(2010-11) Bilten ISPAN, No 18: Sabourin, Dion, Latour, Lasaline: akeyoloji nan Matheux
Rezime — Abitasyon kafe nan chèn Matheux, ansanm ak chif ekspòtasyon ki eksplike yo: Sen Domeng te voye 7 milyon liv kafe an Frans an 1750, epi dis fwa plis an 1789. Sou kouvèti a, rès kay esklav abitasyon Sabourin, nan Délices.
Deskripsyon Konple
Abitasyon kafe nan chèn Matheux, ansanm ak chif ekspòtasyon ki eksplike yo: Sen Domeng te voye 7 milyon liv kafe an Frans an 1750, epi dis fwa plis an 1789. Sou kouvèti a, rès kay esklav abitasyon Sabourin, nan Délices. Yon nimewo Bilten ISPAN, bilten mansyèl Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, ki parèt depi jen 2009 rive omwen novanm 2011, epi ki dokimante yon moniman, yon sit oswa yon sant istorik pa nimewo.
Teks Konple Dokiman an
Teks ki soti nan dokiman orijinal la pou endeksasyon.
• Photo : D. Elie / ISPAN • 2010
numéro 18, 1er novembre 2010
BULLETIN DE L’ISPAN
• Vestiges du logement des esclaves de l’habitation Sabourin, aux Délices dans la Chaîne des Matheux
Sabourin, Dion, Latour, Lasaline...
BULLETIN DE L’ISPAN, No 18, 12 pages
archéologie aux Matheux
qu’en 1750, Saint-Domingue exportait vers la
France, 7 millions de livres de café, en 1789,
cette production décuplait, atteignant le chiffre
record de 77 millions de livres, soit 40% de
l’offre mondiale.
La culture du café s’établit sur les contreforts
ou aux sommets des montagnes où elle trouva
le climat idéal pour son développement. Dans
un premier temps, les planteurs de café étaient
moins riches et ne bénéficiaient pas d’un statut
social aussi élevé que les producteurs de sucre.
Dynamique et laborieux, ce furent souvent des
mulâtres qui, en pionniers, défrichèrent proSommaire
• Sabourin, Dion, Latour, Matheux,
archéologie aux Matheux
• Conserver le passé, impulser un
développement économique
• Sans-Souci, parmi les 12 sites les plus
menacés
• Chroniques des monuments et sites
historiques d’Haïti
• Sc. : ISPAN
Les premiers caféiers furent introduits en
Amérique au Surinam par les Hollandais vers
1718. Sa culture s’étendit à la Guyane voisine,
puis à la Guadeloupe et se propagea dans les
autres Antilles. Cependant, son développement
dut attendre la révocation des privilèges de la
Compagnie des Indes Orientales vers 1730.
Cette compagnie commerciale possédait le
monopole de la commercialisation de cette
denrée avec les Arabes, exportateurs de café,
qui avaient établi leurs comptoirs en bordure
orientale de la Méditerranée ( : André Marcel
d’Ans). Libéré de cette entrave, l’exploitation
du café, dans la Colonie française de Saint-Domingue, comme produit d’exportation, débuta
dans les années 1740 et se propagea à une
vitesse fulgurante arrivant 50 ans plus tard, à
concurrencer le sucre, denrée par excellence
de la Colonie. Cette progression est tout
simplement prodigieuse, au point que MichelRené Hilliard d’Auberteuil, auteur d ‘un traité
d’économie de Saint-Domingue en 1773, n’hésite pas à parler de «révolution du café». Alors
• Fenêtre de la grand-case de l’habitation Dion
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 •
1. From Louis XIV to Napoleon : the fate of a great power,
Jeremy Black.
2. Exploitation agricole aux Antilles. Unité de production liée
au système colonial.
Interprétation : ISPAN / Service de l’Inventaire
chaque année. Deux fois plus que la période
1766 – 17711.
Le développement de l’exploitation du café
par les colons de Saint-Domingue fut définitivement interrompu lors des troubles de la
Révolution de Saint-Domingue. Après une
brève et infructueuse tentative de défendre
leurs infrastructures agricoles contre les incursions ravageuses des révoltés, par la création
de milices, par la construction de vigies et de
postes de surveillance, les colons finalement
démantelèrent leurs installations et beaucoup
d’entre eux migrèrent avec leurs nombreux
esclaves vers la partie orientale de Cuba.
Dans la région de Santiago, ils trouvèrent des
conditions climatiques similaires à celles des
montagnes de Saint-Domingue qui allaient
faciliter l’implantation d’environ une centaine
d’exploitations agricoles, les cafetales, répliques
des habitations caféières coloniales de SaintDomingue. Dans les sierrras de l’Orient cubain
commença alors une profonde mutation tant
économique et technologique que culturelle
et sociale, mutation qui affecta également les
caractéristiques géographiques et écologiques
de la région. Cette «première migration haïtienne» vers l’Orient cubain donna naissance
à une culture fort originale dont est issue la
Santeria, variante du vodou haïtien, et la fameuse Tumba Francesa, danses et chants utilisant
le tambour comme principal instrument et le
créole comme langue.
L’entière collection des vestiges de ces habitations caféières de l’Oriente, connue à Cuba
sous le nom de cafetales franco-haitianos fut
classée Patrimoine de l’Humanité en l’an 2000
par l’UNESCO. En novembre 2003, la Tumba
Francesa fut, à son tour, classée par l’UNESCO
«Œuvre majeure du Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité».
L’habitation caféière
des Antilles
L’unité agroindustrielle caféière typique du
XVIIIème siècle dans les Antilles se structure
autour de quatre composantes spatiales quelle
que soit son importance : la zone domestique,
la zone de production, la zone agricole et le réseau de routes reliant les jardins à l’habitation2
et l’habitation à un port d’embarquement.
En se référant à la description, faite par Giraud
de Chantrans, du processus de transformation
du café communément utilisé à Saint-Domingue, on distingue les étapes suivantes : une fois
les cerises cueillies, elles sont transportées vers
des bassins de fermentation de l’habitation où
• Régions caféières de Saint-Domingue à la veille de la Révolution
gressivement les forêts situées aux sommets
des montagnes pour planter massivement des
caféiers. Les habitations caféières se consolidèrent graduellement pour devenir souvent de
riches et prospères unités de production et de
transformation, contrôlant parfois plus de cent
hectares de terre. A la veille de la Révolution
de Saint-Domingue (1791) on ne comptait pas
moins de 3 117 caféteries dans la colonie, selon Moreau de Saint-Méry.
Ce développement rapide de la culture du café
fit exploser les chiffres de la traite des esclaves.
A la veille de la Révolution, les caféières des
mornes drainaient 3/5 de ces esclaves amenés
dans l’île par la traite (: Hector et Moïse). Dans
les cinq années qui précédèrent la Révolution,
Saint-Domingue importait 28 000 esclaves
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• La cafetal La Isabelica près de Santiago de Cuba
Courtoisie : Y. Lopez Segrera
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Plan d’une habitation caféière coloniale type, selon Laborie, tiré de “Colonisation et esclavages en Haïiti” (: Hector et Moise)
• 1. Verger
• 2. Cuisine
• 3. Grand-case
• 4. Basse-cour
• Danse traditionnelle de la Tumba francesa à Cuba
• 5. Cases d’esclaves
• 6. Glacis
• 7. Moulin
• 8. Citerne
• 9. Ecuries
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1. Citerne de distribution
2. Grand-case
3. Aqueduc
4. Salles de triage et entrepôts
5. Glacis
6. Bassins de fermentation
7. Quartier des esclaves
8. Moulin
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• Images de synthèse : D. Elie • 2004
elle resteront quelques jours à tremper dans
de l’eau provenant du cours d’eau le plus proche. Elles y resteront jusqu’à ce que la pulpe
sucrée couvrant les graines pourrisse. Cette
opération nécessitant beaucoup d’eau va faciliter le décorticage des fèves. Les graines sont
ensuite acheminées vers des surfaces de séchage, nommées glacis. Une fois séchées, elles
seront emmenées vers le moulin qui enlèvera
leur enveloppe ou «coque», puis vers un second moulin à bras qui ôtera leur «parches»,
sorte de mince pellicule argentée couvrant les
fèves. Le déparchage achevé, les grains sont
acheminés vers les ateliers où ils subiront le
triage et le vannage, avant d’être mis en sac,
pesés puis emmagasinés en attendant d’être
transportés en caravane à dos de mulets vers
le port d’embarquement le plus proche. Cette
technique de transformation du café est dite
«méthode humide».
