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Réseau National de Défense des Droits Humains
(RNDDH)
Six (6) mois après l’assassinat tragique de Jovenel MOÏSE :
Aucun supplément d’enquête de police judiciaire - Aucune instruction judiciaire
6 janvier 2022
Sommaire
Pages
I.
Introduction
3
II.
Rappel de certains résultats de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel MOÏSE
3
III.
Appels croisés enregistrés
5
IV.
Zoom sur certaines personnes indexées dans l’assassinat de Jovenel MOÏSE
6
V.
Blocage de l’enquête menée par la police judiciaire
8
VI.
Inexistence d’une Instruction judiciaire
10
VII.
Commentaires et Recommandations
11
Six (6) mois après l’assassinat tragique de Jovenel MOÏSE : Aucun supplément d’enquête de police
judiciaire - Aucune instruction judiciaire
RNDDH – Rapport/A22/No1
2
I.
INTRODUCTION
1.
Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le président Jovenel MOÏSE a été assassiné chez lui dans
des circonstances tragiques.
2.
L’enquête menée par le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a révélé
que cet assassinat est survenu après le montage d’un plan bien ficelé pour la préparation duquel,
les auteurs intellectuels ont pu compter sur l’appui de deux (2) des responsables de la sécurité
présidentielle, à savoir, le commissaire divisionnaire Jean Laguel CIVIL et le commissaire
municipal Dimitri HERARD, respectivement coordonnateur de la sécurité générale du président
assassiné et responsable en chef de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN).
3.
Aujourd’hui, six (6) mois après cet assassinat, l’instruction judiciaire patauge et aucune
velléité de trouver tous les coupables et de les traduire par-devant la juridiction répressive n’est
enregistrée, d’où l’empressement du RNDDH à partager avec l’opinion publique certains points
d’ombre qui méritent clarification.
II.
4.
RAPPEL DE CERTAINS RESULTATS DE L’ENQUETE SUR L’ASSASSINAT DE JOVENEL MOÏSE
L’enquête a révélé certains points qui méritent d’être rappelés :
5.
De janvier à juin 2021, plusieurs individus ont atterri sur le sol haïtien. Il s’agit d’au moins
trois (3) Américains d’origine haïtienne, d’un (1) Vénézuélien et de vingt-deux (22) Colombiens.
Pour la seule journée du 6 juin 2021, vingt-deux (22) d’entre eux sont arrivés en Haïti. La plupart
avait en leur possession, un contrat de sécurité avec la Counter Terrorist Unit (CTU).
6.
De nombreuses rencontres ont été organisées à Port-au-Prince, Delmas et Pétion-Ville, pour
arrêter Jovenel MOÏSE et le forcer à l’exil ou pour planifier son assassinat. Des personnalités
politiques ont pris part à ces rencontres et certaines d’entre elles ont cru qu’elles remplaceraient
Jovenel MOISE au pouvoir après son départ pour l’exil.
7.
Les ressortissants étrangers s’étaient regroupés en quatre (4) unités de cinq (5) membres
chacune pour opérationnaliser leur mission. L’unité dénommée Delta à laquelle appartenait
Mario Antonio PALACIOS PALACIOS alias Floro avait pour mission de pénétrer dans la résidence
du président Jovenel MOÏSE.
8.
Le soir de son assassinat, Jovenel MOÏSE a passé plusieurs appels de détresse : le directeur
général a.i. d’alors de la PNH, Léon CHARLES, le commissaire divisionnaire Jean Laguel CIVIL
coordonnateur de la sécurité générale du palais national et le commissaire municipal Dimitri
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HERARD, responsable de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN), ont tous promis
de venir en aide à la victime, tout en sachant qu’ils ne le feraient pas.
9.
La première photo du cadavre du président Jovenel MOÏSE a été saisie par un téléphone
portable enregistré au nom de Manuel FRISNER. Il était en possession d’un des membres de
l’unité Delta.
