(2010-05) Bulletin de l'ISPAN, No 12 : Belladère, la nouvelle ville
Resume — Belladère comme trace bâtie des années Lescot : après la fin de l'Occupation américaine (1934) et jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, Haïti connut un regain d'activités économiques et d'investissements nationaux et étrangers, dont la ville nouvelle est l'un des résultats. En couverture, l'école des Garçons, l'École Anténor Firmin.
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Belladère comme trace bâtie des années Lescot : après la fin de l'Occupation américaine (1934) et jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, Haïti connut un regain d'activités économiques et d'investissements nationaux et étrangers, dont la ville nouvelle est l'un des résultats. En couverture, l'école des Garçons, l'École Anténor Firmin. Un numéro du Bulletin de l'ISPAN, bulletin mensuel de l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine National, paru de juin 2009 à novembre 2011 au moins, qui documentait un monument, un site ou un centre historique par livraison.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
Photo : ISPAN 2010
numéro 12, 1er mai 2010
BULLETIN DE L’ISPAN
Belladère,
la nouvelle
• L’école des Garçons de Belladère (Ecole Anténor Firmin)
BULLETIN DE L’ISPAN, No 12, 13 pages
Après la fin de l’Occupation ameericaine
(1934) jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale,
Haïti connut un regain d’activités économiques
jusqu’à devenir florissante sous le gouvernement d’Elis Lescot.
Des investissements nationaux et étrangers
sont consentis dans la production de denrées stratégiques, contribuant aux « efforts de
guerre contre les puissances de l’AXE ».
Cette période coïncide également avec la montée de la classe moyenne « noire », étayée par
l’idéologie noiriste, qui se développe en Haïti
en contrepoint de la suprématie traditionnelle
« mulâtre ».
Le président Dumarsais Estimé arrive au bon
moment. Depuis 1944, l’économie se porte bien.
: le café, la banane, le sisal, se vendent bien sur
le marché international. L’artisanat et les huiles
essentielles rapportent pas mal. La balance com-
Photo : D. T. P. • 1948
Un jour, un poète fera parler les pierres.
Jean Brierre
Vue de la place publique de Belladère. Au fond, l’école des Filles, les Télégraphes et la Préfecture
merciale est largement positive en 1946 ( : M.
Oriol et P. Vilaire ). Cette relative prospérité
se traduit par des investissements de prestige
et également par de grands projets d’urbanisme voulant exprimer une intégration d’Haïti
dans le monde. Ces projets viseront surtout
l’aménagement des « façades extérieures » du
pays.
Le vaste programme de la création d’un frontde-mer aménagé de Port-au-Prince prend
Sommaire
• Belladère, la nouvelle
• Le Palais National d’Haïti, vers la
restauration
• Le BULLETIN de l’ISPAN, douze mois
plus tard...
• Chronique des monuments et sites
historiques d’Haïti
BULLETIN DE L’ISPAN est une publication mensuelle de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National destinée à
vulgariser la connaissance des biens immobiliers à valeur culturelle et historique de la République d’Haïti, à promouvoir
leur protection et leur mise en valeur. Communiquez votre adresse électronique à ispan.bulletin@gmail.com pour
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BULLETIN DE L’ISPAN • No 12 • 1er mai 2010 • 1
PORT-AU-PRINCE
REPUBLIQUE DOMINICAINE
BELLADERE
• Belladère, ville frontalière
de l’architecture remarquable de ses édifices
administratifs.
Mais la création quasi ex nihilo de cette ville,
tient également d’une certaine volonté de
rompre définitivement avec un aménagement
territorial datant de la colonie de Saint-Domingue et qu’aucun projet ultérieur n’avait modifié
en profondeur. Jean Brierre, poète haïtien et
barde national, définit sans équivoque la ville
nouvelle : Elle (Belladère) illustre la possibilité
de bâtir sur les ruines de la Colonie de SaintDomingue. Notre pays ressemble trop encore à
la colonie qu’elle fût. Le Chef d’Etat a détruit les
huttes trop pareilles à celles de l’esclave. Il a bâti
des maisons pour des hommes libres, remplacé
les ténèbres de la plantation coloniale par les lumières d’un pays libre. Et de l’ancienne Belladère
à la nouvelle, il y a plus d’un siècle de progrès
humain.
La force de l’idéologie indigéniste qui a su mettre fin à l’occupation du territoire tente simplement de rayer des mémoires les réalisations
de l’Occupation nord-américaine d’Haïti (1915
- 1934)…
Le plan de la ville de Belladère a été dressé
par le Service d’Urbanisme des Travaux Publics, sous la direction de l’Architecte Franck
Jeanton, diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts
de Paris, assisté de l’Architecte René Villejoint
de l’Ecole Spéciale d’Architecture de Paris. La
construction des bâtiments administratifs ont
été réalisées par une brigade d’Ingénieurs du
Département des Travaux Publics sous la direction de l’Ingénieur Paul Pereira, Secrétaire
d’Etat des Travaux Publics. L’exécution de résidences des fonctionnaires a été réalisée par
l’Ingénieur Clément Paultre.