Note : La présence des bassins de fermentation (6) sur le site constitue l’évidence
matérielle de la méthode de production dite “humide” utilisée à l’habitation
Beaucher
• Ruines de l’entrepôt de l’habitation Beaucher (Marmelade, Haïti)
Une autre technique de transformation, peutêtre la plus répandue, consiste à éliminer
l’étape de fermentation des fèves en menant
celles-ci directement de la plantation au glacis.
Cette technique dite «méthode sèche» a pour
inconvénient d’être beaucoup plus longue,
d’altérer le goût du café et entraîne beaucoup
de pertes. La localisation de ces nombreuses
habitations caféières placées dans les mornes au dessus des lignes de sources influencera le mode d’organisation de ces habitations
autour d’un système rigoureux de collecte et
de conservation de l’eau. Une des caractéristiques communes à ces établissements est la
multiplication d’énormes réservoirs alimentés
par un réseau élaboré de canaux drainant les
moindres gouttes de pluie. La nécessité d’une
gestion parcimonieuse du précieux liquide
s’accompagne d’un contrôle strict des réservoirs face aux risques de contamination et
d’empoisonnement.
A Saint-Domingue, les habitations caféières
des mornes semblent avoir été les seules à
• Photo. : D. Elie • 2004
• Ruines des logements d’esclaves à l’habitation Séguineau (Fond-Baptiste, Haïti)
produire des logements d’esclaves construits
en maçonnerie et par conséquent à avoir laissé
des témoins de la vie quotidienne des esclaves
qui nous soient parvenus jusqu’ici. Elles constituent potentiellement une source archéologique de première main pour la connaissance de
l’esclavage à Saint-Domingue. En effet, sur les
habitations sucrières des plaines, la coutume et
les préoccupations de la rentabilité voulaient
que les investissements en logement d’esclaves soient minimisés. «Ces abris sont si peu
de choses que les actes de vente ne prennent
pas toujours la peine de les citer comme logements», nous rapporte Gabriel Debien. «Ils
sont presque toujours en mauvais état», poursuit-il. Ces logements étaient construits le plus
souvent en matière végétale : poteaux en bois
grossièrement équarris, clissage de gaulette
pour les parois, charpente en bois et couverture de chaume ou de taches de palmiste. Ces
logements n’ont donc pas résisté au ravage du
temps. Tout au plus, comme le suggère l’historien Michel Philippe Lerebours, «les anciens
quartiers d’esclaves [sont], par endroit, devenus villages…»
Dans les caféières des mornes, la situation a
été bien différente. Situés dans des zones
montagneuses propices au marronnage, et où
la pierre était abondante, les logements d’esclaves étaient construits en dur avec des moellons et des pierres de taille bien appareillés
aux angles. Sur les habitations caféières bien
établies et fonctionnant avec un nombre élevé
d’esclaves, on construisait une «maison des nègres». Ce logement, construit selon un modèle
carcéral, assurait un contrôle plus effectif de la
masse des esclaves particulièrement enclins
à la fuite dans ces zones montagneuses. On
peut décrire cette construction, d’une manière
générale, comme une nef rectangulaire très
allongée construite en maçonnerie, placée audessus d’un soubassement plus large avec des
murs épais relativement hauts. Leur charpente
très pentue, comme il était de mise à l’époque,
était fait de lourds madriers et recouverte de
matériaux divers allant de la chaume à l’ardoise, en passant par des essentes en bois ou des
tuiles en terre cuite.
Au niveau de la distribution intérieure, le logement d’esclaves était subdivisé en une suite
alignée de cellules sans communication entre
elles. Chaque cellule ne possédait qu’une por-
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 •
Photo. : D. Elie • 2004
• Photo. : D. Elie • 2004
• Reconstitution par image de synthèse de l’habitation Beaucher (Hypothèse Lopez-Segrera) (Marmelade, Haïti)
mettre aux exigences de la vie en autarcie et
ne compter que sur ses propres ressources
pour ses besoins quotidiens. Des installations
et des aménagements connexes complétaient
l’unité de production. Des dépôts pour le stockage de “provisions de bouches”, des enclos
d’élevage (poulailler, porcherie, ...), des fours
pour la production de pain avoisinaient potagers, vergers et jardins vivriers.
Si dans le passé, les habitations sucrières ont
largement été étudiées, les habitations caféières, par contre, ont très peu fait l’objet d’observations de la part des chercheurs : leur
isolement dans les mornes et la forte image
stéréotypée de l’esclavage lié à l’exploitation
de la canne à sucre en sont probablement la
cause. Mis à part les généralités produites par
G. Debien sur l’esclavage et par A.-M. d’Ans qui
nous a fourni une excellente analyse historique de l’évolution de la culture du café à SaintDomingue, aucune étude exhaustive ne s’est
encore penchée sur cette forme spécifique de
notre patrimoine culturel. Et pourtant, l’introduction du café à Saint-Domingue, par la transformation écologique qu’elle engendra, par les
mutations tant sociales qu’économiques qui
en découlèrent, devrait retenir une attention
plus soutenue. Il est important de signaler à
ce sujet que l’évolution de la culture du café à
Saint-Domingue a permis l’émergence en Haïti
d’une formation sociale tout à fait originale et
qui se développera pour atteindre son apogée
durant le XIXème siècle. Elle constitue une
grande part de la génèse de l’haïtianité, expression à A.-M. d’Ans, pour avoir été à l’origine de
la formation du monde rural haïtien.
• Photo. : D. Elie / ISPAN • 2010
te unique lui donnant accès et toutes les portes étaient placées du même coté de la façade
sous le regard de la grand-case de l’habitation,
résidence du colon. De simples trous percés
dans la muraille servaient d’aération. Simple,
fonctionnelle, solide et toujours parfaitement
bien exécutée du point de vue technique, la
«maison des nègres» ne possédait aucune ornementation. Elle formait un volume rectangulaire unique d’aspect massif et sûr, eu égard à
sa fonction carcérale. Sa localisation est en relation directe avec la zone de travail, en général
à proximité des glacis, du moulin, des ateliers et
des entrepôts. Le logement d’esclaves formait
une unité. Au besoin, d’autres unités identiques
étaient construites à proximité.
L’habitation caféière, isolée dans les mornes,
loin de toutes agglomérations devait se sou-
Mission d’archéologie aux Matheux
Du 6 au 12 août dernier, une mission archéologique,
composée de l’archéologue Yaumara Lopez Segrera
et de l’architecte Lourdes Rizo Aguilera, toutes deux
de nationalité cubaine, accompagnées de l’ingénieur
Dwolling Achille de l’ISPAN, a séjourné aux Matheux, plus précisément à la section communale des
Délices, où depuis le mois d’août 2009, l’ISPAN a débuté l’identification à partir d’évidences matérielles
d’une importante collection de ruines d’habitations
caféières datant de la fin du XVIIIème siècle Sur 18
groupes de ruines, la plus part localisées par photosatellite, 8 d’entre elles ont déjà reçu des visites d
‘identification des techniciens de l’ISPAN. La mission
cubaine a produit un important rapport sur quatre de ces unités : l’habitation Sabourin3, l’habitation
Dion, l’habitation Latour et l’habitation Lasaline.
Contexte
Les recherches entamées par l’ISPAN sur les ruines
des habitations caféières coloniales récemment découvertes à la chaîne des Matheux en Haïti ont donné lieu depuis, à des investigations systématiques sur
le patrimoine caféier du XVIIIème siècle. Elles ont
pour objectif l’élaboration d’un vaste programme
de sauvegarde et de mise en valeur de ces vestiges
qui sont à l’origine d‘une forme de production qui
contribua fortement, durant tout le XIXème siècle, au développement économique et social de la
3. Hormis l’habitation Lasaline, les patronymes attribués aux ruines
de ces habitations caféières des Matheux sont ceux utilisés par les
habitants des Délices. Ils ont ensuite été transcrits en français. Ainsi
l’habitation Dyon, en créole, a donné Dion, Sabouren, Sabourin et Latou, Latour. L’inscription «F T P LASSALINE» gravée en relief sur une
pierre de taille d’un réservoir est à l’origine du nom Lasaline donné
par l’ISPAN aux ruines localisées au lieu-dit Cortade.
