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Dyagnostik sistèm pwodiksyon nan zòn Baptiste-Savanette

Dyagnostik sistèm pwodiksyon nan zòn Baptiste-Savanette

Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) 2007
Rezime — Memwa staj ki dyagnostike sistèm pwodiksyon zòn Baptiste-Savanette, epi ki distenge apwòch li nan nivo eksplwatasyon ak echèl rejyonal dyagnostik agrè a.
Deskripsyon Konple
Memwa staj sa a, ki prezante nan kad yon master Syans, Teknoloji ak Sante, espesyalite biyoresous nan rejyon twopikal ak meditèraneyen, dyagnostike sistèm pwodiksyon zòn Baptiste-Savanette. Li kòmanse ak distenksyon metodolojik li chita sou li: yon dyagnostik agrè etidye nan echèl yon ti rejyon epi bay priyorite relasyon ant pwodiktè yo, pandan etid sistèm pwodiksyon fèt nan echèl eksplwatasyon agrikòl yo.
Sije
AgrikiltiDevlopman RiralEkonomi
Jewografi
Depatman Sant
Mo Kle
systèmes de production, Baptiste, Savanette, Plateau Central, diagnostic agraire, exploitations agricoles, stratégies des producteurs, bioressources en régions tropicales, mémoire de stage, admin1:HT06, admin2:savanette
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SCIENCES TECHNOLOGIE ET SANTE, SPECIALITÉ BIORESSOURCES EN REGIONS TROPICALES ET MEDITERRANEENNES Mémoire de stage Diagnostic des systèmes de production dans la zone de Baptiste-Savanette, Haïti. «Théoriquement, un diagnostic agraire s'étudie à l'échelle d'une petite région et privilégie les relations entre les différents producteurs et organisations existantes alors que l'étude des systèmes de production se fait à l'échelle des exploitations agricoles et doit aboutir à la mise en évidence des stratégies mises en place par les différentes catégories de producteurs en vue de satisfaire leurs besoins». Rony HORAT Promotion N° 17 Année 2006-2007 Maître de stage : M. David Nicolas, Ingénieur Agronome ICEF Superviseur de stage : M. Didier PILLOT, Ingénieur Agronome, Directeur des Relations Internationales, Montpellier SupAgro Directeur du MASTER : Pr Evelyne GARNIER-ZARLI REMERCIEMENTS Avant de présenter les résultats de l’étude, je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont contribué à l’aboutissement de ce travail de mémoire. Toutes ces personnalités de près ou de loin, elles ont permis la réussite de cette aventure vécue dans la joie et la bonne humeur. Tout d’abord, je veux remercier particulièrement l’Ingénieur Agronome David Nicolas pour m’avoir accueilli, durant ces six mois en qualité de mon maître de stage. Merci de votre patience, de votre rigueur scientifique et surtout de votre gentillesse et de votre bonne humeur quotidienne, même dans les derniers instants de rédaction. Merci également à l’Ingénieur Agronome Datis Noriac, qui m’a encadré durant mon temps de rédaction à l’ICEF. Vous m’avez fait découvrir ce monde passionnant et ô combien complexe des systèmes de production que j’essayerai de garder en mémoire. Merci également aux autres membres de l’équipe notamment l’Ingénieur Jocelyn Prophète. Je remercie l’Ingénieur Agronome Volcy surtout pour le moment passé ensemble à Baptiste dans la ferme agricole. Un grand merci à Monsieur le Professeur Didier PILLOT, pour avoir supervisé le stage tout au long du séjour en Haïti et pour la confiance qu'il a su me témoigner avant mon départ. Je le remercie pour avoir su partager sans retenue ses connaissances sur les systèmes de production au moment des conférences et pour m’avoir aidé à mener bien ce travail. Nous tenons à remercier tous les producteurs de Baptiste sans lesquels notre étude n’aurait pas été réalisable. Nous tenons à souligner la disponibilité et la gentillesse dont ils ont toujours fait preuve à notre égard. RESUME L’objectif du présent mémoire de stage, est d’analyser les systèmes de production afin d’expliquer les attitudes des producteurs du café et de comprendre la structure et les dynamiques actuelles de celle-là dans une petite région d'Haïti dénommée Baptiste. Située dans le Département du Plateau Central, cette zone d’étude englobe des milieux montagneux et des plaines aux potentialités agro-écologiques différentes et complémentaires. L’analyse des systèmes de production démontre que les stratégies mises en œuvre pour satisfaire aux besoins des familles varient étroitement avec la superficie exploitée et le mode de tenure foncière. Les propriétaires bénéficient généralement de la totalité du revenu agricole des cultures pérennes et d’élevage, tout en diversifiant la production en utilisant toutes les potentialités qu’offre le milieu. Malgré tout, les catégories d’exploitations I et II n'arrivent pas à vivre de cette activité. Aussi beaucoup d’entre eux partent travailler dans la zone et dans la ville voisine située en République Dominicaine, en tant qu'ouvriers agricoles et travailleurs de construction. La méthode utilisée a été celle de diagnostic des systèmes de production. Une zone représentative caractéristique des situations trouvées dans la région a été définie. La localité a été choisie en fonction de sa spécificité : une zone caféière à forte potentialité agricole. A noter qu'une synthèse bibliographique a permis un premier aperçu sur les caractéristiques physiques, sociales et économiques de la zone sélectionnée. De plus, des enquêtes semi directives ont été réalisées auprès de 40 à 60 propriétaires fonciers, dans le but de retracer l’histoire des systèmes de production ; d’autres enquêtes visaient à identifier ceux de ces systèmes qui sont les plus récents. Cette phase nous a permis de comprendre l’évolution récente du contexte socio-économique de Baptiste et la diversification rapide des trajectoires qui en ont résulté. La culture est annuelle et la main d'œuvre familiale, d'où la possibilité d'un recours à la vente de la force de travail et des activités annexes. Alors la culture de rente est pratiquée avec des superficies élevées et des volumes de production à l’hectare faibles. Enfin, la réalité observée a été représentée au travers d’un outil de modélisation : une typologie des exploitations. Cet outil a permis de mieux comprendre les systèmes de production actuels dans leur ensemble, avec aujourd’hui non moins de 6 types d’exploitants différents dans la zone. Afin de pouvoir anticiper la viabilité à moyen et à long terme de ces exploitations, une modélisation économique des types identifiés a été réalisée. Il a été établi que toutes les exploitations ont permis aux producteurs d’obtenir une valeur ajoutée (VAN par actif). Par contre, là où la caféiculture a été cultivée en intégralité, elle se révélait économiquement infructueuse. En conclusion, cette étude du projet de l'ONG fait ressortir la fragilité sociale et économique du système, ainsi que les problèmes écologiques à court terme. Mais, l'accompagnement technique et l'encouragement de la création des coopératives ont déjà porté des fruits, en ce qui a trait à la participation de la population dans la gestion de la production pour un meilleur apport au développement et surtout à la conservation du sol au renforcement de la culture du café. Il reste maintenant à rapprocher les spéculateurs des producteurs. Cela permettra de garantir la production, de renforcer les structures agraires et de stopper l'exode rural et la migration des travailleurs. Mots-clés : Haïti, Plateau Central, système de production, typologie, enquêtes, système d'élevage, diversité des exploitations agricoles, diagnostic, cultures annuelles et pérennes, revenu agricole net par actif. ABSTRACT The objective of this training report is to analyze the systems of production to explain the attitudes of coffee growers of small agricultural region of Haiti’s Central Plain in order to understand the structure and current dynamics. The analysis of the systems of production shows that the strategies implemented to satisfy the needs of a particular family narrowly varies with the operated area and the mode of land tenure. Land owners, benefiting almost in totality the production of their lands grounds since the time of the colony, draw a significant part from the agricultural income of the perennial cultures and of animal farming. Beyond a certain surface, they seek to diversify the production by using all the potentialities which the surrounding offers. On the other hand, the categories of exploitations (I, II) do not have means of guaranteeing what would be necessary for them to live of their agricultural activity. Also some of these people work in the Dominican Republic as farm labourers and for the majority as construction workers. Using a method of diagnosis of the systems of production, the step selected consisted initially of defining a sector representative of the region’s characteristic and of the situations found in the area (Climate and mountains). The selected locality was that of Baptist-Savanette, a region rich with coffee-plantation and strong agricultural potentiality is an old colony created in 1948 for a pilot project of production. In addition, a bibliographical synthesis allowed a first outline on the physical, social and economic characteristics of the selected zone. This bibliographical synthesis period may allow us to face the true viability of the terrains by directing semi investigations of 40 to 60 of the land owners in the zone. The purpose of these first talks was to recall the history of the systems of production in the zone of Baptist. The following aimed at identifying the current systems of production. This phase enabled us to understand the recent evolution of the socio-economic context in Baptiste and the fast trajectories diversification of the which have some results, and today, at the other extremity some producers have difficulty having only annual cultivation which having recourse to a great number of family labour, to the sale of labour force and activities, and on the other side, producers practicing the cultivation of revenue in high surfaces and low volumes of production to the hectare. The third stage consisted in representing the reality observed through a tool of modelling: a typology of the exploitations. This tool allowed us, by simplifying reality, to better understand the current systems of production as a whole, with today not less than 6 of different owners in the zone. In order to be able to anticipate the viability in the short and long term of these exploitations, an economic model of the identified types was carried out. We then could note that all the exploitations made it possible for the producer to obtain an added value but only those having of only coffee crop and being cultivated in integrality are not economically profitable. In conclusion, this study of the project of ONG emphasizes social and economic brittleness system, as well as the ecological problems in the short run. But, the technical accompaniment and the encouragement of the creation of the co-operatives already bore fruits, in what milked with the participation of the population in the production control for a better contribution in the development and especially in the conservation of the ground in the reinforcement of the culture of the coffee. It now remains to bring closer the speculators the producers. That will make it possible to guarantee the production, to reinforce the agrarian structures and to stop the rural migration and the migration of the workers. Key words: Haiti, Central Plain, system of production, typology, investigations, system of animal farming, diversity of the farms, diagnosis, agricultural. Liste des illustrations Figures : Figure 1 : Schéma de fonctionnement du système de production d'une exploitation agricole Figure 2 : Schéma présentant les critères de l’échantillonnage Figure 3 : Carte topographique d’Haïti localisant Baptiste Plateau Central (in MARTIN, 2004) Figure 4 : topo séquence représentant l’occupation de la zone d’étude Figure 5: Relevé pluviométrique mensuel en mm enregistré de 2005 à 2006 au pluviomètre dans ferme de Batiste. Figure 6 : Photographie d’un paysage type de Baptiste Figure 7 : récapitulatif de l’évolution de la densité de la population Figure 8: Evolution comparée du prix du café du haricot et du mayi (source SACAD, 1993) Figure 9 : Evolution des prix à la consommation de 1981 à 2002 (sources : G.DAMAIS et IHSI) Figure 10 : mode de tenure à Baptiste et le tableau contenant la taille d’exploitation se retrouve en Annexe numéro 9 Figure 11 : Importance du café dans la zone Figure 12 : Distribution du cheptel en propriété par type Figure 13 : Calendrier fourrager pour la zone de Baptiste Figure 14 : Schéma Circuit de commercialisation du café à Baptiste Figure 15: Exploitation de type I, micro-propriétaires, les facteurs déterminants des choix du système de production. Figure 16 : Exploitation de type II, petits propriétaires, les facteurs déterminants des choix du système de production Figure 17 : Exploitation de type III, moyennes propriétaires, les facteurs déterminants des choix du système de production Figure 18 : Exploitation de type IV, grandes propriétaires, les facteurs déterminants des choix du système de production Figure 19 : Charge et main d’œuvre familiale disponible par type d’exploitation Figure 20 : variable synthétique (SAU, UTF, UTFM) par catégorie d’exploitation (voir annexe 13.3 pour les chiffres) Figure 21 : Composition du cheptel par catégorie d’exploitation et le tableau avec des données se retrouve en annexe numéro 13. Figure 22 : Répartition des productions actuelles à Baptiste Figure 27 : Capital fixe d’exploitation Figure 28 : Modèle économique des systèmes de production par type Figure 25 : schéma du type I de fonctionnement de l’exploitation agricole Figure 26 : Schéma du type II de fonctionnement de l’exploitation agricole Figure 27 : Schéma du type III de fonctionnement de l’exploitation agricole Figure 28 : Schéma du type IV (A, B, C) de fonctionnement de l’exploitation agricole Tableaux : Tableau 1 : récapitulatif d’éléments de différenciation de la mise en valeur Tableau 2 : Répartition de la Superficie plantée et des familles impliquées Tableau 3: récapitulatif de rapport du prix de vente de café/prix de vente du pois Tableau 4 : Morcellement des exploitations agricoles Tableau 5 : Itinéraire technique des productions annuelles et pluriannuelles Tableau 6: pratiques culturales sur le café par catégorie d’exploitation(ITK) Tableau 7 : représente le volume transformé en kilogramme (kg) par type de producteur Tableau 8 : présentation de l’élevage Tableau 9 : Calendrier des disponibilités alimentaires pour les porcins Tableau 10: calcul de la VAN et du RA des différentes catégories d’agriculteurs Tableau 11 : Représentation synthétique des différents types d’exploitations identifiés Tableau 12 : récapitulatif des propositions au conseil de gestion Liste des abréviations et sigles AVSF : Agronome Vétérinaires Sans Frontière AIC : Accord International sur le Café BCA : Bureau communal agricole CICDA : Centre International de Coopération pour le Développement Agricole COAL : coopérative Agricole de Liane Riché CODAT : Coopérative pour le Développement de Trassahaie COFUDEB : Coopérative des Frères Unis pour le Développement de Roche Plate et de Baptiste. CAB : Coopérative Agro commerciale de Baptiste COTRAS : Coopérative des Travailleurs Agricoles de Savanette COOFUDERB : Coopérative des Frères Unis pour le Développement de Roche Plate et Baptiste CCC : Commission Campagne Café CODAT : Coopérative pour le Développement Agricole de Trassahaie FACN : Fédération des Associations Caféières Natives FONCOZE : Epaule contre épaule’’ en créole (Institution de microfinance) FNCD : Font National de Coordination pour le développement ICEF : Institut de Consultation d’Évaluation et de Formation INCAH : Institut National du Café d’Haïti IHSI : Ministère de l'économie et des finances et Institut haïtien de statistiques et d'informatiques IICA : Institut Interaméricain pour la coopérative Agricole MARNDR : Ministère de l’Agriculture des Ressources Naturelles et le Développement Rural. MO : Main d’œuvre MOF : main d’œuvre familial NCOCABA : Nouvelle Coopérative Caféière de Baptiste (NKOKABA en créole) PPC : Programme de Petits Planteurs de café SAUP : superficie agricole utile en propriété SAUM : superficie agricole prise en métayage SAUF : superficie agricole prise en fermage SAUD : superficie agricole cédée en métayage ou en fermage SAUE : superficie total exploitée STABEX : Appui à l’amélioration de la filière du café à Baptiste SAC : Sociétés Agricoles de Crédit UGB : Unité de gros bétail UCA : Unité de Consommation Alimentaire UTF : unité de travail familiale UTFM : unité de travail familiale masculin UCOCAB : Union de Coopératives Caféières de Baptiste (IKOKAB en créole) Introduction Cette étude a été réalisée dans une zone dénommée Baptiste. Elle se situe à l’Est de la ville de Hinche, chef lieu du département du Centre de la république d’Haïti. L’agriculture de cette zone, comme pour tout le reste du pays, est soumise actuellement à un ensemble de contraintes qui sont le déficit d’intrants agricoles, le niveau d’équipement faible, la baisse de fertilité des sols, la pression foncière de plus en plus importante et la faible valorisation des ressources hydriques. L'étude des exploitations agricoles est, dans le cadre des transformations en cours, nécessaire à la compréhension de la dynamique des systèmes de production à Baptiste. Ces derniers sont majoritairement caractérisés par de petites exploitations où prédominent la polyculture et l’élevage. Le café, culture de rente, n’est plus la ressource financière majeure depuis les bouleversements politiques et économiques des décennies 1970 à 1990. La fin du règne politique des Duvalier et la modification des relations internationales d’échanges ont conduit la plupart des paysans à privilégier les cultures vivrières et à délaisser les cultures pérennes d’exportation, tel le café. Les cultures à cycle court, comme le haricot ou le maïs, répondent mieux aux besoins en revenu à court terme. C’est dans ce contexte que l’Institution de Consultation d’Education et de Formation(ICEF) et le Centre International de Coopération pour le Développement Agricole (AVSF-CICDA) ont mis en place un projet intitulé « réhabilitation des écosystèmes caféiers et améliorations des conditions de vie des populations de Baptiste ». La zone d’intervention se situe à l’extrême est du pays, près de la frontière Haïtiano-Dominicaine. L’enclavement de Baptiste par rapport au reste du pays implique des rapports étroits et particuliers avec la ville Dominicaine d’Elias Pinas située à environ 19 kilomètres de l’autre côté de la frontière et par où transitent des produits dominicains vers Haïti. La poussée de l’exode rural en provenance d’autres régions avoisinantes et l’attraction des opportunités qu’offre la frontière concourent à l’accroissement de la population de Baptiste. Le projet de l’ICEF-AVSF vise l’augmentation des productions agricoles avec la possibilité proposée aux agriculteurs d’améliorer leur caféteraies, pour tendre à une augmentation durable des revenus de la population locale. Afin de démarrer au mieux le projet, il importe au conseil de gestion de mieux connaître les atouts et les contraintes agricoles de cette zone qui, se caractérise par l’enclavement et la proximité de la frontière avec la République Dominicaine d’une part et évolue dans un contexte de désengagement de l’Etat et d’augmentation de la population d’une autre part. La présente étude a été réalisée en réponse à une demande d’ICEF-AVSF dans le cadre de ce projet. Elle a été effectuée dans la période mars-août 2007, à l’occasion d’un stage de mémoire requis par le programme du master en Sciences Technologie et Santé. L’objectif de ce stage est de comprendre la dynamique interne des systèmes de production dans la zone de façon à formuler des recommandations susceptibles d’améliorer les travaux d’encadrement suivis par le consortium ICEF-AVSF. Pour cela, nous devons connaître que sont les agriculteurs, c’est-à-dire ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Afin d’atteindre cet objectif, nous avons réalisé un diagnostic des systèmes de production dont la méthodologie comporte plusieurs étapes. Dans un premier temps, nous présentons la zone d’étude, puis nous décrivons le paysage. Enfin après avoir analysé les principaux systèmes de production du point de vue technique, nous analysons leurs performances économiques, afin de discuter de leur viabilité et de pouvoir établir un pronostic quant à leur avenir. Hypothèse centrale L’intervention du consortium ICEF-AVSF dans la zone d’étude vise à améliorer des écosystèmes caféiers ; ainsi, son projet participe au renforcement des coopératives caféières et à l’amélioration des revenus des petits producteurs de Baptiste-Savanette. Cette étude est axée sur l’hypothèse selon laquelle toute intervention de développement doit chercher à améliorer la production caféière dans la zone, en tenant compte des objectifs, des atouts et des contraintes des producteurs. Ces atouts et contraintes sont soit internes à l’exploitation soit imposés par le milieu ou l’environnement socio-économique. Dans ce contexte, nous avons tenté de répondre aux questions suivantes: - Quelles sont les dynamiques en cours dans les différentes catégories de production quant à l’intensification caféière ? - Comment encourager les producteurs à intensifier leurs cultures de café de façon plus efficace ? - Que font-ils sur le café maintenant ? - Quelle est la situation foncière actuelle ? - Quel accroissement de ces valeurs ajoutées ? - Dans un milieu naturel considéré comme diversifié, surtout en altitude, dans quelle mesure le choix du système de production et des techniques mises en œuvre dépend-il d’une part des structures des exploitations et notamment de l’ensemble des moyens de production que l’agriculteur peut mobiliser ? Compte tenu des contraintes relatives à la disponibilité en terre, de la nécessité de satisfaire les besoins alimentaires de leurs familles, la plupart les producteurs sont obligés d’investir beaucoup plus dans des systèmes de production orientés vers le vivrier. Il en résulte une diminution sensible de la production de café dans la zone. Les exploitations qui sont capables de gérer des systèmes caféiers productifs sont marginales. Il importe donc de vérifier cette hypothèse. Cependant, la plupart des exploitants investissent dans la production caféière quand la superficie exploitée est assez importante et que ces derniers disposent de revenus provenant des activités extra agricoles. 1. Problématique et justification de l’étude Depuis les années 1990, la production caféière a connu une forte baisse au niveau des prix. Aussi, les exportateurs abandonnaient la filière café pour chercher d’autres opportunités. L’intérêt que les producteurs portaient à l’activité diminuait proportionnellement avec l’activité. La production devenait en quelque sorte une culture de cueillette. Cette crise a débouché sur la disparition de la filière, incitant les producteurs à laisser leurs jardins au profit des cultures vivrières. Les spéculateurs ne pouvaient pas acheter le café, ce qui a engendré un vide tant au niveau de la production sectorielle qu’à celui de toute la vie économique. Une telle situation, ajoutée à l’absence de contrôle douanier au niveau de la frontière, a été largement exploitée par les exportateurs de la république dominicaine. Ils avaient l’opportunité de se procurer du café d’Haïti qui rentrait chez eux sans aucun paiement de droit de douane tandis que des taxes à l’exportation étaient toujours prélevées sur les produits dominicains en direction du territoire haïtien. La culture du café étant devenue de moins en moins rentable pour les producteurs, cela a engendré une forte accélération de la déforestation. Les exportations clandestines que les spéculateurs organisaient vers la république voisine ont entravé le relancement de la production caféière et incité à la création des coopératives. Depuis l’an 2000, l’ICEF entreprend, conjointement avec l’AVSF, des actions visant à l’optimisation de la filière café à Baptiste. Celles-ci consistent principalement en la mise en place de structures pour encourager la production et pour diversifier les écosystèmes caféiers. Une coopérative a été instituée dans chacune des localités de la dite zone. Des infrastructures relatives à la préparation de café parche, à des aires de séchage et à des ateliers de dépulpage ont également vu le jour. L’accès au marché équitable et gourmet est également devenu une réalité. Ce stage nous a fourni l’occasion d’identifier un certain nombre de problèmes et de les hiérarchiser dans le but de cerner les raisons pour lesquelles les différents groupes d’agriculteurs ne sont plus intéressés à la production du café, malgré l’augmentation du prix de cette denrée sur le marché mondial au cours des 5 dernières années et l’encadrement technique fourni par le consortium AVSF-ICEF. Dans un tel contexte, il s’avère intéressant de réaliser un diagnostic des systèmes de production existant à Baptiste pour comprendre la diversité et l’hétérogénéité des exploitations et, en fin de compte, aboutir à la formulation de propositions appropriées. Les données recueillies, issues notamment du dépouillement de nos enquêtes et des observations de terrain, ont permis l’élaboration d’un plan d’intervention visant à l’amélioration des conditions de vie de chaque catégorie d’exploitants ou d’agriculteurs. 