production ; métiers de la promotion ; métiers de la diffusion ; métiers de la formation.
Tableau 8
Q.14: Métiers du secteur musical
A. Métiers de la création et d’encadrement
a. Musicien (instrumentiste)
460
b. Chanteur
357
c. Auteur / compositeur (inclus jingle)
53
d. Arrangeur
14
e. Chef d’orchestre
28
f. Beat-maker
49
g. DJ
68
h. Manager
53
i. Accordeur / Réparateur d’instruments
2
a. Propriétaire/responsable de groupe musical
15
b. Propriétaire/gérant de studio de répétition
7
c. Propriétaire/gérant studio d’enregistrement
29
d. Propriétaire/gérant d’une compagnie de sonorisation
15
e. Propriétaire/gérant de compagnie de décoration de scène ou de feu d’artifice
5
f. Producteur (live) / promoteur
25
g. Tourneur ou booker
2
h. Producteur phonographique (musique enregistrée)
5
i. Editeur
0
j. Réalisateur (directeur artistique ou producer)
12
k. Technicien son (live / studio)
33
l. Technicien lumière
2
m. Régisseur / Stage Manager
1
n. Manutentionnaire
0
C. Métiers de la diffusion
a. Propriétaire/gérant de salle ou d’espace de diffusion
19
b. Propriétaire/gérant de media (radio / télévision / internet)
29
c. Propriétaire/gérant de magasin de CD
2
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
B. Métiers de la production
39
Tableau 8
Q.14: Métiers du secteur musical
d. Propriétaire/gérant magasin d’instruments de musique (Fabrication / vente / location)
1
e. Propriétaire de site d’internet
1
D. Métiers de la promotion
a. Attaché de presse
4
b. Animateur (radio / télévision) / MC
62
c. Journaliste
25
d. Publiciste (presse écrite/ affichage / web / réseaux sociaux)
14
e. Propriétaire/gérant compagnie production vidéo-clip
19
8
b. Professeur de musique / répétiteur
29
c. Autre
35
Total
1.483
SR
37
Total
1 520
Dans l’idéal, la chaîne de production devrait se dessiner de la sorte :
CREATION
PRODUCTION
DIFFUSION
* AUTEUR
>
LIVE : PRODUCTEUR
>
* TECHNICIEN SON
* TECHNICIEN LUMIÈRE
* RÉGISSEUR, ETC.
* COMPAGNIE
VIDÉO
* COMPAGNIE DÉCORATION
* SITE INTERNET,
RÉSEAUX SOCIAUX
>
* STUDIO
ENREGISTREMENT
<
MUSIQUE ENREGISTRÉE :
* PRODUCTEUR (LABEL)
* TECHNICIEN SON, ETC.
>
* PLATEFORME DE VENTE
>
>
* PRODUITS DÉRIVÉS
EN LIGNE
* MAGASIN DE CD
DROIT D’AUTEUR : * ÉDITEUR * AUTEUR, COMPOSITEUR * AYANT DROITS
>
* STUDIO
RÉPÉTITION
* COMPAGNIE DISTRIBUTION
CONSOMMATEURS
>
* PROFESSEUR
* FABRICATION CD
>
* PROPRIÉTAIRE /
GÉRANT D’ÉCOLE
>
* PRESSE
* MANAGER
FORMATION
CONSOMMATION
* ESPACE (SALLE, ETC.)
* ARRANGEUR
* INTERPRÈTE
(MUSICIEN /
CHANTEUR)
PROMOTION
* TOURNEUR
* COMPOSITEUR
>
40
a. Propriétaire/gérant d’école de musique
>
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
E. Métiers de la formation
Les artistes – auteur, compositeur, arrangeur, interprète, etc. – travaillent à la création de l’œuvre.
Ils sont encadrés par le manager qui les guide et les accompagne dans ce processus. Ils sont
dans un double rapport avec le sous-secteur de la formation : ils ont besoin eux-mêmes d’être
formés, mais ils peuvent aussi trouver là une source de revenus complémentaires.
Une fois l’œuvre créée, la production se divise en deux secteurs majeurs : production de musique
live et production de musique enregistrée, impliquant des producteurs, qui investissent financièrement dans le projet, et différents corps de métiers pour la musique enregistrée (propriétaires
ou gérants de studio d’enregistrement, techniciens de la prise de son, du mixage, de la masterisation, et autres métiers liés à la conception et à la fabrication même du support). A ce niveau,
interviennent également les gérants de studio de répétition qui faciliteront en amont, la finition de
l’œuvre musicale.
Une fois l’œuvre produite, la chaîne requiert les acteurs de la diffusion, que ce soit pour la circulation du live (tourneur, et ensemble des techniciens liés à la scène) ou celle de l’œuvre enregistrée
(distributeur qui approvisionnera les détaillants, magasins de CD ou plateformes de diffusion ou
vente en ligne).
Pour faciliter la vente, le recours aux professionnels de la promotion est nécessaire, pour accroître
la notoriété de l’artiste et la demande correspondante à travers la production de vidéo-clip, la
presse généraliste et spécialisée, et tous les outils désormais disponibles via les nouvelles technologies.
En parallèle, dès au niveau de la diffusion, entrent en jeux les droits d’auteur puisque la reproduction de l’œuvre, en live ou sous différents supports, ainsi que sa programmation dans les media,
sont génératrices de droits pour les auteurs, compositeurs, arrangeurs et autres ayant droit (droits
voisins des producteurs, interprètes, etc.), ainsi que pour les éditeurs dont le rôle consiste à diversifier les exploitations des œuvres (enregistrement, compilation, reprise, utilisation par le cinéma
ou la publicité, etc.).
Dans le cas haïtien, en observant les résultats des enquêtes de terrain réalisées dans le cadre de
cette étude, on constate d’abord une hypertrophie des métiers de la création comparés aux autres
maillons de la chaîne, notamment les métiers de la production et de la diffusion qui sont ceux qui
transforment la création en produit, que ce soit pour la scène ou pour l’industrie discographique,
et qui permettent la mise en vente aux consommateurs.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
L’ensemble de ces acteurs œuvre à la mise en vente du produit et à son achat final par le consommateur, sous forme de ticket d’entrée à une représentation, de musique enregistrée (support
disque ou dématérialisé), ou encore éventuellement de produits dérivés.
41
RÉPARTITION PAR SECTEUR D’ACTIVITÉ
Métiers
de la formation
5%
Sans réponse
3%
Métiers
de la promotion
8%
Métiers
de la diffusion
3%
Métiers
de la production
10%
Métiers de la création
et d’encadrement
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
71%
42
Avec une forte sous-représentation des producteurs (25 pour le live, 5 pour la musique enregistrée) et des professionnels de la diffusion, tourneur pour la scène (2) et distributeur/magasin de
CD pour la musique enregistrée (2), les créateurs se trouvent dans une situation d’autoproduction
de fait. Ils assument seuls le risque financier de leur projet, ce pour quoi ils n’ont pas nécessairement les compétences, ni la disponibilité de fonds.
Le déséquilibre se répercute légèrement sur les media, et la promotion de manière générale, qui
sont le seul recours des créateurs pour défendre leur produit. De fait, les métiers de la promotion
sont relativement importants : même si l’ensemble de ce sous-secteur reste modeste (8%), c’est
là que l’on trouve les effectifs par métiers les plus nombreux après ceux de la création, notamment
pour les animateurs (62).
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Pour ce qui concerne le droit d’auteur, les données donnent à voir que les revenus sont plus que
minimes.
43
Si l’on s’en tient au droit d’auteur à proprement parler, on comptabilise un total de 603 potentiels
ayants droit, parmi les professionnels ayant déclaré le métier d’auteur, compositeur ou arrangeur
comme métier principal, secondaire ou tertiaire.
Tableau 37
Droits d’auteur (ayants-droit potentiels)
Q14. Activité*…
Principale
Secondaire
Tertiaire
Total
Arrangeur
14
61
121
196
Auteur-compositeur
53
215
139
407
Total cumulé
67
276
260
603
Or, seuls 87 professionnels déclarent être enregistrés dans une société de droit d’auteur, parmi
lesquels 32 précisent le nom de la société, la SACEM arrivant en premier (13), suivie de BMI (9)
et du Bureau Haïtien des Droits d’Auteur (5). 7 professionnels considèrent que les revenus provenant des droits d’auteur sont leur source de revenus principale ou secondaire, tandis que 18 citent
le droit d’auteur comme une des sources de leurs revenus en 2015. Autrement dit, au mieux, en
2015, 18 des 603 ayants droit potentiels ont touché une rémunération, soit 2,98%.
1. MÉTIERS DE LA CRÉATION
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Si l’on reprend ensuite l’analyse de chaque sous-secteur, parmi les métiers de la création, on
distingue une majorité de musiciens, instrumentistes et chanteurs (75% en tout), tandis que les
autres catégories ne dépassent pas 6%, que ce soient pour les métiers plus récents (beat maker,
DJ) ou les métiers de l’encadrement (manager), qui dépendent économiquement des productions,
ainsi que ceux qui sont liés au droit d’auteur (auteur-compositeur, arrangeur)55.
44
MÉTIERS DE LA CRÉATION
Manager
Beat-maker
5%
DJ
5%
Accordeur
Réparateur d’instruments
0%
6%
Chef d’orchestre
3%
Arrangeur
1%
Auteur/compositeur
(inclus jingle)
5%
Musicien
instrumentiste
42%
Chanteur
33%
55 Il faut préciser que ces chiffres correspondent au métier principal que les professionnels ont déclaré exercer. Ceux-ci pouvaient
donner jusqu’à trois réponses successives, ce qui a été le cas de 570 d’entre eux qui ont affirmé avoir au moins trois métiers dans le
secteur, soit 37,5%.
Les instruments les plus pratiqués par les musiciens dans l’enquête sont : la guitare (25,5%),
le tambour (17,4%), la batterie (11,5%), et le piano (11,2%). 80,7% jouent d’un seul instrument,
11,1% de deux, et 8,2% de trois et même de quatre instruments (…).
Tableau 9
Accordéon
4
0,8%
Banjo
5
1,0%
Basse (guitare)
30
5,7%
Batterie
60
11,5%
Clarinette
5
1,0%
Contrebasse
1
0,2%
Flûte
10
1,9%
Guitare
133
25,5%
Hélicon
1
0,2%
Keyboard
11
2,1%
Kònè
8
1,5%
Piano
59
11,3%
Saxophone
21
4,0%
Tambour
91
17,4%
Trombone
6
1,1%
Trompette
47
9,0%
Violoncelle
1
0,2%
Violon
4
0,8%
Autres
25
4,8%
Total
522
100,0%
414 entrées valides
2. MÉTIERS DE LA PRODUCTION
Pour les métiers de la production, on distingue deux catégories : les métiers liés à la production
de la musique live et ceux liés à la musique enregistrée.
a. Live
La production live est sans aucun doute la plus importante en Haïti.
Lors de l’enquête, les professionnels ont déterminé dans une liste pré-établie, quelles étaient
leurs sources de revenus, principale et secondaire (Tableau 33). Les prestations diverses, bals
et concerts représentent les ¾ des sources de revenus des professionnels, tout type de métiers
confondus.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Réponses multiples
45
Toutefois, dans la liste des professionnels, seuls 25 personnes se déclarent producteurs ou promoteurs de live, à proprement parler, soit 1,64% de la totalité des répondants.
Le chiffre des producteurs déclarés est probablement trop faible pour que l’on puisse en tirer de
véritables statistiques, mais on peut toutefois s’attarder sur le profil des répondants. Parmi ces
25 personnes, un peu plus d’un tiers (36%) se situe dans la capitale. La plupart des producteurs
organisent des bals de préférence, avec un maximum de 30 prestations à l’année. Les revenus
annuels vont de 0 à 5000 HTG à plus de 5 millions de gourdes ; le plus grand nombre (10 sur
25) se situe de 50 001 à 250 000 HTG (soit de 769,24 à 3 846,15 USD à raison de 65HTG pour
1USD, qui est le taux de référence utilisé pour les enquêtes).
Même si les chiffres ne sont pas affinés, les disproportions mettent à jour le manque de promoteurs et la faiblesse des moyens engagés. Etant donné la cherté des infrastructures existantes,
l’absence de crédit et d’assurance, la prise de risque pour la production est énorme. Sans le
recours aux sponsors, qui se concentrent sur les têtes d’affiche, elle est souvent dissuasive.
De fait, seuls 8 des 25 producteurs recensés déclarent gagner leur vie principalement dans le
secteur de la musique.
b. Musique enregistrée
En ce qui concerne la musique enregistrée, le questionnaire proposait une section facultative dédiée (section VII). 281 professionnels l’ont remplie en tant que responsables de la production de
leur musique enregistrée. Sachant que 23 seulement (8,3 %) trouvent un producteur qui finance
l’opération pour eux, les 258 professionnels restants peuvent être considérés comme auto-producteurs de fait.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Les deux tiers (66,1%) de la production utilise le numérique – Internet, USB – comme support de
production, tandis qu’un tiers (32,9%) utilise le Compact Disc (CD). 1,1% utilisent d’autres supports : disque dur ou plates-formes numériques variées en proportions égales. (…).
46
Tableau 11
Support de diffusion
Effectif
281
NA
4
Effectif valide
277
a. CD
32,9%
b. Numérique (clef USB, internet, etc.)
66,1%
c. Autre : précisez
1,1%
Total
100,0%
La plupart des responsables d’enregistrement (91,7%) sont indépendants et n’ont pas recours
aux 5 maisons de production et de distribution recensées dans notre enquête pour fabriquer et
commercialiser leurs produits musicaux. Les enregistrements sont essentiellement réalisés en
Haïti (90,7%), à l’étranger (4,3%), ou les deux à la fois (5%).
Les studios utilisés sont majoritairement de petits studios ayant une seule cabine d’enregistrement
(58,3%), des studios professionnels (39,2%), ou bien il s’agit d’ordinateurs personnels (2,5%).
Dépenses d’enregistrement. L’enquête ne fournit de résultats que pour des enregistrements
en studio réalisés en Haïti. Les coûts sont détaillés par musique, par démo/ test pressing, et par
album.
Tableau 12
Coût de l’enregistrement en studio1
HTG
Désignation
Effectif
SR
Effectif
valide
a. Par musique
266
10
256
34
10 945
6 500
b. Par démo/ test pressing
266
23
243
180
44 316
30 000
c. Par album
266
27
239
189
896 169
162 500
Gratuit
Moyenne
pondérée
Médiane
Sur les 239 répondants qui ont répondu pour les dépenses d’enregistrement d’un album, 189
n’ont pas payé. La moyenne de dépense pour les 50 autres répondants est de 896 169 gourdes,
et la moitié ont payé moins de 162 500 gourdes (soit 2 500 USD au taux de 65 HTG / 1 USD).
La dépense d’enregistrement d’un disque la plus élevée est le studio pour 70,6% des répondants.
Tableau 13
Effectif
266
NA
4
Effectif valide
262
a. Support technique (location studio, ingénieur du son)
185
70,6%
b. Production artistique (producer, beat maker, musiciens)
66
25,2%
c. Autre : Précisez
11
4,2%
Total
262
100,0%
Dépenses de production. 91 répondants ont choisi le CD comme support de production. Les CD
sont fabriqués majoritairement en Haïti (68,1%), à l’étranger (27,5%) et les deux (4,4%). Outre
le pressage en série à proprement parler, les autres dépenses de production d’un CD incluent le
graphisme et la photo.
Le nombre de CD pressés par production ne dépasse pas 500 exemplaires pour 68,1% des répondants. Nous donnons dans les tableaux suivants le nombre de CD pressés par production et
leur coût en dollar américain.
Le taux de change de la gourde et du dollar américain au moment de l’enquête était de 65/1.
Tableau 14
Nombre de CD pressés par production
Effectif
281
NA
190
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Coût le plus élevé
47
Tableau 14
Nombre de CD pressés par production
Effectif valide
91
a. Moins de 500
62
68,1%
b. 501 – 1.000
13
14,3%
c. 1.001 – 5.000
10
11,0%
d. 5.001 – 10.000
4
4,4%
e. Plus de 10.000
2
2,2%
Total
91
100,0%
Tableau 15
Dépenses de production en USD
USD
Effectif
281
NA
276
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Valide
48
5
Moyenne
10 800
Médiane
12 000
L’effectif valide diminué de ceux qui ne paient pas est de 43 pour les dépenses de production en
gourdes, mais les données sont trop dispersées pour établir une moyenne.
Elles varient de 500 HTG à 1 200 000 HTG (18 461,53 USD).
Pour les 5 répondants qui fabriquent leur CD à l’étranger, la moyenne des dépenses est de 10
800 USD.
En se basant sur les moyennes enregistrées, étant donné le niveau de vie global de la population, les pratiques de piratage et la tendance croissante au partage de musique en ligne, on peut
comprendre la difficulté de rentabiliser, avec 500 copies, un CD ayant coûté au moins 2500 USD
(hors frais supplémentaires de fabrication, d’envoi et de taxes), soit au minimum 5 USD par unité. Des solutions au cas par cas sont imaginées pour minorer les coûts et élargir les sources de
financement, à travers la sponsorisation notamment. Mais le tableau général reste problématique
et, dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les producteurs soient très peu nombreux (5
seulement).
3. MÉTIERS DE LA DIFFUSION
Les métiers de la diffusion regroupent un ensemble assez hétéroclite de métiers liés à la diffusion
des propositions musicales live ou enregistrées, tels que : propriétaire ou gérant de salle, de media, de magasins de CD ou d’instruments et de site internet.
Dans le détail, on observe que l’ensemble constitue le groupe le plus réduit (3,42%). Les responsables de media sont les plus nombreux (29), suivi des gérants de salle ou d’espace (19). Le petit
nombre de ceux-ci laisse présager la difficulté pour les artistes de se produire dans un espace
dédié. Pour la musique enregistrée, on a noté l’existence de 2 magasins de vente de CD et 1 site
internet, celui-ci se consacrant à la diffusion de photos d’artistes évangéliques.
L’enquête n’a pas répertorié de site dédié à la vente de musique en ligne en Haïti, hormis la plateforme de téléchargement Keeng que la compagnie de téléphonie Natcom a lancée en 201556.
Les sites internet existant en Haïti ont davantage à voir avec la promotion plutôt que la distribution
à proprement parler.
On peut mentionner les sites :
• Banm hit (www.banmhit.com)
• Dynasty (dynastyhaiti.com/category/multimedia/music/)
• Haitiz (www.haitiz.com)
• Pawol Mizik (pawolmizik.com/)
• Play Mizik (playmizik.com/)
• Vibepassion (www.vybespassion.com/)
• Ti Kwen pam (www.tikwenpam.net)
• Vibe Kreyol (vibekreyols.com)
Même sans téléchargement, ces sites posent la question de la rémunération des droits d’auteur.
D’une manière générale, la diffusion de musique enregistrée en Haïti n’est pas associée au paiement de droits. La pratique inverse a davantage lieu, à savoir que les artistes ou leurs représentants
se voient imposer par les radios, de payer pour la diffusion de leurs œuvres. Ce système de payola
est mis en place de manière informelle par les animateurs qui sont souvent les propres producteurs
de leurs émissions.
Pour la vente de musique enregistrée, les artistes ou producteurs haïtiens s’en remettent généralement aux sites étrangers : Itunes, Google Play, Amazon, CD Baby, Youtube, Spotify, Deezer, etc57.
Pour distribuer leurs CD sur le territoire national, les responsables imaginent donc des stratégies
de proximité, telles que la vente directe dans la rue ou la communauté, ou encore les ventes-signatures.
A la question de savoir où ils écoulent leurs productions (Q.74), seuls 91 professionnels ont répondu, qui signalent par ordre d’importance : le réseau informel de vente directe (dans la rue, dans la
communauté, de la main à la main, etc.), les magasins de disque (qui fonctionnent la plupart du
temps en consignation) et internet. Des professionnels précisent également que leur production
n’est pas destinée à la vente et qu’elle ne vise que la promotion.
A l’étranger, plusieurs sites proposent l’écoute de musique et/ou de vidéos, mais assez peu offrent
la vente en ligne, comme Wagmar Music Love (wagmarlovemusicstore.net/) ou Haitian Vertex (haitianvertex.com/) aux Etats-Unis.
Après le déficit de production, l’industrie est caractérisée par l’absence de diffusion structurée tant
pour la musique live que pour la musique enregistrée. Les créateurs se trouvent le plus souvent auto-producteurs de fait. Ils sont d’autant plus seuls face aux professionnels de la promotion pour faire
valoir leurs produits. On notera d’ailleurs que, dans le cas du konpa, les animateurs ont de plus en
plus tendance à se transformer en producteurs pour réaliser bals et tournées.
4. MÉTIERS DE LA PROMOTION
De leur côté, les métiers de la promotion comportent pour la moitié les animateurs d’émission de
radio et/ou télévision, puis un certain nombre de métiers spécialisés, parmi lesquels se détachent
56 www.keeng.ht
57 On signalera que le DJ Michael Brun a lancé avec Spotify une playlist baptisée « Haitian Heat » pour donner plus de visibilité internationale à la création haïtienne et l’introduire au streaming.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Toutefois leur impact reste limité en Haïti car il est confronté au double problème de la faible pénétration d’internet et de l’absence de système bancaire efficace pour la vente en ligne. Paypal n’est
pas opérationnel en Haïti.
49
les journalistes (20,16%), les propriétaires de compagnie de production de vidéo-clips (15,32%)
et les publicistes (11,29%).
Plusieurs questions s’adressaient aussi aux personnes responsables de la promotion, à travers
lesquelles on peut repérer les pratiques les plus courantes.
(…) Dans le cadre de l’enquête, l’effectif valide des responsables de promotion était au mieux de
380. Les canaux les plus utilisés sont les réseaux sociaux (24,4%), la radio (24,1%), et l’affichage
(15,6%).