• Vue panoramique du site de l’habitation caféière Dion dans les Matheux
nation haïtienne. Ce patrimoine extraordinaire est
composé d’éléments indicateurs les plus significatifs
qui constituent des jalons marquant ces moments
transcendantaux de l’histoire d’Haïti.
La mission archéologique des Matheux fut essentiellement une inspection technique préliminaire de
quatre groupes de ruines afin de déterminer leurs
composantes architectoniques et de comprendre
les solutions techniques mises en œuvre en vue
d’une production agricole optimale. Cette phase
des investigations sur des ruines encore éloquentes,
contribua à franchir une étape importante dans la
mise en place d’un vaste programme de sauvegarde
et de protection de toute une aire de la chaîne des
Matheux et, enfin, d’établir leur valeur d’authenticité
et d’intégrité permettant de constituer ainsi l’argumentaire de la classification de ces biens culturels au
Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
La mission
La mission débuta par une reconnaissance générale de l’aire de l’investigation puis se poursuivit par
l’étude spécifique des quatre habitations caféières
coloniales : Sabourin, Dion, Latour et Lasaline.
Les qualités exceptionnelles du territoire des Délices, caractérisées par le puissant contraste existant
entre la chaine montagneuse des Matheux, atteignant près de 1 900 m d’altitude et la vallée de l’Artibonite qui limite son versant nord, et la vue s’étendant vers la plaine de l’Arcahaie jusqu’à la Presqu’île
du Sud, confère à la région des caractéristiques
paysagères exceptionnelles. Les vues panoramiques
sur les montagnes, où prédominent les composantes naturelles du milieu, sont ponctuées par la pré-
sence de nombreuses ruines d’habitations coloniales
caféières, distantes d’un kilomètre en moyenne les
unes des autres, qui confèrent au paysage une forte
dimension anthropique. Ces paysages remodelés
par l’Homme constituent un fidèle témoignage du
développement économique et culturel qu’a connu
la région à la fin du XVIIIème siècle et qui a su placer
Saint-Domingue au rang de principal producteur et
exportateur de café de la région caraïbe.
Suite à ces observations générales, la mission réalisa
des investigations sur chacune des habitations citées
plus haut.
La nouvelle route, reliant la ville de Cabaret, située
sur la côte nord du golfe de la Gonâve, à la ville de LaChapelle dans la vallée de l’Artibonite et traversant
la chaîne des Matheux, permet d’accéder aisément
à ces ruines desservies par des sentiers. Ces ruines
présentent des caractéristiques particulières qui les
distinguent entre elles et leur confèrent, par leur
composantes, des valeurs exceptionnelles. Quoique
la mission n’ait pas pu déterminer de manière définitive la technique de production utilisée pour le traitement des fèves de café, toutes ces habitations ont
en commun l’absence de bassin de fermentation, caractéristique de la méthode dite «humide». Ce qui
laisserait supposer qu’elles appartiennent toutes à la
méthode dite «sèche». Leur localisation au-dessus
des sources d’eau confirmerait cette hypothèse. Cependant la mission a pu constater la présence, dans
chacune de ces habitations d’importantes citernes
destinées à stocker l’eau de pluie collectée des glacis,
ceux-ci jouant également le rôle d’impluvium.
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1. Entrepôts
2. Citerne
3. Glacis
4. Grand-case
5. Vigie
6. Moulin de décorticage
7. Logement des esclaves
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• Plan de l’habitation Sabourin aux Matheux
• Photos. : ISPAN • 2010
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• 1. Le logement d’esclaves de l’habitation Sabourin
• 2. Relevé architectonique du logement d’esclaves
• 3. Les ruines de la vigie
petites ouvertures de section rectangulaire, pratiquées
dans la muraille arrière.
Une tour de deux niveaux, sorte de mirador à plan carré, située entre les glacis et les logements des esclaves,
assurait le contrôle visuel aussi bien de la production
que des activités des esclaves.
Une forte concentration de fragments de tuiles d’ardoises a été localisée à ses pieds, provenant, sans doute de
la toiture qui la recouvrait.
Toutes les constructions de l’habitation Sabourin furent
exécutées avec une solide maçonnerie de moellons,
liée au mortier de chaux.
La mission n’a pas constaté l’évidence d’autres constructions dans l’aire étudiée.
L’état général de conservation des ruines de Sabourin
peut être classé comme «mauvais». Elles n’ont pas pu,
en différents endroits, résister aux effets du climat, du
temps et des hommes Cependant, les composantes ar-
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• 1. Le logement des esclaves domestiques de l’habitation Dion
• 2. Ruines de la grand-case
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1. Logement des esclaves
domestiques
2. Entrepôts
3. Grand-case
4. Entrepôts et ssalle de triage
5. Glacis
6 Logement des esclave
7. Citernes
8. Cour
• Plan de l’habitation Dion aux Matheux
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 •
• Document. : ISPAN • 2010
L’habitation caféière Dion
Selon les données relevées sur le site Googlearth, les
ruines de l’habitation Dion sont situées à 18˚ 52’ 30,66’’
de latitude Nord et 72˚ 22’ 44,46’’ de longitude Ouest
et accusent une élévation de 1 208 m au-dessus du
niveau de la mer. Des quatre habitations étudiées, elle
est la seule à présenter une structure complète, prototype de l’habitation caféière saint-dominguoise du
XVIIIème siècle.
L’ensemble monumental occupe une superficie totale
de 8 074 m2. Tirant parti au maximum de la topographie, la structure de l’ensemble est bien intégrée dans
le site sur lequel il a été érigé. Ses composantes architectoniques sont aisément identifiables.
Placée sur un étroit plateau à la topographie douce,
l’habitation Dion développe ses édifices sur deux
niveaux le long d’un axe central, orienté approximativement à 17˚ Nord. Ces niveaux sont articulés entre eux
par un grand escalier monumental.
Au premier niveau, les structures domestiques et les
édifices liés à la production sont disposés autour des
glacis : les logement des esclaves domestiques, en relation avec la grand-case, le four, les entrepôts de café, les
citernes, etc. Les glacis joue ainsi un rôle essentiel dans
Sabourin est l’unique habitation visitée par la mission
où a été retrouvé un moulin de décorticage. Il est situé
en contrebas des glacis, sur la cour séparant ceux-ci
des logements d’esclaves. Cette composante architectonique, typique des habitations caféières du XVIIIème
siècle est formée d’une auge circulaire en maçonnerie
dans laquelle circulait une roue verticale actionnée par
un axe central et un bras. Il permettait d’ôter la pulpe
séchée des fèves.
Enfin, à l’extrême sud de l’habitation, en contrebas d’une
vaste cour, se situent les ruines du logement des esclaves, ségrégé totalement du reste de l’habitation. C’est
une construction au plan rectangulaire long de 32,33 m
aux murs faits de maçonnerie épaisse. Elle renferme 7
cellules alignées, totalement indépendantes les unes des
autres, avec pour ouverture unique une porte d’accès
située sur la façade principale. En plan, les cellules mesurent 4,17 m sur 4,55 m. Elles ne sont aérées que par de
• Photos. : ISPAN • 2010
L’habitation caféière Sabourin
Situé à 18˚ 52’ 12,47” de latitude nord et à 72˚22”
11,01” de longitude ouest, à 1196 mètres d’altitude (Sc.
Googlearth) , les ruines de l’habitation Sabourin sont
aisément accessibles par un sentier piétonnier emprunté à partir le l’habitation Dion sur une distance linéaire
d’environ 1 000 m. Les ruines de Sabourin occupent
approximativement une superficie de 8 000 mètres
carrés. Elles sont situées au sommet d’une colline sur
un terrain à topographie légèrement accidentée. La
répartition de l’ensemble met à profit cette déclivité
: quatre niveaux de terrasses sont disposés de façon
étagée, selon une configuration linéaire le long d’un axe
longitudinal de direction Est-Ouest.
