Analyse coûts-bénéfices de la réforme du secteur électrique en Haïti
- La réforme de la régulation et de la gouvernance de l'opérateur doit précéder l'investissement physique : sans elle, tout programme d'investissement dans le secteur électrique haïtien sera inefficace et non durable, et les bailleurs devraient conditionner toute aide supplémentaire à des mesures de réforme vérifiables.
- Le paquet de réformes est chiffré à 58 millions de dollars sur cinq ans, dont 20 millions pour le volet juridique et réglementaire et 38 millions pour l'appui à EDH.
- Avec une probabilité de succès de 50 pour cent, la valeur actuelle nette économique atteint 40 millions de dollars à un taux d'actualisation de 12 pour cent, pour un taux de rentabilité économique interne de 17 pour cent ; le programme atteint l'équilibre dès une probabilité de succès de 8 pour cent.
- Les pertes techniques, commerciales et de recouvrement ont représenté en moyenne près de 70 pour cent de l'électricité produite, les seules pertes commerciales et de recouvrement comptant pour environ 49 pour cent de l'énergie produite.
- EDH absorbe une subvention publique de plus de 200 millions de dollars par an, soit environ 10 pour cent des dépenses budgétaires, et exploite plus de dix réseaux de distribution séparés et non interconnectés.
- Seuls 12 pour cent environ de la population sont officiellement raccordés au réseau et une proportion comparable l'est illégalement ; les clients reçoivent de 5 à 15 heures d'électricité par jour.
- Les bénéfices sont calibrés sur le redressement de DABS à Kaboul appuyé par l'USAID, où les pertes sont passées de 60 à 24 pour cent en cinq ans, le rythme d'amélioration étant divisé par deux pour Haïti.
- Les risques déterminants sont l'absence de volonté politique et la corruption des bénéficiaires du système actuel ; une tentative antérieure de l'USAID a échoué lorsque le gouvernement a transformé un contrat de gestion en simple contrat d'assistance technique.
L'argument du document porte sur l'ordre des étapes. Haïti possède le système électrique le moins développé de l'hémisphère occidental, et les auteurs y voient une défaillance de gouvernance plutôt qu'un manque de capitaux : les investissements répétés des bailleurs dans les compteurs et l'informatique, y compris des opérations récentes de la Banque mondiale, n'ont produit aucune réduction durable des pertes parce que l'opérateur lui-même n'a jamais été réformé. La recommandation qui en découle est que tous les bailleurs bilatéraux et les banques multilatérales de développement conditionnent toute aide supplémentaire au secteur électrique à des mesures de réforme tangibles et vérifiables.
Le programme conçu comporte deux volets. Le premier renforce le cadre juridique et réglementaire, en appuyant le ministère chargé de l'énergie et un régulateur destiné à devenir autonome et responsable, et en finançant la transformation d'EDH en société ainsi que la base juridique des contrats de gestion, des affermages, des concessions et de la privatisation de ses unités ; plafond de 20 millions de dollars sur cinq ans, avec l'USAID, le Canada et la France comme bailleurs possibles. Le second appuie l'exploitation d'EDH par de l'assistance technique et des compteurs, pour un coût estimé à 38 millions de dollars sur cinq ans, avec la BID et la Banque mondiale comme bailleurs possibles. La poursuite au-delà de la troisième année est conditionnée à la performance : cinq unités en partenariat public-privé comme jalon minimal et dix comme maximum, avec arrêt du programme si le minimum n'est pas atteint, et des pertes techniques, commerciales et de recouvrement ramenées de 70 à 25 pour cent sur la décennie suivante.
Les bénéfices sont estimés par référence au redressement, appuyé par l'USAID, de la société de distribution de Kaboul DABS, qui a ramené ses pertes de 60 à 24 pour cent en cinq ans ; les auteurs divisent par deux ce rythme d'amélioration pour Haïti. Les pertes évitées sont valorisées à 0,30 dollar par kWh sur une production de 875 000 MWh par an, maintenue constante, ce qu'ils qualifient de prudent. Avec une probabilité de succès de 50 pour cent, la valeur actuelle nette économique est de 40 millions de dollars à un taux d'actualisation de 12 pour cent, pour un taux de rentabilité économique interne de 17 pour cent, les chiffres financiers étant de 195 millions et 28 pour cent. Les tests de sensibilité situent le seuil de rentabilité à une probabilité de succès de 8 pour cent. Les auteurs désignent comme risques déterminants l'absence de volonté politique et la corruption de ceux qui profitent du système actuel, et précisent que leurs propres consultations avec les autorités haïtiennes et EDH ont été très limitées, ce qui place le travail au stade de l'identification du projet et non de la faisabilité.
Comment citer
Limestone Analytics; Copenhagen Consensus Center, 2017, Analyse coûts-bénéfices de la réforme du secteur électrique en Haïti, https://bear.warrington.ufl.edu/centers/purc/docs/papers/1705_CBA_of_Power_Sector_Reform_in_Haiti_2017_10_12(3).pdf