2. Cadre théorique Dans le monde rural haïtien, particulièrement celui des mornes, plusieurs caractéristiques peuvent sauter aux yeux. Certains experts témoignent, dans un travail de thèse réalisé sur la zone de Désarmes (ROCA.P-J ; 1985), que c’est tout d’abord une étonnante complexité de l’occupation du sol et de l’assolement tout comme l’association de cultures qui semble anarchique au premier abord. Ensuite, l’exploitation soutenue de la moindre petite surface, dont les conséquences ont déjà été évoquées, laisse transparaître des conditions de reproductibilité difficiles. C’est pourquoi, pour comprendre le fonctionnement et la logique de structuration de ce système et finalement estimer sa capacité de reproduction, il apparaît adéquat de retenir comme méthode d’étude, une approche relevant de l’analyse systémique appliquée aux systèmes de production à l’échelle d’exploitation agricole. Ce, d’autant plus que cette approche a déjà été appliquée avec un certain succès aux réalités agraires haïtiennes (SACAD – FAMV, 1993). Les divers courants de pensée qui abordent la complexité des systèmes s’accordent autour de quelques caractéristiques prépondérantes (Von BERTALANFFY, 1968; De ROSNAY, 1975). Ainsi, un système est composé d’éléments qui sont disposés selon une certaine structure et interagissent entre eux selon un ou plusieurs modes de fonctionnement. Etudier un système consiste alors à déterminer ses composants, mettre en évidence sa structure, comprendre son fonctionnement et sa finalité. L’analyse systémique s’appuie sur les concepts de régulation et d’évolution dynamique permettant la stabilité et la reproduction du système. Elle prend également en compte de multiples déterminants comme les facteurs aléatoires et les effets combinatoires. Les agrosystèmes1 peuvent, de fait, être abordés à l’aide des principes de l’analyse systémique. En effet, le travail s’attache à porter une attention particulière à une approche par niveau d’organisation hiérarchique : système agraire (échelle régionale), système de cultures (ensemble des parcelles de l’exploitation) et système de production (unité de production c’est-à-dire exploitation agricole). Le recours au concept de système agraire est très utile pour caractériser les relations qui existent entre l’évolution des rapports sociaux, le changement des techniques et les modifications des écosystèmes. L’important est de pouvoir rendre compte de la complexité interne des principaux types de systèmes de production (culture, élevage, activités para et extra-agricoles) par la compréhension de leur fonctionnement et de leur raison d’être. Les décisions de chaque exploitant agricole se retrouvent finalement au centre du système agraire comme cristallisation des contraintes et de l’ensemble des éléments déterminants de sa dynamique d’évolution (théories de la décision et du comportement, SEBILLOTTE, 1986, 1996 ; PETIT, 1981, rationalité, GODELIER, 1969). De ce fait, les choix de chaque paysan de Baptiste se trouvent finalement être le point névralgique. L’intérêt porté sur ce centre décisionnel réside dans l’objectif d’appréhension de la reproductibilité des systèmes de production. Tout paysan souhaite continuer ses activités, pour permettre aux personnes à sa charge d’avoir des conditions d’existence stables, voire meilleures, ou encore transmettre un héritage à ses descendants pour qu’ils puissent eux aussi constituer leur propre exploitation. Ici, la réduction des surfaces et des temps de jachère, ainsi que le recours à l’exploitation des cultures vivrières, et à la vente de la force de travail notamment pour survivre, sont au centre du dilemme. Avant tout l’exploitant compte satisfaire ses besoins pressants de trésorerie; ce procédé tend à diminuer ses ressources rendant toute reconduite d’un autre cycle de production. On parle alors de décapitalisation. La paupérisation désigne la généralisation de ce phénomène à la majorité des exploitations, marquant alors un appauvrissement progressif de l’ensemble de la population. Les différentes catégories de paysans de Baptiste n’accordent pas, au regard de leurs stratégies économiques, la même considération à la culture du café. Pour ceux qui disposent d’une surface agricole utile et faible, les investissements économiques s’orientent principalement vers les cultures vivrières de façon à satisfaire les besoins nés à partir d’un panel de facteurs socio-économiques et d’autres déterminants socio-environnementaux. Nous essayons donc d’étudier l’exploitation dans sa globalité en tenant compte des principales cultures pratiquées, de l’élevage et du mode de tenure. En effet, nous appréhendons ainsi la réalité des exploitations pour lesquelles les systèmes d’élevage sont intégrés aux systèmes de cultures. 2.1 Analyse-Diagnostic, anthropologie sociale et développement alternatif Ce travail fait appel aux techniques de l’Analyse-Diagnostic des situations agraires (DUFUMIER, 1985, 1996) et de Recherche-Développement-Formation (MAZOYER, 1992-93). Ces approches sont fondées sur la prise en compte du contexte particulier de chaque agrosystème dans le but de conjuguer de façon adaptée les atouts locaux et l’apport extérieur. Dans cette logique, on s’intéressera tout particulièrement aux travaux antérieurs portant sur les alternatives de développement des systèmes de production agricole caribéens et haïtiens. Il s’agit, par exemple, de recherches comme celles du SACAD et de la FAMV réalisées en Haïti dans la Région de La Petite Rivière de Nippes (Péninsule Sud) et s’inscrivant dans le courant porté par l’INA P-G et l’INRA-SAD de Versailles-Dijon. Il est aussi question des réalisations de l’INRA-Antilles Guyane, du CIRAD, du CARDI, du GRET ou de l’UAG Développement Agricole Caribéen. Ces travaux, tout comme l’étude présente, s’inscrivent dans la perspective de réalisation d’une forme de développement alternatif, on gardera donc en toile de fond un intérêt sur des courants alternatifs du et au développement, portés par AMIN (1970) ou encore RIST (1996) et LATOUCHE (1986, 1989). L’important dans cette phase préliminaire d’étude est donc de trouver les outils adéquats pour répondre à la problématique. Ces techniques découlent justement de ces divers courants de pensées. Ainsi, l’approche pragmatique d’Analyse-Diagnostic s’articule autour d’une " stratification de la réalité ", c’est à dire à une organisation et une interprétation des phénomènes caractérisés et des chiffres obtenus par diverses méthodes. " Ainsi doit-on avoir fréquemment recours à des opérations de zonages, classements et typologies, en essayant à chaque fois de mettre en évidence les " mécanismes " de différenciation qui ont été à l’origine des zones, groupes et types identifiés " (DUFUMIER, Les projets de développement agricole, p.57, 1996). De même, les considérations relevant de l’anthropologie sociale (BOURDIEU, 1968), se traduisent par le recours à une méthodologie raisonnée qui vise à replacer l’Homme, en tant que personne sociale, au centre du phénomène de régression qui s’opère dans les systèmes de production de Baptiste. Finalement, on pourra dresser un schéma illustrant le processus décisionnel qui est au centre du fonctionnement des systèmes de production d'une exploitation agricole. On remarquera qu'au centre de la prise de décision, et de sa concrétisation au niveau de la combinaison de production, se trouvent les objectifs du groupe familial et du chef d'exploitation. Ces buts peuvent être scindés entre finalité économique (revenu, dépenses projetées, etc…) et en terme d'emploi du temps (capacités en moyens humain et technique, choix d'organisation…). L'appareil de production ne se limite pas aux moyens disponibles au sein du groupe familial. Les logiques sociales d'organisation du travail s'appuient sur des systèmes d'entraide. Du coup, les forces productives mobilisables dépendent non seulement des ressources propres à l'exploitation mais aussi de sa position sociale au sein de la communauté paysanne. J'entends par "position sociale" les diverses relations que les membres de l'exploitation entretiennent avec les groupes de travail (mobilisation de main d'œuvre), les personnes qui proposent une offre de moyens de production (foncier, outils….), etc. Figure 1 : Schéma de fonctionnement du système de production d'une exploitation agricole. 2.2 Postulat de cohérence entre les techniques et les pratiques D’après Philippe JOUVE, 1997 ; Pour comprendre les bénéfices que l'on peut attendre le changement de perspective, il nous parait nécessaire de mettre en évidence les différences entre techniques et pratiques2. Les techniques sont des ensembles ordonnés d'opérations ayant une finalité de production tandis que les pratiques sont des manières de faire contingentes de l'opérateur. Les techniques relèvent d'un savoir, les pratiques relèvent d'un savoir-faire. Les premières donnent lieu à des énoncés enseignables plus ou moins normatifs, définis sans référence aux agents qui seront amenés à les appliquer, tandis que les pratiques, fruits de l'empirisme, ne peuvent s'analyser indépendamment des acteurs qui les mettent en œuvre. Pour l'agronome, la prise en compte par l'acteur a toute une série de conséquences sur l'exercice de sa discipline comme sur la conception même du développement rural, conséquences pour l’avenir. Au prime abord, il me paraît nécessaire de préciser la façon d'étudier les pratiques agricoles en soulignant les difficultés particulières de cette étude, notamment dans le contexte des agricultures préindustrielles que l'on rencontre en milieu tropical. Plusieurs publications (Blanc-Pamard, Milleville 1985 - Landais, Defontaines 1988 Capillon 1988). Soulignent que l’étude des pratiques nécessite de se poser trois sortes de questions : - Comment les pratiques sont-elles mises en oeuvre? • Quelles sont les raisons qui expliquent les choix faits par les agriculteurs dans cette mise en oeuvre? • Quelles sont les performances des pratiques et leurs effets? La réponse à ces questions permet de caractériser les trois attributs qui, pour Landais et Deffontaines, permettent de caractériser les pratiques à savoir : la modalité, l'opportunité et l'efficacité de ces dernières. 2.3 Etude de la rationalité limitée Une fois la description des pratiques faite, il faut ensuite en analyser les raisons qui, du point de vue des acteurs, permettent d'expliquer les choix qu'ils ont faits. Cette analyse de la logique interne des pratiques se fait par l'analyse des décisions que les agriculteurs sont amenés à prendre dans la mise en oeuvre de leurs pratiques. Le sens à donner ici au terme de décision n'est pas celui d'un choix clairement explicité après examen de différentes alternatives. Il traduit simplement le fait que les actes, les choix techniques ou socio-économiques que font les agriculteurs, ne sont pas le fruit du hasard. Ils résultent d'une connaissance du milieu, d'un savoir empirique témoignant de ce que l'on appelle la rationalité paysanne sur laquelle Montesquieu avait déjà attiré notre attention quand il prétendait que "les paysans ne sont pas assez savants pour raisonner de travers. Le postulat de base qui justifie cette notion de rationalité est bien connu. Il consiste à reconnaître que "les agriculteurs ont de bonnes raisons de faire ce qu'ils font". Pour éviter tout malentendu, cette affirmation mérite quelques explications. Elle postule que l'agriculteur est quelqu'un de sensé qui, dans une situation donnée, fait les choix les plus appropriés compte tenu de ses moyens, de ses objectifs, des contraintes et possibilités du milieu et de son environnement. Cela ne veut pas dire que ces choix sont les meilleurs possibles pour la communauté nationale ou la protection de l'environnement. Un tel choix d'opportunité est à la fois logique du point de vue de l'agriculteur et critiquable du point de vue de la protection de l'environnement. En dépit – ou plutôt à cause – du caractère relatif des pratiques paysannes, leur analyse interne (du point de vue des acteurs) constitue un moyen privilégié pour identifier les contraintes particulières que subissent les agriculteurs, les opportunités qu'ils peuvent valoriser, les objectifs et les stratégies qu'ils poursuivent. L'analyse d'une pratique que l'on peut observer dans les jardins de café à Baptiste permettra d'illustrer ces différents enseignements que l'on peut tirer de cette analyse interne. Dans cette zone caféière, il est fréquent de constater que les agriculteurs s’adonnent à la culture de vivres sous le café. Une telle organisation ne leur permettra certainement pas de procéder convenablement au sarclage de tous les caféiers dont ils possèdent. D’après les producteurs les raisons qui justifient une telle pratique, c’est que dans la période du mois de mars. Ils sèment les vives et profitant pour faire le sarclage de caféiers en majorité pour les petits producteurs. Un tel choix montre clairement que dans ce type de situation, c'est la réalité économique des gens qui les empêche de travailler dans leur propre champ et qui les pousse à aller vendre leur force de travail à d’autres agriculteurs plus aisés3. On constate effectivement que cette pratique n'est adoptée que lorsque la pression foncière est relativement faible ou par les agriculteurs disposant de superficies importantes. Il faut noter également qu'une telle pratique est rendue possible par le fait que le maïs et haricot sont semés durant le printemps à Baptiste, ce qui diminue les conséquences économiques d'un abandon de culture. A travers cet exemple apparaît bien, me semble-t-il, le type de connaissance qui résulte de l'analyse des raisons qu'ont les agriculteurs d'adopter telle ou telle pratique. Cette analyse de la rationalité interne des pratiques ne nous apprend pratiquement rien sur les relations entre une pratique et ses effets. On ne peut donc recourir au principe de causalité efficiente pour expliquer l'utilisation de telle ou telle pratique. En revanche, cette analyse nous donne une certaine intelligibilité des pratiques ; en un mot elle nous en révèle le sens. Cette recherche du sens qui caractérise l'analyse de la rationalité interne des pratiques agricoles présente certaines spécificités qui méritent d'être examinées. Une autre difficulté que l'on rencontre lorsque l'on fait des enquêtes sur les raisons des pratiques des paysans est due au fait que, dans un premier temps, ces derniers ont tendance à invoquer la tradition ou la coutume pour expliquer leur façon de faire : "on a toujours fait ainsi", "Je fais ce que m'a appris mon père" etc.. Pour dépasser ces réponses qui n'en sont pas, il faut pouvoir émettre des hypothèses sur les raisons des choix faits par les agriculteurs. Pour cela, comme pour la phase d'observations des pratiques, il faut non seulement écouter les paysans, manifester de la sympathie pour ce qu'ils font, mais aussi disposer d'une culture scientifique et d'une curiosité d'esprit suffisantes pour formuler les hypothèses qui permettront de rendre explicite toute la richesse du sens des pratiques paysannes. 2.4 Pratiques et stratégies de développement Les pratiques paysannes qui concourent à l'exploitation agricole du milieu rural sont multiples et variées. Si l'on veut en faire un moyen utile et efficace pour appréhender les modes d'exploitation du milieu, encore faut-il pouvoir les structurer et les resituer dans des ensembles qui leur donnent tout leur sens et leur cohérence. En effet, comme le dit Sigaut, (1975) "En agriculture plus peut-être qu'ailleurs, un fait isolé n'a pas de sens : pour le comprendre il faut le situer dans le, ou plutôt les ensembles auxquels il appartient dont il devient en quelque sorte l'intersection". Pour ce faire le recours à l'approche systémique nous paraît d'une grande utilité. En effet, appliquée à l'étude des modes d'exploitation du milieu rural, elle permet d'identifier différents niveaux d'organisation correspondant, en partie, à différents niveaux d'organisation spatiale de l'activité agricole, de la parcelle à la région (Jouve 1992). De même les systèmes d'organisation supérieurs, que sont les systèmes de production et les systèmes agraires, constituent des cadres appropriés pour comprendre les logiques de nombreuses pratiques agricoles notamment les pratiques relatives à la gestion sociale des ressources naturelles (Jouve 1996). Mais la relation entre pratiques et systèmes est une relation réciproque. Si ces derniers permettent de structurer, d'ordonner, de rendre intelligibles les pratiques, à l'inverse, l'étude des pratiques constitue un moyen privilégié pour analyser le fonctionnement des systèmes agricoles comme l'a clairement noté Pierre Milleville lorsqu'il écrit : "la caractérisation des pratiques, l'évaluation de leurs effets et les raisons de leur mise en oeuvre, constituent pour l'agronome une grille de lecture des systèmes de production qui peut s'appliquer à différents niveaux d'organisation à différentes échelles spatiales". Cette relation dialectique a également été notée par Chantal Blanc-Pamard entre pratiques et paysages lorsqu'elle considère "les pratiques comme aboutissant à un paysage et les paysages comme expression de ces pratiques". Si l'on considère que dans l'étude du fonctionnement des systèmes, la compréhension par le sens prime sur l'explication par la cause, on est amené à considérer l'analyse interne des pratiques paysannes comme un moyen particulièrement approprié à l'étude des systèmes de production. Cette façon d'aborder la complexité des modes d'explication du milieu en faisant des pratiques la clé de compréhension du fonctionnement des systèmes de production est encore loin de faire l'unanimité, ne serait-ce que parce que du point de vue scientifique elle remet en cause la façon d'administrer la preuve de la validité d'un travail de recherche. Si dans les recherches analytiques classiques et plus particulièrement dans les sciences expérimentales, la validation des résultats est basée sur la mise en évidence de la causalité des phénomènes, étudiés suivant des procédures reproductibles, permettant l'application du principe de falsifiabilité, la validation des résultats des recherches de type systémique fonctionne sur un autre registre. Ce registre est celui de la recherche de cohérence entre les différents éléments qui interviennent dans le fonctionnement des systèmes étudiés. Comme le dit Legay, "dans l'étude des systèmes complexes, le progrès de nos connaissances n'est pas le fait d'évidences successives, mais de cohérences entre ensembles de résultats d'origines différentes". Cette recherche de cohérence à travers l'analyse des décisions qui déterminent les pratiques des agriculteurs constitue, nous l'avons vu, un moyen d'identifier les objectifs et les stratégies des acteurs. Mais, d'une façon plus générale elle permet, comme l'a montré Capillon (1988), de définir la nature même de leur système de production. Concevoir des stratégies de développement à partir de l'analyse des pratiques paysannes c'est en définitive renoncer à une conception technocratique du développement au profit d'une valorisation de la diversité de l'expérience accumulée par les paysans et d'un accompagnement des dynamiques qui sont à l'oeuvre dans le milieu rural. 3. Méthodologique 3.1 La démarche, la prise de contact et délimitation de la zone L’étude est démarrée par une prise de contact avec les principaux acteurs impliqués dans le développement local : agents agricoles (DDA), agents de l’ICEF, les autres organisations paysannes et institutions présentes sur la zone. En plus de nous faire connaître par les acteurs intervenant dans le milieu, l’objectif de cette prise de contact était de connaître les différents points de vue sur le développement, l’histoire agricole de la zone notamment celle des projets. Les instruments pour réaliser ce type d’étude sont successivement la zonification de la petite région problématique homogène et la typologie. L’ensemble des ces informations ont été tirées soit de la lecture du paysage, des entretiens historiques sur l’évolution de l’agriculture et des questionnaires d’enquêtes adressés aux paysans ou encore des sorties et observations de terrain qui sont des outils majeurs pour la récollection. La méthodologie a été construite au fur et à mesure de l’état d’avancement de nos travaux. En effet, les informations obtenues et les nouvelles questions qu’elles soulevaient ont orienté notre démarche durant cette étude. On peut cependant distinguer différentes phases suivies de manière chronologique. Il s’agit d’une étude systémique comprenant les 4 étapes essentielles qui suivent : 3.1.1 Première étape : Analyse du paysage et identification des étages agro-écologiques. Dans l’optique de comprendre le dynamisme des systèmes de production à Baptiste et de répondre à la demande de l’ICEF, il est nécessaire d’expliquer comment les producteurs exploitent leur milieu. Une analyse de la carte topographique nous a révélé le caractère hétérogène du paysage. Puis, des observations de terrain, ont permis de localiser les éléments déterminants du paysage (point d’eau, habitations, villages, chemins, routes et autres aménagements), les différents types de végétation et d’animaux ainsi que leur mode d’organisation dans le temps et dans l’espace. L’analyse du paysage est faite de manière systémique. Nous cherchons à comprendre les interactions entre les phénomènes écologiques, techniques et socio-économiques, ce qui nous aura permis d’en dégager de grands ensembles relativement homogènes et des modes d’exploitation du milieu. A l’intérieur de chaque ensemble, nous avons pu identifier les différents étages écologiques au moyen de la pédologie, l’hydrologie, la topographie et la géomorphologie. Ensuite, au sein de chaque étage on a identifié les éléments constituants de même que le mode de mise en valeur. Cette étape de la lecture du paysage nous a permis d’aboutir à une première caractérisation du milieu et à la formulation d’hypothèses relatives aux raisons qui portent les paysans à exploiter les étages de manière différente. Par la suite nous avons mené des enquêtes auprès des personnes âgées pour vérifier et surtout pour compléter ces hypothèses. La finalité de ces observations est de dégager de grands ensembles homogènes du point de vue du paysage et de la mise en valeur. Ce présent travail aboutit à une série de questions et à l’établissement de premières hypothèses sur des raisons qui déterminent les choix des agriculteurs. Cette phase d’analyse se concrétise par la réalisation d’un zonage des différents milieux observés. En bref il s’agit de parcourir la zone en essayant de recenser tous les éléments observables qui nous donnent des indications sur les différentes catégories de culture et d’élevage. A l’issue de cette étape, on peut réaliser des transects qui permettent de placer les cultures et l’élevage en fonction de la topographie, de la distance aux cours d’eau et des villages. On peut aussi réaliser une carte distinguant plusieurs zones de production. 