Le premier niveau de terrasse est occupé en son extrémité nord par des composantes associées aux fonctions domestiques : la citerne d’eau (environ 36 m3)
pour usage domestique et la grand-case. Le positionnement de celle-ci permet de maintenir de manière
permanente un contrôle visuel sur toute l’habitation et
ses environs, notamment avec l’habitation Dion, située
plus au Sud.
La qualité architectonique de la citerne est exemplaire.
Sa finition intérieure lisse et étanche, est obtenue par
un enduis de chaux mêlé à de la poudre de brique. Ce
qui, en outre, permettait de garantir un niveau acceptable de propreté et d’hygiène. Ses arêtes intérieures sont
fortement arrondies, afin de prévenir toutes fissures.
La citerne, placée en surface et utilisant la déclivité du
sol permettait de récolter l’eau des glacis et, en contrebas, la distribuer par un conduit pratiqué dans la muraille.
Une petite chambre voûtée (2,83 m x 1,70 m) adossée
à la paroi de la citerne, permet l’accès à l’eau stockée,
évitant ainsi toute éventuelle contamination. Cette salle,
à l’origine barrée par une lourde porte en bois massif, permettait également d’emmagasiner à une basse
température de l’eau potable ou autre liquide dans des
récipients.
Aux second et troisième niveaux des terrasses, sont
localisés les entrepôts de stockage des grains de café
fraîchement cueillis. Ils sont faits d’épais murs (50 cm)
et jouxtent les glacis de séchage. Ces glacis, en légère
pente vers l’Ouest, sont bordés de murets de soutènement, épais de 2,50 m et d’une hauteur variable allant
de 2,50 m à 1,20 m, en fonction de la topographie.
Ces murets, aux arases arrondies, étaient équipés de
portes coulissant verticalement, permettant à l’eau de
pluie de s’écouler sans entraîner, dans leur course, les
grains de café.
• Photo. : D. Elie / ISPAN • 2010
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• Photos. : D. Elie / ISPAN • 2010
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• 1. Le quartier des esclaves de l’habitation Dion : au fond, les logements enserrant la cour centrale. A dr., les réservoirs
• 2. Les entrepôts
• 3. Les citernes placées à l’Est des glacis
par de puissants contreforts.
En ce second palier, une vaste cour est limitée sur ses
côtés sud, est et ouest par trois bâtisses de planimétrie rectangulaire très allongée formant les logements
d’esclaves. Elles possèdent chacune sept cellules disposées en enfilade avec chacune un porte unique d’accès
donnant sur la cour intérieure. La disposition de ces
logements garantissait un contrôle maximum de la
masse des esclaves, force productive, par excellence de
l’habitation caféière.
Des quatre habitations étudiées, Dion est celle qui est
en meilleur état de conservation, dont le niveau peut
être qualifié de «régulier», quoiqu’elle soit complètement en ruine. Les restes des éléments architectoniques de ces ruines définissent clairement la composition relativement complète de l’ensemble et sa parfaite
intégration au milieu naturel, mettant à profit au maximum la topographie du site sur lequel il est implanté.
Ces caractéristiques confèrent à l’habitation Dion une
haute valeur environnementale et paysagère.
Elle détient également une valeur architectonique certaine pour les solutions esthétiques et formelles qu’elle
propose dans la codification architecturale de ses bâtiments, exprimée tant en plan qu’en volume. Dion détient également une importante valeur archéologique
pour les évidences matérielles du savoir-faire tant au
niveau de la construction que de la production d’une
habitation caféière typique du XVIIIème siècle.
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1. Logements d’esclaves
2. Entrepôts
3. Citernes
4. Grand-case
5. Glacis
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• 1 Le mur du logement des esclaves de l’habitation Latour
• 2. Les citernes
• Plan de l’habitation Latour aux Matheux
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 •
• Document. : ISPAN • 2010
L’habitation caféière Latour
L’habitation Latour est située non loin du lieu-dit Kòtad,
col du passage traversant cette partie de la Chaîne des
Matheux avant de descendre en direction de La-Chapelle, à la vallée de l’Artibonite. Selon les coordonnées
tirées de Googlearth, l’habitation serait à 1 359 m d’altitude au-dessus du niveau de la mer à 18˚ 53’ 00’’ de
latitude Nord et à 72˚ 23’ 22,19’’ de longitude Ouest.
Ses ruines s’étalent sur une superficie approximative de
14 000 m2. Cette aire ne correspond pas forcément à
la superficie intégrale de l’ensemble. Elle couvre uniquement l’emprise des ruines actuellement identifiées.
Latour se situe sur un petit plateau placé entre deux
collines. Elle étale ses parties constructives sur deux niveaux de terrasses bien différenciées, échelonnés dans
le sens NE-SE. Son plan d’ensemble se caractérise par
le regroupement de ses bâtiments autour des glacis occupant une position centrale.
Le premier niveau de terrasse, qui a une vue qui porte
sur l’ensemble de l’habitation, est occupé par la grandcase bordée de part et d’autre par deux autres bâtisses
destinées à l’emmagasinage général de la production.
La grand-case, dont ne subsistent que les murs de fondations, est de plan rectangulaire d’un seul niveau qui
l’intégrait complètement aux magasins latéraux.
Au second niveau de terrasse, se trouve la zone des
glacis, limitée au nord-ouest par une immense citerne
pour le stockage d’eau de pluie à usage domestique,
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• Photos. : D. Elie / ISPAN • 2010
la structuration du premier niveau. Bordés de canaux
collecteurs connectés à des citernes, ils servent également d’impluvium.
La grand-case occupe une position privilégiée dans
l’ensemble. Elle se place en la partie la plus élevée, sur
l’axe principal, longitudinal, face aux glacis. Cette position stratégique garanti le contrôle visuel total du fonctionnement de l’habitation. Des trous de boulins sur les
parois internes des murs de la grand-case mettent en
évidence l’existence à l’origine d’un plancher en bois
qui desservait un second niveau qui a, aujourd’hui, complètement disparu. Cette construction suit les mêmes
principes de composition que les autres édifices : planimétrie concentrée de configuration rectangulaire avec
disposition régulière et symétrique des ouvertures en
façades.
A l’extrémité nord, une enceinte ceinturée d’un mur
de 1.10 m de haut enserrait une espace réservé à
l’emmagasinage temporaire des grains de café frais.
Le second niveau, inférieur au premier, est articulé au
premier par l’escalier monumental central flanqué de
deux paires de citernes, placé en contrebas des glacis.
Ces citernes mesurent 4,87 m x 2,36 m pour une
profondeur de 1,56 m, soit une capacité de stockage
de 17,92 m3 chacune. Comme à Sabourin, leur fini
intérieur est constitué d’un enduis de chaux mêlée à
la poudre de briques et leurs angles internes arrondis.
Chacune des citernes est renforcée extérieurement
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• Photos. : ISPAN • 2010
• Photos. : ISPAN • 2010
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• 1. Le contrefort de la citerne
• 2. La chambre de basse température adossée aux citernes
• 3. Les entrepôts
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Vers La-Chapelle
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UT
E
2
RO
PLAN
2
1. Citerne
2. Glacis
Vers Cabaret
ELEVATION
• 1. l’élévation ouest de la citerne de l’habitation Lasaline
• 2. Pierre équarrie portant l’inscription “P.T.P. LASALINE”
• Plan et élévation de l’habitation Lasaline aux Matheux
Les habitations étudiées s’expriment sous forme de
ruines avancées, conservant ses composantes architectoniques qui ont su résister par leur solidité et par
la consistance de leur mise en oeuvre aux impacts de
deux siècles d’agression du climat, de la nature et des
hommes.
Indépendamment des différences notables existant entre elles, toujours furent présentes dans ces ruines, les
mêmes composantes architectoniques en relation avec
le système de production et les usages domestiques.
