(2024-05) Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
Resume — Évaluation rapide du secteur de la microfinance haïtien menée en mai 2024, au plus fort de la crise sécuritaire, par le cabinet ProEco Haïti à la demande de l'USAID/MEDA. Elle s'ouvre sur un résumé exécutif et les principaux points à retenir avant d'examiner la situation du secteur.
Texte Integral du Document
Texte extrait du document original pour l'indexation.
Évaluation Rapide du Secteur de la Microfinance en
Haïti
Mai 2024
Ce rapport a été préparé par le Cabinet de Conseil ProEco Haïti à la demande de l'USAID/MEDA. L'équipe qui
a dirigé les travaux est composée de :
1.
2.
3.
4.
5.
Enomy Germain, économiste - Chef d'équipe
Jean Alix Boyer, MPA - Consultant principal
Jose Rachelle Revaly, MBA - Analyste financier et responsable du contrôle de la qualité
Ivanov Cadet, MBA - Spécialiste en analyse quantitative
Hermano Germain, diplômé en agronomie, a travaillé comme consultant junior sur l'étude.
Source de la photo de couverture: https://www.canva.com/
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
1
SIGLES ET ABRÉVIATIONS .................................................................................................................... 3
RÉSUMÉ EXÉCUTIF ................................................................................................................................. 4
•
•
PRINCIPAUX POINTS A RETENIR ..............................................................................................................4
RECOMMANDATIONS ...............................................................................................................................6
CONTEXTE ET INTRODUCTION GÉNÉRALE ...................................................................................... 7
•
•
•
OBJECTIFS DE L'ETUDE ...........................................................................................................................7
CONTEXTE SOCIOPOLITIQUE D'HAÏTI ....................................................................................................7
LA SITUATION ÉCONOMIQUE DU PAYS ....................................................................................................8
MÉTHODOLOGIE ET LIMITES DE L'ÉTUDE ....................................................................................... 9
•
•
•
I.
REVUE DOCUMENTAIRE ..........................................................................................................................9
ENQUÊTES ET ENTRETIENS INDIVIDUELS ................................................................................................9
LIMITES DE L'ÉTUDE..............................................................................................................................10
PANORAMA DE L'INDUSTRIE DE LA MICROFINANCE EN HAÏTI ....................................... 11
1.
2.
3.
4.
II.
TROIS GRANDES CATÉGORIES D'IMF ...................................................................................................11
TROIS INSTITUTIONS DE MICROCRÉDIT ET CINQ FSP ..........................................................................11
DEUX CATÉGORIES DE REGROUPEMENTS D'IMF .................................................................................12
SUPERVISION DE LA MICROFINANCE .....................................................................................................12
SITUATION FINANCIÈRE DES IMF ET IMPACTS DE LA CRISE ............................................ 13
1.
2.
3.
4.
III.
ANALYSE HORIZONTALE DES PRINCIPAUX INDICATEURS FINANCIERS DU SECTEUR DES IMF ...........13
ANALYSE DES PRINCIPAUX RATIOS FINANCIERS DU SECTEUR DE LA MICROFINANCE ENTRE 2013 ET 2023 17
ANALYSE DES RISQUES DU SECTEUR DES IMF ......................................................................................23
APERÇU DES PERFORMANCES DES INSTITUTIONS DE MICROCRÉDIT DES BANQUES ............................25
IMPACTS OPERATIONNELS DE LA CRISE SUR LES IMF....................................................... 26
1.
2.
3.
IMPACTS DIFFERENCIES ........................................................................................................................26
DYNAMIQUE DES ENTRÉES/SORTIES DANS LE SECTEUR DES IMF DEPUIS 2010 ...................................27
CONSIDÉRATIONS SUR LA RÉSILIENCE DU SECTEUR DE LA MICROFINANCE........................................28
IV.
ARGENT MOBILE, IMF ET INCLUSION FINANCIÈRE ........................................................ 29
1.
2.
LES IMF DANS LA STRATÉGIE NATIONALE POUR L'INCLUSION FINANCIÈRE ......................................29
ARGENT MOBILE ET INCLUSION FINANCIERE .......................................................................................29
V.
EXAMEN DU CADRE JURIDIQUE ET BENCHMARKING ........................................................ 32
1.
2.
3.
4.
LA LOI DE JUIN 2002 SUR LES CEC .......................................................................................................32
LE DECRET DE JUIN 2020 SUR LES IMF ................................................................................................33
BENCHMARKING : HAÏTI, REPUBLIQUE DOMINICAINE ET PEROU ......................................................34
RATIOS REGLEMENTAIRES BRH PAR RAPPORT AUX PERFORMANCES DES IMF ................................36
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS ......................................................................................... 37
ANNEXES .................................................................................................................................................. 39
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
2
SIGLES ET ABRÉVIATIONS
ACI
ACLAM
ACME
AFIH
ANACAPH
ANIMH
HBP
BRH
CAPODOSA
CEC
CNC
CNSA
CPF
DIGCP
FCEC
FHAF
FINCA
FONHADES
FSP
GAFME
PIB
:
:
:
:
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:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
GRAIFSA
:
HTG
ID
IHSI
KNFP
KOFIP
MAST
MCC
MCN
MEF
IMF
MPCE
MUSO
ONG
NTIC
SFF
SNIF
SOGESOL
USD
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
:
Alliance Coopérative internationale
Action Contre la Misère
Action de Coopération avec les Micro-Entreprises
Alliance Haïtienne pour la Finance Inclusive
Association des Coopératives d'Épargne et de Crédit
Association Nationale des Institutions de Microfinance en Haïti
Banque Populaire Haïtienne
Banque de la République d'Haïti / Banque centrale d'Haïti
Caisse Populaire Dominique Savio
Coopératives d'Épargne et de Crédit
Conseil National des Coopératives
Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire
Caisse Populaire Fraternité
Direction de l’Inspection Générale des Coopératives Populaires
Fédérations des Caisses Populaires
Fonds d'Aide aux Femmes Haïtiennes
Fondation pour l'Assistance Communautaire Internationale
Fonds Haïtien pour le Développement Économique et Social
Prestataires de Services de Paiement électronique
Groupe de Soutien Financier aux Micro-Entreprises
Produit Intérieur Brut
Groupe de Soutien pour l’Intégration des Femmes dans le Secteur
Informel
Gourde (monnaie haïtienne)
Initiative Développement
Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique
Conseil National du Financement Populaire
Collectif pour le Financement Populaire
Ministère des Affaires Sociales et du Travail
Microcrédit Capital
Microcrédit National
Ministère de l'Économie et des Finances
Institution de Microfinance
Ministère de la Planification et de la Coopération Externe
Mutuelles de Solidarité
Organisation Non-Gouvernementale
Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication
Services Financiers Fonkoze
Stratégie Nationale d'Inclusion Financière
Société Générale de Solidarité Haïtienne
Dollar américain
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
3
RÉSUMÉ EXÉCUTIF
• Principaux points à retenir
Ce rapport consiste en une évaluation rapide de la situation opérationnelle et financière des institutions
de microfinance (IMF) en Haïti dans le contexte de la crise socio-politique et économique que traverse
le pays depuis au moins six (6) ans. Il s'accompagne également d'une revue du cadre réglementaire des
IMF, constitué par la loi de juin 2002 sur les Coopératives d'Épargne et de Crédit (CEC) et le décret de
juin 2020 sur les IMF non coopératives.
Les enquêtes ont révélé que, comme beaucoup d'autres entreprises en Haïti, les IMF, toutes catégories
confondues, sont fortement impactées par la crise socio-politique et économique générale. Les résultats
concernent deux (2) aspects : le fonctionnement des IMF (aspect opérationnel) et leur situation
financière.
Sur le plan opérationnel, la crise a entraîné d'importantes difficultés dans la gestion des IMF. Dans
certains cas, il y a même eu des fermetures.
•
L'ANIMH a été mise en veilleuse en février 2024, car près de la moitié de ses IMF membres
rencontraient des difficultés opérationnelles et financières et ne pouvaient plus payer les cotisations
nécessaires au fonctionnement de l'association.
•
FINCA, dont le portefeuille a été sévèrement endommagé par la crise, estime qu'elle ne peut plus
continuer ses opérations d'intermédiation financière et demande donc à la banque centrale (BRH)
de suspendre son agrément.
•
Près de 15% des CEC contactés sont touchés par des actes de vandalisme perpétrés par des bandes
armées. Ces événements ont entraîné la fermeture de certains points de service.
•
Les IMF ont adopté une attitude prudente face à la crise multidimensionnelle prolongée. Plusieurs
projets ont ainsi été suspendus, ce qui entrave le développement du secteur.
Il convient de noter que, malgré la crise, de nouveaux acteurs sont entrés dans le secteur de la
microfinance. Il s'agit notamment de GAFME (une IMF non coopérative agréée en 2023) et de l'AFIH
(une association d'IMF créée il y a moins de 5 ans).
En outre, il y a actuellement cinq (5) Fournisseurs de Services de Paiement électronique (FSP)1 en Haïti,
qui ont tous été agréés par la BRH pendant la crise, entre 2021 et 2023. Certains indicateurs montrent
que les FSP ont fait des progrès impressionnants dans leurs activités malgré la crise. C'est le cas de
MonCash dont le nombre d'utilisateurs a été multiplié par plus de 10 000 entre 2014 et 2023, passant
de 37 mille à 4 millions sur la période.
Sur le plan financier, malgré la croissance impressionnante des actifs entre 2013 et 2023, les
principaux indicateurs de la santé financière des IMF sont préoccupants. Les points clés à retenir
concernant la situation financière des IMF sont les suivants :
•
1
Croissance des actifs et des fonds propres : Les actifs et les fonds propres des IMF ont connu
une croissance significative entre 2013 et 2023, passant de 6,61 milliards de gourdes à 40
milliards de gourdes pour les actifs, et de 1,55 milliard de gourdes à 5,89 milliards de gourdes
pour les fonds propres. Cette augmentation reflète la capacité du secteur à croître malgré des
conditions défavorables.
Généralement appelés services financiers numériques (DFS en anglais).
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
4
•
Augmentation des provisions pour créances douteuses : Les provisions pour créances douteuses
ont considérablement augmenté, passant de 0,4 milliard de gourdes à 1,49 milliard de gourdes,
signalant une détérioration de la qualité des actifs. Ceci reflète l'impact négatif de la crise
sociopolitique sur la capacité des clients à rembourser leurs prêts.
•
Augmentation des revenus bruts : Les revenus bruts sont passés de 1,15 milliard de gourdes en
2013 à 4,1 milliards de gourdes en 2023, démontrant la capacité des IMF à générer des revenus
même dans un environnement économique instable.
•
Baisse du bénéfice net des IMF non coopératives : Pour les CEC, le bénéfice net a augmenté
progressivement de 0,15 milliard de gourdes en 2013 à 0,45 milliard de gourdes en 2023, alors
que pour les IMF non coopératives, le bénéfice net a fluctué plus fortement, se soldant par une
perte nette de 0,14 milliard de gourdes en 2023.
•
Performance du ROA et du ROE : Le rendement des actifs (ROA) et le rendement des fonds
propres (ROE) ont montré des tendances inquiétantes. En 2023, le ROA a chuté à des valeurs
négatives pour plusieurs IMF, indiquant une utilisation inefficace des actifs. Le ROE a
également fluctué, avec des valeurs extrêmement négatives pour certaines IMF, reflétant des
pertes assez importantes par rapport aux fonds propres.
•
Analyse de l'autonomie opérationnelle : L'analyse de l'autosuffisance opérationnelle (OSS) des
institutions de microfinance, en particulier des CEC, montre des niveaux élevés d'autonomie
opérationnelle. Cependant, malgré des ratios souvent supérieurs à 1, l'OSS des CEC ne montre
pas de croissance significative au cours des cinq (5) dernières années. Ceci est d'autant plus
inquiétant que les ratios calculés concernent 74 institutions, reflétant l'image d'un secteur luttant
pour maintenir sa viabilité financière.
•
Analyse de l'autosuffisance financière : L'autosuffisance financière (FSS) des IMF révèle des
difficultés importantes dans les sous-secteurs des CEC et des IMF non coopératives. Ce ratio
montre qu'en 2023, les IMF peinent à couvrir l'ensemble de leurs dépenses avec les revenus
qu'elles génèrent.
•
Rendement du portefeuille : Les IMF non coopératives ont maintenu des rendements
relativement stables. En revanche, les CEC ont vu leurs rendements baisser considérablement.
Ceci explique la difficulté accrue des IMF à générer des revenus d'intérêt sur le crédit, compte
tenu de la situation générale du pays.
