(2026) Haïti : Rapport d'assistance technique - Améliorer la gestion des investissements publics en période de fragilités
Resume — Ce rapport d'assistance technique évalue les réformes de la gestion des investissements publics (GIP) en Haïti, s'appuyant sur les évaluations PIMA et C-PIMA de 2022. Il constate des progrès limités en raison de l'insécurité et de l'instabilité politique, et propose des actions prioritaires pour renforcer l'évaluation des projets, la budgétisation pluriannuelle, la gestion de trésorerie et la digitalisation. Le rapport souligne l'importance d'adapter les procédures face aux faiblesses de capacités et aux risques climatiques.
Constats Cles
- Progrès limités dans les réformes GIP en raison de l'insécurité et de l'instabilité politique.
- Faiblesse des capacités institutionnelles et rétention des cadres.
- Évaluation, sélection des projets et prise en compte du risque climatique insuffisantes.
- Absence de budgétisation pluriannuelle et de financement prévisible des projets.
- Systèmes d'information fragmentés et non interopérables pour la GIP.
Description Complete
Les autorités haïtiennes poursuivent la mise en œuvre de réformes relatives à la gestion des investissements publics (GIP), malgré les défis sécuritaires et politiques importants. Cette mission a procédé à une évaluation du suivi des recommandations découlant des évaluations PIMA et C-PIMA de 2022, et a proposé des actions prioritaires adaptées à la situation pour renforcer la GIP en Haïti. Les progrès réalisés demeurent limités dans la plupart des axes de réforme, avec quelques avancées ponctuelles en gestion de trésorerie, notamment l'élargissement du périmètre du Compte Unique du Trésor (CUT) et la mise en place opérationnelle du Comité de trésorerie. Cependant, des faiblesses importantes persistent en matière de capacités institutionnelles, d'évaluation et de sélection des projets (notamment la prise en compte des risques climatiques), de programmation budgétaire pluriannuelle et de digitalisation des processus de GIP.
Le rapport propose un ensemble de recommandations hautement prioritaires, pragmatiques et modulaires, adaptées au contexte de fragilité d'Haïti. Celles-ci incluent le renforcement de la résilience administrative et la rétention des cadres, la systématisation de l'évaluation des projets avec une prise en compte des risques climatiques et la création d'un fonds d'études, l'évolution vers un plan triennal d'investissement public (PTIP) avec autorisations d'engagement et crédits de paiement, l'extension du périmètre du CUT, la mise en place de rapports trimestriels sur l'exécution physique et financière des projets, et le renforcement de la digitalisation des systèmes d'information. Leur application requiert une forte implication gouvernementale, une coordination interinstitutionnelle et un soutien technique régulier des partenaires au développement.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
RAPPORT DʼASSISTANCE
TECHNIQUE
HAΪTI
Améliorer l a gestion des i nvestissements
publics en période de fragilités
MARS 2026
Préparé par Jean Pierr e Nguenang, R ui Monteiro, P ierre Roumegas, Marie -Christine Uguen
Départements auteurs
Département des finances publiques
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 2
©2026 International Monetary Fund
Le présent document rassemble des conseils techniques fournis par les services du Fonds
monétaire international (FMI) aux autorités de la République d’ Haïti (ci-après le « bénéficiaire des
activités de développement des capacités ») en réponse à leur demande d’assistance technique. À
moins que le bénéficiaire des activités de développement des capacités ne s’y oppose
expressément, ce document (dans sa totalité, en partie ou sous une forme résumée) peut être
communiqué par le FMI aux administrateurs du FMI et à des membres de leurs équipes, ainsi qu’à
d’autres organismes ou entités du bénéficiaire des activités de développement des capacités et, à
leur demande, aux services de la Banque mondiale, à d’autres prestataires d’assistance technique
et bailleurs de fonds dont l’intérêt est légitime, et des membres du comité d’orientation du centre
régional de développement des capacités des pays du Centre régional d’assistance technique des
Caraïbes (CARTAC) (voir les directives opérationnelles des services du FMI sur la diffusion des
informations relatives aux activités de développement des capacités). La publication du présent
rapport ou sa communication (intégralement ou en partie) à des parties extérieures au FMI autres
que des organismes ou entités du bénéficiaire des activités de développement des capacités, les
services de la Banque mondiale, d’autres fournisseurs d’assistance technique et bailleurs de fonds
ayant un intérêt légitime et le comité d’orientation de CARTAC Centre requiert le consentement
explicite du bénéficiaire des activités de développement des capacités et du département
Département des finances publiques du FMI.
International Monetary Fund, IMF Publications
P.O. Box 92780, Washington, DC 20090, U.S.A.
T.
+(1) 202.623.7430 • F. +(1) 202.623.7201
publications@IMF.org
IMF.org/pubs
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Remerciements
Cette mission d’assistance technique a été rendue possible grâce au soutien
financier de l’Union européenne dans le cadre du partenariat avec le FMI connu
sous sa dénomination en anglais « PFM-PP 2 ».
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Table des matières
REMERCIEMENTS ___________________________________________________________ 3
ABREVIATIONS _____________________________________________________________ 6
PREFACE __________________________________________________________________ 7
RESUME ___________________________________________________________________ 8
I. CONTEXTE DE LA GESTION DES INVESTISSEMENTS PUBLICS EN HAÏTI __________ 12
A. Implications des crises d’insécurité et d’instabilité politique sur la gestion des investissements
publics ____________________________________________________________________ 12
B. État des lieux de la mise en œuvre des réformes de la gestion des Investissements Publics 13
II. RENFORCER L’EVALUATION EX ANTE, LA SELECTION ET LA PRIORISATION DES
PROJETS D’INVESTISSEMENT EN AVEC PRISE EN COMPTE DU RISQUE CLIMATIQUE 16
A. Définir les projets d’investissements ___________________________________________ 16
B. Evaluer, sélectionner et prioriser les projets _____________________________________ 17
C. Mettre en place un fonds d’études ____________________________________________ 19
D. Prendre en compte le risque climatique ________________________________________ 20
III. RENDRE EFFECTIVE LA PROGRAMMATION BUDGETAIRE PLURIANNUELLE DES
INVESTISSEMENTS PUBLICS ________________________________________________ 24
A. Rétablir la programmation pluriannuelle à travers un PTIP __________________________ 24
B. Envisager d’introduire les autorisations d’engagement pluriannuel et les crédits de paiements26
IV. RENFORCER LA GESTION DE LA TRESORERIE ET DU FINANCEMENT DE
L’INVESTISSEMENT PUBLIC _________________________________________________ 28
A. Elargir le périmètre du CUT pour intégrer les financements des bailleurs de fonds _______ 28
B. Améliorer la fiabilité et l’exhaustivité des plans de trésorerie pour exécuter à bonne date les
investissements publics_______________________________________________________ 28
C. Rendre effective la préparation des plans d’engagement de la dépense pour réguler l’exécution
des dépenses d’investissement public ___________________________________________ 30
D. Financer l’investissement public ______________________________________________ 31
V. SUIVRE LE PORTEFEUILLE DES PROJETS ET LES ACTIFS CREES ______________ 33
A. Suivre le portefeuille des projets ______________________________________________ 33
B. Suivre les actifs créés ______________________________________________________ 35
VI. ASSURER LA DIGITALISATION DES PROCESSUS DE GESTION DES INVESTISSEMENTS
PUBLICS _________________________________________________________________ 38
A. Gouvernance et pilotage des systèmes d’information _____________________________ 38
B. Développement et articulation des applications liées à la GIP _______________________ 38
VII. ACTUALISATION DU PLAN D’ACTIONS PIMA ET C -PIMA DE 2022 ET SESSIONS DE
FORMATION ______________________________________________________________ 40
A. Actualisation du plan d’actions PIMA et C-PIMA de 2022___________________________ 40
B. Identification des sessions de formation à court terme _____________________________ 46
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Encadrés
1. Côte d’Ivoire : Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement et Fonds d’études en appui
à l’évaluation du PIP ______________________________________________________________ 19
2. Exemples de risques climatiques à considérer ________________________________________ 21
3. Haïti : Plan mensualisé de trésorerie : conditions d’amélioration __________________________ 29
4. Principes d’élaboration du plan d’engagement ________________________________________ 31
5. Suivi infra-annuel de l’investissement public dans quelques pays _________________________ 33
6. Contenu minimum d'un rapport trimestriel sur les investissements publics __________________ 34
7. Principes de dépréciation des actifs de l’Etat _________________________________________ 36
Tableaux
1. Recommandations et Actions Prioritaires Associées, 2025– 2027 _________________________ 10
2. Classification des projets par taille dans quelques pays, en millions d’euros ________________ 17
3. Exigences additionnelles relatives à l’adaptation et à l’atténuation climatiques _______________ 22
4. Exemple d’une matrice pour la rationalisation du PIP __________________________________ 24
5. Un exemple de Programme Triennal de l’Investissement Public (PTIP) ____________________ 25
6. Modèle de registre des actifs de l’État ______________________________________________ 37
7. Plan d’actions révisé PIMA et CPIMA, 2026–2028 _____________________________________ 41
8. Haïti – Sessions identifiées de formation à court terme _________________________________ 46
Annexes
1. Haïti. Synthèse de l’atelier technique par thèmes _____________________________________ 47
2. Haïti – Proposition de structure minimale d’une note conceptuelle d’un projet d’investissement public
______________________________________________________________________________ 51
3. Haïti – Éléments minimaux d’une étude de faisabilité pour les projets majeurs_______________ 53
4. Haïti – Lignes directrices pour la mise en place d’un Fonds d’études ______________________ 55
5. Haïti – Préparation de la commande publique ________________________________________ 58
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Abréviations
AE Autorisations d’engagement
BID Banque interaméricaine de développement
BRH Banque de la République d’Haïti
CBMT Cadre budgétaire à moyen terme
CFAT Cash Forecasting and Analysis Tool
CMMP Commission ministérielle des marchés publics
CNCC Comité nationale sur le changement climatique
CNMP Commission nationale des marchés publics
CP Crédits de paiement
C-PIMA Climate Change Public Investment Management Assessment
CSCCA Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif
CSMP Commission spéciale des marchés publics
CUT Compte unique du trésor
DEE Direction des études économiques
DGB Direction générale du budget
DGTCP Direction générale du trésor et de la comptabilité publique
FIOP Fiche d’identité et d’opération de projets
GIP Gestion des investissements publics
LEELF Loi sur l’élaboration et l’exécution des lois de finances
MDE Ministère de l’environnement
MEF Ministère de l’économie et des finances
MGAE Module de gestion de l’aide externe
MPCE Ministère de la planification et de la coopération externe MSPP
MTPTC Ministère des travaux publics, transports de la télécommunication
PIMA Public Investment Management Assessment
PIP Programme d’investissement public
PPM Plan de passation des marchés publics
PPP Partenariat public privé
PTM Plan de trésorerie mensuel
PTI(P) Plan triennal d’investissement public
SI Système d’information
SIGFIP Système de gestion intégré des finances publiques
SIP Système d’information sur la Planification
SYSDEP Système informatique des dépenses
UEP Unité d’étude et de programmation
UPMP Unité de passation des marchés publics
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Préface
En réponse à la demande de S.E. Monsieur Alfred Fils Metellus , Ministre de l’Économie et des Finances
d’Haïti, une mission du Département des finances publiques (FAD) du FMI, s’est déroulée du 22 octobre
au 5 novembre 2025. La mission dirigée par M. Jean Pierre Nguenang, économiste principal à FAD,
comprenait également, MM. Rui Monteiro et Pierre Roumegas, et Mme Marie- Christine Uguen, tous,
experts à FAD. En raison du contexte marqué par des défis sécuritaires importants dans le pays, les
travaux ont été conduits en format hybride, avec des sessions techniques à Panama City et des
échanges virtuels avec les parties prenantes à Port-au-Prince.
La mission avait pour objectif d’évaluer l’état d’avancement de la mise en œuvre des recommandations
émises lors de la mission FAD 2022 sur la gestion des investissements publics, en intégrant les
considérations climatiques conformément à la méthodologie du FMI, à savoir le PIMA ( Public Investment
Management Assessment) et le C -PIMA (Climate PIMA). Plus spécifiquement, la mission visait à : (i)
renforcer les pratiques relatives à l’évaluation et à la sélection des projets majeurs d’investissement
public ; (ii) optimiser la programmation et la budgétisation pluriannuelle des investissements ; (iii)
améliorer l’accès aux financements nécessaires à la réalisation des projets ; et (iv) formuler des
recommandations pertinentes et adaptées au contexte actuel.
La mission a mené des entretiens avec les officiels haïtiens des ministères et institutions suivants :
Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
(MPCE), Ministère des Travaux Publics, des Transports et de la Télécommunication (MTPTC), Ministère
de la Santé Publique et de la Population (MSPP), Banque de la République d’Haïti (BRH), et la
Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP).
Elle a animé un atelier technique de deux jours pour renforcer les capacités sur des sujets clés. Elle a
présenté ses constats et recommandations aux officiels haïtiens et partagé ses conclusions avec l’Union
européenne, la Banque mondiale et autres partenaires pour coordonner l’assistance technique.
La mission remercie les représentants des ministères et institutions pour leur collaboration à Panama City
et Port-au-Prince, ainsi que Mme Vanette Vincent, M. Daniel Chalne (MEF) et M. Guy G. Lamothe
(MPCE) pour la coordination avec les officiels haïtiens.
La mission exprime sa reconnaissance envers M. Camilo E. Tovar (chef de mission pour Haïti au
Département de l’hémisphère occidental du FMI) et M. Gabriel Berny Duvalsaint (économiste au bureau
du Représentant résident du FMI en Haïti) pour leur appui. Par ailleurs, la mission tient à remercier Mmes
Young Kim et Viviane Passarani, toutes deux coordinatrices administratives à la division financière II de
FAD, pour leur soutien administratif et logistique.
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Résumé
Les autorités haïtiennes poursuivent la mise en œuvre de réformes relatives à la gestion des
investissements publics (GIP), malgré les défis sécuritaires et politiques présents dans le pays.
Dans ce contexte, la mission a procédé à une évaluation du suivi des recommandations découlant des
évaluations Public Investment Management Assessment (PIMA) et Climate- PIMA (C-PIMA) réalisés en
2022, et a proposé des actions prioritaires adaptées à la situation pour renforcer la GIP en Haïti.
Les paragraphes suivants exposent un résumé des constats, des enjeux actuels et des
recommandations principales concernant le renforcement de la GIP. Ils abordent notamment
l’évaluation et la sélection des projets, la prise en compte des risques climatiques, la programmation
pluriannuelle et la budgétisation, la gestion de la trésorerie et l’élargissement du compte unique du Trésor
(CUT), le suivi du portefeuille et l’enregistrement des actifs, ainsi que la digitalisation des processus de la
GIP et l’interopérabilité des différents systèmes d’information.
Au terme de la présente mission , il ressort que les progrès réalisés dans la mise en œuvre des
recommandations PIMA/C-PIMA demeurent limités, avec quelques avancées ponctuelles qui ne
permettent pas d’améliorer substantiellement la performance du système de GIP . Les progrès concernent
principalement la gestion de la trésorerie, notamment l’élargissement du périmètre du CUT, la mise en
place opérationnelle du Comité de trésorerie, ainsi que certaines initiatives sectorielles menées, entre
autres, par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) pour le suivi de l’exécution des
projets. Les conclusions principales sont les suivantes :
Capacités institutionnelles. Le départ massif de cadres qualifiés accentue la faiblesse des
capacités techniques, d’où la nécessité de mettre en place un plan de rétention des cadres,
comprenant des formations ciblées.
Évaluation, sélection et maturation des projets. Les projets financés par des ressources du Trésor
Public ne sont généralement pas évalués avant leur inscription aux budgets de l’État. L’évaluation
des projets prend rarement en compte les risques climatiques. Les critères de sélection des projets
pour le programme d’investissement public (PIP) annuel ne sont pas formalisés. La coordination
entre le MEF et le MPCE reste limitée, ce qui peut entraîner des insuffisances dans la
programmation.
Programmation et Budgétisation. Le portefeuille des projets d’investissement reste important, bien
qu’il ait été rationalisé, sans hiérarchisation explicite des priorités. Les budgets consacrés aux
dépenses d’investissement publics sont annuels et issus d’un Programme d’Investissement Public
(PIP) annuel. L’absence d’autorisations d’engagement (AE) et de crédits de paiement (CP) ne permet
pas de garantir le financement des projets sur plusieurs années, ce qui limite la visibilité à long terme
et la capacité de lancer des projets structurants.
Gestion de la Trésorerie et du CUT. Les plans prévisionnels de trésorerie présentent des marges
de progression en termes de fiabilité, ce qui impacte l’exécution des projets. Le périmètre du CUT
n’est pas encore défini et l’intégration des fonds des bailleurs demeure limitée, sans protocoles
établis, bien que des démarches aient été entreprises concernant l’intégration des fonds de la
Banque Interaméricaine de Développement (BID).
Suivi et Valorisation des Actifs. Les rapports trimestriels sur l’exécution physique et financière des
grands projets, et ceux sur les PIP (toutes sources de financement confondues) ne sont pas produits.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 9
L’absence de registre des actifs publics compromet la comptabilisation correcte ainsi que la gestion
efficace du patrimoine.
Digitalisation et Interopérabilité des systèmes. Les systèmes d’information existants (par
exemple, le Système des dépenses ( SYSDEP) , le Module de Gestion de l’Aide Externe ( MGAE) ou
en développement, tels que, le Système de gestion intégrée des finances publiques ( SIGFIP) et le
Système d’Information de la Planification (SIP), présentent une organisation fragmentée et manquent
d’une gouvernance technique claire et coordonnée entre les fonctions informatiques du MEF et du
MPCE. L’interopérabilité entre les plateformes demeure faible, ce qui complique la consolidation des
données et la transparence, bien qu’une plateforme DSI Connect soit mise en place.
