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Modélisation hydrodynamique
de la plaine alluviale du Nord –
République d’Haïti
Assistance technique du BRGM
Livrable n°4 : rapport final
BRGM/RC-67407-FR
Janvier 2018
Modélisation hydrodynamique
de la plaine alluviale du Nord –
République d’Haïti
Assistance technique du BRGM
Livrable n°4 : rapport final
BRGM/RC-67407-FR
Janvier 2018
Arnaud L.
Vérificateur :
Nom : A. Gutierrez
Fonction : Chef de projet
Date : 18/01/2018
Signature :
Approbateur :
Nom : P. Audigane
Fonction : Responsable unité GDR
Date : 22/01/2018
Signature :
Le système de management de la qualité et de l’environnement
est certifié par AFNOR selon les normes ISO 9001 et ISO 14001.
Mots-clés : alluvions, eaux souterraines, irrigation, modélisation hydrodynamique, MARTHE, République
d’Haïti.
En bibliographie, ce rapport sera cité de la façon suivante :
Arnaud L. (2018) – Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti).
Assistance technique du BRGM. Livrable n° 4. Rapport final. BRGM/RC-67407-FR, 79 p., 48 ill.
© BRGM, 2018, ce document ne peut être reproduit en totalité ou en partie sans l’autorisation expresse du BRGM.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 3
Synthèse
Le projet AVANSE, financé par USAID, vise à encourager un développement agricole
durable dans le Nord et le Nord-Est d’Haïti. Dans le but de déterminer si la ressource en
eau souterraine mobilisable est suffisante pour le projet, il a été confié au BRGM
l’établissement d’un modèle hydrodynamique de la Plaine alluviale du Nord.
Tout au long du projet de modélisation, les différents travaux ont été réalisés en étroite
collaboration avec DAI (Development Alternatives Inc.), maître d’œuvre du projet AVANSE,
l’Université de Port-au-Prince et l’Université de Limonade.
À partir des données compilées et/ou acquises au cours du projet AVANSE, un modèle
hydrodynamique de la Plaine du Nord d’Haïti a pu être développé sous MARTHE, code de
calcul du BRGM.
Le bilan hydraulique de la nappe alluviale, établi en régime permanent, met en avant une
disponibilité encore significative de la ressource en eau souterraine à l’échelle de la plaine,
un drainage de la nappe par les principaux cours d’eau, une pression quantitative plus
importante sur le bassin versant de Haut-du-Cap et des conditions d’alimentation moins
favorables pour le bassin de la rivière Marion.
Si le calage du modèle n’a pu se faire qu’en régime hydraulique permanent par manque de
données, des modélisations théoriques en régime transitoire ainsi que la simulation d’un
scénario d’irrigation ont été mises en œuvre. Celles-ci apportent des éléments de décision
sur lesquels le projet AVANSE peut s’appuyer pour planifier un programme d’irrigation à
l’échelle de la plaine :
Les conditions d’alimentation de la nappe alluviale semblent autoriser la mise en service
de pompages agricoles sur les différentes zones d’intérêt du projet. Une reconstitution
rapide de la réserve en eau est notamment simulée après arrêt de la campagne
d’irrigation. C’est également le cas en période de sécheresse, à l’exception des zones
situées sur l’extrémité amont de la plaine.
Les rabattements de nappe simulés au droit des puits de pompages sont pluri-métriques
et se propageraient au-delà des zones de culture. De tels rabattements ne permettraient
pas de s’appuyer sur les puits existants, trop superficiels. L’implantation de forages plus
profonds (> 20m) sera probablement à envisager, en particulier pour satisfaire les
besoins dans un contexte de sècheresse prolongée (basses eaux) comme celui observé
entre 2014 et 2016.
Les zones de Cap Haïtien et de Caracol sont plus particulièrement vulnérables à une
intrusion d’eaux salines en provenance de l’océan. Le risque est bien entendu accru
sous l’effet des pompages, et en condition de recharge déficitaire.
Comme tout modèle hydrodynamique, le modèle maillé de la Plaine du Nord présente des
incertitudes et des limites d’utilisation qu’il convient de garder à l’esprit, en particulier dans
un contexte où les données disponibles et les connaissances restent partielles :
En l’absence de chroniques piézométriques et pluviométriques, le calage du modèle de
nappe n’a pu être conduit qu’en régime hydraulique permanent. Il ne s’agit que d’une
première étape de travail qui devra être complétée par un calage en régime transitoire
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
4 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
permettant notamment de prendre en compte les capacités de stockage / déstockage
de l’aquifère.
Concernant la piézométrie de la nappe alluviale, peu d’observations de terrain sont
disponibles sur l’extrémité amont de la plaine ainsi que sur le bassin versant de la rivière
Marion et sur la moitié est du bassin de Trou du Nord. L’acquisition de données de
référence supplémentaires dans ces secteurs permettrait de consolider le calage de la
piézométrie en régime permanent.
La méconnaissance des paramètres descriptifs du réseau hydrographique modélisé
induit des incertitudes dans le calcul des échanges nappe-rivière, en particulier les cotes
du fil d’eau et du fond du lit des rivières. Une campagne de levés topographiques (profils
en travers) a été lancée fin 2017 par le projet AVANSE, les données en cours
d’acquisition pourront utilement être intégrées dans le modèle.
Dans le même ordre d’idée, les écoulements superficiels simulés par le modèle ne
peuvent être considérés comme calés en l’absence d’un travail en régime transitoire.
Aussi, les flux d’échange modélisés entre les cinq cours d’eau principaux et la nappe
alluviale sont à considérer avec précaution.
Les apports par le domaine extérieur, principalement par les eaux ruisselées sur le
massif du Nord, sont toujours difficilement quantifiables sur le terrain. Cependant, afin
de valider les calculs du modèle vis-à-vis des flux entrants par l’amont, l’acquisition
continue de données hydro-climatiques est préconisée, avec a minima le suivi 1) des
débits des principaux cours d’eau à leur débouché dans la plaine, 2) des fluctuations
piézométriques sur l’amont de la plaine alluviale et 3) des précipitations sur le massif.
La connaissance des prélèvements, en nappe comme en rivière, reste incomplète. Certains
ouvrages récents ont possiblement échappé à l’inventaire réalisé (parc industriel de
Caracol, grandes exploitations agricoles, etc.). Des travaux d’enquête complémentaires
sont à envisager pour intégrer les informations géologiques et hydrogéologiques de ces
ouvrages. Les nouvelles données acquises pourront aisément être introduites dans le
modèle. Dans la mesure du possible, cette première version du modèle doit s’inscrire dans
la durée et évoluer avec l’amélioration des connaissances hydrogéologiques et climatiques.
Les actions de formation menées tout au long du projet de modélisation devraient, par
ailleurs, faciliter les mises à jour futures du modèle.
À ce stade, il est primordial de pérenniser le programme de surveillance des ressources en
eau et du climat initié dans le cadre du projet AVANSE. Seule l’acquisition de nouvelles
données climatiques, hydrologiques et piézométriques permettra, en effet, de procéder à
un calage du modèle en régime transitoire, étape indispensable pour se doter d’un véritable
outil de gestion de la nappe alluviale.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 5
Sommaire
1. Introduction .......................................................................................................................... 9
1.1. CADRE ET OBJECTIFS DE L’ETUDE ............................................................................ 9
1.2. DEROULEMENT DE L’ETU DE ET LIVRABLES ........................................................... 10
2. Synthèse hydrogéologique ................................................................................................ 11
3. Construction du modèle hydrodynamique de la Plaine du Nord .................................... 15
3.1. LE CODE DE CALCUL MA RTHE ................................................................................. 15
3.2. STRUCTURE ET EMPRISE DU MODELE ................................................................... 16
3.2.1. Maillage et extensions ......................................................................................... 16
3.2.2. Géométrie de l’aquifère alluvial ............................................................................ 17
3.3. CONDITIONS HYDRAULIQ UES AUX LIMITES DU MODELE ...................................... 20
3.4. ZONES DE RECHARGE .............................................................................................. 21
3.4.1. Données climatiques disponibles ......................................................................... 21
3.4.2. Définition des zones de recharge ......................................................................... 22
3.5. REPRESENTATION DU RE SEAU HYDROGRAPHIQUE ............................................. 24
3.6. PRELEVEMENTS ......................................................................................................... 26
4. Calage en régime permanent ............................................................................................. 29
4.1. DONNEES DE REFERENCE POUR LE CALAGE ........................................................ 29
4.1.1. Niveaux piézométriques ....................................................................................... 29
4.1.2. Débits des cours d’eau ........................................................................................ 30
4.1.3. Sources et zones humides ................................................................................... 32
4.1.4. Paramètres hydrodynamiques ............................................................................. 32
4.2. PRINCIPALES ETAPES SUIVIES LORS DU PROCESSUS DE CALAGE ................... 33
4.2.1. Ajustement des perméabilités .............................................................................. 34
4.2.2. Ajustement des charges imposées en amont ....................................................... 35
4.2.3. Ajustement de la recharge ................................................................................... 36
4.3. RESULTATS OBTENUS ............................................................................................... 37
4.3.1. Champ de perméabilité ........................................................................................ 37
4.3.2. Piézométrie .......................................................................................................... 37
4.3.3. Débits des principaux cours d’eau ....................................................................... 41
4.3.4. Zones de débordement ........................................................................................ 42
4.3.5. Bilan hydraulique ................................................................................................. 43
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
6 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
4.4. PRINCIPALES INCERTITUDES ET PERSPECTIVES D’AMELIORATION ................... 44
5. Exploitation du modèle ....................................................................................................... 47
5.1. REGIME TRANSITOIRE « MOYEN » ............................................................................ 47
5.1.1. Description du modèle .......................................................................................... 47
5.1.2. Résultats .............................................................................................................. 48
5.2. REGIME TRANSITOIRE « 2000-2016 » ........................................................................ 53
5.2.1. Description du modèle .......................................................................................... 53
5.2.2. Résultats .............................................................................................................. 54
5.3. SIMULATION D’UN SCENARIO DE POMPAGES AGR ICOLES ................................... 57
5.3.1. Description du scénario simulé ............................................................................. 57
5.3.2. Résultats .............................................................................................................. 58
6. Conclusions et perspectives .............................................................................................. 61
7. Bibliographie ....................................................................................................................... 65
Liste des illustrations
Illustration 1 – Localisation de la zone d’étude. .............................................................................................9
Illustration 2 – Chronogramme de l’étude (M : mission du BRGM en Haïti, L : livrables). ......................... 10
Illustration 3 – Bilan hydraulique des flux de la Plaine du Nord (Tomasi, 1990c). ..................................... 13
Illustration 4 –6 Carte piézométrique (Tomasi, 1990c) révisée. ................................................................. 14
Illustration 5 – Extension du domaine modélisé sur fond de carte géologique. ......................................... 17
Illustration 6 – Surface topographique du modèle (altitude en m). ............................................................. 18
Illustration 7 – Carte de la base des alluvions (altitude en m). ................................................................... 19
Illustration 8 – Carte des épaisseurs des alluvions (altitude en m). ........................................................... 19
Illustration 9 – Visualisation 3D du modèle hydrogéologique (les couleurs correspondent à l’altitude
topographique de la surface, valeurs croissantes du bleu vers le rouge). ....................... 20
Illustration 10 – Conditions aux limites (en gris : charges imposées sur les limites d’affleurement, en
rouge : charges imposées à 0 m sur la bordure littorale, en bleu : mailles de
débordement). ................................................................................................................... 21
Illustration 11 – Recharge annuelle moyenne spatialisée au pas de 30 m (Adamson et al., 2016). ......... 23
Illustration 12 – Zones de recharge du modèle (zones n° 1 à 5). .............................................................. 23
Illustration 13 – Bilan des débits dans un tronçon de rivière et différentes configurations d’échange
modélisées par MARTHE. ................................................................................................ 24
Illustration 14 – Tracé des cours d’eau modélisés de façon explicite. ....................................................... 25
Illustration 15 – Exemple du calcul réalisé pour répartir les prélèvements par ouvrage. ........................... 26
Illustration 16 – Données de prélèvements AEP recueillies auprès de la DINEPA. .................................. 27
Illustration 17 – Répartition des prélèvements en nappe intégrés dans le modèle. ................................... 27
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 7
Illustration 18 – Prélèvements annuels moyens par commune pour l’alimentation en eau potable. .......... 28
Illustration 19 – Carte de localisation des stations hydro-climatiques et des sections jaugées par DAI. ... 30
Illustration 20 – Tableau récapitulatif des données de débit compilées à partir de la littérature. ............... 31
Illustration 21 – Résultats des jaugeages réalisés par AVANSE entre janvier et juillet 2017. .................... 31
Illustration 22 – Carte des zones humides et des zones inondables (CNIGS). .......................................... 32
Illustration 23 – Tableau récapitulatif des valeurs de transmissivité et de perméabilité disponibles (en
rouge : transmissivités calculés à partir des débits spécifiques). ...................................... 33
Illustration 24 – Carte de localisation des zones d’intérêt du projet AVANSE. ........................................... 34
Illustration 25 – Relation linéaire entre altitude topographique et niveau piézométrique. ........................... 35
Illustration 26 – Délimitation des zones de drainage amont pour le calcul des précipitations efficaces. .... 36
Illustration 27 – Précipitations efficaces annuelles calculées en amont du domaine modélisé. ................. 36
Illustration 28 – Champ de perméabilité des alluvions à l’issue du calage en régime permanent
(polygones bleu : zones résistantes superficielles, polygones rouge : zones résistantes
profondes). ......................................................................................................................... 37
Illustration 29 – Diagrammes de dispersion pour la totalité des points d’observation (en haut) et pour les
points AVANSE et BRGM (en bas). La droite en pointillé représente la droite d’équation y
= x. ..................................................................................................................................... 39
Illustration 30 – Tableau comparatif entre charges hydrauliques simulées et observées. ......................... 39
Illustration 31 – Piézométrie de la nappe alluviale du Nord simulée en régime permanent. ...................... 40
Illustration 32 – Débits des rivières simulés vs débits mesurés sur le terrain. ............................................ 41
Illustration 33 – Confrontation des zones de débordement simulées et des zones humides et
inondables. ......................................................................................................................... 42
Illustration 34 – Principales composantes du bilan hydraulique de la nappe alluviale modélisée (en bleu
les flux entrants, en vert les flux sortants). ........................................................................ 43
Illustration 35 – Bilan hydraulique de la nappe alluviale par bassin versant. .............................................. 44
Illustration 36 – Répartitions mensuelles de la recharge et des débits d’eau entrant par les limites amont
pour le modèle transitoire « moyen ». ............................................................................... 48
Illustration 37 – Évolution mensuelle des différents termes du bilan hydraulique de la nappe selon le
modèle théorique transitoire « moyen ». ........................................................................... 50
Illustration 38 – Évolution mensuelle du stockage / déstockage de l’aquifère aluuviale selon le modèle
théorique transitoire « moyen ». ........................................................................................ 51
Illustration 39 – Exemples de chroniques piézométriques simulées par le modèle théorique transitoire
« moyen ». ......................................................................................................................... 52
Illustration 40 – Carte du battement annuel moyen de la nappe alluviale simulée par le modèle théorique
transitoire « moyen ». ........................................................................................................ 53
Illustration 41 – Évolution de la recharge météorique annuelle dans la configuration du modèle transitoire
« 2000-2016 ». ................................................................................................................... 54
Illustration 42 – Évolution cumulée du stock d’eau dans l’aquifère alluvial sur la période 2000-2016. ...... 55
Illustration 43 – Exemples de chroniques piézométriques simulées par le modèle théorique transitoire
« 2000-2016 ». ................................................................................................................... 56
Illustration 44 – Carte piézométrique simulée par le modèle théorique transitoire « 2000-2016 » pour le
mois de juin 2016. .............................................................................................................. 56
Illustration 45 – Besoins en eau de la banane (source : FAO).................................................................... 57
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
8 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 46 – Évolution des prélèvements en nappe dans le cas du scénario relatif à l’irrigation des
zones du projet AVANSE. ................................................................................................. 57
Illustration 47 – Impact des pompages agricoles sur la piézométrie de la nappe alluviale pour le mois
d’août 2009. ...................................................................................................................... 58
Illustration 48 – Impact des pompages agricoles au droit des puits (diamètre = 1 m). .............................. 59
Annexe - Comptes-rendus de mission ................................................................................................... 67
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 9
1. Introduction
1.1. CADRE ET OBJECTIFS D E L’ETUDE
Le projet AVANSE, financé par USAID, vise à encourager un développement agricole durable
dans le Nord et le Nord-Est d’Haïti. Le projet ambitionne de porter de 1500 ha à 4000 hectares
(ha) la surface des terres agricoles dédiées aux cultures du riz, de la banane et du cacao. Les
terres agricoles doivent être irriguées par des puits existants, par de nouveaux puits ou par des
canaux d'irrigation réhabilités ou nouvellement construits.