•
Analyse des risques : L'analyse du taux d'impayés pour les prêts supérieurs à 30 jours (PAR 30)
pour l'ensemble des IMF en Haïti montre une augmentation significative des impayés en 2023,
reflétant directement l'impact des troubles socio-politiques et de l'insécurité grandissante.
D'autres indicateurs confirment l'existence d'un risque relativement élevé.
Cependant, malgré les inquiétudes, les analyses ont montré que les IMF de toutes catégories sont
résilientes face aux chocs socio-politiques et économiques. En effet, les indicateurs de résilience
considérés montrent qu'elles ont une grande capacité d'adaptation à des contextes difficiles et
complexes.
En ce qui concerne le cadre réglementaire, des points forts ont été clairement identifiés. Cependant, les
enquêtes ont montré qu'il doit être reconsidéré. En effet, plusieurs acteurs sont favorables à une révision
de la loi de 2002 sur les CEC. Quant au décret de juin 2020, malgré ses atouts, il présente des écueils
susceptibles de freiner les IMF dans leur développement ou dans la course à l'institutionnalisation. Par
ailleurs, l'analyse SWOT réalisée dans le cadre d'un exercice de Benchmarking montre que si des
progrès réglementaires ont été réalisés en Haïti, il reste encore beaucoup à faire pour renforcer le secteur
de la microfinance et atteindre le niveau d'inclusion financière et de développement réglementaire
observé en République Dominicaine et au Pérou.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
5
• Recommandations
Les résultats ont conduit à la formulation des principales recommandations suivantes :
DOMAINE
RECOMMANDATIONS
1. Collaborer avec le MEF et le MPCE en vue de définir une
Stratégie Nationale de Développement de la Microfinance
(SNDM).
Développement et
professionnalisation
du secteur des IMF
2. Rendre le cadre juridique des IMF compatible non seulement
avec les objectifs de viabilité financière, mais aussi avec les
contraintes du contexte dans lequel elles opèrent et les objectifs
de la microfinance.
PARTIES
PRENANTES
Partenaires au
développement du
secteur / IMF / MEF /
MPCE
MPCE / MEF / BRH/
CNC / Partenaires au
développement du
secteur
3. Promouvoir le renforcement et la professionnalisation du BRH
secteur de la microfinance en renforçant la supervision à
laquelle elles doivent être soumises, en particulier pour les IMF
non coopératives.
4. Produire des rapports annuels sur les indicateurs de performance IMF / Fédérations /
Résilience du secteur
de la microfinance
Gestion des risques
et recouvrement
Inclusion financière
des réseaux d'IMF afin de promouvoir la transparence financière Associations
et la professionnalisation du secteur de la microfinance.
5. Offrir des opportunités de renforcer le secteur de la Partenaires au
microfinance, en injectant de nouveaux fonds basés sur le rachat développement du
secteur
d'une partie du stock de créances douteuses, ou en mettant en
œuvre des programmes de garantie de prêts pour stimuler le
crédit pour les catégories vulnérables, y compris les femmes.
6. Promouvoir le rôle et l'autonomie des groupements d'IMF - a) ANIMH / Fédérations
CEC / Partenaires au
en faisant le sauvetage de l’ANIMH une priorité et b) en
impliquant les Fédérations des CEC en tant qu'intermédiaires développement du
secteur
dans les investissements en microfinance pour la gestion des
fonds destinés à soutenir les portefeuilles de prêts des CEC,
moyennant le plafonnement des frais de gestion.
7. Renforcer les processus de due diligence pour mieux évaluer la IMF / Fédérations /
Associations
solvabilité des clients avant l'octroi de crédits et mettre en œuvre
des systèmes de recouvrement plus efficaces, y compris des
options de paiement flexibles adaptées à la situation
économique des clients.
8. Définir une stratégie de diversification des produits dans le IMF
cadre de l’extension des services en vue de développer des
produits adossés aux transferts internationaux et adaptés aux
conditions des récipiendaires desdits transferts.
9. Encourager les IMF non coopératives à recevoir l'épargne des Partenaires au
clients et à offrir d'autres produits connexes, notamment des développement du
secteur / IMF
dépôts à terme (DAT).
10. Promouvoir davantage le développement de services financiers Partenaires au
développement du
numériques dans le secteur de la microfinance.
secteur / IMF
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
6
CONTEXTE ET INTRODUCTION GÉNÉRALE
La crise socio-politique et économique aiguë que traverse Haïti depuis au moins six (6) ans n'est pas
sans effet sur l'écosystème des affaires du pays. Cette étude, commandée par USAID/MEDA, se
concentre sur l'industrie de la microfinance en Haïti. Il s'agit d'une évaluation rapide de la situation des
institutions de microfinance (IMF) dans le contexte de la crise.
• Objectifs de l'étude
L’étude poursuit les objectifs suivants :
1. Évaluer la santé financière du secteur de la microfinance tout en identifiant les risques du
portefeuille et la dynamique opérationnelle.
2. Produire des indicateurs quantitatifs spécifiques et des éléments qualitatifs clairs capables
d'orienter les interventions dans le secteur.
3. Analyser les impacts de la crise sociopolitique sur la situation du secteur de la microfinance,
tout en évaluant la résilience du secteur.
4. Analyser l'impact des dernières mesures réglementaires sur les IMF.
5. Formuler des recommandations claires visant à renforcer la résilience du secteur des IMF.
Les conclusions de cette évaluation devraient éclairer la prise de décision stratégique dans le secteur de
la microfinance, qui a démontré son rôle vital dans la lutte contre l'exclusion financière et la pauvreté
dans de nombreuses régions du monde.
• Contexte sociopolitique d'Haïti
Environnement sociopolitique. Le tableau suivant présente une chronologie des principaux événements
caractérisant la crise sociopolitique en Haïti. Depuis la fin de l'année 2017, le pays connaît une crise
sociopolitique majeure qui n'a pas cessé de se dégrader. La situation s'est encore détériorée en 2020 à
la suite de la montée de l'insécurité dans le département de l'Ouest et dans certaines villes de province.
L'assassinat en 2021 de M. Jovenel Moïse, Président de la République, a constitué un tournant dans la
C
crise nationale.
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Tableau 1: Chronologie des principaux événements caractérisant la crise sociopolitique
en Haïti de
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2018 à 2023
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ANNÉE
ÉVÉNEMENTS
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2023
• Depuis février : Affrontements meurtriers entre plusieurs gangs dans la zone ométropolitaine
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de Port-au-Prince, attaques violentes et récurrentes contre la population dans le département
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de l'Ouest et de l'Artibonite. Ces événements ont considérablement ralenti la circulation des
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biens et des personnes dans le pays.
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• Avril : Pénuries répétées de carburant dans tout le pays, qui ont entraîné un lralentissement
des activités économiques dans l'ensemble du pays.
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• Septembre - décembre : Fermeture des frontières entre Haïti et la République
a dominicaine.
Il s'agit d'un revers majeur pour le commerce bilatéral.
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2022 • Février - mai : Vagues de protestations contre l'insécurité et le coût élevé
de la vie,
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revendications des travailleurs du secteur de la santé et du textile, etc.
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• Février : La Russie envahit l'Ukraine. Ceci a provoqué des déséquilibres économiques
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mondiaux importants.
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• Septembre : Des mouvements de protestation de type Lockdown (Peyi Lòk) sont
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déclarés suite à la décision du gouvernement d'augmenter les prix des produits pétroliers.
Outre
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Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
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7
•
2021
•
•
•
2020
•
•
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2019
•
•
2018
•
des émeutes et des scènes de pillage, ils provoquent la paralysie des activités jusqu'à la minovembre.
Septembre : Début d'un blocage confirmé de la route nationale numéro 1. Les échanges
commerciaux entre l'Ouest et la principale région agricole du pays (Artibonite) s'en trouvent
bouleversés.
Depuis février : Affrontements meurtriers entre plusieurs gangs dans la zone métropolitaine
de Port-au-Prince, attaques violentes et récurrentes contre la population dans l'Ouest et
l'Artibonite. Ces événements ont considérablement ralenti la circulation des biens et des
personnes dans le pays.
Avril : Pénuries répétées de carburant dans tout le pays, qui ont entraîné un ralentissement des
activités économiques dans l'ensemble du pays.
Septembre - décembre : Fermeture des frontières entre Haïti et la République dominicaine. Il
s'agit d'un revers majeur pour le commerce bilatéral.
Janvier : Le Parlement devient inactif, comme il l'est toujours, avec la fin du mandat de tous
les députés et sénateurs.
Mars : Le gouvernement annonce l'enregistrement des deux premiers cas de Covid-19 et
déclare l'état d'urgence sanitaire sur l'ensemble du territoire. Diverses mesures restrictives sont
adoptées et l'état d'urgence est décrété.
Juin : Formation d'une coalition de groupes armés appelée "famille G-9 et alliés". Un rapport
de l'ONU publié le même mois dénombre plus de 90 groupes armés, terrorisant la population,
menant des raids, bloquant les routes et isolant certains départements.
Septembre : Le mouvement de protestation appelé Peyi Lòk (verrouillage) est déclaré par
l'opposition politique pour forcer le président Jovenel Moise à démissionner. Toutes les
activités ont été paralysées jusqu'à la mi-décembre.
Juin : Manifestations à Port-au-Prince et dans certaines villes de province contre la "mauvaise
utilisation des fonds PetroCaribe" et pour demander la démission du président Jovenel Moise.
Juillet : La tentative d'augmentation des prix des produits pétroliers entraîne trois jours
consécutifs de protestations (émeutes et scènes de pillage). Les protestations, marquées par la
violence, durent plus d'une semaine. Les entreprises et le commerce subissent de lourdes pertes.
• La situation économique du pays
Le contexte sociopolitique difficile d'Haïti a eu un impact négatif sur l'économie du pays. Depuis 2018,
les principaux indicateurs économiques sont au rouge. Ici, un aperçu est donné sur l'évolution de la
croissance, des prix, du solde extérieur et de l'insécurité alimentaire.
Croissance du PIB. En 2023, avec une croissance du produit intérieur brut (PIB) de -1,9 %, Haïti a
enregistré sa cinquième année consécutive de croissance négative, après des contre-performances de 1,7 %, -3,3 %, -1,8 % et -1,7 % en 2019, 2020, 2021 et 2022 respectivement.
Figure 1: Taux de croissance du PIB de 2014 à 2023 (en pourcentage)
Source: Sur la base des données de l'IHSI
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
8
Au cours des cinq (5) dernières années, tous les secteurs de l'économie ont enregistré des performances
négatives. Le secteur primaire s'est contracté de -2,4 %, -4,1 %, -4,5 % et -5,6 % en 2020, 2021, 2022
et 2023 respectivement. Le secteur secondaire, quant à lui, a reculé de -7,2%, -2,4%, -0,2% et -3,7%
sur la même période. Quant au secteur tertiaire, ses activités ont diminué de -1,2%, -2,0%, -1,6% et 2,9% au cours des mêmes années.
Tendances des prix. L'inflation n'a pas cessé de grimper. Pour l'exercice 2019-2020, l'inflation s'est
élevée en moyenne à 22,9 % en glissement annuel. En 2020-2021, elle a été de 15,9 % en moyenne. En
2021-2022, elle a atteint 27,6 %. Selon les données officielles, l'inflation a été particulièrement forte en
2023, avec une moyenne de 44,1 %.
Balance commerciale. La différence entre les exportations et les importations du pays montre que le
déficit commercial d'Haïti avec le reste du monde a continué à se détériorer. Le pays est structurellement
déficitaire, exportant des biens et services pour une valeur d'environ 1 milliard de dollars américains
mais en importe pour plus de 4 milliards de dollars en moyenne sur les cinq (5) dernières années.
L'insécurité alimentaire. La proportion de la population haïtienne touchée par l'insécurité alimentaire
ne cesse d’augmenter. Les données de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA)
montrent que 35% de la population était affectée par l'insécurité alimentaire entre octobre 2019 et
février 2020. Ce chiffre est passé à 46% entre octobre 2021 et février 2022, 48% entre octobre 2022 et
février 2023, et 49% en mars 2023.
MÉTHODOLOGIE ET LIMITES DE L'ÉTUDE
La méthodologie s'est principalement appuyée sur deux (2) approches complémentaires : 1) une revue
de la littérature et 2) des enquêtes et des entretiens individuels.
• Revue documentaire
L'analyse documentaire a été abordée comme un processus itératif au cours duquel les informations
pertinentes ont été mobilisées à partir de multiples documents sur le secteur des IMF dans son ensemble.