10. Immédiatement après l’assassinat de Jovenel MOÏSE, Joseph Félix BADIO arrivé sur les
lieux à bord d’un pick-up, s’est introduit dans la résidence de la victime. Il a emporté des
documents, une forte somme d’argent ainsi que les armes des policiers qui se trouvaient sur les
lieux. Ces derniers se sont laissé faire sans protester. L’épouse du président défunt, Martine
MOÏSE se trouvait encore dans la maison.
11. De leur côté, les policiers qui assuraient la sécurité du président Jovenel MOÏSE cette
nuit-là ont aussi emporté de fortes sommes d’argent.
12. L’enquête a aussi révélé que de nombreux agents de la PNH affectés à la sécurité du
président ont été soudoyés. Ils ont été monnayés pour laisser passer le commando qui avait
pour mission d’assassiner le président. Plusieurs d’entre eux croyaient cependant que Jovenel
MOÏSE allait être arrêté et envoyé en exil.
13. L’histoire retiendra cependant que six-cent-quarante-sept (647) agents d’unités spécialisées
de l’Unité de Sécurité Présidentielle (USP), de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National
(USGPN) et du Cat-Team n’ont pas pu protéger la seule personne dont ils avaient la mission :
le président Jovenel MOÏSE.
14. Au moins quarante-quatre (44) individus ont été arrêtés au cours du mois de juillet 2021
par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) parmi eux, dix-huit (18) ressortissants
Colombiens, trois (3) Américains d’origine haïtienne, vingt (20) agents de la PNH et trois (3)
autres individus dont les deux (2) responsables de la Corvington Security S.A. ainsi que Marie
Jude Gilbert DRAGON.
15. Le 4 août 2021, le rapport partiel de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a été
transféré aux autorités judiciaires. Après plusieurs tergiversations, choix du magistrat Garry
ORELIEN a été fait par le doyen près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince, Maître
Bernard SAINVIL, pour mener l’enquête judiciaire autour de ce dossier.
16. Le 24 septembre 2021, le magistrat instructeur Garry ORELIEN a, de son côté, ordonné
l’arrestation de trois (3) autres agents qui étaient affectés à l’USGPN. Il s’agit des policiers Wilner
CANGE, Cicéron CEDERNIER et Jacques SINCERE.
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III.
APPELS CROISES ENREGISTRES
17. L’attention du RNDDH a particulièrement été attirée par les milliers appels téléphoniques
passés entre des personnes indexées dans la préparation et la perpétration de cet assassinat.
Quelques-uns parmi ces appels croisés méritent d’être relatés.
18.
De janvier à juillet 2021, Joseph Félix BADIO s’est entretenu avec :
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Cinéus Francis ALEXIS
Léon CHARLES
Reynaldo COVINGTON
Marie Jude Gilbert DRAGON
Ariel HENRY
Harshcard Pierre JOSEPH
John Joël JOSEPH
Christian Emmanuel SANON
James SOLAGES
Wendell Coq THELOT
19. La nuit fatidique de cet assassinat, à partir d’une heure du matin, Joseph Félix BADIO s’est
entretenu avec Marie Jude Gilbert DRAGON, John Joël JOSEPH, Marie Jude Jacques NAU alias
Jacky NAU, Dimitri HERARD, Jude LAURENT et Ariel HENRY, l’actuel premier ministre.
20. Et, alors que l’actuel premier ministre Ariel HENRY affirme avoir oublié la teneur de ses
discussions avec Joseph Félix BADIO, il convient de noter qu’ils se sont entretenus au moins
douze (12) fois. Les deux (2) derniers appels ont été passés entre eux la nuit-même de l’assassinat
de la victime.
21.
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22.
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Joseph VINCENT s’est entretenu avec :
Joseph Félix BADIO
Grégoire BONY
John Joël JOSEPH
Gordon PHENIL
Marie Jude Gilbert DRAGON était en contact avec :
Joseph Félix BADIO
Dominick CAUVIN
Francis Alexia CINEUS
Reynold CORVINGTON
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24.
