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Filyè elvaj: bèf, kabrit, lapen, kochon, poul ak myèl

Filyè elvaj: bèf, kabrit, lapen, kochon, poul ak myèl

Ministè Agrikilti, Resous Natirèl ak Devlopman Riral (MARNDR), Bank Entèamerikèn Devlopman (BID) 2005
Rezime — Volim elvaj etid MARNDR-BID sou kreno potansyèl nan filyè riral ayisyen, pa Michel Chancy, septanm 2005.
Deskripsyon Konple
Konsiltan Michel Chancy te prepare l pou Direksyon Jeneral Adjwen Òganizasyon Pwodiksyon ak Mache Agrikòl MARNDR ak Regional Operations Department II BID, ak dat septanm 2005. Se konpozant elvaj etid pi laj sou idantifikasyon kreno potansyèl nan filyè riral ayisyen, epi li trete sis gwoup: bèf, kabrit, lapen, kochon, poul ak myèl. Li kòmanse ak èbivò yo - bèf, kabrit ak mouton - lè li idantifye epi lokalize diferan kategori aktè.
Sije
AgrikiltiDevlopman RiralEkonomiKomès
Jewografi
Nasyonal
Mo Kle
élevage, bovins, caprins, ovins, lapins, porcins, volailles, abeilles, herbivores, Michel Chancy, MARNDR, BID, HA-T1008, ATN-FC-9052, créneaux potentiels
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MINISTERE DE L’AGRICULTURE, DES RESSOURCES NATURELLES ET DU DEVELOPPEMENT RURAL Direction Générale Adjointe à l’Organisation de la Production et des Marchés Agricoles IDB – REGIONAL OPERATIONS DEPARTMENT II Environmental and Natural Resources Management Division Identification de creneaux potentiels dans les filières rurales haitiennes (HA-T1008/ATN-FC-9052) filiere élevage : bovins, caprins, lapins, porcins, volailles, abeilles Michel CHANCY Consultant Septembre 2005 SOMMAIRE SOMMAIRE i 1. HERBIVORES : BOVINS, CAPRINS ET OVINS 1 1.1 Identification, localisation des différentes catégories d’acteurs 1 1.1.1 Les producteurs 1 1.1.2 Les intermédiaires 3 1.2 Caractérisation des relations entre les differents acteurs 4 1.3 volume, prix et valeurs 5 1.3.1 Evolution de la production 5 1.3.2 les prix moyens observés 8 1.3.3 Prix des produits concurrents 11 1.3.4 Mécanisme de formation des prix 11 1.4 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs 12 1.4.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage bovin 12 1.4.2 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage caprin 15 1.5 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 18 1.5.1 Rappel des caractéristiques majeures de l’élevage des ruminants 18 1.5.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur 19 1.5.3 Contraintes au niveau de l’organisation de la production 19 1.5.4 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 20 2 LES PRODUITS LAITIERS 24 2.1 Identification et localisation des différentes catégories d’acteurs 24 2.1.1 Les producteurs 24 2.1.2 Les vendeurs de produits laitiers (marchands de lait) 26 2.1.3 Les transformateurs 27 2.1.4 Caractérisation des relations existantes entre les différents acteurs 29 2.2 Volume, prix et valeurs 30 2.2.1 Bilan en volume de la filière 30 2.2.2 Évolution de ce bilan 30 2.2.3 Les prix moyens observés 32 2.2.4 Prix des produits concurrents 35 2.2.5 Mécanisme de formation des prix dans la filière 36 2.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs 37 2.3.1 Le lait 37 2.3.2 Le yaourt et le lait stérilisé 38 2.3.3 La douce Marcos 39 2.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage. 40 2.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière lait en Haïti 40 2.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur 41 2.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. 41 2.4.4 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 44 3 ELEVAGE PORCIN 49 3.1 Identification et localisation des différentes catégories d’acteurs 49 3.1.1 Les producteurs 49  Localisation sur le territoire national 50  Estimation du nombre d’acteurs impliqués 50 3.1.2 Les intermédiaires 50 3.1.3 Caractérisation des relations existant entre les différents secteurs 52 3.2 Volume, prix et valeurs 52 3.2.1 Évolution de la production 52 3.2.2 Les prix moyens observés 56 3.2.3 Prix des produits concurrents 58 3.2.4 Mécanisme de formation des prix 59 3.3 Valeur ajoutee générée par la filiere, répartition des revenus entre les différentes catégories d’acteurs 59 3.3.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage porcin 59 3.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 63 3.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière porc 63 3.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur 63 3.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur 64 3.4.4 Propositions 64 3.4.5 Point d’application (lieux géographiques, partenaires) pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière 65 4 PRODUCTION AVICOLE TRADITIONNELLE 66 4.1 Identification et localisation des différentes catégories d’acteurs 66 4.1.1 Les producteurs 66 4.1.2 Les intermédiaires 67 4.1.3 Caractérisation des relations existant entre les différents secteurs 68 4.2 Volume, prix et valeurs 68 4.2.1 Évolution de la production 68 4.2.2 les prix moyens observés 70 4.2.3 Prix des produits concurrents 72 4.2.4 Mécanisme de formation des prix 73 4.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs 74 4.3.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage de poules indigènes 74 4.4 Analyse des contraintes 76 4.4.1 Contraintes liées à la production 76 4.4.2 Les contraintes externes, liées au contexte économique et institutionnel de la production (y compris les contraintes environnementales.) 78 4.4.3 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 78 5 ÉLEVAGE INTENSIF DE POULET DE CHAIR 79 5.1 Les acteurs 79 5.1.1 Les producteurs 79 5.1.2 Les associations de producteurs et autres 80 5.1.3 Les intermédiaires en amont de la production 81 5.1.4 Les intermédiaires du circuit de commercialisation du poulet engraissés 82 5.1.5 Relations existantes entre les acteurs. 83 5.2 Volumes, prix, valeurs 84 5.2.1 Évolution de la production 84 5.2.2 Les prix moyens observés 86 5.2.3 Prix des produits concurrents 87 5.2.4 Mécanisme de formation des Prix 88 5.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs 89 5.3.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage de poulet de chair 89 5.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 93 5.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière poulets de chair 93 5.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur 93 5.5 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. 94 5.5.1 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 95 5.5.2 Point d’application (lieux géographiques, partenaires) pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière 96 6 VOLAILLES : production intensive d’œufs 97 6.1 Acteurs et circuits 97 6.1.1 Les producteurs 97 6.1.2 Les intermédiaires en amont de la production / les fabricants d’aliments 97 6.1.3 Les intermédiaires du circuit de commercialisation des œufs de table 98 6.1.4 Relations existantes entre les acteurs 99 6.2 Volumes, prix, valeurs 100 6.2.1 Évolution de la production 100 6.2.2 Prix moyens observés aux différents stades de la filière, leur saisonnalité, leur évolution ces dernières années 101 6.2.3 Prix des produits concurrents 103 6.2.4 Mécanisme de formation des prix 103 6.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs 104 6.3.1 Marge du producteur 104 6.3.2 Marge du négociant/vendeur 105 6.3.3 Marge du détaillant/vendeur d’œufs frais 106 6.3.4 Marge du détaillant/vendeur d’œufs bouillis 106 6.3.5 Les supermarchés 107 6.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principaux facteurs de blocage 108 6.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière «production d’œufs» 108 6.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur 108 6.4.3 Les menaces qui pèsent sur le sous-secteur 109 6.4.4 Contraintes externes, liées au contexte économique et institutionnel de la production 110 6.4.5 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 110 6.4.6 Point d’application pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière 111 7 Filière Lapin (Cuniculture) 112 7.1 Acteurs et circuits 112 7.1.1 Les éleveurs 112 7.1.2 Organisations d’éleveurs 113 7.1.3 Les marchands de lapins 114 7.1.4 Les super marchés 114 7.1.5 Les restaurants et hôtel 114 7.1.6 Les ONG 114 7.1.7 Caractérisation des relations existantes entre les différents acteurs 115 7.2 volume, prix et valeurs 116 7.2.1 Evolution de la production 116 7.2.2 Les prix moyens observés 116 7.2.3 Prix des produits concurrents 117 7.2.4 Mécanisme de formation des Prix 117 7.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs 118 7.3.1 Compte d’exploitation du producteur 118 7.3.2 Marge du négociant 119 7.3.3 Marge du supermarché 120 7.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principaux facteurs de blocage 121 7.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière lapin en Haïti 121 7.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur 121 7.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. 121 7.4.4 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 122 7.4.5 Points d’application pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière 123 8 l’apiculture en Haïti 124 8.1 Identification et Localisation des différentes catégories d’acteurs 124 8.1.1 Les producteurs 124 8.1.2 Les transformateurs et autres acteurs impliqués 126 8.1.3 Localisation sur le territoire national 129 8.1.4 Estimation du nombre d’acteurs impliqués 129 8.1.5 Caractérisation des relations existantes entre les différents acteurs 130 8.2 VOLUME, PRIX ET VALEURS 131 8.2.1 Bilan en volume de la filière 131 8.2.2 Les prix moyens observés 133 8.2.3 Prix des produits concurrents 134 8.2.4 Mécanisme de formation des prix 134 8.3 Valeur ajoutée générée par la filière, répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs 135 8.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 135 8.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de l’apiculture haïtienne 135 8.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur 136 8.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. 137 8.4.4 Propositions 139 BIBLIOGRAPHIE 141 1. HERBIVORES : BOVINS, CAPRINS ET OVINS 1.1 Identification, localisation des différentes catégories d’acteurs 1.1.1 Les producteurs ◦ Les producteurs ou éleveurs de bovins à viande, de caprins et d’ovins sont des petits ou moyens propriétaires fonciers. Ils peuvent être aussi des fermiers ou métayers. Les moyens propriétaires disposent des surfaces allant de 3 à 6 carreaux. Leur cheptel bovin peut varier entre 7 et 10 bovins adultes. Les petits propriétaires et les métayers ont en général un cheptel variant entre 1 et 5 UGB et travaillent entre 1 à 3 carreaux de terre dans certaines parties de la plaine du nord. Dans les autres parties du pays, ils ont parfois moins de 0,5 carreaux en propriété. ◦ Les petits éleveurs, à faible capacité d’investissement, ont parfois recours au gardiennage et sont, dans ce cas, doivent partager les animaux sevrés avec les propriétaires. ◦ Si pour les bovins les éleveurs sont en majorité des hommes, dans le cas des petits ruminants, ces éleveurs peuvent être des femmes, des personnes âgées ou de jeunes enfants d’âge scolaire (VETERIMED, 2001). ◦ En faire valoir direct ou indirect (gardien ou propriétaires), les effectifs varient en fonction de l’âge de l’éleveur et de ses conditions économiques. Ainsi, dans certaines zones du pays comme le plateau central, il est courant de trouver des moyens éleveurs avec un effectif de 20 à 30 caprins. ◦ Les troupeaux de bovins, de caprins et d’ovins valorisent les ressources fourragères disponibles sur les jachères, les parcours en indivision et les parcours en élevage libre encore existants1 dans le pays. ◦ Pour nourrir les troupeaux de bovins, certains petits propriétaires, particulièrement ceux travaillant des terres en métayage vont jusqu’à recourir au vol de pâturage (jachères pâturées), pendant la nuit. D’autres, au contraire, investissent dans l’achat de parcelles de canne à sucre ou des droits de pâture sur des parcelles en jachères. Qu’il s’agisse de bovins, de caprins ou d’ovins, les animaux sont généralement attachés au piquet et conduits au pâturage. Les résidus de récolte, stipes de banane et branchage leur sont apportés en guise de nourriture. ◦ Pour les caprins et les ovins, dans beaucoup de régions du pays, les animaux sont dirigés vers les pâturages le matin et ramenés le soir aux alentours de la maison familiale où ils reçoivent des apports de toutes sortes : herbe de coupe, branchage, résidus de culture, etc.(VETERIMED,2001). ◦ En plus de ces systèmes d’élevage mixte, il existe un système où les caprins sont élevés sur des parcours entièrement clos et où des abris de protection sont construits. Les animaux reçoivent dans ce cas des compléments minéraux et de nourriture. Ce système qui utilise en grande partie des animaux de races améliorés, est jusqu'à présent très peu répandu (Ti tanyen, Gressier, etc.). • Comme pour les bovins laitiers, les bovins à viande et les petits ruminants sont rencontrés un peu partout à travers le pays. Selon le Docteur Audalbert Bien-Aimé de la FAMV (1998), l’élevage de ces espèces (bovins, caprins, ovins) est demeuré traditionnel à plus de 99% et est assuré essentiellement par les petits paysans répartis à travers environ 800 000 exploitations agricoles. Les éleveurs/producteurs des ruminants peuvent être classés en 3 groupes: 1. Les petits producteurs/éleveurs possédant en moyenne 5 à 10 caprins, 3 à 5 ovins et 1 à 3 bovins. Economiquement faibles, ils disposent entre un (1) à deux (2) carreau (x) de terres qu’ils travaillent en faire valoir direct (héritage) et en faire valoir indirect (métayage). La main d’œuvre utilisée est essentiellement familiale. 2. Les moyens éleveurs/producteurs qui élèvent en moyenne 10 à 25 caprins, 5 à 10 ovins et 5 à 10 bovins. Ils disposent ente 3 à 6 carreaux qu’ils travaillent en faire valoir direct (héritage et achat) et en faire valoir indirect (fermage). Ils utilisent surtout la main d’œuvre familiale et dans des rares cas la main d’œuvre externe. 3. Les grands éleveurs/producteurs exploitant des parcelles de dimension supérieure à 6 carreaux. Ils élèvent en moyenne sur leurs exploitations travaillées en faire valoir direct (héritage et achat) 25 à 50 caprins,15 à 20 ovins et 15 à 25 bovins. A fortes possibilités économiques, ils utilisent à la fois la main d’œuvre familiale et la main d’œuvre externe. Cette situation est résumée au tableau 1 suivant. Tableau 1 : Classification des producteurs/éleveurs de ruminants Groupe d’éleveurs Nbre de têtes de bétail (ruminants) Superficie exploitée Mode de tenure foncière Type de MO utilisée Petits éleveurs/ producteurs 5 à 10 caprins, 3 à 5 ovins, 1 à 3 bovins 1 à 2 carreaux métayage et héritage interne Moyens producteurs 10 à 25 caprins, 5 à 10 ovins, 5 à 10 bovins 3 à 6 carreaux fermage, héritage et achat interne et externe Grands producteurs 25 à 50 caprins, 10 à 20 ovins, 15 à 25 bovins > 6 carreaux Héritage et achat Interne et externe • Comme nous l’avons signalé dans le cas des bovins laitiers, les régions du pays où l’élevage est le plus florissant sont le Nord, le Nord-Est, l’Artibonite, l’Ouest, le Plateau Central, et la plaine des Cayes. Ces deux dernières régions ont, selon l’Agronome Delinois (1988), bénéficié de plusieurs programmes visant à l’amélioration des élevages bovin et caprin, spécialement pour le Plateau Central. D’autres régions du pays, comme les plaines environnant la zone métropolitaine et la région Bas Artibonite disposent également d’un cheptel significatif. • Pour les caprins, l’une des zones importantes de production reste le Plateau Central où les caprins, selon plusieurs études (RESAL, 2001 ; VETERIMED, 2001), représentent une partie importante, soit 75 % des 49 000 têtes de bétail vendues annuellement à partir des marchés de ce département vers la République Dominicaine. • Selon les résultats des campagnes de vaccination contre le charbon réalisée de 1997 à 1999 par VETERIMED pour le MARNDR, l’élevage des ruminants est concentré au niveau des 4 suivantes régions du pays: Sud, Ouest, Artibonite et Centre. La majorité des éleveurs et des animaux, soit 60 à 70 %, se trouvent dans ces régions. ◦ Selon certaines estimations (Bien-Aimé A., 1998), Suivant les régions, 45 à 55% des exploitations élèvent en général 1 à 5 bovins. Pour l’élevage caprin/ovin, il serait pratiqué par 60% des exploitations agricoles haïtiennes, soit environ 500 000 exploitations agricoles. Tandis que, environ 40% des exploitations, soient 300 000 environ, pratiquent l’élevage bovin. ◦ Les informations collectées par VETERIMED dans le cadre du Projet Bèt Se Lespwa ont montré que plus de 70% des exploitations agricoles du Plateau Central pratique l’élevage caprin. ◦ Selon Paul Doura (1995), le cheptel caprin, avec un taux d’extraction de 60%, était estimé à 250 000 têtes à travers les 62146 exploitations agricoles que comptait le Plateau Central en 1977. ◦ Selon les estimations de chiffres provenant des campagnes de vaccination contre le charbon de 97 à 99, c’est dans les départements du Sud et du Nord-Ouest que l’élevage de mouton serait le plus pratiqué. Dénombrés par estimation à 500 000 les éleveurs de bovins et à 300 000 les éleveurs de caprins, ces producteurs sont les acteurs principaux de la filière ‘’ruminants’’. 1.1.2 Les intermédiaires 1.1.2.1 Les négociants et les détaillants En dehors de la production de lait, la viande bovine, ovine ou caprine fait rarement l’objet de transformation. Cependant, la peau de ces animaux, dans certains cas, est utilisée en tannerie. Toutefois, avec l’envahissement du pays par les produits venus de l’extérieur (souliers, tennis et autres), les professionnels transformant ces produits en cuir ont presque complètement disparu. Dans le cas des viandes bovine et caprine en particulier, il existe une catégorie de marchands ambulants qui parcourent les marchés ruraux (marchés de collecte), achètent du bétail et les revendent dans les marchés communaux ou de rassemblement. Généralement, ils achètent directement des éleveurs. Dans ce cas, ils mettent à profit le réseau organisé de marchands qu’ils constituent pour porter certains éleveurs à leur vendre au prix qu’ils ont entendu entre eux. Il est difficile de dénombrer les marchands ambulants et les négociants ; puisque ces types de commerçants changent souvent d’activités commerciales. Bien entendu, certains commerçants pratiquent exclusivement le commerce d’un produit carné spécifique. Ne pouvant pas conserver, en conditions de réfrigération, les viandes restées invendues pendant la journée, ce groupe d’intermédiaires ont connu souvent des pertes jusqu’à l’ordre de 15% environ. Aussi, La marge brute réalisée par ce groupe d’intermédiaires est-elle généralement de l’ordre de 40 % pour les négociants/grossistes et 15 à 20 % pour les détaillants. 1.1.2.2 Les supermarchés Il y aurait dans le pays selon le Ministère du commerce, en 2005, environ 45 supermarchés, qui offrent à leur clientèle de la viande des ruminants, particulièrement celle du bovin et du caprin. Les supermarchés se concentrent surtout dans la région métropolitaine : Pétion–Ville, Carrefour, Delmas, Bon Repos, Croix–des-Bouquets, Centre Ville de Port-au-Prince. Généralement, ils s’approvisionnent des négociants/grossistes en achetant l’animal vivant et le revendant sous forme de carcasse comme les détaillants. Certains s’approvisionnent des détaillants qui font eux-mêmes le déplacement en apportant la viande dans les supermarchés. À cause des problèmes liés à l’énergie électrique, les supermarchés font parfois des pertes, estimées à moins de 5%. Les différents coûts (transport de viande, chaîne de froid, loyer, salaire etc…) à supporter par le supermarché, augmentent considérablement le prix de revient de l’animal. Consécutivement, la marge brute réalisée par le super marché est élevé, de l’ordre de 50% environ. Il existe aussi quelques rares supermarchés qui travaillent dans les principales villes de provinces, notamment les Cayes, Cap-Haïtien, Jacmel, Gonaïves, Hinche et Jérémie. 1.2 Caractérisation des relations entre les differents acteurs ◦ Absence de contrat écrit entre les producteurs et les marchands ambulants, ◦ Contrat verbal entre les propriétaires et les gardiens sur les modalités de partage des portées dans le cas des caprins et ovins ou des compensations à verser au cas où les gardiens n’arriveraient pas à avoir un animal, avant la fin (rupture du contrat) du contrat. ◦ Relations de clientélisme entre les marchands ambulants et les producteurs qui n’osent pas se rendre dans les marchés ruraux ou communaux, dans certains cas, ces derniers font face aux mêmes problèmes avec les bouchers locaux. ◦ Relations de clientélisme entre les grossistes et les supermarchés qui fréquentent peu les marchés de production ou de collecte. Au lieu de se rendre parfois au marché de regroupement, certains supermarchés préfèrent s’approvisionner des grossistes qui font le déplacement pour leur apporter la viande sur place. 1.3 volume, prix et valeurs 1.3.1 Evolution de la production ◦ Selon les données disponibles au niveau de la FAO (FAOSTAT, 2004), le cheptel des ruminants comptait, en 2004, 1 456 000 bovins, de 1 900 000 caprins et de 153 500 ovins. ◦ En 2004, selon les données disponibles à la FAO (FAOSTAT, 2004), environ 6 780 TM de viande de caprins ont été produits grâce à l’abattage de 445 000 têtes de caprins/ovins. ◦ Toujours selon les mêmes sources, pour la même année 2004, 287 000 têtes de bovins auraient été abattues et ont fourni 42 500 TM de viande. ◦ Au cours de la période 1984-2004, la production de viande de bovins a augmenté. Mais, il est à signaler que cette production a connu une période de régression entre 1985 et 1991 avant de connaître une période de croissance continue jusqu’à la fin de la période. Ainsi, selon la FAO (2004), la production de viande bovine est passée de 31 500 à 25 000 TM entre 1984 et 1991. Par la suite, la production a augmenté continuellement, passant de 27 000 à 42 500 TM entre 1992 et 2004. Selon les données publiées par la FAO(FAOSTAT, 2005), cette augmentation continuelle de la production de viande n’a pas toujours été proportionnelle à celle des effectifs du cheptel local. La production a augmenté beaucoup plus rapidement que les effectifs, entraînant ainsi une augmentation du taux d’extraction pour répondre semble-t-il aux besoins de consommations de la population. Le cheptel bovin a connu une évolution en dents de scie entre 1990 et 1999 avant de connaître une période croissance continue de 2000 à 2004 (voir tableau 2). ◦ La croissance continue de la population animale s’explique selon certains témoignages par une volonté des paysans d’investir davantage dans l’achat d’animaux compte tenu de la dégradation générale de la production végétale due à différents facteurs comme : 1. la baisse généralisée de la productivité agricole due entre autres à la dégradation de l’environnement, 2. la hausse du coût de la main d’œuvre agricole ou simplement l’indisponibilité de cette main d’œuvre, 3. la hausse constante des prix de la viande et d’autres produits animaux, ◦ Pour les ovins/caprins, la production a tourné autour de 4 000 TM de 1985 à 1996 (FAOSTAT, 2004). A partir de 1997, elle augmente progressivement jusqu’à l’année 2004 pour atteindre environ 7 000 TM. Aucune importation ou exportation de viande de caprins/ovins n’est signalée dans les statistiques (BRH, FAO) officielles ou formelles. Mais, il n’en est pas de même pour le secteur informel. Selon une étude réalisée par RESAL en 2001, Haïti exporte en moyenne 49 000 têtes de bétail chaque année vers la République Dominicaine pour une valeur de 2 199 000 de dollars américains. Les caprins dont Haïti détient jusqu’à présent le plus grand troupeau dans la région des caraïbes (VETERIMED, 2000), représentent une bonne partie de ces exportations de bétail. Tableau 2 : Évolution annuelle du cheptel des ruminants (1990-2004) Année Production (têtes de bétail) Bovins Ovins Caprins 1990 1,000,000 120,000 1,110,000 1991 1,100,000 123,000 1,110,000 1992 1,339,000 125,000 1,112,000 1993 1,251,000 128,000 1,115,000 1994 1,234,000 130,000 1,115,000 1995 1,250,000 124,000 1,117,800 1996 1,246,000 138,000 1,242,000 1997 1,270,000 160,500 1,444,500 1998 1,300,000 138,000 1,618,200 1999 1,300,000 138,000 1,619,000 2000 1,430,000 151,800 1,941,840 2001 1,440,000 152,000 1,942,000 2002 1,450,000 153,000 1,943,000 2003 1,455,000 153,500 1,943,500 2004 1,456,000 153,500 1,900,000 Source: FAO, STAT 2004 Tableau 3 : Comparaison du cheptel bovin d’Haïti à celui de voisins de la caraïbe Bovins Stocks (Tête) Année 2000 2001 2002 2003 2004   Cuba 4.110.200 4.038.400 3.972.300 4.025.400 4.050.000   Dominicaine, République 2.018.340 2.106.800 2.159.623 2.160.000 2.165.000   Haïti 1.430.000 1.440.000 1.450.000 1.455.000 1.456.000   Jamaïque 400.000 400.000 400.000 430.000 430.000 FAOSTAT Tableau 4 : Comparaison du cheptel caprin d’Haïti à celui de voisins de la caraïbe Caprins Stocks (Tête) Année 2000 2001 2002 2003 2004   Cuba 249.277 291.414 400.000 410.000 425.000   Dominicaine, République 178.425 187.425 188.012 188.500 189.000   Haïti 1.941.840 1.942.000 1.943.000 1.943.500 1.900.000   Jamaïque 440.000 440.000 440.000 440.000 440.000 FAOSTAT Tableau 5 : Bilan en volume de la production annuelle (Pd + IM = EX + CS) Année Bilan en volume ( TM ) Bovin Caprin/Ovin Prod. Imp. Exp. Cons. Prod. Imp. Exp. Cons. 1985 31500 130 0 31630 4000 0 0 4000 1986 30400 148 0 30548 4010 0 0 4010 1987 29000 53 0 29053 4030 0 0 4030 1988 28000 32 0 28032 4040 0 0 4040 1989 27000 129 0 27129 4050 0 0 4050 1990 24000 68 0 24068 4060 0 0 4060 1991 25000 30 0 25030 4065 0 0 4065 1992 27000 20 0 27020 4095 0 0 4095 1993 28800 20 0 28820 4105 0 0 4105 1994 27840 28 0 27868 4110 0 0 4110 1995 23940 1195 0 25135 3870 0 0 3870 1996 28000 1532 0 29532 4500 0 0 4500 1997 28000 1543 0 29543 5250 0 0 5250 1998 30800 1301 0 32101 6000 0 0 6000 1999 31000 364 0 31364 6000 0 0 6000 2000 40300 59 0 40359 7200 0 0 7200 2001 40500 68 40568 7250 0 0 7250 2002 42000 206 0 42206 7295 0 0 7295 Source: FAO, STAT 2004 1.3.2 les prix moyens observés Comme pour beaucoup de produits locaux, les statistiques officielles sont muettes en matière de prix, nous pouvons utiliser les prix obtenus à partir des enquêtes réalisées au niveau des marchés du Plateau Central (cf Projet Bèt Se Lespwa, 1999-2002). Sur le marché international, selon les données fournies par la FAO (FAOSTAT, 2005), les prix pratiqués ont varié très peu au cours de la période 1984-2004. Pour un certain pays, ils varient en fonction du volume des importations. Ainsi, entre 1985 et 1990, les importations haïtiennes de viande bovine ont varié de 130 à 28 TM et les prix de $ 0,66 à $0,69 la livre de viande. Entre 1995 et 1998, toujours selon les mêmes sources, les importations ont atteint le niveau de 1301 TM annuellement et les prix ont été ramenés en dessous de $ 0,60 la livre. Selon les informations fournies par l’association d’agents vétérinaires Intervet regroupant plus d’un millier de membres offrant des services vétérinaires dans le milieu paysan, le prix d’un jeune bovin de 300 livres environ est de 6750 gourdes et celui d’un jeune caprin d’environ 40 lbs est de 1000 gourdes, sur les marchés ruraux. Les prix observés sur les marchés locaux dépendent essentiellement du type de marché et de la saison d’observation. • Différents types de marchés La fonction des marchés, c'est-à-dire le rôle qu’ils remplissent dans la chaîne de commercialisation, permet de distinguer trois catégories : ◦ Les marchés de production ou de collecte, qui sont situés dans les zones de production du produit considéré. Ils sont surtout fréquentés par des producteurs et par des commerçants locaux. Les prix observés sur ce type de marché, pour un produit considéré, sont relativement faibles par rapport aux autres types. ◦ Les marchés de regroupement ou de transit où l’offre d’un produit considéré est regroupé et recomposé avant de partir vers les zones de consommation. Ce sont des marchés intermédiaires fréquentés par différentes catégories d’intermédiaires qui ont acheté le produit pour le revendre après re-conditionnement. Pour un même produit, les prix observés sur ce type de marché dépassent de manière significative ceux pratiqués au marché précédent. Ces types de marchés drainent une partie de l’offre avant son expédition aux consommateurs finaux. ◦ Les marchés de consommation, situés dans des centres urbains notamment Port-au-Prince. Dans ces marchés, sont présents les grossistes ou négociants, les détaillants et les consommateurs. Les prix pratiqués, pour un même produit au niveau de ce type de marché, sont supérieurs à ceux observés dans les deux autres. Un autre type de marché peut s’ajouter à ces trois premiers: les marchés frontaliers pratiqués entre Haïti et la République Dominicaine. Ce type de marché existe sur différents points de la frontière, particulièrement le Plateau Central (Tilori), le Sud-Est (Pédernales), le Nord-Est (Ouanaminthe) et l’Ouest (Malpasse). Ces types de marchés sont surtout fréquentés par les intermédiaires. Les prix observés, pour un produit considéré, sur ces types de marchés sont généralement plus élevés de 10 à 15% que ceux observés dans les marchés cités précédemment. • Saisonnalité des prix La saisonnalité des prix est très marquée pour les caprins et les ovins. Elle dépend de différents facteurs : Hausse des prix durant les périodes de fête (fin d’année), baisse pendant la période de vente pour la rentrée des classes (août septembre) ; baisse durant les périodes de sécheresse (ces saisons peuvent varier selon les régions du pays, généralement il y a une sécheresse marquée entre janvier et mars dans tout le pays et une autre entre juin et juillet). Pour les bovins, on observe une faible saisonnalité des prix, mais la tendance régulière est à la hausse. Tableau 6 : Comparaison des prix sur les différents marchés (juin 2005) Marché Prix jeune animal (en Gdes) Caprin Ovin Bovin Production ou Collecte 1000 1250 6750 Regroupement ou Transit 1100 1400 7450 Consommation 1400 1750 9450 Marché frontalier 1575 1900 10200 Source : Enquête de l’auteur, mai 2005/Plateau Central et Côte Sud Tableau 7 : Comparaison des prix de la livre de viande Viande de ruminants Prix de la livre en gourdes Marché public Supermarché Bovin 60.00 78.00 Caprin 70.00 90.00 Source : Enquête de l’auteur, mai 2005 Pour un même produit carné, le prix de la livre diffère sur les marchés de consommation et dans les supermarchés. Il existe un écart considérable au niveau des prix entre ces deux marchés. Les prix à la livre décrits pour les marchés publics, sont en fait des estimations, car la balance est peu utilisée. Comme tout produit agricole, le prix des animaux est à la hausse. Il augmente d’année en année. Entre l’année 2000 et l’année 2005, les prix des ruminants ont presque triplé sur tous les marchés. On observe donc une forte augmentation de prix au cours d’une période de 5 ans. Tableau 8 : Évolution des prix Année Prix animal jeune animal (en gdes)/marché rural Caprin (42.5 livres) Ovin (42.50 livres) Bovin (300 livres) 2000 500 650 4000 2001 600 750 4500 2002 700 875 5000 2003 800 1000 5500 2004 925 1150 6250 2005 1000 1250 6750 1.3.3 Prix des produits concurrents Les importations de viande, bovine, caprine ou ovine sont négligeables. A ce titre, on ne pourrait pas vraiment parler de produits importés équivalents concurrents. Mais les importations de bas morceaux de porcs, dinde et poulets constituent de fait une concurrence à tous les produits carnés et seront donc considérés comme produits concurrents. Ces derniers se vendent par morceaux dans les marchés publics et non à la livre: la balance est peu utilisée. Il s’agit donc là d’une estimation. Tableau 9 : Prix à la livre des produits concurrents importés Prix à la livre (en gourdes) Produits locaux Produits concurrents Bovin Caprin Porc Dinde Poulet Marché public 60 70 37 38 45 Supermarché 78 90 51 54 59 Source : Enquête de l’auteur, mai 2005 1.3.4 Mécanisme de formation des prix Comme pour les autres produits déjà considérés, les prix de ces produits carnés ont été, eux aussi, en constante augmentation. Sur le marché international au contraire, les prix de certains de ces produits comme la viande de bœuf ont été presque stationnaires. Dans le même temps, le dollar américain est passé de la parité en 1984 à environ 40 gourdes en avril 2005. On sait également que le prix de la livre des ruminants a diminué considérablement dans les années 1987 -1990, l’époque où les produits concurrents importés étaient très répandus sur le marché national. En 1991-1994, avec l’embargo qu’a connu le pays à cette époque, l’importation des produits concurrents a ralenti et le volume des produits concurrents a diminué considérablement. Le prix de la livre de viande de bovin a augmenté alors. Depuis les cinq dernières années, la demande de la viande de bovin est en nette progression. Donc, on peut conclure que le prix à la consommation de la viande des ruminants, est très lié à l’évolution de la valeur de la monnaie nationale, la situation d’inflation dans le pays, au volume d’importations des produits concurrents et particulièrement aux marges réalisées par les intermédiaires (marchands ambulants et supermarchés) de la filière. Les coûts de production sont rarement pris en compte dans la formation des prix; car ne pouvant pas faire le calcul de ses dépenses, les producteurs paysans n’en tiennent pas compte dans la vente de son animal. Il est surtout guidé par la grosseur de l’animal et par la saison des ventes. Par ailleurs l’exode rural et les transferts de l’étranger influencent aussi les prix pratiqués aux différents marchés de consommation. 1.4 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs  Résumé du circuit de commercialisation des ruminants 1.4.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage bovin 1.4.1.1 Marge du producteur Ce compte est élaboré sur la base de 5 femelles reproductrices, mais les indicateurs économiques sont ensuite ramenés à une seule reproductrice. • Produit brut La fécondité moyenne de l’élevage bovin est de 2 animaux produits en 3 ans. La mortalité des jeunes est de l’ordre de 10 %. On obtient donc, pour un cheptel de 5 mères, une production brute annuelle de 9 jeunes bovins pesant en moyenne 300 livres. Le prix moyen d’un jeune bovin sevré pesant en moyenne 300 livres, est de 6750 gourdes, sur les marchés ruraux du Plateau Central et la Côte Sud. Le produit brut moyen pour une période de 3 ans est donc de 60750 Gourdes, soit 20250 gourdes par an. Le produit brut annuel d’une mère est donc de l’ordre de 4050 gourdes. A cela s’ajoutent les revenus tirés du lait. La période de lactation dure en moyenne 6 mois (entre mise-bas et sevrage). Une mère produit en moyenne 2.50 litres par jour. Le prix d’un gallon est de 12 gourdes en moyenne. Produit brut/Lait: 12 Gdes x 2.50 l x 30 jours x 6 mois x 5 mères = 27 000 gourdes. Le produit brut annuel d’une mère pour le lait est : 1800 gourdes Pour 1 mère, le produit brut moyen annuel est donc de 5850 gourdes. • Les charges Pendant la période de 3 ans, les dépenses d’entretien du troupeau sont de l’ordre de 6000 gourdes pour l’alimentation (fourrages produits sur l’exploitation et pâturages achetés) 2375 gourdes pour les soins vétérinaires et 625 gourdes pour matériels (cordes et autres). Au total, les coûts directs représentent un montant de 9000 gourdes pour les 5 mères pendant 3 ans. Pour 1 mère, les coûts directs s’élèvent à 600 gourdes en 1 an. Les indicateurs économiques sont synthétisés et regroupés dans le tableau 10 ci-après. Tableau 10 : Synthèse des indicateurs économiques producteur bovin Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en gdes) Produit brut 5850 Coûts directs 600 Marge brute 5250 Amortissements 0 Marge nette 5400 En 1 an, une femelle adulte de bovin rapporte à son propriétaire 5400 gourdes, soit l’équivalent 70 jours de salaire minimum. 1.4.1.2 Marge du négociant Suivant le type de marché qu’il fréquente, le négociant ou grossiste réalise une marge brute variant entre 35 à 45 %. On peut considérer en moyenne 40 % pour la marge brute. • Produit brut : 6750 gourdes x 1.40 = 9450 gourdes. Il revend donc l’animal vivant au marché pour la valeur de 9450 gourdes. • Les charges: En général, les frais (transporteurs ou camionneurs, frais/DGI et autres) représentent en moyenne un montant total moyen de 1000 gourdes. • Marge nette : 9450 gourdes –(6750+1000) gourdes= 1700 gourdes. La marge nette du grossiste est donc de 1700 gourdes. Le grossiste réalise un bénéfice net de 1700 gourdes, représentant 22 % de son argent investi dans la filière. 