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(2023) Une évaluation de l'économie de l'agroécologie en Haïti : Une étude de cas de la partie nord du plateau central d'Haïti

(2023) Une évaluation de l'économie de l'agroécologie en Haïti : Une étude de cas de la partie nord du plateau central d'Haïti

Economics of Land Degradation Initiative (ELD) 2023 65 pages
Resume — Une étude de cas de l'initiative Economics of Land Degradation (ELD) quantifiant les rendements de l'agriculture agroécologique chez les membres d'associations paysannes du nord d'Haïti, à partir d'une enquête menée en juin-juillet 2021 auprès de 330 ménages agricoles à Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère. Le revenu net des cultures et des arbres par hectare des agriculteurs modèles agroécologiques (1 231 à 1 596 USD) est près du double de celui des agriculteurs conventionnels (616 à 806 USD), l'analyse de régression identifiant la culture intercalaire comme principal moteur de la productivité des terres.
Constats Cles
Description Complete
Réalisée par Altus Impact avec l'ONG haïtienne Partenariat pour le Développement Local (PDL) et Groundswell International dans le cadre de l'initiative Economics of Land Degradation (ELD), cette étude construit et applique un outil d'évaluation au niveau de l'exploitation combinant des budgets d'utilisation des terres issus d'enquêtes auprès des ménages, des groupes de discussion et une validation satellitaire. Le terrain est le nord du bassin du Plateau Central (sections communales de Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère dans les communes de Saint-Raphaël, Mombin-Crochu et Pignon), où le PDL appuie des associations paysannes depuis 2009 ; 330 agriculteurs, modèles agroécologiques et conventionnels, ont été enquêtés en juin-juillet 2021. Les agriculteurs modèles tirent de leur parcelle principale un revenu brut des cultures et des arbres supérieur à 1 600 USD par hectare contre environ 900 USD pour les conventionnels ; après déduction des coûts d'intrants et de main-d'œuvre, leur revenu net (1 231 à 1 596 USD/ha) est près du double de la référence conventionnelle (616 à 806 USD/ha). Les régressions de fonction de production montrent que l'écart ne s'explique pas par l'éducation, les réseaux de soutien ou la distance des parcelles, mais par les dépenses en semences de qualité et en main-d'œuvre de désherbage et par les pratiques agroécologiques elles-mêmes ; la culture intercalaire est le moteur le plus puissant, le passage de 2 à 6 cultures faisant passer le revenu brut attendu d'environ 700 à 1 680 USD par hectare. Les données satellitaires NDVI corroborent la productivité supérieure des terres (valeurs mensuelles supérieures de 4,3 pour cent sur les parcelles modèles malgré moins de précipitations), et 98 pour cent des agriculteurs modèles comptent poursuivre et étendre l'approche. L'étude recommande des solutions de financement mixte, des paiements pour services écosystémiques, la sécurisation du régime foncier et des partenariats public-privé-ONG pour la mise à l'échelle de l'agroécologie.
Sujets
AgricultureEnvironnementÉconomie
Geographie
Nord, Nord-Est, Centre
Periode Couverte
2019 — 2021
Mots-cles
agroecology, land degradation, intercropping, farm income, peasant associations, food security, soil conservation, NDVI, Central Plateau, agroforestry, land tenure, rural livelihoods
Entites
ELD Initiative, Altus Impact, Partenariat pour le Developpement Local (PDL), Groundswell International, GIZ, Casey & Family Foundation, Vanja Westerberg, Cantave Jean-Baptiste, Steve Brescia, FAO, Bois Neuf, Sans Souci, La Belle-Mère, Saint-Raphaël, Mombin-Crochu, Pignon
Texte Integral du Document

Texte extrait du document original pour l'indexation.

[page 1] THE ECONOMICS OF LAND DEGRADATION Une évaluation de l'économie 1 L4 e LL de l'agroécologie en Haïti r É 31 \£ mon e Une étude de cas de la ne Da PE “hi Et partie nord du plateau en À 10 à central d'Haïti AE 10 s TE > =; 41 AT Re Pas VE, CV CPR A www.eld-initiative.org CA % [page 2] Auteurs: Vanja Westerberg, Toni McCann, Luis Costa (Altus Impact) Principaux contributeurs: Ronel LeFranc (PDL), Steve Brescia (Groundswell International), William Gustave (consultant), Cantave Jean-Baptiste (PDL), Astrid Folden (consultante), Christopher Sacco (Groundswell International) Altus Impact 5 rue perdtemps, 1260 Nyon, Switzerland, Contact: Vanja Westerberg, vanja@altusimpact.com wwwaltusimpact.com Partenariat pour le Developpement Local (FOHMAPS/PDL) 2, Rue Louissaint, Bourdon, Port-au-Prince, Haïti, BP : 19006, Bas=Peu-de-Chose HT 6111 Contact: Cantave Jean-Baptiste, cantavejb@gmail.com, info@fohmapspdl.org, www.groundswellinternational.org Groundswell International 2101 LSt. NW, Suite 300, Washington, DC 20037 Contact: Steve Brescia, sbrescia@groundswellinternational.org www.groundswellinternational.org Acknowledgements: Nous sommes reconnaissants envers les recenseurs haïtiens qui ont réalisé les enquêtes, envers les familles paysannes qui ont accepté de participer aux enquêtes et aux groupes de discussion, envers le personnel de PDL et de Groundswell International, et envers le soutien financier de la Casey & Family Foundation et de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) au nom du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement. Visual concept: MediaCompany, Bonn Layout: Leslie Shaw Design 2 [page 3] Une évaluation de l'économie de l'agroécologie en Haïti Une étude de cas de la partie nord du plateau central d'Haïti February 2023 www.eld-initiative.org 3 [page 4] 7 Table des matières Liste des tableaus.................................................................6 Lise de figures .....................................,.............,...............8 Sommaire Executif...............................................................10 Introduction.....................................................................14 1.1 Productivité agricole en Haïti................................................14 1.2 Principes de l'agroécologie.................................,................ 15 1.3 Objectifs de l'étude.........................................,..............., 15 Zone d'étude de cas et contexte de l'étude ....................................... 17 2.1 Structure institutionnelle et déploiement du modèle agroécologique ......... 18 2.2 L'agroécologie au sein des associations paysannes........................... 20 2.3 Groupes de discussion - agriculteurs conventionnels et agroécologiques modèles........................................................................ 20 2.3.1 Agriculteurs conventionnels et agroécologiques modèles inclus dans ..... l'étude ......................................,...........,,....... 21 2.3.2 Contraintes perçues à l'adoption de l'agroécologie .................... 21 2.3.3 Avantages perçus de l'agriculture agroécologique modèle............. 22 Méthodes ...................................................................... 23 3.1 Collecte des données et conception du questionnaire......................... 23 3.2 Caractéristiques sociodémographiques du ménage agricole.................. 24 3.3 Définition des agriculteurs agroécologiques modèles ........................ 24 3.4 Utilisation des budgets d'utilisation des terres pour évaluer la valeur de l'agriculture modèle agroécologique............................................ 24 Résultats - Les aspects économiques de l’agriculture agroécologique modèle ....27 4.1 Description des systèmes agricoles.......................................... 27 4.2 L'agriculture modèle dans la zone d'étude ................................... 28 4.3 Revenus de l'agriculture ..............................,..................... 29 4.3.1 Cultures et arbres principaux......................................... 31 4.3.2 Revenus des ressources arboricoles de l'exploitation .................. 32 4.3.3 Coûts de production. ................................................. 383 4.3.4 Autres coûts fixes associés à l'adoption de pratiques agroécologiques.. 36 4.3.5 Revenu agricole et arboricole net..................................... 36 4 [page 5] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL 4.4 Explication des écarts de revenu agricole net entre les agriculteurs modèles et conventionnels. .............................................................. 37 4.4.1 Analyse de la fonction de production.................................. 37 4.4.2 Résultats de la modélisation de la fonction de production ............. 40 4.4.3 Valider les résultats par des observations de la terre.................. 43 Le succès de l’agriculture modèle - sa perception par les agriculteurs et autres TÉPETCUSSIONS ...............44....... 4e... 40 5.1 Autres implications visibles de l'agriculture modèle.......................... 47 5.2 Limites..................................................................... 48 Recommandations, gestion et implications politiques ............................ 50 6.1 Comment étendre l'approche agroécologique - Résultats de l'enquête......... 50 6.2 Surmonter les obstacles à l'agriculture agroécologique - résultats de l'enquête..............................,.,,.,,,,.,......,2..,22.,............. 53 6.3 Enseignements pertinents pour les communautés, les agriculteurs et les ONG...........................................,,.....................2... 53 6.4 Recommandations à l'intention des décideurs ............................... 56 6.4.1 Solutions de financement mixte pour l'élargissement de l'agroécologie. 56 6.4.2 Cadres institutionnels et politiques créant un environnement favorable à l'agroécologie ......................,....,............................... 57 6.4.2.1 Chaînes Logistiques Locales.................................... 58 6.4.2.2 Politiques de Commerce........................................ 58 6.4.2.3 Schèmes PSE et Transferts Financiels........................... 58 6.4.2.4 Régime Foncier................................................ 59 Conclusion ......................................................................60 Bibliographie ....................................................................61 Degré de culture intercalaire comme facteur de productivité parmi les agriculteurs agroécologiques modèles .....................................................64 5 [page 6] RS” List of tables Détails des groupes de discussion de Gustave 2021.............................................20 Lieux de l'enquête sur les ménages, taille de la population et associations paysannes ..........23 Caractéristiques sociodémographiques des répondants à l'enquête.............................25 Caractéristiques au niveau de l'exploitation des agriculteurs modèles et conventionnels .......28 Comment les agriculteurs ont obtenu les terres qu'ils cultivent.................................28 Degré d'occupation des terres chez les agriculteurs modèles et conventionnels.................28 Nombre de pratiques agroécologiques adoptées par les agriculteurs modèles et conventionnels... 29 Degré de culture intercalaire ..............................................4...2.......81 Part des agriculteurs ayant régénéré ou planté des arbres au cours de la dernière année. .......32 Quel pourcentage de tes terres agricoles est occupé par des arbres ? ...........................32 Prix médian à la ferme par unité pour les cultures communes en 2021 .........................32 Revenu brut annuel moyen par hectare des cultures - ressources forestières des exploitations agricoles ....................................4... 4444 ieiuiiiiieeeeuesss... 34 Revenu généré par la vente des ressources forestières de l’exploitation.........................34 Estimation du coût d’un service donné payé par les agriculteurs un jour donné (HTG)..........34 Les coûts agricoles moyens par hectare pour les agriculteurs conventionnels et les agriculteurs modèles.................................4..44... 44e i sisi iuuueiiiieeeeeees. 36 Coûts d'investissement ponctuels associés à l'adoption de pratiques agroécologique ...........36 6 [page 7] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI ELD Coût du matériel acheté pour la principale parcelle de l’agriculture modèle agroécologique ....37 Estimation du revenu net moyen par hectare pour les agriculteurs modèles et conventionnel...37 Variables explicatives utilisées dans les fonctions de production finales ........................41 Résultats de l'analyse de régression avec le modèle agro-écologique agriculture ................42 Résultats de l'analyse de régression avec les cultures intercalaires..............................42 Changements du revenu brut des cultures en fonction de l’évolution des niveaux d'intrants.....43 Réponses à l'enquête concernant la poursuite et l'expansion de l’agriculture modèle ...........45 Augmentation perçue de la production agricole depuis l'adoption de l’agriculture modèle ......46 Succès perçu des fermes modèles depuis l'adoption de méthodes agroécologiques .............46 Pertes de produits agricoles et d'accès au marché chez les agriculteurs conventionnels et les agriculteurs modèles ......................................................................47 Sécurité alimentaire des ménages ..............................................................48 Autres sources de revenus, en espèces ou en nature ............................................48 Contraintes à l'adoption de l’agriculture améliorée et des jardins modèles. .....................51 Niveau général de bien-être et de sécurité des revenus .........................................51 Obstacles à l'adoption de l’agriculture améliorée et des jardins modèles .......................52 7 [page 8] RS” List of figures 13 principes s'appuyant sur les 10 éléments de la FAO(2018) et les 5 niveaux de l’agroécologie .. 15 Zone d'étude de cas, municipalités et sections municipals ......................................18 Organisation des associations de paysans ......................................................19 Répartition de la taille des exploitations parmi les agriculteurs interrogé.......................27 Adoption de pratiques agricoles agroécologiques et de certaines pratiques conventionnelles parmi les agriculteurs modèles et conventionnels ....................................................29 Cultures typiques trouvées sur une parcelle de terre détenue par un agriculteur modèle... .....30 Cultures typiques trouvées sur une parcelle détenue par un agriculteur traditionnel à Bois-Neuf ....30 Degré de culture intercalaire chez les agriculteurs modèles et conventionnels ..................31 1ère, 2ème et 3ème cultures les plus importantes par ordre d'importance ......................33 1ère, 2ème et 3ème cultures les plus importantes par ordre d'importance ......................33 La composition du revenu brut des cultures par hectare à Bois Neuf et Sans Souci..............35 La composition du revenu brut des cultures par hectare à La Belle-Mère........................35 La composition des revenus et des coûts d’un agriculteur moyen du modèle agro-écologique à La Belle-Mère........................,..,..,..,........444444 usées issues... 38 La composition des revenus et des coûts d’un agriculteur conventionnel moyen à La Belle-Mère ....38 La composition des revenus et des coûts d’un agriculteur moyen du modèle agro-écologique ..39 La composition des revenus et des coûts d’un agriculteur moyen conventionnel ...............39 Corrélation entre le degré de culture intercalaire et les jours de travail salarié et le revenu brut des cultures ..........................,..,.....,.......4444444 sisi. 43 8 [page 9] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN Hair! [EL Figure 18: Réponse à l'enquête concernant la poursuite de l’agriculture modèle ...........................45 Figure 19: Augmentation perçue de la production agricole depuis l'adoption de l’agriculture modèle ......46 Figure 20: Succès perçu de la parcelle d'agriculture agroécologique en termes de capacité à fournir de la nourriture toute l’année, à améliorer la fertilité des sols et le revenu des ménages..............46 Figure 21: Insécurité alimentaire basée sur FIES de la FAO : Qu'est-ce que cela signifie ?...................47 9 [page 10] 7 Résumé exécutif Contexte Renverser un cercle vicieux avec l'agro- écologie Pauvreté endémique et insécurité : . : alimentaire Pour mettre fin au cercle vicieux de la pauvreté, du manque d’investissements dans l’agriculture et de Haïti est le pays le plus pauvre de la région Améri- Ja faible productivité agricole, l'ONG Partenariat du que latine et Caraïbes et présente l’un des niveaux Développement Local a adopté l'agroécologie pour d'insécurité alimentaire les plus élevés au monde. renforcer les associations de paysans dans le nord Près de la moitié de la population n'a pas assez à qu bassin du Plateau Central d'Haïti, avec la vision manger (PAM, 2023) et les Haïtiens importent en- qu’une prospérité rurale accrue est une pierre viron 60 pour cent des aliments qu'ils consomment angulaire de la revitalisation du pays tout enti- (FIDA, 2022a).' La gravité croissante de l'insécurité er, L'élément central de l'agroécologie est l'agence alimentaire aiguë en Haïti est alimentée par une des agriculteurs et de leurs organisations pour ex- augmentation de la violence des gangs et une ag- périmenter, innover, adapter et diffuser les princi- gravation des troubles civils, qui ont entraîné des pes et pratiques agroécologiques aux écosystèmes perturbations dans le fonctionnement du marché locaux. Les techniques comprennent, sans s’y lim- et l’approvisionnement, exacerbant la tendance à la iter, l’utilisation de barrières de contour, le com- hausse des prix internationaux des aliments de base postage et l’utilisation du fumier, l'intégration des (Famine Early Warning System Network, 2023). Al- résidus de culture au lieu de la culture sur brûlis, le ors qu'Haïti était autrefois richement boisé et d’une maintien d’une couverture permanente du sol, les grande biodiversité, son économie coloniale et de cultures intercalaires et les rotations de cultures, plantation était basée sur un modèle extractifquia Jagroforesterie, la plantation de clôtures vivantes perduré après l'indépendance en 1804 (Groundswell pour se protéger du pâturage libre et le développe- International, 2017). Les programmes du gouverne- ment de banques de semences communautaires. ment et des donateurs internationaux étendent par Plus important encore, c'est le processus de recher- intermittence des projets dans les campagnes, mais che et de développement axé sur les agriculteurs, la coordination entre ces programmes est limitée, autant que n'importe quel ensemble spécifique de et le secteur agricole est largement caractérisé par techniques, qui est prioritaire lors de la mise en l'absence de services de vulgarisation gouverne- œuvre et de l'extension de l’agro-écologie. mentaux et d’investissements nécessaires (Murray et Bannister, 2004 ; Bellande, 2010 ; Groundswell Les agriculteurs individuels sont témoins des avan- International, 2017 ; FIDA, 2022b). Ces facteurs tages de l’agriculture agro-écologique et présentent sont encore aggravés par les aléas climatiques, leur expérience à leurs voisins et à leurs réseaux l'instabilité politique et la dépréciation de la gourde d'associations paysannes. Alors que le finance- haïtienne par rapport au dollar américain (Réseau ment reste un défi majeur pour la mise à l'échelle du système d'alerte précoce contre la famine, 2022). de l'agriculture agro-écologique, des politiques sont également nécessaires pour encourager les change- 1 Programme alimentaire mondial (PAM) (2023). Dossier pays Haïti. Consulté le 10.02.2023 à l'URL. https://www.wfp.org/countries/haiti#:-:text=Haïti%20a%20l'un%20des%20millions%20de%20sont%20très%20 insecures%20alimentaires. 2 Réseau du système d'alerte précoce contre la famine (FEWS), (2023). L'instabilité sociopolitique, l'inflation et les pénuries de carburant contribuent à l'insécurité alimentaire d'urgence (phase 4 du CIP) à Cité Soleil. Consulté le 10.02.2023 à l'adresse URL : https://fews.net/central-america-and-caribbean/haiti/food-security-outlook/october-2022. 10 [page 11] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL & H Ep - qu 2, SD e AA Lee. 114: DD mule - + NT à A Ê Ke | Cire de ME L'oe t nn UV Xk F A d RE (ui ‘R EN LE rs IS TS Qt UN cé X x NN : ù ++ = 2 3 Ÿ CPAS n CV s NI p 2 : #7}4 V7 . D à e 27 La N " k pue, sS: < j fr nus 4 42 L NX = * ñ AOL à di a | 1 Harvesting cassava from an agroecological farm. Photo by Ben Depp. ments. Cela nécessite des structures de gouvernance Objectif adéquates, des droits fonciers clairs, des processus . . décisionnels participatifs et des preuves que l’agro- Dans le contexte de ces défis, les objectifs de la écologie est rentable (Chazdon et al, 2015 ; Adams présente étude sont les suivants : et al., 2016). Il va sans dire que bon nombre des 1) Développer un outil d'évaluation complet - qui précieux services écosystémiques fournis par les combine la collecte de données qualitatives et quan- systèmes agricoles agroécologiques - par exemple, titatives au niveau du ménage agricole ; en utilisant la restauration des cycles de l’eau et du carbone et les données de l'enquête sur les ménag es et les l'amélioration de la résilience aux risques de catas- groupes de discussion. trophes - restent cachés, car ils ne font pas l’objet : : ne : A A 2) Appliquer cet outil sur le Plateau Nord d'Haïti de transactions sur les marchés. Même lorsque À : : : : : pour démontrer les avantages potentiels de la mise des produits sont vendus, comme le bois, les fruits , . , : : : : en œuvre d’une agriculture agro-écologique pour et les noix et les produits agricoles - les retours ur . É Lo, A : Bnré A : l'amélioration des moyens de subsistance, la régé- économiques générés ne sont pas nécessairement , . ? . : Bn nération des sols et l'augmentation de la productiv- connus des agriculteurs et encore moins des déci- n ie : : es ité des terres. deurs politiques. Cette situation conduit à un sous- investissement dans l’agro-écologie, souvent associé : à des politiques contraires. Afin de gérer efficace- Méthodes ment et durablement les paysages agricoles, il est Pour évaluer les avantages générés par les systèmes donc essentiel de quantifier et d'évaluer les biens d'agriculture agro-écologique et conventionnelle, et services fournis par les différents systèmes ag- ainsi que les moteurs et les contraintes de l'adoption ricoles - et de s'assurer que les ressources sont al- de l’agriculture agro-écologique - une enquête louées aux systèmes qui fournissent les meilleurs d'évaluation détaillée a été mise en œuvre auprès de retours à la société. 