Elles développent toutes une organisation spatiale présentant un haut niveau technologique, caractérisée par
une forte homogénéité dans les formes architecturales, dans l’emploi des matériaux et des techniques de
constructions.
La valeur associée à ces ruines est due essentiellement
à la manière originale de mettre à profit les ressources
naturelles du territoire, l’intégration au milieu naturel
pour la production optimale du café en laissant des traces profondes dans le territoire.
Les habitations caféières des Matheux constituent un
ensemble de grand intérêt et de grande signification
pour l’histoire. Elles enrichissent la vision du patrimoine
national haïtien, que développe actuellement la communauté scientifique nationale et internationale.
La détérioration progressive de ces habitations caféières
mettent en évidence la nécessité de réaliser des études
exhaustives afin d’accroître le niveau de connaissance
sur le patrimoine national haïtien et développer des actions menant à sa sauvegarde et sa protection.
Conclusions
Le rapport de la mission archéologique s’achève par
des considérations et recommandations pertinentes
sur les valeurs associées aux vestiges des Matheux.
Le système de ces habitations caféières, déterminé par
la présence d’ensembles de ruines distantes entre elles
d’environ 1 000 mètres, présente des particularités qui
lui sont spécifiques, quoique ces dites ruines affichent
des caractéristiques qui les distinguent entres elles, tant
par leur valeurs architectoniques, historiques et environnementales. Ils se détachant de celles-ci une adéquation et une parfaite intégration au milieu naturel en
regard de la recherche de la mise à profit optimum des
ressources naturelles et morphologiques du site. Ces
caractéristiques conforment un système unique d’attraits naturels et anthropiques.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 •
• Document. : ISPAN • 2010
L’habitation caféière Lasaline
Situé au lieu dit Cortade (Kòtad, en créole), aux abords
immédiats de la route, les ruines de l’habitation Lasaline sont dans un état de conservation qualifié de «très
mauvais», aggravé par la mutilation récente occasionnée
par la construction de la route Cabaret - La-Chapelle.
Ne subsistent à Lasaline que les évidences matérielles
des éléments liés à la production du café : la citerne
d’eau de pluie construite hors terre et, la jouxtant, une
partie d’un glacis. Ce réservoir mesure 7,90 m de long
sur 2.30 m de large pour une profondeur de 1,80 m.
Ce qui lui donne une capacité utile d’une vingtaine de
mètres cube. La technique de sa construction et de
sa finition est identique aux autres citernes des précédentes habitations. La façade nord de la citerne est
renforcée de deux contreforts et des pierres de taille
parfaitement appareillées consolident ses arrêtes
A l’angle nord, une pierre de taille porte des initiales
entrelacées, probablement la marque du tailleur de
pierre et, plus bas, une autre, porte la date supposée
de l’achèvement de la construction : 31 août 1791. Une
pierre équarrie placée en plein dans la façade nord de
la citerne porte en relief l’inscription «F T P LASALINE»
et est ornée d’entrelacs et des signes conventionnels
des jeux de carte : cœur, carreau, pique et trèfle.
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• Photos. : ISPAN • 2010
d’une capacité utile de 40,60 m3. Une petite chambre
identique à celle retrouvée à Sabourin conduit à la paroi de la citerne où se trouve aménagé un conduit qui
déversait l’eau par gravité. Tout comme à Sabourin, le
tunnel était barré par une lourde porte et était utilisé
pour créer une chambre de basse température. Le fini
des intérieurs de la citerne est identique à celui des
autres habitations : enduis de chaux mêlé à la poudre
de briques.
Cependant, un élément qui distingue et identifie cette
habitation des autres est la présence d’un imposant
massif de citernes d’eau, placé en contrebas des glacis en mettant à profit 6.40 m de dénivellation. Ses
murailles épaisses de 50 cm sont soutenues dans leur
effort par des contreforts permettant de contenir les
poussées latérales générées par le poids de l’eau.
À l’extrémité sud-est de l’habitation, en un niveau élevé,
se situent deux grandes bâtisses qui forment les logements des esclaves. Ces édifices bien placés sous la vigilance du gérant se caractérisent par leur plan rectangulaire délimité par une forte muraille. Chaque bâtisse
contient 8 cellules juxtaposées, indépendantes entre elles et équipées d’une seule porte d’accès, tout comme
aux précédentes cellules analysées. Les ruines de l’habitation Latour présentent un état de conservation que
l’on peut qualifier de «régulier». Les valeurs retenues
pour les ruines de l’habitation Latour sont identiques à
celles de l’habitation Dion.
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2
La mission archéologique aux Matheux
• Photos. : ISPAN • 2010
3
• 1 et 2 L’équipe de la mission effectuant les relevés des vestiges aux Matheux.
• 3. Paysage montagneux de la chaine des Matheux.
Mme Lopez Segrera est licenciée en histoire de l’art
à l’Université d’Oriente de Cuba où elle présenta sa
thèse en 1998. Depuis mars 2003, elle dirige la section
d’Archéologie au Bureau du Conservateur de la Ville de
Santiago de Cuba. Mme Lopez Segrera est également
responsable de l’équipe de travail du Plan de Gestion
intégré du Paysage Archéologique des Plantations Caféières du Sud-Ouest de Cuba. Elle est membre de l’Association internationale d’Archéologie de la Caraïbe.
Mme Segrera a réalisé, en 2004, pour le compte de la
Fondation pour le Développement Durable et Intégré
de Marmelade (FONDDIM) et de l’ISPAN, la toute
première identification des ruines de l’habitation caféière de Beaucher (Marmelade, Haïti), accompagnée
d’observations archéologiques.
Mme Lourdes Rizo Aguilera est architecte restauratrice
diplômée également de l’Université d’Oriente de Santiago de Cuba en 1984 et du Centre de Restauration
et de Muséologie (CENCREM) de la Havane (Cuba).
Spécialiste en habitations caféières franco-haïtiennes du
XIXème siècle de la région d’Oriente de Cuba, elle a
réalisé la restauration de l’habitation caféière de la Fraternidad, classée Patrimoine Mondial en 1999.
Cettte mission archéologique aux Matheux a été réalisée
grâce au support financier du Bureau du Premier Ministre de la République d’Haïti
Conserver le passé,
impluser un développement économique
Le patrimoine
au coeur du développement
Francesco Bandarin
Directeur du Centre du Patrimoine Mondial
de l’UNESCO
La relation entre patrimoine culturel et développement économique est complexe.
Le fait de préserver l’image du passé ne peut
constituer le seul remède face aux problèmes socio-économiques des villes. Cela peut cependant
devenir le pivot d’une stratégie d’aménagement
de l’urbain. Plusieurs agglomérations, tant dans les
pays industrialisés qu’en développement, ont retenu cette leçon et sont en train de redéfinir de
nouveaux modèles de développement basés sur
la conservation de leur identité culturelle. Cette
identité constitue de plus en plus, aux yeux des
opérateurs et investisseurs privés, un facteur essentiel d’implantation de leurs unités de production en milieu urbain. Construire sur les ruines du
passé en vue d’assurer un avenir meilleur n’est pas
une tâche facile. Dans toute ville, il existe des forces politiques et des intérêts économiques puissants qui conduisent inéluctablement à la transformation des structures physiques et sociales. Le
développement du commerce et la spéculation
immobilière bouleversent la vie citadine. Plusieurs
parties du monde ont tout simplement été rayées
de la carte sous la pression d’un développement
économique anarchique.
Au même titre que les investissements, la bonne
gouvernance ou l’innovation technique, la fierté
et l’identité culturelle peuvent être des facteurs
de changements qui suscitent l’intérêt des pouvoirs publics et des investisseurs privés. Elles
permettent aussi de générer des initiatives économiques importantes. En matière de patrimoine
culturel, le développement économique et la mise
en valeur d’un site sont révélés par le tourisme. Il
est indéniable qu’autour d’un site patrimonial, l’industrie touristique enclenche un cycle vertueux
qui génère des capitaux, des services, des emplois
et donc des revenus. On constate d’ailleurs que
les sites inscrits au patrimoine mondial connaissent une croissance touristique fulgurante. Toutefois, la mise en œuvre de plans de gestion pour
la conservation du patrimoine par les collectivités
locales ne suffit pas à protéger les sites culturels
contre les dégradations causées par un tourisme
de masse, comme le prouve l’état actuel du Mont
Saint-Michel. Cet impact négatif, dû à une surestimation des capacités d’accueil de ces sites, est
difficilement mesurable. Le développement touristique doit être maîtrisé si l’on veut conserver
durablement son patrimoine culturel.