3.1.2 Deuxième étape : histoire agraire, transformation de l’agriculture Le milieu n’explique pas forcément la distribution de l’ensemble ou des différentes activités agricoles. Des changements politiques, techniques, économiques ou sociaux peuvent modifier le mécanisme du système de production. Les systèmes de production que les agriculteurs mettent en place, ne sont pas tributaires des mêmes contraintes et atouts. Ils ne constituent pas un ensemble homogène. Il est donc évident, pour comprendre la dynamique du système actuel, de reconstituer les transformations de différentes catégories d’agriculteurs. Dans l’étude de l’histoire agraire, nous procédons à l’identification des grands changements techniques, économiques, politiques et sociaux et de leurs conséquences sur la logique de production. Au moment de cette phase, nous identifions les moyens de production affectés par tel ou tel changement. Ces critères nous permettent de différencier les agriculteurs suivant leurs moyens de production. Ces enquêtes ont été réalisées majoritairement auprès des personnes âgées qualifiées d’être bien imbues de l’évolution des systèmes de production, des anciens agriculteurs ou des techniciens à la retraite. Ces personnes apportent de nouveaux éléments de réflexion. Elles nous fournissent des éléments sur les différenciations zonales et sur les dynamiques évolutives. Dans la mesure du possible, nous essayons d’intégrer les discours des paysans et de les considérer dans toute leur intégralité. Il est donc possible, après cette étape, de reconstituer l’évolution de l’agriculture de la zone sur une période de 2 générations. L’enquête sur l’histoire de la zone se prolonge tout au long des étapes suivantes par quelques questions préliminaires sur les trajectoires d’exploitation. A partir de celle-ci, nous construisons une pré-typologie des systèmes de production dans la zone. A ce moment là, suivant le temps disponible et la diversité des types d’exploitation existant, il s’agit de choisir ceux qui vont permettre de mettre le plus en évidence la problématique de l’agriculture de la zone. 3.1.3 Troisième étape : Identification des catégories d’exploitations existant à Baptiste analyse de leur fonctionnement. Cette étape consiste à comprendre le fonctionnement technique et économique des différents systèmes de production, en mettant l’accent sur les facteurs qui bloquent leur développement, afin de pouvoir formuler des propositions d’intervention adaptées à la situation des différents types d’exploitation. Nous avons donc commencé par réaliser des enquêtes sur l’histoire de la différenciation des systèmes de production. Ces enquêtes nous ont permis d’identifier les systèmes de production de façon à mettre en évidence plusieurs groupes ayant accès à des ressources comparables et pratiquant des combinaisons semblables de système de cultures et d’élevage. Enfin, au cours des enquêtes de caractérisation, des systèmes de production identifiés au préalable permettent de comprendre leur logique de fonctionnement et les obstacles à leur développement. A l’aide d’informations fournies par des techniciens qui préparent une liste de productions dans chaque zone, nous avons élaboré un échantillon des étages agro-écologiques. Nous avons également construit un questionnaire d’enquête qui est représenté en annexe 17. Figure 2 : Schéma  présentant les critères de l’échantillonnage Les performances économiques de chaque système de production ont été évaluées en calculant la valeur ajoutée brute (VAB) par unité de surface et le revenu agricole net (RA) par actif. Nous avons commencé par faire le calcul de la VAB pour les différents systèmes de cultures et systèmes d’élevage. Puis, nous avons additionné les VAB pour obtenir la valeur ajoutée et le revenu agricole de l’exploitation. La comparaison de la VAB entre les types d’exploitation des différents systèmes de culture et d’élevage nous a permis d’expliquer les choix de l’affectation des ressources disponibles au sein de l’exploitation. Aussi la comparaison du RA par actif entre les catégories a permis de comprendre la nécessité pour certaines exploitations de pratiquer d’autres activités que le travail sur l’exploitation. Les formules utilisées dans les performances économiques se retrouvent en annexe 1 3.1.4 Quatrième étape : Appréciation le fonctionnement technique des exploitations Il s’agissait grâce à des enquêtes plus approfondies de faire une analyse aussi bien technique, sociale qu’économique des systèmes de production. Ces enquêtes se feront sur un échantillon raisonné bien défini de producteurs. Tous les résultats obtenus devront être validés auprès des agriculteurs. Cette analyse nous a permis de faire une typologie des différents systèmes de production, typologie qui sera centrée sur le rapport qu’il peut y avoir entre exploitations agricoles. Sur la base de la typologie, une enquête a été menée auprès de 60 exploitants représentant les différentes catégories identifiées. Pour des raisons d’utilisations des données, nous n’avons retenu que 42 exploitants. L’objectif de cette enquête est d’appréhender le fonctionnement technique et économique des exploitations par catégorie d’agriculteurs répertoriée et d’étudier le comportement de ces différentes catégories face aux contraintes et aux atouts des exploitations. Ceci devra nous permettre de faire une modélisation qui pourra nous renseigner sur le devenir de ces dernières en fonction de leurs spécificités. 3.1.5 Restitution aux agriculteurs Une restitution a été faite avec les agriculteurs sur les résultats de notre étude. Elle nous a permis de valider nos résultats à mi-parcours et de prendre en considération leur perception du développement agricole de la zone d’étude. 3.1.6 Les limites méthodologiques La méthodologie utilisée pour le diagnostic des systèmes de production est très générale. Elle nous a permis de calculer la moyenne annuelle de la valeur ajoutée agricole familiale dégagée par les systèmes de production d’une exploitation. Cette valeur moyenne n’est pas systématiquement le reflet de la réalité. En effet, chaque année est particulière. Dans notre zone d’étude, le résultat du diagnostic a révélé que l’an dernier a été marqué par une très forte sécheresse alors que les producteurs ont enregistré beaucoup de perte cette année en raison de la surabondance des pluies au moment de la récolte des haricots. La soumission aux caprices de la nature aboutit notamment soit à la flambée des prix de certains produits soit, au contraire, à leur chute. Le système d’élevage connaît, lui aussi, des réalités qui peuvent nuire sensiblement à son essor. Les maladies exposent le bétail à de réels risques d’extermination. Par ailleurs, d’urgents besoins financiers obligent souvent les familles à vendre leur cheptel. Il importe de prendre en compte ces aléas et d’essayer de les modéliser afin de moduler le calcul de la valeur ajoutée agricole. Ceci est cependant difficile à réaliser. Dans notre étude, nous n’avons pas réussi à mettre en évidence la fréquence de tels phénomènes. Aussi, nos valeurs ajoutées moyennes sont-elles, peut être, un peu optimistes. Il faut donc relativiser les calculs, et accompagner tous les résultats chiffrés d’une explication. Aussi, s’avère-t-il nécessaire de considérer les mouvements de trésorerie. Une poule pond toute l’année et les œufs se vendent facilement. Cela rapporte des petites sommes régulières. Chaque semaine, cet argent est utilisé pour l’achat de nourriture sur le marché. Sans ces explications, le calcul économique ne permettra pas de se rendre compte du rôle des différentes catégories d’animaux dans la trésorerie d’une exploitation agricole. La trésorerie provenant de la vente des produits de l’élevage sert aux dépenses courantes. Ce dernier représente le porte monnaie du paysan. L’argent provenant des produits de l’élevage bovin est destiné aux dépenses importantes ou exceptionnelles : c’est le livret d’épargne du paysan. Il nous a été très difficile de comprendre le fonctionnement des systèmes d’élevage. En effet, il n’y a pas de troupeau à proprement parler dans l’exploitation. Le cheptel se résume le plus souvent à une ou deux têtes de bétail pour chaque espèce. La conduite est individuelle et est bien souvent réalisée par les enfants. Nous n’avons pas vraiment retracé l’évolution ou le suivi de chaque catégorie d’animal. Nous n’avons pas, non plus, calculé la moyenne de la valeur ajoutée annuelle pour chaque système d’élevage. Les calculs sont plus faciles à réaliser pour les systèmes de culture. En effet, les agriculteurs ont une idée relativement précise du volume de produit qui sera commercialisé. Au début, nous avons rencontré deux difficultés : poser les bonnes questions et obtenir des résultats fiables et cohérents. Toutes ces quantités doivent êtes connues pour estimer la production réelle. Il faut donc connaître toutes les utilisations possibles auxquelles peut prêter chaque espèce végétale. Un autre problème a surgi lors de la quantification. Le système d’unités de mesure nous étant inconnu, il nous a fallu jongler avec la « marmite » et le « bidon » pour le café. Quand cela fut possible et afin d’harmoniser nos résultats, nous avons tout converti en marmites ou en bidon pour le cas de café. La collecte des prix ne fut pas trop difficile dans la mesure où nous faisions préciser pour quelle sorte d’ustensile de mesure ils nous étaient fournis. 3.1.7 Bibliographie La recherche bibliographie a débuté à CRETEIL et a été poursuivie tout au long du stage sur terrain, en Haïti. Elle a consisté en la quête et la consultation de documents pouvant procurer des informations sur la zone d’étude, les systèmes de production et en général sur le monde rural haïtien. Enfin, une dernière étude bibliographique est réalisée à la bibliothèque de Montpellier SupAgro. 3.1.8 Moyens utilisés pour la réalisation du stage La zone d’étude étant de 330 Km², elle est prise en compte dans sa totalité. L’annexe 2 montre le calendrier de déroulement du stage. En général, les déplacements étaient effectués à pied. Mais il arrivait que nous utilisions un cheval « étalon » du projet pour travailler dans les localités éloignées. Pour la réalisation du stage, une carte topographique de la zone, un appareil photographique et un GPS (Global Positionning System) étaient mis à notre disposition. Le GPS était utilisé pour confirmer la surface des producteurs. 4. Le milieu Biophysique 4.1 Présentation de la zone d’étude et situation géographique La zone d’étude est située dans le département du Plateau Central, à l'est de la ville de Mirebalais et à 19 km au sud de Belladère, dans la région montagneuse proche de la frontière de la République Dominicaine. Elle est une zone relativement accidentée à une altitude variant de 900 m à environ 1400 m. Cet espace est constitué, de savanes coupées de cours d’eau, de ravines, de collines et de versants montagneux. Les agglomérations principales sont localisées aux altitudes les plus élevées et qui atteignent parfois plus de 1450 m. La distance entre Baptise et Port-au-Prince est de 120 Km environ. Les principales difficultés socio-économiques de la zone sont : l’enclavement, dû au très mauvais état de la route ; le manque d’eau potable ; la faible scolarisation des enfants ; les difficultés d’accès aux soins de santé. Figure 3 : Carte topographique d’Haïti localisant Baptiste Plateau Central (in MARTIN, 2004) 4.2 Le zonage agro-écologique Ce zonage nous a permis de comprendre le paysage agraire de la zone étudiée. Il a été réalisé grâce à des observations directes. Dans le cadre de ces observations et de la lecture fine du milieu, nous nous sommes particulièrement intéressé à la topographie, l’hydrographie, les sols, la végétation spontanée, les plantes cultivées, l’élevage, les différents aménagements notamment l’habitat etc. Il s’agissait de dégager les conditions d’exploitation et les potentialités du milieu et d’avoir une idée sur les systèmes de culture et d’élevage. Au cours de ces observations, il n’a pas été exclu d’échanger avec les agriculteurs rencontrés sur des faits qui auraient retenu notre attention. 4.3 Résultats de la lecture du paysage Lecture du paysage a été réalisée de la manière suivante : Après avoir parcouru la zone à pied et consulté les cartes disponibles, nous avons décidé de réduire la zone d’étude. Ce choix a été raisonné et conditionné par plusieurs facteurs : nous avons conservé une étendue qui nous a permis d’accéder aux différents types d’agro-écosystèmes. La zone d’étude couvre une superficie de 330 km2. Les localités parcourues sont les suivantes : Baptiste, Dos Parc, Dieubabrouin, Lianne Riché, Morléon, Roche Plate. Nous avons observé : • Des Vestiges d’usines. • Des Vestiges de caféiers • Les voies de pénétration • Les nouveaux ateliers de dépulpage 4.3.1 Vestiges d’usines. Les usines à l’état de vestige illustrent la décadence de la zone. Elles sont localisées à Baptiste et à Roche Plate. Ces usines achetaient le café cerise. Cela témoigne d’une ancienneté dans la préparation du café dans la zone. On en compte environ six. Elles montrent que la zone a connu un grand développement de la caféiculture, développement qui s’est poursuivie jusqu’aux années 80. La régression des espaces caféiers, les problèmes politiques qu’a connus le pays ont abouti au retrait des exportateurs et des spéculateurs de la zone, et par conséquent, à l’abandon de ces usines. L’annexe 3.1 montre une figure de vestige d’usine. 4.3.2 Vestiges de caféiers La caféiculture a connu un développement important à Baptiste jusque vers 1980. Cette situation s’expliquait par la mise en place de la colonie agricole et de l’encadrement soutenu de l’état. L’augmentation de la pression démographique au cours des 50 dernières années de même que les fluctuations du prix du café ont porté bon nombre d’agriculteurs à changer leur logique et leur choix économique. Il en résulte un abandon progressif de la culture du café par beaucoup d’entre eux. Faute de travaux de régénération, les vieilles parcelles cèdent progressivement la place aux cultures vivrières destinées à garantir l’autosubsistance. L’annexe 3.2 représente des vestiges de caféiers. 4.3.3 Les voies de pénétration La majeure partie des voies de communication observées a été réalisée par les paysans. Il s’agit de chemins relativement étroits destinés à faciliter le déplacement humain et le transport de produits agricoles. Les routes carrossables vouées au désenclavement de la zone sont celles qui devraient reliées Baptiste à Savanette et à Morléon. Elles ne sont cependant jamais achevées. 4.3.4 Les nouveaux ateliers de dépulpage Depuis l’an 2000, l’ICEF avait entrepris un travail d’amélioration du café, de concert avec l’AVSF. Ceci a conduit à la mise en place de six nouveaux ateliers de dépulpage dans la zone. Afin de faciliter la préparation du café pour la commercialisation, chaque coopérative possède un atelier qui comprend : un bassin de réception de 4 m³, un bassin de lavage de 6 m³, un bassin de fermentation de 6 m³, un dépôt de 13 m², une citerne de 17.5 m³ et une aire de séchage de 300 m². Ensuite, chaque atelier est équipé d’un dépulpeur à bras et d’un ameublement constitué, entre autres, d’un bureau et d’un classeur. Un volume de 273 sacs de café a été vendu par les coopératives à la maison Lobodis en France et un bénéfice total de 217, 904 Gdes a été généré. L’annexe 4 représente le nouveau atelier installé par l’ICEF. 4.4 Le transect, les trois étages agro-écologiques et la mise en valeur Dans un premier temps, l’objectif est d’apprécier la diversité des conditions agro-écologiques qui marquent Baptiste. On peut penser que les problèmes de développement qui vont être identifiés à la fin du processus d’enquête varieront en fonction des contraintes socio-économiques, pédoclimatiques et hydrologiques. D’autre part, ce procédé permet de caractériser des unités de surface définies pour pouvoir éventuellement y, situer les différents types parcelles qu’auraient révélées des enquêtes d’exploitation. Une telle opération est en effet indispensable à la compréhension des raisons qui président les choix techniques et socio-économiques des producteurs et donc, en définitive, à l’analyse du fonctionnement des exploitations agricoles. Le transect suivant présente les différenciations zonales entre Baptiste et toutes les localités de Dieubabrouin. Il nous permet d’identifier trois agro-écosystèmes (ou étages agroécologiques) différents. Les sols sont apparemment similaires au regard de l’altitude, de la pluviométrie, des modes de mise en valeur ou des types de produits cultivés. Il existe pourtant des éléments de différenciation que met en évidence le tableau numéro 1. Figure 4 : topo séquence représentant l’occupation de la zone d’étude Tableau 1 : récapitulatif d’éléments de différenciation de la mise en valeur Localisation Altitude (m) Eléments de dissemblance Roche Plate 1000-1100 -arbres fruitiers en abondance, surtout des agrumes -importante culture de l’igname -présence d’élevage de gros et menu bétail Dieubabrouin 1200-1400 -Cultures maraîchères (carotte, pomme de terre, chou dans le bas fond). -la récolte de café est plus tardive - zone fortement enclavée -peu d’élevage Plateau Baptiste 900-1100 -cultures d’arachide et de « haricot juillet » sont plus développées -Elevage de porcins est plus développé Le premier étage agro-écologique que nous avons défini est celui de l’écosystème de Plateau Baptiste. Il se situe entre 900 et 1100 m. Les sols sont de type ferralitique, similaires aux autres étages, très caillouteux, caractérisés par des affleurements de roches calcaires. Le sous-sol présente des karts, une caractéristique naturelle présentée sous forme de voûtes. Ces conditions agro-écologiques sont très favorables à la caféiculture. Cependant, cette dernière est en régression par rapport aux cultures vivrières à cause de la baisse du prix enregistrée au cours des 20 dernières années et des besoins alimentaires qui poussent les producteurs à prioriser les cultures de cycle court. Les cultures maraîchères sont très peu développées dans cet étage. Les arbres fruitiers sont essentiellement les agrumes, les avocatiers et les bananiers. Les cultures vivrières sont le haricot, le maïs et la patate douce. Le système d’élevage est faiblement développé. Le deuxième étage agro-écologique est celui de Dieubabrouin qui se situe entre 1200 à 1300 m d’altitude. Similaire à celle des autres localités, la pluviométrie est plus de 2000 mm/an, il s’agit d’une zone tropicale très humide. Des températures relativement faibles rendent le cycle des cultures plus tardif. Les productions, essentielles sont le maïs, les tubercules et la canne à sucre. D’origine calcaire, le sol est moins fertile. Les caféiers et les jardins de vivres se juxtaposent au niveau de cet étage. Dans ces conditions agro-écologiques, la récolte du café, denrée dont le cycle est le plus long, se retrouve plus étalée sur le temps. Les températures sont beaucoup plus fraîches que dans les autres étages, ce qui favorise une production maraîchère en grande quantité. Le troisième étage agro-écologique que nous avons défini est celui de Roche Plate, une zone plus étendue, car présentant moins de variations altitudinales. Elle est située entre 1000 et 1100 m. Roche Plate est d’origine calcaire avec des sols argileux riches en matière organique. Ces sols présentent des caractéristiques reconnues sous le nom de karts« gouffres ». La pluviométrie annuelle est similaire à celle des deux autres. La nappe d’eau se trouve à proximité de la couche calcaire. Les terres de Morléon et de Roche Plate sont plus chères pour être, elles ont un bon accès à la route. Les valeurs foncières ont relativement élevées à Morléon et à Roche Plate parce que ces localités sont bien moins enclavées que les autres. On y retrouve des cultures de « mazombelle », de persil et de cresson. Les arbres fruitiers sont également cultivés avec une prédominance d’immortel étranger (Spodoptera sp). Cette présence arboricole crée des espaces ombragés propices à la culture du café, tout en permettant une diversification des revenus agricoles. 4.5 Caractéristiques écologiques 4.5.1 Topographie Le quartier de Baptiste présente un relief très dangereux. Il fait apparaître une vraie diversité d’unités paysagères. De cette topographie, on peut dire que l’érosion due au ruissellement constitue un des problèmes majeurs de la zone. Aussi, il est une suite de synclinaux et d’anticlinaux, une succession de mornes abruptes et de plateau aux pentes plutôt faibles. 4.5.2 Le climat et la pluviométrie La région de Baptiste a un climat tropical et comporte deux saisons très contrastées, caractérisées d'abord par une période pluvieuse, entre avril et octobre; ensuite par une époque de sécheresse allant du mois de novembre au mois de mars. La moyenne annuelle de la température dans cette zone est de 21° c. Par contre, pour les habitants, les mois de juin et de juillet sont les plus chauds, tout comme ceux de décembre et de janvier sont les plus frais, avec une baisse sensible de la température. En revanche, face à un bon nombre de zones caféières, Baptiste n’est pas exposée aux vents. On remarque les qui soufflent sur la zone suivent généralement la direction Est-Ouest. Selon les données d’enquêtes la pluviométrie moyenne annuelle est de supérieure à 2500 mm. Cette pluviométrie est inégalement répartie sur toute étendue de la zone d’étude. Les mois de juillet et août sont marqués habituellement par une petite pause pluviométrique. Figure 5: Relevé pluviométrique mensuel en mm enregistré de 2005 à 2006 au pluviomètre dans ferme de Batiste. 4.5.3 Hydrographie La zone d’étude est caractérisée par de multiples accidents topographiques, on observe un réseau de drainage abondant alimentant les rivières de Roche Plate et de las Aguas qui sont des affluents de la rivière Onde verte. Dans les zones de plateaux, on observe l’émergence de la nappe sous forme de sources. Le sous-sol calcaire dans la région perméable et fissuré, engendre un ruissellement réduit. Il en résulte une évolution de Karstique (karst). Le caractère très drainant du sous-sol n’empêche pas ces sols d’être légèrement hydromorphes. On voit alors se former des cuvettes et dolines sur des espaces réduits (observées sur les versants peu inclinés des Mornes Dieubabrouin et de Baptiste). 4.5.4 Pédologie Baptiste est caractérisé par de type de sol ferralitique ou fersialitique. Le sol de type fersialitique provenant du processus d’évolution des sols qui s’enrichissent en oxyde de fer. Appartenant aux sols argileux, ils possèdent la même teinte rouge, leur principale caractéristique. Ces sols riches en sesquioxyde sont assez aptes à l’agriculture. Mais cependant, ils présentent également bien des avantages que des inconvénients. Les sols ferralitiques rouges reposant sur des calcaires durs sans aucune transition semblent rares dans la zone. Leur formation est due à un phénomène de ferrallitisation poussé induit soit par une roche mère acide, voire totalement dégradée, soit par l’altération extrême de marnes ou de calcaires marneux bénéficiant du caractère drainant d’une roche calcaire dures sous-jacente (SACAD-FAMV, Tome 3, 1993). En effet, ils offrent des propriétés favorables à la végétation grâce à une bonne aération et infiltration des pluies. Ce sol est de type kaolinite (1x1) de la même famille des argiles minéralogiques. Il a des réserves en base échangeable et possède une capacité d’échange cationique (CEC) faible. Selon Manuel agronomie tropicale appliquée à l’agriculture haïtienne, la capacité d’échange cationique de ce type d’argile est de 3 à15 meq/100g. La structure des horizons superficiels est stable et brunifiée. Les argiles forment des agrégats argilo-humiques favorables. Ils sont très fragiles et les mauvais traitements sous culture et sous forêt les vouent à une rapide dégradation. Le travail intensif de ces sols entraîne l’instabilité de leur structure, une diminution de leur teneur en humus et en base. 4.5.5 La végétation et l’occupation de l’espace En dépit d’une légère dégradation de l’environnement caractérisé par une augmentation de la température ambiante, une diminution de la couche verte et l’érosion des sols, Baptiste bénéficie aujourd’hui encore d’une assez bonne couverture végétale. En témoigne la présence d’une strate arborée relativement dense dans les zones de plateaux. Présente dans cette partie du sol, la strate herbacée est constituée principalement de citrus, d’avocatiers, de sucrins, d’immortel étranger (Spodoptera sp) qui s’associent aux bananiers qui servent d’abri aux caféiers. Dans la zone de pente, la végétation arborée est quasiment inexistante. La strate herbacée est constituée d’herbe guinée (Panicum maximum), de balai, etc. La rudesse des phénomènes climatiques ajoutée au faible niveau d’équipement et d’encadrement technique explique la précarité des systèmes de production actuelle. Figure 6 : Photographie d’un paysage type de Baptiste4 Les principales cultures vivrières dans la zone sont : le haricot (Phaseolus vulgaris), le maïs, la patate douce (Hipomea patata), l’igname, le manioc (Manihot sculenta), le pois congo (Cajanus cajan) et les cultures maraîchères sont le chou, la pomme de terre et des carottes. Les noms latins sont en annexe 5. 