(2025) Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSSAN), Édition 2025
Resume — L'Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSSAN) 2025 offre un diagnostic actualisé et approfondi de la situation des ménages haïtiens, dans un contexte de crises économiques, sociales, climatiques et sécuritaires persistantes. Elle révèle que 5,7 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire aiguë élevée (phases IPC 3 ou 4), avec des projections indiquant une augmentation potentielle à 5,91 millions. L'enquête souligne la forte précarité des moyens d'existence, la prédominance de l'emploi informel et les vulnérabilités importantes des ménages dirigés par des femmes et des populations déplacées.
Constats Cles
- Environ 5,7 millions de personnes sont actuellement en situation d'insécurité alimentaire aiguë élevée (phases IPC 3 ou 4), avec des projections indiquant une augmentation à 5,91 millions.
- 94% de la population active occupée est employée dans le secteur informel, entraînant des emplois instables et faiblement rémunérés.
- 48,8% des ménages ont recours à l'endettement pour faire face aux chocs majeurs tels que les maladies, la sécheresse, l'insécurité et la hausse des prix alimentaires.
- Les ménages dirigés par des femmes sont proportionnellement plus touchés par l'insécurité alimentaire sévère (40% contre 34% chez les hommes).
- La performance agricole est globalement insuffisante, avec 46% des communes enregistrant des rendements inférieurs à la normale.
Description Complete
L'Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSSAN) 2025 a été menée par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) pour fournir une analyse rigoureuse, actualisée et représentative de la situation alimentaire, nutritionnelle et socioéconomique des ménages haïtiens. L'enquête, basée sur un échantillon de 6 550 ménages, révèle une situation profondément préoccupante : environ 5,7 millions de personnes sont actuellement en situation d'insécurité alimentaire aiguë élevée (phases IPC 3 ou 4), avec des projections suggérant que ce nombre pourrait atteindre 5,91 millions au cours de la période projetée (mars-juin 2026) en l'absence d'interventions adaptées.
Les principales conclusions soulignent la forte précarité des moyens d'existence, avec 94% de la population active occupée dans le secteur informel, entraînant des emplois instables et faiblement rémunérés. Les vulnérabilités sont particulièrement aiguës pour les ménages dirigés par des femmes (48,9%), les ménages de grande taille (moyenne de 4,6 personnes) et ceux accueillant des personnes déplacées ou handicapées. L'accès aux services de base reste insuffisant, 41,5% des ménages ne traitant pas l'eau de boisson et 27,8% utilisant des installations sanitaires non améliorées. Le rapport met en évidence le recours massif à l'endettement (48,8% des ménages) pour faire face aux chocs tels que les maladies, la sécheresse, l'insécurité et la hausse des prix alimentaires, érodant davantage la résilience. Les performances agricoles sont globalement insuffisantes, 46% des communes ayant enregistré des rendements inférieurs à la normale. Le rapport préconise des réponses intégrées, ciblées et anticipatives, combinant assistance d'urgence, soutien aux moyens d'existence et amélioration des services de base, avec une approche fortement sensible au genre.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
R É P U B L I Q U E D ’ H A I T I
COORDINATION NATIONALE DE LA SECURITE
ALIMENTAIRE
(CNSA)
ENSSAN, EDITION 2025
Décembre 2025
MINISTERE DE L’AGRICULTURE, DES RESSOURCES NATURELLES ET DU
DEVELOPPEMENT RURAL
(MARNDR)
MARNDR/PARSA
ENQUETE NATIONALE DE SUIVI
DE LA SECURITE ALIMENTAIRE
ET NUTRITIONNELLE
1
AVANT-PROPOS
La sécurité alimentaire et nutritionnelle demeure un enjeu majeur pour Haïti, dans un contexte marqué
par la persistance des crises économiques, sociales, climatiques et sécuritaires. Ces dernières années ont
été caractérisées par une dégradation continue des conditions de vie des ménages, une fragilisation accrue
des moyens d’existence et une exposition répétée à des chocs multiples, mettant à rude épreuve les
capacités de résilience des populations les plus vulnérables.
Dans ce contexte, la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA), avec l’appui de ses
partenaires techniques et financiers, a conduit l’Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et
Nutritionnelle (ENSSAN) 2025. Cette enquête s’inscrit dans la continuité des exercices précédents et vise à
fournir une analyse rigoureuse, actualisée et représentative de la situation alimentaire, nutritionnelle et
socioéconomique des ménages haïtiens.
L’ENSSAN 2025 se distingue par la richesse de ses analyses, combinant approches descriptives, analyses
multivariées, classification IPC et, de manière innovante, une analyse longitudinale de l’insécurité
alimentaire vécue. Cette démarche permet non seulement de dresser un état des lieux à un instant donné,
mais également d’appréhender les trajectoires de vulnérabilité dans le temps, en mettant en évidence les
tendances, les ruptures et les disparités persistantes entre territoires et groupes de population.
Les résultats présentés dans ce rapport constituent une base factuelle essentielle pour éclairer la prise de
décision, orienter la planification stratégique et renforcer la cohérence des interventions humanitaires et
de développement. Ils soulignent la nécessité de réponses intégrées, différenciées et anticipatives,
capables de répondre aux besoins immédiats tout en s’attaquant aux causes structurelles de l’insécurité
alimentaire et nutritionnelle.
La réalisation de l’ENSSAN 2025 a été rendue possible grâce à l’engagement conjoint de nombreuses
institutions et personnes. La Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) tient à exprimer sa
profonde reconnaissance aux partenaires techniques et financiers comme la Banque Mondiale, Le
PMSAN/UE, le PAM, la FAO, l’IICA, le CRS, l’ADRA, Save The Children, Solidarités Internationales, GOAL,
AVSI et CONCERN Worldwide pour leur appui constant, leur confiance et leur accompagnement stratégique
tout au long du processus. Elle remercie également les institutions nationales comme le MARNDR, le MSPP,
l’IHSI, le MDE, la DINEPA, impliquées dans la conception méthodologique, la collecte, l’analyse et la
validation des données, dont la contribution a été déterminante pour assurer la rigueur et la crédibilité des
résultats.
La CNSA salue par ailleurs le travail de son équipe technique et administrative, des experts associés à
l’enquête, ainsi que l’engagement remarquable du personnel de terrain — Coordonnateurs, superviseurs
et enquêteurs — et des informateurs communautaires, dont le professionnalisme et le dévouement ont
permis de produire des données de qualité dans un contexte particulièrement contraignant. Enfin, elle
exprime sa gratitude aux ménages haïtiens ayant accepté de participer à l’enquête, ainsi qu’à l’ensemble
des acteurs nationaux et internationaux qui œuvrent quotidiennement à l’amélioration de la sécurité
alimentaire et nutritionnelle en Haïti. Ce rapport est le fruit de cet effort collectif et se veut un outil au
service d’une action plus ciblée, plus coordonnée et plus efficace en faveur des populations les plus
vulnérables.