La conservation est souvent perçue comme un
choix public coûteux. Restaurer et réhabiliter des
bâtiments et des immeubles requiert des investissements lourds. La préservation d’une architecture traditionnelle est considérée comme une
Biens culturels à Port-au-Prince
après le séisme du 12 janvier 2010
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 •
• Photos. : ISPAN • 2010
A la veille des grandes interventions de reconstruction programmées pour le centre-ville de Port-au-Prince, détruit par
le séisme du 12 janvier 2010, le BULLETIN DE L’ISPAN
publie ci-après un important texte de M. Francesco Bandarin,
Directeur de la Culture à l’UNESCO. Ce texte, tel est notre
souhait, devrait susciter réflexions et commentaires sur les voies
et moyens à emprunter vers la sauvegarde de ce centre historique
de grande valeur.
M. Francesco Bandarin de nationalité italienne est actuellement Sous-Directeur général pour la culture à l’UNESCO.
Il dirige le Centre du Patrimoine mondial de l’UNESCO
qu’il a rejoint pour occuper le poste de Directeur en 2000.
En tant que spécialiste en architecture et en planification
urbaine, Francesco Bandarin a travaillé auparavant dans
des institutions à la fois publiques et privées dans les domaines du Patrimoine bâti, de la préservation du patrimoine culturel, du patrimoine environnemental et des événements culturels, ainsi que dans la planification urbaine
et architecturale dans des pays en développement. En tant
que Directeur du Centre du Patrimoine mondial, il a géré
le développement d’un vaste réseau de partenariats publicprivé pour la préservation du Patrimoine mondial, ainsi
que le développement d’une série de centres de catégorie II
partout dans le monde.
lieu les populations impliquées dans ce processus.
Toute politique de conservation du patrimoine
culturel doit faire l’objet d’un consensus. Donner
un sens à son identité culturelle tout en cultivant
sa fierté représente l’investissement le plus efficace que puisse réaliser une ville pour son avenir.
Les grandes entreprises s’engagent
aux côtés de l’UNESCO
L’action internationale en faveur du patrimoine
mondial repose aujourd’hui sur des partenariats
entre des organisations internationales, le secteur
privé et différents réseaux associatifs. Les financements, mais aussi l’expérience du secteur privé,
peuvent accroître considérablement le champ
d’intervention et l’impact du travail de l’UNESCO.
Ces partenariats permettent, entre autres, d’accéder à un réseau d’expertise dans lequel les acteurs
interviennent pour devenir plus performants et
défendre des intérêts communs. Les partenaires
de l’UNESCO sont aussi bien des grandes sociétés internationales, des petites et moyennes entreprises, des groupes et fondations philanthropiques que des structures associatives.
Le partage des compétences au service de la conservation des sites
• Des bourses sponsorisées pour les «managers» de sites du patrimoine mondial
L’acquisition de compétences à un niveau national
et régional est une composante essentielle dans
la mise en œuvre de la stratégie globale du Comité du patrimoine mondial. Son importance a
été soulignée par la Déclaration de Budapest, en
2002, qui reconnaît l’acquisition de compétences
comme l’un des objectifs essentiels.
Dans ce contexte, le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO a signé un accord de partenariat avec l’association «Vocations Patrimoine,
l’Héritage du futur» pour former de futurs gestionnaires et renforcer les capacités existantes
des professionnels en activité et souhaitant travailler sur un site du patrimoine mondial. Cette
association, présidée par le paléo-anthropologue
Yves Coppens, a cofinancé ce programme avec
les entreprises AXA et MAZARS.
• Bénéficier des compétences managériales du
secteur privé
Avec l’appui de la Fondation Shell et avec la participation du Centre du patrimoine, des directeurs
expérimentés du Groupe Shell travaillent en
étroite collaboration avec des directeurs de sites
du patrimoine mondial, pendant un an ou plus,
pour concevoir et mettre en œuvre des pratiques
de planification managériale dans leurs activités
quotidiennes. Par le transfert de ses compétences managériales à des organismes de conservation, le Groupe Shell participe à la protection des
écosystèmes en s’assurant que les ressources disponibles pour la conservation sont efficacement
utilisées. Ce programme-pilote fait partie d’une
initiative de l’UNESCO intitulée « Mise en valeur
de notre patrimoine», basée sur le principe que
certains processus pratiqués avec succès par les
entreprises, tels que la gestion des ressources humaines, la gestion des risques et la planification
stratégique, peuvent être appliqués aux agences
de gestion des aires protégées. Partant de l’Atoll
d’Aldabra aux Seychelles – l’un des rares écosys-
Biens culturels à Port-au-Prince
après le séisme du 12 janvier 2010
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 •
• Photos : D. Elie/ISPAN, JB Millet • 2010
• Photo. : UNESCO
charge supplémentaire pour les populations, comme pour les administrations locales, tant il est vrai
que les stratégies de conservation du patrimoine
impliquent des ressources importantes (compétences techniques, assistance technique, contrôles
budgétaires...). La communication autour du patrimoine, tout comme sa mise en valeur, représentent un défi pour les acteurs publics et privés.
Notre expérience en la matière démontre qu’à
moyen terme, ces coûts peuvent être compensés
par un développement économique, notamment
touristique. Les acteurs publics et privés ont un
rôle différent, mais complémentaire, à jouer. Les
pouvoirs publics ont le devoir de fixer des objectifs clairs, de prendre des mesures incitatives et
de construire des outils de réglementation solides.
Le secteur privé doit prendre conscience des opportunités offertes de bâtir un environnement socio-économique de meilleure qualité. En d’autres
termes, la durabilité implique un bon système de
pensée, basé sur des objectifs précis, des outils et
pratiques appropriés mais avant tout partagés par
tous.
Conserver le passé pour impulser un développement économique requiert, non seulement
un engagement ferme de la part du public et du
privé, mais également une planification rigoureuse
dans la gestion de la ville. Les villes sont des espaces où interagissent des réseaux personnels et
familiaux, garants de la stabilité sociale et sources
d’emplois. Le bouleversement des tissus sociaux
est souvent un facteur d’affaiblissement de la
structure urbaine. Une stratégie de conservation
appropriée doit intégrer des mesures de préservation des structures sociales et associer les populations locales. De telles mesures sont prises et
mises en œuvre en opposition aux tendances de
modernisation des structures urbaines. Elles nécessitent donc une vision et une volonté politique
forte, des compétences techniques et un soutien
de la part de tous les acteurs institutionnels.
Enfin, la conservation du patrimoine culturel n’a
de sens que si elle s’inscrit dans une perspective à
long terme. Or, le long terme est difficilement envisageable en matière de gestion urbaine. Un effort particulier doit être fait en faveur de l’éducation de tous les acteurs concernés, et en premier
tes du patrimoine mondial. Cet accord s’inscrit
dans la continuité de l’action du Centre du patrimoine mondial, qui fait de «la promotion du
tourisme responsable et durable un de ses axes
prioritaires». A travers ce partenariat, 14 circuits
«patrimoine mondial» ont été développés. Des
brochures spéciales sur le patrimoine mondial
et du matériel pédagogique, comme la carte du
patrimoine mondial, ont été insérés dans un kit
créé pour sensibiliser les voyageurs aux besoins
de conservation des sites dans le monde. De plus,
Jet tours organise, avec l’UNESCO, des sessions
de formation sur la Convention du patrimoine
mondial et les sites qui sont sous sa protection
pour les guides accompagnateurs et les représentants locaux. L’entreprise s’est engagée à contribuer tous les ans au Fonds du patrimoine mondial
pour financer des projets de conservation des
sites et adhère également au programme de tourisme durable du Centre du patrimoine mondial,
qui prévoit la mise en œuvre d’actions concrètes
en faveur du développement durable, notamment
en favorisant l’artisanat local ou en soutenant les
initiatives de microcrédit.