1.4.1.3 Marge du détaillant • Produit brut Généralement, les détaillants achètent du grossiste l’animal vivant et le revendent sous forme de carcasse dont le poids représente en moyenne 55 à 60 % du poids vif. Pour l’animal pesant 300 livres en moyenne, le poids de carcasse est donc de 172.50 livres en moyenne. Souvent, le détaillant enregistre des pertes au niveau de son produit; particulièrement dans le cas morceaux des viandes restées non vendues et détériorées par la suite. Donc, on suppose que le détaillant fait une perte de 10% sur sa marchandise. La quantité de viande à vendre est donc 155.25 livres. La livre de viande bovine se vend 60 gourdes la livre dans les marchés. Pour cet animal considéré, les sous-produits: tête, intestins, pieds, foie et autres représentent une valeur de 1500 gourdes environ. Le produit brut du détaillant: (60 Gdes x 155.25 lb) + 1600 = 10 915 gourdes • Les charges Autre que le coût d’achat de l’animal, le détaillant paie 200 gourdes en moyenne à l’abatteur et 10 gourdes au contrôleur de la DGI. Les amortissements des matériels (couteaux, tables et autres) s’élèvent à 100 gourdes. Le montant total des frais est donc de 310 gourdes. La marge nette du détaillant: 10915 –(9450 + 310) = 1155 gourdes, soit 11.83 % de son argent investi dans la filière. Tableau 11 : Synthèse des indicateurs économiques détaillant bovin Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 10 915 Coût d’achat 9 450 Marge brute 1 465 Charges 310 Marge nette 1 155 1.4.1.4 Marge du supermarché • Produit brut Au supermarché, la livre de la viande bovine se vend 78 gourdes en moyenne. Les supermarchés s’approvisionnent généralement des grossistes. À cause des problèmes d’électricité, les supermarchés font parfois des pertes, estimées à 5% environ. La quantité de viande disponible est de 163.875 livres. Pour l’animal considéré, le produit brut est donc de l’ordre de 12 782.25 gourdes. En ajoutant la valeur des sous-produits (1500 gourdes), le produit brut total devient 14282.25 gourdes. • Les charges Il est difficile de déterminer exactement les charges supportées par les supermarchés pour la quantité de viande achetée. Il existe des coûts relatifs à la chaîne de froid, les salaires à payer et autres. Consécutivement, le calcul de la marge nette ne peut pas se faire. Sont considérés comme charges seulement le coût d’achat de l’animal: 9450 gourdes. La marge brute du supermarché est de : 14 282.25Gdes – 9 450 gourdes = 4 832.25 gourdes, représentant 51 % de ses investissements. 1.4.2 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage caprin 1.4.2.1 Marge du producteur Ce compte est élaboré sur la base de 10 femelles reproductrices; mais, les indicateurs économiques sont ensuite ramenés à une seule reproductrice. • Produit brut La fécondité moyenne de l’élevage caprin est de 2 animaux produits par an; la mortalité moyenne des jeunes est de l’ordre de 15 %. On obtient donc, pour un cheptel de 10 mères, une production brute annuelle de 17 jeunes caprins sevrés, pesant en moyenne chacun 40 à 45 livres. Le prix moyen d’un jeune caprin pesant 42.50 livres environ est de 1000 gourdes, sur les marchés ruraux du Plateau Central et la Côte Sud. Le produit brut moyen annuel est donc de 17 000 Gourdes pour les 10 mères. Le produit brut moyen annuel de l’éleveur pour 1 mère est donc de 1700 gourdes • Coûts directs Les dépenses d’entretien du troupeau sont de l’ordre de 1000 gourdes pour l’alimentation (fourrages produits sur l’exploitation et pâturages achetés) 750 gourdes pour les soins vétérinaires et 250 gourdes pour matériels (cordes et sel à lécher). Au total, les coûts directs représentent un montant de 2000 gourdes. Les coûts directs s’élèvent en moyenne à 200 gourdes par mère adulte pour 1 an. Pour 1 mère, les coûts directs s’élèvent à 200 gourdes par an. • Amortissements des investissements Le parc construit comme abris pour les animaux mesure en moyenne 1 mètre carré par femelle adulte. Le coût de construction de ce parc est de l’ordre de 375 gourdes par mètre carré (matériaux et main d’œuvre). On suppose que la durée de vie du parc est de 3 ans. Ces parcs ne sont pas très fréquents et existent généralement dans les zones où il y a eu une intervention technique par des ONG. Mais nous en tiendrons compte pour des besoins de calculs. La dépense annuelle d’amortissement du parc s’élève donc à 125 gourdes par femelle adulte. Les indicateurs économiques sont synthétisés et regroupés dans le tableau 12 ci-après. Tableau 12 : Synthèse des indicateurs économiques producteur caprin Indicateur économique Montant 1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 1 700 Coûts directs 200 Marge brute 1 500 Amortissements 125 Marge nette 1 375 En 1 an, une femelle adulte de caprin rapporte à son propriétaire 1375 gourdes, soit 3.82 gourdes par jour représentant 1/20 du salaire minimum journalier qui est de 75 gourdes. Pour pouvoir réaliser l’équivalent du salaire minimum journalier, l’exploitant agricole pratiquant exclusivement l’élevage caprin, doit élever sur son exploitation 20 femelles adultes de caprins. 1.4.2.2 Marge du négociant • Produit brut Suivant le type de marché qu’il fréquente, le négociant ou grossiste réalise en moyenne une marge brute de 35 à 45 %. On peut considérer en moyenne 40 % pour la mage brute. Le Produit brut est de: 1000 gourdes x 1.40 = 1400 gourdes. Il revend donc l’animal vivant au marché pour la valeur de 1400 gourdes. • Les charges En général, les frais (transporteurs ou camionneurs, frais/DGI et autres) représentent en moyenne un montant total 150 gourdes pour l’animal. • Marge nette : 1400 gourdes –(1000 + 150) gourdes= 250 gourdes La marge nette du grossiste est donc de 250 gourdes. Le grossiste réalise un bénéfice net de 250 gourdes, soit un taux de profit de 21.73 % de son capital investi. 1.4.2.3 Marge du détaillant • Produit brut Généralement, les détaillants achètent du grossiste l’animal vivant et le revendent sous forme de carcasse dont le poids représente en moyenne 52.50 % du poids vif. Pour l’animal pesant 42.50 livres en moyenne, le poids de carcasse est donc de 22.31 livres. Souvent, le détaillant enregistre des pertes au niveau de son produit; particulièrement dans le cas morceaux des viandes restées non vendues et gâtées ou altérées, on suppose que le détaillant fait une perte de 10% sur sa marchandise. La quantité de viande à vendre est donc 20.08 livres. La livre de viande de cabris se vend 70 gourdes dans les marchés. Pour cet animal considéré, les sous-produits: tête, intestins, pieds, foie et autres représentent une valeur de 350 gourdes environ. Le produit brut est de: (70 Gdes x 20.08 lb) + 350 = 1755.60 gourdes • Les charges Autre que le coût d’achat de l’animal, le détaillant paie 50 gourdes en moyenne à l’abatteur et 10 gourdes au contrôleur de la DGI. Le montant total des frais est donc de 60 gourdes. Les investissements des matériels (couteaux, tables et autres) s’élèvent en moyenne à 100 gourdes. La marge nette du détaillant: 1755.60 –(1400 + 160) = 195.60 gourdes, représentant 13.40% de son capital investi. Tableau 13 : Synthèse des indicateurs économiques détaillant caprin Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 1755.60 Coût d’achat 1400 Marge brute 355.60 Charges 160 Marge nette 195.75 1.4.2.4 Marge du super-marché • Produit brut Au supermarché, la livre de la viande bovine se vend 90 gourdes en moyenne. Les supermarchés s’approvisionnent généralement des grossistes. A cause des problèmes d’électricité, les supermarchés font parfois des pertes, estimées à 5% environ. La quantité de viande disponible est de 21.19 livres. Pour le même animal, le produit brut est donc de l’ordre de 1907.10 gourdes, ajouté à la valeur des sous-produits, qui est de 350 gourdes. Le produit brut total est donc de 2257.10 gourdes. • Les charges Il est difficile de déterminer exactement les charges supportées par les supermarchés pour la quantité de viande achetée. Il existe des coûts relatifs à la chaîne de froid, les salaires à payer et autres. C’est pourquoi, on considère comme négligeable ces coûts. Consécutivement, le calcul de la marge nette ne peut pas se faire. Sont considérées comme charges seulement le coût d’achat de l’animal vivant: 1400 gourdes. La marge brute du supermarché est de: 2257.10 Gdes-400 gourdes = 857.10 gourdes, représentant 61 % de ses investissements. Tableau 14 : Résumé des marges brutes réalisées par les acteurs Acteurs Marges brutes réalisées Marges brutes (%) Production jeune bovin (300 lb) Production jeune caprin (42.50 lb) Production jeune bovin (300 lb) Production jeune caprin (42.50 lb) Producteur 5250 1500 Négociant/Grossiste 2700 400 40 40 Détaillant 1 465 355.60 15.50 25 Supermarché 4832.25 857.10 51 62.50 1.5 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 1.5.1 Rappel des caractéristiques majeures de l’élevage des ruminants Comme pour toutes les filières animales, les bovins et les petits ruminants sont rencontrés un peu partout à travers le pays. L’élevage de ces espèces (bovins, caprins, ovins) est demeuré traditionnel à plus de 99% et est assuré essentiellement par les petits paysans répartis à travers environ 700 à 800 000 exploitations agricoles. La majorité des producteurs ou éleveurs de bovins (il s’agit d’un élevage très souvent mixte viande et lait), de caprins et d’ovins sont des petits ou moyens propriétaires fonciers qui disposent de petites surfaces de terres et ont de faible capacité d’investissement. La moyenne nationale est d’environ 1.4 à 2 bovins par exploitation paysanne et de 2.5 à 3 pour les caprins. L’élevage des ovins est numériquement beaucoup moins important. Le nombre de caprins a sensiblement augmenté ces dernières années. Les éleveurs ont souvent recours au gardiennage et sont, dans ce cas, obligés de partager les animaux sevrés avec les propriétaires. Les troupeaux de bovins, de caprins et d’ovins valorisent les ressources fourragères disponibles sur les jachères, les parcours en indivision et les parcours en élevage libre encore existants2 dans le pays. 1.5.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur ◦ Dans la situation actuelle de pénurie d’aliments concentrés, l’élevage d’herbivore offre des avantages certains dans un pays comme Haïti, qui possède des ressources fourragères et des sous produits agricoles pour les ruminants et autres herbivores en abondance. ◦ Haïti possède de loin, la population caprine la plus élevée de la région (plus de deux fois les populations caprines réunies de Cuba, République dominicaine et Jamaïque). Certains pays voisins sont demandeurs de viande de caprin. Des circuits informels d’exportation existent vers la République dominicaine et sont très dynamiques. ◦ Les races locales de ruminants sont extrêmement rustiques et prolifiques et ont prouvé être un instrument de capitalisation adapté à la situation des petits paysans. ◦ Les circuits de commercialisation des ruminants sont très dynamiques, les producteurs n’ont pas vraiment de problèmes d’accès au marché. ◦ Des programmes de crédits en nature pour l’élevage caprin menés par des ONG ont prouvé être rentables. ◦ Malgré la compétition des produits importés, la viande des ruminants a conservé sa part du marché. Les revenus des éleveurs ont tendance à augmenter. ◦ L’élevage des ruminants, s’il est bien conduit, peut constituer une alternative aux cultures sarclées plus respectueuse de l’environnement. 1.5.3 Contraintes au niveau de l’organisation de la production • Problèmes classiques de l’élevage traditionnel haïtien. • Au niveau de l’alimentation du bétail : ◦ Forte variation saisonnière dans la disponibilité fourragère3. ◦ Manque de connaissance dans les techniques d’amélioration fourragères. ◦ Les semences fourragères de qualité ne sont pas facilement disponibles sur le marché. ◦ Faible dimension des exploitations (limitant les possibilités de dédier une partie de la ressource foncière à des cultures fourragères). ◦ Selon les régions du pays, manque de sources d’abreuvement du bétail en qualité et quantité. • Au niveau des techniques de conduite d’élevage : ◦ Manque de connaissances sur certaines techniques de conduite de l’élevage. ◦ Problèmes de consanguinité dus au manque de connaissance et de gestion du troupeau. • Au niveau des aspects sanitaires : ◦ Accès parfois limité aux services vétérinaires. ◦ Campagnes de vaccination irrégulières. ◦ Problème de chaîne de froid pour la conservation des vaccins. ◦ Coût élevé et difficulté dans l’approvisionnement en certains produits vétérinaires. • Autres problèmes : ◦ Vol du bétail. ◦ Relative insécurité foncière (exploitation de terres dites de l’État ou de domaine privé sans contrat). ◦ Coût élevé de location des terrains, coût pour la mise en place de clôtures et la préparation des sols pour les pâturages améliorés. ◦ Accès limité au crédit pour favoriser les investissements. ◦ Compétences peu adaptées du personnel technique à la problématique haïtienne. ◦ Envahissement du marché national par les produits importés concurrents. ◦ Problèmes de désastres naturels (passage des cyclones entraînant souvent des pertes énormes au niveau des troupeaux de bétail). ◦ L’éclatement de la production sur les petites exploitations familiales de subsistance, n’est pas une condition favorable à l’exportation. L’exportation exige des contrôles sanitaires stricts. Les exportations vers la République dominicaine bien que dynamiques, seront difficiles à formaliser. Les autorités dominicaines cherchent régulièrement à freiner cette activité pour des raisons de manque de contrôles sanitaires. 1.5.4 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés Intensifier la production des ruminants à partir de production fourragère intensive et d’élevage en parc n’est rentable qu’avec l’introduction de races améliorées qui sont peu adaptées aux conditions locales, exigent davantage de soins et s’intègrent difficilement dans les systèmes de production locaux. Par contre, la réalisation de programmes d’amélioration progressif du système d’élevage traditionnel familial est possible). De plus, les programmes actuels menés par certaines ONG et associations, d’accès au capital animal, par des prêts ou dons en nature (ou encore programme de gardiennage solidaire/octroi à une famille d’une vache ou de 5 chèvres) réalisés en faveur des paysans éleveurs, doivent être encouragés. Ceci peut se faire par l’octroi de financement sous forme d’un programme de crédit ou constitution de fonds de garantie. En partenariat avec les ONG intervenant déjà dans le secteur, on peut monter un programme d’amélioration du niveau de formation des éleveurs et d’encadrement technique. 1- Amélioration de la disponibilité fourragère Diffusion d’une une série de techniques de production fourragère qui peuvent s'inscrire sans trop de bouleversement dans les pratiques culturales actuelles. Plusieurs de ces techniques entrent déjà dans la pratique de certaines exploitations. Il faut les vulgariser tout en y apportant des améliorations. Propositions pour un programme d'amélioration de l’alimentation animale jumelée à des mesures de protection de l’environnement. Exemples : • Arbres fourragers dans les clôtures et délimitations de parcelles agricoles. • Arbustes fourragers dans les courbes de niveaux des structures de protection des sols. • Culture de légumineuses fourragères améliorées en lieu et place des jachères dans la rotation des cultures. • Culture de fourrages améliorés plus productifs (herbe à éléphant, canne à sucre dans les espaces réservés aux animaux. • Associations légumineuses / graminées pour augmenter la qualité des rations administrées aux animaux. L’objectif spécifique est de permettre à l'exploitation de disposer de plus de ressources fourragères pour l'alimentation animale en général, car toutes les espèces seront potentiellement bénéficiaires: ruminants, équins, lapins et même porcs et volailles. Il ne s'agit pas non plus de tenter d'instaurer des pâturages sur de grandes surfaces, que ne possède d'ailleurs pas la grande majorité des exploitations, mais d'augmenter, malgré tout, la masse fourragère présente, tout en améliorant la qualité des fourrages disponibles. Un autre objectif visé, c'est de permettre à l'exploitation de disposer de réserves fourragères durant la sécheresse, en quantité et en qualité. On introduira des espèces améliorées. On encouragera l'utilisation optimum d'arbres et arbustes fourragers et la constitution de « touffes » de fourrages dans tous les « coins » de l'exploitation (clôtures, courbe de niveau etc.). Les interventions devront être réalisées au cas par cas. Une évaluation du potentiel fourrager de l'exploitation et des possibilités très concrètes d'amélioration doit être faite. On recherchera des formules qui impliquent le moins de « chambardements » possibles et qui pourront être facilement intégrées dans les pratiques culturales de l'exploitant. Les solutions proposées varieront nécessairement d'une exploitation à une autre, et ceci selon les dimensions, la répartition des jardins, la topographie, le type de cultures pratiquées, la charge et espèces animales, les conditions agro-écologiques et les choix de l'exploitant. Sur une exploitation de la plaine du cul-de-sac, par exemple, où il existe déjà une parcelle fourragère plantée en herbes de Guinée (Panicum maximum), on peut facilement proposer l'introduction d'une association avec une légumineuse comme la Leucaena. Sur une autre exploitation, un paysan peut préférer établir une parcelle de coupe constituée d'herbes à éléphant. Dans les zones de montagne où il existe sur de nombreuses exploitations des plates-bandes maraîchères et des terrasses de fortune, il est possible de proposer le renforcement des structures de protection de sol avec des espèces fourragères, telles que: l'herbe à éléphant, le mûrier (Mora alba) ou la Leucaena plantée en touffe. Il est possible également de proposer l'utilisation systématique de la Glyricidia dans les clôtures. Un tel programme peut être réalisé dans le cadre d’un partenariat avec des ONG intervenant dans le secteur. On peut proposer la création d’unités modèles de production agro-sylvo-pastorales dans 4 types différents de systèmes agro-écologiques du pays, avec un programme de formation et de vulgarisation correspondant. 2- Amélioration des conditions d’abreuvement du bétail Les solutions techniques étant déjà mises au point et disponibles, il faut créer les conditions de mise en application, telles que la mise sur pied d’un fonds pour un Programme National de financement de l’amélioration des sources d’abreuvement du bétail (impluviums, puits abreuvoirs) y compris dans les périmètres irrigués. 3- Amélioration de l’accès à la terre Dans la région de Moléard et Merger, financement d’un programme d’ « Alliance productive » (financement de la location des terres et construction de clôture) qui permettrait l’accès plus formel à la terre et le développement de pâturages améliorés. Dans cette alliance, les propriétaires absentéistes y trouveraient leur compte, car la mise en valeur des terres peut constituer une bonne protection contre l’invasion à des fins d’urbanisation. 4- Amélioration génétique Financement d’un programme de recherche-développement pour l’évaluation des performances de production des souches indigènes et de sélection d’animaux pour l’amélioration génétique. 5- Au niveau des aspects sanitaires  (voir chapitre transversal) ◦ accès aux services vétérinaires, ◦ campagnes de vaccination régulières, ◦ chaîne de froid pour la conservation des vaccins, ◦ approvisionnement en produits vétérinaires. 6- Renforcement des organisations de producteurs Programme de renforcement institutionnel et mise en réseau des organisations de producteurs. Points d’application pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière : ◦ Plaines : du Cul de sac, de Léogane, du Nord, du Nord-Est, des Cayes, région de Jérémie. ◦ Plateau central ◦ Montagnes : Plateau de Seguin, Forêt des pins, région de Kenskoff. Marmelade. 2 LES PRODUITS LAITIERS Le lait et les produits laitiers sont considérés par la majorité des haïtiens comme essentiels à l’alimentation. Ils sont largement consommés par toutes les couches de la population. Mais, leur niveau de consommation par individu reste inférieur aux recommandations. Dans les grandes zones productrices de lait frais (Cap Haïtien, les Cayes, Léogane), le lait local représente 30 à 45 % de la consommation des ménages, suivi par le lait évaporé (30%) et le lait en poudre (20%). Ailleurs, et en particulier à Port-au-Prince, la consommation en lait frais local est négligeable car celui-ci n’est pas disponible. Il est remplacé par le lait évaporé. Les importations de lait sont énormes (deuxième poste d'importation alimentaire après le riz, pour une valeur de 40 millions de $US/an) et représentent plus de deux fois la production nationale. Pourtant, le potentiel de production existe, mais il n’est pas valorisé. Les gros importateurs se trouvent à Port-au-Prince, mais il existe aussi des petits importateurs surtout sur la zone frontalière avec la RD. Dans le passé, il y a eu des importateurs utilisant le port du Cap-Haïtien. Cependant, depuis l’année 1991, tous les importateurs de lait utilisent le port de Port-au-Prince pour faire entrer leurs produits laitiers. Les vendeurs de produits laitiers sont partout dans le pays, et desservent toutes les couches sociales. Les distributeurs de produits périssables, tels que les yaourts se trouvent dans les grandes villes (Cap, Port-au-Prince, Cayes, Jacmel…). Pour les produits laitiers, sont considérés dans cette fiche technique sur les filières porteuses : le lait (cru et stérilisé), le yaourt, et les « douces » de lait. 2.1 Identification et localisation des différentes catégories d’acteurs 2.1.1 Les producteurs La production de lait en Haïti (traite et commercialisation de lait), à l’instar de la quasi-totalité des activités de production animale, est une activité généralement pratiquée sous une forme traditionnelle, en élevage familial. C’est une activité spécifique à certaines catégories d’exploitants agricoles. Elle est surtout menée par les petits et moyens propriétaires ou éleveurs dans tout le pays, particulièrement : le Nord, le Nord-Est, l’Artibonite, l’Ouest, le Plateau Central, et la plaine des Cayes. Le cheptel bovin est estimé à environ 1 000 000 à 1 500 000 têtes, dont 45 % soit 450 000 à 675 000 seraient des vaches adultes. Selon les résultats des campagnes de vaccination contre le charbon réalisée de 1997 à 1999 par VETERIMED pour le MARNDR, l’élevage des ruminants est concentré au niveau des 4 suivantes régions du pays: Sud, Ouest, Artibonite et Centre. La majorité des éleveurs et des animaux, soit 60 à 70 %, se trouvent dans ces régions. Par contre, les zones de production de lait sont concentrées dans les départements du Sud, l’Ouest, le Nord, le Nord-Est et l’Artibonite. Tableau 15 : Zones de production de lait Département Communes Sud Torbeck, Les Cayes, Aquin, ,etc… Ouest Crois –des- Bouquets, Léogane, Thomazeau, Ganthier, Arcahaie Artibonite Verrettes, Saint Marc Nord Limonade, Plaine du Nord, Saint Raphaël Nord-Est Ouanaminthe, Trou du Nord, Caracol, Terrier Rouge Dans les communes se trouvant en bordure des grands centres urbains (Limonade et Plaine du Nord pour Cap Haïtien, Croix-des-Bouquets et Léogane pour Port-au-Prince, Torbeck et Les Cayes, pour la ville des Cayes), du fait de l’existence d’un débouché, la production de lait est plus importante et plus régulière. Les petits éleveurs producteurs sont partout, mais les producteurs moyens se retrouvent surtout dans les zones où l’on dispose d’espace pour l’élevage libre (Limonade, Croix des Bouquets). Selon A. Bien-Aimé (1988), 45 à 55% des 700 à 800 000 exploitations agricoles d’Haïti pratiquent l’élevage bovin. Cependant, selon Bellande A. et al. (2000), seulement une proportion comprise entre 50 à 85 % de ces éleveurs seraient impliqués dans la production du lait dans certaines régions du pays. Donc, en nous basant sur ces données, les exploitations impliquées dans la production laitière tournent autour de 250 000 dont 75 à 80% sont de petits éleveurs/producteurs. Les producteurs peuvent être classés en deux catégories: • Les petits producteurs de lait pratiquant la traite d’une (1) à cinq (5)vaches. • Les producteurs moyens pratiquant la traite de 5 à 15 vaches. Les producteurs pratiquant la traite de plus de 15 vaches sont extrêmement rares. Les producteurs de lait sont des moyens ou petits propriétaires fonciers. Ils peuvent être aussi des fermiers ou métayers. • Les petits propriétaires Les petits propriétaires travaillent des terres en métayage et en propriété. Ils ont en général un cheptel variant entre 1 et 5 UGB et disposent entre 1 à 2 carreaux de terre. Ils travaillent parfois moins de 0,5 carreaux de terre en propriété. A faible possibilité économique, les petits éleveurs ont souvent recours au gardiennage et sont, dans certains cas, obligés de partager les revenus de la vente du lait avec le propriétaire de l’animal. Et, pour nourrir ses bovins, certains petits propriétaires, particulièrement ceux travaillant des terres en métayage vont jusqu’à recourir au vol de pâturage (jachères pâturées), pendant la nuit. D’autres, au contraire, investissent dans l’achat de parcelles de canne à sucre ou des droits de pâture sur des parcelles en jachères. Les animaux sont généralement attachés au piquet et conduits au pâturage. Les résidus de récolte, stipes de banane et branchage leur sont apportés en guise de nourriture. La main d’œuvre utilisée sur les exploitations, est surtout familiale. • Les moyens propriétaires On les retrouve surtout dans les régions disposant d’espaces importants pour la conduite en élevage « libres » Région des plantations Madrasse et Dauphin et dans la plaine du Cul de Sac. Cette classe de producteurs, plus aisée, s’adonne fréquemment à d’autres activités. Généralement, ils travaillent les terres en fermage et en propriété et élèvent ses bovins en propriété. Ils disposent des surfaces allant de 3 à 6 carreaux. Leur cheptel bovin peut varier entre 5 et 15 bovins adultes. Ils pratiquent la traite de 5 à 10 vaches. Autre que l’agriculture et l’élevage, ils pratiquent des activités extra-agricoles, comme l’artisanat, la pêche et le commerce. En nombre restreint, certains exercent de petits métiers comme : notaire, maître d’école, tailleur, etc. Ils utilisent, sur leurs exploitations, à la fois la main d’œuvre familiale et la main d’œuvre externe. 2.1.2 Les vendeurs de produits laitiers (marchands de lait) La commercialisation du lait cru local est traditionnellement assurée par des intermédiaires spécialisés ambulants (très souvent à bicyclettes) qui achètent aux producteurs et revendent aux consommateurs, au porte-à-porte, chaque jour entre 4 et 20 gallons de lait. Ils réalisent des revenus quotidiens supérieurs aux revenus minimums obtenus dans l’agriculture et l’industrie à Port-au-Prince. On retrouve ces revendeurs dans certaines grandes villes et dans la périphérie de Port-au-Prince. Les acheteurs/vendeurs de lait cru sont estimés à quelques milliers. En 2000, lors d’une enquête réalisée par VETERIMED, ils étaient au nombre de 1500 à approvisionner la ville du Cap-Haïtien à partir de Limonade et de la Plaine du Nord. Les détaillants de produits laitiers, étalages de rue, boutiques, bazar et supermarché sont innombrables. Ils se comptent par milliers. Le lait importé est acheté auprès des grossistes pour être revendu dans des petites boutiques de quartiers, des bazars et supermarchés (commerce de détail). Ces produits sont toujours également présents dans tous les marchés publics et sur les étalages des marchands de rues. 2.1.3 Les transformateurs La production de lait local est peu transformée. La plus grande partie de cette production est actuellement consommée sous forme de lait frais (lait cru bouilli à la maison). Dans les années 1970 et 1980, diverses initiatives du secteur public et du secteur privé, ont contribué à développer la transformation laitière en Haïti (Beurrerie des Cayes, la LAINA, la Laiterie et yaourt Bovan à Bon repos, Laiterie de la faculté d’Agronomie à Damien, De la Fuente au Cap haïtien…). La dégradation des infrastructures du pays (route, énergie…), ajoutée à l’instabilité chronique depuis 1986 et l’embargo qui a frappé le pays entre 1991 et 1994 ont constitué un coup fatal pour ce secteur d’activités économiques. Depuis lors, le secteur privé n’a pas été incité à réinvestir dans les activités de transformation où le risque est important (mauvaise maîtrise de la chaîne de froid du fait des déficiences de la production énergétique). Il existe cependant certaines activités de transformation. Parmi les plus importantes on retrouve: Les unités formelles de transformation de lait en yaourt et lait stérilisé aromatisé et les fabricants de douces et de crémas et autres produits à base de lait. • Les unités de transformation de lait en yaourt et lait stérilisé aromatisé Il existe aujourd’hui deux réseaux formels de transformation de lait. ◦ Le plus important est le réseau Lèt Agogo Il est constitué de 9 mini-laiteries semi-artisanales, qui transforme le lait en yaourt et lait stérilisé aromatisé. Ce réseau a été monté et est encadré par l’ONG haïtienne VETERIMED, spécialisée en santé et production animales. Tableau 16 : Laiteries du réseau Lèt Agogo Laiterie Département Partenaires impliqués Limonade Nord Veterimed, ONG spécialisée en Production et en Santé Animales, APWOLIM (Association des Producteurs de Lait de Limonade) Bon repos Ouest Veterimed, AHPEL (Association Haïtienne pour la Promotion de l’Elevage) Torbeck Sud BIONET, association impliquée dans des activités de développement rural Jacmel Sud Est CROSE, Coordination Régionale des Organisation du Sud Est, plate-forme d’organisations de tout type du département (Fédérations paysannes, de jeunes, de femmes etc) Verrettes Artibonite ATAD, Association des Techniciens Agricole pour le Développement, organisation de jeunes impliqués dans de développement de Verettes Ouanaminthe Nord-Est Jardin Lakay, Association de jeunes entrepreneurs de Ouanaminthe Thomaseau Ouest GRAD, Groupe de Recherche et d’Action pour le développement Arcahaie Ouest Claire Edith Mathieu, entrepreneur privé Léogane Ouest ODESEA, Organisation pour le Développement, la Santé, Elevage et l’Agriculture ◦ Le réseau des 5 mini-ateliers du département du SUD encadré par COD-EMH (Coordination des Opérations de Développement de l’Eglise Méthodiste d’Haïti), dans le Cadre du Projet Rural (MARNDR/ UE). Les ateliers de transformation encadrés par COD –EMH se trouvent dans le Département du Sud autour de la ville des Cayes (ETLS, NUTRIMIX). II existe également 2 ou 3 autres petits ateliers à domicile (parfois occasionnel) de fabrication de yaourt. Le plus important utilise comme matière première du lait en poudre importé reconstitué. Le fabricant de yaourt Miyou se trouve à Port-au-Prince. On retrouve également dans certaines régions du pays des marchands de lait bouilli, AK100 et de café au lait. On peut également signaler l’existence d’un atelier familial à domicile de fabrication de fromage à Jacmel. • Les fabricants de « « Douces Marcos » » Il existe dans plusieurs régions des ateliers artisanaux de fabrication de douces. Les plus importants se dédient à la fabrication de Douces « Marcos » à Petit Goâve, (une trentaine d’ateliers). Ces ateliers utilisaient traditionnellement du lait local. Mais, à cause de la baisse de production, ils sont de plus en plus contraints à utiliser du lait en poudre importé reconstitué. La douce Marcos est un produit transformé, fabriqué à base de lait, particulièrement le lait de vache. La production de Douce Marcos est une activité pratiquée par une trentaine de familles haïtiennes, à Petit-Goave où se concentrent les producteurs. En effet, la quasi-totalité de la production de douce Marcos vient de cette région (Petit-Goave). La douce Marcos est un produit très apprécié par les consommateurs haïtiens. La production annuelle de ce produit peut être estimée à 17000 à 18000 boites de 25 tranches de douces Marcos, commercialisés sur place et au niveau des supermarchés et des marchés publics. Une petite quantité de douce à base de lait est produite également à Hinche (Plateau Central) et aux Cayes dans le sud du pays. Les producteurs de Douce Marcos sont classés en trois (3) catégories, en fonction du volume de production, de la main-d’œuvre utilisée et de la clientèle: Les petits, les moyens et les grands producteurs. Le tableau 1 suivant traduit ces informations : Tableau 17 : Types de producteurs de douce Marcos Producteurs Production / jour en boites de 44 tranches Circuit de distribution Main d’œuvre utilisée Petits 1 Voyageur et marché public Interne (Entraide) Moyens 2 Voyageur, marché public et supermarché Interne et externe (achat) Grands 3 et plus Supermarché Externe (achat) Pour la transformation, le nombre d’acteurs traditionnels actuels est difficile à estimer. Mais, les mini-laiteries et les petites entreprises de fabrication de douces Marcos et d’autres ne dépassent pas une centaine d’acteurs. 2.1.4 Caractérisation des relations existantes entre les différents acteurs ◦ Contrats écrits entre les membres du réseau Lèt Agogo avec VETERIMED. ◦ Contrat non écrit entre laiteries et producteurs non transformateurs (fournisseurs). ◦ Relations de clientélisme informel entre les petites entreprises de fabrication de Douce de lait et de Douce Marcos. Résumé du circuit de commercialisation de la filière lait  2.2 Volume, prix et valeurs 2.2.1 Bilan en volume de la filière La production annuelle de lait local est estimée à 45 500 TM en 2003 (Damais G, 2003), tandis que, potentiellement, la production annuelle est estimée à environ 145 000 toujours selon une approche du même auteur. Le pays a eu une importation annuelle estimée à environ 85 000 TM au cours de l’année 2003. Tableau 18 : Volume des importations (en TM) de produits laitiers selon différentes sources pour l’exercice 2000-2001 Produit FAO % AGD % Lait frais 1 176 1% 9 154 8% Lait évaporé 20 653 63% 4 331 9% Lait en poudre 3 220 35% 9 637 75% Tot. produits laitiers 25 049 / 23 122 / Tot. équiv. Lait 81 789 100% 114 938 100% Sources : AGD ; FAO La consommation de la population est estimée à 45 grammes par jour (chiffre calculé à partir d’une disponibilité totale de 130 000 TM). Des estimations de la production potentielle réalisée en prenant comme base les données fournies par les résultats des enquêtes de terrain de VETERIMED dans le cadre du Programme Lait Agogo, ont été de l’ordre de 145 000 TM. Donc, une bonne partie de cette production soit environ 100 000 TM ne serait pas valorisée par la population. 