Tableau 17
Type de promotion
Effectif
397
NA
19
Effectif valide
378
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
(Réponses multiples)
50
f. Internet et réseaux sociaux
233
24,4%
b. Radio
230
24,1%
e. Panneaux, affiches, pamphlets
149
15,6%
i. Bouche à oreille
95
9,9%
c. Spot/pub télévisé(e)
93
9,7%
g. Camion publicitaire
58
6,1%
d. Vidéo-clip
50
5,2%
h. DJ
36
3,8%
a. Vente signature
11
1,2%
955
100,0%
Total
On constate que la radio reste encore un medium privilégié de la promotion même si elle commence à être devancée par les réseaux sociaux qui sont probablement maniés par les responsables eux-mêmes (l’enquête ne permet pas d’identifier d’éventuels community managers). A
côté des moyens d’affichage classique, le recours aux vidéo-clips et aux spots télévisés (14,9%
pour les deux) montre l’importance croissante de l’audio-visuel.
5. MÉTIERS DE LA FORMATION
Le dernier ensemble est constitué par les métiers de la formation qui regroupe les propriétaires
d’école et les professeurs de musique ou répétiteurs. 8 propriétaires d’école et 29 professeurs ont
été identifiés parmi les 1520 professionnels de l’enquête. On notera toutefois que l’effectif des enseignants est triplé si l’on prend en considération les 58 personnes supplémentaires, musiciens,
chanteurs, ou encore DJ, qui exercent ce métier comme seconde ou troisième profession.
Ces professionnels enseignent la musique de manière indépendante ou dans des écoles privées.
L’éducation musicale n’est pas incluse systématiquement dans le curriculum actuel des écoles haïtiennes. L’Etat intervient dans l’enseignement musical seulement à travers l’INAMUH à Hinche et
l’Ecole Nationale des Arts à Port-au-Prince.
D’autre part, il n’existe pas en Haïti de système établi pour la formation continue des artistes et pour
la formation en général des métiers techniques et de l’encadrement, à l’exception de Audio Institute58 qui propose, depuis 2013, une formation de deux ans en ingénierie du son.
L’enquête nous offre quelques détails supplémentaires sur les professionnels de la formation
en exercice.
Nous avons pris l’effectif des propriétaires/gérants d’école de musique (8) et des professeurs de
musique/répétiteurs (29) qui est féminin à 16% et dont le tiers exerce dans le département de
l’Ouest. Leur métier est la source de revenus principale pour 70% d’entre eux : 54% l’ont appris
dans un centre de formation, et 30% avec un professionnel diplômé. 51% ont plus de 10 ans
d’expérience, et 32% plus de 5 ans.
En 2015, 49% ont eu un revenu inférieur à 50 000 gourdes, et 41% un revenu (annuel) compris
entre 50 000 et 250 000 gourdes, ce qui est très peu eu égard à leurs formation et expérience
professionnelle en moyenne.
L’importance des métiers de la formation n’est donc pas à négliger comme source complémentaire de revenus pour partie des professionnels du secteur, mais aussi, en soi, pour l’excellence
des propositions et la qualité des produits finaux.
E. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Haïti est un pays historiquement très centralisé. Depuis plusieurs décennies, l’exode rural grossit
la « République de Port-au-Prince » qui, en plus de la majorité des services et des administrations, concentre désormais un tiers de la population totale. La répartition des professionnels de
la musique enquêtée laisse voir ce déséquilibre entre le département de l’Ouest (39%) et celui
du Sud (5%), par exemple.
La capitale rassemble aussi les plus gros événements du secteur : Festival International de
Jazz de Port-au-Prince, Rencontres des Musiques du monde, Bicoloremix, etc. en plus des festivals qui ont lieu sur les plages et dans les hôtels de la côte Nord de Port-au-Prince en saison
estivale (Festival Bikini, par exemple). En province, aux côtés du festival de rara de Paillant, du
festival Destination Aquin et du festival Mizik de Saint Marc, certains événements de moindre
ampleur – dont le festival Krik Krak des Cayes, Ayiti Couleur du Cap Haïtien ou encore le Festival des Grottes de Dondon – réservent une partie de leur programmation aux représentations
musicales.
A l’extérieur de la capitale, les activités musicales suivent davantage le cycle des saisons : fêtes
de fin d’année, Carême avec le rara, pèlerinages et fêtes champêtres pendant l’été.
D’autre part, si les professionnels de l’enquête ne signalent pas de déséquilibre notoire dans la
répartition des infrastructures, l’Ouest semble concentrer les professionnels exerçant dans la
production, la diffusion et la promotion.
58 audioinstitute.org/
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
En conclusion, la vigueur de la créativité haïtienne transparaît dans la grande quantité d’artistes
recensés (71% des professionnels), mais cette créativité se heurte à un goulot d’étranglement
au niveau de la production : très peu de professionnels prennent le risque d’investir dans le
secteur, que ce soit dans le live ou la musique enregistrée. La créativité haïtienne peine donc
à se transformer en économie en raison du manque de producteurs et de diffuseurs tandis que
l’absence de gestion efficace du droit d’auteur prive les créateurs du revenu correspondant.
51
NORD
27
LES MÉTIERS
DE LA PRODUCTION
ARTIBONITE
16
CENTRE
17
OUEST
61
SUD
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
9
52
SUD EST
23
NORD
5
LES MÉTIERS
DE LA DIFFUSION
ARTIBONITE
19
CENTRE
9
OUEST
17
SUD
0
SUD EST
0
NORD
22
LES MÉTIERS
DE LA PROMOTION
ARTIBONITE
17
CENTRE
14
OUEST
44
SUD
SUD EST
12
Les événements d’envergure demandent souvent le déplacement des prestataires de service technique (son, lumière) depuis la capitale. Il en va de même de la circulation des artistes : les tournées,
quand elles existent, se font presque exclusivement de Port-au-Prince vers les provinces.
De ce point de vue, les Orchestres Septentrional et Tropicana, basés au Cap Haïtien, constituent
une exception notable.
Parallèlement à un territoire national en manque d’intégration, Haïti est caractérisé par une forte
population résidant à l’étranger : deux millions d’Haïtiens vivent en Amérique du Nord, dans les Caraïbes et en Europe, dans une moindre mesure.
Les communautés haïtiennes de la diaspora constituent le marché de prédilection des groupes musicaux, notamment pour les chanteurs et groupes de konpa, qui y trouvent une population capable
de répondre économiquement à leurs besoins. Par conséquent, une partie de l’industrie musicale y
est établie : groupes de musique, festivals d’envergure (Haitian konpa festival de Miami59, Kreyolfest
de New York60, Haïti en Folie à Montréal61), clubs et studios d’enregistrement. Les échanges se font
ponctuellement en dépit de cette discontinuité : les principaux groupes de la diaspora entrent régulièrement en Haïti pour des tournées ou des occasions spéciales (Carnaval ou autre), tandis que les
groupes résidant sur le territoire national se rendent à l’étranger pour se produire dans la diaspora,
enregistrer et fabriquer leur CD.
Les déséquilibres au niveau de la chaîne de production sont accentués par la distribution géographique de l’industrie, qui s’avère fortement centralisée à Port-au-Prince et scindée d’autre part entre
le territoire national et la diaspora. Ce manque d’intégration géographique nuit au développement
de l’industrie musicale dans son ensemble, même si les principaux groupes de konpa continuent de
jouir de réseau établi en province et à l’étranger.
59 www.compasfestival.net/
60 haitiantimes.com/kreyolfest/
61 www.haitienfolie.com/
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
7
53
F. ANALYSE DE LA VALEUR ÉCONOMIQUE
Les données recueillies par l’enquête de terrain ne permettent pas de mesurer avec précision la
taille de l’industrie haïtienne de la musique ni son poids économique, mais elles offrent des informations sur son impact à travers la description des emplois et des revenus des 1520 professionnels enquêtés.
1. PROFIL DES RÉPONDANTS
Avant de présenter les résultats, le profil des répondants peut être examiné plus en détail.
Le public cible était celui des professionnels de l’industrie musicale haïtienne vivant en Haïti et
à l’étranger fin 2016. Un total de 1 520 professionnels a répondu à l’enquête de terrain, dont
1 355 hommes (89,1%) et 165 femmes (10,9%) répartis dans 6 des 10 départements géographiques du pays62 et la diaspora. On note dans le Tableau 2 ci-dessous que le ratio homme/
femme est inégalement réparti, preuve s’il en est que les professionnels impliqués dans l’industrie
musicale en Haïti sont essentiellement des hommes.
Tableau 2
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Effectif de l’enquête
54
Ensemble
Femme
Homme
Département
Effectif
%
Artibonite
220
14,5%
11
209
Centre
171
11,3%
19
152
Nord
226
14,9%
16
210
Ouest
589
38,8%
84
505
Sud
77
5,1%
6
71
Sud-Est
162
10,7%
6
156
Autres
7
0,5%
0
7
Diaspora
68
4,5%
23
45
Total
1 520
100,0%
165
1.355
10,9%
89,1%
La population active haïtienne en 2015, entre 15 et 64 ans inclus, comptait 6 602 000 habitants ; la
moitié de cet effectif avait moins de 30,8 ans d’âge.63 Si l’on prend la répartition par tranche d’âge
des répondants de 18 à 55 ans, la médiane se situe à 29,5 ans. Ceci signifie que notre effectif (…)
est plutôt conforme à la répartition par âge de la population active en général.
Foyer. Les deux tiers des répondants sont célibataires, 21,2% sont mariés et 7,2% vivent en
union libre. Ils ont 4 personnes à charge en moyenne (y compris eux-mêmes).
Education. Un élève moyen termine le cycle primaire à 16 ans en Haïti, et moins d’un adulte
sur 10 de plus de 25 ans a terminé le cycle de l’enseignement secondaire ou supérieur. Les enfants sont scolarisés avec 2 ans de retard, 60% atteignent la 6è année du cycle primaire, 10%
redoublent, et 11% des individus de 6 à 19 ans abandonnent l’école.
62 Le questionnaire étant disponible en ligne, quelques répondants étaient également issus d’autres départements, sauf celui des
Nippes.
63 La médiane – qui est la valeur d’un caractère (ici l’âge) pour lequel l’effectif est séparé en deux parties égales – a été calculée à partir de la répartition par groupe de 5 ans d’âge de l’estimation du recensement de la population haïtienne. (Ibid. UN, World Population Prospects: The 2015 Revision.)
Tableau 3
Retard dans
la scolarité
SECONDAIRE
PRIMAIRE
INFÉRIEUR
SUPÉRIEUR
1
2
3
4
5
6
7
8
9
3
2
Rétho Philo
Âge prescrit
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
Âge moyen
8.1
9.9
11.5
12.8
13.8
15.3
15.9
16.8
17.8
18.5
19.6
20.6
20.8
Écart (ans)
2
3
3½
4
4
4
4
4
4
3½
3½
3½
3
Source : EDS/BM.
Figure 4
Formation professionnelle. 17,3% des répondants ont appris leur métier en tant qu’apprenti
d’un acteur professionnel de l’industrie musicale, 22% d’un membre de la famille ou de manière
informelle. 32,7% sont autodidactes, et 26.8% seulement ont fréquenté un centre de formation.
Parmi ces derniers, 70,4% détiennent un certificat ou un diplôme.(…)
Durée d’apprentissage. 65,6% des répondants ont appris leur métier en moins de 2 ans, et
23,8% entre 2 et 4 ans.
Années d’expérience. 23% des répondants ont 5 ans d’expérience ; 39,4% en ont entre 5 et 10
ans ; 16,4% entre 11 et 15 ans ; et 10,2% entre 15 et 20 ans. La médiane pour les professionnels
ayant de 5 à 20 ans d’expérience est de 7,7 ans.
Le profil des professionnels enquêtés montre que l’industrie haïtienne de la musique est très majoritairement masculine. Les acteurs sont relativement jeunes, à l’image de la population active, et
plutôt mieux formés que la moyenne. La plupart d’entre eux sont assez avancés en termes d’expérience par rapport à leur jeune âge. En plus d’eux-mêmes, ils ont à charge environ 3 personnes
de leur foyer. On rappellera toutefois que ces données sont déclaratives et qu’elles n’ont pas pu
subir de vérifications.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
La situation des répondants à notre enquête en matière d’éducation scolaire est tout autre, puisque
57% d’entre eux ont au moins le baccalauréat (Rétho et Philo) et ont fréquenté l’université, et
39,1% ont un niveau de cycle secondaire. Ceci est encourageant pour tous les efforts d’investissement qui pourraient être faits dans le secteur musical.
55
2. STATUT PROFESSIONNEL DES RÉPONDANTS
Les répondants sont dans leur grande majorité des contractuels (69,6%), dans une moindre mesure des salariés (14,3%) ou des entrepreneurs, propriétaires ou co-copropriétaires de compagnie (11,1%).
11.22 A quelle catégorie de professionnel correspondez-vous ?
Frequency Percent
Valid
Missing
Valid
Percent
Cumulative
Percent
Entrepreneur / propriétaire
ou co-propriétaire
161
10.6
11.1
11.1
Contractuel
1013
66.6
69.6
80.6
Autre (précisez)
74
4.9
5.1
85.7
Salarié
208
13.7
14.3
100.0
1456
95.8
100.0
64
4.2
1520
100.0
Total
Total
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
De plus, quasiment la moitié des répondants (46,7%) déclarent travailler de manière indépendante. Les autres sont rattachés principalement à des groupes musicaux (32,8%) ou à des entreprises privées (11,1%).
56
Tableau 4
Q23 Types & nombre de structure
Effectif
%
Valide
a. Groupe musical
485
31,9%
32,8%
b. Association / Fondation / ONG
57
3,8%
3,9%
c. Organisation religieuse
52
3,4%
3,5%
d. Entreprise privée
164
10,8%
11,1%
e. Indépendant / Freelance
690
45,4%
46,7%
f. Autre
30
2,0%
2,0%
SR
42
2,8%
100,0%
Total
1 520
100,0%
Les groupes musicaux sont constitués essentiellement par les artistes, manageurs et propriétaires de groupes (91,54%), tandis que les entreprises privées et l’ensemble des indépendants
regroupent des professionnels appartenant à toutes les catégories.
Plus précisément, les producteurs sont structurés en entreprises privées (36%), mais aussi en
association ou en fondation (20%). Toutefois, ils restent principalement indépendants (40%). Il
en va de même pour les producteurs de musique enregistrée et l’ensemble des propriétaires.
En effet, la majorité des propriétaires ou gérants de studios de répétition, de studios d’enregis-
trement, de compagnies de son, de compagnies de production vidéo et d’écoles de musique se
déclarent indépendants, ce qui peut indiquer le faible niveau de structuration administrative du
secteur. Seuls les propriétaires de media, d’espaces de diffusion et de compagnies de décoration
sont majoritairement entrepreneurs privés, en raison peut-être de la nature de leur profession qui
est davantage réglementée pour les deux premières catégories (parmi les 27 entrepreneurs ou
propriétaires concernés, 14 sont formellement enregistrés).
D’une manière plus générale, le niveau de formalisation du secteur est particulièrement faible.
A la question (Q24) de savoir si la structure dans laquelle ils travaillent est enregistrée dans au
moins un bureau de l’Etat, les 758 enquêtés concernés répondent par l’affirmative pour 40,11%
alors que la somme de ceux qui déclarent ne pas être enregistrés, qui ne savent pas, ou qui ne
répondent pas, représente 59,89%.
Enfin, les enquêtés précisent que 39,80% de ces structures sont enregistrées à la DGI (Direction
Générale des Impôts). On peut donc penser que toutes les autres échappent à la taxation, ce qui
serait le cas pour 84,03% des professionnels liés à des structures.
Toutefois, il faut préciser que ces informations sont souvent jugées sensibles par les enquêtés,
qui peuvent se montrer réticents à les livrer ouvertement. De fait, on constate des réponses incohérentes qui peuvent mettre en question la sincérité des répondants et/ou leur compréhension du
questionnaire, ce qui est une autre hypothèse envisageable étant donné le niveau de formalisation du secteur.
Quelles que soient les réserves que l’on peut formuler sur la qualité des réponses des 1520 professionnels enquêtés, on peut affirmer les tendances générales, à savoir que :
• le secteur de la musique est très majoritairement masculin (89%) ;
• il est porté principalement par des acteurs individuels contractuels (70%) ;
• la majorité des répondants travaillent de manière informelle (au moins 59%).
3. REVENUS DES RÉPONDANTS
Avant de détailler la source des revenus des répondants, l’enquête a cherché à connaître si les
professionnels vivaient exclusivement du secteur de la musique. De fait, seule la moitié des professionnels (50,6%) a répondu par l’affirmative. Les enquêtés ont également précisé qu’au sein
du secteur de la musique, ils réalisaient une partie de leurs activités à titre gracieux.
Il a été demandé aux répondants de l’enquête d’évaluer la part de bénévolat dans leurs activités
(Q28 & 29). Une activité sur deux en moyenne pondérée (48,3%) est bénévole pour 84,9% d’entre
eux.
Quelles que soient les motivations en jeu, le premier constat est donc que le secteur n’est pas
totalement professionnalisé au sens où il est opéré par des acteurs qui ne vivent pas uniquement
de lui ou qui opèrent en partie sans rémunération.
Concernant les revenus, le tableau 31 présente les revenus en Gourdes déclarés par les professionnels pour l’année 2015, et le tableau 32, les revenus en Dollars américains.
Tableau 31
Q30 : CA 2015 HTG (activité principale)
CA
Effectif
Cumulé
a. 0 – 5.000 HTG
320
320
b. 5.001 – 50.000 HTG
589
909
c. 50.001 – 250,000 HTG
370
1 279
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Le niveau de formalisation et de structuration administrative du secteur est donc très faible.
57
Tableau 31
Q30 : CA 2015 HTG (activité principale)
d. 251.000 – 1.000.000 HTG
103
1 382
e. 1.000.000 – 5.000.000 HTG
36
1 418
f. Plus de 5 millions HTG
5
Total
1.423
SR
97
Total effectif
1 520
Médiane du CA (HTG) :
34.720
Tableau 32
Q30 : CA 2015 USD (activité principale)
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
CA
58
Effectif
Cumulé
a. 1001 – 5.000 USD
8
8
b. 5.001 – 20.000 USD
18
26
c. 20.001 – 100,000 USD
13
39
d. Plus de 100.000 USD
4
Total
43
SR
1 477
Total effectif
1 520
Médiane du CA (USD) :
15 000
Si l’on écrête les 9 répondants qui gagnent plus de 5 Mio de gourdes ou 100 000 dollars américains,
la médiane pour les premiers est de 34 720 gourdes, et de USD 15 000 pour les seconds. Il y a donc
beaucoup de répondants qui gagnent peu, mais n’oublions pas que la moitié de l’effectif a déclaré
que sa principale source de revenus ne provenait pas du secteur musical (Q13).
Nous avons croisé les questions 30 (sur le niveau de revenus) et 33 (sur les sources de revenus)
avec la réponse affirmative à la question 13, à savoir si la principale source de revenus du répondant
provient du secteur musical. (…) L’effectif (des enquêtés) passe de 1 423 à 730 répondants en HTG,
et la médiane est de 45 545 gourdes. (…).
Par conséquent, parmi cet effectif, au moins 54% des répondants gagnent moins que le salaire minimum qui, pour la période de référence, était de 300 HTG par jour, soit 78 000 HTG par an, hors
prime.
A l’opposé, seuls 27 répondants (3,69%) gagnent plus d’un million de gourdes annuellement (15
385 USD).
(Pour les réponses en dollars américains), l’effectif (des professionnels ayant déclaré vivre principalement du secteur de la musique) passe de 43 à 22 répondants en USD, et la médiane est de
73 333 dollars américains.
Parmi ceux-ci, on notera qu’un tiers des répondants les mieux rémunérés en dollars (au moins 20
000 USD annuels) déclare exercer leurs activités en Haïti.
Dans tous les cas, le niveau de rémunération du secteur est globalement faible même si on peut
à nouveau émettre une réserve sur la qualité des réponses, en raison de la sensibilité des données.
En parallèle, il a été demandé aux professionnels de préciser, à partir d’une liste préétablie, de quel
type d’activités provenaient leurs revenus. Trois réponses étaient possibles. Pour l’ensemble du
secteur, il apparaît que les prestations diverses pour la publicité, le Carnaval, les fêtes patronales,
les festivals, sont la source principale, suivies des concerts et des sessions d’enregistrement en
studio.
Tableau 33
Activité
Principale
Secondaire*
Total
a. Bal
123
131
254
b. Concert
436
315
751
c. Session studio
172
166
338
d. Cours
103
108
211
e. Royalties/redevances
2
5
7
f. Vente de CD
16
30
46
g. Vente de produits divers (précisez)
59
102
161
h. Prestations (publicités, carnaval, fêtes, festivals, etc.)
526
385
911
i. Location (espaces, matériels
19
35
54
SR
64
393
Effectif valide
1456
1127
(*) Réponses multiples
Si l’on regarde plus en détails ce qu’il en est par corps de métiers, on constate effectivement que
les créateurs vivent principalement du live, qui représente 80% de leurs revenus, les prestations
diverses (publicités, carnaval, fêtes, festivals, etc.) étant à égalité avec les concerts (36% chacun)
devant les bals (8%).
Pour les métiers de la production live, les prestations diverses (publicités, carnaval, fêtes, festivals,
etc.), l’emportent avec 41% devant les bals et les concerts, qui sont à égalité avec 19% chacun.
On peut ainsi déduire que les manifestations publiques qui se font hors du cadre conventionnel
des bals et des concerts commencent à s’imposer comme la principale activité du secteur. On
pense bien sûr au Carnaval, aux fêtes patronales, aux festivals et à toutes les activités de plein air
auxquelles le public participe, le plus souvent, de manière gracieuse. Parmi les 526 professionnels trouvant les ressources principales dans ce type de manifestations, 237 estiment d’ailleurs
que la question (Q41) du droit d’entrée ne leur est pas applicable (45,05%). Cette tendance en
termes de prestations correspond avec l’évolution des pratiques musicales mentionnée plus haut,
où le konpa, lié à l’économie du bal, marque une baisse sensible devant les musiques urbaines,
qui se jouent souvent dans les espaces ouverts très fréquentés.
4. DÉPENSES PROFESSIONNELLES
Parallèlement à ces revenus, les professionnels de la musique doivent faire face à des dépenses,
parmi lesquelles on note celles qui sont liées à l’utilisation des infrastructures, à l’acquisition de
matériel ou encore à la promotion.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Q33 : Source de revenus
59
a. Infrastructures
Quel que soit leur corps de métier, 59,27% des répondants estiment avoir besoin d’infrastructures
spéciales dans l’exercice de leur profession (Q37).