Biens culturels à Port-au-Prince
après le séisme du 12 janvier 2010
• Photos : D. Elie/ISPAN, JB Millet • 2010
tèmes du monde demeuré presque intact - et
se prolongeant au Parc national impénétrable de
Bwindi en Ouganda - l’un des derniers habitats du
gorille de montagne -, le projet prévoit une variété d’activités telles que la création de capacités
de gestion et le développement de stratégies de
financement durables.
• Un partenariat pour un tourisme responsable
et durable
L’initiative des organisateurs de voyages pour le
développement durable du tourisme a été développée avec l’appui du Centre du patrimoine
mondial, du Programme des Nations Unies
pour l’Environnement (PNUE) et de l’Organisation Mondiale du Tourisme des Nations-Unies
(UNWTO). La Tour Operators Initiative (TOI)
participe à l’élaboration de directives tenant
compte de la réalité du marché et de son impact
sur le patrimoine. Ce groupe s’est aussi engagé à
intégrer des principes de durabilité dans ses propres opérations commerciales et ses procédures
de gestion (promotion et diffusion de bonnes
pratiques) et à mobiliser d’autres professionnels
pour en accroître l’impact.
La société française Jet Tours a signé un accord
avec le Centre du Patrimoine Mondial pour promouvoir le tourisme durable et le développement
économique local à l’intérieur et autour des si-
Article publié dans Parole d’Acteurs
par l’Agence Française de Développement
en 2007
Sans-Souci,
parmi les 12 sites les plus menacés
• Le Palais de Sans-Souci, à Milot (Haïti)
historique, que le rapport qualifie de “Versailles de la
Caraïbe”.
En effet, cette absence de gestion permanente du site
ne permet pas des interventions aux conséquences
durables sur un monument historique en péril, telles
les ruines du Palais de Sans-Souci. Tout au plus, des
interventions sporadiques et localisées peuvent être
envisagées et réalisées par le responsable de la conservation du bien culturel, en l‘occurrence l’ISPAN. Outre
l’impact sur ce monument historique, cette absence de
gestion minimale a d’autres conséquences très graves
sur le Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci,
Ramiers (PNH-CSSR) tout entier : déboisement accéléré, exploitation sauvage de matériaux de construction, constructions anarchiques, production intensive de
charbon de bois, visites touristiques non organisées, élevage libre, etc. mettent en péril les valeurs universelles
exceptionnelles pour lesquelles le parc a été inscrit en
1982 sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
La mission du Centre du Patrimoine Mondial de
l’UNESCO réalisée du 11 au 18 juillet dernier avait
confirmé le diagnostic du Palais de Sans-Souci et signalait, entre autres, que le risque structurel le plus important pour ces ruines réside en leur capacité réduite à
résister aux secousses sismiques, même de faible intensité. Cette insuffisance met en péril, à tout moment, le
monument historique et les gens qui le visitent.
La fragile stabilité des ruines du Palais de Sans-Souci
tient de deux origines principales. En premier lieu, la
perte de la toiture et des planchers, disparus depuis
le tremblement de terre de 1842 et qui jouaient un
rôle important de contreventement dans la stabilité
générale de l’édifice, ont causé une perte notable de la
stabilité de l’ensemble. Les murs de très faible épaisseur
et s’élevant sur des hauteurs pouvant atteindre près de
10 m ne sont donc plus contreventés. Cette instabilité
qui date de plus un siècle et demi se trouve aggravée,
en dépit des interventions de restauration effectuées
dans les années 1980 et en 2008 par l’UNESCO, par les
infiltrations d’eau de pluie dans les murs, atteignant les
fondations et s’accumulant dans les remblais des murs
de soubassement du Palais.
On se rappelle qu’à la suite d’une visite d’inspection des
monuments historiques effectuée à la fin du mois d’avril
2008 au PNH-CSSR, (Voir le BULLETIN DE L’ISPAN
No 2, 1er juillet 2009), les techniciens de l’ISPAN ont
produit un rapport alarmant sur les désordres dynamiques constatés au niveau de l’escalier monumental d’accès nord du Palais de Sans-Souci. Des relevés précis ont
permis de constater l’aggravation de l’inclinaison du mur
de soutènement de la troisième volée de cet escalier
monumental. L’ISPAN en 2009 a pu réaliser, par une intervention d’urgence, la stabilisation partielle de ce mur
de soutènement. Cependant le problème de l’instabilité
générale des ruines du palais demeure entier : ses murs
ne sont pas contreventés et le parquet, non pavé d’un
revêtement imperméable, continue à recevoir les eaux
de pluie qui s’infiltrent dans les fondations.
Vers la gestion intégrale
du PNH-CSSR
En juillet dernier, le Gouvernement de la République a
fait publier un important arrêté permettant à l’ISPAN
de délimiter le PNH-CSSR en procédant a son bornage légal. Outre cette importante disposition, cet arrêté
stipule que les propriétés incluses dans l’aire du parc
seront «soumises aux servituves publiques définies
par la loi, le plan de gestion et le plan d’utilisation du
sol du Parc National Historique Citadelle, Sans-Souci,
Ramiers» (Voir le BULLETIN DE L’ISPAN No 16, 1er
septembre 2010).
Parallèlement, le Centre du Patrimoine Mondial, de
concert avec l’ISPAN met en place un système de
consultations nationales et internationales pour la
concrétisation du plan de gestion du PNH-CSSR.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 • 10
• Photos : D. Elie/ISPAN , P. Dodard • 2010
Le dernier rapport de la Global Heritage Fund, publié
le 19 octobre 2010 fait état de près de 200 biens culturels exceptionnels classés à haut risque. Douze d’entre
eux sont sur le point de subir des pertes irréparables
ou sont menacés de destruction totale. Les causes de
ces menaces sont clairement listées dans le rapport :
actions destructrices de l’homme, pressions de toutes
sortes dues au développement incontrôlé du tourisme
non planifié et non durable, absence ou faiblesse de
gestion, voire guerres ou conflits politiques…
Parmi ces 12 sites listés par la GHF, figure le Palais de
Sans-Souci d’Haïti, construit en 1813 pour servir de
résidence royale au premier monarque du NouveauMonde, Henry 1er.
Fondé en 2002, le GHF est une organisation à but non
lucratif dédiée à aider les pays en développement dans
la préservation et la mise en valeur des biens culturels
inscrits sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
Basé à Palo Alto en Californie, il s’est fixé comme objectifs principaux de préserver les structures et les évidences matérielles de ces biens culturels, de contribuer
à l’éducation sur leur protection et de promouvoir l’implication des communautés dans leur gestion et leur
exploitation.
La GHF estime que, dans le cas du Palais de Sans-Souci,
la cause principale de la sévère menace qui pèse sur
ses ruines est l’absence totale de gestion du monument
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
• Photo : J.-F. Chalut • 1999
Le buste de Toussaint-Louverture,
deux fois rescapé
Du 1er au 3 octobre dernier, les techniciens de l’ISPAN ont dégagé sous les décombres du Palais National le buste en bronze de Toussaint-Louverture, œuvre
d’Edmond Laforestrie, qui se trouvait à l’entrée du bureau officiel du Président de la République. Cette partie
du bâtiment s’était complètement effondrée lors du
séisme du 12 janvier entraînant avec elle la coupole est
du Palais. Cette œuvre d’art échappe ainsi une seconde
fois à une catastrophe affectant le siège du gouvernement de la République.
Le 8 août 1912, la poudrière placé non loin du Palais
National explose et «communique le feu au bâtiment
déjà ébranlé par le souffle de la première déflagration»
(: Corvington). Ce bâtiment, œuvre d’un autre Laforestrie, Léon, diplômé de l’école centrale des arts et
manufactures de Paris, fut érigé de 1881 à 1882, sous la
présidence de Lysius Félicité Salomon. Fait de bois avec
parements en briques, rien ne protégeait cet édifice
contre les flammes. L’explosion de la poudrière et les
incendies qui s’en suivirent firent plus de 200 victimes,
dont le président en exercice Cincinnatus Leconte.