4.6 Les activités socio-économiques 4.6.1 La population La population de la région Baptiste-Savanette est estimée à 54,780 habitants environ soit une densité de 166 habitants par km² (IHSI, 2003) et (ICEF, 2006). Les données d’enquêtes montrent qu’à Belladère la population est augmentée par rapport à la commune de Savanette. On peut observer dans la figure ci-dessous commune de Savanette qui a le moins peuplé, dans la mesure où toutes les activités commerciales se trouvent à Belladère et Lascahobas. Il en résulte une forte migration. Voir l’annexe 6 le tableau avec des chiffres de la population dans la zone d’étude. Figure 7 : récapitulatif de l’évolution de la densité de la population 4.6.2 Les institutions encadrant le développement agricole Le quartier de Baptiste accueille différentes coopératives travaillant dans le développement agricole, notamment dans le café, représentant en annexe 7 plus détaillées. Elles sont au nombre de six. En effet, la CAB est affilié avec le marché du commerce équitable et les cinq autres associé au marché Gourmet : La Coopérative Agro-commerciale de Baptiste (CAB), fondé en 1998 La Nouvelle Coopérative Caféière de Baptiste (NCOCABA), Fondée en 1996 La Coopérative des Frères Unis de Roche-Plate Baptiste (COOFUDERB), La Coopérative pour le Développement Agricole de Tassahaie (CODAT), La Coopérative des Travailleurs Agricoles de Savanette (COTRAS), Création en 1989 La Coopérative Agricole de Lianne Riché (COAL), fondée en 2002 Toutes ces coopératives ont pour activité commune l’achat du café en vue d’exportation à l’étranger via une fédération à Baptiste porte le nom d’UCOKAB et la FACN bien que n’ayant pas été fondées à la même époque, elles travaillent sur une même piste de développement. En effet, toutes les coopératives n’ont pas progressé au même niveau; des coopératives comme la COOFUDERB, la COAL, la CAB sont mieux structurées tandis que COTRAS et CODAT le sont moins. L’une des raisons c’est que les gens n’ont pas le même niveau d’éducation dans toutes les coopératives. Le niveau d’éducation des membres de la COOFUDERB, la COAL et la CAB est plus élevé que celui des membres des autres coopératives. Ce qui fait que les membres de ces trois coopératives a plus la capacité de s’organiser en vue de poser des actions de développement. 4.6.3 Le Ministère de l’agriculture (MARNDR) Le ministère de l’agriculture est le premier responsable de la promotion du développement rural dans la région de Baptiste-Savanette. Cependant, depuis plus de dix (10) ans ce ministère ne pose aucun acte concret dans la région de manière formelle et son absence se fait sentir de plus en plus. La ferme agricole de Baptiste gérée par les responsables du district agricole de Plateau Central du Ministère de l’agriculture qui a été abandonnée. Dans cette ferme agricole travaillaient, des cadres agricoles du Ministère de l’Agriculture. Ces cadres étant partis et les paysans étaient livrés à eux-mêmes, sans accompagnement technique et financier du ministère de l’agriculture et ceci pendant plus de dix ans. Ce désengagement du ministère de l’agriculture est l’une des causes de la déstructuration de plusieurs filières agricoles dans la région comme la filière du café. Ce phénomène a eu des conséquences graves sur les conditions de vie socio-économique de la population de Baptiste-Savanette et sur le développement de la région. C’est en 1998 que l’ICEF est intéressé à intervenir dans la région et quelques années plus tard, le ministère de l’agriculture a remis la gestion de la ferme de Baptiste à l’Institution de Consultation d’Éducation et de Formation(ICEF) pour une période de sept (7) ans. Jusqu'à présent c’est l’ICEF qui accompagne les paysans agriculteurs de Baptiste particulièrement sur la question du développement de la filière du café qui est la culture principale de la région. Donc, on peut parler d’un certain désengagement de l’état dans le processus du développement de la région, qui rend d’ailleurs plus difficile la promotion du développement agricole. 4.6.4 L’ICEF et L’AVSF L’ICEF étant un bureau associatif haïtien privé est chargé de la coordination du projet en partenariat avec l’AVSF qui est une organisation française. L’ICEF est l’organisme responsable de l’opération dans le cadre du projet d’appui à l’amélioration de la filière du café; il s’occupe de la gestion technique et financière du projet. L’AVSF s’occupe du suivi-évaluation des activités réalisées dans le cadre du projet en vue de s’assurer de la bonne marche du projet également du niveau d’efficacité des résultats des principaux objectifs du projet. De 2000 à  2007, l’ICEF se propose de : • Appuyer la mise en place et la structuration de six (6) coopératives caféières et d’une fédération afin de supporter et d’organiser la filière du café dans la région de Baptiste-Savanette. • Il permettre aux caféiculteurs de commercialiser leur production caféière en Haïti et à l’étranger à partir de leur propre structure organisationnelle. • Relancer la production caféière à travers la valorisation des écosystèmes caféiers et la responsabilisation des paysans caféiculteurs. 4.6.5 Le marché vivrier et le marché café D’après Brochet et Dufumier (1999), l’effondrement du prix des produits vivriers et la suppression des taxes à l’exportation du café, décidés en septembre 1987 sur les conseils de la Banque Mondiale, auraient dû, selon certains, inciter les petits producteurs des mornes à spécialiser davantage leurs systèmes de production vers la caféiculture pour laquelle de nombreuses régions montagneuses et humides présentent des avantages comparatifs indéniables du point de vue écologique. Mais les effets ont été exactement inverses à ceux escomptés : la politique de prix défavorables aux productions vivrières s’est en fait traduite par un nouveau déclin de la caféiculture5 dans la mesure ou la catégorie d’agriculteurs qui aurait pu avoir intérêt à profiter de la hausse relative des prix du café n’a pas pu dégager de revenu suffisant, avec la seule vente de produit alimentaire à bas prix , pour investir dans la plantation du café qui ne commence à produire qu’après quelques années. La crise de l’agriculture paysanne ne saurait donc être raisonnée sans de réelle mesure protectionniste destinée à accroître les prix de produits payés aux producteurs. Cette protection devrait être exclusivement tarifaire de façon à ce que les droits de douanes prélevés à l’importation des produits alimentaires (céréales, abats de porc, etc.) puissent à créer de nouveau emplois productifs et distribuer des revenus permettant à la population pauvre d’affronter l’augmentation des prix provoquée par ces nouvelles mesures. Mais, une telle politique exigerait une certaine volonté politique de la part des dirigeants plus directement sur les questions pression sociales et économiques des consommateurs urbains. Les deux derniers présidents haïtiens régulièrement élus ont été en effet surtout bien vu par les habitants puisqu’ils abordaient la question dans leur sens, les bidonvilles de la capitale et des bourgades de province (le Cap-Haitien, Miragoâne, des Gonaïves, etc.). C’est ce qui explique qu’en 1995, après son retour exil l’ex président Aristide opta pour une baisse drastique des tarifs douaniers sur l’importation des produits alimentaires. Quelques mesures fiscales ont été bien observées. Plus récemment, de façon à rétablir une relative protection pour les produits alimentaires : la taxes de 10 %sur le chiffre d’affaire qui est appliqué depuis 1998 aux importateurs fait de facto office de droit de douane dans la mesure où il est quasiment impossible de la prélevée au près des producteurs et des petits commerçant de produit vivrier sur le marché intérieur. Par ailleurs des droits d’entrer de 20 % devraient être désormais prélevé sur l’ensemble des céréales suite à l’intégration d’Haïti au CARICOM (Caribbean- Community). Mais ces mesures paraissent encore bien timides vu l’importance de l’exode rural et des conditions urbanisations anarchiques que confronte le pays. Sans doute conviendrait-il notamment d’étendre le droit de douanes aux importations de viande, puisque les petits paysans qui consacre une grande partie de leur production végétale à leur propre consommation familiale vendent surtout des animaux (caprins, porcins et plus rarement bovins), élevés avec des sous-produits de culture. D’après (PILLOT et al., 1993). DUPONT (1998). Le café dans les montagnes) subit de plein fouet et depuis longtemps les dérèglements économiques nationaux et internationaux. Face à ces dérèglements et compte tenu de l'incapacité des politiques étatiques à les corriger, les choix des paysans en termes de spéculation agricole ont sensiblement changés. Les bouleversements politiques et économiques des années70 jusqu’à 1990 constituent le point de rupture de ce phénomène qui puise son origine dans l’histoire d’Haïti. En effet, la chute du règne politique des Duvalier et la modification qui s’est opérée au sein du marché international du café sont les principales causes des dérèglements observés. Cette période a vu la fin d’une autorité et d’une réglementation forte, qui impulsaient entre autre la dynamique de production et d’exportation du café haïtien. En ce qui concerne les relations internationales de commercialisation du café, la reconduite en 1975 des Accords Internationaux de 1962 et 1968 (définitivement abandonnés en 1989) et les multiples revirements de stratégie des pays exportateurs, ont d’autant plus participé à la déprise de la culture caféière en Haïti. La modification des relations internationales d’échanges a conduit la plupart des paysans à privilégier les cultures vivrières et à laisser tomber les cultures pérennes d’exportation, le café. Ce choix d’orientation s’attache davantage à une production destinée à l’autoconsommation et au marché intérieur. Les cultures alors retenues tiennent compte des contraintes de reproduction de l’exploitation agricole et du besoin en revenu à court terme. Les cultures à cycle court, comme par exemple le pois6 (pwa) ou le maïs (mayi), répondent à cette nécessité pressante de la trésorerie. La mise en place de ces spéculations et l’atteinte des rendements suffisants supposent une culture en plein champs (peu de couverture ligneuse) et un travail de sarclage de la terre. C’est à ce niveau que l’orientation prise par les paysans marque l’entrée des systèmes agraires haïtiens dans une situation de crise ; particulièrement dans les mornes (Baptiste, zone d’étude). Ici, les paysans se sont majoritairement orientés vers des productions annuelles tels le mayi et le pwa ou encore la pistach 7. La mise en place de ces cultures conjuguée aux besoins de constitution rapide d’un revenu a encouragé les paysans à exploiter la couverture arborée jusqu’alors associée à la culture du café. La reconversion de tels espaces agro forestiers sous-entend la disparition de nombre de ses caractéristiques : perte de l’apport fertilisant des débris végétaux, suppression du caractère structurant du système racinaire des ligneux, disparition du microclimat créée par la couverture boisée. La pression démographique, elle a aussi joué son rôle, dans un premier temps, par la mise en place d’une culture progressive des espaces forestiers. Elle a ensuite mené à la situation actuelle d’appauvrissement des terres. La pression foncière et les besoins pressants en revenus étant tels que la mise en jachère des sols se retrouve bien souvent écourtée, voire ignorée. 4.6.6 Le café en Haïti  Le café est apparu en Haïti suite à son introduction par les Jésuites en 1715. Développement rapide, un des moteurs des échanges commerciaux et coloniaux de la France. Après l’Indépendance, encore une des principales cultures d’Haïti dans la zone de montagne et la principale culture d’exportation. Plus important au niveau de production en 1955 avec 740 000 sacs. Cette augmentation chute dans les années 60, rebondit dans les années 70. On a constaté une descente aux enfers de la production vers les années 80. Aujourd’hui la production du café est marginalisée sur le marché international, avec un peu de 0,4% de la production mondiale entre 1995 et 2000. La plus grande partie du café vendu type « pilé », de qualité médiocre et traité par voix sèche. Le prix diminue, la production et la transformation ont diminuées de manière plus que proportionnelle, ce qui a accentué la détérioration de la qualité du produit. La raison de la chute des prix internationaux, par les facteurs internes : • Taxation excessive jusqu’en 87 • Faibles prix offerts aux paysans (intermédiaires). • Insectes et maladies, scolyte, la rouille du café, la pourriture des racines, • L’embargo commercial international de 1991 à 1994. • Manque de financement • Désordres politiques • Augmentation de la consommation nationale, nouvelle débouché • Culture de rente peu risquée. • Le rôle du café : Au niveau étatique, est une source de devises étrangères particulièrement importante pour un état dont la balance commerciale est très déficitaire. CHIFFRE Christan AID, mars 2006 La culture de café c’est un garant de stabilité sociale, au niveau des producteurs, une source majeure de revenus pour l’amélioration des conditions de vie, impliquant à une limitation de l’exode rurale. Une lutte contre la déforestation et la destruction de l’environnement. Le café considérant une denrée incitant l’apprentissage d’une structuration entre acteurs. 4.7 Facteurs de production En ce qui concerne la surface totale de café en Haïti. Elle a connu à une baisse sensible de 1950 à 2004. De 150,000 ha en 1950 d’écosystèmes caféiers (associations café, bananes, fruitiers, forestiers), elle est passée à moins de 100,000 ha en 2004. De plus les aires reconverties dans d’autres cultures, la densité dans ces écosystèmes caféiers connaît une tendance forte à la réduction. De densités relativement fortes enregistrées dans le passé (plus de 5,000 plants de café à l’ha), les écosystèmes caféiers voient leurs densités en café se réduire avec l’extension des poches vides. La baisse de la densité de ces écosystèmes en café due au manque d’entretien, à la vieillesse ou à des maladies (pourridiés des racines notamment) est aussi importante si ce n’est plus important que la baisse de la superficie totale des écosystèmes caféiers. On peut ainsi comprendre la baisse de plus de 33% de la production totale en café en Haïti qui serait passée de 600,000 sacs (36,000 TM) en 1950 à moins de 400,000 sacs (24,000 TM) dans les années 2000 (CIRAD 1999). On peut comprendre pourquoi les exportations ont chuté de 60% passant de 27,000 TM en 1950 à 11,000 TM durant les récentes années. Quand on sait que les cafèterais représentent une part importante dans les rares couverts boisés d’Haïti, on se fait la question suivante : est-il possible de renverser cette tendance à la régression rien que pour protéger l’environnement du pays essentiellement montagneux et aux pentes très érodées ? Les acteurs impliqués dans le secteur caféier ont-ils des incitations économiques suffisantes pour contribuer au maintien de ces aires boisées ? Quel est l’impact des prix du café et des prix relatifs sur le processus de régression ? Quelles sont les contraintes majeures qui empêchent à cette filière de connaître un nouveau développement ? 4.7.1 La distribution de la surface plantée et des familles impliquées. Il y aurait plus de 200,000 familles qui seraient impliquées dans la production de café dans le pays. La superficie moyenne par exploitation familiale serait globalement au niveau de 0.50 ha. Des superficies8 moyennes des exploitations sont plus grandes dans les régions de Beaumont (Grande Anse), de Thiotte (Sud-est) et de Baptiste (Centre) tandis qu’elles sont beaucoup plus faibles dans les régions de Plaisance /Dondon (Nord), d’Anse A Foleur / St-Louis du Nord (Nord Ouest) et des Cahos (Artibonite). Les superficies des écosystèmes caféiers et la répartition des familles selon les départements peuvent être ainsi estimées. Elles représentent dans le tableau ci-dessous. Département Superficie % % des 200,000 familles 1 Grande Anse 22 5 2 Sud Est 16 8 3 Nord 15 25 4 Sud 12 10 5 Ouest 10 10 6 Centre 8 5 7 Artibonite 7 15 8 Nord Ouest 6 12 9 Nord Est 4 10 Total en Ha 100,000 200,000 Tableau 2 : Répartition de la Superficie plantée et des familles impliquées Source : CIRAD 99, IRAM 2004, AGRICORP 2004 4.7.2 Evolution des prix et réactions des exploitations agricoles Afin de renforcer la compréhension de cette période de rupture et des choix effectués par les habitants de Baptiste, il serait fort intéressant d’observer l’évolution des prix sur les marchés locaux. Malheureusement, aucun travail concernant les paysans de Baptiste n’a vu le jour, mais il existe d’autres études menées dans la région métropolitaine ou dans d’autres zones rurales. Elles ont tout de même permis de souligner certains aspects du comportement décisionnel que l’on cherche à caractériser. Un premier aspect intéressant réside dans l'aspect évolutif des systèmes de production sur le plan micro-économique. En effet, "l'économie du café", d'avant 1940, a fortement régressé (SACAD-FAMV, 1993). A cette époque la production caféière était essentielle et permettait l'achat d'une partie importante de biens alimentaires, sous forme de produits importés (maquereau, farine…). Après cette date, la régression brutale du café favorise la culture du pwa qui prend alors le relais pour assurer des revenus monétaires, qui sont toutefois plus faibles. La consommation s'oriente alors vers les produits vivriers de l'exploitation. Ce changement de consommation se manifeste alors à travers la mise en culture davantage de surfaces. Cette extensification, conjuguée à une pression démographique grandissante va surenchérir la pression sur les terres; phénomène qui accentuera la diminution des espaces boisés. Concernant les décades plus proches de la période de rupture retenue, plusieurs constats sont évocateurs. Alors que la période précédente avait été marquée par un certain repli autarcique, on assiste à partir de 1960 à un retour à l'intégration marchande. L'évolution des prix de vivres, par rapport au café, explique en partie ce phénomène. Le pois, par exemple acquière progressivement un statut de culture de rente intéressant. La figure souligne cette évolution. Figure 8: Evolution comparée du prix du café du pwa et du mayi (source SACAD, 1993) De même, l’estimation faite par Gilles DAMAIS (tableau 3, communication personnelle 2005) sur le rapport entre les prix de vente du café et du pwa décrit cette relation particulière. On soulignera la séparation en deux périodes de baisse sensible du prix du café par rapport à celui du pwa : de 1952 à 1975 et de 1977 à 2005. Tableau 3: récapitulatif de rapport du prix de vente de café/prix de vente du pois 4.7.3 Evolution estimative des prix de vente du café et du pwa en zone rural (source G. DAMAIS) On observe clairement que les prix à la consommation dans la région métropolitaine ont sensiblement augmenté. En vingt ans, le prix de la plupart des vivres et des denrées a doublé voire triplé (pwa, riz, café en seulement 10 ans…). L’incidence de la fluctuation de ces prix aurait eu un effet notoire sur le choix des paysans de Baptiste en termes de constitution de revenu. Ces décisions se seraient alors matérialisées par la coupe de bois dans des parcelles caféières dans le but de reconvertir ces terres pour la culture du pois et du maïs permettant ainsi de répondre à la crise. De même, cela aurait incité à l’utilisation des ligneux pour la production de charbon ou de bois. Figure 9 : Evolution des prix à la consommation de 1981 à 2002 (sources : G.DAMAIS et IHSI) Le travail de mémoire répond donc au souhait de l’ICEF de travailler contre le phénomène de régression comme moyen d’atteindre des objectifs relevant des préoccupations des familles de Baptiste. Nous entendons par-là que tous les paysans de Baptiste aspirent à des conditions d’existence qui ne se soldent pas inéluctablement par un recours au vivrier. Ce qui veut également dire que les alternatives pouvant être développées par l’association. Le travail ici réalisé veut notamment venir en appui à cette initiative en s’inscrivant, comme elle, dans l’objectif global d’améliorer les écosystèmes caféiers à Baptiste à travers les travaux de régénérations, l’établissement de nouvelle plantation caféteraie, et de rendre plus viables les principales sources de revenu des familles de la zone. 4.8 Mode de tenure selon les catégories Les enquêtes effectuées à Baptiste nous ont permis de différencier dans la figure ci-dessous les modes de tenures suivantes : La majorité des terres sont travaillées pour faire valoir direct quelque soit la catégorie d’exploitant considérée. Le fermage et le métayage ne représentent qu’une très faible taille des terres disponibles (0 à 1hectare pour l’ensemble de l’échantillon). Pour ces derniers, la taille diminue avec les catégories jusqu’à s’annuler au profit de la catégorie Iv. Le métayage est prédominant par rapport au fermage qui n’est observé que chez les deux premières catégories. Ceci peut être expliqué par une recherche de sécurité d’une part et d’autre part du fait que la zone est une zone caféière : il n’y a pas de grand d’intérêt à céder en métayage ni même en fermage une parcelle en café. Figure 10 : mode de tenure à Baptiste et le tableau sur la taille d’exploitation se retrouvent en Annexe 8 Dans cette optique, nous acceptons l’hypothèse considérant que les petits exploitants prennent plus fréquemment des terres en faire valoir indirect. Par contre on ne peut accepter l’hypothèse considérant que les petites exploitations privilégient le métayage et les grands le fermage. 4.8.1 Morcellement des exploitations En ce qui concerne le morcellement des exploitations agricoles, les résultats sont présentés dans le tableau ci-dessous : les données d’enquêtes montrent que le nombre de parcelles augmente pour les catégories avec une moyenne de 2 parcelles pour la catégorie I et 5 parcelles pour les catégories de grandes d’exploitations, qui représentent la catégorie IV dans le tableau. La dimension moyenne d’une parcelle évolue également dans le même sens : elle varie respectivement de 0,34 à 1,4 hectare pour les catégories d’exploitants. Ces données témoignent apparemment d’un degré de morcellement relativement faible, bien qu’on n’ait pas d’autres moyens pour le vérifier. Elles ont mise également en évidence d’une pression très faible sur le foncier. Le phénomène de morcellement revoie au mode historique d’appropriation des terres et à sa distribution entre les différentes classes sociales. La redistribution des terres à laquelle on a constaté depuis 1946 dans la zone reconnu sous le nom de la colonie agraire a probablement contribué à donner la structure foncière constatée en ce moment à Baptiste. Tableau 4 : Morcellement des exploitations agricoles Type d’exploitation I II III IVA IVB IVC Parcelle moyenne/exploitation 2,38 3,50 3,45 5,29 4,20 4,67 SAU/parcelle 0,34 0,48 1,00 1,37 1,40 1,18 Source : d’enquête personnelle 5. HISTORIQUE AGRAIRE Afin de mieux comprendre les mécanismes d’évolution de Baptiste en vue de déceler quelques scénarios possibles pour l’avenir, il a été décidé de réaliser une enquête historique de cette petite région. Celle-ci était réalisée à partir d’entretiens avec des notables, généralement de personnes âgées, ayant une bonne connaissance de ce milieu. Les données recueillies nous ont permis d’appréhender la réalité agraire sur une période relativement longue. Aussi distinguons-nous 5 grandes étapes. 5.1 Le début du XXe siècle (1900-1930) : les systèmes de productions étaient orientés vers la polyculture et l’élevage.(Dominance de foret, elevage intensif, agriculture vivrière limitée) Contrairement aux autres zones du pays il existait une population rurale qui dès le XVIIIe siècle habitaient les zones montagneuses et mettait en place des systèmes de productions leur permettant de garantir leur survie : la zone de Baptiste étant à peine habitée. En effet, nous savons que cette zone a été rattachée tardivement à la France qu’à partir du traité de Ryswick (1792) où l’Espagne céda à la France le tiers occidental de l’Ile mettant fin aux guerres territoriales entre les puissances coloniales de l’époque. Au cours de cette période, l’accès au foncier a été fortement marqué par la présence de l’état. On y distingue : • des terres de l’état de la frontière Haïtiano-Dominicaine à la rivière de Roche Plate • des terres en propriétaire privée au de là de la rivière Roche Plate. Par rapport aux terres de l’état, certaines superficies ont étés affermées à des particuliers moyennant le paiement d’une redevance annuelle de 10 à 60 gourdes9/ha,( les surfaces acquises de cette manière ont été tellement importantes qu’une partie d’entre elle était cédée à des fermiers. Par rapport aux terres en propriété en usufruit, il s’agit de surfaces relativement importantes, reçues en dons par des autorités de l’époque pour des services militaires rendus au cours des luttes intestines qui ont marqué tout le XIXe siècle haïtien. La terre n’étant pas une ressource rare, les systèmes de production étaient orientés principalement vers l’élevage pastoral extensif. Les animaux sont laissés en vaine pâture dans la savane et un éleveur peuvent posséder jusqu’à 60 vaches. La couverture boisée était relativement importante. On notait l’existence des forêts de pin (Pinus occidentalis), de sucrin (Inga vera), de laurier et d’importante superficies couvertes d’une végétation épineuse « ti janvier» (Caesalpina sepïara). Les cultures vivrières étaient pratiquées sur des superficies restreintes et protégées des animaux par des clôtures. On y cultivait de l’haricot, du maïs, du riz pluvial, du manioc des ignames. La culture du café a été également signalée. Les caféiers étaient associés à des bananiers, des citrus mais cette culture n’a pas connu une très forte extension. Toute porte à croire que les systèmes de culture étaient en équilibre avec le milieu. Le niveau de fertilité des sols était relativement élevé car les prélèvements effectués par culture étaient compensés par les déjections des animaux et d’une jachère relativement longue. 