Le fonctionnement de cette ville-nouvelle ne
dura que l’espace d’un cillement. Son déclin
commence avec la dictature de François Duvalier, élu président de la République en 1957.
Celui-ci opte pour une politique frontalière
diagonalement opposée : le contrôle militaire
stricte des allés et venus entre Haïti et la République Dominicaine et le dépeuplement de
la zone frontalière. Durant cette période, le
* Les Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN), la milice du
dictateur Duvalier
Archives : Internet
Photo : D. T. P. • 1948
• Vue de la ville de Belladère en 1948
forme, avec le prétexte de la célébration du bicentenaire de la fondation de la ville. Ainsi nait,
en 1949, la Cité de l’Exposition, suivant un plan
d’aménagement urbain mettant en application
les principes de l’urbanisme et de l’architecture
moderne. La conception du front-de-mer de
la capitale est confiée à l’architecte roumain
Auguste F. Schmiedigen, qui avait fait ses preuves lors de la célèbre foire internationale de
Flushing-Meadow, à New-York (1939).
A Belladère, la porte d’entrée orientale du pays
( : Jean F. Brierre), une ville nouvelle sera créée
sur les emplacements d’une modeste agglomération rurale placée non loin de la frontière entre la République Dominicaine et Haïti. Cette «
ouverture » sur l’extérieur souligne également
la bonne entente entre les deux républiques
se partageant l’île depuis l’adoption, de bonne
foi, du tracé définitif de la frontière quelques
années plus tôt. Elle répond également à l’ample programme entamé par le président dominicain Trujillo de rénover les villes frontalières
de la république voisine.
Inaugurée en 1948, Belladère fut construite sur
un site fort agréable situé à près de 400 m
d’altitude, en pleine campagne. Elle s’étire d’Est
en Ouest sur la ligne de crête d’une colline
surplombant la vallée agricole de Grande-Plaine. Première cité moderne, la ville nouvelle surgit,
neuve, belle et immaculée, nous décrit C. Noisy,
chroniqueur de l’époque.
En effet, Belladère a cela de particulier qu’elle
tient à la fois d’une composition urbaine simple, choisie librement par ces concepteurs, et
développement de toutes villes frontalières
est freiné et leur population subît la terreur
macoute*.
De nos jours, de Belladère-la-Nouvelle ne subsistent que les vestiges, abandonnés pour la
plupart, de ces immeubles administratifs et de
fonction, mis à part l’hôpital et le tribunal. Une
tentative récente, de leur restauration, entreprise en 2008, par le Ministère de la Culture et
de la Communication, a avorté. D’une manière
générale leur structure portante a bien résisté
aux épreuves du temps, tandis que leur toiture,
les volets des ouvertures et les planchers en
bois ont disparu ou sont dans un état de détérioration très avancée.
Actuellement, la ville de Belladère vit essentiellement du commerce, interlope ou formel,
avec son vis-à-vis dominicain, Elias Pina.
La Nouvelle
Très certainement influencés par les principes d’urbanisme prônés par Auguste Perret et
surtout par Tony Garnier, principes largement
consommés en Europe, les concepteurs de
cette ville trouvèrent avec projet Belladère la
première occasion d’appliquer dans un projet
global leur connaissance souvent acquise à
l’étranger, particulièrement en France, dans les
plus grandes écoles d’Architecture, selon une
tradition bien établie en Haïti depuis la seconde moitié du XIXe siècle.
Des résultats formels des hypothèses et des
réalisations de Garnier, les architectes haïtiens
ont retenu l’essentiel : une clarté de la géométrie découlant des principes des compositions
architecturales classiques et une cohérence
formelle entre la structure de l’édifice et sa
fonction. Ils ont également appliqué partiellement certaines hypothèses de composition
urbaine de Garnier : l’adoption de règles capables de générer des formes et des typologies
fortes, telle la recherche d’une liaison étroite
entre espace intérieur et espace extérieur, facilitant une lecture du lieu, perçu comme essentielle tant dans la composition à l’échelle urbaine que dans la distribution architecturale. La
lumière naturelle, les conditions climatiques, les
caractéristiques morphologiques du site sont
pris en compte en tout premier lieu et sont
déterminants pour les résultats formels.
• L’hôpital de Lyon, France, par Tony Garnier (1913)
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Document : ISPAN
Document : CNIGS
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Ecole des Filles
Place publique
Ecole des Garçons
Le service des Postes et des Téleegraphes
La Préfecture
L’église
Place publique
Document : ISPAN
Le bureau de l’Agriculture
et des Travaux Publics
La Mairie
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1. Plan de la ville d’après un croquis publié à l’époque
2. Orthophotographie de la ville actuelle
3. Composition urbaine du noyau centralde la ville
Enfin, sur le plan architectural, si ces concepteurs se sont appuyés fortement sur le vocabulaire et la syntaxe classiques, ils y ont simplifié toute modénature, toute mouluration,
et stylisé les détails afin de permettre une expression plus nette de la lecture des volumes,
traités avec simplicité, et de leur fonction, pour
mettre ainsi en évidence l’essence des espaces
architecturaux.