Pour répondre à ces défis, la mission propose un ensemble de recommandations et actions
hautement prioritaires, pragmatiques et modulaires, adaptées au contexte de fragilité, résumées
ci-dessous et détaillées dans le Tableau 1 :
1. Renforcer la résilience administrative, en appuyant la rétention des cadres en GIP , en
adaptant les procédures pour palier à la fuite des compétences, et en lançant un
programme de formation ciblée pour les cadres du MEF, MPCE, et des ministères sectoriels
clés, axé sur l’évaluation et priorisation des projets
2. Renforcer et systématiser l’évaluation des projets financés sur ressources propres du
Trésor Public, en créant un fonds d’études à court terme par décret pour soutenir la
maturation des projets et réduire les risques de sous-exécution et dans l’immédiat, en allouant
des crédits nécessaires aux études des projets prioritaires dans le projet de budget 2026-
2027, en établissant un comité conjoint MEF-MPCE pour la revue qualité des projets avant
leur inscription au PIP sur la base d’une formalis ation des critères de sélection des projets, et
enfin en publi ant les résultats de sélection .
3. Poursuivre la rationalisation du PIP annuel et le faire évoluer vers un plan triennal
d’investissement public (PTIP) avec AE et CP pour les grands projets structurants, afin de
renforcer la prévisibilité budgétaire.
4. Étendre le périmètre du CUT, communiquer les plafonds trimestriels d’engagement à
l’avance aux ministères et institutions en préparant des plans d’engagement, et adopter
l’outil du FMI au service de la gestion de trésorerie pour fiabiliser les plans de trésorerie et
améliorer la gestion des liquidités.
5. Mettre en place des rapports trimestriels sur l’exécution physique et financière des grands
projets (environ une douzaine), incluant des indicateurs de performance, et mettre en place
également la fiche d’immobilisation simplifiée afin de débuter le recensement et la
valorisation des principaux actifs réalisés ou acquis.
6. Renforcer la digitalisation via une approche modulaire et interopérable des systèmes
d’information, avec une gouvernance technique centralisée.
Les réformes proposées sont prévues pour une mise en œuvre progressive. Leur application requiert
l’implication du gouvernement, une coordination entre les principales institutions et un soutien technique
régulier et coordonné des partenaires au développement d’Haïti.
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Tableau 1. Recommandations et Actions Prioritaires Associées
Recommandations/ Actions
Structure Responsable
Echéance
(*)
Besoin
en AT
Pilotage
En collaboration
avec
1
Renforcer la résilience administrative en appuyant la rétention des cadres en adaptant les procédures pour
palier à la fuite des compétences
1.1
Renforcer la résilience administrative, en appuyant
la rétention des cadres en GIP, en adaptant les
procédures pour palier à la fuite des compétences,
et en lançant un programme de formation ciblée
RH/MPCE
RH/MEF ; RH
des ministères
sectoriels clé
CT X
2
Renforcer et systématiser l’évaluation des projets financés sur ressources propres du Trésor Public
2.1
Renforcer et systématiser l’évaluation des projets
financés sur ressources propres du Trésor Public,
en :
créant un fonds d’études à court terme par
décret pour soutenir la maturation des projets et
réduire les risques de sous-exécution et
dans l’immédiat, en allouant des crédits
nécessaires aux études des projets prioritaires
dans le projet de budget 2026- 2027, en
établissant un comité conjoint MEF-MPCE pour
la revue qualité des projets avant leur inscription
au PIP sur la base d’une formalisation des
critères de sélection des projets, et enfin en
publiant les résultats de sélection
MPCE
MEF
CT
IM
IM/CT
X
X
X
3
Poursuivre la rationalisation du PIP annuel et le faire évoluer vers un plan triennal d’investissement public
(PTIP)
3.1
Poursuivre la rationalisation du PIP annuel et
Faire évoluer le PIP vers un plan triennal
d’investissement public (PTIP) avec AE et CP pour
les grands projets structurants, afin de renforcer la
prévisibilité budgétaire
MPCE
MEF
IM
CT/MT
X
4
Étendre le périmètre du CUT, communiquer les plafonds trimestriels d’engagement à l’avance aux
ministères et institutions
4.1
Communiquer les plafonds d’engagements suivant une
périodicité (trimestrielle), à l’avance aux ministères/institutions, en préparant des plans
d’engagements de la dépense
DGB DGTCP CT X
4.2
Appliquer l’outil du FMI au service de la gestion de
trésorerie pour fiabiliser les plans de trésorerie DGTCP DGB IM X
5
Mettre en place des rapports trimestriels sur l’exécution physique et financière des grands projets et également
établir la fiche d’immobilisation simplifiée
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 11
Recommandations/ Actions
Structure Responsable
Echéance
(*)
Besoin
en AT
Pilotage
En collaboration
avec
5.1
Mettre en place des rapports trimestriels sur l’exécution
physique et financière des grands projets (environ une
douzaine), incluant des indicateurs de performance
MPCE
Ministères sectoriels
IM X
5.1
Mettre en place la fiche d’immobilisation simplifiée afin de
débuter le recensement et la valorisation des principaux actifs réalisés ou acquis
DGTCP CT
6 Renforcer la digitalisation des systèmes d’information
6.1
Renforcer la digitalisation via une approche modulaire et
interopérable des systèmes d’information, avec une
gouvernance technique centralisée
MEF, MPCE MT
Nota Bene (*) : Les recommandations doivent être appliquées dans un délai déterminé après la
transmission du rapport final : (i) immédiat (IM), moins de six mois ; (ii) court terme (CT), 18 mois ; (iii)
moyen terme (MT), au plus 36 mois.
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I. Contexte de la gestion des investissements
publics en Haïti
A. Implications des crises d’insécurité et d’instabilité politique sur la gestion des
investissements publics
1. Haïti, pays fragile, traverse une crise sécuritaire majeure ainsi qu’une instabilité politique
qui entravent la gestion des finances publiques et des investissements publics. La crise sécuritaire
est persistante depuis l’ assassinat du dernier président en 2021, qui a entrainé une forte présence de
groupes armés dans une grande partie du territoire et des déplacements massifs de population. Cette
situation engendre des contraintes majeures tout au long du cycle de vie des projets d’investissement, de
la planification à l’exécution, en passant par la sélection, le suivi et l’évaluation.
2. Cette crise sécuritaire et l ’instabilité politique mettent en évidence de nouveaux défis tout
en exacerbant ceux déjà présents avant ces événements. Parmi les principales implications de cette
crise, on relève notamment :
Affaiblissement des capacités administratives et techniques. Le départ massif de personnel qualifié
dans des ministères clés (MEF, MPCE, CNMP) n’est pas compensé par les nouveaux recrutements,
souvent inexpérimentés. Les capacités d’analyse et de gestion de projets s’en trouvent ainsi
fragilisées
1
.
Mobilisation des ressources internes et externes . La baisse des recettes internes, due à la fermeture
d’entreprises et aux départs des populations de s zones à risque, a renforcé la dépendance d’Haïti à
une aide externe qui diminue.
Problèmes de planification et de coordination. L’instabilité politique en Haïti se manifeste par des
changements fréquents de gouvernements, ce qui complique la planification pluriannuelle ainsi que la
continuité des politiques publiques et des projets. La coordination entre le MEF, le MPCE et les
ministères sectoriels demeure limitée, bien que des comités de suivi existent.
Faiblesses dans l’évaluation et la sélection des projets. L'insécurité et les faibles capacités
accentuent le manque de documentation, entraînant l’inscription de nombreux projets budgétaires
sans études de faisabilité ni dossiers techniques. Les critères et processus de sélection restent
opaques.
Difficultés dans la programmation budgétaire. Les crédits alloués à certains projets peuvent être
transférés à d’autres projets au sein d’un même programme, sous réserve des contraintes légales et
administratives qui s’appliquent à cette programmation.
1
La mission n’a pu obtenir les données chiffrées sur le nombre de cadres ayant quitté le MEF, la DGB, la DGTCP et le MPCE, ainsi
que l'impact chiffré sur la gestion administrative et budgétaire.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 13
Difficultés dans la passation des marchés publics. Les appels d’offres aboutissent rarement, car les
entreprises hésitent à intervenir dans les zones les plus exposées ou exigent des paiements
anticipés. Cela favorise les ententes directes , et rend ces marchés moins attractifs et plus complexe.
Faiblesses dans le suivi d’exécution des projets. La mobilité limitée par l’insécurité entrave le suivi,
l’exécution ainsi que l’évaluation des projets, surtout dans les zones les plus affectées . Les
fermetures d’entreprises, les difficultés d’approvisionnement, et la hausse des coûts logistiques
aggravent les retards et les abandons de projets.
Dysfonctionnements des systèmes d’information. Les déplacements des serveurs et l es interruptions
fréquentes d’infrastructures électriques ont eu lieu. La crise a également eu une incidence sur les
délais de mise en place du nouveau SIGFiP, destiné à remplacer l’actuel système SYSDEP.
B. État des lieux de la mise en œuvre des réformes de la gestion des
Investissements Publics
3. L’état de mise en œuvre des recommandations PIMA et CPIMA de 2022 illustre une
avancée limitée dans la plupart des axes de réforme. La majorité des recommandations restent « non
initiées » ou « partiellement mises en œuvre », ce qui traduit des défis persistants en matière de
gouvernance, de coordination institutionnelle, de capacités techniques et de mobilisation des ressources.
Les progrès concernent principalement la gestion de la trésorerie, notamment l’élargissement du
périmètre du CUT, la mise en place opérationnelle du Comité de trésorerie, ainsi que certaines initiatives
sectorielles menées, entre autres, par le MSPP pour le suivi de l’exécution des projets. Les axes les plus
en retard concernent la planification stratégique, l’évaluation et la sélection des projets, la budgétisation
pluriannuelle, ainsi que la gestion des marchés publics. L’analyse de l’état de mise en œuvre des
recommandations PIMA et CPIMA de 2022 par axe est présentée ci-après.
4. Axe 1. Objectifs et règles budgétaires. Une majorité des recommandations , comme la
définition des règles budgétaires permanentes et la création d’un comité de la dette publique,
n’ont pas été initiées, ce qui limite la crédibilité du cadre budgétaire. La gestion demeure annuelle
faute d’encadrement à moyen terme : aucune règle budgétaire permanente n’a encore été définie pour
orienter la préparation du Cadre budgétaire à moyen terme (CBMT). La recommandation du PIMA et
CPIMA portant sur la révision de la politique de la dette est partiellement réalisée, avec des travaux
préparatoires pour actualiser le décret de 2020. A vec l'appui du FMI, l’actualisation de l'analyse de la
viabilité de la dette est presque finalisée, intégrant notamment l’annulation de la dette vénézuélienne du
Petro-Caribe. Malgré l’absence du Parlement, les autorités doivent poursuivre l’actualisation régulière de
l’analyse de la viabilité de la dette afin de renforcer la crédibilité du cadre de gestion.
5. Axe 2. Planification et coordination d’ensemble. Cet axe souffre d’un manque
d’opérationnalisation et d’évaluation, notamment sur la prise en compte du climat et la cohérence
des stratégies sectorielles. Les recommandations relatives à la planification nationale et à son
alignement avec les priorités climatiques, ne semblent pas avoir été initiées. Le document de planification
nationale conserve un horizon trop large et ne comporte pas encore de priorisation claire des projets
phares. Aucun dispositif n’a été mis en place pour assurer sa cohérence avec les engagements
climatiques attendus dans le Plan national d’adaptation (PNA). De plus, le document de planification ne
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présente pas un chiffrage de coûts, ne guide pas efficacement le processus budgétaire, plus centré sur
les besoins immédiats liés aux inondations et autres catastrophes naturelles. Le manuel du MPCE de
novembre 2020 n’est que partiellement appliqué dans l’élaboration des stratégies sectorielles. Le MSPP
a actualisé sa stratégie 2021- 2031 après évaluation par le MPCE, mais les contraintes de financement, y
compris celles liées à l’arrêt de l’appui de l’USAID, freinent sa mise en œuvre. La prise en compte du
climat demeure limitée, bien qu’un plan de prospérité climatique soit en cours de finalisation avec les
partenaires techniques et financiers pour présentation à la prochaine Conférence des Parties ( COP).
6. Axe 3. Financement alternatif et partenariat public -privé (PPP). Les réformes sur les
projets PPP et le financement alternatif avancent lentement. Si l’unité d’analyse budgétaire sectorielle
du MEF a été créée, ses responsabilités n’ont pas encore été étendues à l’analyse et au suivi des
investissements, des risques budgétaires et de la situation financière des entreprises et organismes
autonomes. Les discussions sur l'avant-projet de décret sur les PPP ont été amorcées, mais peinent à
avancer.
7. Axe 4. Évaluation, gestion des risques, sélection des projets. Les capacités d’évaluation et
de gestion des risques sont limitées, avec peu de recommandations appliquées et des ressources
humaines et financières insuffisantes. Bien que quelques avancées existent (réglementation de la
CNMP sur l’étude de sol, manuels types de construction et infrastructures parasismiques), les évaluations
ex ante ne sont pas réalisées malgré leur obligation légale (décret 2015). Le renforcement des Unités
d’études et de programmation (UEP) et la création d’un fonds d’études sont nécessaires, notamment
pour intégrer les préoccupations liées au changement climatique.
8. Axe 5. Programmation pluriannuelle et budgétisation. La programmation pluriannuelle et la
budgétisation restent à renforcer, notamment sur la rationalisation et la prise en compte des besoins
d’entretien.
Le PIP annuel n’a pas encore été intégré dans le cadre d’un programme triennal d’investissement
public (PTIP) glissant. Bien que la réglementation prévoie l’utilisation des autorisations d’engagement
(AE) et des crédits de paiement (CP), leur mise en œuvre reste limitée en raison de l’absence
d’évaluations permettant de déterminer les coûts totaux annualisés des projets. La transition vers un
PTIP glissant annexé au budget vise à renforcer la transparence et à préparer l’application effective
du dispositif AE-CP.
La priorité aux projets en cours n’est pas systématique dans la sélection : certains sont écartés au
profit de nouveaux dans le PIP annuel. La protection des investissements reste limitée, en attendant
l’application des AE-CP.
9. Axe 6. Marchés publics. Les réformes sont à l’arrêt et aucune avancée majeure n’a été
réalisée. La loi sur la nouvelle autorité de régulation n’a pas abouti, le comité de réforme a été dissous,
et la CNMP continue de valider et publier des plans de passation des marchés (PPM) avec des
informations incomplètes ne répondant pas aux normes de transparence. Le système d’information n’est
pas encore développé et il manque un dispositif intégré pour digitaliser et suivre les marchés publics.
10. Axe 7. Gestion de la trésorerie. Des avancées ont été réalisées, notamment avec
l’expérimentation de l’intégration partielle des financements extérieurs et la consolidation des
comptes au CUT. Toutefois, l’absence de plans d’engagements formalisés et de réglementation
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 15
nationale sur les arriérés
2
et les délais de la chaîne dépense et de paiement limite l’efficacité de la
programmation de la trésorerie. La majorité des comptes de projets restent à la Banque de la République
d’Haïti (BRH), certains dans des banques commerciales, sans être pleinement intégrés au CUT. Des
échanges ont été amorcés avec la BID en vue d’une expérience pilote d’intégration des fonds de leurs
projets sur le CUT suivant des modalités en cours de définition.
11. Axe 8. Gestion du portefeuille, suivi des projets, et des actifs. Le suivi des projets et la
gestion des actifs restent très partiels, avec des pratiques hétérogènes et peu de formalisation.
Une majorité des recommandations (conditions de désignation, suivi de l’exécution, audits ex post,
ajustements des projets, évaluations ex post) n’ont pas été initiées, affaiblissant le suivi de l’exécution
physico-financière du portefeuille des projets. Le suivi sectoriel, le suivi des décaissements et les règles
d’amortissement sont partiellement en place.
12. Axe 9. Institutions transversales. Les institutions progressent sur la formation, mais le
cadre légal et informatique reste à établir. Il n’existe pas encore de cadre légal couvrant tout le cycle
des projets d’investissement. Le MPCE rédige des manuels de procédures, et un appui technique est
nécessaire pour intégrer les aspects climatiques dans le dispositif juridique à concevoir. Un plan de
formation, lancé mais non finalisé, devra être appliqué. La DRH du MEF a prévu pour 2024- 2025 la
formation d’une soixantaine d’agents et l’élaboration d’un plan formel, avec des financements à mobiliser
(5 millions de gourdes). Des études sont menées pour créer un service dédié au financement climatique
à la Direction des Etudes Economiques (DEE), tandis qu’au MPCE, le renforcement des capacités se
poursuit et des formations ont démarré sur le suivi-évaluation et les technologies de l’information et de la
communication. Au MTPTC, aucune structure interne n’existe et la montée en compétences dépend
essentiellement de l’assistance extérieure.
13. La mission a identifié plusieurs axes clés à corriger pour obtenir des améliorations
rapides et significatives dans ce contexte de fragilités en Haïti : évaluation, sélection, priorisation des
projets avec prise en compte des risques climatiques, programmation budgétaire pluriannuelle, gestion
de la trésorerie, suivi du portefeuille de projets et gestion des actifs, ainsi que le système d’information.
Les sections suivantes détaillent ces axes et proposent des recommandations adaptées à la situation
fragile d’Haïti.
Recommandation transversale
• Recommandation 1. Renforcer la résilience administrative, en appuyant la rétention des cadres
et la formation à distance , et en adaptant les procédures pour palier à la fuite des compétences .
