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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Traitements cruels, inhumains et dégradants au CERMICOL :
Le RNDDH presse les autorités d’agir
9 mars 2026
I.
Introduction
1.
Préoccupé par les conditions générales dans lesquelles sont gardées les personnes
incarcérées au Centre de Rééducation des Mineurs en Conflit avec la Loi (CERMICOL) ainsi
que par leur statut juridique, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH)
se fait le devoir d’attirer l’attention de l’opinion publique sur la question ; et d’exiger des
autorités étatiques la fin immédiate des traitements cruels, inhumains et dégradants
infligés aux détenus.es.
II.
Situation générale au CERMICOL
a) Constitution de la population carcérale du CERMICOL
2.
Depuis 2023, le CERMICOL, converti en complexe pénitentiaire pour personnes
privées de liberté, accueille les détenus.es qui étaient gardés dans les prisons civiles de Portau-Prince, Croix-des-Bouquets, Cabaret ainsi que ceux du centre lui - même, à savoir, les
garçons en conflit avec la Loi.
3.
En effet, à la suite de l’évasion massive de cent-quarante-cinq (145) femmes de la
Prison civile de Cabaret le 22 septembre 2022 et en raison des nombreuses menaces
d’attaques qui planaient encore sur ladite prison, le 20 mai 2023, il a été décidé par les
autorités pénitentiaires de transférer les femmes et les filles au CERMICOL. Moins d’une
année plus tard, soit le 2 mars 2024, les bandits armés ont attaqué la Prison civile de Portau-Prince, occasionnant l’évasion de trois-mille-six-cent-neuf (3 609) détenus. Les soixantedix (70) hommes qui ne s’étaient pas évadés ont été conduits au CERMICOL le 3 mars 2024.
Et, dans la nuit du 2 au 3 mars 2024, ce fut le tour de la Prison civile de la Croix-desBouquets d’être attaquée. Mille-quatre-cent-cinquante (1 450) détenus se sont évadés.
Depuis ces deux (2) évasions spectaculaires, les hommes pour lesquels des ordres de dépôt
sont émis par les autorités des juridictions de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets
sont également incarcérés au CERMICOL.
4.
Aujourd’hui donc, les mineurs cohabitent étroitement avec les hommes et subissent
leur influence. Les femmes et les filles, pour leur part, se retrouvent confinées dans un
espace exigu qui leur est réservé, séparé de l’enceinte par une petite barrière, ce qui permet
d’éviter les contacts physiques entre elles et les détenus hommes du centre.
b) Présentation actuelle du CERMICOL
5.
Le CERMICOL compte actuellement seize (16) cellules ainsi réparties :
•
•
•
Neuf (9) pour les détenus hommes
Deux (2) pour les garçons
Cinq (5) pour les femmes et les filles.
6.
Parmi les cinq (5) cellules attribuées aux femmes et aux filles, il convient de
mentionner que le dispensaire ainsi qu’une petite cellule à laquelle est rattachée une toilette
est utilisée entièrement pour garder les garder, ces dernières dormant tout autour des
installations hygiéniques, dans l’indignité la plus totale.
7.
Trois (3) douches desservent les hommes et les garçons. De plus, un espace exigu a été
aménagé en vue de permettre aux femmes et aux filles de prendre leur bain. Il ne dispose
ni de porte, ni de toit.
8.
Le CERMICOL ne dispose plus de toilettes. Les détenus.es sont obligés de déféquer
dans des sachets et des seaux qui sont récupérés régulièrement par d’autres détenus.es,
pour être jetés.
9.
Ainsi, conçu pour accueillir cent (100) mineurs, aujourd’hui, le CERMICOL accueille
aujourd’hui plus de sept (7) fois sa capacité, avec un effectif affiché en date du 5 mars 2026
de sept-cent-dix-neuf (719) personnes ainsi réparties :
•
•
•
•
Cent-quarante-deux (142) femmes incarcérées dont cent-vingt-six (126) femmes en
détention préventive et seize (16) condamnées ;
Quinze (15) filles mineures incarcérées dont quatorze (14) en attente de jugement et
une (1) condamnée ;
Quatre-vingt-sept (87) garçons mineurs, tous en attente de jugement ;
Quatre-cent-soixante-quinze (475) hommes incarcérés dont quatre-cent-soixante-neuf
(469) en attente de jugement et six (6) condamnés.
c) Réaménagement du CERMICOL
10. L’espace qui dans le temps servait de cour de récréation aux mineurs n’est plus utilisé
à cette fin depuis 2023. Et, les garçons qui pouvaient jouer sur la cour et pratiquer un sport,
n’ont plus de récréation.