Belladère va populariser un langage architectural nouveau qui prédominera en Haïti tout au
cours de la décennie suivante.
Le plan d’urbanisme
La ville obéit à un programme précis : établir
un centre administratif appelé à gérer l’accès et
le commerce par la frontière et accompagner
le développement de la nouvelle colonie agricole de Baptiste dont elle n‘est distante que de
14 kilomètres. Pour cela, nombre de bureaux
de l’Etat et de services techniques publics y seront implantés : le Bureau du Service agricole
et des Travaux publics, le Service des Postes et
des Télégraphes, un hôpital, une église et ses
dépendances, un hôtel, un magasins d’approvisionnement, deux écoles, une caserne et des
services de douanes, une banque, le Bureau des
Contributions et un tribunal. Les fonctions de
l’Etat y sont également représentées : la Mairie
et la résidence du Délégué, représentant du
Chef de l’Etat dans la ville. Les résidences destinées à loger les fonctionnaires de l’Etat serviront de modèles aux maisons d’habitations
futures. Un quartier pour loger les ouvriers de
la construction sera construit au préalable.
Le plan épouse la topographie du site avec
simplicité : une avenue centrale longeant une
ligne de crête et deux embranchements courbes la rejoignant à l’est et à l’ouest. Une disposition de bâtiments publics autour de la place,
centrale à l’ensemble, constituait le départ de
l’ordonnancement de la composition.
Il s’agit, en fait, de la première tentative haïtienne d’urbanisme moderne, dans le sens de
la ville née de la révolution industrielle en Europe.
La Préfecture
La force symbolique de sa localisation dans
l’axe Est-Ouest de la place municipale est reflétée dans le choix du parti architectural de
cet élégant bâtiment. Le corps principal, parfaitement symétrique, est précédé d’une rotonde
surmontée d’une galerie haute offrant une vue
panoramique sur la place et son voisinage.
L’ordonnancement de cette partie de l’édifice
tient de l’architecture classique dont toutes les
composantes sont évoquées, dépouillées de
moulurations. Le soubassement est formé d’un
escalier semi-circulaire à degré convexe. Des
colonnes doubles dont les fûts droits et lisses
s’élèvent sur les deux niveaux afin d’assurer la
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Photo : D. T. P. • 1948
Photo : ISPAN • 2010
• La Préfecture en 1948
avec ses salles de fêtes officielles et de réunions. Placée dans le prolongement de l’axe
nord-sud de la place municipale, la Mairie jouit
d’une position particulièrement privilégiée
dans la composition urbaine et participe à l’ordonnancement de la composition axiale formée principalement de la place, espace civique
par excellence, de l’Ecoles des Garçons et de
l’Ecole Filles.
Son plan est fort simple : au rez-de-chaussée,
une vaste salle de réception aux agréables et
majestueuses proportions desservant les bureau de la municipalité et jouissant d’une parfaite luminosité naturelle au moyen de large
baies à volets. A l’étage une salle des fêtes
donne sur des terrasses et le balcon principal,
dominant la place publique.
Dans cet édifice, le traitement donné à la cage
d’escalier rappelle celui de la Préfecture : elle
est ajoutée à la façade sud, exposée au soleil,
et son volume proéminent contribue à donner
du relief à celle-ci.
Documet : ISPAN 2010
• L’immeuble de la Préfecture
monumentalité de la façade donnant sur la place. En effet, il s’agit de la résidence officielle du
représentant du chef de l’Exécutif dans la ville,
le Préfet. A ce titre, ces espaces intérieurs sont
traités de manière généreuse. Salon et salle-àmanger d’apparat, cuisine et cabinets de toilette intégrées au corps principal se partagent
le rez-de-chaussée, voué à la fonction sociale
de l’édifice. L’étage, lui, loge les chambres et les
sanitaires disposés autour d’une spacieuse salle
de séjour et de réceptions intimes. Un escalier,
dont la cage est apposée à la façade est du
corps central, dessert le niveau supérieur de
l’édifice. Placé en perpendiculaire, des locaux
de service, remises et logements du personel
domestique, complètent l’ensemble et délimitent avec le corps principal un jardin d’agrément. L’édifice a abrité jusqu’à récemment les
bureaux de la Délégation.