Harmel CAZEAU pour La Coordination
2
Résumé exécutif
A. Contexte et objectifs
Dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité, la volatilité des prix alimentaires, la fragilité
des moyens d’existence et la dégradation du contexte sécuritaire, l’Enquête Nationale de Suivi de la
Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSSAN) 2025 fournit un diagnostic actualisé et approfondi de la
situation des ménages haïtiens. L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 6 550 ménages,
statistiquement représentatif au niveau national, régional et selon le milieu de résidence, permettant une
analyse robuste des conditions de vie, des moyens d’existence et de la sécurité alimentaire et
nutritionnelle.
L’ENSSAN 2025 a pour objectif principal d’évaluer l’évolution de la sécurité alimentaire et nutritionnelle
des ménages, d’identifier les groupes et zones les plus vulnérables, et d’analyser les principaux facteurs de
risque et mécanismes d’adaptation face aux chocs économiques, climatiques et sécuritaires. Elle vise
également à alimenter la classification IPC, tant pour la période actuelle que pour la période projetée, afin
d’éclairer la prise de décision, la planification humanitaire et l’anticipation des crises.
Les résultats de l’enquête constituent ainsi une base factuelle essentielle pour orienter les politiques
publiques, renforcer la coordination des interventions humanitaires et de développement, et adapter les
réponses aux profils différenciés de ménages identifiés par l’analyse typologique.
B. Profils socio-démographiques
Les vulnérabilités sociodémographiques constituent un facteur structurant de cette situation. Les ménages
dirigés par des femmes (48,9 %), les ménages monoparentaux féminins sans support (19,9 %), les ménages
de grande taille (taille moyenne de 4,6 personnes), ainsi que ceux accueillant des personnes déplacées ou
handicapées présentent de manière récurrente des niveaux de vulnérabilité plus élevés et une exposition
accrue aux chocs.
Sur le plan des conditions de vie, l’accès insuffisant aux services de base demeure un déterminant majeur
de la vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle. 41,5 % des ménages ne traitent pas l’eau de boisson, 23,6
% utilisent des sources non aménagées et 27,8 % recourent à des installations sanitaires non améliorées,
exposant une part importante de la population à des risques sanitaires accrus
C. Situation économique, emploi et agriculture
L’ENSSAN 2025 met en évidence une forte précarité des moyens d’existence, étroitement liée à la structure
du marché du travail et à l’évolution défavorable des sources de revenus. L’analyse de l’emploi montre une
prédominance quasi généralisée du secteur informel, qui concentre 94 % des actifs occupés. Cette forte
informalité traduit la prévalence d’emplois instables, faiblement rémunérés et dépourvus de mécanismes
de protection sociale, limitant la capacité des ménages à absorber les chocs économiques.
3
L’évolution récente des sources de revenus confirme cette fragilité. Au niveau national, 7,9 % des ménages
déclarent avoir perdu au moins une source antérieure de revenus. Cette situation est nettement plus
critique dans les camps de déplacés, où 32 % des ménages rapportent la perte d’une source de revenus,
traduisant une exposition accrue aux perturbations économiques et sécuritaires.
La capacité des revenus à couvrir les besoins essentiels demeure fortement limitée. Les ménages
dépendant principalement de l’exploitation agricole propre (28 %) et du travail agricole journalier (32 %)
déclarent plus fréquemment être incapables de couvrir leurs besoins, illustrant la faible rentabilité des
activités agricoles et la vulnérabilité des ménages ruraux face aux aléas climatiques et aux contraintes de
production.
Face à l’insuffisance des revenus, le recours au crédit et à l’endettement apparaît comme un mécanisme
central de survie. Au niveau national, 30 % des ménages déclarent recourir au crédit, avec des niveaux
nettement plus élevés dans certains territoires, notamment dans le département du Sud (49,5 %) et le
Nord-Ouest (42,6 %). Plus largement, 48,8 % des ménages ont recours à l’endettement pour faire face aux
principaux chocs, en particulier les maladies ou accidents (55 %), la sécheresse ou le manque de pluies
(46,3 %), l’insécurité et les conflits armés (45,2 %) ainsi que la hausse des prix alimentaires (44,6 %). Cette
dynamique d’endettement accroît la vulnérabilité financière des ménages et compromet leur capacité de
résilience à moyen terme.
Sur le plan agricole, les performances de la campagne en cours apparaissent globalement insuffisantes
pour améliorer durablement la sécurité alimentaire. Environ 46 % des communes ont enregistré une
performance agricole inférieure à la normale, tandis que 54 % affichent une performance jugée normale
ou supérieure. Ces résultats traduisent une situation hétérogène, mais globalement marquée par des
contraintes structurelles persistantes, limitant la contribution de l’agriculture à la disponibilité alimentaire
et aux revenus des ménages.
D. Sécurité alimentaire et perspectives
L’analyse de la sécurité alimentaire met en évidence une situation préoccupante au niveau national,
confirmée par les résultats de la classification IPC. Pour la période actuelle, environ 5,7 millions de
personnes sont classifiées en situation d’insécurité alimentaire aiguë élevée, correspondant aux phases IPC
3 ou 4. Cette situation traduit des difficultés majeures d’accès à une alimentation suffisante et adéquate
pour une part importante de la population, en particulier dans les zones rurales enclavées, certaines zones
urbaines défavorisées et les camps de déplacés.
Les perspectives à court terme indiquent un risque d’aggravation de la situation alimentaire. Selon l’analyse
IPC projetée, environ 5,91 millions de personnes pourraient se retrouver en situation d’insécurité
alimentaire aiguë sévère (phases IPC 3 ou plus) au cours de la période projetée, en l’absence
d’interventions adaptées et anticipatives. Cette évolution attendue reflète la persistance des facteurs
structurels et conjoncturels de vulnérabilité, notamment la fragilité des moyens d’existence, l’insécurité et
la volatilité des prix alimentaires.
Cette fragilité se reflète directement dans les comportements alimentaires des ménages et dans le recours
massif aux stratégies d’adaptation. Au niveau national, près de 82 % des ménages ont recours à au moins
4
une stratégie d’adaptation liée à l’alimentation (rCSI), telles que la réduction de la quantité ou de la qualité
des repas. Ce niveau élevé de recours aux stratégies d’adaptation traduit une pression aiguë sur la
consommation alimentaire et une capacité limitée des ménages à maintenir des pratiques alimentaires
adéquates, en particulier dans les zones classées en phases IPC élevées.