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Marie Jude Gilbert DRAGON
Dimitri HERARD
Joseph JAAR
Harshcard Pierre JOSEPH
John Joël JOSEPH
Jude LAURENT
Marie Jude Jacques NAU alias Jacky NAU
Christian Emmanuel SANON
James SOLAGES
Cinéus Francis ALEXIS pour sa part, était en contact avec :
Joseph Félix BADIO
John Joël JOSEPH
Rodolphe JAAR
James SOLAGES était en contact avec :
Joseph Félix BADIO
John Joël JOSEPH
Emmanuel Christian SANON
Joseph VINCENT
25. Pour leur part, Jean Laguel CIVIL et Dimitri HERARD ont utilisé, tout au cours de cette
période analysée par le RNDDH, des numéros de téléphone différents. Ils étaient cependant en
contact constamment avec les individus cités plus haut.
26. Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, la plupart des numéros de téléphone appartenant aux
personnes susmentionnées émettaient à Pèlerin 5, à Pétion-ville et/ou aux alentours du palais
national.
IV.
ZOOM SUR CERTAINES PERSONNES INDEXEES DANS L’ASSASSINAT DE JOVENEL MOÏSE
27. Cinq (5) personnes en particulier doivent être considérées comme étant très importantes
pour la manifestation de la vérité dans le cadre de cet assassinat.
28. Marie Jude Gilbert DRAGON était chargé de fournir des informations précises sur les faits
et gestes de la victime à Joseph Félix BADIO. Il était en contact direct avec l’inspecteur
divisionnaire Jude LAURENT qui était attaché par le passé, à sa sécurité, lorsqu’il était
commissaire de police. Ce dernier était posté dans la maison de Jovenel MOÏSE. De plus, Marie
Jude Gilbert DRAGON était chargé de fournir au commando les insignes de la Drug Enforcement
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Administration (DEA), pour l’opération du 6 au 7 juillet 2021. Arrêté le 1er août 2021 et inculpé
dans le dossier, Marie Jude Gilbert DRAGON est décédé le 17 novembre 2021 à la Prison civile
de Port-au-Prince, dans des circonstances non élucidées. En effet, selon les informations qui
circulaient, il présentait une détresse respiratoire aigüe et, plusieurs demandes avaient été faites
auprès des autorités judiciaires – la dernière datait du 15 novembre 2021 – en vue d’autoriser
son transfert vers un centre hospitalier. Le 15 novembre 2021, une demande avait été faite. Deux
(2) jours plus tard, Marie Jude Gilbert DRAGON a été autorisé à laisser la prison, pour mourir le
jour-même à l’Hôpital.
29. Le commissaire Dimitri HERARD était chargé de fournir aux membres du commando des
armes et munitions dont des fusils d’assaut, des bonbonnes de gaz lacrymogène, des grenades
et des scies électriques. Arrêté le 14 juillet 2021 et incarcéré, il attend l’ordonnance du magistrat
instructeur.
30. Le Commissaire divisionnaire Jean Laguel CIVIL était chargé de soudoyer les agents
affectés à la sécurité du président Jovenel MOÏSE. Il avait en sa possession au moins cent mille
(100.000) dollars américains pour ce faire. Arrêté le 26 juillet 2021 et incarcéré, il attend
l’ordonnance du magistrat instructeur.
31. Joseph Félix BADIO était chargé de coordonner l’assassinat et de recevoir, en temps réel,
les informations relatives aux faits et gestes du président Jovenel MOÏSE. En cavale, il fait l’objet,
selon la DCPJ, d’un avis de recherche.
32. John Joël JOSEPH avait pour mission de payer au comptant les frais de location des
véhicules qui devaient servir à perpétrer l’assassinat du 6 au 7 juillet 2021. Il a pu laisser le pays
en novembre 2021, avec la complicité de la primature et du palais national dont l’actuel
secrétaire général, Josué PIERRE -LOUIS est son beau-frère. John Joël JOSEPH entretient ce dernier
des rapports privilégiés.