Si l’on considère leur réponse principale, les infrastructures les plus sollicitées sont les celles du
live (night-clubs, discothèques, salles de concert, hôtels-restaurants, places publiques) à 38,39%
devant les studios de répétition (31,52%) et les studios d’enregistrement (30,08%).
L’accès à ces infrastructures n’est pas nécessairement lié à une dépense financière, ce qui est
compréhensible étant donné le niveau de professionnalisation et la hauteur des revenus des enquêtés.
Accès. Les répondants expriment un besoin d’accéder aux infrastructures (901 à Q.37), mais ils
sont moins nombreux (504) à répondre quand on leur demande comment ils y accèdent ; elles
sont soit mises à disposition (31%), louées (41,5%), et 8,1% en sont propriétaires. Dans les autres
cas, les répondants sont essentiellement invités (44/98).
Tableau 21
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Q43 : Accès aux infrastructures
60
%
a. Mise à disposition
156
31,0%
b. Location
209
41,5%
c. Propriétaire
41
8,1%
d. Autre : Précisez
98
19,4%
Total
504
100,0%
NA
1 016
Total
1 520
Toutefois, avec ou sans location, l’utilisation des infrastructures peut générer un coût, que ce soit
pour l’alimentation électrique, l’équipement en matériel son et lumière, la décoration, ou autre. Les
réponses des enquêtés concernant le coût des différentes infrastructures sont communiquées à
titre indicatif. Elles ont été notées par activité, en gourdes si les professionnels opèrent en Haïti,
en dollars s’ils sont à l’étranger.
Tableau 22
Q39 : Coût d’utilisation
b. Studio de répétition
Par An
Par Activité
HTG
USD
HTG
USD
Effectif
1 458
62
1 458
62
SR
647
52
658
50
Effectif valide
811
10
800
12
Moyenne pondérée (payant)
18 834
-
7 491
887
Ne paient pas
80,8%
60,0%
81,4%
41,7%
Médiane
7 500
1 000
500
Tableau 23
Q39 : Coût d’utilisation
c. Studio d’enregistrement
Par An
Par Activité
HTG
USD
HTG
USD
Effectif
1458
62
1458
62
SR
651
52
660
53
Effectif valide
807
10
798
9
Moyenne pondérée (payant)
32 706
5 318
17 132
3 121
Ne paient pas
65,8%
20,0%
68,9%
22,2%
Médiane
15 000
300
5 000
3.250
Tableau 24
d. Night-club/ Discothèque
Par An
Par Activité
HTG
USD
HTG
USD
Effectif
1 458
62
1 458
62
SR
666
56
670
56
Effectif valide
792
6
788
6
Moyenne pondérée (payant)
59 848
0
21 877
0
Ne paient pas
92,9%
100,0%
93,1%
100,0%
Médiane
40 000
15 000
Tableau 25
Q39 : Coût d’utilisation
e. Salle de concert
Par An
Par Activité
HTG
USD
HTG
USD
Effectif
1 458
62
1 458
62
SR
660
52
664
52
Effectif valide
798
10
794
10
Moyenne pondérée (payant)
73 183
-
55 262
6 000
Ne paient pas
93,1%
50,0%
93,6%
50,0%
Médiane
25 000
3.000
15 000
4 000
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Q39 : Coût d’utilisation
61
Tableau 26
Q39 : Coût d’utilisation
f. Hôtel-Restaurant
Par An
Par Activité
HTG
USD
HTG
USD
Effectif
1 458
62
1 458
62
SR
664
56
662
56
Effectif valide
794
6
796
6
Moyenne pondérée (payant)
43 141
0
26 862
0
Ne paient pas
95,8%
100,0%
95,9%
100,0%
Médiane
20 000
20 000
Tableau 27
Q39 : Coût d’utilisation
g. Place publique
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Par An
62
Par Activité
HTG
USD
HTG
USD
Effectif
1 458
62
1 458
62
SR
671
55
667
55
Effectif valide
787
7
791
7
Moyenne pondérée (payant)
14.321
-
6.777
-
Ne paient pas
98,5%
85,7%
98,4%
85,7%
Médiane
5 300
1 500
De manière générale, il apparaît qu’au regard des revenus des répondants, le coût de l’utilisation
des infrastructures est très élevé.
D’autre part, lors des focus group, les enquêtés ont déploré le manque d’infrastructures adaptées
et équipées. L’enquête ne recense pas les lieux existants, mais on peut signaler que, pour la capitale, seules deux salles sont équipées avec le matériel nécessaire en énergie, son et lumière :
l’auditorium de la FOKAL (130 places) et la salle de spectacle privée du Villate (500 places). Dans
ces conditions, les professionnels doivent recourir à d’autres types de salle, notamment celles des
hôtels, qui sont très chères (de 2 000 à 10 000 USD par activité pour des salles de 700 à 4 000
personnes à Port-au-Prince en 2017). Ils doivent également équiper l’espace en son et lumière
(de 2 500 à 15 000 USD par activité pour les plus gros événements) et, bien entendu, payer le
cachet du groupe et les frais annexes (transport, restauration, logement) ainsi que la publicité.
Ainsi, à Port-au-Prince, les dépenses pour la production d’un concert pour une salle de 1 000 personnes peuvent avoisiner les 10 000 USD, répartis par quart, à peu près, entre la location de la
salle, les services de sonorisation et de lumière (y compris génératrice), le cachet des artistes et la
communication. En visant la moitié des entrées payantes à 20 USD, il apparaît vite que l’opération
ne peut être rentable sans le recours aux subventions ou au sponsoring.
En province, seules les 5 Alliances françaises sont constituées en réseau pour recevoir des tournées.
b. Équipements
En ce qui concerne le matériel professionnel, on peut faire les remarques suivantes.
(…) 75,4% des répondants déclarent avoir besoin d’instruments et d’équipements spécifiques
pour réaliser leurs activités ; ceux-ci sont achetés (41,6%), prêtés (39,7%), ou loués (18,7%).
Il peut s’agir d’instruments de musique, de matériel de sonorisation (y compris génératrice), de
matériel informatique ou encore de livres spécifiques, qui pour la grande majorité, ne sont pas
fabriqués en Haïti.
Au moins 71% de ces équipements sont importés (…). Nous avons peu de répondants à la
question 47 (plus ou moins 160 sur les 440 qui sont propriétaires d’équipements). La dépense
d’équipements par an est de 144 066 gourdes en moyenne ; la médiane se trouve à 60 000
gourdes, tandis que la moitié des répondants a eu un chiffre d’affaires inférieur à 34 720 gourdes
en 2015. Sans recours au crédit, il paraît difficile d’acquérir des équipements pour la majorité
des répondants.
Tableau 29
Q47 : Coût des équipements
Par Activité
Devise
HTG
USD
HTG
USD
Effectif
1 520
1 520
1 520
1 520
SR
1 366
1 520
1 351
1 520
Effectif valide
154
0
169
0
Moyenne pondérée (payant)
144
066
41 570
Ne paient pas
7,1%
7,1%
Médiane
60 000
20 000
Tableau 30
Autres dépenses
Effectif
335
NA
184
Effectif valide
151
Nourriture/ consommables
47
31,1%
Vêtements de scène
42
27,8%
Charges organisation spectacle
34
22,5%
Achat/réparation instruments
14
9,3%
Autres
14
9,3%
Total
151
100,0%
(…) Outre les dépenses d’équipements précédentes, 47,9% des répondants à l’enquête quantitative déclarent avoir d’autres dépenses professionnelles : des frais de transport (71,6%), d’hôtel
ou de loyer (5,1%), et d’autres frais détaillés (tels que nourriture, vêtements de scène ou charges
d’organisation diverses).
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Par An
63
Même si les chiffres demanderaient à être précisés, il apparaît que la hauteur des revenus des
professionnels enquêtés est faible en comparaison des frais qu’ils doivent engager dans l’exercice
de leurs activités, que ce soit pour l’accès aux infrastructures, l’achat d’équipements et de matériel,
le plus souvent importés, ou les dépenses diverses, sans compter les dépenses promotionnelles.
c. Dépenses de promotion
Une série de question s’adressait aux professionnels qui étaient responsables de leur propre promotion, quel que soit leur corps de métiers.
Les informations suivantes sont citées à titre indicatif.
(…) la radio (24,5%), l’affichage (21,1%) et les réseaux sociaux (16,3%) sont les charges de promotion les plus importantes, que ce soit en premier ou deuxième choix.
Tableau 19
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Q56 : Répartition dépenses promotion
64
Choix 1
Choix 2
Effectif
1520
1520
SR
1140
1173
Effectif valide
380
347
(Réponses multiples)
Non
Oui
a. Radio
93
24,5%
112
22,3%
e. Panneaux, affiches, pamphlets
80
21,1%
89
17,7%
f. Internet et réseaux sociaux
62
16,3%
75
14,9%
d. Animateur / structure (radio ou TV)
34
8,9%
49
9,8%
c. Vidéo-clip
31
8,2%
27
5,4%
b. Pub télévision
25
6,6%
38
7,6%
j. Autre (précisez) :
25
6,6%
52
10,4%
g. Camion publicitaire sonorisé
17
4,5%
32
6,4%
i. Professionnel/compagnie marketing
8
2,1%
11
2,2%
h. DJ
5
1,3%
17
3,4%
380
100,0%
502
100,0%
Total
Dépenses. La médiane des dépenses annuelles de promotion (en gourdes) dans le tableau 18
est de 6 250 HTG.
Tableau 18
Q55 : Dépenses annuelles de promotion
Effectif
a. 0 – 5.000 HTG
179
179
b. 5.001 – 50.000 HTG
144
323
c. 50.001 – 250.000 HTG
39
362
d. 250.001 – 1 million HTG
3
365
Tableau 18
Q55 : Dépenses annuelles de promotion
e. Plus d’1 million HTG
2
a. Moins de 1.000 USD
4
b. 1.001 – 5.000 USD
5
c. 5.001 – 20.000 USD
1
d. 20.001 – 100.000 USD
0
e. Plus de 100.000 USD
0
Effectif
1458
62
SR
1091
52
Effectif valide
367
10
Médiane (HTG)
6 250
Financement (de la promotion). Les répondants en majorité (69%) disent être aidés par des
amis et/ou collègues pour leurs campagnes de promotion. 19% s’autofinancent, 5,8% sont supportés par la structure qui les produit. 2% reçoivent l’aide d’une organisation communautaire ou
d’une église, 1,5% d’une fondation ou d’une ONG, et 0,6% d’un organisme public.
V.54. Qui est-ce qui vous aide avec vos activités de promotion ?
Frequency Percent
Valid
Missing
Total
Cumulative
Valid
Percent
Percent
Association / Fondation / ONG
6
.4
1.5
1.5
Organisme public
1
.1
.3
1.8
Institution publique
1
.1
.3
2.0
Autre (Préciser)
9
.6
2.3
4.3
Organisation communautaire ou
religieuse
8
.5
2.0
6.3
Personne (seul)
75
4.9
19.0
25.3
Un professionnel ou une
compagnie privée spécialisée
23
1.5
5.8
31.1
Des amis ou collègues
272
17.9
68.9
100.0
395
26.0
100.0
1125
74.0
1512
99.5
1520
100.0
Total
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
D’une manière générale, les dépenses de promotion sont nettement moins élevées que celles des
postes antérieurs, qui sont moins compressibles. D’ailleurs, 61,8% des professionnels estimaient
avoir besoin d’infrastructures spécialisées, 70,90% de matériel spécialisé, alors que seuls 26,10%
s’engagent dans des dépenses de promotion. Ce poste permet aussi de voir la nature du financement où le recours aux cercles de proximité est le plus courant.
65
5. FINANCEMENT DES ACTIVITÉS
Pour faire face à l’ensemble de ces dépenses, les professionnels ont recours à différentes modalités de financement que le questionnaire a essayé de préciser.
La première question (Q59) concerne justement les sources de financement.
72% des répondants financent leur activité sur fonds propres, 11,7% ont un financement externe,
et 16,4% font appel aux deux (Q59).
(Le financement externe) est d’origine publique (12,7%), privée (85,4%), ou en provenance de la
coopération internationale (1,9%). Pour le seul secteur privé, c’est le sponsoring des entreprises
qui est le mode de financement le plus important (69,2%).
Le tableau 38 présente les sources principale et secondaire du financement des acteurs de l’industrie de la musique en Haïti.
Tableau 38
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Q60 : Identification sources de financement externe
66
Principale
Secondaire
Effectif
1520
1520
SR
1212
1371
Effectif valide
308
149
(Réponses multiples)
Non
Oui
A. Secteur public
39
12,7%
32
19,2%
a. Etat Central (Ministères, etc.)
33
84,6%
20
62,5%
b. Collectivités territoriales (Mairies, etc.)
6
15,4%
12
37,5%
263
85,4%
131
78,4%
a. Famille, proches
6
2,3%
0
0,0%
b. Institutions financières
8
3,0%
8
6,1%
c. Organisations à but non lucratif (ONG, Fondation)
15
5,7%
11
8,4%
d. Compagnies privées / Sponsors
182
69,2%
86
65,6%
e. Organisations communautaires ou religieuses
52
19,8%
26
19,8%
C. Coopération internationale
6
1,9%
4
2,4%
a. Précisez : UNESCO, UE, Coopérations belge et suisse, ambassades étrangères.
6
100,0%
4
100,0%
308
100,0%
167
100,0%
B. Secteur privé
Total
On constate d’abord que le financement externe ne concerne qu’une minorité de professionnels
(11,7%). Pour ceux qui en bénéficient, le sponsoring privé est trois fois plus fréquent que la subvention publique tandis que les contributions des collectivités territoriales et des organisations
internationales restent marginales.
Les modalités de financement comprennent d’abord le sponsoring, puis la mise à disposition d’infrastructures et d’équipements, la subvention et, dans une moindre mesure, le prêt.
Tableau 39
Q61 : Formes du financement externe
Effectif
1520
NA
1221
Effectif valide
299
a. Mise à disposition
55
b. Prêt
20
8,2%
c. Subvention
51
20,9%
d. Sponsoring
162
66,4%
e. Autre
11
4,5%
Total
244
100,0%
(D’autre part) Sur le plan de la gestion, rares sont les entreprises ou acteurs de l’industrie musicale haïtienne dotés d’une structure de gestion financière moderne leur garantissant l’accès au
financement à long terme.
(…) En dernier lieu, il a été demandé aux répondants d’identifier les dispositifs de financement
propres au secteur musical. Les trois «dispositifs» les plus importants sont le Ministère de la
Culture, un ensemble d’entreprises privées faisant du sponsoring, et la fondation Fokal. (…)
Tableau 40
Q62 : Dispositif de financement du secteur musical
Effectif
1520
NA
1339
Effectif valide
181
(Réponses multiples)
Oui
Ministère de la Culture
57
31,3%
Entreprises privées1
43
23,6%
Fokal
42
23,1%
Institut français
14
7,7%
64 data.worldbank.org/indicator/FR.INR.LNDP
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Vu le faible indice d’inclusion bancaire en Haïti et les obstacles pour accéder au crédit, il n’est
pas étonnant que les entrepreneurs soient tenus en dehors du marché financier. Pour la période
allant de 1991 à 2015, Haïti a présenté le niveau de crédit privé (en pourcentage du PIB) le plus
faible du continent américain (…). Le niveau de crédit bancaire accordé au secteur privé haïtien
représente seulement 15% du PIB, alors que ce taux avoisine 35% en moyenne pour les pays
de l’Amérique Latine et des Caraïbes, et 42% rien que pour les pays caribéens. Les taux d’intérêt
sur les emprunts sont particulièrement prohibitifs. Entre 1996 et 2014, la marge moyenne de profit
des banques haïtiennes était de 15.43% vs 8.92% en Amérique Latine sur la même période.64 Une
telle marge de profit présuppose des freins importants à la prise de risque, ce qui n’est pas de bon
augure pour les industries culturelles et créatives.
67
Tableau 40
Q62 : Dispositif de financement du secteur musical
Ayiti Mizik
8
4,4%
Mairie
7
3,8%
Kay Mizik
5
2,7%
BHDA
3
1,6%
UNESCO
3
1,6%
Total
182
100,0%
(1) Bongù, Brana, Comme il faut, Digicel, Diri Mega, Natcom, Rhum Bakara, Rhum Barbancourt, Valerio Canez, etc.
Concernant les sponsors privés, les entreprises ne communiquent pas facilement les chiffres
de leur soutien au secteur. Même s’il est probablement en baisse depuis plusieurs années en
raison de la conjoncture économique générale et de la pression continue exercée par l’administration Martelly pour financer différents programmes gouvernementaux, il reste conséquent.
Par exemple, une marque comme celle de la bière Prestige dépense plus d’un million de dollars
américains, en apport financier et en produits, dans le soutien à des activités du secteur de la musique. Le Carnaval est probablement l’événement qui attire le plus de compagnies, mais celles-ci
interviennent également dans d’autres occasions, en fonction de leur clientèle cible.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
L’industrie de la musique bénéficie ainsi du soutien d’entreprises privées haïtiennes, telles que :
68
• Boisson alcoolisées ou non alcoolisées : Rhum Barbancourt, Bakara, Brasserie Nationale, Brasserie la Couronne
• Téléphonie : Digicel, Natcom
• Produits agro-alimentaires : Bongu, Diri-Mega, Café Selecto, etc.
• Banques : BRH, Sogebank, Unibank
• Loteries : Père Eternel, Lesly Center, etc.
• Transports aériens : Air Caraïbes, Air France, American Airlines, Delta Airlines, Sunrise Airways
Certaines compagnies possèdent aussi des fondations, mais il est rare que celles-ci interviennent
dans le secteur de la musique.
D’une manière générale, le secteur de la musique n’est pas totalement professionnalisé. Constitué principalement par des acteurs contractuels isolés, il est assez peu structuré et formalisé. Le
cadre conventionnel des bals et des concerts est en train de laisser la place aux manifestations de
masse (Carnaval, festivals) qui redoublent parfois les rassemblements traditionnels (raras, fêtes
champêtres) pour s’imposer comme la principale activité du secteur. Même si le niveau de rémunération du secteur est globalement faible, les professionnels financent eux-mêmes leurs activités
alors que la sponsorisation touche une minorité (11,97%). L’absence d’infrastructures adéquate
grossit les coûts de production, tandis que le crédit bancaire semble inaccessible.
G. DYNAMIQUE INTERNATIONALE
D’un point de vue international, l’âge d’or de la musique haïtienne se situerait davantage au
XIXème et au début du XXème siècle quand elle a rayonné de manière exemplaire dans tout
le bassin de la Caraïbe. Dans un premier temps, elle a suivi les mouvements migratoires des
hommes, fuyant les troubles de la Révolution à la fin du XVIIIème siècle ou bien accompagnant
l’expansion de l’industrie sucrière au début du XXème siècle. Elle a engendré la tumba francesa à
Cuba, par exemple, et répandu le rara dans les pays limitrophes. Lorsque sont apparues des tech-
niques de reproduction et de diffusion permettant à la musique de voyager seule (radio et disque),
le commerce de la musique haïtienne a atteint les Antilles françaises et la Caraïbe continentale.
Si l’on s’en tient à cette dernière époque, le marché naturel de la musique haïtienne se situe effectivement dans la Caraïbe (Antilles françaises et Caraïbe continentale, notamment Colombie et
Panama) et en l’Afrique, dans une moindre mesure. Il s’appuie aussi sur les fortes communautés
haïtiennes en Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada) et en Europe, dont la contribution au secteur de la musique est indéniable.
Quelques questions de l’enquête de terrain renseignent sur la mobilité et l’export. 1457 des 1520
professionnels enquêtés (95,85%) déclarent être basés en Haïti (Question 9 portant sur le pays
d’activité). Leurs activités aussi se déroulent principalement en Haïti (Question 36 sur le lieu
d’activité). A peine 5,2% des professionnels enquêtés opèrent à l’étranger, que ce soit dans la
communauté haïtienne ou non.
Tableau 35
Q36 : Lieu d’activité
Principal
Secondaire
Total
%
a. En Haïti
1.396
1.304
2.700
94,8%
b. A l’étranger, dans la diaspora
38
76
114
4,0%
c. A l’étranger, pas dans la diaspora
18
16
34
1,2%
Total
1.452
1.396
2.848
100,0%
SR
68
124
Total
1 520
1 520
Toutefois, depuis 2010, on compte quelques artistes haïtiens liés par contrat à des entités étrangères. On peut citer, par exemple :
• Michael Benjamin « Mikaben », qui a signé en 2016 avec Warner Music France65
• Eunide Edouarin « Princess Eud », qui a signé en 2016 avec Stephen Murat pour la production
de 3 albums66
• Lakou Mizik, dont le premier CD « Wa di yo » est distribué par Cumbancha67
• Chouk Bwa Libète, dont le premier CD « Se nou ki la » est paru chez Buda Musique en 201568
• Jean Jean Roosevelt, qui a sorti son album « Ma direction » au Sénégal, chez Prince Art, en
201569
• Les troubadours Boulpik, qui ont lancé leur premier album « Konpa Lakay » chez Lusafrica en
201470
• Le label Baoli Records qui s’est ouvert à l’international71 depuis 2013, avec notamment le chanteur J. Perry dont certains titres font l’objet d’une exploitation remarquable (reprise de « Dekole »
par la chanteuse brésilienne Cláudia Leitte, inclusion de « Bouje » dans la bande originale du
film Cars de Walt Disney, compilations officielles megamix de Zumba, etc.)..
Néanmoins, pour l’ensemble du secteur, d’un point de vue commercial, l’exportation des musiques haïtiennes se heurte à plusieurs obstacles, parmi lesquels on peut citer :
65
66
67
68
69
70
71
lenouvelliste.com/article/161890/Mikaben-et-Ti-pam-nan-chez-Warner-Music-France
lenouvelliste.com/article/162524/Princess-Eud-signe-avec-Steven-Machat
www.cumbancha.com/lakoumizik
www.budamusique.com/product.php?id_product=661
lenouvelliste.com/article/147166/Jean-Jean-Roosevelt-en-studio-au-Senegal
www.lusafrica.fr/4_1.cfm?p=455-boulpik-troubadours-haitiens
lenouvelliste.com/article/113708/Baoli-Records-souvre-au-marche-international
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Si on exclut de ces résultats ceux qui sont basés à l’étranger, le pourcentage de professionnels
travaillant avec l’étranger tombe à 1,64%.