330 agriculteurs entre juin et juillet 2021. L'enquête s'adressait à la fois aux agriculteurs modèles con- 11 [page 12] ventionnels et agro-écologiques, ci-après dénommés Si l’on se concentre sur la valeur des produits de leur «agriculteurs modèles». La population à partir de principale parcelle de terre, le revenu brut des cul- laquelle l'échantillon a été sélectionné comprenait tures et des arbres dépasse 1600 par hectare (ha) des agriculteurs membres d'associations paysannes pour les agriculteurs agro-écologiques, alors que soutenues par le PDL, dans les sections communales les agriculteurs conventionnels ne font guère plus de Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère, situées de 900 par ha. Cependant, les agriculteurs modèles dans les communes de Saint Raphaël, Mombin Crochu ont également un niveau de dépenses plus élevé. et Pignon respectivement, comptant une population En déduisant les coûts des intrants et de la main- totale d'environ 30 000 personnes, dont 5 000 mé- d'œuvre, le revenu net moyen des cultures et des nages3 et 3 000 membres d'associations paysannes. forêts est de l’ordre de USD $1231 à $1596 pour les agriculteurs agro-écologiques, contre USD $616 à Résultats $806 pour les agriculteurs conventionnels (tableau . . E1). Le revenu net moyen des parcelles des fermes Les agriculteurs de l’étude disposent en moyenne de N : . modèles est presque le double de celui obtenu par 1,6 ha de terres arables, avec un minimum de 0,5 ha . . . . ! les agriculteurs conventionnels. et un maximum de 4 ha. Les agriculteurs «modèles» agroécologiques (ceux qui se sont inscrits au sein de Comprendre les moteurs de la leur association paysanne en tant qu’agriculteurs productivité des terres modèles) ont généralement une parcelle principale h . ue h a à l'aori N Une analyse de régression a ensuite été effectuée consacrée à l’agriculture modèle et deux autres par- à a ’ . sai Bac à l'aur: pour contrôler les différences potentielles entre les celles, de taille similaire, consacrées à l’agriculture | u | | | : agriculteurs agro-écologiques et conventionnels, qui conventionnelle. L . | ne sont pas observées dans les simples comparaisons Les principales cultures cultivées dans les trois com- bivariées et pour comprendre quels sont les princi- munautés sont le haricot noir, le maïs, le pois d'Angole, paux moteurs de la productivité agricole. Elle a révélé le manioc, la canne à sucre et la banane. À La Belle- que les agriculteurs agro-écologiques de l'échantillon Mère, les agriculteurs tirent une grande partie de ne font pas mieux, en raison de leurs caractéristiques leurs revenus de la culture de la canne à sucre, tandis sous-jacentes (éducation, réseaux de soutien, dis- qu'à Bois Neuf et Sans Souci, les principales cultures tance par rapport à leurs parcelles), mais parce qu'ils sont les haricots noirs et les pois d'Angole. Les agri- dépensent plus pour des semences de qualité et de la culteurs possèdent également une gamme d'arbres main d'œuvre agricole pour le désherbage, et qu'ils sur leurs exploitations. Les principaux produits for- adoptent des pratiques agro-écologiques. La culture estiers sont la noix de coco, la noix de cajou, le citron, intercalaire s’est avérée être le principal moteur de l'orange, la mangue, l'avocat, le corossol (corossol) et l'augmentation de la productivité des terres, mon- le cachiman (pomme pâtissière). trant par exemple que si un agriculteur augmente la culture intercalaire de 2 à 6 cultures pour une parcelle Tableau E1 : Les estimations du revenu net moyen par hectare pour les agriculteurs modèles et conventionnels à Le Belle-Mère, Bois Neuf et San Souci La Belle Mère Bois Neuf & Sans Souci Agriculteurs | Agriculteurs | Agriculteurs | Agriculteurs modèles conventionnels modèles conventionnels Revenu brut moyen des cultures (USD/ha) $1,931 $800 $1,541 $882 Revenu forestier brut moyen (USD/ha) $233 $127 $124 $35 Coût des intrants (USD/ha) $454 $298 $203 Coût de la main-d'œuvre (USD/ha) $113 $110 $82 Rouen net moyen des cultures et des forêts $1,59% $806 $1,231 616 *Coût de la main d'œuvre salariée ou familiale pour le labourage, le désherbage, la récolte, la plantation et les barrières agroécologiques de conservation du sol ; Le coût des intrants comprend les semences, les plants d'arbres et la location des charrues. La Belle Mère a plus de terres plates avec une plus grande demande de labourage. 3 En supposant qu'il y a une moyenne de 6 membres par ménage comme révélé dans l'enquête sur les ménages- 12 [page 13] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI ELD de terre donnée, le revenu brut escompté des cultures des actifs (par exemple, des coopératives passe de USD $700 à 1 $6804 par hectare et par an. d'épargne et de crédit communautaires ; Lorsque tout le reste est constant, le revenu brut des des banques de semences, des pépinières, cultures d’un agriculteur agroécologique typique est des réserves de céréales ; des installations supérieur de USD $437 à celui d’un agriculteur con- de compostage ; des machines appropriées ventionnel moyen. et des outils permettant d'économiser de la main-d'œuvre pour les barrières de Conclusion et recommandations conservation des sols, les terrasses, la collecte politiques et le stockage de l’eau et l'irrigation à petite échelle ; des systèmes d'élevage en rotation Empiriquement, les résultats démontrent clairement ; le stockage après récolte, la transformation que les agriculteurs modèles peuvent récolter un à valeur ajoutée et l'accès et les liens avec le revenu net plus élevé par hectare de terre consacré à marché local. l'agriculture modèle agroécologique, par rapport aux agriculteurs conventionnels, malgré leurs coûts de * Soutenir les investissements visant à renforcer production plus élevés. Quant aux avantages perçus, l'agence et la capacité des organisations une majorité écrasante (98 %) des agriculteurs ont d'agriculteurs et des ONG à mettre en œuvre déclaré qu'ils continueront à pratiquer l’agriculture l'innovation et la recherche agroécologiques, liées agroécologique, et ces mêmes 98 % prévoient égale- à la vulgarisation de l’agriculteur à l’agriculteur. ment d'étendre la superficie qu'ils ont consacrée à - Débloquer les capitaux des patients à des taux l'agriculture modèle. On a également constaté que les d'intérêt raisonnables, grâce à des solutions agriculteurs du modèle agroécologique avaient une de financement mixte qui peuvent mobiliser des productivité des terres plus élevée, mesurée par im- capitaux commerciaux. agerie satellite, à l’aide de l'indice de végétation par . . . : . différence normalisée (NDVI). - le régime foncier des agriculteurs afin qu'ils puissent récolter les fruits de la conversation En conclusion, l’agro-écologie est une approche des sols et de l’eau, de la diversification des prometteuse pour lutter contre la pauvreté et la exploitations et de l’agroforesterie, ainsi que sécurité alimentaire en Haïti. Une transition agro- d’autres investissements dans les exploitations. écologique nécessitera une mobilisation innov- , . ue ante des ressources et un environnement favorable Enfin, l'adoption et la mise à échelle de la produc- qui donne la priorité à l'agence des agriculteurs tion agroécologique par les associations paysannes et de leurs organisations, soutenu par un soutien nécessiteront des partenariats public-privé-ONG aux économique et social du gouvernement haïtien. niveaux national et local. Les réformes spécifiques et les instruments économiques d'intérêt doivent être Les questions d'importance, sont, sans s’y limiter la évalués, conçus et mis en œuvre dans le contexte de nécessité de : l'ensemble des systèmes fiscaux, économiques, poli- + Concevoir de nouvelles politiques et de tiques et administratifs en Haïti. L'étude présentée nouveaux instruments fiscaux, ici, fournit des preuves suffisantes pour soutenir la mise à l'échelle des approches agro-écologiques, + Par exemple, les paiements pour les qui à leur tour créeraient un stimulus économique services environnementaux et l'utilisation important et des effets multiplicateurs dans toute la de transferts fiscaux des gouvernements région du nord, réduiraient la dépendance à l'égard centraux aux gouvernements locaux basés sur des aliments importés et apporteraient une série de des critères écologiques pour investir dans la co-bénéfices (séquestration du carbone, protection restauration des paysages. de la biodiversité, infrastructure verte et résilience - des subventions agricoles ciblées, pour une au risque de catastrophe basée sur l'écosystème) gestion communautaire des intrants et qui seront analysés dans une étude future. 4 sur la base de 1 Gourdes = 0,0139 USD en décembre 2020. 13 [page 14] Haïti est le pays le plus pauvre d'Amérique latine l'information (Murray and Bannister, 2004; Bel- et des Caraïbes et présente des taux d’inégalité lande, 2010; Groundswell International, 2017). des revenus parmi les plus élevés au monde. . . L . a Ve. t plus élevés d Selon Cantave Jean-Baptiste, (2022), directeur es niveaux de pauvreté sont plus élevés dans ee , ue . 1 ] P ës d m % del exécutif de l'ONG haïtienne Partenariat pour le es zones rura es, Avec pres ce ee ea pop” Développement Local (PDL), la carence en fonc- ulation rurale vivant sous le seuil de pauvreté. tions et services publics de base est devenue en- L'agriculture est la principale activité généra- core plus aiguë depuis le tremblement de terre trice de revenus des Haïtiens en milieu rural de 2010, qui a fait quelque 300 000 morts (Jean World Economic Forum (WEF), 2011; Bargout | eur . ! ( d Raizada, 20131al ( nn di ë Mary and Lei Win, 2022). Les infrastructures and Raïizada, along with indigenous pre- . . nos LI k . ) 8 £ p . qui soutiennent l’agriculture et la commerciali- Columbian soil interventions and modern soil sation des produits agricoles sont également interventions, including farmer-derived inter- . a 5e Ls ti d'int by the Haiti sous-financées et l'infrastructure routière est ventions ane in erven 1ons 0y te Naitian Bov- médiocre (Bellande 2010 ; Murray et Bannister ernment and Haitian non-governmental organi- 2004 ; FIDA 20222). En outre, les pertes après zations (NGOs. Elle représente jusqu'à 25 % du récolte sont considérables, souvent en raison produit intérieur brut (Singh and Cohen, 2014) du manque d’infrastructures de stockage et de et emploie la moitié de la population active. Le transformation. En l'absence de banques ag- café et le cacao sont les principales cultures ricoles et avec un accès extrêmement limité à d'exportation d'Haïti et, si l'économie dans son cuis Le A . P . Us des facilités de crédit, les ménages ruraux dis- ensemble a connu une croissance régulière, la posent de peu de moyens pour atténuer ces contribution de l’agriculture à l'économie est en pertes ou pour investir dans d’autres actifs baisse depuis les années 1980. La production . Beni . P | ‘ p k productifs (tels que le bétail et les structures alimentaire, toutefois, ne suit pas la croissance de conservation] et dans des éléments de pro- démographique (World Economic Forum (WEF), . . . 2011 g k q H C | . su P duction essentiels (tels que les engrais, les se- 60 n et es del importent de ement mences et l’eau d'irrigation) (Beaucejour, 2016). Nu TEAD 2022 a nourriture qu'ils consom- L'isolement, l’inaccessibilité des services pub- men , a). . . ( ) lics et le manque de moyens de production sont 1.1 Productivité Agriculturel en Haïti des causes majeures de vulnérabilité, de pau- , , : vreté et d'insécurité alimentaire en milieu rural La productivité est limitée par une longue liste (IFAD, 2022a). À ces facteurs s'ajoutent les aléas de facteurs historiques et de conditions actu- climatiques, l'instabilité politique, la dévalo- elles. Alors qu'Haïti était autrefois richement risation de la gourde haïtienne par rapport au boisée et d'une grande biodiversité, son Gollar américain, etc. (Famine Early Warning économie de plantation coloniale s’appuyait System Network, 2022). Au vu de ces défis, le sur l'esclavage, l'exploitation humaine et PDL travaille depuis sa création en 2009, et sur l'extraction écologique. Le modèle extractif s’est la base de plus de 35 années d'expérience an- maintenu après l'indépendance de 1804, sans térieure de son fondateur Cantave Jean-Baptiste réinvestissements ni régénération suffisants dans des programmes et approches similaires, à dans le secteur agricole (IFAD, 2022b). Bien renforcer les communautés rurales et les asso- que les récents programmes du gouvernement ciations paysannes à travers le nord du bassin et de donateurs internationaux suscitent par in- Qu Plateau Central d'Haïti, avec la vision que termittence des projets dans les campagnes, la amélioration de la prospérité rurale est une coordination entre ces programmes est limitée bierre angulaire essentielle à la revitalisation et le secteur agricole est largement caractérisé du pays tout entier. par l'absence de services publics de diffusion de 14 [page 15] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL D 1.2 Principes d'Agroécologie d'Asie du Sud qui soutient l'apprentissage par l’action L'acti du PDL £e d 1 . et la mise en œuvre de programmes visant à renfor- dre u loi Dr NN es principes cer et à étendre l’agroécologie et les systèmes alimen- u agroeco ogle, célinie initia lement comme taires locaux durables. En appliquant les principes de l'application des concepts et principes écologiques l’agroécologie, le PDL et Groundswell International à la conception et à la gestion d'agroécosystèmes considèrent dans les agriculteurs comme les princi- durables, ou encore la science de l'agriculture du- paux acteurs du changement et comme co-créateurs rable (Gliessman, 1990, 1997, 2018). Aujourd hui, de connaissances. En Haïti et dans d’autres contextes, la définition de l'agroécologie s’est élargie pour forts d’une solide expérience de soutien à des com- devenir l'écologie de l'ensemble du système alimen- munautés de petits exploitants agricoles, les deux taire (Francis et al., 2003), qui intègre la recherche, organismes mettent en avant les 13 principes agroé- l'éducation, sen — _rsenent Pfee du cologiques formulés par le Groupe international d’ex- pour apporter a ura ihté à toutes les parties du perts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la système alimentaire (Gliessman, 2018). Dans la pra- nutrition (HLPE) en juillet 2019, sur la base des 10 tique, elle se fonde sur une utilisation durable des 214 A Lo ‘ éléments proposés par la FAO en 2018, ainsi que la ressources renouvelables locales, sur les connais- transformation progressive des systèmes agroali- sances et les priorités des agriculteurs locaux, sur mentaires de la ferme jusqu'aux niveaux sociétaux l'utilisation judicieuse de la biodiversité locale pour plus étendus (Gliessman, 2014). La relation entre fournir des services écosystémiques et renforcer la les principes, les niveaux de transition et leur échelle résilience et sur des solutions offrant une variété d'intégration estillustrée dans la Figure 1 ci-dessous. d'avantages environnementaux, économiques et so- 8 ë . . sation £ É 1 L'application de ces principes par PDL et Groundswell, ciaux (European Association or Agroecology, 2022). dans le contexte difficile qu'est Haïti, est décrite au Au cœur de l’agroécologie se trouve la capacité chapitre 2 d'action des agriculteurs et de leurs organisations pour expérimenter, innover, adapter et diffuser les 1.3 Objectifs de l'Étude principes et pratiques agroécologiques dans les éco- il émoin des bienfaits de l' écologi systèmes locaux. C'est donc le processus de recher- Si le PDL est témoin ss 1en aits ce agroecologle R : R au quotidien, il était souhaitable d’évalues de façon che et de développement agroécologique axé sur les . | : Lo de formelle et objective les retombées économiques de agriculteurs, autant que tout ensemble particulier ’ L . : : Lune ce travail et de comprendre les répercussions poten- de techniques, qui est prioritaire. k k tielles sur les moyens de subsistance et les facteurs Le PDL est un partenaire fondateur de Groundswell conditionnants. C'est dans cette optique que la International, un réseau d'organisations partenaires présente étude a été conçue : couvrant dix pays d'Amérique, d'Afrique de l'Ouest et Integration layer Transformation level -) Participation Æ Build lobal food syste Society 5 based on paripaton, Faire Land sr mource regionality, equity and justice ss CD Strengthen connections between L alternative food networks and food traditions er . ” “sms e of knowledge Redesi t th Economic Recycling messes = Biodiversity Input reduction Substitut logical _— 2 aiematves for conventions Free ER Farms Wpuisand'praciices Animal health soiheath \ AAA 4 Increase resource efficiency and reduce external, scarce and environmentally damaging inputs 2 Figure 1 : 13 principes s'appuyant sur les 10 éléments de la FAO (2018) et les 5 niveaux de transition de l'agroécologie (Gliesman, 2014) 1 https://www.giz.de/en/downloads/giz2020_en_Agroecology_SV%20Nachhaltige%20Landwirtschaft_05-2020.pdf 15 [page 16] ue is +4 DES EI ENTER "+ Lu) 6 D 642 5 FT En Re ll: Oo Pa ee: & SOUN RSS ee DE RU 4 PRE RE duos au ON HR Eig n ne Ge \ M eur VS Aa D, 2 7 4 RS ; RER NZ } #4} # is Er à ; \ d nl 0" "70 #2 LR NL: ELA LR à CE ET (| DE FA RARE SES ne 5 à do NE. ee na ae & ex “ ge rs RTS ns à M: WSe es RE p E ÉRR RE Re pe Etre LÉ | \ À , 22) te ÈS Eadne 2: RS FPS ns Se 4 à 4 Î z . £ æ Ê 4 EPL SX LS ARE ee x 2 4 / KT SN IRL) ES se Re “ ee. de = D. CN Dane DR OS SR SMS De Farmers building stone soil conservation barriers. Photo by Cantave Jean-Baptiste. - Estimer les revenus à l’hectare d’exploitants + Comprendre les contraintes potentielles à une agroécologiques et conventionnels, au transposition à plus grande échelle des pratiques moyen d’un sondage auprès de de ménages agroécologiques modèles. représentatifs des exploitants conventionnels , : x à : u k , . - Les données et l'analyse visent à servir à la fois les et agroécologiques et de budgets d'exploitation A Lu PE . communautés locales, les praticiens et décideurs des terres conçus avec soin pour mesurer les : ; Le on . | au niveau national, ainsi que les acteurs quantités d’extrants et d’intrants de production et : : inté R £ . internationaux intéressés par le développement leurs valeurs pour la parcelle de terre principale d'Haïti considérée. ° + Analyser les principaux facteurs de productivité des terres cultivées à la fois chez les exploitants conventionnels et agroécologiques. - Évaluer la perception qu'ont les agriculteurs eux- mêmes du degré de réussite de leurs parcelles de culture agroécologique, des preuves de répercussions sur leur sécurité alimentaire et de leur capacité à commercialiser leurs produits. 