L’analyse sexo-spécifique met en évidence une vulnérabilité accrue des femmes en matière de sécurité
alimentaire. Les femmes sont proportionnellement plus touchées par l’insécurité alimentaire vécue, avec
40 % classées en situation d’insécurité alimentaire sévère, contre 34 % chez les hommes. Cette disparité
reflète des inégalités persistantes d’accès aux ressources économiques, aux opportunités d’emploi et aux
mécanismes de protection, qui accentuent l’exposition des ménages dirigés par des femmes à l’insécurité
alimentaire aiguë.
L’analyse longitudinale de la sécurité alimentaire vécue montre que l’insécurité alimentaire en Haïti
demeure structurellement élevée sur l’ensemble de la période 2022–2025, malgré une amélioration
relative observée en 2023. La proportion de ménages en insécurité alimentaire sévère reste majoritaire,
oscillant autour de 57–59 %, traduisant une crise prolongée et peu réversible. Les tendances révèlent de
fortes disparités persistantes selon le sexe du chef de ménage, le niveau d’éducation et le territoire, avec
une vulnérabilité particulièrement marquée dans les camps de déplacés, le Nord-Ouest et parmi les
ménages dirigés par des femmes. Ces résultats confirment que les améliorations ponctuelles observées ne
traduisent pas un renforcement durable de la résilience des ménages.
Le recours à l’endettement constitue un mécanisme central de survie face aux chocs. Près de 48,8 % des
ménages déclarent avoir recours à l’endettement pour faire face aux principaux chocs, notamment les
maladies ou accidents (55 %), la sécheresse ou le manque de pluies (46,3 %), l’insécurité et les conflits
armés (45,2 %) ainsi que la hausse des prix alimentaires (44,6 %). Ce recours accru à l’endettement
contribue à l’érosion progressive des moyens d’existence et renforce la vulnérabilité future des ménages.
Enfin, les perceptions des ménages concernant leur situation alimentaire à court terme confirment ces
tendances. 47,2 % des ménages déclarent ne pas savoir comment évoluera leur situation de sécurité
alimentaire au cours des six prochains mois, tandis que 22,9 % estiment que leur situation va empirer. Ce
niveau élevé d’incertitude et de pessimisme renforce la crédibilité des projections IPC et souligne l’urgence
de réponses anticipatives.
E. Profils des ménages en insécurité alimentaire
Au-delà de l’ampleur et de la gravité de l’insécurité alimentaire mises en évidence par l’analyse IPC,
l’ENSSAN 2025 permet d’identifier des profils différenciés de ménages, caractérisés par des combinaisons
spécifiques de vulnérabilités sociodémographiques, économiques et alimentaires.
L’analyse typologique, fondée sur des méthodes multivariées (ACM/HCPC), complète ainsi l’analyse IPC en
apportant une lecture fine des trajectoires de vulnérabilité, des mécanismes sous-jacents et des groupes à
cibler prioritairement. Elle permet de dépasser une lecture strictement géographique ou conjoncturelle
pour mieux comprendre qui sont les ménages affectés et pourquoi.
Les principaux profils de ménages en situation d’insécurité alimentaire se dégagent comme suit :
5
• Ménages en insécurité alimentaire sévère et crise aiguë
Ménages présentant une consommation alimentaire très insuffisante, un recours massif aux
stratégies d’adaptation négatives (rCSI élevé) et une érosion avancée des moyens d’existence. Ces
ménages se concentrent majoritairement dans les zones classées en phases IPC élevées,
notamment dans les zones rurales enclavées, certaines zones urbaines défavorisées et les camps
de déplacés.
• Ménages en fragilité économique chronique
Ménages dont les revenus sont instables et insuffisants pour couvrir les besoins essentiels,
fortement dépendants de l’emploi informel, de l’agriculture de subsistance ou du travail journalier.
Bien que certains ne soient pas encore en insécurité alimentaire sévère, ils présentent un risque
élevé de basculement vers des phases IPC plus graves en cas de choc supplémentaire.
• Ménages dirigés par des femmes et ménages monoparentaux féminins
Ces ménages cumulent des contraintes économiques, une charge de dépendance élevée et un
accès limité aux opportunités d’emploi et de protection sociale. Ils sont proportionnellement plus
touchés par l’insécurité alimentaire vécue et figurent de manière récurrente parmi les profils les
plus vulnérables identifiés par la typologie.
• Ménages accueillant des personnes déplacées ou vivant dans les camps
Ces ménages présentent une perte significative de sources de revenus, une forte dépendance aux
marchés et à l’assistance, ainsi qu’un recours accru à l’endettement et aux stratégies d’adaptation
négatives, les exposant à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë.
• Ménages agricoles à faible productivité
Ménages dépendants de l’exploitation agricole propre ou du travail agricole journalier, confrontés
à des performances agricoles insuffisantes, à un accès limité aux intrants et à une forte variabilité
climatique, réduisant leur capacité à assurer leur sécurité alimentaire par la production ou les
revenus agricoles.
Ces profils confirment que l’insécurité alimentaire en Haïti résulte à la fois de vulnérabilités structurelles
et de facteurs conjoncturels, et qu’une réponse uniforme serait insuffisante pour répondre à la diversité
des situations observées.
Sur la base des résultats de l’ENSSAN 2025, de l’analyse de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, de la
classification IPC (période actuelle et période projetée) et de l’analyse typologique des ménages, les
recommandations ci-après visent à répondre de manière graduée, ciblée et anticipative aux différentes
formes de vulnérabilité observées. Elles combinent des réponses d’urgence, des actions de prévention et
des mesures de renforcement de la résilience, adaptées à la diversité des profils de ménages et des
contextes territoriaux.
6
G. Recommandations
1. Recommandations générales fondées sur l’analyse IPC
• Renforcer l’assistance alimentaire et les transferts monétaires dans les zones classées en phases
IPC élevées (phases 3 et 4) pour la période actuelle, en ciblant prioritairement les ménages en
insécurité alimentaire sévère et ceux ayant recours à des stratégies d’adaptation négatives.
• Prévenir la dégradation de la situation alimentaire dans les zones identifiées comme à risque pour
la période IPC projetée, à travers des interventions anticipatives visant à éviter le basculement vers
des phases IPC plus sévères.
• Assurer la convergence entre sécurité alimentaire et nutrition, notamment dans les zones
présentant des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë et de vulnérabilité nutritionnelle, en
renforçant le dépistage, la prévention et la prise en charge nutritionnelle des groupes à risque.
• Renforcer les moyens d’existence et l’emploi, en particulier dans le secteur informel, afin de
réduire la dépendance prolongée à l’assistance et de stabiliser les revenus des ménages exposés à
la volatilité économique.