• Enquêtes et entretiens individuels
Des entretiens individuels ont été menés avec les principaux acteurs du secteur de la microfinance
(BRH, IMF non coopératives, IMF coopératives/CEC, Fédérations et Associations d'IMF, etc.)
L'objectif était de recueillir l'avis des acteurs sur le cadre réglementaire du secteur et la situation
opérationnelle et financière des IMF dans le contexte de la crise actuelle.
Les enquêtes ont été réalisées à l'aide de quatre (4) questionnaires, visant à obtenir les informations
quantitatives et qualitatives nécessaires à l'analyse réglementaire, opérationnelle et financière. Ces
enquêtes ont été complétées par des recherches administratives.
Sources et collecte des données
Données sur les IMF coopératives : Les données agrégées fournies par la BRH ont été utilisées. Elles
concernent un total de 74 CEC supervisées par la banque centrale.
Données concernant les IMF non coopératives : Les données agrégées n'étant pas disponibles auprès
de la BRH, des contacts ont été pris directement avec les institutions concernées. Il s'agit de : FINCA,
FONKOZE, ACME et GAFME. Les états financiers requis ont été fournis par trois (3) de ces
institutions. FINCA n'a pas fourni ses états financiers, mais les données pour l'année se terminant le 30
septembre 2023 ont été obtenues.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
9
Au total, l'analyse porte sur 78 IMF : 74 CEC et 4 IMF non coopératives. Dans cette étude, ces deux
(2) catégories constituent le secteur de la microfinance, car aucune information détaillée n'a été obtenue
pour les structures financières informelles. Par ailleurs, il n'existe pas d'états financiers séparés pour les
institutions de microcrédit qui sont des divisions de banques commerciales (MNC, MCC et SOGESOL)
; leurs données sont globalement intégrées dans les états financiers de leurs banques respectives.
Méthodologie et analyse de l'agrégation
Agrégation selon la méthodologie BRH : Les états financiers des institutions de microfinance non
coopératives ont été agrégés selon la méthodologie de la BRH afin de standardiser la base en
comparaison avec les données des CEC.
Les analyses ont été réalisées sur une période de dix (10) ans, de 2013 à 2023. Afin de fournir une vue
d'ensemble de l’évolution de la santé financière des IMF, des analyses financières horizontales ont
d'abord été réalisées. Celles-ci ont été suivies d'une analyse des ratios et d'une évaluation des risques du
portefeuille des institutions concernées. Conformément aux objectifs de l'étude, les principaux ratios
financiers analysés comprennent le portefeuille brut de prêts (GLP), l'autosuffisance opérationnelle
(OSS), l'autosuffisance financière (FSS), les mesures de portée (nombre de prêteurs actifs, taux de
pénétration des prêts) et les ratios d'efficacité (rendement du portefeuille, ratio des charges
d'exploitation).
• Limites de l'étude
La principale limite de cette étude réside dans l'accès limité aux données de certaines IMF non
coopératives, notamment FINCA et GAFME. GAFME est une institution relativement jeune et agréée
par la banque centrale ; FINCA n'avait pas jugé opportun de partager des informations. Pour ces deux
(2) IMF non coopératives, on ne dispose d'informations que pour l'exercice 2022-2023. Conformément
à la méthodologie de la BRH, les institutions de microcrédit qui sont des divisions de banques
commerciales ne sont pas concernées au premier chef par cette analyse. Comme mentionné
précédemment, elles ne préparent pas d'états financiers séparés. Cependant, des indicateurs clés sont
fournis pour ces institutions afin de saisir leur évolution dans le temps.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
10
I. PANORAMA DE L'INDUSTRIE DE LA MICROFINANCE EN HAÏTI
Les principaux acteurs du secteur des IMF en Haïti sont les institutions de microfinance elles-mêmes,
les Fédérations et Associations d'IMF et les institutions de supervision. Cependant, cette section met
également en lumière d'autres acteurs clés de la dynamique du secteur.
1. Trois grandes catégories d'IMF
IMF
IMF non coopératives
Coopératives d'Épargne
et de Crédit (CEC)
Associations
infornelles
§ IMF non coopératives
Quatre (4) est le nombre d'IMF non coopératives agréées par la BRH au 30 septembre 2023. Quatre (4)
autres demandes d'agrément sont actuellement à l’étude à la BRH. Un certain nombre d'autres acteurs
ne se sont pas encore manifestés dans le cadre du processus de mise en conformité.
Sociétés de microfinance non coopératives agréées :
o
o
o
o
Action pour la coopération avec les micro-entreprises (ACME)
Fondation pour l'assistance communautaire internationale (FINCA)
Fonkoze Financial Service (FONKOZE/SFF)
Groupe d'appui financier aux micro-entreprises (GAFME)
§ Coopératives d'épargne et de crédit (CEC)
Soixante-quatorze (74) est le nombre de CEC agréés par la BRH et le Conseil National des Coopératives
(CNC) au 30 juin 2023.
§ Associations informelles
Ce groupe comprend les mutuelles de solidarité (MUSO), les AVEC, etc., qui sont des associations ou
d'autres structures qui mènent des activités d'épargne et de crédit dans le secteur informel. On estime à
plus de 10 000 le nombre d'associations informelles dans le pays (IFC-Banque mondiale, 2022).
2. Trois institutions de microcrédit et cinq FSP
§ Trois institutions de microcrédit filiales de banques
commerciales
Parmi les banques commerciales opérant en Haïti, trois (3) ont des divisions ou filiales de microcrédit.
Il s'agit de la Unibank, qui gère le Microcrédit National (MCN), de la Capital Bank, dont la filiale est
le Micro Crédit Capital (MCC), et du groupe Sogebank, qui détient la Société Générale de Solidarité
(SOGESOL).
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
11
§ Cinq FSP approuvés par la BRH
Les PSF approuvés par la banque centrale au 30 septembre 2023 sont les suivants :
MonCash, mis en
place par la
compagnie Digicel
NatCash,
service de la
compagnie
Natcom
MAGO, produit
de la
SOGEBANK
S.A
HaïtiPay S.A
KashPaw, détenu
par Kiskeya
Technologies
Group, S.A.
3. Deux catégories de regroupements d'IMF
Les IMF en Haïti sont regroupées en Associations et en Fédérations. Il y a cinq (5) Associations et deux
(2) Fédérations.
§ Cinq Associations d'IMF
o
o
o
o
o
Association Nationale des Caisses Populaires Haïtiennes (ANACAPH).
Konsèy Nasyonal Finansman (KNFP).
Association Nationale des Institutions de la Microfinance en Haïti (ANIMH).
L'Alliance Haïtienne pour la Finance Inclusive (AHFI).
Kolektif Finansman Popilè (KOFIP).
§ Deux Fédérations d'IMF
Les deux (2) Fédérations du sous-secteur de la microfinance sont : Le Levier et Le Sociétaire. Elles
jouent le rôle de structures d'appui (technique et financier), de suivi, de promotion et de représentation
des membres de la CEC.
4. Supervision de la microfinance
Toutes les IMF sont supervisées par la BRH, qui édicte des règlements applicables par voie de
circulaires en vertu de sa loi organique de 1979. Cependant, le CNC, qui dépend du Ministère du Plan
et de la Coopération Externe (MPCE), supervise les CEC à côté de la BRH.
• Supervision par la BRH
La supervision du secteur des IMF est assurée par la BRH à travers deux (2) départements spécialisés :
la Direction de l'Inspection Générale des Caisses Populaires (DIGCP) et la Direction de la Supervision.
La DIGCP est chargée de la supervision et du contrôle des CEC et des fédérations d'épargne et de crédit
(FCEC) dûment constituées en vertu de la loi du 10 juillet 2002. Le département de supervision
supervise les IMF non coopératives.
• Supervision par CNC
En vertu de la loi du 26 juin 2002, le CNC est l'autorité de tutelle des coopératives. Il est chargé de
formuler et de promouvoir la politique gouvernementale en matière de coopératives.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
12
II. SITUATION FINANCIÈRE DES IMF ET IMPACTS DE LA CRISE
La situation financière des IMF coopératives et non coopératives est analysée dans cette partie du
rapport, en tenant compte de la crise socio-politique et économique en Haïti et des effets qu'elle a
entrainé sur la santé financière des différentes institutions.
Tout d'abord, une analyse horizontale est réalisée. L’objectif est d'apprécier l'évolution financière des
IMF de 2013 à 2023. Ensuite, un certain nombre de ratios financiers nécessaires à la compréhension de
la situation financière du secteur de la microfinance sont analysés. Cette analyse est suivie d'une analyse
des risques du secteur.
1. Analyse horizontale des principaux indicateurs financiers du
secteur des IMF
• Évolution de l'actif total de 2013 à 2023
Malgré les défis sociopolitiques croissants, les actifs des institutions de microfinance (IMF) en
Haïti ont connu une croissance substantielle au cours de la dernière décennie. Plus précisément, de
septembre 2013 à septembre 2023, les actifs des IMF non coopératives (non-CEC) sont passés de 1,5
milliard de gourdes à 10,8 milliards de gourdes, soit une augmentation significative d'environ 620%.
Parallèlement, les coopératives d'épargne et de crédit (CEC) ont vu leurs actifs passer de 5,11 milliards
de gourdes à 29,23 milliards de gourdes au cours de la même période, soit une croissance de plus de
471%. Par conséquent, les actifs totaux de l'industrie de la microfinance en Haïti sont passés de 6,61
milliards à 40 milliards de gourdes entre 2013 et 2023.
La croissance du total des actifs du secteur de la microfinance met en évidence sa capacité à maintenir
son activité malgré des conditions sociopolitiques difficiles. Un examen plus approfondi de la qualité
des actifs à travers l'évolution des provisions pour créances douteuses des portefeuilles de crédit
permettra de mieux apprécier la qualité de l'évolution des actifs.
Figure 2: Evolution du total des actifs de 2013 à 2023 (en milliards de HTG)
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Évolution des dotations pour créances douteuses
Les provisions pour créances douteuses des institutions de microfinance non coopératives (nonCEC) en Haïti ont connu une évolution significative, augmentant de 463%, passant de 0,23
milliard de gourdes en 2019 à 0,39 milliard de gourdes en 2023. Cette augmentation substantielle
indique une détérioration notable de la qualité des actifs dans ce secteur.
Cette détérioration a été corroborée par les rapports de FINCA, soulignant l'impact dévastateur des
crises récentes telles que le tremblement de terre de 2021, les troubles sociopolitiques depuis juillet
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
13
2018 et l'ouragan Matthew en 2016. Ces événements ont sévèrement impacté la capacité des institutions
à recouvrer les créances, conduisant à une réduction drastique du portefeuille de 100 millions à 20
millions de gourdes, en particulier dans la commune des Cayes. Parallèlement, le sous-secteur des CEC
a connu une augmentation de 514%, passant de 0,17 milliard de gourdes en 2013 à 1,1 milliard de
gourdes en 2023. L'évolution des provisions pour créances douteuses dans les deux (2) sous-secteurs
suggère que les risques persistent et s'intensifient jour après jour dans le secteur de la microfinance.
Figure 3: Évolution des provisions pour pertes sur prêts de 2013 à 2023 (en milliards de HTG)
Sources : BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Évolution des fonds propres de 2013 à 2023
L'analyse de l'évolution des fonds propres du secteur des IMF en Haïti de 2013 à 2023 révèle une
croissance robuste. Les Coopératives d'Epargne et de Crédit (CEC) ont vu leurs fonds propres passer
de 1,15 milliards de gourdes à 4,72 milliards de gourdes, tandis que les IMF non coopératives ont
enregistré une augmentation de 0,40 milliards de gourdes à 1,17 milliards de gourdes. Cela représente
une croissance de 310% pour les CEC et de 192,5% pour les IMF non coopératives, démontrant une
résilience malgré les défis socio-politiques qui ont entravé une expansion économique plus large.
Toutefois, l'examen de l'évolution du ratio fonds propres/total des actifs révèle une baisse notable de la
part des fonds propres dans la structure financière des actifs des deux sous-secteurs, malgré
l'augmentation significative des fonds propres. Pour les CEC, le ratio a progressivement diminué,
passant de 23 % en 2013 à 16 % en 2023, tandis que pour les IMF non CEC, il a varié de manière plus
significative, passant de 26 % en 2013 à 11 % en 2023. Cette réduction indique une diminution
considérable de l'autonomie financière du secteur. Cette évolution souligne la nécessité d'une gestion
prudente des risques pour maintenir la solvabilité et assurer la viabilité à long terme du secteur.