16 [page 17] EE "cc 17 Zone d'étude de cas et contexte 02 Lé de l'étude Haïti a un climat tropical chaud et humide carac- agricoles dépendent de l’agriculture (Molnar et térisé par des variations de température diurnes al, 2015). La faiblesse ou l’absence de diffusion de plus importantes que les variations annuelles ; les l'information, la disponibilité des intrants aux mau- températures changent avec l'altitude. Les tempéra- vais moments et la fragmentation des chaînes de val- tures moyennes varient entre environ 25 °Cenjan- eur comptent parmi les nombreux facteurs qui en- vier et février et environ 30 °C en juillet et août2. En travent les systèmes agricoles en Haïti (Smucker et matière de précipitations, il y a généralement une al, 2005; Bayard, Jolly and Shannon, 2007; Smucker, saison sèche de décembre à février et une saison 2007; Sperling, 2010). Les engrais et les produits des pluies d'avril à octobre, avec deux pics pluvieux chimiques agricoles ne sont pas disponibles quand prononcés en début et en fin de saison et une baisse on en a besoin et les producteurs hésitent à faire des en juillet$. dépenses qu'ils peuvent difficilement se permettre Haïti est très vulnérable aux catastrophes naturelles (Molnar et al, 2015). Selon Jean Louis Valere, un et au changement climatique. Les péninsules nord agriculteur et dirigeant communautaire d'une asso- et sud sont particulièrement exposées aux tempêtes Giation paysanne que le PDL soutient à Bois Neuf : « . . . La vie était vraiment belle. mais les gens sont par- tropicales, aux ouragans, aux inondations et aux US . glissements de terrain en raison de la déforestation tis principalement parce que la terre ne pouvait plus et d’un manque de conservation des sols. Par exem- produire, 4 cause du manque d'arbres... et mainten- 2 os ant il y a une érosion du sol (Groundswell, 2017). ple, le pays en général et le territoire du programme évalué dans cette étude en particulier ont été tou- Pour créer une alternative à cette situation, le point chés ces dernières années par l'ouragan Mathew en de départ du PDL est de renforcer la capacité et les 2016 et deux périodes de sécheresse prolongées moyens d'action des agriculteurs familiaux et des as- en 2018 et 2021. Dans les années à venir, les tem- sociations paysannes en vue de gérer leurs propres pératures devraient augmenter, les précipitations processus de développement d’une manière qui ne diminuer et les phénomènes climatiques extrêmes dépend pas de programmes externes (Jean-Baptiste, devenir encore plus fréquents et intenses. L'impact 2021). Cela suppose de créer et de renforcer les as- combiné devrait encore accroître la dégradation sociations paysannes et de développer un leader- déjà grave des sols et diminuer les rendements des ship parmi les femmes, les hommes et les jeunes. Ce cultures irriguées. Les tempêtes endommagent ou sont ces associations paysannes qui travaillent alors détruisent également les cultures, les plantations, à diffuser l’agroécologie et à bâtir les économies lo- le bétail et les infrastructures (IFAD, 2022a). Un au- cales, comme cela est expliqué plus en détail dans le tre problème majeur est la déforestation. Selon le chapitre suivant. Cette étude se concentre sur trois ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles des associations paysannes et sections commu- et du Développement d'Haïti (MoNARD, 2010), les nales (voir Figure 2) avec lesquelles le PDL travaille, prélèvements de ressources forestières sont trois à parmi les 14 qu’il soutient depuis 2009. Ces asso- quatre fois supérieurs aux niveaux de régénération ; ciations paysannes et sections communales ont été les pentes de 25 des 30 bassins hydrographiques du choisies pour évaluer le rôle de l’agroécologie dans pays sont dénudées ; et moins de 2 % de la surface différents systèmes de culture (les communautés du pays, autrefois densément boisée, reste couverte. sont spécialisées soit dans les haricots, soit dans la Dans le Nord d'Haïti, environ 145 000 ménages canne à sucre), tout en permettant un nombre suf- 2 https://www.weather-atlas.com/en/haiti/bois-neuf-weather-september 3 https://www.climatestotravel.com/climate/haiti 17 [page 18] L £- e A A ù # un. ee * Golfe de la Gonâve x É ss . pe > : - A) . Fra e ED Saint Raphael ; 2 ; à : 5 AISÉE» < EE RTS Me PO D RSS Poe LE CE LR EE NET A Jp Re ? Nu d ee + FRE Se 7 PRIE LT À FE Figure 2 : Zone d'étude de cas, municipalités et sections communales. Les parcelles agricoles modèles étudiées sont en vert, et les parcelles agricoles non modèles étudiées sont en orange . Credit: Luis Costa fisant d'observations pour comparer l’agriculture des gwoupmans, ou groupes de solidarité de 8 à 15 conventionnelle à un modèle agroécologique. À plus femmes ethommes qui s'organisent autour d'intérêts long terme, il est envisagé d'étendre l’évaluation ac- communs. À mesure que les personnes commencent tuelle à d’autres communautés, où les cultures telles à travailler ensemble au sein des gwoupmans et à que le riz et le maïs sont prioritaires, et d'utiliser coordonner les activités entre les gwoupmans d'un l'observation de la terre et l'imagerie satellite pour même village, le PDL utilise des méthodes participa- évaluer de façon plus poussée les conséquences de tives pour permettre aux communautés plus larges l’agroécologie sur le rendement des terres cultivées d'identifier leurs atouts existants et de diagnostiquer et d’autres caractéristiques d'exploitation des terres les problèmes et leur degré de priorité, ainsi que les renforçant la résilience aux risques de catastrophes. possibilités d'améliorer le bien-être de la commu- nauté et régénérer les sols et la production. L'unité 2.1 Structure institutionnelle et organisationnelle chapeautant l’ensemble est celle déploiement du modèle agroécologique des organisations inter-villageoises, ou « organisa- Lorsqu'il commence à travailler dans une nouvelle tions paysannes », qui regroupent 30 à 50 gwoup- communauté, le PDL organise des séances de réflex- Mans sur 10 à 25 villages et comptent environ 800 ion participative et des discussions en vue de former à 2 000 membres chacune. Les trois sections com- 18 [page 19] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL munales et organisations paysannes analysées dans comités pour coordonner les activités entre les cette étude, Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère, gwoupmans, telles que la promotion de l’agriculture représentent une population d'associations pay- durable, les banques de semences, les réserves de sannes de 4 000 à 5 000 personnes. céréales, les fonds d'épargne et de crédit et les ini- . DE A tiatives de santé communautaire. Enfin, des comités Depuis 2009, l’équipe du PDL a soutenu et renforcé . , us ne centraux de coordination (KKS en créole) coordon- quelque 14 associations paysannes, réunissant en- ni en . Lu nent les associations paysannes et leurs activités viron 15 000 membres. Les associations paysannes | . . . . A Lee dans 10 à 25 villages de Bois Neuf, Sans Souci et La tiennent des assemblées annuelles pour planifier et . Lo, = . A Loieé . Belle-Mère. Ils sont dirigés par des dirigeants régu- évaluer leurs activités, rendre compte des actifs mo- Re k nn . CA A 2 lièrement élus, choisis au niveau des gwoupmans et bilisés par la communauté (fonds d'épargne et de . sd Re A des villages. crédit, banques de semences, etc.), et élire démocra- tiquement leurs dirigeants. L'organisation des asso- Les comités centraux de coordination coordon- ciations paysannes est illustrée à la Figure 3. nent la diffusion de pratiques agroécologiques ou . . . d'agriculture durable, ce qui permet d'organiser Au premier niveau, il y a les gwoupmans, des groupes . . , : , « . des formations pratiques et des séances de partage de solidarité de 8 à 15 femmes et hommes qui mo- . : . . . . d'informations au sein des villages et entre eux. Par bilisent leurs propres ressources dans un petit fonds . . . mn ou. exemple, dans un village, les agriculteurs se réunis- commun d'épargne et de crédit reposant sur la con- à 7 à k . N. , sent dans un même jardin pour apprendre à mar- fiance et la réciprocité. Chaque gwoupman s'efforce . . . . . . LL, . quer les courbes de niveau et à construire des bar- d'investir ce fonds initial dans des activités agricoles nu . , k hu k LL, rières de conservation du sol, au moyen d’un simple et économiques durables qui généreront davantage _ us A appareil triangulaire à fil à plomb. Ils retournent de ressources, comme le stockage des céréales, les : . . . ou. n. . . ensuite dans leurs propres jardins et communautés microcrédits, le petit élevage, etc. Au niveau suivant, À Le k : Re . à pour tester ces mêmes idées. Certains agriculteurs les blocks sont des comités villageois dont le rôle est À . oo, . k assument le rôle de promoteurs agricoles bénévoles de relier entre eux 3 à 5 gwoupmans dans une com- . k , . | . , pour partager les techniques ayant fait leurs munauté, parfois plus. Ils établissement d’autres TT Peasant Do T TT Ti Association La » - .* 7 Central Coordinating Committee Ts Ps Composed of representatives from ‘Block’ SX D ’ committees across 10-25 villages ù EN ’ > 4 ee d \ / \ / / Village \ d ren il L i Village ‘Blocks’ Conventional 1 1 Each ‘Block’ (committee) farmers \ | contains 3 to 5 gwoupman e I 1 from the same village /| 1 \ / | 1 f \ / ! \ ln. e 1 \ Gwoumpan , A (many are Gwoupman Gwoupman / Ÿ model farmers) Ld ù 4 Gwoupman: 8-15 people living in proximityto | SA each other. Many are model farmers. 7 à - « - Le Tes - 7 Figure 3 : Organisation des associations paysannes. Credit: Vanja Westerberg 19 [page 20] preuves avec d’autres agriculteurs. Grâce à cette or- conservation des sols). A titre d’alternatives, les ganisation communautaire, les exploitants familiaux agriculteurs testent et privilégient une combinai- peuvent mettre en œuvre et étendre des pratiques son de techniques agroécologiques qui répondent agroécologiques tout en créant une économie circu- à cinq problèmes majeurs : le contrôle de l'érosion laire et en améliorant la solidarité sociale et la sécu- des sols, l’accroissement de la matière organique rité alimentaire (Jean-Baptiste, 2009). et de la fertilité des sols, l'amélioration de l’accès En travaillant ensemble dans ces associations pay- N des semences de qualité et de leur gestion, . . A . l'amélioration de la diversité et de la gestion des sannesinter-villages, les gens sont également mieux , . | 7. | DA . . 4 cultures sur l'exploitation agricole et l'amélioration à même de répondre aux besoins qui dépassent les , . h . Le . Lo io de l'entretien des parcelles (par ex., désherbage à capacités des familles individuelles (par exemple, . } Bonn A A Bones un moment optimal, contrôle des ravageurs et des prévenir le choléra, développer des coopératives . 52 à de } Le . maladies locales, etc.). d'épargne et de crédit, prévenir l'érosion des sols et les glissements de terrain, promouvoir la reforesta- 2.3 Groupes de discussion - agriculteurs ones le re pâturage des animaux né80- conventionnels et agroécologiques cier des re ations pro uctives avec d’autres acteurs, modèles etc.) Les associations paysannes sont générale- ment capables de fonctionner avec un haut degré Pour préparer l'enquête auprès des ménages, trois d'autonomie au bout de cinq à sept ans. Pour plus groupes de discussion ont été mis en œuvre en no- d'informations sur les associations de paysans, le vembre 2020, un à Bois Neuf, un à Sans Souci et un lecteur est invité à consulter la publication « Fertile à La Belle-Mère, avec 7 à 16 participants par groupe Ground: Scaling Agroecology from the Ground Up » de discussion. Ils ont réuni à la fois des membres (Groundswell, 2017). ou non des organisations paysannes soutenues par le PDL. Les principaux résultats concernant ce que 2.2 L'agroécologie au sein des associations cela signifie d’être un agriculteur modèle, ainsi que paysannes les moteurs et les contraintes à l’adoption de pra- . ; . tiques modèles, sont détaillés dans les discussions Par le promotion de processus d'apprentissage pour . ns à 2 . A . . ci-dessous. Pour une transcription complète des améliorer la production agroécologique au sein | . Ru ses a 8 né groupes de discussion, le lecteur est invité à con- des associations paysannes, le PDL vise à créer un équilibre à long terme entre les systèmes de produc- sulter Gustave (2021). tion des petits exploitants, la fertilité des sols et la Un agriculteur modèle, selon la définition des asso- conservation et la régénération des ressources na- ciations paysannes, est un agriculteur qui adopte turelles. Les stratégies agricoles s'appuient sur les plusieurs principes et pratiques agroécologiques connaissances et les pratiques existantes des agri- C'est l'association paysanne elle-même qui a fourni la culteurs (par exemple, les qualités des variétés de liste des membres de l'association considérés comme cultures locales, la diversification, la conservation des agriculteurs modèles et conventionnels, ce qui a des semences) tout en favorisant l'apprentissage ensuite informé le processus d'échantillonnage des et les changements dans les pratiques agricoles données. Le PDL travaille avec toutes les associations existantes (par ex. arrêt de la pratique tradition- paysannes à définir des principes, critères et pra- nelle de culture sur brûlis et introduction de la tiques essentiels qui sont communs à tous les agricul- Tableau 1 : Détails du groupe de discussion (Gustave, 2021) Groupes de discussion Intervalle Période de collecte des données Novembre 2020 Années depuis l'adoption des pratiques modèles 5à6ans Nombre de participants 7 à 16 personnes Communautés Bois Neuf, La Belle-Mère et Sans Souci Le . . Promoteurs agricoles bénévoles, agriculteurs modèles Participants aux groupes de discussion : : et agriculteurs conventionnels 20 [page 21] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Le Fra, — Tee. Te e= ZA nn. — = EL Vu 222. = ES 671 à à 7 CRE. À f ENS Ÿ e* KR A er UP ST Ne EE à El: à Ê ra ER ne L N Farmers restoring degraded landscape. Photo by Ben Depp. teurs modèles, mais qui sont compris et adaptés par cultures permanentes telles que des arbres. On y les paysans localement. Chaque association exprime trouve des bananes, des fruits et des espèces fores- dans un langage qui a du sens pour elle ce que cela tières. Ses pratiques agricoles comprennent : « la signifie d’être un agriculteur modèle. sélection rigoureuse des semences, un plus grand , Le . . espacement des plantes, le fait de ne pas brûler Par exemple, l'association des agriculteurs du vil- P n p' :. P É à Aémdé ont : x les matières organiques ou les résidus et le binage. lage de Sans Souci a décidé qu'un agriculteur modèle , 7 , . : . C'est un jardin bien organisé, avec une haie vive » devait « faire parler la terre » (Groundswell, 2017). k à : : : : (Gustave, 2021). En outre, un agriculteur modèle Lors du groupe de discussion de Bois Neuf, les agri- : ! ! . A R ét es doit pratiquer la conservation des sols ; placer cinq culteurs ont déclaré : « nous avons réduit de moitié Lo . . structures anti-érosion par 0,25 carreau de ter- notre consommation de semences, mais nous avons . : DS eu nr ; . rain‘ ; cultiver une variété diversifiée d'aliments, pu doubler notre production ! ». Les agriculteurs . . un x 2 ; tels que le manioc doux, le manioc, le pois d'Angole, modèles mettent également l’accent sur une plus . . | :£t4 d'ocnà an la patate douce, l’igname, le gingembre, la canne à grande variété d'espèces. En général, les bananes, . . , . h sucre, le maïs, le haricot, la banane, le taro, l’eddoe, les patates douces et le manioc sont plantés der- k : , 5 5 : etc. ; produire suffisamment ou générer un revenu rière les barrières de conservation du sol (rampes), : , . : : à : A suffisant pour assurer la sécurité alimentaire ; et tandis que le maïs et les haricots verts sont plantés . . : : Le planter des arbres fruitiers et forestiers sur leur ex- sur le reste du terrain. À Bois Neuf, les participants . . u : : A A Led ploitation pour la nourriture, le fourrage, le bois de aux groupes de discussion ont déclaré : « Le jardin | modèle lutte contre la faim (Jaden model kouri dèyè chauffage et la construction (Groundswell, 2017). grangou »). Les agriculteurs modèles utilisent la ro- 2.3.1 Agriculteurs conventionnels et tation des cultures, la jachère, les cultures interca- agroécologiques modèles inclus dans l'étude laires, le compostage et la plantation d'arbres etils L'agricul écologi dl , d ne pratiquent pas le brûlis (Gustave, 2021). “agricu ture agroeco oglque mo èle présente des significations différentes parmi les membres des Dans le village de La Belle-Mère, un jardin modèle associations paysanne et elle est comprise dif- est un jardin cultivant de nombreuses espèces dif- féremment en fonction des réalités locales (Lefranc, férentes sur lesquelles la famille peut compter pour 2022). Là aussi, cela reflète la dynamique partici- son alimentation. C'est un jardin qui comporte des pative et axée sur les agriculteurs de l'innovation 4 hectare = 1,6 carreau 21 [page 22] agroécologique. Il est également important de l’agriculture agroécologique modèle peut être mise noter que les membres des associations paysannes en œuvre sur des parcelles conventionnelles plus soutenues par le PDL n'adoptent pas tous des pra- éloignées. tiques agroécologiques « modèles », soit parce qu'ils Quant aux autres difficultés concrètes liées à la mise n’ont pas reçu de formation, soit en raison d’autres en œuvre de l’agricul dèle. 1 cul . à À . griculture modèle, les agriculteurs contraintes évoquées dans les groupes de discus- ont mentionné : la plantation et l'entretien des sion (ci-dessous). Nous les appelons « agriculteurs haies ; le bétail en liberté qui mange les haies et en- conventionnels » et ils servent de référence pour tre dans les jardins ; la recherche de résidus de cul- comparer la viabilité économique de l'agroécologie ture pour créer des barrières de conservation du sol ar rapport à l’agriculture modèle au sein des as- . Lo ne P . ce B (rampes) ; et le sentiment général que l’agriculture sociations paysannes. N 5 A pay modèle prend plus de temps parce qu’il faut réparer 2.3.2 Contraintes perçues à l'adoption de et augmenter le nombre de structures de conserva- l'agroécologie tion du sol chaque année. Selon les membres du groupe de discussion de Bois 2.3.3 Avantages perçus de l'agriculture Neuf, en règle générale, les agriculteurs engagés agroécologique modèle dans l’agroécologie sont « ceux qui ont bénéficié Les agriculteurs ont exprimé un ensemble de rai- de programmes de formation menés par le PDL et . , . Le h P u tent 1 Î ti d'agri " dël sons motivants l'adoption de stratégies agroécolo- ui adoptent les pratiques d'agriculture modèle. . ne Lu . Le nes q 2 . P , q | 9 É giques, dont l’objet principal est la diversification Toutefois, le niveau d'adoption au sein de la popula- des revenus. Par exemple, dans le groupe de discus- tion dans son ensemble n'est pas élevé ». Comme l’a . : à ‘ Li né ligné k tici * ? de di sion de La Belle-Mère, les participants ont souligné souligné un autre participant au groupe de discus- . , : un . 8 p P . group . que la plantation d’avocatiers sur la parcelle d’agri- sion : « Il faut avoir les connaissances techniques culture modèle permet de vendre du bois et des et prendre le temps de réaliser les structures de avocats, pour une valeur de 2 000 à 3 000 gourdes conservation des sols et de respecter les distances : A À . . | Un par an. Ils jouent également le rôle de brise-vent de plantation des arbres. Parfois, les voisins imitent pour les cultures, permettent de lutter contre la les pratiques des agriculteurs modèles et veulent sécheresse, et les feuilles des arbres fournissent devenir des agriculteurs modèles. Mais il y a aussi des en h 1 ls. E de résul ; | | . grais pour les sols. En termes de résultats des membres qui continuent à pratiquer la culture observés : « Vous pouvez gagner plus d'argent : les sur brûlis. » L P BRBñerP Bent ° plantes sont plus grandes et résistent mieux à la À La Belle-Mère, les membres des groupes de dis- sécheresse » (Gustave 2021). cussion ont également insisté sur l'importance qu'a Les résultats des groupes de discussion sou- joué leur participation aux programmes de forma- lignent certains des défis associés à l'adoption tion dans leur capacité à adopter l’agriculture mo- , A . . . 2 : . Lu de l’agroécologie. Elle exige davantage de travail dèle. Étant donné que les agriculteurs sont géné- . 44 A . | . et de connaissances et, dans l'idéal, nécessite une ralement convaincus de l'importance du labourage, ; à ip ; , A : | . | . , formation, même si l'adoption de l’agroécologie ils ont l'impression que certains concepts d’agricul- résente des avantages considérables. Dans le ture modèle ne permettent pas le labourage et ils P . . ë . ins mn . , . chapitre suivant, nous examinons plus en détail les ne pensent donc pas qu’il soit possible d'appliquer A . ea A A , 7. | . méthodes qui ont été employées pour évaluer et l'agriculture modèle partout. Il faut avoir du temps . . , CS valoriser ces avantages et, dans le chapitre 4, nous et de l’argent pour pouvoir financer les structures à A | ‘ présentons les résultats. de conservation des sols et les haies. Les parcelles d'agriculture modèle nécessitent également plus de main-d'œuvre et ont donc tendance à être situées plus près du domicile des ménages. Par conséquent, selon certains membres du groupe de discussion de La Belle-Mère, cela limite la mesure dans laquelle 5 Surles parcelles portant des cultures péri-annuelles comme le manioc et la patate douce, il n'est pas possible de labourer chaque année. Toutefois, pour d'autres parcelles diversifiées, avec plantain/banane et papaye, par ex. la densité est gérée de façon à toujours nécessite un labourage par l'agriculteur, permettant l'intégration d'autres cultures saisonnières comme le haricot, le maïs, etc. (Lefranc 2022, communication personnelle) 22 [page 23] Méthodes 0 3 Pour comprendre les aspects économiques de - La valeur économique de l'adoption de l’agriculture agroécologique modèle et les implica- l’agriculture agroécologique modèle tions sur les moyens de subsistance des agriculteurs, : av. . Y } 8 . - Moteurs et contraintes perçus à l’adoption de nous nous sommes appuyés sur des entretiens De k ; À . l’agriculture agroécologique modèle avec le personnel de terrain du PDL, notamment l'ingénieur agronome Ronel Lefranc, le directeur La population dans laquelle l'échantillon a été sé- Cantave Jean-Baptiste et l'ingénieur agronome et lectionné comprend des agriculteurs membres consultant William Gustave, sur des groupes de dis- d'associations paysannes soutenues par le PDL, cussion avec des agriculteurs dirigés par William dans les sections communales de Bois Neuf, Sans Gustave et sur une analyse quantitative des don- Souci et La Belle-Mère, situées respectivement sur nées des enquêtes sur les ménages. Les données et les communes de Saint Raphaël, Mombin Crochu et les informations provenant de ces sources ont été Pignon, comptant une population totale d'environ utilisées pour établir des budgets d'exploitation des 30 000 personnes (5 000 ménagesé6 et 3 000 mem- terres à la fois pour les agriculteurs modèles et con- bres d'associations paysannes). ventionnels. Une analyse de régression statistique Pour atteindre un niveau de confiance de 95 % avec a ensuite été utilisée pour comprendre et expliquer une marge d'erreur de 5 %, un échantillon représen- les différences de productivité des terres cultivées tatif stratifié a été construit en tirant au hasard entre les agriculteurs modèles et conventionnels. environ 60 ménages pratiquant le modèle agroé- : , cologique et 50 ménages pratiquant l’agriculture 3.1 Collecte des données et conception gran N pes praq se d ti . conventionnelle, à partir de la base de données des u questionnaire ménages membres du PDL, dans chacune des trois Pour comprendre la valeur de l’« agriculture sections communales de Bois Neuf, Sans Souci et modèle », une enquête d'évaluation détaillée a été La Belle-Mère7. Ainsi, il doit être souligné que les mise en œuvre auprès de 330 agriculteurs entre résultats présentés dans cette note d'orientation juin et juillet 2021. Cette enquête s’adressait à la sont représentatifs des membres des associations fois aux agriculteurs modèles et conventionnels et paysannes (exploitants agroécologiques ou non) et avait pour objet d'évaluer : non de l’ensemble de la population. - Les différences de caractéristiques Des entretiens en personne ont été menés dans les sociodémographiques entre les agriculteurs fermes avec un membre représentatif du ménage, modèles et conventionnels au moyen de tablettes et du logiciel Computer As- Tableau 2 : Lieux d'enquête sur les ménages, taille de la population et associations paysannes Municipalité / Section Nom de Population Nbre de membres Principales commune communale l'association de l'association cultures paysanne paysanne Saint Raphaël IGPDB 5 196 Haricot noir Mombin-Crochu IPDS 11 552 1 500 Haricot noir Pignon La Belle-Mère IPDL 14 369 1 000 Canne à sucre/ manioc 6 En supposant qu’il y a une moyenne de 6 membres par ménage, au vu de l'enquête sur les ménages (Angelsen et al., 2014) 7 En règle générale, un minimum de 300 observations est nécessaire pour atteindre un niveau de confiance de 95 % pour les statistiques sur des populations de 1000 personnes ou plus. 23 [page 24] 7 sisted Personal Interviewing (également appelé l'agriculture conventionnelle parmi les membres CAPI). Chaque entretien a duré en moyenne 45 des organisations paysannes soutenues par le PDL. minutes et a été réalisé par quatre étudiants de pre- Les agriculteurs modèles sont identifiés comme mier cycle en agronomie de l’Université épiscopale étant des ménages qui ont reçu une formation etun d'Haïti à Port au Prince ayant bénéficié d’une forma- soutien de la part du PDL pour construire leurs jar- tion et de conseils prodigués par Altus Impact. dins modèles et qui pratiquent l’agriculture agroé- cologique tel que cela est validé par une coordina- 3.2 Caractéristiques sociodémographiques tion des blocs et des visites de terrain de leur jardin. du ménage agricole Les agriculteurs modèles comprennent également Les données et informations utilisées pour cette des membres d'associations paysannes qui ont étude proviennent d'entretiens avec des experts, de adopté l'agriculture agroécologique par la diffusion groupes de discussion et d'enquêtes auprès des ag- des connaissances d’agriculteur à agriculteur, bien riculteurs. Au total, 330 ménages ont été interrogés que n'étant pas directement formés et soutenus dans les municipalités de Bois Neuf, Sans Souci et par le PDL. Les agriculteurs conventionnels sont La Belle-Mère. Les caractéristiques des agriculteurs Ceux qui ont déclaré ne pas pratiquer l'agriculture conventionnels et modèles sont présentées dans le modèle. Dans le cadre de cette étude, nous avons Tableau 3. Concernant le sexe des chefs de ménage, uniquement interrogé des agriculteurs convention- on constate qu’il y a plus de ménages dirigés par nels membres d'associations paysannes. des femmes (48 %) parmi les agriculteurs modèles ue ue que parmi les agriculteurs conventionnels (28 %). 