La Mairie
Ce bâtiment a conservé sa fonction d’origine
: celle du logement des services municipaux,
• Le plan du rez-de-chaussée de la Préfecture
Par le jeu de ses volumes placés sur différents
plans, la simplicité du traitement des ouvertures, l’épure expressive de ses élévations et la
stylisation de ses éléments décoratifs, le bâtiment de la Mairie de Belladère prend un parti
résolument moderne qui semble jurer avec le
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Documet : ISPAN 2010
Photo : ISPAN • 2010
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1. La Préfecture (la Délégation)
2. La Préfecture en 1948
3. Le plan du rez-de-chaussée
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Photo : ISPAN 2010
• La façade orientée plein sud de la Mairie avec sa cage d’escalier cental, élément saillant de la composition
portique accolé à sa façade nord. Ce portique à colonne double s’élevant, comme pour
la Préfecture, sur deux niveaux et supportant
un entablement sur lequel repose d’un fronton
cintré, indique sans équivoque, par sa référence
directe à l’architecture classique, l’importance
de la fonction municipale.
Le Bazar
L’un des plus réussis du point de vue du traitement architectural des ces espaces internes
des constructions de Belladère, cet édifice
commande l’entrée ouest de la ville et est précédé d’une place de forme triangulaire. Son
plan épouse la forme de la parcelle sur laquelle
il est érigé et prend la forme d’un U enserrant une cage d’escalier desservant le second
niveau.
Bâtiment à vocation commerciale, le Bazar approvisionnait en denrées de tout genre la population et, surtout, les fonctionnaires de l’Etat
arrivés de la capitale. Ainsi son rez-de-chaussée
est formé d’une vaste salle subdivisée en quatre sous espaces, desservis par les trois entrées
de l’édifice donnant sur les rues avoisinantes.
L’étage, occupant la partie avant de l’édifice, logeait les bureaux d’administration des magasins.
Les pièces étaient partitionnées en panneaux
de bois. La structure de l’édifice est faite de
murs porteurs et de colonnes indépendantes
en béton armé supportant l’étage.
Le Bazar illustre bien le choix de son concepteur de mettre l’édifice en tension avec la ville.
D’abord en épousant parfaitement la forme
de la parcelle, le plan subit avec élégance cette
contrainte en créant une complicité avec les
voies périphérique, sur lesquelles elles donnent directement accès au bâtiment. Puis, l’architecte a ouvert le rez-de-chaussée sur la ville
au moyen de larges baies, qui réduisent considérablement la séparation entre l’intérieur et
l’extérieur créé par les murs des façades.
Le Club-Hôtel
À l’origine, cet immeuble était destiné à loger
les voyageurs autant que les visiteurs venus de
la République Dominicaine. Il comprenait, au
rez-de-chaussée, un hall d’accès, un grand salon, une confortable véranda périphérique, une
cuisine et des espaces de services. À l’étage,
1. La façade nord du Bazar
2. Croquis de l’architecte (Elevation ouest)
3. Plan du rez-de-chaussée
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Document : ISPAN 2010
Photo : ISPAN 2010
Photo : D. T. P. • 1948
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Photo : ISPAN 2010
• La puissante composition de la façade est du Bazar
rement remarquable. Le souci du bien-être de
l’usager est manifeste.
Le traitement du balcon est de l’étage desservant les chambres constitue encore un parfait
exemple de la relation étroite du bâtiment au
site. Ce balcon tracé sur un plan semi-circulaire
donne face au soleil levant et permet de jouir
d’une vue panoramique sur la ville et sur la
campagne immédiatement proche. Cette vue
est encadrée horizontalement de manière intentionnelle par le parapet et un linteau bas.
L’utilisation de l’escalier de service, liant le
rez-de-chaussée à la cour de service, dans la
composition de la façade sud, est également
originale. Celui-ci n’est plus intégré de façon
discrète au corps de bâtiment comme le voudraient les dispositions traditionnelles, mais
s’affiche, présent, en créant un volume fort,
jouant pleinement sa partition dans la composition de la façade.
L’école des Garçons
L’école des Garçons (actuellement l’école An-
ténor Firmin) applique scrupuleusement les
principes d’expression des fonctions au travers des dispositions formelles. Il se compose
de deux corps de bâtiment liés par un porche
d’entrée : les salles de classes, disposées en
enfilade, donnant toutes sur une coursive les
desservant et, disposé perpendiculairement, la
résidence du directeur d’école. Cele-ci s’élève
1. Le Club-Hôtel
2. Le Club-Hotel en 1948
3. Elévation nord (état actuel)
4. Elévation sud (état actuel)
5. Plan du rez-de-chaussée
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Photo : D. T. P. • 1948
des chambres à coucher équipées de toilettes,
une salle de séjour, deux terrasses couvertes
et les appartements du gérant. La veranda du
rez-de-chaussée est traitée à la fois en espace
de circulation, d’agrément et d’articulation
entre intérieur et extérieur. Des colonnes
doubles, éléments récurrents de l’architecture
belladéroise, rythment les lignes horizontales
prédominantes de la façade principale.