69
• L’obligation de solliciter un visa pour un grand nombre de pays (notamment Canada, Etats-Unis,
Europe, tous les pays de la Caraïbe), avec des démarches souvent longues et coûteuses ;
• Le coût élevé des billets d’avion à destination de Port-au-Prince (plus élevé que les destinations
courantes de la Caraïbe) ;
• La (quasi) absence de labels discographiques et de distributeurs ;
• L’absence de soutien local (aide aux tournées ou à la présence sur les marchés internationaux) ;
• Les différences d’esthétique et d’habitude de consommation musicale (bal versus concert). On
notera sur ce point que la moitié des contrats discographiques réalisés ces dernières années
par des compagnies étrangères porte sur des genres musicaux mineurs en Haïti (mizik rasin,
troubadours), qui correspondent davantage aux attentes du public occidental, alors que les
groupes de konpa et, dans une moindre mesure, les chanteurs, évoluent principalement dans
les communautés haïtiennes de la diaspora.
En revanche, pour la musique enregistrée, les stratégies des enquêtés incluent la perspective de
l’export, même si cela peut rester un vœu pieux dans la mesure où la majorité ont déclaré plutôt
écouler leur production de manière informelle (Question 74 sur les modalités de vente de la musique enregistrée).
Les responsables de l’enregistrement dans l’effectif de l’enquête quantitative privilégient tous les
pays plutôt que Haïti (38,1%) où la demande est pourtant la plus forte (Tableau 35 : 95%).
Tableau 41
Marché cible
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Effectif
70
%
Effectif
281
NA
8
Valide
273
a. Haïti
104
38,1%
b. Etats-Unis/Canada
9
3,3%
c. Les Antilles
3
1,1%
d. Europe
2
0,7%
e. Tous les pays
155
56,8%
Total
273
100,0%
D’autre part, certaines entités, de par leur nature ou leur histoire, sont également liées à l’international, comme l’école de musique de Sainte Trinité qui, en tant qu’Institution de l’Eglise Episcopale
d’Haïti, relève de l’Église Épiscopale des Etats-Unis, ou l’Audio Institute72, programme de We are
the World Foundation for Haiti en collaboration avec Artists for Peace and Justice73.
Enfin, des institutions telles que Blume Haïti74 (Michigan), Hope on a String75 et Konbit Mizik76
(New York) sont des organisations sans but lucratif - 501 (c) 3 - basés aux Etats-Unis, qui opèrent
dans le champ de la musique en Haïti, plus précisément dans l’éducation musicale ou l’encadrement des artistes et des communautés.
72
73
74
75
76
audioinstitute.org
www.apjnow.org
www.blumehaiti.org
www.hopeonastring.org
www.konbitmizik.org
D’une manière générale, même si l’âge d’or de la musique haïtienne se situerait plutôt dans le
passé, certaines opportunités pourraient être exploitées à l’international en profitant de l’ancrage
de la diaspora sur plusieurs continents et d’un regain d’intérêt manifesté par les professionnels
de la musique, à condition toutefois de formaliser les activités du secteur et de les préparer à la
concurrence internationale.
H. ENCADREMENT DU SECTEUR
1. L’ETAT
a. L’appareil d’Etat
Comme signalé plus haut, l’armature d’Etat est de taille considérable. Plusieurs Ministères et organismes publics interviennent dans le secteur de la musique à différents titres.
• Ministère de la Culture
Il n’existe pas d’archives du Ministère ouvertes au public ni de site internet actif. Les informations ont
été obtenues au cours d’entretiens avec différents responsables passés et présents du Ministère.
Le Ministère de la Culture enregistre les individus et les groupes pour leur donner une reconnaissance culturelle.
Le Ministère de la Culture comprend également neuf organismes autonomes, dont trois opèrent
particulièrement dans le secteur de la musique.
• Archives Nationales
• Bibliothèque Nationale
• Bureau Haïtien du Droit d’auteur
• Bureau National d’Ethnologie
• Direction Nationale du Livre
• Ecole Nationale des Arts
• Institut de Sauvegarde du Patrimoine National
• Musée du Panthéon National
• Théâtre National
Bureau Haïtien du Droit d’Auteur
Le Bureau Haïtien du Droit d’Auteur (BHDA), créé par décret en date du 12 octobre 200577, a été
rendu opérationnel le 03 janvier 2007 et présenté officiellement au grand public le 23 avril 2007.
Organisme public mixte, autonome, spécialisé, jouissant de la Personnalité juridique, le BHDA
représentant le moteur, le bras de l’Etat en matière de droits d’auteur porte le double chapeau de :
1. Régulateur du Système :
Le BHDA est l’unique organisme chargé de :
a) signer et de faire appliquer les contrats passés avec les usagers des répertoires musical,
dramatique, littéraire, audiovisuel et autres dont la gestion lui est confiée ;
b) conclure … des conventions de réciprocité avec des organismes de perception et de répartition des droits des créateurs ressortissants des pays concernés en vue de représenter et de
gérer leurs répertoires sur tout le territoire de la République. (Article 4, alinéas b et c du décret).
77 bhdahaiti.com/
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Le Ministère de la Culture existe depuis plus de vingt ans. Il est associé actuellement au Ministère
de la Communication. Le Ministère de la Culture a en charge la politique culturelle de la République et, à ce titre, le développement du secteur de la musique et son rayonnement international.
71
2. Société de gestion collective des droits d’auteur et des droits voisins :
Le BHDA est … chargé de percevoir et répartir les droits sur la propriété littéraire et artistique
sur toute l’étendue du territoire ; Le BHDA est habilité à prendre les dispositions nécessaires à
la réalisation de son objet et de ses attributions et, notamment la constitution de commissions
d’études des questions liées aux activités de la profession (…).
Bureau National d’Ethnologie
Le Bureau National d’Ethnologie78 est un établissement de recherche, de vulgarisation et de
sauvegarde du patrimoine devant œuvrer dans les domaines de l’ethnographie et de l’archéologie depuis 1941. Il est la structure étatique en charge du patrimoine immatériel, et notamment
musical.
A ce titre, il a récemment édité deux Bulletins hors série sur le sujet : Haïti : fusions et performances, Bureau National d’Ethnologie d’Haïti, avril 2014, volume 48, numéro 1, 240p. et Haïti :
musique et génie de la mémoire, Bureau National d’Ethnologie d’Haïti, avril 2014, volume 48,
numéro 2, 194p.
Ecole Nationale des Arts
L’Ecole Nationale des Arts79 est la seule école chargée de la formation artistique au niveau
supérieur depuis 1983. Elle possède quatre sections dont une section musicale. Celle-ci est
la plus demandée avec celle des arts plastiques. Elle réunit environ un tiers des étudiants. Le
cursus s’étale sur quatre années dont une année préparatoire. L’école reçoit environ trois cents
étudiants, dont une vingtaine par année dans la section musicale.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Après leur formation, les étudiants diplômés de musique cherchent des emplois fixes dans la
fanfare du Palais, dans l’enseignement, etc.
72
Certains poursuivent leur formation avec le Ministère de l’Education Nationale qui offre un programme d’un an pour former les étudiants diplômés à l’éducation artistique dans le cadre la
réforme du nouveau secondaire.
INAMUH
L’Institut National de Musique d’Haïti (INAMUH) est un programme du Ministère de la Culture et
de la Communication. Il a été implémenté, en février 2013, sous l’administration Martelly-Lamothe suite à la signature, par les Etats Haïtien et Vénézuélien d’un document de coopération en
matière d’enseignement musical au bénéfice de la nation haïtienne.
L’INAMUH doit ses débuts à un financement de l’Etat Haïtien, à des dons en nature (instruments, autobus, pupitres) de la République Bolivarienne du Venezuela et à un partenariat avec
la congrégation des Petits Frères et Petites Soeurs de l’Incarnation de Hinche représentée par
le Frère Armand Francklin.
La mission de l’INAMUH est de former à l’échelle nationale des ressources compétentes en
matière musicale à titre de musicien, de contribuer au développement et à la propagation du
savoir musical en Haïti, de préparer un programme d’initiation à l’histoire de la musique et à la
lecture musicale optionnelle sur tout le territoire national.
L’objectif général de l’INAMUH est d’offrir aux jeunes un centre d’accueil destiné à la formation
en musique.
À l’INAMUH, on enseigne les instruments à corde, à vent, à membrane et à percussion (…).
78 www.facebook.com/BureauNationaldEthnologie/
79 web.facebook.com/Ecole.Nationale.des.Arts
• Ministère du Commerce
Le Ministère du Commerce enregistre les entreprises du secteur, y compris les groupes musicaux qui fonctionnent comme une entreprise commerciale privée (individuelle, collective ou
anonyme). Toutefois aucune législation n’est spécifique à ce secteur.
• Ministère des Affaires Sociales
Le Ministère des Affaires Sociales enregistre les associations et fondations qui œuvrent dans le
secteur. Il n’offre aucune législation spécifique au secteur culturel.
• Ministère du Tourisme et des Industries créatives
Le Ministère du Tourisme est impliqué de manière transversale en raison de la visibilité offerte
par les artistes et les programmes musicaux. Il est associé notamment aux activités du Carnaval et, ponctuellement, à des activités en Haïti ou à l’étranger.
• Ministère des Affaires Etrangères
Le Ministère des Affaires Etrangères est impliqué dans le secteur de la musique dans la mesure
où il réceptionne des invitations à honorer à l’international et mobilise les représentations d’Haïti
à l’étranger le cas échéant. Il coordonne également la célébration de la Journée de la Francophonie qui accueille toujours plusieurs activités musicales.
Le Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales est concerné car il gère en partie la
saison des rara dans l’ensemble du pays ainsi que les fêtes patronales qui sont aussi des occasions de programmer des artistes et d’offrir des prestations musicales à la population.
• Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle
Le Ministère de l’Education est impliqué dans la question de l’éducation artistique dans les
écoles.
• Le Conseil des Arts de la Scène
Le Conseil des Arts de la Scène est une unité technique du Ministère de la Culture. Il a été fondé
par le Président Michel Martelly en 2012 avec pour mission de redynamiser l’aire du Champ de
Mars de Port-au-Prince en rénovant les équipements culturels.
Il réunit sept personnalités reconnues dans le milieu culturel :
• Elsa Baussan
• Jean Coulanges
• Robert Denis
• Raoul Denis Junior
• Florence Jean Louis Dupuy
• Jean Jean Pierre
• Régine Montrosier Trouillot
Le premier projet déposé, en janvier 2012, concernait le « village culturel du Champ de Mars »
qui devait réunir une école de musique, une salle de spectacle de 3000 places, un hôtel, des
magasins, un musée spécialement dédié à la musique. Le projet a dû être réduit, faute de
moyens disponibles ; il a laissé la place à la rénovation de trois espaces dédiés à la culture :
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
• Ministère de l’Intérieur
73
• Le ciné Triomphe (propriété de la Banque de la République d’Haïti – BRH, qui a financé les
7 millions de dollars nécessaires à la rénovation) ;
• Le Kiosque Occide Jeanty (rénové avec les fonds du Trésor Public) ;
• Le Rex Théâtre – dont le projet a finalement dû être annulé faute de financement.
Le ciné Triomphe et le Kiosque ont été inaugurés par le Président Martelly en juin 2015. Ils ont
accueilli aussitôt une partie des activités du Carifesta.
Le ciné Triomphe a été repris par la BRH en février 2016. Celle-ci souhaite en faire une gestion
privée, pour laquelle, au préalable, elle devra procéder à des réparations et acquérir les terrains
contigus pour offrir un espace de parking privé et sécurisé.
De son côté, le Kiosque est sous la supervision conjointe du Ministère de la Culture et du Conseil
des Arts de la Scène. Il offre une capacité de 4000 places assises. Sa rénovation n’a pas pu être
finalisée, ce qui fait qu’il manque une cabine technique. L’espace peut être mis à disposition gracieusement, mais l’ensemble de la technique son et lumière doit être fournie par le bénéficiaire.
Le Conseil des Arts et de la Scène prévoyait de conserver la programmation du lieu et d’installer
une structure administrative en accord avec le Ministère de la Culture et la Mairie de Port-auPrince, mais il a été dissous au début de l’année 2017.
b. Le cadre légal
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Au regard du nombre d’institutions impliquées, le cadre légal qui régit les activités de la filière
musique est assez pauvre. Comme pour le secteur culturel dans son ensemble, il est encore en
construction. Les règlementations existantes ne sont pas facilement accessibles pour les professionnels du secteur, ce qui concourt à l’impression de flou.
74
Pour ce qui concerne le cadre légal en général, on se réfèrera au chapitre H des Actes des Assises de la Culture de 201180. Il rappelle notamment que « Le Ministère de la Culture et de la
Communication (MCC) n’a jamais été encadré par une loi organique (définissant son champ de
compétence et ses rapports avec toutes les instances étatiques concernées) contrairement aux
organismes autonomes qui sont placés sous sa tutelle ».
Le musicien, son groupe ou son représentant ainsi que l’opérateur culturel qui œuvre dans la musique, sont confrontés au flou qui entoure encore leur statut.
Trois Ministères, parmi ceux cités plus haut, peuvent leur accorder leur reconnaissance. Sur le
principe, le Ministère des Affaires Sociales, qui a préexisté au Ministère de la Culture, s’occupe
des institutions non lucratives et le Ministère du Commerce et de l’Industrie, des entités commerciales (compagnie individuelle, en nom collectif, société anonyme). D’une manière générale,
l’ensemble des professionnels du secteur devrait s’inscrire de préférence à ce Ministère pour solliciter ensuite une carte d’immatriculation fiscale et une patente auprès de la Direction Générale
de Impôts.
Dans le cas d’activité non lucrative, l’inscription au Ministère des Affaires Sociales prévaut.
Dans la pratique, dans les deux cas, une fois enregistrés dans le Ministère correspondant, les
acteurs concernés doivent souvent démontrer leur rattachement au secteur culturel, pour les demandes de visa, par exemple. Ils ont donc pris l’habitude de s’adresser au Ministère de la Culture
pour obtenir cette reconnaissance formelle et les documents produits par le Ministère de la Culture
ont fini par être acceptés comme documents officiels pour obtenir une identité fiscale ou ouvrir
un compte en banque, par exemple. Malgré tout, ils ont moins de valeur légale que ceux qui sont
produits par le Ministère des Affaires Sociales (qui reste l’entité capable de reconnaître officielle80 Actes des Assises Nationales de la Culture, Port-au-Prince (28-30 juillet 2011), éditorial Bukante, 2012, pp. 160-162
ment les entités à but non lucratif), même si, étant plus récents, ils sont parfois plus adaptés aux
exigences des différents interlocuteurs.
Par exemple, un groupe musical qui aurait à obtenir un visa pour voyager peut se voir demander
une reconnaissance professionnelle du Ministère de la Culture même s’ils présentent l’enregistrement officiel du Ministère des Affaires Sociales. Comme deux Ministères ne peuvent pas enregistrer la même entité, le groupe devra obtenir du Ministère de la Culture une lettre de reconnaissance. A l’inverse, certaines institutions exigeront l’enregistrement au Ministère des Affaires
Sociales pour tout projet impliquant une institution non-lucrative, même si les acteurs concernés
présentent l’enregistrement au Ministère de la Culture.
Parallèlement, le Ministère de l’Economie et des Finances, à travers le code des impôts, reconnaissait la spécificité du secteur culturel puisque les entités culturelles, non lucratives, association, troupe de danse ou de théâtre, musique dans certains cas, etc. étaient exonérées du droit de
patente, ainsi que les auteurs, compositeurs, musiciens, et chanteurs. Toutefois, les modifications
survenues dans le code fiscal, en 2015, ont éliminé cette exonération même si différents interlocuteurs continuent à l’appliquer.
Toutefois, les patentes délivrées ne sont pas spécifiques au secteur car le code fiscal n’est pas
à jour par rapport à la réalité des activités économiques. Suivant la nomenclature du code fiscal,
le professionnel du secteur de la musique obtiendra une patente de la rubrique 49142 « service
récréatif ou centre d’attraction » ou, faute d’information, de la rubrique « services non classés
ailleurs ». Dans ces conditions, il est impossible de retracer les activités du secteur à partir des
informations enregistrées à la Direction Générale des Impôts.
Il faut rappeler d’autre part que la majorité des acteurs du secteur – même parmi les plus reconnus
- fonctionne sans remplir les formalités légales, en raison des faiblesses inhérentes au système
haïtien.
D’un autre côté, « Concernant les salles de spectacles, les seules législations existantes sont la
loi du 8 juillet 1935 sur la fréquentation des salles de spectacles publics et le décret-loi du 20 mai
1940 sur la fréquentation des salles de spectacles visant à assurer la censure des représentations
et au respect des bonnes mœurs. »81
La Direction Générale des Impôts applique toutefois 10% de la taxe sur le chiffre d’affaires (TCA)
sur la vente des billets pour les représentations payantes. Sur le principe, la taxe est calculée sur
le chiffre d’affaires généré par la représentation, au profit du producteur. Dans la pratique, elle est
calculée à partir de la capacité de la salle, et la note est adressée au propriétaire de salle, plus
facilement identifiable, qui se charge alors de la faire régler par le producteur ou qui l’inclut parfois
dans sa facture.
Les professionnels du secteur ont dénoncé cette situation lors du Colloque Culture et Fiscalité, tenu en 201382. Ils critiquent également l’application des droits de douanes sur l’importation
d’équipements (son, instruments) qui leur sont nécessaires dans le cadre de leur métier, mais qui
81 Sharina Lochard, « Réflexion sur le cadre légal en vigueur dans le domaine de la culture en Haïti », in Actes des Assises Nationales
de la Culture, Port-au-Prince (28-30 juillet 2011), éditorial Bukante, 2012, pp. 191-192
82 Cf. Les Actes du Colloque Culture et Fiscalité (Port-au-Prince, 11-13 juin2013), éditorial Bukante, 2012
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
L’article 9 du Numéro Spécial du Décret établissant le budget général de la République 20152016, paru dans le journal officiel Le Moniteur en date du 1er octobre 2015, précise désormais :
« (…) les Partis politiques et toutes associations à but non lucratif paieront comme autorisation de
fonctionnement une patente chaque année sur la base d’un droit fixe de Quinze mille (15,000.00)
gourdes. Ce droit est de vingt-cinq mille (25,000.00) gourdes pour les Fondation et les Organisations Non Gouvernementales (ONG) ».
75
ne sont pas fabriqués en Haïti, ainsi que sur les importations de CD pressés à l’étranger alors que
la technologie n’est pas accessible en Haïti83.
Hormis les exigences fiscales, aucune exigence légale ne porte sur les producteurs, ni sur les formateurs en vue de garantir aux utilisateurs la qualité du service et le respect des règles contractuelles.
c. Le droit d’auteur
Le cadre légal régissant le droit d’auteur existe depuis la Loi de 1968 sur la Propriété intellectuelle, actualisée par le Décret sur les Droits d’Auteur et les Droits Voisins et celui sur la création
du Bureau Haïtien du Droit d’Auteur, qui ont vu le jour en 2005.
Sont repris ici les diagnostics et recommandations formulés lors des Assises Nationales de la
Culture et dans le cadre du projet « Banque d’expertise pour renforcer le système de gouvernance de la culture dans les pays en développement ».
Les Assises Nationales de la Culture ont fait état du différend portant sur les mesures prises par
le Décret sur les Droits d’Auteur, et formulent des recommandations spéciales correspondantes.
« (Ce décret) prône l’existence d’un organisme unique de gestion collective de type mixte (public/privé), en l’occurrence le Bureau haïtien du droit d’auteur (BHDA), alors que la gestion collective de la perception et de la répartition des droits d’auteur par des sociétés civiles de type
privé est un droit acquis sur le plan international et se révèle plus efficace dans d’autres pays
voisins. (…). »
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Plus précisément, le différend porte sur l’article 4 du Décret de création du BHDA qui précise
que celui-ci est « l’unique organisme chargé de percevoir et répartir les droits sur la propriété
littéraire et artistique sur toute l’étendue du territoire ». Les recommandations des Assises Nationales de la Culture portent donc en partie sur ce point.
76
« RECOMMANDATIONS SPÉCIALES RELATIVES AU DROIT D’AUTEUR
• Maintenir d’une part, le caractère d’organisme de gestion collective de type mixte du BHDA, établir d’autre part, une cohabitation de celui-ci avec d’autres sociétés nationales et ou internationales de gestion collective spécialisée de type privé, tout en différenciant le rôle de régulateur
et d’arbitre qui sera désigné au BHDA et celui de percepteur des droits qui peut être dévolu
aux susdites sociétés, suivant le modèle des sociétés occidentales comme la SACEM.
• Opérationnaliser le BHDA qui n’a pas de grandes réalisations à son actif, en mettant sur place
le Conseil d’administration, prévu aux articles 6 à 11 du décret du 12 octobre 2005 portant sur
sa création, formé des représentants des différentes associations d’auteurs (art. 8) et sans
l’existence duquel aucune autre instance du BHDA n’a aucun pouvoir de décision, encore
moins le directeur général, celui-ci étant chargé d’exercer tous les pouvoirs que lui délègue le
Conseil d’administration (art. 13).
• Susciter un débat collectif sur les droits d’auteur, dans le moyen et le long terme, entre tous les
acteurs intéressés, aux fins d’élaborer une loi, suivant la procédure établie, en lieu et place du
susdit décret du 12 octobre, en y apportant tous les correctifs, le cas échéant. » 84
Après les Assises Nationales de 2011, grâce à la Banque d’expertise pour renforcer le système de gouvernance de la culture dans les pays en développement, facilitée par l’UNESCO
et l’Union Européenne, des rapports de diagnostic et de recommandations ont été rédigés par
83 Le site du Ministère du Commerce propose un outil de simulation où l’on peut vérifier que l’importation d’un piano des Etats-Unis
engendre 28% de taxes tandis que celle de CD enregistrés coûterait 18% applicable sur la valeur conjuguée des produits et du transport ; cf. haiticommerce.gouv.ht/
84 Actes des Assises Nationales de la Culture, Port-au-Prince (28-30 juillet 2011), éditorial Bukante, 2012, p. 161
Youma Fall, conseillère en stratégies du développement culturel et en politiques culturelles internationales. Ses rapports proposent à leur tour des orientations stratégiques, telles que l’amélioration du cadre juridique et réglementaire, la communication et la sensibilisation des acteurs
ainsi que la création d’un milieu dynamique autour de la protection et de la gestion des droits
d’auteur et droits voisins.