5.2 Dans les années 1930 -1957 : une zone de migration interne forte aboutit à un accroissement de la pression foncière De nombreux haïtiens émigraient dans la zone car il y avait des terres disponibles. Ils venaient de Port au Prince, de Jacmel etc. En 1937, la zone accueillit également de nombreux rescapés du massacre des haïtiens en République Dominicaine. Par la suite, le percement de la route Baptiste Belladère sous le président 10Sténio Vincent (1930-1941) a contribué à augmenter la migration de paysans dans cette zone. Un peu plus tard, le gouvernement de Sténio Vincent avait procédé au désenclavement de cette zone par le percement d’une route reliant Belladère à Baptiste ; une telle initiative à contribué à augmenter la population dans cette nouvelle zone de production agricole. Cette affluence ainsi que la démographie locale va augmenter la pression foncière. Ainsi vers la fin des années 40, le fermage est répandu11. En 1946, après son accession au pouvoir, le président Dumarsais Estimé a procédé à l’achèvement de la route Belladère Baptiste. En effet, il annulait les contributions à payer pour les terres étatiques en fermage et décidait de la mise en place dans la zone d’une colonie agraire sur le modèle de celles établies dans les années 30 dans les autres zones du pays notamment Dossemond, Savane Zombie). Il s’agit de donner des terres à des paysans et les encadrer financièrement et techniquement afin qu’ils obtiennent de bons résultats techniques sur le plan économique. 5.3 De 1948- 1954 : mise en place de la colonie agraire En 1948, la colonie agricole a été totalement mise en place, c'est-à-dire une zone accueillant un groupe d’haïtiens « rescapés » du massacre dominicain en 1937. Il a été procédé. • Arpentage global : de la frontière à Bois Rouge, incluant Morléon, Roche Plate. • Arpentage de lotissement où chaque paysan recevait une superficie de 5 carreaux Cet arpentage s’effectuant de la frontière à la rivière de Font Zombie. La colonie agraire incluait les localités de Baptiste, de Dieubabrouin, de Roche Plate du côté de Baptiste par rapport à la rivière. Un recensement a été ainsi effectué. Les terres d’état sont reprises, les anciens titres de propriété sont annulés12. Des terres sont aussi gagnées sur la forêt. Les arbres sont coupés et laissés en pourriture. Les plus gros troncs sont vendus. Chaque famille vivant dans la zone bénéficiait de 5 carreaux (6,45 ha) de terre, même si elle possédait d’autres terrains ailleurs. Certaines familles recevaient une maison en dure avec son glacis en béton. Les modalités de la distribution ne sont pas connues clairement. Deux versions différentes ont été recueillies: 1) Les gens venant de la république Dominicaine après le massacre sont prioritaires. En plus de 5 carreaux de terres, les 18 familles les plus démunies (en fonction en nombre d’enfants etc.) avaient droit à une maison. 2) les « rescapés» ne sont pas prioritaires. Ce sont les fermiers d’état qui recevaient les maisons. Dans l’ensemble, le partage a été assez égalitaire. L’augmentation de la pression frontière résulte de la migration interne à la mise en place de la colonie agricole à aboutir à une certaine évolution des systèmes de production qui ont été mis en place au début du siècle. Les superficies cultivées sont considérablement augmentées au détriment de l’élevage. Le café est devenu sous l’initiative du gouvernement de l’époque une culture dominante. Par ailleurs, d’autres modifications ont été également apportées aux systèmes d’élevage. La vaine pâture est interdite. La réduction du cheptel a eu des conséquences négatives sur l’intégration de l’agriculture l’élevage dans la zone. Le développement de la caféiculture à Baptiste a débouché sur un début d’industrialisation du café dans la zone. En 1950 la première usine de préparation du café parche a été installée. Cette augmentation de la pression foncière résultant de la migration vers cette nouvelle zone de production, la mise en place de la clonie agricole et l’encadrement technique des producteurs ont contribué à une augmentation considérable des jardins boisés caféiers (culture d’ombre). a)Modification du cadre socio-économique. Avec la mise en place de la colonie, la représentation de l’état dans la zone est renforcée. On a par exemple une caserne. Plus tard, la ferme d’Etat est construite. Dans les années 50, un système de canalisation alimenté par «13. Nan Militon » va apportant ainsi de l’eau de source à Baptiste. Cela permet une économie en temps pour les femmes qui n’ont plus besoin d’aller la chercher à la rivière. 5.4 La période Duvalier (1957 à 1986) : Encadrement continue des producteurs de café. Le programme Petits Planteurs Café (PPC) a été mis en place. Il a été appliqué dans 7 grandes zones caféières haïtiennes. Les objectifs étaient d’améliorer la production caféière dans la zone de Baptiste. Il s’agissait de vulgariser des progrès techniques (utilisation d’engrais, régénération des plantations etc.) Le taux de couverture pour tout le programme : 70 à 80% des producteurs de café. Ce projet coûtait 5000  000 dollars financés par USAID, vulgarisation de plusieurs variétés de café, facilité d’installation de BCA, toujours fort encadrement d’agents agricoles, agents qui ont été délégués pour former les producteurs dans la mise en place et l’exécution du projet PCC Introduction de nouvelles variétés : travaux de régénération (pépinière, nouvelles plantations). 5.4.1 L’appuie technique Le programme Petits Planteurs Café (PPC) est mis en place entre les années 75 et 81. Il est appliqué dans 7 grandes zones caféières haïtiennes. Un véritable changement dans le système de production, il s’agit d’améliorer la production caféière grâce à la vulgarisation de progrès techniques (utilisation d’engrais, régénération des plantations etc.). Des techniciens sont délégués à former les producteurs. Ils apportent des variétés nouvelles et surtout distribuent des engrais à crédit (partie majeure du budget). Le taux de couverture du programme sur toutes les zones caféières concernées est autour de 75 % des producteurs de café visés. Plants de caféiers : Des pépinières sont mises en place, les plans sont donnés en fonction de la surface du producteur. La variété traditionnellement plantée, le typica, est associée à des variétés plus productives mais moins robustes : le caturra, le bourbon et le mont de nouveau. Les traces du programme PPC se retrouvent encore fortement à Baptiste. - l’accès à l’engrais est demandé avec insistance, - les cafèterais, à dominante typica, possèdent encore des variétés sélectionnées à haut rendement, mais surtout : - le PPC, par le don de plants, a fortement contribué à reboiser la zone. Beaucoup de jardins ont été plantés à cette époque. 5.4.2 Crédit au producteur et la création de société agricole de crédit Le système de crédit pour l’achat d’engrais : Le Bureau de Crédit Agricole (BCA) vend à crédit de l’engrais complets (N, P, K) au prorata de la surface exploitée, avec un plafond de 10ha. C’est un technicien IPCAD qui fait l’évaluation de la quantité d’engrais nécessaire. Il est compté 5 sacs de 50 livres/ha, le sac de 50livres étant vendu 15 gourdes. Organisation des producteurs pour avoir accès aux crédits : Sont formées des Sociétés Agricoles de Crédit (SAC) d’une quinzaine de membres. Elles sont constituées d’un président, d’un trésorier et d’un secrétaire. Les membres doivent se faire mutuellement confiance (même famille, voisins) pour assurer l’entre aide quand l’un d’eux ne peut pas rembourser le crédit. Officiellement, tout producteur peut participer. Cependant, comme les crédits sont au prorata de la surface exploitée, il est préférable que les terres des membres soient relativement contiguës afin de faciliter le travail des ingénieurs. Vulgarisation de la fertilisation chimique Sur tout le programme, les engrais sont achetés par les producteurs vu les prix attrayants. Contrairement dans d’autres zones ils sont tout de suite revendus au prix du marché. A Baptiste, les engrais sont utilisés pour le café. Poursuite des travaux de désenclavement des zones adjacentes  Augmentation de la production caféière Baptiste devient une des grandes zones de production de café. Les producteurs vendent leur café soit à Belladère, à 4h de marche, soit à des voltigeurs, soit en vert soit en sec en fonction de leurs disponibilités. 5.4.3 Implantation des usines de dépulpage : les usines de dépulpage En 1950 Mr Cassagnol ouvre la première usine de dépulpage du café. D’autres vont le suivre et, en 1970, Baptiste compte 7 usines de transformation (3 à côté de la rivière, 4 à intérieur de Baptiste). Ces terres soit elles appartiennent à des particuliers travaillant avec les grandes maisons d’exportation, soit elles appartiennent directement aux grandes maisons. Ces spéculateurs vont vendre le café parche à Port au Prince. Les usines sont ouvertes tous les ans, contrairement à d’autres zones d’Haïti où les propriétaires décident avant chaque campagne s’il est rentable pour ouvrir ou non. Ils fixent les prix en fonction des grandes maisons d’exportation. C’est à dire qu’elles ont le monopole d’achat. Ces usines vont marquer le paysage mais surtout les habitudes des producteurs. Aujourd’hui, les coopératives sont appelées « usines » et comparées aux usines d’antan. Le principe des coopératives est mal compris on peut dire jusqu’à présent dans certains endroits. Pour beaucoup, la coopérative doit être comme l’usine, acheter le café et fournir une ristourne en fin de saison. Baptiste est devenu une grande zone caféière. 5.4.4 Renforcement de l’encadrement des producteurs Renforcement de la réglementation et des contrôles La période Duvalier est marquée par une réglementation lourde des pratiques agricoles. En échanges des conseils techniques, les producteurs sont astreints au Code du café14 et au Code de l’environnement. Un non respect leur fait encourir des risques d’amende. 5.5 De 1986 à 2000 : La période de la chute des Duvalier « baby Doc » en passant par les régimes Aristide « Lavalas » (voir l’annexe 9 le reste de cette étape). Au cours de la deuxième moitié des la décennie 80 plusieurs facteurs vont agir négativement sur l’évolution de la zone : • Abandon de l’encadrement technique (BCA, PPC) • Abattage des porcs créole • Mauvaises politiques agricoles En 1984 le scandale de l’abattage des cochons créoles va toucher Haïti et priver les paysans de leur « banque informelle » 15. Le saindoux est remplacé par l’huile végétale importée de la République Dominicaine. 5.5.1 Le système dans les années 80 : Le cyclone Allen en juin 1980 Dégâts très importants sont enregistrés faute l’absence d’une aide gouvernementale mais il n’y a pas pour autant d’exode rurale. La couverture en arbre qui sert de l’ombre est fortement altérée, et jusqu’à maintenant elle ne sera pas régénérée. Pour ce qui attrait au café on peut dire que les caféiers en eux-mêmes ne sont pas trop détruits, malgré des problèmes de café chaudée16. De plus, les récoltes post cyclone ont même été excellentes, la couverture en arbres d’ombrage était trop dense. Le cyclone avait permis un taux d’ombrage plus approprié 6. Analyse des systèmes de culture. Un système de culture se définit pour une surface de terrain traitée de façon homogène, par les cultures pratiquées, leur ordre de succession et les itinéraires techniques (combinaison logique et ordonnée des techniques culturales) ont été mis en œuvre (Gras, 1990). Il est caractérisé par une hétérogénéité dans la conduite de culture sur un ensemble de parcelles, même itinéraires technique à l’exception du café, mêmes associations de cultures, mêmes successions culturales. Trois caractéristiques de bases définissent un système de culture : 1. les cultures : les espèces, les variétés, les populations et leurs associations ; 2. la façon dont les cultures se succèdent dans le temps sur une parcelle ; 3. l’itinéraire technique de chaque culture ; Les informations présentées dans cette partie sont issues de plusieurs enquêtes. Les systèmes de culture décrits ici sont les plus représentatifs de la zone. Pour expliquer l’itinéraire technique, on considère qu’il existe trois saisons de culture à Baptiste. De ces trois il y deux saisons où les espèces qu’on va cultiver sur la parcelle sont préalablement connu. Il s’agit de la saison de janvier haricot cultive en pure. La saison juillet les producteurs pratiquent une association haricot, patate douce. La saison de mars considéré comme la grande saison, est celle où l’on rencontre le plus grand nombre d’association possible. Les facteurs qui sont liée à la situation économique et les conditions du milieu peuvent justifier l’existence ou non d’une espèce. Pour la mise en place de la culture, quelque soit le système considéré l’agriculteur fait une préparation de lit de semence. L’entretien de la parcelle se fait en fonction du cycle de la culture. Pour la culture de cycle court, l’exploitant possède à un seul sarclage et celle de cycle long il effectue deux sarclages. 6.1 Itinéraire techniques : Un travail essentiellement manuel Un itinéraire technique est une combinaison logique et ordonnée de techniques appliquées à une culture ou une association de cultures « Sebillotte17. ». Ces opérations culturales vont de la préparation du sol à la récolte en passant par toutes les techniques d’entretien telles que le sarclage, la lutte contre les parasites. Elles sont mises en œuvre par l’agriculteur dans le but de tirer le meilleur parti des espèces qu’il cultive, compte tenu des caractéristiques du milieu, ainsi que ses moyens et objectifs. Tableau numéro 5 présente Itinéraire technique des productions annuelles et pluriannuelles le calendrier cultural. 6.2 Les opérations culturales • Nettoyage de la parcelle Les résidus de cultures précédentes sont mis en rampe, en tas et brûlés. Ce travail est effectué essentiellement à la main. • Le travail du sol Cette opération vise à remuer superficiellement le sol et à détruire les mauvaises herbes • Le carreautage Ce travail est effectué quelques jours après le grattage à la houe. Ces deux opérations peuvent s’effectuer en même temps si l’état du sol et des adventices le facilite. Le carreautage consiste à diviser la parcelle en carré, en rampe destiné au semis des plantes, il facilite le passage de l’eau contre les dégâts lors de grosse pluie. • La mise en culture Elle est effectuée en générale en « combite »groupe d’agriculteurs mobilisant leur force de travail pour travailler la terre pour certains exploitants, surtout pour les catégories qui en résulte des excédants de travail familial. Le semis se fait en poquets de 4 à 5 graines. Les producteurs, mettent plusieurs graines, cherchant ainsi à s’assurer de la germination de quelques graines (celles-ci, lors de la conservation ont perdu une partie de leur pouvoir germinatif). En cas de dormance les graines ne germent pas, dans ce cas un autre semis peut être organisé. • Le grattage Cette opération consiste un travail du sol superficiellement et lutte contres les adventices. Le grattage et le premier sarclage pour la mise en culture, ce sont deux opérations le plus exigeant en travail du sol. Il se pratique à la houe et nécessite le même temps de travail. • Le sarclage En ce qui concerne le sarclage, les agriculteurs l’effectuent entre le semis et la récolte. Cette opération a pour fonction d’éliminer les mauvaises herbes qui entrent entre concurrence avec les cultures et permettant d’ameublir la couche superficielle du sol, il s’effectue à la houe où au digo. Les adventices sarclés sont laissés sur place ou utilisés pour l’alimentation du bétail gardé aux piquets. Elles poussent vite au fait qu’il n’a pas de labour profond avant le semis. A cause de la sécheresse le sol, les mornes, le sol ne peut pas travailler en profondeur. Les agriculteurs retardent le sarclage laissant les mauvaises herbes concurrencer les cultures. Cette logique permet de faire un seul sarclage. Elle vise également à rendre les plantes vigoureuses, les cultures s’accroissent en hauteur. • La récolte et la conservation Le maïs pourrait être récolté aux stades laiteux voir pâteux, surtout dans les jardins située près de la maison « pré Kay » pour pallier la période de soudure. Dans ce cas, la récolte est autoconsommée. Le maïs peut être conservé en liane sous des arbres suspendus ou dans un colombier ou en graines après l’abattage. L’haricot est récolté après maturité complète. La récolte se fait avec la main d’œuvre familiale et est acheminée à la maison au dos mulet ou de cheval. Le haricot est conservé en graines. Il n’y a pas de traitement connu pour les graines conservées dans les sacs. La récolte des fruitiers, du manioc, de l’igname et du mirliton est échelonnée dans le temps et se fait sur demande lorsqu’il a un besoin de consommation ou une demande sur le marché. Tableau 5: calendrier cultural, Itinéraire technique des productions annuelles et pluriannuelles W : travail du sol p : pépinière. S: semis/plantation. G : grattage/sarclage. r : récolte en vert R : récolte 6.3 Les sous-systèmes de cultures caféiers (Coffea arabica L) 6.4 Caractéristiques générales des jardins de caféier. La majeure partie des caféières dans la zone de Baptiste est caractéristique des jardins créoles. Elles présentent trois strates de plantations, une strate arborée comprenant les espèces suivantes : sucren (Inga vera) immortel (Spodoptera sp), utilisée comme l’ombrage pour l’exploitation. Une strate arbustive composée de café, de citrus de bananier et enfin une strate herbacée  comprenant : tayo, manzobelle et des lianes (mirliton, etc.) Le niveau technicité est très bas pour certaines catégories. Le café est généralement cultivé en association avec le vivrier. L’associé principal est le bananier qui s’en sert de souvent d’abri provisoire aux jeunes plantations. Les espaces vides des plantations ou les bordures sont comblées par la présence de culture d’ananas, canne à sucre, de maïs et même de haricot. La densité du peuplement est très irrégulière, élevée dans certains endroits, faible dans d’autres. L’entretien varie avec les exploitations, dans les micros exploitations, un seul sarclage peut être pratiqué alors dans les grandes exploitations, on peut observer jusqu’à trois. La fertilisation chimique est pratiquée que dans les grandes exploitations. Le rendement est variable de 160 à 600 bidons de café cerise. L’ombrage est assuré essentiellement d’une part par des arbres fruitiers (agrumes, avocatiers..) et d’autres parts par des essences forestières (immortel, sucrin, trompette, saman, gravilia) et la présence de certaines lianes comme (igname, grenadia, mirliton..) utilisant le café où les arbres d’abris comme tuteurs. L’ombrage permet d’éviter de très fortes fluctuations climatiques, réduit le développement des adventices donc le coût d’entretien et joue un rôle dans la conservation de sol. Mais dans les plantations que nous avons observées, il est souvent excessif absorbant presque toute la lumière incidente. Dans ce cas, les caféiers ont tendance à filer et à ne présenter qu’un maigre bouquet fructifère. De plus, l’excès d’ombrage entretient une humidité quasi permanente qui favorise le développement de certaines maladies (la houille orangée, ou la pourriture de la racine). Plusieurs itinéraires techniques qui sont utilisés, pour le micro-exploitant le sarclage représente la seul pratique réalisée, ainsi que la petite exploitation. Les grandes exploitations appartenant à sous type B réalise presque tous les pratiques culturales. Alors que la moyenne exploitation et grandes exploitations de sous-type A et C en fait que deux sarclages Tableau 6: pratiques culturales sur le café par catégorie d’exploitation(ITK) Grandes exploitations agricoles Pratiques culturales Micro exploitant Petite exploitation Moyenne exploitation A B C Sarclage 1 sarclage Sarclage 2 sarclage sarclage sarclage sarclage Sarclage 3 sarclage sarclage sarclage sarclage sarclage sarclage Taille taille Contrôle couvert Control couvert Fertilisation chimique fertilisation La figure ci-dessous représente l’importance du café dans le système de culture et sa place dans l’économie dans la zone, on observe une variation de superficies exploité en café par rapport aux différents types de 0,24 ha (30 %), une diminution au type IV A pour avoir presque toute sa surface en culture vivrière et 5,81 ha (75 %). En dépit des problèmes auxquels il est confronté, le café représente à l’heure actuelle la principale culture de rente de la plupart des exploitations de la zone de Baptiste. Les enquêtes réalisées montrent que les superficies affectées à cette culture dépendent principalement de la situation économique des exploitations. Figure 11 : Importance du café dans la zone L’intérêt de cette culture, dans la mesure où le café se justifie par le fait que : Elle garantir un revenu minimum tous les ans La récolte du café coïncide avec des besoins de trésorie très pressants et importants, ces besoins sont importants pour la scolarisation des enfants. Elle est peu exigent en travail Elle facilite l’accès au crédit auprès des prêteurs traditionnels (spéculateurs, usuriers) Elle constitue à augmenter la valeur du capital foncier Elle aide à préserver la couverture végétale Tableau 7 : représente le volume transformé en kilogramme (kg) par type de producteur Types d’exploitants Volume (bidon) Rdt = kg/ha I 134 67 II 83 42 III 138 69 Grandes exploitations agricoles IVA 98 49 IVB 105 53 IVC 35 18 6.5 Les associations des cultures Plusieurs associations de cultures dans la zone de Baptiste. Les vivres représentent un obstacle pour le développement de la caféiculture. Mais, ces associations répondent à certaines logiques puisqu’elles sont agencées de manière à explorer au mieux l‘espace disponible également dans les périodes pluvieuses. De plus, elles permettent une meilleure gestion de la force de travail et une meilleure gestion économique car, les entretiens réalisés pour les cultures à cycle, bénéficient celle de cycle long. Ainsi, ce mode de mise en œuvre permet : • Une valorisation au maximum des surfaces et de la force de travail disponible au sein de l’exploitation • Une meilleure gestion de la fertilité des terres • Un étalement des rentrées monétaires et alimentaires Les principales associations de culture de Baptiste 6.6 Le système de culture 1 : Café x banane 18 Pour certains producteurs le café (Coffea arabica) représente une culture de rente, on observe plusieurs variétés. La variété typica prédomine le milieu de plusieurs autres (caturra, Mundo Novo, catimor) introduites par les projets ayant intervenu dans la zone. Les plantations se réalisent à partir de plantules issues des pépinières des projets, en générale les producteurs utilisent couramment les « cafés rats ». Ces cafés rats proviennent des cerises tombées au sol soit pendant la récolte au soit par les soins des rats deviennent de plus en plus rares. Le ramassage de ces cerises s’effectue par les femmes et les enfants de l’exploitant. Dans ce système, le café est associé avec la banane comme couverture provisoire. Elle est une culture qui donne récolte toute l’année, elle varie en fonction des variétés que le producteur utilise et en fonction des zones agro-écologiques. Les principales variétés plantées à Baptiste Banane plantin (Musea paradisiaca) Banane figue (Musea sapuentum), différentes variétés de musquée sont observée : 220 (forte production, pieds à 27 gdes, peu dans la zone. Plateau Baptiste qui représente le centre de notre étude, le sol est plus chaud par rapport aux autres étages agro écologiques comme Dieubabrouin, ainsi qu’à Roche Plate elle fait plus froide. La récolte de bananier dure beaucoup plus longtemps. La date de plantation de la culture de bananier, selon les expériences des producteurs varient d’un mois à l’autre (avril, juin, août) pour avoir de récolte tout au long de l’année. 