2.2.2 Évolution de ce bilan De l’ordre de 40 000 à 60 000 TM en moyenne annuelle entre 1990 et 2000, la production de lait a connu selon FAOSTAT (2003) une période de stagnation entre 1994 et 1999 avec une moyenne annuelle tournant autour de 38 000 TM. De 2000 à 2003, la production a atteint le niveau obtenu en1993 et a été en légère augmentation suivant le rythme de croissance du cheptel bovin. Entre 1991 et 1994, pendant l’embargo économique, les importations ont diminué. De 1994 à 1999, suite à la levée de l’embargo économique, toujours selon les données de la FAO (FAOSTAT, 2004), les importations ont connu une augmentation progressive. Les importations de lait évaporé atteindraient autour de 20 000 TM par an, représentant la majeure partie (63%) des produits laitiers importés. Tableau 19 : Bilan en volume des produits laitiers BILAN GLOBAL DU SECTEUR DES PRODUITS LAITIERS EN HAÏTI Production actuelle = 45 000 TM = 7 M. US $ Importations = 85 000 TM = 40 M. US $ Disponibilités / utilisations totales = 130 000 TM = 47 M. US $ Consommation actuelle = 130 000 TM = 47 M. US $ = 45 g. / hab. / jour Production potentielle = 145 000 TM = 23 M. US $ = 112 % de la consommation Production non valorisée = 100 000 TM = 16 M. US $ La production nationale représenterait un peu plus du tiers des disponibilités ou des utilisations totales, les importations couvrant un peu moins des deux tiers restant. La production potentielle non valorisée est estimée à 100 000 TM : Elle est donc théoriquement en mesure de couvrir les importations qui représentent un coût en devises d’environ 40 millions de dollars US par an pour le pays. Le marché potentiel pour les produits laitiers nationaux est donc considérable. Évolution de la production et des importations de lait Source : FAO 2.2.3 Les prix moyens observés 2.2.3.1 Au niveau du lait Les prix observés sur les marchés locaux dépendent de plusieurs facteurs, tels que: présence d’eau, types d’intermédiaires, régions et saisonnalité des prix. • Le facteur « eau », types d’acteurs et régions de commercialisation du lait Le prix payé au producteur par les laiteries Lèt Agogo est généralement supérieur à celui payé par les marchands de lait cru. En effet, le lait vendu à ces marchands est systématiquement mouillé (le producteur y rajoute une proportion d’eau qui peut varier entre 10 à 30%), alors que le lait acheté par les laiteries est systématiquement contrôlé. Le lait vendu au consommateur contient donc de l’eau. Et, après avoir reçu du lait mouillé du producteur, le revendeur peut souvent ajouter une autre quantité d’eau. Le lait donc reçu par le consommateur peut contenir jusqu’à 50% d’eau. Ainsi, si l’on considère que le lait cru est généralement mouillé (en moyenne 25% d’eau), ramené au litre, le lait frais local revient à environ 21,00 Gourdes/litre avant cuisson et 28.00 Gourdes/litre après cuisson. Le prix du lait local vendu cru payé aux producteurs par le consommateur varie selon les régions du pays. Le lait local se vend en moyenne 12.00 gourdes la bouteille de 0,75 litres. Le prix diminue lorsqu’on s’éloigne des villes. Cela s'explique probablement par les dépenses supplémentaires pour le transport et aussi par l’effet de la demande du lait sur le prix. A la campagne, le lait cru est offert par des intermédiaires qui généralement ont presque doublé le prix. En effet, à la campagne, les intermédiaires n’existent pas et le marché est dominé seulement par les deux principaux acteurs, à savoir: le producteur et le consommateur. Ce qui contribue à faire baisser considérablement les prix. Mais, dans les centres urbains, le producteur offre le lait aux marchands de lait qui eux-mêmes revendent le lait aux consommateurs. Il existe un autre acteur dans le circuit qui fait transiter le lait avant d’atteindre le consommateur final. La marge réalisée par l’intermédiaire (marchand de lait) fait augmenter le prix. Tableau 20 : Prix du lait cru local (en gourdes) Région Prix payé au producteur par la laiterie sans eau (en gallon) Prix payé au producteur par le marchand de lait avec eau (en gallon) Prix payé par le consommateur avec eau (en gallon) Prix payé par le consommateur avec eau Bouteille 750 ml Limonade/Cap 45.00 35 60.00 12.00 Bon repos 60.00 50.00 75.00 15.00 Léogane 65.00 50.00-60.00 80.00 16.00 Arcahaie 60.00 50.00 60.00 12.00 Thomazeau 60.00 50.00 60.00 12.00 Jacmel 50.00 40.00 75.00 15.00 Torbeck 40.00 35.00 45.00 9.00 Ounaminthe 50.00 40.00 50.00 10.00 Verrettes 50.00 50.00 60.00 12.00 Tableau 21 : Évolution des prix du lait de 1991 à 2005 (près cuisson) Année 1991 1994 2000 2005 Gourdes / litre 3,50-5,30 5,30-7,10 8,80-12,40 28,00 En 14 ans, le lait a connu une augmentation de 536%. • Saisonnalité des prix La production de lait est sujette à de fortes variations saisonnières qui influencent généralement les prix. Cette variation est due à la concentration des mises bas des vaches laitières pendant les mois d’avril et juin, période qui correspond à la première saison pluvieuse et donc à l’abondance des fourrages et de l’eau. Le pic annuel de production laitière est atteint durant les mois de juin et juillet. Cependant, ce pic de production est inversement proportionnel à la demande. En effet, on observe une baisse de la consommation des produits laitiers en général et du lait local en particulier pendant les périodes de vacances (juin-septembre). Cela s’explique par la grande disponibilité des fruits tels que les mangues et les avocats (mai-septembre). Ainsi, au cours de cette période (juin-septembre), le prix du lait diminue considérablement en passant de 28 gourdes le litre en janvier-mai 2005, à 25 gourdes le lite en juin-septembre 2005; soit une diminution de 10%. Dans des rares cas, entre juin et septembre, les prix peuvent diminuer jusqu’à atteindre 22 gourdes le litre. Ce qui donne donc une diminution de 21%. Dans le circuit traditionnel, le prix du lait au producteur peut chuter de 50%. 2.2.3.2 Au niveau des produits transformés (yaourt, douce Marcos, lait stérilisé) Le volume de production de yaourts et de lait stérilisé aromatisé fabriqué avec du lait local, varie également en fonction de la production saisonnière. Dans tous les marchés desservis par les produits Lèt Agogo, on observe une pénurie de produits entre les mois de janvier et avril, période qui correspond à celle de sécheresse et de tarissement de la majorité des vaches paysannes. Les fabricants de douces confrontent le même problème. Les yaourts fabriqués avec du lait en poudre importé reconstitué, sont à l’abri de ces variations. Tableau 22 : Prix du yaourt local ( 296 ml ou 10 oz, en gourdes) Région Prix réseau ou laiterie Prix payé par le consommateur Limonade /Cap-Haïtien 16 20 Bon repos/ Port-au-Prince 18 24-25 Torbeck 18 22-24 Jacmel 18 22-24 Verrettes 16 20 Ouanaminthe 15 2 Source : Veterimed Tableau 23 : Évolution du prix de yaourt Lèt Agogo de 2002 à 2005 2002 2003 2004 2005 Prix laiterie (gourdes) 10.00 12.00 14.00 16.00 Prix consommateur (Gdes) 12.00 15.00 20.00 20.00-25.00 Source : Veterimed/Limonade (bouteille de 10 oz ou 296 ml) Tableau 24 : Prix du lait stérilisé aromatisé local ( 296 ml ou 10 oz, en gourdes) Région Prix réseau ou laiterie Prix payé par le consommateur Limonade /Cap-Haïtien 15 20 Bon repos/ Port-au-Prince 17 20 Arcahaie 17 20 Thomazeau 17 20 Léogane 17 20 Jacmel 15 20 Verrettes 15 20 Source : Veterimed/Limonade (bouteille de 10 oz ou 296 ml) 2.2.4 Prix des produits concurrents Le prix moyen du lait évaporé, toutes marques confondues, est de 15.00 gourdes la boite. Le prix augmente à mesure que l’on s’éloigne des grandes villes, probablement en raison des dépenses supplémentaires de transport. La boite de 170g de lait évaporé équivaut à 390 ml d'équivalent lait car on y ajoute 220gr d’eau. Pour faire un litre de lait, on a besoin de 2,5 boîtes. Ramené au litre, le lait évaporé revient à 37.50 Gourdes, sans tenir compte du coût de l’eau nécessaire. Le prix moyen du lait en poudre ramené au gramme est légèrement plus faible pour la boite de 2000 g que pour la boite de 1000 g et plus élevé pour celle de 500 g. L’achat de lait en poudre se fait surtout dans les villes. C'est un produit que les gens de la campagne achètent en ville lors de leur déplacement. Pour faire un litre de lait, on a besoin de 110 g de lait en poudre. En négligeant le coût de l’eau nécessaire, le lait en poudre ramené au litre revient à un prix variant de 31 à 41 Gourdes (selon la marque). Comparé au lait local, le lait évaporé est cher. De plus, les augmentations de prix au cours des dix dernières années ont été plus fortes pour le lait évaporé que pour le lait local. Tableau 25 : Évolution du prix du lait (prix payé par le consommateur) Prix (gourdes/litre) 1991 1994 2000 2005 Augmentation Lait évaporé 3,2 12,8-15,4 19-23 37.50 1 072 % Lait local après cuisson 3,5-5,3 5,3-7,1 8,8-12,4 28,00 428 à 700 % L'analyse des prix montre que le prix du lait local est actuellement compétitif par rapport aux produits d'importation : • Lait UHT importé : 50.00 à 65.00 G par litre • Lait évaporé 170 ml (1 boite => 0,39 litre de lait) : 12.50 à 16 Gdes/boite soit 37.5 Gdes/l + eau, • Lait en poudre (110 g => 1 litre) : 31à 41 gourdes Gdes/l + eau • Lait local à PAP : jusqu’à 100 Gdes par gallon, soit 26 Gdes/litre • Lait local au Cap : 60 à 75 Gdes par gallon, (1 Gal =>3.78 litres ) avant cuisson, après cuisson et en tenant compte du facteur « eau ajoutée » 28 Gdes/litre Tableau 26 : Comparaison des prix des différents type de lait en mai 2005 Type de lait Prix en gourdes (ramené au litre) Lait UHT importé  60.00 Lait évaporé 37.50 Lait en poudre 36.00 Lait local à Port-au-Prince  avant cuisson 26.00 Lait local au Cap-Haïtien  après cuisson 28.00 Considéré dans l’ensemble, les prix semblent être en constante augmentation d’une année à l’autre. Ainsi, les données produites par IHSI (Statistique trimestrielle) montrent que le prix de la petite boîte de carnation (lait évaporé non sucré) est passé de moins de 7 gourdes en 1997 à plus de 19 gourdes en Septembre 2004. Aujourd’hui, le prix s’est stabilisé autour du prix moyen de 15 gourdes. Tableau 27 : Comparaison de prix du lait (Haïti/République Dominicaine) mai 2005 Prix moyen HAITI Rép Dom. Gourdes USD Pesos USD Litre de lait au producteur 15,00 0,39 12,50 0,44 Lait UHT 60,00 1,58 39,00 1,37 Lait évaporé ramené au litre 37,50 0,99 29,41 1,03 Yaourt au Litre 72,00 1,89 67,00 2,35 En Haïti, le lait local se vend moins cher qu’en République dominicaine, de même que le yaourt local. Le lait UHT et le lait évaporé (produits importés pour Haïti et locaux pour la République dominicaine) se vendent plus cher en Haïti qu’en République dominicaine. 2.2.5 Mécanisme de formation des prix dans la filière Comme pour les autres produits déjà considérés, le prix du lait est en constante augmentation. Il augmente au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la campagne pour se rendre aux centres urbains et des centres urbains vers la Capitale Port-au-Prince. Plus précisément, dans les régions où il existe des marchands de lait comme intermédiaires, le prix du lait augmente avec les marges réalisées par les marchands de lait qui cherchent en tant qu’intermédiaires à maximiser leur profit. En outre, dans les zones où il y a des transformateurs, comme à Limonade avec Veterimed Lèt Agogo et à Petit-Goâve avec les producteurs de « « Douce Marcos » », le lait se vend plus cher que dans les autres régions (là où il n’existe pas de transformateur). En effet, ces transformateurs font une meilleure valorisation du lait en l’utilisant comme matière première à la fabrication d’autres produits. Par ailleurs, comme pour tout produit, la dévaluation de la gourde par rapport au dollar influence le prix du lait. On peut donc conclure que le prix à la consommation du lait local, est très lié à l’évolution de la valeur de la monnaie nationale, la situation d’inflation dans le pays et aux marges réalisées par les intermédiaires impliqués dans la filière. 2.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs  2.3.1 Le lait 2.3.1.1 Le producteur Compte tenu des données techniques disponibles et en supposant que la durée moyenne de lactation est de 150 jours, on peut donc déduire le produit brut moyen tiré de l’activité « lait » sur les exploitations paysannes. Tableau 28 : Revenus du lait Limonade Bon Repos Cayes Jacmel Prix moyen par bouteille 9,00 12,00 8,00 10,00 Bouteille par vache et par jour 4,50 5,50 3,70 3,50 Jours de lactation par an 150 150,00 150,00 150,00 nombre de vaches lactantes 3,00 3,40 1,30 0,80 Produit brut lait du troupeau 18 225 33 660 5 772 4 200 Source : enquêtes de terrain VETERIMED , 2003 actualisée 2005 À Limonade et Bon Repos, ce produit brut4 est respectivement de l’ordre de 18 225 gourdes et 33 660 gourdes par exploitation. À titre de comparaison, un hectare de maïs rapporte (marge brute) entre 5 000 et 8 000 gourdes par an. L’activité laitière représente donc aujourd’hui dans ces deux localités l’équivalent, en terme de produit brut, plus de 3 à 4 hectares de maïs. Ce produit brut représente aussi entre 220 et 360 salaires minima journaliers (75 gourdes), soit 1 à 1,5 emplois à temps complet, alors que la production laitière ne mobilise qu’une part marginale du temps de travail du producteur. Enfin, ce produit brut représente de 1,5 à 2,5 fois le Produit Intérieur Brut par habitant (environ 11 250 gourdes par an et par personne). Aux Cayes et à Jacmel, il est de l’ordre de 4 000 gourdes par an, soit le rapport d’un demi hectare de maïs, en période (année) de bonne récolte. Il est 4 à 6 fois plus faible que dans les deux localités précédentes, du fait de la dimension plus réduite du cheptel bovin présent dans les exploitations (aux alentours d’une vache lactante par exploitation en moyenne, contre 3 à Bon Repos et à Limonade) et d’un prix payé par la laiterie du réseau nettement inférieur aux Cayes : 30 à 40 gourdes le gallon contre 50 à 60 gourdes à Bon Repos et Jacmel. 2.3.1.2 Les marchands de lait (cru) local Tableau 29 : prix dans la distribution du lait cru Acteur Produit Prix de vente Producteur 1 gallon de lait 50.00 gourdes Marchand de lait 1 gallon de lait 75.00 gourdes Marge Brute 25.00 gourdes Source : VETERIMED - Lèt Agogo, mai 2005 La marge brute du marchand de lait est de l’ordre de 25 gourdes, soit un taux brut 50%. 2.3.2 Le yaourt et le lait stérilisé • Les produits bruts Tableau 30 : Produits bruts yaourt et lait stérilisé Acteur Produit Prix de vente Producteur 1 gallon de lait 60.00 gourdes Laiterie ou Réseau 1 gallon de yaourt 221.00 gourdes Détaillant 1 gallon de yaourt 309.00 gourdes Produit brut (laiterie/réseau) 161.00 gourdes Produit brut (détaillant) 88.00 gourdes Acteur Produit Prix de vente Producteur 1 gallon de lait 60.00 gourdes Laiterie ou Réseau 1 gallon de lait stérilisé 208.00 gourdes Détaillant 1 gallon de lait stérilisé 260.00 gourdes Produit brut (laiterie/Réseau) 148.00 gourdes Produit brut (détaillant) 52.00 gourdes Source : VETERIMED - Lèt Agogo, mai 2005 • Les coûts de production d’une bouteille de yaourt et de lait stérilisé Tableau 31 : Coûts de production yaourt et lait stérilisé ITEM Coût en Gourde Coûts en % Coûts variables 10,78 67% Lait 4,61 29% Emballage 4.00 25% Energie 1.00 6% Autres 1,17 7% Coûts fixes et amortissements 5,22 33% Total 16 100% Source : VETERIMED - Lèt Agogo, mai 2005 • Les marges La bouteille de yaourt et celle du lait stérilisé sont vendues par la laiterie respectivement à 17.00 et 18.00 gourdes. La marge nette réalisée sur une bouteille de yaourt produit est de 1.00 gourde, soit une marge nette de 6.25%. La marge nette réalisée sur une bouteille de lait stérilisé produit est de 2.00 gourdes, soit une marge nette de 12.50%. A Port-au-Prince, le yaourt est revendu entre 24 et 25 gourdes. Ce qui permet au détaillant de réaliser une marge brute de 7 à 8 gourdes, représentant 41 à 47%. Le lait stérilisé est vendu 20 gourdes par le détaillant à condition que la bouteille de verre soit retournée par le consommateur pour être recyclée. La marge brute réalisée par le détaillant est donc de 2 gourdes, soit 11 %. 2.3.3 La douce Marcos 2.3.3.1 Producteur • Le produit brut Le prix d’une tranche de douce Marcos est de 25.00 gourdes (prix payé au producteur). Pour une boite de 44 tranches de douces produites, le produit brut est de l’ordre de 1100.00 gourdes • Coût de production ( 1 boite de 44 tranches de douces Marcos) Tableau 32 : Coûts de production 1 boite de douce Marcos Ingrédients Quantité Coût unitaire (en Gdes) Coût total (en Gdes) Lait 8 gallons 45.00 360.00 Sucre 1 marmite 80.00 80.00 Sobrino /chocolat forfait 5.00 5.00 Essence forfait 10.00 10.00 Colorant forfait 5.00 5.00 Bois/Energie forfait 75.00 75.00 Emballage/Plastique forfait 100.00 100.00 Main-d’œuvre forfait 40.00 40.00 Total 675.00 • La marge Tableau 33 : Marge sur la production de Douce Marcos Indicateurs économiques Montant (en gourdes) Produit brut 1100.00 Charges 675.00 Marge nette 425.00 Sur une boite de douce produite, le producteur réalise une marge nette de 425.00 gourdes, soit à peu près 63%. Avec une production de 1 boîte par jour, la production annuelle tourne autour de 360 boites. Le revenu annuel du producteur est donc de l’ordre de 153000 gourdes, représentant 2040 jours de salaire minimum. 2.3.3.2 Les détaillants Le détaillant revend la tranche de douce Marcos au prix de 32.50 gourdes au consommateur. Son produit brut est de l’ordre de: 1430 gourdes, pour une boite de 44 tranches. Sa marge brute réalisée est de 7.50 gourdes/tranche de douces, soit 330.00 gourdes pour la boite de 44 tranches; représentant 30% de son argent investi. 2.3.3.3 Les supermarchés Au supermarché, la tranche de douce Marcos se vend 45 Gourdes. Son produit brut est de l’ordre de 550.00, pour la boite de 44 tranches. La marge brute du supermarché est de 12.50 gourdes/tranche de douce, soit 550.00 gourdes pour la boite de 44 tranches ; soit un taux de 38%. 2.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage. 2.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière lait en Haïti • La production de lait en Haïti (traite et commercialisation de lait), est une activité généralement pratiquée sous une forme traditionnelle, en élevage familial. • La production de lait local est peu transformée. La plus grande partie de cette production est actuellement consommée sous forme de lait frais (lait acheté cru et bouilli à la maison). • Dans les zones grandes productrices de lait frais (Cap-Haïtien, les Cayes), le lait local représente 30 à 45 % de la consommation des ménages. Ailleurs, et en particulier à Port-au-Prince, la consommation en lait frais local est négligeable car celui-ci n’est pas disponible. Il est remplacé par le lait évaporé importé. • Il existe cependant certaines activités de transformation. Parmi les plus importantes on retrouve : ◦ Des petites unités formelles de transformation de lait en yaourt et lait stérilisé aromatisé. ◦ Les fabricants de douces et de crémas, AK100 et autres produits à base de lait. 2.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur • Le lait et les produits laitiers sont considérés par la majorité des haïtiens comme essentiels à l’alimentation. Ils sont largement consommés par toutes les couches de la population. Mais, leur niveau de consommation par individu reste inférieur aux recommandations. • Les importations de lait sont énormes (deuxième poste d'importation alimentaire) et représentent près de deux fois la production nationale. • Il existe une production potentielle, non valorisée qui est estimée à 100 000 TM : Elle est donc théoriquement en mesure de couvrir les importations qui représentent un coût en devises d’environ 40 millions de dollars US par an pour le pays. Le marché potentiel pour les produits laitiers nationaux est donc considérable. • Malgré la précarité de la production familiale, la production laitière nationale est aujourd’hui largement compétitive en termes de prix ; un litre de lait frais coûte au consommateur deux à trois fois mois qu’un litre de lait reconstitué à partir de lait en poudre ou de lait évaporé. La tendance actuelle à la dévaluation de la gourde tend à renforcer cette compétitivité. Un lait local de bonne qualité peut ainsi facilement trouver sa place sur le marché tout en restant beaucoup moins cher que les produits importés équivalents. 2.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. 2.4.3.1 La contrainte majeure Aujourd’hui, la contrainte principale de la filière lait en Haïti se situe au niveau de la mise en marché de la production. Largement préféré par les consommateurs, là où il est disponible, pour sa valeur nutritive, son goût, son prix et son origine nationale, le lait local fait néanmoins peur car il n’est pas sûr sur le plan sanitaire : on pense qu’il peut être vecteur de maladies en raison des pratiques de coupage avec de l’eau d’une part et d’absence de suivi vétérinaire des vaches d’autre part. Le lait évaporé et le lait en poudre présentent de leur côté des avantages non négligeables en termes de conservation et de facilité d’utilisation aux yeux d’une part importante des ménages. Le fait qu’il n’existe pratiquement plus d’ateliers de transformation, le lait est commercialisé par des marchands traditionnels de lait cru, qui le distribuent aux portes à portes. Les marchands de lait ne garantissent pas des prix et des paiements stables aux producteurs. Il n’y a aucun contrôle de qualité et le rajout d’eau est systématique, ce qui fait du lait cru un produit considéré de mauvaise qualité par le consommateur Les marchands de lait utilisent généralement des bicyclettes comme moyens de transport ou des équins dans les zones de montagnes. En conséquence, la production ne peut se faire qu’à proximité des marchés importants où sont les grandes villes alors que le cheptel bovin est distribué à travers tout le pays. Le problème des voies et moyens de communications empêche l’écoulement des produits des zones de production aux bassins de consommation, ce qui affecte à la fois les consommateurs et les producteurs. Le système traditionnel de commercialisation à des difficultés à faire face aux variations saisonnières de l’offre et de la demande. Pendant les vacances scolaires d’été, (de juillet à septembre), la demande en produits laitiers chute drastiquement. Les enfants ne vont plus à l’école et c’est l’époque de grande disponibilité des fruits. Mais, c’est aussi la période où les vaches produisent le plus de lait, car avec les pluies du mois de mai, la nourriture est devenue plus abondante et la plupart des vaches donnent naissance à leur veau durant cette période. Donc, il y a un surplus de lait à cette époque. La conservation du lait produit en milieu paysan est difficile. Car, l’électricité n’est disponible ni partout ni en permanence, ce qui fait que même si les infrastructures étaient disponibles, elles ne pourraient pas fonctionner à leur plein potentiel. Les opérations de traite sont trop souvent réalisées dans des conditions sanitaires parfois douteuses qui agissent sur qualité des produits commercialisés et par ricochet sur l’attitude de certains consommateurs. 2.4.3.2 Contraintes spécifiques • Au niveau du producteur Il s’agit généralement des mêmes contraintes classiques de l’élevage traditionnel haïtien, à savoir : • Au niveau de l’alimentation du bétail : ◦ Forte variation saisonnière dans la disponibilité fourragère5. ◦ Manque de connaissance dans les techniques d’amélioration fourragères. ◦ Les semences fourragères de qualité ne sont pas facilement disponibles sur le marché. ◦ Faible dimension des exploitations (limitant les possibilités de dédier une partie de la ressource foncière à des cultures fourragères). ◦ Selon les régions du pays, manque de sources d’abreuvement du bétail en qualité et quantité • Au niveau des techniques de conduite d’élevage : ◦ Manque de connaissances sur certaines techniques de conduite de l’élevage. ◦ Problèmes de consanguinité dus au manque de connaissance et de gestion du troupeau. • Au niveau des aspects sanitaires : ◦ Accès parfois limité aux services vétérinaires. ◦ Campagnes de vaccination irrégulières. ◦ Problème de chaîne de froid pour la conservation des vaccins. ◦ Coûts élevés et difficulté dans l’approvisionnement en produits vétérinaires. • Autres problèmes : ◦ Vol du bétail. ◦ Relative insécurité foncière (exploitation de terres dites de l’État ou de domaine privé sans contrat) Par exemple à Moléard et Merger, zone de collecte de lait du réseau Lèt Agogo. ◦ Coût élevé de location des terrains, coût pour la mise en place de clôtures et la préparation des sols pour les pâturages améliorés. ◦ Âge moyen avancé des éleveurs. • Au niveau des unités de transformateurs actuellement existantes (yaourt) : • Problème énergétique. • Carence et dégradation des voies de communication. • Structures de production et d’approvisionnement en lait éclaté et éparpillé. • Mauvaise qualité du lait local à cause de la pratique d’ajout d’eau. • Approvisionnement difficile pour les emballages, non fabriqués en Haïti. • Personnel qualifié non disponible et manque de support technique. • Peu de référentiels techniques disponibles pour la transformation artisanale adaptée aux conditions du pays. • Coût élevé des analyses de laboratoire pour le contrôle de la qualité. • Au niveau des producteurs de douce Marcos : • Falsification du lait (ajout d’eau) qui entraîne des conséquences graves sur la qualité des Douces Marcos produites : augmentation de la quantité de sucre à utiliser, altération de la consistance devenant très dure, diminution de la durée de conservation. • Fluctuation (augmentation et diminution) des ventes au cours de l’année. • Caractère saisonnier de la production. • Saturation du marché local (Petit-Goave). • Absence d’organisation de producteurs. • Difficultés d’approvisionnement en lait pendant la période de sécheresse. Le lait en poudre utilisé alors comme intrant de remplacement est très cher, ce qui entraîne une augmentation de coût de production. • Les techniques de travail ne sont pas modernisées, ce qui entraîne des pertes énormes de production. • Utilisation du bois de chauffe comme seule source d’énergie. • L’insécurité qui prévaut depuis 2 ans dans la région de Petit-Goave est une contrainte majeure au développement du marché car: les bus en provenance du sud ne s’arrêtant plus, les ventes ont fortement baissé. 2.4.3.3 Autres contraintes externes, liées au contexte économique et institutionnel de la production. • Difficultés pour les consommateurs fidèles au lait local de s’approvisionner régulièrement ; car, la commercialisation ou encore l’offre n’est pas organisée. Chaque petit éleveur, dans certaines zones, transporte son produit et le vend sur le marché local ou communal. • Le lait local est généralement consommé sous forme de lait frais. Sa conservation se fait avec risque. Cette situation oblige parfois les éleveurs vendeurs et les marchands de lait à se débarrasser des quantités invendues qui sont répandues sur le sol ou utilisées dans l’alimentation des porcs. • Avec un revenu per capita estimé en moyenne à moins de U.S $300 par an et un taux de chômage variant entre 30 et 60%, le lait devient moins accessible à certaines couches de la population. • Importations de produits laitiers hautement subventionnés en provenance des pays du Nord. • Le personnel technique formé par les Institutions Universitaires n’a généralement pas de compétences adaptées à la problématique haïtienne. 2.4.4 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés Pour que le lait local gagne des parts de marchés par rapport aux laits importés, il est nécessaire d’améliorer sa qualité sanitaire et son image en ce sens ; il faut aussi le rendre plus facilement disponible pour les ménages, et rendre sa conservation plus facile. L’expérience du programme Lèt Agogo semble assez concluante en ce sens, en assurant contrôle de qualité et vente du lait local sous une forme capable d’être conservée (yaourt, lait stérilisé). Même vendu plus cher que le prix actuel du lait local vendu cru et frais, ces produits sont largement compétitifs par rapport aux produits équivalents importés. L’appui à la production nationale et la reconquête du marché intérieur des produits laitiers passe par : • la création de conditions sanitaires (contrôle de qualité). • la fabrication de produits de longue conservation, comme le lait stérilisé). • adoption d’une stratégie extensive d’ouverture du plus grand nombre possible de mini-laiteries décentralisées partout où les conditions seront favorables. 2.4.4.1 Mesures concrètes pour le secteur de la transformation • Financement à taux préférentiel du programme déjà existant de l’ouverture de mini-laiteries décentralisées dans les zones d’existence d’un cheptel bovin et de proximité d’un marché de consommation exploitable. • Financement de campagnes médiatiques sur la consommation de produits laitiers locaux. • Financement d’un programme de recherche–développement sur la production de fromage dans les zones de montagne. • Financement de programmes de coopération SUD-SUD sur la transformation laitière. • Appui à l’initiative de création ou renforcement de 3 centres de formation sur la production et la transformation laitière à Limonade (VETERIMED), Torbeck (Université Notre Dame), Damien (Faculté d’Agronomie et MARNDR). • Financement de l’appui au renforcement institutionnel des organisations de producteurs (formation, échanges) et réseau de transformateurs. 2.4.4.2 Au niveau de la production Au niveau des exploitations paysannes, compte tenu des contraintes mises en évidence, l’intensification de la production laitière par des techniques de production plus intensive (alimentation complétée avec des concentrés, utilisation de races importées plus performantes et stabulation), sera difficile à réaliser à moyen terme, car beaucoup plus coûteuses et moins efficaces en terme de résultats obtenus. Inversement, l’importance du volume de production potentielle des systèmes de production traditionnels, qui peut être mobilisé, est évidente, tant soit peu qu’un débouché rémunérateur soit offert aux éleveurs. Il est donc proposé de s’orienter vers un programme d’amélioration progressif du système d’élevage traditionnel familial. Certaines institutions ou organisations qui travaillent sur la filière lait et de l’élevage en général, remplissent en partie cette fonction, ont accumulé une expérience en ce sens, etce travail mériterait d’être renforcées. (VETERIMED–Lèt Agogo, COD-EMH,). Sur la base d’une concertation encouragée, un programme d’amélioration du niveau de formation des éleveurs et encadrement technique rapproché, peut être élaboré par un ensemble d’acteurs intéressés qui prendraient l’engagement de fonctionner en réseau. Le projet présenté aurait comme composante : 1 Amélioration de la disponibilité et qualité des fourrages. 2 Amélioration des conditions d’abreuvement du bétail. 3 Amélioration de l’accès à la terre. 4 Amélioration génétique. 5 Renforcement des organisations de producteurs. Avec cet ensemble de propositions, dans la filière lait et dans les conditions actuelles de l’élevage traditionnel, il est possible d’obtenir un gain de productivité allant jusqu à 50%. 1- Amélioration de la disponibilité fourragère Diffusion d’une une série de techniques de production fourragère qui peuvent s'inscrire sans trop de bouleversement dans les pratiques culturales actuelles. Plusieurs de ces techniques entrent déjà dans la pratique de certaines exploitations. Il faut les vulgariser tout en y apportant des améliorations. Propositions pour un programme d'amélioration de l’alimentation animale jumelée à des mesures de protection de l’environnement. Exemples : • Arbres fourragers dans les clôtures et délimitations de parcelles agricoles. • Arbustes fourragers dans les courbes de niveaux des structures de protection des sols. • Culture de légumineuses fourragères améliorées en lieu et place des jachères dans la rotation des cultures. • Culture de fourrages améliorés plus productifs (herbe à éléphant, canne à sucre dans les espaces réservés aux animaux. • Association légumineuse/graminée pour augmenter la qualité des rations administrées aux animaux. L’objectif spécifique est de permettre à l'exploitation de disposer de plus de ressources fourragères pour l'alimentation animale en générale, car toutes les espèces seront potentiellement bénéficiaires: ruminants, équins, lapins et même porcs et volailles. Il ne s'agit pas non plus de tenter d'instaurer des pâturages sur de grandes surfaces, que ne possède d'ailleurs pas la grande majorité des exploitations, mais d'augmenter, malgré tout, la masse fourragère présente, tout en améliorant la qualité des fourrages disponibles. Un autre objectif visé, c'est de permettre à l'exploitation de disposer de réserves fourragères durant la sécheresse, en quantité et en qualité (ex : canne à sucre). On introduira des espèces améliorées. On encouragera l'utilisation optimum d'arbres et arbustes fourragers et la constitution de « touffes » de fourrages dans tous les « coins » de l'exploitation ( clôtures, courbe de niveau etc…). Les interventions devront être réalisées au cas par cas. Une évaluation du potentiel fourrager de l'exploitation et des possibilités très concrètes d'amélioration doit être faite. On recherchera des formules qui impliquent le moins de « chambardements » possibles et qui pourront être facilement intégrées dans les pratiques culturales de l'exploitant. Les solutions proposées varieront nécessairement d'une exploitation à une autre, et ceci selon les dimensions, la répartition des jardins, la topographie, le type de cultures pratiquées, la charge et espèces animales, les conditions agro-écologiques et les choix de l'exploitant. Sur une exploitation de la plaine du cul-de-sac, par exemple, où il existe déjà une parcelle fourragère plantée en herbes de Guinée (Panicum maximum), on peut facilement proposer l'introduction d'une association avec une légumineuse comme la Leucaena. Sur une autre exploitation, un paysan peut préférer établir une parcelle de coupe constituée d'herbes à éléphant. Dans les zones de montagne où il existe sur de nombreuses exploitations des plates-bandes maraîchères et des terrasses de fortune, il est possible de proposer le renforcement des structures de protection de sol avec des espèces fourragères, telles que l'herbe à éléphant, le mûrier (Mora alba) ou la Leucaena plantée en touffe. Il est aussi possible de proposer l'utilisation systématique de la Glyricidia dans les clôtures. Un tel programme peut être réalisé dans le cadre d’un partenariat avec des ONG intervenant dans le secteur. On peut proposer la création d’unités modèles de production agro-sylvo-pastorales dans 4 types différents de systèmes agro-écologique du pays, avec un programme de formation et de vulgarisation correspondant. 2- Amélioration des conditions d’abreuvement du bétail Les solutions techniques étant déjà mises au point et disponibles, il faut créer les conditions de mise en application, telles que la mise sur pied d’un fonds pour un Programme National de financement de l’amélioration des sources d’abreuvement du bétail (impluviums, puits abreuvoirs) y compris dans les périmètres irrigués. 3- Amélioration de l’accès à la terre Dans la région de Moléard et Merger, financement d’un programme d’« Alliance productive » (financement de la location des terres et construction de clôture) qui permettrait l’accès plus formel à la terre et le développement de pâturages améliorés. Dans cette alliance, les propriétaires absentéistes y trouveraient leur compte, car la mise en valeur des terres peut constituer une bonne protection contre l’urbanisation sauvage. 4- Amélioration génétique Financement d’un programme de recherche-développement pour l’évaluation des performances de production des souches indigènes et de sélection d’animaux pour l’amélioration génétique. 5- Renforcement des organisations de producteurs Programme de renforcement institutionnel, et mise en réseau des organisations de producteurs. Points d’application pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière laitière : Plaines : du Cul de sac, de Léogane, du Nord, du Nord-Est, des Cayes, région de Jérémie. En montagne : Plateau de Seguin, Forêt des pins, région de Kenskoff, Marmelade. 