Dans le but de déterminer si la ressource en eau souterraine mobilisable est suffisante pour le
projet, il a été décidé d’établir un modèle hydrodynamique de la Plaine alluviale du Nord.
Suite à l’appel d’offres lancé par le projet AVANSE en date du 17/01/2017, le BRGM a été
sélectionné pour apporter une assistance technique à la réalisation du modèle hydrodynamique.
Il est, en effet, convenu que les travaux de modélisation soient conjointement pris en charge par
l’Université de Port-au-Prince, DAI (maître d’œuvre du projet AVANSE) et le BRGM.
Les objectifs, initialement assignés au projet de modélisation, étaient de préciser :
les limites hydrogéologiques du système, la présence des nappes, leurs profondeurs ;
le bilan hydraulique de la plaine alluviale et les équilibres/déséquilibres entre les différents
termes du cycle de l’eau ;
l’impact quantitatif de l’irrigation sur les ressources souterraines ;
les zones potentielles de débordement de la nappe qui affectent la surface agricole utile
une partie de l’année.
Le périmètre de l’étude couvre les cinq bassins versants suivants (d’ouest en est) : Haut du Cap,
Grande Rivière du Nord, Trou du Nord, Marion et Jassa (Illustration 1).
Illustration 1 – Localisation de la zone d’étude
Haut du Cap
Grande Riv. du Nord
Trou du Nord
Marion
Jassa
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
10 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
1.2. DEROULEMENT DE L’ETU DE ET LIVRABLES
Le projet de modélisation s’est déroulé selon trois grandes étapes de travail.
La première étape, dédiée à la formation à l’utilisation du logiciel MARTHE et à l’analyse des
données collectées, a fait l’objet d’un premier rapport (Livrable 1, 30/06/2017). La formation
s’est tenue du 12 au 16 juin 2017 dans les locaux de la Faculté d’Agronomie et de Médecine
Vétérinaire (FAMV) de Port-au-Prince.
Six licences de MARTHE V7.6 ont été installées par le BRGM : deux sur des ordinateurs fixes de
l’Université de Port-au-Prince, une sur un ordinateur portable de l’université de Limonade et trois
sur des ordinateurs portables du projet AVANSE.
La seconde étape a été consacrée à la construction du modèle hydrodynamique de la plaine
du Nord. Celle-ci a été initiée à Port-au-Prince du 10 au 15 juillet 2017 et terminée par le BRGM
au cours du mois d’août, tout en maintenant les échanges techniques avec DAI et l’Université
(Cf. § 3).
Dans un troisième temps, il a été procédé au calage du modèle en régime hydraulique
permanent. Pour ce faire, le groupe de travail s’est réuni à l’Université de Port-au-Prince du 25
au 30 septembre 2017 ; le BRGM s’est chargée de finaliser le calage pour la fin du mois d’octobre.
En complément, deux modèles théoriques en régime transitoire ont été livrés (Cf. § 4 et 5).
Enfin, même si cette tâche n’était pas inscrite au cahier des charges de la convention qui lie DAI
et le BRGM, un appui a été apporté à la mise en œuvre de scénarios d’exploitation du modèle
(Cf. § 5).
Pour chaque mission du BRGM en Haïti, un compte-rendu a été établit, ils sont reportés en
Annexe 1.
Conformément au programme contractuel, les livrables suivants ont été fournis :
Livrable 1 : rapport relatif à l’analyse des données collectées et au déroulement de la
formation (30/06/2017) ;
Livrable 2 : construction du modèle, installation sur les ordinateurs du projet et de
l’Université de Port-au-Prince (31/08/2017) ;
Livrable 3 : calibration du modèle et livraison (31/10/2017) ;
Livrable 4 : rapport final (objet du présent document) et installation définitive du modèle
sur les ordinateurs du projet et de l’Université de Port-au-Prince (18/12/2017).
L’Illustration 2 présente le chronogramme détaillé de l’étude.
Illustration 2 – Chronogramme de l’étude (M : mission du BRGM en Haïti, L : livrables)
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 11
2. Synthèse hydrogéologique
Même si l’inventaire des données disponibles et la synthèse hydrogéologique ont fait l’objet d’un
premier rapport, les principales connaissances acquises par le passé sont ici reprises dans le but
de faciliter la compréhension des hypothèses de construction du modèle.
Sur la base de la bibliographie disponible (§ 7), les principaux enseignements à retenir des
caractéristiques et du fonctionnement de la nappe alluviale de la Plaine du nord sont les suivants :
Du point de vue géologique, la plaine du Nord correspond à un comblement du versant nord-
est effondré du massif du Nord par des matériaux détritiques. La nature des alluvions
déposées est très hétérogène comme en témoignent les logs géologiques consultés et la forte
variabilité de la productivité des forages existants (Tomasi, 1990b) : alternance de sables, de
graviers et d’argiles.
Les forages de reconnaissance réalisés en 1989/1990 dans le cadre du programme de
développement et de gestion de la ressource en eau financé par le PNUD (Programme des
Nations Unies pour le Développement) (Tomasi, 1990b), des variations rapides de faciès ont
été mises en évidence, en lien avec la nature fluviatile des alluvions. Les faciès les plus
grossiers ont été rencontrés dans les anciens lits de Grande Rivière du Nord et de Trou du
Nord. Au contraire, les faciès argileux semblent prédominer à Phaëton, Fort-Liberté, Terrier
Rouge et Carrefour Oranger. Ces forages de reconnaissance sont venus confirmer les
résultats des investigations géophysiques mises en œuvre par le BRGM en 1980 (BRGM,
1980) : zones de plus forte résistivité superficielle, associées aux alluvions plus grossières,
dans les anciens lits des principales rivières de la région, en particulier Grande Rivière du nord
et Trou du Nord avec les forages les plus productifs.
Dans ces secteurs, les formations sablo-graveleuses sont rencontrées jusqu’à des
profondeurs comprises entre 10 et 30 m. Cette tendance à l’échelle de la plaine ne doit
cependant pas faire oublier des variations de faciès importantes (formations lenticulaires,
argileuses comme sableuses).
Les alluvions qui composent la plaine du nord sont épaisses, l’épaisseur croît du sud vers le
nord, avec plus de 300 m en bordure de l’océan (investigations géophysiques BRGM, 1980).
Parmi les forages de reconnaissance réalisés en 1989/1990, seuls deux ont atteint le socle
intrusif (à 42 et 63 m). La présence locale du socle à plus faible profondeur traduit l’existence
de seuils entre les bassins de Trou du Nord, Terrier Rouge et Fort-Liberté. Ces derniers
pourraient représenter un obstacle aux écoulements souterrains (Tomasi, 1990b).
Au sud de la Plaine, le Massif du Nord est composé de formations volcaniques intrusives
(rhyolites, dacites, andésites, diorites, gabbros, …), roches par nature peu perméables
(perméabilité de fissures). De nombreuses sources y sont exploitées, avec des débits moyens
compris entre 0.05 et 1 l/s (Tomasi, 1990c). Des puits de grand diamètre sont également
creusés dans l’horizon altéré superficiel (pour sa capacité de stockage). La productivité des
forages interceptant l’horizon fissuré sous-jacent reste limitée (au maximum 1 l/s). L’hypothèse
d’un ruissellement largement dominant sur le versant nord du massif apparaît très
vraisemblable.
La caractérisation géochimique des eaux souterraines réalisée par le BRGM dans la région
de Cap Haïtien (Gutierrez et al., 2012) montre que la plaine alluviale est le siège d’un aquifère
multicouches dont le niveau le plus superficiel est en conditions oxydantes (nappe libre). En
revanche, les niveaux semi-profonds captés par les pompes à main (15-20 m de profondeur
dans ce secteur) ainsi que les niveaux profonds sont des niveaux captifs, protégés par des
couches argileuses ou silteuses. Les puits semi-profonds (15-20 m) et profonds (jusqu’à 100 m
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
12 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
de profondeur) bénéficient d’une bonne protection naturelle et d’une dénitrification en
conditions réductrices.
Les datations (gaz CFC-SF6) et les analyses isotopiques nous apprennent que les eaux de la
nappe alluviale sont anciennes (voire très anciennes) (Gutierrez et al., 2012). Le faciès
géochimique des eaux est relativement homogène dans la profondeur, car aucun paramètre
chimique ne les distingue notablement en fonction de la profondeur (exceptés les nitrates).
Les analyses réalisées en octobre 2010 par le BRGM sur l’eau de la Grande Rivière du Nord
qui traverse la plaine sur un axe nord-sud montrent sans ambigüité que la rivière draine
fortement l’aquifère en amont de Pont Parois (Gutierrez et al., 2012). Les compositions
chimiques et isotopiques des eaux de la rivière sont, en effet, très proches de celles des eaux
souterraines. Les eaux des rivières n’influencent donc pas les eaux souterraines, excepté
peut-être localement et temporairement lors de crues.
En revanche, sur l’extrémité amont de la plaine, les fonds de vallées seraient
topographiquement plus élevés que le niveau de la nappe phréatique ; l’écoulement des cours
d’eau participerait ainsi à l’alimentation de la nappe par infiltration (Tomasi, 1990c).
La piézométrie de la plaine alluviale, élaborée dans le secteur de Cap Haïtien, à partir de
l’inventaire d’octobre 2010, montre un écoulement sud-nord avec un gradient de 0.3%
(Gutierrez, 2010). La zone de Balan est une zone où le niveau de la nappe est déprimé. Malgré
l’absence de pompage dans les forages AEP (Alimentation en Eau Potable) lors de
l’inventaire, il apparait une dépression piézométrique caractéristique des zones d’exploitation
des eaux souterraines.
Tomasi (1990c) mentionne un gradient hydraulique de 0.2 à 0.8% sur la plaine. Par ailleurs,
un suivi réalisé en 1978/1979 dans l’ouest de la plaine a révélé des fluctuations saisonnières
de la nappe de 0.2 à 1 m sur la partie aval de la nappe alluviale et de 1 à 5 m au pied des
reliefs. La profondeur moyenne de la nappe se situe entre 5 et 15 m à proximité du massif du
Nord et au pied des reliefs présents entre les rivières Lamatry et Marion. La profondeur
diminue ensuite progressivement vers le nord pour se retrouver entre 0.5 et 2 m d’épaisseur
sur la bande côtière.
Des incohérences ont été remarquées sur la carte élaborée par Tomasi en 1990. Ainsi, après
digitalisation de la carte par DAI, quelques modifications / compléments ont été apportés au
tracé de certaines courbes isopièzes (Illustration 4). Cette révision s’appuie en partie sur les
relevés piézométriques plus récents.
Du fait de la présence de niveaux plus argileux superposés à des niveaux sableux la nappe
peut localement être mise en charge avec notamment plusieurs forages artésiens en bordure
littorale (Tomasi, 1990c).
La productivité des ouvrages existants est variable, entre 10 et 30 l/s dans la région de Cap
Haïtien, ce qui correspond à de bonnes productivités (Gutierrez, 2010).
Un premier bilan hydrologique annuel a été proposé par Tomasi (1990c) à l’échelle de la plaine
du Nord. Ce bilan intègre non seulement l’aquifère de la plaine du nord mais également les
bassins versants limitrophes dont les ruissellements contribuent à l’alimentation de la nappe
alluviale. Il s’agit d’un bilan hydrologique, c’est-à-dire qu’il prend en compte à la fois les eaux
souterraines et les eaux de surface. Comme précisé par l’auteur, les chiffres sont à considérer
avec précaution, certains comme la part des eaux météoriques infiltrées étant estimés sur la base
d’études réalisées dans d’autres plaines alluviales d’Haïti (Illustration 3).
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 13
Pour la compréhension du schéma de Tomasi, l’explication ci-après est nécessaire :
l’aquifère alluvial reçoit de l’eau des précipitations directes sur sa surface et des ruissellements
sur les massifs volcano-metamorphiques voisins. Sur ces derniers, les pluies efficaces
représentent 30% des précipitations totales. Seule une très faible partie (2.3%) s’infiltre et est
restituée au niveau des sources. 700 Mm
3
d’eau sont donc dirigés vers l’aquifère alluvial par
ruissellement superficiel (cours d’eau) ;
sur la plaine, les pluies efficaces représentent seulement 20% des précipitations, qui sont plus
faibles. L’apport est donc de 300 Mm
3
. Il s’ajoute aux 700 Mm
3
provenant des massifs mais
10 Mm
3
sont prélevés pour l’irrigation (soit un bilan des eaux de surface de 690 Mm
3
). La
nature perméable des alluvions permet l’infiltration de 150 Mm
3
à partir de la pluie (690 + 300
-150 = 840 Mm
3
) et 100 Mm
3
à partir de pertes des rivières dans la partie amont (840 - 100 =
740 Mm
3
). Dans la partie aval, les rivières drainent la nappe et récupèrent 140 Mm
3
(740 +
140 = 880 Mm
3
) ;
le total des entrées est donc de 700 (Ruissellement) + 300 (Pluies efficaces) = 1000 Mm
3
;
le total des sorties est de 10 (irrigation) + 100 (évaporation directe) + 880 (écoulement vers la
mer) = 990 Mm
3
;
pour équilibrer le bilan, il faut supposer que 10 Mm
3
partent de manière invisible vers la mer
(pertes souterraines).
Illustration 3 – Bilan hydraulique des flux de la Plaine du Nord (Tomasi, 1990c)
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
14 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 4 – Carte piézométrique (Tomasi, 1990c) révisée
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 15
3. Construction du modèle hydrodynamique de la
Plaine du Nord
3.1. LE CODE DE CALCUL MA RTHE
Le logiciel MARTHE (Thiéry, 1990) est développé au BRGM depuis plus de 30 ans. Une
documentation détaillée est proposée sur le site internet du BRGM :
http://www.brgm.fr/production-scientifique/logiciels-scientifiques/marthe-logiciel-modelisation-
ecoulements.
La documentation complète a été transmise à DAI et à l’Université de Port-au-Prince lors de
l’installation du logiciel.
Le code de calcul MARTHE (Modélisation d'Aquifères par maillage Rectangulaire en régime
Transitoire pour le calcul Hydrodynamique des Ecoulements) permet le calcul des écoulements
de fluides et de transfert de masse et d'énergie en milieux poreux tridimensionnels avec une
approche en volumes finis (Différences Finies Intégrées) en établissant l’équation d’équilibre des
débits entre la maille de calcul et les six mailles voisines (Nord, Sud, Est et Ouest appartenant à
la même couche, puis Haut et Bas des couches sus- et sous-jacentes dans le cas d’un modèle
multicouche).
Dans chaque maille, l’équation suivante est respectée :
∑�
������
6
������=1
.(������
������−������
������)+�+���ℎ.���������=�.���������.(
������
������−������
(������−������������)
��
)
Avec Ti le coefficient d’échange global (« transmissivité ») entre la maille de calcul et une maille
voisine i, Hi la charge d’une maille voisine à la date t, Ht la charge de la maille de calcul à la date
t, Q le débit prélevé ou injecté dans la maille, Rech le flux de recharge, Surf la surface horizontale
de la maille, et S le coefficient d’emmagasinement.
On obtient ainsi un système d’équations linéaires conduisant à une matrice creuse. Plusieurs
algorithmes de résolution par gradients conjugués sont proposés pour résoudre ce système
d’équations : gradients conjugués avec pré-conditionnement de Choleski, méthode Eisenstat.
Compte tenu de la non-linéarité due au fait que les coefficients Ti dépendent des charges
hydrauliques, la résolution se fait de manière itérative. Cette schématisation en volumes finis fait
intervenir des mailles organisées en couches empilées, chaque couche étant formée de mailles
organisées en lignes et colonnes. Les schémas peuvent être simples ou complexes (zone non
saturée, écoulement multiphasique, prise en compte de la densité du fluide, prise en compte de
la végétation, interaction avec des cours d'eau, transferts d’énergie, etc.).
La convergence des calculs itératifs est contrôlée par plusieurs critères, principalement les écarts
de charge moyens et maximaux entre deux itérations successives et les débits résiduels d'erreur
(global sur l'ensemble du modèle et ponctuel dans chacune des mailles). En pratique, l’état de
convergence d’un modèle est principalement évalué par des indicateurs portant sur le bilan
hydraulique des différentes couches, et plus particulièrement sur le déséquilibre de bilan dans
chaque maille, chaque couche, et pour l’ensemble du modèle.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
16 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
En régime transitoire, la modélisation fait intervenir deux coefficients d’emmagasinement : le
coefficient d’emmagasinement en nappe libre (équivalent à la porosité efficace) lorsque la maille
n’est pas entièrement saturée en eau, et le coefficient d’emmagasinement captif lorsque la maille
est saturée en eau.
