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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Trafic d’armes et de munitions :
Des employés de l’ONA et de l’OFATMA épinglés par la DCPJ
15 mars 2023
I.
INTRODUCTION
1.
Depuis avril 2022, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) mène une
enquête autour d’un dossier de trafic d’armes et de munitions, dans lequel trois (3)
employés de l’Office National d’Assurances Vieillesse (ONA), un agent de la Police
Nationale d’Haïti (PNH) et un (1) employé de l’Office d’Assurance Accidents du Travail,
Maladie et Maternité (OFATMA) sont indexés.
2.
En ce sens, deux (2) rapports circonstanciés élaborés par la DCPJ ont été
acheminés aux autorités judiciaires pour les suites de droit.
3.
Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) contacté par des
proches des personnes arrêtées, a mené son investigation et se fait le devoir de partager
avec l’opinion publique, les informations recueillies autour de ce dossier.
II.
METHODOLOGIE
4.
Dans le cadre de cette enquête menée du 7 février au 15 mars 2023, le RNDDH
s’est entretenu avec :
•
•
•
•
III.
Des agents de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ)
Les personnes arrêtées et/ou incarcérées
Des proches des personnes arrêtées
Des membres du personnel judiciaire dont un (1) substitut du commissaire du
gouvernement et deux (2) greffiers
RECONSTITUTION DES FAITS DE L’ENQUETE
5.
Selon les informations recueillies par le RNDDH, en date du 12 avril 2022, des
policiers du commissariat de Belladère, département du Centre, ont interpellé le
nommé Limacson MATHIEU. Ce dernier est, depuis 2007, un employé de l’Office
National d’Assurances Vieillesse (ONA) et occupe aussi les fonctions d’agent de police
parlementaire.
6.
Au moment de son interpellation, Limacson MATHIEU était dans un véhicule de
marque Suzuki grand Vitara de couleur blanche immatriculé BB87123, à bord duquel
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a été retrouvé un (1) fusil d’assaut de calibre M16. Il était en compagnie de deux (2)
autres individus qui, selon la police, ont eu le temps de prendre la fuite.
7.
Le 15 avril 2022, pour les suivis relatifs à son dossier, Limacson MATHIEU a été
transféré à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) à Port-au-Prince.
8.
Rapidement, il a été
établi par la DCPJ que
Limacson MATHIEU est un
trafiquant d’armes et de
Selon la DCPJ, il a
munitions très influent. Il
entretient des liens avec
rapidement été établi
des réseaux de trafiquants
tant en Haïti qu’en
que Limacson Mathieu
République Dominicaine. Il
entretient
aussi
des
est un influent trafiquant
rapports continus avec de
puissants
chefs
de
gangs
d’armes et de munitions.
armés
dont
Johnson
ANDRE
alias
Izo
5
secondes, chef de gang de
Village de Dieu et Renel
DESTINA
alias
Tilapli,
lui-même
caïd
de
Grand-Ravine. Sur son téléphone portable, des informations relatives à des
transactions effectuées avec des chefs de gangs, des messages de demande
d’informations sur les armes et les munitions disponibles ou encore sur les capacités
de Limacson MATHIEU à introduire en Haïti, des armes de calibres spécifiques, ont été
découverts par la DCPJ.
9.
De plus, Limacson MATHIEU, a déclaré à la DCPJ que ses principaux clients sont
Johnson ANDRE alias Izo 5 secondes, chef de Village de Dieu, Renel DESTINA alias Tilapli
chef de Grand-Ravine et Christ-Roi CHERY alias Krisla, chef de gang de Tibwa.
10. Limacson MATHIEU a aussi affirmé qu’il venait d’acheter le fusil d’assaut trouvé
en sa possession et qu’il devait le délivrer au chef de gang de Village de Dieu savoir,
Johnson ANDRE alias Izo 5 secondes. Il venait aussi de placer une commande de vingt
(20) caisses de cartouches.
11. Toujours selon les déclarations de Limacson MATHIEU, le commerce d’armes et de
munitions est très juteux. Par exemple, avec Johnson ANDRE alias Izo 5 secondes
seulement, il affirme avoir vendu trois (3) fusils d’assaut pour dix-huit mille (18.000)
dollars américains et quatre mille (4.000) cartouches de calibres différents, pour un
million deux cent mille (1.200.000) gourdes.