3 ELEVAGE PORCIN 3.1 Identification et localisation des différentes catégories d’acteurs 3.1.1 Les producteurs Tout de suite après l’abattage du cheptel porcin haïtien en vue de l’éradication de la Peste Porcine Africaine (PPA), la relance du repeuplement avec des porcs de races américaines avait rendu cet élevage inaccessible à certains petits éleveurs et aux gardiens. Malheureusement, le type d’élevage intensif prôné à cette époque s’est révélé non rentable à cause des rapports qualité/prix des aliments, coûts de production/prix payé aux producteurs pour l’unité de poids vif et la concurrence des abats et de la viande de porc importé. De plus, à cause de la crise du son de blé de 1987 (provoqué par l’augmentation brusque de la demande et ensuite par la fermeture temporaire de la Minoterie) et l’introduction des génotypes Gascon Chinois Créole, les grands éleveurs de type intensifs ont fini également par abandonner. Depuis lors, les porciculteurs sont en majorité de petits éleveurs. La disparition du porc créole a privé la paysannerie durant plusieurs années de son principal instrument d’épargne et de capitalisation. La conséquence immédiate a été une pression sans précédant sur les ressources naturelles déjà sur exploitées; principalement sur les arbres. Avec la coupe effrénée des arbres, la paysannerie est du coup entré dans un cercle infernal de décapitalisation compromettant la reprise de l’élevage porcin. En effet la disparition de nombreux arbres fruitiers (manguiers, avocatiers, goyaviers etc…) allait par la suite priver les exploitations de sources traditionnelles d’alimentation des porcs. De plus, la dégradation générale et accélérée de l’environnement allait provoquer une réduction sur les rendements des cultures et donc des résidus disponibles pour l’élevage de porcs en milieu rural, avec des périodes de soudure de plus en plus longues. Aujourd’hui la majorité des éleveurs sont contraints d’acheter des aliments, surtout durant la période de sécheresse qui s’étend approximativement entre décembre et mars. Alors qu’ils réclamaient des porcs rustiques, paradoxalement avec le temps et la nouvelle situation de baisses des ressources disponibles pour l’alimentation traditionnelle, les éleveurs ont perdu leur intérêt pour les races rustiques (gascon-créole-chinois) du repeuplement et a augmenté au contraire leur propension à rechercher des animaux croisés avec des races améliorées, qui valorisent mieux les aliments achetés. Dans les communes ou sections communales qui ont pu bénéficier d’un programme intensif de repeuplement porcin, les petits éleveurs représentant 50 à 70 % des exploitations, disposent de 1 à 3 porcs tenus à la corde dans la cour de la maison ou sur les jachères. Tandis que, les moyens producteurs élèvent 4 à 10 porcs. Les porcheries utilisées au cours de la première phase de repeuplement porcin ne sont presque plus en usage. Car, depuis 1987, le pays est revenu progressivement à l’élevage de type traditionnel des porcs mais où l’utilisation d’aliments achetés localement ou dans les marchés communaux, est devenu une nécessité. • Localisation sur le territoire national Comme pour les bovins et les petits ruminants, des éleveurs de porcs sont rencontrés un peu partout à travers le pays. Selon plusieurs études (Bien-Aimé, 1998 ; ANDAH, 1999). Cet élevage est actuellement assuré presque uniquement par les petits paysans répartis à travers environ 800 000 exploitations agricoles du pays. Selon l’étude réalisée en 1999 sur la filière porcine par l’Association Nationale des Agro-professionnels haïtiens (ANDAH) et le Projet d’Appui à la filière porcine (AFP), les départements géographiques du pays où les porcs sont les plus répandus sont ceux qui ont été le siège de Centres de Multiplication Secondaire ou CMS. En plus du département de l’Ouest, les départements de l’Artibonite, du Sud-Est, et de Nippes abritent la plus grande partie de population porcine du pays. Au cours de cette étude, le cheptel porcin a été estimé à environ 1 000 000 d’animaux, avec plus de 200 000 têtes dans le département de l’Ouest et plus de 100 000 dans le département de l’Artibonite. En considérant le cheptel par rapport à un passé récent (1998), les personnes interrogées en vue d’établir les monographies communales ont perçu le cheptel porcin de la manière suivante en 1999 : il serait en régression dans 30% des communes du pays, en stagnation dans 20% et en augmentation dans 50%. Selon l’ANDAH, ces phénomènes seraient dus à la baisse des activités de diffusion et à la faible disponibilité alimentaire liée à la dégradation de l’environnement. • Estimation du nombre d’acteurs impliqués Selon certaines estimations (Bien-Aimé A., 1998), l’élevage porcin serait pratiqué par environ 60% des exploitations agricoles haïtiennes, soit environ plus de 500 000 exploitations agricoles. Mais, en tenant du nombre de porcs présents sur les exploitations et du cheptel estimé lors de l’étude réalisée par l’ANDAH, il y aurait entre 300 000 à 500 000 exploitations assurant l’élevage porcin. Toujours selon l’ANDAH, pour des questions liées à la dégradation de l’environnement et l’importance du coût de l’alimentation dans l’élevage porcin, cette quantité ne devrait pas connaître une grande variation dans les années à venir. 3.1.2 Les intermédiaires 3.1.2.1 Transformateurs, négociants/grossistes Bien que possible, la transformation des porcs en jambon et en d’autres produits est uniquement réalisée au cours des expériences au niveau des facultés d’Agronomie. La viande de porc peut être salée pour accroître sa durée de conservation ou transformée en griot toujours dans le même but. Mais, selon l’ANDAH (1999), ces transformations ne sont réalisées que pour une faible partie de la viande produite, souvent des quantités restées invendues après les jours de marchés. Donc, la plus grande partie de la viande est vendue sous forme de viande fraîche. Dans le cas de la commercialisation des porcs vivants, il existe tout un réseau de commerçants souvent bien organisés entre eux. Ainsi, on rencontre des commerçants qui vont acheter directement sur les lieux de production, c'est-à-dire chez l’éleveur exploitant. Il s’agit des négociants/grossistes, un maillon important dans la filière, qui transportent les porcs du lieu de production (marché de production) au marché de consommation pour les bouchers ou les détaillants (petits marchands de viande). D’autres, au contraire, utilisent les services d’intermédiaires (informateur-négociateur), chargés de contacter les exploitants ayant des porcs prêts à vendre. La marge brute réalisée par ce groupe d’intermédiaires est généralement de l’ordre de 30 à 50 %. Dans la majorité des cas, les acheteurs sont des commerçants qui se chargent de transporter les porcs sur les marchés les plus importants du département ou du pays pour les revendre à des grossistes ou à des bouchers de Port-au-Prince, du Cap, des Cayes. Une estimation du nombre de ces intermédiaires (négociants/grossistes, détaillants) se révèle difficile en raison de l’absence de données statistiques. Néanmoins, selon l’étude de l’ANDAH(1999), il y aurait entre 250 et 300 marchés dans le pays où sur chacun d’entre eux s’activent des dizaines de commerçants/intermédiaires. 3.1.2.2 Les détaillants ou petits marchands de viande Ce groupe d’intermédiaires s’approvisionnent généralement des négociants/grossistes qui distribuent les porcs aux différents marchés de consommation. Ce groupe d’intermédiaires qui achètent l’animal vivant, le revendent sous forme de carcasse dans les marchés de consommation aux consommateurs finaux. Parfois, certains détaillants font des transactions avec les supermarchés. Ne pouvant pas conserver, en conditions de réfrigération, les viandes restées invendues pendant la journée, ce groupe d’intermédiaires ont connu souvent des pertes jusqu’à l’ordre de 15% environ. Aussi, la marge brute réalisée par ce groupe d’intermédiaires, varie de 10 à 25%. 3.1.2.3 Les supermarchés Presque tous nos supermarchés dénombrés dans le pays, particulièrement ceux situés dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, offrent de la viande de porc à leurs clients. A date, il existe plus d’une trentaine de supermarchés qui sont impliqués comme acteurs dans la filière porcine. Ces supermarchés se concentrent surtout dans la région métropolitaine de Port-au-Prince : Pétion –Ville, Carrefour, Delmas, Bon Repos, Croix-des-Bouquets, Centre Ville. Généralement, ils s’approvisionnent des négociants/grossistes en achetant l’animal vivant et le revendant sous forme de carcasse comme les détaillants. Certains s’approvisionnent des détaillants qui font eux-mêmes le déplacement en apportant la viande dans les supermarchés. À cause des problèmes liés à l’énergie électrique (rationnement drastique), les supermarchés font parfois des pertes, estimées à 5%. Les différents coûts (transport de viande, chaîne de froid, loyer, salaire etc…) à supporter par le supermarché, augmentent considérablement le prix de revient de l’animal. Consécutivement, la marge brute réalisée par le supermarché est élevée de l’ordre de 50% environ. 3.1.2.4 Les transporteurs/camionneurs Les camionneurs constituent aussi un maillon de la filière, qui ne devrait pas être négligée. Cependant, il n’existe pas un service spécifique de transport de porcs; c’est-à-dire, on ne va pas trouver dans le pays un véhicule destiné exclusivement au transport de porcs et aucun chauffeur ne pratique pas non plus comme activité le transport de porcs ou d’autres types. Le véhicule qui transporte les porcs, transporte aussi d’autres produits agricoles et également des passagers. Bien que souvent, les passagers transportés sont des commerçants. Aussi, paraîtra-t-il difficile d’arriver à un calcul des marges pour ce type d’intermédiaires ni à leur dénombrement en terme d’acteurs impliqués. 3.1.3 Caractérisation des relations existant entre les différents secteurs • Absence de contrat écrit entre les producteurs et les intermédiaires, notamment les négociants/grossistes. • Relations de clientélisme entre : 1. Les négociants/grossistes et les producteurs qui ne se rendent pas dans les marchés ruraux. 2. Les négociants grossistes et les supermarchés. 3. Les négociants grossistes et les détaillants ou marchands ambulants. 4. Les détaillants et les supermarchés qui reçoivent sur place le produit. 3.2 Volume, prix et valeurs 3.2.1 Évolution de la production En 1999, le cheptel porcin a été estimé à environ 1 000 000 de têtes, avec plus de 200 000 têtes dans le département de l’Ouest et plus de 100 000 dans le département de l’Artibonite (ANDAH, 1999). En 2003, le MARNDR estimait le cheptel porcin à un peu plus de 800 000 têtes, réparti de la manière suivante. Tableau 34 : Population porcine estimée par DDA et sous-DDA DDA et sous DDA Estimation cheptel % Ouest 120,000 15% Nord 67,260 8% Nord-Est 66,929 8% Nord-Ouest 45,000 6% Sud-Est (Jacmel) 69,794 9% Sud-Est (Thiote) 20,000 2% Sud 63,438 8% Bas Artibonite 63,944 8% Haut Artibonite 144,051 18% Centre 42,290 5% Nippes 58,060 7% Grand’Anse 40,000 5% TOTAL 800,766 100% En considérant le cheptel par rapport à un passé récent, il serait en régression dans 30% des communes du pays, en stagnation dans 20% et en augmentation dans 50% (ANDAH,1999). Ces phénomènes seraient dus à la baisse des activités de diffusion au niveau des CMS et à la faible disponibilité alimentaire liée à la dégradation de l’environnement. Selon les données disponibles à la FAO (FAOSTAT, 2004), environ 470 000 porcs auraient été abattus pour une production de 28 200 TM de viande. Ces chiffres sont légèrement inférieurs à ceux publiés dans l’étude de l’ANDAH (1999). Selon cette étude, la production totale de porcs serait de 30 000 à 40 000 TM (vif) en 1999. Dans le même temps, la FAO a signalé un abattage de 448 000 porcs pour une production de 26 880 TM de viande de porc. La production de porcs a évolué en dents de scies. En effet, de 16400 TM en 1985, la production passe à 18000 TM en 1986 et décent jusqu’à atteindre le chiffre 12 800 TM en 1990. L’année suivante, la production a augmenté continuellement jusqu’en 2001 où elle a commencé à baisser, passant de 31 200 TM en 2001 à 29 100 TM en 2002 (FAOSTAT, 2004). Toutefois, il est à signaler que la régression observée au cours de la période de 1986 à 1990, est due sans doute à la crise du son de blé6 de 1987. Source FAOSTAT Source FAOSTAT Les importations ont évolué dans le même sens (dents de scies), de 1985 à 1997. A partir de l’année suivante, les importations ont augmenté continuellement en passant de 2 144 TM en 1997 à 7 963 TM en 2002 (FAOSTAT, 2004). Les exportations, pour cette période, ont été nulles. L’ensemble de ces informations est présenté au tableau 35 ci-après. Tableau 35 : Bilan en volume de la filière (période 1985-2002) Année Volume (TM) Production Importations Exportations Consommation 1985 16400 1791 0 18191 1986 18000 2106 0 20106 1987 16400 2098 0 18498 1988 15200 1405 0 16605 1989 13600 1397 0 14997 1990 12800 1578 0 14378 1991 15000 1221 0 16221 1992 18150 583 0 18733 1993 19057 1087 0 20144 1994 21000 487 0 21487 1995 22990 1063 0 24053 1996 24140 2668 0 26808 1997 25410 2144 0 27554 1998 26860 3161 0 30021 1999 26880 3981 0 30861 2000 28000 4177 0 32177 2001 31200 7241 0 38441 2002 29100 7963 0 37063 Source FAOSTAT 3.2.2 Les prix moyens observés Les données statistiques disponibles au niveau de la BRH de 1997 à 2004 ne fournissent aucune information sur les prix de la viande de porc. Selon ANDAH,1999, le prix d’un porc de 140 livres était en 1999 (ANDAH-Etude filière) estimé à environ 1 600 gourdes tandis qu’il fallait à l’époque16 gourdes pour un dollar US. Donc la livre de viande de porc revenait à $ 0,71 us. Sur le marché international, les prix pratiqués ont varié très peu au cours de la période 1984-2004. Toutefois, en raison des coûts liés aux opérations d’importations, de petites variations de prix ont été observées; puisque les prix ont varié en sens inverse avec le prix. Les prix ont donc évolué en dents de scies, comme pour les importations, de 1985 à 1997. A partir de 1998, avec l’augmentation continuelle des importations, les prix ont baissé en passant de $ 1,27 en 1997 à 1 $ en 2002. Les prix observés sur les marchés locaux dépendent essentiellement : • du type de marché, • de la saisonnalité des prix. • Différents types de marchés La fonction des marchés, c'est-à-dire le rôle qu’ils remplissent dans la chaîne de commercialisation, permet de distinguer trois catégories : Les marchés de production ou de collecte, qui sont situés dans les zones de production du produit considéré. Ils sont surtout fréquentés par des producteurs et par des commerçants locaux. Les prix observés sur ce type de marché, pour un produit considéré, sont relativement faibles par rapport aux autres types. Les marchés de regroupement ou de transit où l’offre d’un produit considéré est regroupé et recomposé avant de partir vers les zones de consommation. Ce sont des marchés intermédiaires fréquentés par différentes catégories d’intermédiaires qui ont acheté le produit pour le revendre après re-conditionnement. Pour un même produit, les prix observés sur ce type de marché dépassent de manière significative ceux pratiqués au marché précédent. Ces types de marchés drainent une partie de l’offre avant son expédition aux consommateurs finaux. Les marchés de consommation, situés dans des centres urbains notamment Port-au-Prince. Dans ces marchés, sont présents les grossistes ou négociants, les détaillants et les consommateurs. Les prix pratiqués, pour un même produit au niveau de ce type de marché, sont supérieurs à ceux observés dans les deux autres. • Saisonnalité des prix La saisonnalité des prix est très marquée pour les porcins. Ils ont tendance à monter pendant la saison des pluies entre avril et juin. Pendant cette période, les éleveurs ont recours à d’autres types de produits (mangues, arbre véritable, patate douce etc) pour l’alimentation des porcs. Ce qui contribue du même coup à baisser le prix du son de blé qui n’est plus le seul type d’aliments utilisés pour nourrir les porcs. Les prix baissent pendant la période de sécheresse, particulièrement de janvier à mars. Tableau 36 : Comparaison des prix sur les différents marchés Marché Prix jeune porcin de 100 livres Production ou Collecte 2 500 Regroupement ou Transit 2 750 Consommation 3 625 Source: Enquête de l’auteur, mai 2005/Plateau Central et Côte Sud Le prix de la livre diffère sur les marchés de consommation et dans les supermarchés. Il existe un écart considérable au niveau des prix entre ces deux marchés. Il varie de 70 gourdes dans les marchés publics à 90.00 gourdes aux supermarchés. Selon les informations produites dans les rapports des délégués départementaux de l’Association Intervet, le prix des porcs est à la hausse. Il augmente d’année en année. Mais, les variations de prix observées sont relativement faibles comparativement à celles observées pour les autres animaux, notamment les ruminants et les volailles. De 1500 gourdes en 2000, le prix d’un jeune porcin de 100 livres en moyenne passe à 2500 gourdes sur les marchés de production. Tableau 37 : Évolution des prix Année Prix jeune porcin (100 lb) 2000 1500 2001 1650 2002 1800 2003 2000 2004 2250 2005 2500 Résumé du circuit de commercialisation des porcs 3.2.3 Prix des produits concurrents L’abattage du cheptel porcin haïtien et la libération du marché international ont entraîné l’envahissement du marché par des bas morceaux de porcs, le plus souvent congelés : pieds, oreilles, lards, têtes, abat. Ces cinquièmes quartiers sont commercialisés en ville et dans une moindre mesure en milieu rural sur les principaux marchés régionaux du pays. Le prix des bas morceaux de porcs importés est généralement inférieur au prix du porc produit localement. Au cours de l’étude réalisée par l’ANDAH en 1999, le prix de ces bas morceaux a été 13 gourdes la livre tandis que le la livre de viande de porc produit localement revient à 16 gourdes au niveau des marchés ruraux et à 22 gourdes aux différents marchés de consommation de Port-au-Prince. Il paraît difficile de comparer le prix de la viande de porc local à celui de la viande porcine importée; puisque les importations concernent spécialement les cinquièmes quartiers ci-dessus décrits qui se vendent généralement par morceaux. 3.2.4 Mécanisme de formation des prix Comme pour tout produit, agricole ou autre, le prix des animaux et/ou des produits carnés est en constante augmentation. Sur le marché international au contraire, le prix de la viande de bœuf a été presque stationnaire. Dans le même temps, le dollar américain est passé de la parité en 1984 à environ 40 gourdes en avril 2005. On sait également que le prix de la de viande de porcs avait diminué considérablement dans les années 1987-1990, l’époque où les produits concurrents importés étaient très répandus sur le marché national. En 1991-1994, avec l’embargo qu’a connu le pays à cette époque, l’importation des produits concurrents a ralenti et le volume des produits concurrents a diminué considérablement. Le prix de la livre de viande de porc a augmenté alors. Depuis les 5 dernières années, la demande de la viande de porc est en nette progression. Donc, on peut conclure que le prix à la consommation de la viande de porc est très lié à l’évolution de la valeur de la monnaie nationale, la situation d’inflation dans le pays, au volume d’importations des produits concurrents et particulièrement aux marges réalisées par les intermédiaires de la filière. Comme l’étude de l’ANDAH(1999) l’a si clairement fait remarqué, les coûts de production du porc local sont rarement pris en compte dans la formation des prix. Les notions économiques et de rentabilité passent au second plan après la fonction d’épargne (stock sur pattes). Tableau 38 : Prix à la livre viande de porc local et prix des produits importés Prix de la livre (en gourdes) Porc local Produits concurrents importés Porc Dinde Poulet Marché public 70 37 38 45 Supermarché 90 51 54 59 3.3 Valeur ajoutee générée par la filiere, répartition des revenus entre les différentes catégories d’acteurs 3.3.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage porcin 3.3.1.1 Marge du producteur Ce compte est élaboré sur la base de 5 femelles reproductrices. Mais les indicateurs économiques sont ramenés à une seule reproductrice. • Produit brut La fécondité moyenne de l’élevage porcin est de 10 animaux produits en 1 an. La mortalité des petits est de l’ordre de 20 %. On obtient donc, pour un cheptel de 5 mères, une production brute annuelle de 40 jeunes porcins pesant en moyenne 100 livres. Le prix moyen d’un jeune porcin sevré pesant en moyenne 100 livres, est de 2500 gourdes, sur les marchés ruraux ou de consommation. Le produit brut moyen annuel est donc de 100 000 Gourdes. Pour 1 mère, le produit brut moyen est de l’ordre de 20 000 gourdes • Coûts directs Pendant 1 an, les dépenses d’entretien du troupeau sont de l’ordre de 9100 gourdes pour l’alimentation (son de blé, mangues, avocats et déchets de cuisine) 500 gourdes pour les soins vétérinaires et 150 gourdes pour matériels (cordes et autres). Au total, les coûts directs représentent un montant de 92150 gourdes. En général, une femelle adulte de porc consomme par jour 6 marmites de son de blé à 12.50 gourdes la marmite. Le porc du paysan ne se nourrit pas exclusivement du son de blé, il associe au son de blé d’autres types d’aliments pour nourrir ses porcs, il fournit en moyenne la ratio de 4 marmites de son de blé par jour. Pour 1 mère, les coûts directs s’élèvent à 18 330 gourdes en 1 an. • Amortissements des investissements Le coût de construction de la porcherie est de l’ordre de 12500 gourdes (matériaux et main d’œuvre). On suppose que la durée de vie de la porcherie est de 5 ans. La dépense annuelle d’amortissement de la porcherie s’élève donc à 500 gourdes par femelle adulte. Les indicateurs économiques sont synthétisés et regroupés dans le tableau 4 ci-après. Tableau 39 : Synthèses des indicateurs économiques – producteur de porc Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 20 000 Coûts directs 18 330 Marge brute 1 670 Amortissements 500 Marge nette 1 170 En 1 an, une femelle adulte de porcin rapporte à son propriétaire 1170 gourdes, représentant 16 jours de salaire minimum journalier qui est de 75 gourdes. À cause du coût de l’alimentation (son de blé) très élevé, l’élevage porcin n’est pas rentable. Comme le paysan n’est pas en mesure de calculer ses dépenses totales dues essentiellement à l’achat de son de blé, il continue à pratiquer l’élevage porcin qui lui procure un revenu relativement important lors de la vente d’un animal. 3.3.1.2 Marge du négociant Suivant le type de marché qu’il fréquente, le négociant ou grossiste réalise une marge brute variant entre 50 à 55 %. On peut considérer en moyenne 50 % pour la marge brute. • Produit brut : 2500 gourdes x 1.50 = 3750 gourdes. Il revend donc l’animal vivant au marché pour un montant de 3750 gourdes. • Charges : En général, les frais (transporteurs ou camionneurs, frais/DGI, et autres) représentent en moyenne un montant total de 375 gourdes pour 1 porc. • Marge nette : 3750 gourdes –(2500+375) gourdes= 875 gourdes La marge nette du grossiste est donc de 750 gourdes. Le grossiste réalise un bénéfice net de 875 gourdes, représentant 30 % de son argent investi dans la filière. Tableau 40 : Synthèse des indicateurs économiques – négociant en porc Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 3 750 Coût d’achat 2 500 Marge brute 1 250 Charges 375 Marge nette 875 3.3.1.3 Marge du détaillant ◦ Produit brut Généralement, les détaillants achètent du grossiste l’animal vivant et le revendent sous forme de carcasse dont le poids représente en moyenne 67 % du poids vif. Pour l’animal pesant 100 livres en moyenne, le poids de carcasse est donc de 67 livres en moyenne. Souvent, le détaillant enregistre des pertes au niveau de son produit; particulièrement dans le cas morceaux des viandes restées non vendues et détériorées par la suite. Donc, on suppose que le détaillant fait une perte de 10% sur sa marchandise. La quantité de viande à vendre est donc 60.30 livres. La livre de viande de porc se vend 70 gourdes dans les marchés. Pour cet animal considéré, les sous-produits et abats: tête, intestins, pieds, foie et autres représentent une valeur de 1125 gourdes environ. Le Produit brut du détaillant est donc de (70 Gdes x 60.30lb) + 1125= 5346 gourdes • Les charges Autre que le coût d’achat de l’animal, le détaillant paie 100 gourdes en moyenne à l’abatteur et 10 gourdes au contrôleur de la DGI. Les amortissements des matériels (couteaux, tables et autres) s’élèvent en moyenne à 100 gourdes. Le montant total des frais s’élèvent donc à 210 gourdes. La marge nette du détaillant: 5346–(3750 + 210) = 1386 gourdes, soit 35 % de son argent investi dans la filière. Tableau 41 : Synthèse des indicateurs économiques – détaillant en viande de porc Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 5 346 Coût d’achat 3 750 Marge brute 1 596 Charges 210 Marge nette 1 386 3.3.1.4 Marge du supermarché • Produit brut Au supermarché, la livre de la viande bovine se vend 90 gourdes en moyenne. Les supermarchés s’approvisionnent généralement des grossistes. À cause des problèmes d’électricité, les supermarchés font parfois des pertes, estimées à 5% environ. La quantité de viande disponible est de 63.65 livres. Pour l’animal considéré, le produit brut est donc de l’ordre de 5 728.50 gourdes. En ajoutant la valeur des sous-produits (1125 gourdes), le produit brut total devient 6853.50. • Les charges Il est difficile de déterminer exactement les charges supportées par les supermarchés pour la quantité de viande achetée. Il existe des coûts relatifs à la chaîne de froid, les salaires à payer et autres. C’est pourquoi, il est difficile d’arriver à une estimation de ces coûts. Consécutivement, le calcul de la marge nette ne peut pas se faire. Sont considérés comme charges seulement le coût d’achat de l’animal: 3750 gourdes. La marge brute du supermarché est de 6 853.50 Gdes - 3750 gourdes = 3103.50 gourdes, représentant 82 % de ses investissements. Tableau 42 : Synthèse des indicateurs économiques Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 6 853.50 Coût d’achat 3750 Marge brute 3103.50 Charges - Marge nette - 3.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 3.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière porc • La filière porcine ne s’est jamais remise du traumatisme causé par la Peste Porcine Africaine et la campagne d’éradication qui s’en est suivie. D’un coté le développement d’unités modernes d’élevage prônés par les responsables du MARNDR a été très éphémère et d’un autre, l’élevage traditionnel reconstitué n’est désormais plus rentable. • L’élevage porcin est quand même pratiqué par environ 60% des exploitations agricoles haïtiennes, soit environ 500 000 exploitations agricoles. • 50 à 70 % des exploitations, disposent de 1 à 3 porcs tenus à la corde dans la cour de la maison ou sur les jachères. • Les coûts de production du porc local sont rarement pris en compte dans la formation des prix. Les notions économiques et de rentabilité passent au second plan après la fonction d’épargne (stock sur pattes). • À cause du coût de l’alimentation (son de blé) très élevé, l’élevage porcin n’est pas rentable. Le paysan, malgré tout, continue à pratiquer l’élevage porcin qui lui procure un revenu relativement important lors de la vente d’un animal. 3.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur • Sur les exploitations paysannes on s’entête à élever des porcs. En fait l’élevage paysan ne relève pas d’une logique de rentabilité au sens capitaliste du terme mais plutôt constitue un outil d’épargne « forcé ». • C’est cet élevage traditionnel des porcs qui consomme l’essentiel de la production de son de blé de l’entreprise les Moulins d’Haïti. C’est la vente de ce sous produit (objet de fortes spéculations) qui constitue l’essentiel des profits de cette entreprise. L’Etat haïtien, actionnaire important de cette entreprise privatisée, perçoit donc depuis des années, des dividendes sur ces profits, générés essentiellement par les éleveurs-paysans, qui eux produisent à perte. • Les autorités haïtiennes qui ont une responsabilité envers ces éleveurs-paysans, doivent trouver des réponses afin de diminuer les pertes actuellement enregistrées dans l’élevage traditionnel. Il existe donc la possibilité de financer des activités d’appui (de recherches-développement) à ce sous secteur à partir des dividendes que touche l’Etat haïtien à même des profits générés par la vente de son de Blé par les Moulins d’Haïti. 3.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur Le calvaire actuel des producteurs de porcs est dû principalement : 1- Aux conditions actuelles du marché de la viande en général (envahissement par les importations de bas morceaux de porc et de volaille combiné à la faiblesse des structures étatiques pour bloquer les produits mal conservés et impropres à l’alimentation humaine, acheté à bas prix (dupping), conservés et commercialisés dans des conditions inadéquates à coûts qui provoquent une concurrence déloyale). 2- Aux problèmes d’alimentation des porcs, (baisse de la productivité céréalière, manque de sous produits agricoles et d’excédents de récoltes et dégradation de l’environnement). 3- A la présence de la PPC (les pertes dues à la PPC ont été estimées à 8 000 000 dollars US en 1997-1998). En conséquence, dans les conditions actuelles le développement de cette filière, un programme visant à augmenter la production actuelle ne sera pas chose facile. 3.4.4 Propositions Les mesures à prendre pour re-dynamiser la filière porcine tant au niveau de l’élevage traditionnel qu’au niveau de l’élevage semi-intensif, doivent être repensées et testées au niveau d’un programme de recherche-développement qui s’articulerait autour de : 1- Système d’alimentation alternatif qui combine production agricole durable et alimentation des porcs avec des déchets et sous-produits. 2- Reconquête du marché avec de nouveaux produits grâce au développement d’unités de transformation artisanales et semi-artisanales (viande et charcuterie) avec forte participation des producteurs qui doivent être les principaux bénéficiaires de la valeur ajoutée par la transformation, sur le modèle Lèt Agogo (voir fiche technique production laitière). 3.4.4.1 Les investissements dans le secteur biens publics • L’Etat doit prendre la responsabilité du financement direct d’activité de recherche-développement qui devrait se réaliser dans le cadre d’un partenariat incluant l’Université et des ONG ayant une expérience dans l’encadrement aux éleveurs de porcs. • Le financement de la formation de cadres intermédiaires, de vulgarisateurs et de producteurs « modèles » à partir des travaux de recherche-développement. • Recherche-développement pour appuyer et financer la petite industrie de transformation (charcuterie) avec forte participation des producteurs. • Renforcement de la quarantaine animale et des structures d’inspection sanitaires des conditions de commercialisation des produits importés. (le financement de la quarantaine devrait être assuré d’avantage par des frais des dossiers rehaussés pour l’obtention de permis sanitaires d’importation). • Appui à la relance de la production céréalière afin de disposer de plus de matière première locale pour la préparation d’aliment pour bétail et à meilleur prix. • Politique fiscale améliorant les conditions générales du crédit au secteur de la production agricole, de l’élevage et de la transformation (abaissement des taux d’intérêt, constitution de fonds de garanti etc…). • Financement d’experts (agro-économistes et gestionnaires) pour accompagner sur le moyen et le long terme les organisations d’éleveurs dans leur stratégie de relance et de développement de la filière. 3.4.4.2 Les investissements à réaliser par le secteur privé lui-même • Constitution d’un stock d’intrants (soya et maïs) pour la préparation d’aliment (avec l’appui du secteur public). • Investissements dans les unités de transformation (abattoir et transformation). • Impliquer le secteur d’importation dans la transformation et la commercialisation de la viande de porc congelée produite localement. • Formation et encadrement des producteurs pour l’amélioration des performances techniques (avec l’appui du secteur public). • Renforcement institutionnel de l’AHPEL et des organisations de producteurs de porcs (avec l’appui du secteur public). 3.4.5 Point d’application (lieux géographiques, partenaires) pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière Régions qui offrent des conditions favorables d’alimentation et de proximité de marchés : • Régions péri-urbaines de Port-au-Prince, Cap-Haïtien et autres grandes villes. • Régions céréalières, (Artibonite, plaine du cul de sac). • Régions de montagne humides disposant encore de ressources naturelles pour l’alimentation des porcs.(Grande Anse, Nord etc.). Quatre centres pilotes de recherche-développement pourraient être créés (ou renforcés) : • Plaine du Cul-de-sac (région péri-urbaine). • Région de Jérémie. • Région de Dondon (zone de montagne humide). • Artibonite (région céréalière). 4 Production avicole traditionnelle 4.1 Identification et localisation des différentes catégories d’acteurs 4.1.1 Les producteurs Retrouvée un peu partout à travers le pays (dans les départements) avec une certaine prédominance de la région du Plateau Central où 50% des éleveurs produisent aussi de la pintade, l’aviculture traditionnelle produit à la fois des poulets et des œufs qui sont vendus sur le marché local. Selon certaines estimations, il y a encore quelques années la production traditionnelle de poulets créoles répondait à environ 50% de la demande solvable en volailles, le reste est couvert par une production de type moderne, industriel ou semi-industriel. L'élevage industriel s'est effondré en 1991, et aujourd'hui il a été presque totalement substitué par l'importation massive de morceaux de poulets en provenance des USA. L’élevage traditionnel de volailles est une activité réalisée sur pratiquement toutes les exploitations agricoles. La poule indigène est l’espèce la plus répandue. Sur certaines exploitations, on retrouve également des pintades, des dindes et des canards. Les autres volailles sont beaucoup plus marginales. Le marché pour les volailles traditionnelles, se porte très bien et cette activité est une source de revenu de grand intérêt. L’élevage de poules est pratiqué par la majorité des 800 000 exploitations familiales paysannes, soit 95% environ (PNUD/FAO,1996). Chaque producteur élève sur son exploitation agricole, une quantité de 5 à 20 poules (adultes et jeunes). Les petits ne sont pas considérés. La production de volailles traditionnelles présente les caractéristiques suivantes : • Très faible niveau d’investissement. • Plus grande partie de la production destinée à la vente avec un certain niveau d’autoconsommation. • Utilisation de races rustiques localement disponibles qui sont issues de croisement entre la race créole et les races améliorées introduites dans le milieu par les différents programmes de distribution de poulets de races améliorées. • Dans la majorité des cas, les volailles sont en liberté sur des parcours. Ils viennent se percher le soir sur les arbres situés près de la maison du producteur. Des céréales, comme les grains de maïs et de millet, sont distribuées aux volailles le matin avant leur départ sur les parcours. • Il existe un bon nombre d’éleveurs de coqs de combat qui utilisent aussi les poules de race indigènes comme géniteurs. Dénombrés à 750 000 environ, les producteurs de poules sont en majorité des femmes. 4.1.2 Les intermédiaires 4.1.2.1 Les négociants/grossistes/détaillants Dans la filière ‘’poule’’, il existe une catégorie de marchands ambulants qui, sur les marchés ruraux achètent des poules et les revendent dans les marchés communaux ou de rassemblement. Généralement, ils achètent directement des éleveurs. Considérés comme un maillon important dans la filière, ce groupe d’intermédiaires assure le transport des volailles du lieu de production (marché de production) vers les marchés de consommation. Dans le cas de cette filière, détaillants et grossistes se confondent: ils achètent tous en gros des animaux vivants et les revendent tout vivant directement aux consommateurs. À cause des problèmes liés à la dégradation des infrastructures routières, on enregistre des pertes et les poules mortes durant le transport ne peuvent pas être revendues. Le grossiste/détaillant enregistre des pertes, estimées à 5%. La marge brute réalisée par ce groupe d’intermédiaires est généralement de l’ordre de 50 à 60 %. Une estimation du nombre de ces intermédiaires (négociants/grossistes, détaillants) se révèle difficile en raison de l’absence de données statistiques. Néanmoins, selon les informations fournies par l’association d’agents vétérinaires Intervet, il existe en moyenne un total de 15 marchants ambulants au niveau de chaque département du pays, qui transportent hebdomadairement des centaines de poules des marchés de collecte aux marchés de consommation. 