2
Le programme de référence du FMI donne une définition claire et précise des arriérés qui sont des obligations impayées (dépenses
de personnel, de biens et services et d’investissement) selon les clauses contractuelles. A la demande des autorités haïtiennes en
date du 3 novembre 2025, une mission du Département des statistiques du FMI se propose d’appuyer cette réforme prioritaire.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 16
II. Renforcer l’évaluation ex ante, la sélection et
la priorisation des projets d’investissement en
avec prise en compte du risque climatique
A. Définir les projets d’investissements
14. Un projet d'investissement est un ensemble d'activités planifiées et interconnectées qui
produisent des produits (typiquement des actifs fixes, tels que des infrastructures ou des
bâtiments) destinés à résoudre un problème. L’investissement se réfère à la constitution d’actifs fixes,
qui peuvent être corporels (infrastructure, machines, bâtiments) ou incorporels (recherche et
développement, logiciels). La plupart des investissements publics sont présentés comme des « projets »
(des ensembles d'activités de construction ou d'acquisition permettant la création des actifs publics qui
répondront à des besoins spécifiques) et pas simplement comme des lignes budgétaires.
15. Dans ce rapport, on adresse les investissements selon la définition du Manuel de
statistiques des finances publiques du FMI, liée aux actifs fixes, à la formation brute de capital
fixe (FBCF). Le terme « investissement public » est aussi parfois utilisé au sens large pour désigner les
dépenses en capital humain telles que les dépenses en éducation et en santé ou les investissements
financiers des institutions gouvernementales telles que les fonds souverains. En Haïti, certains projets
d’investissement public ne comprennent pas du capital humain, ni des activités de construction ou
d’acquisition. Ces projets représentent des entités de gestion figurant dans l e PIP. Ces projets ne
contribuent pas à la FBCF, et devraient être reclassés en dépenses courantes.
16. La présentation et évaluation des projets d’investissement dépend de sa taille. Tous les
projets de taille significative devraient être présentés et évalués en tant que projet avec leur propre note
conceptuelle et ensuite, s'ils sont sélectionnés, recevoir une allocation budgétaire spécifique ; les plus
grands projets auront besoin d'études supplémentaires, au- delà d’une note conceptuelle ; les très petits
projets devraient être intégrés à un projet plus vaste, si possible, ou être intégrés dans une ligne
budgétaire.
17. Un grand projet (ou projet majeur) est un projet d’investissement public de grande
envergure par son coût, sa complexité technique, ou son impact socio-économique ou
environnemental. Le PIMA recommande que ces projets soient soumis à des études de faisabilité
approfondies et à un examen central indépendant avant toute décision d’inclusion au budget, afin d’en
garantir la pertinence, la soutenabilité et la maturité.
18. La taille du projet au-delà de laquelle un projet est considéré comme majeur dépend du
nombre de projets, de la capacité de révision et varie généralement au fil du temps, à mesure que
l'expérience se construit. Le Tableau 2 présente, pour quelques petits pays, la classification des projets
par taille : petits projets (ne nécessitant que la présentation d'une note conceptuelle), projets moyens
(nécessitant également la présentation d'études de faisabilité), et grand projets (requérant un comité de
pilotage).
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 17
Tableau 2. Classification des projets par taille dans quelques pays, en millions d’euros
Petit projet Grand projet Méga projet
Irlande moins de €20m de €20m à €200m plus de €200m
Uruguay moins de €2,8 m de €2,8m à € 14,1m plus de €14,1m
Slovénie moins de €0,3 m de €0,3m à €2,5m plus de €2,5 m
Source : Mission
19. Haïti peut simplement faire la distinction entre les petits projets (qui ne nécessitent que la
présentation d'une note conceptuelle) et les grands projets (qui devraient également présenter
une étude de faisabilité). Alors qu'il développe davantage des capacités pour la préparation et
l'évaluation de projets, Haïti peut choisir de classer comme grands projets les douze plus grands projets,
en définissant comme ”grand projets” les projets dépassant une taille qui, au cours des cinq prochaines
années, représenteraient environ une douzaine de projets — ces projets seraient alors tenus de
présenter une étude de faisabilité, à examiner par le MPCE avant la soumission pour financement
budgétaire. En conséquence, Haïti devrait clarifier le seuil à partir duquel un projet serait considéré
comme un grand projet.
B. Evaluer, sélectionner et prioriser les projets
20. Le dispositif national d’évaluation ex ante et de sélection des projets d’investissement
public demeure largement théorique et inégalement appliqué. Le décret du 6 janvier 2016 sur la
gestion du PIP établit le principe d’une évaluation préalable pour tout projet financé sur ressources
publiques. Les manuels du MPCE précisent les étapes de conception, de validation et de suivi, à travers
la fiche d’identité et d’opération (FIOP). Dans la pratique, ces instruments sont peu utilisés s’agissant des
projets sur ressources propres et la majorité des projets inscrits au PIP ne s’appuient sur aucune étude
technique validée. Les départements ministériels transmettent leurs propositions sans contre- expertise ni
revue de qualité. L’absence de coordination effective entre le MPCE, le MEF et les ministères sectoriels
limite l’analyse transversale des priorités et affaiblit la cohérence du portefeuille. Cette situation contribue
à la sous-exécution persistante des investissements publics et à la faible crédibilité du cadre de
planification.
21. Les évaluations ex ante demeurent rares, inégales et sans lien avec la taille des projets. La
méthodologie nationale prévoit des études de préfaisabilité et de faisabilité mais leur application reste
marginale en raison du manque de ressources humaines et financières. Les UEP ne disposent ni de
spécialistes ni d’un appui méthodologique structuré pour conduire ces analyses. Les projets de faible
envergure sont souvent approuvés sans examen économique et les projets complexes ne bénéficient
d’aucune contre- expertise centralisée. L’atelier de renforcement des capacités mené par la mission a
rappelé l’intérêt d’une approche graduelle reposant sur une évaluation simplifiée pour les projets à faibles
enjeux et une étude complète pour les projets majeurs. Une telle proportionnalité permettrait d’améliorer
la qualité des dossiers tout en restant adaptée aux moyens disponibles.
22. L’atelier mené a également fourni une guidance pratique pour la préparation des notes
conceptuelles et des études de préfaisabilité et de faisabilité. Les sessions techniques ont présenté,
étape par étape, la manière dont un projet doit être formulé, comment les options doivent être analysées
et comment les risques, notamment climatiques, doivent être intégrés dès la conception. Les éléments
méthodologiques existants ont été clarifiés afin d’appuyer les ministères sectoriels dans l’amélioration de
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 18
la qualité de leurs dossiers. Pour faciliter la mise en œuvre, les Annexes 2 et 3 au présent rapport
proposent une structure standard d’une note conceptuelle et les composantes minimales d’une étude de
faisabilité adaptées au contexte haïtien.
23. La gouvernance du processus de sélection reste fragmentée et peu transparente. Aucun
comité technique permanent ne centralise aujourd’hui l’examen des projets ni ne garantit l’application
uniforme des critères d’analyse. Chaque ministère utilise ses propres pratiques de validation, sans
coordination méthodologique ni publication des décisions. Les échanges entre le MPCE et le MEF
interviennent tardivement, souvent à la phase budgétaire, alors que les arbitrages devraient être conduits
dès la préparation et la maturation des projets. L’absence d’un cadre commun de revue technique et
financière affaiblit la cohérence des choix et limite la traçabilité des décisions. Une meilleure articulation
entre les institutions concernées est nécessaire pour fiabiliser la chaîne de sélection et renforcer la
crédibilité du dispositif national d’investissement public.
24. Les critères de sélection des projets n’ont pas encore été définis de manière homogène au
niveau national. Malgré les recommandations du PIMA de 2022, aucune grille commune n’a été adoptée
et les décisions reposent encore sur des considérations budgétaires ou sur des arbitrages ponctuels liés
à des considérations politiques. L’absence de critères objectifs empêche de classer les propositions
selon leur pertinence, leur maturité et leurs effets attendus. L’expérimentation du manuel de sélection des
projets en situation de crise, conduite en 2025, a toutefois fourni un cadre simplifié reposant sur des
critères d’acceptabilité rapide et sur une hiérarchisation fondée sur l’urgence et la soutenabilité
3
. Cette
approche pragmatique, inspirée de la matrice d’Eisenhower, facilite la prise de décision dans un contexte
de fortes contraintes. Elle offre une base réaliste pour l’élaboration d’une grille nationale unifiée de
sélection.
25. La prise en compte du risque climatique dans l’évaluation et la sélection des projets
demeure à un stade embryonnaire. Les projets d’investissement ne font l’objet d’aucun examen
systématique de leur exposition aux aléas climatiques ni de leur potentiel d’adaptation. Le Bureau
national des évaluations environnementales a élaboré un référentiel d’analyse climatique qui a été validé
mais qui n’est pas encore utilisé de manière systématique. La Direction du Changement Climatique
(DCC) du Ministère de l’Environnement (MDE) appuie ce dispositif par des outils d’orientation technique,
mais leur appropriation par les ministères reste limitée. Le C-PIMA de 2022 avait déjà souligné la
nécessité d’intégrer les aspects climatiques dès la phase d’évaluation. L’ajout d’un volet de filtrage
climatique dans la documentation du projet permettrait d’appliquer le référentiel du Bureau national des
évaluations environnementales à l’ensemble du portefeuille et d’orienter la sélection vers les
investissements favorisant la résilience et l’adaptation.
26. Enfin, la priorisation des projets reste empirique et insuffisamment encadrée. Les projets
inscrits au PIP ne sont pas classés selon des critères partagés de pertinence, de maturité ou d’impact.
L’atelier mené par la mission a insisté sur la nécessité d’une méthode commune permettant de
hiérarchiser les projets déjà sélectionnés afin de répartir de manière transparente l’espace budgétaire
3
Dans le cadre de la préparation du PIP 2025- 2026, le MPCE a confirmé que ce manuel avait été testé avec plusieurs ministères
pilotes, notamment ceux en charge des travaux publics, de la santé, de l’agriculture et de l’éducation. Chaque ministère a été invité
à classer ses propositions de projets selon une matrice « Importance/Urgence », afin d’identifier rapidement les investissements
prioritaires dans un contexte marqué par des contraintes sécuritaires et budgétaires fortes. Cette expérimentation a montré que,
même en l’absence de données complètes ou d’études approfondies, l’outil permettait de distinguer de manière simple les projets
indispensables de ceux pouvant être reportés. Les autorités ont exprimé leur intérêt pour une extension graduelle de cette
méthodologie vers une grille nationale unifiée de sélection, sous réserve (i) d’une simplification des critères, (ii) d’un
accompagnement des UEP pour renforcer les capacités de mise en œuvre, et (iii) de son alignement avec le futur manuel national
d’évaluation des projets.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 19
disponible (Annexe 1). La présentation technique a illustré cette approche à travers une matrice reliant
les priorités sectorielles et le niveau de financement attendu. La mise en place d’une banque de projets
matures, alimentée par les évaluations validées, permettrait d’appliquer cette priorisation sur une base
objective et d’assurer la continuité d’une année à l’autre. L’adoption de cette matrice et de la banque de
projets offrirait un cadre pratique pour orienter la préparation budgétaire et renforcer la crédibilité de la
programmation pluriannuelle.
C. Mettre en place un fonds d’études
27. Le dispositif national d’investissement public ne comprend pas de mécanisme dédié au
financement des études préalables. Haïti disposait, par le passé, d’un fonds d’investissement créé en
1984, aujourd’hui clos. Il ne serait pas pertinent de le réactiver, car cela créerait un dualisme budgétaire entre les dépenses d’investissement et de fonctionnement, contraire aux principes posés par la LEELF. L’objectif n’est donc pas de reconstituer ce mécanisme ancien, mais de créer un fonds d’études
spécifiquement destiné à financer la préparation des études technique, financière et économique des
projets dans un cadre intégré et conforme à la réglementation actuelle. Cette carence explique la faible
qualité des dossiers soumis et les retards d’exécution récurrents observés au niveau du PIP. Les
départements ministériels dépendent des bailleurs pour réaliser ces études, ce qui affaiblit l’appropriation
nationale et la cohérence du portefeuille. Le PIMA de 2022 avait recommandé la création d’un tel fonds
pour sécuriser la phase d’amorçage des projets et constituer une banque de projets matures.
L’expérience ivoirienne, présentée dans l’Encadré 1 ci-après, offre un modèle inspirant pour la mise en
place de ce nouveau dispositif en Haïti.
Encadré 1. Côte d’Ivoire : Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement et Fonds
d’études en appui à l’évaluation du PIP
La Côte d’Ivoire compte parmi les pays les plus performants de la région Afrique selon l’indice de gestion de
l’investissement public. Avec un score global de 1,87, elle se classe 25
ième
sur 71 pays, notamment grâce à un score
de 3,5 sur 4 (4 étant la note maximale) pour l’évaluation des projets. L’expérience ivoirienne permet de dégager deux
enseignements essentiels.
Une structure d’appui centrale solide. Le Bureau National, créé en 1996, est le résultat de la transformation
de la Direction du contrôle des grands travaux en société publique à participation exclusive de l’État. Son rôle est
d’appuyer le gouvernement dans l’identification, la préparation et la décision sur les objectifs de développement,
ainsi que dans l’amélioration de l’utilisation des ressources et la mise en place de standards méthodologiques
sectoriels. À la demande des autorités, le Bureau National conduit ou révise les études de faisabilité et participe
à la revue qualité des dossiers avant leur validation. Il accompagne également les ministères sectoriels dans la
maturation des projets et propose des formations courtes sur la gestion de l’investissement public.
Un financement des études de faisabilité sécurisé. Le financement des études repose sur trois sources
principales : une allocation budgétaire sectorielle dédiée à la préparation du PIP, un Fonds spécial d’études créé
en 2013 et géré par un comité interministériel (Présidence, Primature, Plan, Finances, Budget), et des
financements extérieurs. Ce mécanisme a permis de financer plusieurs dizaines d’études de faisabilité pour un
montant cumulé de plusieurs dizaines de millions de dollars, contribuant de manière significative à la qualité du
portefeuille de projets publics et à la crédibilité du PIP.
Source: World Bank (2017), Republic of Guinea, Toward a More Efficient Appraisal System of Public Investment
Projects for Greater Impact in Guinea, Report AUS17387.
28. La création d’un fonds d’études en Haïti devrait s’appuyer sur une approche simple,
graduelle et coordonnée. Le modèle proposé prévoit l’instauration d’une ligne budgétaire spécifique
rattachée au MPCE, destinée à financer les études préalables indispensables avant toute inscription d’un
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 20
projet au PIP.
4
Sa gestion serait confiée à un comité restreint MPCE–MEF chargé d’examiner les
demandes et de valider les financements selon une procédure légère et transparente. Une fiche
technique, présentée en Annexe 3 au présent rapport, précise les conditions d’accès, la documentation
minimale requise et le format des livrables attendus. Ce dispositif permettrait d’améliorer la préparation
des projets, de réduire les retards d’exécution et de renforcer la crédibilité du processus de sélection et
de programmation pluriannuelle. À court terme, si les capacités institutionnelles ne permettent pas
d’opérer un dispositif centralisé similaire aux modèles observés dans certains pays, une option alternative
consisterait à programmer directement, dès la préparation du budget, les crédits nécessaires aux études
des projets prioritaires. Cette approche, utilisée dans plusieurs pays à capacités limitées, permettrait de
sécuriser le lancement des études au bon moment et d’éviter les difficultés liées à une mobilisation
tardive en cours d’exécution.
D. Prendre en compte le risque climatique
29. La gestion des risques est une matière négligée dans le m anuel haïtien de la GIP, où
l’identification des mesures d’atténuation n’est pas exigée pour tous les projets. Elle est seulement
présente dans les études technico- économiques détaillées, études que la DIP peut exiger, selon « la
complexité et/ou la portée du projet », mais qui ne seront pas nécessaires pour la grande majorité des
projets sur financement du Trésor public.
30. La note conceptuelle de chaque projet ( note de présentation du projet à présenter au
MPCE pour examen avant soumission pour financement) doit intégrer deux types de
considérations climatiques :
Vérification de l'alignement du projet avec les engagements climatiques du pays. Les projets
d'investissement public devraient inclure, dans leurs lignes directrices de formulation, d'évaluation,
d'exécution et d'exploitation, les politiques et réglementations climatiques et environnementales en
vigueur et devraient prendre en considération les Contributions Déterminées au niveau National en
matière d'Adaptation et d'Atténuation, dans le cadre de l'Accord de Paris sur le Changement
Climatique.
Identification des risques climatiques et des mesures d'adaptation et d’atténuation à ces
risques. L'identification des risques affectant le projet pendant ses phases d'investissement et
d'exploitation, et des mesures d’atténuation correspondantes, devrait faire partie de la note
conceptuelle de chaque projet. Elle devrait inclure tous les types de risques, y compris les risques de
catastrophes naturelles (risques climatiques, risques sismiques, etc.).
4
À titre indicatif, l’expérience internationale montre qu’un fonds d’études efficace requiert une enveloppe annuelle équivalente à
environ 0,05 à 0,10 pour cent du PIB, permettant de financer un nombre limité mais stratégique d’études de préfaisabilité et de
faisabilité. Le calibrage précis pour Haïti devra toutefois être affiné dans le cadre de la préparation du futur cadre de dépenses à
moyen terme, en tenant compte des coûts unitaires observés pour les études financées récemment par les ministères et les
bailleurs, ainsi que des contraintes fortes pesant sur les ressources intérieures.
Pour garantir la durabilité et l'efficacité du fonds
d'études, certains pays tels que la Côte d'Ivoire ou même le Niger, diversifient leurs sources de financement. Parmi celles-ci figurent
une ligne budgétaire provenant du budget national ou un compte spécial du Trésor, des cofinancements de partenariats public-
privé, l'aide de partenaires techniques et financiers, ainsi que des mécanismes innovants comme les fonds thématiques.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 21
31. La résilience climatique doit toujours être prise en compte lors de la conception d'un
projet d'investissement public. La résilience climatique a un coût, mais les défis climatiques en ont
également un. Par conséquent, une analyse rigoureuse des mesures d'adaptation, évaluées par rapport
à des scénarios probables de changement climatique, doit faire partie de l'évaluation du projet dès les
premières étapes de la gestion de l'investissement public. Pour les grands projets, l'étude de faisabilité,
élaborée après la présentation de la note conceptuelle, devrait approfondir les considérations
climatiques.