12. Les armes longues comme les AR15, M16 se vendent
entre cinq mille (5.000) et six-mille (6.000) dollars
américains. Des fois, elles peuvent même être vendues pour
plus cher. Par exemple, le fusil M16 qui était destiné à
Johnson ANDRE alias Izo 5 secondes, devait être vendu pour
six-mille-huit-cents (6.800) dollars américains, selon ce qui a
été convenu.
Les armes longues
sont vendues sur le
marché jusqu’à plus
de 6.000 dollars
américains.
13. De plus, Limacson MATHIEU a, selon ses dires, vendu à
Renel DESTINA alias Tilapli quatre (4) fusils d’assaut pour vingt-deux-mille-cinq-cents
(22.500) dollars américains et trois-mille (3.000) cartouches pour neuf-cent-mille
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(900.000) gourdes. En ce sens, il a avoué qu’il vend généralement des cartouches de
tailles 7,62 mm et 5,26 mm. Selon lui, une caisse de mille (1.000) cartouches coûte au
moins trois mille cinq cents (3.500) dollars américains.
14. Enfin, Limacson MATHIEU a aussi confié avoir intégré le juteux commerce de trafic
d’armes et de munitions grâce à Frantzy VALME alias Didi qui l’avait mis en contact
avec des trafiquants de Belladère, dans le département du Centre ainsi qu’avec des
chefs de gangs armés. Si les trafiquants de Belladère récupèrent les armes et
munitions de la République Dominicaine et les introduisent sur le territoire haïtien en
traversant la frontière, les chefs de gangs armés pour leur part, reçoivent leurs
commandes en livraison.
IV.
ARRESTATIONS SUPPLEMENTAIRES REALISEES PAR LA DCPJ
15. Les informations fournies par Limacson MATHIEU
combinées à celles trouvées sur son téléphone
portable ont permis à la DCPJ de procéder à
l’arrestation de quatre (4) autres personnes. Deux (2)
d’entre elles travaillent à l’ONA comme lui, une (1) à
l’OFATMA et une (1) autre est affectée au Corps
d’Intervention et de Maintien d’Ordre (CIMO).
16. En effet, le 5 mai 2022, Emmanuel JEAN-JUSTE
lui aussi employé de l’ONA et entretenant des liens
avec Limacson MATHIEU et Renel DESTINA alias Tilapli,
a été invité par la DCPJ. Après son audition, il a été
maintenu. Il lui est reproché d’être impliqué dans le
trafic illicite d’armes à feu et de munitions,
entre-autres.
Les déclarations de Limacson
Mathieu ainsi que les
informations trouvées sur son
téléphone portable ont permis
à la DCPJ de procéder à
l’arrestation de 4 autres
personnes dont 2 employés de
l’ONA, 1employé de l’OFATMA
et 1 agent de la PNH.
17. Après avoir boudé plusieurs invitations de la DCPJ en vue de s’expliquer sur ses
liens avec Limacson MATHIEU, le 16 novembre 2022, Eddy BAGGIO, employé de l’ONA,
a été interpellé à Delmas 19. Il a avoué qu’il était au courant que Limacson MATHIEU
était un trafiquant d’armes à feu et de munitions, tout en niant être lui-même impliqué
dans ce trafic.
18. A cette même date, soit le 16 novembre 2022, l’Agent II Carl-Hens Barina ORIVAL
affecté au CIMO, a été interpellé dans les locaux de la Direction Générale de la Police
Nationale d’Haïti sis à Tabarre.
19. Selon les enquêteurs de la DCPJ, le policier Carl-Hens Barina ORIVAL était en
contact direct avec Limacson MATHIEU. Ils ont échangé plusieurs messages par
WhatsApp, dont des photos d’armes à feu ainsi que des informations sur les types
d’armes qu’il peut faire entrer en Haïti pour lui.
20. Questionné à ce sujet, le policier Carl-Hens Barina DORIVAL a déclaré aux
enquêteurs de la DCPJ qu’il habitait dans la même zone que Limacson MATHIEU à
Caradeux et qu’il détenait des renseignements faisant croire que ce dernier était un
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trafiquant d’armes. C’est donc pour cela qu’en tant que policier, il avait pris contact
avec Limacson MATHIEU et échangeait avec lui des photos d’armes dans le seul objectif
de mener son enquête. Il travaillait de son propre chef, sans avoir pris le soin d’aviser
préalablement ses supérieurs hiérarchiques.