11. Les anciennes salles de classe ainsi que celles qui ont été récemment construites dans
le but d’améliorer les conditions d’apprentissage des mineurs en conflit avec la Loi ont été
converties en cellules en vue d’accueillir les hommes. De même, le dispensaire abrite trentesix (36) femmes ainsi qu’ un bébé de moins de trois (3) mois. Les consultations médicales ne
se font donc plus dans la discrétion voulue.
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RNDDH – Rapport/M/A26/No2-VF
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12. Les cent-cinquante-sept (157) femmes et filles sont, tel que susmentionné, entassées
dans un espace exigu, sans possibilité de se mouvoir 1. Tel est aussi le cas des filles mineures
ainsi que des très jeunes adultes ayant atteint leur majorité en prison qui vivent en
permanence incarcérées avec les femmes, dans l’espace qui leur est assigné.
13. Les hommes n’ont jamais de récréation. Ils ne sont donc jamais autorisés à sortir de
leur cellule.
d) Statut juridique des personnes privées de liberté au CERMICOL
14. La situation juridique des personnes incarcérées au CERMICOL est très
préoccupante. Ces dernières sont pour la plupart simplement gardées en détention
préventive depuis plusieurs années, en attente d’être jugées. Sur les sept-cent-dix-neuf (719)
prisonniers.ères du CERMICOL, seuls vingt-trois (23) sont condamnés, soit 3% d’entre eux.
Cependant, pris par catégorie spécifique, la situation est encore plus catastrophique. En
effet : 0% des garçons, 1% des hommes, 7% des filles et 11% des femmes sont condamnés.
15. Il est clair, au vu de cette situation juridique catastrophique, que les autorités
judiciaires font peu cas de ces personnes qui sont carrément oubliées en prison. Les trenteet-un (31) exemples ci-dessous corroborent cet état de fait :
1.
2.
3.
4.
5.
Noms et prénoms des
détenus.es
Theodore Kesnel
Symil Lireste
Pierre Gisnol
Etienne Hilerdieu alias Tibòs
Bernard Teshly alias Marasa
6.
7.
8.
9.
10.
Baptiste Marck
Dorismond Ronald
Jeune Raynold Kendy
Pierre Chadelince alias Ti Okap
Nelson Mickelson alias Ti Kenz
11.
12.
13.
14.
15.
Exaus Rose Marie
Jean Guerlande
Hermozale Nadia
Desmorne Marie Line
Genois Nadège
16.
Joseph Djoulie
Infractions
Viol
Viol
Viol
Viol sur mineure
Assassinat, vol à mains armées,
association de malfaiteurs
Détention illégale d'arme à feu
Meurtre
Viol
Vol de nuit, association de malfaiteurs
Assassinat, vol à mains armées,
association de malfaiteurs
Complicité d'assassinat
Assassinat, complicité d'assassinat
Infanticide
Assassinat
Enlèvement et séquestration contre
rançon
Assassinat et complicité d'assassinat
Temps de détention
préventive
7 ans
7 ans
7 ans
7 ans
7 ans
7 ans
8 ans
8 ans
8 ans
8 ans
8 ans
9 ans
9 ans
9 ans
9 ans
9 ans
1 RNDDH- Traitements cruels, inhumains et dégradants au CERMICOL : Le RNDDH tire la sonnette d’alarme,
CP-CERMICOL-09Sept2024.
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3
17.
18.
Dorissaint Wilky alias Tiga
Jean Baptiste Blondine
19.
20.
Francois Michaelle
Emisca Verguens Timao
21.
22.
23.
24.
25.
26.
27.
28.
29.
Orvilus Marlène
Deus Lancia
Clément Nathalie
Pierre Jean Eddy
Préval Emmanuel
Sylvestre Christopher
Thelusmé Wonder alias
Papouche
Gélius Gerimé
Pierre Henry Chardy
30.
31.