32. L'équipe du projet doit examiner l'ensemble des catastrophes naturelles et des défis
climatiques pouvant affecter le projet (Encadré 2). L'identification des risques doit couvrir tous les
facteurs identifiés dans les études de risque à publier par le MDE et d'autres entités, et enquêter
spécifiquement sur les conditions locales.
Encadré 2. Exemples de risques climatiques à considérer
Bien qu'il n'existe pas de liste systématisée des risques climatiques à prendre en compte dans l'évaluation des
projets d'investissement, les entités proposant le projet peuvent envisager de s'interroger sur les risques susceptibles
d'affecter le site du projet, par exemple en demandant :
Votre projet est-il situé près d'une rivière ou d'un ruisseau sujet aux crues fluviales ?
Les variations du niveau des cours d'eau pourraient-elles affecter les résultats du projet ?
Votre projet dépend-il de ressources en eau affectées par des sécheresses pouvant nuire à la disponibilité et à
la qualité de l’eau ?
Votre projet est-il situé sur ou à proximité d'une pente susceptible aux glissements de terrain ?
L'occurrence de vagues de chaleur extrême aura- t-elle un impact sur le projet ?
Le projet peut-il être affecté par des incendies de forêt ?
Les changements dans les conditions externes, comme la dynamique démographique ou les tendances
économiques influencées par le changement climatique, pourraient-ils affecter la demande de services du
projet ?
Source : Mission.
33. L’analyse des risques doit vérifier dans la n ote conceptuelle, et confirmer dans l’étude de
faisabilité, qu'il existe une attente raisonnable de viabilité du projet (dans tous les aspects étudiés, par
exemple économique, financier, juridique, technique, social, environnemental), dans le contexte des
conditions climatiques actuelles et de leurs scénarios de risque. De plus, des mesures correspondantes
de réduction des risques doivent déjà être intégrées dans la conception du projet. Les caractéristiques
d'efficacité énergétique doivent être prises en compte, par exemple pour améliorer la performance
thermique, la performance lumineuse, la ventilation et l'étanchéité du bâtiment.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 22
34. Au fur et à mesure que l'expérience s'accumule, les autorités peuvent souhaiter ajouter
davantage d'exigences à l'examen climatique (Cf. Tableau 3) Il est également pertinent d’étudier
comment d'autres pays prennent en compte les considérations climatiques dans la GIP
5
.
Tableau 3. Exigences additionnelles relatives à l’adaptation et à l’atténuation climatiques
Source : Mission.
Recommandations
Recommandation 2.1. Mettre en place une procédure simplifiée d’évaluation et de sélection des
projets, fondée sur une approche graduelle distinguant les projets à faibles enjeux et les projets
majeurs, et adopter une grille nationale unique intégrant des critères objectifs de cohérence,
d’impact, de maturité et un volet climatique obligatoire applicable dès la phase d’évaluation.
Recommandation 2.2. Créer un comité technique conjoint MEF–MPCE chargé de l’examen, de la
priorisation des projets avant leur inscription au budget, appuyé par une banque de projets
matures centralisant les évaluations validées, et publier annuellement la liste des projets retenus.
5
Des exemples de cadres juridiques intégrant des considérations climatiques se trouvent dans :
• Ministério de Economía y Finanzas de Perú, Línea de base sobre la gestión del riesgo y la adaptación al cambio climático en
la inversión pública
(https://mef.gob.pe/contenidos/inv_publica/docs/instrumentos_metod/Linea_de_base_sobre_GdR%20SNIP%209.pdf)
• Government of Jamaica (2024) Climate Risk Assessment Methodology for projects in the Public Investment Management
System (https://www.mof.gov.jm/wp-content/uploads/GOJ-Climate-Risk-Assessment-Methodology-20241010.pdf y
https://view.officeapps.live.com/op/view.aspx?src=https%3A%2F%2Fwww.mof.gov.jm%2Fwp-
content%2Fuploads%2FClimate- Risk-Screening- Template- 20241010.xlsx&wdOrigin=BROWSELINK)
Development Bank of Jamaica (2023) Climate -related operational policy guidelines for public-private partnership projects (preparé
juin 2021, revisé mai 2023) (https://dbankjm.com/services/ppp- and-privatisation- division/public-private- partnerships-ppp/ y
https://www.mof.gov.jm/about- us/public-investment-appraisal-branch/)
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 23
Recommandation 2.3. Réviser les réglementations GIP afin d'exiger la présentation d'une note
conceptuelle pour chaque projet d'investissement au-delà d’un certain seuil, et sa révision par le
MPCE avant la soumission des projets au financement budgétaire.
Recommandation 2.4. Instituer, par décret, un fonds d’études permanent rattaché au MPCE,
destiné à financer les études de préfaisabilité, de faisabilité et d’évaluation climatique des projets
d’investissement public. Commencer par
programmer, dès la préparation du projet de budget 2026-27,
les crédits nécessaires aux études des projets prioritaires.
Recommandation 2.5. Inclure dans l'examen ex- ante des projets d'investissement une exigence
de révision systématique des risques du projet, y compris les risques climatiques.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 24
III. Rendre effective la programmation
budgétaire pluriannuelle des investissements
publics
A. Rétablir la programmation pluriannuelle à travers un PTIP
35. Actuellement, le PIP annuel comprend trop de projets (plus de 200 sur ressources du
Trésor public) et nécessite une certaine rationalisation. Il semble inclure des projets qui n’ont eu
aucune exécution ces dernières années, dont certains n’ont jamais vraiment démarré, des projets
confrontés à des défis importants, et des projets qui ne sont pas vraiment des projets d’investissement.
Un schéma de décision comme présenté dans le Tableau 4 peut éclairer sur les modalités de mise en
œuvre de cette rationalisation.
Tableau 4. Exemple d’une matrice pour la rationalisation du PIP
Source: Eivind Tandberg & Richard Allen (2020) “Managing Public Investment Spending During the Crisis”, IMF.
36. L'outil central pour cette programmation pluriannuelle est un tableau présentant les
projets en cours et les nouveaux projets. Ce tableau liste les projets avec leurs coûts totaux, les
décaissements passés et les décaissements futurs prévus, en détaillant les trois prochaines années dans
un Programme Triennal de l’Investissement Public (PTIP) , consacré dans le cadre règlementaire haïtien.
Les projets d'investissement publics sont généralement pluriannuels et nécessitent donc des
mécanismes de planification qui permettent de définir l'espace budgétaire disponible pour de nouveaux
projets, tout en protégeant l'achèvement des projets en cours.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 25
37. Pour chaque projet en cours, le PTIP devrait présenter son coût total, ses décaissements
et les montants à budgéter, sur une période triennale glissante. Le PTIP devrait présenter son coût
total (c'est-à-dire l'AE y afférente) et le décaissement réel effectué dans le passé, le montant à budgétiser
pour l'année à venir et les montants prévisionnels pour les deux années suivantes, ainsi que le montant
restant à budgétiser pendant les années ultérieures.
38. Le PTIP doit présenter, pour chaque projet (T ableau 5) :
Le total des AE émises pour le projet, supposé correspondre au coût total du projet. (S'il y a des
informations (ou des soupçons) selon lesquelles les AE du projet ne sont pas suffisantes pour la
complète réalisation du projet, cela devrait être noté dans le PTIP)
Les engage ments effectués pour le projet, au titre de l’utilisation des AE.
Les engagements additionnels prévus pour l’année N -1 et non encore effectués s’il y en a.
Le montant budgétisé (ou proposé à être budgétisé) pour l'année N.
Le montant prévu pour être budgétisé en CP pour l'année N+1, selon la programmation du projet. (Si
la disponibilité budgétaire prévue ne peut pas couvrir ce montant, une consultation avec les porteurs
du projet sera nécessaire pour examiner l'adoption de vitesses de projet alternatives.)
Idem, pour l’année N+2.
Le montant à budgétiser pour les années suivantes, pour l'achèvement du projet. (Si cet achèvement
nécessite des AE supplémentaires à cause d’un dépassement de coût, cela doit être indiqué, ainsi
que des informations sur le fait qu'une révision complète du projet a déjà été effectuée pour
l'acceptation du dépassement de coût, ou si elle reste à faire.)
L’année d'achèvement estimée.
Tableau 5. Un exemple de Programme Triennal de l’Investissement Public (PTIP)
Source : Mission
39. L’identification des charges récurrentes dans le PTIP peut être utilisée pour commencer
l’identification des montants nécessaires pour le maintien des actifs. Il est essentiel de déterminer
s'il existe des méthodologies pour définir les besoins de financement pour l'entretien et la maintenance,
de sorte que des ressources budgétaires soient systématiquement allouées et présentées dans les
documents budgétaires.
40. En plus d'être utilisé pour préparer le budget annuel d'investissement, programmer les
dépenses futures d'investissement, et présenter l'exécution financière des projets
d'investissement, le PTIP devrait être publié avec le budget afin d'informer les décideurs et le
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 26
public. La budgétisation pluriannuelle doit être cohérente avec le calendrier prévisionnel d’exécution du
projet et le calendrier prévisionnel d’utilisation des ressources financières nationales, qui doivent être
présentés dans la Note Conceptuelle (et plus tard dans la FIOP). L'espace budgétaire dans le PTIP doit
également être pleinement cohérent avec le c adre budgétaire à moyen terme (à crédibiliser). Les
rapports périodiques d’exécution physique et financière des projets et le suivi périodique (mensuel ou
trimestriel) du portefeuille de projets doivent permettre l’actualisation périodique du PTIP.
41. En Haïti, le Manuel sur la GIP présente un « Programme Triennal d'Investissement » (PTI)
qui doit être développé en vrai PTIP. Les PTI sont seulement des listes de projets qui seront mis en
œuvre au cours d’une période de trois ans, et non pas une programmation de l’investissement public.
Selon la section 6 du m anuel haïtien sur la GIP, l’inscription d’un projet dans le PTI ne nécessite aucune
évaluation de l’espace budgétaire disponible, ni des considérations sur la protection des projets en cours
d’exécution. D’une manière très différente au PTI, le PTIP permet la protection des projets en cours, la
définition de l’espace budgétaire pour des nouveaux projets, et même la gestion du portefeuille de
projets.
B. Envisager d’introduire les autorisations d’engagement pluriannuel et les
crédits de paiements
42. L’absence d’AE et de CP limite la soutenabilité budgétaire et la crédibilité du PIP. Le
budget d’investissement demeure strictement annuel, sans distinction entre les montants engagés et les paiements prévus, ce qui empêche de refléter la durée réelle des projets. Les crédits sont ouverts pour
un seul exercice, même lorsque les travaux s’étalent sur plusieurs années, entraînant une sous-
budgétisation chronique et des retards d’exécution. Le PIMA de 2022 a souligné cette faiblesse, en
recommandant l’introduction d’un cadre AE-CP pour renforcer la planification et la prévisibilité du PIP.
Les échanges de mission ont confirmé l’intérêt des autorités pour cet outil, mais aucun texte juridique ni
paramétrage du système d’information de la gestion des finances publiques ne permet aujourd’hui de le
mettre en œuvre.
43. L’introduction progressive du cadre AE-CP pourrait commencer par une présentation
pluriannuelle du budget d’investissement, sans impact sur la chaîne d’exécution. L’objectif
immédiat serait de présenter, pour chaque projet, les coûts totaux, les montants engagés à date et les
paiements prévus sur trois exercices. Cette approche, testée dans plusieurs pays africains, permet
d’améliorer la visibilité financière et de relier la planification et la programmation pluriannuelle au budget
annuel sans modifier les procédures comptables. Un canevas de tableau AE -CP a été présenté par la
mission lors de l’atelier technique, afin d’appuyer la mise en forme budgétaire et d’assurer une
présentation homogène des projets dans le PIP annexé à la loi de finances. Une première application
pourrait concerner un échantillon de projets prioritaires, pour former les équipes et tester le dispositif
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 27
avant extension.
6
La fiabilité de cette programmation pluriannuelle dépendra toutefois de la qualité des
études préalables financées, notamment à travers le futur fonds d’études, afin d’établir des coûts totaux
réalistes et des calendriers de décaissement crédibles.
Recommandations
Recommandation 3.1. Publier un PIP annuel rationalisé, en examinant chaque projet sans exécution
au cours des deux dernières années, afin d'évaluer sa qualité et sa capacité à être finalisé
rapidement. Il conviendrait de ne pas considérer l'approbation pour le PIP de nouveaux projets qui ne
présentent pas vraiment un pourcentage significatif de FBCF (idéalement plus de 50 pour cent du coût
total, jamais moins de 20 pour cent).
Recommandation 3.2. Faire évoluer ce PIP annuel vers un PTIP suivant le format du Tableau 5 et un
processus de remplissage et révision qui permet d’utiliser le PTIP pour la priorisation des projets
en cours, et l’utilisation de l’espace budgétaire pour des nouveaux projets.
Recommandation 3.3. Introduire la présentation du budget d’investissement public en
autorisations d’engagement et crédits de paiement pour un nombre limité de projets prioritaires,
afin d’améliorer la visibilité pluriannuelle des coûts et la soutenabilité budgétaire.
6
Cette première application correspondrait à une utilisation limitée et expérimentale du cadre AE-CP pour un nombre restreint de
projets, en parallèle du dispositif annuel actuel. Elle viserait principalement à tester la capacité des équipes à établir des profils de
paiements pluriannuels crédibles, à enregistrer les engagements juridiques et à suivre l’encours des obligations. Cette phase pilote
se distinguerait d’un système AE-CP pleinement opérationnel, qui supposerait : (i) un paramétrage complet du SIGFiP permettant la
comptabilisation intégrée des AE et des CP ; (ii) la transmission de plafonds pluriannuels via le futur CDMT ; et (iii) l’application de
procédures harmonisées à l’ensemble des ministères. L’objectif de cette première application est donc d’initier l’apprentissage et de
sécuriser la transition, sans modifier immédiatement la chaîne d’exécution budgétaire.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 28
IV. Renforcer la gestion de la trésorerie et du
financement de l’investissement public
A. Elargir le périmètre du CUT pour intégrer les financements des bailleurs de
fonds
44. Le périmètre du CUT concernant les comptes projets des bailleurs de fonds n’est pas fixé
clairement par le cadre juridique et réglementaire en vigueur et la convention de tenue du CUT
avec la BRH prévoyant un seul sous- compte spécifique (relié au CUT) pour tous les projets des
bailleurs est périmée. En instituant le CUT, l’article 69 de la LEELF de 2017 est resté silencieux sur
l’intégration des comptes projets des bailleurs. La convention de tenue du CUT à la BRH arrivée à terme
depuis septembre 2016 prévoyait toutefois (article 6) que les comptables du Trésor disposaient d’un seul
sous-compte destiné à recevoir les fonds des projets des bailleurs et exécuter leurs dépenses, tous
projets confondus, mais cette fonctionnalité n’a pas été mise en œuvre. Le CUT dans son périmètre
actuel couvre l’administration centrale de l’État, incluant les ministères, directions et institutions
assimilées, et les services déconcentrés de l’État. Tous les comptes spéciaux du Trésor ont intégré le
CUT, à l’exception du Fonds des retraites.
45. Le suivi des opérations du CUT reste à améliorer afin de consolider tous les fonds des
projets des bailleurs sur le CUT. L’architecture du CUT telle que prévue dans la convention avec la
BRH de 2016 n’a pas été actualisée pour prendre en compte les fonds des bailleurs, comme
recommandée dans le rapport PIMA et CPIMA de 2022. La DGTCP n’ayant plus accès au portail web du
CUT de la BRH depuis 2023 (date de la cyber-attaque- - suit difficilement et avec retard, les opérations
impactant le CUT et le niveau de son solde. Les plans de trésorerie annuels mensualisés qui sont
préparés demeurent peu fiables (Voir Section IV.B). Dans ces conditions, il y a des risques concernant le
paiement à temps des dépenses des projets dont les fonds seraient inclus sur le CUT.
46. Des travaux sont en cours afin d’expérimenter l’intégration de comptes projets de la BID
sur le CUT. Des échanges sont en cours entre la DGTCP (direction de la trésorerie et de la dette) et la
BID pour mettre en place une expérimentation sur l’intégration de ces comptes projets sur le CUT et
définir les modalités de contribution au CUT. Parmi les 670 comptes projets des bailleurs identifiés par la
DGTCP en 2025, 584 sont ouverts à la BRH et 86 sont ouverts à la BNC,
7
ce qui est de nature à faciliter
des avancées ultérieures dans la consolidation des fonds des projets des bailleurs sur le CUT, après le
retour d’expérience de l’expérimentation avec la BID.
B. Améliorer la fiabilité et l’exhaustivité des plans de trésorerie pour exécuter à
bonne date les investissements publics
47. Le plan de trésorerie annuel trimestrialisé n’est pas fourni à l’appui du projet de loi de
finances, même si l’organisation de la gestion de la trésorerie connaît des avancées. L’article 47 de
la LEEF prévoit en annexe du projet de LF, un plan prévisionnel de l'exécution des ressources et des
7
Statistiques données en séance
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 29
dépenses par nature ventilées par trimestre, qui n’est pas élaboré. À la place, la DGTCP élabore en
début de gestion un plan annuel mensualisé, qui sert de support au suivi mensuel. L’organisation de la
gestion de la trésorerie repose essentiellement sur la DGTCP qui anime le Comité technique. Les
réunions de trésorerie se tiennent hebdomadairement et des efforts d’appropriation du PT sont réalisés.
Cependant, ces documents présentent toujours des faiblesses, et ne sont pas transmis aux ministères
sectoriels et aux autres organismes.