33. D’autres personnes indexées dans la perpétration de cet assassinat doivent aussi retenir
l’attention. Christian Emmanuel SANON qui devait remplacer Jovenel MOÏSE au poste de
président de la République, résidait à Delmas 60, dans une maison qui appartient à Samir
HANDAL. Des Colombiens ont aussi été accueillis dans cette maison où de nombreuses réunions
de planification de l’assassinat de Jovenel MOÏSE ont été réalisées.
34. Le 9 juillet 2021, Samir HANDAL a laissé le pays avec la complicité d’autorités policières
qui l’ont escorté à l’Aéroport International Toussaint Louverture. Tout de suite après son départ
organisé, un mandat d’amener a été émis à son encontre par le parquet près le Tribunal de
première instance de Port-au-Prince. Le 15 novembre 2021, Samir HANDAL a été arrêté en
Turquie.
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35. De plus, parmi les quarante-sept (47) personnes qui avaient été arrêtées, quatre (4) ont
bénéficié, en date du 3 janvier 2022, d’une libération provisoire. Il s’agit de : l’inspecteur
principal Paul Eddy AMAZAN et des policiers Wilner CANGE, Cicéron CEDERNIER et Jacques
SINCERE. Si l’Inspecteur principal Paul Eddy AMAZAN a été arrêté le 15 juillet 2021, les trois (3)
derniers ont été arrêtés le 24 septembre 2021 par le magistrat instructeur Garry ORELIEN.
36. Les trente-neuf (39) autres personnes sont encore incarcérées et attendent l’ordonnance du
magistrat instructeur.
37. Pour sa part, le général Mario Antonio PALACIOS PALACIOS alias Floro a été présenté par
ses compatriotes incarcérés en Haïti comme étant une des personnes à avoir su que le président
Jovenel MOÏSE devait mourir. Et, tel que susmentionné, il faisait partie de l’unité Delta qui avait
été chargée d’investir la résidence du président et de l’exécuter.
38. Il convient de rappeler que Mario Antonio PALACIOS PALACIOS alias Floro était entré en
Haïti le 4 juin 2021. Après l’assassinat de Jovenel MOÏSE, il a passé plusieurs jours au pays avant
de prendre la fuite. Un avis de recherche et un mandat d’amener respectivement de la DCPJ et
du parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince ont été émis à son encontre.
Le 21 octobre 2021, il a été arrêté à la Jamaïque. Pendant son incarcération, il a collaboré avec le
Federal Bureau of Investigation (FBI) en fournissant des informations cruciales relatives à
l’assassinat de Jovenel MOÏSE. Cependant, faute d’accord d’extradition entre Jamaïque et Haïti,
il n’a pu être extradé vers le pays où il avait perpétré l’assassinat.
39. Le 3 janvier 2022, suite à une alerte lancée par Interpol, Mario Antonio PALACIOS
PALACIOS alias Floro a été appréhendé au Panama puis extradé vers les Etats-Unis où il est
inculpé pour complot visant à fournir un support matériel ayant entrainé la mort et complot visant à
tuer ou à enlever des personnes, en dehors des Etats-Unis.
V.
BLOCAGE DE L’ENQUETE MENEE PAR LA POLICE JUDICIAIRE
40. Dans le cadre de son travail d’enquête judiciaire et dans l’objectif d’être le plus efficace
possible, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) doit avoir accès aux bases de données
de certaines institutions étatiques telles que l’Office d’Assurance Véhicules Contre Tiers (OAVCT)
qui peut renseigner sur les véhicules impliqués dans les actes attentatoires aux vies et aux biens,
l’Office National d’Identification (ONI) susceptible de fournir l’identité et les coordonnées des
personnes suspectées d’être impliquées dans la perpétration d’actes répréhensibles, la Direction
Générale des Impôts (DGI) qui peut renseigner sur la vie fiscale des individus recherchés et la
Direction de l’Immigration et de l’Emigration qui présente les déplacements sur le territoire et à
l’extérieur du pays, des individus potentiellement recherchés.