La nappe peut s’assécher localement et se re-saturer ultérieurement. Elle peut également
déborder.
Le modèle permet de prendre en compte les échanges entre un réseau hydrographique et les
nappes sous-jacentes.
L’interface graphique Win-MARTHE est utilisée en pré- et post-processeur pour la préparation et
la mise en forme des données, ainsi que pour la visualisation des données et des résultats.
3.2. STRUCTURE ET EMPRISE DU MODELE
3.2.1. Maillage et extensions
En concertation avec DAI, il a été décidé de retenir un maillage uniforme sur l’ensemble du
domaine modélisé. Celui-ci est constitué de mailles carrés de 200 m de côté.
La taille des mailles a avant tout été justifiée par la nécessité de ne pas trop dégrader la définition
du modèle numérique de terrain (pas de 25 m, § 3.2.2). À l’échelle de la plaine alluviale, des
mailles de 500 m de côté aurait, en effet, pu suffire compte tenu de la faible densité des
informations disponibles.
Suite à plusieurs tests, l’aquifère alluvial est finalement représenté par un modèle monocouche.
Une structure schématique à trois couches, visant à distinguer une nappe superficielle libre, une
nappe profonde captive et un horizon argileux intercalé, a été testée. Cependant, cette approche
n’a pas apporté de plus-value du point de vue de la représentation des écoulements souterrains ;
en outre, au regard du peu de données disponibles, en particulier d’ordre géologique, les
inconnues relatives à la géométrie des couches étaient augmentées.
Au nord, le modèle est limité par les limites d’affleurement des alluvions et par le trait de cote.
Vers le sud, le domaine modélisé ne couvre pas toujours la totalité des alluvions mais s’étend
jusqu’aux pieds des reliefs.
L’extension, initialement basée sur les contours de la carte géologique d’Haïti, a été révisée en
cours de construction du modèle. En effet, la cartographie des alluvions présente certaines
incohérences comparativement à la topographie. Vers le sud, il a finalement été choisi d’étendre
le modèle jusqu’au pied des fortes pentes. Quelques modifications des contours initiaux ont
également été apportées sur les limites au nord et sur les intrusions de socle (Illustration 5). Des
erreurs de géoréférencement de quelques points d’observation de 1990 pourraient être à l’origine
des non correspondances entre certains contours de la carte géologique et le modèle numérique
de terrain.
Enfin, vers l’est, le modèle a été étendu au-delà de la frontière dans le but de s’appuyer sur une
limite physique, à savoir la limite du bassin versant des rivières Jassa et Massacre (Illustration
5).
Au total, le modèle est composé de 20 431 mailles, soit une superficie équivalente d’environ
817 km².
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 17
Illustration 5 – Extension du domaine modélisé sur fond de carte géologique
3.2.2. Géométrie de l’aquifère alluvial
Toit de l’aquifère alluvial
Le toit de la couche modélisée correspond à la topographie de la plaine alluviale.
Après pré-traitement et analyse des trois MNT
1
disponibles, il a été décidé de retenir un MNT au
pas de 5 m transmis par l’intermédiaire du BRGM (rééchantillonage de données Lidar réalisé par
le BRGM dans le cadre d’études relative au risque sismique en Haïti) et le MNT au pas de 90 m
(SRTM) pour les extrémités amont de la plaine non couverte par le Lidar. En effet, le MNT au pas
de 5 m dont dispose le BRGM ne couvre pas la totalité de la plaine alluviale.
Le pré-traitement consiste à corriger les possibles imperfections des données (remplissage des
cuvettes notamment), et à calculer les directions de flux et les accumulations de flux.
Le MNT au pas de 5 m a finalement été rééchantillonné au pas de 20 m afin d’alléger les fichiers
à importer dans MARTHE.
1
Modèle Numérique de Terrain = surface topographique numérique
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
18 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Lors du passage aux mailles de 200 m du modèle hydrogéologique, les valeurs moyennes du
MNT sont importées, excepté pour le réseau hydrographique où les valeurs minimums sont
considérées. Dans les fonds de vallées, il est, en effet important que la cote de débordement (=
cote topographique) soit proche du niveau des rivières (Cf. § 3.3).
L’ensemble des opérations liées au pré-traitement des MNT, réalisées sous ArcGis©, a été décrit
dans un document transmis à l’équipe de projet.
Dans le modèle, les altitudes topographiques varient entre 0.15 m et 72 m, pour une valeur
moyenne de 19 m (Illustration 6).
Illustration 6 – Surface topographique du modèle (altitude en m)
Mur de l’aquifère alluvial
Compte tenu de la très forte hétérogénéité des faciès en présence (argile, sable, gravier) et des
rapides variations latérales de faciès (géométries lenticulaires), il avait été conclu à l’impossibilité
de réaliser un modèle géologique 3D des alluvions au regard du peu d’information géologique
disponible (Arnaud, 2017).
Néanmoins, les investigations géophysiques conduites par le BRGM en 1980, couplées aux
données de forage, ont permis d’établir une carte de profondeur du substratum des alluvions à
l’échelle de la Plaine du Nord (Radstake, 1990
2
). Un total de 588 sondages électriques a été mis
en œuvre et interprété par le BRGM. Les niveaux argileux sont caractérisés par de faibles valeurs
de résistivité (5 à 10 ohm.m) tandis que les niveaux plus sableux sont associés à des résistivités
plus élevées (> 20 ohm.m). La signature géoélectrique du substratum est quant à elle
caractérisée par une résistivité de l’ordre de 200 ohm.m.
La carte des isobathes du substratum, disponible au format papier dans le rapport de Tomasi
(1990), a été digitalisée puis krigée
3
sous ArcGis (méthode linéaire)avant importation dans
MARTHE. Faute d’information en bordure littorale, la profondeur de la base des alluvions a été
limitée à 300 m ; cette valeur correspond à la dernière courbe de niveau mentionnée sur la carte.
2
Rapport non consulté
3
Méthode d’interpolation géostatistique adaptée à la reconstitution de surfaces topographiques ou piézométriques.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 19
Les cotes altimétriques de la base des alluvions modélisées varient entre -300 m et 24 m, pour
une valeur moyenne de -122 m (Illustration 7).
L’épaisseur des alluvions varie quant à elle entre 36 et 300 m, pour une valeur moyenne de 141
m (Illustration 8).
Illustration 7 – Carte de la base des alluvions (altitude en m)
Illustration 8 – Carte des épaisseurs des alluvions (altitude en m)
L’Illustration 9 présente une visualisation 3D du modèle hydrogéologique de la Plaine du Nord.
Elle illustre l’épaississement de la formation alluviale vers le nord, c’est-à-dire vers la mer. La
remontée du socle est bien exprimée du côté de Fort-Liberté, en revanche, à l’extrémité nord-est
du modèle, l’épaisseur supérieure à 200 m pourrait être surestimée localement. Faute
d’informations contradictoires à la carte des isobathes, nous nous sommes appuyés sur cette
dernière pour réaliser ce premier modèle.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
20 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 9 – Visualisation 3D du modèle hydrogéologique (les couleurs correspondent à l’altitude
topographique de la surface, valeurs croissantes du bleu vers le rouge)
3.3. CONDITIONS HYDRAULIQ UES AUX LIMITES DU MODELE
Il est impératif de fournir au logiciel de modélisation les conditions hydrauliques aux limites du
modèle, de façon à ce que celui-ci puisse correctement intégrer l’influence du « monde extérieur
» (règles d’échange entre le domaine modélisé et le milieu extérieur).
Les conditions aux limites introduites dans le modèle sont de trois types (Illustration 10) :
- À charge imposée :
o le long du trait de côte avec une charge hydraulique imposée à 0 m (limite aval).
On impose de telles conditions (dites de Dirichlet) sur une limite où la charge
hydraulique est indépendante des conditions de circulation dans la nappe. C’est
par exemple le cas pour le contact d’une nappe avec la mer ;
o sur les limites d’affleurement des alluvions, aux contacts avec les formations
calcaires ou volcaniques. Les charges ainsi imposées permettent de traduire
l’alimentation de la nappe alluviale par les formations encaissantes (ruissellement
+ apports souterrains). Les débits échangés avec l’amont sont discutés plus en
détail dans la suite du rapport (§ 4.2.2 et 4.3.5).
- À flux nul sur les limites latérales qui correspondent à des lignes de courant (par
définition, aucun flux ne traverse une ligne de courant).
- À débordement sur toute l’emprise des alluvions. Si la charge calculée dans une maille
est supérieure à la cote de débordement assignée à cette maille (toit de l’aquifère alluvial
= topographie dans notre cas), il y a débordement et la charge effective est ramenée à la
cote du sol, l’excès de charge étant converti en débit de débordement.
En régime transitoire, les charges imposées sur les limites d’affleurement sont remplacées par
des flux imposés (§ 5).
N
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 21
Illustration 10 – Conditions aux limites (en gris : charges imposées sur les limites d’affleurement, en
rouge : charges imposées à 0 m sur la bordure littorale, en bleu : mailles de débordement)
3.4. ZONES DE RECHARGE
3.4.1. Données climatiques disponibles
Précipitations
De nombreuses données de précipitation ont été compilées, anciennes comme plus récentes,
mais il n’a pas été possible de reconstituer des chroniques continues sur de longues durées et
comparables entre elles d’une station à l’autre.
Les données relevées sur les sept pluviomètres installés dans le cadre du projet AVANSE n’ont
pas pu être exploités car elles se sont révélés trop partielles : au maximum, 5 mois de données
semblent disponibles sur 2 ou 3 stations. Par ailleurs, celles-ci n’étant toujours pas validées à
l’issue de la troisième mission du BRGM, il n’était de toute façon pas envisageable de les valoriser
dans le cadre du projet de modélisation.
En complément, le BRGM a récupéré les pluies journalières mesurées par radar météorologique
et mis à disposition sur le site du LAFDM
4
: http://stream.princeton.edu/LAFDM/WEBPAGE.
Cependant, ces données apparaissent très différentes de celles disponibles au sol. De plus, la
variabilité climatique de la Plaine du Nord n’est pas retranscrite par ces pluies satellitaires. Il a
donc été décidé de ne pas utiliser ces données.
Dès sa première mission à Port-au-Prince, le BRGM a alerté sur cette lacune d’informations
climatiques, particulièrement préjudiciable dans un projet de modélisation (Cf. livrable 1 +
comptes rendus de mission, Annexe 1).
4
Latin American Flood an Drought Monitor
Limite à
flux nul
Limite à
flux nul
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
22 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Ce n’est finalement que lors de la troisième mission (fin septembre 2017) que des données
mensuelles plus récentes ont été récupérées pour trois pluviomètres de la Plaine du Nord : Cap
Haïtien, Terrier Rouge et Ouanaminthe. Aucune information de ce type n’a été collectée en amont
de la plaine.
En définitive, aucune chronique de précipitation journalière d’une durée suffisante (au moins une
année complète) n’a pu être récupérée.
Evapo-Transpiration Potentielle (ETP)
Concernant l’ETP, seules des valeurs moyennes mensuelles, relatives à des périodes anciennes
(1920-1940), ont été retrouvées.
En novembre 2017, de nouvelles données issues du FAO ont été mises à disposition du projet.
Celles-ci ont pu être valorisées dans les modèles théoriques construits en régime transitoire
(Cf. § 5).
Conclusions
Face à la difficulté d’accéder à des données climatiques homogènes et récentes, il n’a pas été
possible de procéder au calcul des bilans hydro-climatiques au sein du modèle. Il a donc été
décidé d’utiliser la carte nationale de la recharge établie par Adamson et al. (2016).
Néanmoins, les données de pluie et d’ETP collectées ont permis de faire des calculs de
précipitations efficaces
5
au pas de temps mensuel, dans le but de vérifier la cohérence des débits
d’échange simulés entre la plaine alluviale et le milieu extérieur (sur les limites à charge imposée,
Cf. § 4.2.2).
Enfin, comme conclu par le BRGM dans son compte-rendu de mission n° 3, l’absence de
chroniques de données climatiques au pas de temps journalier n’autorise pas un calage du
modèle en régime transitoire. Ceci est d’autant plus vrai en l’absence de chroniques
piézométriques et débitmétriques comme nous allons le voir plus loin (§ 4.1.2 et § 4.1.3).
3.4.2. Définition des zones de recharge
L’évaluation de la recharge annuelle moyenne, proposée par Adamson et al., 2016, repose sur
le croisement cartographique des précipitations moyennes, de la géologie, de la pente et de la
couverture végétale. Une extraction du raster au pas de 30 m sur la plaine alluviale a été fournie
par J. Adamson (Cf. Illustration 11). Ces données reproduisent bien la forte variabilité climatique
qui est observée à l’échelle de la Plaine du Nord. Par ailleurs, on peut remarquer une bonne
concordance avec les zones climatiques délimitées par le BDPA en 1983 (Bureau pour le
Développement de la Production Agricole) :
Zone A : Aride - pluviométrie moyenne annuelle inférieure à 1000 mm avec 2 saisons sèches
: juillet à août et décembre à mars. La température annuelle moyenne varie entre 25 et 27 °C.
Zone O : Moyen - pluviométrie moyenne annuelle comprise entre 1100 et 1300 mm avec une
saison sèche hivernale et une petite saison sèche en juillet. La température annuelle moyenne
varie entre 22 et 26 °C.
5
Part des précipitations disponibles à l’écoulement (ruissellement + infiltration)
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 23
Zone H : Humide - Pluviométrie moyenne annuelle comprise entre 1400 et 2200 mm avec
une saison sèche hivernale et une saison sèche moins marquée en juillet-août. La
température annuelle moyenne varie entre 22 et 26 °C.
Illustration 11 – Recharge annuelle moyenne spatialisée au pas de 30 m (Adamson et al., 2016)
Sur la base de la recharge spatialisée et des zones climatiques, le domaine modélisé a été
découpé en cinq zones de recharge distinctes (notation de 1 à 5, Illustration 12). Toutes les
mailles d’une même zone reçoivent un flux de recharge identique.
Pour démarrer le processus de calage, la valeur moyenne calculée à partir de la grille au pas de
30 m a été affectée à chacune des zones, soit 100 mm / an pour les zones n° 1 et 2, 250 mm
pour la zone n° 3, 200 mm pour la zone n° 4 et 170 mm pour la zone n° 45.
Ces valeurs seront par la suite ajustées en phase de calage du modèle (§ 4).
Illustration 12 – Zones de recharge du modèle (zones n° 1 à 5)
2
1
3
4
5
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
24 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
3.5. REPRESENTATION DU RE SEAU HYDROGRAPHIQUE
Les cinq principaux cours d’eau traversant la plaine alluviale (Haut du Cap, Grande Rivière
du Nord, Trou du Nord, Marion et Jassa) ont été explicitement modélisés, en tant qu’entité
hydraulique bien individualisée. Il s’agit du degré de conceptualisation le plus avancé en termes
de caractérisation des échanges nappe-rivière.
Le réseau hydrographique, qui se superpose alors au maillage de surface, est composé d'un
système arborescent de tronçons de rivières organisés en affluents. Un tronçon constitue en fait
une « maille rivière » en relation avec une maille du modèle d’écoulement souterrain.
Dans chaque affluent, les données de rivière sont définies par tronçon. L’arbre de branchement
agence les affluents entre eux pour former le réseau hydrographique. Un tronçon est décrit par
sa géométrie (longueur, largeur, et altitude du lit), par ses propriétés physiques (épaisseur et
perméabilité du lit et des berges), par ses termes sources (pompages ou injections) et par son
état (hauteur d’eau dans la rivière).
Selon la position relative de la ligne d’eau dans la rivière et de la surface libre dans l’aquifère, un
débit peut être échangé depuis un tronçon de rivière vers l’aquifère, ou réciproquement depuis
l’aquifère vers la rivière (Illustration 13). Le débit d'échange est contrôlé par le lit et les berges du
cours d’eau en fonction de leur surface, épaisseur et perméabilité.
Illustration 13 – Bilan des débits dans un tronçon de rivière et différentes configurations d’échange
modélisées par MARTHE
Ce choix avait en partie été justifié par la réalisation de profils topographiques en travers des cinq
cours d’eau concernés. Les levés n’ont, cependant, pu être effectués dans des délais compatibles
avec le projet de modélisation. En l’absence de données mesurées sur le terrain, les approches
suivantes ont été adoptées :
digitalisation par DAI des cinq rivières sur la base des photographies aériennes 2010. La
tracé obtenu a été importé dans MARTHE ; plusieurs modifications ont ensuite dû être
apportées, notamment pour rester en cohérence avec la surface topographique du
modèle (Cf. tracé final dans le modèle, Illustration 14) ;
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 25
longueurs de chaque tronçon (chaque maille rivière) : évaluation par jointure spatiale sous
QGIS entre le linéaire des cours d’eau digitalisé et le maillage du modèle ;
largeurs des tronçons : calcul sous ArcGis des profils en travers à partir du MNT au pas
de 5 m en différents points des cours d’eau et affectation manuelle des valeurs dans le
modèle ;
cotes du fil d’eau dans chaque tronçon : valeur de la cote topographique de la maille moins
1 m ;
cotes du fond : affectation d’une valeur uniforme par cours d’eau à partir des informations
issues des sections jaugées par DAI (hauteurs d’eau de 0.4 m pour la rivière Haut du Cap,
0.6 m pour la Grande Rivière du Nord, 0.25 m pour Trou du Nord, 0.35 m pour la Marion
et 0.3 m pour la Jassa) ;
perméabilité de colmatage du lit et des berges : valeur uniforme de 1.10
-6
m/s ;
épaisseurs de colmatage : valeur uniforme de 1 m.