4.1.2.2 Les supermarchés Presque tous nos supermarchés dénombrés dans le pays, particulièrement ceux situés dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, offrent de la viande de poules à leurs clients. À date, il existe plus d’une trentaine de supermarchés qui sont impliqués comme acteurs dans la filière poules. Ces supermarchés se concentrent surtout dans la région métropolitaine de Port-au-Prince : Pétion–Ville, Carrefour, Delmas, Bon Repos, Croix–des-Bouquets, Centre Ville. Généralement, ils s’approvisionnent des détaillants/grossistes en achetant l’animal vivant et le revendant sous forme de carcasse aux consommateurs. À cause des problèmes liés à l’énergie électrique (court circuit et coupe circuit, survenu pendant la nuit), les supermarchés font parfois des pertes, estimées aussi à 5%. Les différents coûts (transport de viande, chaîne de froid, loyer, salaire, etc.) à supporter par le supermarché, augmentent considérablement le prix de revient de l’animal. La marge brute réalisée par le supermarché est élevée, de l’ordre de 80 à 85% environ. 4.1.2.3 Les transporteurs/camionneurs Les camionneurs constituent aussi un maillon de la filière, qui ne devrait pas être négligée. Cependant, il n’existe pas un service spécifique de transport de poules; c’est-à-dire, on ne va pas trouver dans le pays un véhicule destiné exclusivement au transport de poules et aucun chauffeur ne pratique pas non plus comme activité le transport de poules ou d’autres types. Le véhicule qui transporte les poules, transporte aussi d’autres produits agricoles et également des passagers. Aussi, paraîtra-t-il difficile d’arriver à un calcul des marges pour ce type d’intermédiaires ni à leur dénombrement en terme d’acteurs impliqués. 4.1.3 Caractérisation des relations existant entre les différents secteurs ◦ Absence de contrat écrit entre les producteurs et grossistes/détaillants Relations de clientélisme entre: • Les détaillants/grossistes et les producteurs. • Les négociants grossistes et les supermarchés. Ces derniers ne se rendent pas dans les marchés ruraux pour s’approvisionner directement des producteurs. Résumé du circuit de commercialisation du poulet créole 4.2 Volume, prix et valeurs 4.2.1 Évolution de la production Selon les données disponibles au niveau de la FAO (FAOSTAT, 2004), le cheptel des volailles comptait, en 2002, 5,600,000 poules. Selon la BRH (rapport 2001 et 2002), la production moyenne annuelle est estimée à 6,500.000 de têtes de poules. En 2002, selon les données disponibles à la FAO (FAOSTAT, 2004), environ 8 646 TM de viande de poules ont été produits. La production de poules en Haïti a peu varié pour la période de 1985-2002, elle gravite autour de 5,000,000 têtes, avec une baisse au cours des années 1996 et 1997 où l’on comptait 3,800,000 têtes de poules dans le pays. Au cours de cette même période (1985-2002), la production de viande de poules a augmenté en passant de 7 985 TM à 8 646 TM. Mais, il est à signaler que cette production a connu une diminution toujours entre 1996 et 1997 où la production était de l’ordre de 5,785 TM. Toujours, au cours de cette période (1985-20020, les importations de viande de poules a augmenté considérablement en passant de 300 TM en 1985 à 24,478 TM en 2002. Il est important de souligner la période de régression du volume des importations: de 670 TM en 1988, le volume des importations passe à 200 TM en 1989, 50 TM en 1990, 40 TM en 1991 et à 120 TM en 1992. Quant à l’année 1993, le volume des importations était réduit à 0. Ces informations sont synthétisées et présentées aux tableaux 1 et 2. Tableau 43 :Évolution annuelle du cheptel de poules (1990-2004) Année Production (têtes d’animaux) 1990 5,000,000 1991 5,000,000 1992 5,000,000 1993 4,500,000 1994 5,600,000 1995 4,500,000 1996 3,800,000 1997 3,800,000 1998 5,000,000 1999 5,000,000 2000 5,500,000 2001 5,500,000 2002 5,600,000 2003 5,650,000 2004 5,500,000 Source : FAO, STAT 2004 Tableau 44 : Bilan en volume de la production annuelle Année Bilan en volume de la production (TM) Production Importation Exportation Consommation 1985 7 985 300 0 8 285 1986 7 897 450 0 8 347 1987 7 748 800 0 8 548 1988 7 305 670 0 7 975 1989 7 041 200 0 7 241 1990 6 700 50 0 6 750 1991 6 350 40 0 6 390 1992 6 145 120 0 6 265 1993 6 145 0 0 6 145 1994 8 485 270 0 8 755 1995 6 685 6 000 0 12 685 1996 5 785 9 343 0 15 128 1997 5 785 14 086 0 19 871 1998 7 585 19 729 0 27 314 1999 7 585 33 569 0 41 154 2000 8 333 15 683 0 24 016 2001 8 322 16 964 0 25 286 2002 8 646 24 478 0 33 124 Source : FAO, STAT 2004 4.2.2 les prix moyens observés La volaille traditionnelle a toujours été très sollicitée et consommée par la population haïtienne. C’est un produit de luxe, relativement cher comparativement aux autres produits carnés, puisque le poulet indigène est traditionnellement la viande du dimanche. Parmi les autres viandes produites sur l’exploitation paysanne, la viande de poule reste celle la plus auto-consommée en milieu rural. Le prix du jeune poulet de 4.5 livres en moyenne est de 150 gourdes sur les marchés ruraux. Les prix observés sur les marchés locaux dépendent essentiellement : ◦ du type de marché ◦ de la saisonnalité des prix • Différents types de marchés La fonction des marchés, c'est-à-dire le rôle qu’ils remplissent dans la chaîne de commercialisation, permet de distinguer trois catégories : ◦ Les marchés de production ou de collecte, qui sont situés dans les zones de production du produit considéré. Ils sont surtout fréquentés par des producteurs et par des commerçants locaux. Sur ce type de marché, le prix d’un poulet (coq) de 4.5 livres en moyenne est de 150 gourdes. ◦ Les marchés de regroupement ou de transit où l’offre d’un produit considéré est regroupé et recomposé avant de partir vers les zones de consommation. Ce sont des marchés intermédiaires fréquentés par différentes catégories d’intermédiaires qui ont acheté le produit pour le revendre après re-conditionnement. Pour un même produit, les prix observés sur ce type de marché dépassent de manière significative ceux pratiqués au marché précédent. Ces types de marchés drainent une partie de l’offre avant son expédition aux consommateurs finaux. Sur ce marché, un poulet (coq) de 4.5 livres en moyenne se paie 175 gourdes. ◦ Les marchés de consommation, situés dans des centres urbains notamment Port-au-Prince. Dans ces marchés, sont présents les grossistes ou négociants, les détaillants et les consommateurs. Les prix pratiqués, pour un même produit au niveau de ce type de marché, sont supérieurs à ceux observés dans les deux autres. Au marché de consommation, le poulet (coq) de 4.5 livres en moyenne est payé au prix de 250 gourdes. ◦ Un autre type de marché peut s’ajouter à ces trois premiers: les marchés frontaliers pratiqués entre Haïti et la République dominicaine. Ce type de marché existe sur différents points de la frontière, particulièrement le Plateau Central (Tilori), le Sud-Est (Pédernales) le Nord-Est (Ouanaminthe) et l’Ouest (Malpasse). Ces types de marchés sont surtout fréquentés par les intermédiaires. Les prix observés, pour un produit considéré, sur ces types de marchés sont généralement plus élevés que ceux observés dans les marchés cités précédemment. • Saisonnalité des prix La saisonnalité des prix est très marquée pour les volailles, particulièrement les poules. Les prix ont connu une augmentation durant les périodes de fête (fête de fin d’année/fin décembre) et une diminution pendant la période où l’épidémie NewCastle frappe le cheptel de poules(février à mai). En général, la tendance des prix est à la hausse. Tableau 45 : Comparaison des prix sur les différents marchés (juin 2005) Marché Prix jeune coq de 4.5 lb (en Gdes) Production ou Collecte 150 Regroupement ou Transit 175 Consommation 250 Marché frontalier 225 Source: Enquête de l’auteur, mai 2005/Plateau Central et Côte Sud Comme tout produit agricole, le prix des animaux est à la hausse. Il augmente d’année en année. Entre l’année 2000 et l’année 2005, les prix des volailles ont doublé sur tous les marchés. On observe donc une forte augmentation de prix au cours d’une période de 5 ans. Tableau 46 : Évolution des prix sur les marchés ruraux Année Prix jeune coq de 4.5 livres (en gourdes) 2000 75 2001 90 2002 100 2003 115 2004 135 2005 150 4.2.3 Prix des produits concurrents Autre que la dinde et la pintade locales, les importations des bas morceaux de porcs, de dinde et de poulets constituent autant de produits concurrents pour le poulet local. Les prix des produits concurrents sont nettement inférieurs à celui du poulet local. Tableau 47 : Prix des produits importés concurrents de la viande de poule (marché public) Viande Prix à la livre Poulet importé 45 Dinde importée 38 Porc importé 37 Tableau 48 : Prix à la livre de la viande de poule et des produits importés (supermarché) Viande Prix à la livre Poulet local 125 Poulet importé 59 Dinde importée 54 Porc importé 51 Tableau 49 : Prix de la poule et des autres volailles au marché rural Volaille Prix unitaire (en gdes) Prix de la livre (en gdes) Poule (5 lb) 150 30 Dinde (10 lb) 275 27.50 Pintade (4 lb) 150 37.50 4.2.4 Mécanisme de formation des prix Comme pour les autres produits déjà considérés, le prix de la viande de poule créole est en constante augmentation. Sur le marché international au contraire, les prix de certains de ces produits comme la viande de bœuf ont été presque stationnaires. En 1991-1994, avec l’embargo qu’a connu le pays à cette époque, le volume d’importation des produits concurrents a ralenti et le prix de la livre de poule a passé de 50 gourdes en 1990 à 75 gourdes en 1993. Au cours des années 2003- 2004, avec la dévaluation accélérée de la gourde par rapport au dollar, le prix de la livre du poulet de chair a augmenté considérablement en passant de 102.50 gourdes en 2002 à 125 gourdes en 2004. Donc, on peut conclure que le prix à la consommation de la viande des poules traditionnelles, est très lié à l’évolution de la valeur de la monnaie nationale, la situation d’inflation dans le pays, au volume d’importations des produits concurrents et particulièrement aux marges réalisées par les intermédiaires (marchands ambulants et supermarchés) de la filière. Les coûts de production ne sont pas vraiment pris en compte dans la formation des prix. 4.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs  4.3.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage de poules indigènes 4.3.1.1 Marge du producteur Ce compte est élaboré sur à la base de 10 poules reproductrices. • Produit brut La fécondité moyenne de l’élevage de poules est de 10 animaux produits en 1 an. La mortalité des jeunes est de l’ordre de 50 %. On obtient donc, pour une unité de 10 mères, une production brute annuelle de 50 jeunes poules pesant en moyenne 5 livres. Le prix moyen d’un jeune poulet pesant en moyenne 5 livres, est de 150 gourdes, sur les marchés ruraux du Plateau Central et la Côte Sud. Le produit brut moyen annuel est donc de 7500 Gourdes. Le produit brut moyen annuel d’une mère est donc de l’ordre de 750 gourdes. • Les charges Pendant la période de 3 ans, les dépenses d’entretien des volailles sont de l’ordre de 4000 gourdes pour l’alimentation (concentrés achetés et céréales produites sur l’exploitation) 250 gourdes pour les soins vétérinaires. Au total, les coûts directs représentent un montant de 4250 gourdes pour les 10 mères pendant 1 an. Pour 1 mère, les coûts directs s’élèvent à 425 gourdes en 1 an. • Amortissements des investissements Le coût de construction du poulailler (matériaux et main d’œuvre) comme abris pour les animaux, est estimé à 1500 gourdes pour les 10 poules.). On suppose que la durée de vie du poulailler est de 5 ans. La dépense annuelle d’amortissement du poulailler s’élève donc à 30 gourdes par poule adulte. Les indicateurs économiques sont synthétisés et regroupés dans le tableau 50 ci-après. Tableau 50 : Synthèse des indicateurs économiques – production poule créole Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 750 Coûts directs 425 Marge brute 325 Amortissements 30 Marge nette 295 En 1 an, une femelle adulte de poule rapporte à son propriétaire 285 gourdes, soit l’équivalent de 4 jours de salaire minimum 4.3.1.2 Marge du négociant ou détaillant Ce compte est encore élaboré sur la base de 10 poulets; mais, les indicateurs économiques sont ensuite ramenés à un seul animal. Comme souvent, certaines poules meurent pendant le transport. On estime à 10%, les pertes liées au transport des volailles. Le négociant dispose donc d’une quantité de 9 poulets. Suivant le type de marché qu’il fréquente, le négociant ou grossiste réalise une marge brute de 40 à 50 % en moyenne. On peut donc considérer en moyenne 50% pour la marge brute. Il revend les poulets à 225 gourdes. • Produit brut : 9 poulets x 225 gourdes = 2 025 gourdes. Pour 1 poulet, la marge brute est don de l’ordre de 202.50 gourdes. • Les charges : En général, les frais (transporteurs ou camionneurs et autres) représentent en moyenne un montant total de 5 gourdes pour 1 poulet. • Marge nette : 202.50 gourdes –(150+5) gourdes= 47.50 gourdes La marge nette du grossiste est donc de 47.50 gourdes. Le grossiste réalise un bénéfice net de 47.50 gourdes, représentant 30 à 35 % de son argent investi dans la filière. Tableau 51 : Synthèse des indicateurs économiques – détaillant poule créole Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 202.50 Coût d’achat 150 Marge brute 52.50 Charges 5 Marge nette 47.50 4.3.1.3 Marge du supe-marché • Produit brut Généralement, les supermarchés achètent des grossistes ou des détaillants des poulets vivants et les revendent sous forme de carcasse dont le poids représente en moyenne 50% du poids vif. Pour un poulet créole pesant 5 livres en moyenne, le poids de carcasse est donc de 2.50 livres. À cause des problèmes d’électricité, les super-marchés font parfois des pertes, estimées à 5% environ. La quantité de viande disponible est de 2.375 livres. La livre de viande de poule créole se vend 125 gourdes dans les supermarchés. Pour le poulet considéré, le produit brut est donc de l’ordre de 296.85 gourdes. • Les charges Il est difficile de déterminer exactement les charges supportées par les supermarchés pour la quantité de viande achetée. Il existe des coûts relatifs à la chaîne de froid, les salaires à payer et autres. Consécutivement, le calcul de la marge nette ne peut pas se faire. Sont considérés comme charges seulement le coût d’achat de du poulet vivant au marché de consommation: 225 gourdes. La marge brute du supermarché est de: 296.85 Gdes - 225 gourdes = 71.85 gourdes, représentant 32 % de ses investissements. Tableau 52 : Synthèse des indicateurs économiques - supermarché Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 296.85 Coût d’achat 225 Marge brute 71.85 Charges - Marge nette - 4.4 Analyse des contraintes 4.4.1 Contraintes liées à la production La poule créole est élevée en liberté, elle pond n'importe où et est victime de tous types de prédateurs. La maladie de Newcastle est la pathologie la plus importante qui peut emporter, dans une région donnée, entre 60 à 80% des animaux chaque année, lors d'épidémie saisonnière. Malgré les efforts et résultats enregistrés dans les campagnes de vaccination on doit noter les problèmes suivants : • Le manque d'information de la population rurale sur le sujet (les campagnes de sensibilisation auraient dû se poursuivre). • L'incapacité des éleveurs et des organisations paysannes pour prendre en charge l'organisation logistique d'une campagne de vaccination (les vaccinateurs sont livrés à eux-mêmes). • Les difficultés pour "attraper" les poules qui sont élevées en liberté totale. • Les échecs vaccinaux (mortalités qui parfois persistent malgré la vaccination). Tableau 53 : Contraintes et atouts de l'élevage de poules Contraintes Atouts Technique • Santé animale : Newcastle, variole et parasites • mortalité des jeunes (plus de 50% entre 0 et 2 mois) • gestion des poules pondeuses améliorées (nécessité d’avoir des poules couveuses de race locale) • prédateurs • excédent de maïs, de sorgho • nécessite peu de temps de travail Economique • marché avec la République Dominicaine non officiel (donc aléatoire) • diminution des effectifs • marché important (P-au-P et avec la RD) • besoin d'investissement faible • vente permet de couvrir les petites dépenses Socio-culturel • intérêt et dépenses surtout pour les coqs de combat • pratiqué par toutes les familles Tableau 54 : Contraintes et atouts de l'élevage de pintades Contraintes Atouts Technique • mélange des troupeaux • organisation en bandes qui fuient en brousse • disponibilité des œufs ou des pintadeaux pour les éleveurs engraisseurs • environnement moins favorable (déboisement) • gestion de la couvaison (nécessité d’avoir des poules couveuses de race locale) • % faible d'œufs embryonnés • résistance aux maladies • excédent de maïs, de sorgho Economique • diminution des effectifs (Thomassique) • marché important (P-au-P et avec la RD • augmentation des effectifs (Cerca La Source) • vente permet de couvrir les petites dépenses Socio-culturel Très appréciées 4.4.2 Les contraintes externes, liées au contexte économique et institutionnel de la production (y compris les contraintes environnementales.) • Concurrence des produits importés. • Manque d’infrastructures et d’énergie pour l’organisation logistique des campagnes de vaccination. 4.4.3 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 4.4.3.1 Les investissements dans le secteur biens publics • Financement direct d’activité de recherche développement à l’Université et d’institutions spécialisées (poules et pintades). • Financement de la formation de cadres intermédiaires, de vulgarisateurs et de producteurs « modèles ». • Financement de campagnes de promotion des modèles améliorés. • Financement d’un fonds de garantie pour des programmes de crédit à la production de ferme de reproducteurs de géniteurs améliorés. • Financement de programmes de formation, vulgarisation et d’appui technique à l'intention des producteurs en partenariat avec des ONG, comprenant des unités modèles dans différents écosystèmes. • Évaluation des races locales et conception de programme adapté d’amélioration génétique. • Diagnostic et suivi de la situation sanitaire à travers des travaux de la FAMV et par le laboratoire de Tamarinier. 4.4.3.2 Les investissements à réaliser par le secteur privé lui-même En relation avec des expériences déjà en cours (COD-EMH, VETERIMED, FAO-Programme d’intensification agricole), il est proposé d’intensifier les actions qui permettront de vulgariser les améliorations suivantes : 1- Construction de poulaillers devant constituer un abri pour la nuit, un lieu de ponte et de couvaison. 2- L'amélioration des nids pour la ponte et la couvaison. 3- L'augmentation du taux de ponte par la sélection d’une part de "poules couveuses" et d'autre part de "poules pondeuses". 4- L'utilisation systématique de poussinière pendant les 4 à 7 premières semaines d'âge des poussins. 5- Des mesures pour le contrôle des parasites internes et externes. 6- L'introduction de reproducteurs semi-rustiques (Rhodes Island x créole, Plymouth Rock etc…). 7- L'intensification des campagnes de vaccination contre la maladie de Newcastle. L’amélioration de l’élevage traditionnel peut se faire dans toutes les régions du pays. 5 ÉLEVAGE INTENSIF DE POULET DE CHAIR 5.1 Les acteurs 5.1.1 Les producteurs La production intensive de poulets de chair (engraissement de poulets en bandes sur une période de 6 à 8 semaines à partir de lignées hybrides de types industriels) a été florissante durant plus de quinze ans. Cette activité s’est effondrée au cours des années 90, avec l’embargo économique et consécutivement l’ouverture des marchés aux importations de morceaux de poulets provenant des surplus de l’élevage industriel Nord-américain. Aujourd’hui, il existe quelques producteurs qui se débattent, tant bien que mal, pour conserver et reconquérir une part du marché. Le nombre de producteurs varie, selon la période de l’année. En saison fraîche (de novembre à mai), les producteurs peuvent être dénombrés à 150. En saison de chaleur (de juin à octobre), le nombre chute pour atteindre 70 environ. Plus de 85 % des producteurs (représentant à peu près 80% de la production nationale )se trouvent dans le département de l’Ouest, principalement dans la Plaine-de-cul-de-sac, à proximité de Port-au-Prince, à Gressier, et Petit Goâve. Il existe dans le département du Sud-Est une ferme de production importante (produisant mensuellement jusqu’à 20 000 poulets) et quelques autres éleveurs. Ils représenteraient en nombre à peu près 5% des producteurs et en volume de production, approximativement 12.50 % de la production nationale. Dans le département du Sud, on retrouverait aussi moins de 5% de producteurs (représentant 5% de la production nationale). Les autres éleveurs du pays représenteraient à peu près 2 à 3 % des producteurs (inférieur à 5% de la production nationale). Les producteurs peuvent être classés en trois catégories : • Petits producteurs : qui élèvent moins de 500 poussins. Ce sont eux qui font varier le nombre de producteurs selon la saison. En saison fraîche, ils peuvent être plus de 100 ; et, en saison chaude, ils ont abandonné leur activité au point que leur nombre, au cours de cette période, tourne autour de 50. • Moyens producteurs : qui élèvent entre 500 à 10 000 poussins. Leur nombre est plus constant mais leur production peut varier selon l’époque de l’année de 30 à 40%. Ils sont au nombre de 20. • Grands producteurs: ils élèvent plus de 10,000 poussins. Il n’y a actuellement qu’entre 3 à 5 grands producteurs dans le pays. Ces grand producteurs sont : 1. Ferme JAVEC dont la production est estimée à plus de 35 000 poulets par mois. Cette entreprise possède deux fermes, une située à Gressier, l’autre à Petit-Goâve. 2. Bobary Ferme qui produit environ 15,000 poulets par mois. Cette entreprise est située à Jacmel. 3. Signal de la victoire Ferme produisant environ 20,000 poulets par mois. Cette entreprise est située à Meyer (Croix-des-Bouquets). 5.1.2 Les associations de producteurs et autres AHPEL (Association Haïtienne pour la Promotion de l’Élevage, avec une production de 20 à 30 000 poulets par mois. Le bureau de coordination de l’association, se trouve à Cazeau (Port-au-Prince). Cette production concerne particulièrement l’AEI (Associations des Eleveurs Indépendants). Cette association, membre de AHPEL, est constituée de petits éleveurs de poulets à faible capacité économique. AHPEL est fondée le 27 mars 2000 par un groupe d'entreprises: ONG, coopérative et associations œuvrant dans la production animale. Le but de cette association est d’apporter une contribution au développement économique du pays en général et en particulier au développement du secteur de la production animale au bénéfice de la collectivité. Les membres fondateurs de l'AHPEL représentent différents secteurs: • Entreprises ou fermes de production animale : fermes des délices, Dady Ferme, FEPA ferme, JAVEC ferme. • Associations de producteurs. • AEI   (Association des éleveurs indépendants). • UNAPEL  (Union nationale pour la Promotion de l'élevage). • Association professionnelle • ENTÈVÈT (Réseau Vétérinaire Interdépartemental, Haïti). • Coopérative. • COSEVO  (Coopérative de Services à l’Élevage et Vétérinaires de l'Ouest). • Entreprises de production d'aliments pour bétail. • SOGAB( Société Générale d'Aliments pour Bétail). • Les MOULINS D’HAÏTI. • TI MOULIN. • MFT SA (entreprise agro-industrielle de manufacture de fabrication et de transformation). • ONG spécialisée en santé et production animales : VETERIMED, Organisme de formation, recherche et appui technique en santé et production animales. En concertation avec le MARNDR, l’AHPEL a, depuis 2001, lancé un programme de relance de l’aviculture, essentiellement la production intensive de poulets de chair. AHPEL a tenté de réorganiser l’approvisionnement du pays, en poussins et en intrants pour la fabrication d’aliment commercial. Pratiquement toutes les institutions, aujourd’hui impliquées, dans l’activité de production intensive de poulets sont membres de l’AHPEL. Ils bénéficient d’exonération sur l’importation de tous les intrants et bon nombre d’entre elles ont eu accès à un programme de crédit géré par l’association à partir d’un fonds de 3 000 000 de gourdes, octroyé par le BCA (Bureau de Crédit Agricole) du MARNDR. AHPEL a signé en avril 2005 un nouveau protocole de partenariat avec le MARNDR pour poursuivre le programme de relance dont l’objectif est d’atteindre le niveau de production de 6 000 000 poulets par an (niveau de 1990). 5.1.3 Les intermédiaires en amont de la production 5.1.3.1 Les fabricants d’aliments Suite à l’embargo économique, les grandes unités de fabrication d’aliments pour bétail ont arrêté ou diminué leur production. Aujourd’hui, il n’y en a que 4 en fonctionnement, à savoir: SOGAB, TI-MOULIN, FEPA et MFT SA. Elles sont toutes membres de AHPEL. Elles utilisent généralement de la matière première importée (maïs et soya) en provenance de la République dominicaine et/ou parfois, selon l’époque de l’année, de la matière première locale (sorgho, maïs). Mise à part TI-MOULIN et MFT SA, SOGAB et FEPA sont des unités sous-équipées pour le stockage de matières premières en vrac. Consécutivement, leur capacité de production est relativement faible par rapport à celui des deux premiers. Pour la fabrication d’aliment pour la production industrielle de poulets de chair, d’œufs et de porc, les usiniers utilisent le maïs ou le sorgho comme source d’énergie (55 à 60% du volume et 35 à 40%% du coût de l’aliment), du tourteau de soja comme source de protéines (40 à 45% du volume et 55 à 60% du coût de production) et des concentrés industriels « prémix » de vitamines et minéraux (3 à 4% du volume et 7 à 8 % du coût de l’aliment). A la fin des années 80, les besoins en céréales pour l’aviculture étaient de l’ordre de 12 000 Tonnes par an. Ces besoins étaient comblés à environ 40% par la production nationale de céréales, soit autour de 5 000 tonnes par an. Depuis quelques années, la production de céréales locales (Maïs et Sorgho) aurait diminué considérablement. Les prix ont augmenté proportionnellement. À cause de cette hausse de prix et du manque de disponibilité, les usines d’aliments préfèrent généralement aujourd’hui utiliser du maïs importé que celui produit localement. Le tourteau de soja a toujours été le principal facteur limitant. Produit aux Etats-Unis et au Brésil, le tourteau de soja principalement utilisé aujourd’hui, est importé par les Dominicains, mis en sac et transporté par route aux usines haïtiennes. Compte tenu de tout ce circuit et des variations de prix, le coût de l’aliment fabriqué localement devient très élevé. Aujourd’hui, les usines de fabrication d’aliments n’approvisionnent essentiellement que les petits et moyens éleveurs. Les grands éleveurs se procurent généralement la matière première fabriquée en République dominicaine et préparent eux-mêmes l’aliment dans leurs fermes. Ils produisent tous, ensemble (fabricants, grands éleveurs et autres producteurs) en juin 2005, 875 000 livres d’aliments par mois. Cette production est répartie dans le tableau 55 ci-dessous. Tableau 55 : Répartition des aliments consommés par mois pour la filière poulet de chair Acteurs Unité Quantité % Entreprises de fabrication livre 240 625 27.50 Grands producteurs livre 525 000 60 Autres producteurs livre 109 375 12.50 Total livre 875 000 100 Source : AHPEL, mai 2005 5.1.3.2 Les fournisseurs de produits vétérinaires Les éleveurs de poulets de chair s’approvisionnent en produits vétérinaires (principalement vaccins, antibiotiques, vermifuges et vitamines) soit directement en République Dominicaine, soit à la COSEVO (Coopérative de Services à l’Élevage et Services Vétérinaires de l’Ouest), membre de AHPEL. Située à Port-au-Prince, cette entreprise (COSEVO) fonctionne depuis 1996 et est actuellement le plus important fournisseur de produits vétérinaires du pays. Il existe quelques autres petites pharmacies dans les villes de province (Jacmel, Cap-Haïtien, Port à Piment du Sud, Hinche) appartenant à l’Association INTERVET, également membre de l’AHPEL. Ces pharmacies régionales s’approvisionnent à la COSEVO. Quelques ONG possèdent aussi des comptoirs de vente de produits vétérinaires, (Hôpital Albert Shwetzier à Deschapelles) qui s’approvisionnent soit à la COSEVO soit directement en République dominicaine ou aux USA. Il existe également un comptoir de vente de produits vétérinaires pour poules, au bureau exécutif de l’AHPEL qui s’approvisionne de la COSEVO et/ou de la République dominicaine. 5.1.4 Les intermédiaires du circuit de commercialisation du poulet engraissés 5.1.4.1 Les négociants / vendeurs de poulets vivants Ce sont des intermédiaires qui se présentent sur les fermes et achètent les poulets sur pattes. Ils achètent en gros, généralement par douzaines. Ils revendent les poulets vivants à des petits marchands (dans tous les pays) qui sont eux en contact avec le consommateur final. Considérés comme un maillon important dans la filière, ce groupe d’intermédiaires assure le transit des poulets du lieu de production (marché de production) vers les marchés de consommation Il y aurait plus de 200 intermédiaires de ce type. Il faut noter que plus de 70% de la production nationale de poulets de chair transite par ces négociants/vendeurs. Leur marge brute réalisée varie généralement entre 20 à 25%. 5.1.4.2 Les petits marchands/détaillants (poulets vivants) Ce groupe d’intermédiaires achète les poulets vivants des négociants/vendeurs pour les revendre dans les marchés publics, au consommateur final. Il existe plusieurs centaines de petits marchands de poulets sur pattes, dans le pays. Leur marge brute réalisée est généralement de 35 à 40%. 5.1.4.3 Les marchands/vendeurs (poulets abattus) Ce groupe d’intermédiaires achète les poulets tout vivants des producteurs ou parfois des négociants-vendeurs; ils les abattent en enlevant les viscères et les abats. Puis, ils les revendent aux supermarchés et/ou aux restaurants. Il existe plus d’une dizaine d’abatteurs dans le pays, fonctionnant particulièrement dans la capitale. Ils transitent environ 10-15% de la production nationale de poulets. Il faut mentionner que certains éleveurs potentiels de poulets de chair abattent aussi une partie de leur production afin d’approvisionner certains supermarchés ou restaurants de la place. Leur marge brute réalisée varie entre 10 à 15%. 5.1.4.4 Les super marchés Ils achètent les poulets abattus des vendeurs de poulets abattus ou parfois des poulets vivants de certaines grandes fermes de production. Ils les revendent au consommateur final. Presque tous les supermarchés pratiquent la commercialisation plus ou moins régulière des poulets produits dans le pays. Les poulets commercialisés par le circuit des abatteurs aux super marchés représenteraient moins de 15% de la production totale. Tout le reste, plus de 85% des poulets produits seraient commercialisés par les négociants/vendeurs et les petits marchands. La marge réalisée par les supermarchés dans la filière de poulet de chair varie de 25 à 35%. Les négociants, les abatteurs et supermarchés commercialisant les poulets produits localement sont surtout concentrés à la capitale. Les supermarchés des villes de province commercialisent de préférence les poulets importés. 5.1.5 Relations existantes entre les acteurs. Comme pour toutes les autres filières, il s’agit essentiellement des relations de clientélisme sans aucun contrat formel. La relation de marché existant entre les différents acteurs de la filière poulet de chair est simple : • Le producteur vend au négociant/vendeur des poulets vivants et quelquefois, aux vendeurs des poulets abattus. • Le négociant/vendeur revend les poulets vivants aux petits marchands/détaillants et le vendeur de poulets abattus revend la viande de poulet aux supermarchés. • Les petits marchands/détaillants et les supermarchés revendent au consommateur final les poulets vivants ou la viande de poulets (supermarché). Résumé du circuit de commercialisation des poulets de chair 5.2 Volumes, prix, valeurs 5.2.1 Évolution de la production Selon AHPEL (2004), le volume de production se situe entre 100 à 125 000 poulets par mois, soit 1 200 000 à 1 500 000 poulets par an. Cette production varie selon la période de l’année : a) De novembre à avril, période correspondant à la saison fraîche, le volume de production est environ de 130 000 poulets/mois; b) De mai à octobre (saison sèche), la quantité de poulets produits mensuellement est de 80 000. Jusqu’en 1976, la production de poulets de chair ne dépassa jamais 100 000 poulets par mois. Le début de l’industrialisation remonte à 1976-1978 avec l’apparition successive d’un couvoir à la HANASA et d’une usine d’aliment pour bétail, la SONUAM. C’est à cette époque qu’on remarqua également la création d’entreprises spécialisées (sous forme de sociétés anonymes) dans l’élevage qui supplantèrent les fermes familiales pionnières dans ce secteur. Ce mouvement d’intensification de l’élevage de poules, s’est introduit grâce à la disparition du cheptel porcin créole suite à l’abattage systématique décidé comme moyen d’éradication de la peste porcine africaine. De 1980 à 1985, l’industrie avicole connut une croissance extraordinaire de plus de 14% l’an. On pouvait inventorier dans le pays à l’époque : • 4 couvoirs d’une capacité de 1 000 000 poussins/mois • 4 usines d’aliments d’une capacité chacune de 200 tonnes d’aliments/jour. • 3 abattoirs d’une capacité chacune de 1200 poulets/heure. • 1 000 000 de pieds carrés d’élevage installé dans tout le territoire national. Au cours de cette période (1980-1985), la production atteignait une moyenne de 300 000 poulets par mois, puis 500 000 à la fin des années 90, soit plus de 6 000 000 millions de poulets annuellement. A partir de l’année 1991, la production avicole a connu un véritable déclin. Ce fut l’embargo de 91 à 94 qui porta le premier coup et enfin l’importation de façon incontrôlée des morceaux de poulets de 94 à 98. La fermeture du dernier couvoir industriel en septembre 98, mit pratiquement fin à la vie du secteur de la production intensive de poulets de chair. Avec un esprit de débrouillardise, en 2000 la production de poulets de chair oscillait malgré tout entre 40 000 et 75 000 poulets par mois en période de pic (novembre à avril). Aujourd’hui, ces pics de production de poulets produits localement atteignent 125000 poulets, mais la production annuelle devrait osciller autour de 1 200 000 à 1 500000 poulets par an. Le secteur retombe donc à son niveau de production obtenue en 1976. Selon d’autres sources: Le secteur industriel a vu sa production passer entre 1986 et 1996 de 6 500 000 à 3 000 000 têtes pour les poulets de chair et de 112 000 à 30 000 pour les pondeuses, soit respectivement une baisse de 54 % et 78 % en dix ans. Pour la même période, la production des petits et moyens producteurs est passé respectivement de 262 000 à 5000 pour les poulets de chair et 10 000 à 3000 pour les pondeuses, soit environ 98% et 70% d'abandon (Bulletin Agricole, Fév 2000). Selon les données fournies par la BRH (Rapport annuel 2000), la part de l'aviculture dans la production nationale a baissé considérablement jusqu'à l'année 2000. De 1996 à 2000, la production est même passée en dessous de 5 000 poulets l'an. Pour combler le déficit de la production locale, pendant la période 1990-2000, les importations de viande de poulets (cuisses, ailes, pattes et dos) ont été, au moment de l'embargo commercial, estimées à 120 TM en moyenne entre 1990 et 1994. Pour la seconde moitié de la période 1994-2000, elles ont été de 15 946,67 TM en moyenne annuelle. Tableau 56 : Évolution annuelle du cheptel des volailles (poulets de chair) (1990-2004) Année Production (têtes d’animaux) 1976 1 200 000 1985 3 600 000 1990 6 000 000 1996 3 000 000 2000 690 000 2004 1 350 000 Source: AHPEL Tableau 57 : Bilan en volume de la production annuelle Année Bilan en volume de la production (TM) Production Importation Exportation Consommation 1976 960 25 0 985 1985 2880 300 0 3180 1990 4800 50 0 4850 1996 2400 9300 0 11700 2000 552 16850 0 17402 2004 1080 28492 0 29572 Source : FAO, STAT 2004 et AHPEL 5.2.2 Les prix moyens observés Depuis la disparition du porc créole, au début des années 80, les poulets de chair ont été l’un des produits carnés le plus consommé par la population haïtienne. La viande du poulet de chair est plus consommée que celle du poulet indigène, qui est un produit de luxe. Les prix observés sur les marchés locaux dépendent essentiellement du type de marché et de la saisonnalité des prix. • Types de marchés La fonction des marchés pour la filière poulet de chair, c'est-à-dire le rôle qu’ils remplissent dans la chaîne de commercialisation, permet de distinguer trois (3) catégories: a) Les marchés de production, qui sont situés dans le lieu de production ou sur la ferme d’élevage. Ils sont surtout fréquentés par des négociants/vendeurs de poulets vivants qui achètent en gros (par douzaines) les poulets des producteurs. Sur ce type de marché, le prix moyen du poulet est de 26.50 gourdes la livre (prix payé au producteur). . b) Les marchés de transit où l’offre d’un produit considéré est regroupé et recomposé avant de partir vers les zones de consommation. Ce sont des marchés intermédiaires existant chez le négociant/vendeur. Ce dernier achète les poulets du producteur et les transite d’un lieu à un autre. Ce marché est fréquenté par des intermédiaires comme les petits marchands/détaillants de poulets vivants et les marchands/vendeurs de poulets abattus qui achètent les poulets du négociant/vendeur. Les prix observés sur ce type de marché dépassent de manière significative ceux pratiqués sur le marché précédent. Sur ce marché, le prix de la livre du poulet de chair est de 32.50 gourdes en moyenne (prix payé au négociant/vendeur). c) Les marchés de consommation, situés dans des centres urbains notamment Port-au-Prince. Ces types de marchés sont fréquentés par les petits marchands/détaillants de poulets vivants et les consommateurs. Les prix pratiqués, sur ces marchés, sont supérieurs à ceux observés dans les deux autres. Au marché de consommation, la livre du poulet de chair est vendue 45 gourdes en moyenne (prix payé par le consommateur final au marché public). • Saisonnalité des prix La saisonnalité des prix est très marquée pour les volailles, particulièrement les poules. Les prix ont connu une augmentation durant les périodes de fête (fête de fin d’année/fin décembre) et une diminution pendant la période où l’épidémie Newcastle frappe le cheptel de poules (février à mai). En général, la tendance des prix est à la hausse. Tableau 58 : Comparaison des prix sur les différents marchés (juin 2005) Marché Prix de la livre du poulet de chair (en Gdes) Production ou Collecte 26.50 Regroupement ou Transit 32.50 Consommation 45.00 Source : Enquête de l’auteur, juin 2005 Comme tout produit agricole, le prix des animaux est à la hausse. Il augmente d’année en année. Entre l’année 2000 et l’année 2005, les prix des volailles ont presque doublé sur tous les marchés. On observe donc une forte augmentation de prix au cours d’une période de 5 ans. Tableau 59 : Évolution de prix du poulet de chair Année Prix de la livre du poulet (en gourdes) Marché production Marché consommation 2000 15.00 25.00 2001 17.00 29.00 2002 18.75 32.00 2003 21.00 36.00 2004 25.00 41.50 2005 26.50 45.00 Source : Enquête de l’auteur, juin 2005 5.2.3 Prix des produits concurrents Autre que le poulet créole et la pintade locale, les importations des bas morceaux de porcs, de dindes et de poulets constituent autant de produits concurrents pour le poulet de chair. Tableau 60 : Prix (moyen) des produits concurrents importés/Prix poulet de chair (supermarché) Viande Prix à la livre Poulet créole 162.50 Poulet importé 59 Dinde importée 54 Porc importé 51 Poulet de chair 65 L’analyse du tableau ci-dessus permet de conclure que le prix du poulet de chair dépasse celui des produits concurrents. Tableau 61 : Prix des produits concurrents locaux / prix poulet de chair (marché de production) Volaille Prix unitaire (en gdes) Prix de la livre (en gdes) Poule (5 lb) 150 30 Dinde (10 lb) 275 27.50 Pintade (4 lb) 150 37.50 Poulet de chair 132.50 26.50 Selon les données présentées au tableau 8, le prix du poulet de chair est inférieur à celui des produits concurrents locaux. 