• Améliorer l’accès aux services de base (eau potable, assainissement, hygiène), en particulier dans
les zones rurales enclavées, les zones urbaines défavorisées et les camps de déplacés, afin de
réduire les facteurs aggravants de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle.
• Renforcer le suivi, l’anticipation et l’actualisation régulière de l’analyse IPC, en intégrant
systématiquement les résultats de l’ENSSAN dans la planification nationale et locale, afin d’adapter
rapidement les réponses à l’évolution de la situation.
2. Recommandations spécifiques selon les profils de ménages :
• Pour les ménages en insécurité alimentaire sévère et en situation de crise aiguë : Mettre en
œuvre des interventions humanitaires immédiates, combinant assistance alimentaire ou transferts
d’urgence, prise en charge nutritionnelle ciblée et mesures de protection des actifs résiduels, afin
de prévenir une aggravation irréversible de la vulnérabilité.
• Pour les ménages en fragilité économique chronique : Déployer des programmes de soutien aux
moyens d’existence (activités génératrices de revenus, appuis productifs légers, emploi
temporaire), afin de réduire le risque de basculement vers des phases IPC plus sévères au cours de
la période projetée.
• Pour les ménages dirigés par des femmes et les ménages monoparentaux féminins : Renforcer
des mécanismes de ciblage sensibles au genre, incluant des transferts monétaires adaptés, un
meilleur accès aux opportunités économiques et une articulation renforcée avec les services
sociaux, afin de réduire les inégalités structurelles observées en matière de sécurité alimentaire.
• Pour les ménages accueillant des personnes déplacées ou vivant dans les camps : Adapter les
interventions aux contextes de déplacement, en combinant assistance alimentaire, soutien aux
revenus et amélioration de l’accès aux services de base, tout en tenant compte de la forte
dépendance aux marchés et du recours accru à l’endettement.
• Pour les ménages agricoles à faible productivité : Appuyer des interventions agricoles ciblées
visant à améliorer la productivité et la résilience (accès aux intrants essentiels, appui aux pratiques
agricoles adaptées, soutien à la commercialisation), afin de renforcer la contribution de
l’agriculture à la sécurité alimentaire et aux revenus.
• Pour les ménages dépendants de l’emploi informel et du travail journalier : Développer des
mécanismes de protection économique et sociale, incluant des filets sociaux adaptatifs et des
7
opportunités d’emploi à court terme, afin d’atténuer la volatilité des revenus et de limiter le
recours aux stratégies d’adaptation négatives.
3. Orientations transversales de mise en œuvre
• Intégrer systématiquement une approche sensible au genre, au handicap et au déplacement dans
toutes les interventions.
• Promouvoir des réponses territorialisées, adaptées aux contextes ruraux, urbains et aux camps de
déplacés.
• Assurer la convergence des actions en sécurité alimentaire, nutrition, emploi et services sociaux,
afin d’agir simultanément sur les causes immédiates et structurelles de l’insécurité alimentaire.
• Renforcer les mécanismes d’anticipation des chocs, en s’appuyant sur les perceptions des
ménages, les systèmes d’alerte précoce et les analyses IPC, afin d’ajuster rapidement les réponses.
H. Conclusion
L’articulation entre recommandations générales fondées sur l’analyse IPC et recommandations spécifiques
issues de l’analyse typologique permet de proposer une réponse cohérente, graduée et ciblée face à
l’insécurité alimentaire en Haïti. Cette approche vise à répondre aux besoins immédiats des populations
les plus affectées tout en renforçant durablement la résilience des ménages, dans un contexte marqué par
des risques élevés de maintien ou d’aggravation de l’insécurité alimentaire au cours de la période projetée.
8
SIGLES ET ABREVIATIONS
ACM : Analyse des Correspondances Multiples
ECVMAS : Enquête sur les Conditions de Vie des ménages Après le Séisme
EEEI : Enquête sur l’Emploi et l’Economie Informelle
ENSSAN : Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle
FAO : Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture
FIES : Food Insecurity Experience Scale
HCPC : Hierarchical Clustering on Principal Components
IHSI : Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique
IPC : Integrated Food Security Phase Classification
MAG : Malnutrition aiguë Globale
PAM : Programme Alimentaire Mondial
rCSI : Reduced Coping Strategy Index)
SCA : Score de consommation alimentaire
SDE : Section d’Enumération
9
Table des matières
AVANT-PROPOS .......................................................................................................................... 1
Résumé exécutif .......................................................................................................................... 2
SIGLES ET ABREVIATIONS ..................................................................................................................... 8
Introduction................................................................................................................................ 17
1)Contexte et justification ........................................................................................................ 17
2)Objectifs .............................................................................................................................. 17
3) Structure du rapport ............................................................................................................ 18
1 METHODOLOGIE ...................................................................................................................... 20
1.1 Cadre méthodologique général et évolutions par rapport à l’ENSSAN 2024 ...................... 20
1.2 Enquête auprès des ménages ....................................................................................... 21
1.2.1 Taille, stratification et répartition de l’échantillon ...................................................... 21
1.2.2 Base de sondage et procédure de tirage .................................................................... 24
1.2.3 Pondérations et représentativité des estimations ....................................................... 24
1.2.4 Structure et contenu du questionnaire ménage .......................................................... 25
1.2.5 Dispositif de collecte des données et assurance qualité .............................................. 27
1.2.6 Limites méthodologiques et considérations éthiques .................................................. 28
1.3 Enquête communautaire et triangulation des données ................................................... 29
1.3.1 Objectifs et couverture de l’enquête communautaire ................................................. 30
1.3.2 Méthodes de collecte et types d’informateurs communautaires .................................. 31
1.3.3 Intégration des données communautaires dans l’analyse IPC et triangulation ............... 31
1.4 Approche d’analyse statistique, multivariée et IPC ......................................................... 32
1.4.1 Analyses descriptives ............................................................................................... 33
1.4.2 Analyses multivariées et typologie des ménages ........................................................ 33
1.4.3 Analyse IPC de la période actuelle et de la période projetée ........................................ 33
1.4.4 Triangulation et validation des résultats .................................................................... 34
2 CARACTERISTIQUES SOCIO-DEMOGRAPHIQUES DU MENAGE .................................................................. 35
2.1 Caractéristiques des chefs de ménage ........................................................................... 35
2.1.1 Sexe du chef de ménage ........................................................................................... 35
2.1.2 Le chef de ménage : la structure par âge et par sexe ................................................... 36
2.1.3 Niveau d’instruction du chef de ménage .................................................................... 38
10
2.1.4 Statut matrimonial du chef de ménage ...................................................................... 39
2.1.5 Types de ménages dirigés par les chefs de ménage ..................................................... 40
2.2 Structure du ménage ................................................................................................... 42
2.2.1 Taille du ménage ..................................................................................................... 42
