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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 :
Victimes du séisme et de l’insécurité se côtoient dans les camps, dans
l’indifférence des autorités étatiques
12 janvier 2024
Sommaire
Pages
I.
INTRODUCTION
2
II.
METHODOLOGIE
2
III.
MISE EN CONTEXTE
3
IV.
PRESENTATION DES SITES VISITES PAR LE RNDDH
5
V.
CONDITIONS GENERALES DANS LES SITES D’ACCUEIL DES VICTIMES
DU 12 JANVIER 2010
7
CONDITIONS GENERALES DANS LES CAMPS DE DEPLACES.ES CREES
EN RAISON DE L’INSECURITE
9
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
9
10
11
12
14
15
16
VI.
VII.
Population
Organisation de la sécurité
Violences enregistrées
Assistance humanitaire
Eau et Assainissement
Blocs sanitaires, latrines et éclairage des sites
Accès aux soins de santé
COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS
17
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
RNDDH – Rapport/A24/No1
1
I.
INTRODUCTION
1.
Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter a rudement
frappé plusieurs communes des départements de l’Ouest, du Sud-est et des Nippes,
occasionnant d’énormes pertes humaines et matérielles. La population, meurtrie par ce
cataclysme, s’était réfugiée en masse dans les rues, sur les places publiques, dans les églises
et les écoles ainsi que sur des terrains vides, formant des camps d’hébergement.
2.
Au fil des ans, si les rues, les places publiques, les écoles et les églises se sont vidées
de leur population, de nombreux camps d’hébergements se sont transformés en sites de
relocalisation et, les déplacés.es, abandonnés par l’Etat haïtien, se sont établis de manière
permanente dans les espaces occupés.
3.
Aujourd’hui, quatorze (14) années après le tremblement, la situation sécuritaire
catastrophique aidant, aux côtés des camps d’hébergement et sites de relocalisation créés
après le séisme se côtoient les camps de déplacés.es, créés en raison de l’insécurité.
4.
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) préoccupé par cette
nouvelle situation a mené une enquête du 5 décembre 2023 au 10 janvier 2024 dans les sites
d’accueil des personnes déplacés.es et se propose de partager avec ceux et celles que la
question intéresse, les résultats de ses investigations.
II.
METHODOLOGIE
5.
Pour réaliser ce travail, le RNDDH a élaboré un formulaire de quinze (15) questions
portant sur l’organisation des sites d’accueil, leur population, la gestion de la sécurité, la
présence ou non de l’institution policière, les distributions de l’aide humanitaire, l’accès à
l’eau et aux soins de santé.
6.
La liste des sites à monitorer a été dressée et, les moniteurs et monitrices du RNDDH
déployés sur le terrain en ont visités quarante-et-un (41). Ils sont localisés dans les
communes de la Croix-des-Bouquets, de Delmas, de Léogane, de Port-au-Prince et de
Tabarre.
7.
Des entretiens ont été réalisés avec des membres de comités de gestion des différents
sites visités quand ils existent ainsi qu’avec des agents de la Direction de la Protection
Civile. Certains déplacés.es ont aussi été questionnés. Et, pour quelques sites, le RNDDH a
jugé nécessaire d’organiser des entretiens supplémentaires avec les responsables des
comités en son local ou par téléphone.
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
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III.
MISE EN CONTEXTE
8.
Le séisme du 12 janvier 2010 qui a duré trente-cinq (35) secondes a occasionné le décès
d’au moins deux cent vingt-deux-mille-cinq-cent-dix-sept (222,517) personnes et la
disparition de plus de trois-cent-mille (300,000) autres. Des milliers d’autres personnes sont
restées avec un handicap physique1.
9.
Au cours des années qui ont suivi, les différents gouvernements qui se sont succédé à
la tête du pays, ont fait de nombreuses promesses à la population en vue de l’aider à se
relever dans la dignité et le respect de ses droits fondamentaux. Cependant, aucune mesure
effective n’a été adoptée. Les promesses ayant été rapidement oubliées notamment par
ceux-là qui briguaient des postes électifs, les citoyens.nes ont dû se débrouiller eux-mêmes
en vue de prendre soin de leur personne et de leur progéniture et en vue de construire en
dur les espaces où des shelters leur avaient été octroyés, changeant, autant que possible,
les abris provisoires en logis permanents.
10. Alors que l’Etat haïtien peinait encore à se pencher sur la situation des personnes
déplacées du séisme du 12 janvier 2010, le 6 octobre 2018, un autre séisme de magnitude
5.9 sur l’échelle de Richter a occasionné le décès de quinze (15) personnes dans la section
communale Lapointe, Port-de-Paix, dans le département du Nord-Ouest et à Gros-Morne,
dans le département de l’Artibonite. Au moins trois-cents (300) autres personnes en sont
sorties blessées. Sept-mille-cent-vingt-quatre (7,124) maisons ont été endommagées et
mille-deux-cent-vingt-sept (1,227) autres maisons ont été totalement détruites2.
11. Le 14 août 2021, un troisième séisme de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter a
frappé les départements des Nippes, du Sud et de la Grand’Anse. Au moins deux mille deuxcent-quarante-huit (2,248) personnes sont décédées. Douze-mille-sept-cent-soixante-trois
(12,763) autres sont blessées. Trois-cent-vingt-neuf (329) personnes sont portées disparues.
Deux (2) victimes ont aussi été tuées à Bassin Bleu, dans le département du Nord-Ouest.
Et, environ six-cent-quatre-vingt-dix mille (690, 000) personnes, représentant alors 40 % de
la population totale de la Grand’Anse, des Nippes et du Sud, ont été affectées par ce
cataclysme3.
12. Le 21 décembre 2021, un séisme de magnitude 4.6 sur la même échelle, a frappé de
nouveau la ville des Cayes. Cent-cinquante (150) personnes en sont sorties blessées4.
13. A chacun de ces séismes, les autorités étatiques promettent de venir en aide à la
population victime. Cette aide, jamais structurée et souvent offerte au début de la
catastrophe dans l’absence totale de transparence, n’a jamais constitué qu’en des
1 RNDDH- Séismes en Haïti : La vulnérabilité des citoyens.nes doit constituer une priorité pour les autorités, 12
janvier 2022, p. 2, en ligne : https://web.rnddh.org/seismes-en-haiti-la-vulnerabilite-des-citoyens-nes-doitconstituer-la-priorite-des-autorites/ 2-Rap-Seismes-12Jan2022-FR.pdf
2 Ibid., p. 3.
3 Ibid., p. 3.
4 Ibid., p. 3.
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côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
RNDDH – Rapport/A24/No1
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distributions sporadiques de quelques kits alimentaires, de rares frais de déplacement
suivis de la sommation faite aux victimes de vider les espaces occupés.