3.4 Utilisation des budgets d'utilisation La proportion de migrants saisonniers (13 %) est des terres pour évaluer la valeur de plus élevée chez les agriculteurs conventionnels l'agriculture modèle agroécologique que chez les agriculteurs modèles (3 %), ce qui n’est Pour évaluer la valeur économique de l’agriculture pas surprenant si l’on considère que les agriculteurs modèle par rapport à l’agriculture conventionnelle, 13; saisonniers sont moins susceptibles de bénéficier nous nous sommes basés sur les quantités phy- des résultats à long terme de l’agriculture modèle. siques de produits récoltés (pour la consommation La taille des ménages, ainsi que la répartition par du ménage ou pour la vente) et d’intrants utilisés âge sont identiques pour les deux groupes. Un mé- par les ménages au cours des 12 mois précédant nage moyen compte six membres, dont un tiers a l’entretien8. L'analyse se concentre donc sur le moins de 16 ans et près d’un sur quatre (24 %) a revenu que les agriculteurs tirent d’une année en- plus de 50 ans. tière d'exploitation de leur parcelle principale. Cela Il y a plus de personnes sachant lire et écrire parmi signifie que les deux principales saisons agricoles, les agriculteurs modèles (51% contre 43% pour de février à août et de septembre à février, sont les agriculteurs conventionnels), cependant, cette prises en compte dans l'analyse. Toutefois, dans la différence n’est pas statistiquement significative. mesure où les agriculteurs modèles cultivent et re Selon le World Fact Book (Central Intellegence coltent de façon continuelle sur une parcelle donnée Agency, 2021), Haïti a un taux d'alphabétisation tout au longdel année, ilestmoins logique de parler d'environ 61 %, mais les données de l'enquête sur de saisons agricoles pour les agriculteurs modèles. A : N Pour plus de détails, voir l’encadré 1. les ménages (Tableau 3 ci-dessous) suggèrent que le taux d’alphabétisation dans la région du nord pour- L'objet de l'analyse est donc le revenu net total rait être inférieur à la moyenne nationale. Un tiers qu'un agriculteur obtient de sa parcelle principale d’entre eux environ a terminé l’école primaire, mais pendant une période de 12 mois. Pour l’évaluer, des près de la moitié de l'échantillon n’a pas été scolari- budgets d'exploitation des terres ont été conçus et sée du tout. testés préalablement dans le cadre des enquêtes auprès des ménages. Les groupes de discussion ont 3.3 Définition des agriculteurs permis d'établir le prix auquel les marchandises agroécologiques modèles considérées se vendent habituellement directement L'analyse se concentre sur les exploitations indi- Sur place (jardin/forêt) ou sur les marchés locaux viduelles, en comparant les rendements à l’hectare (c'est-à-dire dans le village). de l'agriculture agroécologique modèle et de 8 de juin 2020 à juin 2021 - deuxième saison de 2020 et première saison de 2021 24 [page 25] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Tableau 3 : Caractéristiques sociodémographiques des répondants à l'enquête Réponses à l'enquête Agriculteurs Agriculteurs Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère conventionnels modèles Le répondant principal est une femme Le ménage est membre d'une association paysanne Le chef de ménage est un migrant saisonnier Nombre de membres du ménage 6é{min2; max 14) |6(min2; max 15) Membres du ménage < 16 ans Membres du ménage entr 16 et 50 ans Membres du ménage > 50 ans Combien d'années le répondant a vécu dans la communauté 21 (min 6 ; max 54) | 18 (min 3 ; max 35) considérée Le chef de ménage a vécu toute sa vie dans la communauté Le chef de ménage satire et écrire (9 Pourcentage de ménages classés agriculteurs modèles ou 46 % (n=138) 54 % (n=162) conventionnels, selon la définition du PDL lors de l'échantillonnage des ménages A terminé l'école primaire BAC, ou études supérieures ou tertiaires Dans le cas des agriculteurs modèles, les budgets œuvre dans leurs parcelles conventionnelles) (pour d'exploitation des terres concernent leur principale plus de détails, voir Tableau 4). lle de t ée à l’agricult: é- : : parce ee ere consacrée à 7 agrieu ture agro Compte tenu du grand nombre de pratiques agri- cologique modèle, que nous appellerons par la suite ui h 7. | . coles et de combinaisons de cultures adoptées par « jardin modèle »9. Dans le cas des agriculteurs con- . N . . . n les agriculteurs modèles et conventionnels, nous ventionnels, les tests préalables ont montré qu'il . . 5e . . . . | s ne disposions pas d'informations suffisantes pour était plus facile pour les agriculteurs d'évaluer les A . Be krolieé . _, . . établir un « cash-flow » généralisé en fonction du quantités de production et d’intrants pour toutes . N : , . temps pour les agriculteurs modèles et convention- leurs parcelles de terre cultivées. Un agriculteur . Le Re: . k nels. Au lieu de cela, nous comparons les bénéfices conventionnel moyen possède 2 parcelles de terre ! É . | nets par hectare de terre dans le cadre des deux ap- sur 1,6 hectare, tandis qu'un agriculteur modèle ; de à . . | k proches d'exploitation. À cette fin, nous estimons le moyen possède 3 parcelles (1 parcelle modèle et 2 . : tionnelles, avec quelques pratiques agroé- revenu agricole net et le revenu arboricole net sur conven D, q . q J pratiq : É l’année t, suivant les formules 1 à 5. cologiques améliorées limitées également mise en 9 Les paysans haïtiens utilisent le terme « jardin » pour décrire un terrain cultivé 25 [page 26] . à U + L LEE ; 2 L D) MAINS 7 Per «| 1? sL £'À LS . . … # \ L - . ” .# 4 Er + : \ Las 2» o ‘ n. 1 | : La) Ts | À SAIS NAT rat 1 f 7 s 2 D Fr, f .1 * , 64 &æ : « ( « PE] ei | 4’: p £ 4 (4 d * . , n S NN _ S A 2 vd DA LR { HE - e . m. > Woman agroecological farmer Haïti. Photo by Ben Depp. 1) Revenu arboricole brut => Quantité, x Prix Les coûts d’'intrants sont les suivants : semences, 1) Revenu agricole brut = X Quantité, x Prix engrais, pesticides et location de matériel de la- ‘ bour (charrues), coûts de main-d'œuvre propre et 1) Revenu agricole net = Z Quantité, x Prix, - de main-d'œuvre salariée pour planter, désherber, Coûts d’intrants, - Coûts de main-d'œuvre, récolter et labourer et coûts de main-d'œuvre pour 1) Coûts d’intrants = Z Q x P (semences, engrais, a pratdues agrofcoiogiques tes que la auront main-d'œuvre salariée, location de matériel e barrières de conservation à partir de résidus de de labour, etc.) culture (rampes). 1) Coût de main-d'œuvre total = Nombre de jours (désherbage, préparation du sol et récolte) x salaire journalier + coût de nourriture pour les travailleurs 26 [page 27] Résultats 0 À Les aspects économiques de l'agriculture agroécologique modèle 4.1 Description des systèmes agricoles de marche jusqu’à un jardin modèle est de 25 min- Lo, utes (médiane de 35 min), alors que parmi les ag- Les agriculteurs possèdent généralement entre : : : riculteurs conventionnels la distance moyenne de 0,5 hectare (ha) et 4 ha de terres agricoles (Figure : »x nn oo marche jusqu’à leur parcelle principale est de 47 4). La propriété foncière moyenne est de 1,6 ha de : : : minutes. Les agriculteurs conventionnels ont une terres pour les agriculteurs modèles et convention- Pr: x PE ’ propriété foncière médiane de 1,6 ha (moyenne de nels (2 kawo). Sur ces terres, les agriculteurs du 2 4 dèl écologi énéral 1,9 ha) sur une moyenne de deux parcelles (médi- modèle agroécologique consacrent généralement ane de 2), voir Tableau 4. une parcelle à l’agriculture modèle et deux par- celles à l’agriculture conventionnelle. Ainsi, les ag- La majorité des agriculteurs conventionnels et riculteurs modèles consacrent généralement un tier modèles cultivent des terres qui sont des propriétés de leurs terres à la culture agroécologique modèle. privées (Tableau 5). Tant les agriculteurs modèles La taille moyenne de la parcelle principale con- que conventionnels semblent jouir d'une assez sacrée à l’agriculture modèle ou conventionnelle bonne sécurité foncière, 94 % d’entre eux déclarant est de 0,6 hectare (0,5 Kawo). La distance moyenne qu'ils considèrent avoir des droits fonciers solides Q © LE re] œo ao DT © © © = ra) a 5 © = 5 *# Q & [®] 0 1 V4 3 4 5 6 Fd 8 Landholding in ha Figure 4 : Distribution des tailles des fermes parmi tous les agriculteurs interrogés 27 [page 28] (Tableau 6). Il est important de noter que, selon Le- conventionnels (voir Tableau 7). Pour certaines pra- Franc (2021), les agriculteurs sont plus susceptibles tiques agroécologiques, le degré d'adoption est plus de s'engager dans des pratiques durables sur des élevé chez les agriculteurs modèles. Il s’agit notam- terres dont ils sont sûrs de tirer des bénéfices à long ment de l’utilisation de barrières de conservation en terme (c.-à-d. plantation d'arbres, structures de con- paille, de la réduction des quantités de semences, du servation des sols, etc.) respect des distances de plantation des semences, de la sélection rigoureuse des semences et des plan- 1 à 4.2 L'agriculture modèle dans la zone tes, de la clôture des parcelles et de l'intégration des 14 d'étude résidus de culture dans le sol. La Figure 5 illustre le degré d adoption des pratiques Toutefois, les simples questions « utilise/ne utilise agroécologiques parmi tous les agriculteurs inter- pas « ne révèlent pas dans quelle mesure les ag- rogés, selon l'enquête auprès des menages: Comme riculteurs mettent en œuvre une pratique agroé- on peut le constater, tant les agriculteurs CONVERT cologique donnée, comme la culture intercalaire. tionnels que les agriculteurs modèles adoptent CT- En analysant les budgets d'utilisation des terres taines pratiques agroécologiques. Les agriculteurs tirés de l'enquête auprès des ménages, on constate modèles adoptent en moyenne 4 pratiques agraé- que les agriculteurs modèles de La Belle-Mère ont cologiques, contre 3 dans le cas des agriculteurs Tableau 4 : Caractéristiques des exploitations agricoles modèles et conventionnelles Agriculteurs modèles (n=156) Conventionnel _ médiane | ét | médiane | ét Propriété foncière totale par exploitation (0,8) (1,0) Terres consacrées à l'agriculture modèle (0,4) | | Parcelles consacrées à l'agriculture modèle (0,4) | Taille du jardin modèle principal (ha) 06 (0,4) | | Terres consacrées à l'agriculture conventionnelle (0,8) | | Parcelles consacrées à l'agriculture conventionnelle (0,8) (0,8) Taille de la parcelle conventionnelle principale (ha) | los | (0,3) Distance de marche jusqu'à la parcelle principale (min) (29,6) (26,0) Tableau 5 : Comment les agriculteurs ont obtenu les terres qu'ils cultivent Comment avez-vous obtenu ces terres ? Conventionnel % Terres privées héritées 26 Terres privées louées [9 3 Tableau 6 : Droits sur la propriété foncière parmi les agriculteurs modèles et conventionnels Comment considérez-vous vos droits sur les terres que Modèle Conventionnel itez? vous exploitez? % % Moyens 4% 28 [page 29] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL s0 20 7 3 s Ê & so 5 2 E 5 U $ 2 ‘ | Il | (il Lui | I 0 aù D LU OU 0 nm M __ = _ se SE DS SE S © é OS cs cs OO CS sS (4 ST “ ° DC 5 s É Ou Ci ES SE ES 7 sé Cr) Q D ss 5 ° S ST À OS ss Css $ Cr SE s° Ÿ Q Q Ra S s SOS N°7 < PS ù 1m CONVENTIONAL FARMER SAMPLE = MODEL FARMER SAMPLE Figure 5 : Adoption de pratiques agroécologiques et de certaines pratiques agricoles conventionnelles par les agriculteurs modèles et conventionnels Table 7 : The Number of agroecological practices adopted by model and conventional farmers en moyenne six cultures différentes par parcelle utilisées par certains agriculteurs modèles, selon modèle sur une année (tableau 8), alors que les agri- ce qui est ressorti des groupes de discussion. Ain- culteurs conventionnels cultivent en moyenne trois si, il y a des chevauchements entre les agriculteurs cultures différentes sur leurs terres convention- modèles et conventionnels en termes d'adoption de nelles. À Sans Souci et à Bois Neuf, les agriculteurs pratiques agroécologiques et conventionnelles. Il modèles ont en moyenne cinq cultures différentes convient toutefois de noter que tous les agriculteurs sur leur parcelle d'agriculture modèle (tableau 8). de l'échantillon sont membres d'associations pay- La figure 8 compare le degré de culture intercalaire sannes et que, par conséquent, même s'ils ne sont chez les agriculteurs modèles et conventionnels pas considérés comme des agriculteurs modèles, ils (l'échantillon complet, indépendamment de leur peuvent avoir bénéficié d’une formation directe ou lieu de résidence). Comme on peut le voir, les agri- indirecte par le biais d’autres membres de leur as- culteurs conventionnels ont un maximum de quatre sociation paysanne. De plus, certaines des pratiques cultures différentes sur une parcelle donnée, alors agroécologiques promues par le PDL sont inspirées qu'un nombre important d'agriculteurs modèles ont et héritées de pratiques ancestrales. Comme indiqué 5 cultures différentes ou plus sur une parcelle don- ci-dessus, les transitions vers l’agriculture agroé- née. Il est également prouvé (tableau 9) qu’un plus cologique sont graduelles et sont affectées par des grand nombre d'agriculteurs modèles s’adonnent facteurs locaux complexes. à la plantation d'arbres et qu'ils ont une densité globale d'arbres plus élevée (dans la catégorie de 4-3 Revenus de l'agriculture couverture de 11 à 20 %) sur leurs terres cultivées La majorité des agriculteurs pratiquent la culture in- par rapport aux agriculteurs conventionnels (tab- tercalaire. Comme on ne peut pas demander aux ag- leau 10). riculteurs d'évaluer avec précision la part de chaque D'autres pratiques agricoles qui ne sont pas stricte- Culture sur une parcelle donnée, les rendements ment associées à l’agriculture agroécologique (par SPécifiques des cultures (en kg/ha) ne peuvent être ex. culture sur brûlis et labourage) sont encore rigoureusement estimés. Par conséquent, nous es- timons la valeur de la récolte des jardins conven- 29 [page 30] ENCADRÉ 1: LA CULTURE INTERCALAIRE EXPLIQUÉE PAR LE PDL Dans cette étude, le terme de « cultures intercalaires » désigne le nombre d'espèces de plantes différentes qu'un agriculteur cultive sur une parcelle donnée au cours d’une année donnée. Ainsi, la notion de cultures intercalaires rend compte des pratiques de diversification, en fonction des intérêts des agriculteurs et des contextes locaux. Les objectifs sont généralement de gérer la fertilité des sols (par exemple, en associant des légumineuses, des céréales, des plantes à racines et tubercules et des arbres) pour améliorer la produc- tion de nourriture et de biomasse et d'étendre la période de récolte des différentes cultures tout au long de l'année, améliorant ainsi l'accès à la nourriture et la sécurité alimentaires. La stratégie de diversification com- bine des éléments de culture intercalaire mixte (les espèces composantes sont totalement mélangées dans l'espace disponible), de culture intercalaire temporelle (pratique consistant à semer des espèces à croissance rapide et à croissance lente qui peuvent être récoltées à différents moments de l'année) et d'agroforesterie (intégration d'arbres dans les systèmes agricoles). La Figure 6 ci-dessous illustre un exemple de culture in- tercalaire et de diversification d'une parcelle typique d'une exploitation modèle pendant une année entière. La majorité des plantes sont cultivées en même temps, mais pas nécessairement récoltées en même temps. Il faut généralement 3 à 5 ans pour que les arbres (par ex. avocatier, manguier, cocotier, etc.) produisent des fruits où des noix. Cela peut être comparé à la Figure 7, qui illustre ce qu'un agriculteur conventionnel cultive généralement sur sa parcelle principale. January February March April May June July August September October November December Beans Corn Congo Pea Plantain/Banana Cassava Free ES = Fruit Trees Figure 6 : Cultures typiques sur une parcelle exploitée par un agriculteur modèle (à Bois Neuf et Sans Souci). Couleurs claires = mois de production, couleurs foncées = mois de récolte. Credit: Ronel Lefranc January February March April May June July August September October November December Beans Com a Congo Pea Figure 7 : Cultures typiques sur une parcelle exploitée par un agriculteur traditionnel à Bois Neuf. Credit: Ronel Lefranc 30 [page 31] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Tableau 8 : Degré de culture intercalaire - nombre d'espèces cultivées sur des parcelles cultivées modèles et conventionnelles, au cours des 12 mois précédant l'entretien Bois Neuf, Sans Souci et La Belle-Mère Médiane* (é-t) min max Agriculteurs conventionnels 3 (0,6) 4 Échantillon complet 4 (1,6) 9 Culture intercalaire à La Belle-Mère Médiane (é-t) min max Agriculteurs conventionnels 3 (0,5) 3 Culture intercalaire à Sans Souci et Bois Médiane (é-t) max Neuf Modèle s(12 ° Agriculteurs conventionnels 3 (0,5) 4 0 10 20 30 40 50 60 70 lu Ùù 2 £ ® 3 ————_—_—_ ———————— — F = — a o r=4 5 5 = oO] Fr 6 EN pe] E rl 2 Fr ge 8 Model farmers (%) Ii Traditional farmers (%) Figure 8 : Degré de culture intercalaire chez les agriculteurs modèles et conventionnels tionnels et modèles des agriculteurs pour l’année sucre et le haricot noir sont considérés comme les précédant l'entretien en utilisant des prix normali- cultures les plus importantes pour respectivement sés, notamment les prix médians à la ferme de 2021 55 % et 30 % des ménages. Le maïs et le pois d'Angole pour les unités dans lesquelles les agriculteurs ont sont les deuxième et troisième cultures les plus im- déclaré leurs valeurs de production, comme indiqué portantes pour plus de 70 % des ménages (Figure dans le Tableau 11. Ces prix ont été obtenus à partir 9). Les essences d'arbres les plus importantes sont de l'enquête auprès des ménages. la manguier et le bananier, alors que l’avocatier et l'anacardier (noix de cajou) sont les deuxième et 4.3.1 Cultures et arbres principaux troisième essences d'arbres les plus importantes Les principales plantes cultivées dans les trois com- pour plus de 60 % des ménages (Figure 10). munautés sont le haricot noir, le maïs, le pois d'Angole, \ . Leurs . | P 8 | La Belle-Mère, Bois Neuf et Sans Souci diffèrent en le manioc, la canne à sucre et la banane. La canne à , s Le à R termes d'espèces cultivées. À La Belle-Mère, les ag- 31 [page 32] Tableau 9 : Proportion d'agriculteurs ayant régénéré ou planté des arbres durant l'année passée Avez-vous planté ou régénéré des arbres sur vos Agriculteurs Agriculteurs terres au cours des 12 derniers mois ? modèles conventionnels % Oui 7 Tableau 10 : Quel pourcentage de vos terres agricoles est occupé par des arbres ? Densité d'arbres Agriculteurs modèles Perieuieurs conventionnels 11220% 38% 21 à 40 % 16% 13 60% 21% Nombre d'essences d'arbres différentes sur leur Moyenne (é-t) ma terrain principal oyenne (é x Modèle sa | 1 | 0 | 6 Conventionnel 1,4 (1,6) [ot | 0 6 Tableau 11 : Prix médian au jardin par unité pour les cultures courantes en 2021 Prix médian par PA Prix médian par Culture Un unité (HTG) Culture Unité unité (HTG) Manioc pars | 100 | Mamie | Unsae | 1000 lgname pars | so | igname | Douxaine | 150 Igname 1 000 1 000 Igname Pois d'Angole 350 Igname 1 250 400 Igname Douzaine 550 Canne à sucre | Un champ 13 500 entier Sorgho __Unpot | 250 | riculteurs tirent une grande partie de leurs revenus 4.3.2 Revenus des ressources arboricoles de de la culture de la canne à sucre, tandis qu’à Bois l'exploitation Neuf et Sans Souci, les principales cultures sont . : Lo . : se d' : Les agriculteurs possèdent une variété d'arbres le haricot noir et le pois d'Angole. Les Figures 11 . FF , . . sur leurs jardins, dont ils récoltent les fruits et les et 12 montrent la proportion de revenu brut pour . . k k noix pour leur propre consommation et la revente. chaque culture (également appelé revenu des cul- _. _ . | : on Les principaux produits arboricoles sont la noix de tures) provenant des terres agricoles principales Lac A : coco, la noix de cajou, le citron, l'orange, la mangue, considérées (terres agricoles conventionnelles et A : l'avocat, le corossol et le cachiman. Le revenu brut modèles). Le Tableau 12 illustre en outre le revenu ‘ | total provenant de la vente des produits arboricoles brut moyen par hectare pour ces cultures. ., Li k cultivés sur les parcelles principales des agriculteurs 32 [page 33] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL 90% 80% 70% g 60% 2 50% H 40% ‘5 30% & 20% 10% œ _ = = _ G [] = mn == Black beans Mais Congo Peas Manioc Cane sugar Banana Other (Yam, sweet potato, papaya) mist mostimportant mi 2nd and 3rd most important Figure 9 : 1°", 2°" et 3°" cultures les plus importantes (par ordre d'importance) 100 90 80 g 70 8 60 % 50 2 40 5 30 10 & ra Fa & & S # S # eo o ES a Fa Fa S LR S ea où #“ # cg Ê & N G # S s s° m1st most important 8 2nd and 3rd most important Figure 10 : 1ère, 2ème et 3ère cultures les plus importantes va d’une moyenne de 8 856 gourdes/ha (124 $US/ aux coûts de main-d'œuvre familiale et salariée pour ha10) à Bois Neuf et Sans Souci à 16 742 gourdes/ le labourage, la plantation, le désherbage et la récol- ha (233 $US/ha) à La Belle-Mère. Le revenu brut te, ainsi qu'aux pratiques agricoles agroécologiques. pour les agriculteurs conventionnels varie d’une Moins d'une poignée d'agriculteurs (<0,5 % de moyenne de 2 546 gourdes/ha (35 $US/ha) à Bois l'échantillon) ont acheté des engrais et des pesti- Neuf et Sans Souci à 9 176 gourdes/ha (127 $US/ha) cides, qui n’ont donc pas été pris en compte dans à La Belle-Mère (Tableau 13). Il convient de préciser les budgets d'exploitation des terres de l’agriculteur qu'il s’agit probablement d’estimations inférieures moyen. Le coût d’une journée de travail a été estimé aux bénéfices réels issus de l’arboriculture sur les sur la base de ce que les agriculteurs avaient payé terres cultivées, étant donné qu’une grande partie pour un service donné pour un jour donné. Comme de la production est consommée par les ménages le montre le Tableau 14, les coûts médians de la (de 15 % pour les oranges à 25 % pour les mangues) main-d'œuvre sont de l’ordre de 250 à 300 gourdes à des fins de subsistance. De plus, les récoltes de (environ 4 $) par jour. bois de chauffage pour la production de charbon A A . PA : . ge P . P . On a également demandé aux agriculteurs, qu'ils soi- de bois et la valeur du bois d'œuvre sont également . R Lan à : ., ent conventionnels ou modèles, combien ils avaient laissées de côté dans l’analyse11. R A : R : dépensé pour des pratiques agroécologiques au 4.3.3 Coûts de production cours des 12 mois précédant l'entretien, notam- . : ment la plantation d'arbres, l’élagage d'arbres et la Les principales dépenses engagées par les agri- construction de structures de conservation, telles culteurs sont liées à l'achat de semences, à la loca- que des barrières en travers de la pente à partir tion de matériel de labourage, aux plants d'arbres, de résidus de culture (rampes), l’enrochement, les 10 Sur la base de : 1 gourde = 0,0139 $US, décembre 2020. 