Étant donné les déplacements possibles des lits des rivières par le passé, les nombreux drains
aménagés et une topographie très plane, la digitalisation des cinq principaux cours d’eau s’est
avérée particulièrement délicate. L’expertise de DAI a toutefois permis de trouver un bon
compromis entre les photographies aériennes et les réalités du terrain.
En complément de ces paramètres, un débit amont doit être renseigné pour le « tronçon source »
de chacun des cinq cours d’eau (première maille rivière). À défaut de chroniques de débits
disponibles en amont de la plaine, les débits amont ont été approchés par un calcul de
précipitations efficaces sur le bassin de drainage de chaque maille amont. Le calcul est détaillé
au paragraphe 4.2.2.
Illustration 14 – Tracé des cours d’eau modélisés de façon explicite
Haut du Cap
Grande Riv. du Nord
Trou du Nord Marion
Jassa
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
26 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Le réseau hydrographique secondaire a été modélisé par l’intermédiaire de mailles à
débordement (cote de débordement = cote minimale du MNT au pas de 5 m importé). Il est
rappelé que le débordement est autorisé sur toute l’emprise du modèle. Cette configuration
n’autorise que des échanges de la nappe vers le cours d’eau (drainage de nappe uniquement).
Les flux de débordement rejoignent ensuite par ruissellement une des rivières modélisées en
fonction de la surface topographique. En effet, MARTHE permet de générer des directions de
ruissellement à partir des altitudes topographiques. Chaque maille se voit affectée d’un code
(compris entre 1001 et 1008) décrivant la direction aval de ruissellement.
3.6. PRELEVEMENTS
Aucune information n’a pu être récupérée par DAI concernant les prélèvements en rivière.
Ceux-ci n’ont, par conséquent, pas été considérés dans le modèle. Les périmètres irrigués en
fonctionnement par le passé et évoqués dans plusieurs études ne seraient plus en service en
raison de la dégradation des différents barrages (OXFAM, 2011).
Pour les prélèvements en nappe, trois usages peuvent être distingués : l’alimentation en eau
potable (AEP), l’irrigation ainsi que l’usage industriel (parc industriel de Caracol, distillerie Larue,
fabrique de glace, purificateurs d’eau, etc.).
L’alimentation en eau potable se fait par l’intermédiaire de quelques forages profonds et de très
nombreux semi-profonds (pompes à bras). Dans le but d’aboutir à une évaluation moyenne de la
production, trois informations principales ont être croisées : la répartition de la population par
commune, la consommation moyenne en eau par habitant et la base de données des points
d’eau d’Haïti Outreach.
Concernant la consommation, une distinction a été faite entre les zones rurales (20 l/jour/hab.) et
les zones urbaines (70 l/jour/hab.) ; ces chiffres sont issus d’un Fascicule technique de la DINEPA
(DIrection Nationale de l’Eau Potable et de l’Assainissement) daté de 2013. Les zones urbaines
ont été délimitées à partir des photographies aériennes.
Chaque puits, répertorié comme fonctionnel dans la base de données d’Haïti Outreach, s’est
finalement vu attribué un prélèvement annuel moyen comme décrit par le schéma suivant
(Illustration 15) :
Illustration 15 – Exemple du calcul réalisé pour répartir les prélèvements par ouvrage
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 27
En complément, les étudiants de l’Université de Port-au-Prince ont rencontré la DINEPA à Cap
Haïtien. Des informations plus précises ont ainsi pu être collectées pour les principaux forages
des communes de Cap Haïtien et de Ouanaminthe à l’est du domaine modélisé (Illustration 16).
Pour ces deux communes, les volumes indiqués par la DINEPA ont bien entendu été déduits de
l’estimation préliminaire (Illustration 15).
Illustration 16 – Données de prélèvements AEP recueillies auprès de la DINEPA
Il est apparu très difficile de quantifier les prélèvements associés à l’irrigation. Aucune information
n’ayant pu être collectée par DAI, ceux-ci ont été négligés, à l’exception de deux ouvrages
répertoriés par le BRGM en 2010. L’erreur commise ne devrait cependant pas être préjudiciable
au regard des faibles volumes concernés.
Pour l’usage industriel, l’enquête réalisée par les étudiants de Port-au-Prince n’a permis
d’identifier que sept points de prélèvements, tous concernent la production d’eau de boisson en
sachet. Encore une fois, les informations semblent peu accessibles.
Un total de 2109 points de prélèvements a été identifié sur les communes recoupées par le
modèle pour un prélèvement annuel moyen estimé à 12.0 Mm
3
/an (Illustration 17). L’usage AEP
correspond à un volume annuel de 11.8 Mm
3
/an. L’Illustration 18 présente un récapitulatif des
volumes associés à l’usage AEP, par commune et en distinguant zones rurales et urbaines.
Illustration 17 – Répartition des prélèvements en nappe intégrés dans le modèle
Prélèvements
(m
3
/an)
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
28 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 18 – Prélèvements annuels moyens par commune pour l’alimentation en eau potable
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 29
4. Calage en régime permanent
Le calage en régime hydraulique permanent consiste à simuler une configuration particulière
durant laquelle, sous l’effet de contraintes externes invariantes, le système aquifère atteint un
régime d’équilibre que le modèle doit restituer au mieux (Barthelemy et al., 2015).
Le calage en régime permanent porte sur un état hydraulique stabilisé n’induisant ni stockage ni
déstockage d’eau dans le système aquifère, donc sans contribution de la capacité
d’emmagasinement du milieu souterrain. Cette phase de calage est par conséquent circonscrite
à la seule distribution spatiale des perméabilités, et de la recharge (par zone) lorsque son
estimation initiale est remise en cause dans le processus de calage.
4.1. DONNEES DE REFERENCE POUR LE CALAGE
Pour s’assurer que le modèle reproduit correctement le fonctionnement du système aquifère, il
faut disposer de mesures de terrain permettant de comparer les résultats de simulation aux
relevés effectués dans un réseau d’observation : mesures ponctuelles associées à un état
stabilisé pour le calage en régime permanent, mesures répétées (chroniques) pour le calage en
régime transitoire.
4.1.1. Niveaux piézométriques
L’ensemble des relevés piézométriques disponibles a été compilé, les trois principales sources
d’information utilisées sont les mesures relevées par DAI dans le cadre du projet AVANSE, par
le BRGM en 2010 ainsi que l’inventaire des points d’eau du PNUD (Tomasi, 1990).
Après analyse et nettoyage des données (élimination de valeurs aberrantes et anciennes pour
l’essentiel), l’échantillon est constitué de 792 points d’observation distincts (Cf. répartition,
Illustration 4 et Illustration 24). Les relevés sont asynchrones, mais permettent tout de même de
guider le calage en régime permanent, en particulier dans les secteurs où le battement de la
nappe alluviale est faible.
Il faut souligner que les points de mesure sont très peu nombreux dans le bassin versant de la
rivière Marion et dans la moitié est de celui de Trou du Nord.
En complément des relevés ponctuels, le calage a pu s’appuyer sur la carte piézométrique établie
par Tomasi (1990), et révisée dans le cadre du présent projet de modélisation (Illustration 4).
En l’absence de chroniques piézométriques, le BRGM avait préconisé la mise en place d’un suivi
piézométrique régulier (fréquence hebdomadaire) sur une dizaine de points implantés dans des
contextes différents : proche et éloigné des cours d’eau, aval / amont de la plaine. De tels suivis
sont, en effet, primordiaux pour comprendre la dynamique d’une nappe : réaction aux
précipitations, échanges nappe-rivière, etc. Ce suivi n’a finalement pas pu être mis en œuvre
dans les délais du projet de modélisation.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
30 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
4.1.2. Débits des cours d’eau
La carte de l’Illustration 19 répertorie les différentes stations hydro-climatiques disponibles sur la
zone d’étude : stations climatiques, stations hydrométriques historiques, pluviomètres installés
par DAI et sections de rivières jaugées par DAI.
Illustration 19 – Carte de localisation des stations hydro-climatiques et des sections jaugées par DAI
Aucune chronique de débits n’a pu être retrouvée par DAI. Seuls des débits inter-annuels moyens
sont indiqués dans les documents consultés, plus rarement des débits minimums et maximums
journaliers (Cf. tableau récapitulatif, Illustration 20). Ces données correspondent à des suivis
anciens, entre 1920 et 1940 pour la plupart.
Aucune information n’a été retrouvée dans la littérature pour les rivières Marion et Jassa.
Dans le cadre du projet AVANSE, des jaugeages au micromoulinet sont régulièrement effectués
sur des sections amont et aval de chacune des cinq rivières principales (Cf. localisation,
Illustration 19). Les mesures ont démarré en août 2016 et sont réalisées à la fréquence
hebdomadaire.
Les données mises à disposition du projet de modélisation s’avèrent cependant très partielles, à
savoir une valeur mensuelle par station de janvier à juillet 2017 (Illustration 21). Il faut souligner
que dans de nombreux cas, les débits amont sont plus importants que les débits aval. Cela varie
d’une station de mesure à l’autre et d’un mois à l’autre : systématique pour la rivière Marion,
certains mois pour les autres.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 31
Plusieurs explications sont possibles : incertitudes des mesures et représentativité des sections
de jaugeage, prélèvements en rivière, infiltration vers la nappe, condition hydrologique différente
entre 2 mesures (pluie).
Il aurait été intéressant de disposer des dates de mesure, mais cette information n’a pas été
remontée.
En définitive, le suivi des cours d’eau n’est pas suffisant pour permettre un calage du
modèle du point de vue des écoulements superficiels. Seuls des ordres de grandeur pourront
être confrontés en régime permanent. Tout calage en régime transitoire est exclu.
Cours d’eau
Station
hydrométrique
Qmoy (m
3
/s) Période Source
Grande Rivière
du Nord
Pont Parois
8.3
1924-1940
1976-1979
LGL, 1977
7.7 (0.02 à 390) 1922-1940 US Army, 1999
Gallois
Grison Garde 0.82 1922-1931 LGL, 1977
Passe orangers 0.26 1929-1931 LGL, 1977
Trou du Nord Chabert
0.83
1927-1929
1976-1978
LGL, 1977
0.98 1923-1940 LGL, 1977
Massacre Ouanaminthe 5.4 (0.05 à 450) 1922-1941
US Army, 1999
LGL, 1977
Illustration 20 – Tableau récapitulatif des données de débit compilées à partir de la littérature
Illustration 21 – Résultats des jaugeages réalisés par AVANSE entre janvier et juillet 2017
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
32 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
4.1.3. Sources et zones humides
La comparaison entre une cartographie des zones humides et/ou inondables et l’étendue des
zones de débordement du modèle peut aider à la validation du calage.
L’Illustration 22 présente la délimitation des zones humides et des zones fréquemment inondées
ou propices aux inondations (source : CNIGS, Centre National de l’Information Géo-Spatiale). En
complément, d’autres zones humides ont été identifiées à partir de Google Earth© (Cf.
délimitation en bleu marine).
Illustration 22 – Carte des zones humides et des zones inondables (CNIGS)
4.1.4. Paramètres hydrodynamiques
Le BRGM s’est chargé de la compilation sous MS Excel© des données liées aux pompages
d’essai reportés dans le rapport de Tomasi, 1990b (Arnaud, 2017).
Les valeurs de transmissivité interprétées, au nombre de dix (seulement sept localisables), sont
comprises entre 5,0.10
-4
et 1,3.10
-2
m²/s, pour une valeur moyenne de 3,0.10
-3
m²/s. Les niveaux
captés par les ouvrages concernés sont tous situés à des profondeurs supérieures à 25 m
(supérieures à 40 m pour 8 forages sur 10).
Une relation linéaire semble se dessiner entre les valeurs de transmissivités et celles de débits
spécifiques (Arnaud, 2017). À titre indicatif, de nouvelles valeurs de transmissivité ont été
calculées sur la base de cette relation linéaire (Illustration 23).
Les pompages d’essai de courte durée conduits dans le cadre du projet AVANSE n’ont pu être
utilisés, faute de validation des données et d’interprétation dans un délai compatible avec le projet
de modélisation.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 33
Illustration 23 – Tableau récapitulatif des valeurs de transmissivité et de perméabilité disponibles
(en rouge : transmissivités calculés à partir des débits spécifiques)
4.2. PRINCIPALES ETAPES SUIVIES LORS DU PROCESSUS DE CALAGE
Les trois principaux paramètres ajustés pour le calage ont été : la perméabilité, les charges
hydrauliques sur les limites à potentiel imposé ainsi que la lame d’eau infiltrée sur la plaine dans
une moindre mesure.
Au-delà de retranscrire au mieux les niveaux piézométriques, il est important de procéder à
certains contrôles de cohérence sur différents éléments du bilan hydraulique :
1) les débits entrants par les limites à potentiel imposé. En effet, le logiciel de modélisation
calcule pour chaque maille de la limite le débit échangé avec la zone amont non modélisée.
Un contrôle de cohérence est donc indispensable pour s’assurer que le débit global entrant
par la limite amont est compatible avec l’extension, les propriétés hydrogéologiques et la
recharge potentielle du bassin versant amont (Cf. § 4.3.4) ;
2) les débits de débordement, en confrontant notamment les zones de débordement avec les
zones humides et zones inondables connues d’une part (Illustration 22) et avec le réseau
hydrographique secondaire d’autre part ;
3) le suivi de la convergence des calculs via différents indicateurs : débits résiduels d’erreur,
déséquilibre du bilan hydraulique, écart de charge hydraulique entre itérations successives
(pouvant révéler des oscillations numériques), etc.
Avec un coefficient de non convergence interne de 7.10
-7
% (somme des valeurs absolues des
débits résiduels d’erreur de chaque maille sur le flux maximum transitant dans le modèle), la
convergence est jugée très satisfaisante. À titre indicatif, le temps de calcul du modèle en régime
permanent est de quelques secondes.
Qs : débit spécifique
T : transmissivité
K : perméabilité
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
34 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
4.2.1. Ajustement des perméabilités
Concernant le champ de perméabilité, une analyse de sensibilité a tout d’abord été menée en
testant différentes valeurs de perméabilité, à chaque fois uniforme sur tout le domaine modélisé.
De façon préliminaire, la valeur moyenne de 1.10
-5
m/s a été retenue, valeur offrant un bon
compromis entre la restitution de la piézométrie et la cohérence des débits entrants par les limites
amont.
Pour la suite du calage en régime permanent, l’ajustement des perméabilités s’est avant tout
appuyé sur les zones de forte résistivité électrique mises en évidence par les investigations
géophysiques de 1980. Ces zones identifiées comme plus résistantes correspondent, en effet, à
des alluvions plus grossières et donc plus perméables. Cela avait été ponctuellement confirmé
par des forages de reconnaissance.
Ces zones à plus forte perméabilité ont, par conséquent, été le point de départ de l’ajustement
des perméabilités, mais nous nous sommes bien entendu autorisés à sortir de ce cadre lorsqu’il
ne permettait pas d’améliorer le calage (Cf. champ de perméabilité, Illustration 28).
Par ailleurs, nous nous sommes attachés à privilégier des plages de valeur uniforme plutôt que
des mosaïques contrastées de valeurs cherchant à reproduire précisément les données de
terrain (mesures piézométriques et/ou perméabilités déduites des pompages d’essai ponctuels)
mais ne pouvant reposer sur des arguments hydrogéologiques.
Enfin, une attention particulière a été portée aux onze zones d’intérêt du projet AVANSE
(Illustration 24), pour lesquelles une exploitation du modèle est attendue. Une forte densité de
relevés piézométriques est, de plus, disponible au droit de ces zones.
Illustration 24 – Carte de localisation des zones d’intérêt du projet AVANSE
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 35
4.2.2. Ajustement des charges imposées en amont
En première approche, pour permettre une affectation initiale des valeurs, les charges imposées
ont été évaluées à partir de la relation linéaire mise en évidence entre l’altitude topographique et
le niveau piézométrique (Illustration 25). Un ajustement important a toutefois été nécessaire dans
la suite du calage afin de respecter d’une part la cohérence des débits entrants dans la plaine
alluviale et, d’autre part les niveaux piézométriques observés sur l’amont de la plaine.