14. A aucun moment, l’Etat haïtien n’a pu faire montre de sa maturité dans la gestion des
catastrophes. Si avec la Direction de la Protection Civile, il peut, en un temps record, fournir
des informations sur le nombre de personnes affectées par les séismes et le nombre de
maisons endommagées, il ne peut jusqu’à date, coordonner l’aide humanitaire et intervenir
de manière à aider effectivement et efficacement les victimes à se relever.
15. Entre temps, l’insécurité qui alors était caractérisée par des assassinats, des vols et
des viols perpétrés à l’encontre de la population haïtienne en général a pris une autre
ampleur, avec la prolifération des gangs armés regroupés au sein de deux (2) grandes
coalitions de gangs armés à savoir le G-9 en Fanmi e Alye et le G-Pèp, dirigés respectivement
par Jimmy CHERIZIER alias Barbecue et Gabriel JEAN PIERRE alias Ti Gabriel ou Gabo et
basés à Delmas 6 et Cité Soleil, zone Nan Brooklyn.
16. Ces deux (2) coalitions comptent sur des gangs armés très puissants qui entretiennent
des liens avec des membres tant du pouvoir actuel que des différents pouvoirs qui se sont
succédé. Elles comptent aussi sur leurs autres ramifications politiques et économiques.
17. Les gangs armés volent, violent et tuent en toute impunité. Ils occupent au moins
80 % du territoire du département de l’Ouest et s’installent peu à peu dans les autres
départements géographiques du pays, notamment l’Artibonite et le Centre. Ils contrôlent
les grands axes routiers reliant les départements géographiques entre eux, réduisent
considérablement la circulation des biens et services sur le territoire national tout en
enclavant le département de l’Ouest.
18. C’est ainsi que depuis 2018, dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, au
moins vingt-cinq (25) massacres et attaques armées d’envergure ont été recensés,
occasionnant l’assassinat de plusieurs centaines de personnes, le viol collectif de plusieurs
centaines de femmes et de filles, la blessure par balles de plusieurs centaines d’autres et
l’incendie de milliers de maisons et de véhicules.
19. Bel-Air,
Canaan,
Carrefour-Feuilles,
Carrefour
Peigne,
Cité
Soleil,
Croix-des-Bouquets, Delmas, La Saline, Liancourt, Mariani, Martissant, Noailles, Onaville,
Petite-Rivière de l’Artibonite, Plaine du Cul-de-sac, Savien, Source Matelas, etc. : ce sont
autant de zones attaquées régulièrement par les bandits armés.
20. La conséquence première de toutes ces séquences de violence est le déplacement
massif des personnes qui vivaient dans ces zones susmentionnées. Et, comme au lendemain
des séismes qui ont frappé le pays, les citoyens.nes ont dû abandonner leurs biens meubles
et immeubles pour se réfugier dans des écoles, dans des églises, sur des places publiques,
sur des terrains vagues, formant de nombreux camps de déplacés.es qui, localisés dans le
département de l’Ouest, côtoient les sites de relocalisation des victimes du séisme du 12
janvier 2010.
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côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
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IV.
PRESENTATION DES SITES VISITES PAR LE RNDDH
21. Selon les informations fournies par la Direction de la Protection Civile, depuis plus de
deux (2) ans, le nombre de camps de déplacés.es explose. Ils accueillent des familles qui ont
dû fuir les attaques armées enregistrées dans leur zone de résidence.
22. Au moins quarante-cinq (45) sites de déplacés.es en raison de l’insécurité ont vu le
jour au cours de cette période. Parmi ces camps, un seul, le camp Morne de Prière de Solino
situé à Delmas 24 existait déjà depuis le séisme du 12 janvier 2010. Il a par la suite été
rejoint par des centaines de victimes de l’insécurité. A ce jour, plus de trente-sept-mille-troiscents (37,300) personnes représentant sept-mille-quatre-cent-soixante (7,460) familles
vivent dans ces camps de déplacés.es.
23. Toujours selon la Direction de la Protection Civile, trente-huit (38) parmi les camps de
déplacés.es en raison de l’insécurité sont situés dans la région métropolitaine de Port-auPrince et trois (3), au bas de Delmas. Les quatre (4) camps restants sont éparpillés dans les
autres zones touchées par l’insécurité.
24. Par ailleurs, le RNDDH a recensé de son côté quinze (15) camps d’hébergement et
sites de relocalisation des victimes du séisme du 12 janvier 2010.
25. Dans le cadre de ce travail, le RNDDH a monitoré quarante-et-un (41) sites accueillant
les deux (2) catégories de victimes :
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Camp Bénédiction, Delmas
Camp Canaan, Carradeux, Tabarre
Camp de Poste Marchand, Port-au-Prince
Camp Le Messie, Port-au-Prince,
Camp Morne de Prière de Solino, Delmas 24, Delmas
Camp Village Toto, Delmas et Tabarre
Centre d’accueil de Delmas 3, Delmas
Corail Cesselesse, Croix-des-Bouquets
Ecole Dei Vitus, (ancien local), Port-au-Prince
Ecole Nationale Caroline Chauveau, Port-au-Prince,
Ecole Nationale Colbert Lochard / Gran lakou, Port-au-Prince,
Ecole Nationale Daguesso Lespinasse, Port-au-Prince
Ecole Nationale Jean Marie Vincent, Tabarre,
Ecole Nationale République du Brésil, Port-au-Prince,
Ecole Nationale République du Chili, Port-au-Prince
Ecole Nationale République du Paraguay, Port-au-Prince
Ecole Nationale Virginie Sampeur, Port-au-Prince
Ecole Nationale Don Direlan Dumerlin, Place Sainte Anne, Port-au-Prince
Eglise Assemblée Chrétienne, Fort National, Port-au-Prince
Eglise Internationale Primitive, Delmas 19, Delmas
Gymnasium Vincent, Port-au-Prince
Jérusalem, Croix-des-Bouquets
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Lycée Anténor Firmin, Port-au-Prince
Lycée du Cent-cinquantenaire (Lycée des Jeune Filles), Port-au-Prince
Lycée du Cent-cinquantenaire, (ancien local) Port-au-Prince
Lycée Fritz Pierre-Louis, Port-au-Prince
Lycée Marie Jeanne, Port-au-Prince,
Modsol 1, Léogane
Modsol 2, Léogane
Modsol 3, Léogane
Montpellier, Léogane
Nouveau Collège La Pléiade, Port-au-Prince
Onaville, Croix-des-Bouquets
Parc Celtic d’Haïti, Port-au-Prince
Place Sapatann, Fort National, Port-au-Prince,
Rex Théâtre, Port-au-Prince
Saint Etienne 1, Damien, Tabarre
Saint Etienne 2, Damien, Tabarre
Village de la Grâce, ancien camp Le Refuge, Carradeux, Tabarre 52
Village Lumane Casimir, Croix-des-Bouquets
Voix des sans voix, Léogane
26. Ces sites ont été choisis en raison de leur accessibilité, tenant compte des difficultés
de déplacement dues à l’insécurité.