Figure 4 Evolution des fonds propres de 2013 à 2023 (en milliards de HTG)
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
14
• Évolution des revenus bruts de 2013 à 2023
Malgré un environnement économique difficile, les revenus bruts des IMF ont considérablement
augmenté entre 2013 et 2023. Les recettes brutes du sous-secteur des CEC sont passées de 0,76
milliard de gourdes en 2013 à 2,4 milliards de gourdes en 2023, soit une variation positive de 225 %,
tandis que le sous-secteur des IMF non CEC a vu ses recettes passer de 0,39 milliard à 1,7 milliard pour
la même période, soit une variation de 346 %.
L'augmentation soutenue des revenus bruts souligne non seulement la résilience mais aussi l'attractivité
croissante du secteur de la microfinance. Pour mieux comprendre cette dynamique, il est essentiel
d'examiner la relation entre les revenus générés et les provisions pour créances douteuses.
En effet, en comparant la variation des charges de provisions pour créances douteuses pour la période
à la variation des revenus bruts pour les deux (2) sous-secteurs, on constate que les charges de provisions
ont évolué de 285% pour le sous-secteur des IMF non-CEC et de 168% pour le sous-secteur des CEC
entre 2013 et 2023. Dans les deux (2) cas, la variation des revenus bruts est plus importante que celle
des provisions, ce qui implique que, malgré l'environnement difficile actuel, le secteur est capable de
créer de la richesse, et cela prouve que leur politique de crédit n'est pas libérale. Cela dit, dans un
environnement plus stable et plus favorable aux entreprises, il serait possible de réduire
significativement les charges liées aux provisions créances douteuses et aux radiations. Cette réduction
des charges permettrait aux institutions de générer des revenus substantiels et des économies
opérationnelles, leur donnant la capacité de couvrir d'autres dépenses opérationnelles importantes.
Figure 5: Évolution des recettes brutes de 2013 à 2023 (en milliards de HTG)
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Évolution du bénéfice net de 2013 à 2023
L'évolution du bénéfice net dans le secteur des microfinances en Haïti entre 2013 et 2023 montre
des fluctuations marquées, reflétant les défis du secteur. Pour les CEC, le bénéfice net a
progressivement augmenté, passant de 0,15 milliard de gourdes en 2013 à 0,45 milliard en 2023, tandis
que pour les IMF non CEC, le bénéfice net a connu des variations plus prononcées, passant de pertes
en 2013 et 2014 à une perte nette de 0,14 milliard en 2023. Sur une période de dix ans, le secteur CEC
a enregistré une augmentation de 200 % du bénéfice net, tandis que les non CEC ont subi une diminution
significative, soit une variation à la baisse de 366 %, malgré des résultats nets positifs entre 2017 et
2022.
Cette chute des revenus nets, malgré une croissance continue des revenus bruts dans le sous-secteur
CEC, indique que les coûts élevés, notamment les provisions pour créances douteuses et les pertes sur
prêts, ont consommé une part considérable des revenus. De plus, l'activité d'exploitation n'est pas
suffisamment soutenable pour couvrir les dépenses de fonctionnement, qui sont extrêmement élevées
et souvent fixes, exacerbant les défis financiers des institutions. Ce contexte met en lumière la
vulnérabilité du secteur face à des conditions économiques instables et souligne l'urgence d'un
environnement plus stable pour réduire ces coûts et améliorer la rentabilité nette.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
15
Figure 6: Evolution du bénéfice net du secteur de 2013 à 2023 (en milliards HTG)
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Évolution du portefeuille de prêts bruts de 2013 à 2023
L'évolution du portefeuille de prêts bruts des institutions de microfinance en Haïti montre une
croissance significative de 2013 à 2023. Les CEC ont vu leur portefeuille passer de 3,04 milliards de
gourdes en 2013 à 15,28 milliards en 2023, soit une augmentation de 402%. Simultanément, les
institutions non coopératives (non-CEC) ont également enregistré une croissance substantielle, leur
portefeuille passant de 1,04 milliard à 4,82 milliards de gourdes, soit une augmentation de 364 % sur la
même période. Cette expansion reflète la capacité du secteur à accroître ses activités malgré un
environnement économique souvent instable. Cependant, cette croissance est tempérée par une
augmentation inquiétante des provisions pour créances douteuses, indiquant une détérioration de la
qualité des actifs.
En 2023, les provisions pour créances douteuses atteignent environ 1,09 milliard de gourdes pour les
CEC et 387 millions pour les IMF non coopératives, révélant des défis importants dans le recouvrement
des prêts et une vulnérabilité accrue du secteur à un environnement économique instable. Cette situation
met en évidence la précarité sous-jacente du secteur de la microfinance qui, malgré une croissance
apparente, fait face à des risques financiers considérables, augmentant les inquiétudes quant à l'avenir
du secteur.
Figure 7: Portefeuille brut de prêts de 2013 à 2023 (en milliards de HTG)
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
16
2. Analyse des principaux ratios financiers du secteur de la
microfinance entre 2013 et 2023
• Autosuffisance opérationnelle (OSS)
Ce ratio est le rapport entre les produits bruts et les charges d'exploitation. L'analyse du ratio OSS des
IMF en particulier pour les CEC, montre des niveaux élevés d'autonomie opérationnelle. Par
exemple, en 2023, le ratio est estimé à 1,51 pour les CEC, ce qui signifie que chaque 100 gourdes de
dépenses d'exploitation génère 151 gourdes de revenus d'exploitation.
Cependant, bien qu'il soit souvent supérieur à 1, l'OSS pour les CEC n'a pas connu de croissance
significative au cours des cinq (5) dernières années. Ceci est d'autant plus préoccupant que le ratio
calculé concerne 74 institutions, reflétant l'image d'un secteur luttant pour maintenir sa viabilité
financière.
La stagnation de l'OSS met en évidence la précarité de l'économie haïtienne qui empêche aux
institutions de générer des revenus suffisants pour soutenir une capacité d'autofinancement durable. Si
ces conditions persistent, le risque que de nombreuses IMF soient forcées de cesser leurs activités
augmente, soulignant la lutte permanente du secteur pour rester solvable dans un contexte national
turbulent.
Figure 8: Évolution du logiciel libre de 2013 à 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Dans le cadre de cette analyse spécifique, nous avons pris en compte deux entreprises importantes du
sous-secteur des IMF non coopératifs approuvées par la BRH, à savoir Fonkoze et FINCA, pour illustrer
les performances distinctes au sein de ce groupe.
L'analyse des indicateurs de performance de Fonkoze et de FINCA pour l'année 2023 révèle des
résultats contrastés en termes d'efficacité opérationnelle. Fonkoze a enregistré un impressionnant ratio
d'autosuffisance opérationnelle (OSS) de 4,23, démontrant une gestion très efficace capable de générer
des revenus bruts nettement supérieurs à ses dépenses opérationnelles. En revanche, FINCA a enregistré
un ratio d'autosuffisance opérationnelle de 1,28, ce qui indique qu'elle est confrontée à d'importantes
difficultés pour couvrir ses coûts opérationnels.
En examinant le sous-secteur des Coopératives d'Épargne et de Crédit (CEC), on observe une disparité
notable. La Caisse Populaire Fraternité (CPF) a enregistré un OSS exceptionnel de 5,15, démontrant
une gestion optimale et une rentabilité très élevée. Cette performance remarquable de la CPF s'explique
également par un environnement opérationnel plus favorable, comme c'est le cas dans le nord,
notamment au Cap-Haïtien, l'une des villes les plus stables du pays en cette période de crise. En
revanche, la Caisse Populaire Dominique Savio (CAPODOSA) présente un OSS de 0,8, bien en dessous
de la norme du sous-secteur de 1,51. CAPODOSA est située à Pétion-Ville, où ses activités sont
probablement sévèrement affectées par l'environnement instable de la capitale.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
17
Figure 9: Performance de FONKOZE et FINCA par rapport au sous-secteur des IMF non
coopératives au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Figure 10 Performance du CPF et de CAPODOSA au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Autosuffisance financière (FSS)
Ce ratio correspond au rapport entre le total des recettes et le total des dépenses. L'autosuffisance
financière (FSS) des IMF révèle des difficultés importantes dans les sous-secteurs CEC et IMF
non coopératives, en particulier en 2023, où les multiples tombent à 0,7 et 0,9 respectivement. Cela
signifie que pour 100 gourdes de dépenses totales, 69 gourdes et 90 gourdes sont générées comme
revenus respectivement pour les CEC et les IMF non coopératives.
La baisse drastique observée en 2023 indique que les institutions ne sont plus en mesure de couvrir
entièrement leurs dépenses totales (dépenses opérationnelles plus frais généraux) avec les revenus
qu'elles génèrent. Cette tendance alarmante met en évidence une vulnérabilité accrue à un
environnement économique instable, soulignant la lutte permanente du secteur pour maintenir sa
viabilité financière sans dépendre de financements extérieurs.
Figure 11: Évolution de la FSS du secteur de 2013 à 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
18
FINCA affiche un FSS de 0,15, ce qui souligne son incapacité à générer des recettes suffisantes pour
couvrir ses coûts financiers. Cette mauvaise performance est largement due à des facteurs externes,
notamment une perte massive de portefeuille de crédit dans le sud du pays, exacerbée par la crise
nationale persistante. Ces conditions difficiles rendent la situation de FINCA encore plus précaire,
empêchant toute amélioration significative de ses performances financières. En comparaison, Fonkoze
a un FSS de 0,74, laissant remarquer une gestion financière plus stable, mais encore insuffisante pour
atteindre l'autosuffisance complète. Le groupe non-CEC, avec un FSS de 0,90, démontre une meilleure
performance globale mais reste en dessous du seuil optimal.
La Caisse Populaire Dominique Savio (CAPODOSA) affiche un FSS de 0,48, soulignant ses difficultés
à réaliser des performances financières suffisantes pour couvrir ses coûts. En revanche, la Caisse
Populaire Fraternité (CPF) se distingue avec un FSS impressionnant de 1,07, indiquant une gestion
très efficace et une rentabilité élevée. Ce succès remarquable de la CPF peut être partiellement attribué
à son environnement opérationnel favorable au Cap-Haïtien. Globalement, ce ratio indique que le
secteur est en difficulté et nécessite des interventions extérieures pour améliorer les structures de
gestion interne. Ces disparités illustrent l'importance de l'environnement externe pour la performance
financière des institutions, en plus des défis internes auxquels elles peuvent être confrontées.
Figure 12: Performance de FONKOZE et FINCA au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Figure 13: Performance du CPF et de CAPODOSA au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Rendement du portefeuille
Ce ratio est obtenu en divisant le revenu brut par le portefeuille de prêts bruts. Les rendements des
portefeuilles des institutions de microfinance, tant pour les CEC que pour les IMF non
coopératives, ont montré des tendances divergentes entre 2013 et 2023. Les IMF non coopératives
ont maintenu des rendements relativement stables, diminuant légèrement de 37 % en 2013 à 36 %
en 2023, ce qui indique une gestion cohérente malgré les défis économiques. En revanche, les CEC
ont connu une baisse significative de leurs rendements, passant de 25 % en 2013 à 16 % en 2023.
Cette baisse est principalement due aux difficultés croissantes rencontrées par les institutions
de microfinance pour générer des revenus d'intérêts sur les prêts, compte tenu de la
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
19
détérioration de la situation économique dans le pays. Par ailleurs, le développement des
activités est également entravé par l'inaccessibilité de certaines zones, empêchant les institutions
de développer des produits à rendement optimal.
Figure 14: Évolution du portefeuille de 2013 à 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Bien que FINCA affiche un rendement élevé de 192%, cette performance doit être interprétée avec
prudence. Ses fonds propres négatifs et les pertes nettes substantielles indiquées dans ses états financiers
pour 2023 suggèrent que ce rendement élevé ne reflète pas une gestion financière saine ou durable, mais
plutôt un effet de levier financier excessif et une stratégie de prêt risquée qui pourrait être insoutenable.
En revanche, Fonkoze, avec un rendement de 44 %, reste au-dessus de la moyenne du sous-secteur,
mais met également en évidence les défis à relever dans un environnement économique précaire.
Pour le sous-secteur des CEC, les résultats sont plus uniformes mais restent faibles. CPF, avec un
rendement de 16 %, et CAPODOSA, avec 11 %, affichent des performances modestes, reflétant les
défis généraux du sous-secteur, dont le rendement moyen est de 14 %. Ces faibles rendements peuvent
illustrer les difficultés rencontrées par les CEC pour gérer efficacement leurs portefeuilles de prêts ou
maintenir leur rentabilité dans un environnement instable.