«Parmi les souvenirs historiques, précise Georges
Corvington, et les objets d’art qui enrichissaient le Palais
et qui disparurent dans la catastrophe ou éprouvèrent
de grands dommages, figuraient une épée de Toussaint-Louverture, la montre d’Auguste Nau, premier
administrateur de Finances sous Dessalines, les bustes
en bronze de Toussaint-Louverture, de Dessalines, et
de l’abbé Grégoire, le marbre la Rêverie, chef d’œuvre
d’Edmond Laforesterie qui avait obtenu une médaille
au Salon de 1878 à Paris, les portraits d’André Rigaud,
de Gédéon et de Boisrond-Canal qui décorait la salle
d’audience, et ceux des anciens chefs d’Etats, de Toussaint-Louverture à Antoine Simon, qui s’alignaient dans
la salle du conseil». Un nouveau palais national, terminé
en 1921 et œuvre de l’architecte haïtien Georges Baussan, accueillera l’unique rescapé de l’incendie du 8 août
3
1
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1912 : le buste en bronze de Toussaint-Louverture.
Les travaux de mesures conservatoires entamés depuis le mois de mai 2010 par l’ISPAN sur les ruines du
Palais National permettent, au fur et à mesures des démolitions et des déposes de parties « mortes », de récupérer les œuvres d’art, les artéfacts historiques et les
objets de valeur qui y étaient exposés ou conservés.
Le buste de Toussaint-Louverture, coulé dans du
bronze, mesure 110 cm de hauteur, 90 cm de large et
50 cm d’épaisseur.
Le Monument-à-l’Empereur
A la veille de la commémoration du 204ème anniversaire de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines le 17
octobre 1806 au lieu-dit Pont-Rouge, l’ISPAN a procédé
au déplacement des pièces de marbre qui formaient la
stèle dédiée au fondateur de la l’Indépendance d’Haïti.
Ce Monument-à-l’Empereur fut érigé en mai1892,
sous la présidence de Florvil Hyppolite à l’ancien cimetière colonial de Port-au-Prince (également nommé
cimetière intérieur). Il fut transféré au Pont-Rouge en
mars 1936 sous la présidence de Sténio Vincent, comme
l’indique l’inscription gravée au bas du monument. Les
pesantes pièces de marbre composant le monument
sont provisoirement entreposées à l’ISPAN, en attendant sa restauration. Le Monument-à-l’Empereur était
composé d’un socle sur lequel était placée la sculpture
d’une urne drapée. L’ensemble reposait sur deux degrés. Fait de marbre blanc de Carrare, cette stèle a été
fabriquée dans les ateliers de l’entreprise Blanchon à
Paris (France). Le séisme du 12 janvier 2010 ne l’a pas
• Documents : Archives ISPAN
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• Photos : ISPAN • 2007
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• 1. Le buste de Toussaint-Louverture • 2. Le buste rescapé
des décombres du Palais national • 3. Le Palais National
dessiné et construit par Léon Laforestrie • 4. Les débris du
palais après l’explosion du 8 août 1912 • 5. Le Palais National
desinné par Georges Baussan • 6. Le Palais National après le
séisme du 12 janvier 2010
• Photos : ISPAN • 2010
• Photos : ISPAN • 2010
• Photo : ISPAN • 2010
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• 1. Le Monument-à-l’Empereur avant le séisme du 12 janvier
• 2. Le monument démoli.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 • 11
• Photo : D. Elie / ISPAN 2010
• Le chantier de restauration du Marché Hyppolite : au fond, la structure de la nouvelle halle nord, en avant-plan, la structure historique en cour de restauration
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• 1. La nouvelle halle nord et, au fond, la halle sud. • 2. La structure
métallique de la halle nord. • 3. Le chantier vue du boulevard JeanJacques Dessalines. • 4. Le nettoyage des briques récupérées
• Photo : JB Millet / ISPAN • 2010
Le BULLETIN DE L’ISPAN No 18 a été réalisé par :
• Philipe Châtelain et Daniel Elie pour la documentation et la
rédaction des textes;
• Daniel Elie pour l’édition et l’infographie;
• Pascale René, Monique Rocourt-Martinez et Guerda Romain
pour la relecture et les corrections;
• Daniel Elie, Yaumara Segrera et Lourdes Rizo pour les
photographies;
La direction et la distribution du BULLETIN sont assurées
par le Service de la Promotion de l’ISPAN.
Avis de l’ISPAN
Port-au-Prince, le 7 octobre 2010
La Direction général de l’Institut de Sauvegarde du
Patrimoine Nationale informe les habitants et usagers
du centre ville de Port-au-Prince, en général, et les
propriétaires de bâtiments anciens du centre historique de cette ville que l’institut a entamé depuis le 16
septembre dernier une vaste opération d’identification
des bâtiments à valeur patrimoniale et historique du
secteur déclaré d’utilité publique par l’arrêté du 2 septembre 2010 au centre-ville de Port-au-Prince. Sur la
façade principale de ces bâtiments est apposé un sceau
portant l’inscription : « BATIMENT HISTORIQUE • ISPAN »
Ce secteur est délimité, selon l’arrêté, au Sud, par la
rue Saint-Honoré, au Nord, par la rue des Césars, à l’Est,
par la rue Cappoix et à l’Ouest par la mer. Il est soumis,
depuis le 1er septembre 2010, sous la supervision du
Ministère des Travaux Publics, à une campagne de démolition des édifices détruits ou fortement endommagés par le séisme du 12 janvier 2010. Cette campagne
s’accompagne également de l’enlèvement des gravats
et rentre dans le cadre de la phase préliminaire de la
reconstruction du centre-ville de la Capitale.
La Direction générale de l’ISPAN
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• Photos : D. Elie / ISPAN 2010
épargné : les pièces de marbre fixées au moyen de tiges métalliques se sont détachées et le monument s’est
écroulé. A l’occasion de la commémoration au PontRouge du 17-Octobre, l’ISPAN a construit un socle
provisoire en maçonnerie sur lequel a été placé l’urne
drapée.
Marché Hyppolite,
la métamorphose se poursuit
Suite aux travaux de construction des fondations de
la nouvelle halle nord, le chantier de restauration du
Marché Hyppolite fut prêt dès le 26 septembre 2010
à recevoir les pièces métalliques fabriquées au EtatsUnis par la firme Helmark Steel. Ce premier stock de
poutres, poutrelles, colonnes, de pannes et de chevrons
formant l’ossature principale, est arrivé au port de
Port-au-Prince le 26 septembre 2010 et a été immédiatement transporté au site du chantier. Les travaux de
montage débutèrent dès le lendemain pour s’achever
15 jours plus tard. Parallèlement, ont débuté les travaux du revêtement de parquet de la halle sud. Cette
reprise du pavage utilise au maximum les dalles de grès
de Barzac (60 cm x 60 cm) récupérées du bâtiment.
Les dalles manquantes sont remplacées par du béton
orné de motifs. La récupération des briques se poursuit également. Elles sont toutes décapées des traces
de mortier antérieur, puis délicatement nettoyées sans
toutefois enlever leur patine. Un certain nombre d’entre elles ont été récupérées des constructions démolies par le séisme du 12 janvier et retenues pour leurs
caractéristiques physiques similaires à celles du Marché
(couleur, composition chimique, résistance mécanique,
etc.). Elles sont destinées au montage du muret d’enceinte qui sera surmonté d’un grillage en métal forgé
et soudé, tel qu’il était à l’origine. Actuellement, la structure de la nouvelle halle nord est prête à recevoir les
éléments de fermetures et de couverture : fenêtres à
persiennes fixes, tympans, lattes, tôles, etc. Entre temps,
le chantier s’est équipé de tours d’éclairage. L’horaire
de travail sera sensiblement modifié à partir du mois
de novembre. Des équipes d’ouvriers pourront ainsi se
relayer et travailler jusqu’à une heure avancée de la nuit.
La date d’inauguration du Marché Hyppolite restauré,
fixée pour le 12 janvier 2011, tient toujours...
• Un bâtiment ancien du centre historique
de Port-au-Prince scellé par l’ISPAN
BULLETIN DE L’ISPAN • No 18 • 1er novembre 2010 • 12