27. Seuls quinze (15) parmi ces sites ont été créés après le tremblement de terre du 12
janvier 2010. Ils représentent 37 % de la totalité des sites monitorés, les vingt-six (26) autres
soit 63 %, ayant été formés suite à des séquences de violence.
28. Les camps d’hébergement et sites de relocalisation des victimes du séisme du 12
janvier 2010 qui ont été monitorés par le RNDDH sont les suivants :
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Camp Canaan, Carradeux, Tabarre
Camp Bénédiction, Delmas
Camp Morne de Prière de Solino, Delmas 24, Delmas
Camp Village Toto, Delmas et Tabarre
Corail Cesselesse, Croix-des-Bouquets
Jérusalem, Croix-des-Bouquets
Lumane Casimir, Croix-des-Bouquets
Modsol 1, Léogane
Modsol 2, Léogane
Modsol 3, Léogane
Montpellier, Léogane
Saint Etienne 1, Tabarre
Saint Etienne 2, Tabarre
Village de la Grâce, ancien camp Le Refuge, Carradeux, Tabarre
Voix des sans voix, Léogane
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29. De manière générale, les victimes de l’insécurité sont éparpillées dans les camps. Et,
les sites où elles se rendent ne sont jamais trop éloignés des lieux de conflits. Cependant, ce
travail d’enquête a permis au RNDDH de ventiler les camps par rapport aux séquences de
violence enregistrées. En ce sens, au moins quinze (15) camps représentant 37 % de la
totalité des sites visités accueillent des victimes survivantes de Carrefour-Feuilles. Cinq (5)
autres, représentant 12 % accueillent des victimes des violences enregistrées à Bel-Air. Il
s’agit de Parc Celtic d’Haïti, de l’Eglise Assemblée Chrétienne, du Nouveau Collège la
Pléiade, du camp de Poste Marchand et de la Place Sapatann.
30. Au moins un (1) camp sert de refuge aux déplacés.es de Corail Cesselesse qui sont
aujourd’hui victimes de l’insécurité après avoir été victimes du séisme du 12 janvier 2010.
Il s’agit de l’Eglise Internationale Primitive.
31. Deux (2) autres camps, soit 5 % de la totalité des sites visités accueillent des victimes
des attaques armées enregistrées à Bel-Air, Carrefour-Feuilles et Solino. Il s’agit du
Gymnasium Vincent et du Lycée Anténor Firmin.
32. Par ailleurs, le Centre d’Accueil de Delmas accueille des victimes de l’insécurité en
provenance de Canaan, Cité Soleil et de Jérusalem. Elles avaient dans un premier temps
été chassées de la Place Hugo Chavez puis, d’un autre espace localisé non loin de la
compagnie Brasserie Nationale (BRANA) S.A. Elles se sont réfugiées le 28 novembre 2022
au Centre d’Accueil de Delmas.
33. Le Centre d’Accueil de Delmas Tous les autres sites d’accueil des victimes de
l’insécurité ont vu le jour en 2023.
V.
CONDITIONS GENERALES DANS LES SITES D’ACCUEIL DES VICTIMES DU SEISME DU
12 JANVIER 2010
34. Il est difficile d’affirmer à quand remonte le dernier recensement dans les camps
d’hébergement et sites de relocalisation des victimes du séisme du 12 janvier 2010 visités
récemment. Cependant, des milliers de victimes du séisme du 12 janvier 2010 qui avaient
refait leur vie et construit leur maison ont été contraints de fuir leur zone de résidence.
35. En effet, attaqués à plusieurs reprises par des bandits armés ou entraînés dans une
spirale de conflits terriens, Tabarre Issa de Greffin, Corail Cesselesse, Jérusalem, Onaville
et Village Casimir qui accueillaient des victimes du 12 janvier 2010 ont été partiellement
ou totalement vidés de leur population :
•
Tabarre Issa de Greffin a complètement été désaffecté. Les résidents.es de ce camp
ont été chassés par les bandits armés de Kraze Baryè, dirigés par Vitelhomme
INNOCENT. Ils se sont réfugiés pour la plupart à l’Ecole Nationale Jean Marie
Vincent, au Camp Toto et au camp de Carradeux.
•
Le 21 janvier 2023, les bandits armés surnommés Les talibans de Canaan avec à
leur tête le chef de gang Jeff LAROSE ont envahi les quartiers de Jérusalem et de
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
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Corail Cesselesse, forçant les familles qui y vivaient à fuir leur maison ainsi que tous
leurs biens. Une partie d’entre elles se retrouvent aujourd’hui au camp Eglise
Internationale Primitive de Delmas 19 et au Centre d’Accueil de Delmas 3. D’autres
sont retournées chez elles, en dépit des conditions précaires d’insécurité.
•
Onaville a été pris d’assaut le 7 avril 2023 par des bandits armés de Canaan dirigés
par Jeff LAROSE. Le camp a été vidé partiellement de sa population. Une partie des
résidents.es se sont réfugiés à l’Ecole Nationale située au Village Lumane Casimir.
•
Le Village Lumane Casimir situé à Morne-à-cabris a aussi été partiellement vidé de
sa population. Cependant, les personnes qui y vivent encore évoluent dans des
conditions de sécurité précaires. En effet, non loin du village, les bandits armés qui
contrôlent la route menant à Onaville ont installé un poste de péage. Et, si les
résidents.es du Village Lumane Casimir ont encore accès à l’eau et peuvent encore
envoyer leurs enfants à l’école, ils n’ont pas d’électricité. Ils vivent dans la peur
constante d’être attaqués par les bandits qui évoluent alentour.
36. A Corail Cesselesse, à Jérusalem et à Onaville, l’institution policière et les organismes
de l’Etat sont absents. Les hôpitaux et les écoles publiques ne fonctionnent plus. Le Lycée
René Garcia Préval, l’Ecole Nationale de Corail Cesselesse, le Lycée Lesly François Manigat
ainsi que l’Ecole Nationale d’Onaville ont été contraints de déménager. Les habitants.es de
Corail Cesselesse, Jérusalem et Onaville n’ont pas accès à l’eau potable ou à l’électricité.
37. Par ailleurs, à Léogane, les camps Modsol 1, Modsol 2, Modsol 3, Montpellier et Voix
des Sans Voix, sont caractérisés par la précarité, leurs occupants.es étant laissés pour
compte par les autorités étatiques. Les comités de gestion de ces camps ont disparu avec le
temps, ce qui rend difficile l’accès à l’information pour les familles évoluant dans ces sites.
38. Depuis l’abandon des camps de Léogane par l’Etat haïtien, les déplacés.es ont, comme
dans les autres communes du département de l’Ouest, construit leur maison en béton.
D’autres latrines ont été construites et, pour avoir accès à l’eau potable et à l’eau de service,
ils en achètent dans les environs.