Figure 15: Performance de FONKOZE et FINCA au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Figure 16: Performance du CPF et de CAPODOSA au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
20
• Ratio des charges d'exploitation (OER)
L’OER correspond au rapport entre les dépenses opérationnelles et les recettes brutes. Ce ratio montre
une tendance inquiétante, en particulier pour les CEC de 2013 à 2023. Pour les IMF non
coopératives, cet indicateur n'est pas très élevé et reste relativement stable au fil des années,
fluctuant légèrement mais se maintenant autour de 26 % depuis 2017. Cela suggère une gestion
relativement efficace des coûts opérationnels malgré les fluctuations du marché.
En revanche, pour les CEC, l’OER a montré une tendance à la hausse, passant de 48 % en 2013
à 55 % en 2018 avant de continuer à augmenter pour atteindre 56 % en 2023. Cette augmentation
peut indiquer une croissance des coûts opérationnels qui n'est pas proportionnelle à la croissance du
portefeuille de prêts, reflétant potentiellement des inefficacités ou des augmentations des coûts
opérationnels. Ces éléments pourraient affecter la viabilité à long terme de ces institutions dans un
environnement économique déjà difficile.
Figure 17: Évolution du ratio des charges d'exploitation du secteur de 2013 à 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
L'analyse du ratio des dépenses opérationnelles de FINCA révèle une gestion financière préoccupante.
Avec des dépenses opérationnelles de 361,6 millions de gourdes et des revenus totaux de seulement
143,1 millions de gourdes en 2023, le ratio des dépenses opérationnelles s'élève à 252,8%. Ce chiffre
indique que pour chaque gourde générée en revenus, FINCA dépense environ 2,53 gourdes, illustrant
une disparité importante entre les coûts opérationnels et les revenus générés. En comparaison, Fonkoze,
avec un ratio de 22%, opère bien en dessous de la moyenne du sous-secteur, ce qui indique une gestion
plus efficace ou une structure de coûts mieux adaptée.
Dans le sous-secteur des CEC, CPF se distingue par un ratio de dépenses opérationnelles de seulement
17 %, bien inférieur à la moyenne du sous-secteur (56 %). Cela indique une certaine efficacité
opérationnelle et une capacité à générer des revenus suffisants pour couvrir les coûts opérationnels plus
efficacement. En revanche, CAPODOSA a un ratio de 114%, bien au-dessus de la moyenne, ce qui met
en évidence des défis importants en matière de gestion des coûts ou une faible génération de revenus.
Figure 18: Performance de FONKOZE et au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
21
Figure 19: Performance de CAPODOSA et du CPF par rapport au sous-secteur des CEC au 30
septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Rendement des actifs (ROA)
L'analyse de l'évolution de la rentabilité des actifs (ROA) des IMF, en distinguant les CEC et les
IMF non coopératives (non-CEC) de 2013 à 2023, révèle des dynamiques distinctes entre les deux
(2) sous-secteurs.
La rentabilité des CEC a généralement affiché une tendance à la hausse jusqu'en 2019, atteignant un pic
de 5,94 % en 2016. Après cette période cependant, on observe un déclin progressif du ROA, qui atteint
1,60 % en 2023. Cette baisse pourrait être attribuée à des défis internes et externes, y compris une
éventuelle augmentation des provisions pour pertes sur prêts et un environnement économique instable
plus contraignant. Pour les IMF non coopératives, la situation est plus variée. Après des chiffres négatifs
en 2013 et 2014, une reprise significative a eu lieu, avec un ROA maximum de 4,83 % en 2017.
Cependant, depuis lors, les performances ont été inégales, culminant une perte nette de 1,32 % en 2023.
En résumé, les CEC montrent une capacité à maintenir une rentabilité positive sur le long terme malgré
les baisses récentes, tandis que les IMF non coopératives montrent une instabilité marquée qui pourrait
menacer leur viabilité future sans ajustements stratégiques significatifs. Ces tendances suggèrent un
besoin accru de surveillance réglementaire et d'ajustements stratégiques.
Figure 20 Evolution du rendement des actifs au 30 septembre 2013-2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
22
FINCA a enregistré une perte massive en termes de ROA, atteignant -52%. Cela signifie que FINCA a
subi des pertes énormes par rapport à la taille de ses actifs, ce qui a conduit à sa demande de retrait de
licence par la BRH. Cette décision reflète les défis extrêmes auxquels la société est confrontée dans le
contexte économique actuel du pays. Fonkoze a également affiché une rentabilité négative de -4%, bien
que moins sévère que celle de FINCA, indiquant des difficultés mais à une échelle plus gérable. Dans
l'ensemble, le sous-secteur non coopératif a affiché une rentabilité moyenne de -1%, ce qui suggère
qu'en dépit de performances individuelles variées, le secteur lutte pour maintenir sa viabilité.
CPF a enregistré un rendement des actifs positif de 0,74 %, ce qui suggère une gestion relativement
efficace et une capacité à générer des bénéfices malgré les défis économiques. En revanche,
CAPODOSA a affiché une rentabilité négative de -0,84%, ce qui indique des difficultés à couvrir les
coûts opérationnels et peut-être une gestion des risques moins optimale. Dans l'ensemble, le secteur des
CEC a une performance moyenne de 1,60%, reflétant l'hétérogénéité dans la capacité des différentes
institutions à naviguer dans l'environnement économique instable d'Haïti.
Figure 21: Rentabilité des actifs de FONKOZE et FINCA au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Figure 22: Rentabilité des actifs CAPODOSA et CPF au 30 septembre 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
3. Analyse des risques du secteur des IMF
• Taux des crédits ayant des impayés excédant 30 jours (PAR 30)
L'analyse du taux de délinquance des crédits excédant 30 jours (PAR 30) des IMF montre une
augmentation significative de la délinquance en 2023. En 2023, le taux de délinquance pour les Non
CEC a grimpé à 24%, contre seulement 19% pour les CEC, suggérant que les institutions non
coopératives sont plus affectées par l'instabilité actuelle, probablement en raison de leur exposition à
des régions particulièrement touchées par les activités des gangs et les zones de conflit.
Les difficultés rencontrées par FINCA, particulièrement dans le secteur agricole aux Cayes, illustrent
cette réalité. La perte de 80 millions de gourdes et la radiation de 90% du portefeuille restant après le
cyclone Matthew en 2016, exacerbées par les événements de juillet 2018, ont marqué le début d'un
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
23
déclin économique, impactant sévèrement leur stabilité financière. Cette situation expose les IMF à des
risques accrus, nécessitant des ajustements dans leur gestion du risque de crédit et la continuité des
opérations. Ces implications comprennent une augmentation des pertes financières, une détérioration
de la qualité du portefeuille de crédit et un impact négatif sur la rentabilité, soulignant le besoin de
renforcer les stratégies de gestion des risques dans un environnement économique volatile.
Figure 23: Évolution des retards de paiement de plus de 30 jours entre 2020 et 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
• Risque lié à la rentabilité des fonds propres (ROE)
La rentabilité des fonds propres (ROE) des IMF a montré une variation significative de 2013 à
2023, illustrant une instabilité notable dans le secteur. Pour les institutions non coopératives (nonCEC), le ROE a montré des extrêmes, chutant dramatiquement à -59% en 2016 avant de se redresser à
35% en 2017. Cette forte fluctuation met en évidence la vulnérabilité du sous-secteur aux crises
économiques et politiques. En revanche, les CEC ont maintenu une trajectoire plus stable, avec un ROE
commençant à 13 % en 2013, culminant à 26 % en 2021, puis diminuant à 9 % en 2023.
Les analyses statistiques révèlent que les IMF non coopératives ont un écart-type de ROE de 25,85 %
avec un ROE moyen de seulement 2,45 %, tandis que les CEC ont un écart-type de ROE de 18,77 %
avec un ROE moyen de 4,55 %. Ces fluctuations importantes sont le signe d'une forte volatilité de
la rentabilité, qui expose les institutions à des risques financiers élevés. Cette volatilité nécessite
une gestion prudente des risques afin de préserver la solvabilité et la viabilité à long terme dans un
environnement aussi fluctuant. Une planification stratégique solide et un suivi renforcé sont essentiels
pour naviguer efficacement dans ces instabilités et protéger les intérêts des parties prenantes.
Figure 24: Évolution du ROE de 2013 à 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
24
4. Aperçu des performances des institutions de microcrédit des
banques
L'analyse des activités de microcrédit des trois (3) filiales des banques commerciales haïtiennes (MCC,
MCN et SOGESOL) révèle des variations significatives entre 2021 et 2024.
MCC a connu une croissance modeste de 1,11 milliard de gourdes en 2021 à 1,34 milliard en 2022,
mais a subi une baisse à 1,03 milliard de gourdes en 2024, ce qui représente une diminution de 23% par
rapport à son pic de 2022. MCN a connu une légère baisse de 4,41 milliards de gourdes en 2021 à 4,27
milliards de gourdes en 2024, reflétant une baisse de 3,2% sur la période.
La situation de la SOGESOL est particulièrement préoccupante, avec une réduction drastique de
son portefeuille de crédit, passant de 5,66 milliards de gourdes en 2021 à seulement 0,65 milliard
de gourdes en 2024, soit une baisse de près de 89%. La réduction drastique du portefeuille de la
SOGESOL est l'une des raisons qui auraient expliqué les changements stratégiques majeurs de
l'institution. En effet, la SOGESOL est en train de sortir du secteur de la " microfinance " et de se
transformer en une institution de microcrédit entièrement intégrée à la SOGEBANK.
Figure 25: Performance des institutions de microcrédit de 2021 à 2023
Sources: BRH et enquêtes de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
25
III. IMPACTS OPERATIONNELS DE LA CRISE SUR LES IMF
Outre l'impact sur leur situation financière, la crise socio-politique et économique a un impact négatif
sur le fonctionnement des institutions de microfinance (IMF). Cette section présente les résultats des
investigations conduites.
1. Impacts différenciés
La crise sociopolitique a des impacts non financiers différenciés sur les acteurs de l'écosystème de la
microfinance, selon qu'il s'agit d'IMF non coopératives ou coopératives, de MUSO, de Fédérations ou
d’Associations d'IMF, ou de Fournisseurs de Services de Paiement électronique (FSP).
• IMF non coopératives
•
La situation de FINCA illustre les difficultés rencontrées par les IMF non coopératives. En février
2024, FINCA a formellement demandé le retrait de son agrément à la BRH. La principale
raison invoquée était que l'institution, en raison des risques liés à la situation sécuritaire générale
du pays, n’est plus en mesure de poursuivre ses opérations d'intermédiation financière (réception
de dépôts et octroi de crédits) conformément aux exigences du décret de juin 2020 relatif aux IMF.
•
Le GAFME, agréé en 2023, est un nouvel acteur de l'écosystème. En 2023, l'institution a réalisé un
résultat net positif. Cependant, on note une baisse de certaines activités telles que le nombre de prêts
aux micro-entreprises et le nombre de demandes de crédit. Il s'agit sans doute des conséquences de
la crise sociopolitique qui sévit depuis plus de trois (3) ans. L'augmentation du portefeuille de
l'institution s'expliquerait principalement par l'augmentation des montants moyens des prêts
accordés aux clients.
•
Les principales difficultés opérationnelles rencontrées par les IMF non coopératives sont les
suivantes : a) Impossibilité ou difficulté de poursuivre les opérations dans certains bureaux, b)
Impossibilité ou difficulté de rencontrer les clients, c) Impossibilité ou difficulté de collecter les
remboursements comme d'habitude, d) Réduction des effectifs, e) Impossibilité ou difficulté
d'assurer le transport des fonds en toute sécurité.
• IMF coopératives
•
Dans le cadre de l'étude, sur un échantillon de 70 CEC contactées, 10 ont déclaré avoir été
vandalisées entre 2018 et 2024 ou fermées temporairement en raison d'une insécurité généralisée.
•
Le CNC a indiqué que les difficultés opérationnelles rencontrées par les CEC en ces temps de crise
sont légion. Il s'agit notamment de déménagements forcés, de fermetures partielles ou totales, de
difficultés à atteindre les sites de travail et de la perte de personnel essentiel.
• Situation des groupements
•
Les difficultés rencontrées par les IMF coopératives et non coopératives ont un impact négatif sur
le fonctionnement des groupements. En raison des conséquences de la situation sociopolitique, un
nombre relativement important de CEC ne sera pas en mesure de faire face à leurs obligations visà-vis de leurs Fédérations, notamment au cours de l'exercice 2023-2024.