11 Comme il s'agit d'une activité illégale, les estimations des agriculteurs ne sont pas jugées fiables. 33 [page 34] barrières de conservation vives avec des cultures Parcontre,les agriculteurs modèles de Bois Neufetde vivrières (bande manje) ou des haïes/clôtures vives. Sans Souci ont dépensé en moyenne 7 912 gourdes/ Aucun coût de main-d'œuvre n'est associé à ces ha au cours des 12 mois précédant l'entretien. Le pratiques à La Belle-Mère. Cela est probablement Tableau 15 résume les coûts d'exploitation moyens lié au fait que La Belle-Mère est une zone plate où par hectare à La Belle-Mère et à Bois Neuf et Sans on construit moins de structures de conservation Souci, pour les deux groupes d'agriculteurs. Les du sol demandant beaucoup de main-d'œuvre qu'à dépenses les plus élevées sont associées à l’achat de Sans-Souci et à Bois-Neuf, qui sont plus montagneux semences chez les agriculteurs modèles. Si les agri- (Ronel 2021, communication personnelle). culteurs modèles utilisent moins de semences, ils Tableau 12 : Revenu brut annuel moyen par hectare des cultures pour les agriculteurs conventionnels et modèles Échantillon complet (agriculteurs modèles et conventionnels Bois Neuf et Sans Soucii La Belle-Mère confondus) Revenu brut en | Proportion | Revenu brut en Proportion HTG/ha HTG/ha Canne à sucre 0 | 0» | ess sa% Maïs 7 469 6 070 5% Haricot so 115 0% Pois d'Angole 5 958 9 148 8% Manioc 17 131 5816 5% Sorgho 0% Patate douce 3 368 3 851 3% Banane 12165 9736 9% Papaye 2736 10 364 9% lgname 1697 0% Total par hectare (HTG/ha) 108 092 | 113 238 Total par hectare ($US/ha) 1020$ |__| 1069$ Tableau 13 : Revenus tirés de la vente des ressources arboricoles au jardin, à La Belle-Mère, Bois Neuf et Sans Souci La Belle-Mère Bois Neuf et Sans Souci Agricult. Agricult. Agricult. Agricult. modèles convent. modèles convent. Revenu arboricole brut moyen (HTG/ha) 16 742 9176 8 856 2 546 Revenu arboricole brut additionnel (HTG/ha) +7 566 | ___ +6 310 Revenu arboricole brut moyen ($US/ha) 233$ 127$ 124$ 35$ Tableau 14 : Estimations des coûts à la journée payés par les agriculteurs pour un service donné Coût d'une journée de Moyenne Médiane Écart-type Max travail (HTG) Désherbage 2% | 250 2m | 0 | 400 Récolte 2 000 Plantation 1 500 34 [page 35] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Papaya, 3% Yam, 2% : ___ Mais, 8% Banana, 13% À Cassava, 7%_ >. À | Black beans, 44% Pigeon peas, 19% Figure 11 : Composition du revenu brut des cultures par hectare à Bois Neuf et Sans Souci (tous les agriculteurs) Yam,0.4% Papaya, 10%. L S Banana, 9% . : Sweet potato, 4% _ PIN dé Cassava, 9% ù À Sugar _ cane, 57% Pigeon peas, 5% Beans, 0% | Mais, 6% Figure 12 : Composition du revenu brut des cultures par hectare à La Belle-Mère (tous les agriculteurs) 35 [page 36] sont plus attentifs à la sélection des semences, afin l'ensemble de l'échantillon, cependant, la dépense de contribuer à améliorer la qualité des variétés de moyenne est minime, comme le montre le Tableau semences locales (Groundswell, 2017). 16, et n’est donc pas prise en compte dans l'analyse. 4.3.4 Autres coûts fixes associés à l'adoption 4.3.5 Revenu agricole et arboricole net de pratiques agroécologiques Sur la base des estimations de bénéfices et de Les agriculteurs ont également été interrogés sur les coûts ci-dessus, les revenus nets par hectare peu- autres coûts d'investissement encourus en relation vent être estimés pour les agriculteurs modèles et avec leurs pratiques agroécologiques. Les dépenses conventionnels. L'estimation moyenne par hectare moyennes pour les clôtures sont de l’ordre de 636 est présentée dans le , qui montre une différence gourdes, 295 gourdes pour les arbres résistants à significative entre les agriculteurs modèles et con- la sécheresse (bois repousse) et 600 gourdes pour ventionnels à Bois Neuf ainsi qu’à La Belle-Mère. Le les euphorbes candélabres et les echeveria ma- revenu net moyen par hectare des parcelles modèles chetes. Ces coûts d'investissement ont été engagés est presque le double de celui obtenu par la culture en moyenne il y a 4 ans (médiane). Si ces estima- conventionnelle. tions se situent clairement dans la limite inférieure, ; 5. La Figure 13 illustre la distribution des revenus selon Lefranc (2021), l'abandon de l’agriculture : . . . . agricoles nets par hectare pour les agriculteurs comme moyen de subsistance et la migration des À . à u . u , modèles et conventionnels. Les revenus bruts, coûts travailleurs vers les villes contribuent également k k { , : . : et revenus nets pour les agriculteurs modèles et à la réduction globale des investissements dans . , . : | conventionnels des deux communautés sont présen- les pratiques de gestion durable des terres. Dans | . | tés dans les Figures 14 à 17. Tableau 15 : Coûts d'exploitation moyens par hectare pour les agriculteurs modèles et conventionnels La Belle Mère Bois Neuf et Sans Souci Agriculteurs | Agriculteurs | Agriculteurs | Agriculteurs modèles conventionnels modèles conventionnels Coûts d'intrants (HTG/ha), dont 32714 6115 21410 14585 Semences 18 739 4 587 18 436 12 048 Plans d'arbres 0 Location de charrues* 7 353 1496 2 720 2 537 Coût d'intrants totaux en $US/ha 454$ 298$ 203$ Coûts de main d'œuvre salariée ou 8 187 2318 7 912 5 884 familiale (HTG/ha) : labourage, désherbage, récolte et plantation. Coûts de main-d'œuvre associés à 339 1 881 1235 l'agroécologie** Coût de main-d'œuvre totaux en $US/ha 113$ 110$ 82$ * La Belle Mère est une terre plus plate avec une plus grande demande de labourage. **Principalement pour la plantation et l'élagage d'arbres, la construction de rampes de paille et de clôtures. Tableau 16 : Coûts fixes supplémentaires associés à l'adoption de pratiques agroécologiques à La Belle-Mère, Bois Neuf et San Soucis pour les agriculteurs modèles et conventionnels Modèle 8 0 | #0 108 Conventionnel 4 6 | 3000 89 La Belle-Mère A PE Modèle 25 | 0 | 2 53 Conventionnel UE D 6 | 150 5 36 [page 37] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Tableau 17 : Coût des autres matériels achetés pour la parcelle agricole modèle principale Clôture [63 | 0 | 5000 aa Bois repousse ou Pye plan | 29% | _o 1500 35 Autres investissements (cactus-chandelier! and machettes) Us | o . 2500 21 mate PU | Moyeme | mn | mm | 4 oyenne N matériaux Il y a combien d'années que ces matériaux Lu A 1 44 ont été achetés ? 1 Pour l'escrime vive Tableau 18 : Estimation du revenu net moyen par hectare pour les agriculteurs modèles et conventionnels à Le Belle-Mère, Bois Neuf et San Souci. La Belle-Mère Bois Neuf et Sans Souci Agricult. Agricult. Agricult. Agricult. modèles convent. modèles convent. Revenu arboricole brut moyen (HTG/ha) 16 742 9176 88 547 41 760 Revenu agricole brut moyen (HTG/ha) 138 949 57 557 110 894 63 463 Coût total annuel moyen (HTG/ha) 40 867 -8 740 -30 949 -21 704 Revenu agricole et arboricole net moyen (HTG/ha) 114 790 57 961 88 547 44 306 Revenu agricole et arboricole net moyen ($US/ha) 1596 1231 616 4.4 Explication des écarts de revenu les variables qui pourraient être importantes pour agricole net entre les agriculteurs expliquer la productivité réelle de l'exploitation modèles et conventionnels des terres. Ici, la productivité des terres cultivées . : : : est mesurée en termes de revenu agricole brut ($/ Comme l'ilustrent les Figures 14 à 17, les agri ha) car le rendement (kg/ha) est difficile à mesurer culteurs modèles ont des revenus nets qui sont avec précision lorsque plusieurs cultures sont inter- environ le double de ceux des agriculteurs conven- calées sur une même parcelle. tionnels. La difficulté des comparaisons simples à deux variables réside toutefois dans le fait que les 4.4.1 Analyse de la fonction de production différences de revenus peuvent étre dues à d'autres Dans l'analyse suivante de la fonction de production, facteurs que nous n'avons pas pris en compte. Par k . | | nous évaluons les moteurs de rendement agricole exemple, les agriculteurs modèles peuvent gagner . 1 | 1 1 en termes de revenu agricole brut par hectare. Les p us parce que k eurs parceres sont situées p'us coefficients estimés de la fonction de production près de leur maison, ils sont plus instruits, ils ont x : Loges . " | . . permettent de comprendre à la fois la signification des réseaux de soutien plus importants ou ils uti- ue : so dius , . . . .. : statistique des intrants individuels et l'ampleur de lisent un niveau plus efficace d’intrants agricoles M : A | 1 lus d'ad d | l'influence de ces variables sur les résultats. Dans un conventionne s en plus d'adopter des pratiques premier temps, le revenu agricole brut a fait l’objet agroécologiques. Pour prendre en compte toutes , 2 : : . | un ee d’une régression suivant toutes les pratiques de ges- les variables pouvant être à l’origine des différences . : ee A . . tion possibles, les quantités d’intrants et les carac- de revenus observées, nous avons mis en œuvre un ice sde : . L . . . téristiques sociodémographiques pertinentes (den- modèle de fonction de production et inclus toutes 37 [page 38] sité de la couverture végétale, principales pratiques pas significatifs ont été éliminées des estimations de GDT, possession de bétail, travail nécessaire, édu- log-linéaires finales. Deux modèles ont été retenus cation du chef de ménage, location de matériel de la- pour une interprétation plus approfondie, définis bour, etc.) Les variables dont les coefficients ne sont par l'équation 6 et l'équation 7. Eq 6) G-income_ha,= a+ B(M), +R, In(LW); + B.(L); + BIS); + B<in(C); +e, Eq7) G_income_ha,= a+ BCD); +8,n(LW), + B;(L), + B,In(S), + B;n(C); +e; 2500 Forest products 2000 Other crops (mais, manioc..) $821 Net income 1500 BANANE s1670 Eu — 7 [| D cou Peas 1000 $105 œ <= 8 ——— Cane sugar S 500 $1201 0 | Seeds Gross income — TT -$352 PO" rental -500 ES, ‘© \ Labour costs -$113 AGROECOLOGICAL MODEL FARMERS Figure 13 : Composition des revenus et des coûts d'un agriculteur modèle moyen à La Belle-Mère 1,500 Forest products $128 £ 1,000 LT Other crops Net Income a (mais, manioc.) $806 ER ——— Banana Cow Peas & Beans $63 ——— Cane sugar 0 $469 Seeds —_—_— 564 Gross Income DA Plow rental Labour costs -$21 -$37 -500 CONVENTIONAL FARMERS Figure 14 : Composition des revenus et des coûts d'un agriculteur conventionnel moyen à La Belle-Mère 38 [page 39] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL $2'500 $2000 Forest products LT SA [| $1500 Other crops Net i —Grais, manioc, sugar.) PTE $390 Banana 00 EE — & $226 [=] $288 a S$500 2 ——Beans 648 $0 Gosts Seeds Gross income 7 -$256 a -$38 -$500 Labour costs -$136 -$1'000 AGROECOLOGICAL MODEL FARMERS Figure 15 : Composition des revenus et des coûts d'un agriculteur modèle moyen à Bois Neuf et Sans Souci $2500 $2000 $1500 Forest products Other crops $1000 T sss (mais, manioc.) £ 5156 a ES —: 00" S615 2 $100 so SE $178 7 Beans $ 447 Costs 0 [> Plow rental -$35 -$500 Labour costs -$99 CONVENTIONAL FARMERS Figure 16 : Composition des revenus et des coûts d'un agriculteur conventionnel moyen à Bois Neuf et Sans Souci 39 [page 40] : s« «+ # - g 2 AT - Es , “ A " Fe , 0 4 A . é *. is Ta &. 4 P Æ = ; Eu LP ÿ , | 4 « + NT 27 ". ‘ FÈ * du ( "= 1K 2 Farmers hoeing land. Photo by Ben Depp. Où la variable de résultat G income_ha représente le 4.4.2 Résultats de la modélisation de la revenu agricole brut par hectare de chaque agricul- fonction de production teur /, sur sa principale parcelle agricole. La variable N A . : Li | p . P | p ., g J Le modèle de régression qui est retenu ici montre binaire M est égale à un si l’agriculteur est classé A op . u nn, que les dépenses pour les semences, la main-d'œuvre comme agriculteur modèle et à zéro dans le cas k Le ne , en l s. . l . agricole salariée et l’agriculture modèle, ainsi que la contraire (dans l'équation 6). La variable continue T A ie Poor M | } . | communauté dans laquelle vit l’agriculteur, sont des dans l'équation 7 représente le degré de culture in- . . _ : . . facteurs importants du revenu agricole brut et de la tercalaire (logarithmique) et est incluse dans le mo- Lies , nes Bics L . | productivité de l'exploitation. Plus précisément, le dèle 2 ci-dessous (Tableau 19). LW est une variable Le . x ons . | k un, coefficient Agriculture modèle montre que l’agricul- continue qui correspond aux jours de main d'œuvre A : N | | . | ture agroécologique modèle, toutes choses égales par embauchée pour le désherbage (logarithmique). L . à . ; t abl . ésente tout t | ailleurs, accroît le revenu agricole brut d'une moyenne est une variable qui représente toute autre main- , nu q P . de 31 460 gourdes par hectare (437 $US par hectare). d'œuvre salariée, S les dépenses en semences (lo- } ou um ue oc ‘ . . D à Ce résultat est très significatif car il démontre que les garithmique) et C est une variable fictive relative nu . \ Ÿ . J | un revenus plus élevés des agriculteurs modèles sont à la communauté qui est égale à un si l’agriculteur . sy , . LL | D, ’ attribuables à l'approche agroécologique et non pas vit à La Belle-Mère et à zéro dans le cas contraire. . . ue h . | simplement au fait qu’ils dépensent plus en semences, Nous prenons en compte le lieu car les comparai- L : . ’ | en désherbage et en travail. sons entre deux variables ci-dessus suggèrent que, toutes choses égales par ailleurs, les agriculteurs Comme les parcelles de l’agriculture modèle ont de La Belle-Mère, où ils cultivent du sucre, bénéfi- tendance à être plus proches des ménages que les cient de revenus à l’hectare plus élevés que ceux de parcelles conventionnelles, nous avons également Bois-neuf et Sans-souci’2. La description exacte des analysé si la distance jusqu'aux parcelles cultivées variables figure dans le Tableau 19. pouvait expliquer une plus grande productivité, 12 Cela s'explique sans doute par le fait que les agriculteurs de La Belle-Mère cultivent la canne à sucre, qui nécessite une transformation après récolte, ce qui porte le revenu réel tiré de la canne à sucre à des niveaux similaires à ceux des cultures produites à Sans Souci et Bois Neuf. 40 [page 41] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Table 19: Explanatory variables used in the final production functions Don ju Ça Vi Pr Model =1 if the farmer is a model farmer 0.4992 0 . 1 Belle-Mère =tif the farmer lives in La Belle- 0.34 0.47 1 Mère and 0 otherwise Spending on seeds in logs 14,334 9,766 15,474 0 | 97,550 Hired labour day fer weedimginlags* | 1 7 | 1 | 0 | + Hired labour days for all other work (except Lx 12 13 76 weeding) * In the survey we asked how many days of labour (family and hired) had been dedicated to a specific task. But it appears that interviewers focused on hired labour, as in many cases they provided total expenditure on farm labour instead of “days” of farm labour. In the following results we therefor refer to hired labour. mais il n’y avait pas de corrélation statistiquement entre la culture intercalaire et la probabilité d’être significative. Nous avons également inclus la gamme un agriculteur modèle. La culture intercalaire est complète de pratiques agroécologiques dans la mo- donc une caractéristique importante de l’agricultu- délisation de la fonction de production pour voir re modèle (voir l'annexe 2 pour plus d’explications). s’il y avait des pratiques spécifiques qui étaient . Lez y s p q p q q nn Parmi les différents types de travaux, notamment le particulièrement importantes pour la productivité labourage, le désherbage, la récolte et les semailles des terres. A l'exception de la culture intercalaire, A A k à . . u le désherbage est apparu comme étant le facteur aucune des pratiques agroécologiques présentées le plus important de la productivité agricole. Le dans la Figure 5 n’était un déterminant statistique- désherbage a donc été inclus comme une variable ment significatif”. Cependant, le degré de culture distincte, en raison de son importance dans l’ex- intercalaire, c'est-à-dire le nombre de cultures par ne . 1 dé . fort del ductivité!‘ plication du revenu agricole brut. Les rendements parce co estun éterminant ortde la pro uctivité de toutes les autres activités de travail salarié sont et les résultats de la régression sont présentés dans analysés ensemble. Les dépenses en semences et le modèle 2. En interprétant le coefficient, une aug- : A . h tation d’une unité du logarithme du nombre de les jours de désherbage présentent des rendements men . Bonn : à 8 marginaux décroissants, illustrant (en accord avec cultures accroît le revenu brut de 62 369,3 HTG/ha. la théorie économique) que l'ajout de plus de capi- Ainsi, si le nombre de cultures passe de deux à trois tal ou de plus de travail au processus de production cultures par hectare, par exemple, le revenu agri- augmente la productivité, mais à un taux décrois- cole brut accroît de 25 289 HTG/ha (= 62 369*In3 santi5 ' - 62 369 *In2). ‘ L icult écologt dèl t Lorsque les variables sont logarithmiques, les co- es agriculteurs agroécologiques modèles ont en ne Lu B 5 cult g h En tre 3 cult efficients mesurent la variation absolue du revenu moyenne 5 cultures par hectare, contre 3 cultures . us . . Y p . | agricole brut pour une variation relative de la vari- par hectare pour les agriculteurs conventionnels. able explicative. Par exemple, avec R= 14 870, une Lorsqu'on prend en compte le degré de culture in- augmentation d’une unité du log des dépenses en tercalaire, la variable « agriculture modèle » n’est semences accroît le revenu brut de 14 870 HTG/ha plus significative dans le modèle de régression (mo- où encore, lorsque les agriculteurs dépensent 1 % dèle 3, annexe 2), en raison d’une forte corrélation de plus en semences, le revenu agricole brut aug- 13 Cela peut être dû à une insuffisance d'observations ou à un manque d'informations sur le degré d'adoption de ces pratiques et non au fait qu'une pratique donnée n’améliore pas la productivité de l'exploitation. 14 En effet, lorsqu'on tient compte du degré de culture intercalaire, la variable « agriculture modèle » n'est plus statistiquement significative. 15 Le coefficient représentant l'ensemble de la main-d'œuvre salariée ne présente pas de rendement décroissant, indiquant peut-être qu'il s'agit d'une variable composite, c.-à-d. qui couvre de nombreuses activités complémentaires liées à l'exploitation. 