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41. Pourtant, peu avant l’assassinat du président Jovenel MOÏSE et sans qu’aucune explication
n’ait été fournie, l’accès de la DCPJ aux bases de données de l’OAVCT, de l’ONI, de la DGI et
de la Direction de l’Immigration et de l’Emigration a été interdit. Ainsi, la DCPJ ne peut disposer
d’informations importantes qui pourraient l’aider dans son enquête : Les véhicules qui ont été
utilisés pour perpétrer le crime, les probables transactions réalisées en Haïti par les
ressortissants étrangers qui auraient alors été obligés d’utiliser leur passeport par exemple, pour
se procurer un téléphone portable, l’utilisation potentielle des cartes d’identification nationale
et permis de conduire, pour des achats, des locations, les données biométriques et fiscales des
personnes impliquées ainsi que les mouvements de ces individus tant sur le territoire national
qu’à l’étranger.
42. Jusqu’à date, l’accès n’a jamais été rétabli et aucune démarche en ce sens n’a été entreprise
par les autorités.
43. Depuis le transfert du rapport partiel d’enquête de la DCPJ aux autorités judiciaires au
début du mois d’août 2021, l’enquête est bloquée. Sur ce point, le RNDDH estime que cette
investigation pour la manifestation de la vérité doit être réalisée de concert avec la DCPJ, en
raison de ses capacités et aptitudes dans la recherche des auteurs et coauteurs d’actes délictueux.
44. Lorsque l’ancien directeur général a.i. de la PNH Léon CHARLES était encore à la tête de
l’institution policière, il exigeait qu’un rapport d’avancement de l’enquête lui soit fait chaque
jour par la DCPJ. Ainsi, il restait informé de toutes les personnes auditionnées et/ou arrêtées,
des perquisitions qui avaient été réalisées ainsi que des téléphones dont les appels avaient été
analysés. De plus, en septembre 2021, les enquêteurs qui avaient travaillé sur l’enquête ont été
convoqués par l’Inspection Générale de la PNH qui leur a posé des questions spécifiques relatives
à leur travail, dans l’objectif évident de les intimider. Ces comportements constituaient en fait
des actes de blocage, notamment lorsqu’on se rappelle que Léon CHARLES était lui-même en
contact avec Joseph Félix BADIO. Pourtant, même après le départ de l’ancien directeur a.i. Léon
CHARLES, l’enquête n’a pas repris au niveau de la DCPJ. Ceci laisse supposer que l’ordre d’y
statuer émane d’autorités plus haut placées.
45. Les appels croisés ont révélé que Joseph Félix BADIO, John Joël JOSEPH et Marie Jude
Gilbert DRAGON étaient en contact avec toutes les personnes indexées dans cet assassinat.
Pourtant, la DCPJ n’a pas continué à les approfondir.
46. L’enquête de police judiciaire ne s’est jamais étendue aux institutions bancaires. Pourtant,
il reste un fait que des transactions ont été réalisées et qu’au moins deux (2) institutions bancaires
haïtiennes ont été utilisées pour le transfert et la circulation de montants exorbitants, en
provenance des Etats-Unis vers Haïti. L’information a été confirmée par la FBI. Néanmoins, la
DCPJ n’a jamais autorisé ses enquêteurs à approfondir cet aspect de l’enquête qui aurait
pourtant aidé à identifier ceux qui ont payé pour le crime.
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47. Aujourd’hui, la DCPJ ne mène aucune enquête supplémentaire et aucun rapport définitif
relatif à l’assassinat de Jovenel MOÏSE n’est en cours d’élaboration.
VI.
INEXISTENCE D’UNE INSTRUCTION JUDICIAIRE
48. L’instruction judiciaire menée par le magistrat Garry ORELIEN patauge car, seules
quelques rares auditions et un transport sur les lieux du crime à grands renforts de publicité,
ont été réalisés. Il ne s’agit pas d’une surprise dans la mesure où, dès sa désignation, les capacités
du magistrat instructeur à mener à bien une telle enquête, avaient été remises en question.
