Étude de marché : financer l'énergie durable par les flux de transferts de fonds en Haïti et en République dominicaine
- Les transferts financent déjà l'énergie : les expéditeurs déclarent que près de 25 pour cent des sommes envoyées servent à payer des factures d'énergie et d'électricité, ce que les destinataires confirment.
- L'appétit pour les produits d'énergie propre est fort chez les expéditeurs comme chez les destinataires, et chez les expéditeurs haïtiens en partie parce qu'ils doutaient que le gouvernement fournisse l'électricité à brève échéance.
- Les articles bon marché, portables et peu exposés au vol arrivent en tête : l'ensemble radio, lampe torche et chargeur de téléphone à 35 dollars et les lanternes à 27 dollars, devant le kit solaire d'éclairage à 500 dollars.
- Le kit solaire à 500 dollars suscite des réserves car il ne fournit que de l'éclairage et ne ferait fonctionner ni réfrigérateur, ni ventilateur, ni téléviseur, et soulève des craintes de vol.
- Expéditeurs et destinataires privilégient des modèles opposés : les premiers préfèrent acheter à New York avec livraison directe à la famille, les seconds recevoir l'argent et acheter eux-mêmes sur place.
- Les modèles fondés sur un compte d'épargne ou un prêt sont rejetés par les deux groupes, compte tenu du faible taux de bancarisation, des formalités inhabituelles, des questions sur le titulaire du compte, et de prêts jugés chers et exigeants en garanties.
- L'étude est qualitative et décline toute valeur statistique ; les résultats pour Haïti et la République dominicaine sont présentés conjointement plutôt que séparément.
Commandée par le Fonds multilatéral d'investissement et réalisée par Arc Finance avec l'Agence de Bâle pour l'énergie durable, cette étude demande si les flux de transferts de fonds peuvent financer l'énergie propre des ménages. La méthode est qualitative : douze groupes de discussion de douze participants au maximum, six auprès d'expéditeurs de la région de New York, répartis entre origine haïtienne et dominicaine, et six auprès de destinataires, trois en Haïti à Ganthier, Mirebalais et Hinche et trois en République dominicaine à Santo Domingo Est, Bani et Bonao. Les séances se sont tenues en anglais, espagnol, français et créole. Les auteurs précisent que le travail n'a pas de valeur statistique et visait à faire apparaître des raisonnements plutôt qu'à les mesurer.
Le résultat qui cadre tous les autres est que les transferts financent déjà l'énergie : les expéditeurs déclarent que près de 25 pour cent des sommes envoyées servent à payer des factures d'énergie et d'électricité, et les destinataires le confirment. L'intérêt pour les produits d'énergie propre est fort des deux côtés, et chez les expéditeurs haïtiens en partie parce que les participants doutaient que leur gouvernement fournisse l'électricité à brève échéance. Les préférences sont sensibles au prix et pratiques. L'ensemble radio, lampe torche et chargeur de téléphone à 35 dollars et les lanternes à 27 dollars arrivent en tête parce qu'ils sont bon marché, portables et moins exposés au vol ; le kit solaire d'éclairage domestique à 500 dollars vient ensuite mais suscite des réserves, car il ne fournit que de l'éclairage et ne ferait pas fonctionner un réfrigérateur, un ventilateur ou un téléviseur, ainsi que des craintes de vol qui ont nourri des échanges sur les grilles, l'alourdissement et la fixation au ciment des panneaux. Les réchauds solaires et à bois, à 190 et 40 dollars, suivent.
Sept modèles d'affaires ont été testés, et sur ce point les deux groupes divergent. Les expéditeurs préfèrent acheter le produit à New York à condition que le vendeur le livre directement à la famille, ce qui évite transport, douane et responsabilité et garantit que l'argent n'est pas détourné. Les destinataires préfèrent recevoir l'argent et acheter eux-mêmes sur place, estimant que les proches à l'étranger ne donneraient pas suite, jugeraient mal les besoins locaux, et que l'achat local évite transport et douane tout en préservant une garantie auprès d'un vendeur connu. Les modèles fondés sur un compte d'épargne ou un prêt ne séduisent ni l'un ni l'autre : la plupart des participants n'ont pas de compte bancaire, l'épargne n'est pas une habitude, les formalités et la propriété du compte soulèvent des questions de contrôle, et les prêts passent pour chers et exigeants en garanties. Sous-jacent à l'ensemble se trouve le motif du contrôle que l'étude entendait tester, avec une tension documentée entre des expéditeurs souhaitant orienter l'usage de leur argent et des destinataires y résistant précisément.
Comment citer
Multilateral Investment Fund (MIF); Arc Finance; Basel Agency for Sustainable Energy (BASE), 2009, Étude de marché : financer l'énergie durable par les flux de transferts de fonds en Haïti et en République dominicaine, https://energy-base.org/l/wp-content/uploads/2020/03/4.IADB-Financing-Sustainable-Energy-through-Remittance-Flows-in-Haiti-and-the-Dominican-Republic-2009.pdf