2.2.2 Répartition des membres du ménage par groupe d’âge et sexe ................................... 44
2.2.3 Scolarisation des enfants selon le niveau d’instruction du chef de ménage et le
département ....................................................................................................................... 45
2.2.4 Personnes handicapées dans le ménage selon le type de ménage ................................ 47
2.2.5 Personnes déplacées et personnes accueillies dans le ménage .................................... 49
2.3 Caractéristiques des services de base du ménage ........................................................... 52
2.3.1 Principales sources d’approvisionnement du ménage en eau ...................................... 52
2.3.2 Mode de traitement de l’eau dans le ménage ............................................................ 53
2.3.3 Principal lieu d’aisance du ménage ............................................................................ 54
3 CARACTERISTIQUES ECONOMIQUES DU MENAGE ............................................................................... 57
3.1 Sources de revenus du ménage ..................................................................................... 57
3.1.1 Principales sources de revenus du ménage ................................................................ 57
3.1.2 Source de revenus et satisfaction des besoins du ménage ........................................... 59
3.1.3 Évolution du montant et de la stabilité des sources de revenus du ménage .................. 60
3.1.4 Personnes déplacées et sources de revenus du ménage .............................................. 61
3.1.5 Nombre de membres du ménage gagnant un revenu : évolution et différenciation
socioéconomique ................................................................................................................. 62
3.2 Dépenses du ménage ................................................................................................... 64
3.2.1 Dépenses alimentaires du ménage ............................................................................ 65
3.2.2 Dépenses non alimentaires du ménage ..................................................................... 66
3.3 Crédit et épargne du ménage ....................................................................................... 68
3.3.1 Recours au crédit du ménage .................................................................................... 68
3.3.2 Accès au crédit selon le type d’emploi du chef de ménage .......................................... 69
3.3.3 Ménages ayant pu épargner au cours des 12 derniers mois ........................................... 70
3.4 Agriculture et Elevage .................................................................................................. 72
3.4.1 Importance de l’agriculture en tant que source de revenu ........................................... 72
3.4.2 Performance de la campagne agricole de printemps ................................................... 73
3.4.3 Analyse de la situation agro-climatique ..................................................................... 74
11
3.4.4 Pratique de l’agriculture et contraintes...................................................................... 76
4 LE MARCHE DU TRAVAIL ............................................................................................................. 79
4.1 Le secteur de l’emploi .................................................................................................. 79
4.1.1 Structure sectorielle de l’emploi ............................................................................... 79
4.1.2 Spécialisation sectorielle par département ................................................................ 80
4.1.3 Structure sectorielle selon le milieu de résidence ....................................................... 82
4.1.4 Différences sectorielles selon le milieu de résidence ................................................... 82
4.2 Le statut de l’emploi en Haïti : une économie massivement informelle ............................ 83
4.2.1 Population occupée selon le statut d’emploi et par sexe ............................................. 85
4.2.2 Population occupée selon le statut d’emploi et le niveau d’éducation .......................... 85
4.2.3 Statut d’emploi des chefs de ménage ........................................................................ 86
4.3 Participation à l’activité économique ............................................................................ 87
4.3.1 Taux d’activité par sexe et par âge ............................................................................ 87
4.3.2 Taux d’activité par niveau d’éducation ...................................................................... 89
4.3.3 Taux d’activité par milieu de résidence ...................................................................... 90
4.4 Effet de la conjoncture sur l’emploi ............................................................................... 91
4.4.1 Perte d’emplois au cours des 24 derniers mois ........................................................... 91
4.4.2 Principales raisons de la perte d’emplois ................................................................... 92
5 Sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages ................................................................ 95
5.1 Consommation alimentaire du ménage ......................................................................... 95
5.1.1 Score de consommation alimentaire ......................................................................... 96
5.1.2 Score de diversité alimentaire .................................................................................. 98
5.1.3 Échelle de mesure de l’insécurité alimentaire vécue (FIES) .......................................... 99
5.1.4 Score de diversité alimentaire chez les femmes ........................................................ 100
5.2 Stratégies utilisées par le ménage pour avoir accès aux aliments ................................... 102
5.2.1 Stratégies d’adaptation réduite à l’alimentation (rCSI) .............................................. 102
5.2.2 Stratégies d’adaptation réduite et type d’emploi...................................................... 103
5.2.3 Détail des stratégies alimentaires utilisées ............................................................... 103
5.3 Index de prise de décision dans le ménage .................................................................. 105
5.4 Classification et localisation géographique des ménages en situation d’insécurité alimentaire
selon l’analyse IPC ................................................................................................................. 108
5.5 Situation de sécurité alimentaire des femmes cheffe de ménage en Haïti ....................... 114
12
5.6 Analyse longitudinale de la sécurité alimentaire vécue (FIES), 2021–2025 ...................... 116
5.6.1 Évolution globale de la sécurité alimentaire (2022–2025) .......................................... 116
5.6.2 Visualisation des tendances et identification des ruptures ........................................ 117
5.6.3 Disparités territoriales et groupes les plus vulnérables ............................................. 118
5.6.4 Validation et robustesse des résultats ..................................................................... 121
5.6.5 Implications de l’analyse longitudinale .................................................................... 122
5.7 Profil des ménages en insécurité alimentaire ............................................................... 122
5.7.1 Ménages en crise aiguë (Cluster C4) – le noyau dur de l’insécurité alimentaire sévère . 122
5.7.2 Ménages en extrême précarité (Cluster C3) – une crise économique et sociale chronique
alimentant l’insécurité alimentaire ...................................................................................... 123
5.7.3 Ménages en fragilité structurelle (Cluster C2) – une vulnérabilité chronique en milieu rural
124
5.7.4 Ménages résilients (Cluster C1) – une stabilité relative dans un contexte de vulnérabilité
systémique ........................................................................................................................ 125
5.7.5 Synthèse : qui sont les ménages en insécurité alimentaire en 2025 ? .......................... 126
5.8 Situation nutritionnelle des enfants ............................................................................ 127