39. Par ailleurs, selon un membre de la protection civile de la commune de Léogane,
plusieurs victimes en provenance de Martissant et de Mariani chassées par les bandits
armés se sont réfugiées dans ces camps localisés à Léogane et qui avaient été préalablement
construits pour accueillir les victimes du séisme du 12 janvier 2010.
40. A l’ancien camp Le Refuge nouvellement baptisé Village de la Grâce étaient logés au
préalable des déplacés.es du 12 janvier 2010. Cependant, au fil des années, le nombre de
déplacés.es de ce camp a considérablement augmenté, plusieurs personnes ayant fui leur
domicile à cause des attaques des bandits armés. La situation sécuritaire de ce site est très
précaire. Au moins quatre (4) cas de viols sur mineures y ont été enregistrés. De plus, les
maisons du Village de la Grâce sont, dans leur majorité, construites en béton même si de
nombreuses personnes vivent encore dans des shelters. Les résidents.es dudit village ont
accès à l’eau de service grâce à un don de l’organisme Pan American Devlopment Foundation
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
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(PADF). Ils disposent aussi de blocs sanitaires publics et comptent sur une école privée pour
la scolarisation de leurs enfants. Ils organisent eux-mêmes leur sécurité. Cependant, pour
les dossiers relatifs à l’utilisation des produits illicites, ils sollicitent l’appui de la Brigade
de Lutte contre le Trafic des Stupéfiants (BLTS), situé non loin du camp. Ces résidents.es
vivent dans des conditions socioéconomiques difficiles. Ils peinent à se nourrir et au moins
5 % des enfants du village ne vont pas à l’école.
41. Au prime abord, le camp Toto hébergeait des victimes du 12 janvier 2010. Cependant,
des victimes de l’insécurité s’y sont aussi réfugiées. Aujourd’hui, plus de douze-mille
(12, 000) familles y vivent. Le camp Toto compte sur une antenne du commissariat de
Delmas 33 pour assurer la sécurité du site. Les résidents.es n’ont pas accès à des latrines
communes. Les enfants fréquentent l’école privée et les résidents.es ont construit leur
maison en béton. Ils se sont organisés pour avoir accès à l’électricité en se procurant des
transformateurs privés. Pour l’eau de service, une citerne située non loin de la DINEPA a
été aménagée et les résidents.es ont eux-mêmes installé leurs tuyaux d’alimentation. Ils
achètent l’eau potable.
VI.
CONDITIONS GENERALES DANS LES CAMPS DE DEPLACES.ES CREES EN RAISON
DE L’INSECURITE
42. Les vingt-six (26) camps de déplacés.es créés en raison de l’insécurité visités
récemment par le RNDDH disposent chacun d’un comité de gestion. Ces derniers ont réalisé
des recensements de la population, ce qui a facilité les entrevues et permis de bien cerner
les conditions dans lesquelles évoluent les familles dans ces sites.
1. Population
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•
Parmi les sites visités, le RNDDH a pu dénombrer :
Seize (16) établissements scolaires,
Deux (2) églises,
Deux (2) espaces de sport pour les jeunes,
Une (1) place publique,
Une (1) maison privée,
Un (1) lieu d’accueil pour prêtres catholiques,
Un (1) ancien local de cinéma,
Un (1) ancien Centre de Traitement de Choléra,
Un (1) centre d’accueil pour enfants démunis.
44. Selon les informations fournies par les comités de gestion de ces vingt-six (26) camps
de l’insécurité, onze-mille-quatre-cent-quatorze (11,414) hommes, treize-mille-trois-centsoixante-quatorze (13,374) femmes parmi elles quatre-cent-cinquante-huit (458) femmes
enceintes, huit-mille-deux-cent-quarante-neuf (8,249) mineurs filles et garçons et quatrecent-quatre-vingt-quatre (484) bébés vivent dans ces sites.
45. Dans vingt-deux (22) sites d’accueil soit 85 %, de ces camps de l’insécurité monitorés,
les enfants fréquentent l’école. Dans quatre (4) autres, représentant 15 % d’entre eux, les
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
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victimes de l’insécurité ont affirmé qu’aucun enfant ne va à l’école. Cependant, la réalité
n’étant pas la même pour toutes les familles, dans un même camp, tous les enfants ne vont
pas à l’école. Si pour certains camps, seulement 10 % des enfants vont à l’école, pour
d’autres, ce pourcentage atteint les 55 %.
46. Au moins trois-cent-cinquante-sept (357) personnes vivant avec une déficience ont été
recensées :
•
Dans vingt-cinq (25) des camps, soit dans 96 % de la totalité des sites de déplacés.es
en raison de l’insécurité visités, des personnes vivant avec une déficience motrice ont
été dénombrées ;
•
Dans quinze (15) camps représentant 57 %, des personnes vivant avec une déficience
sensorielle ont été recensées ;
•
Dans dix-huit (18) camps représentant 69 %, des personnes présentant des signes de
déficience cognitive ont aussi été recensées.
47. Les différents espaces où se sont réfugiées les victimes de l’insécurité ne sont pas
suffisants pour accueillir une population de cette taille. Conséquemment, les victimes
dorment dans les salles de classe, dans l’enceinte des églises ou sur la cour, sur des draps
et des laines, sur des bancs, sur des petits matelas ou des morceaux de cartons. Ceux et
celles qui se retrouvent sur les cours sont exposés aux intempéries. Lors des pluies par
exemple, ils sont tenus de se mettre provisoirement à l’abri, attendant que l’espace
redevienne sec pour se recoucher.
48. Les plus chanceux disposent de prélats et montent leurs tentes dans lesquelles ils ne
peuvent passer la journée en raison de l’inconfort et de la chaleur.
49. Il a aussi été rapporté qu’à l’église Assemblée Chrétienne du Fort National, les femmes
et les filles dorment à l’intérieur alors que les hommes et les garçons couchent au-dehors,
sur la cour. Pour plusieurs personnes rencontrées, cet arrangement fournit aux femmes et
aux filles une relative protection contre les agressions sexuelles.
2. Organisation de la sécurité
50. Dans la majorité des camps visités par le RNDDH, ce sont les comités de camps, de
concert avec les déplacés.es qui organisent leur sécurité.
•
Dans un (1) camp représentant 4 % des sites accueillant les déplacés.es de l’insécurité
visités, le comité a fourni aux résidents-tes une carte d’identification. C’est le seul
camp à avoir mis en place un tel mécanisme, les vingt-cinq (25) autres représentant
96 % des sites de l’insécurité monitorés ne l’ayant pas mentionné.
•
Dans dix-huit (18) camps, soit 69 % des sites créés en raison de l’insécurité touchés,
des heures d’ouverture et de fermeture des barrières - allant de cinq (5) heures jusqu’à
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
RNDDH – Rapport/A24/No1
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vingt-deux (22) heures - ont été fixées. Les autres huit (8) camps représentant 31 %
n’ont pas mentionné avoir établi un horaire d’ouverture et de fermeture des barrières.