Pierre Sonson
Celidor Dieulin
Viol
Enlèvement et séquestration contre
rançon
Meurtre, tentative d'assassinat
Association malfaiteurs
10 ans
10 ans
Enlèvement
Enlèvement
Assassinat et tentative d'assassinat
Assassinat, association de malfaiteurs
Meurtre
Assassinat
Enlèvement et séquestration
13 ans
13 ans
13 ans
13 ans
13 ans
13 ans
13 ans
Association malfaiteurs
Enlèvement et séquestration contre
rançon
Assassinat, association de malfaiteurs
Vol à mains armées, association de
malfaiteurs, tentative d'assassinat
14 ans
14 ans
10 ans
11 ans
15 ans
16 ans
16. Parmi les trente-et-un (31) cas pris en exemple, dix (10) concernent des jeunes adultes
hommes qui ont été arrêtés pour avoir perpétré un acte délictueux alors qu’ils étaient
mineurs. Il s’agit de :
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
•
Baptiste Marck
Bernard Teshly alias Marasa
Dorismond Ronald
Dorissaint Wilky alias Tiga
Etienne Hilerdieu alias Tibès
Jeune Raynold Kendy
Nelson Mickenson alias Ti Kenz
Pierre Chadelince alias Ti Okap
Pierre Gisnol
Symil Lireste
Théodore Kesnel
17. Ils ont entre sept (7) et dix (10) ans d’incarcération et attendent encore d’être fixés sur
leur sort. Le drame que vivent ces jeunes est terrible. En voici deux (2) exemples :
•
Dorismond Ronald est né en 2004. Détenu au CERMICOL depuis maintenant huit
(8) ans, il a atteint sa majorité civile en prison. Il reçoit rarement des visites de ses
proches ;
•
Dorissaint Wilky est incarcéré au CERMICOL depuis 2016. Lui aussi a atteint sa
majorité civile en prison et affirme ne pas comprendre pourquoi les autorités
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judiciaires ne veulent pas se pencher, après tout ce temps, sur les dossiers des
prisonniers.ères qui, comme lui, sont en attente de jugement depuis plusieurs
années.
18. Parmi les trente-et-un (31) détenus.es susmentionnés se retrouvent aussi huit (8)
femmes et deux (2) hommes. Leurs cas prouvent qu’ils vivent eux aussi un drame
innommable :
•
Nathalie CLEMENT, âgée de quarante-six (46) ans, est détenue depuis treize (13) ans.
Elle n’a jamais été jugée. Sa dernière extraction remonte au 25 septembre 2014 ;
•
Blondine JEAN BAPTISTE est emprisonnée depuis dix (10) ans sans jamais être jugée.
La dernière fois qu’elle a été auditionnée par la justice, c’était le 1er septembre 2023.
Elle est mère d’un garçon et souhaite que les autorités judiciaires se penchent enfin
sur son dossier ;
•
Marlène ORVILUS attend d’être jugée depuis treize (13) ans. Sa dernière audition par
un magistrat instructeur date du 23 novembre 2016 ;
•
Jean Eddy PIERRE est incarcéré depuis le 10 janvier 2013 alors qu’il était âgé de vingtcinq (25) ans. Il n’a jamais été jugé. Croyant encore à la justice, il ne s’était pas évadé
en 2024. Aujourd’hui, il est âgé de trente-huit (38) ans et, après avoir passé une bonne
partie de sa jeunesse en prison, il espère être enfin jugé ;
•
Emmanuel PREVAL a été arrêté le 22 juin 2013. Détenu dans un premier temps à la
Prison civile de Port-au-Prince, il n’a jamais été jugé. Lors de l’évasion spectaculaire
de mars 2024, il avait choisi de rester parce que la justice n’avait pas encore tranché
sur son dossier. Son état de santé s’aggrave chaque jour et son plus grand souhait est
d’être fixé sur son sort.
19. Cette volonté des autorités judiciaires haïtiennes de ne pas juger les personnes privées
de liberté se manifeste aussi dans les autres juridictions de première instance du pays, en
témoigne le cas suivant :
•
David Ronsard ALEXANDRE, âgé de trente (30) ans, est détenu à la Prison civile de
Jacmel depuis quatorze (14) ans, dans des conditions inhumaines. En effet, sa cellule
présente une capacité d’accueil de vingt-cinq (25) personnes, mais elle en compte
cinquante-huit (58) aujourd’hui. Il ne reçoit presque pas de visite. Son frère Shiller
ALEXANDRE, âgé de quarante-deux (42) ans a été lui aussi arrêté au cours de la même
période. Il est détenu aussi à la Prison civile de Jacmel depuis quatorze (14) ans et
présente, pour sa part, de graves problèmes de santé car lors de la tentative d’évasion
enregistrée le 7 mars 2024, il avait été blessé par balles. Les deux (2) frères attendent
d’être fixés sur leur sort.
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e) Accès aux soins de santé au CERMICOL
20.
L’état de santé de certaines personnes incarcérées, est très alarmant.