41 [page 42] Tableau 20a : Résultats de l'analyse de régression avec le modèle agro-écologique de l'agriculture Modèle de fonction de production 1. Revenu agricole brut par ha Signification P>t Modèle agricole 31 460 XxX Dépenses en semences (log) 14 870 xxx Jours de main d'œuvre salariée pour le désherbage (log)* 17 021 5,73 XXX Jours de main-d'œuvre salariée (tous les autres) XXX La Belle mère 29 567 XxX _constante -111 921 *XX Nbre d'observations = 300 ; F = 45,2; Prob > F = 0 ; R-carré = 0,4331 ; Erreur-type de la moyenne = 48 208 Tableau 20b : Résultats de l'analyse de regression avec la culture intercalaire Modèle de fonction de production 2. Revenu agricole brut par ha Signification P>+ Cultures intercalaires (log) 62 369 XXX Dépenses en semences (log) 14785 xxx Jours de main d'œuvre salariée pour le désherbage (log)* 12 749 4,52 XXX Jours de main-d'œuvre salariée (tous les autres) XXX La Belle mère 27 201 XxX _constante -111 921 *XX Nbre d'observations = 300, F = 56,06 ; Prob > F = 0 ; R-carré = 0,5675; Erreur-type de la moyenne = 0,61523. ***Significatif à un niveau de confiance de 99 % mente de 148 gourdes/ha(2 $US/ha). Selon la même toutes les autres activités, dépense en moyenne logique, si la main-d'œuvre agricole embauchée pour 10 000 HTG/ha pour les semences et a un revenu le désherbage augmente de 1 % par ex, le revenu agricoles brut annuel moyen de 134 154 HTG/ha agricole brut cultures s’accroît de 170 gourdes/ha. (1 865 $US/ha). Il convient bien sûr de rappeler ñ : : . l dèle décrit l'i t del ta- L'impact des cultures intercalaires et de la main- que e mode € ee Impac moyen € augmente ; Le . tion de la main-d'œuvre salariée, du désherbage, de d'œuvre salariée sur les revenus agricoles bruts est l'adoption de l'agricult: dèle. etc. U loit illustré à la Figure 14. Dans le Tableau 21, nous avons a op ron 7 agricu ure mocee, etc: ne xp'oitar dis KR : tion individuelle, toutefois, est conditionnée par de utilisé le modèle 1 pour calculer le revenu agricoles . . ces h nombreux autres facteurs tels que le climat local, les brut par hectare en fonction de différentes caracté- . . nue ne Le . sols, la pente, le régime foncier, les possibilités de ristiques stylisées des agriculteurs. Cela nous per- à k . financement, etc. que nous n'avons pas pu prendre met de montrer comment le revenu agricoles brut h h a . ; . . en compte dans cette étude. Malgré cela, notre mo- moyen évolue en fonction de l'augmentation des dif- . . : , 7. h 4 : N : 16 dèle statistique confirme que l’agriculture agroéco- férents intrants du système agricole". : x h : LT. logique modèle est un déterminant significatif de Ainsi, un agriculteur moyen qui adopte l’agriculture revenus agricoles bruts plus élevés, fournissant à modèle vit à La Belle-Mère, a embauché 10 jours de l’agriculteur moyen environ 30 000 gourdes de plus main-d'œuvre pour le désherbage et 10 jours pour par ha, toutes choses égales par ailleurs. 16 L'agriculteur agroécologique modèle reste un agriculteur modèle, mais il est conditionné par le régime foncier, l'écosystème et sa situation économique (financière). Tous les jardins modèles ne sont pas semblables. Il peut y avoir des similitudes entre les jardins modèles d'un même écosystème, mais tous les membres de cet écosystème ne présentent pas les mêmes caractéristiques (régime foncier, revenus, accès au financement, etc.) (LeFranc, 2022) 42 [page 43] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Tableau 21 : Variations du revenu agricole brut en fonction des niveaux d'intrants Dépenses en semences 5 000 10 000 10 000 10 000 10 000 10 000 P HTG HTG HTG HTG HTG HTG Jours de main d'œuvre salariée, le : . . . . . A 5 jours 5 jours 10 jours 10 jours 10 jours 10 jours désherbage Jours de main d'œuvre salariée, 5 jours 5 jours 5 jours 10 jours 10 jours 10 jours autres tâches Revenu agricole brut par hectare 46600 | 56900 | 68700 | 73100 | 104600 | 134154 (HTG) Revenu agricole brut par hectare 648 791 955 1016 1454 1 865 ($US) 4.4.3 Valider les résultats par des données empiriques des ménages. Comme le mon- observations de la terre tre l’encadré 2, les agriculteurs du modèle agroé- . N A 2 cologique ont un rendement des terres statistique- Les entretiens auprès des ménages ont porté sur ne , eue Re Le . N ment plus élevé, mesuré par l'indice de végétation les parcelles principales des agriculteurs modèles Lu un . | . Le ré . par différence normalisée (NDVI), ce qui confirme et conventionnels. Cela nous a permis d'évaluer si . ñ . . 2 ns encore nos résultats. l'imagerie satellite raconte la même histoire que les INTERCROPPING AND CROP REVENUE 160000 140000 _ Intercropping - nr of crops per ha 120000 _ Hired labour days per ha £ for weeding ri B 80000 œ > © © 60000 2 ô 40000 20000 o 0 2 4 6 8 10 12 14 Degree of Intercropping / Hired Labour days Figure 17 : Corrélation entre le degré de culture intercalaire et les jours de travail salarié et le revenu agricole brut. 43 [page 44] ENCADRÉ 2 : INDICE DIFFÉRENTIEL NORMALISÉ DE VÉGÉTATION (IDNV) DU REVENU AGRICOLE NET ENTRE LES AGRICULTEURS MODELES ET AGROËCOLOGIQUES Pour évaluer si les différences observées dans le revenu net des cultures entre les agriculteurs du modèle et les agriculteurs agro-écologiques peuvent être validées par l'observation de la terre à partir de la télédétec- tion, les valeurs de l'indice Différentiel Normalisé de Végétation (IDNV) (de Copernicus Sentinel 2021) et les précipitations (ERAS 2021) ont été comparées de 2019 à 2021. Sur cette période, les valeurs mensuelles du IDNV étaient en moyenne 4,3 % plus élevées sur les parcelles du modèle agro-écologique par rapport aux parcelles conventionnelles (ce qui indique des fractions plus élevées de végétation) - ceci était constant sur toute la période (voir la ligne verte). Comme les précipitations influencent fortement le développement de la végétation, nous avons évalué si les valeurs plus élevées du IDNV étaient liées à des précipitations plus importantes sur les parcelles des fermes modèles. Ce n'était pas le cas, en fait, les fermes modèles agroé- cologiques ont reçu en moyenne 3,5 mm de précipitations de moins par mois que les fermes convention- nelles au cours de la période étudiée. Il'est donc intéressant de noter que les parcelles du modèle agroécologique ont des valeurs IDNV plus élevées, malgré des niveaux de précipitations plus faibles. Cela suggère que les parcelles agricoles agroé- cologiques sont caractérisées par une plus grande productivité des terres et une plus grande résilience au climat, ce qui est en accord avec les résultats de l'enquête sur le terrain concernant les revenus nets des cul- tures plus élevés. Cela témoigne également de l'utilisation de la télédétection comme outil de surveillance de la résilience au niveau des exploitations agricoles, mais il faut reconnaître que le NDVI est une mesure générale de l'état de la végétation et qu'il doit être complété par des paramètres tels que le stockage de l'eau, la teneur en carbone, la fréquence des incendies et l'utilisation d'intrants, pour obtenir une image plus complète de la santé de la végétation. Ceci est un sujet de recherche future. Evolution of cumulative NDVI in agro-ecological model farming plots relative to conventional farming plots e 2019 2020 2021 o S E 3° 3? 8 Ê ANS L S 6 Ê uw 2 5 VAN 2 2 È 5 & © l 209009900090 RRRERRERERERE RSR S SR SN RSNNS RS RNRNNNSSRRNENS SNS +D OR 00 EN TND +00 S 3 0 NN 0 +00 N S 5 0 EN Données Copernicus Sentinel (2021). Récupérées et traitées par GEE. ERAS (2021) Cinquième génération de réanalyses atmosphériques du climat mondial du CEPMMT. Copernicus Climate Change Service (C3S), Climate Data Store (CDS), https://cds.climate.copernicus.eu/cdsapp#l/home 44 [page 45] Le succès de l'agriculture modèle 0 tres répercussions L'analyse ci-dessus des coûts de production, des taine augmentation de la production agricole liée extrants et des revenus des agriculteurs démontre à l'adoption de pratiques agroécologiques (Figure clairement que les agriculteurs modèles peuvent ré- 19). Ceux qui signalent une forte augmentation aliser un revenu net plus élevé par hectare de terre ont commencé il y a 5 ans en moyenne. En termes consacré à l’agriculture modèle agroécologique que d’estimations concernant les résultats de la produc- les agriculteurs conventionnels. Il importe toute- tion, la Figure 16 et le Tableau 24 montrent qu’un fois de mettre ces résultats en perspective au vu de tiers de tous les agriculteurs agroécologiques dis- l'appréciation de l’agriculture modèle par les agri- ent avoir connu une augmentation d’au moins 33% culteurs eux-mêmes. du volume de production agricole, la moitié de tous À cet égard, le Tableau 22 montre qu’une écrasante les agriculteurs agroécologiques ont connu une Ltée , A 5 . augmentation de 50% et 10% déclarent avoir pu majorité (98 %) d’entre eux déclare qu'ils continu- . . . x . , A . Boni doubler leur production (Figure 20). Ces chiffres eront à pratiquer l’agroécologie et 98 % prévoient . ous . } 52 . je donnent encore plus de confiance à l'évaluation également d'étendre la superficie qu’ils ont con- . . . 8 à Vaux: x : quantitative des revenus agricoles, basée sur les sacré à l’agriculture modèle. Tous les agriculteurs N 2 R : budgets d'exploitation des terres. modèles déclarent également avoir connu une cer- Table 22: Responses to survey regarding model farming continuation and expansion Allez-vous continuer à pratiquer l'agriculture modèle ? 0,53 % 1,6% Prévoyez-vous d'étendre la superficie de votre jardin agroécologique x x . : 98 % 2% 0% modèle par rapport à la superficie conventionnelle ? WILL YOU CONTINUE TO UNDERTAKE AGRO-ECOLOGICAL MODEL FARMING? #s No = Don'tknow YES -98% Figure 18: Response to survey regarding model farming continuation 45 [page 46] Tableau 23 : Augmentation perçue de la production agricole depuis l'adoption de l'agriculture modèle et nombre d'années depuis l'adoption des pratiques de GDT Votre production agricole a-t-elle changé après nu Nombre d'années depuis l'adoption des avoir adopté l'agriculture agroécologique ? pratiques de GDT par le ménage ? 1 = Baisse de la production 2 = Pas de changement Moyenne 3 = Faible augmentation de la production 4 ans 4 = Forte augmentation de la production 5 ans Perceived increase in agricultural production 60% 50% 40% 30% 20% a C1 0% —— nl —— 10% more 33% more 50% or more 100% / a doubling more than five doubled of production doubling production Figure 19 : Augmentation perçue de la production agricole depuis l'adoption de l'agriculture modèle Tableau 24 : Perception du succès des jardins modèles depuis l'adoption de méthodes agroécologiques Quelle est votre impression sur la réussite de votre type de jardin (capacité à fournir de la nourriture toute l'année, amélioration de la fertilité du sol, amélioration de vos Pourcentage revenus) ? Très réussi 11 Plutôt réussi 58 Peu réussi 32 Pas réussi 0 Perceived success of your agro-ecological farming plot in terms of its capacity to provide food all year around, improve soil fertility and your income ? 70% 60% 50% 40% 30% 20% x 0% Highly successful Rather successful Little successful No success Figure 20 : Perception du succès de la parcelle agroécologique en termes de capacité à fournir de la nourriture tout au long de l'année et à améliorer la fertilité des sols et le revenu des ménages 46 [page 47] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI! EL 5.1 Autres implications visibles de conventionnels. En d’autres termes, les ménages l'agriculture modèle pratiquant l’agriculture agroécologique disposaient . . . . d'une réserve alimentaire supérieure de 42 % à Enfin, dans cette section, nous examinons s’il ex- : . . a . . celle des agriculteurs conventionnels. iste d’autres différences distinctives entre les agri- culteurs conventionnels agroécologiques modèleset Nous avons également utilisé les questions sélec- conventionnels, notamment en matière de sécurité tionnées de l'échelle de l'insécurité alimentaire FIES alimentaire, de perte de nourriture et d'accès aux de la FAO, qui porte sur les comportements et ex- marchés. périences autodéclarés liés à l'alimentation et asso- ciés aux difficultés d'accès à la nourriture en raison Comme le montre le Tableau 25, dans l’ensemble, les : A cul écolopi ins d de contraintes de ressources. Les échelles per- agricu teurs agroéco oBIques ont connu mors 1e mettent de mesurer différents degrés d'insécurité pertes alimentaires et moins de problèmes d'accès alimentaire, comme indiqué ci-dessous. aux marchés pour leurs produits. Il n’est pas clair si cela est dû au type de produits qu'ils produisent En utilisant certaines questions de l'échelle de (plus diversifiés) ou potentiellement parce qu'ils l'insécurité alimentaire FIES de la FAO, nous ne con- reçoivent un meilleur soutien de leurs associations Statons pas de différences statistiquement signifi- paysannes pour stocker leurs produits etles amener Catives dans le niveau de sécurité alimentaire des aux marchés. En termes de sécurité alimentaire, au agriculteurs modèles et conventionnels, sauf pour moment de l'entretien, les ménages agroécologiques l'expérience de la pénurie de nourriture. La dif- disposaient d’une réserve moyenne de nourriture férence (42,5 % pour les agriculteurs modèles con- sèche de 50 kg contre 35 kg pour les agriculteurs tre 48,5 %) est faible. Tableau 25 : Pertes de produits agricoles et d'accès au marché chez les agriculteurs conventionnels et modèles Avez-vous perdu des produits agricoles au cours des 12 derniers Agriculteurs Agriculteurs mois, en raison d'un manque de stockage et de transport ? conventionnels modèles Oui, un peu 61% Non 28 % Avez-vous perdu l'accès à des marchés pour vos produits agricoles en Agriculteurs Agriculteurs 2020 ? conventionnels modèles Oui, un peu a Non 32% En ce moment, quelles sont vos réserves d'aliments secs en kg ? AGteieurE Agriteieure conventionnels modèles kg par ménage (médiane)* 50 Min et Max 0 à 150 kg 0 à 150 kg kg par personne 7,0 Les tests Ttest et Krystal Kwalist confirment des moyennes statistiquement différentes entre les agriculteurs modèles et conventionnels g : g 1 i 1 ù 0 ù 1 i 1 Uncertainty regarding ! Compromising on food * Reducing food quantity, Û No food for a day ability to obtain food. : quality and variety. : skipping meals. : or more. ï ï ï 1 i 1 FOOD SECURITY MODERATE SEVERE TO MILD FOOD INSECURITY FOOD INSECURITY FOOD INSECURITY Figure 21: Food insecurity based on FAO FIES: What does it mean? Credit: FAO (www.fao.org/hunger/en) 47 [page 48] Dans l’ensemble, le niveau de sécurité alimentaire ont encore des difficultés à atteindre la sécurité peut également être considéré comme significa- alimentaire. Ces chiffres concordent avec les rap- tif dans la mesure où au moins 40% des ménages, ports indiquant qu'Haïti présente l’un des niveaux qu'ils soient modèles ou conventionnels, ont connu d'insécurité alimentaire les plus élevés au monde, une pénurie de nourriture au cours des 12 mois avec 4,4 millions de personnes ayant besoin d’une précédant l'entretien et où la majorité des ménages aide alimentaire immédiate, dont 1,2 million souf- ont le sentiment de manger moins que ce qu’ils au- frant de faim sévère (PAM des Nations unies, 2022). raient dû (Tableau 26). Des interventions et politiques complémentaires Il y a un décalage apparent entre les revenus nets sont nécessaires pour atteindre la sécurité alimen- 4 : : A : taire. et réserves alimentaires plus élevés chez les agri- culteurs modèles par rapport aux agriculteurs COn- 5.2 Limites ventionnels et les perceptions autodéclarées de : : on. : : l'insécurité alimentaire par les agriculteurs selon L'étude présentée ici a comparé des agriculteurs l'échelle de l'insécurité alimentaire FIES de la FAO. a8roécologiques et conventionnels, qui sont tous Cette dernière source montre peu de différence membres d'associations paysannes. Si nous avions entre les agriculteurs modèles et les agriculteurs PU également évaluer les performances des agri- conventionnels. Une explication possible est que, Culteurs agroécologiques par rapport aux ménages étant donné le niveau d'extrême pauvreté des mé- agricoles qui ne sont pas membres d’associations : 2 N 0 nages paysans en Haït, et le manque de soutien et de paysannes Qaui représentent près de 90 ñ de la politiques gouvernementales fonctionnelles, même population), il est probable que nous aurions ob- les agriculteurs qui sont en mesure de générer des servé des différences encore plus prononcées dans bénéfices positifs significatifs grâce à l'agroécologie la productivité des systèmes agricoles. Cela reste un domaine de recherche future. Tableau 26 : Sécurité alimentaire des ménages Au cours des 12 derniers mois, y a-t-il eu un moment où vous ou d'autres membres de votre ménage … par manque d'argent ou d’autres ressources ? Agriculteurs Agriculteurs conventionnels modèles n'avez pas pu manger une nourriture saine et nutritive (= oui) 91% avez mangé moins que ce que vous auriez dû (oui) 89 % avez été à court de nourriture (oui) 43% Toujours concernant les 12 derniers mois, y a-t-il eu des moments où vous ou quelqu'un de votre foyer est resté sans manger pendant toute 16% 15% quelq y ger p une journée ? (oui) Tableau 27 : Autres sources de revenus, en espèces ou en nature Votre ménage reçoit-il d'autres types de revenus, en espèces ou en nature, par exemple (436.6) Agriculteurs conventionnels Agriculteurs modèles Soutien d'ONG 1% Dividendes d'entreprises communautaires 0% 48 [page 49] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL Une autre limite est le fait que certaines agri- Pour des raisons évidentes, les agriculteurs modèles culteurs conventionnels adoptent également des ne sont pas choisis au hasard par les associations pratiques agroécologiques, bien qu’à des degrés de paysans. Ils présentent des caractéristiques (par plus limités, par conséquent cette analyse ne rend ex. ils ont tendance à être dirigées par des femmes, pas compte de l’agriculture agroécologique « pure » ont des réseaux de soutien plus importants, ont par rapport à l’agriculture conventionnelle « pure», choisi d’adhérer à des associations paysannes et mais plutôt des degrés d'adoption et de transition d’autres facteurs non observables, etc.) qui les dans des conditions réelles et difficiles. En outre, rendent plus susceptibles d'adopter l’agriculture les données ont été collectées sur une année (2020), modèle. Ce sont peut-être ces caractéristiques (en alors que des données collectées sur un horizon partie) qui permettent d'améliorer la productivité temporel plus long permettraient d'analyser la vari- et non les pratiques du modèle agroécologique en abilité entre les années, mais cela serait très cher et particulier. Pour atténuer ce biais, nous avons in- contraignant pour les agriculteurs. L'étude a été ré- troduit et pris en compte tous les différents facteurs alisée dans le contexte de la pandémie de COVID-19 qui pourraient être à l’origine d'améliorations de la et de graves troubles politiques et économiques en productivité, notamment le sexe, la distance jusqu’à Haïti, ce qui a engendrés des difficultés logistiques la parcelle, l'éducation, dans l'analyse de la fonction et quelques retards. production présentée à la section 4.4.2. Tous ceux . A Lo . ui n'étaient pas significatifs ont été abandonnés. Lors de la conception de toute évaluation, il est im- q . Pi 8! : 14 M À La méthode d’appariement sur score de propen- portant de considérer comment l'impact peut être ‘ } Lo , } Duc N R : A sion (PSM) a également été appliquée (non rapporté attribué au modèle agroécologique lui-même, par h . , dix dans cette étude), ce qui a confirmé que des revenus opposition à des facteurs observables et non observ- | ne | x , PP) . sq agricoles nets plus élevés pouvaient être attribués ables, aux spécificités des agriculteurs et à d’autres dèl écologi il cult Lee TEA ct Li au modèle agroécologique parmi les agriculteurs facteurs externes. La difficulté est d'estimer préci- | É | gique p . g à . ne modèles et conventionnels appariés. Cependant, ces sément un fait hypothétique (ou « contrefactuel »), u . x : : : LL : deux méthodes ne tiennent pas compte de facteurs à savoir une situation qui prévaudrait pour les ’ ‘ , ; . R : m1 : non observables qui pourraient également avoir agriculteurs agroécologiques s’il n’y avait pas eu . » a . . Le une influence sur les résultats, comme les différenc- d'intervention des associations paysannes. Cette . . . . : : , : R . es de microclimat au sein des parcelles agricoles situation n’est bien sûr pas observable en raison de | ‘ ?. : : : a modèles et conventionnelles ou les caractéristiques ces interventions. Cette affectation de « contrôle et . , . . Bons A personnelles des agriculteurs. L'analyse NDVI par intervention » non aléatoire peut engendrer des ré- tellit ésentée d v dré 2 t , ics satellite présentée dans l’encadré 3 montre qu'une sultats biaisés (Damgaard, 2019; Larsen, Meng and d ue lus élevé iste d 1 q " : : N roductivité plus élevée persiste dans les parcelles Kendall, 2019). Si les agriculteurs modèles et ceux p . p' | p À P | Lo . ea L4 Lx agricoles agroécologiques, même lorsque les condi- du groupe témoin avaient été associés de manière À To. . | . éntoiras : N N tions climatiques sont moins favorables. Bien qu'il aléatoire à « agriculture modèle et non modèle », par . , . : A4 4 puisse y avoir d’autres variables non observables exemple par des essais contrôlés randomisés, les : : Lep4 . A . inconnues pouvant engendrer les résultats ob- différences dans les impacts observés entre les agri- . ,. ’ N Ne à servés, nous pensons qu'il existe des preuves suf- culteurs modèles et du groupe témoin peuvent être | . n J , L Doéoc Vi à : . . fisantes de l'impact positif prononcé de l'adoption attribuées à l'impact réel du projet, si suffisamment , . | u : A Be ABinins A . A de l’agroécologie dans l'étude ci-dessus. de ménages bénéficiaires sont échantillonnés17. 17 Voir par exemple dans « Innovation for Poverty Action » les évaluations qui utilisent des ECR pour concevoir des actions de lutte contre la pauvreté. https://www.poverty-action.org/about/randomized-control-trials. 