Pour certains, leur configuration ne le permettrait pas, de toutes façons.
•
Au moins treize (13) camps, soit 50 % des sites créés en raison de l’insécurité visités,
ont mis en place des brigades de surveillance qui se relaient. Ces brigades comptent
au maximum une vingtaine de personnes, souvent des jeunes volontaires qui
contrôlent l’espace et dont l’autorité est reconnue par les résidents.es. Dans sept (7)
camps, soit 27 %, la sécurité est assurée par les comités de gestion dont certains se
font assister. Par exemple, au moins un (1) des camps est assisté par la Direction de
la Protection Civile, un (1) autre est assisté par des policiers et un (1) dernier fait appel
au commissariat de Port-au-Prince. Les six (6) autres camps représentant 23 % d’entre
eux n’ont pas mentionné avoir organisé une surveillance ou avoir mis en place des
mécanismes similaires de sécurité.
51. Toutefois, il convient de mentionner que cette organisation de la sécurité des camps
créés suite à des massacres et des attaques armées, n’est efficace que pour contrôler les
déplacements à l’intérieur même des sites. Elle ne peut aucunement protéger les
résidents.es contre les attaques des bandits armés. D’ailleurs, les camps sont accessibles
aux gangs armés et souvent, les victimes se réveillent en sursaut au cours de la nuit, en
raison des bruits d’armes automatiques.
52. De plus, il est déjà arrivé que des déplacés.es soient obligés de s’enfuir. Par exemple,
des victimes de Carrefour-Feuilles s’étaient réfugiées, après les attaques du 10 novembre
2022, au Collège Essentiel. Elles ont dû fuir cet espace au mois d’août 2023 en vue
d’échapper à la fureur des gangs armés. Elles se sont alors réfugiées à l’École Nationale
Daguesso Lespinasse
3. Violences enregistrées
53. Dans vingt-trois (23) camps de déplacés.es en raison de l’insécurité représentant 88 %
des sites visités, des cas de violence ont été enregistrés alors que dans les trois (3) autres
soit 12 %, il n’en a jamais eu, jusqu’ici. Il s’agit du Camp de Poste Marchand, de l’Ecole
Nationale Daguesso Lespinasse et de l’Ecole Nationale Don Direlan Dumerlin.
54.
Pour les 88 % susmentionnés, les violences les plus fréquentes sont :
•
Les agressions verbales enregistrées dans les vingt-trois (23) camps ayant affirmé
recenser des violences, soit 88 % ;
•
Les vols enregistrés dans seize (16) camps soit 61 % des sites de l’insécurité monitorés,
contre sept (7) soit 27 % qui n’ont jamais enregistré des cas de vol ;
•
Les agressions physiques enregistrées dans dix-neuf (19) parmi les camps créés en
raison de l’insécurité monitorés. Ils représentent 73 % d’entre eux. Pour quatre (4)
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
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camps soit 15 %, les comités ont affirmé n’avoir à date, recensé aucun cas d’agression
physique ;
55. Tous les responsables de comités rencontrés dans le cadre de cette enquête ont affirmé
n’avoir pas recensé des cas de viols dans les camps créés en raison de l’insécurité.
Cependant, au moins un cas de tentative de viol a été enregistré au Lycée Fritz Pierre Louis
où un jeune homme armé d’un couteau a attaqué une jeune fille. Il est tombé. La victime en
a profité pour lui arracher le couteau et blesser son agresseur qui pour sa part, a été arrêté
et a passé trois (3) jours en garde à vue.
56. Pour trois (3) autres camps, soit 12 % des sites créés en raison de l’insécurité, d’autres
types de violences sexospécifiques ont été enregistrées. Il s’agit de l’Ecole Nationale
République du Chili, de l’Eglise Assemblée Chrétienne et du Lycée du Cent-cinquantenaire.
57. Dans treize (13) parmi ces sites représentant 50 %, les violences enregistrées sont
traitées seulement par les comités de gestion des camps. Pour les dix (10) autres camps
ayant recensé des violences représentant 38 % de la totalité des sites de l’insécurité visités,
après une tentative de résolution amiable des conflits, les comités réfèrent les cas à
l’institution policière, notamment lorsqu’ils sont dépassés. Et, généralement, ce sont les
commissariats et sous-commissariats de Carrefour de l’aéroport, de Delmas 3, de Fort
National, et de Port-au-Prince qui leur viennent en aide.
58. Sans vouloir affirmer que l’institution policière assure la sécurité des espaces,
vingt-deux (22) comités de camps créés en raison de l’insécurité soit 85 %, ont admis que de
manière générale, la police fait des patrouilles aux alentours des camps et s’y rendent
parfois, lorsqu’ils sont sollicités soit en raison d’un cas de violence, soit pour fournir aide
aux distributions humanitaires par exemple.
4. Assistance humanitaire
59. Vingt-quatre (24) camps représentant 92 % des sites de l’insécurité monitorés,
affirment recevoir de l’assistance humanitaire contre deux (2), soit 8 % qui ont déclaré
n’avoir jamais été assistés. Ces deux (2) camps sont : l’Eglise Assemblée Chrétienne localisée
au Fort National et l’Ecole Nationale République du Paraguay.
60. Parmi les vingt-quatre (24) camps qui reçoivent l’aide humanitaire, sept (7), soit 27 %
de la totalité des sites de l’insécurité monitorés, sont assistés tant par des Organisations
Non Gouvernementales (ONG), des entreprises privées que par des organismes de l’Etat. Il
s’agit de l’Ecole Nationale Daguesso Lespinasse, du Rex Théâtre, de l’Ecole Dei Virtus, du
Lycée Fritz Pierre Louis, du Gymnasium Vincent, du Lycée Anténor Firmin et du camp Le
Messie.
61. Avec l’aide des comités de gestion, le RNDDH a pu recenser vingt-cinq (25) parmi les
organisations, entreprises ou structures étatiques qui interviennent dans les camps qui ont
été créés en raison de l’insécurité :
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Agence d’Aide à la Coopération Technique et au Développement (ACTED)
Action Pastorale pour le Développement Humain (APADEH)
Aurore du Bel-Air
Centre d’Animation Paysanne et d’Actions Communautaires (CAPAC)
Centre Hospitalier de Fontaine (CHF)
Croix Rouge
Groupe pour l’Inclusion, la Recherche et l’Appui au Développement d’Haïti
(GIRADEL / Haïti)
Goal
Direction Générale de la Protection Civile (DGPC)
Direction Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA)
Handicap International
Initiative Citoyenne pour les Droits de l’Homme (ICDH)
La Main divine
Eau Nationale
Mairie de Port-au-Prince
Médecins Sans Frontière - Belgique (MSF - Belgique)
Médecins Sans Frontière - France (MSF - France)
Médecins Sans Frontière - Hollande (MSF - Hollande)
Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP)
Organisation des Cœurs pour le Changement des Enfants Démunis d’Haïti
(OCCED’H)
Organisation Internationale de la Migration (OIM)
Organisation de Rapprochement - Aide Humanitaire (ORRAH)
Programme Alimentaire Mondial (PAM)
Solidarités International
Unité de Santé Mentale (USM)
62. L’assistance fournie aux déplacés.es varie. Si certains reçoivent des plats chauds, du
cash, des kits alimentaires et des kits hygiéniques, d’autres reçoivent des matelas, des
laines et couvertures, de l’eau de service, de l’eau potable, des sources alternatives au
courant de ville. Certains autres accèdent à des soins de santé ou à l’assistance
psychologique.