21. Par ailleurs, une filature a permis à la DCPJ d’appréhender en date du 29
novembre 2022, au boulevard 15 octobre, à Tabarre, non loin des locaux de l’agence
de voyages Sans-Souci, Frantzy VALME alias Didi, qui était aussi en contact avec
Limacson MATHIEU. Il se trouvait à bord d’un véhicule de marque Nissan Patrol, de
couleur grise, immatriculé DM-00538. La DCPJ lui reproche ses liens avec des
trafiquants d’armes et de munitions tant en Haïti qu’en République Dominicaine.
22. Depuis l’arrestation de Limacson MATHIEU, Frantzy VALME alias Didi - présenté
comme étant un membre influent du Mouvement pour la Valorisation et Transformation
d’Haïti (MTV Haïti) connu encore sous le nom de Mouvman Twazyèm Vwa Ayiti
(MTV AYITI) - s’était mis à couvert et avait même changé de numéro de téléphone.
V.
DECLARATIONS DES PERSONNES RENCONTREES PAR LE RNDDH
23. Tel que déjà mentionné, le RNDDH s’est entretenu avec les personnes placées en
rétention ou en détention,
dans le cadre de cette affaire.
24. Arrêté sans mandat le
VALME a affirmé au RNDDH
où il a été auditionné. Le 27
emmené au Parquet près le
instance de Port-au-Prince.
au commissariat de ce
a été transféré à la Prison
Depuis, il vit dans des
famille
rencontre
de
économiques.
25. Frantzy VALME a aussi
employé de l’OFATMA et
avec Jean Renel DESTINA
planifier ou commettre des
uniquement dans le cadre
permettre
de
traverser
marchandise
et
du
Frantzy Valmé
affirme avoir été
arrêté sans
mandat. Il déclare
aussi avoir une
fois été en contact
avec Jean Renel
Destina alias
Tilapli en vue de
solliciter
l’autorisation de
traverser
Martissant, avec
de la marchandise
et du carburant.
29 novembre 2022, Frantzy
qu’il a été conduit à la DCPJ
décembre 2022, il a été
Tribunal
de
première
Par la suite, il a été conduit
ressort. Le 23 janvier 2023, il
civile
de
Port-au-Prince.
conditions inhumaines et sa
grandes
difficultés
affirmé au RNDDH être un
avoir été en contact une fois,
alias Tilapli non pas pour
actes répréhensibles, mais
des négociations visant à lui
Martissant
avec
de
la
carburant.
26. Eddy BAGGIO a déclaré qu’il est un agent de sécurité affecté à l’ONA. Il est aussi
responsable d’un restaurant communautaire supporté par le Fonds d’Assistance
Economique et Sociale (FAES). Il a été arrêté dans les locaux de l’ONA le 16 novembre
2022.
27. Pour la DCPJ, Eddy BAGGIO avait boudé les nombreuses invitations qui lui ont
été faites. Il avait même déclaré aux agents de la DCPJ qu’il ne s’y était pas rendu par
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peur d’être arrêté. Cependant, Eddy BAGGIO a affirmé au RNDDH qu’il s’était rendu
une fois à la DCPJ mais qu’il a été invité par un agent, à rentrer chez lui.
28. Le 27 décembre 2022, Eddy BAGGIO a été conduit au Parquet près le Tribunal de
première instance de Port-au-Prince où il a été auditionné par le substitut commissaire
du gouvernement Gérald Bélony NORGAISSE avant d’être transféré au commissariat de
ce ressort. Depuis le 23 janvier 2023, il est écroué à la Prison civile de Port-au-Prince.
29. Limacson MATHIEU a déclaré avoir été arrêté le 12 avril 2022 à Belladère aux
environs de vingt (20) heures alors qu’il venait de conduire un ami à la frontière entre
Haïti et la République Dominicaine. Il se trouvait seul à bord de son véhicule au moment
de son interpellation et il était en possession d’une arme de poing qui selon lui, est son
arme de service. Il est employé à l’ONA depuis environ quinze (15) ans et, depuis quatre
(4) ans, il occupe aussi le poste d’agent de police
parlementaire.
30. Pour Limacson MATHIEU, il a été arrêté parce
qu’il n’est pas un résident de Belladère et qu’une
personne venait d’être assassinée. Il a été retenu
pendant trois (3) jours au commissariat de Mirebalais.