Illustration 25 – Relation linéaire entre altitude topographique et niveau piézométrique
Pour le calcul des pluies efficaces drainées en amont du domaine modélisé, différentes zones de
drainage sont distinguées pour chaque bassin versant. L’Illustration 26 propose un exemple de
découpage pour le bassin de la Grande Rivière du Nord.
Dans cet exemple, les zones identifiées A et B participent à l’alimentation des alluvions par
infiltration des précipitations efficaces au débouché dans la plaine tandis que les zones C et D
sont utilisées pour calculer le débit moyen introduit dans la première maille rivière (Cf. 3.5).
Les zones A, B et C sont rattachées aux précipitations de la station climatique de Grande Rivière
du Nord alors que la zone D, plus en amont, est associée à la station de Vallières (Illustration 26).
À titre indicatif, le tableau de l’Illustration 27 présente les précipitations efficaces ainsi calculées
(selon la méthode du bilan hydrologique de Thornwaithe).
Pour les mailles amont des cinq rivières modélisées, la valeur a directement été introduite dans
le modèle comme correspondant au débit annuel moyen de la rivière dans la première maille
(extrémité amont de la plaine). Pour les limites à charge imposée, il a été vérifié que les débits
entrants simulés par le modèle restaient cohérents avec les ordres de grandeur des pluies
efficaces estimées (Cf. bilans hydrauliques, § 4.3.5.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
36 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 26 – Délimitation des zones de drainage amont pour le calcul des précipitations efficaces
Bassin versant
Débits amont
rivière (m
3
/s)
Débits limites à charges
imposées (Mm
3
/an)
Haut du Cap 0.24 24.2 + 6.6*
Grande Rivière du Nord 8.7 24.2
Trou du Nord 0.27 15.9
Marion 1.8 6.2
Jassa 1.0 85.6
*Débit entrant par la limite correspondant à la montagne de Cap Haïtien
Illustration 27 – Précipitations efficaces annuelles calculées en amont du domaine modélisé
4.2.3. Ajustement de la recharge
En régime permanent, les niveaux piézométriques se sont avérés relativement peu sensibles à
la variabilité de la recharge. Seule la valeur affectée à la zone de recharge n° 3 (cf. Illustration
12) a été modifiée avec une lame d’eau infiltrée annuelle abaissée de 200 à 180 mm.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 37
4.3. RESULTATS OBTENU S
4.3.1. Champ de perméabilité
L’Illustration 28 présente la distribution spatiale des perméabilités des alluvions obtenue à l’issue
du calage en régime permanent.
Les perméabilités varient entre 1.10
-5
et 1.5.10
-4
m/s. Sur la base des épaisseurs saturées en eau
de l’aquifère alluvial, les transmissivités correspondantes varient entre 1.7.10
-4
et 3.10
-2
m²/s. Il
est rappelé que la transmissivité est le produit de la perméabilité par l’épaisseur saturée.
Ces valeurs sont conformes aux gammes de valeurs communément admises pour des alluvions
et aux données de terrain. Pour rappel, les transmissivités calculées à partir des pompages
d’essai conduits sur la Plaine du Nord varient, en effet, entre 5.2.10
-4
et 2.2.10
-2
m²/s.
Comme évoqué précédemment, les plus fortes perméabilités sont rencontrées pour l’essentiel
au droit des zones où les investigations géophysiques avaient mis en évidence des alluvions plus
grossières (zones de plus forte résistivité d’un point de vue géo-électrique). Ces investigations
n’avaient quasiment pas concernées le bassin versant de la Jassa, c’est pourquoi aucune zone
de forte résistivité n’y est mentionnée sur la carte de l’Illustration 28.
Illustration 28 – Champ de perméabilité des alluvions à l’issue du calage en régime permanent
(polygones bleu : zones résistantes superficielles, polygones rouge : zones résistantes profondes)
4.3.2. Piézométrie
L’Illustration 29 présente deux diagrammes de dispersion, un premier considérant l’ensemble des
792 points de mesure et un second reprenant uniquement les points de mesure du projet
AVANSE et du BRGM (2010), données plus récentes et correspondant à des secteurs où une
attention particulière a été portée pendant le calage (506 points de mesure).
Un diagramme de dispersion consiste à reporter les valeurs simulées en fonction des valeurs
observées. Un tel diagramme permet de suivre la progression du calage, simulation après
simulation, et de repérer très rapidement les biais.
Le tableau de l’Illustration 30 propose un comparatif synthétique des charges hydrauliques
simulées et observées pour les mesures AVANSE et BRGM.
Perméabilité (10
-4
m/s)
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
38 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
En conclusion, la restitution des niveaux piézométriques du modèle apparaît très satisfaisante,
en particulier dans les zones d’intérêt du projet AVANSE. Il faut notamment noter une valeur
moyenne des écarts très faible (- 6 cm), caractéristique de l’absence d’une sous-estimation ou
d’une surestimation systématique du modèle. Cela est également bien visible sur les diagrammes
de dispersion où les points sont distribués de façon homogène sur et autour de la droite
d’équation y=x.
Par ailleurs, il est rappelé que les données observées sont asynchrones, une erreur
proportionnelle au battement de la nappe peut donc être attendue.
En complément, il est intéressant de comparer la carte piézométrique simulée et la carte
piézométrique disponible (Tomasi, 1990) (Illustration 31). Il ne faut pas considérer cette dernière
comme une référence absolue, en particulier dans les secteurs où elle apparaît peu contrainte
par des relevés de terrain.
Ceci étant dit, les deux cartes montrent une très bonne correspondance pour les bassins versants
du Haut-du-Cap, de Grande Rivière du Nord et de Trou du Nord. Les courbes isopèzes comprises
entre 2 m et 20 m y sont quasiment superposées.
Vers l’est, la correspondance est un peu moins bonne à partir de Terrier Rouge et pour les bassins
versants des rivières Marion et Jassa.
Il faut cependant prendre en compte dans ces secteurs la faible densité des mesures de terrain,
et donc une carte piézométrique établie en 1990 plus incertaine. Seules des mesures
piézométriques supplémentaires permettraient de valider ou améliorer le calage du modèle dans
cette zone.
Quoi qu’il en soit, les directions d’écoulement de la nappe et les gradients hydrauliques
apparaissent bien reproduits par le modèle.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 39
Illustration 29 – Diagrammes de dispersion pour la totalité des points d’observation (en haut) et pour les
points AVANSE et BRGM (en bas). La droite en pointillé représente la droite d’équation y = x
Moyenne des valeurs observées (m) 9.9
Moyenne des valeurs simulées (m) 9.9
Ecart-type des valeurs observées (m) 8.7
Ecart-type des valeurs simulées (m) 10.5
Moyenne des écarts (m) -0.06
Ecart-type des écarts (m) 0.86
Equation de la droite de régression Hsim = 1.01 x Hobs - 0.16
R² = 0.99
Illustration 30 – Tableau comparatif entre charges hydrauliques simulées et observées
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
40 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 31 – Piézométrie de la nappe alluviale du Nord simulée en régime permanent
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 41
4.3.3. Débits des principaux cours d’eau
Le calage des débits d’une rivière en régime permanent n’a pas réellement de sens physique,
aussi, nous nous limiterons ici à comparer les débits simulés aux données observées disponibles.
Comme indiqué par les tableaux suivants (Illustration 32), les ordres de grandeur sont cohérents.
Seule une phase de calage en régime transitoire permettrait d’aller plus loin sur la question des
écoulements superficiels.
Le premier tableau présente les Modules
6
calculés à partir des mesures enregistrées entre 1920
et 1940 pour la Grande Rivière du Nord à Pont Parois, pour la rivière Haut du Cap à Passe
Oranger (extrémité amont de la plaine) et à Grison Garde ainsi que pour la rivière Trou du Nord
à Chabert (Cf. localisation, Illustration 19).
Le second tableau dresse un comparatif entre simulations et observations au droit des sections
de jaugeage du projet AVANSE se situant à l’intérieur du modèle (Cf. localisation, Illustration 19).
Pour ces points, il est rappelé que seuls 5 jaugeages mensuels sont disponibles (dates non
communiquées) ; la comparaison entre un débit simulé en régime permanent et ces débits
ponctuels est donc proposé uniquement à titre indicatif.
Il est cependant intéressant de souligner que les débits simulés restent dans des gammes de
valeurs acceptables, en particulier pour les rivières Haut du Cap et Trou du Nord. Pour le reste,
les débits simulés apparaissent un peu supérieurs aux observations relevées ponctuellement.
Ces différences restent cependant faibles au regard des incertitudes liées aux opérations de
jaugeage d’une part et au modèle d’autre part (paramètres descriptifs du réseau hydrographique
+ débits introduits dans la maille amont des 5 rivières). À ce stade des connaissances, il n’est
pas possible d’approfondir l’analyse.
Source : Tomasi, 1990 (étude du PNUD)
Illustration 32 – Débits des rivières simulés vs débits mesurés sur le terrain
6
Débits moyens inter-annuels
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
42 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
4.3.4. Zones de débordement
La carte de l’Illustration 33 montre que la concordance entre les zones de débordement simulées
par le modèle en régime permanent et les zones humides est relativement bonne. Les principales
zones marécageuses en aval de la plaine sont, en effet, bien reproduites par le modèle.
Ailleurs, les débordements de nappe simulés correspondent majoritairement à l’alimentation du
réseau hydrographique secondaire. Il faut noter que le réseau hydrographique numérique reporté
sur l’Illustration 33 n’est pas toujours complet et/ou correct.
Illustration 33 – Confrontation des zones de débordement simulées et des zones humides et inondables
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 43
4.3.5. Bilan hydraulique
À l’échelle du domaine modélisé
Le schéma de l’Illustration 34 représente de façon quantitative les principales composantes du
bilan hydrologique de la nappe alluviale à l’échelle du modèle.
Illustration 34 – Principales composantes du bilan hydraulique de la nappe alluviale modélisée
(en bleu les flux entrants, en vert les flux sortants)
Le premier enseignement du bilan hydrologique modélisé est que la part des prélèvements reste
globalement modérée par rapport aux flux contribuant à l’alimentation de la nappe (infiltration +
apports du Massif du Nord). À l’échelle de la plaine, il peut donc être conclu à une
disponibilité encore significative de la ressource en eau souterraine. Comme nous le
verrons ultérieurement, ce résultat global à l’échelle de la plaine n’exclut pas localement des
difficultés d’exploitation. En effet, la question des volumes mobilisables est indissociable de
considérations spatiales (localisation des prélèvements) et temporelles (hautes eaux / basses
eaux).
En grande majorité, les 5 rivières modélisées drainent les eaux souterraines (alimentation des
rivières par la nappe). Les débits d’échange de la nappe vers les cours d’eau représentent 85 %
des flux échangés.
Il est difficile de comparer le bilan hydraulique obtenu à celui proposé par Tomasi en 1990 (§ 2),
en raison notamment de domaines d’étude différents (1140 km² en 1990 contre 817 km² pour le
modèle). En outre, certaines hypothèses ne sont pas communes aux deux approches :
débordement de nappe non comptabilisé par Tomasi, reprise à la nappe par évaporation négligée
dans le modèle. Compte tenu des différences de superficies, les différences observées sur les
flux relatifs à la recharge météorique, aux échanges nappe-rivière ou encore à l’écoulement total
apparaissent cohérentes avec des flux plus faibles dans le cas du modèle.
Les bilans ne sont pas directement comparables, il serait en tout cas erroné de conclure à une
diminution des flux écoulés entre 1990 et 2016.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
44 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
À l’échelle des bassins versants
Le tableau de l’Illustration 35 récapitule les différents flux modélisés en régime permanent pour
chacun des 5 bassins versants étudiés.
Comparativement aux flux contribuant au renouvellement de la nappe, le poids des
prélèvements le plus important concerne le bassin versant de Haut du Cap (6 %). Ce constat
est en lien avec les pompages importants de la commune de Cap Haïtien. Pour les autres bassins
versants, la part des prélèvements varient entre 1.3 % (Trou du Nord) et 3.1 % (Grande Rivière
du Nord).
Comme discuté précédemment, les flux entrant par les limites amont du modèle sont
comparables aux précipitations efficaces calculées sur les superficies drainées en amont (Cf.
Illustration 27).
Sur le bassin versant de la Jassa, l’important volume de débordement simulé correspond avant
tout à la contribution de la nappe au débit d’écoulement de la rivière Massacre. Il est, en effet,
rappelé que cette dernière n’a pas été modélisée de façon explicite (réseau hydrographique
secondaire modélisé par des mailles à débordement).
Enfin, il est intéressant de souligner que le bassin versant de la rivière Marion présente le
plus faible renouvellement de la nappe alluviale, aussi bien du point de vue de la recharge
que de celui des apports par le massif du Nord.
Illustration 35 – Bilan hydraulique de la nappe alluviale par bassin versant
4.4. PRINCIPALES INCERTITUDES ET PERSPECTIVES D’AMELIORATION
Il est important de garder à l’esprit que tout projet de modélisation hydrodynamique est entaché
d’incertitudes. Ces dernières peuvent être associées d’une part aux limites intrinsèques de l’outil
de modélisation et d’autre part aux limites introduites par méconnaissance du fonctionnement
hydrogéologique de l’hydrosystème étudié.
Dans le cas présent du modèle maillé de la Plaine du Nord, les incertitudes sont avant tout liées
à un défaut de disponibilité de certaines données hydro-climatiques. Les principales limites à
considérer sont les suivantes :
En l’absence de chroniques piézométriques et pluviométriques, le calage du modèle de
nappe n’a pu être conduit qu’en régime hydraulique permanent. Il ne s’agit que d’une
première étape de travail qui devra être complétée par un calage en régime transitoire
permettant notamment de prendre en compte les capacités de stockage / déstockage de
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 45
l’aquifère. Dans son état actuel, le modèle ne répond pas aux exigences d’un modèle de
gestion de la ressource en eau souterraine.
Concernant la piézométrie de la nappe alluviale, peu d’observations de terrain sont
disponibles sur l’extrémité amont de la plaine ainsi que sur le bassin versant de la
rivière Marion et sur la moitié est du bassin de Trou du Nord. L’acquisition de données
de référence supplémentaires dans ces secteurs permettrait de consolider le calage de la
piézométrie en régime permanent.
La méconnaissance des paramètres descri ptifs du réseau hydrographique
modélisé induit des incertitudes dans le calcul des échanges nappe-rivière, en particulier
les cotes du fil d’eau et du fond du lit des rivières. Une campagne de levés topographiques
(profils en travers) a été lancée fin 2017 par le projet AVANSE, les données en cours
d’acquisition pourront utilement être intégrées dans le modèle.
Dans le même ordre d’idée, les écoulements superficiels ne peuvent être considérés
comme calés en l’absence d’un travail en régime transitoire. Aussi, les flux d’échange
modélisés entre les 5 cours d’eau principaux et la nappe alluviale sont à considérer avec
précaution ;
Les apports par le domaine extérieur, principalement par les eaux ruisselées sur le
massif du Nord dans notre cas, sont toujours difficilement quantifiables sur le terrain.
Cependant, afin de valider les calculs du modèle vis-à-vis des flux entrants par l’amont,
l’acquisition continue de données hydro-climatiques est préconisée, avec a minima le suivi
1) des débits des principaux cours d’eau à leur débouché dans la plaine, 2) des
fluctuations piézométriques sur l’amont de la plaine alluviale et 3) des précipitations sur
le massif.
La connaissance des prélèvements, en nappe comme en rivière, reste incomplète.
Certains ouvrages récents ont possiblement échappé à l’inventaire réalisé (parc industriel
de Caracol, grandes exploitations agricoles, etc.). En particulier, des rabattements
importants (de l’ordre de 30 m) aux forages du parc industriel de Caracol ont été signalés
lors de la réunion de restitution des résultats du modèle. Des travaux d’enquête
complémentaires seraient à envisager, les nouvelles données acquises pourront
aisément être introduites dans le modèle.
Une première version du modèle hydrodynamique de la Plaine du Nord d’Haïti a été élaborée en
s’appuyant sur l’ensemble des données et connaissances disponibles et acquises par le projet
AVANSE. Le modèle doit désormais s’inscrire dans la durée afin de connaître des évolutions qui
lui permettront de réduire les incertitudes décrites précédemment et d’élargir ainsi son champ
d’applications.