5.2.4 Mécanisme de formation des Prix Comme pour les autres produits déjà considérés, le prix du poulet de chair est en constante augmentation. On sait également que le prix du poulet de chair a diminué considérablement dans les années 1987-1990, l’époque où les produits concurrents importés étaient très répandus sur le marché national. En 1991-1994, avec l’embargo qu’a connu le pays à cette époque, le volume d’importation des produits concurrents a ralenti et le prix de la livre de poulet de chair payé aux producteurs est passé de 6.25 gourdes en 1990 à 10.50 gourdes en 1994. Au cours des années 2001- 2004, avec la dévaluation accélérée de la gourde par rapport au dollar, le prix de la livre du poulet de chair a augmenté considérablement en passant de 17 gourdes en 2001 à 25 gourdes en 2004. Par ailleurs, les prix augmentent avec les intermédiaires (négociants/vendeurs, petits marchands/détaillants, supermarchés) qui cherchent à maximiser leur profit. A chaque stade au niveau de l’axe de commercialisation de la filière, le prix augmente avec la marge réalisée par l’intermédiaire. Pour cette filière de poulet de chair, le processus de formation des prix est établi aussi en fonction du coût de production du poulet. Pour les producteurs, le prix de vente est fixé à partir d’une entente concertée lors de réunions. Pour les autres acteurs impliqués, le prix dépend de celui du producteur agrémenté des coûts additionnels de transport et d’autres. On peut donc conclure que le prix à la consommation du poulet de chair, est très lié à l’évolution de la valeur de la monnaie nationale, la situation d’inflation dans le pays, au volume d’importations des produits concurrents et particulièrement aux marges réalisées par les intermédiaires impliqués dans la filière et les coûts de production 5.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs  5.3.1 Compte d’exploitation d’une unité d’élevage de poulet de chair 5.3.1.1 Marge du producteur • Produit brut Le prix de vente d’un poulet d’environ 4 livres chez le producteur, est de 106 gourdes. Les pertes générales (de mortalité) sont estimées à 5%. Le produit brut est donc de l’ordre de 100.70 gourdes • Coûts directs Pour produire ce poulet de 4 livres, les dépenses d’entretien sont de l’ordre de 57.90 gourdes pour l’alimentation, les soins vétérinaires et la main d’œuvre (manutention et autres). Le prix d’achat du poussin est de 22 gourdes. Au total, les coûts directs de production du poulet considéré, représentent un montant de 79.90 gourdes. • Amortissements des investissements Les amortissements des matériels et équipements, sont estimés à 5 gourdes par poussin. Tableau 62 : Synthèse des indicateurs économiques – production poulet industriel Indicateur économique Montant (poulet de chair pesant 4 lb) en Gdes Produit brut 100.70 Coûts directs 79.90 Marge brute 20.80 Amortissements 5 Marge nette 15.80 Sur chaque poulet produit, le producteur réalise un bénéfice de 15.80 gourdes. Pour un petit éleveur qui produit 500 poulets en moyenne dans une année. Il gagne un revenu de 7900 gourdes, représentant 105 jours de salaire minimum. 5.3.1.2 Marge du négociant/vendeur • Produit brut Le négociant/vendeur revend le poulet à 35 gourdes la livre. Le prix du poulet de 4 livres est donc de 130 gourdes, chez le négociant/vendeur. Les pertes générales sont estimées à 3% pour le négociant. Le Produit brut est donc de l’ordre de 126.10 gourdes. • Les charges En général, les frais (transporteurs ou camionneurs et autres) représentent en moyenne un montant total de 5 gourdes pour 1 poulet. • Marge nette : 126.10 gourdes –(106+5) gourdes= 15.10 gourdes La marge nette du grossiste est donc de 15.10 gourdes. Le grossiste réalise un bénéfice net de 15.10 gourdes, représentant à peu près 14 % de son argent investi dans la filière. Tableau 63 : Synthèse des indicateurs économiques - grossiste Indicateur économique Montant (poulet de chair pesant 4 lb) en Gdes Produit brut 126.10 Coût d’achat 106 Marge brute 20.10 Charges 5 Marge nette 15.10 5.3.1.3 Marge du détaillant/vendeur de poulets vivants • Produit brut Le détaillant/vendeur de poulets vivants revend le poulet à 45 gourdes la livre. Le poulet de 4 livres est donc payé au prix de 180 gourdes par le consommateur au détaillant/vendeur. Comme pour le négociant/vendeur, les pertes générales sont estimées à 3% pour le détaillant/vendeur de poulets abattus. Le produit brut est donc de l’ordre de 174.60 gourdes. • Les charges En général, les frais (transporteurs ou camionneurs et autres) représentent en moyenne un montant total de 5 gourdes pour 1 poulet. • Marge nette : 174.60 gourdes – (130+5) gourdes = 39.60 gourdes La marge nette du détaillant/vendeur de poulets vivants, est donc de 39.60 gourdes. Le détaillant/vendeur de poulets vivants réalise un bénéfice net de 39.60 gourdes, représentant à peu près 29 % de son argent investi dans la filière. Tableau 64 : Synthèse des indicateurs économiques – détaillant poulet vivant Indicateur économique Montant (poulet de chair pesant 4 lb) en Gdes Produit brut 174.60 Coût d’achat 130 Marge brute 44.60 Charges 5 Marge nette 39.60 5.3.1.4 Marge du détaillant/vendeur de poulets abattus • Produit brut Le détaillant/vendeur de poulets abattus revend aux supermarchés, le poulet à 50 gourdes la livre. Généralement, le détaillant/vendeur de poulets achète du négociant/vendeur des poulets vivants et les revend sous forme de carcasse dont le poids représente en moyenne 75% du poids vif. Pour un poulet de chair pesant 4 livres en moyenne, le poids de carcasse est donc de 3 livres. Pour le détaillant/vendeur de poulets abattus, les pertes générales sont considérées comme négligeables. En effet, il achète les poulets, fait l’abattage et transporte la carcasse aux supermarchés. Toutes ces opérations sont effectuées ordinairement en une (1) journée. Le produit brut est donc de l’ordre de 150 gourdes. • Les charges En général, les frais (transporteurs ou camionneurs et autres) représentent en moyenne un montant total de 5 gourdes pour 1 poulet. • Marge nette : 150 gourdes –(130+5) gourdes= 15 gourdes La marge nette du détaillant/vendeur de poulets abattus est donc de 15 gourdes. Le détaillant/vendeur de poulets abattus réalise un bénéfice net de 15 gourdes, représentant à peu près 11 % de son argent investi dans la filière. Tableau 65 : Synthèse des indicateurs économiques – détaillant poulets abattus Indicateur économique Montant (poulet de chair pesant 4 lb) en Gdes Produit brut 150 Coût d’achat 130 Marge brute 20 Charges 5 Marge nette 15 La marge nette réalisée par le détaillant/vendeur de poulets abattus, est nettement inférieure à celle réalisée par le détaillant/vendeur de poulets abattus. Cependant, le dernier intermédiaire écoule ses produits (poulets abattus) beaucoup plus rapidement que le premier. Généralement, le vendeur de poulets abattus fait la livraison de tous ses produits en une journée aux supermarchés; tandis que, souvent, le vendeur de poulets vivants va de très tôt au marché avec quelques poulets et en fin de journée, il retourne à la maison avec la moitié et même un peu plus. La marge nette réalisée par le vendeur de poulets abattus s’obtient en un temps plus court que celle réalisée par le vendeur de poulets vivants. Bien entendu, en période de fête, le vendeur de poulets de chair écoule de manière assez rapide ses produits. 5.3.1.5 Les supermarchés • Produit brut Généralement, les supermarchés achètent les poulets des détaillants/vendeurs de poulets abattus et les revendent aux consommateurs. À cause des problèmes d’électricité, les supermarchés font parfois des pertes, estimées à 3% environ. Pour un poulet de chair pesant 4 livres donnant 3 livres de carcasse, la quantité de carcasse disponible est donc de 2.91 livres. La livre de viande de poulet de chair se vend 65 gourdes dans les supermarchés. Pour le poulet considéré, le produit brut est donc de l’ordre de 189.15 gourdes. • Les charges Il est difficile de déterminer exactement les charges supportées par les supermarchés pour la quantité de viande achetée. Il existe des coûts relatifs à la chaîne de froid, les salaires à payer et autres. Consécutivement, le calcul de la marge nette ne peut pas se faire. Sont considérés comme charges seulement le coût d’achat du poulet: 150 gourdes. • Marge brute La marge brute du supermarché est de: 189.15 - 150 gourdes = 39.15 gourdes, représentant environ 26 % de ses investissements. 5.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 5.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière poulets de chair • La production intensive de poulet de chair (engraissement de poulets en bandes sur une période de 6 à 8 semaines à partir de lignées hybrides de types industriels) a été florissante durant plus de dix ans entre 1980 et 1991. • Cette activité s’est effondrée au cours des années 90, avec l’embargo économique et consécutivement l’ouverture du marché national aux importations de morceaux de poulets provenant des surplus de l’élevage industriel Nord-américain. • Ce secteur d’activité est totalement dépendant d’intrants extérieurs: poussins hybrides de races industrielles, tourteau de soja (source de protéines dans l’alimentation) et de céréales importées (source d’énergie). • Aujourd’hui, dans la périphérie des grands centres urbains, il existe, selon la saison de l’année entre 70 à 150 producteurs qui se débattent, tant bien que mal, pour conserver et reconquérir une part du marché. • La production nationale de poulet de chair varie entre 100 000 à 125 000 poulets par mois, soit 1 200 000 à 1 500 000 poulets par an (soit moins de 25% du volume annuel des années 1988 à 1991). • En revanche le volume des importations en 2003 était selon la FAO de 28 492 Tonnes Métriques, pour une valeur de plus de 17 millions de dollars USD. 5.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur • Après la fermeture des couvoirs, des abattoirs, des plus grandes usines de fabrication d’aliment et l’invasion du marché national par les morceaux de volailles, toutes les conditions étaient réunies pour l’arrêt total de toute la production nationale de poulets de chair. Cependant contrairement aux apparences, un nombre non négligeable d’éleveurs ont pu stabiliser leur production et conserver une part du marché. • Ce succès obtenu en conditions tellement défavorables est dû à la grande débrouillardise et à la détermination de ces acteurs. • Un nombre non-négligeable de consommateurs et de négociants préfère le poulet industriel produit localement qui offre, pour certains, une garantie de qualité et pour d’autres des facilités de commercialisation. • Le pays dispose d’un nombre important d’infrastructures qui ne demandent qu’à être valorisées : ◦ Couvoir d’une capacité de 556 000 poussins/mois, qui peut techniquement être remis en marche. ◦ 4 usines d’aliments d’une capacité chacune de 200 tonnes/jour, qui peuvent techniquement aussi être remis en marche à pleine capacité moyennant de les faciliter les fonds de réparation et/ou de roulement. ◦ 650 000 pieds carrés de surface d’élevage industriel, qui pourraient être valorisés. • Il existe un accord entre le MARNDR et l’AHPEL pour la relance de l’aviculture industrielle. Le regroupement des principaux intéressés au sein de AHPEL, en font un interlocuteur représentatif de l’ensemble des acteurs et des compétences existantes dans le secteur. • Le marché pour la viande de poulet est énorme. Les autres viandes produites dans le pays ne peuvent dans un court ni dans un moyen terme satisfaire la demande. L’engraissement de poulet de chair est une alternative à court terme pouvant faciliter la production des protéines d’origine animale à un prix accessible aux petites bourses qui représentent l’essentiel du marché. 5.5 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. • La production intensive de poulet, à petite, moyenne ou à grande échelle (échelle industrielle) peut être considérée comme une industrie d’assemblage, car elle est totalement dépendante d’intrants externes qui nécessitent des devises : ◦ Les poussins Les poussins qui sont engraissés ne sont pas produits en Haïti. Ce sont des animaux de lignées hybrides, qui sont produits dans des fermes spécialisées. Les reproducteurs (parents des poussins) sont de races qui font l’objet de travaux de sélection génétique de plusieurs décennies et dont la commercialisation est le monopole de multinationales. Tout au mieux, l’approvisionnement en poussins en Haïti peut se faire à partir d’œufs fertiles qui seront incubés sur place (cela s’est fait ainsi depuis les années 70 jusqu‘en 1998). Depuis la fermeture des derniers couvoirs, on a recommencé d’importer des poussins de 1 jour d’âge, soit des USA ou de la République dominicaine. C’est une opération très délicate et les pertes y relatives sont souvent énormes. ◦ Les matières premières pour la préparation de l’aliment La production de poulet de chair est une activité de simple engraissement. Il s’agit en fait de transformer un aliment concentré en viande. Plus de 80% des coûts de production reposent sur l’alimentation de l’animal. Comme pour les aliments des pondeuses et des porcs élevés industriellement, pour la fabrication d’aliment de poulets de chair, les usiniers utilisent le maïs ou le sorgho comme source d’énergie (55 à 60% du volume et 35 à 40% du coût de l’aliment), du tourteau de soja comme source de protéines (40 à 45% du volume et 55 à 60% du coût de production) et des concentré industriels « prémix » de vitamines et minéraux (3 à 4% du volume et 7 à 8% du coût de l’aliment). Le tourteau de soja et le prémix ont toujours été importés. Mais depuis quelques années, les usines d’aliments utilisent principalement du maïs importé. • A ces éléments majeurs, il faut ajouter : ◦ Endettement ou quasi-faillite des usines d’aliment actuellement en fonctionnement. ◦ Financement par crédit bancaire à fort taux d’intérêt. ◦ Faiblesse des organisations de producteurs. • Les contraintes externes, liées au contexte économique et institutionnel de la production : ◦ Concurrence des produits importés, principalement des morceaux de volailles. ◦ Faiblesse des structures étatiques pour bloquer les produits mal conservés et impropres à l’alimentation humaine, achetés à bas prix (dupping), conservés et commercialisés dans des conditions inadéquates à des coûts qui provoquent une concurrence déloyale. 5.5.1 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 5.5.1.1 Les investissements dans le secteur biens publics • Renforcement de la quarantaine animale et des structures d’inspection sanitaire des conditions de commercialisation des produits importés. • Application de la réciprocité dans les relations commerciales avec la RD. La simple adoption et application de règlements similaires à ceux qu’applique la République dominicaine aux producteurs haïtiens, peut permettre de contrôler le volume d’importations de poulets industriels vivants qui envahissent le marché national. • Appui à la relance de la production céréalière afin de disposer de plus de matière première locale pour la préparation d’aliment à meilleur prix pour bétail. • Exonération pour les importations de tous les intrants à l’élevage (mesure accordée dans le protocole d’accord signé entre le MARNDR et l’AHPEL pour la relance de l’aviculture.) • Amélioration des procédures de dédouanement au port de Port-au-Prince et abaissement des tarifs portuaires. • Politique fiscale améliorant les conditions générales du crédit au secteur de la production agricole et de l’élevage (abaissement des taux d’intérêt, constitution de fonds de garantie etc…) • Accompagnement ou appui conseil par des experts (agro-économistes et gestionnaires), sur le moyen et le long terme, les organisations d’éleveurs dans leur stratégie de relance et de développement de la filière. 5.5.1.2 Les investissements à réaliser par le secteur privé lui-même • Remise en marche d’un couvoir (avec l’appui du secteur public.). • Constitution d’un stock d’intrants (soya et maïs) pour la préparation d’aliment (avec l’appui du secteur public.). • Remise en marche d’un abattoir (avec l’appui du secteur public.). • Impliquer le secteur d’importations dans la commercialisation des poulets locaux congelés. • Formation et encadrement des producteurs pour l’amélioration des performances techniques (avec l’appui du secteur public.). • Renforcement institutionnel de l’AHPEL et des organisations de producteurs de poulets de chair (avec l’appui du secteur public.). Ne disposant que de très peu de moyens financiers, AHPEL a pu jouer timidement son rôle d’encadrement des éleveurs, dans la gestion du programme de relance avicole. AHPEL doit pouvoir disposer des ressources humaines et financières suffisantes au sein d’un bureau permanent qui devra gérer les activités du programme de relance et réaliser un suivi beaucoup plus rapproché de l’évolution du programme. 5.5.2 Point d’application (lieux géographiques, partenaires) pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière Pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière, les régions ci-dessous peuvent être retenues comme points d’application. Ce sont des régions où l’élevage industriel existe déjà et où il y a des installations à récupérer : Ouest, Sud, Sud-est, Artibonite, Nord-Est. 6 VOLAILLES : production intensive d’œufs 6.1 Acteurs et circuits 6.1.1 Les producteurs Contrairement à la production de poulet de chair, la production intensive (industrielle ou semi-industrielle) des œufs a stagné durant les 30 dernières années. Cette production est assurée par 20 000 à 30 000 pondeuses. Les producteurs peuvent être classés en deux catégories : • Petits producteurs: qui possèdent moins de 1000 pondeuses, ils peuvent être dénombrés actuellement à quelques dizaines tout au plus. • Grands producteurs: Il n’y a actuellement qu’un seul grand producteur dans le pays qui a disposé selon les époques entre 20 000 à 40 000 pondeuses. Les producteurs se sont concentrés dans le département de l’Ouest. En effet, 70 à 75% des producteurs se trouvent dans ce département, principalement dans la plaine de Cul de Sac, à proximité de Port-au-Prince. Ils assurent à eux seuls 90% environ de la production nationale d’œufs. Les 25 à 30 % des éleveurs restant sont répartis à travers quelques autres grandes villes du pays comme Jacmel, Cap-Haïtien et Cayes. Ces derniers assurent 10% de la production nationale. 6.1.2 Les intermédiaires en amont de la production / les fabricants d’aliments Suite à l’embargo économique, les grandes unités de fabrication d’aliments pour bétail ont arrêté ou diminué leur production. Aujourd’hui, il n’y a que 2 unités: SOGAB et TI-MOULIN, qui fabriquent des rations pour pondeuses. Elles utilisent de la matière première généralement importée (maïs et soya) en provenance de la République dominicaine et parfois selon l’époque de l’année un peu de matière première locale (sorgho, maïs.) Suite à l’embargo économique, les grandes unités de fabrication d’aliments pour bétail ont arrêté ou diminué leur production. Aujourd’hui, il n’y en a que 4 en fonctionnement, à savoir: SOGAB, TI-MOULIN, FEPA et MFT SA. Aujourd’hui, il n’y a que 2 unités SOGAB et TI-MOULIN, qui fabriquent des rations pour pondeuses. Elles sont toutes, membres de AHPEL. Elles utilisent généralement de la matière première importée (maïs et soya) en provenance de la République dominicaine et/ou parfois, selon l’époque de l’année, de la matière première locale (sorgho, maïs). Pour la fabrication d’aliment pour la production intensive d’œufs, de poulets de chair et de porc, les usiniers utilisent le maïs ou le sorgho comme source d’énergie (55 à 60% du volume et 35 à 40%% du coût de l’aliment), du tourteau de soja comme source de protéines (40 à 45% du volume et 55 à 60% du coût de production) et des concentrés industriels « prémix » de vitamines et minéraux (3 à 4% du volume et 7 à 8 % du coût de l’aliment). Depuis quelques années, la production de céréales locales (Maïs et Sorgho) aurait diminué considérablement. Les prix ont augmenté proportionnellement. À cause de cette hausse de prix et du manque de disponibilité, les usines d’aliments préfèrent généralement aujourd’hui utiliser du maïs importé que celui produit localement. Le tourteau de soja a toujours été le principal facteur limitant. Produit aux Etats-Unis et au Brésil, le tourteau de soja principalement utilisé aujourd’hui, est importé par les Dominicains, mis en sac et transporté par route aux usines haïtiennes. Compte tenu de tout ce circuit et des variations de prix, le coût de l’aliment fabriqué localement devient très élevé. Aujourd’hui, les usines de fabrication d’aliments n’approvisionnent essentiellement que les petits éleveurs. Le seul grand éleveur se procurent des aliments fabriqués en République dominicaine. 6.1.3 Les intermédiaires du circuit de commercialisation des œufs de table Ce groupe d’intermédiaires compte les négociants/vendeurs, les supermarchés, les pâtisseries et les petits marchands. 6.1.3.1 Les négociants / vendeurs Ce sont des intermédiaires qui se présentent sur les fermes et achètent les œufs frais des consommateurs. Ils achètent en gros les oeufs, généralement par centaines. Ils revendent les oeufs à des petits marchands (dans tous les pays) qui sont eux en contact avec le consommateur final. Considérés comme un maillon important dans la filière, ce groupe d’intermédiaires assure le transit des oeufs du lieu de production (marché de production) vers les marchés de consommation. Il y aurait environ une vingtaine d’intermédiaires de ce type. Leur marge brute réalisée varie généralement entre 10 à 15%. Les négociants sont répartis dans le pays de la même manière que les producteurs. 6.1.3.2 Les petits marchands/vendeurs d’œufs frais Ils achètent les oeufs des négociants/vendeurs des producteurs ou parfois des producteurs. Ils revendent ces œufs dans les marchés publics ou dans les rues de la capitale au consommateur final sous forme d’œufs frais. Plus d’une centaine de petits marchands sont impliqués dans cette activité. Leur marge brute réalisée est généralement de 5 à 10%. Les petits marchands sont répartis aussi de la même façon que les producteurs et les négociants. 6.1.3.3 Les petits marchands/vendeurs d’œufs bouillis Ils achètent les oeufs des négociants/vendeurs des producteurs ou parfois des producteurs. Ils revendent ces œufs dans les marchés publics ou dans les rues de la capitale au consommateur final sous forme d’œufs bouillis. Environ, une centaine de petits marchands est impliquée dans cette activité. Leur marge brute réalisée est généralement de 5 à 10%. Les petits marchands sont répartis aussi de la même façon que les producteurs et les négociants. 6.1.3.4 Les supermarchés Ils achètent les œufs du pays généralement directement des producteurs qui viennent les livrer aux supermarchés. Les oeufs commercialisés par le circuit des supermarchés représenteraient près de 85% de la production totale. Le reste, 15% des œufs produits sont commercialisés par les négociants et les petits marchands. Les supermarchés achètent également des œufs importés des USA avec d’autres marchandises périssables. En effet, pour rentabiliser les chargements de containers réfrigérés de produits périssables, les importateurs remplissent les espaces vides de cartons d’œufs. Les supermarchés sont tenus par ces importateurs d’écouler cette marchandise livrée avec d’autres produits périssables. C’est ainsi qu’on retrouve dans presque tous les supermarchés des œufs importés des USA. Leur marge brute varie généralement de 50 à 60%. 6.1.4 Relations existantes entre les acteurs Il s’agit essentiellement de clientélisme sans aucun contrat formel. La relation de marché existante entre les différents acteurs de la filière de production œufs est simple : • Généralement, le producteur vend au négociant. Il peut vendre aussi soit aux petits marchands, soit aux pâtisseries, soit encore aux supermarchés. Et, dans des rares cas, au consommateur final. • Le négociant revend les œufs achetés aux petits marchands qui eux-mêmes les revendent au consommateur final. • Le supermarché revend les œufs au consommateur final. Résumé du circuit de commercialisation des œufs 6.2 Volumes, prix, valeurs 6.2.1 Évolution de la production Selon AHPEL, dans les années 70, la production nationale tourne autour de 600 000 à 1 000 000 d’œufs par mois. Comme pour la production de poulets de chair, la production industrielle d’œufs s’est modernisée dans les années 80. Mais le nombre de grands producteurs reste très réduit. Un producteur disparaît pour être remplacé par un autre, tout en conservant un volume de production similaire. Aussi, a-t-on comme grand producteur pendant les 45 dernières années: Desquiron (1960-1980), Bob Ambroise (1980-1986), Carl Déjoie (1986-1988), H. Chatelain (1988 à date). En 2003, après l’épidémie de la maladie «Gumborro »  qui frappa l’île entière, la production en Haïti avait chuté à moins de 150 000 œufs par moins (le nombre de pondeuses avait été réduit à environ 6 000). Du côté de la République dominicaine, les producteurs ont profité de cette situation pour remonter les fermes d’élevage en contrôlant (en réduisant) le nombre de pondeuses, afin d’éviter une sur- production, comme cela avait déjà été le cas. Cette politique a favorisé une stabilisation des prix en faveur du producteur dominicain. En Haïti, cette même politique a eu deux effets contradictoires. D’une part, le prix des oeufs dominicains a augmenté sur le marché haïtien, rendant ainsi la production nationale plus compétitive. En même temps, les mesures visant à limiter la production de poules pondeuses, empêcha le plus grand producteur haïtien de renouveler son cheptel et ainsi de profiter des nouvelles conditions du marché. Certains petits producteurs haïtiens ont cependant profité de l’occasion pour s’initier à la production intensive ou semi-intensive d’œufs à partir des races semi-rustiques (Rhodes Island Red et Plymouth Rock), Selon la FAO et le MARNDR, la production d’œufs reste plus ou moins stable pendant toute la période 1990-2000. Elle est estimée en moyenne à 4 000 TM l'an. Estimés en moyenne à 1.5 millions, les œufs produits dans le cadre de l'élevage traditionnel ne sont pas pris en compte dans cette estimation. Les importations peuvent varier, selon la saison, de 7 million et parfois dépassent le chiffre de 25 000 000 œufs par mois (dont plus de 79% proviendrait des importations informelles de la RD). Cependant, dans les statistiques officielles (FAOSTAT, 2003), les importations d'œufs étaient en régression au cours de la période 1990-2000. De 800 TM en moyenne entre 1990 et 1991, les importations sont réduites à moins de 100 TM pour les trois années suivantes. Après l'embargo, elles auraient repris, allant de 520 TM en 1995 à 190 TM en 1997. Depuis lors, elles sont retombées à moins de 100 TM l'an, en atteignant même le plancher de 9 TM en l'an 2000. Tableau 66 : Bilan mensuel en volume d’œufs de type industriel disponibles sur le marché local Production Nationale 1 000 000 Importations 25 000 000 Exportation 0 Consommation 26 000 000 6.2.2 Prix moyens observés aux différents stades de la filière, leur saisonnalité, leur évolution ces dernières années Les prix observés sur les marchés locaux dépendent essentiellement du type de marché et en moindre mesure de la saisonnalité des prix. 6.2.2.1 Types de marchés La fonction des marchés pour la filière oeuf, c'est-à-dire le rôle qu’ils remplissent dans la chaîne de commercialisation, permet de distinguer trois (3) catégories: • Les marchés de production, qui sont situés dans le lieu de production ou sur la ferme d’élevage. Ils sont généralement fréquentés par des négociants/vendeurs d’œufs qui achètent en gros (par boite de 30 unités) les oeufs des producteurs. Sur ce type de marché, le prix moyen de l’œuf est de 4.00 gourdes l’unité (prix payé au producteur). . • Les marchés de transit où l’offre d’un produit considéré est regroupé et recomposé avant de partir vers les zones de consommation. Ce sont des marchés intermédiaires existant chez le négociant/vendeur. Ce dernier achète les oeufs du producteur et les transite d’un lieu à un autre. Ce marché est fréquenté par des intermédiaires comme les petits marchands d’œufs frais et ceux d’œufs bouillis qui achètent des négociants/vendeurs pour les revendre au consommateur final. Les prix observés sur ce type de marché dépassent de manière significative ceux pratiqués sur le marché précédent. Sur ce marché, le prix de l’œuf est de 5.00 gourdes en moyenne (prix payé au négociant/vendeur). • Les marchés de consommation, situés dans des centres urbains notamment Port-au-Prince. Ces types de marchés sont fréquentés par le consommateur final qui achète des petits marchands/vendeurs d’œufs frais et ceux d’œufs bouillis. Les prix pratiqués, sur ces marchés, sont supérieurs à ceux observés dans les deux autres. Au marché de consommation, l’œuf frais se vend 5.00 gourdes et l’œuf bouilli, 6.00 gourdes (prix payé par le consommateur final). 6.2.2.2 Saisonnalité des prix La saisonnalité des prix est peu marquée pour les œufs. Cependant, les prix ont connu parfois une légère augmentation durant la période allant de mars-avril à mai-juin, période correspondant à la fête de Pâques et aux cérémonies religieuses (communion). De la même manière, les prix ont parfois diminué pendant la période des mois de juin et juillet, après le passage de la maladie «Newcastle». En général, la tendance des prix est à la hausse. Tableau 67 : Prix moyens observés aux différents marchés Acteurs Prix(en gdes) Producteur 4.00 Négociant 4.50 Marchand/vendeur (œuf frais) 5.00 Marchand/vendeur (œuf bouilli) 6.00 Super marché 6.25 Source: Enquête de l’auteur, juin 2005 Comme tout produit agricole, le prix des oeufs est à la hausse. Il augmente d’année en année. Entre l’année 2000 et l’année 2005, les prix des oeufs ont presque doublé sur tous les marchés. On observe donc une forte augmentation de prix au cours d’une période de 5 ans. Tableau 68 : Évolution de prix des oeufs (marché de production et marché de consommation) Année Prix des œufs en gourdes (poules pondeuses) Marché production Marché consommation (oeuf frais) Supermarché 2000 2.00 2.50 3.25 2001 2.25 3.00 3.50 2002 2.50 3.50 4.00 2003 3.00 4.00 4.75 2004 4.00 5.00 6.25 2005 4.00 5.00 6.25 Source: Enquête de l’auteur, juin 2005 6.2.3 Prix des produits concurrents Autre que l’œuf du poulet créole, les œufs importés constituent des produits concurrents aux œufs des poules pondeuses. A Santo Domingo, la douzaine d’œufs se vend 45 pesos en moyenne, soit 3.75 pesos ou 5.35 gourdes l’unité. Au supermarché de Port-au-Prince, la douzaine d’œufs des poules indigènes(créoles), se vend 105 gourdes, soit 8.75 gourdes l’unité, tandis que la douzaine d’œufs importés des USA se vend  90 gourdes, soit 7.50 gourdes l’unité et la douzaine d’œufs produits localement (poules pondeuses), 75 gourdes, soit 6.25 gourdes l’unité. L’œuf des poules pondeuses, est très compétitif. Il se vend moins cher que ses produits concurrents. Tableau 69 : Prix (moyen) des produits concurrents importés (supermarché) Oeuf Prix unitaire (en gdes) Oeuf (poules pondeuses) 6.25 Oeuf importé USA 7.50 oeuf (poules indigènes) 8.75 Le prix des œufs des poules pondeuses, est inférieur à celui des produits concurrents. 6.2.4 Mécanisme de formation des prix Le prix des œufs produits avec technologie intensive repose essentiellement sur le prix des intrants (80% du coût de production de l’œuf dépend de l’alimentation). L’alimentation étant à base d’intrants importés ( soya, céréales et prémix), leur prix varient en fonction du coût des devises. La Ferme des délices, le plus gros producteur national, facture ses clients en dollars USD. Comme pour les autres produits déjà considérés, le prix des oeufs est en constante augmentation. Il augmente également avec les marges réalisées par les intermédiaires (négociants/vendeurs, petits marchands/détaillants, supermarchés) qui cherchent à maximiser leur profit. Comme pour la filière de poulet de chair, le processus de formation des prix pour la filière oeufs est très lié au coût de production. Pour les autres acteurs impliqués, le prix dépend de celui du producteur agrémenté des coûts additionnels de transport et autres. Par ailleurs, comme pour tout produit, la dévaluation de la gourde par rapport au dollar influence le prix des œufs. On peut donc conclure que le prix à la consommation des oeufs, est très lié à la valeur de la monnaie nationale, la situation d’inflation dans le pays et aux marges réalisées par les intermédiaires impliqués dans la filière. 