63. Lors des distributions, dans certains camps, la priorité est accordée aux personnes les
plus vulnérables. Les bénéficiaires sont souvent invités à se mettre en ligne. Dans d’autres
camps, les comités mettent en place des cellules pour organiser le bon déroulement des
distributions. Des cartes sont quelques fois distribuées aux bénéficiaires. Enfin, de rares
camps font appel à la Police Nationale d’Haïti (PNH) pour assurer la sécurité des
distributions.
64. Toutefois, de nombreuses victimes rencontrées dans le cadre de cette enquête, ont
affirmé que l’aide est distribuée dans un manque de transparence qui facilite des personnes
malhonnêtes à en recevoir au nom d’autres victimes.
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côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
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65. De toute manière, l’aide humanitaire n’est jamais suffisante, les organisations,
entreprises privées et instances étatiques susmentionnées ne pouvant couvrir tous les
besoins des familles de déplacés.es ou même celles qui se retrouvent dans un seul camp pris
en considération.
66. De plus, selon ce qui a été rapporté au RNDDH, depuis plusieurs mois, l’aide n’arrive
plus aussi fréquemment qu’avant. Pour certains camps comme Le Messie, Place Sapatann,
Eglise Internationale Primitive de Delmas 19, Parc Celtic d’Haïti, Ecole Nationale
République du Chili, Lycée Marie Jeanne, etc. la dernière distribution de l’aide humanitaire
remonte à trois (3) mois ou plus.
5. Eau et Assainissement
67. Douze (12) camps, représentant 46 % des vingt-six (26) sites de l’insécurité visités,
sont (ou ont été jadis) alimentés en eau par la Direction Nationale de l’Eau Potable et de
l’Assainissement (DINEPA).
68. Selon les résidents.es et les comités de gestion de camps, à l’Eglise Internationale
Primitive, au Gymnasium Vincent, à l’Ecole Nationale République du Brésil, à l’Ecole
Nationale Daguesso Lespinasse, à l’Ecole Nationale Caroline Chauveau et au Lycée Fritz
Pierre Louis où les victimes se plaignent que l’eau est salée et gratte, les distributions sont
régulières.
69. Cependant, à l’Ecole Nationale Virginie Sampeur, à l’Eglise Assemblée Chrétienne, au
Rex Théâtre, à l’Ecole Dei Virtus, au Lycée Fritz Pierre Louis et au camp Le Messie, la
distribution de l’eau par la DINEPA n’est pas régulière. Par exemple, à l’Eglise Assemblée
Chrétienne, les déplacés.es n’ont reçu l’eau qu’une seule fois de la DINEPA.
70. Pour cinq (5) camps, soit 19 %, ce sont des organisations et une entreprise privée qui
fournissent de l’eau aux victimes. Il s’agit, la plupart du temps, de Solidarités International,
de Médecins Sans Frontière Hollande (MSF Hollande), de l’Organisation Internationale de
la Migration (OIM), de La Main Divine, de la Croix Rouge, de APADEH, et de l’entreprise
Eau Nationale.
71. Deux (2) camps représentant 8 % des sites créés en raison de l’insécurité comptent sur
des particuliers de la zone pour s’alimenter en eau. Il s’agit de l’Ecole Nationale République
du Paraguay et de l’Ecole Nationale République Don Direlan Dumerlin.
72. Dans un (1) des camps, soit 4 %, les résidents.es recueillent l’eau de pluie. Il s’agit du
Parc Celtic d’Haïti.
73. Les résidents-tes des six (6) camps restants, représentant 23 % des sites créés en
raison de l’insécurité visités, doivent régulièrement se procurer eux-mêmes l’eau de service
dont le seau de cinq (5) gallons peut s’acheter jusqu’à cinquante (50) gourdes. C’est le même
cas de figure pour les camps où l’eau n’est pas régulièrement distribuée par la DINEPA ou
les organisations.
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RNDDH – Rapport/A24/No1
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74. De manière générale, les résidents.es sont tenus de se procurer l’eau potable.
Toutefois, au Lycée Anténor Firmin l’eau traitée est fournie par MSF Hollande en
partenariat avec Eau Nationale alors que l’eau de service est fournie par la DINEPA. Au
camp de Poste Marchand, Solidarités International fournit l’eau potable qui est aussi
utilisée pour le service journalier des familles. A l’Ecole Nationale Jean Marie Vincent, un
blader d’eau traitée a été installé par la DINEPA.
75. Trois (3) résidents.es de l’Eglise Internationale Primitive de Delmas 19 ont été
embauchés par la DINEPA pour assainir l’espace, pendant une période de trois (3) mois.
Cet exemple mis à part, les sites ne sont pas régulièrement curés. Les latrines ne sont pas
vidangées. Il n’y a pas non plus de décharges pour les détritus qui restent souvent sur les
sites pendant plusieurs jours. Il s’agit de conditions sanitaires terribles qui offrent un
terrain propice à la propagation de maladies contagieuses.
6. Blocs sanitaires, latrines et éclairage des sites
76. Vingt-et-un (21) camps représentant 81 % des sites créés en raison de l’insécurité
visités disposent de latrines ou de blocs sanitaires. Parmi eux, seuls six (6) camps soit 23 %
affirment que les blocs sanitaires et/ou latrines sont propres et fonctionnels. Il s’agit de
l’Ecole Nationale Caroline Chauveau, du Lycée du Cent-cinquantenaire, de l’Ecole Dei
Virtus, de l’Ecole Nationale Colbert Lochard / Gran lakou, du Gymnasium Vincent et de
l’Ecole Nationale République du Brésil. Les quinze (15) autres représentant 57 % des sites
de l’insécurité monitorés, fonctionnent partiellement.
77. Les cinq (5) autres camps représentant 19 %, n’ont jamais disposé de latrines ou de
blocs sanitaires. Il s’agit du Nouveau Collège La Pléiade, de Rex Théâtre, du camp de Poste
Marchand, de la Place Sapatann et du Morne de Prière de Solino.