Ce n’est que par la suite, il a été transféré à la Direction
Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) où il a été
auditionné à trois (3) reprises. Au cours des
interrogatoires, il a été soumis à des traitements
cruels et inhumains car, de nombreuses violences
physiques et psychologiques ont été exercées contre
lui.
Limacson Mathieu, auditionné
par la DCPJ sans avocat et
sans témoin de son choix,
affirme avoir été soumis à des
traitements cruels et
inhumains. De plus, près
d’une année après son
arrestation, il n’a toujours pas
été auditionné par un
magistrat instructeur.
31. Le 30 mai 2022, Limacson MATHIEU a été conduit au Parquet près le Tribunal de
première Instance de Port-au-Prince. Le même jour, le commissaire Gérald Bélony
NORGAISSE a émis un ordre de dépôt à son encontre. Depuis, il est incarcéré à la Prison
civile de Port-au-Prince où les conditions de détention sont très mauvaises. Près d’une
année après son arrestation, il n’a jamais été extrait pour être auditionné par le juge
d’instruction en charge du dossier.
32. Emmanuel JEAN-JUSTE a de son côté déclaré être employé à l’ONA depuis quinze
(15) ans. Il partageait le même appartement que Limacson MATHIEU. Le 5 mai 2022, la
DCPJ a acheminé une correspondance à son supérieur hiérarchique sollicitant sa mise
à disposition, pour audition. Le lendemain, soit le 6 mai 2022, Emmanuel JEAN-JUSTE
s’est rendu à la DCPJ. Sans la présence de son avocat, il a été auditionné puis, gardé
à vue. Il n’a subi aucune violence physique. Cependant, il nie en bloc toutes les
accusations portées à son encontre.
33. Le 30 mai 2022, Emmanuel JEAN-JUSTE a été déféré au Parquet près le Tribunal
de première instance de Port-au-Prince. Il est incarcéré le même jour sur ordre du
substitut commissaire du gouvernement Gérald Bélony NORGAISSE.
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34. Pour sa part, le policier Carl-Hens Barina ORIVAL, arrêté le 25 novembre 2022 et
gardé au sous-commissariat du Canapé-vert, a affirmé avoir été auditionné le 27
décembre 2022 par un
parquetier dont il n’a
pas retenu le nom. Il a
aussi été auditionné
par l’Inspection Générale
de la Police Nationale
Le policier Carl-Hens Barina
(IGPNH).
Carl-Hens
Barina ORIVAL a nié
ORIVAL affirme avoir voulu,
en bloc les accusations
portées contre lui.
avant d’en informer ses
Cependant, en écho à ce
qui avait été rapporté
supérieurs immédiats, mener
par le DCPJ, il a
confirmé pour le
son enquête sur l’éventuelle
RNDDH
avoir
été
effectivement
en
implication de Limacson
contact avec Limacson
Mathieu dans des activités
MATHIEU, son voisin.
répréhensibles. C’est ce qui
Pour s’être rendu compte
que
ce
dernier
explique les échanges
parlait souvent d’armes
et de munitions,
compromettants entre lui et ce
avant de s’en référer à
ses supérieurs, il
dernier, trouvés sur son
avait voulu mener son
enquête
sur
téléphone.
l’éventuelle
appartenance
de
Limacson MATHIEU à un
gang armé ou sur
son
éventuelle
implication dans le
trafic d’armes et de
munitions. C’est ce
qui explique les nombreux messages compromettants trouvés sur son téléphone
portable.
VI.
TRAITEMENT DU DOSSIER AU NIVEAU DE LA JUSTICE
35. Le 1er juin 2022, la DCPJ a transféré un rapport préliminaire ainsi que Limacson
MATHIEU et Emmanuel JEAN-JUSTE par devant le Parquet près du Tribunal de première
instance de Port-au-Prince, pour les suites de droit.
36. En date du 26 décembre 2022, un rapport supplémentaire a été acheminé audit
Parquet, avec en état, Eddy BAGGIO, Carl-Hens Barina ORIVAL et Frantzy VALME alias
Didi. Il leur est reproché les infractions suivantes : assassinat, viol, enlèvement et
séquestration contre rançon, incendie criminel, vol à mains armées, détention, port et
trafic illégaux d’armes à feu et de munitions, complicité et association de malfaiteurs
au préjudice de nombreuses victimes dont Vladimir LEGAGNEUR, Jean Junior CHARLES
alias Junior MonCash, et au préjudice d’institutions et d’entreprises dont le
Programme Alimentaire Mondial (PAM), la compagnie Alaska, le Marché Ti Tony, etc.