49. Le magistrat, par conséquent, aurait dû se rendre compte de la complexité d’un tel dossier
et octroyer commission rogatoire à la DCPJ pour approfondir ses investigations et fournir à la
chambre criminelle, d’autres éléments cruciaux qui auraient pu aider à la manifestation de la
vérité. Cependant, ceci n’a pas été fait.
50. Par ailleurs, au lieu de mener l’enquête pour laquelle il a été désigné, le magistrat Garry
ORELIEN et son greffier Elysée CADET intimident et menacent des personnes indexées dans ce
dossier pour avoir à un moment ou à un autre entretenu un lien, aussi ténu qu’il fût, avec les
assassins de Jovenel MOÏSE. C’est le cas par exemple de RJ Rent a Car, une entreprise de location
de véhicules, copropriété de Oly DAMUS.
51. En effet, le 21 juin 2021, Joseph Félix BADIO s’est présenté au RJ Rent a Car en vue de louer
quatre (4) véhicules. Depuis lors, le contrat de location a été régulièrement renouvelé, le dernier
renouvellement datant du 1er juillet 2021, pour une période de huit (8) jours.
52. Après l’assassinat de Jovenel MOÏSE, deux (2) des véhicules en question ont été confisqués
par la DCPJ. Ils n’ont jamais été remis à l’entreprise en dépit d’une décision en référés rendue le
15 novembre 2021 par le Tribunal civil de Port-au-Prince.
53. Parallèlement, le 6 décembre 2021, Oly DAMUS a appris à la radio qu’un mandat d’amener
et une interdiction de départ avaient été émis à son encontre par le magistrat instructeur Garry
ORELIEN, suite à un mandat d’invitation datant du 22 novembre 2021 qui lui aurait été acheminé,
auquel il n’aurait pas donné suite. Pourtant, Oly DAMUS n’avait jamais reçu d’invitation.
54. Le même jour, il en a informé ses avocats qui se sont empressés de prendre contact avec
le magistrat instructeur Garry ORELIEN. Le 8 décembre 2021, l’un de ses avocats a été contacté
par le greffier du magistrat, Elysée CADET. Ce dernier a sollicité une rencontre avec l’entreprise
RJ Rent a Car.
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55. Le lendemain, soit le 9 décembre 2021, Elysée CADET s’est présenté à l’entreprise comme
étant l’émissaire du magistrat Garry ORELIEN qui a promis de faire annuler les mandats
d’amener et interdiction de départ émis à l’encontre de Oly DAMUS si ce dernier consentait à
transférer un véhicule au nom du greffier.
56. Suite à cette rencontre, Elysée CADET qui a toujours affirmé intervenir avec la bénédiction
de son magistrat, a continué à échanger avec Oly DAMUS par message WhatsApp, envoyant
copie de son permis de conduire, pour que le transfert du véhicule soit fait en son nom, exigeant
des informations sur les marques des véhicules de l’entreprise, fournissant des spécifications
sur le type de véhicule qu’il veut avoir et menaçant d’arrêter OLY DAMUS si ce dernier ne donnait
suite rapidement à ses exigences.
VII.
COMMENTAIRES ET RECOMMANDATIONS
57. L’assassinat tragique du président Jovenel MOÏSE perpétré dans sa résidence, dans la nuit
du 6 au 7 juillet 2021 doit être élucidé non seulement parce que le peuple haïtien a besoin de
comprendre ce qui s’est passé, mais aussi parce que le droit à la vie étant fondamental, sa
violation doit entrainer immédiatement la punition qui en découle. Il s’agit-là d’un principe
sacré duquel dépend le maintien de l’ordre dans une société basée sur l’Etat de droit
démocratique et le respect des droits humains.
58. Le RNDDH estime que les autorités policières et judiciaires doivent s’engager à mener
une enquête impartiale, auditionner tous ceux et toutes celles qui pourraient avoir un lien avec
les personnes indexées dans cet assassinat et étendre leurs investigations aux institutions
bancaires, dans le but de trouver les informations susceptibles d’aider à la manifestation de la
vérité et à l’identification de tous les auteurs intellectuels et matériels de ce crime.