À ce stade, la consolidation du modèle passe impérativement par une pérennisation de la
surveillance des ressources en eau et du climat. Il est recommandé :
de mettre en place des stations hydrométriques sur les principaux cours d’eau de la
plaine, sur des sections amont et aval. À défaut, les campagnes de jaugeage
hebdomadaires réalisées par DAI devront être poursuivies ;
de mettre en œuvre un réseau de surveillance piézométrique permettant
l’enregistrement en continu des fluctuations de la nappe dans différents contextes (amont
/ aval, à différentes distance des cours d’eau). Un tel suivi apporte des éléments de
compréhension précieux quant à la dynamique saisonnière de la nappe, aux échanges
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
46 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
nappe-rivière et aux apports par l’amont. En bordure littorale, il est préconisé de compléter
cette surveillance par un suivi de la conductivité électrique de l’eau. Un tel dispositif est,
en effet, essentiel pour comprendre les mécanismes d’une éventuelle salinisation
des eaux souterraines, en lien avec les prélèvements, la recharge et les écoulements
(niveau marin, gradient hydraulique, cours d’eau, etc.) ;
de maintenir le réseau de pluviomètres installés dans le cadre du projet AVANSE, à la
fois au droit de la plaine alluviale et sur les reliefs du massif du Nord. Dans la mesure du
possible, des mesures de l’ETP pourraient être envisagées : une au niveau de la plaine
et une seconde sur les hauteurs.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 47
5. Exploitation du modèle
Comme discuté précédemment, il n’est pas envisageable en l’état actuel des données hydro-
climatiques disponibles de procéder au calage du modèle hydrodynamique de la Plaine du Nord
en régime transitoire.
Toutefois, il était important pour le projet AVANSE d’appréhender les fluctuations saisonnières
de la nappe alluviale. Aussi, le BRGM a proposé la construction de deux modèles théoriques en
régime transitoire. Pour chacun, les hypothèses retenues et les principaux résultats sont détaillés
ci-après (§ 5.1 et 5.2). En l’absence de calage en régime transitoire, ces derniers doivent être
considérés avec prudence.
En complément, le BRGM a appuyé les étudiants de l’Université de Port-au-Prince dans la mise
en œuvre de scénarios d’exploitation du modèle, scénarios dimensionnés par le projet AVANSE.
Les résultats associés à un scénario de mise en service de pompages pour l’irrigation des
parcelles AVANSE sont discutés dans le présent chapitre (§ 5.3).
5.1. REGIME TRANSITOIRE « MOYEN »
5.1.1. Description du modèle
Il s’agit d’un modèle théorique en régime transitoire dont le pas de temps de calcul est mensuel
pour une durée de 4 ans (soit 48 pas de temps).
La piézométrie ainsi que les débits d’écoulement dans les cinq rivières, calculés à l’issue du
calage en régime permanent, servent de conditions initiales pour le régime transitoire.
Dans ce scénario théorique moyen, la variabilité mensuelle moyenne des conditions de
recharge et des flux entrant par les limites du modèle est considérée. En revanche, chacune
des 4 années simulées est identique.
Les valeurs annuelles de la recharge et des débits d’eau entrant par les limites sont issues de la
simulation en régime permanent et réparties mensuellement selon les hypothèses suivantes :
recharge et débits entrant par la limite associée à la montagne calcaire de Cap Haïtien :
selon la répartition mensuelle moyenne des précipitations efficaces calculées au pas de
temps mensuel sur la période 2000-2016 pour la station de Cap Haïtien (source : MARNDR
/ USAI, Cf. Illustration 36) ;
débits entrant par la limite amont et par les mailles rivières amont : selon la répartition
mensuelle moyenne des précipitations efficaces calculées à partir de valeurs moyennes
mensuelles anciennes de pluie et d’ETP pour des stations climatiques représentatives de
l’amont (Grande Rivière du Nord, Mont Organisé et Vallières, Cf. Illustration 36).
Pour les simulations en régime hydraulique transitoire, on remplace donc les potentiels imposés
sur les limites amont par des flux imposés.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
48 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Cette démarche permet de garantir que les débits entrants simulés par le logiciel de modélisation
n’augmentent pas de façon irréaliste au cas où une importante baisse des charges affecterait la
zone modélisée (sous l’effet de pompages à proximité des limites par exemple).
Pour le reste, les conditions aux limites restent inchangées (à charges imposées sur le littoral,
limites latérales à flux nul, mailles à débordement sur tout le domaine).
Enfin, les prélèvements en nappe sont considérés constants tout au long de l’année.
Illustration 36 – Répartitions mensuelles de la recharge et des débits d’eau entrant
par les limites amont pour le modèle transitoire « moyen »
5.1.2. Résultats
Suite à une première analyse de sensibilité, un coefficient d’emmagasinement uniforme de 2 %
a été retenu sur l’ensemble du domaine modélisé. Ce paramètre, qui caractérise la fonction
capacitive d’un aquifère, resterait à ajuster lors d’une phase future de calage en régime
transitoire.
Bilan hydraulique de la nappe
Dans la configuration moyenne telle que simulée, l’alimentation de la nappe est maximale (> 30
Mm
3
/mois) durant le mois de mai et d’octobre à décembre (Illustration 37). Pour le mois de mai,
l’alimentation est avant tout expliquée par les apports en provenance du massif du Nord.
Les plus faibles alimentations (< 10 Mm
3
/mois) sont simulées durant les mois d’avril, juillet et août
(Illustration 37). Selon la répartition mensuelle retenue pour la recharge météorique, il est rappelé
que l’infiltration est nulle de juin à août.
La part du débordement de la nappe dans les flux d’eau sortant de l’aquifère alluvial est largement
prépondérante (Illustration 37) ; il est rappelé que ce débordement correspond à l’alimentation
des zones marécageuses ainsi qu’à l’écoulement du réseau hydrographique secondaire, non
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 49
modélisé. À l’échelle du modèle, les flux de débordement varient entre 10 Mm
3
/mois en avril,
juillet et août et quasiment 40 Mm
3
/mois au mois de novembre.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
50 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
L’analyse du bilan hydraulique « moyen » montre que la nappe alluviale est en situation de
stockage durant le mois de mai et de septembre à novembre (Illustration 38). À l’inverse,
l’aquifère est en situation de déstockage de décembre à avril et de juin à août.
Illustration 37 – Évolution mensuelle des différents termes du bilan hydraulique de la nappe selon le
modèle théorique transitoire « moyen »
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 51
Illustration 38 – Évolution mensuelle du stockage / déstockage de l’aquifère aluuviale selon le modèle
théorique transitoire « moyen »
Battement annuel de la nappe
À titre d’exemple, l’Illustration 39 présente des chroniques piézométriques simulées au droit de
quatre zones d’intérêt du projet AVANSE, avec d’ouest en est : Grande Rivière du Nord, Caracol,
Terrier Rouge et Ouanaminthe. Ces dernières sont identifiées sur la carte de l’Illustration 40.
Dans la configuration du modèle transitoire « moyen », et en cohérence avec les phases de
stockage / déstockage de l’aquifère décrites précédemment, les hautes eaux de la nappe alluviale
sont atteintes au mois de novembre tandis que les plus basses eaux sont simulées au mois
d’août. Il est intéressant de noter que le stockage d’eau simulé au cours du mois de mai ne se
traduit pas par une hausse généralisée des niveaux piézométriques. En effet, le remplissage de
l’aquifère ne concerne alors que l’extrémité amont de la plaine.
La période de recharge de la nappe (remplissage de l’aquifère) s’étale sur trois mois, de
septembre à novembre, tandis que la période de vidange est simulée de décembre à août.
L’Illustration 40 présente la carte du battement annuel simulé en régime transitoire « moyen »
(différence entre les niveaux piézométriques du mois de novembre et ceux du mois d’août).
Le battement annuel de la nappe alluviale atteint des valeurs supérieures à 4 m au pied de la
montagne de Cap Haïtien et plus ponctuellement au pied des reliefs du massif du Nord. Pour le
reste, la grande majorité de la nappe alluviale (80 % du domaine modélisé) est concernée par
des battements annuels inférieurs à 2 m. La moitié du domaine présente un battement de nappe
inférieur à 1 m (Illustration 40).
Parmi les zones AVANSE, seules les parcelles de Terrier Rouge seraient concernées par des
battements annuels supérieurs à 2 m (Illustration 39).
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
52 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 39 – Exemples de chroniques piézométriques simulées par le modèle théorique transitoire
« moyen »
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 53
Illustration 40 – Carte du battement annuel moyen de la nappe alluviale simulée par le modèle théorique
transitoire « moyen »
5.2. REGIME TRANSITOIRE « 2000-2016 »
5.2.1. Description du modèle
Il s’agit d’un modèle théorique en régime transitoire, au pas de temps mensuel, sur la période
2000 - 2016, soit 204 pas de temps de calcul.
Les conditions initiales correspondent également à l’état simulé en régime permanent.
Pour les débits entrant par les limites du modèle, les flux imposés mensuellement dans le modèle
précédent sont conservés. En effet, faute d’information sur la période 2000-2016, la variabilité
climatique n’est pas considérée pour les limites amont : chaque mois de janvier est donc associé
aux mêmes apports en provenance du massif du Nord, etc.
En revanche, la variabilité temporelle de la recharge météorique est prise en compte sur la
base d’un calcul de pluies efficaces au pas de temps mensuel sur la période 2000-2016 à partir
des données de pluies enregistrées à Cap Haïtien et à Terrier Rouge (source : USAI / MARNDR)
et des ETP mensuelles moyennes calculées par la FAO. Dans le but d’aboutir à une chronique
de recharge mensuelle sur la période 2000-2016, un coefficient correcteur est appliqué à la
recharge mensuelle moyenne selon la formule suivante :
Ri = [ PEFF(i) / PEFFmoy(j) ] * Rmoy(j)
Avec PEFF(i) = pluie efficace calculée pour le mois i avec i = 1 à 204
PEFFmoy(j) = pluie efficace mensuelle moyenne calculée sur 2000-2016 (j = 1 à 12)
Rmoy(j) = recharge mensuelle moyenne utilisée dans le modèle transitoire moyen (j = 1 à 12).
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
54 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Une chronique de recharge au pas de temps mensuel (2000-2016) est ainsi affectée à chacune
des cinq zones de recharge identifiées dans le modèle (Illustration 12). La variabilité temporelle
issue des calculs pour Cap Haïtien est affectée aux zones 1, 3 et 4 tandis que la variabilité
temporelle calculée pour Terrier Rouge est affectée aux zones 2 et 5.
5.2.2. Résultats
Recharge météorique
Cette approche permet de reproduire certaines périodes de sécheresse, en particulier celle
observée entre 2014 et 2016. En effet, conformément à la réalité, la recharge météorique
introduite dans le modèle est largement déficitaire entre 2014 et 2016, voire nulle sur la plaine
des bassins versants de Haut-du-Cap et de Grande Rivière du Nord (Illustration 41).
Illustration 41 – Évolution de la recharge météorique annuelle dans la configuration du modèle transitoire
« 2000-2016 »
Stockage / déstockage
L’Illustration 42 présente l’évolution cumulée du stock d’eau contenu dans l’aquifère alluvial au
pas de temps mensuel sur la période 2000-2016.
Comme vu précédemment, on peut constater une alternance saisonnière de phases de stockage
/ déstockage, en réponse à la variabilité des apports par infiltration des précipitations sur la plaine
et des apports en provenance du massif du Nord. À l’échelle du modèle, le stock d’eau reste
globalement positif à l’exception des années 2006, 2011 et 2016 (Illustration 42).
À partir de début 2015, dans un contexte de recharge déficitaire, une absence de remplissage de
l’aquifère conduit à un déstockage quasi continu sur deux années.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 55
Illustration 42 – Évolution cumulée du stock d’eau dans l’aquifère alluvial sur la période 2000-2016
Piézométrie
La piézométrie simulée montre des fluctuations saisonnières d’amplitude variables en fonction
de l’hétérogénéité interannuelle de la recharge. Au nord-est, les années de pluviométrie
déficitaire se marquent par l’absence de remontée du niveau piézométrique. A partir de 2015, la
succession de deux années sèches (initiée en 2013 ou 2014 selon les zones climatiques
cf. Illustration 41) se marque par la vidange quasi continue de l’aquifère alluvial et se traduit par
l’absence de hausse des niveaux piézométriques (Illustration 43).
À Terrier Rouge et à Grande Rivière du Nord dans une moindre mesure, à l’extrémité amont de
la plaine, une chute des niveaux piézométriques est simulée à partir de début 2014. En l’absence
de précipitations sur la plaine, les apports d’eau par le massif du Nord n’apparaissent pas
suffisants pour maintenir un certain niveau de remplissage dans l’aquifère alluvial.
Dans les exemples de Caracol et Ouanaminthe, un niveau piézométrique de base est mis en
évidence (Illustration 43). Ce niveau de base correspond au niveau vers lequel tend
asymptotiquement la nappe en l’absence d’alimentation par les précipitations au droit de la plaine.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
56 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Illustration 43 – Exemples de chroniques piézométriques simulées par le modèle théorique transitoire
« 2000-2016 »
L’Illustration 44 présente la carte piézométrique simulée pour le mois de juin 2016. Il est
intéressant de noter que, dans un contexte de recharge déficitaire, la dépression piézométrique
de Cap Haïtien se creuse, avec en particulier des niveaux de nappe inférieurs au niveau de la
mer. Dans de telles situations de basses eaux, le risque d’intrusion saline est inévitablement
accru dans les secteurs où la nappe est exploitée.
Illustration 44 – Carte piézométrique simulée par le modèle théorique transitoire « 2000-2016 »
pour le mois de juin 2016
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 57
5.3. SIMULATION D’UN SCEN ARIO DE POMPAGES AGRICOLES
5.3.1. Description du scénario simulé
Dans ce scénario d’exploitation du modèle, dimensionné par AVANSE, il est supposé que les
onze zones d’intérêt du projet sont cultivées en banane. Les besoins en eau sont fournis par la
FAO ; en Haïti, la période d’irrigation s’étale de juin à octobre pour une année moyenne
(Illustration 45).
L’irrigation est satisfaite par l’implantation de forages, avec une densité d’un ouvrage par parcelle
de 10 ha. Un total de 270 forages a ainsi été implémenté dans le modèle afin de répondre aux
besoins en eau des zones identifiées par le projet AVANSE.
Sur la base de ces hypothèses, le débit de production unitaire d’un forage d’irrigation varie entre
2.2 m
3
/h (juin) et 13.6 m
3
/h (juillet) (Illustration 45).
Illustration 45 – Besoins en eau de la banane (source : FAO)
Dans les conditions actuelles d’exploitation de la nappe, les prélèvements en eau souterraine
intégrés dans le modèle représentent un volume mensuel constant de 789 528 m
3
. Avec la mise
en service de 270 forages agricoles, la pression exercée sur la nappe est très significativement
augmentée, en particulier au plus fort de la période d’irrigation (juillet / août). Tous usages
confondus, les prélèvements sont ainsi portés à un maximum de l’ordre de 3.5 Mm
3
/mois en juillet
(Illustration 46).
Illustration 46 – Évolution des prélèvements en nappe dans le cas du scénario relatif à l’irrigation des
zones du projet AVANSE
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
58 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
On utilise le modèle transitoire « 2000-2016 », dans lequel les forages agricoles sont mis en
service à partir de 2007. Afin de mesurer l’impact de ce scénario de pompage sur la ressource
en eau de la nappe alluviale, on compare la simulation de référence (sans prélèvement agricole)
et la simulation prospective sur la période 2007-2016, soient 10 années.
5.3.2. Résultats
L’Illustration 47 présente une cartographie des rabattements de la nappe générés sous l’effet des
pompages agricoles (270 puits répartis au droit des zones AVANSE) pour le mois d’août 2009.
On peut tout d’abord remarquer que les baisses piézométriques se propagent au-delà des seules
parcelles concernées par les pompages.
Les impacts sont plus ou moins marqués d’une zone à l’autre. Les rabattements apparaissent
plus limités au droit des secteurs de Cap Haïtien et de Limonade, avec respectivement des
maximums simulés de l’ordre d’1 m et de 0.7 m (Illustration 47). Au contraire, les baisses de la
piézométrie sont plus fortes pour les zones de Caracol, Terrier Rouge et Ouanaminthe, avec des
rabattements pouvant dépasser 4 m et atteindre jusqu’à 6 m à Caracol.
Illustration 47 – Impact des pompages agricoles sur la piézométrie de la nappe alluviale pour le mois
d’août 2009
Les rabattements précédemment discutés correspondent à des valeurs moyennes par maille du
modèle (200m x 200m). Le rabattement que l’on observerait réellement au droit d’un ouvrage de
petit diamètre est plus important. À partir de la formulation de Sauty J.-P. (1973), MARTHE
permet d’ajouter un terme correctif H dépendant du rayon du puits, du côté de la maille, du débit
de pompage et de la transmissivité de l’aquifère :
Les graphiques de l’Illustration 48 intègrent ce facteur correctif et correspondent ainsi à l’évolution
de la charge hydraulique au droit des puits de pompage. L’hypothèse d’un diamètre d’1 m a été
retenue pour tous les ouvrages.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 59
Par contre, il faut garder à l’esprit qu’un modèle hydrodynamique ne permet pas de prendre en
compte les pertes de charges quadratiques pouvant également induire un rabattement
additionnel (lié à l’écoulement turbulent dans les crépines et le massif filtrant).