•
L'ANIMH, fondée en 2002 et en difficulté pendant cinq ans, a fermé ses portes en février 2024
à cause des difficultés financières. La situation de l'ANIMH est une conséquence directe des
difficultés inhérentes à la crise. Cependant, certaines IMF qui auraient mis la clé sous la porte (dont
FINCA) semblent ne pas avoir dit leur dernier mot, car elles attendent une amélioration significative
du climat des affaires.
•
L'AHFI peut être considérée comme un nouvel acteur de l'écosystème. Elle regroupe des
acteurs tels que des IMF, des associations d'IMF, des PSF et des institutions d'assurance. Elle a été
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
26
créée il y a moins de cinq (5) ans avec pour " objectif principal de travailler à l'inclusion financière
afin de faciliter la création et la distribution équitable de la richesse en Haïti ".
•
Le KOFIP a été créé en 1997 "à l'initiative de plusieurs organisations dont la Caisse d'Épargne et
de Crédit (CCG), Fonhades, Fonkoze, Coopérative Solèy Leve et des personnes ressources proches
des organisations de base". Reconnu comme association par le Ministère des Affaires Sociales et
du Travail (MAST), le KOFIP regroupe des MUSO dans tout le pays et leur fournit des services de
formation. Il agit également en tant qu'institution de microfinance de second niveau (informelle),
en refinançant les MUSO dans le besoin.
• Situation du FSP : le cas de MonCash
•
Alors que le pays est en pleine crise, cinq (5) FSP ont reçu leur agrément entre 2021 et 2023
suite à la publication du décret de juin 2020 sur les IMF. Sur les cinq (5) PSF, deux (2) sont
pleinement opérationnels : MonCash et NatCash, selon les informations reçues de la BRH.
D'autres informations indiquent qu'un troisième (HaitiPay) a commencé ses opérations et a même
établi des partenariats avec des acteurs de la microfinance, dont l'AFIH.
•
Au 30 avril 2024, un (1) seul FSP rapporte régulièrement à la BRH (MonCash). Des difficultés
opérationnelles liées à la situation sociopolitique du pays et à la mise en place des infrastructures
de reportage au niveau des FSP les auraient empêchés de se conformer aux exigences.
•
Il est important de mentionner qu'à côté des FSP approuvés par la banque centrale, d'autres
initiatives de paiement électronique existent en Haïti - notamment LajanCash (une banque à
distance lancée par la Banque Nationale de Crédit utilisant les téléphones portables comme
portefeuilles électroniques), Mannitòks (une société privée jouant un rôle d'interopérabilité en
permettant aux titulaires de comptes dans les banques privées haïtiennes de transférer des fonds
vers des comptes MonCash) et Paon Bleu (une plateforme numérique évoluant dans le domaine
de l'octroi de crédit).
2. Dynamique des entrées/sorties dans le secteur des IMF depuis 2010
Tableau 2: Mouvements des acteurs du secteur des IMF depuis 2010
STRUCTURE
Les
membres
d'ANIMH
en 2010.
ANIMH
FINCA
ACLAM
GTIH
FHAF
GRAIFSI
FONDESPOIR
ID
BUH
HBP
ACME
FONKOZE/SFF
MCN
MCC
SOGESOL
AFIH
GAFME
CEC
FSP approuvé
NOUVEL
ACTEUR
Ö
Ö
Ö
(15 nouvelles
inscriptions)
Ö
EXIT
Ö
Ö
Ö
Ö
Ö
Ö
Ö
Ö
Ö
Ö
-
EXPLICATION
Mise en veilleuse depuis février 2024.
Demande de retrait de son agrément.
Il s'agit des institutions qui étaient membres
de l'ANIMH en 2010 mais qui ont quitté le
secteur de la microfinance avant février 2024.
Membre d'ANIMH jusqu'à la fermeture de
l'association en février 2024.
Mise en place il y a moins de 5 ans.
Agréée par le BRH en 2023.
Le 31 juillet 2017, 59 CEC ont été agréée, et
au 30 septembre 2023, ce nombre est passé à
74.
Les 5 FSP ont été approuvés entre 2021 et
2023.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
27
3. Considérations sur la résilience du secteur de la microfinance
Le secteur de la microfinance fait généralement preuve de résilience face aux troubles sociopolitiques.
Selon une étude de Ciguino et Paul (2022), les organisations de microfinance Haïti sont au moins
modérément résilientes. Selon l'étude, la majorité des IMF enquêtées (63,3%) sont modérément
résilientes, et plus d'un tiers (36,7%) sont très résilientes.
Les analyses effectuées dans cette étude montrent que l'industrie de la microfinance en Haïti est
effectivement résiliente. En considérant deux (2) des trois (3) variables prises en compte dans la
méthodologie de Ciguino et Paul (la poursuite ou l'arrêt des activités pendant la période de choc et le
niveau de baisse des activités2 ), il est facile de constater la capacité relativement forte des IMF à résister
aux chocs socio-politiques.
• Poursuite/cessation des activités pendant la période de choc
La poursuite des activités de crédit pendant et après un choc témoigne de la résilience des IMF
(Soumaré et al., 2020 ; Khan et al., 2022). L'arrêt, en revanche, est le reflet d'une non-résilience.
§
CEC: Comme mentionné dans la section précédente, sur 70 CEC contactées, seuls 10 ont
déclaré avoir été vandalisées ou fermées en raison de chocs sociopolitiques et sécuritaires. En
d'autres termes, la majorité des CEC ont poursuivi leurs activités malgré la situation difficile
qui prévaut en Haïti depuis 2018.
§
Les IMF non coopératives: En ce qui concerne les quatre (4) IMF non coopératives agréées
par la BRH, il n'y a pas eu de cessation totale d'activité. L’une (1) des quatre (4) est d’ailleurs
une nouvelle venue dans le secteur.
§
Groupements: Les Fédérations continuent à fonctionner malgré les difficultés. Sur les cinq (5)
Associations d'IMF, une (1) seule a cessé ses activités en février 2024. Une nouvelle arrivée
dans le secteur a également été notée.
• Niveau de baisse des activités
Selon la méthodologie des auteurs précités, une baisse d'activité est considérée comme "significative"
si l'activité de crédit a diminué de plus de 25% par rapport à l'activité normale. Dans le cas contraire,
elle est considérée comme "insignifiante".
Dans le cadre de cette étude, entre 2013 et 2023, l'activité de crédit dans le secteur de la microfinance
en Haïti a plutôt augmenté considérablement. En effet, comme déjà analysé, les CEC ont vu leur
portefeuille passer de 3,04 milliards de gourdes en 2013 à 15,28 milliards en 2023, soit une
augmentation de 402%. Simultanément, les institutions non coopératives (non-CEC) ont également
enregistré une croissance substantielle, leur portefeuille passant de 1,04 milliard à 4,82 milliards de
gourdes, soit une augmentation de 364% sur la même période.
Dans l'ensemble, nous pouvons conclure que le secteur de la microfinance semble résister aux chocs
macroéconomiques et sociopolitiques.
2
La variable "rebond deux (2) ans après les chocs" prise en compte par les auteurs n'est pas considérée,
étant donné que le pays était encore en crise au moment de la préparation du rapport.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
28
IV. ARGENT MOBILE, IMF ET INCLUSION FINANCIÈRE
1. Les IMF dans la stratégie nationale pour l'inclusion financière
Le secteur de la microfinance joue un rôle considérable dans la promotion de l'inclusion
financière dans les pays où les niveaux d'exclusion financière sont élevés. La microfinance est
particulièrement utile dans les zones rurales, où l'inclusion financière est généralement plus faible et où
les institutions financières conventionnelles sont souvent absentes.
En Haïti, selon FinScope 2022, l'exclusion financière touche environ 30% de la population. En d'autres
termes, près d'un tiers (1/3) de la population est exclu du système financier formel et informel. Selon
l'étude, dans les zones rurales, le taux d'exclusion est de 33%. Il est donc urgent d'agir.
Dans la SNIF (Stratégie Nationale pour l'Inclusion Financière), les autorités accordent une importance
considérable aux IMF en raison de leur proximité avec les populations rurales à faibles revenus
généralement exclues du système financier formel. Le fait que les institutions de microfinance soient
principalement situées dans les zones rurales est un atout pour le secteur. Le système bancaire est
concentré à Port-au-Prince (la capitale d'Haïti), où se trouvent 67% de ses 175 succursales et 75% de
ses 53 distributeurs automatiques de billets (ATM). En revanche, 80% des 400 succursales des CEC et
des IMF non coopératives sont situées en dehors de la capitale (SNIF, 2014).
En définitive, la promotion de l'inclusion financière en Haïti doit inévitablement passer par les
IMF coopératives et non coopératives, réputées plus proches des ménages. Dans cette optique, la
SNIF prévoit à juste titre une série d'actions visant à les renforcer et à les rendre plus efficaces. Il s'agit
notamment de consolider les CEC à travers des Fédérations, de renforcer la réglementation et la
supervision des CEC, de renforcer la réglementation et la supervision des IMF non coopératives pour
favoriser leur consolidation, et d'améliorer l'efficacité des CEC et des IMF non coopératives par
l'utilisation des NTIC. En bref, il est prévu d'accorder une priorité élevée aux IMF dans le SNIF.
2. Argent mobile et inclusion financière
• L'explosion de la téléphonie mobile
Depuis que la téléphonie mobile a explosé dans le pays, il était prévu que la technologie allait faciliter
l’accès à toute une gamme de services. En 2023, les registres des deux opérateurs de télécommunication
présents sur le marché accusent une proportion de plus de 64% de la population de plus de quinze (15)
ans détenteurs d’un téléphone mobile, pour une couverture d’environ 95% du territoire national.
Les innovations technologiques reliées au téléphone mobile sont considérées comme majeures dans le
cadre des efforts qui se font au niveau mondial pour approfondir l’extension des services de
microfinance dans les zones rurales. Haïti n’est pas en reste. C’est à juste titre que l’objectif 5 de la
SNIF a intégré les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) dans le
but de promouvoir l’inclusion financière.
Le téléphone mobile a intégré le quotidien de la population comme un périphérique multifonctions, se
substituant à d’autres appareils et permettant aussi d’accéder aux services financiers. L’utilisation des
portemonnaies électroniques a redéfini l’intermédiation financière à travers les plateformes MonCash
et NatCash respectivement mises en place par les opérateurs télécom DIGICEL et NATCOM.
• Le développement de la finance numérique
Dans le sillage de la révolution numérique, la BRH a publié la circulaire No 121 qui s'applique aux FSP.
Cette circulaire, datée du 6 décembre 2021, fixe les règles du jeu. Cependant, d'autres conditions sont
essentielles pour tirer profit des infrastructures de paiement en ligne et mobile : l'interopérabilité du
marché des services mobiles, la mise en place de systèmes d'identification numérique largement
accessibles et la protection des consommateurs.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
29
Les données obtenues démontrent tout le potentiel de la finance numérique en termes d'inclusion
financière. À cet égard, elles confirment la pénétration continue des téléphones portables, dont
l'utilisation se répand de plus en plus, et la demande croissante de services financiers.
Dans le cas de MonCash3 , le nombre de transactions enregistrées par l'entreprise augmente chaque jour.
En effet, de 2,2 millions en mars 2016, le nombre de transactions est passé à 5,6 millions en mars 2017,
7,1 millions en mars 2018 et plus de 30 millions en avril 2023.
La valeur des transactions approuvées varie de 9,7 millions de dollars américains en mars 2016 à 28,4
millions de dollars américains en mars 2017, 44 millions de dollars américains en mars 2018 et 72
millions de dollars américains en mars 2020.
Figure 26: Nombre de transactions (en millions) et valeur des transactions (en millions USD)
approuvés par MonCash de mars 2016 à avril 2023
Sources combinées AFI, BRH, Digital Financial Services (2018) et documents d'entreprise
Quant aux utilisateurs de MonCash, ils sont passés de 367 000 en 2014 à 4 millions en 2023. Ceux qui
sont considérés comme actifs sont passés de 56 000 à 3,1 millions en 2023. Le nombre de points de
service a également augmenté, passant d’environ 600 en 2014 à 7,9 mille en 2023.
Figure 27: Utilisateurs de MonCash en millions de 2014 à 2023
Source: Données obtenues auprès de Digicel
Les données ne sont pas disponibles pour les quatre (4) autres FSP, qui n'ont pas encore soumis de
rapports en bonne et due forme à la BRH.