L’analyse de la répartition des espaces montre que les pièces logeant des services dont le
temps d’utilisation est réduit (sanitaires, escaliers, dépôts, etc.) sont situés plein sud formant
sur les deux niveaux de l’édifice, un bouclier
thermique isolant des ardeurs du soleil, les
chambres et les salles de séjour plus permanent. Les ouvertures de cette façade sud sont
traitées aussi en conséquence : elles sont plus
petites, laissant aux murs épais de 45 cm le
soin de « casser » la chaleur.
Cette sensibilité à intégrer le bâtiment aux caractéristiques naturelles du site est particuliè-
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• La puissante composition de la façade est du Bazar
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Documents : ISPAN • 2010
Photo : ISPAN 2010
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Photo : D. T. P. • 1948
• La façade sud du Club-Hôtel (1948)
à l’axe formé par la Mairie et la place publique un ensemble fort, malheureusement estompé aujourd’hui, suites à des modifications
importantes apportées à l’école des Filles et
la construction d’un terrain de sport clôturé
d’un mur haut, rompant ainsi l’axe principal de
composition.
Les éléments architecturaux des façades de
l’Ecole des Garçons utilisent un vocabulaire
Photos : ISPAN 2010
sur deux niveaux et constitue, par son volume
vertical, ses ouvertures à auvent et son large
débordement de toiture, le principal élément
d’identification de l’ensemble. Ce plan en L
enserre la cour de récréation placée sous le
contrôle visuel de la direction, placée au rezde-chaussée des logements du directeur.
L’école des Garçons et sa jumelle, l’Ecole des
Filles, disposées symétriquement par rapport
• La facade principale (est) de l’école des Garçons
• Les élévations intérieures donnant sur la cour de récréation
élaboré, mais sobre : baies verticales, volets,
persiennes, linteaux, et auvents ordonnancés
en un rythme serré, créant une forte unité de
style.
Belladère, une leçon d’architecture
Ces édifices, aujourd’hui abandonnés pour la
plupart, constituent les premières affirmations
d’un mouvement esthétique cohérent qui rechercha l’intégration sensible et totale aux caractéristiques du lieu de leur construction.
L’expérience de Belladère constitue une étape
particulièrement importante dans l’évolution
de l’architecture et de l’urbanisme en Haïti.
L’adoption des théories de l’Architecture
moderne, dans ce qu’elle possède d’essentiel
et de progressiste, transplanté avec des enrichissements intelligents dans un autre climat,
une autre culture, a permis aux architectes et
urbanistes haïtiens de l’époque d’initier une réflexion solide sur la manière d’habiter Haïti.
Belladère,
Autres réalisations (1948)
• L’Hôpital
• Une résidence type construite en 1848
• Une résidence récement réhabilitée
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Belladère,
Autres réalisations (1948)
L’ISPAN remercie l’historien Georges Corvington pour sa collaboration à la redaction de cet
article en précisant pour nous le contexte historique et les motivations diverses et complexes
qui ont mené à la construction de la ville-nouvelle de Belladère.
De g. à d. et de h. et b. :
• Le Tribunal de Paix
• La Banque
• Les Casernes (Façade ouest)
• Les Casernes (Façade est)
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Photo : ISPAN 2010
Photos : ISPAN 2010
En présentant dans le colonnes de ce numéro,
un premier article sur des œuvres architecturales modernes en péril en Haïti, la rédaction
du BULLETIN illustre l’entière adhésion de
l’Institut à la charte d’Eindhoven établissant
le principe qui régissent le Comité International pour la Documentation et la Conservation
de des Monuments et des Sites historiques du
Mouvement Moderne (DOCOMOMO).
Cette charte recommande essentiellement de :
• Révéler l’importance du mouvement moderne
à l’attention du grand public, des autorités, des
professionnels et de la communauté scientifique.
• Identifier et promouvoir l’inventaire des
œuvres du mouvement moderne, au travers
de la constitution d’un registre, de dessins, de
photographies, d’archives et d’autres outils de
documentation.
• Favoriser le développement de techniques et
de méthodes de conservation adaptées, et diffuser leur connaissance auprès des professionnels
impliqués dans la conservation de l’architecture moderne.
• S’opposer à la destruction et à la défiguration
des édifices de référence.
• Promouvoir le financement de la documentation et de la conservation des œuvres modernes.
• Développer et enrichir la connaissance du
mouvement moderne.
S’il est de tradition de faire remonter le mouvement moderne en architecture et en urbanisme
à la naissance de la Révolution industrielle
(première moitié du XIXe siècle), force est de
constater que la majorité des édifices historiques patrimoniaux d’Haïti font partie de cette
période. Et innombrables sont ces constructions
perdues à jamais par manque d’entretien,
par indifférence, par vandalisme, par ignorance, par intéret pécunier de particuliers ou
de groupes sociaux, par absence de cadre légal
adéquat...
Protéger ces références concrètes de notre Histoire est aujourd’hui une question de survie du
Peuple haïtien.