78. L’Ecole Nationale Virginie Sampeur disposait de blocs sanitaires qui aujourd’hui ne
fonctionnent plus, ce qui porte les victimes à faire leurs besoins physiologiques dans des
seaux avant de les jeter dans les toilettes. Les latrines de l’Eglise Internationale Primitive,
de l’Ecole Nationale Don Direlan Dumerlin et du Centre d’Accueil Delmas 3 sont totalement
remplies alors que les latrines du Parc Celtic d’Haïti, du Lycée Anténor Firmin et de l’Ecole
Nationale République du Chili sont partiellement bouchées.
79. Les résidents.es de ces sites galèrent pour se soulager : certains font leurs besoins
dans des sachets, à même le sol ou perchés sur des murs. D’autres paient jusqu’à cinquante
(50) gourdes chez des particuliers de la zone, pour pouvoir utiliser leurs toilettes.
80. De manière générale, les douches ne sont pas suffisantes. Conséquemment, les
victimes sont souvent obligées de se baigner dans les rues, à proximité des véhicules en
stationnement utilisés comme paravents, sur la cour des sites, etc.
81. Par ailleurs, six (6) sites soit 23 % parmi les camps de déplacés.es en raison de
l’insécurité qui ont été monitorés, disposent d'éclairage grâce aux dons d'organisations telles
que OIM, ICDH et ACTED. Trois (3) autres sites représentant 12 % sont alimentés en
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côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
RNDDH – Rapport/A24/No1
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courant de ville en journée. Quinze (15) camps représentant 57 % ne sont pas du tout
éclairés. Le soir, les victimes utilisent leur portable, des lampes rechargeables ou se
procurent des baleines. Les informations ne sont pas disponibles pour deux (2) des camps
monitorés qui représentent 8 % d’entre eux.
7. Accès aux soins de santé
82.
De manière générale, les déplacés.es n’ont pas accès aux soins de santé.
83. Par exemple, des agents du ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP)
sont déployés dans au moins douze (12) parmi les camps de déplacés.es monitorés : À l’Ecole
Nationale République du Chili, à l’Ecole Nationale Daguesso Lespinasse, à l’Ecole Nationale
Colbert Lochard/Grand Lakou, à l’Ecole Nationale Don Direlan Dumerlain, à l’Ecole
Nationale Jean Marie Vincent, au Lycée du Cent-cinquantenaire, au Lycée Anténor Firmin,
au Lycée Marie Jeanne, au Gymnasium Vincent, à la Place Sapatann, au Camp Le Messie
et au Camp Morne de Prière de Solino. Cependant, ces agents ne sont équipés que pour
prendre la tension artérielle des déplacés.es.es, mener campagne pour porter les familles à
adopter les comportements visant à éviter d’attraper le choléra et inviter les familles à faire
vacciner leurs bébés.
84. A l’Ecole Nationale Jean Marie Vincent, le Centre Hospitalier Fontaine et
l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) organisent des cliniques mobiles
régulières.
85. A l’Ecole Nationale Daguesso Lespinasse, les déplacés.es reçoivent aussi une
assistance psychologique.
86.
Entre-temps, l’accès aux soins de santé constitue une préoccupation :
•
Des cas de choléra sont recensés dans les camps. Par exemple, au Centre d’Accueil
de Delmas 3 et au camp Morne de Prière de Solino, au moins deux (2) personnes
atteintes de choléra ont perdu la vie en 2023. Il s’agit d’un adulte décédé le 26 février
2023 et d’un mineur décédé en novembre 2023.
•
Au moins deux (2) femmes qui logent respectivement à l’Ecole Nationale Daguesso
Lespinasse et au Lycée du Cent-cinquantenaire ont perdu leur bébé, quelques jours
après leur naissance. Une autre femme qui vit à l’Ecole Nationale Colbert Lochard
/ Gran Lakou, a fait une fausse-couche.
•
Des cas de grattelle et d’autres infections cutanées sont aussi recensés dans les
camps.
•
Les personnes vivant avec le VIH/SIDA ne bénéficient d’aucun accompagnement
spécial tenant compte de leur statut sérologique.
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RNDDH – Rapport/A24/No1
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VII.
COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS
87. Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a recensé au moins
soixante (60) sites d’accueil de déplacés.es localisés dans le département de l’Ouest. 25 %
d’entre eux accueillent des victimes du séisme du 12 janvier 2010 et 75% d’entre eux
accueillent des victimes ayant fui leurs zones de résidence en raison de l’insécurité.
88. Du 5 décembre 2023 au 10 janvier 2024, le RNDDH a monitoré les conditions
générales de vie dans quarante-et-un (41) parmi les sites de déplacés.es susmentionnés.
89. Certains camps et sites de relocalisation qui avaient été créés au lendemain du séisme
du 12 janvier 2010 à savoir, Tabarre Issa de Greffin, Canaan, Onaville, Village Lumane
Casimir, Corail Cesselesse, ont été vidés partiellement ou totalement de leur population.
Ces victimes fuyant cette fois-ci l’insécurité, ont dû rejoindre les autres sites de déplacés.es.
Donc aujourd’hui, à l’intérieur des camps du 12 janvier 2010 se retrouvent des victimes de
l’insécurité. Et, dans les camps créés suite à des séquences de violence sont aussi logées des
victimes du tremblement de terre.
90. Si la phase de l’urgence avait été assurée par les organisations humanitaires au
lendemain du séisme du 12 janvier 2010, de son côté, l’Etat haïtien n’a jamais tenu les
promesses qu’il avait faites aux victimes de les aider à se relever. L’exemple le plus flagrant
de l’échec de l’Etat demeure le camp de Corail Cesselesse qui constitue aujourd’hui le plus
grand bidonville du pays. Ainsi, dans l’anarchie la plus totale, les camps d’hébergement qui
auraient dû être provisoires sont devenus des sites de relocalisation et souvent rebaptisés par
les résidents.es qui ont construit eux-mêmes leur maison et rebâti leur vie. Dans ces espaces,
la vie est caractérisée par la promiscuité, l’insalubrité, l’absence des structures étatiques.
91. Le RNDDH, ayant accordé une attention particulière aux sites créés en 2022 et 2023
en raison de l’insécurité, conséquence de la gangstérisation du pays, peut affirmer que les
conditions de vie dans ces espaces ne sont pas différentes.
•
Dans 15 % des vingt-six (26) camps créés en raison de l’insécurité qui ont été
monitorés, les enfants ne vont pas à l’école. Dans les autres camps, le pourcentage
de scolarisation varie de 10 % à 55 %.
•
Dans 96 % des camps de l’insécurité, des personnes vivant avec des déficiences
motrices ont été recensées. Dans 57 % d’entre eux, des personnes vivant avec des
déficiences sensorielles ont été dénombrées et dans 69 % des camps, des personnes
présentant des signes de déficience cognitive ont été recensées.