•
Au CERMICOL se trouvent trente-sept (37) hommes incarcérés à l’espace réservé à la
Prison civile de Port-au-Prince, qui souffrent de malnutrition. Il en existe d’autres qui
sont tuberculeux ou qui souffrent de gratelle et d’infections cutanées ;
•
Cinq (5) femmes manifestent des troubles mentaux. Une autre âgée de soixante-et-un
(61) ans et condamnée à perpétuité fait face à de graves problèmes de santé. Elle se
déplace en chaise roulante et souffre d’incontinence ;
•
Ayant été transformé en cellule en vue d’accueillir des femmes, tel que déjà
mentionné, le dispensaire est constamment occupé par trente-six (36) femmes et filles,
ce qui entraîne une cohabitation, dans certains cas, de personnes malades avec
d’autres qui ne le sont pas. Il s’agit aussi d’une situation préoccupante, certaines
maladies comme la tuberculose, la galle et la gratelle étant extrêmement
contagieuses.
f) Situation du personnel des centres carcéraux réunis au CERMICOL
21. Le personnel de la Direction de l’Administration Pénitentiaire (DAP) affecté aux
différents centres carcéraux réunis au CERMICOL effectue difficilement son travail. S’il est
vrai qu’il n’est pas confronté à des problèmes d’approvisionnement en nourriture et en eau
de service et potable, il fait face à d’autres difficultés pour lesquelles des réquisitions ont
été acheminées auprès des responsables, dont certaines depuis plus de trois (3) ans.
22. La Prison civile de Cabaret ainsi que le CERMICOL disposent chacun d’un bureau,
celui de Cabaret étant très restreint. Quant à la Prison civile de Port-au-Prince qui gère
aussi les activités administratives de la Prison civile de la Croix-des-Bouquets, son bureau
est logé dans celui du CERMICOL.
23. Les prisons civiles de Cabaret et de Port-au-Prince ainsi que le CERMICOL disposent
chacun d’un greffe, situé dans un espace très restreint qu’ils se partagent.
24. Avec des ordinateurs qui fonctionnent mal, des imprimantes souvent dépourvues
d’encre, des chaises bancales, des classeurs anciens et défectueux, des registres remplis,
etc., les fournitures de bureaux et le matériel informatique sont, au CERMICOL,
inexistants, insuffisants ou défectueux alors que quatre (4) administrations s’y rejoignent.
25. Enfin, il convient de souligner que compte tenu de la surpopulation carcérale au
CERMICOL et de la complexité de la situation qui peut favoriser des mutineries et des
émeutes, le personnel pénitentiaire affecté à la garde des détenus.es au CERMICOL est
insuffisant.
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6
III.
Commentaires et Recommandations
26. Depuis 2023, le CERMICOL est converti en complexe pénitentiaire au mépris des
dispositions constitutionnelles et règlementaires. En effet, la Constitution haïtienne en
vigueur qui, en ses articles 44 et suivants, consacre la séparation des détenues.es et précise
que « Le régime des prisons doit répondre aux normes attachées au respect de la Dignité
humaine, selon la loi sur la matière.»
27. Aujourd’hui, sept-cent-dix-neuf (719) détenus.es sont entassés dans un espace d’ une
capacité d’accueil de cent (100) personnes. Il s’agit d’une situation totalement inacceptable
qui porte atteinte à la Dignité de ceux et celles qui y sont soumises.
28. De plus, au mépris de l’article 42 des Règlements Internes des Etablissements
Pénitentiaires qui exige que les détenus.es jouissent de six (6) heures au minimum chaque
jour, en-dehors des cellules pour se baigner, manger et prendre l’air, ces derniers.ères sont
maintenus en cellule pendant toute la durée de leur détention. Or, toujours selon l’article
42, lorsque des circonstances exceptionnelles ou encore le manque d’installations et
d’infrastructures ne permettent pas aux détenus.es de passer six (6) heures par jour
en - dehors de leur cellule, ils doivent bénéficier d’au moins une (1) heure de temps en plein
air. Or, même cela ne leur est pas accordé. Il s’agit donc d’une situation qui impacte
directement la santé des personnes incarcérées et, par ricochet, du personnel pénitentiaire
affecté au CERMICOL.
29. Selon les informations susmentionnées, plusieurs détenus hommes souffrent de
tuberculose alors que d’autres sont atteints de maladies cutanées. Or, selon l’article 51, ceux
qui souffrent de maladies contagieuses doivent être séparés des autres, pour éviter une
contamination en chaine de la population carcérale du centre en question ou même, du
personnel. Pourtant, aucune séparation n’est faite. Et, sur ce point, le RNDDH estime que
ce sont la promiscuité et l’insalubrité qui est à la base de cette situation qui s’aggravera si
les autorités ne font rien pour l’endiguer. En d’autres termes, la surpopulation du
CERMICOL résulte de la défaillance chronique de l’appareil judiciaire haïtien et de
l’insouciance des chefs de juridiction, particulièrement de la juridiction de Port-au-Prince
qui, après avoir passé quatre (4) années sans avoir réalisé des audiences criminelles, s’est
contentée au cours de l’année judicaire 2024-2025, de ne fixer que trois (3) cas en assises
criminelles sans assistance de jury, au cours desquels seulement six (6) personnes ont été
jugées.