6.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs  6.3.1 Marge du producteur • Produit brut Une poule pondeuse produit en moyenne 5 œufs par semaine. En 1 an, la production totale est de 260 œufs. Le prix de vente d’un œuf est 4.00 gourdes (prix payé au producteur). Comme l’œuf est un produit fragile, il se peut bien que certains œufs soient cassés pendant le transport ou par les pondeuses elles-mêmes. Aussi, a-t-on eu parfois des pertes pouvant être estimées à 2%. Le produit brut est donc de l’ordre de 1 020 gourdes. • Coûts directs Une poule pondeuse de race moyenne consomme 0.22 livres d’aliment par jour. La livre d’aliment se vend 8.00 gourdes en moyenne. Donc, en 1 an, les dépenses pour l’alimentation représentent un montant de 642.40 gourdes. Les soins vétérinaires et la main d’œuvre (manutention et autres) sont de 5.50 gourdes. Au total, les coûts directs de production, représentent un montant de 647.90 gourdes. • Amortissements des investissements Le coût de construction du poulailler construit comme abris pour les pondeuses est de l’ordre de 2500 gourdes (matériaux et main d’œuvre). On suppose que ce poulailler peut accueillir 20 pondeuses et sa durée de vie est de 3 ans. La dépense annuelle d’amortissement du parc s’élève donc à 31.25 gourdes par pondeuse. Tableau 70 : Synthèse des indicateurs économiques – production d’œufs Indicateur économique Montant en Gdes/pondeuse Produit brut 1020.00 Coûts directs 647.90 Marge brute 372.10 Amortissements 31.25 Marge nette 340.85 En 1 an, une poule pondeuse rapporte à son propriétaire un montant de 340.85 gourdes. Pour un petit producteur possédant 20 pondeuses. Il gagne un revenu de 6 817 gourdes, représentant environ 91 jours de salaire minimum. Ses marges brute et nette sont respectivement de 57 et 50%. 6.3.2 Marge du négociant/vendeur • Produit brut Le négociant/vendeur revend aux petits marchands d’œufs frais ou d’œufs bouillis, les œufs achetés du producteur à 4.50 l’unité. Les pertes générales sont estimées à 1% pour le négociant. Le Produit brut est donc de l’ordre de 4.45 gourdes. • Les charges En général, les frais (transporteurs ou camionneurs et autres) représentent en moyenne un montant total de 0.20 gourdes pour 1 oeuf. • Marge nette : 4.45 gourdes –(4+0.20) gourdes= 0.25 gourdes La marge nette du grossiste est donc de 0.25 gourdes. Le grossiste réalise un bénéfice net de 0.25 gourdes sur chaque œuf acheté et vendu, représentant à peu près 6% de son argent investi dans la filière. Sa marge brute sur 1 œuf est de 11.25%. Tableau 71 : Synthèse des indicateurs économiques – négociant œufs Indicateur économique Montant en Gdes/1 oeuf Produit brut 4.45 Coût d’achat 4.00 Marge brute 0.45 Charges 0.20 Marge nette 0.25 6.3.3 Marge du détaillant/vendeur d’œufs frais • Produit brut Le petit marchand/vendeur d’œufs frais revend à 5 gourdes l’unité au consommateur final des oeufs frais achetés du négociant. Comme pour le négociant/vendeur, les pertes générales sont estimées à 1% pour le détaillant/vendeur. Le Produit brut est donc de l’ordre de 4.95 gourdes. • Les charges En général, les frais (transporteurs ou camionneurs et autres) représentent en moyenne un montant total de 0.20 gourdes pour 1 oeuf. • Marge nette : 4.95 gourdes –(4.50+0.20) gourdes= 0.25 gourdes La marge nette du détaillant/vendeur d’œufs frais, est donc de 0.25 gourdes. Le détaillant/vendeur d’œufs frais réalise un bénéfice net de 0.25 gourdes, représentant à peu près 5 % de son argent investi dans la filière. Sa marge brute sur 1 œuf est de 10%. Tableau 72 : Synthèse des indicateurs économiques – détaillant œufs frais Indicateur économique Montant en Gdes/1 oeuf Produit brut 4.95 Coût d’achat 4.50 Marge brute 0.45 Charges 0.20 Marge nette 0.25 6.3.4 Marge du détaillant/vendeur d’œufs bouillis • Produit brut Le petit marchand/vendeur d’œufs bouillis revend à 6 gourdes l’unité au consommateur final des oeufs bouillis. Les pertes pour ce type d’intermédiaires sont considérées comme négligeables. Le produit brut est donc de l’ordre de 6 gourdes. • Les charges En général, les frais (transporteurs ou camionneurs, épices, sel et autres) représentent en moyenne un montant total de 0.40 gourdes pour 1 oeuf. • Marge nette : 6 gourdes –(4.50+0.40) gourdes= 1.10 gourdes La marge nette du détaillant/vendeur d’œufs bouillis, est donc de 1.10 gourdes. Le détaillant/vendeur d’œufs frais réalise un bénéfice net de 1.10 gourdes, représentant à peu près 22.5 % de son argent investi dans la filière. Sa marge brute sur 1 œuf est de 33%. Tableau 73 : Synthèse des indicateurs économiques – détaillant œuf bouilli Indicateur économique Montant en Gdes/1 oeuf Produit brut 6.00 Coût d’achat 4.50 Marge brute 1.50 Charges 0.40 Marge nette 1.10 6.3.5 Les supermarchés • Produit brut Généralement, les supermarchés achètent les oeufs des producteurs et les revendent aux consommateurs. Aux supermarchés, les œufs se vendent à 6.25 gourdes l’unité. Les pertes sont considérées comme négligeables ; puisque c’est le producteur qui fait le déplacement pour livrer les œufs aux supermarchés. Le produit brut est donc de l’ordre de 6.00 gourdes. • Les charges Il est difficile de déterminer exactement les charges supportées par les supermarchés pour la quantité de viande achetée. Il existe des coûts relatifs à la chaîne de froid, les salaires à payer et autres. Consécutivement, le calcul de la marge nette ne peut pas se faire. Sont considérés comme charges seulement le coût d’achat des oeufs: 4 gourdes. • Marge brute La marge brute du supermarché est de: 6.00 – 4.00 gourdes = 2.00 gourdes, représentant environ 50 % de ses investissements. 6.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principaux facteurs de blocage 6.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière «production d’œufs» • La production intensive d’œufs à partir de pondeuses (de lignées hybrides de types industriels) ne s’est jamais développée à grande échelle dans le pays. Le nombre de pondeuses installées a toujours stagné autour de 20 000 à 30 000 têtes, alors que la demande pour les œufs de table n’a cessé de croître. • Dans les centres urbains, les œufs bouillis vendus par les marchands de rue constituent un petit déjeuner très populaire. • La demande pour les œufs de table est comblée par des importations massives en provenance de la République dominicaine qui peuvent atteindre certain mois l’ordre de 20 à 30 millions d’œufs par mois, alors que la production intensive nationale n’est que de 1 million d’œufs par mois. • La production intensive d’œufs de table est totalement dépendant d’intrants extérieurs, qui sont les pondeuses, ( races industrielles hybrides), le tourteau de soja, comme source de protéines dans l’alimentation et de céréales importées comme source d’énergie. • Le prix des œufs produits avec technologie intensive repose essentiellement sur le prix des intrants. 80% du coût de production de l’œuf dépend de l’alimentation. Celle-ci étant à base d’intrants importés, leur prix varient en fonction du coût des devises. • Aujourd’hui, dans la périphérie des grands centres urbains, il existe quelques producteurs qui se débattent, tant bien que mal, pour conquérir une part du marché. 6.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur • La demande en œufs de table est importante. • Les importations en provenance de la République dominicaines se font dans des conditions exécrables de transport. Les œufs n’arrivent jamais à l’état frais et les pertes découragent les commerçants. Les consommateurs n’ont pas le choix. Mais de façon unanime, les consommateurs et les négociants préfèrent les œufs produits localement; car ils offrent une garantie de qualité et des facilités de commercialisation. • Le pays dispose d’un nombre important d’infrastructures qui pourraient être mis au service du développement de la filière et qui ne demande qu’à être valorisées. • 1 couvoir d’une capacité de 556 000 poussins/mois, qui peut techniquement être remis en marche. • 3 usines d’aliment d’une capacité chacune de 200 tonnes/jour, qui peuvent techniquement être remises en marche en fonctionnant à pleine capacité moyennant de les faciliter les fonds de réparation et/ou de roulement. • Il existe un accord entre le MARNDR et l’AHPEL pour la relance de l’aviculture industrielle. Le regroupement des principaux intéressés au sein de AHPEL, en fait un interlocuteur représentatif de l’ensemble des acteurs et des compétences existantes dans le secteur. • La production intensive d’œufs de table est une alternative à court terme pour produire des protéines d’origine animale à un prix accessible aux petites bourses qui représentent l’essentiel du marché. 6.4.3 Les menaces qui pèsent sur le sous-secteur • L’aviculture intensive à petite, moyenne ou échelle industrielle peut être considérée comme une industrie d’assemblage, car elle est totalement dépendante d’intrants externes qui nécessitent des devises : ◦ Les pondeuses : Les pondeuses proviennent de poussins qui ne sont pas produits en Haïti. Ce sont des animaux de lignées hybrides, qui sont produits dans des fermes spécialisées. Les reproducteurs (parents des poussins) sont de races qui ont fait l’objet de travaux de sélection génétique de plusieurs décennies et dont la commercialisation est le monopole de multinationales. Tout au mieux, l’approvisionnement en poussins en Haïti pour la préparation de pondeuses peut se faire à partir d’œufs fertiles qui seront incubés sur place (cela s’est fait ainsi depuis la fin des années 70 jusqu‘en 1998). Depuis la fermeture des derniers couvoirs, comme dans les années 70, on importe des poussins d’un jour, soit des USA ou de la République dominicaine. C’est une opération très délicate et les pertes sont souvent énormes. ◦ Les matières premières pour la préparation de l’aliment : Plus de 80% des coûts de production de la production intensive d’œufs repose sur l’alimentation de l’animal. Comme pour les aliments des poulets de chair et des porcs élevés industriellement, pour la fabrication d’aliment de pondeuses, les usiniers utilisent le maïs ou le sorgho comme source d’énergie (55 à 60%) du volume et 35 à 40%% du coût de l’aliment) et du tourteau de soja comme source de protéines (40 à 45% du volume et 55 à 60% du coût de production) et des concentrés industriels « prémix » de vitamines et minéraux (3 à 4% du volume et 7 à 8 % du coût de l’aliment). Le tourteau de soja et le prémix ont toujours été importés. Mais depuis quelques années, les usines d’aliments utilisent également principalement du maïs importé. • A ces éléments majeurs, il faut ajouter les suivants facteurs : ◦ Temps de préparation de la poulette très long et très spécialisé (14 semaines). ◦ Investissement très élevé (en cages). ◦ Période longue de reconstitution du capital (14 mois.) ◦ Endettement ou quasi-faillite des usines d’aliment actuellement en fonctionnement. ◦ Financement par crédit bancaire trop cher. ◦ Faiblesse des organisations. 6.4.4 Contraintes externes, liées au contexte économique et institutionnel de la production ◦ Concurrence des oeufs importés, principalement de la République dominicaine (> 800 000 d’œufs\jour) ◦ Faiblesse des structures étatiques pour bloquer les oeufs mal conservés et impropres à l’alimentation humaine, acheté à bas prix (dupping), conservés et commercialisés dans des conditions inadéquates à des coûts qui provoquent une concurrence déloyale. 6.4.5 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 6.4.5.1 Investissements dans le secteur des biens publics • Renforcement de la quarantaine animale et des structures d’inspection sanitaires des conditions de commercialisation des produits importés. • Application de la réciprocité dans les relations commerciales avec la RD. La simple adoption et application de règlements similaire à ceux qu’applique la République dominicaine aux producteurs haïtiens peut permettre de contrôler le volume d’importation d’œufs qui envahissent le marché national. • Appui à la relance de la production céréalière afin de disposer de plus de matière première locale pour la préparation d’aliment pour bétail et à meilleur prix. • Exonération pour les importations de tous les intrants à l’élevage (mesure accordée dans le protocole d’accord signé entre le MARNDR et l’AHPEL pour la relance de l’aviculture.) • Amélioration des procédures de dédouanement au port de Port-au-Prince et abaissement des tarifs portuaires. • Politique fiscale améliorant les conditions générales du crédit au secteur de la production agricole et de l’élevage (diminution du taux d’intérêt, constitution de fonds de garantie etc…) • Financement d’experts (agro-économistes et gestionnaires) pour accompagner sur le moyen et le long terme les organisations d’éleveurs dans leur stratégie de relance et de développement de la filière. 6.4.5.2 Investissements à réaliser par le secteur privé • Investissement dans des « petites unités intensives » (20 à 500 pondeuses) qui peuvent développer un système de commercialisation délocalisé (basé sur le marché de proximité). • Remise en marche d’un couvoir (avec l’appui du secteur public). • Constitution d’un stock d’intrants (soya et maïs) pour la préparation d’aliment (avec l’appui du secteur public). • Remise en marche d’un abattoir (avec l’appui du secteur public). • Formation et encadrement des producteurs pour l’amélioration des performances techniques (avec l’appui du secteur public). • Renforcement institutionnel de l’AHPEL et des organisations de producteurs de poulets de chair (avec l’appui du secteur public). Ne disposant que de très peu de moyens financier, le rôle joué par l’AHPEL dans l’encadrement des éleveurs, et dans la gestion du programme de relance est beaucoup trop timide). L’AHPEL doit pouvoir disposer des ressources humaines et financières suffisantes au sein d’un bureau permanent qui devra gérer les activités du programme de relance et réaliser un suivi beaucoup plus rapproché de l’évolution du programme. 6.4.6 Point d’application pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière Les petites unités qui seront développées doivent se trouver à une distance raisonnable des usines de fabrication d’aliment. Par exemple, région où déjà l’élevage de poules pondeuses existe et/ou là où il y a des installations à récupérer, comme dans les départements suivants : Ouest, Sud, Sud-Est, Artibonite, Nord, Nord-Est. 7 Filière Lapin (Cuniculture) En Haïti, la cuniculture, c’est à dire l’élevage des lapins, est comme pour presque toutes activités de production animale, surtout pratiquée sous une forme traditionnelle, en élevage familial. L’élevage des lapins en Haïti a pour but la production de viande et en moindre mesure, la vente de mascotte. La peau n’est pas valorisée. Le marché est encore très peu développé, mais l’intérêt pour la viande de lapin (longtemps limitée aux étrangers), se développe de plus en plus, ce qui stimule l’élevage. Malgré tout, l’élevage de lapins est encore peu répandu en Haïti. 7.1 Acteurs et circuits 7.1.1 Les éleveurs • L’essentiel de l’élevage de lapins est constitué d’unités familiales. • Depuis plusieurs décennies, dans presque tous les départements du pays, il y a eu des tentatives d’introduction d’élevage de lapins par des projets de développement, conduits par certaines ONG. • On retrouve des vestiges de ces initiatives qui se poursuivent jusqu'à maintenant. On retrouve donc des petits élevages familiaux, très éparpillés dans plusieurs régions du pays. • L’une des régions où l’on peut parler de concentration d’unités d’élevage familial (plusieurs centaines de familles), est la périphérie de Port-au-Prince, principalement dans les hauteurs de Pétion-Ville (localité de Callebasse, Duplan), et Kenskoff (Furcy). Il existe également dans la région des Cayes une certaine concentration d’unités familiales. • Le nombre total d’éleveurs devrait osciller autour de 2000 à 4000, soit environ 0.25 à 0.5% des exploitations agricoles haïtiennes. • D’autres estimations plus optimistes estiment le cheptel lapin à environ 100 000 têtes d’animaux (PNUD, 2002). En considérant une fourchette allant de 7 à 15 lapins par éleveurs, le nombre d’unités oscilleraient entre 6 500 à 14 000 soit 1 à 2% des exploitations agricoles. • Cependant, vu le manque de données statistiques disponibles, il n’est pas facile d’apprécier le rythme de croissance du cheptel. Toutefois, l’augmentation annuelle des producteurs, de l’offre de lapins vivants et de viande de lapins dans les supermarchés sont autant d’indicateurs qui laissent croire que le cheptel est en progression depuis 5 à 6 ans. • Depuis 4 ans, le programme « Lapen fè Kenken » de l’ONG VETERIMED apporte un appui technique à plusieurs éleveurs de la périphérie de Port-au-Prince, qui ont une tradition d’élevage vieille de plusieurs décennies. Ce projet a également introduit l’élevage de lapins dans la localité de Latremblay (Commune de la Croix des bouquets). Tableau 74 : Estimation de la répartition des éleveurs de lapins en Haïti sur la base d’une estimation de 4 000 unités Région/département Nbre approximatif d’éleveurs % des éleveurs Périphérie de Port-au-Prince (département de l’Ouest) 2000 50 % Région des Cayes (Sud) 500 12.50 % Région Artibonite 500 12.50 % Autres régions du pays (Nippes, Plateau Central, Nord, Sud-Est etc..) 1000 25 % Total 4000 100 % • Dans les régions d’intervention de VETERIMED, les paysans-éleveurs peuvent être classés en 3 catégories, selon la taille de l’élevage pratiqué : ◦ Petits éleveurs : 1 à 5 mères, environ 75% des éleveurs. ◦ Moyens éleveurs : 5 à 15 mères, environ 20% des éleveurs. ◦ Grands éleveurs : plus de 15 mères, moins de 5% des éleveurs. • Il existe quelques grands éleveurs non-paysans (plus de 20 mères) qui récemment tentent de constituer des unités d’élevage intensif. Leur nombre est très limité. • Des unités de types semi-industrielles ont existé dans les années 70-80; mais aujourd’hui, elles ont disparu. • Certaines institutions de formation comme l’Université Notre Dame d’Haïti et VETERIMED possèdent des unités de production, qui remplissent une fonction de démonstration. 7.1.2 Organisations d’éleveurs La grande majorité des éleveurs de lapins se sont regroupés en associations. Les organisations spécifiquement définies comme organisations d’éleveurs de lapins, sont très jeunes (2 à 3 ans) et la formation de ces organisations a été impulsé par le programme « Lapen fè kenken » de VETERIMED. 7.1.2.1 Organisations spécifiques d’éleveurs de lapins ORELAFE : Organisation des Eleveurs de Lapin de Fermathe (commune de Pétion-Ville), avec 30 éleveurs membres. OELC : Organisation de Eleveurs de Lapins de Callebasse (commune de Pétion-Ville) dont 58 éleveurs sont membres. 7.1.2.2 Autres organisations communautaires regroupant des éleveurs de lapins ADL, Association pour le Développement de Latremblay avec 39 éleveurs membres ODAI : (Kenskoff) organisation qui réalise un projet ayant pour objectif de permettre à des écoliers de prendre en charge leur scolarité grâce à l’élevage de lapins. 7.1.3 Les marchands de lapins • Les marchands de lapins sont peu nombreux (quelques dizaines tout au plus). Ils exhibent quelques paires de lapins vivants à vendre dans certains points de la région métropolitaine. On les retrouve principalement au Marché Hyppolite (marché en Fer au centre-ville de Port-au-Prince), au marché de Carrefour, au marché de la Croix–des-Bouquets et sur les routes reliant Port-au-Prince à Pétion-Ville et à Kenskoff. Il y en a quelques-uns sur la route de Delmas et au Bicentenaire au Boulevard Harry Truman. Les acheteurs sont occasionnels. Certains lapins sont achetés pour la reproduction et l’abattage. D’autres sont vendus comme mascottes. • Très souvent, ce sont les éleveurs eux-mêmes qui en cas de besoin, pour assurer la subsistance familiale, vont réaliser la vente de lapins au marché ou sur les routes. • Certains marchands achètent des lapins pour des supermarchés de la région métropolitaine. • Depuis quelques années, des lapins sont exposés et vendus par des organisations d’éleveurs, aux foires agricoles organisées le 1er mai par le MARNDR. 7.1.4 Les super marchés Il n’y a que 4 ou 5 supermarchés à offrir de la viande de lapins à leur clientèle et, ceci, de façon irrégulière. Ces supermarchés sont à la capitale. La situation d’approvisionnement s’est améliorée, depuis une année, pour 3 supermarchés grâce au projet Lapen Fè kenken, dont l’un des objectifs était d’appuyer la structuration d’organisations d’éleveurs afin d’améliorer les contacts entre les producteurs et les supermarchés distributeurs de viande de lapins. L’offre de viande en effet augmente dans ces trois supermarchés et consécutivement la distribution de la viande est plus régulière. 7.1.5 Les restaurants et hôtel Certains restaurants et hôtels de Port-au-Prince présentent à leur menu des plats de lapins. Ils s’approvisionnent directement auprès des éleveurs, des marchands ambulants ou des supermarchés. Ils sont peu nombreux et cet approvisionnement n’est pas toujours régulier. Là également, le projet « Lapen fè kenken » a facilité le contact entre les organisations d’éleveurs et certains restaurants. 7.1.6 Les ONG Plusieurs autres ONG, telles: PLAN INTERNATIONAL (Ouest, Nord-Est et Sud-Est), ESSE-MONDE (Sud-Est), FARMER-to-FARMER (Nord), UNDH (Sud), sont des acheteurs réguliers de lapins. Elles s’approvisionnent auprès des organisations d’éleveurs de la région métropolitaine au moment du lancement leurs activités d’introduction de l’élevage de lapins dans d’autres régions du pays. Les éleveurs de Pétion-Ville consacrent une partie importante de leur production à la vente de lapins vivants pour ces programmes de développement et pour répondre à la demande d’autres nouveaux éleveurs ou des paysans qui veulent s’initier à l’élevage de lapins. 7.1.7 Caractérisation des relations existantes entre les différents acteurs • Actuellement, tout se règle dans l’informel. Les contrats se font de manière verbale entre les acteurs eux-mêmes en contact. Il n’y a donc pas un document écrit régissant les rapports entre les différents acteurs. La plus grande partie de la production n’est pas financée, l’écoulement n’est pas assuré, les prix ne sont pas garantis, l’offre attendue ou espérée n’est donc pas certaine. • Cependant, il existe un accord tacite vieux de 3 ans entre VETERIMED et les associations d’éleveurs de Fermathe pour la commercialisation de la viande vers les supermarchés. Il y a un prix stable garanti. Toute variation est négociée. Les paiements sont réguliers et l’organisation de producteurs exerce un rôle de représentation des éleveurs et garantit de son côté l’offre. • Grâce au programme « Lapen fè Kenken », il existe des relations entre les différentes organisations d’éleveurs de lapins (échange de géniteurs, partage d’expériences et de technologies et de connaissances, comme sur les espèces fourragères…). Circuits de commercialisation du lapin 7.2 volume, prix et valeurs 7.2.1 Evolution de la production La production nationale de lapins est très difficile à évaluer. L’importation est négligeable ; il en est de même pour l’exportation. Au cours des années 70 et 80, il existait une ferme d’élevage industrielle de lapins dans la région de Port-au-Prince. La HAMPCO possédait un élevage de 1000 mères. Profitant de son circuit d’exportation de viande bovine vers les USA, la Hampco a exporté une partie de cette production de viande de lapins. Depuis la fermeture de cette entreprise en 1987, on n’exporte plus de viande de lapins. Depuis lors, avec la cessation des exportations, toute la production nationale est absorbée par le marché local. Les lapins sont alors vendus pour l’abatage commercial et pour la reproduction. On peut toutefois, à partir des données techniques recueillies sur le terrain ci-dessous décrites, estimer la production annuelle de lapins vivants et de viande de lapins. Données de base : • 4000 éleveurs. • Production par élevage : Moyenne de 3 mères, 5 petits sevrés par portée, 3 portées par année, poids moyen du lapin vif : 2Kg, moyenne de 1kg de carcasse. • Abattage (vente sur le marché pour consommation) : 70 à 75 %. • Vente lapins comme reproducteurs ou mascottes : 25 à 30% L’ensemble de ces données nous permet de faire les estimations suivantes : la production annuelle de lapins, est estimée à 180 000 dont 25% sont destinés au renouvellement et à l’extension du cheptel; tandis que 75%, destinés à l’abattage, produisent en moyenne à 135 000 kg de viande. 7.2.2 Les prix moyens observés Les prix observés sur les marchés locaux dépendent essentiellement des produits concurrents. Toutefois on remarque quelques variations saisonnières au niveau des prix. En effet, pendant la saison sèche de décembre à avril, à cause du manque d’aliments, beaucoup d’éleveurs ont tendance à se débarrasser d’une partie du cheptel. Les prix peuvent alors chuter de 10 à 30 %. Prix actuels sur le marché local haïtien • Prix payé aux producteurs ◦ Vente de lapin pour abattage (vente sur le marché pour consommation) : lapin de 4.5 lbs, 35 HTG la livres animal vivant, 70 HTG la livre carcasse. ◦ Vente de lapins vivants comme reproducteurs ou mascottes : lapin vivant pesant 6.50 lb : 200 à 250 HTG. • Prix payé par le consommateur : carcasse de lapin au supermarché = 105 à 125 HTG la livre. Tableau 75 : Prix de carcasse de lapin aux supermarchés dans différents pays Pays Prix en monnaie nationale Prix en dollars us Haïti 110 (gourde) la livre 2.75 Rép. Dominicaine 90 (peso) la livre 3.21 Canada 15 ($ canadien) le kg 5.06 France 6.50 (euro) le kg 3.65 7.2.3 Prix des produits concurrents Les importations de viande de lapins sont négligeables ou inexistantes. A ce titre, toutes les autres viandes y compris les produits importés peuvent aussi être considérées comme des produits concurrents à la viande de lapins. Tableau 76 : Prix des produits concurrents au super marché Produit Prix en Gdes de la livre (supermarché) Viande de lapin 105 à 125 Poulet créole 150 à 200 Poulet importé 65 à 70 Cabris 75 à 125 Boeufs 60 à125 Porc 75 à 125 Le prix de la viande de lapin au supermarché se situe dans la partie supérieure de la fourchette des prix des différentes viandes. Cependant elle peut être moins chère que le filet de bœuf, le poulet créole et que certaines parties nobles de la viande de cabris. 7.2.4 Mécanisme de formation des Prix Comme pour toutes les espèces : bovins, caprins, porcins, le prix de la viande de lapin est à la hausse. Au super marché, le prix de la livre est passé de 75 gourdes en 2003 à 110 gourdes en 2005. Sur le marché de production, le prix est passé de 25 gourdes en 1988 à 70 gourdes en 2005. Le prix a donc triplé en 17 ans. Dans le même temps, le dollar américain est passé de 16 gourdes en 1987 à environ 40 gourdes en 2004. Par ailleurs, la marge réalisée par les intermédiaires augmente d’année en année. En 2003, la marge des supermarchés était de 17.50 gourdes environ par livre. Ils payaient la livre au producteur à 60 gourdes et la revendaient à 77.50 gourdes. En 2005, ils achètent à 75 gourdes en moyenne la livre et l’a revend au prix de 110 gourdes. La marge réalisée, soit 17.50 gourdes/livre, a donc doublé en 2 ans. Avec la promotion réalisée par le programme Lapen Fè Kenken, la demande de la viande de lapin a augmenté ces 3 dernières années. Les produits concurrents carnés nationaux et importés influencent beaucoup le prix de la viande de lapin. On peut donc conclure que le prix, à la consommation de la viande de lapins, est très lié à l’évolution de la valeur de la monnaie nationale, la situation d’inflation dans le pays, la demande de la viande, au volume d’importations des produits concurrents et particulièrement aux marges réalisées par les intermédiaires (marchands ambulants et supermarchés) de la filière. Les coûts de production sont rarement pris en compte dans la formation des prix. Les producteurs paysans sont surtout guidés par la grosseur de l’animal et par la saison des ventes. 7.3 Valeur ajoutée générée par la filière et répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs  7.3.1 Compte d’exploitation du producteur Ce compte est élaboré sur la base d’une unité type de la région de Fermathe (Pétion-ville) où se concentre la majorité des producteurs ayant en moyenne 10 femelles reproductrices. • Produit brut Paramètres : Nbre de femelles : 10 Nbre de petits sevrés et engraissés par porté : 5 Nbre de portée par an : 3 Nbre de mâles reproducteurs : 2 Production de 150 lapins sevrés par année de 4.5 lbs en moyenne, vendus à 35 HTG la livres. Revenus brut de 23 625.00 HTG. • Coûts directs Les dépenses d’entretien du troupeau sont de l’ordre de 6000 gourdes pour l’alimentation (concentrés achetés en période de soudure) 500 gourdes pour les soins vétérinaires et 300 gourdes pour matériels (eau, bols, bouteilles et autres). Au total, les coûts directs représentent un montant de 6800 gourdes pour les 10 mères. • Amortissements des investissements Le coût de construction des clapier construits comme abris pour les animaux est de l’ordre de 2500 gourdes (matériaux de récupération). On suppose que la durée de vie des clapiers est de 5 ans. La dépense annuelle d’amortissement de l’ensemble des clapiers s’élève donc à 500 gourdes par unité d’élevage. Les indicateurs économiques sont synthétisés et regroupés dans le tableau 77 ci-après. Tableau 77 : Synthèse des indicateurs économiques – production de lapins Indicateur économique Montant/10 femelles adultes (en Gdes) Produit brut 23 625 Coûts directs 6 800 Marge brute 16 825 Amortissements 500 Marge nette 16 325 En 1 an, 10 femelles adultes de lapin rapportent à son propriétaire 16 325 gourdes, soit l’équivalent de 218 jours de salaire minimum. 7.3.2 Marge du négociant Le marchand ambulant réalise une marge brute variant entre 20 à 30 %. On peut considérer en moyenne 25 % pour la marge brute. • Produit brut 200 gourdes x 1.25 = 250 gourdes. Il revend donc l’animal vivant au marché pour la valeur de 250 gourdes. La marge brute est donc de 50 gourdes. • Les charges Pour se rendre auprès de l’éleveur ou au marché de production, le marchand ambulant paie des frais de transport, qui peuvent être estimés à 15 gourdes pour 1 lapin. • Marge nette : 250 gourdes –(200+15) gourdes= 35 gourdes La marge nette du grossiste est donc de 35 gourdes. Le grossiste réalise un bénéfice net de 40 gourdes, représentant 16% de son argent investi dans la filière. Tableau 78 : Synthèse des indicateurs économiques – négociant en lapins Indicateur économique Montant/1 femelle adulte (en Gdes) Produit brut 250 Coût d’achat 200 Marge brute 50 Charges 15 Marge nette 35 7.3.3 Marge du supermarché • Produit brut Généralement, les supermarchés achètent d’un intermédiaire l’animal vivant et le revendent sous forme de carcasse dont le poids représente en moyenne 50 % du poids vif. Pour l’animal pesant 4.50 livres en moyenne, le poids de carcasse est donc de 2.25 livres en moyenne. Le supermarché paie la viande à 80 gourdes la livre. Souvent, les supermarchés enregistrent des pertes au niveau de son produit; particulièrement dans le cas des morceaux des viandes restées non vendues et détériorées par la suite de coupure d’électricité. Donc, on suppose que le détaillant fait une perte de 5% sur sa marchandise. La quantité de viande à vendre est donc 2.14 livres. La livre de viande de lapins se vend 110 gourdes dans les supermarchés. Pour le lapin, les sous-produits: tête, intestins, pieds, foie et autres représentent une valeur nulle. Le produit brut du supermarché: (110 Gdes x 2.14 lb) = 235.40 gourdes • Les charges Il est difficile de déterminer exactement les charges supportées par les supermarchés pour la quantité de viande achetée. Il existe des coûts relatifs à la chaîne de froid, l’abattage de l’animal, les salaires à payer et autres. Consécutivement, le calcul de la marge nette ne peut pas se faire. Sont considérés comme charges seulement le coût d’achat de l’animal: 250 gourdes. La marge brute du supermarché est de: 235.40 –180 gourdes = 55.40 gourdes, représentant environ 31 % de ses investissements. 7.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principaux facteurs de blocage 7.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de la filière lapin en Haïti • L’élevage des lapins ou cuniculture est surtout pratiqué sous une forme traditionnelle dans le cadre de l’élevage familial. • Le but de cet élevage est avant tout, la production de viande. • Le marché est encore très peu développé, mais l’intérêt pour la viande de lapin, se développe de plus en plus, ce qui stimule l’élevage. • Moins de 1% des exploitations agricoles haïtiennes pratique l’élevage de lapins, soit environ 4000 familles. • D’autres estimations plus optimistes estiment le cheptel lapin à environ de 100 000 têtes d’animaux. • Le marché de la viande lapin semble en extension. 7.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur L’élevage de lapin offre plusieurs atouts : • La production traditionnelle existe déjà dans la périphérie de Port-au-Prince, (et quelques villes de province comme les Cayes) il ne s’agit pas d’une activité à introduire. • Les plus grandes zones de concentration de la production se trouvent à proximité des plus grands marchés urbains. • La demande est loin d’être satisfaite et son potentiel d’expansion est énorme. Les succès des démonstrations dans les foires agricoles en témoignent. • Il existe de nombreux microclimats en Haïti favorable à l’élevage de lapins. • L’élevage de lapins est une excellente façon de valoriser les sous produits de la production maraîchère. Les fèces des lapins sont utilisées comme engrais naturel riche en Azote. • L’élevage de lapins qui n’exige pas de grande surface s’adapte bien aux petites exploitations paysannes. Avec une bonne formation et un accompagnement technique minimum adéquat, le lapin est très prolifique et facile à élever par les populations vulnérables (femmes et enfants). 7.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. 7.4.3.1 Au niveau du producteur • Problèmes classiques du petit élevage paysan ◦ Techniques inappropriées dans la conduite des élevages par manque de formation et manque d’appui technique et de services vétérinaires. ◦ Forte variation saisonnière dans la disponibilité alimentaire. ◦ Manque de financement (accès au crédit). ◦ Très faible niveau d’organisation. ◦ Aucun contrôle de la génétique et consanguinité. • Autres problèmes particuliers à l'élevage de lapin. ◦ Coût élevé pour l’amélioration des clapiers et difficultés pour trouver le grillage approprié. ◦ Le lapin est un animal délicat. De petites négligences ont parfois entraîné de grandes mortalités qui ont découragé certains éleveurs. ◦ Manque de maîtrise du marché. ▪ Offre non organisée. ▪ Faible capacité de négociation avec les supermarchés. ▪ Déficience de Marketing et contact avec les marchés niches. ◦ Manque d’organisation de la production (forte variation saisonnière). ◦ Coût élevé des aliments commerciaux y compris du son de blé et de maïs. ◦ Manque de débouchés pour la vente de peaux de lapins (aucune valorisation de ce sous produit). 7.4.3.2 Contraintes externes, liées au contexte de la production ◦ Manque de recherche-développement et de systématisation des données et de capitalisation des expériences positives par des institutions spécialisées et les universités. ◦ Manque de cadres intermédiaires (techniciens agricoles et techniciens en élevage). ◦ Manque d’institutions de financement spécialisées. ◦ Dégradation de l’environnement qui entraîne la diminution de la disponibilité fourragère sur les exploitations paysannes. ◦ Envahissement du marché national par des bas morceaux importé de l’élevage industriel de porc et de volailles. ◦ La consommation de viande de lapin ne rentre pas dans les habitudes alimentaires de la majorité des haïtiens ; le marché se concentre dans les centres urbains, principalement à la capitale. 7.4.4 Propositions pour lever les principaux facteurs de blocage rencontrés 7.4.4.1 Investissements classiques à réaliser comme pour toutes les autres filières porteuses • Financement direct d’activités de recherche-développement à l’Université et d’institutions spécialisées. • Financement de la formation de cadres intermédiaires, de vulgarisateurs et de producteurs « modèles ». 