48. Le plan de trésorerie annuel mensualisé et le plan de trésorerie mensualisé utilisé pour le
suivi présentent des lacunes persistantes dans la qualité des prévisions (Encadré 3). L’analyse des
plans de trésorerie mensualisés montre que les écarts entre les prévisions et les exécutions sur les
recettes fiscales et douanières ont augmenté, de - 1.95 pour cent en 2023- 2024 à - 10,47 pour cent en
2024- 2025. Les prévisions sur les dépenses restent sommaires, avec des écarts significatifs par rapport
à leur exécution. La ligne des dépenses d’investissement sur le PIP ne dispose pas de prévisions.
L’encadré 3 ci-après reprend les conditions d’amélioration du plan mensuel de trésorerie.
Encadré 3. Haïti : Plan mensualisé de trésorerie : conditions d’amélioration
En matière de gestion de la trésorerie, des progrès notables ont été réalisés, notamment en ce qui concerne la mise
en place du CUT et le fonctionnement du Comité de trésorerie. Le pilier relatif au plan de trésorerie a également
connu certaines avancées. Toutefois, des efforts substantiels restent nécessaires pour en faire un véritable
instrument de faisabilité budgétaire. Pour renforcer la crédibilité du plan de trésorerie, plusieurs conditions doivent
être réunies :
Préparation anticipée du plan, idéalement en amont du cycle budgétaire, afin qu’il puisse être annexé au projet
de loi de finances ;
Reclassement adéquat de certaines dépenses, notamment les amortissements, pour refléter correctement leur
nature et leur impact sur la trésorerie ;
Affinement de la saisonnalité des recettes et des dépenses, en s’appuyant sur des données historiques et des
prévisions réalistes ;
Intégration des arriérés de paiement dans le plan, pour une meilleure visibilité des besoins de financement ;
Identification et exclusion des opérations non liquides, afin de ne pas fausser l’évaluation des flux de trésorerie
disponibles ;
Alignement du plan de trésorerie avec un plan d’emprunt intra-annuel, dans le cadre d’un processus itératif de
planification et d’ajustement.
La mise en œuvre rigoureuse de ces mesures permettra de renforcer la fonction de prévision et de pilotage du plan
de trésorerie, contribuant ainsi à une exécution budgétaire plus soutenable et à une meilleure discipline financière. A
cette fin, la mission a présenté l’outil du FMI connu sous sa dénomination anglaise « Cash-Flow Forecasting and
Analysis Tool (CFAT) » au service de la gestion de la trésorerie lors de l’atelier technique (Annexe 1 ). Son utilisation
par les autorités améliorerait la crédibilité des flux de trésorerie.
Source. Mission
49. Les investissements financés sur fonds du Trésor font généralement l’objet d’un unique
décaissement annuel, effectué durant le dernier trimestre de l’exercice. Cela résulte de l’absence de
réglementation encadrant les délais de traitement des dépenses, qu’ils soient globaux ou intermédiaires,
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 30
ainsi que du manque de définition précise des arriérés, bien que le programme de référence avec le FMI
propose une telle définition. En l’absence de planification d’engagement des dépenses, les prévisions
budgétaires demeurent succinctes, à l’exception des salaires. Les restes à payer de l’exercice précédent
ne sont pas intégrés dans le PT et aucune ligne n’est dédiée aux éventuels arriérés. Le processus de
décaissement implique de nombreux acteurs et s’appuie sur plusieurs étapes : l’unité de projet, le
ministère sectoriel, le MPCE et le MEF ; l’intervention préalable de la CNMP et la CSCCA est également
requise avant le décaissement. Cette complexité opérationnelle, associée à l’absence de contraintes sur
les délais, conduit la plupart du temps à un seul décaissement annuel pour les projets financés par le
Trésor. En cas d’insuffisance des disponibilités, les paiements peuvent être reportés et sont
majoritairement réalisés directement auprès des contractants par chèque émis sur le Trésor.
C. Rendre effective la préparation des plans d’engagement de la dépense pour
réguler l’exécution des dépenses d’investissement public
50. Les plans d’engagement de la dépense ne sont pas préparés au motif que la plupart des
ministères sectoriels n’envoient pas leurs plans, reflétant un manque de programmation infra
annuelle pour l’exécution des investissements publics. Les autorités estiment que l’absence de plans
d’engagement (ou de plan de dépenses selon l’appellation dans la LEELF)
8
tient essentiellement à
l’existence d’un petit nombre de plans d’engagement sectoriels peu exploitables car présentant une
programmation trimestrielle linéaire, ce qui ne reflète pas la variabilité réelle des décaissements selon les
périodes d’activités des ministères. Malgré le rappel fait, via la circulaire 2024, aux ministères de
transmettre leurs PPM, les validations de la CNMP restent incomplètes et tardives. Toutefois, l’insuffisance de plans sectoriels ne justifie pas l’absence de plans d’engagement du MEF.
51. Préparer un plan d’engagement consiste à aligner les dépenses sur les ressources
disponibles. En Haïti, la faible mobilisation des recettes et les options de financement limitées
nécessitent de baser le plan d’engagement sur la trésorerie du trimestre à venir. Cette méthode définit
des plafonds d’engagement pour chaque ministère, communiqués afin qu’ils élaborent leurs plans. Ce processus régule la dépense dès l’engagement, prévient les arriérés et garantit l’exécution dans les délais.
52. L’élaboration d’un plan d’engagement infra annuel crédible est essentielle (Encadré 4,
Annexe 1). Ce plan doit respecter les contraintes de ressources, assurer une programmation budgétaire
réaliste en cohérence avec la trésorerie disponible, et s’articuler aux PPM via des plans sectoriels préparés
dans la limite des plafonds fixés par la DGB du MEF. L’atelier technique a permis de présenter les principes
clés et les phases d’élaboration des plans en vue de renforcer les capacités de la DGB. La préparation
nécessite un Comité d’engagement, instance d’arbitrage regroupant les acteurs concernés, chargé
d’approuver les plafonds sectoriels et d’examiner les dépenses non couvertes par ces plafonds.
8
Article 60 de la LEELF.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 31
Encadré 4. Principes d’élaboration du plan d’engagement
Cinq principes clés sont à respecter :
Le plan d’engagement doit être cohérent avec le plan de trésorerie (PT annuel mensualisé ) et actualisé en cours
d’année ;
Le plan d’engagement de la dépense doit respecter le principe d’équité entre toutes les sections budgétaires en
ligne avec la loi de finances.
Le plan d’engagement de la dépense doit respecter les critères et objectifs quantitatifs pertinents du programme
économique du Gouvernement (solde budgétaire, composition de la dépense, position nette du Trésor, niveau
des arriérés).
Le plan d’engagement de la dépense doit être préparé selon une démarche participative (du haut vers le bas et
du bas vers le haut) débouchant sur un arbitrage plausible et partagé.
Le plan d’engagement de la dépense doit respecter le plafond de l’autorisation parlementaire traduit par
l’équation : Plan d’engagement < ou égal aux crédits ouverts en Loi de finances.
Source : Mission
D. Financer l’investissement public
53. La mobilisation des financements et de l'expertise du secteur privé bénéficierait
grandement à Haïti, mais les conditions actuelles ne permettent pas de lancer des PPP. Cette
situation retarde la mise en œuvre de projets qui ne pourront pas obtenir de financement budgétaire, bien
qu'ils pourraient être réalisés comme PPP dans de meilleures conditions de sécurité et de stabilité.
Plusieurs projets en attente de mise en œuvre ou de réhabilitation peuvent, à l'avenir, être contractés en
PPP. Par exemple, les aéroports, les ports, les centrales électriques et les systèmes de traitement de
l'eau. Ces projets permettent à une entité privée de construire ou de réhabiliter les actifs du projet et
d'exploiter les services produits grâce à ces actifs, en percevant des frais d'utilisation et en explorant des
activités commerciales connexes (comme un centre commercial à l'aéroport ou un hôtel au port).
54. Cependant, il est possible de continuer l’effort actuel du MEF d’identifier des potentiels
PPP, et améliorer leur cadre juridique, en attendant de meilleures conditions de sécurité et de
stabilité. La future loi sur les PPP devrait à la fois (a) établir un cadre juridique commun (et intégré dans
les processus de GIP) pour tous les PPP du pays (entendus comme tous les contrats à long terme pour
des investissements publics impliquant des financements privés) et (b) créer des mécanismes permettant
au MEF d’examiner les implications budgétaires des PPP. Le cadre juridique des PPP devrait garantir
une évaluation préalable de toutes les propositions de projets de PPP, un appel d'offres compétitif pour
tous les contrats, et la publication des contrats signés. Le MEF devrait examiner les implications
budgétaires (en termes de responsabilités directes et de risques budgétaires) de chaque PPP, (a) avant
l'approbation du projet, (b) juste avant l'appel d'offres (lorsque le projet de contrat devrait être soumis
pour approbation au MEF), et (c) juste avant la clôture du contrat (lorsque le contrat convenu devrait être
présenté pour approbation au MEF). Les offres spontanées devraient être obligatoirement soumises à
une « due diligence » stricte, compte tenu de la faible concurrence que de tels projets attirent (même
lorsqu'ils sont soumis à des modalités formelles de concurrence). Tous les projets de PPP doivent être
soumis à la même procédure d’évaluation de projet et révision que tout projet financé par le budget —
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 32
cela comprend la présentation au MPCE, pour examen, d'une note conceptuelle et d'une étude de
faisabilité. Il faut aussi développer un processus pour l'évaluation, par la DGB, des implications
budgétaires de chaque PPP (en termes de responsabilités directes et de risques budgétaires).
Recommandations
Recommandation 4.1. Poursuivre l’extension du périmètre du CUT en (i) élaborant
un protocole
d’accord avec la BID et d’autres bailleurs de fonds intéressés, en vue d’expérimenter l’inclusion de
leurs comptes projets dans le CUT, en (ii) adoptant un
texte du MEF fixant le périmètre cible du CUT et
incluant l’intégration des fonds des projets des bailleurs de fonds, et en (iii) révisant la convention de
tenue du CUT avec la BRH, comportant les modalités techniques d’inclusion des comptes des projets
des bailleurs.
Recommandation 4.2. Communiquer les plafonds d’engagements suivant une périodicité
(trimestrielle), à l’avance aux ministères/institutions, en préparant des plans d’engagements de la
dépense avec l’appui de l’outil de PE, et en mettant en place un Comité d’engagement.
Recommandation 4.3. Appliquer l’outil du FMI au service de la gestion de trésorerie pour fiabiliser
les plans de trésorerie pour fiabiliser les plans de trésorerie.
Recommandation 4.4. Définir, dans une instruction ou un arrêté, les arriérés des paiements de la
dépense, les délais de traitement intermédiaires et globaux de la chaîne d’exécution budgétaire et
comptable des dépenses, y compris ceux des dépenses d’investissement et piloter le dispositif, à travers
un Comité de suivi.
Recommandation 4.5. Identifier pleinement et étudier le pipeline des PPP potentiels, et améliorer le
cadre juridique des PPP, tout en attendant de meilleures conditions de sécurité et de stabilité.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 33
V. Suivre le portefeuille des projets et les actifs
créés
A. Suivre le portefeuille des projets
55. En Haïti, le suivi des projets en cours est fortement axé sur le soutien aux paiements. Le
MPCE effectue un suivi rapproché des demandes de décaissement. L'accent mis sur ces activités
actuelles ne favorise pas le développement d'une fonction de suivi central de l'exécution.
56. Aucun dispositif de suivi central n’est mis en œuvre. L’encadré 5 ci-dessous présente des
bons cadres de suivi central des projets dans des pays du monde. Ce suivi central consiste à centraliser
les informations sur l'état de mise en œuvre de tous les grands projets. Le suivi devrait couvrir l'évolution
des coûts totaux prévus du projet ainsi que des coûts annuels. Le suivi des coûts est généralement
effectué par rapport aux engagements autorisés, au plan de mise en œuvre du projet, et aux contrats. Le
suivi physique devrait indiquer l'état d'avancement du projet par rapport aux grandes étapes du cycle du
projet, au plan de mise en œuvre du projet ou aux jalons physiques du contrat.
Encadré 5 . Suivi infra-annuel de l’investissement public dans quelques pays
Plusieurs pays présentent des bons cadres de suivi central des projets :
Au México, le rapport PIMA 2019 note que l'Unité d'Investissement (IU) du ministère des Finances (SHCP)
dispose d'un système de gestion de portefeuille centralisé solide. Le suivi des projets est effectué au niveau de
chaque entité contractante, cependant les informations sur les coûts et l'avancement physique de l'ensemble du
portefeuille sont centralisées. L’UI maintient une base de données sur les projets financés par le gouvernement
fédéral, et les ministères y accèdent pour rendre compte de l'avancement financier et physique des projets
d'investissement dans leurs secteurs respectifs, sur une base mensuelle, conformément aux directives en
vigueur ;
Au Bénin, Le décret GIP (décret n°2021-586 du 10 novembre 2021, articles 25 et 26) prévoit qu’un rapport de
suivi trimestriel d'avancement physique et financier des projets est transmis par le ministre sectoriel au MEF, à la
Présidence et à d’autres entités au plus tard à la fin du mois suivant le trimestre concerné. Ces rapports
alimentent un rapport consolidé semestriel de suivi du PIP, élaboré par le secrétariat de la Présidence qui doit
être « rendu disponible dans les quarante-cinq jours suivant la fin du seme stre concerné et [faire] l'objet d'une
communication à présenter en Conseil des Ministres ». Il existe également une douzaine de cellules de suivi de
la mise en œuvre des projets (Art. 24 du décret n°2021-520), qui conduiraient notamment des réunions
mensuelles avec plusieurs agences d’exécution.
Source : Mission, Rapports PIMA Bénin et México (disponibles au site infrastructuregovern.imf.org/).
57. Il n'existe aucun effort au niveau central pour examiner systématiquement les projets PIP
qui font face à des blocages, permettant de décider ce qui peut être fait pour accélérer leur
exécution. En mai 2023, face au ralentissement de la majorité des travaux d’infrastructure en cours et
l’arrêt des travaux pour plusieurs, et les conséquences sur les contrats, les avenants et les coûts, le
MSPP a effectué l’évaluation physique de l’ensemble des projets d’investissement public en cours, avec
54 projets examinés, conjointement avec le MPCE et le MEF. Cela a permis de définir des solutions pour
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 34
bon nombre de ces projets ainsi qu’à mettre à jour les dossiers techniques et les contrats signés avec les
firmes de construction.
9
58. Le suivi financier et physique à effectuer par le MPCE devrait viser à identifier les projets
connaissant des retards et des dépassements de coûts, et à prendre des mesures pour résoudre
ces problèmes. Plus un projet est achevé rapidement, plus tôt les bénéfices prévus du projet peuvent
être réalisés. Le suivi doit refléter les progrès physiques et financiers des grands projets relevant d'un
ministère et est distinct de la supervision des projets individuels. Le suivi des coûts se fait généralement
par rapport aux crédits budgétaires et au plan de mise en œuvre du projet ou aux contrats.
59. Le suivi devrait mesurer l'avancement physique et financier du portefeuille des principaux
projets et est distinct de la supervision des projets individuels. Le suivi des coûts se fait
généralement par rapport aux crédits alloués et par rapport au plan de mise en œuvre du projet ou aux
contrats. Le suivi physique devrait indiquer l'état du projet comparé aux grandes étapes du cycle de vie
du projet, au plan de mise en œuvre du projet ou aux jalons physiques prévus dans le contrat. Les
informations de suivi peuvent être rapportées et consolidées pour des groupes de ministères ou pour
l'ensemble du gouvernement.
60. Le MPCE doit veiller à ce que, pour chaque projet, un cadre supérieur soit désigné comme
responsable du projet et un plan de mise en œuvre soit présenté. L'objectif de nommer un
responsable est d'établir un point de contact, de fournir des orientations cohérentes sur la mise en œuvre
du projet et de garantir la responsabilité. La personne responsable doit également disposer des capacités
nécessaires pour gérer le projet. Un plan complet de mise en œuvre du projet devrait avoir été présenté
dans la n ote conceptuelle, afin de guider la mise en œuvre détaillée du projet et d'assurer une
mobilisation efficace du projet après approbation.
61. Des rapports trimestriels sur l’exécution physique et financière des projets et
programmes du PIP couvrant toutes les sources de financement doivent être produits (voir
l’Encadré 6). La Direction de Suivi et Évaluation du MPCE, actuellement axée sur l'évaluation de
l'exécution globale du Plan, devrait également s'engager dans le suivi des projets, en commençant par
quelques projets majeurs et en couvrant progressivement l'ensemble des projets d’investissement (quelle
que soit la source de financement). Un suivi renforcé doit être assuré pour les projets prioritaires
présidentiels ainsi que pour les autres projets stratégiques ou à haut risque, en attirant l’attention sur les
situations qui nécessitent des corrections ou des investigations plus détaillées.
Encadré 6. Contenu minimum d'un rapport trimestriel sur les investissements publics
Alors que typiquement le rapport annuel sur l’investissement public vise à fournir aux décideurs et aux citoyens une
vue complète des évolutions au cours de l’année, avec des détails sur les projets les plus pertinents, les rapports
infra-annuels sur l’exécution de l’investissement public ont pour objectif de fournir aux décideurs des informations à
jour sur l’avancement des projets et les défis rencontrés, afin de faciliter des décisions qui accélèrent l’exécution des
investissements.
De tels rapports (par exemple un rapport trimestriel) devraient traiter de tous les principaux projets d'investissement
public, quelle que soit la source de financement, et devraient donc couvrir non seulement les projets financés sur le
9
Voir Ministère de la Santé Publique et de la Population, Ministère de la Planification et de la Coopération Externe et Ministère de
l’Économie et des Finances, « Évaluation des projets d’infrastructure du Programme d’Investissement Public », mai 2023.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 35
budget, mais aussi les concessions et les projets de partenariat public-privé (PPP), ainsi que les principaux projets
mis en œuvre par les entreprises publiques ou d'autres entités extrabudgétaires.