« En République d’Haïti, le droit d’auteur est régi par le décret 2005 sur les droits d’auteurs et
les droits voisins. (…) Les recommandations que nous avons formulées peuvent être réunies
dans trois facteurs clés de succès.
Le premier facteur, réfère au cadre juridique et réglementaire. Il présente des propositions essentielles, parfois basiques qui n’existent, cependant pas, en Haïti, ou de façon parcellaire.
Le deuxième facteur concerne la communication et la sensibilisation des acteurs de la création,
de la production, de la diffusion et de la réception.
Le troisième facteur concerne la création d’un milieu dynamique autour de la protection et de la
gestion des droits d’auteurs et des droits voisins. (…)
a) Facteurs clés de succès 1 : le cadre réglementaire
Les dispositifs à prévoir par le législateur dans le texte, pourront être classés en deux catégories.
Dans la première catégorie figurent les droits à rémunération tels que : Le droit de suite et le droit
à rémunération équitable.
Le droit de suite est reconnu aux auteurs d’oeuvres d’art graphique et plastique et de manuscrits
originaux. Il constitue pour eux une importante source de revenus.
Le droit à rémunération équitable et le droit à rémunération au titre de la copie privée. Ce droit est
applicable dans tous les contextes, et est d’une rentabilité considérable pour tous les ayants droit.
Ces droits imposent la création de deux commissions : la commission rémunération équitable,
chargée de déterminer le montant de la rémunération au profit des artistes et des producteurs
et, la commission copie privée chargée quant à elle, de déterminer l’assiette de la rémunération
ainsi que les modalités de versement de la rémunération au profit des auteurs, des artistes et des
producteurs. La composition et les modalités de fonctionnement sont également à déterminer.
La seconde catégorie de textes doit porter sur la gestion collective des droits, notamment les
conditions de création d’une société d’auteurs. Ce qui, à moyen terme doit voir de jour. Cette
deuxième partie du texte doit prévoir également les conditions de délivrance de l’agrément de
la société de gestion collective, compte tenu du fait que nous proposons la mise en place d’un
système de gestion collective du droit d’auteurs et des droits voisins en Haïti. Un tel mécanisme
permet aux titulaires d’exercer un pouvoir de contrôle.
Par ailleurs, pour permettre à l’Etat signataire des conventions internationales sur le droit d’auteur
et les droits voisins, et protecteur du patrimoine, d’exercer son pouvoir de contrôle sur la gestion
des droits par la société de gestion collective, une commission permanente de contrôle administratif sera mise en place.
Enfin, dans le souci de lutter efficacement contre les atteintes aux droits, le législateur peut retenir, outre les moyens de preuve de droit commun, la possibilité de prouver les violations par les
constatations des agents assermentés.
En résumé, nous proposons dans l’immédiat la nomination des membres du conseil d’administration pour le fonctionnement de l’appareil du BHDA. A court terme, nous recommandons la création
d’une loi qui régirait les droits d’auteurs et les droits voisins, en lieu et place des deux décrets. Des
décrets d’application seront pris par la suite. Dans un moyen terme (cinq ans) nous proposons la
mise en place d’une société de gestion collective.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Aussi, compte tenu des difficultés liées à l’application du droit de suite, le législateur devra prévoir
l’intervention d’un texte complet d’application.
77
b) Facteurs clés 2 : La formation et la sensibilisation.
Le maillon faible des organisations et administrations des pays en développement de façon générale est la communication. Le BHDA n’échappe pas à cette règle. Or la communication est le
canal naturel de formulation des besoins et préoccupation des organisations. Aussi, pour donner
de la visibilité à son action et créer un effet d’adhésion auprès des acteurs du secteur, le BHDA
doit communiquer. La communication doit prendre plusieurs formes. Elle ne doit pas se limiter aux
médias de masse. Le BHDA doit exploiter d’autres moyens de communication et de sensibilisation, beaucoup mieux adapter au contexte local, afin de toucher toutes les cibles.
c) Facteurs clés 3 : la création d’un milieu.
De l’étude de terrain est ressortie un manque considérable de cadre de concertation entre les
acteurs. Sous un autre angle, la structuration du marché du produit des industries culturelles et
créatives pose également problème. Le produit original se trouve difficilement sur le marché haïtien. Le public n’a souvent qu’un seul choix, le produit de contrefaçon.
En effet, la création d’un milieu dynamique, dans lequel, chaque acteur de la chaîne de production, de diffusion et de consommation trouvera sa place et aura les moyens d’apporter sa contribution, est indispensable.
Ces trois facteurs clés de succès ainsi que les réalisations qui les accompagnent, selon une temporalité variable sont résumés dans la cartographie de la page suivante.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Ces recommandations résultent des rencontres avec les acteurs du secteur ainsi que la revue
des documents que le Directeur sortant du BHDA a bien voulu mettre à notre disposition. Elles
trouvent leur fondement dans les dix (10) questions qu’avait imposé l’analyse du contexte dans le
diagnostic. »85
78
Depuis ces rapports, le cadre réglementaire n’a pas évolué. Toutefois, le BHDA a multiplié les
actions de sensibilisation autour du droit d’auteur à travers des séances de formation, des tournées
nationales et internationales ainsi que de spots radio et télédiffusés. Il a également mis en place les
services réguliers de consultation juridique et a encouragé les étudiants en droit à travailler sur
le droit d’auteur en octroyant deux bourses annuelles de 100 000 gourdes à des étudiants qui
rédigent leur mémoire sur le droit d’auteur.
Il a signé des contrats d’autorisation de diffusion avec les media (notamment Radio Télévision
Nationale d’Haïti en avril 2015 et avec Techno Groupe, propriétaire des radio et télévision Pacific en janvier 2017).
Il est devenu membre, en mars 2015, de l’Association of Caribbean Copyrigh Societies (ACCS).
La même année, il a soumis à la Présidence le décret d’application de l’article 45 du décret de
2005 sur la copie privée.
En 2016, il s’est équipé du système WIPOCOS conçu par l’OMPI.
En avril 2017, à l’occasion du lancement de la 5ème Semaine de la Propriété Intellectuelle le
BHDA a annoncé avoir procédé à une première série de répartitions de droits à trois artistes haïtiens ayant déposé leurs œuvres dans ses services, à savoir Kébert Bastien, Murielle Augustin
« Miu » et le rappeur Lugendy Baptista St Hubert dit « Baky ».
d. Les politiques publiques
Alors que le cadre est en construction, la politique culturelle de l’Etat est encore embryonnaire.
Plusieurs documents de politique, déclarations d’intention et des plans d’action ont été produits,
mais l’instabilité gouvernementale limite souvent leur mise en œuvre.
A l’occasion de la constitution du gouvernement Lafontant, la feuille de route du Ministère de la
Culture et de la Communication a été publiée (cf. document en annexe).
85 Youma Fall, Rapport final, secteur du droit d’auteur République d’Haïti, Projet « Banque d’expertise pour renforcer le système de
gouvernance de la culture dans les pays en développement, janvier 2013, pp.9-10
Pour le secteur de la musique, on peut retenir les points suivants :
«8) Travailler avec les organismes compétents pour réduire les inégalités et les disparités matérielles en termes d’accès aux équipements culturels et infrastructures de loisir dans les quartiers ;
9) Prendre les dispositions nécessaires pour avoir une gestion rationnelle des infrastructures
publiques dédiées à la culture et aux loisirs ;
10) Travailler avec les organismes compétents pour rénover les équipements socio-récréatifs et
culturels qui sont en mauvais état ;
11) Travailler avec les organismes compétents pour assurer l’animation culturelle des villes et
des campagnes ;
12) Prendre des dispositions pour mieux organiser les fêtes populaires et les évènements festifs
urbains et ruraux ;
13) Prendre des mesures pour accompagner et développer la production des oeuvres artistiques et culturelles ;
14) Valoriser et protéger les oeuvres littéraires, scientifiques, artistiques et culturelles du pays ;
15) Prendre des mesures afin d’assurer la protection, la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel d’Haïti tout en faisant le suivi des Conventions signées par
l’Etat haïtien dans le domaine ;
17) Assurer la gestion des sites naturels, matériels et immatériels à caractère patrimonial dans une
perspective de développement local et régional ;
18) Réaliser l‘inventaire des patrimoines culturels du pays et créer une banque de données patrimoniales au service de la diplomatie culturelle haïtienne.»
Parallèlement à l’appareil d’Etat, plusieurs institutions nationales et internationales interviennent
dans le secteur de la musique avec des dispositifs et des moyens variés.
a. Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
(UNESCO)
L’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO)86 a pour vocation la coordination de la coopération internationale en éducation, sciences, culture et communication. Par ce moyen, elle renforce les liens entre les nations et les sociétés et mobilise le plus
grand nombre pour que, notamment, chaque citoyen vive dans un environnement culturel riche de
diversité, de dialogue et où le patrimoine sert de trait d’union entre les générations et les peuples.
En Haïti, le Bureau national de l’UNESCO à Port-au-Prince gère les fonds qui lui sont alloués pour
la mise en œuvre de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel
et de la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Dans ce cadre-là, il travaille de manière privilégiée avec le Bureau National d’Ethnologie
concernant le patrimoine immatériel et soutient des initiatives en lien avec la Convention de 2005.
La cartographie de l’industrie haïtienne de la musique a bénéficié du Fonds International pour la
Diversité Culturelle (FIDC).
b. Organisation des Nations Unies (ONU)
L’Organisation des Nations Unies (ONU) est également présente en Haïti à travers différents
programmes ou agences (ONU-Habitat, PNUD, UNIFEM, etc.) qui interviennent parfois dans le
secteur de la musique, le plus souvent dans le cadre d’action de communication. En 2010, par
86 fr.unesco.org/
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
2. INSTITUTIONS INTERVENANT DANS LE SECTEUR
79
exemple, le concours de chanson intitulé « Katye Pam », organisé par ONU-Habitat en partenariat
avec l’association Tamise, invitait les jeunes créateurs à exposer leur vision et leurs propositions
pour la reconstruction et/ou l’amélioration des conditions de vie dans leurs quartiers, tout en valorisant les thèmes tels que la cohésion sociale, la paix sociale, la non-violence, le respect et la
tolérance.
La Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH), présente en Haïti depuis
2004, recourt également au secteur de la musique pour la communication, notamment dans le
cadre de la campagne « Ann Chwazi Lapè », lancée en 2013 par le Bureau de la Communication
et de l’Information publique pour appuyer les activités de la Section de la Réduction de la violence
communautaire de la Mission. Cette campagne incluait différentes actions, réalisées en partenariat avec des opérateurs du secteur, association Tamise, Fondation Haïti Jazz, ou la compagnie
Dream Promo, par exemple :
• Production d’une chanson sur le thème de la campagne, par Nicolas Christ-Roi Semé « Nickychrist », Roosevelt Saillant « BIC », James Germain et David Mézy ;
• Réalisation d’ateliers musicaux (écriture et composition musicale) associés à d’autres ateliers
thématiques (non-violence, communication visuelle, genre et droits humains) avec les jeunes
des zones dites sensibles dans différentes villes du pays ;
• Production de scènes dédiées ou de grands concerts pour la paix comme ceux organisés à
Port-au-Prince en 2014, au Cap Haïtien en 2015, à l’occasion la Journée internationale de la
paix des Nations Unies ; à Carrefour et Jacmel pour la Journée internationale des droits des
femmes, en 2015 ; aux Gonaïves en 2016, pour La Journée internationale des Casques bleus.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
• Production de la tournée nationale « Vwa Ayiti pou lapè » avec Emeline Michel, James Germain
et Beethova Obas et production d’un CD correspondant avec les artistes cités et les jeunes
impliqués dans les ateliers.
80
c. Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)
L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)87 a pour mission de donner corps à une solidarité active entre les quatre-vingt-quatre États et gouvernements qui la composent, en matière
notamment de promotion de la langue française, de la diversité culturelle et linguistique. Dans ce
cadre, plus spécifiquement pour les Arts vivants, les Arts visuels et l’Artisanat, l’OIF concentre
ses interventions en faveur de la structuration des filières artistiques, de l’accès aux réseautages
culturels sur les marchés internationaux et du développement de carrière, à travers plusieurs
programmes.
Programme « En Scène ! » (Filière théâtre, danse et musique) :
Pour les structures des pays francophones du Sud et ceux d’Europe centrale et orientale, il s’agit
d’encourager la consolidation des réseaux de professionnels régionaux et l’interaction de différents acteurs/espaces artistiques et culturels autour d’un projet commun inscrit dans une dynamique territoriale.
Concrètement, le programme « En Scène ! » contribue au financement de tournées internationales d’artistes haïtiens et d’événements musicaux en Haïti (à hauteur de 12 000 euros maximum), tels que les Rencontres des Musiques du Monde, en prenant en charge la participation
d’artistes francophones du Sud et d’Europe centrale et orientale.
Programme « Équation Musique » (Filière Musique) :
Dans une convergence d’intérêts et de mission, l’OIF s’est associée depuis 2008 à l’Institut français autour du programme Équation Musique afin de permettre à des structures de la filière mu87 www.francophonie.org/
sicale des pays du Sud de participer à des marchés professionnels (Babel Med Music, Moshito,
MaMA, Masa, Womex), intégrer des réseaux professionnels et participer à de grands rendez-vous
(Etats Généraux des Musiques du Monde, Conférence panafricaine sur l’économie créative...),
présenter leurs artistes en concert dans les marchés ou festivals-marchés, etc.
Toutefois, aucun professionnel haïtien ne semble avoir été bénéficiaire de ce programme depuis
la participation de Nati Prod au Womex et au MaMA de 2009.
Enfin, l’Organisation Internationale de la Francophonie accompagne la carrière de Jean Jean
Roosevelt, vainqueur des Jeux de la Francophonie dans la catégorie « chanson » en 2013 et
Ambassadeur officiel de la Francophonie en Haïti.
Localement, le Bureau régional pour les pays de la Caraïbe et de l’Amérique Latine (BRECAL)
soutient également des événements musicaux tel que le Festival International de Jazz de Port-auPrince (avec des enveloppes de 1500 à 6000 USD).
L’Organisation Internationale de la Francophonie est partenaire de la cartographie de l’industrie
haïtienne de la musique.
d. Communauté caribéenne (CARICOM)
La Communauté caribéenne (Caribbean Community, CARICOM) est une organisation supranationale qui regroupe quatorze États membres et de six membres associés de la Caraïbe, parmi
lesquels Haïti.
Le Carifesta (Caribbean Festival of Arts)88 constitue une de ses principales actions en matière
culturelle89. Depuis 1972, cet événement biennal se donne pour but principal de rassembler des
artistes, des musiciens, des auteurs et d’exposer les manifestations culturelles et artistiques de la
région des Caraïbes et de l’Amérique latine.
Selon la presse, l’État haïtien aurait déboursé un montant total de 300 à 350 millions de gourdes
(de 5 à 6 millions de USD) pour réaliser l’événement et collecté environ 100 millions supplémentaires auprès du secteur privé et de quelques autres partenaires. Environ 450 artistes et personnalités invités de 22 pays de la Caraïbe et de l’Amérique Latine ont participé à l’événement.
La treizième édition aura lieu à la Barbade, du 17 au 27 août 2017.
e. Union européenne
En matière de culture, l’Union européenne a commencé sa coopération en Haïti dans les années
90. En 2011-2013, elle a mis en œuvre le programme d’Appui au Renforcement de la Culture et de
l’Art pour le Développement Economique et Social (ARCADES). Par la suite, elle a financé deux
projets culturels (Programme européen de soutien aux initiatives culturelles – PESIC, 2014-2016,
et Programme Européen pour la Culture – PEC, 2015-2017) dans le cadre du programme thématique intitulé «Les acteurs non étatiques et les autorités locales dans le développement», visant à
soutenir les initiatives proposées et/ou mises en œuvre par les organisations de la société civile
et les autorités locales originaires de l’Union européenne et des pays partenaires dans le domaine
du développement. Plusieurs activités en lien avec le secteur ont été financées dans ce cadre-là,
notamment la création du Centre de Ressources pour la musique, Kay Mizik la, en 2012.
D’autre part, depuis 2016, la Semaine de l’Europe, qui se propose de mettre en lumière les actions
de coopération de l’Union européenne en Haïti, est couplée avec un Festival de la coopération de
Union européenne-Haïti pour célébrer le rapprochement par la culture et le dialogue.
88 fr.carifesta.net/
89 caricom.org/our-work/culture
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
En 2015, le Carifesta a eu lieu pour la première fois en Haïti.
81
f. Groupe des pays ACP
L’Union européenne finance également le programme d’appui aux secteurs culturels ACP90 mis en
œuvre par le Secrétariat du groupe des pays ACP. Dans ce cadre, en 2012, à travers la Fondation
Haïti Jazz, en partenariat avec Caracoli et l’Institut Français en Haïti, Haïti a reçu le projet de développement des filières musicales autour des festivals ACP mené par l’association française Zone
Franche.
g. Caribbean Export Development Agency
Caribbean Export est l’agence régionale de promotion commerciale des quinze États membres du
CARIFORUM, créée en 1996. Elle se concentre sur plusieurs domaines d’exportation, dont les industries culturelles, notamment la mode et le design.
En 2011, en partenariat avec le Conseil Régional de la Martinique, elle a mené une délégation d’une
cinquantaine de professionnels caribéens au Womex (World Music expo, salon des musiques du
monde) à Copenhague, puis le projet Soul Fusion réunissant différents artistes caribéens – parmi
lesquels Belo - aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Ces actions n’ont pas eu de suivi, mais
en 2014, Caribbean Export a financé une étude de University of the West Indies Consulting Inc. pour
évaluer le potentiel d’exportation de l’industrie caribéenne de la musique. Cette étude intégrait les
données du secteur de la musique haïtien à travers une série d’interviews réalisées par Ayiti Mizik91.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
h. Ambassade de France / Institut français à Paris / Institut français en Haïti et
réseau des Alliances françaises
82
Le service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France en Haïti élabore et conduit la politique de coopération culturelle et d’aide au développement de la France en
Haïti92. Le SCAC est par ailleurs en charge de la mise en œuvre directe de cette politique dans plusieurs secteurs, notamment l’action éducative, culturelle et artistique à travers les projets conduits
par le SCAC et le réseau des établissements culturels (Institut et Alliances Françaises en Haïti).
L’Institut Français en Haïti93, en synergie avec le SCAC, est chargé du rayonnement de la langue
française et des cultures françaises et haïtiennes dans le pays. Il participe à la mise en œuvre du
programme de coopération culturelle de la France en Haïti.
Ce dialogue des cultures se décline dans divers domaines, notamment, en ce qui a trait à la musique :
• Une programmation musicale, réalisée dans les locaux de l’Institut Français et relayée dans les
cinq Alliances françaises du pays. Elle comprend, par exemple, les soirées musicales régulières
« Jedi mizik » avec des jeunes talents et des professionnels plus confirmés. L’Institut français en
Haïti accompagne aussi les grands rendez-vous culturels en Haïti, notamment le Festival international de Jazz de Port-au-Prince, les Rencontres des musiques du monde, le Festival Destination
Aquin, etc. Le budget annuel pour la programmation culturelle est d’environ 200 000 USD, dont
plus de la moitié est consacrée à la musique.
• Le soutien à la création artistique et au rayonnement des artistes haïtiens à l’international grâce à
la mise à disposition d’une salle de répétition et d’un studio musical à prix modéré et à différents
programmes en lien avec l’Institut Français de Paris.
Plus précisément, l’Institut Français en Haïti participe au repérage de talents, jeunes ou confirmés,
grâce aux programmes du département « Afrique et Caraïbes en Création » de l’Institut Français à
Paris :
90 www.acpculturesplus.eu
91 Dr Garett Harper, Dr. Wendy Hollingsworth, Dr. Keith Nurse, Erica K. Smith, Dr. Jo-Anne Tull, The export valuation of the Caribbean
music industry, UWI Consulting Inc., 2014, inédit.
92 ht.ambafrance.org/-le-reseau-educatif93 institutfrancaishaiti.org
• « Visa pour la création » : Visas pour la Création est un programme de résidence (de 3 à 6 mois)
pour des jeunes talents. Il est destiné à des artistes résidant en Afrique ou dans la Caraïbe, qui
souhaitent développer un projet précis de recherche ou de création en France ou dans un autre
pays d’Afrique ou des Caraïbes. La résidence doit permettre à ces artistes de se perfectionner, de
bénéficier de regards extérieurs et donner un coup d’accélérateur à leur carrière. Plusieurs artistes
haïtiens ont bénéficié de ce dispositif, tels que les chanteurs : Belo, BIC, Jean Jean Roosevelt,
Allen Juste, Wooly Saint Louis Jean, K-Libr’ Mystik, ou plus récemment Darline Desca.
• « Dispositif Caraïbes » : Dispositif Caraïbes est un dispositif d’appui aux projets culturels caribéens
dans les domaines de la création, la formation, et la diffusion. Il a supporté par exemple des tournées de BIC ou de la bande à pied Follow Jah.
L’Institut Français en Haïti propose également des artistes haïtiens lors des réunions régionales
de programmation dans les départements français d’Amérique avec les Alliances françaises de la
région et les Scènes nationales.
Enfin, l’Institut Français en Haïti dirige le projet « Workshop Jeunes Talents » soutenu par l’Institut
Français de Paris. Faisant le constat du manque de professionnalisme du secteur et du manque
de culture musicale des jeunes artistes, ce projet accompagne depuis trois ans des jeunes talents,
en les mettant en contact avec des artistes confirmés, haïtiens et internationaux, en produisant un
album et des tournées, en Haïti et dans la région.
D’autre part, le numéro 228 de la revue Conjonction a été consacré à la musique : Haïti en musique.
L’Institut Français en Haïti et la délégation des Alliances françaises sont partenaires de la cartographie de l’industrie haïtienne de la musique.