6.7 Le Système de culture 2 : Maïs x haricot Il existe deux variétés de maïs : le maïs à cycle de trois mois « ti bourik »et le maïs à cycle long de 5 mois (maïs pays). Dans l’association c’est le maïs ti bourik à cycle court qui est utilisé en stade pâteux « boucané » pour la période de soudure. Le maïs est semé le même jour que l’haricot. Il bénéficie des mêmes opérations culturales que l’haricot. Dans cette association l’agriculteur mise sur deux productions de rente : le haricot et le maïs. Le haricot qui est mis en décembre comme dans les systèmes haricot x haricot. Un cumul de tâches est observé en mars pour la récolte d’haricot et les travaux du maïs. Le rendement d’haricot est estimé à 8 à 10 marmites pour une marmite semée, varie en fonction des étages agro-écologiques. 6.8 Le système de culture 3 : Maïs x pois congo x patate douce Le pois congo (Cajanus cajan) dans ce système est semé au même moment que le maïs en mois de mars. Il reçoit les mêmes opérations culturales jusqu’à la récolte de maïs, avec l’implantation de la culture de maïs, la patate douce continue à être entretenu. Il est cédé aux revendeurs qui peuvent l’acheter sur le champ ou au marché de Baptiste. Ce système est un système intensif en termes de travail. Pour ceci, la productivité de ce travail est basse. Il demande une disponibilité financière très importante pour l’achat de semences, et pour la main d’œuvre. Pour certains producteurs un font spécial est réservé. Ces fonts provenant d’autres activités ou du bétail soit vente des produits agricoles. Pour le traitement phytosanitaire, il n’y aucune pratique de ce type pour manque à la fois de temps et de moyens pour l’achat de produit, pas du tout de triage avant la campagne de plantation. 6.9 Le système de culture 4: Haricot x haricot Ce système est un système intensif en termes de travail. Pour ceci, la productivité de ce travail est basse. Il demande une disponibilité financière très importante pour l’achat de semences, et pour la main d’œuvre. Pour certains producteurs un font spécial est réservé. Ces fonts provenant d’autres activités ou du bétail soit vente des produits agricoles tels que le café. Pour le traitement phytosanitaire, il n’y aucune pratique de ce type pour manque à la fois de temps et de moyens pour l’achat de produit, pas du tout de triage avant la campagne de plantation. 6.10 Le système de culture 5 : maïs x haricot x manioc Pour ce système, le manioc est planté soit avant ou au même moment que le maïs x haricot en mois mars. Ces deux cultures bénéficient les mêmes soins culturaux jusqu’à la récolte d’haricot (Phaseolus vulgaris), avec l’implantation de la culture de maïs, le manioc continue à être entretenu. Une culture de pois haricot est mise en place en août. La récolte de manioc intervient un an voir deux ans après sa plantation. Il est cédé aux revendeurs qui peuvent l’acheter sur le champ ou au marché de Baptiste. Le rendement de manioc est difficile à évaluer en termes de poids car si c’est pour les grains la production est estimée en marmites, le rendement de maïs est estimé 40 à 60 marmites selon étages agro-écologiques, pour les tubercules et les fruits, la production est estimée en sacs. Egalement, pour le manioc la production est environ nombre de sac par hectare. 6.11 Le système de culture 6 : maïs x Igname x haricot La culture de l’igname (Dioscorea alata) et (D. cayenensis) est associé aux cultures annuelles telles que maïs, haricot et plus rarement la culture de canne. Si le couvert ne permet pas la culture des plantes annuelles exigeantes en lumière. Les principales variétés sont l’igname guinée, et royale. Les ignames sont des aliments de base, leur production est difficile à évaluer. Elles constituent un atout essentiel pour la diversification agricole dans la zone de Baptiste. 6.12 Le système de culture 7 : banane x maïs A ce système la banane (Musa sp.) est une culture principale. Le maïs (Zea maïs) représente une culture intercalaire qui permet d’avoir une production supplémentaire. Les plants de banane provenant de l’exploitation. Il existe plusieurs variétés de bananiers similaires aux autres systèmes précités. Les variétés de banane sont plantées avec un écartement laissant le passage de la lumière pour le maïs. La culture de la banane est destinée à la commercialisation, une partie de la production est autoconsommée. Le maïs est planté après la plantation de bananiers. Il bénéficie de tous les soins culturaux appliqués aux jeunes bananiers. 6.13 Le système de culture 8 : Maïs x haricot x canne à sucre. Il s’agit d’un système canne à sucre (Officinarum sacharum) avec maïs-banane en dérobée. En effet, durant la première année, les plants de bananiers sont cultivés en association avec la canne et, comme la densité du couvert n’est pas encore importante, le maïs est semé à l’intérieur des rangs. La plantation de cane se fait le long des canaux et en plein champ, avec un écartement de 1,5 m x 1,5 m. les boutures de canne sont généralement prélevées dans d’autres parcelles voisines. Les plants de bananiers sont achetés à raison de cinq gourdes par plant19 L’haricot est le premier à être récolté. Vient ensuite le maïs. La canne est coupée 12 à 20 mois après la plantation et les années suivantes, 10 à 14 mois après la récolte précédente. La deuxième année, la densité du couvert ne permet plus la culture de maïs. Par conséquent, la canne est conduite en monoculture après la fin du cycle de la banane. La durée d’une plantation de canne est de quatre à cinq ans. Après la récolte définitive, le terrain est utilisé pour l’association Maïs x haricot ou laissé en pâture pendant quelque temps, en attendant la période de culture du haricot. Le calendrier cultural est présenté dans le tableau 5. Ce système permet à l’exploitant de profiter de la production de maïs et de bananes en attendant la récolte de cannes. Ces productions sont majoritairement autoconsommées mais une partie des récoltes est également vendue. 6.14 Successions de culture à Baptiste Il n’y a pas une succession de culture très rigide, dans la mesure où la plantation va dépendre, des liquidités disponibles au moment de la plantation : • pour acheter des semences, • pour faire une culture exigeante en fonds de roulement (chou), • pour laisser la terre en repos, • du niveau d’épuisement de la terre : en fonction du rendement de l’année, le producteur évalue si il peut continuer ou non à travailler sa terre. Nous présentons dans le tableau ci dessous des options qui se présentent au producteur : Cas 1 : Seul du pois est planté. Ce cas est fictif, il permet de comprendre l’enchaînement des saisons de culture. Cas 2 : Pois décembre + pois maïs mars. En mars, le pois et le maïs ne sont pas associés à des productions à cycle plus long donc après la récolte du maïs, la terre est de nouveaux disponible pour une plantation en décembre. Ce cas se retrouve chez les producteurs les plus démunis car elle signifie que : en mars, ils n’ont pas d’autres semences disponibles que le pois et le maïs (ils ont dû manger ou vendre leur production et ils n’ont pas les liquidités pour acheter de nouveaux plants). Ils ont très peu de terres, ils sont donc obligés d’adopter un système où la terre ne bénéficie pas de repos. Les rendements sont, du coup, très faibles, de l’ordre de 15/1 M pour le maïs et de 3/1 M pour le pois. Pour limiter l’épuisement de la terre, le producteur peut la planter moins densément un an sur deux. Dans tous les cas, au bout de 2 ou 3 ans, le producteur doit cesser de travailler sa terre pour au moins une saison de culture, sinon ses rendements seraient trop bas, il serait à perte. Cas 3 : pois décembre + pois maïs mars + productions à cycle plus long. Dans ce cas, la plantation de pois maïs de mars est enrichie avec des cultures à cycle plus long (tubercules, pois Congo). Le cycle des tubercules et du pois Congo dépassant 10 mois, il n’est pas possible de planter du pois décembre. Cas 3 a : Si on a du pois Congo, des tayos et des mazombelles, la récolte se faisant avant mars, il est possible de replanter en année 2 du pois maïs mars. Cela se fait en cas de manque de terre. Cas 3 b : Si on a des patates douces, des pommes de terre, la récolte se faisant au bout de plus de 12 mois, le pois maïs mars ne peut être planté. La prochaine plantation pourra se faire en juillet août ou en décembre (en fonction de l’altitude, la longueur du cycle est variable. En général, les producteurs essayent de laisser leur terre en repos au moins une saison de culture un an sur deux. Ainsi, nous pouvons supposer que dans les Cas 3 a et 3 b, les producteurs choisiront de laisser leur terre en repos en mars. Si du manioc a été planté, et qu’il est laissé deux ans, il ne sera pas possible replanter l’année suivante. Le cycle ne pourra reprendre qu’en mars de l’année 3 Cas 4 : pois juillet + pois décembre + pois maïs mars + productions à cycle plus long Nous sommes dans le Cas 3, si le producteur choisit de replanter sa terre dès juillet. Différentes rotations pois maïs : Cas 1 : Seul du pois est planté. Cas 2 : Pois décembre + pois maïs mars. Cas 3 a : pois décembre + pois maïs mars + productions à cycle plus long. Cas 3 b : pois décembre + pois maïs mars + productions à cycle plus long. Cas 4 : pois juillet + pois décembre + pois maïs mars + productions à cycle plus long. La terre est au repos sur la saison de mars un an sur deux. Tableau 8 : rotation de culture Année 1 Année 2 Cas J F M A M J J A S O N D J F M A M J J A S O N D 1 2 3 a 3 b 4 Nous avons présenté un système avec un minimum de temps de repos pour la terre. Il n’est pas à oublier que les producteurs qui ont assez de terres préfèrent les laisser en repos pour avoir un espace de pâturage pour leur bétail et pour avoir une reconstitution de la fertilité. Ainsi, les plus gros producteurs ne travaillent certaines de leurs terres qu’un an sur trois. 7 Les systèmes d’élevage 7.1 Présentation générale de l’élevage Les données d’enquêtes montrent que les producteurs dans la zone priorisent les productions végétales au détriment de l’élevage. Quoique dépendant du système de culture, ce dernier devient une activité secondaire qui n’a pas beaucoup de poids dans l’exploitation. D'ailleurs, dans certaines exploitations, le cheptel, étant limité à quelque volaille est inexistant. Dans la catégorie I et II il possède en majorité de petit bétail (caprin, porcin). Il y a aussi le gros bétail (bovin, équin) qui est très rare, étant souvent pris en gardiennage. Pourtant, dans les autres catégories le cheptel est composé en général de gros menu bétail. Tableau 8: présentation de l’élevage Sources : enquête personnelle D'une manière générale, l’élevage est considéré comme un moyen de capitalisation ou d’épargne pour les producteurs. L’exploitant cherche toujours à minimiser la production de viande, de lait et d'œufs. Il s'investit plutôt dans la production des jeunes dessinés à la vente (mâles) et à l’élargissement du troupeau (femelles). Les ventes de volailles et du bétail servent généralement à financer les dépenses courant : scolarisation, outillage, petit commerce, semences, travaux agricoles etc. La vente de gros bétail permet de faire face aux gros problèmes: les maladies, les funérailles, le mariage. Elle permet aussi de réaliser d'importants investissements: achat de terrain, construction de maison etc. L’élevage constitue également une caution pour les petits exploitants qui veulent obtenir un crédit des prêteurs traditionnels. Il a aussi un rôle économique. Il permet de fertiliser les sols, grâce aux déjections des animaux. Ce qui constitue un transfert horizontal de fertilité. Ce qui permet aussi de tirer profit des espaces marginales (pente érodé, autres) et de valoriser les sous-produits de l’exploitation (résidus de récolte: les excédants de fruits, jachères. Sur le plan sanitaire et vol, ces problèmes sont beaucoup pointus dans la zone de Baptiste. 7.2 L’élevage de Bovin Les enquêtes ont révélé que l’élevage bovin est pratiqué par 34 % des exploitants, dans toute la zone de Baptiste. Les dépenses consenties se résument à l’acquisition de matériel animal et l’achat de cordes. Sa conduite dans la zone est simple et l’abreuvement est en généralement assuré par les hommes en début et en fin de journée. Les bovins bénéficient de meilleurs fourragers. Ils sont le plus souvent attachés au piquet au bord de la route, sur les jachères ou au« jouk». Dans ce cas, cela a apport avec les aliments. Les principaux herbes et fourragers disponibles sont l’herbe guinée (panicum maximun), « sibalais », paille canne à sucre, « choublack », fausse tige de bananiers. La période critique pour l’alimentation de bovin s’étale en fin de saison sèche où des résidus de récolte sont déjà consommés et la préparation du sol réduit la surface en jachères. Certains agriculteurs (catégories III et IV) pour contourner ce problème font l’achat de pâturages. Les dépenses peuvent atteindre entre (25 gdes et 50 gdes). L'abreuvement des bovins est assuré une ou deux fois par jour, pour les exploitants proches des mares, des sources et des ruisseaux. Cependant, pour ceux qui sont éloignés de point d’eau, les bovins ne s’abreuvent qu’une fois tous les deux jours. En cas de sécheresse, la ration d’eau est assurée en grande partie par un apport en « bokit » dans son lieu de parcours ou jouk. L’abreuvement de bovin est assuré une à deux fois par jour pour exploitants proches de mares de sources et des ruisseaux. Cependant, pour ceux qui sont éloignés de point d’eau les bovins ne s’abreuvent qu’une fois tous les deux jours. En cas de sécheresse, la ration d’eau est assurée en grande partie par un apport en « bokit » dans son lieu de parcours ou jouk. L’alimentation se caractérise d’une manière générale par la faiblesse de productivité en termes de biomasse des pâturages et la faible qualité des fourrages. Le calendrier fourrager pour ce type d’élevage est résumé dans le tableau 10 en annexe numéro 11.1. Figure 12: Distribution du cheptel en propriété par type (voir les chiffres en annexe 12) 7.3 L’élevage de caprin Les caprins constituent les espèces les mieux représentées sur les exploitations surtout au niveau des types II. Cet élevage est pratiqué par 28% des exploitations enquêtées. Les caprins sont gardés à la cordes et conduit généralement par les enfants. Ils sont peu exigeant en nourriture, on leur laisse souvent les fourrages les moins appétant (savanes pauvres, pentes érodées). En période de rareté d’aliments, la branche de certains arbres leur vient support : bois cabris, paille, de mombin. Certains paysans ramènent leurs cabris le soir dans leur cour ou leur cuisine pour les mettre à l’abri des voleurs. L’élevage libre des caprins peut constituer un problème pour les caféiers qui le détruisent en mangeant de l’écorce. 7.4 L’élevage d’équin  Dans la zone, l’élevage équin est fait dans le but de transporter des produits agricoles et des marchandises. Le déplacement est fait à dos d’âne dans la zone de Baptiste, mais également à dos de cheval ou de mule. Ce dernier a de grande importance dans les mornes, à cause de sa capacité de résistance, de l'élan rapide de ses pas et de la qualité de la marche, surtout dans les zones très caillouteux. Par contre, certains exploitants n'utilisent pas ces moyens de transport, a cause de la distance a parcourir. C'est le cas de ceux qui vivent à Coiffer et à Belladère. Ils utilisent généralement des véhicules a moteur pour transporter leur marchandise à Baptiste. Les données présentent dans la figure ci-dessus montrent un faible pourcentage dans l’exploitation de différentes types aux différentes zones agro-écologiques. Les équins attaques par les coliques. Les moyens de traitement sont divers, les paysans mettent un morceau de jupon autour du coup et les font courir pour qu’ils puissent suer. Pour les tics, utilisation de Baygon, essence et de cevrin. Les principales maladies de ce système d’élevage sont la rage, la fièvre, le vomissement, le tremblement. Le mode de traitement utilise est compris entre les feuilles de bassin en purée et du sel, une combinaison très efficace. 7.5 L’élevage de porcin L’élevage porcin est plus exigeant en alimentation et soin sanitaire. Ces animaux sont malgré tout élevés de façon traditionnelle. Ils sont parqués dans la cour, près de la cuisine, nourris à partir des déchets de cuisine excédant fruitiers (avocats, mangues). Les porcs laisses en liberté détruisent les caféiers en s’attaquant aux racines. En dépit de tout, les porcs sont recensés sur 35 % des exploitations enquêtées. Le nombre moyen varie de 2 pour le type I à 4 têtes pour le type IV Tableau 9 : Calendrier des disponibilités alimentaires pour les porcins 7.6 Les volailles Les volailles sont constituées essentiellement par les poules, les dindes ou dindons et les pintades. L’élevage est pratiqué de façon libre et les animaux sont nourris aux grains (maïs, autres). La vente assure des petites rentrées permettant de faire face aux dépenses courantes. Parfois des ventes de « cok » combat autorise des rentrés importants. Les volailles sont souvent attaqués par des épidémies saisonnières de « new castle deseare » causent tous les ans de sérieux déboires aux éleveurs de poules. Ils peuvent se produire au cours du mois de mars, quand la terre est sèche. 7.7 Calendrier fourrager pour la zone Les ressources végétales pour l’alimentation animale sont très variables et principalement elles sont étroitement liées à la pluviométrie. Dans la période pluvieuse, les fourrages sont très abondants. Ces derniers peuvent être disponibles en début de saison sèche, mais leur stade de développement avancé diminue fortement leurs valeurs nutritives (sèches et ligneuses). En effet, selon les années et l’importance des pluies, la productivité d’un même pâturage est extrêmement variable. Il est donc très difficile de prévoir, même de façon grossière, la quantité de fourrages dont on disposera l’année suivante. Il n’existe pas d’aliment unique qui permet de satisfaire les besoins d’entretien et de production des animaux domestiques. Il faut toujours en associer plusieurs dans la ration pour obtenir une alimentation équilibrée en qualité et jamais insuffisante en quantité. L’association de plusieurs aliments dans la ration journalière permet non seulement de limiter les risques mais également associés à l’indisponibilité soudaine d’un fourrage ou à sa qualité défectueuse. Figure 13 : Calendrier fourrager pour la zone de Baptiste 7.8 Vols de pâturages Les agriculteurs dans la zone essayent d’avoir ses animaux au piquet. Cependant, les cordes peuvent casser et dans ce cas, on a des dommages importants aux plantations. De plus, certains sont peut attentifs pour leurs animaux. Très peu de producteurs utilisent les haies avec satura, ainsi hibiscus, elles sont peu efficaces. Des barrières de bois sont difficiles à trouver, le bois est trop précieux pour le gaspillé en barrières. L’entourage avec du fil de fer  est le seul mode de lutte efficace mais il revient trop cher pour la grande majorité des producteurs, par exemple un rouleau coûte 1000  pesos en République Dominicaine, en plus il se fait voler pour faire les lianes de maïs. Si un producteur surprend qu’un animal dans son champ : règlement entre voisins à priori pour les petits animaux par exemple les caprins, l’animal est abattu, partagé en deux entre producteur lésé et propriétaire exemple 3 pattes, la tête & 1 patte et le corps. Cette méthode est un peu « violente ». Certain producteur ne fait rien pour maintenir la bonne entente avec ses voisins. Règlement devant les autorités locales. Par exemple pour une vache. Le maréchal vient dans le champ pour constater le délit, l’animal est capturé. Le juge de paix donne une indemnité au propriétaire. La loi dit que si un animal est pris sur la terre d’un autre producteur, le propriétaire de l’animal doit payer la moitié du prix de la bête au propriétaire de la terre. Cette loi est appliquée par le juge de paix à Baptiste. 7.9 Performances zootechniques et destinations des produits Les productions issues de cet élevage sont diverses et varient en fonction des races et l’entretien apporté aux animaux. Pour les opérations de traite, elles commencent généralement trois mois après la naissance du veau, surtout si la mise bas a lieu durant les périodes de faible disponibilité des ressources fourragères et si le veau est prioritaire. Mais, généralement la durée de la traite varie de trois à cinq mois. Les performances sont résumées dans le tableau 12 en annexe 11.2 Les produits de l'élevage sont diversement exploites. Pour les veaux, la vente peut intervenir tout juste à la naissance, ou encore vers l'âge de deux ou trois ans. Mais, la vente à la naissance est plus fréquente, surtout chez les petits exploitants. Les velles, par contre, sont le plus souvent maintenues au sein de l’exploitation, surtout chez les producteurs aisés. L'usage qui est fait du lait est pratiquement du même ordre. En plus de la partie autoconsommée, il est aussi vendu au frais sur les marchés ruraux. Mais, quand la vente n'a pas lieu a temps, il est transformé en doudouce20. Ce qui permet aux agriculteurs un peu éloignés des marchés de valoriser ce produit très périssable. 8. Système de commercialisation de café à Baptiste Aujourd’hui, les producteurs de Baptiste bénéficient d’une structure de commercialisation de leur production, notamment celle du café, ce que bénéficient auparavant les spéculateurs. La fédération des coopératives, structure par laquelle dans la zone les coopératives cherchent des financements pour la recollection du café des producteurs. La production souvent de piètre qualité, est donc destinée au marché local et au marché national, par l’intermédiaire des voltigeurs, ceux qui achètent de café en dehors de structure de coopératives et acheteurs dominicains qui viennent prendre la récolte directement. Le manque d’information des producteurs sur les marchés réduit leur pouvoir de négociation avec les voltigeurs intermédiaires qui leurs sont pourtant devenus incontournables. Dans toutes interventions du projet de développement qui vise principalement la production sans chercher à améliorer les structures de commercialisation est toujours vouée à l’échec, étant donné que le paysan veut augmenter ses investissements dans le domaine caféier tout dépend du niveau des prix, d’où le travail des coopératives devient indispensable. 8.1 Phase de préparation du produit D’une manière générale le café en Haïti est produit à différents paliers d’altitude. En plus, il n’est pas évident de dire au niveau d’une même zone ou d’une même exploitation existe une multitude de variétés. Le système d’écoulement facilite le mélange du café en altitude et de variétés différent ce qui est un facteur déterminant donnant au café haïtien son arôme particulier. Ce café est reconnu sur le marché international comme café haïtien grâce à divers facteurs écologiques (altitude, climats, ect). Le café est commercialisé et exporté sous forme de café vert. Le producteur doit procéder à une certaine étape de transformation avant de pourvoir vendre son café, également très déterminantes dans la qualité future du café. La récolte subit tout d'abord un premier traitement afin d'enlever l'exocarpe et la pulpe. Cette étape peut être effectuée par deux voies, il est préparé soit par voie sèche, soit par voie humide. 8.1.1 Voie Humide  C’est une opération délicate, car les cerises doivent être dépulpées dans les 24 heures après la cueillette pour avoir un café de qualité. On le fait sécher durant deux semaines avec beaucoup d’attention c'est-à-dire une surveillance au niveau climatique. Le café ne supporte qu’un grand soleil, en cas de couverture du temps, il faut le mettre à l’abri, du temps pour le remuer. 8.1.2 Le café lavé En ce moment les coopératives fonctionnent normalement grâce aux fonds de roulement qui leur permettent d’acheter et de stoker le café, elles sont aux nombres de six, ainsi la mise en place d’une Fédération encouragé avec l’aide du consentium l’ICEF-AVSF facilite leur approvisionnement en café cerises directement chez les producteurs. Le café lavé est obtenu à partir d’une série d’opérations qui s’échelonnent de la façon suivante : En ce qui concerne le triage, les cerises sont immergées et à l’aide d’un tamis on enlève tout ce qui flotte à la surface. Les fausses fèves et les débris sont éliminés alors que les graines lourdes et saines sont conservées, cependant cette méthode a un inconvénient, elle ne permet pas d’éliminer les pierres. Pour le dépulpage les cerises sont ensuite passées dans des dépulpeurs qui séparent la pulpe des grains de café en parche. La pulpe du café est récupérée par le producteur sert d’engrais pour le mettre dans son jardin. La démucilagination et lavage, cette phase se réalise après la fermentation, le café est lavé à grande d’eau au moyen d’une bassine afin d’éliminer le mucilage gênant pour le séchage ultérieur. La durée de fermentation est de 6 à 8 heures. Dans le temps ce sont les voltigeurs qui effectuaient cette opération, et ce café sera destiné en République dominicaine. Le séchage et conditionnement, les grains sont étalés sur un glacis pour être séchés. Le café en parche séché obtenu est trié, mis en sac et acheminé ensuite à la FACN. Par fois, il peut être l’objet d’un déparcheminage avant de la mise en sac. Il est important de noter que le sous-produit du café, les pulpes, utilisées fraîches ou sèches comme fertilisants ou sont intégrées dans l'alimentation animale. 