59. Le RNDDH croit en ce sens que le fait de ne pas vouloir étendre l’investigation criminelle
aux institutions bancaires ayant hébergé des comptes qui avaient consenti des transactions en
vue de payer les assassins de Jovenel MOÏSE, ne les protège en rien.
60. Par ailleurs, l’ancien directeur général a.i. de la PNH Léon CHARLES s’étant entretenu à
plusieurs reprises avec Joseph Félix BADIO, plus que jamais, le RNDDH estime qu’il a pour
obligation de fournir des informations sur ses liens avec ce dernier, d’autant plus qu’il figurait
parmi les premières personnes contactées par Jovenel MOÏSE la nuit de son assassinat et qu’il
avait décidé de ne pas lui porter assistance. Et, ce qui au début de l’enquête menée par la police
judiciaire pouvait être considéré comme étant un intérêt pour l’avancement du dossier, doit être
analysé à la lumière de ces probables liens avec Joseph Félix BADIO et considérés comme étant
une éventuelle manœuvre pour orienter l’enquête et éviter que son nom ne soit mentionné dans
le rapport.
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61. Puisque des ressortissants étrangers avaient pris une part active à la préparation et à la
perpétration de cet assassinat, il est aussi important de travailler assidument avec des agences
d’intelligence étrangères capables d’aider à retracer les auteurs et coauteurs de ce crime. La
preuve irréfragable reste et demeure l’arrestation et l’extradition de Mario Antonio PALACIOS
PALACIOS alias Floro par les autorités américaines alors que l’Etat haïtien n’a pu réussir à le faire
venir en Haïti.
62. En outre, les raisons pour lesquelles la DCPJ n’a plus accès aux bases de données de
l’OAVCT, de la DGI, de l’ONI et de la Direction de l’Immigration et de l’Emigration doivent être
élucidées car, cette subite interdiction entrave la bonne marche de l’enquête judiciaire.
63. Aucun supplément d’enquête de police judiciaire pour l’élaboration d’un rapport définitif
portant sur l’assassinat de Jovenel MOISE n’est en cours au niveau de la DCPJ. Cette décision a
été prise au plus haut niveau de l’Etat. De même, aucune instruction judiciaire n’est menée
actuellement par le magistrat instructeur Garry ORELIEN. Au contraire. Ce dernier use de sa
position pour, en complicité avec son greffier Elysée CADET, intimider des personnes et tenter
de leur extorquer des biens. En ce sens, le RNDDH estime que les cellules d’inspection judiciaire
tant au niveau du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) qu’au niveau du Ministère de la
Justice et de la Sécurité Publique doivent ouvrir rapidement une enquête sur le comportement du
magistrat Garry ORELIEN et de son greffier Elysée CADET et de les sanctionner rigoureusement.
64. Le RNDDH reste convaincu que le président Jovenel MOÏSE a été livré par les responsables
de sa sécurité. Car, sans la participation active du commissaire divisionnaire Jean Laguel CIVIL
et du commissaire municipal Dimitri HERARD, respectivement coordonnateur de la sécurité
générale du président et responsable en chef de l’USGPN, l’assassinat n’aurait pu être perpétré
de la sorte.
65. Cependant aujourd’hui, le RNDDH rappelle que c’est aux autorités policières et
judiciaires que revient l’obligation de faire jaillir la vérité et de condamner les coupables. C’est
donc la raison pour laquelle le RNDDH recommande aux autorités policières et judiciaires de :
•
Passer les instructions pour la reprise de l’enquête de police judiciaire ;
•
Identifier les institutions bancaires qui, en Haïti, ont permis de payer la préparation et la
perpétration du crime ;
•
Auditionner toutes les personnes sans distinction qui se sont entretenues avec celles
indexées dans le crime ;
•
Enquêter sur le comportement du magistrat instructeur Garry ORELIEN et de son greffier
Elysée CADET, dans l’instruction de ce dossier et prendre à leur encore les sanctions qui
s’imposent.
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