La leçon d’architecture de Bellàdère
• Fenêtre ouverte sur la ville • Vue prise de l’intérieur du Bazar
• Le balcon du Club-Hôtel
Photos : ISPAN 2010
• La galerie du Club-Hôtel
• Une baie de la Mairie
• Les proportions de la salle de reception de la Mairie
• La colonne double de la façade nord de la Mairie
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Photos : ISPAN 2010
La leçon d’architecture de Bellàdère
• La coursive des Casernes
• L’agencement des baies de l’escalier de la Mairie
• La coursive et la cage d’escalier des Casernes
• La façade intérieure des Casernes
• Vue intérieure du Bazar . Le hall principal souvrant sur la vile
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• Parties du Palais National d’Haïti effondrées ou
sévèrement endomagées par le séisme
1. Premier étage
2. Second étage
3. Toitures et combles
(D’après la Miyamoto International • Février 2010).
Photo : ISPAN • 2010
fois restauré, soit maintenu comme siège
du gouvernement de la République tout en
considérant que les exigences de la bureautique moderne s’accommodent mal au fonctionnement du siège de l’Exécutif. Sa restauration ne devrait envisager que les fonctions
d’apparat et les activités officielles de la Présidence (réception officielle, réunion du Conseil
des Ministres, etc.).
La visite didactique du monument historique
devrait également être prise en compte. Les
fonctions administratives et autres seraient
aménagées dans de nouveaux espaces appropriés et construits à cet effet.
Enfin, élargissant le contexte, le groupe a insisté sur la nécessité de privilégier une approche
urbaine dans tout projet de restauration du
Palais National et de prendre en compte son
environnement immédiat. La notion de préservation du patrimoine devrait dépasser celui du
monument isolée et s’étendre au quartier du
Champ-de-Mars, au centre historique de Portau-Prince et à la ville.
Sous la direction de l’ingénieur en restauration,
Elsoit Colas de l’ISPAN, la dépose des éléments dangereux ou jugés non récupérables
sera accompagnée d’une campagne de pose
d’étaiements. Il s’agit de mesures conservatoires
articulant la première étape de la restauration
du Palais National d’Haïti. Cette phase est accompagnée de relevés architecturaux et photographiques. des détails de construction.
Photo : ISPAN • 2010
Les techniciens de l’ISPAN, aidés des engins
lourds du Centre National d’Equipement
(CNE), ont débuté le jeudi 8 avril dernier, la
dépose des éléments dangereux ou jugés
non récupérables des ruines du Palais National d’Haïti, endommagé par le séisme du
12 janvier 2010. Ces travaux, qui font suite à
diverses consultations auprès de firmes et de
techniciens spécialisés en structures en béton
endommagées par des secousses telluriques
comptent également sur un avis technique
émis par une groupe d’architectes, d’urbanistes,
de sociologues et d’historiens* réunis à la demande de la Direction générale de l’ISPAN.
Dans ce document, le groupe ainsi constitué a
émis de sérieux arguments en faveur de la restauration par reconstruction. Il y a reconnu que
Le Palais national construit entre 1913 et 1922
selon les plans de l’architecte haïtien Georges
Baussan est, sans conteste, l’expression la plus
achevée d’une grande période de l’Architecture
en Haïti et est probablement un des plus beaux
exemples d’architecture néo-classique transplantée en Amérique. L’avis signale également
que l’édifice possède, en outre, les trois valeurs
définissant un monument historique : une signification, une valeur documentaire et une valeur
architecturale. Pour toutes ces raisons, le Palais
National mériterait largement de rester en place
dans la mémoire collective.
Fort de ces arguments, le groupe a recommandé que le Palais National d’Haïti, une
Document : Miyamoto International • 2010
Le Palais National d’Haïti
en route vers la restauration
• Le Palais National, le 13 janvier 2010
• Dépose des éléments irrécupérables
* Ont fait partie du groupe constitué par l’ISPAN :
L. Voltaire, P.-E. Simon, M. Oriol, G. Esper, G. Lahens-Esper, M.-J. Liautaud-Millet, W. Kénel-Pierre, M. RocourtMartinez, F. Mangonès et H.-R. Jolibois.
BULLETIN DE L’ISPAN • No 12 • 1er mai 2010 • 11
Le BULLETIN de l’ISPAN
douze mois plus tard...
Je me mets en tout premier lieu à imaginer la trotte que cela a dû constituer, les recherches que cela a dû demander pour rédiger
ces douze bulletins.
Je les ai reçus et lus tous avec le même bonheur. Avec la même détresse. Le bonheur que toutes ces photos, ces informations sur
l’histoire et l’actualité du patrimoine bâti, dans un graphisme très intelligent, arrivent gratuitement et à l’heure, tous les mois,
dans ma boite aux lettres, sans même que je ne sois obligée de dire merci - j’ai quand même dit merci quelques fois -, le bonheur
de me dire que ces histoires sont aussi les miennes. La détresse, presque la douleur, de constater les grandes difficultés auxquelles le
patrimoine est en but. Les menaces naturelles, ou du fait des hommes, qui pèsent sur chacun d’entre eux et la presqu’impossibilité
d’agir, faute de moyens.