49 [page 50] SPORE RS 0 6 Recommandations, gestion et implications politiques 6.1 Comment étendre l'approche hectare et par an pour leurs familles18 et, plus agroécologique - Résultats de important encore, de créer une résilience face l'enquête aux hausses des prix internationaux des den- rées alimentaires de base. Le chapitre 5 a montré que les dépenses con- sacrées à l'achat de variétés desemenceslocales Compte tenu de ce résultat, on peut se de- (plus chères), à l'affectation de main-d'œuvre Mander pourquoi les niveaux d'adoption ne au désherbage, à l'augmentation des cultures S0nt pas plus élevés et pourquoi les agricul- intercalaires et à la diversification des cultures teurs agroécologiques n'étendent pas ce mo- sur une parcelle agricole donnée engendrent dèle d'agriculture à toutes leurs parcelles. une augmentation de la productivité des terres À cet égard, les réponses aux enquêtes auprès et des revenus agricoles. De plus, le modèle des ménages mettent en évidence plusieurs d'agriculture agroécologique, qui est associé facteurs. La raison la plus importante, selon les à la culture intercalaire et à d’autres pratiques agriculteurs des conventionnels et agroécolo- de gestion durable des terres, donne lieu à des 8idues modèles, est le manque de main-d'œuvre rendements économiques impressionnants (Tableau 28). Un exode rural accru et l'abandon pour les agriculteurs, même lorsque le niveau des activités agricoles en raison d’une séche- d'utilisation des intrants est constant. Nos ré- resse prolongée ou de catastrophes climatiques sultats montrent que les agriculteurs modèles Ont laissé les agriculteurs avec moins de main- gagnent 31 000 gourdes de plus que les ag- d'œuvre. L'urbanisation et l'exode des popula- riculteurs conventionnels en revenu agricole tions rurales restent soutenus en raison de l’in- brut par hectare et par an. En outre, si on tient suffisance des investissements à long terme et compte des produits arboricole, leur revenu des plans de développement visant à relancer brut moyen est supérieur de 38 000 gourdes/ le secteur agricole, ce qui a été aggravé par de ha (+7000 gourdes/ha) à celui des agriculteurs fortes sécheresses, des catastrophes naturelles conventionnels. Fin 2020, lorsque l'enquête et une croissance économique lente. En consé- a été menée, cela aurait représenté environ quence, les Haïtiens se déplacent vers les villes 530 $US par hectare de revenu net supplémen- à la recherche de meilleures perspectives écono- taire/an par ménage. Ce chiffre est important miques, notamment dans l’économie informelle car nombre de personnes vivent avec moins de ou le secteur naissant des services, ou émigrent 1,25 $ par jour (soit 456,25 $/an). En supposant vers d’autres pays!°. En outre, des programmes que les résultats de l'adoption de l’agroécologie d'assistance économique mal dirigés, y compris puissent être étendus aux quelque 1 million de des subventions à l'exportation de produits ali- petits exploitants haïtiens, cela pourrait per- mentaires vers Haïti, entre autres réformes, ont mettre aux agriculteurs haïtiens vivant dans Créé une dépendance excessive à l'égard des l'extrême pauvreté de générer un revenu net produits alimentaires importés, ce qui, à terme, supplémentaire de 0,53 milliard de dollars par à fragilisé et entravé le développement du sec- teur agricole en Haïti (Wisner 2022). 18 Si on ignore tout effet d'équilibrage général sur les prix. 19 https://country.eiu.com/article.aspx?articleid=866651470&Country=Haiti&topic=Economy 50 [page 51] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL D L'absence d'options de financement adaptées Les contraintes économiques des ménages agricoles constitue également un obstacle majeur pour près ne se limitent pas à l'impossibilité de payer la main- de 60 % des agriculteurs. Ce manque de crédit est d'œuvre. Au cours des 12 mois précédant les en- lié aux problèmes de main-d'œuvre, car sans fonds tretiens, 91 % de tous les agriculteurs convention- suffisants, les agriculteurs ne sont pas en mesure nels et 77 % de tous les agriculteurs modèles ont d’embaucher des ouvriers pour travailler leurs déclaré que leur ménage ne gagnait pas assez pour terres. Les premiers agriculteurs modèles soutenus couvrir ses besoins de base (nourriture, logement, par le PDL se sont consacrés aux structures de con- vêtements, etc.) (Tableau 30), et plus de la moitié de servation du sol et de l’eau telles que les murs de tous les ménages ont des dettes impayées tandis que pierre et les canaux de contour, qui nécessitent tous moins d’un tiers des ménages ont des économies. deux une forte main-d'œuvre, parfois mobilisée par A s A le biais de konbit “ t il solid P Ces résultats ne sont pas propres à cette étude. Dans e biais de konbit, ou groupes de travail solidaires traditi ls. Avecl B t h Jati le etl Molnar (2015), les producteurs de bananes et de raditionnels. Avec la perte de population rurale etle . su départ d b p è p icult duit maïs de Haut du Cap, de Grand-Rivière du Nord et épart de nombreux jeunes et agriculteurs adultes aie Pa P ‘ ) £ | de Trou-du-Nord, dans le Nord d'Haïti, ont généra- vers les zones urbaines, les pratiques agricoles ont x Beni . , ! : L | , lement recours à la vente de leur bétail pour finan- dû s'adapter, par des méthodes à moindre intensité Li icée dr ne . , . k cer leurs activités d'exploitation agricole. Les taux de main-d'œuvre comme les cultures intercalaires ne DELA : . un ni d'intérêt des banques conventionnelles, comme et une diversification accrue des terres cultivées. . . A PU : la Caisse Populaire, étant trop élevés, les agricul- Table 28: Constraints to the adoption of improved agriculture and model gardens. What are the three main constraints for creating improved farms? 1ère plus importante, 2ème plus importante, La plus 2ème plus La plus 2ème plus etc. importante importante importante importante es de ‘emps d'aller ° Fe association ' 7 Incursions d animaux sauvages/bétail en liberté 6% 1% 3% 2% et échappé Manque de main-d'œuvre 32 É Manque d autres intrants agricoles, par ex. 1% 4% 1% 9% couteaux de taille, clôtures, etc. Manque de sécurité foncière (par ex., n'est pas 0 % 0 % 0 % 2% propriétaire des terrains) Tableau 29 : Niveau général de bien-être et de sécurité des revenus Agriculteurs Agriculteurs conventionnels modèles Votre ménage a-t-il des économies dans une banque, un club de 17 % 28% crédit ou d'épargne et une association de crédit ? (> 3000 HTG = oui) ° ° Le ménage avait-il un prêt ? (436.10) 26% Le ménage a-t-il des dettes impayées (> 1000 HTG) ? (436.9) 59% i=09 219 Le revenu de votre ménage était-il suffisant pour couvrir les besoins Oui=0% Oui=1% du ménage en nourriture, logement et vêtements durant l'année Presque=9% Presque=21% 2 107 écoulée ? (436.16) Non=91% Non=77% 51 [page 52] 7 teurs réclament des banques agricoles (Molnar tré que l'introduction de structures permanentes 2015). Fonkoze, la plus grande institution haï- de conservation des sols et de l’eau, telles que les tienne de microfinance au service des pauvres et terrasses, les demi-lunes et les murets en pierres, des ultrapauvres (principalement des femmes ru- nécessite des investissements initiaux importants rales), considère également l’agriculture comme et doit souvent être subventionnée (WOCAT, 2007; étant risquée et s'efforce de minimiser les risques Sanz et al, 2017). D'autre part, les interventions de en accordant des prêts à des groupes de femmes ru- gestion durable des terres (GDT) telles que les me- rales pour des activités génératrices de revenus et sures de gestion intégrée de la fertilité des sols?!, et de créer un système intégré de responsabilité et de les changements de types de culture (WOCAT, 2007) soutien. C’est pour ces raisons que le PDL soutient ont des coûts initiaux plus faibles et peuvent donc les gwoupmans et les associations paysannes dans la être plus prometteuses en termes d'adoption à plus création de fonds coopératifs d'épargne et de crédit, grande échelle (Reichhuber et al, 2019). Les agri- avec des taux d'intérêt nettement inférieurs à ceux culteurs échelonnent l'adoption de pratiques agroé- des prêteurs, des banques ou même des institutions cologiques en fonction des coûts et des avantages de microfinance, en vue de permettre l'octroi de perçus à chaque étape, à mesure qu’ils améliorent prêts pour les activités économiques et agricoles leurs systèmes agricoles au fil du temps (Bruil et des membres (Brescia 2022) Il reste néanmoins Gubbels, 2019). qu'un meilleur accès au crédit à des taux d'intérêt , . D. . ° | L D'un point de vue de la société, les structures perma- raisonnables est clairement nécessaire. nentes de conservation des sols et de l’eau offrent Les groupes de discussion organisés dans le cadre des avantages importants hors site, par exemple en de cette étude (chapitre 2) ont également souligné termes de réduction de l'érosion et des glissements l'importance de l'accès au financement. Lorsqu'on de terrain. Malgré tout, leur mise en œuvre est coû- a demandé aux agriculteurs quelles seraient leurs teuse. Il est donc impératif de combiner subventions principales recommandations au PDL, ils ont récla- etfinancement, ainsi que de procéder à des réformes mé « un soutien financier pour la conservation des institutionnelles et réglementaires pour aider les sols », arguant que « ce que les agriculteurs sont propriétaires fonciers à tirer parti de ces avantages. capables de faire eux-mêmes n’est pas suffisant Les politiques gouvernementales devraient être pour lutter contre l'érosion ». Ils ont cité l'exemple conçues pour mieux aligner les aides aux agricul- d'une communauté voisine, où Agro-Action Alle- teurs sur les intérêts sociétaux plus larges, ce qui mande (AAA) paie des travailleurs embauchés pour permettrait de surmonter les obstacles à leur adop- œuvrer à la régénération des sols au moyen de de- tion (Banque mondiale, 2021). Les voies possibles mi-lunes, de canaux de contour, de murets en pierre pour y parvenir sont examinées aux sections 6.4 et sèche et de reboisement sur les terres des agricul- suivantes. teurs. Des études antérieures ont également mon- Tableau 30 : Contraintes à l'adoption de l'agriculture améliorée et des jardins modèles. Comment avez-vous surmonté ces contraintes ? Agriculteurs modèles N'a pas surmonté ces contraintes 2% Soutien de la famille/des voisins 64% Lee (soutien d'association paysanne, soutien financier, 32% 20 La question financière a été évoquée comme étant la principale contrainte à résoudre pour aider les agriculteurs à nettoyer et désherber leurs terres. Les fonds sont nécessaires pour embaucher de la main-d'œuvre. Ils estiment qu'un meilleur accès aux intrants, notamment machettes, pioches, houes et tracteurs leur permettrait d'accroître leur production (Molnar 2015) 21 Visant à optimiser les nutriments et l'eau dans le sol pour la croissance des cultures, en combinant l'application d'additifs chimiques et organiques pour le sol (par ex. fumier du bétail, compost, engrais vert) 52 [page 53] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL De Me ns RC à 6 CRE S ITS CHR = D CR à N LS | SR Sa PRES € n= à . 5 PES PRES et © LCA » Le he RS 3 Le à ji dl Ds en Re: ÉLES ?r, æ« SEE 67, 4 LS + 3 a. Li re PE AE LL, F PR S SN G É dE PS SEL TRE NT #7 43. — d PU JOUE LE LE Te à si ” des AA RS ENT », à ®, _ L OMPEESSS Je P mar Farmers preparing tree nursery seedlings. Photo by Ronel LeFranc. 6.2 Surmonter les obstacles à l'agriculture pratiques efficaces à d’autres agriculteurs. Les ag- agroécologique - résultats de l'enquête riculteurs qui ont reçu une formation et un soutien . L . pour tester, adopter et maîtriser des pratiques En ce qui concerne la manière dont les agri- : ; ; , u ‘ | agroécologiques peuvent ensuite aider d’autres culteurs ont surmonté les différentes contraintes à : N En à : . | ° ; agriculteurs à faire de même. Cette infrastructure l'amélioration des techniques agricoles, le Tableau sociale est importante pour le renforcement des 29 montre que les participants citent le soutien des capacités, la promotion de techniques agricoles familles et des voisins comme étant le facteur le plus modèles, les activités complémentaires telles que important (pour 64 à 77 % des agriculteurs). Parmi ét 4 LA: . ‘ k ‘ . les coopératives d'épargne et de crédit et la mise en les agriculteurs modèles, le soutien des associations . A A : ° œuvre durable de pratiques agroécologiques. paysannes occupe également une place importante. Ces facteurs sont liés, car la solidarité au sein des Dans la section suivante, nous discutons des recom- ménages et entre ménages voisins est le fondement mandations issues de cette étude, en relation avec initial des associations paysannes. Selon Cantave les recherches et initiatives récentes, qui sont per- Jean-Baptiste, directeur du PDL (2022), l'approche tinentes pour les communautés, les agriculteurs, les adoptée par le PDL nécessite un renforcement de la ONG, les prêteurs et les décideurs politiques. capacité et des moyens d'action des organisations . . : : à 6.3 Enseignements pertinents pour les communautaires et paysannes, ce qui ne peut être s | icul les ONG durablement mis en pratique par des individus seuls. communautés, les agriculteurs et les L'organisation des agriculteurs est une construction La dégradation des sols touche plus de 3,2 milliards sociale nécessaire qui crée l’espace nécessaire à de personnes dans le monde (Intergovernmental l'innovation technique agroécologique décentrali- Science-Policy Platform on Biodiversity and Eco- sée, où l’on peut apprendre beaucoup grâce à la for- system Services (IPBES), 2018), ce qui souligne la mation entre agriculteurs et où des promoteurs ag- nécessité d'adopter à grande échelle des pratiques ricoles bénévoles s'organisent pour transmettre les de gestion durable des terres (Cherlet et al., 2018). 53 [page 54] 7 Une multitude de facteurs influent sur la probabilité le chercheur permet l'apprentissage social, ce qui que les agriculteurs adoptent des pratiques agroé- s’est traduit par une plus grande adoption des ter- cologiques, notamment : actifs sous-jacents, ambi- rasses de sol par les agriculteurs par rapport aux tions, niveau d'éducation, situation agronomique, fi- agriculteurs n’ayant pas participé à la recherche. nancière, de marché et foncière, politiques agricoles, L'apprentissage social par l'échange de connais- caractéristiques des terres agricoles, connaissances sances entre agriculteurs, chercheurs et autres par- et accès à l'information sur l’agroécologie et réseaux ties prenantes pour aborder des questions d'intérêt sociaux (Westerberg, Costa and Ghambashidze, commun favorise les relations de soutien et de con- 2016; Schoonhoven and Runhaar, 2018; Wester- fiance entre les participants (Scholz, Dewulf and berg and Damnyag, 2020). Des études et résultats Pahl-Wostl, 2014), ce qui accélère l'adoption de toujours plus nombreux suggèrent également que pratiques de GDT (Harvey et al., 2013). l'adoption à grande échelle m'est possible que si Les ONG ont un rôle important à jouer à cet égard, l'engagement des agriculteurs est au cœur de ces DU . initiatives (Bouma, 2019; Albaladejo, Diaz-Pereira notamment en soutenant l'expérimentation, les es- and de Vente, 2021). sais et la validation des techniques agricoles dans différents endroits. Elles peuvent également con- Cela est conforme à la perspective du PDL, qui fonde tribuer à faciliter le dialogue entre les communautés son approche sur le renforcement des moyens d’ac- agricoles de diverses zones géographiques et à dif- tion et de la capacité des communautés rurales et fuser des méthodes agroécologiques efficaces et lo- des organisations paysannes à diriger la co-création calisées à d’autres agriculteurs et communautés une de processus de transfert des connaissances et de fois qu’elles sont validées. Il a été montré que, dans transition agroécologique. Ces initiatives doivent une zone soutenue par une ONG ayant des relations permettre des décisions autonomes quant aux pra- solides avec les communautés et le gouvernement tiques qui sont appropriées, à quel moment et à local et une connaissance approfondie du contexte, quel endroit. Les approches agricoles doivent être la transition vers un niveau significatif de résilience développées par les agriculteurs, et non pas sélec- peut être entreprise plus rapidement que dans une tionnées, transférées ou copiées, en fonction de la zone n’en bénéficiant pas (Mentz-Lagrange and situation, des personnes impliquées, des objec- Gubbels, 2019). Les ONG peuvent également pren- tifs, des solutions possibles et des ressources dis- dre part à la documentation des observations et à ponibles (Liniger et al, 2011; Bruil and Gubbels, la diffusion des résultats, ainsi qu’au renforcement 2019). À cette fin, les organisations d'agriculteurs des activités de soutien complémentaires gérées doivent être soutenues pour expérimenter et tester par la communauté. Pour soutenir les bénévoles les meilleures pratiques agricoles, les adapter aux agricoles, les ONG peuvent fournir une formation contextes locaux et diffuser les résultats à d’autres de base pratique sur les principes et les pratiques agriculteurs et communautés. L’agroécologie est agroécologiques. La promotion de nouvelles con- plus que simplement des pratiques, elle met aus- naissances et d’une compréhension collective est si l'accent sur l'innovation sociale, en plaçant les particulièrement importante pour surmonter les agriculteurs au centre de la co-création de connais- obstacles à l'ajout de la GDT, car les croyances des sances, et sur l'intégration à des transitions plus agriculteurs en matière de pratiques de gestion ag- larges vers des systèmes alimentaires durables. ricole sont souvent fondées sur la tradition et la pra- La diffusion est soutenue par des bénévoles agroé- tique à long terme, ce qui favorise la « dépendance . . A . A . . au sentier » (Darnhofer, 2020). cologiques qui sont sélectionnés parmi les agri- culteurs modèles ayant réussi et qui encouragent Il est logique de supposer que l’abaissement des l'apprentissage entre agriculteurs (Jean-Baptiste, coûts, l'accroissement des avantages, la réduction 2009; Bruil and Gubbels, 2019). Comme l’ont mon- des contraintes et la fourniture de soutiens appro- tré d’autres études, la création d’étroits réseaux priés encourageront la diffusion et une adoption de collaboration qui renforcent l'acquisition et le plus large des stratégies agroécologiques. Le PDL et partage des connaissances par les agriculteurs d’autres organisations ont développé des stratégies est un facteur clé de l’adoption réussie de la GDT de soutien de programme en rapport avec un grand (Kristjanson et al, 2014; Ensor and Harvey, 2015; nombre de ces besoins et opportunités, certaines ex- Soto et al, 2021). Par exemple, Dessie, Wurzinger plorées plus en détail dans ce rapport que d’autres, and Hauser, (2012) a également montré que la re- qui pourraient servir de fondation et être continuel- cherche participative impliquant les agriculteurs et lement améliorées et adaptées par d’autres organ- 54 [page 55] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL isations d'agriculteurs et ONG et soutenues par le terres ou l’ensemencement ou le soutien à des sys- gouvernement et les ministères locaux. tèmes de labourage à traction animale gérés en coo- Les principales recommandations spécifiques sont pération. Enfin, les groupes de travail solidaires tels les suivantes : que les kombit traditionnels peuvent être encoura- gés lorsque cela est possible. Innovation agroécologique par les organisations Le FU eus ce 2 . d'agriculteurs: Renforcer les moyens d'action et la Crédit: L'accès au crédit h des taux d'intérêt rai- capacité des organisations d'agriculteurs à évaluer sonnables est um besoin évident. Le renforcement les défis posés à l’agriculture, à identifier et à tester des coopératives d'épargne et de crédit commu- les pratiques agroécologiques pertinentes, à valider nautaires, par le biais de la formation, du renforce- les résultats et à propager des alternatives efficaces ment des capacités etde fonds de contrepartie, peut par une diffusion d’information et un soutien menés améliorer 1 acces des agriculteurs 2" crédit à des par les agriculteurs. taux d'intérêt abordables pour la main-d'œuvre et d’autres besoins. Autonomisation des femmes: Les femmes ont de : Le | . lourdes responsabilités dans la production agri- Diversification des systèmes agricoles: De cole, la reproduction, l'entretien des familles et la nombreuses études et pratiques confirment que commercialisation. Elles jouent un rôle de premier « agriculture peut apporter des solutions concrètes plan en Haïti dans l'adoption de l’agriculture agroé- au défi posé par le changement climatique tout en cologique. Elles peuvent être soutenues par le biais relevant le défi de la sécurité alimentaire grace ° de la solidarité féminine et des groupes d'épargne la mise en œuvre de pratiques agricoles adaptées et de crédit, pour améliorer leur accès à la terre, au aux conditions locales : agroécologie, agroforesterie, bétail et à d’autres ressources de production et par agriculture de conservation, gestion des paysages, une formation appropriée adaptée à leurs besoins et etc. »”. Comme cela est décrit dans ce rapport, le à la gestion de leur temps. terme de « cultures intercalaires » va au-delà de la notion limitée de culture d’un type de plante entre Semences: L'accès aux semences est l’un des coûts les rangées d’une autre plante, mais fait plutôt réfé- les plus élevés identifiés pour les agriculteurs qui rence à la diversification des cultures et des arbres cherchent à mettre en œuvre des pratiques agroé- surlesexploitations, qui offrent différents avantages cologiques. Un soutien pourrait être apporté pour et synergies et qui peuvent être récoltés à différents permettre aux organisations d'agriculteurs de moments de l’année pour améliorer la sécurité ali- mieux sélectionner, produire, stocker et distribuer mentaire. Les agriculteurs adaptent les principes de les semences, par exemple au moyen d'une culture diversification sur leurs exploitations en fonction de sélective participative et de banques de semences leurs contextes et intérêts locaux. Comme le détaille gérées par les communautés, afin d'assurer qu'elles également ce rapport, les agriculteurs adoptent soient le mieux adaptées aux conditions locales. Il ces pratiques en raison des avantages intrinsèques est vital de disposer de semences adaptées aux con- qu'ils en retirent, notamment l’augmentation de la ditions locales, contrôlées par les agriculteurs et production alimentaire et des revenus nets, l’amé- accessibles à ces derniers lorsqu'ils en ont besoin, lioration de la fertilité des sols et la résilience aux compte tenu de l’imprévisibilité des précipitations sécheresses et aux fortes tempêtes exacerbées par et des conditions climatiques. le changement climatique. Grâce à la dynamique de Main-d'œuvre: Un deuxième coût élevé dans systèmes agricoles plus sains, les résultats de la sé- l'adoption de pratiques agroécologiques