Les inondations en Haïti
Résumé: Étude de Fritz Pierre-Louis sur les inondations en Haïti, datée d'octobre 2004 et achevée d'imprimer le 13 octobre 2004, écrite l'année des catastrophes de Fond Verrettes, Mapou et Gonaïves. Elle classe les inondations haïtiennes en six types, des lavalas spontanés aux inondations « hors série » qu'elle attribue à la restitution brutale et massive de l'eau accumulée dans les massifs calcaires, explique la karstification comme mécanisme, puis traite de l'environnement, du reboisement et de l'exposition particulière de Port-au-Prince, située sur un graben faillé et sans défense au sud face à la bordure nord du Massif de la Selle.
Constats Clés
- La classification est l'apport. L'étude distingue six types d'inondations en Haïti : les inondations spontanées appelées lavalas ; les inondations mineures sans grands dégâts ; les inondations moyennes accompagnées de quelques dégâts matériels aux champs et au bétail ; les inondations majeures ; les inondations hors série, pour lesquelles elle nomme Jacmel, Fond Verrettes, Mapou et Gonaïves ; et les inondations spéciales dites in situ.
- Le mécanisme proposé pour les inondations hors série n'est pas le ruissellement mais le stockage puis la libération. L'étude les décrit comme une restitution brutale et massive de l'eau accumulée dans le sein de la montagne, un filet d'eau de ruissellement jouant le rôle de siphon dans un calcaire karstifié. Cette lecture compte car elle implique qu'une inondation peut survenir là où aucune rivière n'est visible.
- Port-au-Prince est décrite comme structurellement sans défense d'un côté. La plaine du Cul-de-Sac sépare la ville de la chaîne des Matheux au nord, mais au sud elle fait face directement aux montagnes qui forment la bordure nord du Massif de la Selle, et la ville est établie sur un graben, succession de collines disposées en marches d'escalier allant de Furcy jusqu'au milieu du golfe de La Gonâve, dont la roche a été broyée par des cassures dans tous les sens, ce que l'auteur donne comme origine du sable de La Boule.
- Un couloir précis est désigné comme la portion la plus exposée et la plus vulnérable de la zone métropolitaine : celle comprise entre la Première Avenue de Bolosse et Mariani. L'étude avertit aussi que des glissements de terrain accompagnant des inondations hors série peuvent se produire sur toute la bordure nord du Massif de la Selle, de la colline du Sanatorium jusqu'à Gressier en passant par Martissant, Bizoton, Mahotière, Carrefour et Mariani, la menace étant accentuée par les constructions anarchiques sur les pentes du Morne l'Hôpital.
- Les signaux sont déjà visibles sur le réseau routier : à chaque pluie sérieuse, la Route Nationale No 2, l'Avenue Christophe et le Bas-peu-de-Chose deviennent impraticables sous 40 à 60 centimètres d'eau boueuse chargée d'alluvions déposées, et la route du Sud entre la Cité de l'Exposition et Gressier est exposée sur une étroite bande de terre entre mer et montagne.
- Sur le déboisement, l'étude avance un argument inhabituel : ce n'est pas le charbon de bois qui consomme le plus de bois, mais l'industrie. Elle demande aux usines, guildives, boulangeries et établissements de nettoyage à sec de faire le sacrifice plutôt qu'aux usagers du charbon, relève que la plupart des charbonniers travaillent en zones arides comme le Nord-Ouest, La Gonâve, Ganthier et Fond Parisien, et propose d'exploiter le gisement de lignite de Maissade en briquettes pour ces gros consommateurs. Elle insiste aussi sur le fait que toute interdiction d'un matériau doit s'accompagner d'un produit de remplacement.
- Les recommandations sont concrètes et pour l'essentiel à haute intensité de main-d'œuvre : curage des lits de rivières et des canaux d'évacuation, traitement des lits de torrents en terrasses successives, interdiction formelle de construire dans les ravines ou à proximité des rivières non canalisées, canalisations en maçonnerie près des villes et villages, et reboisement systématique des pentes avec des espèces désignées par le Ministère de l'Agriculture, le vétiver, la citronnelle, l'eucalyptus et surtout le bambou étant nommés. L'auteur y voit des travaux à haute intensité de main-d'œuvre et donc un début de réponse au chômage.
- Correction de fiche : ce document était catalogué avec 2008 dans son titre et son champ année. Le texte est daté d'octobre 2004 et indique avoir été achevé d'imprimer le 13 octobre 2004, et les inondations hors série qu'il cite sont les événements de 2004 : la fiche a donc été corrigée à 2004.
Comment citer
Laboratoire National du Batiment et des Travaux Publics (LNBTP), 2004, Les inondations en Haïti, https://lnbtp.gouv.ht/publications/inondations.pdf