Depuis décembre 2014, la Suisse encourage et renforce l’offre culturelle en Haïti en créant le
fonds ‘’Arts et Culture’’. Ce fonds permet aux institutions et acteurs culturels de proposer des
projets et de fournir des prestations culturelles accessibles à une large population. Les actions
portant sur la création artistique locale sont subventionnées en priorité. Un comité constitué de
cinq artistes haïtiens provenant de différents secteurs culturels aide l’Ambassade de Suisse à
identifier des projets porteurs.
Ce dispositif a déjà permis la concrétisation de 27 projets de décembre 2014 à avril 2016 se déployant sur l’ensemble du territoire haïtien, notamment à Jacmel, aux Cayes, au Cap-Haitien et
à Port-au-Prince. Ces projets visent à combler des lacunes de la vie culturelle et sociale par des
approches innovatrices. Les différents secteurs appuyés sont la musique, le cinéma, le livre et les
arts visuels.
La musique n’a pas été oubliée au travers de la production de l’album Pwennfèpa de Kebert
Bastien, et du soutien apporté à plusieurs festivals dont Tambours Croisés, aux rencontres entre
musiciens haïtiens et caribéens, les Rencontres de musiques du monde mettant en scène des
artistes d’Europe et d’Afrique. La Suisse a aussi décidé d’apporter un appui institutionnel au Festival International de Jazz de Port-au-Prince, en plus de la traditionnelle participation de musiciens
suisses, pour aider à pérenniser l’événement et offrir à un public varié l’accès à des prestations de
jazz de qualité. Pour la Xème édition 2016 la Suisse a ainsi proposé en collaboration avec l’association Laboratorio Arts Contemporains une rencontre musicale qui a suscité beaucoup d’enthousiasme entre artistes de diverses tendances venant de la Suisse, Pascal Schaer avec le cor des
alpes, instrument traditionnel suisse, du Canada Ian Gordon Lennox et sa trompette, de France
Cyril Moulas avec sa basse ainsi que du Bénin et du Burkina Faso avec Baba Konate, Olabissi
Kapota, Jah Baba aux tambours et aux chants.
L’Ambassade de Suisse en Haïti est partenaire de la cartographie de l’industrie haïtienne de la
musique.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
i. Ambassade de Suisse en Haïti
83
j. Ambassade des Etats-Unis d’Amérique
L’Ambassade des Etats-Unis soutient des projets ponctuels dans le domaine de la musique, surtout lorsqu’ils favorisent les échanges avec des artistes américains invités à se produire en Haïti et
à rencontrer leurs confrères (Programme des Arts)94. Il relaie également le programme One Beat.
• One Beat
OneBeat95 est une initiative du Bureau des affaires éducatives et culturelles du Département
d’État des Etats-Unis, produite par Found Sound Nation.
C’est un programme d’échange international qui célèbre la collaboration musicale et l’engagement
social grâce à une diplomatie innovante de personne-à-personne. Des musiciens (âgés de 19 à
35 ans) en provenance du monde entier se rencontrent aux États-Unis pendant quatre semaines
pour ensemble écrire, produire et jouer de la musique originale, et développer des moyens pour
que la musique puisse avoir un impact positif sur les communautés locales et mondiales. Plus
qu’un programme de performance, OneBeat met l’emphase sur trois principes : le dialogue, la
création et l’engagement social pour favoriser la compréhension mutuelle et la coopération entre
les citoyens du monde et tour à tour jouer une œuvre musicale improvisée.
k. Wallonie-Bruxelles International (WBI)
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Wallonie-Bruxelles International (WBI)96 est l’instrument de la politique internationale menée par
la Wallonie, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Commission communautaire française de la
Région de Bruxelles-Capitale.
84
En ce qui concerne Haïti, l’Accord-cadre de coopération entre la Communauté française de Belgique, la Région wallonne et la République d’Haïti a été signé le 30 septembre 1997. Les Parties
développent entre elles une coopération globale axée sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), fondée sur des partenariats porteurs de retombées concrètes et orientée vers
le renforcement des capacités des acteurs locaux du développement, ainsi que vers le dialogue
des cultures et la promotion de la diversité culturelle. Les axes prioritaires de travail sont l’éducation et la formation professionnelle et la culture.
Les objectifs en matière de culture sont les suivants :
• La professionnalisation et la mobilité des artistes ;
• L’émergence d’entreprises culturelles durables ;
• Le soutien aux activités parascolaires pour les jeunes (notamment via l’installation et le soutien
à des bibliothèques et ludothèques) ;
• L’encouragement à des partenariats Sud-Sud et Nord-Sud ;
• Le renforcement de structures d’enseignement artistique ;
• La décentralisation de projets culturels ;
• La présentation en Wallonie-Bruxelles de la création contemporaine haïtienne ;
• L’appui à la consolidation de structures culturelles publiques.
EWA
Initialement prévue en septembre-octobre 2010, la manifestation intitulée EWA, qui devait présenter un panorama de la création contemporaine haïtienne en Wallonie et à Bruxelles, a été
reformulée, après le tremblement de terre, en un programme de soutien aux artistes haïtiens,
via le rééquipement, l’accueil en résidence et l’organisation de formations, ainsi que le soutien à
plusieurs projets musicaux, tels que : Vwalye, stage Ecole Ste Trinité, Akoustik Prod, Alfo Jazz.
94 ht.usembassy.gov/fr/education-culture-fr/cultural-professional-exchanges-fr/
95 1beat.org
96 www.wbi.be
Ayant accueilli (en résidence) notamment de nombreux musiciens, le comité EWA a proposé en
2012 un projet de création regroupant des jeunes artistes haïtiens (4 chanteurs et 5 instrumentistes) sous la direction artistique des metteurs en scène, Yole Dérose pour Haïti et Pierre Vaiana
pour Wallonie-Bruxelles. Après plusieurs résidences de travail réalisées en Belgique et en Haïti,
le spectacle « Haïti, un autre regard » a été présenté dans divers lieux culturels en Wallonie et à
Bruxelles, puis en Haïti.
Plusieurs artistes de Wallonie-Bruxelles ont également eu l’occasion de se produire en Haïti, notamment au festival Destination Aquin, Festival international de Jazz, Rencontres des musiques
du monde.
Pour la période allant de 2015 à 2017, des échanges culturels divers (notamment des invitations
de musiciens belges en Haïti) ainsi que des projets de coopération ont été subventionnés dans le
secteur de la musique :
• « Plateau Jeunes Talents » de l’ASBL Talia et Ayiti Mizik
• « Rayonnement local et international des musiques traditionnelles d’Haït » porté par la Maison
de la Création de Bruxelles et Caracoli
l. Fondation Konesans ak Libète / Connaissance et Liberté (FOKAL)
La Fondation Konesans ak Libète / Connaissance et Liberté (FOKAL)97, créée en 1995 et reconnue d’utilité publique depuis 2000, est une fondation nationale haïtienne financée principalement
par l’Open Society Foundations. L’Open Society Foundations est un réseau de fondations et d’initiatives établies à travers le monde par le financier George Soros pour la promotion des valeurs
démocratiques. FOKAL a fait le choix d’appuyer les secteurs de la société porteurs de changement : les enfants et les jeunes, les associations de la société civile et les secteurs historiquement
marginalisés comme la paysannerie et les femmes. Au cœur de Port-au-Prince, elle possède un
centre culturel, inauguré en 2003, qui comprend une bibliothèque Monique Calixte, des espaces
de rencontre et d’exposition ainsi qu’un auditorium de 130 places, totalement équipé, ouvert aux
conférences, projections, concerts et spectacles.
Cette salle dispose d’un budget de programmation annuel de 50 000 USD. De 2007 à 2009, elle
a accueilli approximativement un concert par mois. Après cette date, la politique de FOKAL a
consisté plutôt à soutenir des opérateurs spécialisés (association Tamise, Ayiti Mizik, Caracoli,
Fondation Haïti Jazz, etc.) pour se concentrer sur les activités liées à la mémoire, à la sauvegarde
du patrimoine et aux publications.
Elle ne soutient plus la production de CD depuis 2 ou 3 ans, sauf exceptionnellement dans le cas
d’artistes confirmés, car elle a noté que sa contribution est souvent dérisoire par rapport aux coûts
de production et qu’il n’y a pas toujours de stratégie de diffusion. Elle cherche d’autres moyens
pour soutenir la création. Elle travaille avec des chanteurs et des musiciens pour les inciter à créer
sur le thème de la mémoire ; elle encourage régulièrement la formation et la professionnalisation.
97 www.fokal.org
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
D’autres ambassades et représentations participent de manière plus ponctuelle à des actions
dans le secteur de la musique. Le Festival International de Jazz de Port-au-Prince réunit ainsi
chaque année une dizaine d’ambassades parmi lesquelles, en plus de ceux cités antérieurement,
on compte les pays suivants : Brésil, Canada, Chili, Espagne, Mexique, Panama, République
Dominicaine. Cuba, de son côté, à travers son Ambassade à Port-au-Prince et l’Institut de la musique à La Havane, envoie régulièrement des musiciens cubains en coopération en Haïti dans les
écoles de musique.
85
En plus du budget de la salle, la FOKAL octroie des subventions par appel à proposition : de 10 à 15
projets plus importants reçoivent une enveloppe pouvant aller jusqu’à 10 000 USD. Elle donne aussi
des subventions plus modestes pendant le reste de l’année et des subventions institutionnelles.
FOKAL est partenaire de la cartographie de l’industrie haïtienne de la musique.
Green Family Foundation
Fondée en 1991 par Steven J. Green, ancien ambassadeur des États-Unis à Singapour, la
Green Family Foundation (GFF)98 est un organisme privé à but non lucratif qui se consacre
à soutenir des programmes sociaux qui ont une incidence positive sur la santé mondiale et
atténuent la pauvreté.
La mission de la Green Family Foundation est d’avoir un impact positif et significatif dans les
collectivités à la fois à la maison et à l’étranger, en fournissant des ressources aux organisations qui soutiennent l’éducation, la santé mondiale et le développement communautaire.
Green Family Foundation a supporté l’organisation Hope on String qui enseigne la musique
à Arcahaie, la publication des enregistrements historiques de Alan Lomax en Haïti (Harte
Recordings, 2009) ainsi que les activités de formation réalisées dans le cadre du Festival
International de Jazz de Port-au-Prince.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
3. ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES
a. Association haïtienne des professionnels de la musique (Ayiti Mizik)
86
L’association haïtienne des professionnels de la musique, Ayiti Mizik99, a été fondée en juillet
2010. Elle vise à structurer l’industrie de la musique haïtienne et à développer ses capacités économiques, sa reconnaissance, ainsi que la qualité de ses productions. L’association
a lancé en 2012 le Centre de Ressources pour la Musique, Kay Mizik la, qui propose une
médiathèque spécialisée, un service de conseils aux professionnels, des formations et des
rencontres régulières. Elle organise régulièrement des tables-rondes sur des sujets d’intérêt :
droit d’auteur, reconnaissance des métiers de la musique, avenir de la musique haïtienne,
les 60 ans du konpa, etc. Elle est à l’initiative de la cartographie du secteur de l’industrie haïtienne de la musique.
b. Sektè kiltirèl ayisyen pou Ayiti (SKAPA)
Le mouvement intitulé « Sektè kiltirèl ayisyen pou Ayiti » (SKAPA)100 regroupe des acteurs
culturels – issus principalement du secteur de la musique – qui ont pour objectifs d’échanger, de formuler des propositions et d’agir ensemble par rapport aux problèmes de la société
haïtienne. Ce mouvement est issu d’un chat créé autour de l’émission de radio Platfom Majik
de la radio Majik 9. Le chat réunit de nombreux artistes et professionnels qui veulent utiliser
leur popularité comme vecteur de changement en Haïti. Ils diffusent des messages d’unité,
notamment au moment du pic d’insécurité pendant l’été 2016 ou après le passage du cyclone
Matthew. Le mouvement a de nombreux objectifs, mais l’idée principale est de mettre ensemble tous les acteurs du secteur pour faire pression sur le politique sur des questions qui
vont au-delà des préoccupations professionnelles. C’est un comité qui gère SKAPA, mais le
mouvement est en voie de structuration. Les motions sont votées de manière démocratique.
D’une manière générale, en termes d’encadrement du secteur, on constate que, depuis
quelques années, l’Etat renforce sa pression fiscale sur les acteurs, mais peine à élaborer
une politique et à mettre en place des dispositifs qui, au-delà des actions ponctuelles, par98 www.greenff.org/
99 ayitimizik.net
100 twitter.com/skapahaiti
ticiperaient au développement structurel du secteur et à son rayonnement international. De
leur côté, les institutions internationales – à l’exception de Caribbean Export - et les fondations
axent le plus souvent leur intervention sur les aspects non commerciaux du secteur, que ce soit
dans le soutien aux entités sans but lucratif ou bien aux actions de formation, par exemple. Les
acteurs commerciaux ne sont pas encadrés et ne bénéficient, le cas échéant, que de la contribution des sponsors privés. Les entreprises Le Nouvelliste, Barbancourt et Unibank qui s’étaient
associées pendant plusieurs années pour organiser la foire Musique en Folie afin de soutenir la
vente de CD ont renoncé à leur projet en partie à cause du manque de production à faire valoir,
ce qui peut laisser entendre que la production demande aussi à être soutenue.
IV. FORCES ET FAIBLESSES DE L’INDUSTRIE
HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Après la présentation du contexte général et celle, plus détaillée, de l’industrie haïtienne de la
musique, un premier bilan peut être dressé à travers l’analyse des forces et faiblesses du secteur.
FORCES
FAIBLESSES
• La richesse de la musique
traditionnelle haïtienne, et au-delà
de la culture populaire en général
• La variété des musiques haïtiennes
• Le talent naturel des artistes
• Des nouvelles générations de
compositeurs (pour la musique
classique)
• L’inventivité et la combativité des
acteurs pour pallier le manque de
soutien et d’infrastructure
• Des amorces pour l’industrie :
o Des saisons fortes de production
(Carnaval, été, fin d’année)
o Un réseau de producteurs dans
l’ensemble du pays (pour le
konpa)
• La soif d’activités du public, et audelà, la réceptivité de la population
à la musique
• La curiosité des professionnels
étrangers
• Le manque de vision et de solidarité des acteurs du secteur
• La faiblesse de l’encadrement des artistes et au-delà, le
manque de formation professionnelle de tous les acteurs du
secteur
• Le manque de qualité du produit final, notamment sa faiblesse
en tant que spectacle
• Le manque de professionnels de l’encadrement
• Le manque d’encadrement institutionnel, notamment le
manque de compétences et de moyens du Ministère de la
Culture
• Les déficiences du cadre légal :
o L’absence de reconnaissance légal des métiers de la
musique
o L’absence de fiscalité adaptée (droit de douanes, TCA sur
les ventes de billet)
• Le piratage et les déficiences du système de protection du
droit d’auteur :
o L’absence de catégorie pour certaines musiques (musique
classique)
o L’absence de collecte et répartition des droits systématique
• Le manque d’infrastructures adaptées, la cherté des
infrastructures existantes
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
En complément des focus groups réalisés par Ayiti Nexus, un focus group supplémentaire a été
organisé par Ayiti Mizik le lundi 24 avril 2017, avec douze professionnels reconnus, artistes, managers, producteurs de live, de musique enregistrée et de vidéo-clips, responsables de compagnie de sonorisation, de salle ou encore d’école de musique. Les forces et les faiblesses du
secteur ont été examinées ainsi que les opportunités et les menaces liées à son environnement.
Les informations peuvent être synthétisées dans le tableau suivant.
87
FORCES
FAIBLESSES
• Le manque de festivals et d’événements culturels de qualité
• L’absence de réseau de productions pour les musiques hors
konpa ; les difficultés de financement en règle générale
• L’absence de réseau de distribution pour les CD
• L’absence de certains services (impression des CD)
• Le manque d’engagement du secteur privé
• Les difficultés à dépasser les frontières de la communauté, les
différences de goûts et d’habitudes de travail
• Le manque de notoriété de la musique haïtienne à l’étranger
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
OPPORTUNITÉS
88
MENACES
• Problème de mentalité et niveau d’éducation en général de la
population
• Environnement économique général, notamment :
o Pouvoir d’achat de la population, notamment des jeunes
o Difficultés économiques du secteur privé
• Instabilité politique et précarité économique
• Une population jeune et nombreuse
• Insécurité (qui réduit la vie nocturne)
• L’attractivité des musiques
• Problème d’alimentation électrique, faiblesse de la couverture
caribéennes
internet et de l’accès aux nouvelles technologies
• L’existence de diaspora haïtienne
• Faiblesse de l’Etat, difficulté à faire appliquer les lois
dans de nombreux pays (possibilité
• Manque de vision de l’Etat, manque de compétence de l’Etat
de marché, tête de pont de
dans ce secteur en particulier
tournée, etc.)
• Absence de dispositif de soutien : fonds de garantie,
assurance, etc.
• Coût et faiblesse du système bancaire (pas de vente en ligne)
• Réflexes communautaires de la diaspora
• Difficulté de circulation des citoyens haïtiens à l’international
(visa)
• Image négative d’Haïti à l’étranger et stéréotypes
Forces :
La musique haïtienne trouve son inspiration dans une musique traditionnelle, riche, originale et
variée, qui compte un nombre de rythmes et de chants considérables, associés à des aspects
visuels distinctifs (costumes, danses, dessins rituels). D’une manière plus générale, elle bénéficie
de la vigueur de la culture populaire haïtienne.
Elle repose sur une étendue variée de genres : neuf genres ont été identifiés pour l’enquête, qui
peuvent être détaillés en sous-genres et tendances diverses.
En raison d’un héritage fort et d’un environnement musical quotidien, les artistes jouissent d’une
forme de talent naturel.
De nouvelles générations de compositeurs sont en train d’émerger, notamment dans la musique
classique.
Dans un environnement peu favorable, les acteurs du secteur démontrent régulièrement leur inventivité et leur combativité pour pallier le manque de soutien et d’infrastructure. Ils organisent des
tournées en s’appuyant sur des réseaux d’écoles, par exemple, ou conçoivent le financement de
leur CD afin de le vendre à des prix adaptés au marché.
Dans cet effort, ils peuvent s’appuyer sur l’existence d’une production saisonnière liée aux festivités traditionnelles (Carnaval, rara, fêtes champêtres, fêtes de fin d’année) et sur un réseau de
producteurs opérant dans les clubs et discothèques, sur l’ensemble du territoire national et dans
la diaspora (principalement pour le konpa).
Ils bénéficient aussi d’un public extrêmement réceptif à la musique et qui a soif de programmes
et d’activités.
Faiblesses :
En amont des faiblesses inhérentes au secteur, celui-ci souffre du manque de vision et de solidarité de ses acteurs, publics et privés, qui ne démontrent pas avoir conscience d’appartenir à un
secteur spécifique, où ils sont liés par des intérêts communs. L’individualisme et l’appât de bénéfices à court terme prévalent dans les comportements.
Ils vont de pair avec un manque de formation professionnelle dans tous les domaines (artistique,
politique, technique, etc.) et un manque d’encadrement des artistes qui sont livrés à eux-mêmes
dans un secteur peu structuré. En raison des habitudes de production liées au bal, les aspects
visuels des représentations sont souvent négligés.
Il s’ensuit qu’en aval, le produit final pourrait être largement meilleur si les acteurs étaient mieux
encadrés et mieux formés.
Le manque d’encadrement par des professionnels formés (notamment au management) est accentué par le manque d’encadrement institutionnel. Au sein du Ministère de la Culture et de la
Communication font défaut à la fois le personnel compétent, spécialisé dans les problématiques
du secteur, et les moyens pour mettre en place une politique structurelle qui reste encore à définir.
Très sollicité, le secteur privé manque aussi d’engagement dans le domaine.
Au niveau du cadre légal, les faiblesses se font sentir à travers l’absence de reconnaissance légale des métiers de la musique et celle d’une fiscalité adaptée à leur travail, notamment en ce qui
concerne la taxation sur la vente de billets et le droit de douanes pour l’importation de produits et
d’équipements spécifiques.
De son côté, la législation sur la protection du droit d’auteur démontre ses faiblesses en ce qui
concerne l’enregistrement de certains genres (musique classique) et, de manière générale, la
collecte et la répartition systématique des droits d’auteur ainsi que la répression du piratage.
Pour le live, le manque d’infrastructures adaptées limite le développement du secteur qui doit assumer des coûts de production très élevés pour la location des infrastructures existantes et leur
équipement (énergie, son, lumière). Le financement est difficilement accessible, et le retour sur
investissement n’est pas intéressant par rapport à la prise de risque.
Les artistes manquent d’opportunités pour se produire, notamment des festivals et des événements culturels de qualité, dans la mesure où le réseau de production existant concerne principalement les bals de konpa. Les autres genres peinent à trouver des opportunités formelles et
structurées.
Certains services font défaut en ce qui concerne la musique enregistrée, comme l’impression des
CD en grand nombre, la distribution, que ce soit les magasins de CD ou les distributeurs en ligne.
Enfin, dans une perspective internationale, les acteurs du secteur peinent à dépasser les frontières de la communauté haïtienne et ses spécificités en termes de production (en rapport avec
la pratique du bal) et les habitudes de travail (oralité, anticipation, planification, etc.) alors que la
musique haïtienne manque de notoriété à l’étranger.
Opportunités :
La jeunesse de la population haïtienne et sa taille constituent un atout majeur pour la musique
haïtienne dans la mesure où elles peuvent constituer les bases d’un marché.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Enfin, ils peuvent mettre à profit la curiosité des professionnels étrangers pour une musique encore peu divulguée, mais dont on soupçonne la force et l’originalité.
89
La musique haïtienne bénéficie également de l’attractivité des musiques caribéennes, même si
elle est moins connue que d’autres (reggae, salsa).
Enfin, l’existence d’une diaspora haïtienne dans de nombreux pays, notamment dans la Caraïbes,
en Amérique du Nord et en Europe, peut servir de base pour conquérir de nouveaux marchés.
Menaces :
Le faible niveau d’éducation de la population ainsi que certaines particularités de sa mentalité (individualisme, vision à court terme, etc.) constituent des entraves au développement économique.