37. Le 27 décembre 2022, le substitut commissaire du gouvernement Gérald Bélony
NORGAISSE a émis à l’encontre des trois (3) dernières personnes arrêtées, un ordre de
dépôt. Deux (2) d’entre elles, savoir Frantzy VALME alias Didi et Eddy BAGGIO ont été
transférées à la Prison civile de Port-au-Prince tandis que le policier Carl-Hens Barina
ORIVAL était encore, au moment de l’enquête du RNDDH, gardé à vue au
sous-commissariat du Canapé-Vert pour, selon le substitut commissaire du
gouvernement, des mesures de sécurité, parce qu’il craignait pour la vie du policier.
38. Le substitut commissaire du gouvernement Maître Gérald Bélony NORGAISSE a
affirmé au RNDDH avoir traité ce dossier avec rigueur et avoir émis à l’encontre des
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personnes épinglées, des ordres de dépôt avant de transférer le dossier au décanat du
Tribunal de première instance de Port-au-Prince.
39. Il convient de souligner que tout en reconnaissant avoir été écroués sur ordre du
substitut-commissaire du gouvernement Gérald Bélony NORGAISSE, Limacson MATHIEU
et Emmanuel JEAN-JUSTE ont affirmé au RNDDH avoir été conduits au Parquet mais
n’avoir pas été auditionnés. L’ordre d’écrou avait été simplement émis à leur encontre
puis, ils ont été acheminés à la prison civile de Port-au-Prince.
40. Cette deuxième partie du dossier qui concerne donc Eddy BAGGIO, Carl-Hens
Barina ORIVAL et Frantzy VALME alias Didi, a été transférée, le 8 février 2023, au cabinet
d’instruction du magistrat Johnson SIMON.
41. Le
RNDDH
n’a
pu
retracer
le
cheminement de la première partie du dossier
qui concerne Limacson MATHIEU et Emmanuel
JEAN-JUSTE. A ce sujet, le RNDDH a appris que
le registre y relatif est resté à l’ancien local du
greffe du Tribunal de première instance de Portau-Prince, situé au Boulevard Harry Truman,
suite à l’invasion des locaux par des bandits
armés de Village de Dieu, en date du 10 juin
2022. Conséquemment, le greffe du Tribunal
n’a pu ni confirmer ni infirmer la distribution
du dossier par devant un magistrat
instructeur.
Le registre du greffe ayant été
abandonné au local du Tribunal
de première instance sis au
Boulevard Harry Truman, nul ne
sait si la première partie du
dossier qui concerne Limacson
Mathieu et Emmanuel Jean-Juste
avait été déjà distribuée à un
cabinet d’instruction.
42. Le substitut-commissaire du gouvernement Maître Gérald Bélony NORGAISSE de
son côté, s’est engagé à faire le suivi auprès de la DCPJ, en vue de solliciter une copie
du premier rapport qui lui avait été acheminé, dans le souci de reconstituer cette partie
du dossier.
43. Par ailleurs, le RNDDH a aussi remarqué que la deuxième partie du dossier
numéroté 0166/2223, a été transférée au greffe du Tribunal de première instance de
Port-au-Prince le 8 février 2023. Cependant, si dans le rapport de la DCPJ, il est fait
mention de trafic d’armes à feu et de munitions à l’encontre de Carl-Hens Barina
ORIVAL, Eddy BAGGIO et Frantzy VALME alias Didi, dans le registre du Tribunal de
première instance de ce ressort, aucune allusion n’y est faite, ce qui allège
considérablement le dossier.
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VII.
COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS
44. Compte tenu de la dégradation continue de la situation sécuritaire du pays,
l’attention du RNDDH est particulièrement portée sur le traitement, par l’appareil
judiciaire haïtien, des dossiers relatifs aux actes de corruption et de trafic d’armes et
de munitions.
45. Dans le cadre du dossier objet de ce rapport, le RNDDH ne comprend pas
qu’aujourd’hui encore, des personnes arrêtées par la Direction Centrale de la Police
Judiciaire (DCPJ), soient auditionnées en absence de leurs avocats ou de témoins de
leur choix, alors que les déclarations qui leur sont attribuées sont très graves, et
certainement très importantes pour le bon déroulement des dossiers criminels.