La table des matières d'un rapport trimestriel devrait inclure :
Un résumé exécutif d'une page, présentant l'exécution financière de l'investissement public ainsi que les
principaux défis et réussites des projets majeurs ;
Une présentation des données sur l'exécution budgétaire de l'investissement public, en distinguant les transferts
de capital des dépenses d'investissement, et en détaillant par secteur ;
Des données sur un ensemble de projets majeurs, croisant l'exécution financière avec l'exécution physique, et
présentant les défis et obstacles identifiés ; les indicateurs de performance devraient être présentés (par
exemple, des symboles de type feu tricolore vert -jaune-rouge pour les retards d'exécution et les écarts entre
exécution financière et physique) ; au niveau de chaque projet, l'analyse devrait se concentrer sur l'exécution de
l'ensemble du projet (pluriannuel), et pas seulement sur l'exécution du budget annuel.
Le nombre de projets majeurs détaillés dans le rapport trimestriel devrait commencer à un niveau relativement bas
(cinq projets, par exemple) et être progressivement étendu à une vingtaine de projets (pas beaucoup plus, afin de se
concentrer sur les projets et programmes majeurs, en laissant les autres pour le rapport annuel). En plus des grands
projets d'investissement, le rapport peut couvrir, si nécessaire, des programmes d'investissement prioritaires, — par
exemple, programmes d’infrastructures de sécurité, d'éducation ou de santé. Comme l'objectif principal des rapports
infra-annuels est d'aider à la prise de décision pour accélérer l'exécution des investissements publics, la production
de ces rapports devrait être effectuée le mois suivant la période concernée, même au prix de ne pas inclure des
informations sur tous les projets que le MPCE souhaiterait couvrir — des protocoles de partage d'informations
devraient être établis pour parvenir progressivement à un flux d'informations en temps utile.
Source : Mission FMI
62. Le suivi central permet d'identifier les tendances générales, et offre la possibilité de
réaffecter des fonds entre les projets. Il peut être nécessaire de procéder à une certaine réaffectation
des fonds entre les projets d'investissement, dans ce cas en impliquant le MEF. Comme les projets
avancent à des rythmes différents, les allocations budgétaires pour les projets connaissant des retards
peuvent être transférées à ceux qui progressent rapidement. De cette manière, le temps moyen de mise
en œuvre des projets est réduit. De telles réaffectations ne diminuent pas le financement total du budget
d'investissement et doivent donc être distinguées des virements.
B. Suivre les actifs créés
63. Le registre des actifs est très parcellaire et rarement mis à jour. Le manuel de procédures
administratives et comptables pour la gestion et la comptabilisation des immobilisations corporelles
élaboré en 2012 par l'Office de management des ressources humaines (OMRH) n’est pas appliqué et est
devenu obsolète, notamment au regard des normes comptables internationales du secteur public sur les
immobilisations. La DGTCP ne dispose pas d’une réglementation spécifique dédiée à la comptabilisation
des actifs, même si un service des inventaires existe. Ce service a pour mission de consolider les
inventaires de l’ensemble des ministères sectoriels mais peine à réunir des informations. Les états
d'inventaires, joints aux comptes administratifs des ordonnateurs transmis à la CSCCA, sont incomplets
et ne comportent pas d’évaluation, ni de date d’acquisition des biens.
64. Les actifs produits dans le cadre des projets d’investissements des bailleurs de fonds ne
font pas l’objet d’une entrée formalisée dans le patrimoine comptable de l’État haïtien. Des procès-
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 36
verbaux retraçant la cession des immobilisations à l’État sont régulièrement effectués dans le cadre des
procédures de fin des projets des bailleurs, lors de la remise des infrastructures et des biens durables
des projets. Cependant aucune procédure n’est encore mise en œuvre au niveau de l’État (Ministères,
MPCE, MEF) afin d’intégrer ces actifs dans le patrimoine de l’État et ses comptes d’immobilisations.
65. Les comptes de l’État ne reflètent pas de façon fiable la valeur des actifs immobilisés.
L’état des actifs et des passifs financiers du compte général de l’Etat (CGE) additionne les montants des
rubriques intitulées ‘immobilisations corporelles’, ‘dépenses d’investissement’ et ‘autres dépenses
d’investissements’, qui ne sont pas justifiées par des fiches individuelles d’immobilisations. Les actifs
enregistrés correspondent davantage à l’exécution budgétaire des dépenses d’investissement, donc aux
paiements effectués. La classification des immobilisations dans la balance générale des comptes (BGC)
ne correspond pas aux standards de la classification comptable des immobilisations et de leur
dépréciation.
66. L’amortissement des immobilisations enregistré dans la BGC ne retrace pas la
dépréciation réelle des actifs. Dans le CGE actuel, les amortissements sont calculés globalement par le
système informatique comptable, sur le montant des postes immobilisations et des dépenses
d’investissements, selon les taux d’amortissement de la législation fiscale haïtienne. Selon les principes
comptables, la dépréciation des actifs doit être calculée individuellement, sur la base des durées
d’utilisation réelle des biens, en fonction de la méthode d’amortissement retenue par l’ État. L’application
des taux d’amortissement de l’administration fiscale n’est pas adaptée aux spécificités des actifs de l’Etat,
car ces taux visent le plus souvent à favoriser des politiques d’investissement, en prévoyant un
amortissement plus rapide des actifs en début d’utilisations. L’ Encadré 7 ci-dessous rappelle les grands
principes de dépréciation des actifs de l’Etat.
Encadré 7. Principes de dépréciation des actifs de l’Etat
Quatre modes d’amortissement existent en comptabilité privée . Il s’agit de : linéaire (selon la durée du bien) ;
dégressif, selon un coefficient accélérant les amortissements lors des premières années d’utilisation ; variable (basé
sur des clefs analytiques représentant l’usure du bien ; et exceptionnel (selon des taux spécifiques accordés par la
législation fiscale, visant le plus souvent les nouvelles technologies afin de favoriser l’investissement.
Dans le référentiel comptable de l’État, notamment dans les pays d’Afrique francophone et en Europe, seul
l’amortissement linéaire est retenu, basé sur la durée de vie utile du bien. Méthode simple et éprouvée compte tenu
de l’importance et de la diversité du patrimoine des Etats, l’amortissement linéaire facilite la connaissance de la
valeur réelle des actifs. La particularité des actifs de l’État réside dans leur durée de vie, généralement plus longue
que celle des biens du secteur privé.
La DGTCP du MEF d’Haïti, en concertation avec les ministères sectoriels, détenteurs du patrimoine et les autres
directions du MEF, doit être en mesure de définir les durées de vie applicables aux actifs, selon les grandes natures
de biens identifiés. Plusieurs pays d’Afrique francophone ont déjà adopté un texte définissant la durée d’utilisation
des actifs de l’Etat, comme le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, et le Cameroun notamment.
Source : Mission
67. La fiche d’immobilisation simplifiée constitue un premier support afin d’amorcer le
registre des actifs, en attendant la mise en œuvre future de la comptabilité patrimoniale prévue
par la LEELF. La mise en service de cette fiche d’immobilisation simplifiée, permettrait de capter les flux
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 37
entrants d’actifs, liés aux dépenses d’investissements de l’exercice budgétaire financés sur les fonds du
Trésor et par les projets des bailleurs. A minima, elle peut être utilisée uniquement pour les actifs à fort
enjeux financiers. La mission propose ci-dessous (Tableau 6 ) un modèle de fiche d’immobilisation
simplifiée qui pourrait être facilement introduite dans le système informatique d’exécution budgétaire et
comptable. Elle pourrait être utile pour le paramétrage du module de gestion des immobilisations de
SIGFIP, dont les fonctionnalités n’ont pas été encore détaillées dans le cadre du projet en cours. La
comptabilité- matières qui vise à mieux connaître et gérer les actifs mais dont les prérequis de mise en
œuvre sont nombreux et importants, a fait l’objet d’une présentation générale (cf. en Annexe 1).
Tableau 6. Modèle de registre des actifs de l’État
N°
d’inventaire
Date
d’acquisition
Valeur
d’acquisition
Description
sommaire de
l’actif
Localisation /
Service
bénéficiaire
Observations
Terrains
1-001
…
Bâtiments
2-001
…
Recommandations
Recommandation 6.1. Produire et publier des rapports trimestriels sur l’exécution physique et
financière, avec focus sur les grands projets (indépendamment des sources de financement), et
couvrant graduellement une douzaine de grands projets prioritaires à être évalués selon le Manuel GIP,
examinés par le MPCE et étroitement suivis pendant leur exécution.
Recommandation 6.2. Mettre en place la fiche d’immobilisation simplifiée afin de débuter le
recensement et la valorisation des principaux actifs réalisés ou acquis au cours des prochains
exercices budgétaires, sur fonds du Trésor, comme dans le cadre des projets d’investissement sur fonds
des bailleurs.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 38
VI. Assurer la digitalisation des processus de
gestion des investissements publics
68. La digitalisation de la GIP constitue un levier essentiel pour renforcer la transparence, la
traçabilité et l’efficacité de la dépense publique. Un système d’information (SI) interopérable, reliant la
planification, la budgétisation et l’exécution des projets, est indispensable pour améliorer la cohérence du
PIP et réduire les retards d’exécution. En Haïti, plusieurs initiatives sont en cours, notamment la mise en
œuvre du SIGFiP et la conception annoncée d’un SI de planification (SIP). Cependant, l’absence de
coordination entre les deux chantiers et la faiblesse des capacités techniques limitent encore la
transformation numérique de la GIP. La présente section examine les conditions de gouvernance
nécessaires à la digitalisation des SI, puis l’articulation à établir entre le futur SIP, le futur SIGFiP et
l’actuel Module de gestion de l’aide externe (MGAE).
A. Gouvernance et pilotage des systèmes d’information
69. Le développement des SI de gestion publique reste fragmenté et sans coordination
institutionnelle. Aucune instance n’assure aujourd’hui la cohérence des outils numériques utilisés par le
MEF, le MPCE et les ministères sectoriels. Les directions informatiques conçoivent leurs solutions de
manière indépendante, sans cadre commun de normalisation ni d’échange de données. Cette
fragmentation entraîne des doublons, une multiplication des coûts et des difficultés d’interfaçage entre les
applications budgétaires et celles de la planification. Le PIMA de 2022 avait souligné l’absence d’un
schéma directeur actualisé et d’une stratégie numérique globale pour soutenir la GIP. La mission n’a pas
obtenu d’informations sur le futur SIP du MPCE ni sur son articulation avec le SIGFiP en cours de
déploiement. Cette absence de pilotage retarde la mise en place d’une architecture numérique intégrée
et cohérente au service de la modernisation de la GIP.
70. La digitalisation de la GIP doit reposer sur des échanges réguliers entre équipes
informatiques et métiers, selon une logique progressive. Une gouvernance légère et pragmatique est
préférable à une structure formelle complexe, et particulièrement en Haïti. Les directions et services
informatiques du MEF et du MPCE devraient instaurer des réunions techniques périodiques pour planifier
les développements, partager les contraintes et assurer la compatibilité des outils. Ces échanges doivent
également associer les directions métiers (budget, investissement public, trésorerie et dette) pour garantir
que les besoins fonctionnels guident les solutions techniques. Chaque module ou interface, une fois prêt
et testé, devrait être déployé sans attendre la finalisation complète du système. Cette approche
incrémentale permettrait d’obtenir rapidement des résultats visibles et de consolider progressivement les
fondations du futur système interopérable.
B. Développement et articulation des applications liées à la GIP
71. Les systèmes existants ne couvrent pas encore l’ensemble du cycle de la GIP. Le SIGFiP,
piloté par le MEF, a franchi d’importantes étapes techniques avec la configuration et le test des modules
de préparation budgétaire, d’exécution et de comptabilité, ainsi que l’adoption du plan comptable de
l’État. Le système n’est toutefois pas encore en production. Sa mise en œuvre opérationnelle, en double
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 39
commande avec le système actuel (SYSDEP), est envisagée afin de sécuriser la transition et de garantir
la continuité des opérations budgétaires. Toutefois, certains modules critiques — notamment sur les
plans d’engagement et le plan de trésorerie — restent à développer, tout comme l’interfaçage avec le
futur SI support des marchés publics, qui n’existe pas encore à ce jour, s’agissant notamment de la
gestion et du suivi des plans de passation et de l’exécution des marchés publics. Le SIP, porté par le
MPCE, devrait permettre de suivre la planification et la mise en œuvre des projets, mais aucune
documentation n’a été partagée avec la mission sur son périmètre ni sur son niveau d’avancement.
L’articulation entre les deux systèmes sera pourtant déterminante, en particulier en examinant les points
d’interconnexion. L e SIP doit pouvoir permettre de suivre le cycle des projets (identification, évaluation,
sélection, suivi et évaluation), tandis que le SIGFiP enregistre les aspects budgétaires et financiers.
L’interopérabilité avec le MGAE, qui regroupe les financements extérieurs, offrirait une vision consolidée
des projets et éviterait les duplications.
72. L’interopérabilité entre le SIP et le SIGFiP doit s’appuyer sur le cycle complet des projets
d’investissement public. Le SIP devrait devenir la porte d’entrée du portefeuille national, intégrant les
modules de planification, d’évaluation et de suivi. Une fois les projets validés, leurs données clés —
coûts, calendrier, financements — devraient être automatiquement transférées vers le SIGFiP , à travers
la plateforme DSI Connect, pour leur programmation budgétaire et leur exécution financière. Ce principe,
présenté lors de l’atelier technique sur les systèmes d’information, garantirait la cohérence entre
planification et budget, réduirait les ressaisies et améliorerait la traçabilité des projets. Le développement
du SIP devra suivre une approche modulaire. C haque fonctionnalité (identification, suivi physique,
reporting) devra, dès qu’elle est prête, faire l’objet de tests, de validation, puis de déploiement. Cette
articulation progressive avec le SIGFiP et le MGAE permettra de bâtir, par étapes, un système
d’information intégré soutenant efficacement la GIP.
Recommandations
Recommandation 7.1. Renforcer la coordination entre les directions et services informatiques et
les services métiers du MEF et du MPCE par des échanges techniques réguliers, afin de planifier
ensemble le développement, la compatibilité et l’interopérabilité progressive des systèmes
d’information de la GIP.
Recommandation 7.2. Poursuivre le développement du SIP selon une approche modulaire, en
concevant et en déployant progressivement ses fonctionnalités — identification, évaluation,
sélection, programmation, budgétisation, exécution, suivi, reporting — et en assurant, à travers la
plateforme DSI Connect, leur articulation avec le SIGFiP et le MGAE dès leur mise à disposition.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 40
VII. Actualisation du plan d’actions PIMA et C-
PIMA de 2022 et sessions de formation
73. Cette dernière section du rapport présente deux volets complémentaires pour la poursuite
des travaux. La première sous-section actualise le plan d’actions PIMA et C-PIMA de 2022 en intégrant
les priorités identifiées par la mission pour la période 2026- 2028. La seconde sous-section recense les
sessions de formation à court terme proposées afin d’accompagner la mise en œuvre opérationnelle des
réformes prévues dans le plan d’actions.
A. Actualisation du plan d’actions PIMA et C-PIMA de 2022
74. Le Tableau 7 présente le plan d’actions révisé PIMA et C-PIMA à moyen terme. Il consolide
les axes prioritaires identifiés par la mission et intègre la reprogrammation des recommandations
encore pertinentes de l’évaluation PIMA/C-PIMA de 2022. Ce plan vise à orienter la mise en œuvre
progressive des réformes de la GIP, en assurant leur cohérence avec les engagements budgétaires,
climatiques et institutionnels du gouvernement. Chaque axe regroupe des actions structurantes, avec
leurs responsables , les échéances ainsi qu e le niveau de mise en œuvre. L’échéance de mise en œuvre
est codifiée comme suit : (1) MI ou Mise en œuvre immédiate (1 à 6 mois), (2) CT ou Court terme ( délai
maximum de 18 mois), et (3) MT ou Moyen terme (de 18 à 36 mois), à compter de la finalisation du
rapport. Le niveau de mise en œuvre précise si la recommandation ou l’action est opérationnelle,
règlementaire, ou si elle concerne la publication .
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 41
Tableau 7 . Plan d ’actions révisé PIMA et CPIMA, 2026– 2028
RECOMMANDATIONS
N° Actions Structures responsables IM
Court
terme
Moyen
terme
AT
Niveau de mise
en œuvre
Axe 1, Re Renforcer les capacités administratives et techniques de la GIP1
1.1.
Renforcer la résilience administrative, en appuyant la rétention des cadres et la
formation à distance, et en adaptant les procédures pour palier à la fuite des
compétences.
RH/MEF/
RH/MPCE/ RH des
ministères sectoriels clé
X X
Règlementation /
Opérationnel
Axe 2. Renforcer l’évaluation ex ante, la sélection et la priorisation des projets d’investissement avec prise en compte du risque climatique
2.1.
Mettre en place une procédure simplifiée d’évaluation et de sélection des projets,
fondée sur une approche graduelle distinguant les projets à faibles enjeux et les projets
majeurs, et adopter une grille nationale unique intégrant des critères objectifs de
cohérence, d’impact, de maturité et un volet climatique obligatoire applicable dès la
phase d’évaluation.
MPCE, MEF X X X
Opérationnel /
Réglementation
2.2.
Réviser les réglementations GIP afin d'exiger la présentation d'une note conceptuelle
pour chaque projet d'investissement, et sa révision par le MPCE avant la soumission des projets au financement budgétaire.
MPCE X X X
Opérationnel /
Réglementation
2.3.
Créer un comité technique conjoint MEF–MPCE chargé de l’examen, de la
priorisation des projets avant leur inscription au budget, appuyé par une banque
de projets matures centralisant les évaluations validées, et publier annuellement la liste
des projets retenus.
MPCE, MEF X X X
Opérationnel /
Réglementation
2.4.