De même, l’environnement économique dans lequel évolue le secteur de la musique, ne favorise pas son épanouissement : le pouvoir d’achat très bas de la population, particulièrement des
jeunes, les difficultés économiques du secteur privé, l’instabilité politique, la précarité économique
et les pics d’insécurité, constituent des obstacles à son développement.
Les problèmes d’alimentation électrique entraînent des coûts de production élevés tandis que la
faible couverture internet freine l’essor des nouvelles technologies et de l’économie virtuelle.
La faiblesse de l’Etat se fait sentir à la fois dans le manque de vision des politiques, le manque
de compétences spécifiques dans l’encadrement du secteur et à travers les difficultés à faire
appliquer les lois qui le régissent. Elle se traduit également par l’absence de dispositif de soutien
spécifique à l’industrie musicale : fonds de garantie, assurance, aides diverses (à la création, à la
diffusion, à la présence sur les marchés, etc.).
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Peu soutenu par l’Etat, le secteur rencontre aussi des difficultés à se développer commercialement
en raison du coût des services bancaires et de ses déficiences, notamment pour le paiement en ligne.
90
Enfin, à l’étranger, l’image d’Haïti en général est principalement associée à des faits négatifs, liés
à son histoire et aux récentes catastrophiques qui l’ont marqué. Les citoyens haïtiens rencontrent
des difficultés pour circuler librement en raison des visas qui leur sont imposés dans presque tous
les pays. Etablis à l’étranger, ils restent souvent limités par des réflexes communautaires, dans
leurs habitudes de travail ou de consommation.
V. RECOMMANDATIONS
Le 25 mai 2017, Ayiti Mizik a organisé une table ronde de concertation avec une cinquantaine
de représentants du secteur pour leur présenter les résultats préliminaires de la cartographie et
recueillir les suggestions afin de dresser la liste des recommandations.
• Les ateliers de travail ont porté sur cinq domaines prioritaires, à savoir :
• Le statut des professionnels
• La création
• La diffusion des œuvres (live et enregistrées)
• Le droit d’auteur
• La mobilisation du secteur
Les conclusions sont rapportées dans les tableaux ci-dessous.
Concernant le statut des professionnels, aucun invité à la table ronde ne s’est inscrit à cet atelier,
ce qui peut démontrer la difficulté que les professionnels ont à comprendre et discuter les points
techniques de la législation les concernant, même si, dans l’exercice de leur profession, au quotidien, ils peuvent avoir des idées sur son fonctionnement et ses retombées sur leurs activités.
STATUT DES PROFESSIONNELS
Recommandations
envers le secteur
Recommandations
envers l’Etat
•• Demander aux différents Ministères d’harmoniser leurs
règlementations pour l’enregistrement des acteurs du secteur
(Ministère du Commerce, Ministère des Affaires Sociales, Ministère
de la Culture et de la Communication).
•• Encourager la formalisation des acteurs en proposant des
avantages :
o Création d’une carte professionnelle
o Formations au commerce et à la gestion
•• Demander au Ministère de l’Economie et des Finances de produire
une nomenclature spécifique au secteur pour obtenir des patentes
adaptées à la réalité des métiers et retracer les acteurs du secteur.
•• Améliorer le système de taxation des ventes de billet en établissant
la base déclarative comme pour les ventes en général.
•• Demander au Ministère de l’Economie et des Finances de revoir
le système de taxation du matériel professionnel importé par
les acteurs du secteur (franchise sur présentation d’une carte
professionnelle).
LA CREATION
Observations
La culture traditionnelle, source d’inspiration de la création haïtienne,
se modifie avec les évolutions de la population haïtienne, chaque
fois plus jeune et plus urbanisée. Elle est mise en danger dans sa
confrontation avec les musiques étrangères à la mode (rap, musiques
urbaines en général).
D’autre part, il existe peu de formation musicale pour les enfants et
les jeunes, et très peu de formation pour les artistes émergents ou
confirmés. Les artistes sont seuls à faire face aux nécessités de la
création, qui demande des compétences, du temps et des moyens
appropriés.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Observations
Les professionnels de la musique n’ont pas de reconnaissance
légale, à l’exception de l’inscription au Ministère de la Culture, qui
est en concurrence avec celle des Ministères du Commerce et
des Affaires sociales. La législation reste floue, et les informations
difficilement accessibles.
Les métiers du secteur ne sont pas inscrits dans le code du travail ; le
code fiscal ne leur accorde pas de considérations particulières.
Pourtant, depuis quelques années, la Direction Générale des Impôts
renforce sa pression sur le secteur en demandant leur patente
aux professionnels et en taxant les ventes de billet d’entrée et les
importations d’équipement.
•• Réunir et mettre à disposition (en ligne, par exemple) la
réglementation existante sur le secteur (enregistrements légaux,
taxations, exonérations, etc.)
•• Organiser des séances d’information pour les acteurs du secteur sur
la législation existante (droits et devoirs) et les déficiences actuelles
du cadre légal afin de constituer un lobbying.
91
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
LA CREATION
92
Recommandations
envers le secteur
•• Œuvrer à une meilleure intégration des musiques traditionnelles, à
tous les niveaux.
•• Encourager la formation continue des artistes et des professionnels
émergents et confirmés en vue d’optimiser la qualité des créations
artistiques (organisation d’ateliers, discussion et partage de
connaissances et d’expériences entre membres du secteur, etc.).
•• Diffuser les offres de bourse ou stage à l’étranger et encadrer les
jeunes artistes souhaitant y participer (sur le modèle de l’Académie
d’été de Libramont, One Beat, etc.).
•• Encourager la diffusion de création d’œuvres originales
(commandes, incitations diverses et rencontres artistiques à mettre
en place dans les festivals, etc.).
Recommandations
envers l’Etat
•• Mettre en place un système de collecte et d’archivage systématique
de documents musicaux patrimoniaux.
•• Mettre en application la loi sur l’intégration de la musique dans les
curricula des établissements scolaires tant publics que privés.
•• Actionner les dispositifs de formation pour les professeurs de
musique (avec la coopération étrangère).
•• Accorder des subventions aux écoles de musique selon cahier des
charges précis.
•• Mettre en place ou soutenir un dispositif de formation continue au
profit des artistes émergents et confirmés .
•• Mettre en place ou soutenir des structures d’accueil et
d’accompagnement de type centres de ressources à travers tout le
pays.
•• Mettre en place ou financer des bourses de résidences artistiques
à l’international pour les artistes confirmés (avec comité mixte
intégrant des professionnels reconnus).
•• Encourager fiscalement les institutions (fondations, sponsors, etc.)
qui investissent dans l’éducation et la création.
PRODUCTION ET DIFFUSION DES ŒUVRES (LIVE ET ENREGISTRÉE)
Observations
Comparé à la quantité d’artistes existant en Haïti, il y a très peu de
possibilités pour la production et diffusion des œuvres que ce soit sur
scène (peu de producteurs, peu d’espaces équipés) ou enregistrée
(peu de label, peu de magasins de CD, pas de plateforme de vente en
ligne).
En l’absence d’infrastructures adaptées, les producteurs doivent se
résoudre à utiliser d’autres types de salle, les coûts de production sont
élevés et le retour sur investissement est faible.
L’offre est centralisée à Port-au-Prince ; l’ensemble du territoire national
– y compris certaines communes de la zone métropolitaine - n’est pas
mis à profit.
La musique haïtienne est assez peu représentée au niveau
international.
Observations
Le Parlement a voté une loi sur les quotas de diffusion de musique
haïtienne dans les media, mais l’absence de système efficace de
gestion du droit d’auteur empêche les créateurs d’être rémunérés sur
les diffusions radiophoniques, télévisuelles et virtuelles.
Recommandations
envers le secteur
•• Adapter l’offre aux infrastructures existantes tout en faisant un
lobbying pour obtenir la construction d’espaces équipés.
•• Veiller à intégrer la province et les quartiers marginalisés dans dans
les offres de diffusion.
•• Négocier des moyens et des tarifs adaptés avec les compagnies de
sonorisation.
•• Etre vigilant par rapport à l’application de la loi sur les quotas de
diffusion de musique haïtienne dans les media (vote, promulgation,
application).
Recommandations
envers l’Etat
•• Construire des infrastructures adaptées (comprenant plan de
gestion et de maintenance) à Port-au-Prince et dans les grandes
villes de province (au minimum).
•• Mettre en place un dispositif pour le soutien des tournées nationales
sur appel à projet avec comité mixte.
•• Mettre en place un dispositif pour le soutien aux tournées
internationales et à la présence dans les marchés.
•• Mettre en place un fonds de garantie pour faciliter l’accès au crédit.
•• Appliquer la loi sur le quota de diffusion de la musique haïtienne.
LE DROIT D’AUTEUR
Observations
Le décret-loi de 2005 donne au BHDA l’exclusivité de la gestion du droit
d’auteur en Haïti. Toutefois, malgré les efforts du BHDA, les créateurs
haïtiens ne peuvent toujours pas toucher systématiquement les revenus
liés à l’exploitation de leurs oeuvres.
Recommandations
envers le secteur
•• Constituer un lobbying organisé et suivi pour avancer sur la révision
des deux décrets-lois.
••Etablir un plan d’action en profitant de la présence de créateurs dans
les Commissions culture du Parlement.
••Créer un syndicat des créateurs de musique.
•• Collaborer avec le BHDA dans ses actions de sensibilisation autour
du droit d’auteur, protection légale des œuvres contre le plagiat, lutte
contre le piratage, etc.
Recommandations
envers l’Etat
•• Revoir des deux décrets-loi sur le droit d’auteur et le BHDA en
fonction des recommandations établies par un avocat spécialisé.
•• Mettre en oeuvre les recommandations formulées lors des Assises de
la Culture et dans le rapport de Youma Fall.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
PRODUCTION ET DIFFUSION DES ŒUVRES (LIVE ET ENREGISTRÉE)
93
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
LA MOBILISATION DU SECTEUR
94
Observations
Les acteurs du secteur sont très isolés. Ils évoluent dans un contexte
compétitif où les moyens sont rares. Ils font régulièrement le constat
du manque de solidarité entre eux et de l’absence de vision collective.
Pourtant, la plupart des solutions semble reposer sur la mobilisation du
secteur et le lobbying auprès des instances décisionnaires (Ministère,
Parlement, etc.).
Recommandations
envers le secteur
•• Remobiliser Ayiti Mizik à travers les actions suivantes :
◦◦Elaborer un plan d’action dont les priorités visent des retombées
rapides et concrètes pour les professionnels.
◦◦Œuvrer à une meilleure communication (en ligne, dans les media et
sur le terrain).
◦◦
Proposer aux membres de AM une série de bénéfices (discount
dans les boutiques professionnels et dans les programmes
organisés par les membres).
◦◦
Organiser des formations payantes et certifiantes.
◦◦
Mettre les acteurs en réseau pour favoriser les contacts avec
l’international.
•• Intégrer les acteurs de province et de la diaspora dans l’ensemble des
activités de Ayiti Mizik, notamment :
◦◦Créer des annexes de Ayiti Mizik dans différentes villes de province
et de la diaspora en suivant le plan d’action établi.
Recommandations
envers l’Etat
•• Supporter les organisations professionnelles constituées et les
impliquer dans les dossiers qui concernent le secteur à travers des
comités mixtes et/ou des rencontres régulières de concertation.
VI. CONCLUSION
Le projet de cartographie de l’industrie haïtienne de la musique a permis de mettre en évidence
les grandes tendances actuelles du secteur. Le caractère novateur de la démarche en Haïti et
l’absence de données antérieures ont limité ses ambitions, mais en fonction des moyens qui lui
étaient alloués et des compétences qu’il a pu associer, il a élaboré des données significatives, qui
demandent maintenant à être approfondies.
On constate ainsi que l’industrie haïtienne de la musique n’échappe pas aux questions qui se
posent à la société haïtienne dans son ensemble. Elle est confrontée à l’extrême pauvreté de
la majorité des Haïtiens, constat social plus qu’alarmant, qui constitue également une entrave
à plusieurs niveaux pour la construction d’une économie nationale. Elle est témoin également
des changements profonds de société qui se donnent à lire dans la coexistence d’un système
non-marchand, lié aux traditions rurales et à des pratiques collectives de la musique, et d’une
économie de mise en marché en pleine mutation. Apparue avec la production des bals de konpa
et des disques correspondants, celle-ci évolue désormais vers l’organisation d’événements massifs de musiques urbaines et vers le partage de musique dématérialisée, dont la rentabilité est
encore incertaine. Les pratiques musicales et professionnelles se modifient ainsi à mesure que la
société haïtienne se remodèle en fonction de la pression démographique, de l’urbanisation et de
la mondialisation.
Ce cadre général peut aider à comprendre les obstacles que rencontre l’industrie haïtienne de la
musique dans son fonctionnement quotidien et les difficultés que les institutions éprouvent dans
leur volonté de l’encadrer, à commencer par le Ministère de la Culture et de la Communication
dont les compétences, les moyens et les dispositifs apparaissent inadaptés face à la réalité du
secteur et de ses enjeux.
Dans son état actuel, la chaîne de production est constituée par un nombre considérable d’artistes, souvent isolés, qui peinent à transformer leur création en source de revenus, en raison du
manque de producteurs et de diffuseurs, mais aussi de l’absence d’infrastructures adaptées ou de
système efficace de gestion du droit d’auteur. Dans un contexte économique difficile, le manque
d’infrastructures entraîne des surcoûts de production qui sont dissuasifs par rapport à la prise de
risque, et qui limitent aussi la circulation des artistes sur l’ensemble du territoire national. Dans
ces conditions, la taille du marché potentiel n’est pas mise à profit de même que l’existence d’une
diaspora sur plusieurs continents, qui reste un atout sous-exploité.
Hormis quelques exceptions remarquables, le niveau de revenu est plutôt faible, mais la masse
d’acteurs impliqués dans le secteur gagnerait à être mieux formée, et ses activités formalisées,
afin d’être mieux soutenue dans tous les étapes de la création, de la production et de la diffusion
des produits et services.
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Alors que les musiciens s’investissent de plus en plus sur la scène politique, il serait opportun
qu’ils se mobilisent également afin d’obtenir des changements qualitatifs pour leur secteur d’appartenance. En ce sens, la cartographie de l’industrie haïtienne de la musique constitue un premier outil qui offre une vue panoramique du secteur en donnant à voir ses intérêts et ses défis
communs.
95
BIBLIOGRAPHIE
- Chéry Frédéric Gérald, Etude sur les filières culturelles économiquement viables, Ministère de la
Culture, document inédit, 2012
- Dauphin Claude, Histoire du style musical d’Haïti, Editions Mémoire d’Encrier, Montréal, 2014,
372p.
Fall Youma, Rapport de diagnostic (déc. 2012) et rapport final, secteur du droit d’auteur (janvier
2013), Projet « Banque d’expertise pour renforcer le système de gouvernance de la culture dans
les pays en développement décembre 2012-janvier 2013, 19p. et 16p. respectivement
-
- Dr Harper Garett, Dr. Hollingsworth Wendy, Dr. Nurse Keith, Smith Erica K., Dr. Tull Jo-Anne, The
export valuation of the Caribbean music industry, UWI Consulting Inc., document inédit, 2014
- Jaunay Pascale « Etude de la filière musique en Haïti », pré-rapport commandé par ATA, réalisé
par Caracoli en collaboration avec la Fondation Haïti Jazz, document inédit, 2009
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
- Jaunay Pascale, « Dopo il sisma : le industrie musicali 2010-2011 », in L’Isola magica. Haiti, Ricordi, 2011, pp.145-153
96
- Lubin Gary : Etat des lieux du secteur culturel : le bilan, rapport en ligne de la FOKAL, mai 2010 :
http://fokalnews.blogspot.com/2010/05/etat-des-lieux-du-secteur-culturel-le.html
- Nurse Keith, The Caribbean Music Industry, Caribbean Export Development Agency, 2001, 128p.
- Paul Ronald, « Les industries culturelles et créatives dans la CARICOM » in Etude diagnostique
sur l’intégration du commerce, Groupe Banque Mondiale, 2013, pp.184-198
- Prézeau Stephenson Barbara, La richesse culturelle d’Haïti, mythe ou réalité ? (la contribution de
la production culturelle dans le développement économique de la République d’Haïti), mémoire de
Master 2 Management des organisations culturelles de l’Université Paris Dauphine, FOKAL, 2010
- A comprehensive study of the music sector in Ghana, KPMG / Musicians Union of Ghana, 2014,
294p.
- Actes des Assises Nationales de la Culture, Port-au-Prince (28-30 juillet 2011), éditorial Bukante,
2012, 243p.
- Rapport final de la réunion préparatoire à la constitution d’un comité international de coordination
(CIC) pour la culture en Haïti, 16 février 2010, UNESCO.
- UNESCO, Haïti, faire de la culture un moteur de reconstruction (brochure, pdf), avril 2011.
ANNEXE 1 :
Feuille de route
du Ministère de la
Culture et de la
Communication
RÉPUBLIQUE D’HAÏTI
Port au Prince, le 29 mars 2017
Monsieur Limond TOUSSAINT
Ministre de la Culture et de la Communication
En ses bureaux. -
Monsieur le Ministre,
Dans le cadre des orientations fixées par le Président de la République, traduites dans
l’énoncé de politique générale que j’ai présenté au Sénat de la République le 14 mars
2017 et à la Chambre des Députés le 20 mars 2017, le Gouvernement a pris l’engagement de mettre Haïti sur la voie du développement.
Pour y parvenir, le Président de la République et le Gouvernement font de la Culture et de
la Communication une des composantes importantes des politiques publiques à mettre
en oeuvre au cours du quinquennat.
La présente feuille de route permettra de structurer vos actions conformément à mon
énoncé de politique générale et aux avancées réalisées dans le cadre du plan et des
programmes du Ministère de la Culture et de la Communications.
Monsieur le Ministre, je vous demande d’exécuter une politique culturelle et de communication répondant aux préoccupations de la population tout en mettant en oeuvre une
stratégie de communication pour promouvoir les intérêts et l’image du pays. En suivant
le programme et la démarche de modernisation de l’action publique, vous prendrez des
dispositions pour que le ministère, placé sous vos responsabilités, puisse participer aux
efforts de la réforme de l’État afin de permettre à l’Administration publique d’être efficace
et efficiente.
L’équipe gouvernementale poursuit un noble objectif : « fédérer les divers secteurs de la
société autour du projet national de développement ». Je compte sur votre engagement
et vous invite à vous assurer que les objectifs du plan d’action de votre Ministère soient
atteints.
Monsieur le Ministre, dans la mise en oeuvre de la politique de mon gouvernement, je
vous confie la mission de conduire les réformes nécessaires au relèvement du secteur
de la culture et de la communication. Dans cette perspective, je vous demande d’entreprendre les actions suivantes :
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Objet : Feuille de route
97
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
1.
98
Travailler avec les groupes et structures concernés en vue de la création, organisation et fonctionnement de la Haute Autorité de l’Audiovisuel ;
2. Communiquer et informer le public sur les réformes et les politiques publiques du
gouvernement ;
3. Communiquer sur les actions, projets, programmes exécutés par le Gouvernement ;
4. Faire une meilleure gestion des médias d’État et travailler à ce qu’ils deviennent des
médias de services publics ;
5. Publier le baromètre de qualité du service public ;
6. Élaborer et diffuser des rapports sur la performance du service public ;
7. Travailler avec les organismes publics pour avoir un portail internet qui donne des
informations relatives aux services de l’État qui sont utiles à la population ;
8. Travailler avec les organismes compétents pour réduire les inégalités et les disparités matérielles en termes d’accès aux équipements culturels et infrastructures de
loisir dans les quartiers ;
9. Prendre les dispositions nécessaires pour avoir une gestion rationnelle des infrastructures publiques dédiées à la culture et aux loisirs ;
10. Travailler avec les organismes compétents pour rénover les équipements socio-récréatifs et culturels qui sont en mauvais état ;
11. Travailler avec les organismes compétents pour assurer l’animation culturelle des
villes et des campagnes ;
12. Prendre des dispositions pour mieux organiser les fêtes populaires et les évènements festifs urbains et ruraux ;
13. Prendre des mesures pour accompagner et développer la production des oeuvres
artistiques et culturelles ;
14. Valoriser et protéger les oeuvres littéraires, scientifiques, artistiques et culturelles du
pays ;
15. Prendre des mesures afin d’assurer la protection, la sauvegarde et la valorisation du
patrimoine culturel matériel et immatériel d’Haïti tout en faisant le suivi des Conventions signées par l’Etat haïtien dans le domaine ;
16. Prendre des mesures afin d’assurer une gestion rationnelle des monuments historiques et lieux de mémoire ;
17. Assurer la gestion des sites naturels, matériels et immatériels à caractère patrimonial
dans une perspective de développement local et régional ;
18. Réaliser l‘inventaire des patrimoines culturels du pays et créer une banque de données patrimoniales au service de la diplomatie culturelle haïtienne.
Je vous demande d’engager la préparation du Budget 2017-2018 qui devra être approuvé, après arbitrage du Ministère de l’Économie et des Finances, par le conseil des
Ministres et déposé dans les délais légaux requis au Parlement.
Vous aurez aussi la tâche de renforcer la transparence, la lutte contre la corruption et la
bonne gestion des biens et deniers publics.
Il vous appartiendra d’organiser, de diriger et d’animer les services, équipes et agents de
l’Etat placés sous votre responsabilité.
Enfin, vous devez travailler afin d’avoir une meilleure coordination avec les autres ministères et institutions de l’Exécutif, souvent trop tributaires des lourdeurs systémiques
ralentissant l’exécution de leurs programmes.
Dans l’accomplissement de votre mission, vous aurez le soutien du Gouvernement et
celui du Président de la République.
Comptant sur votre dévouement patriotique et votre sens de l’Etat, je vous renouvelle,
Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées.
Vu et approuvé par le Président de la République
______________________________
S.E. Jovenel MOISE
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
________________________________
Jack Guy LAFONTANT
Premier Ministre
99
ANNEXE 2
QUESTIONNAIRE DE
L’ENQUÊTE DE TERRAIN
VERSION FRANÇAISE
BUT DE L’ENQUÊTE: Ayiti Mizik est l’association haïtienne des professionnels de la musique. Elle vise à structurer
l’industrie de la musique haïtienne et à développer ses capacités économiques, sa reconnaissance et la qualité de
ses productions à travers différentes activités. Elle a conçu le projet de cartographie de l’industrie haïtienne de la
musique pour obtenir des données chiffrées sur le secteur et faire valoir son importance économique et sociale.