•
Les comités de gestion des sites organisent eux-mêmes leur sécurité en distribuant
des cartes de membres, en mettant en place des brigades de surveillance ou en
sollicitant l’aide soit de la Direction de la Protection Civile ou de la Police Nationale
d’Haïti (PNH). Toutefois, dans l’un ou dans l’autre cas, ces mécanismes ne
permettent que de contrôler l’accès des sites. Ils ne protègent aucunement ces
espaces dont les résidents.es restent vulnérables vis-à-vis des gangs armés.
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•
Dans 88 % des camps créés en raison de l’insécurité, des violences sont enregistrées :
agressions verbales (dans 88 % d’entre eux), agressions physiques (dans 73 % d’entre
eux), vols (dans 61 % d’entre eux) et violences sexospécifiques (dans 12% d’entre eux).
92. Par ailleurs, les résidents.es de 92 % des sites créés en raison de l’insécurité ont reçu,
au cours de l’année 2023, de l’aide humanitaire contre 8 % qui n’ont jamais été assistés.
Parmi ceux qui ont reçu l’aide humanitaire, 27 % ont été assistés tant par des organisations
non gouvernementales, des entreprises privées que par des organismes étatiques.
Cependant, l’assistance offerte consistant en plats chauds, kits alimentaires, kits
hygiéniques, soins de santé, sources alternatives au courant de ville et suivis psychologiques
ne peut couvrir toutes les demandes des déplacés.es. Les données suivantes le prouvent :
•
46 % des camps sont ou ont été alimentés en eau par la DINEPA contre 19 % qui ont
reçu l’eau d’organisations non gouvernementales ou des entreprises privées. 8 %
comptent sur des particuliers pour recevoir l’eau, 4 % recueillent l’eau de pluie. Les
résidents.es de 23 % des camps doivent acheter l’eau dont le seau de cinq (5) gallons
peut se vendre jusqu’à cinquante (50) gourdes
•
81 % des camps disposent de latrines contre 19 % qui n’en ont pas du tout. Les
latrines ne sont ni vidangées ni curées.
•
23 % des camps ont reçu des sources alternatives au courant de ville contre 12 % qui
sont alimentés par l’Electricité d’Haïti. 57 % ne sont pas du tout éclairés.
•
Les résidents.es ne disposent pas de sites de décharge des détritus.
93. Dans ces conditions, c’est sans surprise que des infections cutanées et des cas de
choléra sont enregistrés dans les sites d’accueil.
94. Aujourd’hui, le RNDDH constate, comme tout le monde, que quatorze (14) années
après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les victimes du séisme ainsi que les
victimes de l’insécurité se côtoient dans les camps, dans l’indifférence totale des autorités
étatiques.
95. Le RNDDH juge inadmissible qu’il puisse exister plus de personnes dans les camps
en raison de l’insécurité qu’en raison de catastrophes naturelles. Il est aussi inacceptable
que les conditions générales de vie dans les sites monitorés dans le cadre de ce travail ne
poussent aucunement les autorités étatiques à agir.
96. En ce sens, le RNDDH rappelle que les droits à la vie, à la sécurité, à l’intégrité
physique et psychique, à la sûreté de sa personne ainsi qu’à un niveau de vie suffisant
constituent des droits fondamentaux consacrés par la Constitution haïtienne et par des
instruments onusiens et américains ratifiés par Haïti. De plus, les Principes Directeurs
relatifs au Déplacement de Personnes à l’Intérieur de leur Propre Pays, rendus publics le 11
février 1998 par l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés.es, applicables à tous pays
membres de l’ONU, consacrent le respect et la réalisation des droits fondamentaux
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
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susmentionnés tout en soulignant que c’est à l’Etat de s’organiser pour rendre effectifs le
respect et la réalisation de ces droits.
97. En effet, le principe directeur 18 précise que « Toutes les personnes déplacées à
l’intérieur de leur propre pays ont droit à un niveau de vie suffisant. Et, faisant écho aux
dispositions de l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ce principe
affirme qu’ : « Au minimum quelles que soient les circonstances et sans discrimination
aucune, les autorités compétentes assurent aux personnes déplacées à l’intérieur de leur
propre pays les services suivants et leur permettent d’y accéder en toute sécurité : aliments de
base et eau potable ; abri et logement ; vêtements décents ; et services médicaux et
installations sanitaires essentiels … »
98. De plus, une attention particulière doit être portée aux blessés.es, aux personnes
vivant avec une déficience qu’elle soit motrice, sensorielle ou cognitive, ainsi qu’aux femmes
et aux filles, notamment celles qui sont enceintes ou sont victimes d’agressions sexuelles.
99. Selon le principe directeur 19, les services d’assistance psychologique et sociale
doivent être disponibles pour les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Et,
c’est aussi aux autorités étatiques qu’il revient de prévenir la propagation, dans les sites
d’accueil, de maladies contagieuses et infectieuses, parmi les personnes déplacées à
l’intérieur de leur propre pays5.
100. Il convient enfin de souligner que le principe directeur 21 consacre et protège la
propriété privée et les possessions des victimes, contre le pillage, la destruction, les attaques
directes, aveugles ou autres actes de violence ainsi que contre les occupations illégales.
101. Aujourd’hui, face à ce fiasco sécuritaire orchestré par la négligence et l’impéritie des
autorités étatiques ainsi que par leur connivence avec les bandits armés, le RNDDH
recommande à celles-ci de :
•
Recenser la population vivant dans les camps créés suite au séisme du 12 janvier 2010
et en raison de l’insécurité ;
•
Fournir assistances humanitaire, financière et psychologique à tous les déplacés.es
qui se retrouvent dans les camps, sans distinction aucune et tout en tenant compte de
leurs besoins spécifiques ;
•
Assurer la scolarisation des milliers d'enfants qui sont dans les camps et qui n'ont
encore jamais fréquenté l'école, depuis le début de l'année académique 2023-2024 ;
•
Assurer le nettoyage des sites et la vidange régulière des latrines, en vue de prévenir
la propagation de maladies ;
Principes Directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieure de leur propre pays
https://www.unhcr.org/fr/media/principes-directeurs-relatifs-au-deplacement-de-personnes-linterieur-de-leur-propre-pays
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•
Porter l’institution policière à sécuriser les sites d’accueil en intensifiant les
patrouilles aux abords et à l’intérieur de tous les camps sans distinction ;
•
Assurer le logement décent provisoire des victimes de l’insécurité, notamment celles
qui se retrouvent dans des établissements scolaires, en attendant qu’elles puissent
retourner chez elles ;
•
Créer les conditions adéquates de sécurité et de dignité en vue de permettre le retour
des victimes dans leur zone de résidence, dans le respect de leurs droits
fondamentaux ;
•
Dédommager toutes les victimes ayant perdu leurs biens lors des attaques armées et
des massacres enregistrés dans le pays depuis 2018 ;
•
Mettre fin à la gangstérisation du pays.
14 ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 : Victimes du séisme et de l’insécurité se
côtoient dans les camps, dans l’indifférence des autorités étatiques
RNDDH – Rapport/A24/No1
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