Instituer, par décret, un fonds d’études permanent rattaché au MPCE, destiné à
financer les études de préfaisabilité, de faisabilité et d’évaluation climatique des projets d’investissement public.
Commencer par programmer, dès la préparation du projet de budget 2026- 27, les
crédits nécessaires aux études des projets prioritaires
MPCE, MEF X X X X
Opérationnel /
Réglementation
2.5.
Inclure dans l'examen ex-ante des projets d'investissement une exigence de révision
systématique des risques du projet, y compris les risques climatiques.
MPCE X X X
Opérationnel /
Réglementation
Axe 3 : Rendre effective la programmation et la budgétisation pluriannuelle des investissements publics
3.1.
Publier un PIP annuel rationalisé, en examinant chaque projet sans exécution au
cours des deux dernières années, en indiquant le coût total de chaque projet, les
dépenses déjà engagées et les coûts futurs afin d'évaluer sa qualité et sa
capacité à être finalisé rapidement.
MPCE, MEF X X X X
Opérationnel /
Publication
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 42
RECOMMANDATIONS
N° Actions Structures responsables IM
Court
terme
Moyen
terme
AT
Niveau de mise
en œuvre
3.2.
Faire évoluer ce PIP annuel vers un PTIP (suivant le format proposé Tableau 5) et un
processus de remplissage et révision qui permet d’utiliser le PTIP pour la priorisation
des projets en cours, et l’utilisation de l’espace budgétaire pour des nouveaux projets.
MPCE, MEF X X X
Opérationnel /
Publication
3.3.
Introduire la présentation du budget d’investissement public en autorisations
d’engagement et crédits de paiement pour un nombre limité de projets prioritaires, afin
d’améliorer la visibilité pluriannuelle des coûts et la soutenabilité budgétaire.
MPCE, MEF X X X X Opérationnel
Axe 4. Renforcer la gestion de la trésorerie et du financement de l’investissement public
4.1.
Poursuivre l’extension du périmètre du CUT en (i) élaborant un protocole d’accord avec
la BID et d’autres bailleurs de fonds intéressés, en vue d’expérimenter l’inclusion de
leurs comptes projets dans le CUT, (ii) adoptant un texte du MEF fixant le périmètre
cible du CUT et incluant l’intégration des fonds des projets des bailleurs de fonds, et en
(iii) révisant la convention de tenue du CUT avec la BRH, comportant les modalités
techniques d’inclusion des comptes des projets des bailleurs
DGTCP X X X X Opérationnel
4.2.
Communiquer les plafonds d’engagements suivant une périodicité (trimestrielle),
à l’avance aux ministères/institutions, en préparant des plans d’engagements de la
dépense avec l’appui de l’outil de PE, et en mettant en place un Comité d’engagement.
DGB X X X
Opérationnel /
Publication
4.3.
Appliquer l’outil du FMI au service de la gestion de trésorerie pour fiabiliser les
plans de trésorerie pour fiabiliser les plans de trésorerie
DGTCP X X X X Opérationnel
4.4.
Définir, dans une instruction ou un arrêté, les arriérés des paiements de la dépense,
les délais de traitement intermédiaires et globaux de la chaîne d’exécution budgétaire
et comptable des dépenses, y compris ceux des dépenses d’investissement et piloter
le dispositif, à travers un Comité de suivi.
DGB X X X
Réglementation /
Opérationnel
4.5.
Identifier pleinement et étudier le pipeline des PPP potentiels, et améliorer le cadre juridique des PPP, tout en attendant de meilleures conditions de sécurité et de stabilité.
MEF X X X
Opérationnel /
Réglementation
Axe 5. Suivre le portefeuille des projets et les actifs créés
5.1.
Produire et publier des rapports trimestriels sur l’exécution physique et
financière, avec focus sur les grands projets (indépendamment des sources de financement), et couvrant graduellement une douzaine de grands projets prioritaires à
être évalués selon le Manuel GIP, examinés par le MPCE et étroitement suivis pendant
leur exécution.
MPCE X X X
Opérationnel /
Publication
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 43
RECOMMANDATIONS
N° Actions Structures responsables IM
Court
terme
Moyen
terme
AT
Niveau de mise
en œuvre
5.2.
Mettre en place la fiche d’immobilisation simplifiée afin de débuter le
recensement et la valorisation des principaux actifs réalisés ou acquis au cours
des prochains exercices budgétaires.
DGTCP X X X Opérationnel
Axe 6. Assurer la digitalisation des processus de gestion des investissements publics
6.1.
Renforcer la coordination entre les directions et services informatiques et les services
métiers du MEF et du MPCE par des échanges techniques réguliers, afin de planifier
ensemble le développement, la compatibilité et l’interopérabilité progressive des
systèmes d’information de la GIP.
MEF, MPCE X X X X Opérationnel
6.2.
Poursuivre le développement du SIP selon une approche modulaire, en concevant et
en déployant progressivement ses fonctionnalités — identification, évaluation,
sélection, programmation, budgétisation, exécution, suivi, reporting — et en assurant, à
travers la plateforme DSI Connect, leur articulation avec le SIGFiP et le MGAE dès leur
mise à disposition.
MPCE, MEF X X X X Opérationnel
Autres axes repris de l’évaluation PIMA / C-PIMA de 2022
Axe 7. Objectifs et règles budgétaires.
7.1. Relancer la préparation de l'analyse de la viabilité de la dette sur 3 ans. MEF (DGTCP, DEE), BRH X X X Opérationnel
7.2.
Établir un objectif de dette publique (en % du PIB), et des contrôles du MEF sur les
emprunts sollicités par les entités publiques dans une version révisée du décret de
2020 sur la politique de la dette publique.
MEF (DGTCP, DEE), BRH X X X
Opérationnel /
Réglementation
7.3.
Établir des règles budgétaires permanentes servant d'ancrage à la préparation d'un CBMT à réaliser.
MEF (DEE, DGB) X X X Opérationnel
7.4. Mettre en place le Comité de la dette publique. MEF (DEE, DGB) X X X Opérationnel
Axe 8. Planification et coordination d’ensemble.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 44
RECOMMANDATIONS
N° Actions Structures responsables IM
Court
terme
Moyen
terme
AT
Niveau de mise
en œuvre
8.1.
Renforcer le caractère opérationnel du document de planification nationale en
raccourcissant l'horizon couvert et en identifiant clairement des projets phares ; garantir
sa cohérence avec les engagements sur le climat contenus dans le Plan National
d'Adaptation.
MPCE, MEF, MDE,
Ministères sectoriels
X X X Opérationnel
8.2.
Appliquer dans l'élaboration des stratégies sectorielles les dispositions du manuel de novembre 2020 rédigé par le MPCE, en les complétant sur la prise en compte des
enjeux climatiques.
MPCE, MEF, MDE,
Ministères sectoriels
X X X Opérationnel
8.3.
Assurer la cohérence des stratégies sectorielles élaborées par les ministères avec le
document de planification nationale, en intégrant davantage le MPCE et le MDE (sur
les aspects climatiques) au processus d'élaboration.
MPCE, MEF, MDE,
Ministères sectoriels
X X X Opérationnel
8.4.
Adopter un texte régissant la répartition des dotations versées par le FGDCT aux
collectivités territoriales.
MPCE, MEF, Collectivités
territoriales
X X X Opérationnel
8.5.
Intégrer les projets locaux les plus importants au document national de planification, en
vérifiant leur cohérence par rapport aux orientations nationales notamment en matière
climatique.
MPCE, MEF, MDE,
Collectivités territoriales
X X X Opérationnel
8.6.
Activer le CNCC comme instance de dialogue et d'arbitrage sur la prise en compte des
enjeux climatiques dans les stratégies d'investissement.
MDE (CNCC) X X X Opérationnel
8.7.
Revoir les réglementations en matière d'aménagement du territoire, d'urbanisme et de
construction (CNBH) pour prendre en compte les risques climatiques.
Ministères en charge de
l’aménagement du
territoire, de l’urbanisme et
de la construction
X X Règlementation
Axe 9. Entretien et maintenance des infrastructures
9.1.
Assurer une meilleure prise en compte des besoins d'entretien, en développant et
diffusant des guides sectoriels de l’estimation et de la budgétisation des dépenses
d’entretien.
MEF, MPCE, Ministères
sectoriels
X X X Opérationnel
Axe 10. Marchés publics
10.1.
Finaliser et accélérer le processus d'adoption de la loi mettant en place la nouvelle
autorité de régulation des MP concurremment avec celle créant la DG de contrôle des
MP au sein du MEF.
CNMP, CMMP, CSMP,
CDMP, UPMP, Ministères
et organismes publics
X X X X
Règlementation /
Opérationnel
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 45
RECOMMANDATIONS
N° Actions Structures responsables IM
Court
terme
Moyen
terme
AT
Niveau de mise
en œuvre
10.2.
Réactiver le chantier de développement du système d'information des MP en intégrant
un module de suivi des MP et en promouvant la digitalisation des procédures.
CNMP, CMMP, CSMP,
CDMP, UPMP, Ministères
et organismes publics
X X X X Opérationnel
Axe 11. Gestion de projets
11.1.
Fixer clairement des conditions standards pour la désignation des directeurs de projets ainsi que la composition et le cahier de charges des équipes projets.
MPCE, MEF, Ministères
sectoriels et organismes
publics, CSCCA
X X X Opérationnel
11.2.
Rendre systématique la conduite des audits ex-post en particulier sur les grands
projets, par la CSCCA où tout autre auditeur externe de réputation internationale.
MPCE, MEF, Ministères
sectoriels et organismes
publics, CSCCA
X X X X Opérationnel
Axe 12. Institutions transversales du PIMA / C- PIMA
12.1.
Cadre légal - Mettre en place un cadre légal couvrant l'ensemble du cycle de vie d’un
projet d’investissement, en y intégrant les considérations climatiques.
MPCE (chef de file), MEF,
MDE
X X X Règlementation
12.2.
Capacités des effectifs. Poursuivre la préparation et mettre en œuvre un plan de formation, sur la base d’une analyse des besoins en renforcement des capacités en
GIP y compris au regard de l'impact climatique.
Directions des ressources
humaines du MPCE, du
MEF, du MDE et des
ministères sectoriels
X X X X Opérationnel
Nota Bene (*) : Les recommandations doivent être appliquées dans un délai déterminé après la transmission du rapport final : (i) immédiat (IM),
moins de six mois ; (ii) court terme (CT), 18 mois ; (iii) moyen terme (MT), au plus 36 mois.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 46
B. Identification des sessions de formation à court terme
75. La coordination entre les principaux partenaires techniques et financiers constitue un
appui structurant au renforcement de la GIP en Haïti. Le Tableau 8 ci-après présente les sessions de
formation à court terme identifiées par la mission, en précisant les domaines d’intervention et les
partenaires concernés. Le FMI, à travers la présente mission de suivi, propose son appui aux réformes
relatives à l’évaluation, la sélection et la programmation des projets d’investissement public. La Banque
mondiale, via le Projet de renforcement de la gestion des finances publiques, accompagne notamment la
planification pluriannuelle, la rationalisation du portefeuille du PIP et le suivi- évaluation des projets.
Expertise France, dans le cadre du programme SBC-II financé par l’Union européenne, appuie
notamment la DGTCP pour la modernisation de la trésorerie, du CUT et du reporting comptable. Ces
interventions complémentaires favorisent une meilleure cohérence des appuis, au service du
renforcement de la GIP.
Tableau 8. Haïti – Sessions identifiées de formation à court terme
THEMATIQUES BAILLEURS POTENTIELS
Évaluation et sélection des projets d’investissement public – Formation pratique
sur les études de faisabilité, leur revue qualité, la grille de sélection et la priorisation, y
compris l’intégration du climat.
FMI / Banque mondiale / BID
Fonds d’études et maturation des projets –
Atelier sur la conception, le fonctionnement et
la gestion du futur fonds d’études.
FMI / Banque mondiale / BID
Rationalisation du portefeuille des projets du PIP – Atelier de revue des projets du
portefeuille, permettant d'aboutir à un périmètre d'une dizaine de projets structurants.
FMI / Banque mondiale
Mesure et reporting sur les arriérés de paiements et encadrement des délais d’exécution dans la chaine de la dépense.
FMI / Banque mondiale / Expertise France
Outil CFAT de gestion de la trésorerie. FMI
Outil PE sur les plans d’engagement. FMI
Suivi et évaluation des projets et du
portefeuille des projets.
FMI / Banque mondiale / Expertise France
Périmètre du CUT et modalités d’extension du
CUT au fonds des projets des bailleurs.
FMI / Banque mondiale / Expertise France
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 47
Annexe 1. Haïti. Synthèse de l’atelier technique
par thèmes.
Thème 1. Évaluation, sélection et priorisation des projets d’investissement public
avec prise en compte du risque climatique
La présentation a rappelé les principes fondamentaux de l’évaluation et de la sélection des
projets, en insistant sur la notion de maturité et sur l’intégration du climat dès la conception. Elle
a d’abord précisé la définition d’un investissement public et distingué les projets selon leur envergure et
leur niveau de complexité. Les participants ont été sensibilisés à la nécessité d’un processus structuré
allant de la note conceptuelle à l’étude de faisabilité complète pour les grands projets. L’accent a été mis
sur la maturation des projets, étape indispensable pour éviter l’inscription au budget de projets
incomplets, sous-financés ou non soutenables. La présentation a ensuite rappelé que la GIP devait
s’inscrire dans un cycle continu, articulant la planification, l’évaluation, la sélection et la priorisation, et
qu’une banque de projets matures constituait un outil essentiel pour assurer la qualité et la crédibilité du
PIP.
La présentation a également introduit les considérations climatiques comme un levier transversal
de sélection et de priorisation. Elle a montré comment les risques environnementaux et climatiques
doivent être identifiés et analysés à chaque étape du cycle de projet — de la note conceptuelle à l’étude
de faisabilité — afin d’intégrer des mesures d’adaptation et de résilience. Des exemples internationaux
(Pérou, Sénégal, République du Congo) ont illustré les approches existantes de filtrage climatique et
d’évaluation de la vulnérabilité. Enfin, la présentation a proposé une grille simplifiée de critères de
sélection incluant la cohérence stratégique, la faisabilité technique, les impacts socio- économiques et la
contribution du projet à la résilience climatique. Elle a conclu sur la nécessité d’un renforcement des
capacités, d’un fonds d’études et d’un système d’information permettant de suivre les projets évalués et
leur niveau de maturité.
Thème 2. Programmation et budgétisation pluriannuelle des dépenses
d’investissement public
La présentation a exposé les fondements et les bénéfices d’une programmation pluriannuelle des
investissements publics. Elle a rappelé que la planification pluriannuelle du PIP permet de lier les
priorités stratégiques aux contraintes budgétaires et de garantir la soutenabilité de l’investissement.
L’accent a été mis sur la nécessité d’une visibilité sur trois exercices pour anticiper les besoins financiers
des projets, suivre l’avancement des dépenses et améliorer la crédibilité du budget d’investissement. À
travers plusieurs exemples, la présentation a montré comment le calendrier prévisionnel d’exécution et le
plan d’utilisation des ressources peuvent être intégrés dans la FIOP pour chaque projet. Cette approche,
déjà utilisée dans d’autres pays, renforce la cohérence entre la planification, la budgétisation et la mise
en œuvre, tout en réduisant les retards et les sous-budgétisations chroniques.
La présentation a introduit la notion d’autorisations d’engagement et de crédits de paiement
comme instruments clés de la pluriannualité budgétaire. Elle a expliqué le principe du double
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 48
cadrage budgétaire en engagements et en paiements, permettant de couvrir des dépenses s’étalant sur
plusieurs exercices tout en maîtrisant la trésorerie annuelle de l’État. Les AE représentent l’autorisation
totale d’un projet, tandis que les CP retracent les décaissements prévus sur plusieurs années. Cette
approche offre un cadre de gestion plus prévisible, tout en prévenant les risques liés aux engagements
excessifs. Un exemple concret, basé sur la construction d’un hôpital à Cap- Haïtien, a illustré la traduction
d’un projet en AE et CP. La présentation a conclu sur la nécessité d’un accompagnement technique pour
introduire progressivement cette pratique, en commençant par une présentation pluriannuelle du budget
d’investissement avant d’envisager son exécution complète en AE/CP.
Thème 3. Elaboration des plans d’engagement
Cette présentation a porté sur les principes et procédures pour élaborer un plan d'engagement de la
dépense, insistant sur la nécessité d'une programmation réaliste alignée sur les ressources disponibles.
Cinq principes essentiels pour l'élaboration du plan d'engagement ont été exposés : cohérence avec le
plan de trésorerie et les plans de passation de marché, équité entre les sections budgétaires, respect des
critères des bailleurs, démarche participative (top-down et bottom- up), et respect du plafond fixé par la loi
de finances. La procédure se déroule en cinq étapes : (1) identification des ressources mobilisables ; (2)
détermination des dépenses obligatoires ; (3) calcul de l'enveloppe répartissable ; (4) fixation des
plafonds par section et ; (5) communication des plafonds aux ministères sectoriels, suivie d'un dialogue
interne pour l'élaboration des plans sectoriels. La procédure a été développée par le FMI dans un outil
Excel au service de l’élaboration des plans d’engagement.
Les préoccupations des participants ont permis de clarifier que le plan d’engagement inclut les
investissements, notamment via la prise en compte des plans de passation de marché et des avances de
démarrage, et a insisté sur l'importance d'adapter la méthodologie aux réalités spécifiques, comme la
saisonnalité des dépenses d'investissement. Les participants ont comparé les modèles du Gabon, du
Sénégal et du Cameroun, soulignant l'importance d'une direction dédiée au suivi de l'exécution
budgétaire et l'évolution vers une organisation plus stratégique avec le budget programme. Enfin, i l a été
proposé d'organiser des sessions de formation, y compris pour les ministères sectoriels, afin de renforcer
la compréhension et la capacité technique pour la préparation des plans d'engagement, avec l'utilisation
d'un outil Excel du FMI déjà expérimenté dans plusieurs pays.