30. De même, les cinq (5) femmes qui présentent des signes de problèmes mentaux
doivent être prises en charge par des médecins qualifiés et leur cas doit être traité en
fonction de leur statut cognitif et psychologique puisque, si elles souffrent de maladies
mentales, elles ne sont pas responsables de leurs actes. De plus, selon la règle 109 des Règles
minima pour le Traitement des Détenus adoptées en 2015 par l’Assemblée Générale des
Nations Unies, les personnes atteintes de troubles mentaux doivent être soustraites des
prisons et transférées dans des établissements de santé mentale, car la prison n’étant pas
un lieu pour traiter les pathologies psychiatriques, le maintien de détenus.es affectés en
prison peut aggraver leur situation, et ils peuvent, à n’importe quel moment, représenter
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un danger pour les autres codétenus.es et pour le personnel pénitentiaire. Et, faut-il le
rappeler, selon l’article 48 du Code pénal haïtien, « il n’y a ni crime, ni délit lorsque le
prévenu était en état de démence au temps de l’action … »
31. Le RNDDH croit aussi que le dispensaire du CERMICOL ne peut en aucune façon
servir de cellule car, aux détenus.es malades doit être accordée la possibilité de se faire
ausculter en toute confidentialité médicale car, au vœu de l’article 49 des Règlements
Internes des Etablissements Pénitentiaires, le dossier médical des détenus est couvert par le
secret médical.
32. Des sept-cent-dix-neuf (719) détenus.es incarcérés, seuls 3% sont condamnés. Donc,
97% d’entre eux sont en attente de jugement. Et, cette situation est directement imputable
aux autorités judiciaires. Le RNDDH veut pour preuve l’exemple des trente-et-un (31)
détenus.es plus haut mentionnés, qui ont, entre sept (7) et seize (16) années en détention,
en attente de jugement. Or, selon l’alinéa 1 de l’article 8 de la Convention Américaine
relative aux Droits de l’Homme à laquelle Haïti est partie, « Toute personne a droit à ce que
sa cause soit entendue avec les garanties voulues, dans un délai raisonnable, par un juge ou
un tribunal compétent, indépendant et impartial, établi antérieurement par la loi, qui
décidera du bien-fondé de toute accusation dirigée contre elle en matière pénale… »
33. C’est pourquoi, le RNDDH estime qu’il est temps pour les autorités étatiques de se
pencher sérieusement sur l’incapacité de la Justice à jouer le rôle qui lui est imparti et de
fixer un temps de détention préventive à la fin duquel, si l’instruction judiciaire n’aboutit
pas, la personne détenue doit être remise en liberté purement et simplement.
34. Enfin, le RNDDH regrette que l’Etat haïtien exige du personnel de la DAP affecté au
CERMICOL de travailler dans des conditions inacceptables qui mettent aussi leur santé en
jeu. Il ne leur offre pas non plus le matériel minimum pouvant leur permettre d’effectuer
leurs tâches. En ce sens, le RNDDH croit inadmissible que le CERMICOL puisse manquer
de personnel, de matériels informatiques et de mobiliers de bureau.
Fort de tout ce qui précède, le RNDDH recommande aux autorités étatiques de :
•
Se pencher rapidement sur le cas des détenus.es en attente de jugement depuis
plusieurs années ;
•
Passer les instructions aux autorités judicaires en vue de la réalisation
ininterrompue d’audiences correctionnelles et criminelles, dans le but de
désengorger le CERMICOL ;
•
Fournir assistance médicale spéciale aux détenus.es malnutris, aux tuberculeux et
à tous ceux et toutes celles qui souffrent d’infections cutanées ;
•
Porter une assistance particulière aux cinq (5) détenues qui présentent des signes
de problèmes mentaux ;
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8
•
Fixer un temps de détention préventive ainsi qu’une procédure célère pouvant
aboutir à la libération des personnes détenues, lorsque les instructions judiciaires
n’aboutissent pas ;
•
Donner suite aux différentes réquisitions émises par le personnel pénitentiaire
affecté au CERMICOL, en vue de l’amélioration de son travail.
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