3
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
30
Figure 28: Nombre de points de service MonCash en milliers
Source: Données obtenues auprès de Digicel
Pour les IMF de toutes catégories, les projets d'adaptation technologique ont été mis en veilleuse en
raison de la persistance de la crise. En ce sens, elles continuent à mener des activités de microfinance
de manière traditionnelle. Cependant, l'expérience unique de FINCA doit être soulignée comme un
début intéressant. Depuis 2014, elle a réalisé une part importante de ses opérations en utilisant la
plateforme MonCash. Les décaissements de crédit culminaient à cent millions (100 000 000) de gourdes
par mois, et les remboursements atteignaient quarante millions (40 000 000) de gourdes.
Comme nous l'avons vu au Kenya avec M-PESA, les fintechs peuvent entrer sur le marché de la
microfinance et s'imposer comme des acteurs majeurs. C'est un fait que les fournisseurs d'argent mobile
sont en mesure de gérer plus facilement de grands volumes de petites transactions, facilitant ainsi l'accès
aux services financiers pour les plus vulnérables. Le temps est venu pour les IMF haïtiennes d'adopter
le crédit numérique.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
31
V. EXAMEN DU CADRE JURIDIQUE ET BENCHMARKING
Dans cette partie du rapport, le cadre légal du secteur de la microfinance est d’abord présenté. Ensuite,
le cadre légal est comparé à ceux du Pérou et de la République Dominicaine. Une analyse SWOT est
également réalisée pour Haïti. Enfin, certains indicateurs financiers des IMF sont comparés aux ratios
réglementaires de la BRH.
1. La loi de juin 2002 sur les CEC
Jusqu’en 2002, les activités essentielles des coopératives étaient régies par le décret du 2 avril 1981
portant statut général des coopératives. Le cadre légal regroupait aussi le décret du 31 mars 1981 portant
organisation du CNC, qui était chargé entre autres de délivrer l’agrément officiel. Ce cadre répondait
aux exigences classiques concernant les coopératives.
Le besoin d’amendement de la législation relative aux CEC spécifiquement naquit, au début des années
2000, dans le contexte de la débâcle des structures pyramidales qui fonctionnaient abusivement sous
l’appellation de « coopérative ». À l’époque, les préoccupations exprimées par les pouvoirs publics ne
dépassaient pas la volonté de placer les CEC sous la supervision de la BRH et de renforcer le contrôle
de leurs activités afin de veiller à la sécurité des intérêts des déposants. Bien que ne faisant pas
l’unanimité au départ, la loi sur les CEC a plutôt reçu un accueil favorable de la part des principaux
acteurs du secteur. L’objectif a donc été atteint dans la mesure où il fallait intervenir rapidement pour
restaurer la confiance du public dans le mouvement coopératif.
À l’instar de toute législation coopérative, la loi de juin 2002 répond à une double exigence : une
demande de reconnaissance de la spécificité coopérative de la part des coopérateurs, et une demande de
contrôle de la part de l'État pour s'assurer que cette reconnaissance et les avantages qui y sont associés
ne soient pas utilisés au détriment de la société et des acteurs directement impliqués dans le secteur.
Loin de faire le bilan de vingt (20) ans d’application de la législation sur les CEC, l’examen requis dans
le cadre de la présente étude visait à déterminer si elle favorise ou non le développement des CEC ou
le bien-être des membres. À cet égard, les points forts et faibles de la loi ont été identifiés à la lumière
des recommandations de l’Alliance Coopérative Internationale (ACI) et des positions exprimées par les
différents acteurs de la microfinance coopérative rencontrés.
Points forts
Points faibles
1.
Accès à la chambre de compensation à la BRH
par le biais des Fédérations.
1.
Chevauchement de pouvoirs de la BRH et du CNC en
matière d’enregistrement et d’agrément.
2.
Mise en place du fonds de soutien aux
coopératives.
2.
Décisions critiques non soumises à l'avis de nonobjection de la BRH.
3.
Création et intégration de l'organe de contrôle
(DIGCP) à la BRH.
3.
Délivrance de l’agrément aux fédérations confiée au
CNC à la place de la BRH.
4.
Incitations prévues pour promouvoir
l’affiliation.
4.
Établissement du quorum à 2/3 des membres pour la
tenue de l’assemblé générale.
5.
5.
Mandat de supervision délégué aux Fédérations
des CEC.
Mécanismes d’intervention de l’État en vue d’un
appui effectif aux CEC non prévus.
6.
6.
Accès sans frais au rapport annuel sur
demande de tout sociétaire.
Régression dans les avantages fiscaux et douaniers
par rapport au décret du 31 mars 1981.
7.
7.
Autonomie et indépendance des CEC.
Régime d’exigences non assouplies pour les CEC
nouvellement créées.
8.
8.
Reconnaissance de la spécificité coopérative.
Pouvoir accordé à la BRH de déterminer les limites
dans lesquelles des crédits peuvent être accordés, en
pourcentage des fonds propres.
9.
Gratuité prescrite pour l’exercice de certaines
fonctions essentielles.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
32
De manière générale, les principaux acteurs du secteur de la microfinance coopérative sont convaincus
de la nécessité de modifier la législation coopérative actuelle. Cela dit, ils ont déjà tiré les conclusions
qui s'imposent en termes de points faibles, à savoir les problèmes de cohérence, les dispositions
essentielles non prévues ou confuses, et les dispositions non appliquées ou inapplicables. Pour l'heure,
la principale question qui se pose dans la perspective d'une révision objective et consensuelle de la loi
de juin 2002 n'est pas tant le "pourquoi" que le "quand".
2. Le décret de juin 2020 sur les IMF
• L'arrivée tardive de la règlementation
Les enjeux que posent l’existence et le développement institutionnel de ce vaste secteur que représentent
les IMF non coopératives se sont accrus de façon significative depuis le début des années 1990. Le
rapide et important essor du secteur a pu s’accomplir, sans que pratiquement, puisse être observé un
appui ou un accompagnement effectif de l’État haïtien. Jusqu’à l’introduction du décret du 5 juin 2020
portant son organisation et fonctionnement, le secteur de la microfinance non coopérative a donc évolué
dans un environnement juridique indéterminé.
Longtemps débattue, la question de la règlementation de cette catégorie d’IMF ne devait souffrir
d’aucune ambiguïté, étant donné les revendications clairement exprimées de leur part et la bonne
disposition des pouvoirs publics à doter également le secteur de la microfinance d’une politique
nationale. Daté de 2020, le cadre règlementaire des IMF a donc vu le jour avant l’élaboration de cette
politique annoncée depuis 20104. Reconnaissant deux catégories d’IMF en raison des formes juridiques
prescrites, il inaugure l’intégration des IMF non coopératives au système financier national placé sous
la supervision de la BRH.
• La mise en œuvre du décret de juin 2020
La présente étude se tient à l’approche de la fin
de la quatrième année d’application du décret
Impact des réglementations
susmentionné. Sa mise en œuvre a donc été
lancée dans un contexte marqué par une longue
• En raison de ces réglementations, certaines IMF
période de perturbations de toutes sortes
sont réticentes ou refusent de régulariser leurs
susceptibles de bouleverser les calendriers des
opérations.
parties prenantes. C’est le cas de la BRH, par
• Les banques ont transformé les filiales qui menaient
exemple, où les mises en place en vue de la
des activités de microcrédit en divisions internes
plutôt que de prendre la forme juridique requise.
prise en charge des activités de supervision sont
encore en cours. Les impacts réglementaires
• Les banques qui avaient déjà confié des activités de
pesant le plus découlent des exigences
microcrédit à une division interne créée à cet effet
considèrent qu'elles peuvent continuer à exercer ces
concernant le capital social prévu à
activités sans obtenir l'agrément officiel.
l’enregistrement des deux types d’IMF,
• Les IMF opérant avec un statut d’association
l’entreprise de microcrédit et la société de
perçoivent comme un irritant la gratuité prescrite
microfinance. Fixé à vingt-cinq millions de
pour l’exercice des fonctions d’administrateur d’une
gourdes (25,000,000.00 HTG) et à cinquante
entreprise de microcrédit.
millions de gourdes (50,000,000.00 HTG), le
capital social exigé pour enregistrer une
entreprise de microcrédit et une société de
microfinance est jugé prohibitif. Il apparaitrait donc que ces exigences ne sont assorties d’aucun
accommodement pour les institutions qui se définissent, par exemple, comme des social business ne
générant aucun profit pour des actionnaires privés.
Ronald Bodin 2010. « Allocution du Ministre de l’Économie et des Finances (MEF) », Actes du
colloque sur la microfinance, Port-au-Prince, 28-29 septembre 2010, MEF.
4
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
33
Après plus de vingt (20) ans d’activités largement répandues et non contrôlées des IMF, l’entrée en
vigueur du premier cadre réglementaire les concernant est cruciale. Fait certain : le microcrédit, si
largement développé dans le pays, n’avait donc pas jusque-là une définition officielle. On comprend
bien vite qu’historiquement se posaient des problèmes d’orientation, de contrôle ou de rapportage des
activités des IMF, qui se sont permises d’adopter en toute indépendance des pratiques reflétant un large
éventail d’approches.
Le décret du 5 juin 2020 définit le microcrédit comme un « prêt ayant un montant inférieur à un seuil
fixé par voie réglementaire par la BRH octroyé à des personnes physiques ou morales qui ne peuvent
accéder aux prêts bancaires classiques ». À l’instar d’autres dispositions contraignantes, celle-ci
traduit une nouvelle donnée à laquelle les IMF doivent désormais faire face. La mise en conformité des
IMF poserait le problème de la poursuite des activités sous l’égide d’un cadre légal, qui ne vient pas
nécessairement légaliser des pratiques existantes. Plus spécifiquement, la mise en conformité des
sociétés de banque se fait en dehors des dispositions du décret de juin 2020. Parce qu’elles sont déjà
détentrices d’une licence universelle de banque, qui couvre toutes les opérations bancaires ainsi que les
opérations connexes, une deuxième licence pour mener des activités de microcrédit est jugée non
nécessaire. Aussi, sont-elles actuellement l’objet de transformation interne.
Les résultats de cette analyse d’impact soulèvent des questions quant aux perspectives d’application de
la règlementation et au renforcement du secteur. Ces questions sont notamment les suivantes :
•
Peut-on s’attendre, après la crise, à une possibilité pour certaines IMF encore debout de réunir
le capital social exigé en vue de la régularisation ?
•
Comment l’autorité de supervision va s’y prendre pour traiter le cas des sociétés de banques
qui ont rapatrié des filiales les activités de microcrédit ?
•
Comment la poursuite des opérations de microcrédit sur le territoire pourra-t-elle tout
bonnement cesser dans l’indifférence du rôle important que jouent les IMF dans la lutte contre
la pauvreté et l’exclusion financière ?
•
De quelle manière vont évoluer les IMF ayant obtenu l’agrément officiel en l’absence de la
politique nationale de développement de la microfinance ?
3. Benchmarking : Haïti, République Dominicaine et Pérou
• Les résultats en matière d'inclusion financière restent faibles
Le rapport "Comparative Study to Benchmark Haiti's Microfinance Decree and Relevant DFS
Regulations Versus Regulations in the Dominican Republic and Peru, Haiti Microfinance Industry
Study" (IFC-Banque mondiale, août 2022) met en évidence des éléments de comparaison entre le
secteur de la microfinance en Haïti, ceux de la République Dominicaine et du Pérou.
Le rapport montre qu'en Haïti, malgré une amélioration de l'environnement réglementaire avec le décret
de juin 2020 sur les IMF, les scores d'inclusion financière restent faibles : 35, contre 53 pour la
République dominicaine et 82 pour le Pérou. La taille moyenne des prêts est notablement plus faible en
Haïti (780 USD) qu'en République dominicaine (973 USD) et au Pérou (2 560 USD), ce qui reflète les
limites des produits de prêt disponibles et de l'accès au capital pour les emprunteurs (tableau 3).