Ayiti Mizik a confié à Ayiti Nexus la réalisation d’une enquête de terrain. Ayiti Nexus déploie donc des enquêteurs à
travers le pays pour collecter des informations sur tous les professionnels du secteur de la musique. Les informations
détaillées que vous pourrez leur fournir en tant qu’acteur évoluant dans le secteur seront d’une valeur inestimable! A
cette occasion, votre nom pourrait être tiré au sort et une couverture médiatique vous serait offerte par Ticket Magazine.
Sachez que les données chiffrées que nous recevrons de tout un chacun resteront anonymes et ne seront pas
divulguées de manière individuelle dans le corps du rapport final. Nous comptons donc sur votre participation
franche pour des retombées à l’échelle nationale.
QUESTIONNAIRE
#
Questions
Réponses
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
SECTION I. PROFIL DU RÉPONDANT
100
1
Quel est votre nom?
2
Quel est votre prénom?
3
Quel est votre numéro de
téléphone ?
4
Quelle est votre adresse
e-mail ?
5
Quel est votre sexe?
6
Quel est votre âge?
7
Quel est votre statut matrimonial?
8
A quelle étape scolaire
êtes-vous arrivé ?
a.
b.
Masculin
Féminin
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Célibataire
Marié (e)
Union libre
Divorcé (e)
Veuf (ve)
Ne veut pas répondre
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
moins de 18 ans
18-25
26-35
36-45
46-55
55+
Ne veut pas répondre
a.
b.
c.
d.
N’est jamais allé à l’école
Cycle d’études primaires
Cycle d’études secondaires
Cycle universitaire
Logique pour programmation tablette
9
Pays d’activité
10
Où habitez-vous?
11
Avez-vous des personnes à
votre charge ?
12
Combien de personnes
avez-vous à charge?
a)
b)
c)
d)
e)
f)
Haïti
USA
Canada
France
République Dominicaine
Autre (précisez)
a.
b.
c.
Commune I_________________I
Section Communale I____________________I
Département I____________________I
a.
b.
Oui
Non
Si autre que 9.a, passez directement à Q#11
Si autre que 9.a, pas besoin
de répondre Q#42
Si autre que 9.a, les réponses
30, 41, 47, 51, 55, 67, 71
doivent être en dollar américain
Si la réponse est 11.b, passez
directement à Q#13
La réponse doit inclure la
personne enquêtée
SECTION II. MÉTIER DANS LE SECTEUR MUSICAL
14
Votre principale source de
revenus provient-elle du
secteur musical ?
Quel est votre principal
métier dans le secteur de la
musique ?
Marquez 1 à coté de l´activité principale et 2 à coté
de toutes les activités secondaires (3 réponses au
maximum)
a. Oui
b. Non (précisez l’autre source) :
A. Métiers de la création et d’encadrement
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
i.
Musicien (instrumentiste)
Chanteur
Auteur / compositeur (inclus jingle)
Arrangeur
Chef d’orchestre
Beat-maker
DJ
Manager
Accordeur / Réparateur d’instruments
B. Métiers de la production
a.
b.
c.
d.
Propriétaire/responsable de groupe musical
Propriétaire/gérant de studio de répétition*
Propriétaire/gérant studio d’enregistrement*
Propriétaire/gérant d’une compagnie de sonorisation*
e. Propriétaire/gérant de compagnie de décoration
de scène* ou de feux d’artifice
f. Producteur (live) / promoteur*
g. Tourneur ou booker*
h. Producteur phonographique (musique enregistrée)
i. Editeur
j. Réalisateur (directeur artistique ou producer)
k. Technicien son (live / studio)*
l. Technicien lumière*
m. Régisseur*/ Stage Manager
n. Manutentionnaire*
Si réponse 14.A.a. → passez
directement à Q#15
Si réponse 14.B.c. → passez
directement à Q#16
Si autre que question 14.A.a.
ou 14.B.c. → passez directement à Q#17
ATTENTION
Si 14.A.i, 14.B.b., 14.B.c.,
14.B.d., 14.B.e., 14.B.f.,
14.B.g., 14.B.k, 14.B.l,
14.B.m., 14.B.n., 14.C.a.,
14.C.c., 14.C.d., 14.C.e.,
14.D., 14.E., pas besoin de
répondre à la Section VII
(Production enregistrée).
Toutes les autres, répondez à
la Section VII
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
13
101
C. Métiers de la diffusion
a.
b.
c.
d.
e.
D.
Propriétaire/gérant de salle ou d’espace de diffusion*
Propriétaire/gérant de media (radio / télévision
/ internet)
Propriétaire/gérant de magasin de CD*
Propriétaire/gérant magasin d’instruments de
musique (fabrication / vente / location)*
Propriétaire de site d’internet*
Métiers de la promotion
a.
b.
c.
d.
e.
Attaché de presse*
Animateur (radio / télévision)*/ MC
Journaliste
Publiciste (presse écrite/ affichage / web / réseaux sociaux)*
Propriétaire/gérant compagnie production vidéo-clip
E.
Métiers de la formation
a.
Studio professionnel (avec plusieurs cabines
d’enregistrement)
Home studio (ayant une seule console ou cabine)
Ordinateur personnel
a. Propriétaire/gérant d’école de musique*
b. Professeur de musique / répétiteur*
c. Autre (décrivez)*
15
A quel instrument jouezvous?
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
Cette question est applicable seulement pour ceux
qui ont choisi la réponse
14A.a
102
16
Quel type de studio avezvous ?
Cette question est applicable seulement pour ceux
qui ont choisi la réponse
14B.c
17
Comment avez-vous appris
ce métier?
18
Avez-vous reçu un certificat/diplôme?
19
En combien d’années avezvous appris votre métier ?
b.
c.
a.
b.
Autodidacte (seul)
Si a, b ou c , passez directeDans le cercle familial, amis, proches, commument à Q#19
nauté (informellement)
Apprentissage avec des professionnels confirmés
Dans un centre de formation
a.
b.
Oui
Non
c.
d.
a. Moins de 2 ans
b. Entre 2 et 4 ans
c. Entre 4 et 6 ans
d. Plus de 6 ans
Combien d’années d’expérience avez-vous dans votre
métier ?
a.
b.
c.
d.
e.
Moins de 5 années
5- 10 années
11- 15 années
15-20 années
Plus de 20 années
21
Dans quel genre de musique évoluez-vous le plus?
a.
b.
c.
d.
Konpa
Musique racine
Musiques traditionnelles (vodou, rara)
Musiques urbaines (rap, reggae, raboday, raga,
électronique, rock)
Musique classique
Jazz
Musique évangélique / gospel
Chanson : Pop / variété
Troubadours
Non applicable
Choix multiple - trois (3)
réponses maximum
Marquez 1 à coté du genre
principal et 2 à coté des
genres secondaires
22
A quelle catégorie de
professionnel correspondez-vous ?
23
Est-ce que vous travaillez
de manière indépendante
ou au sein d’une structure,
dans le secteur musical?
24
25
e.
f.
g.
h.
i.
j.
a.
b.
c.
d.
Salarié
Contractuel
Entrepreneur/Propriétaire ou copropriétaire
Autre (précisez)
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Groupe musical
Association / Fondation / ONG
Organisation religieuse
Entreprise privée
Indépendant / Freelance
Autre – Précisez:
Si 23b.e, passez directement
à Section III
La structure dans laquelle
vous travaillez est-elle) enregistré(e) dans au moins
un bureau de l’Etat ?
a.
b.
c.
Oui
Non
Ne sait pas
Si b ou c, passez directement
a Q#26
Dans quel bureau?
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Mairie
DGI
Ministère de la Culture
Ministère du Commerce
Ministère des Affaires Sociales
Autre – Précisez :
a.
b.
Quantité de femmes …… [Chiffre]
Je ne sais pas
Cochez toutes les réponses
valables
26
Combien d’employés travaillent dans cette structure?
27
Quelle est la quantité de
femmes qu’il y a parmi les
employés ?
a.
b.
c.
Salariés …… [Chiffre]
Contractuels …… [Chiffre]
Je ne sais pas
SECTION III. SOURCES DE REVENUS DANS LE SECTEUR MUSICAL
28
Réalisez-vous une partie de
vos activités à titre bénévole ?
a.
b.
29
Sur une dizaine d’activités,
combien sont à titre bénévole?
[Chiffre]
Oui
Non
Si 28.b, passez directement
à Q#30
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
20
103
30
Quelle a été la hauteur de
votre rémunération / votre
chiffre d’affaires dans le
secteur de la musique en
2015?
OU
31
Etes-vous enregistré(e) dans
une ou plusieurs société(s)
des droits d’auteurs ?
32
Laquelle (ou lesquelles) ?
33
Quelles sont vos sources de
revenus les plus fréquentes
(3 réponses maximum) ?
Marquez 1 à coté de la
source principale et 2 à coté
de toutes les sources secondaires
a.
b.
c.
d.
e.
f.
0 – 5.000 HTG
5.001 – 50.000 HTG
50.001 – 250,000 HTG
251.000 – 1.000.000 HTG
1.000.000 – 5.000.000 HTG
Plus de 5 millions HTG
a.
b.
c.
d.
1.001-5.00 USD
5.001-20.000 USD
20.001-100.00 USD
+ de 100.000 USD
a.
b.
Oui
Non
Si 31.b, passez directement
à Q#33
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
Bals
Concerts
Sessions studio
Cours
Royalties/redevances
Vente de CD
Vente de produits divers (précisez)
Prestations (publicités, carnaval, fêtes, festivals,
etc.)
Location (espaces, matériels)
Si 33.f, répondez aussi à
Q#34
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
i.
104
34
En Haïti ou à l’étranger ?
35
Combien de fois en
moyenne avez-vous perçu
des revenus en 2015 pour
chacune des catégories
listées ?
36
Où ces activités ont elles eu
lieu en majorité en 2015?
Indiquez par ordre d’importance 1 (plus souvent), 2
(moins souvent)
Si la personne n’avait pas fait
choix de la réponse 9.a, elle
doit donner les chiffres en
dollar
a.
b.
c.
En Haïti
A l’étranger
Les deux
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
i.
Bals …. (chiffre)
Concerts …. (chiffre)
Sessions studio …. (chiffre)
Cours …. (chiffre)
Royalties/redevances ….. (chiffre)
Vente de services ….. (chiffre)
Vente de produits divers ….. (chiffre)
Autres prestations ….. (chiffre)
Location ….. (chiffre)
a.
b.
c.
En Haïti
A l’étranger, dans la diaspora
A l’étranger, pas dans la diaspora
Si autre que 33.f, passez directement à Q#35
SECTION IV. INFRASTRUCTURES ET EQUIPEMENTS
37
Avez-vous besoin d’infrastructures particulières
pour votre métier (y compris les vôtres)?
a.
b.
Oui
Non
Si 37.b, passez directement
à Q#44
Quel type d’infrastructures
utilisez-vous dans votre
métier ?
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
Studio de répétition
Studio d’enregistrement
Night-club
Discothèque
Salle de concert
Hôtel-restaurant
Place publique
Autre – Précisez :
Combien avez-vous dépensé à peu près lors de
la dernière utilisation de
ces infrastructures, ou par
année ?
a.
Précisez en gourdes si vous
vivez en Haïti et en dollar si
vous vivez à l’étranger
d.
h.
Ne sais pas (si la personne n’est pas la responsable)
Studio de répétition : …
Précisez : ( ) An ( ) Activité
Studio d’enregistrement : …
Précisez : ( ) An ( ) Activité
Night-club / discothèque : …
Précisez : ( ) An ( ) Activité
Salle de concert : …
Précisez : ( ) An ( ) Activité
Hôtel-restaurant : …
Précisez : ( ) An ( ) Activité
Place publique : …
Précisez : ( ) An ( ) Activité
Autre (Précisez) : …
Cochez toutes les réponses
valables
39
b.
c.
e.
f.
g.
40
En moyenne, quelle est la
capacité humaine des infrastructures que vous utilisez normalement ?
a.
b.
c.
d.
e.
Moins de 150 personnes
De 150 à 500 personnes
De 500 à 1000 personnes
Plus de 1000 personnes
Non applicable
41
Lorsque l’entrée est
payante, quel est le prix
d’entrée en moyenne ?
a.
Je ne sais pas (si la personne n’est pas la responsable)
Moins de 500 HTG
De 500 à 1000 HTG
Plus de 1000 HTG
Non applicable
Ou
42
Parmi ces infrastructures,
combien en connaissez-vous dans votre commune ?
b.
c.
d.
e.
a.
Je ne sais pas (si la personne n’est pas la responsable)
Moins de 20 USD
Entre 20 et 50 USD
Plus de 50 USD
Non applicable
a.
b.
c.
d.
e.
Studio de répétition : … [Chiffre]
Studio d’enregistrement: … [Chiffre]
Night-club / discothèque: … [Chiffre]
Salle de concert: … [Chiffre]
Hôtel-restaurant (diffusant de la musique-live) :
… [Chiffre]
Place publique: … [Chiffre]
Autre : Précisez:
Non applicable
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
43
Comment avez-vous accès
le plus souvent à ces infrastructures ?
a.
b.
c.
d.
e.
Mise à disposition
Location
Propriété
Autre : Précisez
Non applicable
Si la personne n’avait pas fait
le choix de la réponse 9.a,
elle doit répondre en dollar
Si la personne n’avait pas fait
choix de la réponse 9.a, elle
doit répondre en dollar
Si la personne n’avait pas fait
choix de la réponse 9.a, pas
besoin de répondre à cette
question
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
38
105
44
Avez-vous besoin d’équipements particuliers (pour
votre métier et pour vos
infrastructures) ?
a.
b.
Oui
Non
Si 44.b, passez directement
à Q#49
45
Lesquels?
46
Comment avez-vous accès à
ces équipements ?
a.
b.
c.
d.
Mise à disposition
Location
Propriété
Autre : Précisez
Si a, c ou d, passez directement à Q#48
47
Combien dépensez-vous en
a.
moyenne par activité ou par
b.
an pour ces équipements ? OU
a.
Considérez: achat, location,
b.
manutention, etc.
…….HTG Par activité
…….HTG Par an
Si la personne n’avait pas fait
choix de la réponse 9.a, elle
doit répondre en dollar
49
Avez-vous d’autres dépenses obligatoires dans le
cadre de votre métier ?
Oui
Non
50
Lesquelles (1-3 par ordre
d’importance) ?
51
Combien dépensez-vous en
a.
moyenne par activité ou par
b.
année pour ces dépenses
supplémentaires ?
OU
a.
b.
…… HTG Par an
…… HTG Par activité
Etes-vous la personne responsable de la promotion
de vos activités ?
a.
b.
Oui
Non
Si oui, quel type de promotion vous faites le plus?
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
i.
j.
Vente signature
Radio
Spot/pub télévisé(e)
Vidéo-clip
Panneaux, affiches, pamphlets
Internet et réseaux sociaux
Camion publicitaire
DJ
Bouche à oreille
Autre : Précisez
a.
b.
c.
d.
Personne (seul)
Des amis ou collègues
Associations / Fondations / ONGs
Un professionnel ou une compagnie privée specialisée
Des organismes publics
Organisation communautaire ou religieuse
Autre : Précisez
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
48
106
Ces équipements sontils …?
…….USD par activité
…….USD par an
a.
b.
c.
d.
Importés
Produits localement
Les deux
Je ne sais pas
a.
b.
c.
Transport
Hébergement
Autres : Précisez
a.
b.
…..USD Par activité
…...USD par an
SECTION V. ACTIVITÉS DE PROMOTION
52
53
Cochez toutes les réponses
valables
54
Qui vous aide avec vos activités de promotion ?
e.
f.
g.
Si b, passez directement à
Section V
Si la personne n’avait pas fait
choix de la réponse 9.a, elle
doit répondre en dollar
Combien dépensez-vous
en moyenne par an pour la
promotion ?
OU
56
Comment ce montant est-il
réparti (choix multiple) ?
Marquez 1 à coté de la
source principale et 2 à coté
de toutes les sources secondaires
a.
b.
c.
d.
e.
0 – 5.000 HTG
5.001 – 50.000 HTG
50.001- 250.000 HTG
250.001 – 1 million HTG
Plus d’1 million HTG
a.
b.
c.
d.
e.
Moins de 1.000 USD
1.001-5.000 USD
5.001-20.000 USD
20.001-100.000 USD
Plus de 100.000 USD
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
i.
j.
Radio
Pub télévision
Vidéo-clip
Animateur / opérateur (émission radio ou TV)
Panneaux, affiches, pamphlets
Internet et réseaux sociaux
Camion publicitaire sonorisé
DJ
Professionnel ou compagnie de marketing
Autre (précisez) :
57
Quel est l’âge moyen de
votre public cible majoritaire?
a.
b.
c.
d.
e.
Moins de 18 ans
De 18 à 25 ans
De 25 à 45 ans
Plus 45 ans
Ne sait pas
58
Quel est le genre de votre
public cible majoritaire?
a.
b.
c.
d.
Masculin
Féminin
Egalité
Ne sait pas
Si la personne n’avait pas fait
choix de la réponse 9.a, elle
doit répondre en dollar
SECTION VI. FINANCEMENT / RETOMBÉES
59
Comment financez-vous vos
activités, infrastructures et/
ou équipements?
60
Veuillez préciser la source
des financements externes
Marquez 1 à coté de la
source principale et 2 à coté
de toutes les sources secondaires
a.
b.
c.
d.
Fonds propres
Financement externe
Les deux
Non applicable
A. Secteur public
a.
b.
c.
Etat Central (Ministères, etc.)
Collectivités territoriales (Mairies, etc.)
Non applicable
B. Secteur privé
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Famille, proches
Institutions financières
Organisations à but non lucratif (ONG, Fondations…)
Compagnies privées / Sponsors
Organisations communautaires ou religieuses
Non applicable
C. Coopération internationale
a.
b.
Précisez : …
Non applicable
Si 59.a, passez directement
à Q#62
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
55
107
61
62
Quelle est la forme du financement externe?
a.
Connaissez-vous des dispositifs de financement
propres au secteur musical?
a.
b.
c.
Oui (précisez)
Non
Non applicable
a.
b.
Oui
Non
b.
c.
d.
e.
f.
Mise à disposition d’infrastructures, d’équipements, etc.
Prêt
Subvention
Sponsorship
Autre : Précisez
Non applicable
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
SECTION VII. PRODUCTION ENREGISTRÉE
« Doit être remplie seulement pour certains métiers spécifiques, tel que mentionnée dans Q#14
108
63
Etes-vous le / la responsable de l’enregistrement
des musiques ?
64
Quel type de studio utilisez-vous ?
a.
Studio professionnel (plusieurs cabines d’enregistrement)
Petit studio (une seule cabine)
Ordinateur personnel
a.
b.
En Haïti
A l’étranger
b.
c.
65
Où enregistrez- vous le plus
souvent ces productions
musicales ?
66
Est-ce vous ou un producteur qui s’occupe des dépenses de production ?
a.
b.
Moi
Un producteur
67
Combien cela vous coûte,
en moyenne, d’enregistrer
dans un studio?
c.
d.
c.
d.
Par musique : … HTG
Par démo/ test pressing: … HTG
Par album : … HTG
Je ne sais pas (seulement le producteur le sait)
a.
b.
c.
d.
Par musique : ….USD
Par Démo/test pressing :……USD
Par album : …..USD
Je ne sais pas (seulement le producteur le sait)
Tout prendre en considération : musiciens, studio, etc. OU
68
Qu’est-ce qui coûte le plus
cher?
a.
c.
Support technique (location du studio, ingénieur
de son)
Production artistique (producer, beat maker,
musiciens)
Autre : Précisez
b.
69
Quel type de support utilisez-vous pour diffuser votre
musique ?
a.
b.
c.
CD
Numérique (clef USB, internet, etc.)
Autre : précisez
70
Combien de CD pressez-vous en moyenne par
production ?
a.
b.
c.
d.
e.
Moins de 500
501 – 1.000
1.001 – 5.000
5.001 – 10.000
Plus de 10.000
Si 63.b, passez directement
à la FIN
Si la personne n’avait pas fait
choix de la réponse 9.a, elle
doit répondre en dollar
Si 69.b ou 69.c, passez directement à Q#77
71
A chaque production de CD,
combien dépensez-vous (inclus graphisme et photo)?
a.
b.
………… Gourdes
………… USD
72
Où fabriquez-vous les CD le
plus souvent?
En Haïti
A l’étranger
73
Comment payez-vous?
a.
b.
a.
b.
c.
d.
Cash / sur place
Virement bancaire
Carte de crédit
Autre : Précisez
74
Où vendez-vous votre musique?
a.
b.
c.
Magasin
Internet
Informellement (dans la communauté, la rue,
etc.)
Autre : Précisez :…
Cochez toutes les réponses
valables
Combien vendez-vous en
moyenne votre musique ?
a.
b.
Magasin :… HTG
Internet :… HTG
a. Par morceau:... HTG
b. Par album : … HTG
c. Activités (vente signature, bals, festivals etc.)… HTG
d. Informellement (dans ma communauté, dans la rue
etc.)…HTG
e. Autre (Précisez)….HTG
OU
c.
d.
e.
76
Comment êtes-vous rémunéré ?
77
Quel est votre marché cible
pour vos musiques ou album ?
Magasin :… USD
Internet :… USD
a. Par morceau:... USD
b. Par album : … USD
Activités (vente signature, bals, festivals etc.)… USD
Informellement (dans ma communauté, dans la rue
etc.)…USD
Autre (Précisez)….USD
a.
b.
a.
b.
c.
d.
e.
a.
b.
c.
d.
e.
Paypal (ou tout autre façon via internet)
Virement bancaire
Commission
Cash / sur place
Autre (précisez)
Haïti
Etats-Unis/Canada
Les Antilles
Europe
Tous les pays
CARTOGRAPHIE DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE DE LA MUSIQUE
75
d.
109
CARTOGRAPHIE
DE L’INDUSTRIE HAÏTIENNE
DE LA MUSIQUE
Organisation
des Nations Unies
pour l’éducation,
la science et la culture
JUIN 2017
Diversité
des expressions
culturelles