5.8.1 Prévalence de la MAG selon le niveau d’éducation du chef de ménage ...................... 127
5.8.2 Prévalence de la MAG selon le statut matrimonial du chef de ménage ....................... 128
5.8.3 Prévalence de la MAG selon la diversité alimentaire du ménage ................................ 129
5.8.4 Prévalence de la MAG selon le score de consommation alimentaire .......................... 129
5.8.5 Prévalence de la MAG selon les stratégies d’adaptation des ménages ........................ 130
5.8.6 Prévalence de la MAG selon la part alimentaire du ménage ...................................... 130
5.8.7 Prévalence de la MAG selon les stratégies réduites (rCSI) .......................................... 131
5.8.8 Prévalence de la MAG selon le sexe du chef de ménage et le handicap ...................... 131
5.8.9 Prévalence de la MAG par département .................................................................. 132
5.8.10 Insécurité alimentaire vécue et malnutrition aiguë ............................................... 133
5.9 Chocs subis par les ménages ....................................................................................... 134
5.9.1 Exposition Différenciée aux Chocs : Des Réalités Territoriales Contrastées ................. 134
5.9.2 Typologie des Chocs : Une Multitude de Menaces Entrelacées ................................... 136
5.9.3 Stratégies d'Adaptation : L'Endettement Comme Mécanisme de Survie ..................... 136
5.9.4 Capacités Agricoles Futures .................................................................................... 137
5.9.5 Perspectives des Ménages : Entre Incertitude et Espoir Ciblé ..................................... 138
13
5.9.6 Besoins Prioritaires : Une Hiérarchie qui Varie Selon les Contextes ............................ 139
5.9.7 Préférences d'Aide : La Primauté des Transferts Monétaires ..................................... 140
Conclusion Générale et Recommandations ................................................................................... 142
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................. 149
ANNEXE .................................................................................................................................... 151
14
Listes des tables et des figures
A. Liste des tables
Table 1 : Répartition de l'échantillon de l'ENSSAN par région et par zone de moyens d'existence ...... 23
Table 2: Répartition (%) des chefs de ménage selon le sexe et le département ................................. 36
Table 3 : Répartition des chefs de ménage selon le niveau d'instruction et le sexe ............................ 38
Table 4 : Répartition des chefs de ménage selon le statut matrimonial et le département ................. 40
Table 5 : Répartition (%) des types de ménages selon le département ............................................. 41
Table 6 : Taille moyenne des ménages par département et milieu de résidence ............................... 43
Table 7: La structure par âge et sexe et ses implications socioéconomiques ..................................... 45
Table 8: Scolarisation des enfants selon le niveau d'instruction du chef de ménage et le département47
Table 9 : Répartition des personnes handicapées selon le type de ménage et le département ........... 49
Table 10 : Répartition (%) des personnes déplacées selon le sexe et le département ........................ 50
Table 11 : Répartition (%) des ménages selon qu'ils déclarent avoir accueilli des personnes déplacées51
Table 12 : Répartition des ménages selon leurs principales sources d'approvisionnement en eau et le
département .............................................................................................................................. 53
Table 13 : Répartition (%) des ménages selon le mode de traitement de l'eau adopté....................... 54
Table 14: Répartition (%) des ménages selon le principal lieu d'aisance et le milieu de résidence....... 55
Table 15: Répartition des ménages en pourcentage selon leurs principales sources de revenus ......... 58
Table 16: Satisfaction des besoins du ménage selon la principale source de revenus......................... 60
Table 17: Répartition de ménage selon l’évolution des sources et du montant de leurs revenus selon le
milieu de résidence ..................................................................................................................... 61
Table 18: Répartition (en %) des ménages accueillant des personnes déplacées selon leurs principales
sources de revenus et le milieu de résidence ................................................................................. 62
Table 19: Répartition des ménages selon le nombre de membres du ménage gagnant un revenu ...... 63
Table 20: Répartition des ménages selon l’évolution du nombre de membres gagnant un revenu entre
2021 et 2025 ............................................................................................................................... 64
Table 21 : Montant total dépensé par les ménages pour l'achat de nourriture ................................. 66
Table 22: Pourcentage de ménages ayant pu épargner au cours des douze (12) derniers mois ........... 71
Table 23: Répartition (%) nationale de l'emploi par secteur d'activités ............................................ 79
Table 24: Répartition sectorielle de l'emploi selon le département ................................................. 80
Table 25: Répartition sectorielle de l'emploi selon le milieu de résidence ........................................ 82
Table 26: Répartition sectorielle de l'emploi selon le milieu de résidence ........................................ 83
Table 27: Poids de l'emploi informel parmi les actifs occupés .......................................................... 84
Table 28 : Répartition de la population occupée selon le statut de l'emploi et le sexe ....................... 85
Table 29: Répartition (%) de la population occupée selon le statut d'emploi et le niveau d'éducation 86
Table 30: Répartition (%) des chefs de ménage selon le statut d'emploi ........................................... 87
Table 31: Taux d’activités par sexe et groupe d’âge ........................................................................ 88
Table 32: Niveau d'instruction de la population active ................................................................... 90
Table 33: Répartition des actifs selon le milieu de résidence ........................................................... 91
15
Table 34: Part des personnes ayant perdu leur emploi au cours des 12 derniers mois par département
................................................................................................................................................. 92
Table 35 : Répartition des ménages selon l'indice de stratégies de survie (rCSI) .............................. 103
Table 36: Indice de stratégies de survie(rCSI) selon le type d'emplois ............................................ 103
Table 37: Fréquence moyenne des stratégies alimentaires utilisées selon le milieu de résidence ..... 104
Table 38: Fréquence moyenne des stratégies alimentaires utilisées selon la zone de moyens d'existence
............................................................................................................................................... 105
Table 39: Evolution de la sécurité alimentaire selon la FIES (2022-2025, en % des ménages) ............ 116
Table 40: Evolution de l'insécurité alimentaire sévère selon le niveau d'éducation du chef de ménage
(2022-2025) .............................................................................................................................. 119
Table 41: L'évolution de l'insécurité alimentaire sévère selon le département ............................... 121
Table 42 : Prévalence de la malnutrition aigüe (MAG-PB) selon le niveau d'éducation du chef de
ménage .................................................................................................................................... 128
Table 43: Prévalence de la malnutrition aigüe (MAG-PB) selon le statut matrimonial du chef de ménage
............................................................................................................................................... 129
Table 44: Prévalence de la malnutrition aigüe Globale (MAG-PB) selon le score de diversité alimentaire
............................................................................................................................................... 129