• Analyse SWOT du secteur de la microfinance en Haïti
L'analyse SWOT montre qu'en dépit des progrès réalisés en Haïti en matière de réglementation, il reste
beaucoup à faire pour renforcer le secteur de la microfinance et atteindre le niveau d'inclusion financière
et de développement réglementaire observé en République dominicaine et au Pérou.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
34
Figure 29: Analyse SWOT du secteur de la microfinance en Haïti
Source: ProEco Haïti
Table 3: Indicateurs de microfinance par pays
Indicators
Haiti
Dominican Republic
Peru
35
53
82
• Government and policy support
31
51
90
• Stability and integrity
36
54
82
• Products and outlets
64
47
93
• Consumer protection
27
74
93
• Infrastructure
46
71
78
65 (2021)
46 (2020)
90 (2020)
Overall Microscope Scores (2020)
Number of MFIs
Number of borrowers from MFIs
compared to the adult population (%)
Total MFI loan portfolio compared to
the total loan portfolio (%)
Average loan size (USD)
Number of microcredits compared to
the number of total credits (%)
3.9 (2017)
15.6 (2020)
21.0 (2021)
13.0 (2018)
3.4 (2020)
3.2 (2021)
780 (2017)
973 (2020)
2,560 (2020)
12.1 (2016)
1.9 (2016)
3.7 (2016)
Source: IFC-World Bank
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
35
Table 4: Types institutions de microfinance
Type of institutions
Full-fledged
commercial banks
Haiti
Licensed Bank
Dominican Republic
Peru
Licensed Bank
Licensed Bank
Deposit-taking
Microfinance
microfinance providers companies
• Savings and credit banks
• Saving and Loan Associations
• Public Entities
• Financial Companies
• Municipal Savings and Loan Banks
• Rural Savings and Loan Associations
Non-deposit taking
Microcredit
microfinance providers Enterprises
Credit Corporations
Entities for the Development of the
Small Microenterprises
All microfinance
Non-regulated
providers must be
microfinance providers
regulated
Cooperatives NGOs
NGOs
Source: IFC-World Bank
4. Ratios réglementaires BRH par rapport aux performances des IMF
Le tableau ci-dessous montre une tendance générale à la baisse de certains indicateurs clés de
performance des institutions de microfinance en Haïti entre 2020 et 2023. La capitalisation des actifs a
diminué au cours de la période, passant de 19,37% à 16,00% pour les CEC et de 14% à 11% pour les
IMF non coopératives, signalant une dépendance accrue au financement externe, malgré le fait que la
capitalisation reste supérieure à la norme minimale de la BRH de 12,5%. Le ratio de liquidité a
également baissé, indiquant des risques de liquidité, les deux sous-secteurs n'atteignant pas la norme de
25 % et soulignant la vulnérabilité aux retraits massifs. Dans le même temps, le rendement des actifs
(ROA) a considérablement diminué, en particulier pour les CEC dont le ROA est passé de 3,75 % en
2020 à 1,60 % en 2023, reflétant une efficacité opérationnelle réduite et une augmentation des coûts
non couverts par les revenus. Les provisions pour pertes sur prêts ont augmenté pour les IMF non
coopératives, ce qui suggère une détérioration de la qualité du portefeuille de prêts.
Tableau 3 : Conformité de la BRH aux normes prudentielles au 30 septembre 2023
CEC
Indicateur
2020
-17%
11.00%
14.00%
-22%
≥12.5%
54.07%
-7%
26.00%
32.00%
-21%
≥25%
6.91%
7.28%
-5%
8.00%
7.00%
20%
≥1%
Limitation des Risques de
Crédit (Total Credit/Total Actif)
0.5411
0.5326 0.01595944
0.45
0.51
Rentabilité des Actifs (ROA)
1.60%
3.75%
-1.32%
0.67%
Ratio de liquidité (Actifs
liquides/Dépots)
Provision générale pour les
prêts (%Portefeuille Brut)
2020
16.00%
19.37%
50.37%
% Variation
BRH
% Variation Standards
2023
Capitalisation (Fonds
Propres/Total Actifs)
2023
IMF non coopératives
-57%
-0.13 ≤70%
-298%
>0%
Sources: BRH et enquête de ProEco Haïti
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
36
CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
La crise sociopolitique et économique persistante que connaît Haïti depuis 2017 a des conséquences
critiques sur l'évolution de tous les secteurs de la vie nationale. Les institutions de microfinance (IMF),
particulièrement essentielles pour les communautés rurales généralement vulnérables et cruciales dans
la promotion de l'inclusion financière, sont confrontées à des problèmes conséquents.
La crise a radicalement changé le mode de fonctionnement des IMF. Des enquêtes ont montré qu'elle a
entraîné des difficultés opérationnelles majeures et même des cas de cessation d'activité parmi les
principaux acteurs du secteur de la microfinance.
Sur le plan financier, l'étude révèle que le secteur de la microfinance a connu une croissance
impressionnante de ses actifs et de ses fonds propres entre 2013 et 2023, malgré un contexte
sociopolitique et économique instable. Cependant, cette expansion est contrastée par une augmentation
inquiétante des provisions pour créances douteuses et une baisse significative des bénéfices nets en
2023 résultant de faiblesses dans la gestion des risques et des coûts sans doute liés à la situation sociopolitique et économique difficile du pays.
En outre, les indicateurs de performance calculés révèlent globalement des tendances inquiétantes, qui
appellent à une meilleure gestion des structures de coûts et à un soutien accru de la part des autorités de
régulation afin de garantir la stabilité et le développement continu du secteur.
En tenant compte des indicateurs de résilience considérés, l'étude révèle que les IMF en général restent
plutôt résilientes malgré les soucis financiers. Cependant, contrairement aux IMF non coopératives, les
coopératives financières sont plutôt bien établies et ont la capacité de continuer à fournir des services à
leurs membres malgré le climat économique difficile. En effet, il a été démontré que même pendant la
longue période de crise, elles sont généralement plus stables que les autres institutions financières.
Aspects réglementaires. Bien que la loi sur les coopératives d'épargne et de crédit (CEC) existe depuis
2002, c'est pendant la crise que le cadre juridique régissant le fonctionnement des institutions de
microfinance non coopératives a été mis en place. Avec d'autres instruments, ce cadre constitue le
corpus national régissant le secteur. Le cadre réglementaire global a ses points forts. Il comporte
également des écueils qui sont susceptibles de freiner les IMF dans leur développement ou dans la
course à l'institutionnalisation. De plus, l'analyse SWOT réalisée dans le cadre d'un exercice de
Benchmarking montre que, si des progrès réglementaires ont été réalisés en Haïti, il reste encore
beaucoup à faire pour renforcer le secteur de la microfinance et atteindre le niveau d'inclusion financière
et de développement réglementaire observés en République dominicaine et au Pérou.
Les conclusions ont conduit aux recommandations suivantes :
•
Développement et professionnalisation du secteur de la microfinance
1. L'une des actions nécessaires au développement du secteur en Haïti serait de définir une
Stratégie Nationale de Développement de la Microfinance (SNDM). Cela nécessiterait une
collaboration entre les partenaires au développement du secteur, les IMF, les Fédérations et
Associations d'IMF, la BRH et les ministères tels que le MEF et le MPCE.
2. Les acteurs du secteur de la microfinance doivent travailler de manière à rendre le cadre
juridique des IMF compatible non seulement avec les objectifs de viabilité financière, mais
aussi avec les contraintes du contexte dans lequel elles opèrent, ainsi qu'avec les finalités de
la microfinance.
3. Le cadre de supervision de la BRH pour les IMF non coopératives n'est pas encore
totalement développé. Le renforcement dudit cadre au niveau de la banque centrale est une
priorité évidente.
4. Il est important que les IMF, les Fédérations et les Associations travaillent ensemble pour
produire des rapports annuels sur les indicateurs de performance du réseau d'IMF, afin de
promouvoir la transparence financière et la professionnalisation du secteur.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
37
•
Résilience du secteur de la microfinance
5. Dans le contexte actuel, il serait opportun que les partenaires au développement du secteur
envisagent de renforcer la résilience du secteur en injectant des fonds frais sur la base du
rachat d'une partie du stock de créances douteuses, ou en mettant en œuvre des programmes
de garantie de prêts pour stimuler le crédit aux catégories vulnérables, y compris les femmes.
6. Promouvoir le rôle et l'autonomie des fédérations de CEC en les impliquant en tant
qu'intermédiaires dans les investissements de microfinance pour la gestion des fonds
soutenant les portefeuilles de prêts des CEC, en plafonnant les frais de gestion.
•
Gestion des risques et recouvrement
7. Compte tenu du risque pays souvent élevé associé à l'octroi de crédit en Haïti, les IMF
doivent renforcer leurs processus de due diligence raisonnable afin de mieux évaluer la
solvabilité des clients. Dans le même ordre d'idées, les IMF devraient envisager de mettre
en place des systèmes de recouvrement plus efficaces, y compris des options de paiement
flexibles adaptées à la situation économique des clients.
•
Inclusion financière
8. Pour promouvoir davantage l'inclusion financière, les IMF peuvent définir une stratégie de
diversification des produits dans le cadre de l'extension des services, en vue de développer
des produits adossés à des transferts internationaux ou adaptés aux conditions des
bénéficiaires de ces transferts.
9. Encourager les IMF non coopératives à recevoir l'épargne des clients et à offrir d'autres
produits connexes, y compris les dépôts à terme (DAT).
10. Le passage au numérique des IMF n'a pas encore commencé au niveau institutionnel et sera
encore retardé par la crise. Les parties prenantes doivent continuer à promouvoir le
développement des services financiers numériques dans le secteur de la microfinance.
Évaluation rapide du secteur de la microfinance en Haïti
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ANNEXES
• Références bibliographiques
AFI, BRH, Haïti: Services financiers numériques, 2018.
Beaudin Ronald, Allocution du Ministre de l'Economie et des Finances (MEF), Actes du colloque sur la
microfinance, Port-au-Prince, 28-29 septembre 2010.
BRH, Circulaires numéros 115, 115-1, 115-2, 115-3, 115-4, 121, de 2020 à 2023.
BRH, Le secteur de la microfinance en Haïti : Document d'information, 2018.
BRH, Normes prudentielles pour le secteur haïtien des coopératives d'épargne et de crédit, Compilation de
Circulaires.
Brian Branch, Contribuer à l'efficacité de l'aide : Working with Credit Unions, CGAP / WOCCU, 2005.
Charles Strebler, Principes de l'organisation coopérative, FeniXX, 1969.
David Malpass, Leading digital revolution for financial inclusion, Banque mondiale - Blog, 2022.
FSD Kenya, FinAccess Household Survey, Nairobi : FSDK, 2021.
Hubermane Ciguino et Bénédique Paul, Les organisations de microfinance haïtiennes sont-elles résilientes
face aux crises qui traversent le pays: une étude exploratoire, OpenEdition Journal, 2022.
Le Moniteur (Journal officiel d'Haïti), Décret sur les coopératives et les caisses populaires en Haïti, 1981.
Le Moniteur (Journal officiel d'Haïti), Décret sur l'organisation et le fonctionnement des institutions de
microfinance, 25 août 2020.
Le Moniteur (Journal officiel d'Haïti), Loi sur les coopératives d'épargne et de crédit, 10 juillet 2002.
Matthew Soursourian et al, Recent developments in financing, CGAP, 2016.
Peterson Kitakogelu, Impact de la finance numérique sur l'inclusion financière et la stabilité, Borsa Istanbul
Review, 2017.
USAID, Haitian Microfinance Industry Census, USAID/Haiti/MSME, Lhermite François: Strategic
Management Group (SMG), 2009.
USAID, Évaluation du marché de l'éducation non étatique: Haïti, 2020.
Westley Glenn et alt., Safe Money: Building Effective Credit Unions in Latin America, Washington: Banque
interaméricaine de développement (BID), 2000.
Banque mondiale, Services financiers numériques, 2020.
Banque mondiale, Digital Financial Services, Washington DC: Groupe de la Banque mondiale, 2020.
Banque mondiale, Document d'évaluation de projet pour une proposition de don, novembre 2010.
Banque mondiale/FIDA, Remittances and Financial Inclusion, Rapport du Fonds international de
développement agricole et du Groupe de la Banque mondiale pour le Partenariat mondial du G20 pour
l'inclusion financière, 2015.
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• Institutions contactées ou impliquées dans l'échange
INSTITUTIONS
ACME
AFIH
ANACAPH
ANIMH
BRH / DIGCP
BRH / Supervision
CNC
FINCA
FONKOZE/SFF
KNFP
KOFIP
MCC
MCN
SOGESOL
DIGICEL/MONCASH
FHAF
Ex Directeur Général du CNC
REPRÉSENTANTS
Mme Pacale Théodate
M. Lionel Fleuristin
Mme Yolène Jacquet
Mme Dominique Boyer
M. Jocelyn Jean-Baptiste
M. Jean Armand Mondélis
M. Lesly Alexandre
M. Moïse Doréus
M. Steeve Pierre-Louis
Mme Dominique Boyer
M. Lionel Fleuristin
M. Jean Luckner Romulus
M. Patrick Jeudy
M. Joseph Clefils
M. Rubens Merisier
Mme Laura Georges
Mme Nathanaël Chavenet
M. Jean Marie Célestin
M. Frantz Prinvil
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