Illustration 48 – Impact des pompages agricoles au droit des puits (diamètre = 1 m)
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
60 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Quoi qu’il en soit, il est intéressant de souligner que les niveaux piézométriques simulés
remontent dès l’arrêt de l’irrigation pour atteindre rapidement les niveaux de la simulation de
référence (Illustration 48). Cela reste vrai en période de basses eaux marquées (2014-2016), à
l’exception de certains secteurs situés à l’extrémité amont de la plaine (exemple de Terrier Rouge,
Illustration 48). Pour ces derniers, les apports d’eau par le massif du Nord n’apparaissent pas
suffisants pour satisfaire les pompages agricoles en condition de faible recharge.
Enfin, d’un point de vue opérationnel, les deux principales contraintes d’exploitation mises en
évidence par la simulation d’un tel scénario de pompage sont les suivantes :
Localement, en bordure littorale, des difficultés d’exploitation pourraient être rencontrées en
raison d’un risque non négligeable d’intrusion saline. En effet, sous l’effet des pompages
agricoles, des phénomènes d’upconing
7
et/ou d’inversion du sens d’écoulement de la nappe
ne sont pas exclus. Une attention particulière est à porter aux zones de Cap Haïtien et de
Caracol.
Les rabattements simulés sont de plusieurs mètres dans la majorité des cas (sans prise en
compte des pertes de charges quadratiques). Il est donc vraisemblable qu’il ne soit pas
possible de s’appuyer sur les puits de faibles profondeurs existants sur le terrain pour satisfaire
les besoins en eau des cultures. D’après le modèle, les zones les plus sensibles seraient celles
de Caracol, Terrier Rouge ou encore Ouanaminthe.
7
Remontée de l’interface eau douce / eau salée sous l’effet d’un pompage
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 61
6. Conclusions et perspectives
Un modèle hydrodynamique de la Plaine du Nord d’Haïti a pu être construit sur la base des
données disponibles et/ou acquises au cours du projet AVANSE. Dans la mesure du possible,
cette première version du modèle doit s’inscrire dans la durée et évoluer avec l’amélioration des
connaissances hydrogéologiques et climatiques.
Le code de calcul MARTHE permet d’envisager tout type d’évolution du modèle : maillage,
nombre de couches, actualisation des prélèvements, ajustement des paramètres de calage, etc.
Les actions de formation menées tout au long du projet de modélisation devraient, par ailleurs,
faciliter les mises à jour futures du modèle.
Dans sa version actuelle, le modèle permet d’ores et déjà d’apporter un éclairage nouveau sur la
ressource en eau souterraine de la plaine alluviale. Celui-ci peut ainsi aider à planifier le
renforcement de l’exploitation de la nappe. Tout d’abord, l’établissement du bilan hydraulique de
la nappe en régime permanent met en avant :
Une disponibilité encore significative de la ressource en eau souterraine à l’échelle de la
plaine, sans écarter localement des difficultés d’exploitation.
Des échanges nappe-rivière qui se font très majoritairement dans le sens de la nappe
vers les cours d’eau.
Un poids des prélèvements en nappe plus important sur le bassin versant de Haut-du-
Cap, principalement du fait des pompages pour l’alimentation en eau potable de Cap
Haïtien.
Une alimentation plus limitée de la nappe au sein du bassin versant de la rivière Marion,
aussi bien en termes de recharge météorique que de flux d’eau en provenance du massif
du Nord.
En outre, d’un point de vue plus opérationnel, les modélisations théoriques réalisées en régime
transitoire ainsi que la simulation d’un scénario d’irrigation fournissent des éléments sur lesquels
le projet AVANSE pourra s’appuyer pour pré-dimensionner un dispositif d’irrigation :
Les conditions d’alimentation de la nappe alluviale semblent autoriser la mise en service
de pompages agricoles sur les différentes zones d’intérêt du projet. Une reconstitution
rapide de la réserve en eau est notamment simulée après arrêt de la campagne
d’irrigation. C’est également le cas en période de sécheresse, à l’exception des zones
situées sur l’extrémité amont de la plaine.
Les rabattements de nappe simulés au droit des puits de pompages sont pluri-métriques,
jusqu’à 6-7 m, et se propageraient au-delà des zones de culture. De tels rabattements ne
permettraient pas de s’appuyer sur les puits très peu profonds existants sur le terrain.
L’implantation de forages plus profonds (> 20m) sera probablement à envisager, d’autant
plus dans un contexte de basses eaux comme celui observé entre 2014 et 2016.
Les zones de Cap Haïtien et de Caracol sont plus particulièrement vulnérables à une
intrusion d’eaux salines en provenance de l’océan. Le risque est bien entendu accru sous
l’effet des pompages, et en condition de recharge déficitaire.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
62 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Comme tout modèle hydrodynamique, le modèle maillé de la Plaine du Nord présente des
incertitudes et des limites d’utilisation qu’il convient de garder à l’esprit, en particulier dans un
contexte où les données disponibles et les connaissances restent partielles :
En l’absence de chroniques piézométriques et pluviométriques, le calage du modèle de
nappe n’a pu être conduit qu’en régime hydraulique permanent. Il ne s’agit que d’une
première étape de travail qui devra être complétée par un calage en régime transitoire
permettant notamment de prendre en compte les capacités de stockage / déstockage de
l’aquifère.
Concernant la piézométrie de la nappe alluviale, peu d’observations de terrain sont
disponibles sur l’extrémité amont de la plaine ainsi que sur le bassin versant de la rivière
Marion et sur la moitié est du bassin de Trou du Nord. L’acquisition de données de
référence supplémentaires dans ces secteurs permettrait de consolider le calage de la
piézométrie en régime permanent.
La méconnaissance des paramètres descriptifs du réseau hydrographique modélisé induit
des incertitudes dans le calcul des échanges nappe-rivière, en particulier les cotes du fil
d’eau et du fond du lit des rivières. Une campagne de levés topographiques (profils en
travers) a été lancée fin 2017 par le projet AVANSE, les données en cours d’acquisition
pourront utilement être intégrées dans le modèle.
Dans le même ordre d’idée, les écoulements superficiels ne peuvent être considérés
comme calés en l’absence d’un travail en régime transitoire. Aussi, les flux d’échange
modélisés entre les cinq cours d’eau principaux et la nappe alluviale sont à considérer
avec précaution ;
Les apports par le domaine extérieur, principalement par les eaux ruisselées sur le massif
du Nord dans notre cas, sont toujours difficilement quantifiables sur le terrain. Cependant,
afin de valider les calculs du modèle vis-à-vis des flux entrants par l’amont, l’acquisition
continue de données hydro-climatiques est préconisée, avec a minima le suivi 1) des
débits des principaux cours d’eau à leur débouché dans la plaine, 2) des fluctuations
piézométriques sur l’amont de la plaine alluviale et 3) des précipitations sur le massif.
La connaissance des prélèvements, en nappe comme en rivière, reste incomplète.
Certains ouvrages récents ont possiblement échappé à l’inventaire réalisé (parc industriel
de Caracol, grandes exploitations agricoles, etc.). Des travaux d’enquête
complémentaires seraient à envisager, les nouvelles données acquises pourront
aisément être introduites dans le modèle.
À ce stade, la consolidation du modèle nécessite de pérenniser un programme de surveillance
des ressources en eau et du climat. En particulier, il est recommandé :
De mettre en place des stations hydrométriques sur les principaux cours d’eau de la
plaine, sur des sections amont et aval. À défaut, les campagnes de jaugeage
hebdomadaires réalisées par DAI devront être poursuivies.
De mettre en œuvre un réseau de surveillance piézométrique permettant l’enregistrement
en continu des fluctuations de la nappe dans différents contextes (amont / aval, à
différentes distances des cours d’eau). Un tel suivi apporte des éléments de
compréhension précieux quant à la dynamique saisonnière de la nappe, aux échanges
nappe-rivière et aux apports par l’amont. En bordure littorale, il est préconisé de compléter
cette surveillance par un suivi de la conductivité électrique de l’eau. Un tel dispositif est,
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 63
en effet, essentiel pour comprendre les mécanismes d’une éventuelle salinisation des
eaux souterraines, en lien avec les prélèvements, la recharge et les écoulements (niveau
marin, gradient hydraulique, cours d’eau, etc.).
De maintenir le réseau de pluviomètres installés dans le cadre du projet AVANSE, à la
fois au droit de la plaine alluviale et sur les reliefs du massif du Nord. Dans la mesure du
possible, des mesures de l’ETP pourraient également être envisagées : une au niveau de
la plaine et une seconde sur les hauteurs.
Le modèle a été archivé sur les ordinateurs de DAI, de l’Université de Port-au-Prince et de
l’Université de Limonade les 12 et 14 décembre 2017, conformément au planning et aux
dispositions contractuelles.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 65
7. Bibliographie
Adamson J., Jean-Baptiste G., Miner W.-J. (2016) – Summary of groundwater resources in
Haïti. The Geological Society of America. Special paper 520.
Arnaud L. (2017) – Modélisation hydrodynamique de la Plaine alluviale du Nord – République
d’Haïti. Assistance technique du BRGM. Rapport BRGM/RC-67037-FR, 55 pages, 14 figures, 4
tableaux, 5 annexes.
Barthélémy Y., Seguin J.-J. (2015) – Modélisation maillée des écoulements souterrains.
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BDPA (1983) – Cartographie thématique d’Haïti.
BRGM (1977) – Les ressources en eau souterraine de la République de Haïti. Etat des
connaissances. Rapport BRGM 77 AGE 27.
BRGM (1980) – Reconnaissance géophysique des alluvions de la Plaine du Nord.
BRGM (1988) – Synthèse géologique de la République d’Haïti. Rapport BRGM 88 HTI 124 GEO.
BRGM (1989) – Etude des ressources en eau de la région de Port-au-Prince. Volet A : ressources
en eau, rapport de synthèse et modélisation. Volet C : conditions d’exploitation des ressources
disponibles. Rapport BRGM/89-HTI-146-EEE.
Bureau des Mines et de l’Energie (2005) – Notice explicative de la carte géologique d’Haïti au
1 / 250 000ème.
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DINEPA (2013) – Fascicule technique. Conception des réseaux d’adduction et des réseaux de
distribution d’eau potable.
Gutierrez A. (2010) - Etude de faisabilité pour la réhabilitation, l’extension du système AEP, la
réalisation du système d’assainissement des rejets liquides et la supervision de travaux de la ville
de Cap Haïtien. Inventaire des points d’eau. Note BRGM.
Gutierrez A., Gourcy L., Braibant G. (2012) – Etude de faisabilité pour la réhabilitation,
l’extension du système AEP, la réalisation du système d’assainissement des rejets liquides et la
supervision de travaux de la ville de Cap Haïtien. Caractérisation géochimique des eaux. Rapport
BRGM.
LGL (1977). Agence Canadienne de Développement international (ACDI). Projet d'inventaire
des ressources hydrauliques. Annuaire hydrologique, République d'Haïti, 620 pages.
Ménanteau L. et Vanney J.-R. (1997) – Atlas côtier du Nord-Est d’Haïti. Environnement et
patrimoine culturel de la région de Fort-Liberté.
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Nationale des Ressources en Eau / Nations Unis (1990) – Carte hydrogéologique de la
République d’Haïti.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
66 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
OXFAM / CATIE (2011) - Réalisation d’études techniques et Élaboration de plans
d’Aménagement pour trois bassins versants prioritaires dans le cadre du Programme de
Mitigation des Désastres Naturels. Rapport Final du Diagnostic du Bassin Versant Grande Rivière
du Nord. PMDN/MARNDR/AOI001/08.
Radstake F. (1990) – Prospection géophysique dans la Plaine du Nord, Haïti, rapport provisoire,
PNUD-DTCD, HAI/86/003 N° 21.
Tomasi B. (1990) – Inventaire des points d’eau de la région Nord. Programme des Nations Unis
pour le Développement (PNUD) / Ministère de l’Agriculture, des ressources naturelles et du
développement rural. Service Nationale des Ressources en Eau. Rapport HAI/86/003 n° 31.
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Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD) / Ministère de l’Agriculture, des
ressources naturelles et du développement rural. Service Nationale des Ressources en Eau.
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Tomasi B. (1990) – Ressources et besoins en eau d’Haïti. Volume 1 : Région Nord. Programme
des Nations Unis pour le Développement (PNUD) / Ministère de l’Agriculture, des ressources
naturelles et du développement rural. Service Nationale des Ressources en Eau. Rapport
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United States Southern Command (1999) – L’évaluation des ressources d’eau d’Haïti.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 67
Annexe - Comptes-rendus de mission
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 69
Réf. : CR1 Orléans, le 17/07/2017
COMPTE RENDU DE MISSION
Rédacteur : L. ARNAUD
Entité :
BRGM/D3E/GDR
Projet : Modélisation hydrodynamique de la Plaine du Nord (Haïti).
Assistance technique du BRGM.
Numéro : CI17D3E003
Objet : Mission n° 2 – Construction du modèle hydrogéologique
Date : 10/07 au 15/07/2017 Lieu : Port-au-Prince
Participants : Gabriel-Henry FRENOT, Carmelo JEAN-LOUIS, Fanuel PIERRE + Emmanuel
(Université de PaP), Wanson SYLVAIN (Université de Limonade), Vanessa
FILIPPINI, Jacquelin PIERRE, Alcé SAMUEL PAUL, Inès ZEGOULLI + Joel
(DAI / AVANSE)
Diffusion interne : Alexis GUTIERREZ, Pascal AUDIGANE, Jean-Philippe RANÇON
Diffusion externe : Jonathan GREENHAM, Inès ZEGOULLI, Vasty GUERRIER (DAI)
En cas de diffusion externe visa et nom du responsable : Pascal AUDIGANE
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
1 – Introduction
L’objectif du présent compte-rendu est :
1) de décrire sommairement les travaux réalisés durant la deuxième mission du BRGM à
l’Université de Port-au-Prince, mission consacrée à la construction du modèle
hydrogéologique de la Plaine du Nord ;
2) de récapituler les actions qu’il reste à réaliser avant de pouvoir passer à la phase de calibration
du modèle.
2 – Travaux réalisés
Délimitation de l’extension horizontale du modèle à partir de la carte géologique numérique
(CNIGS) sous ArcGis. L’extension a été révisée en cours de construction, notamment en
amont où la cartographie des alluvions présente certaines incohérences comparativement à
la topographie et à l’Est afin de considérer une limite physique (bassin versant) et non la
frontière administrative.
Création du projet de modélisation sous MARTHE, avec en première approche, une structure
monocouche et un maillage constitué de cellules carrées de 200 m de côté.
Pré-traitement du MNT (Modèle Numérique de Terrain) au pas de 5 m fourni par
l’intermédiaire du BRGM et du MNT au pas de 90 m (SRTM) sous ArcGis avant importation
dans MARTHE. Un document descriptif des différentes opérations réalisées sous ArcGis sera
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
70 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
diffusé aux participants. Le MNT au pas de 5 m ne couvrant pas l’amont de la plaine alluviale,
le MNT au pas de 90 m a été utilisé en complément.
Import sous MARTHE de la topographie (toit de la couche modélisée). Pour chaque maille de
200 m de côté, la valeur minimale du MNT a été retenue.
Krigeage sous ArcGis de la carte de profondeur du substratum, préalablement digitalisée par
AVANSE.
Import dans MARTHE des valeurs de profondeur du substratum, ensuite converties en
altitude.
Visualisation en coupe et en 3D du modèle (options non présentées lors de la première
session de formation).
Délimitation sous ArcGis des bassins versants de la zone d’étude. Plusieurs incohérences
avaient, en effet, été constatées sur le fichier initialement collecté.
Import de différentes couches d’informations numériques au format mif/mid pour habillage du
modèle sous MARTHE (rivières, bassins versants, trait de côte, contours géologiques, etc.).
Définition des conditions hydrauliques aux limites du modèle : conditions de flux nul sur les
limites Est et Ouest, conditions de charges imposées pour la limite littorale et les limites
d’affleurement (en amont, au pied des reliefs calcaires), conditions de charges imposées au
droit des 5 principaux cours d’eau. Pour la simulation en régime transitoire, les limites à
charges imposées devraient être remplacées par des limites à flux imposés.
Intégration des conditions aux limites dans MARTHE. Les charges imposées ont été fixées à
0 m pour la limite littorale, à « topographie - 1m » pour les rivières et à une profondeur de 10
m pour la limite amont. Ces charges imposées seront ajustées en phase de calibration.