est celui de questration du carbone dans les sols et les plantes la main-d'œuvre, en particulier pour la préparation contribuent de manière importante à ces avantages des structures de conservation des sols et de l'eau. intrinsèques dont bénéficient les agriculteurs. Si Ce problème pourrait être résolu en subventionnant ces pratiques étaient étendues à Haïti et au-delà, les l'emploi pour la création de ces structures sur da- avantages de la séquestration du carbone auraient vantage de terres ou en accroissant l'accès des ag- des retombées sociales extrinsèques profondes aux riculteurs aux outils permettant d'économiser de la niveaux national et mondial en termes d'atténua- main-d'œuvre, par exemple par le biais de banques tion et d’inversion du changement climatique. Le d'outils gérées par la communauté, l'accès à des défi consiste alors à définir les stratégies les plus technologies appropriées pour la préparation des efficaces pour y parvenir. Ce rapport souligne l'im- 22 https://4p1000.org; https://drawdown.org/; https:/Avww.evergreening.org/ 55 [page 56] RAP D re à LÉPNT ANSE ES D NS ir SR Ge 7 ACIER ee = PDT CNY REA N ZA). PS se \ = 2 f ee NP ns IN res US : à BAL 7. | : DR 4e ee OR EE Se D, S Ær De cé \ FF a a NE - SES Farmers using A-frame level to build soil conservation contour barriers. Photo by Cantave Jean-Baptiste. ortance de promouvoir les avantages intrinsèques l'intérêt suscité, par exemple au moyen de marchés P p 8 q P P Y des stratégies agroécologiques pour les agriculteurs, institutionnels garantis (programmes de restaura- afin de favoriser leur adoption etleur mise à l'échelle tion scolaire, par ex.), de centres de regroupement potentielle sur une large plateforme de petits ex- et de commercialisation des denrées alimentaires et ploitants ainsi que d’agriculteurs de plus grande d'entreprises coopératives agricoles pour la trans- échelle. Cela peut être soutenu par l'innovation et la formation à valeur ajoutée et la vente des produits P P ] P diffusion de l’agroécologie centrées sur l’agriculteur agricoles. (par ex. conservation des sols et de l’eau, cultures : NT : de couverture/engrais verts, systèmes agricoles di- 6-4 Recommandations à l'intention des versifiés, etc.) et des soutiens complémentaires tels décideurs que des pépinières d'arbres et de plantes gérées par 6.4.1 Solutions de financement mixte pour la communauté, des banques de semences, des coo- l'élargissement de l'agroécologie pératives d'épargne et de crédit et autres stratégies. . | . . Outre l'apprentissage social et le soutien tech- Eau: Soutenir l’expérimentation par les agriculteurs nique, les petits exploitants ont également besoin et leur financement pour leur permettre d'investir d’incitations financières et matérielles pour mettre dans la collecte des eaux de pluie, les citernes et les en œuvre des pratiques agroécologiques, lorsque puits. Favoriser l’expérimentation pour améliorer les coûts sont au-dessus de leurs moyens. Plus les la conservation des sols et de l’eau, la matière orga- besoins en main-d'œuvre et en fonds pour la main- nique du sol et sa capacité de rétention d'eau. Soute- tenance sont importants, moins les utilisateurs de nir la protection et la gestion des sources d’eau na- }; Lessource ou la communauté locale sont suscep- turelles par les communautés. tibles d'adopter la technologie (Studer and Liniger, Marchés locaux: Renforcer les liens des agri- 2013). culteurs avec les marchés locaux afin d'améliorer Comme indiqué précédemment, malgré leur impor- les revenus issus de la production agroécologique et tance socioéconomique pour les petits exploitants 56 [page 57] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL et les avantages sociétaux des pratiques agroé- existe de nombreuses possibilités d’intensifier le dé- cologiques, les petits exploitants ont peu ou pas ploiement des approches de financement mixte en d'accès au crédit formel, ce qui limite leur capacité Haïti et d'utiliser d’autres instruments économiques à investir dans les technologies, les pratiques et les et réglementaires, comme détaillé plus bas. intrants nécessaires pour augmenter leurs rende- ments et leurs revenus. Les obstacles à un meilleur 6.4.2 Cadres institutionnels et politiques N : ct créant des environnements favorables à accès au financement sont nombreux. Les institu- , , . : : :à ne . . l'agroécologie tions financières désireuses de servir les petits ex- ploitants en Haïti sont confrontées à une myriade La résolution des difficultés à élargir les investisse- de risques et de difficultés associés à la production ments agricoles passe également par des politiquées agricole et aux prêts, notamment la saisonnalité et élaborées avec soin et des interventions politiques l'irrégularité des flux de trésorerie irréguliers qui complémentaires. Les instruments politiques ap- y est associée, les frais de transaction élevés et les pliqués dans le secteur de l’exploitation des terres risques systémiques tels que les inondations, les comprennent généralement des approches régle- sécheresses et les maladies des plantes. Bien que mentaires (plans de gestion, normes de durabilité, ces difficultés concernent tous les prêts agricoles gouvernance foncière et régimes fonciers), des in- en général, elles affectent plus particulièrement les struments d'information et de volontariat (obliga- prêts aux petits exploitants, étant donné les frais de tions de divulgation et certifications de durabilité, transaction associés relativement élevés et la ca- prestations de services de diffusion d'informations) pacité limitée des petits exploitants à atténuer les et des instruments économiques tels que les paie- risques (International Finance Corporation, 2018]. ments pour les services écosystémiques (PSE), La difficulté est encore plus grande lorsqu'il s'agit les dépenses axées sur les résultats, les subven- de fournir un financement à des petits exploitants tions pour les intrants agricoles et la fiscalité envi- semi-commerciaux (comme ceux de notre zone ronnementale. Les politiques fiscales du secteur de d'étude de cas) qui n'ont pas de relations solides l'exploitation des terres en Haïti, comme ailleurs, avec d’autres acteurs de la chaîne de valeur etpour n'ont pas été évaluées en termes d'impact sur les qui la revente est plus opportuniste que basée sur incitations à la déforestation et autres dommages des relations à long terme avec les acheteurs. environnementaux. Par exemple, des incitations nn . . } fiscales sont généralement accordées aux proprié- Pour relever ce défi, le financement mixte se dé- . . . Le ic A . | n taires fonciers en fonction de la superficie utilisée gage comme une solution possible, utilisant le ne 44 Li . . . , . pour l’agriculture, indépendamment de la superficie soutien public (aide au développement, finance- sus . k boisée des terres agricoles. Dans nombre de cas, les ment gouvernemental et expertise des ONG) pour Le see . nos ne . . k incitations fiscales en faveur de l’agriculture don- mobiliser un financement commercial. La logique Les ci à Voutéss . . . nent donc la priorité au déboisement à l'extérieur qui sous-tend cette approche est simple. Bien que à Vins : , , A : A . . et à l’intérieur des terres agricoles. L'analyse de la l’agroécologie présente une dimension importante A ae Re . . façon dont les réformes politiques en Haïti peuvent en matière de bien public et engendre des retours op . , R . Lu . , . soutenir l'adoption de l’agroécologie et la restau- projetés positifs, comme cela est démontré dans ce . Le Lee: Be toc . . | Lo ration du paysage, ainsi que des difficultés institu- document, le risque et l'incertitude associés dissua- . . } k | . . tionnelles importantes auxquelles est confronté le dent les investisseurs commerciaux de fournir des Le . . . gouvernement haïtien, sort largement du cadre de financements. Le cofinancement ou les garanties de . . . D CARA à qe 5. . ce rapport, toutefois certains domaines d'intérêt crédit des gouvernements et l'assistance technique nl . sen . | stratégique sont discutés ci-dessous. des ONG, dans le cadre de solutions de financement mixte, sont de plus en plus utilisés pour résoudre Contrairement aux programmes de politique ag- ces problèmes en améliorant le profil risque/rende- ricole conventionnels qui se concentrent sur la ment des investissements. Ces stratégies peuvent subvention des intrants agricoles conventionnels également être liées au soutien de coopératives (engrais et semences), il est nécessaire d'apporter d'épargne et de crédit dirigées par les communautés, un soutien stratégique et d'investir dans des inno- comme mentionné plus haut. Cela permet d'attirer Vations agroécologiques dirigées par les commu- des financements commerciaux (voir par exemple nautés (comme expliqué plus haut), notamment la le projet de reforestation de l'USAID en Haïti et conservation des sols et les terrasses, la collecte et l'application de financement mixte pour soutenir le stockage de l’eau, les banques de semences et les la conversion à la cuisine propre) (Jacob, 2021). II pépinières, les fonds d'épargne et de crédit, les sys- 57 [page 58] 7 tèmes de rotation du bétail, le stockage après récolte, tration du carbone, la biodiversité et les services ainsi que l'accès aux marchés locaux et les liens avec aux bassins versants). Les projets de PSE sont gé- ces derniers. Les associations paysannes peuvent néralement conçus pour réduire la pauvreté en être mieux reliées aux centres de connaissances, aux contribuant à la création de moyens de subsistance chercheurs et aux scientifiques, qui peuvent soute- alternatifs qui remplacent les activités dégradant nir les expériences et les recherches sur les variétés les terres. En améliorant la situation économique de semences, le suivi et l'amélioration de la biologie des participants, soit directement, soit par le biais et de la fertilité des sols, les techniques de collecte d'accords de partage des bénéfices, les PSE incitent des eaux de pluie, etc. à s'engager pleinement dans les programmes. Si les utilisateurs locaux participent activement, cela 6.4.2.1 Chaînes Logistiques Locales présente l’avantage supplémentaire de réduire la Il est également nécessaire d'améliorer la capacité nécessité d’un suivi intensif, ce qui réduit les coûts des agriculteurs à commercialiser leurs produits de transaction associés et améliore les résultats en- sur les marchés locaux, régionaux et nationaux. Des Vironnementaux (Vander Velde, 2014). Les PSE, as- chaînes d’approvisionnement locales peuvent être sociés à l'accès à la recherche et aux technologies mises en place pour la distribution de la produc- de conservation, peuvent contribuer à alléger les tion agroécologique des paysans : programmes de coûts initiaux liés à l'adoption d’une ferme modèle restauration scolaire, hôpitaux et autres marchés régénérative. Les PSE se sont avérés efficaces pour institutionnels, centres de regroupement et de dis- Soutenir l'adoption et le développement de mé- tribution des denrées alimentaires et entreprises thodes agricoles régénératives dans les Andes et au coopératives de transformation à valeur ajoutée des Népal, par exemple (Piñeiro et al., 2020). aliments. Des campagnes nationales d'éducation Alors qu'Haïti est confronté à d'importants défis célébrant la cuisine haïtienne locale et les bienfait historiques et institutionnels pour consolider une pour la santé de la consommation d’un régime di- gouvernance efficace aux niveaux local et national, versifié de produits locaux pourraient contribuer à c'est utile de souligner les orientations politiques stimuler les investissements dans la commercialisa- potentielles pour le présent et l'avenir, à l'appui tion de produits locaux et régénérateurs. d'expériences dans d’autres contextes. Par exemple, 6.4.2.2 Politiques de Commerce les transferts fiscaux intergouvernementaux entre le gouvernement central et les collectivités locales Il a aussi été montré que le régime international pourraient être conçus pour inciter davantage les d'aide et de commerce qui a poussé à la libéralisa- Collectivités locales à investir dans la restaura- tion de l’économie haïtienne a affaibli la production tion des paysages en incluant des critères envi- nationale et favorisé une dépendance excessive à ronnementaux dans la formule utilisée pour calcul- l'égard des importations alimentaires (subvention- er Je montant des transferts. Différents critères de nées), telles que le riz et la volaille subventionnés restauration du paysage sont possibles, par exemple, en provenance des États-Unis . La formulation de j couverture boisée à l'intérieur et à l'extérieur recommandations concernant une éventuelle ré- des terres cultivées, la qualité des zones désignées forme des politiques commerciales internationales comme zone protégée, les stocks de carbone for- dépasse largement le cadre de cette étude, mais tout estier (par exemple, la biomasse aérienne) ou les effort sérieux pour lutter contre l'insécurité alimen- ,6nes faisant l'objet d’une certification de durabilité taire en Haïti nécessitera un examen et une correc- par un organisme tiers. Le ou les indicateurs envi- tion appropriée des politiques qui sapent la capacité ronnementaux choisis doivent être déterminés en d'Haïti à faire face à l'insécurité alimentaire. fonction de la capacité de gouvernance, car certains 6.4.2.3 Schèmes PSE et Transferts Financiels indicateurs sont relativement plus compliqués àuti- liser (Banque mondiale, 2021). L'Inde utilise de tels Concernant l'introduction d'instruments transferts fiscaux écologiques depuis 2014, pour économiques, les politiques de dépenses, telles déterminer le montant des recettes fiscales que le que les PSE (paiements pour les services écosys- gouvernement central indien devrait distribuer témiques), peuvent également inciter fortement les chaque année à chacun de ses 29 États (Govern- petits exploitants et les groupes communautaires ment of India, 2014; Busch, 2018). En Inde, la seule à investir dans la gestion durable des terres et les condition pour recevoir un paiement est le niveau services écosystémiques (généralement, la séques- qe couverture forestière, sans aucune exigence sup- 58 [page 59] UNE ÉVALUATION DE L'ÉCONOMIE DE L'AGROÉCOLOGIE EN HAÏTI EL plémentaire concernant la manière dont le résultat Bien que cette étude ait révélé que le régime foncier est produit ni l'endroit où les fonds sont dépensés. n'était pas une préoccupation importante pour les Cela permet de réduire les coûts administratifs et agriculteurs modèles, il pourrait être un facteur dé- d'obtenir une neutralité supplémentaire en termes terminant une fois que l’agriculture agroécologique de revenus (dans les dépenses publiques), tout en modèle est étendue d’une façon qui accroît les reve- atteignant une échelle financière significative. nus agricoles et la valeur des terres. 6.4.2.4 Régime Foncier Globalement, l'adoption et l'élargissement à grande : échelle de la production agroécologique par les Enfin, le succès de toutes les réformes susmention- Lu A : : u : us ’ D : associations paysannes nécessiteront un soutien nées dépend de l'amélioration du régime foncier : : : 4 ‘ | : | important et des partenariats public-privé-ONG afin que les agriculteurs puissent disposer de garan- : : : R | . ! ‘ . à la fois au niveau national et local. Les réformes ties et récolter les fruits de leurs investissements BnF : R : : ° , spécifiques et les instruments économiques perti- dans la conservation des sols et de l’eau, dans les 52 : ; A . N , … nents pour une l'élargissement de l’agroécologie en semences et autres matières végétales. En Haïti, la mi dos Atro 4 2 : . ° Be Haïti doivent être évalués, conçus et mis en œuvre transmission des titres de propriété des parents aux , N : | : dans le contexte de l’ensemble des systèmes fiscaux, enfants dans les zones rurales ne garantit pas légale- R : ii so: : es | . : économiques, politiques et administratifs en Haïti. ment un titre foncier aux habitants (Lefranc, 2022). 59 [page 60] L'ambitieux Programme 203023 et l'accord devront être obtenus auprès du secteur privé, de Paris nécessiteront d'importants inves- à l’intérieur et à l'extérieur du pays, et auprès tissements ainsi que de nouvelles formes de d’autres acteurs qui n'investissent pas actuelle- partenariats pour accroître l'investissement ment dans les pays en développement. Les ONG, et stimuler la collaboration en matière de lorsqu'elles sont ancrées dans le contexte de développement durable. Les pratiques agroé- la communauté, peuvent soutenir l’utilisation cologiques contribuent largement à la réalisa- stratégique du financement au développement, tion des objectifs de développement durable des investissements ou des garanties du gouver- des Nations unies, notamment pas de pauvreté nement et peuvent aider à la mobilisation de fi- (ODD 1), faim « zéro » (ODD 2), égalité entre nancements supplémentaires. Les programmes les sexes (ODD 5), travail décent et croissance gouvernementaux et agricoles, les transferts économique (ODD 8), inégalités réduites (ODD fiscaux et les systèmes de paiement basés sur 10), consommation et production responsables la performance sont également essentiels pour (ODD 12), mesures relatives à la lutte contre les réduire les risques liés à l’agriculture et fournir changements climatiques (ODD 13) et vie ter- des incitations suffisantes à investir dans la ges- restre (ODD 15). tion durable des terres. En particulier, cette étude a montré En outre, des ONG telles que le PDL jouent un que l'élargissement à grande échelle de rôle complémentaire essentiel en renforçant les l’agroécologie modèle dans le Massif du Nord organisations paysannes du bas vers le haut de en Haïti aurait des implications majeures sur les façon à créer une participation démocratique revenus et les économies rurales. Alors que les dans la diffusion de l’agriculture écologique agriculteurs modèles appliquent actuellement et des moyens de subsistance durables. Dans des pratiques agroécologiques sur un tiers de un contexte politique, cela contribue à la leurs terres (0,6 ha), la quasi-totalité d’entre création d’une innovation, d’une diffusion de eux (98 %) souhaiteraient étendre ces pratiques. l'information et d’un développement agricoles S'ils disposaient des ressources nécessaires décentralisés et à la régénération des terres dé- pour le faire et convertissaient les deux tiers gradées et des moyens de subsistance ruraux. restants en jardins modèles, cela se traduirait . Le . . . , UT, La dynamique est créée et maintenue en impli- par un revenu supplémentaire d'environ 60 800 icots : , quant les organisations et les parties prenantes gourdes par ménage et par an .24 Cela corre- ent : | un locales dans la planification, la mise en œuvre et spond actuellement à 555 $US25. Extrapolé à sos : 14 k : le suivi des processus et des pratiques. L'étude l'ensemble de la population paysanne, cela se A Bain A h . . ! ’ . présentée ici sera également partagée au sein traduirait par une infusion de taille dans les notez . a . J . k . des municipalités de Saint-Raphaël, de Mombin- économies rurales, en plus des bienfaits au . . . . D Crochu et de Pignon, afin de stimuler davantage niveau individuel. ; . . . . l'apprentissage social, la co-innovation et la co- Un tel élargissement à grande échelle néces- création de solutions visant à favoriser la tran- sitera des investissements importants ainsi sition vers des systèmes alimentaires durables, que de nouvelles formes de partenariat. Pour une meilleure santé et le bien-être dans le Mas- accroître les investissements et stimuler la col- sifdu Nord en Haïti. laboration, des financements supplémentaires 23 https://sdgs.un.org/goals 24 Si on ignore tout effet d'équilibrage général potentiel. 25 où 1 gourde vaut 0,0091 $US 60 [page 61] | BIBLIOGRAPHIE Bibliographie Albaladejo, J., Diaz-Pereira, E. and de Vente, J. Cantave, J. (2009) ‘“Gwoupman” in haïti building (2021) ‘Eco-Holistic Soil Conservation to support local food micro-enterprises', Partenariat pour Land Degradation Neutrality and the Sustainable le Développement Local (PDL) & Groundswell Development Goals', Catena, 196, p. 104823. doi: International, p. 2. Available at: https://www.fao. 10.1016/j.catena.2020.104823. org/3/BU707EN/bu707en.pdf. Angelsen, A. et al. (2014) ‘Environmental Income Central Intelligence Agency (2021) The World Fact and Rural Livelihoods: A Global-Comparative Book. 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The intercalaire en tant que moteur de la ae coneaten eee ie del Er) ax . of intercropping and undertaking model farmin productivité chez les agriculteurs du do PRIE ens 8 dèl écoloai implies that higher productivity and gross crop in- modèle agro-écologique comes amongst model farmers, are driven essen- Production function model 3, table A2.1 includes a tially by their degree of intercropping. The model fit binary model farming variable, to capture whether also improves from R2 to 0.43 to 0.51, suggesting a farmer is classified as a model (model=1) or con- that intercropping is a stronger indicator of land us ventional farmer (model=-0). When the degree of productivity relative to being a model agro-ecologi- intercropping (number of crops grown per hectare cal farmer or not. over 1 year) is introduced, the coefficient for the Production function model 3. Gross crop income per ha Intercropping (logged) 56,749 *x% Spending on seeds (logged) 14,371 *x% Hired labour days for weeding (logged) 12,767 *x% Days for hired labour (all other) *XX Belle mère 27,064 XXX Model farming 7,288 _constant -158,663 XXX # of observation = 300, F = 51.06; Prob > F = 0; R-squared = 0.52; Root MSE = 45540 64 [page 65] Partenaires et bailleurs de fonds du projet : SL ALTUS 7 dé °° >h SjE< ground PDL international PARTENARIAT POUR LE DÉVELOPPEMENT LOCAL Implemented by The Casey & Family erman En na sat Foundation Éoperaten g [Zn "| sh /:iÿ t T % : LUE, ( 4 RTE, Me, 10 can | 2 + LI Le ss 7 | NY CRIE nn” + / é, T pou À. ” 2 # à A æ ?! | LUE Le ; 4Ë FR Ë PA NETT 9,2 2 2 Pas) D LA" ES 1LARe NT Es à À > À 2 Sn 1 F KL re Pal RO À ae , p ex FER EE SN OPaNZ | L'ÉTA, DTR Le ARE) | FER 0 A pe RC NT