Daniel Elie, le Directeur général de l’ISPAN - éditeur du BULLETIN - soulignait dans le premier numéro paru le 1er juin
2009, que le bulletin paraissait dans un contexte particulièrement difficile marqué par le dysfonctionnement de l’Administration publique, les dérèglements environnementaux entrainant des inondations à répétition causant pertes de vies et biens, y
compris de biens immobiliers à haute valeur culturelle. Le premier article du numéro 1 consacré à Jérémie avait pour grand titre
« Centre historique de Jérémie, un patrimoine en péril », et c’était le début d’un voyage à bout de souffle à l’intérieur de nousmêmes, de gloires en questionnements, de peurs en émerveillements. Une quête incessante qui a peut-être rendu ces voyages moins
fastidieux : montrer et préserver, fabriquer l’avenir avec un passé et un présent qui semblent trop souvent laisser indifférent.
De Jérémie à Marchand-Dessalines, avec un arrêt dans les cendres et la fumée du marché Vallière, le Palais de la Belle-Rivière,
Fort Jacques, le Palais National, la Citadelle Henry. 11 fois à bord pour des voyages trop courts. Les voyages réussis sont toujours
les plus courts, ou le semblent être. Histoire de perception, peut-être.
Et nos rêves, déjà fragiles, nos monuments, comme nous, bousculés par un temps qui va trop vite, comme nous, dans la marge
des urgences du monde, comme nous à la merci de la terre qui tremble, des vents qui soufflent, sont tombés. Dans le même mouvement presque. Le 12 janvier. Les Bulletins 10 et 11 de l’ISPAN ont montré et dit ce qui était et reste au dessus des mots.
Je regarderai encore et encore les photos du Palais National dans le BULLETIN 6, sans jamais les comparer à celles dans le
BULLETIN 10 parce qu’on ne compare pas des travaux réalisés avec des cœurs différents à des époques différentes, et qu’il
faut surement regarder de l’avant, même en revendiquant sa douleur et sa nostalgie. Attendre comme avant, chaque mois, un
nouveau BULLETIN de l’ISPAN, avec d’autres images, d’autres nouvelles, d’autres coups de projecteurs sur le patrimoine bâti
haïtien et nous identifier à chaque fois avec ces monuments, ces histoires qui parlent si bien de ce que nous avons été, sommes
et serons.
Merci et bon travail à l’ISPAN.
Emmelie Prophète
• Les douze couvertures des numéros du BULLETIN de l’ISPAN
BULLETIN DE L’ISPAN • No 12 • 1er mai 2010 • 12
Chronique
des monuments et sites historiques d’Haïti
La fresque de Ramponneau, démolie
Vandale qui détruit les oeuvres de Pan.
Sylvain de Tesson
La fresque réalisée en 1953 pour le restaurant, «
Aux Cosaques », a été systématiquement démolie
sous la conduite du Ministère de l’Économie et des
Finances.
En effet, le MEF a fait, en décembre 2009, l’acquisition pour le compte de l’Etat haïtien de la propriété,
fonds et bâtisses, appartenant aux héritiers Jean Buteau où se situait le restaurant « Aux Cosaques ».
Propriétaire pour le compte de l’Etat haïtien, le MEF
a pris unilatéralement l’initiative de démolir l’œuvre
d’art, légèrement endommagé lors du séisme du
12 janvier, sans consultation préalable auprès des
institutions haïtiennes chargées de la sauvegarde
Photo : ISPAN • 2010
• L’église Saint-Joseph de la Croix-des-Bossales
Photo : Collection part. • 2010
• L’église Saint-Joseph, le 13 janvier 2010
• La démolition de la fresque de Ramponneau
du patrimoine artistique de la Nation haïtienne, en
l’occurrence le Musée du Pathéon National d’Haïti
et l’ISPAN, pour ce type de biens historiques et
culturels. Le ministère de la Culture et de la Communication n’a pas été également informé de telles
dispositions.
Cette fresque monochrome, coloriée dans des
teintes sépia, illustrait, le processus de la fabrication
du rhum, du rude labeur de la coupe de la canneà-sucre jusqu’à la mise en fût de l’alcool. Monumentale, elle mesurait environ 12 mètres de long sur 2
mètres de haut.
Fondateur du Centre d’Art avec, entre autres,
Maurice Borno, Dewitt Peters et Albert Mangonès,
l’artiste Géo Ramponneau, illustrateur avisé, avait
réalisé les dessins du manuel de géographie haïtienne publié par les Frères de l’Instruction Chrétienne.
Géo Ramponneau réside actuellement à New-York.
Cette fresque fut photographiée un mois avant le
séisme par Raphaëlle Castera.