Table 45: Prévalence de la malnutrition aigüe (MAG-PB) selon le score de consommation alimentaire
(SCA) ........................................................................................................................................ 130
Table 46 : Prévalence de la malnutrition aigüe (MAG-PB) selon le type de stratégies d'adaptions .... 130
Table 47: Prévalence de la malnutrition aigüe (MAG-PB) selon la part des dépenses alimentaires ... 131
Table 48: Prévalence de la malnutrition aigüe globale (MAG-PB) selon l'indice de stratégies de survie
réduite(rCSI) ............................................................................................................................. 131
Table 49 : Prévalence de la malnutrition aigüe globale (MAG-PB) selon le sexe du chef de ménage .. 132
Table 50: Prévalence du malnutri on aigue (MAG-PB) selon le handicap du chef de ménage ............ 132
Table 51: Prévalence de la malnutrition aigüe globale (MAG-PB) par département ......................... 132
Table 52 : Insécurité alimentaire vécue et prévalence de la malnutrition aigüe (MAG-PB) ............... 134
Table 53 : Exposition aux chocs par milieu de résidence ............................................................... 135
Table 54: Capacités agricole futures ............................................................................................ 138
Table 55 : Perspectives pour les six prochains mois ...................................................................... 139
Table 56 : Répartition des ménages selon leurs besoins prioritaires .............................................. 139
Table 57 : Présences (en % de ménages) pour l'aide humanitaire .................................................. 140
B. Liste des figures
Figure 1 : Pyramide des ages et des sexes du chef de ménage .................................................................. 37
Figure 2" Montant total de dépenses non alimentaires essentielles ......................................................... 67
Figure 3: Répartition des ménages par département selon qu'ils déclarent avoir recouru au crédit ........ 69
Figure 4: Pourcentage de ménage ayant reçu du crédit selon le type d'emplois du chef de ménage ....... 70
Figure 5 : Importance relative des sources de revenu liées à l'agriculture( normalisée à 100%) .............. 73
Figure 6: Performance de la campagne agricole de Printemps .................................................................. 74
16
Figure 7: Données pluviométriques( Période janvier -Juin 2025)............................................................... 75
Figure 8: Principales contraintes des exploitants ....................................................................................... 77
Figure 9 Score de consommation alimentaire par strate: ......................................................................... 97
Figure 10 : Score de diversité alimentaire .................................................................................................. 99
Figure 11Echelle de mesure de l'insécurité alimentaire vécue(FIES) ....................................................... 100
Figure 12: Diversité alimentaire minimale des femmes(MDD-W) ............................................................ 101
Figure 13: Répartition (%) des ménages où les femmes participent activement à la prise de décision 106
Figure 14: Principaux enjeux de disparités de genre en matière de sécurité aliemtnaire en Haiti .......... 107
Figure 15 : Classification des phases d'insécurité alimentaire par département( Situation actuelle) ..... 109
Figure 16: Classification IPC des phases d'insécurité alimentaire aigue par département( période projetée
(Mars -Juin 2026) ...................................................................................................................................... 112
Figure 17 : Graphique des tendances dans l’evolution de la FIES ............................................................ 117
Figure 18 : Répartition des ménage selon le degré d’exposition aux chocs par département ................ 135
Figure 19: Principaux chocs affectant les ménages .................................................................................. 136
Figure 20 : Endettement pour faire face aux chocs .................................................................................. 137
17
Introduction
1) Contexte et justification
Depuis plus d’une décennie, la sécurité alimentaire en Haïti constitue un enjeu structurel majeur,
progressivement aggravé par une succession de chocs socio-économiques, climatiques, politiques et
sécuritaires. La persistance de l’inflation, la fragilisation des moyens d’existence, la contraction de la
production agricole, l’insécurité croissante et les déplacements forcés de population ont profondément
altéré la capacité des ménages à accéder de manière régulière à une alimentation suffisante, diversifiée et
adéquate.
Au cours des dernières années, ces facteurs se sont combinés pour accentuer la vulnérabilité des ménages,
en particulier dans les zones rurales enclavées, les zones urbaines défavorisées et les contextes de
déplacement. Les perturbations des marchés, la volatilité des prix alimentaires et la désorganisation des
circuits économiques ont réduit les marges d’adaptation des ménages, renforçant leur dépendance à des
stratégies de survie souvent coûteuses et non durables.
Dans un tel contexte, la disponibilité de données fiables, représentatives et régulièrement actualisées
apparaît comme un impératif central pour orienter efficacement les politiques publiques, la planification
stratégique et les interventions humanitaires et de développement. L’absence d’informations robustes
limite en effet la capacité des acteurs à anticiper les évolutions, à hiérarchiser les priorités et à cibler les
réponses en fonction de la gravité et de la nature des vulnérabilités observées.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et
Nutritionnelle (ENSSAN) 2025. Réalisée auprès d’un échantillon de 6 550 ménages statistiquement
représentatif au niveau national, régional et selon le milieu de résidence, l’ENSSAN 2025 fournit un
diagnostic actualisé et approfondi de la situation alimentaire, nutritionnelle, socio-économique et
démographique des ménages haïtiens. Elle constitue également une source essentielle d’alimentation de
l’analyse IPC, tant pour la période actuelle que pour la période projetée, permettant une lecture
harmonisée de l’évolution de l’insécurité alimentaire et un appui direct à la prise de décision.
2) Objectifs
L’ENSSAN 2025 a pour finalité de structurer une analyse opérationnelle et intégrée de la sécurité
alimentaire et nutritionnelle en Haïti, fondée sur des données statistiquement robustes et comparables
dans le temps, afin de soutenir la prise de décision et l’orientation des réponses publiques et humanitaires.
L’objectif général de l’enquête est de produire un état des lieux complet, représentatif et actualisé de la
sécurité alimentaire, de la situation nutritionnelle et des conditions socio-économiques des ménages
haïtiens en 2025, en vue d’éclairer la planification stratégique, le ciblage des interventions et l’anticipation
des crises.
À cet effet, l’ENSSAN 2025 poursuit plusieurs objectifs spécifiques. Elle vise d’abord à décrire les
caractéristiques socio-démographiques, économiques et structurelles des ménages, afin de mieux
18
comprendre les contextes de vie et les déterminants de la vulnérabilité. Elle cherche ensuite à mesurer les
niveaux de consommation alimentaire, la diversité du régime alimentaire et l’insécurité alimentaire vécue,
à partir d’indicateurs reconnus et harmonisés au niveau international.
L’enquête a également pour objectif d’analyser les stratégies d’adaptation mises en œuvre par les
ménages, les mécanismes de prise de décision au sein du foyer et les principaux chocs affectant leurs
moyens d’existence et leur sécurité alimentaire. Ces analyses permettent d’appréhender non seulement
la situation actuelle, mais aussi les capacités de résilience et les risques de dégradation future.
Par ailleurs, l’ENSSAN 2025 vise à classifier les ménages selon le système de classification IPC et à
cartographier les zones les plus affectées par l’insécurité alimentaire, tant pour la période actuelle que
pour la période projetée. Enfin, elle cherche à produire des analyses désagrégées par sexe, département,
milieu de résidence et niveau socio-économique, afin d’identifier les profils de ménages les plus
vulnérables et de soutenir des réponses ciblées, différenciées et adaptées à la diversité des contextes
observés.