46. C’est donc sans surprise que l’une des personnes arrêtées dans le cadre du
dossier objet de ce rapport, ait affirmé avoir été soumise à des traitements cruels et
inhumains. En ce sens, le RNDDH estime qu’une instance aussi importante dans les
investigations criminelles que la DCPJ devrait pouvoir s’engager à respecter ce droit
élémentaire des garanties judiciaires, consacré par l’article 25.1 de la Constitution
haïtienne amendée et qui veut que « Nul ne soit interrogé en l’absence de son avocat ou
d’un témoin de son choix »
47. Le RNDDH estime que l’appareil judiciaire haïtien, jusqu’à date, n’a rien fait pour
établir la lumière sur les faits reprochés aux cinq (5) personnes indexées dans ce cas
complexe d’assassinat, de viol, d’enlèvement et de séquestration contre rançon,
d’incendie criminel, de vol à mains armées, de détention, port et trafic illégaux d’armes
à feu et de munitions, de complicité et d’association de malfaiteurs au préjudice de
nombreuses victimes dont des personnes, des institutions et des entreprises.
48. Le RNDDH juge inacceptable qu’il soit impossible de retracer la première partie
du dossier au Tribunal de première instance de Port-au-Prince, le registre du greffe
ayant été abandonné à l’ancien local du Tribunal en question, au Boulevard Harry
Truman. Dans ces conditions, non seulement les victimes risquent de ne jamais obtenir
justice, pire encore, les personnes incarcérées augmentent simplement le lot des
détenus-es en situation de détention préventive illégale et arbitraire. Et, la plus grande
crainte du RNDDH est de voir ce dossier non consolidé, être acheminé à deux (2)
magistrats instructeurs distincts.
49. Dans le registre du greffe du décanat, il est reproché à Eddy BAGGIO, Carl-Hens
Barina ORIVAL et à Frantzy VALME alias Didi d’être impliqués dans des cas d’assassinat,
de viol et d’association de malfaiteurs au préjudice de Vladimir LEGAGNEUR et autres
personnes. Il n’est pas fait mention des faits de trafic d’armes et de munitions,
contrairement à ce qui est inséré dans le rapport de la DCPJ. Ce manquement qui peut
sembler banal, allège considérablement le dossier proprement dit. Et, ceci est d’autant
plus troublant qu’il est fait état de la distribution de fortes sommes d’argent pour la
requalification des infractions reprochées aux personnes indexées, leur traduction
par-devant un tribunal correctionnel en lieu et place d’un tribunal criminel et leur
remise en liberté.
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50. Le RNDDH rappelle qu’en dépit des nombreuses dénonciations d’implication de
différents secteurs dans le trafic illégal mais juteux d’armes et de munitions, le
gouvernement de facto - qui ne marchande pas sa protection aux bandits armés choisit de ne rien faire en vue d’endiguer le flot d’armes dans le pays. Et, c’est la raison
pour laquelle le RNDDH estime que c’est à la Justice haïtienne de sévir rigoureusement
contre les personnes impliquées dans ce trafic.
51. En ce sens, le RNDDH croit que cette Justice, déjà décriée, ne peut se permettre
un énième scandale de corruption, encore moins dans un cas de trafic d’armes et de
munitions. Conséquemment, le RNDDH met en garde les autorités judiciaires contre
tout comportement anti-déontologique dans le traitement de cette affaire.
52. Enfin, le RNDDH regrette que le Parquet près le Tribunal de première instance
de Port-au-Prince, déjà dysfonctionnel depuis plusieurs années, échappe totalement au
contrôle des autorités judiciaires, suite à la non-certification du commissaire du
gouvernement Jacques LAFONTANT qui à date, n’a jamais été remplacé par la ministre
a.i. de la Justice et de la Sécurité publique, Emmelie PROPHETE MILCE.
53.
Fort de tout ce qui précède, le RNDDH recommande :
•
A la DCPJ de continuer à mener ses investigations mais surtout, d’auditionner
toutes personnes interpellées, en présence de leurs avocats ou de témoins de
leur choix ;
•
Aux magistrats, de se pencher avec célérité sur tous les dossiers relatifs aux
trafics d’armes et de munitions dont celui-ci, et de traduire par-devant les
instances de jugement, tous ceux qui y sont impliqués ;
•
A la ministre a.i. de la Justice et de la Sécurité publique de donner suite aux
recommandations du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) quant aux
magistrats non-certifiés et d’enclencher le processus de certification de tout le
personnel du Parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince,
objet de dénonciations continues de la part des justiciables.
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