Encore un témoin important de l’histoire artistique d’Haïti qui disparait, appauvrissant culturellement et économiquement notre pays.
Journée porte ouverte à Washington
Le samedi 1 mai 2010, l’Ambassade d’Haïti, sise
au Massachusetts Avenue de Washington, a reçu
plus 4 000 visiteurs venus participer à la journée
porte ouverte organisée cette année sous le thème
de la sauvegarde du patrimoine haïtien. Entièrement
préparée par le service culturelle de l‘ambassade
d’Haïti sous la direction de Mme Stéphanie Rosenberg, cette journée porte ouverte rentre dans un
programme de découverte multiculturelle réalisé à
l’initiative du bureau du tourisme culturel de la ville
de Washington et intitulé Passport DC : Around the
World Embassy Tour. Plus de 30 ambassades y ont
participé cette année.
Les nombreux visiteurs de toute nationalité purent admirer la vingtaine de planches réunies en une
impressionnante exposition de photographies sur
les éléments du patrimoine bâti culturel et historique détruits ou sévèrement endommagés par le
séisme du 12 janvier 2010. Ces photographies ont
toutes été tirées des archives de l’ISPAN.
Projeté en boucle, un film sur le séisme monté
par le cinéaste haïtien Mario Delatour a également
eu un grand succès auprès du public.
La veille, à la salle de réception de l’Ambassade,
s’était tenue une conférence prononcée par M. Daniel Elie, Directeur général de l’ISPAN, présentant
un bilan des pertes causées à notre patrimoine bâti
par le séisme.
L’exposition sera ouverte au public durant tout
le mois de mai.
Photo : Raphaêlle Castera • 2010
L’église de Saint-Joseph, rasée
Pour voir le futur, il faut regarder derrière soi.
Livre d’Isaïe • La Bible
Après l’église Saint-Louis, Roi de France de Turgeau, l’église du Perpétuel Secours du Bel-Air, le lycée Alexandre Pétion, l’école des Arts et Métiers,
l’école de la République du Vénézuéla (ancienne
école professionnelle), c’est le tour de l’église de
Saint-Joseph de la Croix-des-Bossales à Port-auPrince, de subir l’assaut inconsidéré des pelles mécaniques et des masses des démolisseurs. Arguant
le prétexte, souvent fallacieux mais devenu coutumier, de la dangerosité de certains éléments « pour
les vies humaines » et endommagés par le séisme
du 12 janvier, le curé de la paroisse a pris sur son
propre compte l’initiative de raser jusqu’aux fondations l’édifice de culte, témoin de plus d’un siècle
d’histoire religieuse en Haïti. Visité le 13 janvier, le
lendemain du séisme, par les techniciens de l’ISPAN,
l’édifice n’avait que subi que des dommages partiels,
dont l’effondrement du clocher.
Construite en 1872, l’année du lancement de la
vaste campagne de construction d’églises à travers
tout le territoire d’Haïti entreprise par le Vatican,
l’église Saint-Joseph fut la première à être édifiée,
selon les termes du Concordat de 1860. Les travaux
se poursuivirent durant nombreuses et longues années grâce aux dons des fidèles et aux libérales subventions du gouvernement ( : Corvington)
Le dimanche 23 janvier 1876, au soir, dans le clocher
nouvellement achevé, le vénérable prélat, entouré d’une
cohorte de parrains et de marraines, parmi lesquels on
distinguait : Mme la Présidente Domingue, Mesdames
Lorquet, Cassagnol, Charles Miot, MM. D’Aguesseau
Lespinasse, Poulle, J.J. Audain, etc. procéda à la bénédiction de Marie-Louise et de Louise, les deux cloches
au poids respectif de 1.200 et de 900 livres, dues a la
générosité de Mme Raignemond Régnier (…).L’église
de Saint- Joseph du quartier de la Croix-des-Bossales,
entièrement achevée, fut pourvue d’un mobilier de
choix. Mgr. L’archevêque, assisté de Mgr. Hillion, évêque
du Cap, procéda a sa consécration, le 22 avril 1877
en présence du Président Boisrond Canal, de sa jeune
épouse et des hauts fonctionnaires du gouvernement.
D’après l’historien Georges Corvington, l’église fut un
véritable petit chef-d’œuvre d’élégance architecturale,
et sa décoration était d’un goût parfait. Les statuts des
douze apôtres, de Sainte Anne, de Saint Etienne, de
Saint Jean-Baptiste font cortège à celle de Saint Joseph.
Le curé, l’abbé Guillard, poussant plus loin l’embellissement du saint lieu, fit installer dans la partie absidale
de la voûte une reproduction, exécutée à Paris, d’une
fresque du couvent de Saint Marc de Florence, peinte
par Fra Angelico.
• La fresque de Géo Ramponneau du restaurant “Aux Cosaques”
BULLETIN DE L’ISPAN • No 12 • 1er mai 2010 • 13