3) Structure du rapport
Le présent rapport est structuré en cinq chapitres principaux, articulés de manière à guider
progressivement le lecteur depuis le contexte statistique des ménages haïtiens jusqu’à l’analyse
approfondie de leur situation alimentaire, nutritionnelle et économique. Chaque chapitre répond à une
logique analytique précise et constitue une brique essentielle à la compréhension globale des résultats de
l’ENSSAN 2025.
Le premier chapitre est consacré à la méthodologie, qui constitue le socle scientifique de l’enquête. Il décrit
en détail l’approche d’échantillonnage adoptée, la base de sondage utilisée, les différentes étapes du tirage
de l’échantillon ainsi que les méthodes de pondération. Il présente également la structure des
questionnaires administrés aux ménages et aux communautés, en explicitant leurs composantes
thématiques et leurs finalités analytiques. Ce chapitre vise à assurer la transparence du processus
méthodologique et à permettre au lecteur d’apprécier la fiabilité et la représentativité des résultats
produits.
Le deuxième chapitre porte sur les caractéristiques socio-démographiques des ménages, en décrivant
successivement le profil des chefs de ménage (sexe, âge, niveau d’instruction, statut matrimonial, type de
ménage dirigé), la structure interne des ménages (taille, répartition par groupes d’âge, scolarisation,
présence de personnes handicapées ou déplacées), ainsi que l’accès aux services de base (eau,
assainissement, traitement de l’eau, toilettes). Grâce à une analyse croisée par département, milieu de
résidence et caractéristiques individuelles, ce chapitre offre un portrait détaillé des conditions de vie des
ménages haïtiens et établit les premiers déterminants structurels pouvant influencer leur sécurité
alimentaire.
Le troisième chapitre analyse les caractéristiques économiques des ménages, en mettant l’accent sur leurs
sources de revenus, leurs dépenses, leur niveau d’endettement, leur accès au crédit et leur capacité
d’épargne. Il explore également les dynamiques agricoles et d’élevage, notamment l’accès à la terre, les
superficies cultivées, la performance des campagnes agricoles et les principales contraintes identifiées par
19
les ménages producteurs. Ce chapitre permet de comprendre les bases économiques sur lesquelles
reposent les moyens d’existence des ménages, ainsi que les vulnérabilités susceptibles d'affecter leur
résilience face aux chocs.
Le quatrième chapitre aborde le marché du travail, à travers une analyse approfondie du chômage, de la
participation économique, du statut d’emploi et de la répartition sectorielle des travailleurs. Il examine les
disparités hommes-femmes, les variations selon l’âge, le niveau d’éducation et le milieu de résidence. Le
chapitre intègre également une évaluation de l’impact de la conjoncture sociopolitique et économique sur
la perte d’emplois au cours des deux dernières années. Cette analyse est essentielle pour identifier les
contraintes structurelles pesant sur l'insertion professionnelle des ménages et leur capacité à générer des
revenus stables.
Enfin, le cinquième chapitre évalue la situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, à travers
l'analyse de la consommation alimentaire (SCA, diversité alimentaire, FIES, diversité alimentaire des
femmes), des stratégies d’adaptation (rCSI et LCS), de la prise de décision au sein des ménages, et de la
classification IPC la plus récente. Il comprend également une analyse sexospécifique de l’insécurité
alimentaire, une analyse longitudinale de la sécurité alimentaire vécue (FIES), un profilage typologique des
ménages vulnérables, une évaluation de la situation nutritionnelle des enfants et une discussion sur les
chocs récents ainsi que les perspectives pour les six prochains mois. Ce dernier chapitre constitue la
synthèse opérationnelle du rapport, en identifiant les zones, catégories de ménages et facteurs de
vulnérabilité nécessitant une attention prioritaire.
[... middle sections omitted for long document ...]
149
BIBLIOGRAPHIE
A. Enquêtes nationales de référence et sources statistiques institutionnelles (Haïti)
1. CNSA (2021). Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSSAN
2021). Port-au-Prince : Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire.
2. CNSA. (2024). Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSSAN
2024). Port-au-Prince : Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire.
3. CNSA. (2025). Enquête Nationale de Suivi de la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSSAN
2025). Port-au-Prince : Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire.
4. Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI). (2008). Enquête sur l’Emploi et l’Économie
Informelle. Port-au-Prince : IHSI.
5. Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI). (2012). Enquête sur les Conditions de Vie
des Ménages après le Séisme (ECVMAS). Port-au-Prince : IHSI.
B. Sécurité alimentaire, nutrition et indicateurs
1. FAO. (2011). Guidelines for Measuring Household and Individual Dietary Diversity. Rome :
Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.
2. FAO & FHI 360. (2016). Minimum Dietary Diversity for Women: A Guide for Measurement. Rome :
FAO.
3. Ballard, T., Coates, J., Swindale, A., & Deitchler, M. (2011). Household Hunger Scale: Indicator
Definition and Measurement Guide. Washington, DC : FANTA / USAID.
4. Cafiero, C., Viviani, S., & Nord, M. (2018). Food Security Measurement in a Global Context: The
Food Insecurity Experience Scale. FAO Economic and Social Development Working Paper. Rome :
FAO.
C. Analyse IPC et systèmes d’alerte
1. Partenaires mondiaux de l’IPC. (2019). Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire
(IPC) – Manuel technique, version 3.1. Rome : FAO.
2. Programme Alimentaire Mondial (PAM). (2009). Manuel d’évaluation de la sécurité alimentaire en
situation d’urgence (2e édition). Rome : PAM.
3. WFP. (2022). Food Security Outcome Monitoring (FSOM): Guidance and Technical Notes. Rome:
World Food Programme.
4. PAM / VAM. Climate Explorer – Haïti. Données de pluviométrie et chocs climatiques.
https://dataviz.vam.wfp.org/latin-america-and-the-caribbean/haiti/climate-explorer
D. Analyse typologique et méthodes multivariées
1. Husson, F., Lê, S., & Pagès, J. (2017). Analyse de données avec R. Rennes : Presses Universitaires
de Rennes.
2. Lebart, L., Morineau, A., & Piron, M. (2006). Statistique exploratoire multidimensionnelle. Paris :
Dunod.
3. Greenacre, M. (2017). Correspondence Analysis in Practice (3rd ed.). Boca Raton: CRC Press.
4. Everitt, B. S., Landau, S., Leese, M., & Stahl, D. (2011). Cluster Analysis (5th ed.). Chichester: Wiley.
150
5. Kaufman, L., & Rousseeuw, P. J. (2005). Finding Groups in Data: An Introduction to Cluster
Analysis. Hoboken : Wiley.
151
ANNEXE
152
153