8.1.3 Voie sèche  La voie sèche avec l’obtention du « café coque ». Elle concerne essentiellement le café robusta et se fait par assèchement. Il s'agit de faire passer la cerise du café d’une teneur en eau de 60-75% à 12%. Cette méthode exige une maîtrise complète de l’humidité afin d’éviter une altération de la saveur. Une partie importante de la production du café à Baptiste est commercialisé sous forme de café naturel. Une fois récoltée, les cerises sont mises à sécher au soleil de façon à obtenir du café « coque » qui est souvent stocké pour être décortiquer au fur et à mesure des besoins du planteur. Le décorticage se fait soit au pilon soit au décortiqueur. Pour le café « tyoca », il exige une autre forme de préparation pratiquée à Baptiste, les cerises sont d’abord dépulpées au pilon et les graines encore induites de mucilage sont mises à sécher. La présence de cette matière pectique, fermentescible rend difficile le séchage qui, favorise le développement de moisissures et engendre des goûts fruités et alcooliques. De plus, cette préparation donne beaucoup de brisures ainsi que du café de mauvais goût. Elle empêche souvent au planteur de commercialiser rapidement son produit. 8.2 Les agents et le circuit de commercialisation du café Une partie de la production souvent considéré de piètre qualité, est destinée au marché local et au marché national, ainsi d’acheteurs dominicains qui viennent prendre la récolte directement entre les mains des producteurs. Le circuit de commercialisation du café à Baptiste implique bon nombre d’agents avec comme acteurs principaux : les producteurs, les exportateurs, les coopératives. Ces dernières fonctionnent actuellement avec l’aide de l’ICEF dans l’accompagnement du renforcement organisationnel, la mise en place des infrastructures (aire de séchage) pour la commercialisation du café dans de bonnes conditions. Cependant, les coopératives n’arrivent pas jusqu'à présent à collecter le volume de café voulu à cause de plusieurs problèmes de concurrence avec les acheteurs dominicains qui achètent le café à des prix supérieur alors que les coopératives exigent un café de qualité contrairement aux acheteurs dominicains qui ne soucient pas de la qualité. Le manque de formation et d’informations de certains planteurs leur empêche de vendre en totalité leur café aux coopératives. D’autre part, certains planteurs ont choisi de ne pas vendre leur café aux coopératives parce qu’ils ne font pas confiance aux responsables des coopératives en pensant que ces derniers ne sont pas assez sérieux et qu’il n’y a pas assez de transparence dans le mode du fonctionnement des coopératives. 8.2.2 Prix du café et la quantité collecté par les coopératives. Avec la présence des coopératives encouragées par le concentium l’ICEF-AVSF favorisent les activités de commercialisation, ce qui fait le prix du café est relativement augmenté. Depuis 1998, d’après les membres de coopératives et certains exploitants, un bidon de café de 5 marmites était vendu à 35 Gdes soit environ un dollar américain. Actuellement, depuis l’intervention de l’ONG avec l’encadrement fourni aux coopératives dans la question de commercialisation du café, le prix d’un bidon de café à Baptiste oscille entre 150 et 200 Gdes soit entre 4 et $ US 5. Ce qui veut dire qu’il y a une appréciation significative du prix du café. Ce café collecté dans la région de Baptiste-Savanette est vendu sur le marché international à raison de $US 1.26 la livre et sur le marché équitable en France particulièrement à raison de $US 2.30 la livre. 8.2.3 Distribution de ristournes Ces coopératives utilisent comme dans toutes les coopératives un système de ristournes, ce qui consiste à partager le plus value entre les coopérateurs. En ce qui concerne la répartition de ces ristournes, ils sont répartis entre les membres des coopératives qui ont vendu du café aux coopératives. Cette distribution est faite de manière égalitaire. Cependant, le problème c’est que les agriculteurs attendent toujours des ristournes mais, cependant des fois ils ne sont pas satisfaits de ce qu’ils ont reçu. Les revenus tirés de l’exploitation caféière sont généralement faibles. Les bénéfices bruts obtenus de la commercialisation du café sont souvent élevé mais les bénéfices nets sont faibles. Les coûts de transport du café de la zone de production à la zone de traitement final, les coûts d’usinage et d’exportation sont très élevés. Cela a diminué considérablement les bénéfices nets tirés de l’exploitation caféière ce qui fait que les ristournes à distribuer aux caféiculteurs qui représentent les bénéfices nets obtenus de la vente du café sont généralement faibles. 8.3 Les agents commerciaux 8.3.1 Les producteurs Dans la zone de Baptiste, le café est produit par une multitude de planteurs. Une fois récolté, le café est vendu soit en cerise soit séché et transformé en café naturel. La majeure partie du café cerise est livrée directement à la coopérative de Baptiste. Et l’autre partie « Tyokè » peut être également vendue à domicile ou à des voltigeurs, au marché local ou chez des certains spéculateurs. Le café séché est vendu au marché local. La plupart de ces transactions s’opèrent les jours de marché (une fois par semaine). Le transport se fait à dos d’âne ou de mulet. Le producteur en tant qu’agent commercial a très peut d’influence sur les prix fixés par les coopératives en fonction des cours mondiaux. Pour s’assurer une meilleure rémunération, deux stratégies sont possibles : • Si la situation économique ne permet, stocker en attendant une hausse de prix, mais le problème scolyte. • S’informé sur les points d’achats offrant un meilleur prix. 8.3.2 Les coopératives Les coopératives sont reparties dans plusieurs localités en fonction de la production aux différents étages agro-écologiques. Elles sont au nombre de six et réunies en fédération (UCOCAB) elle-même affiliée à la FACN où s’achemine le café pour le traitement final. Le siège de la Fédération Agricole des caféières Natives (FACN) est très éloigné de la région de Baptiste. Les prix de transport sont élevés à cause du mauvais état de la route reliant Baptiste à Port-au-Prince ce qui a réduit considérablement les bénéfices tirés de l’exploitation caféière. Le coût du transport d’un sac de café de soixante (60) livres de la région de Baptiste jusqu’au centre de traitement final à Tombe Gâteau dans le sud-est est estimé à 200 gourdes soit environ $ 5 US. En fait, les coûts élevés du transport à cause du mauvais état des routes et l’éloignement de l’agence de traitement final du café constituent deux obstacles à la rentabilité de la commercialisation du café dans la région de Baptiste-Savanette. 8.3.3 Les voltigeurs Les voltigeurs sont des acheteurs indépendants qui opèrent dans le secteur informel avec leur propre fonds. Ils sillonnent la campagne pour acheter du café qu’ils revendent aux acheteurs de la République Dominicaine. Les revendeurs fonctionnent surtout à domicile. Ils achètent le café des paysans voisins qu’ils acheminent vers les centres de spéculation soit à la coopérative ou des acheteurs Dominicains. 8.3.4 La qualité du café La mauvaise qualité du café est un problème sérieux dans la zone. Nous avons identifié plusieurs causes qui pourraient être à la base de ce problème. Les conditions socio-économiques des paysans, la faiblesse de l’élevage en général et le fait que le café constitue la principale culture de rente de la zone, fait accentuer la pression sur la culture du café sur laquelle les paysans se reposent pour toutes les dépenses ou investissements importants. De ce fait, le café est souvent récolté avant la maturité pour pouvoir faire face à des besoins financiers pressants. Les femmes et les enfants constituent en majeure partie la main d’œuvre utilisée dans la cueillette du café. Cette main d’œuvre est rémunérée en fonction du nombre de bidons cueillis. En essayant de cueillir le maximum et d’alléger leur tâche, ils récoltent non seulement les cerises vertes mais aussi ils hypothèquent la prochaine récolte en arrachant les pédoncules (ripages) et cassant même les branches. Une pratique culture adoptée par certains paysans de Baptiste veut que vers les mois de janvier/février que tous les caféiers soient vider de tous leurs fruits (vers ou mûrs) pour préparer la nouvelle floraison. Ces fruits sans un tri préalable sont séchés et vendus. 8.3.5 Les difficultés de transport Le mauvais état de la route, en particulier du tronçon Belladère-Baptiste, l’inexistence d’un trafic régulier sans pour autant d’entrave à la commercialisation du café. Des rares spéculateurs disposent de leur propre moyens de transport ou ont la possibilité de collectée suffisamment de café pour faire venir pour le prendre. Figure 14: circuit de commercialisation de café 9. Les systèmes de productions actuels : structure et fonctionnement Un système de production peut se définir comme la combinaison des moyens de production mise en œuvre par l’agriculteur afin d’obtenir différentes types de productions animales ou végétales. Chaque exploitation agricole correspond à un système de production que l’on considère comme un ensemble de sous-systèmes indépendants21 : • un système de culture au niveau de chacune des parcelles ; • un système d’élevage au niveau de chacun des troupeaux ; • un système de transformation et de commercialisation des produits ; L’étude de l’histoire agraire à Baptiste nous a permis de déterminer une pré- typologie confirmée lors d’un inventaire parcellaire. Les critères sont établis pour différencier les différents types d’exploitations grâces à eux, un questionnaire est mis en place afin de confirmer la typologie et surtout de déterminer la représentativité de chaque catégorie de producteur présent à Baptiste, notre zone d’étude. Les informations présentées ici dans le tableau ci-dessous, sont issues de plusieurs enquêtes menées sur une vingtaine d’exploitant par système de production aux différents étages agro-écologiques. Dans un premier temps nous avons présenté les producteurs, puis nous évaluons les performances économiques, afin de comparer la création nette de richesse par hectare et par journée de travail des différents systèmes de production. Nous étudions par ailleurs, la valeur ajoutée nette par hectare, puis par homme jour. Ensuite, nous nous intéressons aux revenus agricoles par actifs familiaux. Tableau  10: calcul de la VAN et du RA des différentes catégories d’agriculteurs 9.1 Classification structurelle et fonctionnelle 9.2.1 Classification structurelle De nombreuses études ont été faites en Haïti en vue d’établir une typologie des exploitations agricoles. Certaines privilégiaient les critères socio-économiques et d’autres faisant le choix des critères de fonctionnement technique. Cependant, pour aboutir à une typologie complète de façon à utiliser au conseil de gestion, nous devons tenir compte de ces deux types de critères. Mais, la question qui se pose et qui est à la base de notre travail est de savoir, au sujet des catégories d’exploitations établies, les critères socio-économiques qui doivent correspondent à des types de fonctionnement technique bien définis. D’autres part, nous voulons savoir si les caractéristiques de structures précitées déterminent les décisions techniques et de quelle façon. Notre typologie comprend deux étapes : -Un premier classement du point de vue socio-économique de toutes les exploitations enquêtées en vue de comprendre les conditions socio-économiques dans lesquelles l’activité agricole s’exerce. Voir les schémas (15, 16, 17, 18) en annexe 13 (1, 2, 3 ,4) qui déterminent les choix du système de production). -Un second classement revient à une typologie de fonctionnement technique à partir d’un échantillon d’exploitations raisonnées. Ces deux types de classification nous ont permis de mettre en évidence des types d’exploitations homogènes tant sur les caractéristiques socio-économiques que sur le plan technique. L’examen des fiches d’enquêtes nous a permis aussi de dégager des groupes de producteurs homogènes en retenant les trois critères suivants pour leur catégorisation : gestion de force de travail, taille de l’exploitation et les activités annexes, ainsi nous avons pu mettre en évidence six types d’exploitations. 9.2.2 Comparaison de la mise en perspective en termes de structure 9.2.3 Charge de main d’œuvre familiale Nous observons dans la figure ci-dessous les variables déterminant la charge et la main d’œuvre disponible par catégorie d’exploitant (voir les définitions en annexe 14.1). L’unité de consommation alimentaire(UCA) est un indice mesurant les besoins alimentaires de la famille, elle est l’équivalent de 3000 kcal qui est le besoin d’un masculin adulte ayant une activité modérée. La quantité de bouche à nourrir en moyenne est, de 4 pour les types d’exploitations I, III, IVC, 5 pour les catégories II, IVA et avec une augmentation de 7 chez le type IVB. L’unité de travail familial (UTF) mesure la disponibilité de la main d’œuvre sur l’exploitation agricole. Les individus absents qui ne peuvent pas participer aux travaux (les vieux) ne sont pas comptabilisés. On a mesuré la disponibilité en main d’œuvre familiale en tenant compte des valeurs indiquées en annexe 14,2. Le nombre d’exploitants moyens pour les catégories III, IV est faiblement réduit, il est en moyenne 1 unité de travail familial sur l’exploitation. Il est également valable pour l’unité de travail masculin(UTFM) ce qui leur implique au recours à la main d’œuvre saisonnière et de contrat. Pour les types I, II, nous observons dans le même graphique une forte charge de main d’œuvre, il est en moyenne 3 masculins/actifs par famille, le manque de terre les pousse au recours à d’autres exploitations ou partir en République Dominicaine. Figure 19 : Charge et main d’œuvre familiale disponible par type d’exploitation 9.2.4 Variables synthétiques par type d’exploitation Dans la figure ci-après nous présentons les variables synthétiques (SAU, SAU/UCA, SAU/UTF, SAU/UTFM) par type d’exploitation (voir les chiffres en annexe 14.2). Les données d’enquêtes montrent que la surface agricole utile (SAU) représente dans notre échantillon 25 hectares en moyenne pour toute l’exploitation. Le rapport montre que de la surface agricole utile par unité de consommation alimentaire (SAU/UCA) est très faible pour les catégories I et II, il varie de 0,2 à 0,3. Ce qui ne permet pas de satisfaire la subsistance de la famille. Pour les types III et IV, la surface passe de 0,8 à 1,4. Cela explique ici que la superficie exploitée peut être assuré les besoins de la famille vis-à-vis aux types d’exploitations précédentes. L’exploitation de type (I, II) est caractérisée par le rapport de SAU/UTF, assez faible. Chaque unité de main d’œuvre exploite 0,3 et 0,6 ha. Ces catégories doivent recourir à la vente de force de travail. A l’inverse chez les catégories d’exploitations (III, IV), chaque unité de main d’œuvre exploite de 1 à 6 hectares. Ce qui les implique fréquemment à recourir à la main d’œuvre extérieure. Figure 20 : variable synthétique (SAU, UTF, UTFM) par catégorie d’exploitation (voir annexe 14.3 pour les chiffres) 10. Typologie des exploitations La typologie que nous avons présentée dans le tableau ci-dessous est réalisée sur la base des enquêtes effectuées au près des producteurs de Baptiste précisément dans la zone caféière. Celle-ci, est issue d’un processus de différenciation des exploitations anciennes, qui a débuté à la fin des années 40. L’accumulation de capitaux par certains exploitants a conditionné les possibilités d’évolution des systèmes de production. 22 Tableau 11 : Représentation synthétique des différents types d’exploitations identifiés Source : les auteurs 10.1 Type I : Micro-exploitations agricoles Cette catégorie n’a pas beaucoup de terres, elle représente une part importante des foyers de Baptiste. Certains d’entre eux, exercent des activités d’ouvriers agricoles ou d’autres petites fonctions (maçons, petit commerce). Ils sont pour certains issus de la famille déshéritée ou viennent d’installé à Baptiste bien souvent à la suite d’un mariage ou bien seulement pour exploiter la terre. La superficie exploitée par cette catégorie varie de 0 à 1 hectare avec une surface moyenne de 0,82 hectare et présente un assolement à prédominance vivrière de 71% et 29% de caféier. La surface prise en fermage est limitée d’une part par la disponibilité de l’outillage qui est tout à fait rudimentaire, d’autre part, la non disponibilité d’intrants et la main d’œuvre familiale qui est essentiellement. Ainsi la terre prise en métayage qui, est un élément d’ajustement, elle permet d’assurer la subsistance de la famille, comme l’indique l’étude qui montre que la SAU/UCA est en moyenne de 0,2. Il en résulte qu’une forte main d’œuvre familiale en moyenne de 3 UTF et 2 UTFM par exploitation est nécessaire. Tout ceci, justifie que l’exploitant a toujours eu recours à la vente occasionnelle de force de travail soit à d’autres exploitations ou partir en République Dominicaine et s’engage dans les activités extra-agricoles peu rémunératrices. En ce qui concerne le café, la catégorie de type I n’effectue qu’un seul sarclage en mars, après ce sarclage l’exploitant profite pour semer du maïs et du pois. Normalement le café demande plus de sarclage que l’exploitant n’a pas eu le temps de faire, dans la mesure où il donne priorité au travail ailleurs soit au moment de pointe du travail en République Dominicaine à cause de sa situation économique qui ne lui pas permettre où chez d’autres d’exploitations. Ceci, leur facilite à mettre du maïs sous le café. En plus, leurs jardins de café sont en voie disparition par rapport aux vivriers, dans les espaces vides aux alentours du jardin la mise en place du haricot et du maïs est observée. La mise à distance du peuplement de café chez cette catégorie n’est pas également respectée si les producteurs plantent leur café aux distances réglementaires, ce sont les mises à distance qui ne respectent pas et qui donnent des jardins trop denses. Mise à distance de 50 cm, l’une de l’autre. Le système d’élevage bovin de cette catégorie est inexistant alors que l’élevage de caprins de porcins et de volailles prédomine. Enfin, la caractéristique essentielle de cette catégorie est très précaire. Celle-ci est dû à la nature de travail qu’elle organise chez les autres exploitants plus aisé ou en République Dominicaine. Cependant, ce travail est généralement d’une durée à une année. Il en résulte que le nombre de ces exploitants et la part des terres qu’ils exploitent sont variables d’une année à l’autre suivant que les grands exploitants ont du temps disponible pour travailler toute leur propriété ou pas. La stratégie dominante de ce type d’exploitant consiste donc à chercher à exploiter les terres que les autres exploitants de Baptiste ne peuvent occasionnellement pas utiliser, dans la mesure où il veut satisfaire leur besoin aller en république Dominicaine pour prendre des terres en métayage. 10.1.1 La micro-exploitation : statut précaire pour un système de production économiquement fragile mais qui valorise au mieux la terre. Pour cette catégorie(I) d’exploitants la main d’œuvre est uniquement familiale, en moyenne 3 actifs, soit une force de travail disponible de 73 hj. Les systèmes de culture permettent de valoriser mieux le reste des parcelles. En effet, ces exploitants ne disposent ni du capital ni de terres nécessaires à la culture du café, ce qui leur pousse à investir plus dans la culture vivrière. Ce sont eux, qui créent le plus de richesses, la valeur ajoutée nette par hectare est maximale : 17738  gourdes (507 $ US) au maximum. Ils valorisent au mieux leur force de travail, la valeur ajoutée nette par journée de travail étant de 243 (7 $ US) 23 gourdes pour un hectare cultivé. Le système de production 24mis en œuvre par cette catégorie leur permet de dégager un revenu par actif familial de (5676 gourdes/an (162 $ US) et ceci pour une surface par actif de 0,26 ha. Donc, ces catégories n’exploitent forcement pas au maximum leur capacité de travail. La marge de temps de travail est souvent destinée au petit commerce, ou à des journées de travail chez d’autres agriculteurs, ou à autres activités extra-agricoles qui leur permettent de survivre. La viabilité du système de production reste de plus en plus fragile. 10.2 Type II : les petites exploitations agricoles Cette catégorie(II) représente les petits exploitants, les moyens de production détenues par ces exploitations sont faibles (l’outillage rudimentaire). La superficie moyenne exploitée est de 1,69 hectare, elle se différencie principalement de la première catégorie par le fait que la main d’œuvre utilisée est d’origine à la fois familiale et externe et utilise également un assolement à dominante vivrière 64%et 36 % caféiers. Cette catégorie ne prend quasiment pas la terre en métayage, ce qui différencie nettement de la catégorie précédente. Il en résulte une forte main d’œuvre familiale similaire par rapport à la catégorie précédente, qui est le seul facteur de production abondant dans cette catégorie d’exploitation. Elle a en moyenne 3 UTF et 2 UTFM par exploitation. En ce qui concerne le rapport de surface en propriété de jouissance rapportée aux nombres d’unités de consommation (0,32ha), elle est plus grande par rapport à la catégorie précédente cela implique une suffisance de la surface exploitée pour subvenir aux besoins de la famille. Egalement, il n’est pas surprenant que dans cette catégorie d’exploitation que la majorité d’entre eux, ont des sources de revenus additionnels provenant soit de la vente occasionnelle de leur force de travail excédentaire comme ouvriers agricoles, soit des membres de la famille émigrés dans le pays voisin ou dans des activités hors exploitations agricoles (petit commerce, voltigeur, scieur, bouchers). Pour le système d’élevage, ce type d’exploitant différencie de la catégorie précédente en ce qui concerne son effectif que sa nature 18 % de ces exploitations a un élevage bovin, 54 % d’ovins et 18 % d’équins. Nous pouvons conclure que la faiblesse de cette catégorie repose sur la faiblesse des moyens de production qui se manifeste à tous les niveaux. La vente occasionnellement de la force de travail, le petit commerce sont les principales stratégies adoptées juste pour subvenir aux besoins de ces familles. Le jardin de café de cette catégorie est similaire par rapport au type précédent, les parcelles aussi sont denses réalisant 1 sarclage avec des lianes mirlitons sous la culture de café, ce qui retarde le développement et la croissance du café. Il en résulte une baisse de la production de café. L’exploitant laisse sa parcelle dense pense que cela lui permet de réduire le temps de travail; s’il fait un contrôle de densité et laisse passer la lumière cela peut augmenter les mauvaises herbes et il aura plus de travaux d’entretien à faire dans la parcelle. 