Thème 4. Outil du FMI au service de la gestion de la trésorerie
Cette présentation a porté sur l'outil de gestion de la trésorerie développé par le FMI (connu selon son
acronyme anglais CFAT ou « Cash- Flow Forecasting and Analysis Tool »), détaillant son architecture,
ses fonctionnalités et les conditions pour renforcer la crédibilité du plan de trésorerie. Cet outil permet de
prévoir et d'analyser les flux de trésorerie, en intégrant les recettes, les dépenses et les ressources de
trésorerie, avec des ajustements pour exclure les opérations non liquides et intégrer les arriérés des
paiements. L'outil se compose de plusieurs feuilles Excel pour saisir les données historiques, ajuster les
prévisions, synthétiser les résultats mensuels et hebdomadaires, et effectuer des analyses de sensibilité,
avec des graphiques pour visualiser la saisonnalité et le solde du CUT . La collecte des données repose
sur l'historique des réalisations et la collaboration avec les régies de recettes et les directions
concernées, avec un accent sur la nécessité de distinguer les recettes cash des recettes brutes et
d'améliorer la fiabilité des prévisions.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 49
Les préoccupations des participants ont permis de confirmer la possibilité de verrouiller les cellules Excel,
et ont porté sur les retours d'expérience de pays comme la Guinée, le Suriname, et d’autres (ex. Sierra
Leone) qui ont constaté une amélioration de la prévision et de la gestion de la trésorerie grâce à l'outil
CFAT. Un problème de traduction dans la version française de l'outil a été identifié, empêchant la saisie
correcte de l'unité monétaire. La nécessité annoncée de création envisagée d'une plateforme technique
pour répondre aux questions des utilisateurs de l'outil, a été saluée, e n attendant que les équipes locales
renforcent leur maîtrise d'Excel. Enfin, il a été proposé d'organiser des sessions de formation sur
l'utilisation de l'outil CFAT, la prévision des recettes cash , et le renforcement des capacités de l’équipe
haïtienne.
Thème 5. Le suivi des actifs
La présentation a rappelé les finalités de ce suivi, les principaux acteurs et les outils à mettre en place.
Parmi les principaux acteurs, elle a relevé que le rôle du MEF est fondamental pour organiser le suivi des
actifs auprès des ministères sectoriels. Elle a présenté la différence entre dépenses d’investissement et
les immobilisations, au sens comptable, et décliné les principaux outils à mettre en œuvre pour le suivi
des actifs, que sont le cadre technique, la nomenclature des biens et un SI de gestion des actifs. Les
défis auxquels sont confrontés les pays d’Afrique francophone qui mettent en place ce type de suivi ont
également été présentés, ainsi qu’une fiche d’immobilisation simplifiée pouvant servir de support au
registre des actifs.
Les échanges ont permis de rappeler que la comptabilité- matières prévue par la LEELF de 2017 organise
le suivi des actifs et permet de justifier les comptes d’immobilisations du CGE, en vue de la certification
des comptes, mais la mise en œuvre de cette comptabilité est particulièrement longue et très complexe
pour les pays fragiles. Les représentants de la DGTCP ont rappelé que le futur système SIGFIP dispose
d’un module de gestion des immobilisations, dont les fonctionnalités ne sont pas encore détaillées, et
qu’à ce jour il n’existe pas d’acteurs responsabilisés sur le suivi des actifs et sa consolidation. Les
conseils pratiques pour débuter la tenue du registre des actifs ont été discutés avec la proposition de
fiche d’immobilisation simplifiée présentée car elle permet d’amorcer le suivi des actifs acquis ou réalisés
par les projets d’investissements.
Thème 6. Le système d’information support de la gestion des investissements
publics (SIGIP) et le système d’information budgétaire (SIB)
La présentation a mis en évidence la nécessité d’un lien fort et structuré entre le système
d’information de la GIP et le système budgétaire. Elle a montré que l’investissement public, par nature
pluriannuel, exige un dispositif numérique capable d’assurer le suivi complet du cycle des projets, de leur
identification à leur exécution. Trois constats ont été soulignés : (i) la complexité du suivi budgétaire des
projets ; (ii) la dépendance aux outils non intégrés (Excel, Access) et ; (iii) les risques liés à l’absence
d’interopérabilité entre systèmes. L’exposé a insisté sur la complémentarité entre le futur SIP du MPCE et
le SIGFiP en cours de déploiement par le MEF. L’objectif est de parvenir à une circulation fluide et
automatique de l’information entre planification, budgétisation et exécution, condition indispensable pour
garantir la transparence et la fiabilité des données financières publiques.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 50
La présentation a détaillé les caractéristiques d’un système d’information intégré et les étapes de
sa mise en œuvre progressive. Elle a défini les éléments clés d’un SIGIP performant, à savoir
intégration et interopérabilité avec le système budgétaire, alignement sur les classifications comptables et
budgétaires, exhaustivité des informations sur le cycle de projet, et capacités de reporting et d’analyse en
temps réel. L’expérience du modèle PIMIS en cours de développement par le FMI a servi d’exemple pour
structurer les modules du futur SIP (planification, allocation, mise en œuvre et tableaux de bord.)
L’exposé a souligné l’importance d’une gouvernance conjointe entre les fonctions informatiques du MEF
et du MPCE, d’un renforcement des capacités techniques et de l’adoption d’une approche modulaire.
Chaque module ou interface, une fois testé, doit être opérationnalisé sans attendre l’ensemble du
système.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 51
Annexe 2. Haïti – Proposition de structure
minimale d’une note conceptuelle d’un projet
d’investissement public
NB : Cette note, volontairement simplifiée, constitue le minimum requis pour l’examen par le MPCE et
permet de décider si des études supplémentaires (préfaisabilité ou faisabilité) sont nécessaires.
1. Identification du projet :
• Titre du projet ;
• Ministère ou institution porteuse (UEP responsable) ;
• Localisation géographique ;
• Secteur et sous-secteur concernés ;
• Cohérence avec la stratégie sectorielle.
2. Problème ou besoin à résoudre :
• Description du problème ou déficit d’infrastructure ;
• Population ou territoire concerné ;
• Conséquences de l’inaction ;
• Données existantes (même limitées).
3. Objectif général et objectifs spécifiques :
• Objectif général : changement recherché ;
• Deux à trois objectifs spécifiques, mesurables autant que possible.
4. Options envisagées et justification de l’option retenue :
• Brève description de deux à trois options possibles, y compris « ne rien faire » ;
• Justification du choix retenu au regard de la faisabilité, du coût, des risques et de l’urgence (selon
le manuel MPCE) ;
• Référence à la matrice « Importance/Urgence » le cas échéant.
5. Description sommaire du projet :
• Principales composantes ;
• Extrants attendus (outputs) ;
• Bénéficiaires directs et indirects.
6. Estimation indicative des coûts :
• Coût total approximatif de l’investissement ;
• Estimation des coûts récurrents futurs (entretien, personnel, fonctionnement) ;
• Indication des possibles sources de financement.
7. Analyse préliminaire des risques :
• Risques techniques, institutionnels, financiers ;
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 52
• Risques liés au climat (inondations, glissements, sécheresse…) ;
• Mesures de mitigation de premier niveau (simples).
8. Alignement stratégique :
• Priorités nationales (PSDH, feuilles de route sectorielles) ;
• Cohérence avec les engagements environnementaux et climatiques du pays.
9. Documentation disponible :
• FIOP existante ou partielle ;
• Plans, données de base, études antérieures, constats de terrain ;
• Niveau de maturité du projet (basé sur le manuel MPCE).
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 53
Annexe 3. Haïti – Éléments minimaux d’une
étude de faisabilité pour les projets majeurs
NB : Cette proposition de structure demeure proportionnée à la capacité actuelle des ministères
sectoriels et s’appuie exclusivement sur les exigences du Manuel MPCE.
Les projets complexes ou à fort impact nécessitent, avant toute décision budgétaire, une étude de
faisabilité couvrant au minimum les dimensions suivantes :
1. Analyse de la demande et justification socio-économique :
• Besoins réels et projection de la demande ;
• Bénéficiaires concernés ;
• Justification du projet par rapport aux alternatives.
2. Analyse technique :
• Solutions techniques envisagées et option retenue ;
• Normes et standards applicables en Haïti ;
• Calendrier prévisionnel d’exécution.
3. Analyse économique (proportionnée aux capacités) :
• Estimation des coûts et bénéfices ;
• Analyse coût–efficacité pour les projets sociaux ;
• Lorsque pertinent : calcul de la VAN ou du TRI économique.
4. Analyse financière et budgétaire :
• Sources de financement possibles ;
• Profil des décaissements ;
• Coûts récurrents pour le budget de fonctionnement ;
• Soutenabilité budgétaire selon les capacités de l’État.
5. Analyse institutionnelle :
• Capacités de l’entité porteuse (UEP, direction technique) ;
• Arrangements de gouvernance ;
• Besoins de renforcement de capacités.
6. Analyse environnementale, sociale et climatique :
• Impacts potentiels sur l’environnement et les populations ;
• Évaluation des risques climatiques locaux (inondations, érosion, sécheresse) ;
• Mesures de mitigation et d’adaptation proportionnées ;
• Conformité avec les engagements nationaux (CDN, normes nationales).
7. Analyse des risques :
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 54
• Cartographie simple des risques (techniques, financiers, climatiques) ;
• Mesures de réduction / mitigation des risques ;
• Hypothèses critiques.
8. Conclusion et recommandations :
• Appréciation générale de la viabilité ;
• Conditions préalables ;
• Points clés à suivre pour la mise en œuvre.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 55
Annexe 4. Haïti – Lignes directrices pour la mise
en place d’un Fonds d’études
1. Finalité et justification
Le Fonds d’études a pour objectif de financer les analyses techniques, économiques, environnementales
et climatiques nécessaires à la préparation des projets d’investissement public avant leur inscription au
budget. Il doit permettre de constituer un portefeuille de projets « matures » techniquement évalués, afin
d’améliorer la qualité du PIP, de réduire les retards d’exécution et de renforcer la crédibilité de la
planification publique. Le décret constitutif devra préciser son cadre juridique, sa gouvernance, ses
modalités de financement et ses règles d’utilisation. Sa mise en œuvre devra rester simple et adaptée
aux capacités actuelles de l’administration haïtienne.
2. Principes de conception du Fonds
a. Création juridique
Le Fonds devra être institué par décret pris en Conseil des ministres, sur proposition conjointe du MPCE
et du MEF. Ce décret devra préciser :
• l’objet du Fonds et les types d’études éligibles ;
• les catégories de projets concernés ;
• la structure de gouvernance ;
• les règles d’instruction et d’approbation ; et
• les mécanismes de contrôle et de reddition des comptes.
b. Financement et dimensionnement
Les ressources du Fonds devront provenir de :
1. Dotation budgétaire annuelle, inscrite au budget du MPCE et équivalant à un pourcentage de
l’enveloppe d’investissement public à définir, en fonction des ressources disponibles ;
2. Contributions extérieures, notamment des partenaires techniques intéressés à soutenir la
maturation des projets.
Le volume des crédits devra faire l’objet d’ajustements chaque année en fonction du nombre de grands
projets identifiés dans la programmation pluriannuelle.
c. Gouvernance
La gestion du Fonds devra être confiée à un Comité de gestion conjoint MPCE–MEF, présidé par le
Directeur général du MPCE et comprenant :
• un représentant du MEF (Direction générale en charge du budget) ;
• un représentant du MPCE (Direction en charge de l’investissement public) ;
• un représentant de la Cour des comptes (observateur).
Le MPCE assurera le secrétariat technique et préparera les dossiers soumis à la décision du Comité.
3. Études financées et critères d’accès
Le Fonds d’études permettrait, notamment, de financer, prioritairement :
1. Les avant-projets sommaires et les études de préfaisabilité ;
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 56
2. Les études de faisabilité pour les quelques grands projets d’investissement inscrits sur la liste
indicative du PIP ;
3. Les études environnementales et climatiques exigées par la réglementation nationale (études
d’impact environnemental et social, filtrage climatique, analyse de vulnérabilité) ;
4. Les études socio- économiques et de coûts récurrents nécessaires à la validation des hypothèses
d’exploitation et de maintenance.
Les projets éligibles pourraient devoir répondre à plusieurs critères :
• répondre à un problème ;
• être alignés sur les priorités du Plan national de développement ou d’un plan sectoriel validé ;
• présenter un potentiel d’impact socio- économique significatif ;
• disposer d’un minimum d’informations préalables (note conceptuelle, localisation, estimation
sommaire des coûts).
La priorité pourrait être donnée aux projets de grande envergure ou à forte incidence budgétaire. Les
projets mineurs pourraient être accompagnés à titre exceptionnel lorsqu’ils présentent un effet structurant
(santé, éducation, résilience).
4. Procédure et suivi
a. Demande et instruction
Les ministères sectoriels pourraient soumettre leurs requêtes au MPCE sur la base d’un formulaire
standard (note conceptuelle, budget estimatif, calendrier).
Le secrétariat technique procèderait à une première vérification de conformité avant transmission au
Comité de gestion.
Les décisions seraient prises trimestriellement et notifiées par le MPCE.
b. Exécution et contrôle
Les études seraient confiées à des prestataires publics ou privés sélectionnés selon les règles de la
commande publique.
Les termes de référence seraient approuvés par le Comité et validés par le MPCE avant lancement.
Chaque étude ferait l’objet d’un rapport intermédiaire et d’un rapport final approuvé avant paiement.
Les livrables seraient archivés au MPCE dans une banque nationale des études et intégrés au futur
système d’information support de la GIP.
c. Reddition des comptes
Un rapport annuel du Fonds pourrait être produit par le MPCE et transmis au MEF et à la Cour des
comptes. Il préciserait le nombre d’études financées, les montants engagés et les résultats obtenus. Un
résumé public serait publié pour garantir la transparence.
5. Conditions de réussite
1. Ciblage des grands projets. Le Fonds devrait concentrer ses financements sur les projets à fort
impact et d’un coût significatif, afin d’optimiser les ressources limitées disponibles.
2. Procédures allégées et standardisées. Les formulaires, instructions et modèles de TDR
devraient être accessibles à toutes les UEP.
3. Coordination avec la chaîne de la commande publique. Le succès du Fonds dépendra d’une
procédure de passation des marchés fluide et efficace pour la sélection des prestataires en
charges des études.
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4. Lien avec la banque de projets. Les études financées devraient systématiquement alimenter la
banque nationale de projets matures et être utilisées pour la sélection et la programmation.
5. Capacité nationale. Le recours prioritaire aux universités, ingénieurs publics et cabinets locaux
devrait être encouragé afin de limiter les coûts et renforcer le transfert de compétence.
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL Rapport dʼAssistance Technique | 58
Annexe 5. Haïti – Préparation de la commande
publique
Dans un cadre de lutte contre la corruption, il est nécessaire que la commande publique fasse
face à des contraintes comme les contrats- type. Ces contrats présentent des véritables avantages
mais, d'une certaine manière, ils rigidifient les dispositions contractuelles, notamment le nombre de
paiements, ce qui à son tour rigidifie la fonction du Trésor. Pour faire face à ces défis, la programmation
des marchés publics peut être améliorée et liée à la programmation de trésorerie.
Les marchés publics peuvent être améliorés si, pour chaque projet, des études et des plans de
passation sont préparés à l’avance, avant l’approbation du projet. Actuellement, les projets sont
approuvés dans le Budget sans disposer d'études permettant une bonne planification des différentes
activités, et par conséquent, la planification des paiements prévus n'est que provisoire. Ce n'est qu'après
le début de l'année que les études sont lancées et les PPM présentés au CNMP. Le développement tardif
des études entraîne des retards dans la passation, réduisant la crédibilité des plans de décaissement
présentés au Trésor. Cela incite le Trésor à établir ses plans en utilisant une approche historique, la
plupart des paiements ayant lieu à la fin de l'exercice — une preuve répétée de mauvaises pratiques
dans la préparation de la passation. Comme conséquence des améliorations individuelles, les Plans
Annuels de Passation des Marchés Publics de chaque entité publique peuvent être préparés et soumis à
la CNMP au début de l’année (ou même avant).
Lorsque le développement des projets individuels atteint un niveau de qualité raisonnable, l a
programmation physique et financière de chaque projet sera crédible. Lorsque la programmation
des projets est crédible, la programmation des marchés publics de chaque entité au cours de l'année
sera crédible aussi et peut même commencer au début de l’année.
Meilleures études et meilleur examen de ces études permettront la production de calendriers
prévisionnel des besoins de financement plus crédibles. Cela signifie que, quand la préparation du
projet et de la passation commencera à adopter de bonnes pratiques (nécessairement, seulement après
l'adoption de bonnes pratiques en matière de financement des études), le calendrier prévisionnel des
besoins de financement que le MPCE prépare et présente au MEF (après l’analyse des plans d'opération
et plans financiers des programmes et projets) sera plus crédible et le Trésor poudra passer d'une simple
approche historique à une utilisation d’information plus précise sur les décaissements prévus. Leurs dates
de décaissement prévues seront plus fiables, et le volume des paiements attendus au cours de l'exercice,
dans chaque mois, peut varier considérablement d'une année à l'autre, nécessitant aussi un effort pour
aligner la répartition des paiements prévus (d’octobre à septembre) sur la disponibilité des fonds attendue
par le Trésor au cours de ces mois.
Enfin, il conviendrait de maintenir l'approche historique actuelle au Trésor, en se préparant dans
l’avenir. Au fur et à mesure que les études de projet commencent à être réalisées avant l'approbation du
projet et que des plans opérationnels et financiers plus crédibles sont présentés pour les dépenses en
capital, l’approche historique actuelle de prévisions des décaissements devraient considérer les éléments
plus crédibles dans le calendrier prévisionnel des besoins de financement préparé par le MPCE .