7.4.4.2 Investissements à réaliser spécifiquement pour la filière « lapin » • Financement de campagnes de promotion de la consommation de la viande de lapin et de promotion de ce type d’élevage. • Financement d’un fonds de garantie pour des programmes de crédit à : ◦ l’amélioration des clapiers. ◦ L’augmentation du cheptel. • Financement de programmes de formation, vulgarisation et d’appui technique à l'intention des producteurs en partenariat avec des ONG, comprenant des unités modèles dans différents écosystèmes. Il est possible de doubler la productivité actuelle seulement avec des programmes de formation et d’encadrement technique. (Faire passer le nombre de portées par an de 3 à 6, et ainsi sevrer plus de 24 lapins par mère par année). Avec une telle productivité, le revenu actuel des éleveurs pourrait être facilement doubler. • Evaluation des races locales et conception de programme adapté d’amélioration génétique. • Diagnostic et suivi de la situation sanitaire à travers des travaux de la FAMV et par le laboratoire de Tamarinier. • Promotion des échanges techniques entre éleveurs et techniciens haïtiens et ceux d’autres pays de la région (RD, Cuba …). 7.4.4.3 Les investissements à réaliser par le secteur privé et autres différents acteurs . • Aménagement de points de collecte et de vente de lapins vivants, en concertation avec les organisations d’éleveurs de Lapins dans les principaux bassins de production sur le modèle du programme Lapen Fè Kenken de l’ONG VETERIMED. • Aménagement ou construction de points d’abattage pour la commercialisation de la viande de lapin au niveau de ces mêmes points de collecte de vente de lapins vivants. 7.4.5 Points d’application pour la mise en œuvre d’un éventuel programme d’appui à la filière Principalement dans la région périurbaine de Port-au-Prince, du Cap-Haïtien et des Cayes, là où il existe un savoir-faire traditionnel et un marché non satisfait avec un grand potentiel de développement. 8 l’apiculture en Haïti En Haïti, la production apicole, c’est à dire l’élevage des abeilles, la production de miel, et autres dérivés (propolis, pollen, cire et gelée royale), est une activité surtout pratiquée sous une forme traditionnelle par les petits propriétaires ou petits éleveurs. Quelques rares apiculteurs pratique l’apiculture de façon moderne. Ce sont des élevages de types semi-industriels. Peu répandue dans le pays, l’apiculture est pratiquée par quelques milliers de familles paysannes de manière très artisanale et à des fins économiques. Elle vise généralement la production de miel, un produit qui a une valeur marchande et un goût agréable, très apprécié par la population haïtienne et par les consommateurs étrangers. On pratique l’élevage d’abeilles pour la production d’autres produits dérivés, comme la cire, l’hydromel, la propolis, et le pollen. 8.1 Identification et Localisation des différentes catégories d’acteurs 8.1.1 Les producteurs On peut mentionner les caractéristiques suivantes pour les trois types principaux d’apiculteurs. • Producteur traditionnel : ◦ Qui pratique l’élevage en tambour (rucher traditionnel). ◦ Rendement moyen d’un gallon par an par rucher. ◦ Représente l’écrasante majorité du total des producteurs ◦ Perte de couvain très élevé pendant la récolte (utilisation du feu). ◦ Pratique la destruction des gâteaux pour l’extraction du miel. ◦ Se distingue pour la production de cire. • Producteur artisanal : ◦ Elevage dans des ruchers améliorés mais non-conforme aux normes. ◦ Rendement moyen de deux gallons par an par rucher. ◦ Représente qu’une infime partie du total des producteurs. ◦ Ne pratique pas la destruction des gâteaux pour l’extraction du miel, mais ne dispose pas toujours d’extracteur. ◦ Pas de destruction de couvain pendant la récolte. ◦ Production de cire beaucoup moins élevée que le producteur traditionnel. • Apiculteur moderne ◦ Elevage dans des ruchers modernes conformes aux normes. ◦ Rendement moyen de quatre gallons par an par rucher. ◦ Représente moins d’une cinquantaine de producteurs à travers le pays. ◦ Ne pratique pas la destruction des gâteaux pour l’extraction du miel, et dispose d’extracteur. ◦ Production de gâteau très élevée (ne produit pas de cire). Les résultats d’une étude réalisée par la FEDA, Ferme d’Expérimentation et de Démonstration Apicole (508 apiculteurs recensés dans la Grand’Anse), nous montrent les caractéristiques de chaque groupe d’apiculteurs. Tableau 79 : Caractérisation des apiculteurs de la Grand’Anse Type Caractéristiques Traditionnel Rudimentaire Semi-Intensif Type de ruches - Ruches en tambour, faites à base de tronc d’arbre adapté (fouillé). Ce sont des ruches sans cadre. - Ruches sous forme de boîte en bois à base fixe et toiture mobile avec des cadres non-standards. - Il associe souvent ruches en tambour et en boîtes dans le même rucher. - Ruches de type langsthroth avec toiture en tôle et base amovible ; plateau d’envol et bac à pollen ; et des cadres standards. Possibilité d’ajouts de hausses. Nombre de ruchers inventoriés par type d’apiculteur. 478 45 27 Modes d’acquisition des savoir-faire apicoles - apprentissage sur le tas en travaillant avec des anciens apiculteurs, - apprentissage sur le tas et/ou en travaillant avec ceux qui avaient suivi une formation en technique apicole - formation acquise sur des bases +/- formelles ou travaillant avec des apiculteurs qui ont un meilleur niveau technique Tenure apicole * Reproduction * Contrôle maladies et lutte contre les prédateurs * Mode de récolte - non-contrôlée - Nulle - A chaque récolte les gâteaux sont détruits ; le nombre de récoltes souvent limité à 1par an ; alternance de bonne et mauvaise récolte. - contrôle de routine ; - Faible Intervention +/- régulière sur le rucher ; destruction partielle des rayons et nombre de récolte par an oscille entre 1 à 2. -contrôlée  et bonne distinction des reines ; -informé sur les maladies et les prédateurs et connaît les techniques de lutte contre ces pestes. - Intervention régulière sur le rucher et suivi des rayons ; usage d’extracteur et bonne gestion des rayons, nombre de récolte par an supérieur à 2. Niveau moyen d’investissement par apiculteur / an Faible, (moins de 150 Gourdes). Moyen, (entre 1000 et 2000 Gourdes). Supérieur à 2000 Gourdes. Équipements - Pas d’équipements apicoles adaptés ou n’y a pas d’accès. - Il a un minimum d’équipements ou il a accès aux équipements apicoles de sa zone - Propriétaire des équipements apicoles de base et peut avoir un certain accès à ceux dont il ne dispose pas. Production • Production moyenne par apiculteur. • Rendement annuel par ruche. Moins de 6 gallons Moins de 1 gallon Entre 24 et 45 gallons Environ 2 gallons Entre 46 et 150 gallons. Environ 4 gallons 8.1.2 Les transformateurs et autres acteurs impliqués 8.1.2.1 Le Miel • Pour la production de miel, il n’existe que très peu de transformateurs proprement dits, mais de conditionneurs, c’est-à-dire, des entreprises ou entrepreneurs qui achètent le miel des producteurs et le conditionnent en pots ou bouteilles pour la vente telle quelle ou après une certaine épuration ou filtration. • Il existe pour le miel 3 circuits principaux de commercialisation ou mise en marché, où interviennent différents acteurs : ◦ Le marché de proximité. ◦ Le marché de la région métropolitaine. ◦ Le marché d’exportation. • Le marché de proximité : ◦ Ce marché absorberait 20% de la production nationale. ◦ A ce niveau, le miel est acheté principalement pour des besoins de médecine traditionnelle. ◦ L’apiculteur traditionnel ou un membre de sa famille vend directement le miel qui a été extrait et mis en pot (bouteille recyclée de Rhum de 750 ml), au marché local. ◦ Le miel n’est disponible que saisonnièrement mais ne présente non plus aucun problème de conservation. • Le marché de la région métropolitaine : ◦ C’est le marché le plus important qui est alimenté par un réseau d’intermédiaires (Madan Sara – spéculateurs). Il absorberait près de 80% de la production nationale. ◦ Il existe dans ce vaste marché métropolitain un segment informel et un segment formel. ▪ Le segment informel devrait représenter aujourd’hui moins de 50% de ce marché. Le miel est acheté brut aux producteurs et revendu brut aux consommateurs. Il n’y a que le transport à s’y être ajouté, donc peu de valeur ajoutée. ▪ Le miel du marché informel se trouve généralement dans les rues de la capitale et des marchés populaires. ▪ Le segment formel semble plus important aujourd’hui que le segment informel. ▪ Il s’est développé à partir dès années 80. ▪ La valeur ajoutée au produit est donnée par le processus d’épuration et/ou filtration du miel qui est nettoyé de ses impuretés (brisures de cire. Pollen, débris d’abeilles et de larves, etc…) de façon à se rapprocher du miel dit « SURFIN ». ▪ Le miel du marché formel est généralement commercialisé dans les supermarchés de la capitale. 8.1.2.2 La cire d’abeille • Produite par l’apiculture traditionnelle, celle-ci est commercialisée localement dans toutes les régions du pays et utilisée par des artisans pour la fabrication de bougies (éclairage et bougies pour rituels religieux). • Au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, la cire est utilisée par des artisans pour la teinture sur toiles, et également pour la fabrication de bougies. • Il semble exister aussi un circuit d’exportation (confection de bougies parfumées). 8.1.2.3 Le pollen Produit marginalement par certains apiculteurs spécialisés, il est utilisé sur le marché local par certains connaisseurs (au niveau diététique) et par certaines pharmacies traditionnelles (Vitalen, Séjourné, St Armand), qui l’utilisent pour la fabrication de certains produits pharmaceutiques (rééquilibrant pour l’anémie falciforme). 8.1.2.4 Hydromel • Boissons produites à partir de la fermentation de jus d’orange par le miel. • L’hydromel était fabriqué par des artisans traditionnels qui existaient surtout dans le Nord et le Nord Est du pays. Cette production est réduite aujourd’hui à sa plus simple expression. • Par contre l’entreprise FEDA a repris dans la région des Nippes cette tradition et l’hydromel ainsi produit, est commercialisé dans toute la région métropolitaine. 8.1.2.5 Vinaigre La FEDA est le seul producteur de vinaigre de miel du pays. Le vinaigre de miel est produit à partir de stock d’hydromel altéré et des résidus de miel se trouvant dans les cuves de filtrage et d’épuration de miel. 8.1.2.6 Propolis Très demandé par les entreprises pharmaceutiques (est utilisé pour la fabrication de crème contre les brûlures et les taches sur la peau) utilisé aussi contre les ulcères d’estomac, traitement contre la grippe, stimulant du système immunitaire et pour prévenir le cancer. Tableau 80 : Liste des autres principaux acteurs impliqués dans la commercialisation et/ou conditionnement/transformation Acteurs Région Activités FEDA Départements de la Grand’Anse et des Nippes • Accompagnement des producteurs • Production de miel • Epuration en miel « SURFIN » et conditionnement • Commercialisation • Transformation (Production d’hydromel et de vinaigre) AAKA – Association des Apiculteurs de la commune d’Aquin Commune d’Aquin • Production de miel KOSMIKA • Coopérative d’achat et de commercialisation • Conditionnement en pot • Exportation Coopérative Apicole du Nord Est Département du Nord Est • Production • Commercialisation (exportation à l’occasion) Petits Frères de St Thérèse Département du centre • Production de miel • conditionnement • Commercialisation Paradis des Indiens Commune d’Abricot • Accompagnement des producteurs • Production de miel • conditionnement • Commercialisation 8.1.3 Localisation sur le territoire national L’apiculture est pratiquée un peu partout à travers le pays. Cependant, il existe dans le pays des zones de concentration où cette activité est beaucoup plus répandue. Tableau 81 : Répartition de la production nationale de miel Départements Remarques Nord Est Région de Ouanaminthe. Première région de production du Pays, d’où provenait la majeure partie des exportations de miel Centre Région de Papaye et environ Exportation durant quelques années vers l’Allemagne Nippes Région de Anse-à-veau et de l’Azile. Région offrant actuellement le plus grand dynamisme de reprise Sud Commune d’Aquin, Chardonnière (Très grand rucher 60 tambours), Roche à Bateau, Tiburon, Les Anglais (Techniques traditionnelles) Grand’Anse Région de Chambelan, Irois, Abricot. Région où prédomine les techniques de production traditionnelles Nord Production d’un excellent miel de citrus Sud-Est Région de Thiotte Jacmel Marigot, Cayes Jacmel (Traditionnelles) Ce sont dans ces mêmes zones que se rencontrent également les activités de transformation les plus importantes. Il existe bien sûr d’autres apiculteurs dans d’autres départements du pays (l’ouest, etc.). 8.1.4 Estimation du nombre d’acteurs impliqués Il n’existe pas de chiffres fiables pour toutes les régions d'Haïti, nous allons tenter une estimation en extrapolant les chiffres de l'étude réalisée sur la Grand'Anse par la FEDA. Selon l’enquête réalisée dans cette région du pays, le nombre d’acteurs impliqués dans l’apiculture serait au nombre de 508. La production de miel recensé dans cette région était de (7 862 gallons x 5.6 Kg) 44 Tonnes Métriques par an en 2000-2001. Pour cette même période, la FAO estimait la production nationale à un peu plus de 800 TM, ce qui donnerait à la Grande Anse un poids de 6% de la production nationale de miel. Ce département en effet n’est pas celui où il se produit le plus de miel en Haïti en comparaison avec le Plateau Central, le Nord, le Nord Est ou le Nord-d’Ouest qui sont connues comme producteurs importants de miel. Avec des niveaux de productivité similaires, on peut estimer que l’apiculture se pratique sur approximativement de 8 500 exploitations agricoles dans le pays. Parmi ces apiculteurs, moins de 10% seraient des femmes. Pour la Grande Anse, les plus fortes concentrations d’apiculteurs se rencontrent au niveau des Communes de Jérémie (15%), de Roseaux (13%) et de Dame-Marie (8%), tandis que les communes Baradères, Beaumont et l’Azile ne représentent ensemble que (5%) des apiculteurs identifiés. 8.1.5 Caractérisation des relations existantes entre les différents acteurs Les relations existantes entre les producteurs et les acteurs impliqués dans le conditionnement sont généralement informelles. Généralement la demande n’étant pas satisfaite la relation entre producteurs et madan sara ou spéculateurs est en faveur des producteurs. Exemples de relations existantes entre transformateurs) et des producteurs : • la FEDA : ◦ Anse-à-veau : Les producteurs sont organisés en groupements. La FEDA négocie le pris du miel avec chaque différent groupement. ◦ Aquin : Il existe un contrat écrit entre la FEDA et la coopérative de producteurs qui fixe le prix et les quantités. ◦ Ouanaminthe : Accord informel, mais négociations avec les dirigeants de la Coopérative. ◦ Autres régions du pays : la FEDA recrute des acheteurs qui négocie avec chaque producteur selon le prix du marché. • Coopérative de Ouanaminthe : les producteurs membres font dépôt de leur miel qui est stocké et mis en marché par la coopérative. Celle-ci redistribue les ristournes en fonction des gains. • KOSMIKA : procédé similaire pour du miel vendu à un exportateur. Résumé du circuit de commercialisation du miel 8.2 VOLUME, PRIX ET VALEURS 8.2.1 Bilan en volume de la filière En Haïti le miel est mesuré en gallon (1 gallon = 3.75 litres, 1 litre = 1.42 Kg de miel). L’écrasante majorité des apiculteurs du pays sont de type traditionnel. Le nombre moyen de ruchers par apiculteur est de 1 ; le nombre moyen de ruches (colonies) par rucher est de 15, et la production moyenne par ruche est de 1 gallon de miel et 160 grammes de cire d’abeille par an. Selon la FAO, la production nationale annuelle de miel de miel serait de 830 TM en 2002. Cette production serait en constante augmentation ; par contre, les exportations ont peu à peu disparu. Au cours des années 90, deux circonstances ont lourdement affecté la production nationale apicole destinée à l’exportation. Au moment du coup d’Etat militaire de septembre 1991, l’un des principaux centres de production du pays a été frappé par la répression politique. En effet, les ruchers des producteurs liés au Mouvement Paysans de Papaye ont été systématiquement saccagés. Au cours de la même période, dans le Nord-Est, dans la région de Ouanaminthe première région productrice et exportatrice du pays, la varroase en provenance de la République Dominicaine faisait son apparition. Les producteurs ont mis longtemps à se procurer les moyens de lutte contre ce parasite. Aujourd’hui encore les traitements sont très onéreux et peu disponibles. Depuis quelques années, on observe sur les rayons des supermarchés de la capitale, de plus en plus miel importé. Il n’y a pas d’estimation fiable sur ces importations. Elles semblent encore négligeables mais sous l’effet de l’augmentation de la demande nationale elles ont tendance à augmenter. Les exportations ayant disparu, les importations étant encore faibles, le bilan actuel sur secteur serait sensiblement égale à la production nationale soit environ 800 à 900 TM annuellement. 8.2.2 Les prix moyens observés 8.2.2.1 Le miel : Aux producteurs, le prix du gallon de miel se situe en 2005 dans une fourchette de 350 à 500 gourdes, soit 65 à 95 gourdes le kg. Au consommateur, l’unité de vente au niveau des marchés populaires est la bouteille de rhum de 750 ml soit environ 1 Kg. Tableau 82 : Prix du miel vendu au consommateur au super-marché en mai 2005 Marque Présentation Prix HTG Prix le kilo Miel pur du cap 750 ml 159 149 kilo Miel naturel 1 litre 199 140 kilo Miel pur de l'Artibonite 300 ml 82.45 194 kilo Saisonex 12 oz 340 g 129 379 Kilo Rucher Flophi 2 lbs 207 233 Kilo Miel Oriani 750 ml 200 188 Kilo Miel Tropical 300 ml 100 235 Kilo Rocher Laval 710 gr 160 225 Kilo Les écarts entre les marques s’expliquent par : • la méthode de purification et d’emballage. • la méthode artisanale contre la méthode moderne. • l’existence des intermédiaires entre l’entreprise de production et les supermarchés de distribution (marges du distributeur :10 à 20% ; Market : 30%). 8.2.2.2 La cire d’abeille Les bougies fabriquées avec de la cire d’abeille se vendent à un prix moyen de 250 gdes la bombe (chaudière de 2 gallon d’eau). La cire est vendue à 5 US $ livre aux USA. 8.2.2.3 Les autres produits • Le pollen : les producteurs vendent le pollen au prix de 300 gourdes bocal de gerber. • L’hydromel : les grossistes achètent l’hydromel à la FEDA à 187.50 gourdes en moyenne la bouteille de 750 ml et le revendent en moyenne au consommateur à 225 gourdes, soit une marge de 20%. • Le vinaigre : les grossistes achètent le vinaigre de miel produit par la FEDA à 75 gourdes 500 ml et le revendent en moyenne au consommateur à 90 gourdes, soit une marge également de 20 %. 8.2.3 Prix des produits concurrents Il existe plusieurs marques de miel importé. Tableau 83 : Prix des principales marques de miel importé Marques importées Présentation Prix et unité HTG Prix au kilo Sue Bee 12 oz ou 340 g 169 497 kilo En mai 2005, le prix moyen du miel national au supermarché est d’environ 210 gourdes le kilo alors que celui du miel importé est de 500 gourdes le kilo. 8.2.4 Mécanisme de formation des prix En Haïti, la demande pour les produits de l’apiculture en général et pour le miel en particulier est en nette progression. L’offre nationale actuelle est dans l’incapacité de répondre à la demande exprimée. Ce phénomène est observé mondialement. La production nationale aurait baissé au cours des années 90. Par contre la demande augmente. On observe des changements dans les habitudes alimentaires des couches moyennes et aisées. Les exportations ont cessé et toute la production nationale est absorbée par le marché local. Les prix du miel brut payé aux producteurs n’ont cessé d’augmenter malgré la disparition des exportations. Ne pouvant satisfaire la demande du marché les importations ont augmenté. Le prix du miel est donc dicté par la loi de l’offre et de la demande. La production de miel est saisonnière. Il existe deux saisons principales : janvier à mars et mai à juillet de chaque année. Les prix du miel peuvent souvent varier en fonction de la disponibilité saisonnière. Au cours de la période 2000-2004, le prix du miel payé aux producteurs a été artificiellement augmenté à cause d’un programme gouvernemental de distribution de miel dans les cantines scolaires et à l’académie de police. Le miel était payé 10% plus cher que le prix du marché. Le prix du miel est revenu à son niveau antérieur tout de suite après la suspension de ce programme en février 2004. L’utilisation d’équipement moderne aura pour effet l’augmentation du volume de production (cire, pollen, miel, propolis) et l’augmentation du prix du miel. 8.3 Valeur ajoutée générée par la filière, répartition des revenus correspondants entre les différentes catégories d’acteurs Certes, beaucoup de données restent encore à collecter pour nous permettre de pouvoir mieux cerner ce volet de la production. Cependant, on peut mentionner les données suivantes collectées au cours du mois de mai 2005 à Papaye (Plateau Central). • Prix payé aux producteurs (le gallon) : 400 à 425 gourdes • Prix payé aux consommateurs (le gallon) : 500 gourdes • Pour la cire d’abeille, la livre se vend entre 45 et 50 gourdes • Le pollen très rare se vend de 100 à 300 gourdes pour un bocal de gerber. • La gelée royale n’est pas commercialisée c’est la nourriture de la reine En plus de cela, il convient de signaler qu’en plus des 2000 apiculteurs, le sous-secteur crée environ 3 emplois saisonniers par apiculteur, soit environ 6 000 emplois saisonniers7. Près de 35 marchands ou intermédiaires commerciaux locaux ont été identifiés dans la Grande Anse. Donc, le pays devrait en contenir plus de 200. Tableau 84 : Estimation des revenus générés dans la filière (en gourdes par rucher et par an) Production moyenne brute/an (Gdes) Coûts de production (Gdes) Revenus générés (Gdes). - Semi intensif 9 430 3 137 6 099 - Rudimentaire 5 919 3 000 2 723 - Traditionnel 1 029 114 817 8.4 Analyse des contraintes et propositions pour lever les principlaux facteurs de blocage 8.4.1 Rappel des caractéristiques majeures de l’apiculture haïtienne • L’apiculture est généralement complémentaire à l’agriculture et est une activité d’ordre économique; • Il existe différents types d'apiculteurs mais l`apiculture qui prédomine est pratiquée de manière très artisanale, avec des investissements insignifiants. • Les apiculteurs sont très faiblement équipés et outillés, ils n’ont généralement pas accès à des financements. • Dans la plupart des cas, les apicultures disposent d'un faible niveau de connaissance et d’encadrement technique. • Les organisations d’apiculteurs sont très localisées et spécifiques. • Le nombre moyen de ruchers par apiculteur traditionnel est de 1 ; le nombre moyen de ruches (colonies) par rucher est de 15, et la production moyenne par ruche est de 1 gallon de miel et 160 grammes de cire d’abeille par an. Les apiculteurs modernes représentent une infime minorité. On n’en compte moins d’une cinquantaine à travers tout le pays. Ils disposent généralement de 4 à 5 ruchers et le nombre moyen de ruches par rucher est de 30 à 35. La production par ruche annuelle est d’environ 4 gallons. • La production nationale annuelle est estimée à plus de 800 TM. • Les produits récoltés, le miel et la cire d’abeille  sont essentiellement vendus à l’état brut. L’utilisation des autres produits de la Ruche (Propolis, Venin d’abeilles, Pollinisation, Pollen) est très rare. La transformation des produits apicoles par les apiculteurs est sommaire et se réalise à un degré quasi insignifiant de valeur ajoutée. Par contre depuis près de 10 ans, se développent dans le pays, des unités de transformation de miel en vue de satisfaire les besoins du marché métropolitain. Jusqu’à présent il n’y a qu’une seule unité qui a développé une capacité de fabrication de produits dérivés du miel. • La commercialisation du miel brut se fait sur des marchés de proximité. 8.4.2 Les opportunités actuelles de ce sous-secteur • La production apicole est en plein essor au niveau mondial. Les perspectives de développement semblent infinies car les produits apicoles sont de plus en plus demandés dans l’industrie alimentaire, pharmaceutique et cosmétique et autres (Confiseries, fabrication de savon, bougie décorative, etc…). • Le miel est connu pour ses vertus thérapeutiques et son apport en protéine ; le pollen est considéré comme complément alimentaire majeur, tonifiant et stimulant général, rééquilibrant fonctionnel naturel ; la gelée royale comme revitalisant générale ; la propolis comme antibiotique, anesthésique, cicatrisante et anti- inflammatoire ; la cire comme base pour les produits de beauté, le venin d’abeilles pour d’autres applications médicales etc. • L’élevage des abeille joue un rôle fondamentale dans les systèmes de production agricole (pollinisation assistée par les abeilles dans la production maraîchère et de fruits augmente les rendements de 20 à 40%). • Dans les caraïbes il existe 4 pays producteurs : Cuba, Rép. Dom, Jamaïque et Haïti. Les autres pays sont considérés comme pays consommateurs. • A Cuba, Jamaïque et Rep. Dom., il y eu un travail important d’intensification. En Haïti ce travail est insignifiant. • En Haïti, la demande pour le marché nationale est en nette progression. • Sur le marché international, il existe différents types de miel présentant des arômes et textures particulières. Certains sont plus prisés que d’autres. Le miel haïtien, qui est multifloral, de par les particularités du terroir, a jusqu'à présent été très bien côté par les connaisseurs du plus grand pays consommateur du monde (l’Allemagne). Il offre un arôme recherché et son temps de cristallisation (il reste liquide plus longtemps) semble constituer un avantage considérable comparé au miel produit dans beaucoup d’autres pays. • Depuis quelques décennies, l'influence occidentale, particulièrement nord américaine, a modifié les habitudes de vie et le mode de consommation. • Dans les couches moyennes et aisées, la consommation de miel semble en nette progression. Longtemps principalement utilisé en médecine traditionnelle, le miel est de plus en plus consommé au petit déjeuné, et dans les pâtisseries. • Comme pour beaucoup d’autres produits agricoles, à coût équivalent, le consommateur semble privilégier les produits nationaux quand ceux-ci peuvent présenter des garanties sanitaires. Ils sont largement préférés pour leur goût, leur origine nationale et leur caractère « bio » ou naturel. • La majorité de nos apiculteurs pourraient tirer des revenus supplémentaires des autres produits de la ruche dont ils ignorent l’existence. • Les apiculteurs sont ouverts aux conseils • Depuis quelques années, le CRDA et d’autres ONG travaillent dans plusieurs régions d’Haïti avec des groupements d’apiculteurs et quelques investisseurs privés pour moderniser l’apiculture. • La production d’arbres fruitiers promus par différents programmes de reboisement et de réhabilitation de l’environnement, est favorable au développement de l’apiculture. • Le revenu généré par l’apiculteur de type rudimentaire est supérieur à celui du producteur du maïs et inférieur au revenu du producteur de haricot. • Dans de telles conditions, l’apiculture peut non seulement permettre d’avoir un revenu équivalent ou supérieur à ceux de ces cultures vivrières ; mais encore, elle garantit une meilleure protection de l’environnement du fait qu’elle nécessite un couvert végétal approprié. Autrement dit, le développement de l’apiculture pourrait procurer un revenu complémentaire tout en ayant un impact positif en matière de réhabilitation et de préservation du couvert végétal, tant en zone sèche qu’en zone humide. 8.4.3 Les contraintes et menaces qui pèsent sur le sous-secteur. 8.4.3.1 Contraintes Aujourd’hui, les contraintes les plus importantes de l’apiculture en Haïti sont à 3 niveaux : 1. La carence de matériels et équipements des apiculteurs, • En effet les ruches traditionnelles en tambours sont totalement inappropriées et les ruches modernes copiées par des apiculteurs artisanaux doivent être améliorées. • Il y a une absence de fournisseurs de matériel apicole (cire gaufrée, ruche, enfumoir etc) et le matériel que l’on cherche à importer l’est à des prix trop élevés. Même disposant de fonds à investir, il est très difficile de se procurer de l’équipement adéquat. Il s’agit là aujourd’hui de la contrainte majeure au développement de l’apiculture dans le pays. 2. La faiblesse d’encadrement technique et de formation qui entraîne : ◦ Les problèmes d’essaimage. ◦ Absence de production de Reine juste avant la période de floraison chez les apiculteurs moderne). ◦ Les nuisances agroécologiques dues au fait que les ruchers sont installés en sous-bois où il y a une forte humidité facilitant le développement des insectes et autres parasites indésirables ; parmi les principales nuisances soulignées par les apiculteurs, notons les prédateurs tels : fourmi, crapaud, oiseaux, chenille etc. et les maladies phytosanitaires  comme : la varroase, la fausse teigne, la loque américaine et la diarrhée. ◦ Absence de connaissance sur l’utilisation et la transformation des autres produits de la ruche. 3. L’inexistence d’appui financier : contrainte commune à pratiquement toutes les filières agricoles. À ces trois niveaux de contraintes majeures on peut rajouter quelques autres contraintes secondaires comme : • Mauvaise qualité et goût altéré dus au mauvais entreposage. • La saveur du miel peut en effet s’altérer par le mauvais stockage (le miel prend le goût du récipient dans lequel il est stocké) et perd aussi de sa saveur par la méthode de broyage – un miel extrait avec un extracteur et stocké dans des récipients adéquats sera de meilleure qualité et de meilleur goût et vendu beaucoup plus vite et beaucoup plus cher sur le marché Toutes ces contraintes expliquent le fait que la production n’augmente pas assez malgré la hausse des prix sur le marché local due à l’augmentation de la demande. 8.4.3.2 Menaces • Dégradation de l’environnement : le rythme accéléré de destruction de la couverture végétale est une menace sérieuse sur le potentiel apicole national. • La situation générale de l'économie jointe à la condition des moyens traditionnels de production constitue un obstacle à l’industrialisation et à la croissance de l'économie. • La faiblesse du revenu per capita peut limiter la consommation du miel qui est un produit alimentaire cher. • L’augmentation de la demande nationale au lieu de favoriser l’augmentation de la production par la modernisation des techniques, fait plutôt place uniquement à une augmentation des prix payés aux producteurs. Le miel importé prend peu à peu plus de place sur le marché local. • Les craintes du consommateur haïtien envers les aspects sanitaires peuvent se justifier du fait que certains producteurs n’ayant pas obtenu l’appui nécessaire pour moderniser leur élevage, voulant répondre à la demande, falsifient le miel en y ajoutant, de l’eau, du sirop de canne ou en récoltant du miel non encore parvenu à maturation. 8.4.4 Propositions Le potentiel apicole existant, le niveau de tenure apicole pratiquée et l’absence totale d’encadrement constaté conditionnent des défis à trois (3) niveaux: • La nécessité de répondre à une demande solvable, nationale, croissante par des produits, respectant les normes et les standards de qualité, soit l’urgence de mettre en place des structures d’incitation à l’accroissement de la production et des instances de contrôle et de régulation. • Attirer des investissements, de garantir des revenus supplémentaires aux apiculteurs et d’assurer un certain niveau de protection de l’environnement. • La nécessité, (comme pour beaucoup d’autres filières porteuses), de développer les actions de promotion de l’apiculture dans le cadre d’alliances et d’une articulation impliquant 4 groupes d’acteurs : Etat, ONG d’aide au développement, secteur privé des affaires et producteurs apicoles. La conception d’un programme national de développement de l’apiculture doit être axée prioritairement sur : ◦ l’accès à la formation et à l’encadrement technique, ◦ l’accès aux matériels et équipements, ◦ l’accès à des sources de financement qui puissent stimuler la modernisation du secteur, ◦ le renforcement des organisations de producteurs et des circuits de commercialisation. De plus il faudra dans une seconde étape appuyer le développement de la transformation. Contrairement à d’autres filières où d’importants investissements devraient être consentis dans la recherche-développement, pour l’apiculture, des techniques bien adaptées au contexte haïtien sont depuis longtemps maîtrisées et ne demandent qu’à être appliquées ou mises en œuvre. La méthodologie et la technologie sont donc disponibles. Par contre, pour cette mise en œuvre, il reste à promouvoir des formules originales de partenariat Public/Privé/Associatif qui impliqueraient des ONG de développement, des organisations de producteurs et des investisseurs disposés à prendre des risques à court terme avec des garanties de rentabilité à moyen et à long terme. Deux axes de travail sont proposés. • Formation-vulgarisation-encadrement technique Certaines institutions ou organisations remplissent en partie cette fonction qui ne devrait qu’être renforcée. (KOSMICA au Plateau Central, FEDA dans le département des Nippes, Coopérative Apicole du Nord Est). Sur la base d’une concertation, le Ministère de l’Agriculture pourrait encourager, un programme visant la valorisation et la structuration du sous-secteur au niveau national. Le programme élaboré de concert avec le Ministère, par un ensemble d’acteurs intéressés, serait inscrit dans une perspective de fonctionnement en réseau. Le programme présenté aurait comme composantes : 1- Appui à la production : ▪ La formation, et l’accompagnement technique des apiculteurs. ▪ La modernisation des équipements et du matériel apicole. ▪ L’accès aux financements. 2- Appui à la transformation et commercialisation : ▪ Recherche-développement. ▪ appui à la vulgarisation des techniques de préparation et de transformation post-récolte. ▪ Appui à l’amélioration de l’emballage et au marketing. 3- Structuration du sous-secteurs ▪ Le renforcement organisationnel des apiculteurs. ▪ Le renforcement des unités de transformation. ▪ Le renforcement des entités chargé de réguler le sous secteur (Ministère de l’agriculture et du commerce). • Mise sur pied de centres d’appui Ce programme pourrait se cristalliser autour de centres de production démonstratifs de formation sur la production et la transformation du miel, qui présenteraient les caractéristiques de la FEDA, à savoir, une unité de recherche-développement, de production et de transformation, insérée dans l’économie réelle, qui encadre les apiculteurs de la région au niveau organisationnel et technique, tout en leur offrant des débouchés pour leur production. Le montage d’autres centres de ce type, avec participation de capitaux privés, devrait être appuyé (ou renforcé), dans le cadre d’un partenariat prôné avec l’Etat et les apicultures, dans aux moins 6 départements (Nord, Nord-Est, Centre, Sud-Est, Nippes et Grand’Anse) ■ BIBLIOGRAPHIE 1. AGRICORP, Situation de l’élevage porcin, rentabilité, conditions de réussite (Fonds des Blancs, Hinche, Désarme, Bassin Bleu). 85 pp 2. Bellande Alex, Dauphin Nicolas, 2000. Modes de mise en valeur du milieu et possibilités d'intensification de l'élevage laitier dans le cadre de la réforme agraire dans le Nord-Est. 3. Brochet M, Dufumier M. 1998. ÉTude sur le rôle des systèmes d'élevage dans l'économie des exploitations agricoles. Projet d'Appui à la Filière Porcine. MARNDR. 4. CHANCY MICHEL, 2002. Possibilités d'amélioration de l'aviculture rurale en Haïti. 7 pp. 5. CHANCY MICHEL, 2003. Propositions pour le programme d'agriculture périurbaine 29 pp. 6. DAMAIS Gilles/ MOISE Rosanie, 2004. 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