Première simulation en régime permanent pour vérification de la bonne convergence des
calculs. La convergence est bonne, et s’est en particulier améliorée suite aux modifications
apportées délimitation amont.
Application d’une recharge uniforme de 130 mm/an sous MARTHE. Cette valeur est issue de
celle proposée par Tomasi en 1990. Cette valeur sera bien entendu précisée en phase de
calibration. Il n’a pas été possible d’avancer davantage sur la question de la recharge faute
de disponibilité des données (Cf. § 3 – Actions à mener).
Compilation dans un fichier unique des différents niveaux piézométriques collectés et
première analyse des données : corrélation Niveau/MNT, statistiques descriptives sur
l’échantillon total et sur des échantillons distinguant les mesures faites en saison des pluies
et en saison sèche.
Création d’un fichier « mailles à historiques » dans MARTHE, mailles associées aux ouvrages
disposant d’une mesure de niveau pour lesquelles un enregistrement des niveaux simulés est
demandé. En chaque point, les niveaux simulés pourront ainsi être comparés aux niveaux
observés.
Développement d’une méthodologie permettant d’affecter des débits de prélèvement moyens
aux ouvrages d’alimentation de la population (base de données Haïti Outreach). Un
croisement des populations urbaines et rurales, des consommations respectives et de la
localisation des puits a été effectué sous ArcGis. Certaines informations restent à recueillir
concernant les prélèvements (Cf. § 3 – Actions à mener).
Import dans MARTHE des prélèvements calculés.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 71
Nouvelle simulation en régime permanent. Contrôle de la convergence et première discussion
autour du bilan hydraulique des flux (recharge, débordement, prélèvements, entrées / sorties
par les limites, échanges nappes / rivières, etc.), de la piézométrie simulée (première
confrontation à la carte dressée par Tomasi en 1990).
La dernière version de ce premier modèle (AVANSE_V7) ainsi que l’ensemble des fichiers de
travail associés (SIG, Excel) ont été remis à tous les participants le 14/07/2017. Le BRGM se
chargera de déposer les fichiers sur le sharepoint du projet.
Poursuite de la compilation des précipitations journalières. Les nouvelles données fournies
par AVANSE ont été mises en forme et analysées. À ce stade, l’absence de chroniques
journalières sur une durée minimale de 12 mois est constatée. D’autres informations restent
à compiler (Cf. § 3).
En complément, le BRGM a récupéré des pluies satellitaires sur le site du LAFDM :
http://stream.princeton.edu/LAFDM/WEBPAGE. Après comparaison avec les données
journalières disponibles au sol, des différences très significatives apparaissent (sans
cohérence particulière). En outre, la variabilité climatique de la Plaine du Nord n’est pas
retranscrite par les pluies satellitaires. Leur utilisation apparaît donc limitée. Une décision sera
prise une fois la compilation terminée. Faute de données, il n’est pas exclu que la
reconstitution de « pluies théoriques » soit utilisée pour la réalisation des simulations en
régime transitoire.
Il faut noter qu’à ce stade de la modélisation, la question des précipitations et des zones
climatiques devrait être résolue, aussi, les derniers éléments d’informations devront
impérativement être mis à disposition pour fin juillet 2017.
Elaboration d’une deuxième version du modèle avec considération explicite du réseau
hydrographique. Sur la base du tracé des 5 rivières principales digitalisé par AVANSE à partir
des photographies aériennes, création dans MARTHE des différents champs d’information
utilisés pour le calcul des débits de rivière : n° d’affluent et arbre de branchement, n° de
tronçon, largeur et longueur de tronçons, cotes du fil d’eau et du fond de rivière, épaisseur et
perméabilité de colmatage. Dans l’attente des données de terrain (profils topographiques en
travers), des valeurs uniformes ont été affectées pour les différents champs.
La construction du réseau hydrographique n’est pas terminée (Cf. § 3), l’objectif de ce premier
travail était de former les étudiants de l’Université de Port-au-Prince dans l’hypothèse où une
contribution complémentaire leur serait demander début septembre après l’acquisition des
profils en travers.
3 – Actions à mener
Collecte et acquisition de données :
Afin de ne pas remettre en cause le chronogramme prévisionnel, il est important que les
données décrites ci-après soient fournies le plus rapidement possible (fin juillet 2017 pour
certaines et fin août pour d’autres).
Précipitations journalières sur plusieurs stations (Observatoire de la Sécurité Alimentaire) sur
la période 2011-2012 à saisir sou MS Excel par les étudiants de Port-au-Prince (Fin juillet
2017).
Données issues des 7 pluviomètres installés par AVANSE. Seuls 3 à 4 mois de données ont
pour l’instant été mis à disposition (Fin juillet 2017).
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
72 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Enquêtes par les étudiants de Port-au-Prince sur les principaux prélèvements en nappe à
usage industriel (Caracol, distillerie Larue, fabrique de glace, eau en sachet, aéroport…) (Fin
août 2017).
Enquête par les étudiants de Port-au-Prince auprès de la DINEPA pour récupération des
volumes de production moyens des principaux forages AEP (Balan à Cap Haïtien, etc.) (Fin
août 2017).
Validation par les professeurs de l’Université de PaP des volumes affectés aux puits AEP
(pompes à bras) (Fin juillet 2017).
Résultats des jaugeages hebdomadaires réalisés par AVANSE (Fin août 2017). La remontée
des données n’est que très partielle. Or, ces données sont capitales pour la calibration des
débits simulés. D’autant plus qu’il a été acté qu’aucune autre chronique de débits (même
anciennes) ne pourrait être récupérée.
Compilation des résultats de pompages d’essai mis en œuvre par AVANSE (Fin août 2017).
Récupération de la carte de la recharge spatialisée établie par J. Adamson (Fin juillet 2017).
Ce dernier a donné son accord pour une mise à disposition du raster avant la fin du mois de
juillet.
Acquisition des profils topographiques en travers sur les 5 cours d’eau par AVANSE. Les
données devront être mises à disposition de l’équipe de modélisation immédiatement après
acquisition (Fin août 2017).
Suivi piézométrique à une fréquence hebdomadaire sur une sélection d’une dizaine
d’ouvrages à partir de début août. Les ouvrages sélectionnés devront être implantés dans des
contextes différents : proche et éloigné des cours d’eau, aval / amont de la plaine.
Délimitation des zones à enjeux du projet AVANSE (Fin août 2017).
Actions en lien avec la modélisation :
Document récapitulatif des principales opérations réalisées sous ArcGis pendant la semaine
(BRGM pour fin juillet 2017).
Finalisation de la construction du réseau hydrographique pour la deuxième version du modèle
(BRGM + Etudiants de PaP pour mi-septembre 2017).
Discrétisation verticale du modèle en trois couches pour élaboration d’une 3
ème
version du
modèle.
Import dans MARTHE des prélèvements éventuellement actualisés après enquêtes des
étudiants de PaP (mi-septembre 2017).
Décision sur les chroniques pluviométriques journalières et les zones climatiques à considérer
après compilation des dernières données disponibles (BRGM + AVANSE pour fin août 2017).
Calcul des précipitations efficaces (préparation BRGM + équipe de modélisation) et mise en
forme des fichiers pour lecture par MARTHE (Fin septembre 2017).
Calcul sous ArcGis de la répartition des flux d’eau entrant sur les limites d’affleurement
(préparation BRGM + équipe de modélisation / Fin septembre 2017).
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 73
Intégration dans MARTHE de la délimitation des bassins versants pour un calcul de bilan
hydraulique individualisé (équipe de modélisation / fin septembre 2017).
Création de mailles à historiques au droit des sections jaugées par AVANSE (équipe de
modélisation / Fin septembre 2017).
Analyse comparative des trois versions du modèle et sélection de la version la plus adaptée
à la modélisation de la plaine du Nord (équipe de modélisation / Fin septembre 2017).
Calibration du modèle en régime permanent (ajustement des champs de perméabilité pour
l’essentiel) (préparation BRGM + équipe de modélisation / fin septembre 2017).
Calibration du modèle en régime transitoire (préparation BRGM + équipe de modélisation / fin
octobre 2017).
Analyses de sensibilité (préparation BRGM + équipe de modélisation / novembre 2017).
Rapport final de l’étude (BRGM, 18/12/2017).
Pascal Audigane
Responsable d’unité D3E/GDR
Le 17/07/2017 :
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 75
Réf. : CR2 Orléans, le 04/10/2017
COMPTE RENDU DE MISSION
Rédacteur : L. ARNAUD
Entité :
BRGM/D3E/GDR
Projet : Modélisation hydrodynamique de la Plaine du Nord (Haïti).
Assistance technique du BRGM.
Numéro : CI17D3E003
Objet : Mission n° 2 – Calage du modèle hydrodynamique
Date : 24/09 au 01/10/2017 Lieu : Port-au-Prince
Participants : Gabriel-Henry FRENOT, Carmelo JEAN-LOUIS, Fanuel PIERRE, Wanson SYLVAIN
(Université de Limonade), Vanessa FILIPPINI, Jacquelin PIERRE, Inès ZEGOULLI +
Joel SAINGER (DAI / AVANSE)
Diffusion interne : Alexis GUTIERREZ, Pascal AUDIGANE, Jean-Philippe RANÇON
Diffusion externe : Jonathan GREENHAM, Inès ZEGOULLI, Vasty GUERRIER (DAI)
En cas de diffusion externe visa et nom du responsable : Pascal AUDIGANE
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
1 – Introduction
L’objectif du présent compte-rendu est de :
3) faire le point sur les dernières données hydro-climatiques qu’il restait à collecter (Cf. CR de la
mission n°2) ;
4) décrire sommairement les travaux réalisés durant la troisième mission du BRGM à l’Université
de Port-au-Prince, mission consacrée à la finalisation de la construction du modèle
hydrogéologique de la Plaine du Nord et à sa calibration ;
5) faire le bilan des actions restant à mener (calendrier prévisionnel).
2 – Collecte de données
Par rapport aux éléments attendus et à l’échéancier présenté à l’issue de la mission n°2, les données
n’ont été fournies que partiellement et avec un retard parfois préjudiciable :
Précipitations journalières enregistrées sur les 7 pluviomètres AVANSE : les données sont
encore incomplètes et restent en cours de validation. Au maximum, 5 mois de données
devraient être disponibles sur 2 ou 3 stations. Celles-ci ne sont toujours pas exploitables, il n’est
donc pas certain qu’elles puissent être valorisées dans le cadre du projet de modélisation ;
Jaugeages hebdomadaires réalisés par AVANSE sur les 5 principaux cours d’eau de la zone
d’étude. Les données validées n’ont été fournies qu’au cours de la 3
ème
mission : pour chaque
station, un seul jaugeage par mois est disponible (de janvier à juillet) ;
Résultats des pompages d’essai mis en œuvre par AVANSE. Les données sont toujours en
cours de validation. Encore une fois, il n’est pas certain que ceux-ci puissent être exploités
compte tenu de l’avancement de l’étude (calage à finaliser pour le 31/10/2017) ;
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
76 BRGM/RC-67407-FR – Rapport final
Profils topographiques en travers des 5 cours d’eau : acquisition en cours de démarrage. Les
données ne pourront pas être utilisées dans le modèle ;
Suivi piézométrique à une fréquence hebdomadaire sur une sélection d’une dizaine de puits /
forages : le suivi n’ayant pas démarré, il est fort probable que les données ne puissent être
valorisées.
3 – Travaux réalisés
La troisième mission du BRGM s’est déroulée du 25/09 au 30/09 dans les locaux de l’Université de Port-
au-Prince.
Finalisation de la construction du modèle :
Prise en compte des intrusions de socle et de calcaire (exclues du domaine maillé).
Révision du tracé de la rivière Jassa suite aux visites de terrain de DAI.
Configuration du réseau hydrographique :
- Affectation des longueurs de rivière à chaque tronçon (maille rivière) après calcul sous
ArcGis ;
- Affectation des largeurs de rivière à chaque tronçon après réalisation de profils en travers
sous ArcGis ;
- Cotes de fond des rivières : valeurs homogènes par cours d’eau, affectées après analyse
des sections jaugées par DAI : hauteurs d’eau de 0.6 m pour la Grande Rivière du Nord,
0.4 m pour Haut du Cap, 0.3 m pour la Marion et la Jassa, 0.25 m pour Trou du Nord ;
- Autres valeurs retenues à ce stade : cote du fil d’eau = topographie, perméabilité de
colmatage = 1.10
-6
m/s, épaisseur de colmatage = 1 m ;
- Création du champ « Débit Amont (Source) de Rivière » : valeur du débit dans la maille
amont de chaque cours d’eau à partir d’un calcul de pluie efficace sur la superficie du bassin
versant intercepté (méthode du bilan de Thornwaithe).
Création du champ « Directions aval de ruissellement » pour cheminement du débordement de
nappe vers le réseau hydrographique en fonction de la topographie.
Création du champ « Flux de recharge » à partir de la carte de recharge proposée par Adamson
et al. (raster au pas de 30 m). Agrégation des valeurs selon 5 zones de recharge.
Création de 12 nouvelles mailles à Historique pour le suivi des débits de rivière (section de
jaugeage DAI + stations historiques).
Préparation de la phase de calibration du modèle hydrodynamique :
Synthèse des données piézométriques recueillies après prise en compte des derniers relevés
transmis par DAI (en cours de mission).
Révision de la carte piézométrique réalisée par Tomasi et al. (1990) sur la base de la carte
piézométrique proposée par le BRGM en 2010 (région de Cap Haïtien) et des niveaux
piézométriques compilés. Piézométrie de référence pour la calibration en régime hydraulique
permanent.
Préparation de fichiers Excel permettant l’analyse des résultats de simulation en termes de
piézométrie et de débit de rivière.
Première estimation des débits entrants dans le modèle par les limites à charge imposée sur la
base d’un calcul de pluies efficaces (rapportées aux superficies drainées en amont). Ce premier
calcul fournit les ordres de grandeur à respecter par le modèle.
Modélisation hydrodynamique de la plaine alluviale du Nord (République d’Haïti)
BRGM/RC-67407-FR – Rapport final 77
Création du champ « Zones de géométrie » (1 zone pour chacun des 5 bassin versants
principaux) pour permettre le calcul d’un bilan hydraulique par bassin versant.
Calibration du modèle hydrodynamique en régime permanent :
Analyse de sensibilité sur la perméabilité (valeurs testées : 1.10
-5
, 1.10
-4
et 1.10
-3
m/s).
Analyse de sensibilité sur la recharge (carte initiale + valeurs augmentées de 50 % sur tout le
domaine).
Premiers ajustements du champ de perméabilité et de la recharge visant à améliorer la
retranscription de la piézométrie de la nappe alluviale tout en vérifiant la cohérence des
différents termes du bilan hydraulique. Exercices pratiques par les étudiants et présentation des
résultats.
Première analyse des débits d’écoulement simulés dans les rivières, confrontation aux rares
données de terrain disponibles. Au préalable, une présentation détaillée du mode de calcul
opérée par Marthe au niveau des mailles rivière a été nécessaire.
Remise de la dernière version du modèle (V29092017).
4 – Actions à mener et perspectives
Finaliser la calibration du modèle en régime permanent pour le 31/10/2017 ;
Construire un régime transitoire « théorique » pour analyse des fluctuations piézométriques, a
priori au pas de temps mensuel (31/10/2017). Compte tenu des données hydro-climatiques
disponibles, une calibration en régime transitoire n’est pas envisageable. Par ailleurs, en
l’absence de chroniques de débit de rivière et de précipitations journalières, la simulation des
débits ne sera pas calibrée, il s’agira uniquement de vérifier la cohérence des débits écoulés.
Assister à distance les étudiants de l’Université de Port-au Prince :
- courant octobre : exercices en lien avec la calibration du modèle et l’analyse des résultats
de simulation ;
- courant novembre : simulation de scénarios d’exploitation de la nappe.
Quatrième et dernière mission du BRGM en Haïti, du 11/12 au 16/12/2017 :
- validation des scénarios simulés par les étudiants de Port-au-Prince ;
- remise des certificats de formation aux étudiants et installation de la dernière version du
modèle sur les ordinateurs de l’Université de PaP ;
- présentation du modèle à Cap Haïtien, certificats de formation et installation de la dernière
version du modèle sur les ordinateurs de DAI.
Rédaction du rapport d’étude BRGM, relatif à la construction du modèle et à sa calibration :
- rapport provisoire pour validation par DAI : fin novembre 2017 ;
- rapport définitif pour le 18/12/2017.
Pascal Audigane
Responsable d’unité D3E/GDR
Le 04/10/2017 :
Centre scientifique et technique
Direction Eau, Environnement et Ecotechnologies
3, avenue Claude-Guillemin
BP 36009 – 45060 Orléans Cedex 2 – France – Tél. : 02 38 64 34 34
www.brgm.fr