10.2.1 Comparaison prise de décision du type II avec une augmentation de la viabilité des systèmes de production. Ces exploitants de cette catégorie disposent également une forte main d’ouvre familiale surtout masculins 3 adultes. Les produits agricoles sont leurs seules sources de revenu pour faire face aux charges familiales importantes. Toutes ces exploitations font de petits commerces pour faire faces à des besoins de trésorie. Les producteurs de ce type investissent dans la force de travail. Cette catégorie d’exploitation pratique les mêmes systèmes de culture que la catégorie précédente, mais elle investit un peu de leur capital dans la main d’œuvre saisonnière. Ainsi, même si le système de production exige plus de travail, ils peuvent cultiver une plus grande surface par actif familial, soit 0,56 ha. La superficie en faire valoir direct permet de nourrir la famille, ainsi que les animaux lors de la saison sèche (feuilles des arbres) ; ce qui permet d’augmenter la taille d’animaux par rapport à la catégorie précédente. Ces animaux sont en propriété ou en gardiennage. En ce qui a trait à la distribution de travail, elle est similaire à celle du type précédent. Néanmoins, il y a une augmentation de la quantité de travail associée à l’agrandissement de la surface. Ils disposent d’un capital qu’ils investissent dans la main d’œuvre saisonnière. Plus le capital investi est important, plus la main d’œuvre saisonnière est nombreuse et plus ils disposent de temps pour d’autres activités. Ainsi, ces propriétaires consacrent leur temps de travail aux saisonniers qu’exigent leurs systèmes de production. La dépense pour la main d’œuvre saisonnière diminue la valeur ajoutée nette par actif et par hectare. Elle est de 11 731 (335 $ US) gourdes/ actif/ha/an. 10.3 Type III : la moyenne exploitation agricole Cette catégorie regroupe les moyennes exploitations, ayant une superficie de 4 hectares et son assolement prédomine les vives avec 38% en café et 62% vivrières. Les moyens de productions sont plus forts que les catégories précédentes; les six exploitations de cette catégorie possèdent au total des glacis pour faire sécher les produits agricoles. Les outillages sont similaires pour toutes les exploitations agricoles (voir l’annexe 14). Ils sont très dépendants en fonction du type de producteur. Ce groupe principalement est mieux pourvu que les catégories précédentes. Elle dispose d’un cheptel beaucoup plus important aussi bien Bovin, Equin, caprin (figure 21). Il est nettement plus important que dans les catégories précédentes, il en résulte une nette augmentation de la charge animale par hectare exploité qui passe de 1,88 pour la catégorie II à 3 pour cette catégorie. Cette importance de l’élevage peut être expliquée non seulement par la stabilité de surface exploitée, mais on peut dire que les producteurs du coté de Roche Plate ne sont pas victimes presque pas de problème de vol par rapport aux producteurs enquêtés aux deux autres zones, (par exemple Dieubabrouin étant une zone influencée par la République Dominicaine). Il en résulte beaucoup de perte d’animaux. La main d’œuvre familiale est de 1 UTF et 1,18 UTFM et les travaux de ces exploitations sont réalisés par une main d’œuvre salariée. Cette catégorie fait des activités extra-agricoles comme le petit commerce, la spéculation, vente de la mine de sable sur l’exploitation pour avoir d’autres revenus additionnels. On peut donc, conclure dans cette catégorie, les moyens de production détenus en propriété privée assurent généralement les besoins minimums de la famille. Dans le but de faire face à une activité secondaire, il n’est plus également vital que pour les exploitations précédentes. Ces activités visent plus à valoriser un petit capital financier dans une activité demandant peu d’investissement ou d’élevage. Le recours à la vente occasionnelle de la force de travail est rarement rencontré dans cette catégorie. 10.3.1 Comparaison prise de décision la moyenne exploitation, une agriculture peu productive mais garantissant des terres en faire valoir direct. Le système de culture qui en résulte cette exploitation est donc basée essentiellement sur la prédominance vivrière. La stratégie de ces exploitations dispose d’une charge animale forte, 3 UGB par ha, par rapport aux catégories précédentes. De ce fait, certains resservent d’une part de leur surface aux animaux. L’élevage constitue alors l’activité dominante de ces exploitations. Certaines exploitations ont recours à la prise des terres en fermage afin d’assurer un complément fourrage à leur bétail. Ces catégories d’exploitations investissent mieux leur capital dans l’achat de terrain. Ils pratiquent l ‘élevage de Bovins, mais une partie de leur effectif cédés en gardiennage. La surface moyenne en propriété de jouissance est de 3,5ha. Les principales cultures sont le café, le maïs et l’haricot permettant de valoriser tous leur type de terre. Pour cultiver la terre qu’ils possèdent en propriété, l’exploitant fait appel à la main d’œuvre saisonnière pour la conduite de leur système de production. Au moment où il fait appel à une main d’œuvre saisonnière, l’agriculteur dégage du temps libre pour d’autres activités autre que l’agriculture. Certains exercent le métier tailleur, la majorité est membre de la coopérative. La valeur ajoutée nette par actif et par hectare est faible : 12550(359 $ US) gourdes/ actif/ha/an (pour un hectare cultivé) par rapport aux deux types précédents. La valorisation de la force de travail est faible également vis-à-vis aux deux autres ; la VAN/hj est de 55 gourdes (pour un hectare cultivé), soit 1,5 $ US. Le revenu agricole annuel par actif familial est 11504 gourdes (329 $ US). 10.4 Type IV : Grandes exploitations agricoles Ce type d’exploitant est scindé en trois sous-types : 10.4.1 Type IV A : Grande exploitation à superficie élevée et à dominance vivrière Cette catégorie représente les paysans de grande exploitation à superficie élevée et à dominance vivrière. La taille moyenne de l’exploitation est de 7 hectares. La terre détenue par ce type d’exploitant assure généralement l’équilibre en ce qui à trait aux besoins en travail et en consommation de ces exploitations. Son assolement est de 27 % vivrier et 73 % caféiers. La surface disponible est en moyenne de 1,41 ha/UC et 7 ha par UTFM. Aussi la taille des parcelles, qui est une contrainte majeure pour les petites exploitations se trouve nettement améliorée et atteint une valeur moyenne de 1,81 ha pour ce type d’exploitation. Quant à cette catégorie, la contrainte d’éloignement pour raison de maladie et l’existence d’une activité commerciale et face à l’existence d’une activité commerciale obligent l’exploitant à donner essentiellement ses terres en faire valoir indirect et il travaille seulement le terres proches de leur habitation. Ceci permettant à l’exploitant d’avoir un élevage constitué de 1,29 UGB bovin, 0,57 UGB ovin, 1 UGB équin soit 4 au total. Les données d’enquêtes montent dans la figure ci-après le nombre d’UGB par catégorie d’exploitation. Figure 21 : Composition du cheptel par catégorie d’exploitation et le tableau avec des données se retrouve en annexe 12 En ce qui a trait aux matériels agricoles (glacis, et l’outillage) on dénote une nette amélioration. On a constaté également que toutes les exploitations de ce type possèdent un petit glacis. Les parcelles caféières de cette catégorie d’exploitant sont mieux entretenues que celles des exploitants précédents. Ils ont réalisé deux sarclages, mais leurs parcelles sont toujours denses. 10.4.2 Grande exploitation agricole un certain nombre d’agriculteurs combine un système de production rémunérateur et une garantie des terres tout en pratiquant une activité. Ces exploitants disposent également une charge animale importante sur l’exploitation de 3 UGB par ha (voir figure ci-dessus) qui est nettement similaires par rapport à la catégorie précédente. Les cultures pratiquées sont des cultures annuelles avec un ou deux cycles sur une parcelle au cours de l’année. Elle emploie beaucoup de main d’œuvre journalière pour la conduite des systèmes de production. La valeur ajoutée nette par actif par hectare est de 11336 gourdes («324 $ US) par actif/ an, elle est plus petite que le type de la moyenne exploitation. La valorisation de la force de travail est deux fois plus petite que le type. II passe de 51 (1,5 $ US) gourdes de VAN/hj à 20 (0,5 $ US) gourdes. Enfin, pour conclure le revenu annuel est de 9919(283$ US). Deux exploitants du sous- type B aspirent à ce système de production dont la maîtrise des techniques est plus aisée et la charge en travail réduite. Ce système de production, qui pour sa mise en place nécessite un capital important, n’est pas à l’abri d’une crise de surproduction de café pendant plusieurs années. Dans ce cas, la reconversion vers un autre type d’exploitation serait difficile car elle nécessiterait l’éradication de tous les jardins café par rapport aux vivrières. 10.4.3 Type IVB : Grande exploitation à dominance café et volume de production relativement élevée. Pour cette exploitation, on retrouve des exploitations de type plus aisé par rapport aux autres catégories. Les moyens de productions sont nettement différents. Le niveau d’équipement (glacis, épulpeur, moulin maïs) qu’il possède est mis à la disposition des autres catégories. La superficie détenue par cette classe d’exploitation assure généralement l’équilibre des besoins en travail et en consommation de ces exploitations. La terre disponible en moyenne est de 1,07 ha /UC. Aussi la taille des parcelles qui constitue une contrainte pour les petites exploitations se trouve nettement améliorée et atteint une valeur moyenne de 5, 90 hectares par parcelle chez cette catégorie. En ce qui concerne le système d’élevage pour cette catégorie, son effectif a subi une diminution par rapport aux catégories précédentes. Il est de 4 UGB en moyenne par exploitation pour la précédente catégorie et pour ce type d’exploitant, il est de 2 UGB. En effet, il existe une nette différence entre les types précités en ce qui concerne sa composition, l’effectif des bovins qui a diminué. Ceci est lié aux contraintes de vols dans certains cas, mais surtout à la non disponibilité de la main d’œuvre familiale qui peut éventuellement conduire l’élevage d’ovins et tandis que l’élevage Bovin est plus facile à conduire. Les parcelles caféières chez cette catégorie d’exploitant sont mieux entretenues, la distance est mieux respectée. Certaines maîtrise les techniques agricoles et d’autres sont anciens dirigeants de coopérative, ils réalisé deux à trois sarclages /an. En effet, les déchets de cuisine et les résidus de culture (fanes de pois, enveloppe et stipe du maïs) peuvent être jetés en un même endroit afin de concentrer la matière organique pour la culture, (le climat permettant une humification rapide). Ces parcelles caféières bénéficient d’une quantité de travail fort importante selon la disponibilité des membres de sa famille. De plus, elles ont un accès privilégié à la fumure, certains producteurs possédant des dépulpeurs et les pulpes de café servent de fumier pour mettre dans les parcelles. Ces parcelles sont donc les plus rentables, elles existent donc que chez les grands producteurs. Nous pouvons conclure que pour cette catégorie, l’équilibre est réalisé entre les facteurs de production, grâce à un recours  à la main d’œuvre salariée ou aux contrats. Le surplus agricole dégagé est investi dans des activités commerciales demandant peu de travail de main d’œuvre et permettant un revenu relativement important. C’est dans cette catégorie que l’on retrouve des commerçants, deux exploitants exercent le métier de hougan, possèdent des moulins de maïs et ces résidus servent comme fumier les parcelles de café. 10.4.4 La prise de risque C’est un groupe particulier, qui a pris le risque. Il correspond à la grande d’exploitation ayant maintenir presque toute leur surface en café. Cet assolement est pratiquée par des catégories les plus aisées qui, pour des contraintes structurelles diverses s’orientent essentiellement vers la culture de café qui est la culture de rente. Son système de culture permet de valoriser la terre, mais exige de lourd investissement en capitaux (engrais, main d’œuvre saisonnière). La valeur ajoutée nette par actif est supérieure à celle de la précédente catégorie 16 867(482 $ US) gourdes/actif/ha/an, mais reste toujours en dessous de la catégorie de type I qui possède de valeur ajoutée maximale. Ce système de production est le plus simple pour eux, ces types n’investissent pas trop dans les cultures vivrières. Une seule récolte par an est effectuée (août-Septembre), la gestion de la trésorerie est donc plus difficile avec des rentrées d’argent une seule fois dans l’année. Le revenu agricole pour ce type d’exploitant. La charge de travail est de 530 HJ/ ha), elle pratique beaucoup de contrat. Exercent des activées de commerce, hougan pour équilibrer les besoins alimentaires de la famille et d’avoir de trésorie pour la scolarisation des enfants à Port-au-Prince et à Belladère. Donc, l’exploitant peut donc exercer une autre activité, pouvant ainsi combler les problèmes de trésorerie. 10.4.5 Type IVC : Grande exploitation à dominance café et volume de production faible Ce type d’exploitation regroupe également les catégories les plus aisées mais avec un volume de production faible. Les moyens de production sont similaires par rapport aux autres sous-types. La superficie moyenne de cette catégorie est de 5,5 ha par exploitation, présente un assolement de 75% caféier et 25% vivrier. Le système d’élevage de cette catégorie est nettement diminué par rapport aux deux autres sous-types il est de 2 UGB pour le sous-type B il est également de 2 UGB. Quant aux jardins de café dans cette catégorie, les parcelles sont denses, la mise à distance n’est pas une priorité ; ils ont réalisé 2 sarclages. Sa logique, le café rat est leur seule source de pépinière pour la nouvelle plantation. Nous pouvons dire pour cette catégorie l’équilibre n’est pas réalisé entre les facteurs de production comme la catégorie précédente. Il implique à une faible main d’œuvre familiale, elle est en moyenne 1 UTF et 1,33 UTFM par exploitation. Il est donc évident de recours à la main d’œuvre saisonnière ou au contrat de travail. 10.4.6 Comparaison de grande exploitation de type IV C25 Cette exploitation représente un autre type particulier qui a pris le risque, mais cependant avec volume de production faible. Ce sont des exploitants qui visent prioritairement la production de café, mais le faible niveau de connaissance sur les techniques. Elles sont de ce fait orientés vers la caféiculture, le café culture productive et domine l’assolement. (Voir annexe 15.1 pour les chiffres). La mise en place des systèmes de production n’est pas la même logique que le sous-type précédente. Dans la mesure où la catégorie de sous-type B investit beaucoup dans l’engrais. La VAN/ha est légèrement supérieur à celle de la catégorie sous-type A, elle est de 10 509 gourdes/actifs/ha/an (300 $ US). La mise en place de ce système de production répond à la même logique que les grandes exploitations de sous-type A. Le revenu agricole annuel par actif familiale est de 7881 59 gourdes dépasse les catégories précédentes, sauf le revenu de la catégorie d’exploitation de sous-type B. On peut donc conclure que c’est la catégorie d’exploitation de type I qui valorise le mieux la terre. Il crée le maximum richesse à l’unité de surface et par journée de travail. Leur VA/ha représente le double pour les catégories de sous-type A et Sous-type C de grandes exploitations. L VA/hj y est environ 10 fois plus importante que pour les grandes exploitations. Mais pour certains d’entre eux, le revenu dégagé est insuffisante qui doit être complété par la vente de force de travail, ainsi que par de l’élevage prise en gardiennage. Dans le cas contraire pour les exploitants qui ne disposent pas de capitaux, les activités annexes jouent un rôle prépondérant dans la construction de revenu. 10.5 L’assolement des principales cultures à Baptiste On trouve aujourd’hui à Baptiste une diversité des catégories d’agriculteurs, diversité résultant d’un processus rapide de différenciation dans un contexte économique et institutionnel particulièrement instable. Baptiste se caractérise par un déséquilibre des surfaces occupées par les cultures annuelles et les cultures pérennes. En observant le graphique ci-dessous une dominance des cultures vivrières vis-à-vis du type d’agriculteurs. Ceux, qui prennent le risque avec leur assolement à prédominance caféiers. Ainsi l’annexe 15.2 représente les chiffres, les nombres d’exploitants et l’assolement en culture de café. Figure 22 : Répartition des productions actuelles à Baptiste 10.5.1 Gestion technique et économique des exploitations En ce qui concerne la typologie, elle nous a permis de mettre en évidence les stratégies de production mise en œuvre par les différents types d’exploitations, ce qui nous permettons d’observer dans les figures (23, 24, 25, 26) en annexe numéro 16 (1, 2,3, 4). Ces stratégies en fait, sont fonction des moyens de production (terre, capital, travail) dont dispose l’exploitant et à un degré moindre de l’état des connaissances techniques. Ainsi pour la culture de café, nous avons observé une certaine intensification allant de la catégorie I à la catégorie IV (0 à 1 sarclage pour le type 1 et 2 à 3 sarclages avec contrôle d’ombre et fertilisation minérale pour certains dans le type IV, notamment pour le sous type B. Egalement pour le système d’élevage, le cheptel est constitué en majeure partie par des caprins et des porcins chez les catégories I et II, des bovins sont pris en gardiennage par ces types d’exploitants. L’objectif global des exploitants est principalement pour l’augmentation de leur capital. Cet objectif ne peut se matérialiser que grâce à des investissements qui peuvent êtres financés soit par l’exploitant lui-même soit par un apport extérieur. Différentes stratégies sont mises en place pour faire face aux problèmes de trésorie. Le financement interne se réalise à partir de ressources générées par l’exercice de certaines activités annexes qui sont très peu rémunératrices chez la première et la deuxième catégorie, et très favorables aux exploitants les plus aisés. Ces derniers s’adonnent entre autres à la spéculation, le gros commerce, activité hougan. Le financement interne peut également provenir de la vente de bétail pour certaines catégories. Dans l’absence du système de crédit institutionnel, le financement externe est assuré par les prêteurs traditionnels qui pratiquent à la fois un taux d’intérêt élevé et exigent de solides garanties. Si les exploitants du type IV n’ont pas de problème de trésorie, ceux du type I et II par contre, sont confrontés à de sérieuses difficultés financières. Non seulement les revenus internes sont faibles, mais également, ces catégories d’exploitants sont peu solvables comme en témoigne le graphique 27 présentant le capital fixe des différents types d’exploitations. La monnaie Haïtienne est en gourde (35 gdes pour 1 $ US). Figure 27 : Capital fixe d’exploitation Pour conclure, la typologie d’exploitation a permis de mettre en évidence quatre grandes catégories d’exploitants dans la zone d’étude dont les caractéristiques structurelles et fonctionnelles sont tout à fait différentes. 10.5.2 Modèle économique des systèmes de production par type Figure 28 : Modèle économique des systèmes de production par type Parmi les six types d’exploitations identifiés dans notre étude, il convient de souligner que toutes les exploitations permettent au producteur de gagner un revenu agricole. Mais ces revenus dégagés sont différents au niveau des types, que nous avons observé dans le graphique ci-dessous. Une variation allant de 162 $ US pour le type I et 402 $ US pour le type IV. Ce revenu est très fluctuant en raison des fortes variations de prix auxquelles sont soumises les cultures annuelles, et en raison des risques de perte de récolte due aux aléas climatiques. De même pour le type IV B qui réalise le revenu net agricole le plus élevé à l’hectare, est aussi le soumis à variations avec le type I et II. Enfin, nous remarquons que le revenu des travailleurs journaliers est fixé de 75 gourdes soit 2 $ US par jour. Conclusions et perspectives L’étude des systèmes de production de la localité de Baptiste, zone caféière dans le Plateau Central a permis de mettre en évidence les contraintes et les atouts qui pèsent sur ses différentes catégories d’agriculteurs. Situé à la frontière avec la République Dominicaine, dans une zone exiguë, coincée dans la montagne, Baptiste est un quartier de passage et représente une terre d’espoir. Elle accueille les Haïtiens qui cherchent à passer en République Dominicaine et ceux qui sont déshérités, venant d’autres régions du pays. Ces nouveaux habitants, démunis de tout capital, n’ont pour survivre que de leur force de travail qu’ils investissent dans la seule activité qui s’offre à eux, à savoir l’agriculture en métayage. La logique économique en vigueur les dirige graduellement vers d’autres activités plus rérnunératrices dès que celles-ci sont possibles. Ces gens se sont généralement orientés vers le petit commerce et le travail de la construction. L'importance de la population, en fonction des activités favorise une sorte de modification de la vie et la réalité socio-économique de la zone, impliquant de grandes reformes foncières. Et la faiblesse de l'Etat permet aux grands producteurs d'être les seigneurs qui décident de tout. Cette poussée démographique croissante provoque une urbanisation qui se fait au détriment des terres agricoles. Il devient rentable alors pour un producteur aisé de vendre ses terres en café dans une perspective d'urbanisation que de les cultiver. Il en résulte une véritable spéculation foncière orchestrée par les grandes exploitations. Par ailleurs, l’enclavement de la zone pose de sérieux problèmes pour la commercialisation des produits. De plus la proximité de cette région par rapport à la République Dominicaine favorise une migration importante de la fore de travail, ainsi que la disparition du système d’élevage du gros et menu bétail dans les zones proche de la ligne frontalière. A partir de la situation que nous avons diagnostiquée dans la zone de Baptiste, nous avons identifiée quelques caractéristiques des exploitations qui, même à l’échelle du pays constituent des atouts. Au niveau du foncier, le mode de tenure dominant est le faire valoir direct (FVD). La superficie moyenne disponible par exploitation ainsi que la dimension moyenne des parcelles est relativement importante, elle varie de 0,82 ha pour le type I, supérieure à 6 ha pour le type IV et le degré de morcellement est faible (3 parcelles en moyenne/ exploitant). Au niveau de la typologie, les catégories I et II bénéficient d'une main d’œuvre familiale importante et qu’elle gagnerait à employer dans d’autres activités. D’autre part, les catégories III et IV d’exploitations sont engagées dans d’autres activités économiques très rémunératrices à partir desquelles il se dégage un surplus que les producteurs ont la possibilité de réinvestir dans la caféiculture. Cette dernière occupe une place importante au sein des exploitations, comme en témoigne le pourcentage important des terres qui lui est affecté. Les producteurs ont tendance à maintenir des cultures vivrières aussi bien longtemps qu’ils peuvent couvrir les frais annuels dans d’autres cas, leur stratégie consiste à réduire au minimum ces frais. Pour sortir de cette impasse, l’accroissement de la rentabilité de l’agriculture devient impératif, afin qu’il soit plus avantageux de cultiver les terres en café plutôt de les cultiver en vivres. L’étude des systèmes de production a montré que l’agriculture subissait plusieurs contraintes dont elle devra s’affranchir. D’autres facteurs, tel que le manque d’encadrement technique et les performances limitées d’un travail essentiellement manuel influence négativement la productivité du travail et de la terre. A cela s’ajoute le manque de moyens financiers qui constitue un facteur limitant pour l’utilisation des intrants, gages d’une meilleure productivité agricole. Des agriculteurs qui, en fonction des zones agro-écologiques auxquelles, ils auront accès et des modes de tenure foncière développeront des stratégies caractéristiques. La zone d’étude est une zone diversifiée surtout en altitude par rapport aux trois étages agro-écologique. Elle peut faire du café et aussi des vives. Mais, selon les zones, les opportunités sont différentes pour le café et pour les vives. Pas de zone privilégiée pour le café. Les Catégories différentes d’exploitations dans toutes les zones et une capacité à investir dans le café et à prendre des risques différents. Le projet de l’ICEF travaille sur l’écosystème caféier et la diversification orientés vers les cultures pérennes. Quoique dans notre zonage, selon les étages agro-écologiques, les types ne se comportent pas de la même façon, mais le travail connait déjà un fort retentissement avec l'implication de la population dans la gestion de la production du café à travers la création des coopératives et les encadrements techniques. Pour renforcer nos affirmations, nous avons présentés dans le tableau ci-dessous au conseil de la manière suivante : Tableau 12 : récapitulatif des propositions au conseil de gestion Bibliographie BONNEMARIE J. et JOUVE Ph. et al. – Appui pédagogique à l’analyse du milieu rural ans une perspective de développement – coll. Systèmes agraires, n°8, CIRAD – ENSSAA – CNEARC, Montpellier, 1987 Brochet M. et Dufumier M. (1998) : Le rôle des systèmes d’élevage dans l’économie des exploitations agricoles. Ministère de L’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR). Centre National d’Etudes en agronomie des Régions Chaudes (CNEARC). 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